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J JA N V IE R

1911

BENARES

3 A

OMMEN

oût 1929

LA DISSOLUTION DE L’ORDRE DE L’ETOILE

UNE DÉCLARATION DE J. KRISHNAMURTI

THE STAR PUBLISHING TRUST *

EERDE

OMMEN

* HOLLANDE

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L’Ordre de l’Étoile d'Orient avait été fondé à Bénarès en 1911, dans "l'attente de la venue d'un Grand Instructeur". Cette espérance messianique reposait sur le jeune Krishnamurti, alors âgé de quinze ans, que Madame Annie Besant, Présidente de la Société Théosophique, avait été la première à distinguer.

Ardemment assoiffé de vérité, Krishnamurti n'eut dès lors qu'un seul but, vers lequel il concentra intensément toute sa vitalité : comprendre, savoir, sa­ voir par lui-même, savoir tout. A chaque question qu'on lui posait sur son rôle

futur, il répondait qu'il ne savait encore rien. Serait-il un Médiateur entre une

Entité Surhumaine et les hommes ?

sauf qu'il voulait

d'une conscience supérieure à la sienne ? Il ne savait rien savoir tout.

Son corps deviendrait-il le "véhicule"

En janvier 1927, après seize années de recherches et d'angoisse spirituelle, il trouva enfin sa délivrance : l'union avec la Vie. Alors seulement commença-t-il à s'exprimer. Étant libéré, il devint le libérateur.

Ce changement radical provoqua les réactions les plus diverses. Les uns comprirent quelque chose ; d'autres, plongés dans leurs théories et leurs sys­ tèmes, ne comprirent rien. "Le messie des théosophes" comme l'appelaient les journaux, était plus déconcertant pour ceux qui lui avaient préparé un cadre, que pour l'homme de la rue.

En présence de cet état de choses, Krishnamurti (qui se trouvait être le Chef de l'Ordre), décida de le dissoudre.

Nous reproduisons ici le discours où il prononça cette dissolution et en ex­ pliqua les raisons. Nous pensons que la position prise ici par Krishnamurti est importante en soi, plus importante que l'objet même du discours puisque le public ne connaissait pas cette organisation.

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LA DISSOLUTION DE L'ORDRE DE L'ETOILE

UNE

DÉCLARATION

DE J. KRISHNAMURTI

Ce matin, nous allons discuter la dissolution de l’Ordre de l’Étoile. Beau­ coup vont être contents, d’autres en seront affligés. Mais il ne s'agit pas ici de joie ni de tristesse, puisque cette dissolution est inévitable, comme je vais vous le démontrer.

Peut-être vous souvenez-vous de cette histoire du diable et de son ami. Ils marchaient dans la rue : et ils aperçurent un homme qui se baissait pour ra­ masser quelque chose et le mettre dans sa poche. L'ami dit au diable : "Qu'est- ce que cet homme vient de ramasser ? "Un petit bout de Vérité" répondit le diable. "Mauvaise affaire pour vous" remarqua l'ami. "Pas du tout répliqua le diable, car je le lui laisserai organiser".

La Vérité est un pays sans chemins, que l'on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu'elle soit : aucune religion, aucune secte. Tel est mon point de vue : et je le maintiens d’une façon absolue et inconditionnelle. La Vérité, étant illimitée, inconditionnée, inapprochable par quelque

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sentier que ce soit, ne peut pas être organisée. On ne devrait donc pas créer d'organisations qui incitent les hommes à suivre un chemin particulier. Si vous comprenez bien cela dès le début, vous verrez à quel point il est impossible d'organiser une croyance. Une croyance est une question purement indivi­ duelle, et vous ne pouvez ni ne devez l'organiser. Si on le fait, elle devient une religion, une secte, une chose cristallisée, morte, que l'on impose à d'autres. C'est ce que tout le monde essaie de faire. La Vérité est ainsi rétrécie et trans­ formée en un jouet pour ceux qui sont faibles, pour ceux dont le mécontente­ ment n'est que momentané. La Vérité ne peut pas être rabaissée au niveau de l'individu, mais c'est bien plutôt l'individu qui doit faire l'effort de s'élever jus­ qu'à elle. On ne peut pas amener dans la vallée le sommet de la montagne. Si on veut l'atteindre, il faut prendre par la vallée, grimper les pentes raides, sans craindre le danger des précipices. Il faut monter vers la Vérité : elle ne peut pas être abaissée vers vous, organisée pour vous. Si c'est par son organisation qu'une idée vous a intéressé, cela prouve que l’intérêt n'était ici qu'extérieur. L’intérêt qui ne naît pas de l'amour de la Vérité pour elle-même est sans valeur. L’organisation devient un cadre : pour la commodité des membres qui s'y in­ sèrent. Ils ne s’efforcent plus vers la Vérité, vers le sommet

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de la montagne, mais ils se creusent une niche confortable dans laquelle ils se placent, ou se font placer, pensant qu'ainsi l'organisation les conduira à la Vé­ rité.

Voilà la première raison, pour laquelle, à mon point de vue, l'Ordre de l'Étoile doit être dissout. Malgré quoi, vous allez probablement fonder quel- qu'autre Ordre, vous continuerez à appartenir à d'autres organisations qui cherchent la Vérité. En ce qui me concerne je ne veux appartenir à aucune or­ ganisation. Il est bien entendu qu'il ne s'agit pas ici des organisations maté­ rielles, mécaniques, qui sont utiles, et même indispensables comme par exemple, si je prends un train pour me mener à Londres, ou si j'emploie la poste ou le télégraphe. Toutes ces choses ne sont que des machines, elles n'ont absolument rien à voir avec la spiritualité. Je le répète, aucune organisation ne peut conduire les hommes à la vie spirituelle.

Si l'on crée une organisation dans ce but, elle devient très vite une béquille, une entrave qui mutile l'individu, et l'empêche de grandir, d'établir sa person­ nalité unique : laquelle réside dans la découverte, pour lui-même, de cette véri­ té, absolue, inconditionnée. Telle est la seconde raison pour laquelle j'ai décidé puisque je me trouve être le chef de l'Ordre, de le dissoudre. Personne n'a pesé sur ma décision.

Il n'y a rien là de tellement extraordinaire

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puisque je ne veux pas de disciples. Dés le moment que l'on suit quelqu'un, on cesse de suivre la Vérité.

Je ne me préoccupe pas de savoir le cas que vous faites de ce que je dis. Je veux faire une certaine chose dans le monde, et je la ferai avec une invariable fixité de concentration. Je ne veux m'occuper que d'une seule chose essentielle : libérer l’homme. Le libérer de toutes les cages, de toutes les craintes, et non pas au contraire fonder de religion, ni de secte, ni proposer de nouvelles théories philosophiques.

Vous allez naturellement me demander pourquoi je parcours le monde en parlant. Je vais vous le dire.

Ce n'est pas pour être suivi, ce n'est point par le désir de me composer un groupe spécial de disciples choisis. Les hommes aiment tellement à se distin­ guer de leurs semblables, fût-ce par les différences les plus ridicules, les plus mesquines, les plus absurdes ! Cette absurdité, je ne veux pas l'encourager. Je n'ai pas de disciples, je n'ai pas d'apôtres : ni sur terre, ni dans le domaine de la spiritualité.

Ce n'est pas non plus le désir de l’argent ni de la vie confortable qui me mène. Si je voulais avoir une vie confortable, je n'irais pas dans des camps, ni dans des pays humides. Je parle en toute franchise, car je désire que ces choses soient établies clairement une fois pour toutes. Je ne veux pas continuer, d'an­ née en année, des discussions enfantines.

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Un journaliste qui m’interviewait trouvait extraordinaire de dissoudre une organisation composée de milliers et de milliers de membres. Il disait : "Que ferez-vous ensuite ? Comment vivrez-vous ? Vous n'aurez plus personne pour

vous suivre ; on ne vous écoutera plus." Eh bien ! moi je vous dis :

que cinq personnes qui veuillent entendre, qui veuillent vivre, dont les visages soient tournés vers l'éternité ce sera suffisant." A quoi cela sert-il d'avoir des milliers de personnes ne comprenant pas, définitivement embaumées dans leurs préjugés, ne voulant pas la chose neuve, originale, mais la voulant tra­ duite, ramenée à la mesure de leur individualité stérile et stagnante ? Je vous parle avec une certaine violence, mais je vous prie de bien m'entendre, ce n'est pas par manque de compassion. Si vous allez consulter un chirurgien, n'est-ce

n'y a

S'il

pas une bonté de sa part de vous opérer, même s'il vous fait mal ? C'est ainsi que, si je vous parle sans détours, ce n'est point par manque d'amour, au contraire.

Comme je vous l'ai déjà dit, je n'ai qu'un but : rendre l'homme libre, l'inciter à la liberté, l'aider à s'affranchir de toutes les limitations, car cela seulement lui donnera le bonheur éternel, la réalisation inconditionnée du soi.

C'est précisément parce que je suis libre, inconditionné, intégral, parce que je suis la Vérité : non

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point partielle, ni relative, mais entière, la Vérité qui est éternelle, c'est pour cela que je désire que ceux qui cherchent à me comprendre soient libres. Et non pas qu'ils me suivent, non pas qu'ils fassent de moi une cage qui devien­ drait une religion, une secte. Ils devraient plutôt s'affranchir de toutes les craintes : de la crainte des religions, de la crainte du salut, de la crainte de la spiritualité, de la crainte de l'amour, de la crainte de la mort, de la crainte même de la vie. Comme un artiste qui peint un tableau parce que c'est son art qui est sa joie, son expression, sa gloire, son épanouissement, c'est ainsi que j'agis, et non pas pour obtenir quoi que ce soit de qui que ce soit.

Vous êtes habitués à l'autorité, ou à l'atmosphère de l'autorité : vous attendez d'elle de vous faire accéder à la vie spirituelle. Vous croyez, vous espérez, qu'un autre, par des pouvoirs extraordinaires - un miracle - va vous transporter dans la région de la liberté éternelle, qui est le Bonheur. Toute votre concep­ tion de la vie est basée sur cette croyance. Voici trois ans que vous m'écoutez sans que, à part quelques exceptions, aucun changement se soit produit en vous. Analysez bien ce que je dis, avec un esprit critique, afin de comprendre pleinement, profondément. Lorsque vous demandez à une autorité de vous mener à la vie spirituelle, vous êtes automatiquement obligé de construire une organi­

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sation autour de cette autorité. Et par le fait même de cette organisation, vous voilà prisonnier comme dans une cage.

Si je parle avec cette franchise, pensez bien que je ne le fais point par dureté, ni par un excès d'ardeur dans la poursuite de mon but, mais parce que je veux que vous me compreniez, car enfin c'est pour cela que vous êtes ici, et nous perdrions notre temps si je n'expliquais pas clairement, dune façon décisive, mon point de vue.

Pendant dix-huit ans, vous avez tout préparé pour cet événement : la Venue de l'Instructeur du monde. Pendant dix-huit ans, vous vous êtes organisés, vous avez attendu quelqu'un qui vienne apporter une nouvelle joie à votre esprit et à votre cœur, encourager et transformer votre existence, vous donner un autre entendement, vous élever à un plan supérieur de la vie, vous rendre libres en­ fin - et maintenant, voyez ce qui se passe ! Considérez, raisonnez avec vous- mêmes, cherchez si cette croyance vous a rendus différents - et je ne vous parle pas de cette différence, toute superficielle, qui consiste à porter des in­ signes : détail tout à fait mesquin et absurde.

Cette croyance a-t-elle balayé en vous toutes les choses non essentielles de la

Il n'y a ici qu'un critérium : de quelle façon êtes-vous plus libres, plus

grands, plus dangereux à l'égard de toutes les sociétés basées sur tout ce qui est faux

vie ?

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et non essentiel ? En quoi les membres de cette organisation de l'Étoile se sont-ils transformés ?

Comme je l'ai dit, vous avez tout préparé pour moi pendant dix-huit ans. Il m'est égal que vous croyiez que je sois ou non l'Instructeur du Monde. Cela est sans aucune importance. Comme membres de l'Ordre de l'Étoile, vous avez donné votre sympathie et votre énergie parce que vous admettiez que Krishna- murti était l'Instructeur du Monde - partiellement ou totalement : totalement pour ceux qui cherchent en toute bonne foi, et partiellement pour ceux que sa­ tisfont leurs propres demi-vérités.

Donc, vous avez tout préparé pendant dix-huit ans : voyez cependant combien de difficultés se trouvent encore sur la voie de votre compréhension, combien de complications, combien de choses mesquines. Vos préjugés, vos craintes, vos autorités, vos églises, anciennes et nouvelles, toutes ces choses, je le main­ tiens, sont des obstacles à la compréhension. Je ne peux pas vous parler plus clairement. Je ne veux pas que vous acceptiez mon opinion, mais que vous me compreniez.

Cette compréhension est nécessaire parce que votre croyance n'a pas suffi pour vous transformer, mais qu'elle vous a seulement compliqués, et parce que vous n'êtes pas désireux d'envisager les choses telles qu'elles sont. Vous voulez avoir des Dieux à vous : de nouveaux Dieux au lieu

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des anciens, de nouvelles religions au lieu des anciennes, de nouvelles formes au lieu des anciennes - tous également sans valeur, tous des barrières, des li­ mitations, des béquilles. Car vous en êtes là. Au lieu des anciennes différences spirituelles, vous en avez de nouvelles, de nouvelles formes d'adoration, au lieu des anciennes. Vous dépendez tous, pour votre vie spirituelle, de quelqu'un d'autre, pour votre bonheur de quelqu'un d'autre, et, bien que vous ayez tout préparé pour moi pendant dix-huit ans, lorsque je viens vous dire qu'il faut re­ jeter tout cela et chercher en vous-mêmes l'illumination, la gloire, la purifica­ tion, l'incorruptibilité du soi, pas un de vous n'accepte de le faire. Ou du moins très peu, très peu.

Dans ces conditions, quel besoin d'organisation ?

Que ferais-je d'une suite de gens insincères, hypocrites, moi l'incorporation de la Vérité ? Encore une fois, je ne veux rien dire de dur ou de peu charitable, mais nous en sommes à un point où il faut regarder les choses en face. J'ai dit, l'année dernière, que je n'acceptais aucun compromis. Bien peu alors m'ont compris. Cette année, je ne laisse subsister aucun doute. Je ne sais pas com­ bien de milliers de personnes à travers le monde - des membres de l'Ordre - ont tout préparé pour moi pendant dix huit ans ; et maintenant ils ne veulent pas écouter - sans réserves - ce que je dis.

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Alors, à quoi bon une organisation ?

Je le répète, mon dessein est de faire des hommes inconditionnellement libres, car je maintiens que la vie spirituelle consiste uniquement dans l'incor­ ruptibilité du soi, qui est éternel ; qu'elle est l'harmonie entre la raison et l'amour. Cela, c'est la Vérité absolue, inconditionnée, la Vérité qui est la Vie el- le-même. Je veux donc délivrer l'homme, et qu'il se réjouisse comme un oiseau dans le ciel clair, sans fardeau, indépendant, extatique au milieu de cette liber­ té. Et moi, pour qui vous avez tout préparé pendant ces dix-huit ans, je vous dis qu'il faut vous affranchir de toutes ces choses, de toutes vos complications, de tout vos empêtrements.

Et pour cela, vous n'avez nul besoin d'une organisation basée sur une croyance d'ordre spirituel. A quoi bon une organisation pour cinq ou dix per­ sonnes dans le monde, pour cinq ou dix personnes qui comprennent, qui luttent, qui ont rejeté toutes les mesquineries ? Et quant aux faibles, aucune organisation ne peut les aider à trouver la Vérité, il faut qu'ils la trouvent en eux : elle n'est ni loin ni près, elle est éternellement là.

Encore une fois, aucune organisation ne peut nous rendre libres. Rien, ni personne, du dehors, n'en est capable : vous n'y parviendrez ni par un culte of­ ficiel, ni par l'immolation de vous-mêmes pour une cause quelconque, ni par l'accomplissement

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d'aucune œuvre. Vous employez une machine à écrire pour votre correspon­ dance, mais il ne vous vient pas à l'esprit de la mettre sur un autel pour l'ado­ rer. Eh bien ; c'est cela que vous faites lorsqu'une organisation devient par el­ le-même votre principal intérêt. "Combien de membres contient votre ordre ?" Voilà la première question que me posent les reporters. "Combien de per­ sonnes vous suivent ? Par leur nombre, nous jugerons si ce que vous dites est vrai ou faux." Je ne sais pas combien ils sont. Je ne m'occupe pas de cela. Comme je l'ai dit, s'il y avait un seul homme délivré, ce serait assez.

Vous gardez l'idée que seules certaines personnes détiennent la clef du Royaume du Bonheur. Mais personne ne la détient. Personne n'en a l'autorité. Cette clef se trouve dans votre propre moi, et c'est seulement dans le dévelop­ pement, dans la purification et dans l'incorruptibilité de ce moi, que réside le Royaume de l'Éternité. Ainsi vous verrez combien est absurde tout cet édifice que vous avez construit en cherchant une aide extérieure, et faisant ainsi dé­ pendre des autres ce confort, ce bonheur, et cette force que vous ne pouvez trouver qu'en vous mêmes.

Donc à quoi bon une organisation. ?

Vous êtes habitués à ce que l'on vous dise combien vous êtes avancés, quel est votre degré spirituel. Que c'est puéril ! Sinon vous, qui donc

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peut vous dire si vous êtes beau ou laid intérieurement ? Si vous êtes incorrup­ tible ? Allons, ce n'est pas sérieux.

A quoi bon une organisation ?

Mais ceux qui vraiment désirent comprendre, qui s'efforcent de trouver ce qui est éternel, sans commencement ni fin, ceux-là marcheront ensemble avec une plus grande ardeur, une plus grande intensité, et seront un danger pour tout ce qui n'est pas essentiel, pour les irréalités, pour les ombres. Et ils se concentre­ ront. Ils deviendront la flamme, parce qu'ils auront compris.

C'est ce corps qu'il nous faut créer, et tel est mon dessein. A cause de cette vraie compréhension, il y aura la vraie amitié. A cause de cette amitié - que vous ne semblez pas connaître - il y aura la vraie coopération de la part de cha­ cun. Et cela, non pas à cause d'une autorité, ni à cause d'un salut, ni à cause d'une immolation pour un idéal, mais parce que vous aurez vraiment compris,

et que, par conséquent, vous serez capable de vivre dans l'éternel. C'est là une

plus grande chose que tous les plaisirs, que tous les sacrifices.

Voilà donc quelques-unes des raisons qui m’ont fait prendre cette décision, après deux années d'un examen attentif. Ce n'est pas à la suite d'une impulsion momentanée. Je n'ai été persuadé par personne - je ne me laisse pas persua­ der en de

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telles circonstances. Pendant deux ans je n’ai pensé qu'à cela, avec soin, avec patience, et j'ai décidé de dissoudre l'Ordre, puisque je me trouve en être le Chef. Vous pouvez former de nouvelles organisations et attendre quelqu'un d'autre. Je ne m'en occuperai pas, je ne veux pas créer de nouvelles cages, ni de nouvelles décorations pour ces cages. Mon seul souci est de délivrer les hommes, de les rendre libres, libres d'une façon inconditionnelle, absolue.

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COPYRYGHT BY THE STAR PUBLISHING TRUST TOUS DROITS DE TRADUCTION RÉSERVÉS IMPRIMÉ EN HOLLANDE PAR FIRMA H. TULP. ZWOLLE

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LA DISSOLUTION DE L'ORDRE

La dissolution de l'Ordre de l'Étoile marque un nouveau commencement. Cet événement est une conséquence logique de l'enseignement de Krishnamurti et correspond bien à l'orientation de sa pensée. Le problème collectif est devenu le problème individuel et doit être résolu par chacun, pour soi même.

Une organisation possédant un but spirituel n'a donc plus lieu d'exister ; elle sera remplacée par un simple mécanisme, répondant à certaines nécessités d'ordre pratique.

Si l'Ordre de l'Étoile d'Orient, fondé en 1911, exprimait l'intuition et l'espoir de quelques uns, si l'Ordre de l'Étoile exprimait pour eux en 1927 un certain ac­ complissement et de nouveaux espoirs, la dissolution de cet organisme, de ce corps séparé, signifie la destruction de barrières et de privilèges qui tendaient à s'interposer entre Krishnamurti et le monde. Il est vrai que ces barrières ne furent jamais assez solides pour empêcher que le monde en général s'intéressât à lui et reconnût sa grandeur, mais elles eussent provoqué une cristallisation - même une fossilisation - et, à la longue, la formation d'un nouveau culte. Et n'est-ce point là l'opposé de ce que Krishnamurti s'efforce d'obtenir ? Il lutte contre toutes les cristallisations - surtout celles de la pensée, personnifiées pour lui par les églises - et contre l'autorité. Et à cause même de cette attitude, les premiers qui doutèrent de lui furent ceux-là précisément qui, sur l'autorité d'un autre, l'avaient tout d'abord accepté comme Instructeur.

La forme, la "lettre" a cessé d'exister, seul l'esprit demeure qui, à partir d'au­ jourd'hui inspirera de nouvelles consécrations à la recherche de la Vérité éter­ nelle. Il était très facile de s'abandonner à l'illusion qu'un certificat de membre portait avec lui un certificat de compréhension. Il était très facile de se satis­ faire de mots. Il

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sera bien plus difficile, dorénavant, de supporter, sans ces abris, l'épreuve de la liberté. Et pourtant ce n'est que dans la liberté que nous pourrons mesurer notre force et évaluer notre compréhension.

L’Ordre de l'Étoile fut fondé sur une croyance, mais cette croyance ne fut pas assez vitale pour transformer la caractère de ceux qui la professaient. Aucune organisation ne créa de grands hommes, mais plutôt certains hommes furent grands malgré toutes les organisations. La grandeur de Krishnamurti ne fut pas créée par l'Ordre de l'Étoile mais par sa volonté individuelle, ses luttes. Il faut maintenant qu'il ait autour de lui des hommes dont le grand entendement et le grand enthousiasme seront aussi le fruit de leurs propres efforts.

En tant qu'organisation nous n'avons pas, loin de là, été l'orage qui secoue le monde, et nous eussions, à la longue, dégénéré en un abri paisible pour les faibles et les indifférents. L'orage viendra, mais à travers des individus, pas à travers des organisations. Celle-ci, en somme, est dissoute, parce que son chef n'en voit plus l'utilité.

LE

M É CA N ISM E

Le mécanisme, mentionné plus haut, se servira de certains avantages et de cer­ taines facilités qui existent déjà. Eerde, à Ommen, en Hollande, demeurera le centre international de notre activité. Ce beau domaine, qui suscita tant de gé­ nérosité, offre un lieu unique où des personnes peuvent se réunir en grand nombre, afin de rencontrer Krishnamurti. Le camp de Ommen connu aujour­ d'hui dans le monde entier, peut recevoir trois mille personnes, et, pour ceux qui désirent entendre son enseignement, aucun site ne peut être un cadre plus beau. Car s'il est vrai que Krishnamurti est disposé à parler dans des villes, dans des salles, il est évident qu'un camp est le moyen le plus simple de se réunir nombreux, et pendant plusieurs jours.

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Ojai, en Californie, où un camp est aussi organisé annuellement, sera le centre de notre activité en Amérique. Notre centre, pour l'Asie, sera aux Indes, tandis que pour l'Australie notre travail sera centralisé à Sydney, où un amphithéâtre, érigé en un site magnifique, au bord de la mer, sera un lieu idéal pour les réunions. Tous ces centres offriront à ceux qui désirent approcher Krishna­ murti la possibilité de le faire.

En second lieu comme importance, la parole imprimée - livres, brochures, ar­ ticles - diffusera la pensée de Krishnamurti. Ce service est assumé par la Mai­ son d'Édition The Star Publishing Trust, dont le bureau central est à Eerde, Ommen, (Hollande). Le mot Star (Étoile) n'a naturellement aucune significa­ tion occulte ou mystique, c'est simplement un nom, que l'on garde parce qu'il est commode.

Le Star Publishing Trust parmi ses autres activités entreprendra la publication du Bulletin International de l'Étoile (international star bulletin). Ce bulletin dont le nom est maintenu pour des raisons d'ordre pratique, en attendant que l'on en trouve un meilleur, prendra un caractère entièrement nouveau et servi­ ra de lien entre Krishnamurti et ceux que sa pensée intéresse. Il cessera d'être simplement le compte-rendu des affaires intimes d'une société, mais contien­ dra les causeries de Krishnamurti, des rapports sur son activité, des articles d'intérêt général, et des notes sur des livres et des revues. Ce bulletin sera tra­ duit en différentes langues, en copie conforme. Les différentes revues, qui, dans plusieurs pays, ont jusqu'ici été les organes officiels de l'Ordre de l'Étoile, sont entièrement supprimées, au plus tard à partir de Janvier 1930. L'existence de centres internationaux, la formation du Star Publishing Trust, ont été ren­ dus possibles grâce à ceux qui voulurent aider Krishnamurti à répandre sa pen­ sée ; de la même manière, l’œuvre commencée sera continuée.

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CONCLUSION

Krishnamurti insiste toujours sur le fait que si nous voulons parvenir à l'har­

monie de la paix intérieure, et nous orienter vers la libération, il nous faut

abandonner tout ce qui n'est pas essentiel. Aucune organisation n'est essen­

tielle pour trouver la Vérité, il l'a souvent dit. La Vérité ne peut être contenue

dans des systèmes, elle ne peut être organisée ; essayer de le faire c'est la tra­

hir. La dissolution de l'Ordre met en relief ce fait que chaque individu est libre

d'exprimer à sa façon sa conviction intérieure et ses croyances, et que si cette

conviction surgit d'un bon sol elle produira sa fleur, en une vie nouvelle.

D. RAJAGOPAL

Organisateur en chef de l'Ordre de l'Étoile.

UN NOUVEAU PLAN DE TRAVAIL

La dissolution légale de l'Ordre de l'Étoile prendra un certain temps. Donc,

cette organisation, aussi bien que l'Ordre de l'Étoile d'Orient qui l'avait précé­

dée, continuera d'exister légalement pendant ce temps là, et toutes les transac­

tions qui furent passées avec elles, seront maintenues. On demande à tous les

mandataires, dans le monde entier, d'aider à mener à bonne fin sa dissolution.

Cinq Sociétés ont déjà été formées dans le but de répandre l'enseignement de

Krishnamurti et d'organiser des camps et des réunions. Les engagements et les

disponibilités de l'Ordre de l'Étoile d'Orient et de l'Ordre de l'Étoile seront

transférés à l'une ou à l'autre de ces Sociétés, qui sont :

THE STAR PUBLISHING TRUST (International) THE EERDE FOUNDATION THE OJAI CAMP CORPORATION THE RISHI VALLEY TRUST THE AMPHITHEATRE TRUST

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I. THE STAR PU BLISHING TRUST

THE STAR PUBLISHING TRUST (International), à Eerde, Ommen, Hollande, continuera à publier les écrits de Krishnamurti, (livres et brochures) et des re­ vues. D'autres services seront organisés par cette Société, s'occupant de photo­ graphie, de cinéma, de films parlants et d'émissions par radio. La Revue "THE INTERNATIONAL STAR BULLETIN", dont le programme a déjà été tracé plus haut, paraîtra à Eerde, en anglais. Les éditions, en différentes langues, de cette Revue, seront publiées par des agents nommés par le Trust, et seront la repro­ duction exacte de l'édition en langue anglaise.

Avec la dissolution de l'Ordre, disparaissent à la fin de l'année toutes les an­ ciennes Revues.

2. THE EERDE FOUNDATION

Cette Société administrera le domaine de Eerde, et assumera l'entretien de château. Sa tâche la plus importante sera d'organiser chaque année le camp de Ommen. Une Société adjointe collaborera avec elle : la Edith Stichting, qui a construit une école à Ommen, et qui se propose de mettre d'autre projets à exé­ cution toujours à Ommen.

3. THE OJAI CAMP CORPORATION

Cette Société organisera les camps à Ojai (Californie) et mettra des locaux à la disposition du Star Publishing Trust pour ses bureaux.

4. THE RISHI VALLEY TRUST

Cette Société organisera, aux Indes, des camps et des réunions, elle mettra éga­ lement des locaux à la disposition du Star Publishing Trust. Elle créera des ins­ titutions pour l'enseignement.

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5. THE AMPHITHEATRE TRUST

Cette Société organisera des camps et des réunions en Australie, elle assumera l'administration des propriétés qui en ce moment appartiennent légalement à l'Ordre de l'Étoile dans ce pays. Elle procurera aussi des locaux pour les bu­ reaux, en Australie, du Star Publishing Trust.

00 00 00

A L'enthousiasme suscité par Krishnamurti et son œuvre, qui jusqu'ici fut en grande partie canalisé par l'Ordre de l'Étoile, ne cessera pas du fait de la disso­ lution de cet Ordre mais le nouveau projet lui permettra au contraire, de mieux s'exprimer. Nous pensons que ceux qui déjà lui manifestèrent si généreuse­ ment leur intérêt, auront davantage là possibilité de concentrer leurs efforts, et d'aider au grand mouvement initié par Krishnamurti.

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D. Rajagopal.