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Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

VENI, VIDI, VICI : LA VICTOIRE DU PARTI AUTHENTICITÉ ET


MODERNITÉ AUX ÉLECTIONS COMMUNALES MAROCAINES DE 2009

Bahia EL ODDI* et Romain FERRALI**


En collaboration avec Youssef BENKIRANE***

Le 12 juin 2009, le Parti Authenticité et Modernité (PAM) remporte les élections communales,
avec presque 22% des suffrages exprimés. Le parti a alors moins d’un an d’existence et son fondateur,
Fouad Ali El Himma, est député depuis moins de deux ans. Les deux ont pourtant réussi à se poser, en
un laps de temps aussi bref, comme l’une des forces majeures du champ partisan marocain : le 7 août
2007, El Himma démissionne de son poste de ministre délégué à l’Intérieur, et se présente, avec la
bénédiction du roi, en candidat libre aux élections législatives qui ont lieu le 7 septembre 2007. Sa liste
remporte haut la main les trois sièges de la circonscription rurale de Rhamna, près de la ville de
Benguerir. Ayant étudié aux côtés du futur Mohammed VI au Collège Royal, et depuis l’avènement de
ce dernier en 1999, été à la tête du plus important des ministères de souveraineté 1, la presse marocaine a
tôt fait de le surnommer « l’ami du roi ». A peine entré au Parlement, il parvient à rassembler une
trentaine de députés et fonde en octobre 2007 le groupe parlementaire « Authenticité et Modernité »
(GAM), presque immédiatement suivi, en janvier 2008, par la fondation d’une association, le
« Mouvement de/pour tous les démocrates » (MTD). Le Parti Authenticité et Modernité (PAM), qu’il
fonde en août 2008, aura aux élections communales, les premières élections générales où il est présent,
le succès que l’on sait.

Un tel scénario n’est pas sans rappeler d’autres évènements majeurs du Maroc d’après
l’indépendance. Des quatre partis de gouvernement majeurs que sont le Mouvement Populaire (MP) de
Mahjoubi Aherdane, le Front de Défense des Institutions Constitutionnelles (FDIC) de Réda Guédira,
le Rassemblement National des Indépendants (RNI) d’Ahmed Osman et l’Union Constitutionnelle
(UC) de Maâti Bouabid, l’histoire du PAM ressemble surtout à l’histoire du FDIC et du RNI. En 1963,
Réda Guédira, conseiller du roi Hassan II, fonde le FDIC, qui a pour mission de défaire les partis issus
du Mouvement national que sont l’Union Nationale des Forces Populaires (UNFP) et l’Istiqlâl (PI) aux
législatives de la même année, car ceux-ci menacent le pouvoir d’Hassan II. Mais l’alchimie décrite par
R. Leveau (1976) fonctionne encore mal : le fellah marocain peine à défendre le trône, le parti ne

*
Etudiante en deuxième année en école de commerce (EAE). Adresse électronique : bahia_eloddi@hotmail.fr.
**
Etudiant en première année du Master Development Economics and Economic History de l'IEP de Paris et la London
School of Economics. Adresse électronique : romain.ferrali@sciences-po.org.
***
Étudiant en Master recherche Politique comparée, spécialité Monde musulman de l'IEP de Paris, il prépare un mémoire
sur le PAM. Adresse électronique : youssef.benkirane@sciences-po.org.
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Au nombre de quatre (les Affaires étrangères, l’Intérieur, la Défense, les Habous et affaires Islamiques), le choix des
titulaires de ces ministères, du fait de la pratique constitutionnelle, relève de la préférence royale, qui ne prend généralement
pas en compte la majorité parlementaire.

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bénéficie pas assez du vote rural, et n’obtient qu’une courte majorité à la Chambre des représentants.
En 1965, Hassan II proclame l’état d’exception, qui est levé en 1972. Dans un contexte de consensus
relatif des partis autour de la monarchie, renforcé par la Marche verte de 1975, ainsi que la guerre
contre le front Polisario, les candidats indépendants, principalement issus du monde rural, et
majoritaires aux élections de 1976, sont les nouveaux défenseurs du trône. A. Osman, qui a fait ses
études universitaires aux côtés du monarque, et devient son gendre en 1960, accède en 1972 à la
primature. La combinaison de ce dernier et des indépendants, regroupés au sein du RNI, que fonde
Osman en 1978, permet au Palais de maintenir ce que J. Waterbury (1975) qualifie alors de
« multipartisme autoritaire », c'est-à-dire un multipartisme contrôlé par le roi. Dans les deux cas, c’est
un proche du monarque qui est au cœur de la fondation d’un parti « makhzénien », un parti émanant du
Makhzen2 et servant les intérêts de ce dernier au Parlement, à savoir le maintien d’une configuration de
multipartisme autoritaire.

Mais dès le début des années 1990, le régime amorce une phase de « transition démocratique »,
qui semble changer la donne. La fin du règne de Hassan II est marquée par deux évènements majeurs :
la réforme constitutionnelle de 1996, qui renforce les pouvoirs du Parlement, ainsi que l’alternance de
1997-1998, qui voit la gauche accéder au pouvoir après trois décennies passées dans l’opposition,
derrière A. Youssoufi, leader de l’USFP3 et désormais Premier ministre. La tendance semble se
confirmer durant les premières années du règne de Mohamed VI, avec notamment des progrès sur le
plan de la liberté d’expression, le retour sur l’histoire des « années de plomb » et la réconciliation avec
les anciens opposants. D’un autre côté, l’essoufflement des partis, avec pour manifestations la
désaffection croissante des Marocains pour le politique et l’absence de majorité claire au Parlement, est
de plus en plus patent, surtout après les attentats du 16 mai 2003. Cet essoufflement permet au roi de
maintenir son emprise sur ces deniers, dans le cadre de ce qu’il qualifie de « monarchie exécutive », où
le roi gouverne plus qu’il ne règne. C’est l’une des facettes du « revirement autoritaire ». Ainsi, après les
élections législatives de 2002, la nomination à la primature de D. Jettou, non partisan, met fin à
l’alternance et confirme le rôle central du roi dans le régime. De même, en 2007, après des élections
législatives marquées par un taux de participation très faible (37%), seule l’intervention royale permet de
dégager une majorité, menée par A. El Fassi du PI. La légitimité du nouveau gouvernement en est très
affaiblie, et renforce d’autant le pouvoir du roi sur le système politique.

Dans ce contexte, nous avons choisi de nous interroger sur la signification du PAM : si, à
première vue, celui-ci semble bien être un nouveau parti makhzénien, les enjeux et la culture politique
du Maroc d’après l’alternance, marqué par la transition démocratique, diffèrent pourtant
fondamentalement de la situation des années 1960-1980, au point que le modèle du parti makhzénien
2
Terme désignant l'appareil d'État marocain dans sa composante traditionnelle et monarchique.
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Union Socialiste des Forces Populaires, premier parti de gauche marocain et successeur de l’UNFP.

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ait pu sembler révolu. Le PAM constitue-t-il donc réellement un parti makhzénien ? Si oui, quelle est sa
base, et quel est son discours ? D’autre part, quels sont les effets de la création du PAM sur le champ
partisan. Comment celui-ci se comporte-t-il au Parlement et lors des échéances électorales ? En effet, si
depuis l’alternance, et surtout les attentats du 16 mai 2003, celui-ci s’était stabilisé, grosso modo, autour
des quatre forces que constituent les ruraux-berbéristes autour des MP et RNI, les gauches autour de
l’USFP, les nationaux-monarchistes autour du PI et les islamistes autour du PJD, quelles sont les lignes
de force que déplace le PAM en arrivant au Parlement ? De même, quelle est la réponse de l’électeur
marocain à une offre politique modifiée par la création du PAM ? Comment expliquer le succès
électoral du PAM ?

Pour répondre à ces interrogations, nous avons privilégié la méthode généalogique, qui permet
de montrer, avec pour point de départ l’analyse de l’histoire du parti, que sa structure et son discours
(propos complet et doté d’une cohérence interne que le parti tient sur le monde et sur lui-même)
forment une unité organique cohérente, un parti makhzénien, défendant les intérêts de composantes
bien précises de la société marocaine. Nous nous pencherons ensuite sur les bouleversements suscités
par le parti sur le champ partisan, d’abord au niveau des autres partis, puis au niveau de l’électorat.

Généalogie du PAM : la genèse d’un parti makhzénien

Constitution du PAM : le regroupement des monarchistes

Bien que le PAM ait vu le jour il y a à peine plus d’un an, le choix d’une structure partisane nous
semble advenir comme le couronnement d’une structuration progressive, avec en toile de fond la
présence constante de la personne de Fouad Ali El Himma. Tout commence en octobre 2007 par la
fondation d’un groupe parlementaire, le GAM, presque immédiatement suivi, en janvier 2008, par la
fondation d’une association, le « Mouvement de/pour tous les démocrates ». La fondation du PAM
apparaît en août 2008 comme la fusion de ces deux structures en un parti.

Un bref tour d’horizon des fonctions des membres éminents de ces diverses formations nous
donne une idée de leur diversité. Outre les parlementaires qui constituent le GAM, l’on distingue aussi
au sein des MTD puis PAM des ministres en exercice4, des hommes d’affaires et représentants du

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Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture ; Salaheddine Mezouar, ministre des Finances (RNI), Ahmed Akhchichine,
ministre de l’Education ; Mohammed Boussaïd, ministre du tourisme (RNI) ; Mohammed Cheikh Biadillah, ancien ministre
de la Santé.

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secteur privé5, des hauts fonctionnaires et responsables d’organismes publics6, et des membres de la
société civile7.

Pour donner plus d’intelligibilité à cet ensemble, nous avons tenté de regrouper ces membres en
trois profils idéal-typiques : les « politiques », les « démocrates-makhzéniens » et les « gauchistes »8. Ces
trois profils sont recrutés de manière sectorielle, à mesure que se complexifie la structure
institutionnelle du PAM. Le GAM permet d’abord de recruter les politiques. Quelques mois plus tard,
la création du MTD apporte à la formation les deux autres profils : les démocrates-makhzéniens et les
gauchistes. L’ensemble est réunifié avec la création du PAM. Décrire ces profils et les intérêts qui
motivent leur adhésion au mouvement est donc indissociable de la description de la construction du
PAM, ceci justifiant de manière évidente notre choix de l’approche généalogique. Par ailleurs, il
convient de garder à l’esprit la nature idéal-typique de notre construction : aucun membre du
mouvement ne correspond parfaitement aux trois profils esquissés ci-dessous, mais tous peuvent être
approchés par l’un au moins de ces profils.

Le recrutement des politiques, via le GAM, est chronologiquement antérieur, mais s’étale sur
toute la période. En témoigne la croissance continue du GAM, soutenue par le recours à la
« transhumance », pratique consistant à débaucher des parlementaires élus sous d’autres couleurs que la
sienne, ainsi que par des alliances avec d’autres formations.

En novembre 2007, El Himma, député de Rhamna, n’a pour allié que les deux autres membres
du groupe des SAP (Fatiha Layadi et Hamid Narjiss). A la fin du mois se répand la rumeur selon
laquelle Fouad Ali El Himma souhaite se constituer un groupe parlementaire. Le GAM est né. Il
regroupe trente six membres, et forme le 6 ème groupe parlementaire de la Chambre des représentants 9.
Les nouveaux membres proviennent de cinq petits partis, de coloration libérale pour la plupart 10, à
l’exception d’Al Ahd de Najib Ouazzani, parti d’extrême gauche issu en 2002 d’une scission du MP.

Le GAM est alors encore constitué de la coalition de ces cinq partis, ainsi que de députés
anciennement SAP ou transhumants. Mais la fondation du PAM, en août 2008, outre insérer GAM et
MTD dans une structure unifiée, permet de donner au groupe parlementaire une structure plus

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Entre autres : Aziz Akhannouch (holding Akwa) et Mustapha Amhal (Oismine Group). Le premier absorbe le second pour
fonder la holding Afriqia-Somepi, premier groupe pétrolier du royaume.
6
Entre autres : Mustapha Bakkoury, patron de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) ; Driss El Yazami, président du
Conseil Supérieur des MRE ; Ahmed Herzenni, président du Conseil Consultatif des Droits de l’Homme (CCDH).
7
Entre autres : Salah El Ouadie ; Khadija Rouissi ; Iliyas El Omari.
8
Nous reprenons ici la typologie esquissée par R. Benchemsi in « El Himma. Le mouvement est parti ! », Telquel, numéro
du 26/01/2008.
9
Pour comparer, le premier groupe de la chambre des représentants, celui du PI, compte 54 membres.
10
Les quatre partis sont mentionnés sont : le PND d’Abdallah Kadiri, l’Alliance des Libertés d’Ali Belhaj, le ICD de
Mohammed Benhammou et le PED d’Ahmed Alami.

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cohérente. Les cinq partis annoncent leur dissolution fin août, et tous les membres du GAM s’affilient
au PAM.

Un mois plus tard, l’alliance avec le RNI donne naissance à un véritable mastodonte
parlementaire. Si cette coalition, regroupant 80 députés sur 325, se situe désormais loin devant les deux
premiers groupes du PJD (46 députés) et du PI (54 députés), elle ne devance pas la Koutla
démocratique11 qui compte plus d’une centaine d’élus.

L’intérêt des politiques à intégrer le PAM, visible par la considérable dynamique de


transhumance dont bénéficie le mouvement, prend son sens plein quand il est confronté aux modes de
régulation de la « monarchie exécutive ». Celle-ci est caractérisée par un « multipartisme autoritaire »,
où, selon J.-C. Santucci (2006), les partis, en échange de leur participation à la sphère politique
institutionnelle, reconnaissent « à la fois la tutelle omniprésente du roi dans l’exercice et le contrôle des trois pouvoirs,
sa médiation prééminente dans les stratégies de recompositions politiques, et son arbitrage décisif dans la résolution des
conflits et des questions sensibles de société ». Ce mode de régulation admet deux corollaires. Le premier
explique l’intérêt des politiques à intégrer le PAM, le second l’intérêt du PAM à recruter les politiques.
D’une part, dans le cadre du multipartisme autoritaire, les partis jouent essentiellement un rôle de
consultation, et deviennent dès lors des « partis faire-valoir », dont les élus paraissent plus « attachés à
obtenir la reconnaissance du pouvoir qu’à étendre leurs assises sociales ». L’afflux des députés au portillon du PAM
semble procéder de la proximité personnelle entre El Himma et le monarque, ainsi que de la
correspondance entre le discours du PAM et l’agenda monarchique (voir 1.2), qui font de l’affiliation au
PAM le moyen évident de s’attirer la reconnaissance du pouvoir. D’autre part, l’allégeance au jeu de la
monarchie exécutive met les partis en face d’un dilemme. « Tiraillés entre la soumission et l’opposition radicale
qui les mettrait en dehors ou contre le système, les partis semblent lier le prix de la représentation à un calcul rationnel sur
la base du rapport coût/avantages et de l’intérêt rémunérateur qu’elle leur apporte en termes de clientèle, de capital social
et de rétributions diverses par rapport au travail d’encadrement et de mobilisation politique »12. Si le PAM nous
semble échapper à ce dilemme, du fait de son alignement sur le discours monarchique (voir 1.2), qui
exclut toute opposition radicale, il apparaît immédiat que le recrutement de parlementaires
expérimentés, et surtout largement dotés en clientèle et capital social, est une condition indispensable à
tout succès électoral pour un parti qui reste tout jeune.

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La Koutla démocratique (Alliance démocratique) correspond à l’alliance des PI, USFP et PPS. Si cette alliance est effective
au niveau gouvernemental, elle ne se traduit pas par une coalition au niveau parlementaire : tandis que l’USFP et le PI ont
chacun un groupe propre, le PPS partage son groupe avec d’autres partis d’extrême gauche.
12
Les partis, entendus comme coalition d’élites, ont le choix entre la soumission radicale, l’opposition tempérée dans le
cadre d’une acceptation des principes du système politique et l’opposition frontale en dehors de celui-ci. Ces trois types
correspondent à la typologie de J. Freund (1970) : les partis qui font le premier choix sont les amis du régime, les seconds
ses rivaux, et les derniers ses ennemis. Dès lors, la politique du régime consiste à combattre ses ennemis jusqu’à ce qu’ils
deviennent de simples rivaux et à coopter ses rivaux pour qu’ils deviennent ses amis.

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Le recrutement des démocrates makhzéniens et gauchistes se fait par le biais du MTD, fondé en
février 2008. Ni le nom ni le choix de la forme associative ne sont innocents. Ils donnent à l’organe la
dimension d’un groupe de réflexion apolitique13, d’une initiative « ouverte à tous les démocrates,
indépendamment de leur appartenance partisane », permettant ainsi le recrutement sur des bords politiques
assez opposés. Le succès semble immédiat, au vu du nombre de personnalités de premier plan qui
joignent le mouvement.

Nous entendons par « démocrates makhzéniens » les hommes du makhzen et proches du


makhzen incarnant à la fois la loyauté à l’égard de l’institution monarchique et le discours de la
« génération M6 », ce discours résolument modernisé, démocrate, apolitique et libéral, qui voit jour dès
la fin du règne de Hassan II. Si l’on compte dans cette catégorie des membres comme Mustapha
Bakkoury (ancien Directeur Géneral de la Caisse de Dépôt et de Gestion) ou Aziz Akhannouch
(ministre de l’Agriculture, président du Conseil de la région de Souss-Massa-Drâa et du holding Akwa),
le meilleur exemple de ce profil reste sans doute Fouad Ali El Himma lui-même, qui incarne de manière
évidente ce nouveau discours et cette loyauté à l’égard de l’institution monarchique. Celui-ci grandit et
se forme dans la cour du Makhzen. Né en 1962 dans la province de Rhamna et issu d’une famille assez
modeste, il est sélectionné pour rejoindre le Collège Royal et être formé aux côtés du prince héritier par
une commission mise en place par Hassan II, qui, inspectant toutes les académies du royaume,
sélectionne à cette fin les meilleurs élèves du Maroc. El Himma côtoie ainsi le futur Mohammed VI au
Collège Royal puis à la faculté de Droit. Nommé par le Roi Hassan II en octobre 1998 pour diriger le
cabinet du prince héritier, il participe à construire l’image de modernité qui flotte autour du futur roi,
contactant la presse pour lui vendre le règne de Mohamed VI, et vantant sa jeunesse, sa modernité et
ses convictions démocratiques. Il est affecté en 1999 au poste de ministre délégué de l’Intérieur,
jusqu’en 2007 où il quitte le Gouvernement pour se présenter aux élections législatives. Au ministère de
l’Intérieur, il rompt avec le style autoritaire caractéristique de son prédécesseur, D. Basri, ce qui lui
permet de coopter les derniers gauchistes réticents à la réconciliation, tels D. Benzekri, issu de l’extrême
gauche. Néanmoins, il reste en charge de tous les dossiers « de souveraineté », notamment celui du
Sahara Occidental, et participe au revirement autoritaire qui se dessine en 2001. Il joue notamment un
rôle clé dans la campagne de répression de la presse qui débute en 2001 et sera marquée, notamment,
par l’affaire Ali Lmrabet, puis, après les attentats du 16 mai 2003, dans la politique de lutte contre
l’islamisme, tant dans sa frange radicale, via la politique sécuritaire, que dans la campagne de
déstabilisation de sa frange modérée, le PJD (Benkirane 2009).

Nous entendons par « gauchistes » les anciens membres de l’opposition socialiste, autour de
l’USFP, ou « marxiste », autour des PPS, UMT et UNEM, qui se sont intégrés au jeu institutionnel dès
Il convient de rappeler que durant l’heure de gloire du MTD, c’est-à-dire de sa naissance à la création du PAM, les
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membres n’ont de cesse de rappeler que le MTD n’a pas d’agenda politique puisqu’il est une association.

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les années 1990, lors du processus de réconciliation du Palais avec la gauche, qui est couronné par
l’alternance de 1997-1998. Cette intégration au jeu institutionnel s’est faite via la société civile ou les
institutions démocratiques précédant ou découlant de la réforme constitutionnelle de 1996, tels que le
CCDH, fondé en 1990, ou la HACA et l’IER, fondées respectivement en 2002 et 2004. Si, par exemple,
Khadija Rouissi (ancienne détenue politique, membre de l’IER) ou Salah El Ouadie (poète et militant
marocain des droits de l'homme) semblent correspondre à ce profil, les parcours d’Ilyas El Omari et
Hassan Benaddi, secrétaire général du PAM de sa création en août 2008 au premier congrès du parti en
février 2009 nous ont semblés les plus représentatifs. Issu d’une famille très modeste, I. El Omary est
intégré dans la liste noire du royaume suite à sa participation aux grèves lors des évènements du Rif en
1984. Dès lors refusé par tous les lycées, il se lance en 1985 dans le militantisme amazigh de gauche et
crée sa propre association, tout en distribuant des tracts et en organisant des grèves. En 1986,
condamné à la prison, il réussit à fuir et se réfugie à Fès. Profitant des progrès constants de la détente
entre le pouvoir et la gauche, il s’intègre avec de plus en plus de succès au jeu institutionnel. En 1989, il
sort de la clandestinité, mais reste dans l’opposition en intégrant et participant à la refondation de
l’AMDH. Il milite au début des années 90 sur les fronts des droits de l’homme et de la reconnaissance
de la culture amazigh notamment. Il est par la suite élu membre du comité exécutif du parti des
Démocrates Indépendants et se rapproche de Kamal Lahbib et Driss Benzekri. C’est avec l’avènement
de Mohammed VI en 1999 qu’il se range du côté du Palais, occupant des fonctions de plus en plus
importantes. Contacté par El Himma, alors secrétaire d’Etat à l’Intérieur, il remplit de manière efficace
son rôle d’intermédiaire entre le Palais et la gauche en voie d’intégration, dont Driss Benzekri constitue
alors le chef de file, et défend la cause marocaine dans l’affaire du Sahara en Amérique du Sud, où il est
bien introduit. Il devient en 2000 membre de l’Institut Royal de la langue Amazighe et du Parti
Socialiste Unifié, puis de la HACA en 2003, pour finalement rallier les rangs du MTD en 2008. H.
Bennadi est, quant à lui, un ancien de l’Union nationale des étudiants marocains (UNEM) et militant de
divers groupes marxistes-léninistes, jusqu’à la création de l’organisation Ila Al-Amâm (En avant !) en
1970. Il entre alors à l’Union marocaine du travail (UMT) – puissant syndicat défendant une ligne
autonome des partis politiques – dont il sera parlementaire de 1984 à 1992. Il se rapproche alors, sans
que cela soit couronné de succès, de l’UC, l’un des partis soutien du régime (voir ci-dessus). Voyant sa
carrière politique freinée, il se consacre à l’écriture, et théorise, à l’heure de l’alternance, la transition
démocratique : auteur de Réflexion sur la transition démocratique au Maroc (2000), « il crée et dirige L’Essentiel,
magazine d’analyse politique proche du régime dans lequel on fait l’éloge de la technocratie, du néo-libéralisme et où l’on
théorise la recomposition politique en cours sous le nom de ‘transition démocratique’ ou ‘consolidation de la
démocratie marocaine’ » (Vairel 2007). Son ralliement au MTD à sa création en 2008 constitue son
retour à la politique.

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Un retour sur l’histoire du MTD révèle que l’alliance des gauchistes et des démocrates
makhzéniens est prégnante dès les premiers instants du mouvement. En 2003, Driss Benzekri, alors
président de l’IER, avait déjà songé à créer un mouvement qui se pencherait sur l’évolution
démocratique du pays. A sa mort, le projet est avorté. Ce n’est que suite aux législatives de 2007 que
quelques militants associatifs de gauche, dont Kamal Lahbib, Habib Belkouch, Hakim Benchamach et
Khadija Rouissi, décident de reprendre le projet de Benzekri et de le concrétiser. Les membres
fondateurs, d’abord réticents à l’idée d’avoir un proche du pouvoir à leur côté, choisissent finalement
d’intégrer Fouad Ali El Himma, celui-ci ayant quitté ses fonctions gouvernementales. Ce dernier ayant
été l’un des artisans de la réconciliation entre la gauche et le pouvoir (voir ci-dessous), il bénéficie d’une
bonne réputation chez ces militants. N’est pas étranger à cette décision les opportunités de captation de
ressources nécessaires au bon développement de l’association que laissent présager la proximité entre
El Himma et le Palais, ainsi que les fonctions importantes qu’occupait ce dernier au sein de l’appareil
d’Etat.

Cette cohabitation entre gauchistes et démocrates makhzéniens, qui apparaît clairement au sein
du MTD, est loin d’être fortuite. Il semble en effet qu’elle constitue le couronnement du
rapprochement croissant qui fait jour au début des années 1990, dès les premiers temps de la
préparation à l’alternance, entre une gauche de plus en plus intégrée au jeu institutionnel et un makhzen
de plus en plus ouvert au discours démocratique. Bien plus que les politiques, dont la fonction au sein
du parti semble être surtout d’apporter clientèle et capital social, il semble que ce sont surtout les
gauchistes et démocrates makhzéniens qui alimentent le discours du mouvement. En effet, ces deux
profils semblent caractérisés par un désaveu commun des partis, lequel constitue le point de départ du
discours que tient le mouvement (voir 1.2). Ce désaveu procède certainement, chez les deux groupes,
des désillusions qui ont suivi l’alternance, au premier chef desquels l’absence d’émergence d’une réelle
démocratie partisane et, pour les gauchistes tout particulièrement, la fragmentation qui paralyse la
gauche marocaine depuis lors, et la prive de toute capacité d’action.

La création du PAM en août 2008 permet de regrouper les membres du GAM ainsi que
l’essentiel des membres du MTD en une seule structure. Si le MTD n’est pas dissous, il devient inactif.
Le peu d’informations dont nous disposons sur la structure interne du PAM est corollaire du peu de
transparence et de communication qui caractérise le parti. Dès avant la fondation du PAM, les
journalistes peinent à obtenir des réponses à l’ensemble de leurs interrogations sur le MTD, notamment
sur la question du financement (Le Journal Hebdomadaire (LJH) 26/01/2008). De même, Mounia
Bennani-Chraibi, politologue attachée à l’Institut d’études politiques et internationales de Lausanne,
menant une vaste enquête sur les formations politiques au Maroc, a eu de grandes difficultés à obtenir
l’autorisation de distribuer ses questionnaires fouillés aux participants du Congrès du PAM, alors que

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d’autres formations politiques tenant leurs congrès lors des derniers mois, à l’instar de l’USFP, l’Istiqlal
ou le PJD se sont prêtés au jeu des investigations universitaires (Jeune Afrique (JA) 23/02/2009).

Il semblerait toutefois que le parti s’appuie sur une structure autoritaire, où les gauchistes et
démocrates makhzéniens du MTD domineraient, autour de Fouad Ali El Himma, les parlementaires du
GAM. Cette structure, couplée à l’absence d’agenda politique déterminé (voir 1.2) est une source de
fragilité potentielle pour le parti. Début 2009, alors que le potentiel électoral du PAM est sujet à
question, au vu des piètres résultats enregistrés par le parti aux élections législatives partielles de
septembre 2008, les défections commencent à poindre. Au lendemain de la réunion du Bureau politique
du PAM du 8 janvier 2009, le PED d’Ahmed Alami annonce sa décision de geler son adhésion au
PAM. Sont invoqués l’absence de réponses sur l’avenir du parti, et, sur le plan programmatique,
l’impasse totale sur la question environnementale qui est pourtant le thème central du PED (Maroc
Hebdo International (MHI) 16/01/2009). De même, le 29 mars 2009 est refondé le parti Al-‘ahd ad-
Dimouqrâtî (l’Alliance Démocratique), autour de Najib Ouazzani, qui avait été dissous lors de la création
du GAM. Dans une interview (LJH 04/04/2009), ce dernier dénonce la « domination totale d’une
association (le MTD) sur ce projet [le projet de fondation du PAM] ». En effet, « dans le bureau du PAM, il y a
quinze membres. Neuf sont issus du MTD ». Et, selon lui : « Avant de se réunir avec nous, ces gens [issus du MTD]
se réunissaient entre eux la veille et décidaient de tout ». Sa démission du PAM est due à ce qu’il désigne comme
une « direction politique bicéphale », mais aussi au flou persistant quant au programme politique et aux
conditions d’organisation du congrès constitutif, prévu le même mois.

Discours du PAM : la correspondance avec l’agenda monarchique

Bien que le PAM ne se structure que progressivement en un parti unifié, son discours apparaît
au grand jour dès la formation du MTD, avec la publication, le 18 janvier 2008, du communiqué « Pour
un mouvement de tous les démocrates ». Le discours du mouvement se précise ensuite, avec la
publication le 27 février 2008 par le MTD d’un manifeste, intitulé « Principes et objectifs », puis après la
création du PAM. L’on peut donc considérer ces documents, ainsi que les déclarations des membres
des MTD et PAM, comme autant de composantes d’un discours homogène. Son examen suggère, tant
dans l’analyse que fait le mouvement du régime politique que dans son projet politique, une constante
correspondance entre le discours du PAM et l’agenda politique du Palais.

Comme le révèle Ahmed Akhchichine lors du déjeuner-conférence de presse du 18 janvier 2008


où est annoncée à la presse la fondation du MTD, les prémisses du discours du mouvement consistent
en la réflexion institutionnelle des années 2000. Dans son programme, le PAM « considère les
recommandations du Rapport du Cinquantenaire [2006] et celui de l’IER [2005] […] comme des repères essentiels

9
Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

pour la mise en œuvre de ses objectifs », deux documents « validés par sa Majesté Mohamed VI », selon les mots
mêmes d’A. Akhchichine. Le premier consiste en une vaste enquête menée par des spécialistes
marocains, sous commande du Palais, sur les réalisations et les manquements de l’Etat et de ses
institutions depuis l’indépendance, afin de déterminer les leviers nécessaires au développement
économique et humain du royaume. Quant au second, il s’agit d’une série de recommandations émises
par l’IER afin de consolider le processus de réformes dans lequel le pays s’est engagé – notamment sur
les plans de la réforme constitutionnelle, de la lutte pour l’égalité devant la loi, et de la décentralisation.
Il convient d’ailleurs de remarquer qu’aucun parti marocain n’avait intégré ces documents à son
programme pour les législatives.

Sur ces prémisses se greffe le point de départ de la réflexion du mouvement : une analyse de la
situation politique marocaine. Ces dernières années ont vu la multiplication des « acquis et réalisations de
notre pays en matière de démocratisation et de développement »14. El Himma donne comme exemples (La Gazette
du Maroc (LGM) 16/05/2008), justement, les réalisations les plus proéminentes de la réflexion
institutionnelle : les recommandations de l’IER, rapport du cinquantenaire et code de la famille
(mudawwana). Mais la démocratie marocaine est en crise. Les élections législatives de septembre 2007
ont révélé, selon les mots d’El Himma, « une grande démobilisation des élites et des citoyens », ce que le MTD,
dans son communiqué, dénonce comme des « attitudes de démission et de passivité ». Les responsables de
cette crise sont les élites, dont le rôle est « l’encadrement des citoyens » de telle sorte que « ceux-ci [participent]
à la construction de leur avenir ». Par élites, le mouvement entend surtout les partis, accusés à demi-mot,
dans le manifeste, de promouvoir « un discours de dévalorisation de l’action politique et de nihilisme ». Est aussi
dénoncé, concernant les partis, l'usage massif de l'argent en période de campagne et l'absence de débat
sur les programmes. Les partis sont inefficaces, incapables d’apporter des réponses précises aux
problèmes socio-économiques et aux impératifs de la modernisation et du progrès. La relance de la
démocratie marocaine consiste donc en la remobilisation des élites nationales, c’est-à-dire la création
d’une nouvelle organisation, association ou parti, capable de mobiliser ces élites, indépendamment de
leur couleur politique15. Néanmoins, le mouvement reste discret sur les détails concrets de cette
mobilisation. Lors de la conférence de presse du 18 janvier 2008, Ahmed Akhchichine déclare : « Nous
n’avons pas encore défini les mécanismes de travail et d’actions ». Effectivement, MTD ou PAM ne
communiquent que très peu sur leur programme.

En contrepoint toutefois, l’analyse que fait le mouvement revient à dédouaner l’Etat de toute
responsabilité dans la crise de la démocratie marocaine. Si les élites, et surtout les partis, sont les seuls
responsables de la crise, alors le cadre institutionnel ou la pratique du pouvoir monarchique sont

14
Communiqué du MTD du 18/01/2008.
15
Nous rappelons d’ailleurs que, dans son communiqué, le MTD se présente comme une « initiative nationale ouverte à tous les
démocrates ». Cet aspect d’ouverture est constamment repris dans les interviews des différents membres du mouvement.

10
Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

innocents. C’est pourquoi le mouvement rejette, avec plus ou moins de fermeté, tout changement du
cadre institutionnel. Selon un hebdomadaire marocain, El Himma déclare que la réforme
constitutionnelle « n'est pas une priorité pour l'instant » (Telquel (TQ) 26/01/2008). Celle-ci doit, de plus,
être l’instrument de la régionalisation plus que de la refonte de l’équilibre des pouvoirs16. « Le parti
considère que la question de la réforme constitutionnelle, loin d’être une simple définition des relations d’équilibre,
d’efficacité et d’efficience entre les pouvoirs, doit être une reconfiguration du système des relations entre le centre et les
régions » (Programme du PAM, www.pam.ma). Tacitement, le mouvement promeut donc le maintien du
statu quo institutionnel, et donc le maintien de la « monarchie exécutive », où le Palais gouverne plus
qu’il ne règne, et où le parlement n’exploite qu’une infime fraction de ses prérogatives
constitutionnelles. Nous remarquons donc dans le discours du mouvement une incohérence
fondamentale : d’un côté, celui-ci crie sa volonté d’agir, « de jeter les fondements d'un acte historique »
(document remis à la presse lors de la conférence de presse du MTD du 18/01/2008) et de revivifier la
démocratie marocaine par la « bonne gouvernance ». D’un autre côté, il milite pour le maintien d’un
équilibre institutionnel où les institutions issues du suffrage universel n’exercent qu’un pouvoir très
limité, se privant ainsi de toute possibilité d’appliquer son programme. Le discours du mouvement nous
semble donc, d’une part, décrédibiliser les partis politiques, et d’autre part, soutenir la monarchie.

Mais, outre une analyse de la crise de la démocratie marocaine qui vient conforter le Palais, la
correspondance entre le discours du PAM et celui du Palais apparait sur deux points : l’accent mis sur la
régionalisation, ainsi que la lutte contre le PJD17.

Sur le plan de la régionalisation, partant du principe que celle-ci constitue « la déclinaison créative de
la dialectique démocratie-développement » (Programme du PAM), le mouvement entend, comme l’explique El
Himma dans une interview, promouvoir « une autre logique, celle de la démarche participative. Autrement dit, ce
n’est plus le local qui attend le soutien du central, mais c’est plutôt le contraire, le local qui inscrit sa démarche de
développement dans la stratégie du centre » (TQ 26/01/2008). Dans les faits, le projet consiste, d’une part, en
l’accroissement de l’autonomie des régions, ainsi qu’en la réactivation de projets à forte dimension
locale, lancés par le roi Mohamed VI, tels que l’INDH (créée en 2005). Cette réactivation procèderait
d’une action concertée entre des élus locaux compétents (évidemment, ceux du parti), et les principaux
acteurs locaux.

16
A noter qu’une Commission consultative sur la régionalisation a été mise en place le 3 janvier dernier. Omar Azziman,
militant de longue date des droits de l’homme, fondateur de l’Organisation marocaine des droits de l’homme (OMDH) et
ancien président du CCDH a été nommé par le roi président de cette commission stratégique.
17
Cette correspondance entre le discours du PAM et l’agenda monarchique se retrouve également sur la question du Sahara
Occidental. Le parti se fait le champion de la position officielle du Maroc sur ce point, notamment en désignant comme
secrétaire général Mohammed Cheikh Biadillah, chirurgien et homme politique d’origine sahraouie qui fut l’un des
fondateurs de l’embryonnaire Mouvement pour la libération du Sahara (futur Polisario). Ses trois frères sont aujourd’hui des
hauts cadres du mouvement.

11
Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

L’on constate ici une parfaite correspondance entre le discours du mouvement et l’agenda royal.
Le roi annonce par exemple, lors du discours du trône du 6 novembre 2008, sa volonté de mise en
place « d'une régionalisation avancée et graduelle, englobant toutes les régions du Maroc » afin de « favoriser l'ancrage
de la bonne gouvernance locale, consolider la politique de proximité vis-à-vis du citoyen, [pour soutenir] le développement.
Aussi faut-il donner une forte impulsion à l'action de l'Etat, au niveau territorial, surtout en ce qui concerne la
réorganisation de l'administration locale, et la nécessité de lui conférer plus de cohérence et d'efficacité ». La fondation
Rhamna pour le Développement Durable, fruit de conventions signées en mai 2008 sous le patronage
roi, et présidée par El Himma, qui est par ailleurs député de la circonscription toute proche de Kelaa
Sgharna, semble être le prototype du projet de régionalisation du duo PAM-monarchie. L’approche est
résolument technocratique, et associe secteur privé, société civile administration locale et administration
centrale. Les quelques vingt membres que compte le Conseil n’ont pas à prouver leur compétence, et
l’on retrouve les membres phares du PAM, ainsi que des universitaires et consultants internationaux,
des professionnels de la santé, industriels, cadres retraités de grandes entreprises et acteurs associatifs.
Le budget provient essentiellement de fonds publics, et il est octroyé à la fondation une enveloppe
budgétaire de plus de 235 millions de DH (MDH) pour 40 projets programmés durant la période 2008-
2011. Pour contraster, le budget du ministère du Développement Social, de la Famille et de la Solidarité
s’élève à 170 MDH la même année. Des projets d’aménagement titanesques, associant grandes
entreprises privées, locales ou internationales, administration locale et administration centrale, sont
pilotés par la Fondation. Le projet de régionalisation, tel que reflété par l’action de la fondation, semble
donc, dans les faits, plutôt évincer les élus locaux, pour s’appuyer davantage sur l’administration et le
secteur privé. Il semble par ailleurs que cette forme de régionalisation tend à renforcer la domination de
la monarchie sur le système politique, car elle a pour effet d’accentuer, au niveau national, la
fragmentation politique décrite par J. Waterbury (1975). En effet, comme le suggère le mode de
régionalisation reflété par la fondation, celle-ci se traduirait par une dilution des pouvoirs qui rend plus
ardu la compréhension du système et le renforcement de la responsabilité politique (accountability).

L’autre spécificité du PAM est sa position revendiquée d’adversaire du PJD. De fait, dans sa
première déclaration publique dans une interview télévisée sur la chaîne marocaine 2M, au lendemain
de son élection en 2007, Fouad Ali El Himma désigne le PJD comme son principal adversaire politique.
L’argumentaire est, sommes toutes, assez classique. Il critique la «mauvaise foi du PJD qui dénonçait
l’utilisation de l’argent lors des élections alors que le scrutin s’était déroulé convenablement», tout en dénonçant
« l’instrumentalisation politique de l’Islam », laquelle constitue selon le parti « un affaiblissement du projet national
et une menace contre l’unité de la nation marocaine et la paix spirituelle de ses enfants » (Programme du PAM). La
guerre est ouverte, et dégénère assez rapidement en un échange d’attaques personnelles, dont le PAM
profite pour se lancer dans une campagne de harcèlement judiciaire, visant à déstabiliser le PJD. Le
communiqué du PAM du 14 juillet 2009, justifiant les poursuites judiciaires contre le PJD, révèle de

12
Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

manière assez éloquente le ton nouveau que prennent les hostilités : « en raison de son discours et de ses
positions hostiles et agressives, émaillées de diffamation et d’accusations graves à l’encontre des dirigeants [du PAM] » ou
encore « Le PJD, une première dans les annales politiques marocaines, n’a eu cesse d’utiliser sciemment un vocabulaire
grave, effrayant et étranger à l’égard du Bureau national du PAM, tels ‘terroristes aux penchants éradicateurs’ ».

La similarité entre la ligne du parti et la politique du Palais est, là encore, patente. Il convient ici
de rappeler le rôle majeur qu’a joué El Himma, alors ministre de l’Intérieur, dans la campagne de
stigmatisation des islamistes qui a suivi les attentats du 16 mai 2003 (voir 1.1).

Les mots de Mohammed Sassi, dès les lendemains des élections législatives de 2007, alors qu’il a
tout juste quitté son poste de secrétaire général du PSU, nous semblent bien résumer la situation :
« Authenticité et Modernité lève partiellement le voile sur son entreprise politique. Modernité renseigne sur son intention
d’initier des réformes économiques et sociales. Et Authenticité pour tout ce qui concerne la nature du régime politique et
son essence institutionnelle. Nous sommes donc face à une vieille approche technocratique qui, je l’avoue, est entrain de
séduire beaucoup de gens qui soutiennent vouloir développer le Maroc grâce à des compétences ‘innocentes’ n’ayant aucune
couleur politique » (LJH 17/11/2007). En effet, sous l’apparence d’un programme neutre, se cache en
réalité le discours de l’acteur le plus puissant de la monarchie exécutive, le monarque lui-même. De
plus, le parti regroupe tout ce que l’élite politique marocaine compte de monarchiste. Nous pouvons
donc qualifier le PAM de parti makhzénien. Le regroupement des trois profils types évoqué plus haut
prend alors tout son sens. Si la proximité d’avec le palais apparaît aux trois groupes comme le moyen de
saisir la reconnaissance et les faveurs du pouvoir, elle est aussi le moyen d’accéder à une capacité
d’action supérieure, car l’action du parti s’assortit du soutien constant de l’appareil administratif, et
enfin de défendre ses intérêts économiques. La ligne défendue par le parti et le Palais fait en effet la part
belle à l’action de la société civile, et des grandes entreprises privées, où les trois catégories occupent
des places de choix.

L’impact du PAM sur le champ partisan

La domination sur les partis : le PAM, force majeure d’un Parlement qu’il divise

L’entrée du PAM sur la scène parlementaire est lourde d’effets sur les équilibres partisans
traditionnels. La force croissante du PAM dans l’hémicycle (voir 1.1) semble surtout affecter la majorité
gouvernementale, qu’il ne cesse de mettre sous pression, jusqu’à son passage à l’opposition, ainsi que
les anciens partis du Makhzen (MP, UC, RNI), dont il se nourrit pour continuer sa croissance.
Lors de la création du GAM, en septembre 2007, le groupe, avec ses 36 élus, est le sixième de la
Chambre des représentants, soit bien plus que les 20 élus nécessaires pour se constituer en groupe au

13
Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

Parlement. Le GAM, à peine né, talonne déjà l’USFP, pourtant censée constituer, avec le PI, les deux
piliers de la Koutla, et du gouvernement. La rumeur cour d’ailleurs dans la presse (LJH 17/11/2007)
que l’ancien ministre délégué a reçu plus de 120 demandes d’adhésions, soit plus de 35% des 325
membres que compte la Chambre des Représentants. Avec 120 députés, le GAM aurait constitué, de
loin, le premier groupe de l’assemblée, loin devant les 52 députés du PI. Il aurait en outre fait jeu égal
avec la Koutla, avec l’avantage sur cette dernière d’être plus qu’une solidarité informelle. Selon la même
presse, le GAM aurait repoussé des entrants pour se contenter de ses 36 membres, car le contraire
aurait fragilisé la majorité gouvernementale, dont la gestation, difficile, a été faite sous le contrôle avisé
du monarque. Le geste aurait donc constitué un affront direct à la monarchie. Si la rumeur peut paraître
fantaisiste, elle n’en traduit pas moins la menace qu’exerce le GAM, dès sa naissance, sur une majorité
dont il fait pourtant partie.

Le groupe, désormais fort de 36 députés, permet à El Himma de se faire élire à la tête de la


Commission des Affaires étrangères, de la Défense nationale et des Affaires islamiques. Un rôle taillé
sur mesure pour l’ancien ministre délégué de l’Intérieur, qui avait été à la charge de la gestion du dossier
de l’intégrité territoriale du royaume au Gouvernement et membre de la délégation qui avait représenté
le royaume aux négociations de Manhasset dans la banlieue de New York sur la question du Sahara. Un
rôle qui tend à faire de l’ombre au ministre des Affaires Etrangères, Tayeb Fassi-Fhiri.

Plus tard, en mai 2008, la presse marocaine fait écho d’une rumeur de dissolution par le Palais
du Gouvernement. La presse pense alors immédiatement à El Himma pour succéder au Premier
ministre Abbas El Fassi. Alors que ce dernier est dit malade et absent, le Gouvernement traverse une
situation délicate, confronté à une conjoncture internationale défavorable et à une situation sociale
relativement tendue. Si, là encore, la solidité de l’information est sujette à caution, il n’en demeure pas
moins que c’est cette fois au Premier ministre lui-même qu’El Himma semble faire de l’ombre. La
coordination ministérielle, l’une de ses compétences fondamentales, semble presque lui échapper pour
basculer entre les mains d’El Himma. En effet, des figures éminentes du Gouvernement El Fassi, à
l’instar de A. Akhchichine (ministre de l’Education Nationale), A. Akhennouch (ministre de
l’Agriculture) ou encore S. Mezouar (ministre des Finances) sont membres fondateurs du MTD. Par
ailleurs, un mois plus tôt, l’essentiel du Gouvernement assiste à la cérémonie de création de la
Fondation Rhamna pour le Développement Durable (LJH 17/05/2008) ; l’évènement est de taille si
l’organisation constitue bien, comme évoqué ci-dessus, le prototype politique du PAM (voir 1.2).

En septembre 2008, l’alliance entre le PAM et le RNI donne un réel pouvoir de négociation au
PAM. Nous rappelons en effet que la nouvelle coalition dépasse le PI, mais reste en deçà de la Koutla.

14
Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

Mais c’est quelques heures seulement avant le démarrage officiel de la campagne électorale de
juin 2009 que le PAM donne le coup de grâce en annonçant son passage à l’opposition, au motif d’être
« méprisé » par d’autres partis de la majorité. Le PI refuserait toute sorte de collaboration avec le PAM
alors qu’Abdelouahed Radi, secrétaire général de l’USFP et alors ministre de la Justice, refuserait de
prononcer le mot PAM (TQ 20/06/2009).

Outre ses effets déstabilisants sur la majorité, la montée en puissance du PAM a aussi des effets
déstabilisants sur les trois partis makhzéniens vieillissants que sont l’UC, le MP et le RNI, et semble
accélérer leur décomposition. La menace posée est double, visant à la fois le groupe du parti au
Parlement, et donc son pouvoir de négociation, mais aussi la cohésion interne du parti. Ainsi, à
l’assemblée, la croissance constante du GAM est d’abord alimentée par les par les cinq petits partis qui
fondent le groupe et par les députés SAP. Elle est ensuite soutenue par l’affluence de députés
transhumants, venant essentiellement de ces trois grands partis makhzéniens, ayant donc pour effet de
vider leurs groupes respectif. Ainsi, à la veille des élections communales, le MP menace de poursuivre
en justice ses députés transhumants (TQ 23/05/2009). Ces débauchages s’assortissent de propositions
d’alliance, qui ne sont concluantes que dans le cas du RNI, mais engendrent, à des degrés variables, des
luttes intestines au sein de ces formations politiques. C’est dans le cas du RNI que la crise semble la
plus dure, et mène parfois à des situations parfois rocambolesques. Lors des élections législatives
partielles de septembre 2008, Aziz Akhennouch, ministre RNI de l’Agriculture, fait officiellement
campagne à Tiznit pour le PAM contre Larbi Akhassam … du RNI. Mais c’est la rupture de l’alliance
avec le PAM, corollaire du passage de ce dernier à l’opposition, qui est fatale. Alors que 120 des 800
membres que compte son conseil national passent au PAM (LJH 26/09/2009), critiquant le mode de
gouvernance du président Mostafa Mansouri et les mauvais résultats aux élections communales, le parti
se divise entre les partisans du renouvellement de l’alliance avec le PAM, autour du ministre des
finances, Salaheddine Mezouar et les pro-Mansouri. Ce dernier décide en octobre 2009 de déléguer le
contrôle des instances du parti.

Il apparaît clairement que la stratégie qu’adopte le PAM au Parlement est très originale, surtout
pour un parti aussi jeune. Le parti fait en effet cavalier seul : loin de se fondre dans les alliances
classiques, comme la Koutla, il ne noue que des alliances circonstanciées, qui s’apparentent plus à une
stratégie de prédation, visant à dépouiller l’allié de ses forces vives, qu’à un partenariat visant à un
partage du pouvoir. Il brouille aussi les lignes entre majorité et opposition : d’un côté, l’on ne peut
l’identifier à une majorité qu’il ne cesse de déstabiliser, mais d’un autre côté, l’on rechigne à le
considérer comme un parti d’opposition, qu’il ne saurait partager avec son ennemi désigné, et depuis
longtemps ténor de l’opposition, le PJD, mais aussi car sa ligne politique semble le rapprocher
davantage de la majorité que de l’opposition islamiste ou d’extrême gauche. Loin d’un discours qui

15
Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

affiche sa volonté de revivifier l’action partisane, et de s’attaquer surtout au PJD, il semble que, dans les
faits, le PAM s’attaque plutôt aux partis de manière générale, l’objectif étant de partir seul à la conquête
du pouvoir. Dans cette optique, l’adversaire réel du PAM réside moins dans le PJD, dont les chances de
lui damer le pion semblent assez limitées à court terme, que dans les partis historiques, comme l’USFP
et le PI, dont les chances d’accéder à des fonctions gouvernementales sont bien plus certaines.

Dans cette optique, le retrait du PAM de la majorité prend tout son sens. D’une part, il donne
au discours réformiste du parti son sens plein, lui évitant de se compromettre par l’action
gouvernementale : si, dans le communiqué qu’il publie alors, le parti déclare appuyer « les actions du
gouvernement qui soutiennent le programme royal », quitter le gouvernement lui permet d’éviter d’être tenu
responsable des actes de la majorité lors des prochaines élections législatives de 2012. D’autre part, il
neutralise l’USFP, qui considérait, pour les mêmes raisons, un passage à l’opposition18.

La réaction des autres partis à ce nouvel entrant nous semble être un rejet général. Celui-ci
apparaît clairement dans le discours de l’opposition islamiste et d’extrême gauche, ainsi que dans la
frange de l’USFP qui défend le passage à l’opposition et l’alliance avec le PJD, et consiste à dire, arguant
du lien personnel entre le roi et El Himma, que le PAM est le parti du roi, et constitue de ce fait même
une menace pour le processus de démocratisation. A peine passé à l’opposition, le PAM tente un
rapprochement avec le PJD – confirmant ainsi l’hypothèse de ce que le PJD, bien qu’ennemi déclaré du
PAM, ne constitue pas son principal adversaire réel. L’offre est clairement rejetée par le PJD. Après une
rencontre entre El Himma et Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD, Saadeddine Othmani,
ancien secrétaire général, déclare publiquement : « Il ne faut pas oublier que pendant qu’ils tiennent ce discours
conciliant avec nous, les gens du PAM bénéficient d’un soutien massif de la part de l’administration lors de cette
campagne… » (LJH 06/06/2009).

Du côté de la majorité, la réaction de rejet est plus difficilement observable. Sur le plan du
discours, la ligne officielle de ces partis consiste en un quiétisme juridiste, insistant sur le fait qu’El
Himma est un citoyen « comme les autres », et qu’il a de ce fait parfaitement le droit de fonder un parti.
Toutefois, si, comme le suggèrent les déclarations du PAM lors de son passage à l’opposition, les partis
de la majorité ont tout fait pour minimiser l’emprise du PAM sur la majorité, la réaction de rejet est
bien réelle. Ce discours quiétiste ne consisterait alors qu’en la façade d’unité que se doit d’afficher toute
majorité gouvernementale.

18
Notons que la neutralisation de l’USFP s’est confirmée le 4 janvier 2010 à l’aune du remaniement ministériel qui a vu
Driss Lachgar entrer au Gouvernement en tant que ministre chargé des relations avec le Parlement, alors que ce dernier
était, au sein de l’USFP, le chef de file de la ligne de rupture de la Koutla et du retour à l’opposition, et avait multiplié les
déclarations anti-PAM et les appels du pied au PJD,

16
Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

Le plébiscite des électeurs : les ressorts de la victoire du parti makhzénien

Sur le plan de ses performances électorales, le PAM enregistre des succès croissants. Outre les
élections législatives de septembre 2007, qui constituent l’acte de naissance du parti, celui-ci est présent
à quatre élections majeures : les législatives partielles de septembre 2008, les élections communales de
juin 2009, les élections des membres des chambres professionnelles de juillet 2009, ainsi que le
renouvellement du tiers des membres de la chambre des conseillers en octobre 200919. Mis à part lors
des législatives partielles de septembre 2008, où le parti enregistre un faible score (1 seul député sur les
sept sièges en jeu), certainement du fait de son inexpérience, il est arrivé en tête à toutes les échéances
suivantes20. Le plébiscite des électeurs est donc au rendez-vous, et permet de mieux comprendre
l’engouement que suscite le PAM auprès de parlementaires désireux, dans le cadre du « parti faire-
valoir », de capter la reconnaissance du pouvoir.

Notre étude se concentrera sur l’analyse des élections communales, car celles-ci constituent les
seules élections générales auxquelles a participé, jusqu’à présent, le PAM. Les observateurs
indépendants n’ayant, en outre, pas relevé d’infractions majeures le jour du vote (Le Collectif Associatif
pour l’Observation des Elections 2009), ces élections donnent donc l’image la plus fidèle de la
popularité du PAM auprès de l’électeur marocain, ainsi que de la stratégie électorale du parti à l’échelle
nationale. Nous tenterons de faire la lumière sur le succès du PAM par une analyse quantitative, puis
qualitative.

Ces élections visent à pourvoir les 27 809 sièges de conseillers locaux dans les 1 503 communes
que compte le Maroc. L’élection aboutit à la formation d’un Conseil communal, qui procède ensuite à
l’élection d’un Président de commune (le « maire »), lequel s’entoure d’un Bureau communal. Le
système électoral est assez complexe, car les modalités d’élection des Conseils communaux varient en
fonction de la taille de la commune. Lorsque la population communale ne dépasse pas 35 000 habitants,
les conseillers sont élus au suffrage uninominal à la majorité relative à un tour. Par contre, dans les
communes de plus de 35 000 habitants, les conseillers sont élus au scrutin proportionnel de liste, la
commune formant circonscription unique. Dans les villes de plus de 500 000 habitants, on procède à
l’élection d’un Conseil de la ville et de Conseils d’arrondissement, selon le scrutin proportionnel de liste.
Enfin, suite à la réforme du code électoral de novembre 2008, un seuil de 6% est introduit.

19
Les trois premières sont des élections directes. La dernière est l’une des nombreuses élections indirectes découlant des
élections communales. Nous l’avons retenue pour son importance, la chambre des conseillers constituant l’une des deux
chambres du Parlement.
20
Elections communales : premier avec 22% des voix ; élection des membres des chambres professionnelles : premier avec
18% des sièges ; renouvellement du tiers de la chambre des conseillers : premier avec 23% des sièges mis en jeu. Source :
Ministère de l’Intérieur (idem pour toutes les statistiques électorales).

17
Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

Quelques remarques liminaires s’imposent :


• La carte électorale fait du monde rural l’enjeu de la victoire. En effet, plus de 85% des
communes marocaines sont des communes rurales, pour seulement 41% de la population en
2006 (OMS). Le découpage favorise donc les partis les mieux implantés dans le monde rural.
Dans ce contexte, il convient de rappeler que les enjeux du vote rural diffèrent sensiblement
du monde urbain. Dans le monde rural, le vote est essentiellement notabiliaire, déterminé par
les liens sociaux, familiaux et tribaux du candidat plutôt que par son appartenance politique.
La clé du succès consiste donc, pour le parti, en l’attraction de ces notabilités dans son giron.
• Le mode de scrutin favorise les partis ruraux. Le scrutin uninominal dans les communes
de moins de 35 000 habitants a lui aussi un effet de majoritarisation. En revanche, dans les
communes de plus de 35 000 habitants, le scrutin proportionnel a de forts effets de
fragmentation. Les communes de moins de 35 000 habitants sont pour la plupart des
communes rurales. Le mode de scrutin y avantage les partis ruraux, comme le PI ou le RNI.
Dans les communes de plus de 35 000 habitants, le mode de scrutin tempère les différences
entre partis urbains et ruraux, empêche la formation d’une majorité claire, condition d’un
exercice efficace du pouvoir, et favorise les stratégies de coalition. (Democracy Reporting
International and Transparency Maroc 2009)
• Dans le cadre de la monarchie exécutive, l’enjeu des élections communales est quasi-nul.
En effet, la réalité du pouvoir, au niveau local, n’appartient pas à la commune, et aux
institutions élues, mais au caïd, et aux institutions nommées par le roi. La commune assume en
revanche la responsabilité de décisions prises à plus haut niveau. Par conséquent, l’enjeu de
l’élection consiste en la répartition de la rente politique, avec la contrepartie d’endosser la
responsabilité de la décision. L’élection constitue en outre un indicateur du climat politique, et
donc de la force virtuelle des différentes formations qui s’y présentent.

Le taux de participation atteint, pour ces élections, les 52%. Il est certes supérieur au taux
enregistré lors des législatives de 2007 (37%), et la presse ainsi que les principaux acteurs politiques
marocains se sont satisfait de cette progression, qui semble confirmer le regain d’intérêt des marocains
pour le politique. Toutefois, ceci peut s’expliquer par le fait que, de même que dans certaines
démocraties occidentales, l’enjeu local des élections mobilise plus les électeurs. D’autant plus que le
taux est en déclin continu depuis 1997, si on le compare aux résultats des précédentes élections
communales (75% en 1997, 54% en 2003). Aucun des partis, pas même le PAM, n’a donc réussi le pari
de ramener les Marocains vers la chose publique.

Dans ce contexte, la victoire du PAM aux élections ne fait aucun doute. Celui-ci arrive premier
tant en voix (18%) qu’en nombre de conseillers communaux (22%) ou en nombre de présidents de

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Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

communes (24%). Le mode de scrutin avantage le plus le PAM, dont la surreprésentation en conseillers
communaux est de 16%. Cette surreprésentation est surtout due au fait que le PAM soit le parti le plus
rural (88%). L’analyse empirique confirme en effet que le mode de scrutin avantage les partis ruraux : la
surreprésentation en sièges est positivement corrélée au taux de sièges ruraux, et ce de manière
significative (voir Figure 1). Il est enfin le deuxième parti le plus surreprésenté en termes de chefs de
commune (10%), derrière le RNI (12,5%) (voir Table 1). La surreprésentation en chefs de communes
permet d’estimer combien le parti a pu traduire son pouvoir au conseil en un pouvoir sur la commune.
Deux raisons complémentaires semblent pouvoir expliquer ce score. D’abord, le PAM s’est souvent
compromis, à l’image des autres partis, dans des coalitions souvent contradictoires au niveau national.
Le PAM s’est ainsi allié avec le PJD dans plusieurs communes, notamment à Marrakech, alors qu’à
Casablanca, c’est une alliance UC-PAM qui a été décisive pour évincer le PJD. Il va sans dire que de
telles pratiques semblent opposées au discours du parti (voir 1.2), qui suggère une pratique des
institutions, surtout à l’échelle locale, orientée vers plus d’efficience, et donc moins de coalitions.
Quelques mois avant le scrutin, M. Biadillah, secrétaire général du parti déclare d’ailleurs au cours d’une
interview : « Il faut que nos alliés partagent avec nous les valeurs qui forment le socle de notre formation. »
(L’observateur du Maroc (ODM) 25/03/2009). Ensuite, il est très probable que l’image de « parti du
roi », cultivée par le parti durant la campagne (voir ci-dessous), ait contribuée à augmenter son pouvoir
de négociation dans l’élection du président de commune.

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Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

Le profil sociologique des membres de bureaux communaux du parti est lui aussi en profonde
contradiction avec son discours. Sur la question du genre, le discours du parti, dans une optique de
modernité, fait de l’égalité des sexes l’une de ses priorités. A Marrakech par exemple, où Fatima Zahra
Mansouri devient la première maire du Maroc, le parti envoie un signal fort. Mais dans les faits, si le
PJD est le parti le moins féminin du Maroc (5%), il est talonné par le PAM (5,3%). De même, le PAM,
désireux de renouveler l’élite politique marocaine, fait de sa jeunesse un argument politique. Le
secrétaire général adjoint annonce d’ailleurs l’intention du parti de présenter aux communales « des édiles
jeunes, animés par la ferme volonté d’accompagner les importantes réformes que connaît le pays, et de barrer la route aux
nihilistes et aux obscurantistes » (site officiel du PAM www.pam.ma). A Marrakech toujours, la jeunesse de
la trentenaire Fatima Zahra Mansouri, a ainsi été perçue comme un signal fort. Dans les faits, le parti est
un peu plus vieux que la moyenne (45, 9 et 45,8 ans respectivement). Enfin, si dans une optique
technocratique, le discours du parti fait la part belle à la compétence et à l’expertise, dans les faits, le
niveau d’étude moyen au PAM est légèrement en dessous de la moyenne (voir Table 2).

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Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

L’analyse quantitative révèle donc que le succès du PAM est la résultante de facteurs très
classiques. Le PAM, très bien implanté dans le monde rural, bénéficie fortement de l’effet discriminant
du mode de scrutin. En outre, il noue avec succès des coalitions qui lui permettent de conquérir le
pouvoir. L’analyse qualitative confirme cette hypothèse et la nuance en même temps. Le PAM a, d’un
côté, bénéficié, tout au long de la campagne, de l’appui constant du Palais et de l’appareil administratif
local. Il a aussi eu recours, notamment en milieu rural, à des méthodes de campagne fortement ancrées
dans la pratique électorale marocaine, et consistant en la réutilisation de la symbolique traditionnelle et
monarchique pour transmettre un message d’identification entre le parti et le Palais. Il semble toutefois
qu’il est le premier parti marocain à avoir fait un usage aussi massif du marketing électoral moderne.

Si le soutien du Palais au PAM transparait déjà en filigrane dans une carte électorale qui
bénéficie au PAM plus qu’à aucun autre parti, il semble en outre que le parti a bénéficié du soutien de
l’appareil administratif local, contre ses adversaires, à toutes les étapes du processus électoral. Déjà lors
des élections législatives de 2007, un communiqué de la MAP du 7 août 2007 annonce la démission
d’El Himma du ministère de l’Intérieur et ajoute que celui-ci se présente comme candidat aux
législatives avec la bénédiction du roi. De plus, lors de la campagne d’El Himma à Rhamna, son
principal rival sur place, la coalition PSU-PADS-CNI l’accuse d’avoir bénéficié de l’appui de
l’administration locale : « On lui assure toute la logistique pour gagner. On a mis à sa disposition du matériel des
communes, y compris les tentes caïdales » (LJH 08/09/2007). Si, pour les élections communales, les
observateurs indépendants signalent, au nombre des infractions commises durant la période électorale,

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Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

« l’utilisation illégale des moyens de transport publics dans la campagne électorale », ainsi que « l’implication de certains
fonctionnaires de l’Etat pendant les horaires d’emploi » (Le Collectif Associatif pour l’Observation des
Elections 2009), il semble que ces infractions aient surtout favorisé le PAM. C’est du moins ce que
suggèrent les dérives relevées par les observateurs indépendants, la presse, ou des candidats de partis
adverses. Avant le début de la campagne officielle, Mohammed Sassi, membre dirigeant du PSU,
déclare dans la presse que dans sa circonscription (Yaacoub El Mansour, Rabat), le PAM « avait déjà,
grâce à l’ancien ministre délégué à l’Intérieur, plusieurs informations sur les réseaux qui existaient dans ce quartier. Les
enquêtes et prospections de ce ministère peuvent apporter des éléments précis sur ces réseaux. Ce sont des réseaux
d’intermédiaires et d’anciens conseillers qui encadrent et détiennent un certain nombre de voix » (LJH 25/07/2009). Il
ajoute que, durant la campagne, des manifestations du PAM en violation avec le code électoral n’ont
pas été sanctionnées, comme « un tracteur bondé d’enfants qui roule dans un boulevard au cœur de Rabat », ou
divers trafics de cartes électorales. Enfin, parmi les infractions relevées le jour même du scrutin : « Dans
certains bureaux, les moqaddems ont choisi les membres du bureau parmi les partisans du PAM ». Et M. Sassi
d’ajouter que, lors du dépouillement, les auxiliaires d’autorité auraient aussi manipulé les bulletins nuls
pour gonfler le score du PAM. Dans la phase postélectorale, menant à la désignation du président de
commune, deux incidents suggèrent encore le soutien de l’appareil administratif local, et même central,
au PAM. A Oujda, la presse dénonce des pressions exercées par la DST sur Fadwa Manouni,
conseillère du MP ayant rallié le PJD. Ces pressions auraient visé à empêcher la coalition MP-PJD de
gagner la ville, et aboutissent à la victoire de l’alliance PAM-PI à Oujda. Fadwa Manouni, dans une
vidéo publiée sur le site Youtube, qu’elle démentira par une nouvelle vidéo après avoir été portée
disparue pendant deux semaines, rapporte les pressions qu’elle a subie : « Une décision de Sa Majesté veut
que le PJD ne remporte pas la présidence (ndlr : du Conseil de la ville d’Oujda), parce que ce parti représente un danger
pour l’Etat » (LJH 11/07/2009). Le deuxième incident est relevé à Marrakech, où une élue du PAM,
Fatima Zahra Mansouri, a gagné la présidence du conseil. Cette victoire est d’importance pour le parti,
d’abord parce que c’est la seule grande ville qu’il a remporté, mais aussi parce que le fait que la
candidate soit la première mairesse du Maroc, ainsi que sa jeunesse (33 ans) contribuent lourdement à
l’image moderne du parti (voir 1.2). Rabii Kouatari, candidat du FFD à Marrakech, porte plainte devant
le tribunal administratif de Marrakech, pour dénoncer des irrégularités dans la circonscription de la
Ménara, où s’est présentée Mme Mansouri. Le 13 juillet, le tribunal invalide l’élection. La réaction du
Palais ne se fait pas attendre, et frappe l’administration locale : le wali (gouverneur) de Marrakech,
Mounir Chraïbi, est limogé. Le Palais envoie ici un signal fort : ce n’est pas le PAM qui est responsable
de ces irrégularités, mais l’administration locale, qui a donc joué ici le rôle d’un fusible, servant à
protéger l’image du PAM. Ce signal est bien compris par la Cour d’appel administrative de Marrakech,
qui, le 10 septembre, infirme le jugement de première instance.

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Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

Sur le plan du message communiqué lors de la campagne, celui-ci est finalement très classique
pour un parti makhzénien, puisque le parti revendique son identification avec le Palais21. – alors que
celle-ci est démentie à plus haut niveau, notamment au Parlement, ou dans la presse. Cette
identification ressort de manière très claire lors de la campagne d’El Himma pour les législatives de
2007 (LJH 08/09/2007). Il ne semble pas que, sur ce point, la ligne du parti ait connu d’inflexion
majeure lors des élections communales. En 2007, El Himma sillonne sa circonscription en 4x4 aux
vitres teintées, mimant ainsi les convois officiels du Palais. Il reprend aussi la symbolique de la
monarchie, utilisée, notamment, lorsque le roi intervient en sa qualité de Commandeur des croyants. Il
parcourt ainsi la circonscription vêtu d’une djellaba blanche et d’un tarbouche, embrasse les enfants, les
handicapés et les vieillards et clôture ses meetings avec un douâe (prêche) et des versets du Coran. Il
s’entoure en outre d’une foule de personnalités de premier plan, sportifs et artistes, tous félicités par le
roi pour leur performance22. El Himma laisse enfin entrevoir tout ce que sa relation privilégiée avec le
monarque laisse espérer en termes de reconnaissance par la monarchie et de captation des ressources
publiques. El Himma déclare ainsi lors d’un meeting : « Je ne suis pas là pour vous faire des promesses, mais
pour vous dire que je saurai porter votre voix à Rabat ». Le signal est clairement perçu par les électeurs de la
circonscription, qui qualifient El Himma de « candidat de Sidna » (le roi) et ponctuent la fin de ses
meetings de youyous et « ‘âch al-malik » (vive le roi). Certains croient même que celui-ci a été envoyé
directement par le roi pour faire de la région l’un des endroits les plus prospères du Maroc.

D’un autre côté, la campagne du PAM a abondamment recours à des méthodes de campagne
modernes : le parti adopte une campagne de proximité, délègue à des entreprises privées la gestion de
pans majeurs de la campagne, et utilise abondamment les NTIC ainsi que le marketing politique
moderne. Concernant la campagne de proximité, en 2007, El Himma parcourt l’ensemble des villages
que compte sa circonscription pour avoir un contact personnel avec l’ensemble des électeurs. En 2009,
le PAM a des bureaux sur l’ensemble du territoire. De plus, la logistique et la communication sont
externalisées, déléguées à des agences casablancaises. Concernant l’usage des NTIC et du marketing
politique moderne, la campagne d’El Himma en 2007 est retransmise en direct sur son site internet. En
2009, outre les classiques tracts et affiches, le parti a abondamment recours aux nouveaux supports de
communication, tels que casquettes, t-shirts, SMS, DVDs, internet, et démarchage par téléphone.

L’utilisation de ces méthodes modernes n’est pas une première pour le paysage politique
marocain. Concernant la campagne de proximité, cette méthode est en réalité inaugurée par le PJD
(Smaoui 2009). Concernant l’utilisation du marketing politique moderne, c’est le PPS qui ouvre la voie
21
Il est intéressant de noter que le message transmis lors des meetings contraste fortement avec le discours des dirigeants du
parti dans les médias de couverture nationale, la presse notamment, où ceux-ci rejettent fermement toute identification entre
le parti et le palais.
22
L’on relève, notamment, l'athlète Hicham El Guerrouj, les anciens footballeurs Bouderbala, Bassir, Zaki et Krimau, la
dramaturge Touria Jebrane et les comédiens Rachid Fekkak et Rachid El Ouali.

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Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

en 1994, en ayant recours aux services de l’agence de communication Pragma. En 2007, la majorité des
partis marocains adoptent ces méthodes. En revanche, la presse s’accorde en 2009 sur le fait que la
campagne du PAM est de loin la mieux organisée, et la plus réussie. L’on peut raisonnablement
supposer que le parti dispose de ressources financières bien supérieures à ses concurrents, ce qui
expliquerait le succès de la campagne du parti. En effet, il convient de rappeler que les partis ne sont
pas obliger de rendre public leur financement, et que les responsables du parti restent évasifs sur
l’origine de leurs fonds. En revanche, si l’on se rappelle la situation des plus hauts responsables du
PAM (voir 1.1), ainsi que les fonds dont a disposé la fondation Rhamna pour le Développement
Durable (voir 1.2), notre hypothèse semble assez réaliste.

Comme l’a révélé l’analyse quantitative, le succès électoral du PAM peut s’expliquer par des
facteurs très classiques, comme l’effet discriminant du mode de scrutin qui avantage les partis ruraux.
L’analyse qualitative confirme l’hypothèse : le succès du PAM est dû à la combinaison réussie du
soutien du Palais et de méthodes modernes pour faire passer un message familier à l’électeur, dans le
cadre du parti makhzénien : l’identification entre le parti et le Palais. Il semble donc que l’électeur
marocain a, dans le cadre de la monarchie exécutive, répondu de manière rationnelle à l’offre politique.
Celui-ci a en effet voté pour le parti qui est le plus capable, de par sa proximité avec le roi et l’appareil
administratif, de capter les ressources publiques et d’influer sur l’action publique.

Conclusion

Le PAM, couronnement d’une structuration progressive, regroupe trois profils idéal-typiques au


sein d’une structure autoritaire. Cette structure permet la domination de deux d’entre eux, les
« gauchistes » et les « démocrates makhzéniens » sur le troisième, les « politiques ». La composition du
parti, combinée à son discours, en correspondance totale avec l’agenda monarchique, montre que le
PAM est un parti makhzénien, qui regroupe tout ce que l’élite politique marocaine compte de
monarchiste. Le PAM est donc un « parti faire-valoir », sa proximité d’avec le palais apparaissant à ses
membres comme le moyen de saisir la reconnaissance et les faveurs du pouvoir, ainsi que de défendre
leurs intérêts économiques. D’autre part, le PAM parvient très vite à dominer le champ partisan. Son
succès se fait aux dépens des vieux partis makhzéniens (MP, RNI) et fragilise la majorité. Ennemi des
partis, il part seul à la conquête du pouvoir. Enfin, son succès électoral, certain, est la résultante de
facteurs très classiques : parti rural, le PAM est fortement avantagé par le mode de scrutin. Avec le
soutien constant de l’appareil administratif et des méthodes de campagne modernes, il fait de sa
proximité avec le Palais un élément central de sa campagne. Ceci séduit l’électeur rationnel qui, dans le
cadre de la monarchie exécutive, vote pour le parti qui est le plus capable d’influer sur l’action publique.

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Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

Avec le PAM, l’histoire semble donc se répéter, et il est justifié de voir dans celui-ci une version
actualisée du parti makhzénien, adaptée au nouveau style de gouvernance du roi Mohammed VI, où, à
la figure désormais classique du politique, s’ajoutent celles du gauchiste et du démocrate-makhzénien,
tous deux apparus dans les années 1990-2000. Nous pouvons dès lors nous risquer à prédire le scénario
suivant : au vu des performances électorales du parti et de sa domination sur les autres partis, il est
assez probable que celui-ci sorte vainqueur des élections législatives de 2012 et domine le champ
politique marocain. Mais l’alliance qui semble se dessiner entre la gauche de l’USFP et les islamistes du
PJD pourrait constituer le pilier central de l’opposition de demain. Toutefois, une interrogation
demeure, et concerne l’opportunité de la démarche : pourquoi recourir aujourd’hui au parti
makhzénien, alors que l’actuelle monarchie exécutive est déjà dominée par le roi, et ne semble pas
présenter de risque d’instabilité majeur ?

Bibliographie indicative :

Benaddi, H. (2000). Réflexions sur la transition démocratique au Maroc. Rabat: Centre Tarik Ibn Zyad pour les
études et la recherche.

Benkirane, Y. (2009). La normalisation politique de l’islamisme dans le royaume chérifien. Généalogie


et pratiques du Parti de la Justice et du Développement. Revue Averroès, n°1 , pp. 18-33.

Democracy Reporting International and Transparency Maroc. (2009). Comprehensive Assessment of the
Electoral Framework for Local Elections. Rabat.

Le Collectif Associatif pour l’Observation des Elections. (2009). Rapport préliminaire d’observation des
élections communales du 12 Juin 2009. Rabat.

Leveau, R. (1976). Le Fellah Marocain Défenseur du Trône. Paris: Presses de la Fondation Nationale des
Sciences Politiques.

Santucci, J.-C. (2006). Le multipartisme marocain entre les contraintes d’un « pluralisme contrôlé » et les
dilemmes d’un «pluripartisme autoritaire ». Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée .

Smaoui, S. (2009). La probité comme argument politique : la campagne du PJD à Hay Hassani,
Casablanca . Dans L. Zaki, Terrains de campagne au Maroc - Les élections législatives de 2007. Paris: Karthala.

Vairel, F. (2007). La transitologie, langage du pouvoir au Maroc . Politix .

Waterbury, J. (1975). Le Commandeur des Croyants (la monarchie marocaine et son élite). Paris: PUF.

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Revue Averroès, n°2 – Thème 1 : Les élections dans le monde arabe en 2009

Résumé

Le PAM, couronnement d’une structuration progressive, regroupe trois profils idéaltypiques au


sein d’une structure autoritaire. Cette structure permet la domination de deux d’entre eux, les
« gauchistes » et les « démocrates makhzéniens » sur le troisième, les « politiques ». La composition du
parti, combinée à son discours, en correspondance totale avec l’agenda monarchique, montre que le
PAM est un parti makhzénien, qui regroupe tout ce que l’élite politique marocaine compte de
monarchiste. Le PAM est donc un « parti faire-valoir », sa proximité d’avec le palais apparaissant à ses
membres comme le moyen de saisir la reconnaissance et les faveurs du pouvoir, ainsi que de défendre
leurs intérêts économiques. D’autre part, le PAM parvient très vite à dominer le champ partisan. Son
succès se fait aux dépens des vieux partis makhzéniens (MP, RNI) et fragilise la majorité. Ennemi des
partis, il part seul à la conquête du pouvoir. Enfin, son succès électoral, certain, est la résultante de
facteurs très classiques : parti rural, le PAM est fortement avantagé par le mode de scrutin. Avec le
soutien constant de l’appareil administratif et des méthodes de campagne modernes, il fait de sa
proximité avec le Palais un élément central de sa campagne. Ceci séduit l’électeur rationnel qui, dans le
cadre de la monarchie exécutive, vote pour le parti qui est le plus capable d’influer sur l’action publique.

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Abstract

As the coronation of progressive structuring, the PAM combines three ideal-typical profiles
within an authoritarian structure. This structure enables the domination of two of them, the “leftists”
and the “makhzenian democrats”, over the third, the “politicians”. The party’s composition, combined
with its discourse, in total correspondence with the monarchical agenda, shows that the PAM is a
makhzenian party that aggregates everything the Moroccan political elite holds as monarchist. The
PAM is therefore a “foil party”, its proximity to the palace appearing to its members as the means to
gain the regime’s recognition and favors, as well as to defend its economic interests. On the other hand,
the PAM is quickly dominating the partisan camp. Its success is built on the ruins of old makhzenian
parties (MP, RNI) and weakens the majority. As the enemy of parties, the PAM is alone in its road
towards political conquest. Finally, its certain electoral success is the result of very classical factors: as a
rural party, the PAM takes high advantage of the voting system. With the constant support of the
administrative apparatus and of modern methods of campaigning, it holds its proximity to the Palace as
a central element in its campaign. This seduces the rational voter who, within an executive monarchy,
votes for the party that is most able to influence public action.

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