Vous êtes sur la page 1sur 6

INTRODUCTION AU DROIT – CORRIGE DU DEVOIR D0002

CORRIGE DU DEVOIR D0002

CAS PRATIQUE
Monsieur Pierre Chimène vient vous voir pour vous demander :

1. Contre qui doit-il engager l’action ? Pourquoi ?

M. Chimène, avant d’agir en justice, doit désormais indiquer au juge les démarches qu’il a
accomplies afin de tenter de résoudre le litige à l’amiable : l’action en justice ne doit être que
le dernier recours quand les autres tentatives ont échoué. Ici, l’énoncé précise « qu’il est
impossible de s’entendre à l’amiable avec le vendeur », ce qui signifie que l’acheteur a bien
tenté une démarche amiable avant de décider d’agir devant une juridiction d’État. Il devra en
apporter les preuves dans sa citation en justice contre le vendeur.
Il devra à la suite de ces démarches et de leur preuve, engager la procédure contre la SARL
« Toute la technologie à domicile », personne morale qui sera représentée à l’instance par
son gérant. En effet, c’est bien la société qui est le « vendeur » au sens juridique du terme,
c'est-à-dire le cocontractant de M. Chimène. M. Badi est salarié de la SARL, il n’a donc pas
contracté personnellement avec l’acheteur, mais il l’a fait pour le compte de la SARL.

2. Devant quelle juridiction ? Pourquoi ?

M. Chimène doit choisir une juridiction de première instance, puisqu’il débute la procédure
d’action en justice.
La SARL est une société commerciale par la forme et M. Chimène a acheté le téléviseur en
tant que consommateur ayant agi pour des besoins civils. Le contrat de vente est un acte
mixte.
Dans le contrat de vente entre les parties, il figure une clause qui pourrait nous aider, mais
l’art. 48 CPC dispose que les clauses attributives de compétence territoriale ne sont valables
qu’entre commerçants. Or, ce n’est pas le cas ici, la clause attribuant compétence territoriale
à une juridiction parisienne est donc nulle et réputée non écrite. Il faut, alors, revenir aux
principes de droit commun qui permettent de fixer cette compétence : l’art. 42 CPC prévoit
que la compétence territoriale de droit commun revient au tribunal dans le ressort duquel se
situe le domicile ou le siège social du défendeur, donc ici celui du siège social de la SARL,
soit Paris ; l’art. 46 CPC donne cependant au demandeur la possibilité de déroger à cette
règle, en choisissant, en matière contractuelle, le tribunal dans le ressort duquel se situe le
lieu de livraison de la chose. Ici, le téléviseur a été livré au domicile des Chimène, à
Versailles.
La compétence matérielle dépend de la qualité des parties à l’acte, et puisque l’une est
commerçante et l’autre civile, on peut se poser la question de choisir entre une juridiction
civile (Tribunal judiciaire ou T.prox) ou une juridiction commerciale (TC).

EFC C0002

-1-
INTRODUCTION AU DROIT – CORRIGE DU DEVOIR D0002

En matière d’acte mixte, la compétence matérielle du juge dépend de qui est le demandeur
et de qui est le défendeur.

 Si le demandeur est commerçant face à un défendeur civil, il est obligé d’assigner le


civil devant une juridiction civile.
 Mais en l’espèce, c’est l’inverse, le demandeur est civil face à un défendeur
commerçant : le demandeur civil a alors le choix entre le tribunal d’instance ou le
tribunal de commerce, il fait comme il veut.

3. Un avocat sera-t-il obligatoire ? Les débats seront-ils publics ?

Un avocat n’est obligatoire ni devant le TJ ou T.prox ni devant le TC, juridictions


d’exception où la procédure est orale et beaucoup moins formaliste qu’au TJ, par exemple.
Mais il est, en pratique, vivement conseillé de se faire assister et représenter en justice par
un auxiliaire de justice, même dans les hypothèses où ce n’est pas une obligation légale.
Dans un objectif de loyauté externe du procès, le principe de la procédure civile
française veut que les débats soient publics, sauf dans les cas où la loi prévoit qu’ils
auront lieu à huis clos ou sauf si la loi permet au juge d’en décider autrement à la demande
des parties. Notre contrat de vente ne rentre pas dans les hypothèses légales qui obligent
ou qui autorisent le huis clos et d’ailleurs, rien ne justifie une demande en ce sens. Les
débats auront donc lieu en audience publique.

4. Par quel acte engager l’instance ? Que doit-il contenir ?

Au TJ (qui se substitue aux Tribunaux d’Instance et TGI) comme au TC, le moyen d’engager
une action en justice est l’assignation, que doit faire délivrer M. Chimène à la SARL, par
exploit d’huissier, avant de la faire mettre au rôle de la juridiction saisie.
Aux termes des articles 54, 56 et 648 du CPC, une assignation doit contenir à peine de
nullité, certaines mentions obligatoires renseignant sur le requérant, ainsi sur que l’huissier
de justice, le tribunal saisi et l’objet de la demande

 la date ;
 l’identité de l’huissier et sa signature ;
 l’identité du demandeur ;
 l’identité du défendeur ;
 la domiciliation du demandeur ;
 celle du défendeur ;
 la juridiction devant laquelle l’affaire est portée (nature, lieu de son siège, date ou
délai de comparution) ;
 l’objet de la demande avec un exposé des moyens en fait et en droit : c’est le
dispositif ou encore le libellé de l’acte ;
 les possibilités de se faire assister ou représenter ;
 l’indication que faute de comparaître, le défendeur s’expose à ce que le jugement
soit rendu contre lui, sur les seuls éléments fournis par l’adversaire.

EFC C0002

-2-
INTRODUCTION AU DROIT – CORRIGE DU DEVOIR D0002

 les diligences entreprises en vue de parvenir à une résolution amiable du litige.


L’assignation « à toutes fins » comporte en plus des mentions de l’assignation ordinaire :

 le lieu, jour et heure de l’audience à laquelle la conciliation sera tentée (TI) ou


l’affaire sera appelée (TC et TI si le demandeur ne demande pas la conciliation
préalable) ;
 si le demandeur réside à l’étranger, les noms, prénoms et adresse de la personne
chez qui il élit domicile en France.
Elle doit être délivrée au moins 15 jours avant la date de l’audience, sinon elle est caduque.
Précisons que devant le TI, on peut également utiliser la procédure de la simple déclaration
au greffe, quand le litige est inférieur à 4 000 euros, mais ce n’est pas le cas en l’espèce.
5. Que doit-il demander et que le défendeur peut-il répliquer ?
Il n’y a aucune clause de garantie contractuelle du matériel stipulée dans le contrat de vente.

a. M. Chimène va donc devoir utiliser les mécanismes de la garantie légale.


Sans entrer dans le détail de toutes les actions possibles en matière de vente, on peut tenter
de choisir pour lui entre plusieurs possibilités.
1. Attaquer le contrat sur le terrain de sa formation : il faudrait alors pouvoir prouver que
le contrat est affecté d’un vice du consentement (notamment le dol du vendeur), qui
entraînerait la nullité du contrat.
2. Il vaut mieux tenter d’attaquer le contrat sous l’angle de sa mauvaise exécution par
le vendeur. Ainsi, on peut obliger en justice le vendeur à respecter les obligations qui pèsent
sur lui dans la vente : la délivrance conforme et la garantie des vices cachés.

 satisfaire à l’obligation de délivrance ne se résume pas à mettre la chose vendue


à la disposition de l’acheteur, mais cela comprend également le devoir de délivrer
une chose qui soit conforme à celle prévue au contrat. C’est l’obligation de
conformité qui pèse sur le vendeur. Le vendeur n’aurait donc pas respecté son
obligation de conformité, ce qui conduirait à la résolution du contrat ;
 satisfaire à l’obligation de garantie concerne en l’espèce la garantie légale des
vices cachés (art. 1641 et s. C. Civ.). Cela s’applique parfaitement au cas proposé :
le téléviseur est affecté d’un vice caché qui le rend inutilisable, ce vice va donner lieu
ici à une action dite rédhibitoire (anéantissement du contrat avec restitution de la
chose, en contrepartie du remboursement du prix) et à l’allocation de dommages et
intérêts puisque le vendeur professionnel est irréfragablement présumé connaître
l’existence du vice. Cette action doit être intentée dans le bref délai de deux ans
après la découverte du vice (art. 1648), mais elle répond bien aux attentes de
M. Chimène.

b. Le défendeur peut répliquer :

 soit par des exceptions de procédure avant toute défense au fond : par exemple,
soulever l’incompétence du tribunal d’instance car il est commerçant ;

EFC C0002

-3-
INTRODUCTION AU DROIT – CORRIGE DU DEVOIR D0002

 soit par des défenses au fond : invoquer son absence de faute (mais c’est inopérant
en garantie des vices cachés), prétexter une faute de M. Chimène ou de son fils
ayant endommagé le matériel (mais encore faut-il la prouver), appeler en garantie le
transporteur du téléviseur ou directement son fabricant pour se dégager de sa propre
garantie… ;
 soit par une demande reconventionnelle : exiger de M. Chimène le paiement des
sommes pour lesquelles un crédit a été consenti tant que le juge n’a pas donné
raison à l’acheteur, en vertu du principe que nul ne peut se faire justice à soi-même..

6. La décision sera-t-elle rendue en premier ou en dernier ressort ?


Pourquoi ?

Le TI et le TC jugent en premier et dernier ressort, c'est-à-dire sans possibilité d’appel, les


litiges dont le montant est inférieur ou égal à 4 000 euros.
En l’espèce, le litige s’élevant à 6 800 euros (5 300 au fond plus 1 500 de dommages et
intérêts), nous sommes au-dessus de ce taux. La décision est donc rendue en premier
ressort et l’appel devant la cour d’appel est possible.

7. Si M. Chimène obtient gain de cause, quand et comment la décision


deviendra-t-elle exécutoire ?

Le jugement du tribunal ne deviendra exécutoire qu’au minimum un mois après que


M. Chimène aura levé la grosse et l’aura fait signifier à son adversaire. Ce délai de un mois
est le temps dont dispose la SARL pour faire appel du jugement rendu, devant la cour
d’appel dans le ressort de laquelle siège la juridiction qui a rendu la décision attaquée.
Or, l’appel étant une voie de recours ordinaire suspensive d’exécution, le jugement ne peut
pas devenir exécutoire avant que le délai d’exercice de la voie de recours suspensive ne soit
écoulé.
Par ailleurs, si un appel est interjeté, la nouvelle instance qui s’engage suspend l’exécution
de la décision de première instance.
On peut cependant remédier à « l’effet suspensif d’exécution du délai d’exercice des voies
de recours, ou de leur exercice » en demandant au juge de première instance d’assortir sa
décision de l’exécution provisoire.

8. Et si jamais c’était l’adversaire qui agissait le premier devant le TC de


Paris, que pourrait faire M. Chimène, alors défendeur, pour contester la
compétence de ce tribunal ?

L’idée est de discuter, avant toute défense au fond, de la compétence du tribunal en arguant
de la nullité de la clause attributive de compétence (voir ci-dessus), dans une exception de
procédure.

EFC C0002

-4-
INTRODUCTION AU DROIT – CORRIGE DU DEVOIR D0002

M. Chimène doit faire valoir, qu’en tant que personne civile, les clauses attributives de
compétence territoriale sont nulles à son encontre et que les clauses attributives de
compétence matérielle lui sont inopposables, car le demandeur commerçant ne peut pas
l’attraire contre son gré devant la juridiction commerciale.

9. Quelle serait ensuite la voie de recours ouverte à M. Chimène, si le TC


de Paris s’estimait compétent mais sans statuer sur le fond ? Même
question si le TC de Paris s’estimait compétent et statuait sur le fond ?

a. Première hypothèse
Si le juge n’a tranché que la compétence et pas le fond du litige, c’était autrefois le contredit
de compétence qui était la voie de recours adéquate.
Le décret n° 2017-891 du 6 mai 2017 a réformé l'appel en mettant fin au régime dérogatoire
du contredit et en supprimant cette voie de recours particulière : les décisions tranchant des
exceptions d'incompétence relèvent désormais directement de l'appel.

b. Deuxième hypothèse
Si le juge a tranché, à la fois, la compétence et le fond du litige, il faut aussi passer par la
voie de l’appel pour contester l’ensemble de la décision.

10. Enfin, si les deux protagonistes du litige saisissaient la justice en


même temps, chacun devant une juridiction différente, comment
s’appellerait cette situation ? Comment y remédie-t-on ?

On dit qu’il y a litispendance lorsque le même procès que celui dont le tribunal est saisi, est
porté simultanément devant une seconde juridiction également compétente pour en
connaître.
C’est un cas de conflit positif et l’affaire en entier est attribuée à la juridiction qui a été saisie
la première si les deux juridictions sont du même degré, ou à la juridiction la plus élevée
dans la hiérarchie judiciaire si les deux juridictions ne sont pas du même degré.

Attention : signalons ici une erreur fréquente, mais grave, à ne pas commettre dans cette
réponse. Elle montre, en effet, une bien mauvaise compréhension de l’ensemble de notre
organisation juridictionnelle. La solution attendue pour résoudre la litispendance n’est pas le
recours au Tribunal des conflits.
Le Tribunal des conflits n’est absolument pas compétent pour trancher une situation de
litispendance : il n’intervient que pour trancher les (rares) conflits de compétence entre
l’ordre juridictionnel administratif et l’ordre juridictionnel judiciaire, et pour attribuer le litige
aux juridictions de l’un des deux ordres.
Il n’intervient donc jamais pour trancher un litige entre deux juridictions appartenant au
même ordre, ni pour l’attribuer à l’une ou l’autre de ces juridictions.

EFC C0002

-5-
INTRODUCTION AU DROIT – CORRIGE DU DEVOIR D0002

EFC C0002

-6-

Vous aimerez peut-être aussi