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Frise chronologique du paléolithique (inférieur, moyen, supérieur) à l’âge des métaux.

La Préhistoire, trop longue pour être appréhendée dans son ensemble, est divisée en fonction de l’évolution de l’humanité :
• Le Paléolithique (≈ -3 300 000 – -14 500) couvre toute la période pendant laquelle l’homme est nomade et chasseur-cueilleur. Il commence
avec l’apparition des premiers outils utilisés par les hominidés pour s’achever avec le ralentissement du nomadisme d’Homo sapiens. Il est
généralement découpé en trois ou quatre périodes majeures :

Frise chronologique du Paléolithique, partie 1 :


Des premiers outils des hominidés au ralentissement du nomadisme d’homo sapiens
• Le Paléolithique archaïque (≈ -3 300 000 – -1 760 000) débute avec les premières pierres taillées et s’achève avec celle du biface.

• Le Paléolithique Inférieur (≈ -1 760 000 – -450 000) délimite la période au cours de laquelle les hominidés ont perfectionné le biface, jusqu’à
la maîtrise du feu.
• Le Paléolithique Moyen (≈ -450 000 – -45 000) est marqué par l’apparition de nouvelles techniques de taille de pierre, des premières
sépultures et parures. Il s’étend jusqu’à la fin de l’expansion d’homo sapiens de l’Afrique vers l’Asie et l’Océanie.
• Le paléolithique supérieur (≈ -45 000 – -14 500) court de l’arrivée d’homo sapiens en Europe, jusqu’à la fin du nomadisme. C’est la période
la plus riche en matériel archéologique avec l’explosion de l’art pariétal et mobilier.

Frise chronologique du Paléolithique, partie 2 :


De l’arrivée d’homo sapiens en Europe à la sédentarisation
• Le Mésolithique (≈ -14 500 – -8 500) voit la sédentarisation d’Homo sapiens.
• Le Néolithique (≈ -8 500 – -3 000) désigne la période où Homo sapiens devient agriculteur, puis éleveur. Les outils en pierre polie se
généralisent et précèdent le mégalithisme.
• L’âge du bronze (≈ -3 000 – -1 100) est une période complexe à dater; les foyers culturels ne se développent pas tous au même moment sur la
planète et n’ont pas une évolution linéaire. Il commence vers – 3 000 en Anatolie, mais 1 000 ans plus tard en Chine. Il se caractérise par le
développement de la fusion du métal et la création d’alliages.
• L’âge du fer, par convention, débute vers – 1 100 dans le monde méditerranéen. Mais, là encore, l’utilisation du fer ne débute pas partout au
même moment. La fin de cette dernière période est également difficile à cerner, car elle débute dans certaines zones géographiques, alors que
d’autres sont déjà entrées dans la Période Historique avec l’apparition de l’écriture.

Frise chronologique du néolithique et de l’Âge du Bronze :


De la sédentarisation aux premiers usages des métaux
2. Le Paléolithique Supérieur : la naissance de l’art ?

Dessins des dernières Vénus paléolithiques découvertes, encore étudiées, faisant polémique
Le Paléolithique Supérieur est la période au cours de laquelle l’art foisonne. Il serait plus juste de dire que c’est la période pour laquelle nous avons la
plus grande quantité de matériel archéologique, les techniques et les formes les plus diversifiées, l’apparition de l’art figuratif avec des
représentations d’un réalisme et d’une finesse d’exécution parfois impressionnants.
Par convention, l’art serait donc apparu durant cette période. Mais ce n’est pas exact. De récentes découvertes remettent en question ce postulat. La
Vénus de Berekhat Ram (≈ – 230 000), trouvée sur le plateau du Golan en actuelle Israël, datée d’environ -230 000 ou la Vénus de Tan-Tan (≈ -500
000 / -300 000), découverte dans la vallée du Draa au Maroc, créent de houleux débats au sein de la communauté scientifique. De plus, rien n’infirme
que les homo n’aient pas créé d’œuvres à l’aide de matériaux périssables comme les végétaux ou le bois.
L’art préhistorique est divisé en trois principales catégories :
• L’art pariétal regroupe toutes les représentations réalisées sur des parois de grottes ou abris sous roches
• L’art rupestre ou pétroglyphe rassemble les œuvres (peintures, gravure et même bas-reliefs) réalisées sur des rochers en plein air
• L’art mobilier englobe toutes les productions artistiques que nos ancêtres encore nomades pouvaient transporter lors de leurs migrations
(armes, outils, parures, sculpture principalement).

3. Comment peindre au Paléolithique Supérieur ? D’une vision linéaire au relativisme


Paroi de la grotte Chauvet représentant chevaux, aurochs et rhinocéros
Il a longtemps été admis que l’art suivait une évolution quasi linéaire : des formes simples vers formes les plus complexes, des représentations
simplistes aux plus sophistiquées. Cette conception induite par notre approche darwinienne de l’évolution de l’Homme, a volé en éclat avec la
découverte de la grotte Chauvet. Inventée (terme consacré dans le langage archéologique) en 1994, elle contient plus d’un millier de représentations
d’une qualité et d’un réalisme saisissants. Elle est pourtant l’une des plus anciennes grotte ornée au monde et précède de près de près de 18 000 ans la
grotte de Lascaux pourtant surnommée « la Chapelle Sixtine de la Préhistoire » (expression très marketing destinée à inciter à la visite). Les
archéologues conviennent donc maintenant qu’il n’y a pas d’évolution de l’art pariétal, mais simplement des caractéristiques propres à chaque
grotte ornée et une diversité de formes. Il en est de même sur le plan technique. Que ce soit la peinture, la gravure ou le bas-relief, les techniques se
sont côtoyées dès le début. Suivant les grottes, certaines prédominent sur d’autres en fonction des choix réalisés par les artistes.

Des techniques déjà pensées et élaborées


On a également pensé que l’homme préhistorique peignait de manière spontanée, en fonction de son inspiration. Il n’en est rien non plus. Les peintures
sont souvent réalisées sans retouches. Cela indique que les artistes devaient être sûrs de leur technique pour appliquer les pigments sans repentir. Ils
devaient donc s’entraîner, se former. De plus, aller au fond d’une grotte, sans lumière naturelle pour peindre à des hauteurs dépassant la taille d’un
être humain, pour appliquer des couleurs en geste précis ne se faisait pas sur un coup de tête. Par comparaison, les graffeurs d’aujourd’hui ne créent pas
leurs œuvres sur une impulsion. Ils préparent leur composition, choisissent avec soin leurs couleurs et leurs supports. Homo sapiens opérait de la même
manière. Il devait déjà prévoir un système d’éclairage pour pénétrer dans la grotte, l’explorer et repérer les parois qu’il ornerait. Ensuite, il lui fallait
choisir ses motifs et préparer ses couleurs.
Lampe brûloir Issu de la grotte de Lascaux Musée National de la Préhistoire, Les Eyzies-de-Tayac, France
L’homme préhistorique devait donc déjà trouver ses pigments, pour enfin préparer ses couleurs lui-même. Charbon de bois ou oxyde de manganèse
pour les noirs, ocres variant du jaune-orangé au rouge-brun suivant leur teneur en oxyde de fer. Peindre nécessitait aussi des outils : pinceaux
végétaux, pierre taillées pour graver, matériaux permettant de se hisser en hauteur, source de lumière. Astucieux il se servait également de sa main pour
composer des formes, utilisait la technique de la peinture soufflée.
La visite de la grotte de Niaux illustre bien la complexité de la tâche : une grotte longue de 4 km au bout de laquelle on trouve le Salon Noir. Son nom
est dû à la quasi monochromie des peintures, mais aussi au fait que l’on s’y trouve dans le noir absolu. C’est l’une des rares grottes originales que l’on
peut encore visiter. C’est un périple qui se fait à l’aide de lampes torches diffusant une lumière spécifique, pour préserver les peintures. Certains guides
plongent les visiteurs dans ce noir absolu, expérience unique et prégnante, qui fait prendre conscience des difficultés que devaient surmonter les artistes
préhistoriques pour parvenir à s’exprimer.

4. Que peint-on au Paléolithique Supérieur ? Une représentation du monde vivant


Représentation pariétale de cheval, Grotte de Lascaux, Montignac-sur-Vézère, France
Les grottes ornées représentent des animaux. Les plus fréquents sont des chevaux, bisons, cerfs et aurochs. On trouve aussi parfois des ours et des lions
des cavernes, des bouquetins. Plus rarement, les artistes ont peint des oiseaux, poissons, loutres ou marmottes. Ce bestiaire est présenté pour lui-même,
sans être inscrit dans un paysage. C’est l’animal qui intéresse le peintre, pas le contexte.
Dans certaines grottes, comme Niaux, Alta-Mira ou Pech-Merle, les artistes ont utilisé les aspérités des parois pour donner du relief aux mammifères.
Ainsi, dans la Salon Noir de la grotte de Niaux, on peut admirer un bison dont l’encolure est marquée par un léger renfoncement du mur, ce qui lui
confère un relief tout particulier. L’artiste l’a également doté d’un œil qui semble suivre le mouvement du spectateur. Les bisons de la grotte d’Alta-
Mira, pour leurs part, sont peints sur des reliefs cylindriques, donnant l’impression de regarder un troupeau au repos vu de haut.

Et déjà une capacité à l’abstraction

Typologie des signes du paléolithique supérieur, répertoriés en France d’après les recherches de Genevieve von Petzinger
Autour des ces animaux, on trouve parfois des mains en positif (trempées dans les pigments) ou en négatif (main servant de pochoir autour de laquelle
de la peinture est soufflée). Il y a également de nombreux signes : points, traits, grilles, flèches. Tout un langage dont nous ne savons rien et qu’il
est impossible, pour le moment, d’interpréter.
L’art pariétal est donc bien une tâche complexe qu’Homo Sapiens avait déjà les capacités d’accomplir. Les difficultés matérielles ne laissent aucun
doute sur une intention consciente, une volonté affirmée. Enfin, il était doué de capacités d’organisation, de planification, d’un imaginaire
symbolique et de capacités d’abstraction comme en témoignent les signes et symboles.
5. Que sculpte-t-on au Paléolithique Supérieur ? Les Vénus paléolithiques

Vénus de Willendorf (-24 000 à -22 000), Calcaire, 11 cm, Musée d’histoire naturelle de Vienne, Autriche, Photo : Don Hitchcock, 2015
Les plus anciennes sculptures représentent essentiellement des femmes. Les statuettes sont connues sous le vocable « vénus paléolithiques ». On en
dénombre près de 250 à ce jour (hors Vénus de Berekhat Ram et de Tan-Tan qui font encore polémique). Elles ont été découvertes essentiellement
entre les Pyrénées et la Russie, autour de la Méditerranée. Elles sont particulièrement concentrées dans les zones pyrénéo-aquitaine et rhéno-
danubienne. Leur production s’étale sur près de 25 000 ans (≈ – 37 000 à – 12 000). Elles sont réalisées dans des matériaux variés (os, ivoire, pierre,
terre cuite).
Si leur esthétique diffère, elles possèdent des caractéristiques communes. Elles sont de petites tailles, entre 3 et 25 cm, pour être faciles à transporter
par un Homo sapiens encore nomade et chasseur-cueilleur. Beaucoup sont des sculptures portatives. Certaines, comme la Vénus de Hohle Fels, ont été
conçues pour être portées en pendentifs, comme des amulettes.
Une esthétique choisie
La plupart d’entre elles a des parties du corps sur-développées : hanches, seins, abdomen, fesses cuisses. En revanche, d’autres parties du corps sont
à peine esquissées comme les bras, les pieds ou la tête. Non pas que nos ancêtres ne savaient pas les représenter, on peut constater avec la Dame de
Brassempouy qu’ils étaient capables d’une grande finesse d’exécution. Ils ont délibérément choisi d’accentuer certains traits. Mais il est difficile
aujourd’hui de savoir à quel usage ces sculptures étaient destinées. Les chercheurs pensent qu’elles incarnaient la fécondité à laquelle nos ancêtres
auraient voué un culte. En l’absence d’autres hypothèses crédibles, c’est la plus acceptée. Mais il n’y a actuellement pas d’éléments scientifiques pour
étayer cette théorie. On ne sait pas si ce culte concernait spécifiquement la procréation et la maternité. Il pourrait aussi s’agir d’une représentation de
la fertilité de la terre, mère nourricière des chasseurs-cueilleurs.
Les archéologues les on retrouvées essentiellement sur des lieux de vie, parfois proches de sépultures, mais jamais dans des tombes. On peut donc en
déduire, en l’état actuelle des connaissances, qu’elles accompagnaient les vivants et non les morts. Certaines ont été découvertes dans des contextes
évoquant des rituels. A défaut d’information sur ces éventuels rituels, il est délicat de fournir une interprétation.
Les seules certitudes que nous ayons est qu’Homo sapiens (et peut-être même déjà les derniers homo erectus) disposaient d’une faculté d’abstraction,
d’un imaginaire symbolique et de valeurs centrées sur la vie. Nos ancêtres n’étaient donc pas si éloignés de l’homme moderne dans leur relation au
monde qui les entourait. Seules les techniques ont évolué.

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