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PARK ST BRISTOL FOOD FOR FREE - BRANDON HILL 2010 KEY NORTH BERKELEY SQUARE 5
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PARK ST
BRISTOL FOOD FOR FREE
- BRANDON HILL 2010
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CABOT TOWER
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ST GEORGES
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BOWLING GREEN
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PLAYGROUND
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POND
création
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BALL COURT
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CRAB APPLE
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WILD STRAWBERRY
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OAK
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WILD PLUM
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ELDER
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WHITEBEAM
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HAWTHORN
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SILVER BIRCH
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HAZEL
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WILD CHERRY
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STINGING NETTLE
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ROWAN
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WILD SERVICE TREE
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BLACKBERRY
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KIWI
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PEAR
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YEW TREE
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DOCK LEAF
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et viLLe soLidaire
ÉTAT De L’ArT Des DisPosiTiFs CrÉATiFs
Marie-Haude Caraës · Élodie Jouve · Claire
Lemarchand
ROADS
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Ministère de l’Égalité des territoires et du Logement. DGALN/Plan Urbanisme Construction Architecture. Délégation interministérielle à l’Hébergement et à l’Accès au logement. Date et numéro du marché à procédure adapté : 10 octobre 2013 – P13.10/1504772076. Titulaire du marché : Cité du design. Avril 2014.

SOMMAIRE

AVANT-PROPOS

INTRODUCTION RENSEIGNER CE QU’EST UNE VILLE

PARTIE I LA SOLIDARITÉ DE RÉSISTANCE

A. Combattre la ville excluante :

investirlesespacespublics

1. Détourner les équipements urbains

2. Occuper les espaces vacants

3. Reprogrammer la vie de quartier

B. Résister à la ville intrusive :

préserver son anonymat

1. Défendre le droit de circuler librement

dans la ville matérielle et immatérielle

2. Revendiquer le droit d’échanger librement

des informations

C. Apprivoiser la ville spéculative : humaniser

à nouveau le capitalisme et l’appareil productif

1. Contrer les dérèglements du système financier

2. Contrôler les dérives de l’appareil productif

et marchand

a. Instaurer la gratuité

b. S’émanciper par l’autogestion et l’autoproduction

c. Prendre en charge les dégradations

de l’environnement

7

9

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15

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57

60

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73

73

81

87

PARTIE II LA SOLIDARITÉ DE RÉSILIENCE

A. Relier les territoires

1. Valoriser les bords de la ville

a. Recomposer avec des territoires fragmentés

b. Célébrer la puissance des interstices

2. Réinterpréter la dichotomie entre le rural et l’urbain

a. Mettre en œuvre une dialectique des territoires

b. Reconsidérer l’animalité urbaine

B. Redéfinir les espaces habitables

1. Partager les lieux habitables

a. Habiter sous le même toit, la colocation

b. Habiter en concertation, l’habitat partagé

c. Habiter dans un écoquartier

2. Organiser le transitoire

a. Rationner les espaces à vivre

b. Configurer les formes extrêmes de l’habitabilité

c. Repenser l’accueil en habitat précaire

d. Prévoir les circulations

C. Repenser les dotations des individus

1. Aménager les expériences vécues

a. Survivre dans l’espace urbain

b. Répondre à la fracture numérique

c. Atténuer les distances sociales

97

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163

163

167

170

2. Transcender les épreuves

Transmettre

a.

b. Témoigner

3. Recomposer avec l’existant

a. Documenter l’invention habitante

b. Organiser les réseaux de coopération

c. Réattribuer de la valeur

PARTIE III LA SOLIDARITÉ DE NOVATION

A. Mutualiser les ressources 1. Provoquer une nouvelle circulation des savoirs

a. Di racter l’expérience de la bibliothèque

b. Mettre en réseau les apprenants

c. Relier les masses pour faire émerger le savoir citoyen

d. Inclure les habitants dans la programmation de la ville

2. Faire cas des demandes quotidiennes

a.

b.

c.

d.

Redistribuer

Partager

Louer

Se fédérer

3. Inventer de nouveaux espaces de solidarité

professionnelle

a. Rassembler les travailleurs

b. Ouvrir des espaces créatifs

c. Importer le modèle du bistrot laborieux

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245

247

B. Réinventer le système financier

249

1.

Proposer des alternatives solidaires

au modèle bancaire classique

249

2. La multiplication des macrosystèmes de paiement

254

 

a. De la monnaie complémentaire…

255

b. … au financement participatif

270

3. Financer collectivement la construction de la ville

273

4. Le consumérisme politique comme outil

au service de la solidarité

277

C. Réenchanter le quotidien

281

1. Explorer les potentialités d’une solidarité conviviale

281

 

a.

Imaginer les nouveaux codes

du bistrot de quartier

283

b.

Passer par l’espace numérique

pour éprouver une solidarité conviviale

284

c.

Jouer la solidarité

288

2. Passer du contrat social au contrat naturel

297

 

a. Essaimer des viviers productifs

297

b. Développer une urbanisation verte

305

c. La ville comme machine écologique

307

d. L’optimisation des ressources

315

3. Maîtriser le mouvement de la ville

320

CONCLUSION

331

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

333

AVANT-PROPOS

L’état de l’art qui suit se confronte à trois éléments perturbateurs. Il embarque simultanément les notions de ville, de solidarité et de création dont les définitions sont multiples et pour lesquelles aucun compromis irénique ne peut être trouvé. Pragmati- quement, il s’agit de recenser les dispositifs créatifs qui font acte d’une solidarité en ville, ce qui suppose de s’entendre sur les trois termes, au moins momentanément, afin d’amorcer la réflexion. L’introduction fera état du point de vue des rédactrices. Suite à la réinterprétation du champ de recherche initia- lement proposé, l’état de l’art présente de manière descrip- tive les projets répertoriés et classés, pour en dégager des pistes de recherche. L’élaboration de cet outil fait aussi un usage spécifique de l’iconographie, qui ne sert pas à illustrer les dispositifs créatifs mais a pour vocation d’entrer en dialogue avec l’écrit. L’itération entre l’image et le texte permet à l’un et l’autre de prendre sens et complexité, par la production de connaissances qui en découle. Cette dialectique double celle qui

découle de la mise en lien des dispositifs par le truchement du classement. À la manière d’une boîte à outils réflexifs, les projets recensés sont une matière à penser la ville solidaire à partir de l’existant, pour capter ce qui se trame et envisager ce qui peut advenir. Les dispositifs décrits ne sont pas des solutions mais des vecteurs d’émulation. Ils intiment, par l’adhésion, la polémique ou l’interrogation qu’ils suscitent, de saisir les enjeux qui les animent pour les mettre à la question. Dans l’antichambre du travail présenté, les débats ont été nombreux. La plupart n’ont pas été résolus car ils n’avaient pas à l’être. Nous partons de l’hypothèse que la ville solidaire ne constitue pas pour l’instant un objet en soi, mais peut être définie comme la cristallisation d’un ensemble de disposi- tifs qui participent de sa constitution de manière transversale. Ils révèlent la pluralité de ce qui peut être entendu à travers la dénomination de « ville solidaire » et s’offrent au lecteur pour mieux le piquer dans sa réflexion.

INTRODUCTION

RENSEIGNER CE QU'EST UNE VILLE

Il serait sans doute plus raisonnable de suivre Georges Perec lorsqu’il conseille de « ne pas essayer trop vite de trouver une définition de la ville […], c’est beaucoup trop gros, on a toutes les chances de se tromper 1 ». L’INSEE s’y risque et considère qu’une ville, appelée aussi « unité urbaine », pour prétendre au quali- ficatif, doit compter une population de plus de 2 000 habitants sur son territoire (compris comme une ou plusieurs communes agglomérées). Cette définition par le nombre n’est pas nouvelle. Dans Géographie des villes, Pierre Lavedan 2 précise déjà que la complexité de ce qui fait ville ne peut se résumer à la définition proposée par la Statistique administrative française ou à celle de l’Institut international de statistique qui, depuis 1887, classent comme ville toute agglomération d’au moins 2 000 habitants. Nouvellement, la notion d’aire urbaine se popularise. Toujours selon l’INSEE, il s’agit d’un ensemble de communes, d’un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain (unité urbaine) de plus de 10 000 emplois et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne périurbaine) dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci. En France métropoli- taine, 41 aires urbaines structurent le territoire.

1. Georges Perec (1974), Espèces d’espaces, Paris, Galilée, 2000, p. 83.

2. Pierre Lavedan, Géographie des villes, Paris, Gallimard, 1936.

La ville finalement se diluerait dans les aires urbaines, absorption que confirme la confusion de deux vocables :

l’urbain désignerait la ville et la ville n’est autre que de l’urbain. Pour Olivier Mongin 3 , l’expérience urbaine qui faisait ville s’est dissoute dans l’urbain généralisé où la ville européenne, avec un centre et une périphérie, disparaît au profit d’un monde de réseaux, de connexions, de multipolarité. Seule la ville globale réussirait alors cette mutation. Évoquant la situa- tion de ces villes globales 4 , Sassia Saken souligne qu’elles sont à la fois centres névralgiques de la finance, de la production globalisée, et nouvelles arènes du conflit social entre élites et catégories subordonnées de la mondialisation. Pour la socio- logue, en devenant l’enjeu concret du face-à-face du capital mondialisé et des populations précarisées cosmopolites, la ville est l’espace d’un affaiblissement des pouvoirs formels (notamment nationaux) et de l’ouverture de nouveaux espaces de politisation, de l’émergence de nouveaux sujets guerriers ou démocratiques agissant au niveau subnational comme au niveau supranational. La ville globale est à la fois l’espace de l’émergence et de la multiplication de nouveaux acteurs sociaux collectifs démocratiques, des réseaux terroristes modernes et

3. Olivier Mongin, La Condition urbaine. La ville à l’heure de la mondialisation, Paris, Le Seuil, 2005.

4. Saskia Sassen, La Ville globale, Paris, Descartes et Cie, 1991.

des politiques de sécurité. Lieux de multiples possibles et de multiples dangers, les villes sont l’espace social et politique de la mondialisation. Dans cette optique, la ville constitue un espace où les sans- pouvoirs, de l’homme banal à l’homme infâme et margina- lisé, peuvent participer à l’histoire d’une manière inédite. Ce faisant, elle serait possiblement le laboratoire le plus éclairant sur la possibilité d’une réinvention du groupe, grâce à l’action d’une multitude d’hommes sans qualités dont l’agrégat des existences communes peut faire advenir le génie collectif. Ainsi, les villes – puisqu’elles sont les lieux « favorables à l’émergence d’une nouvelle gamme d’opérations politiques, “culturelle” et subjectives, voire d’un nouveau mode de reven- dication qui pourrait ouvrir la voie à des formes de « citoyen- neté » inédites 5 » – proposent un terrain d’action pour l’engage- ment politique 6 qui ne rabat plus la solidarité sur la question uniquement sociale. En somme, la ville est le lieu de l’émer- gence de nouveaux sujets politiques. Cette émergence prend place dans une nouvelle organi- sation, celui de la ville contemporaine, dans lequel s’entre- croisent un ensemble de logiques qui s’affrontent. La mobilité des biens et des personnes s’intensifie de manière jusqu’alors inconnue, se confond avec la multiplicité des flux, matériels et immatériels, se confronte aux logiques ségrégatives et à cette tension entre le local et le global. L’espace semble aboli, la ville contemporaine apparaît éclatée, débordée. Pourtant, ce débordement signale sa redensification, car « l’essence de la ville ne réside pas tout entière dans la ville. D’autres dimen- sions (politiques, économiques, sociales) qui leur sont à la

5. Ibid. p. 20.

6. Saskia Sassen, « Introduire le concept de ville globale », in Raisons politiques,

2004/3, n o 15, p. 19.

fois inhérentes et extérieures ont un impact sur le monde des villes. C’est pourquoi, la ville peut être définie comme un point d’articulation entre des logiques locales et des dynamiques globales. Elle est le lieu où se matérialisent et se concrétisent des processus qui la dépassent 7 ». Ainsi vont être qualifiés d’« urbains » des phénomènes propres à la ville, tout comme ceux qui illustrent sa dissolution dans un ensemble plus vaste. Dans le cadre de l’état de l’art, nous avons opté pour une définition volontairement restrictive de la ville. Il s’agit d’en capter l’esprit, de rappeler ses qualités pour solliciter toutes les dimensions à la fois institutionnelles, sociales, matérielles, affectives et symboliques qui n’appartiennent qu’à cet espace et rappellent que la ville est plus que l’urbain – ou moins, c’est selon –, sa diffusion par dilution. Comprendre ce qui fait ville plus que de définir ce qui est ville. La ville n’est pas unique- ment un espace de densité démographique et constructive, elle comprend des rapports spécifiques entre citadins 8 , histo- riquement construits et expérimentés de manière sensible par chacun d’entre eux 9 .

La production des solidarités dans les villes contemporaines Dans Puissances de Paris 10 , la poésie unanimiste de Jules Romains décrit différentes formes collectives induites par la

7. Jean-Marc Stébé, Hervé Marchal, La Sociologie urbaine, Paris, PUF, 2010,

p. 16.

8. Voir, entre autres travaux, Isaac Joseph, La Ville sans qualités, Paris, Aube,

1998 ; Colette Pétonnet, « L’anonymat ou la pellicule protectrice », in Le Temps de la réflexion VIII (La ville inquiète), Paris, Gallimard, 1987 ; Georg Simmel (1908) « Digressions sur l’étranger » et Louis Wirth (1938), « Le phénomène urbain comme mode de vie », in Grafmeyer Joseph, L’École de

Chicago, Paris, Aubier, 1990.

9. Julien Gracq, La Forme d’une ville, Paris, José Corti, 1990.

10. Jules Romains (1911), Puissances de Paris, Paris, Gallimard, 2000.

géographie urbaine : chaque lieu de la ville configure des masses d’individus et les fait collaborer, à leur insu le plus souvent, à la naissance d’un être éphémère aux contours, au rythme et aux mouvements fascinants. Cette collaboration, essence même de la ville, peut-elle être conscientisée pour devenir solidarité ? Dans son acception la plus positive, la solidarité est envisagée comme une interdépendance et une dépendance réciproque entre les urbains, entre les artefacts et les urbains. Cette définition classique de la solidarité ferait de la ville solidaire celle de la reconnaissance des interdépendances et des vulnérabilités soutenables par la mise en dépendance des uns vis-à-vis des autres (et des artefacts vis-à-vis des artefacts, objets, habitation, quartiers, villes, moyens de transport, espèces, etc.). L’interdépendance urbaine doit aujourd’hui être envisagée selon de nouvelles modalités, recontextualisation à la fois spatiale et temporelle qui implique la prise en compte de l’effondrement des idéologies politiques, l’affaiblissement des protections traditionnelles et les crises économiques et sociales successives qui affectent durablement les citadins. La ville solidaire aurait alors affaire avec la lutte des places 11 et la recon- naissance et les formalisations de cette lutte : une ville qui doit re-déterminer et re-connaître le partage de l’espace, des empla- cements, des ressources, des savoirs, du travail, des recon- naissances, des prises de décision. La filiation de l’expression « la lutte des places » avec les travaux de Vincent de Gaulejac 12 ajoute à son intérêt puisque pour ce dernier, la lutte des places substitue la compétitivité à la lutte collective, l’individualisme aux solidarités familiales et sociales, la défense de l’intérêt individuel à la construction d’un monde commun.

11. Michel Lussault, De la lutte des classes à la lutte des places, Paris, Grasset,

2009.

12. Vincent de Gaulejac, Isabel Taboada Léonetti (1994), La Lutte des places. Insertion et désinsertion, Paris, Desclée de Brouwer, 2007.

Partant du même postulat au sujet du processus d’indi- viduation, Jacques Ion 13 considère que l’individualisme n’est pas la cause d’un déclin de l’intérêt pour le bien commun mais plutôt la source d’une diversification et d’une multiplication des formes d’engagement. En passant de l’individu anonyme à l’individu singulier, produit de la modernité et archétype du citadin, l’engagement contemporain est intimement lié à l’exer- cice de la réflexivité, et donc aux nouvelles formes d’autonomie dont bénéficient les individus comme aux nouvelles vulnérabi- lités qui y sont attenantes. Ce faisant, selon Ion, l’individu singu- lier pose un principe supérieur à tout autre, celui de la préser- vation de la dignité de chacun dans un monde commun. Cette protection de la dignité des individus singuliers s’élabore dans une multiplicité de collectifs disparates et souvent informels, éphémères, aux organisations plus verticales qu’horizontales, dont la caractéristique principale serait d’être « moins un agrégat qu’un lieu de rencontre d’individualités, venant y chercher d’autres qui pourraient leur ressembler, venant y confronter des identités jamais définitives, sans rôle préétabli 14 ». Le dialogue entre cette lutte des places (dans ses deux accep- tions) et la protection de la dignité de chacun par le collectif aboutit à une refondation des formalisations de la solidarité en ville. Les individus doivent embrasser simultanément la préservation de leur singularité et la poursuite de leurs objec- tifs propres, d’une part, et la nécessité de se regrouper spora- diquement pour protéger leur dignité, et par ricochet, celle des autrui qui forment le monde commun, d’autre part. C’est ainsi que la notion de coopération permet de saisir le socle sur lequel pourrait se comprendre la ville solidaire. Pour Richard

13. Jacques Ion, S’engager dans une société d’individus, Paris, Armand Colin,

2012.

14. Ibid. p. 56.

Sennett, « la société cherche encore la solution dans la solidarité, alors que je crois qu’elle est ailleurs, dans la coopération 15 » et ce, au cœur d’une société dont il nous dit que l’aspect le plus sombre du capitalisme n’a nullement été adouci par les mesures de l’État-providence, où « l’on a vu s’accroître les inégalités, les élites se détacher de leurs responsabilités collectives, les personnes ordinaires se replier sur elles-mêmes ». Plus encore, l’auteur suppose que le XX e siècle aurait perverti les principes de la coopération au nom de la solidarité. L’État-providence en voulant protéger les plus faibles par des dispositifs solidaires aurait échoué dans cette mission louable. Non seulement cela n’aura pas eu l’efficacité escomptée, mais surtout, les disposi- tifs solidaires auront, pour partie, renforcé une attitude générale de condescendance et de rapports d’opposition dans la société. En somme, l’inverse des objectifs que s’était fixés l’État- providence. Mais Sennett précise que la coopération nécessite des compétences. Parmi celles-ci, il distingue les compétences d’écoute, les compétences d’expression subjective et les compé- tences d’empathie. La coopération exige toujours une dimen- sion volontaire et subjective, basée sur la confiance, et elle se déploie avec le plus d’efficacité dans les dispositifs informels. La coopération, une solidarité princeps, demande qu’entre en jeu un nouveau principe, celui de la considération. Pour coopérer avec autrui, il est nécessaire de lui accorder de l’attention, de la légitimité, et de le considérer comme un co-actant valable. L’exercice de la solidarité implique ainsi la coopération, dans laquelle se conjugue la considération des co-actants protégeant la dignité de chacun. Il s’agit donc, en optant pour cette perception de ce qu’est la solidarité, de saisir quels sont les dispositifs de coopération supplétifs des protections traditionnelles jugées défaillantes ou

15. Richard Sennett, « Comment faire coopérer les tribus », in Millénaire3, Société urbaine et action publique. Pour penser les mutations, avril 2013, p. 29.

insuffisantes. La coopération (et son préalable, la considération d’autrui) devient un nouveau support d’intelligibilité des formes de solidarité qui opère de premiers partages entre ce qui pourrait être considéré comme solidaire et ce qui, in fine, ne relève pas de cette relation. C’est le cas de l’humanitaire, de l’assistance ou encore de la charité, actions qui ne nécessitent pas (voire ne peuvent accepter), pour advenir, l’instauration d’une relation de réciprocité entre les actants. Suivant la pensée d’Hannah Arendt, Jérôme Truc rappelle que « le principe de solidarité s’oppose à la pitié comme la connaissance objective des faits que sont les conséquences particulières de nos actions s’oppose au senti- ment subjectif que la souffrance des autres en général suscite de manière irréfléchie en nous. La solidarité manifeste est intime- ment liée à la possibilité d’une action concertée entre des co-acteurs qui ne soit pas que pure réaction émotive de chacun 16 . » Ainsi, la relation qui s’instaure dans la coopération n’est pas forcément une égalité de statut ou de position, mais elle s’éprouve dans la perception des actants de faire ensemble horizontalement et non pas verticalement. Pour autant, certains dispositifs assistantiels ou humanitaires ont été retenus dans l’état de l’art parce qu’ils contenaient les prémisses d’un glissement de la verticalité vers une plus grande coopération avec les individus auxquels sont destinés les projets. Nous voyons ici qu’il s’agit de premiers débordements de la notion car concevoir des dispositifs pour ne revient pas à réaliser des dispositifs avec. Est-ce ici que peut se dresser une première frontière ? À la liminarité entre des disposi- tifs prédéterminés et des dispositifs flottants, ouverts à la modifi- cation induite par la coopération ?

Pour qualifier les formes d’une solidarité ainsi définie, trois schèmes ont été pensés, qui viseraient à défendre, adapter ou

16. Jérôme Truc, Assumer l’humanité, Hannah Arendt : la responsabilité face à la pluralité, Bruxelles, Université de Bruxelles, 2008.

inventer des dispositifs de solidarité entre les hommes, les choses et les milieux. Chacun de ces schèmes propose une traduction, par sa mise en forme et par ses intentions, des dispo- sitifs de solidarité qui cohabitent au sein des villes, et apporte un éclairage sur ce qu’ils cherchent à atteindre par le concours des citadins. Ce triptyque idéal-typique des formes de solida- rité en ville concerne la solidarité de résistance, la solidarité de résilience et la solidarité de novation. Chacune de ces formes de solidarité ne se réalise pas au détriment des autres, ni selon un principe d’exclusivité. C’est même l’inverse qui se produit, puisque la grande majorité des projets répertoriés fait état de la coprésence de plusieurs formes de solidarité au cœur même des dispositifs. C’est la dominance de l’une des formes dans le dispositif qui influe sur le classement. À la solidarité de résistance sont attribués les dispositifs qui font acte d’une lutte pour défendre ses propres intérêts, ceux d’autrui et, plus largement, le bien commun. Ceux qui s’aventurent dans cette voie sont imprégnés d’une forte reven- dication de justice sociale dont l’expression se situe au cœur de la solidarité et prennent acte d’une ville, souvent mondialisée, traversée de part en part, même dans des espaces inédits, par le mépris d’une partie de ses habitants. La deuxième forme de solidarité, celle de résilience, sollicite les capacités d’adap- tation des citadins, mais aussi des systèmes qui président à l’organisation de la vie en ville. Il s’agit de prendre acte des changements et de proposer des dispositifs suffisamment plastiques pour ne pas être détruits à la moindre bourrasque. La résilience a l’apparence du raisonnable. Elle travaille les situations au corps à l’aide de multiples petits aménagements qui parent à la déliquescence, considérant que si « nous avons déjà demain […] C’est aujourd’hui que nous voulons 17 ».

17. Marc Downham (1988), Cyberpunk, Paris, Allia, 2013.

La dernière forme de solidarité, la novation, a affaire avec la transformabilité. Il s’agit de la capacité du système à se réinventer totalement, à créer une organisation complètement différente parce que les contraintes écologiques, sociales et donc politiques l’imposent. Elle ne se décrète pas, mais elle se dessine peu à peu, et de manière de plus en plus lisible, dans les disposi- tifs de solidarité en ville. Par là, elle témoigne d’un changement de paradigme. Dans ces formes de solidarité, les configurations diffèrent. Il peut être question de l’engagement solitaire d’un porteur de projet qui souhaite interpeller les citadins. La coopération, ici, se déplace. Le créateur propose un cadre de réflexion, voire d’action, dans lequel les citadins peuvent entrer ; la coopéra- tion est un implicite de la création. La solidarité, quelle que soit sa forme, peut prendre chair aussi dans des mobilisations ou mouvements citoyens qui suscitent l’engouement de plusieurs centaines de personnes, tout comme elle apparaît dans des coopé- rations très localisées. Cependant, toutes les configurations ont une même visée : montrer qu’une existence en ville situant au cœur des dispositifs la solidarité n’est pas un vœu pieu, mais une expérience éprouvée quotidiennement par les citadins.

PARTIE I

LA SOLIDARITÉ DE RÉSISTANCE

La solidarité de résistance regroupe des initiatives, des projets en lutte contre ce qui est perçu comme une dérive de la ville contemporaine par rapport à ce qu’elle a pu être précédemment ou par rapport à ce qu’on pense qu’elle a pu être. Activée par des groupes d’habitants, des artistes, des designers, des architectes, des militants, parfois de manière illégale, la solidarité de résis- tance naît de la nécessité de répondre aux manques et travers induits par une altération – voire une disparition – des protec- tions que la modernité avait mises en place grâce à l’État-provi- dence 18 . Face au désengagement des pouvoirs politiques, la lutte contre le mal-logement (ou l’absence de logement), contre la fonctionnalisation et la prescription de l’espace urbain qui conduit à l’exclusion de certaines catégories d’individus, contre la pression immobilière, etc., s’organise à travers des mobilisations

18. Pour Jürgen Habermas – et c’est la thèse que nous reprenons ici –, la principale avancée politique dans les pays occidentaux après la seconde guerre mondiale fut la construction de l’État social européen, qui a utilisé le contexte de prospérité économique pour créer l’État social :

« C’est ainsi que sous la forme des démocraties de masse fondées sur l’État social, on a réussi pour la première fois dans l’Histoire à domestiquer la forme économique hautement productive du capitalisme et à la mettre plus ou moins en accord avec l’idée normative qu’ont d’eux-mêmes les États à constitution démocratique. » Voir Après l’État-nation, une nouvelle constellation politique, Paris, Fayard, 2000. Pour le philosophe, cette mutation la plus accomplie de la démocratie – domestiquer le capitalisme – est mise en péril depuis la fin des Trente Glorieuses.

citoyennes, qui appellent à reprogrammer la ville par des actions de détournement, d’occupation des espaces ou encore d’ins- tallations spontanées aboutissant parfois à la requalification de quartiers entiers. Cette lutte ambitionne aussi de contrer les dérives d’une politique de contrôle et de surveillance des individus qui s’exerce autant dans la ville matérielle qu’immaté- rielle (internet). Dans la ville intrusive, la défense du droit à l’ano- nymat donne ainsi lieu à de multiples contournements d’usage, ruses et innovations pour déjouer les systèmes de surveillance en place. La résistance s’exerce enfin pour protéger les individus des excès du capitalisme et du système productif. En réponse aux dérèglements du système financier, à la dégradation de l’offre alimentaire et de l’environnement, des initiatives posent les bases d’un nouveau système économique fondé sur des valeurs de solidarité : entraide, autogestion, coopération et proximité.

A. COMBATTRE LA VILLE EXCLUANTE :

INVESTIR LES ESPACES PUBLICS

La ville s’est développée et continue de le faire en éloignant progressivement certaines catégories d’individus. Néanmoins, l’espace urbain prescrit qui impose un fonctionnalisme jugé austère (reposant essentiellement sur des règles d’hygiène et de mobilité forcée) entre en conflit avec la réalité de l’espace vécu. Face au caractère excluant de la ville, la lutte des places via le

réinvestissement et la refonctionnalisation des espaces publics par les usagers est un leitmotiv largement partagé. Ces multiples initiatives peuvent être qualifiées d’« urbanisme tactique », terme générique employé par Mike Lydon, jeune urbaniste américain fondateur du collectif Street Plans et coauteur de l’ouvrage The Smart Growth Manual pour décrire l’émergence d’une multi- tude de microprojets urbains. En 2010, The Tactical Urbanism. Short Term Action. Long Term Change présente les grandes lignes d’une nouvelle conception de la ville : l’urbanisme américain a longtemps reposé sur les grandes infrastructures et la planifica- tion, l’urbanisme tactique rompt avec cette tradition et opère à échelle humaine. Ce type d’interventions concerne un ensemble de révisions modestes et temporaires de l’espace urbain, de multiples petites actions légères en complément des grands projets, des actions à court terme pour des développements durables. Pour autant, rappelle Dimitri Boutleux 19 , si l’urba- nisme tactique tel qu’il est envisagé aujourd’hui est apparu il y

a une dizaine d’années, les pratiques qu’il désigne ne sont pas

nouvelles : ainsi, les bouquinistes parisiens se seraient installés

sur les quais de Seine de manière sporadique mais continue dès

le XVI e siècle, jusqu’à ce que leur existence soit inscrite en 2007 au

patrimoine mondial de l’Unesco, avec 240 vendeurs et 900 boîtes sur 3 kilomètres de berge 20 . Trois facteurs renouvellent l’analyse

19. Dimitri Boutleux, « L’urbanisme tactique », conférence tenue à Rennes

(Le Liberté, espace « Paroles »), le 7 octobre 2012. Disponible à l’adresse :

< http://metropole.rennes.fr/viva-cites/conferences/viva-cites/ l-urbanisme-tactique>.

20. On se rappellera aussi des textes de Michel de Certeau, notamment

L’Invention du quotidien (Paris, Gallimard, 1990, p. 62) : « Les stratégies sont donc des actions qui, grâce au postulat d’un lieu de pouvoir (la propriété d’un propre), élaborent des lieux théoriques (systèmes et discours totalisants) capables d’articuler un ensemble de lieux physiques où les forces sont réparties. […] Les tactiques sont des procédures qui valent par la pertinence qu’elles donnent au temps – aux circonstances

de ces tactiques vernaculaires investissant la ville : la récession économique, l’évolution démographique des villes, internet et les réseaux sociaux qui permettent de mobiliser les gens rapidement et ponctuellement. En miroir, l’urbanisme tactique repose sur trois principes : l’échelle micro, le low-cost et le court terme qui renvoie aux notions d’agilité, de bottom-up ou encore de projet à dimension humaine conçu et rendu viable par l’action conjointe de chacun et de tous. Les maîtres mots de cette coopération sont l’expérimentation partagée, l’open source et les méthodes colla- boratives qui permettent des approches prudentes, par phases, offrant des solutions locales à des enjeux globaux. Néanmoins, l’urbanisme tactique n’est pas un chantre de l’éphémère, mais cherche à parvenir à un aménagement permanent. Les projets recensés peuvent être classés en fonction de leur échelle d’intervention : à l’échelle de l’objet, par le détourne- ment du mobilier urbain ; à l’échelle de l’îlot, par l’occupation d’espaces vacants ou délaissés ; enfin, à l’échelle du quartier, par la reprogrammation de secteurs entiers de villes.

1. Détourner les équipements urbains

Des actions contestataires – et parfois délibérément provoca- trices – visent à lutter contre l’exclusion de certaines catégories d’individus de la ville contemporaine, notamment les personnes à la rue. Plus généralement, les initiatives naissent de la néces- sité de s’investir dans l’aménagement d’une ville qui serait mal planifiée ou inadaptée aux besoins et usages réels des habitants. Ces projets sont liés par un engagement commun : faire acte d’une solidaire résistance par le détournement des équipements

que l’instant précis d’une intervention transforme en situation favorable, à la rapidité de mouvements qui changent l’organisation de l’espace, aux relations entre moments successifs d’un “coup”, aux croisements possibles de durées et de rythmes hétérogènes, etc. ».

urbains, pour que chaque individu puisse trouver sa place dans l’espace commun. Plusieurs artistes se mobilisent contre la généralisation du mobilier urbain dit « anti-SDF ». Le Repos du Fakir est le titre d’une vidéo réalisée en 2003 par Gilles Paté et Stéphane Argilet qui recense diverses typologies de mobiliers urbains parisiens anti-SDF. « Des bancs hygiénistes, véritables planches de fakir, sont méticuleusement conçus pour qu’on ne s’y étende pas et qu’on s’y appuie de manière éphémère. Les designers de la RATP, les décorateurs de devantures de magasins, les syndics de certains immeubles gèrent les corps comme des flux à réguler, et les sans-abri qui stationnent dans “leur” espace comme des “indésirables”. La gestion technocratique de l’espace public considère les corps comme des objets qui gênent la régulation des flux. Les citoyens sont infantilisés, agressés par ces dispo- sitifs anti-ergonomiques. L’espace est dégradant et dégradé. Aujourd’hui, l’espace public cesse d’être un espace partagé. Il incarne les violences des pouvoirs. » Les vidéastes entendent susciter un débat sur les transformations de l’espace public, sur la nécessité d’en refuser cette évolution et sur l’impératif d’inventer une autre conception d’un espace partagé. Même ambition pour le collectif d’artistes Survival Group qui réalise, en 2009, Anti-sites, un projet d’archivage photographique des structures anti-SDF en France, notamment à Paris et Marseille, qui a eu pour effet d’interpeller la communauté artistique sur cette problématique. Pour le collectif, ces excroissances urbaines qui visent à empêcher les SDF de s’asseoir ou de s’allonger sont une réponse silencieuse et paradoxale à l’ultime précarité. En défini- tive, elles repoussent les plus démunis vers des zones toujours plus inhospitalières, dans l’unique but de protéger la tranquillité des citadins dérangés par la misère. En réalité, ces dispositifs parti- cipent à la dégradation des relations humaines et au triomphe d’une ville hygiéniste. La série des quatre-vingt-dix clichés a été exposée à la galerie Ars Longa, à Paris, en décembre 2009.

à la galerie Ars Longa, à Paris, en décembre 2009. Nom : Le Repos du fakir

Nom :

Le Repos du fakir (vidéo) Auteurs :

Gilles Paté et Stéphane Argilet Date de création :

2003

Lieu :

Paris

Acteurs :

réalisateurs

Nom : Anti-sites (série de 90 clichés photographiques) Auteur : Survival Group Date de création
Nom : Anti-sites
(série de 90 clichés
photographiques)
Auteur :
Survival Group
Date de création :
2009
Lieu : Paris, Marseille
Acteurs :
photographes du
collectif

Nom : Archisuit

Auteur : Sarah Ross Date de création :

2005

Lieu : Los Angeles, États-Unis Acteur : artiste

Nom : Paris a Place to Stay Auteur : The Wa Date de création :

2010

Lieu : Paris Acteur : collectif d'artistes

: 2010 Lieu : Paris Acteur : collectif d'artistes D’autres artistes prennent le risque de l’intervention
: 2010 Lieu : Paris Acteur : collectif d'artistes D’autres artistes prennent le risque de l’intervention
: 2010 Lieu : Paris Acteur : collectif d'artistes D’autres artistes prennent le risque de l’intervention
: 2010 Lieu : Paris Acteur : collectif d'artistes D’autres artistes prennent le risque de l’intervention

D’autres artistes prennent le risque de l’intervention in situ. En 2005, l’artiste Sarah Ross, avec le projet Archisuit, conçoit une gamme de quatre vêtements prothèses avec des rembour- rages de mousse permettant à la personne qui les porte de s’ins- taller confortablement dans quatre lieux publics de Los Angeles, alors tous équipés d’équipements dissuasifs : la devanture d’une bibliothèque de Hollywood, une palissade de Silver Lake, le parterre du Ronald Reagan State Building et des bancs publics du centre-ville. En 2010, à Paris, le collectif d’artistes The Wa choisit de détourner l’un de ces dispositifs d’empêchement en chaise longue. Paris a Place to Stay propose un renversement de situation : l’équipement à l’origine dissuasif se transforme en mobilier urbain fonctionnel permettant à quiconque de s’asseoir, voire de s’allonger ou dormir. Autre démarche, celle de Jean-Baptiste Sauvage, alors en résidence à Barcelone, qui réalise, en 2004, Cabane, un projet de détournement. « En descendant la Rambla, un renfoncement formé par le porche d’une entrée condamnée qui fut sans doute la porte principale d’un bâtiment administratif, désormais désaf-

fecté. C’est à cet endroit que s’était installée depuis plusieurs mois une femme sans abri, avec ses cartons. » Un jour, il découvre à ce même endroit un parallélépipède qui, à première vue, ressemble

à une cabane. En réalité, un dispositif construit pour déloger cette

femme. L’artiste imagine alors de détourner ce dispositif pour en faire un abri fonctionnel pour personne à la rue. Il réalise des maquettes, des incrustations 3D à partir des prises de vue origi- nelles, un prototype échelle 1 techniquement viable qui a la parti-

cularité de se fondre dans le décor de la ville, d’être isolé intérieu- rement avec de la laine de verre, d’être escamotable, etc. Pourtant, l’utilisationdelalainedeverre,isolanturticant,l’absencedefenêtres et de porte sont autant d’incohérences qui révèlent la fonction première de ce module. Ce prototype ne sera jamais installé dans l’espace public (si ce n’est en incrustations images). Il sera exposé

à Saint-Étienne. Avec ce jeu de corruption du sens, l’artiste espère

troubler et susciter des questionnements. Ces démarches d’artistes sont soutenues par un engagement : sortir les personnes à la rue de l’anonymat et placer leurs conditions de vie dans le débat public. Elles entendent participer d’une prise de conscience collective dont il est cependant difficile de mesurer les effets. « Habiter la ville, c’est être partout chez soi. » C’est à partir de l’énoncé de ce précepte que l’artiste, designer et théori- cien italien Ugo La Pietra réalise, entre 1976 et 1979, des expériences regroupées sous le titre Reconversions projec- tuelles qui proposent des adaptations d’objets urbains. Ces objets, initialement conçus pour borner, contraindre et canaliser les flux de personnes dans l’espace urbain, sont transformés en équipements quasi domestiques (par exemple, un lit), en struc- tures de service pour favoriser l’expérience du citadin et lui permettre d’habiter pleinement la ville. L’intervention prend la forme de notices de montage avec une photographie de l’objet de départ dans son contexte et un ensemble de schémas décri- vant la procédure à suivre pour le transformer. Ugo La Pietra remet en cause le principe de programmation, considéré comme autoritaire et directif, et pose les objectifs de la participation :

il s’agit, selon l’artiste, d’accroître la possibilité de choix, de permettre aux habitants d’intervenir directement dans le processus de configuration environnementale, enfin d’enrichir les processus perceptifs et cognitifs pour augmenter les degrés de liberté comportementaux et mentaux. En 1969, dans son travail Traces (Les itinéraires préférentiels), il recense toutes les traces d’appropriation libre de l’espace, donnant en particulier à lire les itinéraires de circulation anonymes creusés en dehors des voies planifiées dans les projets urbains. Grâce à des schémas et les collages qui retranscrivent ces expériences, Ugo La Pietra souhaitait montrer comment certaines approches programma- trices rigides peuvent contraindre et contrôler les usages. En arpentant la ville, l’habitant peut en revanche déjouer la logique de maîtrise du territoire et habiter véritablement celui-ci. Cette

du territoire et habiter véritablement celui-ci. Cette Nom : Cabane Auteur : Jean-Baptiste Sauvage Date de
du territoire et habiter véritablement celui-ci. Cette Nom : Cabane Auteur : Jean-Baptiste Sauvage Date de

Nom : Cabane Auteur :

Jean-Baptiste

Sauvage

Date de création :

2004

Lieu : Barcelone Acteur : artiste

Nom : Reconversions projectuelles Auteur : 1976-1979 Lieu : Milan Acteur : artiste
Nom :
Reconversions
projectuelles
Auteur :
1976-1979
Lieu : Milan
Acteur : artiste

Ugo La Pietra Date de création :

approche de la ville, largement inspirée du situationnisme, laisse une large place à l’expérience sensible. Augmenter les fonctionnalités du mobilier public en fonction des usages et des besoins des individus, notamment les plus démunis, est également l’intention qui a guidé, à partir des années 2000, l’artiste australien Sean Godsell. Dessiné pour la ville de Melbourne, qui manque de places en centre d’héber- gement, Park Bench House est un objet greffe qui permet d’équiper d’un toit les bancs publics pour les transformer en abri rudimentaire. Son usager est ainsi protégé des intempéries et peut s’isoler un minimum du regard des passants. Quelques années plus tard, Godsell conçoit un prototype d’Abribus : Bus Shelter House qui, la nuit, se transforme en abri d’urgence. Le banc dispose d’un rabat latéral qui offre un peu d’intimité à l’usager. Le panneau publicitaire fait office de point d’eau et de lieu de stockage (couverture, nourriture, etc.).

Nom :

Traces

(Les itinéraires

préférentiels)

Auteur :

Ugo La Pietra

Date de création :

1969

Lieu :

Milan

Acteur :

artiste

Date de création : 1969 Lieu : Milan Acteur : artiste Dans cet engagement de placer
Date de création : 1969 Lieu : Milan Acteur : artiste Dans cet engagement de placer
Date de création : 1969 Lieu : Milan Acteur : artiste Dans cet engagement de placer

Dans cet engagement de placer – ou replacer – l’individu au centre de la vie urbaine, il faut lire en creux une critique du devenir ultratechniciste de la ville. Ainsi, la voiture aurait dénaturé cette organisation de l’espace et pour en retrouver les qualités, il faudrait redonner une place de choix aux piétons. Initié en 2009, le projet Pavement to Parks propose de détourner la fonction des places de parking ou des trottoirs au profit des piétons. Appelées aujourd’hui « parklets », ces modifications peuvent être mobiles ou fixes, saisonnières ou permanentes. Le projet remonte à l’invention du PARK(ing)DAY (littéralement « la journée du parking ») lancé par le collectif Rebar (John Bela, Matthew Passmore, Blaine Merker, Gregory Kellett), en 2005, qui consistait à alimenter durant deux heures un parcmètre rue Mission, à San Francisco, pour transformer la place de parking en parc public grâce à l’installation de gazon synthétique ou de chaises longues. Pour ses instigateurs, PARK(ing)DAY est l’opportunité de réfléchir collectivement, dans un esprit festif, au partage de l’espace public, d’imaginer de nouvelles pratiques urbaines et de formuler des propositions pour la ville de demain. Rassemblant des individus lambda, des artistes, des activistes, le PARK(ing)DAY a lieu une fois par an partout dans le monde, habituellement les 19 ou 20 septembre. En 2011, le mouvement touchait 162 villes dans 35 pays sur 6 continents. Des logos, posters, tee-shirts, un manifeste, un guide sont disponibles en ligne sur le site internet du mouvement, qui possède un blog où chaque expérimentateur peut poster son PARK(ing)DAY. La ville de San Francisco s’est réapproprié le phénomène PARK(ing)DAY en instaurant le programme officiel Pavement to Parks afin de faciliter l’installation d’expérimentations dans ce type d’espace. La première s’est déroulée à Guerrero Park, en septembre 2009, sur l’intersection entre la 28th Avenue et San Jose. Elle a été initiée par la municipalité, dessinée gratuitement par Jane Martin de Shift Design Studio, financée par l’hôpital Saint Luke et une enseigne de vendeur de glaces. En opposition

Nom :

Park Bench House Auteur : Sean Godsell

Date de création :

2002

Lieu : Melbourne,

Australie Acteur : designer

Nom :

Bus Shelter House Auteur :

Sean Godsell Date de création :

2003-2004

Lieu :

Melbourne, Australie Acteur : designer

Nom :

Pavement to Parks Auteur :

Great Streets (collectif) Date de création :

depuis 2009 Lieu : San Francisco Acteurs :

membres du collectif, municipalité, artistes, architectes, paysagistes, sponsors locaux, habitants

architectes, paysagistes, sponsors locaux, habitants à la planification urbaine et son gigantisme, le collectif
architectes, paysagistes, sponsors locaux, habitants à la planification urbaine et son gigantisme, le collectif
architectes, paysagistes, sponsors locaux, habitants à la planification urbaine et son gigantisme, le collectif
architectes, paysagistes, sponsors locaux, habitants à la planification urbaine et son gigantisme, le collectif
architectes, paysagistes, sponsors locaux, habitants à la planification urbaine et son gigantisme, le collectif

à la planification urbaine et son gigantisme, le collectif Rebar a proposé un autre modèle d’intervention sur la ville, à une échelle micro, avec des moyens dérisoires, qui laissent place à la transfor- mation, à la modification des espaces et des activités. Il s’agissait de laisser davantage d’espace aux citadins, de révoquer l’omni- présence des véhicules (d’après le site Green Flow, un quart de l’espace public de San Francisco est dédié à la voiture) et de réinvestir différents usages et pratiques de la ville. Depuis le début du mouvement officiel, une vingtaine de ces espaces ont ainsi été réinvestis à San Francisco. Le mouvement fonctionne si bien que les marques cherchent aujourd’hui à sponsoriser des installations destinées aux piétons. La ville envisagerait même de remplacer certaines places de parking par des toilettes écolo- giques, avec le projet Ecological Toilet Project. Imaginé sur le principe de PARK(ing)DAY, le projet I Park Art, initié par l’architecte et artiste Mattia Paco Rizzi (membre du collectif d’architectes EXYZT), occupe temporairement une place de parking pour y exposer de l’art. Il suffit de payer la place de parking à l’horodateur, le temps nécessaire à l’expo- sition artistique. Le site du projet indique la marche à suivre pour mener à bien l’opération. Tout d’abord, choisir une place de parking qui ne soit pas réservée aux personnes handicapées, aux livraisons ou à des abonnés, non loin d’une zone piétonne, dans un endroit visible et passant (à proximité des transports en commun, par exemple). Le concepteur recommande aussi de sélectionner l’environnement en évitant les lieux déjà investis par des diffusions culturelles et artistiques, puisque l’objectif est de démocratiser l’art contemporain en repensant sa diffu- sion. Pour installer sa zone d’exposition, il faut la délimiter tout en respectant la législation en vigueur, c’est-à-dire se rendre visible et non expulsable. Enfin, après l’exposition, nettoyer les lieux, demander aux passants leur avis sur l’événement et partager l’ensemble des témoignages, des photos et vidéos sur le site internet du mouvement. La subversion du projet réside

Nom :

PARK(ing) Day Auteur : Rebar (John Bela, Matthew Passmore, Blaine Merker, Gregory Kellett) Date de création :

16 novembre 2005 ; ailleurs dans le monde depuis 2006 Lieu : San Francisco, États-Unis puis international Acteurs : auteurs et habitants

: San Francisco, États-Unis puis international Acteurs : auteurs et habitants 22 | la solidarité de
: San Francisco, États-Unis puis international Acteurs : auteurs et habitants 22 | la solidarité de
: San Francisco, États-Unis puis international Acteurs : auteurs et habitants 22 | la solidarité de

dans les imprécisions de la législation sur l’occupation des places de parking puisqu’il n’est spécifié à nul endroit quel objet doit

y être installé. Chacun peut donc s’approprier cet espace pour

en faire un lieu d’exposition temporaire et mobile, en exposant

à plusieurs endroits dans la ville, ou en n’exposant qu’une fois.

Le concepteur présente le projet comme une « guérilla urbaine créative » incitant à la réappropriation de l’espace public à travers des actions artistiques et proposant une sérendipité artistique urbaine par l’exploration d’une galerie à ciel ouvert. L’idée est libre de droit, elle a même pour raison d’être reprise par chacun, même s’il faut en demander l’autorisation sur le site et suivre les règles citées précédemment. La seule limite est de ne pas l’uti- liser à des fins commerciales. À Paris, l’agence COMCECI Architectes a pris le parti de concevoir Mobilot afin de redistribuer plus équitablement l’espace entre piétons et voitures. Le dispositif, pensé comme une surface d’espace public, est une terrasse mobile constituée d’une structure mixte – bois (intérieur chaud) et métal (extérieur solide) –, démontable et repliable. Elle s’implante sur la voirie en occupant une place de stationnement. Elle est conçue pour développer l’espace public, les espaces verts ou simplement les espaces de détente dans la ville. L’intérêt de sa mobilité est justement de ne pas utiliser de manière permanente la place de parking mais de pouvoir se déplacer dans le quartier, selon les besoins, les saisons et les événements. Le projet a été fortement

soutenu par la mairie du 2 e arrondissement qui avait attribué à l’expérimentateur une place de stationnement devant un restau- rant, rue de la Banque. La préfecture a adressé à la mairie une

lettre de refus, au motif que ce type d’expérimentation n’était pas répertorié dans les usages possibles de l’espace public. Mobilot

a été finaliste du grand prix de l’Innovation et a été retenu dans

le cadre du concours « Mobilier urbain intelligent », tous les deux organisés par la Ville de Paris. Un nouvel article autorisant (de manière éphémère) l’installation de contre-terrasses sur la

éphémère) l’installation de contre-terrasses sur la Nom : I Park Art Auteur : Mattia Paco Rizzi

Nom : I Park Art Auteur :

Mattia Paco Rizzi Date de création :

depuis 2010 Lieu : Paris, France puis Italie et international Acteurs : auteur puis habitants, artistes, designers, etc.

Acteurs : auteur puis habitants, artistes, designers, etc. Nom : Mobilot Auteurs : COMCECI Architectes Date

Nom : Mobilot Auteurs :

COMCECI Architectes Date de création :

2009

Lieu : Paris Acteurs :

architectes, mairie du

2 e arrondissement

chaussée a été inclus dans le règlement des terrasses et étalages de la Ville de Paris, même si le projet Mobilot n’est pas concerné, puisque classé dans la catégorie « véhicules ». Le projet P(LOT) de Michael Rakowitz détourne lui aussi l’usage des places de stationnement en ville. Depuis 2004, l’artiste confectionne des tentes en forme de voiture (tous les modèles de véhicules peuvent être reproduits pour correspondre au style national ou à la mode du moment), permettant aux piétons qui veulent faire du camping en ville, en pleine rue, de se camoufler. Depuis les années 1990, le Hollandais Harmen de Hoop contourne les usages prescrits de l’environnement urbain en pratiquant des ajouts spatiaux illégaux. Pour l’artiste, les aména- geurs urbains font preuve d’un manque d’ingéniosité et d’une incompréhension des usages et besoins réels des habitants, ce qui légitime des interventions spontanées pour détourner, modifier et, en définitive, se réapproprier les espaces plutôt que de les subir ou de les éviter. Il installe des éléments de mobilier urbain dans les villes pour suggérer de nouvelles fonctions aux lieux ou mobiliers, voire pour susciter l’envie des habitants de faire leurs propres propositions. Ainsi, lors de l’intervention Basket-Ball Court #6 réalisée en 1992, il trace les contours d’un terrain de basket-ball sur le pavage d’un espace peu fréquenté d’un nouveau complexe de logements sociaux à Amsterdam. La ville a décidé d’installer un panier peu de temps après l’intervention de l’artiste. Mais le marquage a finalement été supprimé quand les services publics se sont rendu compte que le terrain ne figurait pas sur les plans. Le panier, lui, est toujours là. Née en 2008 à Strasbourg, l’association Démocratie créative entend elle aussi bousculer l’espace public, au travers d’un ensemble d’interventions – détournement d’usage, occupations pirates, etc. – qui permettent aux habitants de « renouer avec l’environnement urbain », selon les propos de l’un de ses membres. Comme pour l’artiste Harmen de Hoop, les membres de Démocratie créative usent du marquage au sol

membres de Démocratie créative usent du marquage au sol Nom : (P)LOT Auteur : Michael Rakowitz
membres de Démocratie créative usent du marquage au sol Nom : (P)LOT Auteur : Michael Rakowitz
membres de Démocratie créative usent du marquage au sol Nom : (P)LOT Auteur : Michael Rakowitz

Nom : (P)LOT Auteur :

Michael Rakowitz Date de création :

depuis 2004 Lieu : Vienne, Autriche ; Trente, Italie ; ailleurs dans le monde Acteurs : artiste, campeurs urbains

Nom :

Basket-Ball Court #6 Auteur :

Harmen de Hoop Date de création :

depuis 1992 Lieu : Amsterdam Acteurs : artiste, municipalité

Nom : Spielplatz Auteur : Démocratie créative (collectif) Date de création :

depuis 2008 Lieu : Strasbourg Acteurs : membres de l’association

Nom : Walk Raleigh Auteur :

Matt Tomasulo Date de création :

depuis 2012 Lieu : Raleigh, Caroline du Nord, États-Unis Acteurs : artiste, municipalité, habitants

États-Unis Acteurs : artiste, municipalité, habitants (une technique peu coûteuse et facile à mettre en œuvre)
États-Unis Acteurs : artiste, municipalité, habitants (une technique peu coûteuse et facile à mettre en œuvre)
États-Unis Acteurs : artiste, municipalité, habitants (une technique peu coûteuse et facile à mettre en œuvre)
États-Unis Acteurs : artiste, municipalité, habitants (une technique peu coûteuse et facile à mettre en œuvre)

(une technique peu coûteuse et facile à mettre en œuvre) pour suggérer de nouvelles fonctions aux équipements urbains et transformer la ville en un immense terrain de jeu, d’où le titre du projet réalisé à Strasbourg, Spielplatz (« terrain de jeu », en allemand), en 2011 : les dalles du revêtement urbain sont surlignées d’un trait et ainsi transformées en jeu de marelle ou en labyrinthe ; les rails du tram sont convertis en couloirs de courses numérotées à l’image d’un terrain d’athlétisme, les poubelles publiques deviennent des paniers de basket pour inciter les usagers à y jeter leurs déchets, etc. Toutes ces actions sont soumises à une classification répondant à des probléma- tiques précises : questionner le citadin sur son environnement quotidien ; impliquer les habitants dans l’appropriation de leur territoire ; échanger sur la qualité et les fonctions de l’espace. Selon une démarche comparable, Walk Raleigh est une initiative de l’artiste américain Matt Tomasulo débutée en 2012 dans la ville américaine de Raleigh, en Caroline du Nord, qui vise à encourager et faciliter les déplacements à pied, en ville, par l’ajout illégal d’une signalétique. Chaque panneau, placé à des endroits stratégiques, précise la durée de marche nécessaire pour rejoindre une destination. À l’origine, Matt Tomasulo avait placé vingt-sept signalisations à trois des carre- fours centraux de Raleigh, chacun avec une flèche direction- nelle, précisant le temps de marche nécessaire et possédant un code QR pour plus d’informations. Les signalisations ont été enlevées rapidement mais le soutien des citadins a incité la ville à réintégrer Walk Raleigh dans la liste des projets pilotes officiels. Le site internet Walkyourcity.org est un développe- ment du projet initié à Raleigh puisque le concepteur propose à tous les citadins (mais aussi aux municipalités et aux groupes communautaires) d’y participer en indiquant par de nouvelles signalisations les temps, trajets et distances de déplacement à pied dans leur propre ville. Le site propose des panneaux signa- létiques vierges à télécharger, chacun avec un code QR. Selon le

concepteur, les villes sont de plus en plus denses et les citadins, sans doute à cause d’une vision faussée des distances à parcourir, se déplacent de moins en moins à pied. Le projet vise à réhabi- liter la déambulation et à diminuer la circulation automobile en montrant que marcher peut faire gagner du temps et participe de la qualité de vie en milieu urbain. Si l’on accepte que la vie quotidienne, et précisément la vie urbaine, se technicise, il faut constater que, parfois, cette ville technicienne n’est pas pensée de manière pertinente. Ainsi Eric Paulos, professeur à l’université de Berkeley, en Californie, a-t-il conçu Energy Parasites : des objets qui envahissent la ville en vue de récolter et de stocker une énergie d’origine renouvelable, à partager entre citadins pour la recharge de petits appareils électroniques tels que des téléphones portables. Autre initiative citoyenne qui propose de partager les espaces de la ville, Permanent Breakfast, nom donné à une expérimen- tation sociale pérenne, qui a pour objectif d’être réalisable par chacun dans n’importe quel lieu. Le projet a été pensé et mis en œuvre par l’artiste Friedmann Derschmidt en 1996, avec, pour idée de départ, de partager un petit déjeuner dans des espaces publics qui ne sont à l’origine pas pensés pour cet usage. Quelques règles doivent être suivies pour répondre aux critères de l’expé- rience : l’organisateur doit inviter au moins quatre personnes, à condition que chacune d’elles invite à son tour quatre autres personnes pour un futur petit déjeuner en commun, et ainsi de suite. Le site du projet, traduit en dix langues, présente les règles du jeu. Il y est précisé que chaque petit déjeuner doit être recon- naissable comme tel (choix des vêtements, table mise, chaises) et constituer un événement individuel qui se déroule en public. De ce fait, les personnes prenant le petit déjeuner invitent des passants à s’asseoir à leur table et leur expliquent les règles du jeu. Aussi, les participants doivent documenter leur petit déjeuner (photos, vidéos, enregistrements audio, témoignages écrits, etc.) et les envoyer à Friedmann Derschmidt. Pour les concepteurs,

les envoyer à Friedmann Derschmidt. Pour les concepteurs, Nom : Energy Parasites Auteur : Éric Paulos
les envoyer à Friedmann Derschmidt. Pour les concepteurs, Nom : Energy Parasites Auteur : Éric Paulos
les envoyer à Friedmann Derschmidt. Pour les concepteurs, Nom : Energy Parasites Auteur : Éric Paulos
les envoyer à Friedmann Derschmidt. Pour les concepteurs, Nom : Energy Parasites Auteur : Éric Paulos

Nom :

Energy Parasites

Auteur : Éric Paulos Date de création :

2010

Lieu : Berkeley, Californie Acteurs : auteur

Nom :

Permanent Breakfast Auteur : Friedmann Derschmidt Date de création :

depuis 1996 Lieu : Vienne, Autriche puis international Acteurs : auteur, habitants

l’expérience donne des résultats de nature très diverse. « Dès qu’il devient la scène d’un petit déjeuner, le lieu public se transforme selon les besoins des participants. Rien que par leur présence, les personnes qui petit-déjeunent communiquent avec l’environ- nement. Elles deviennent un moyen d’occuper l’espace, d’être l’espace, de le posséder véritablement en y étant simplement assis. Le petit déjeuner est annoncé, raconté, repris. Et le jeu se poursuit jusqu’à ce que d’autres reprennent le fil. » Le projet cherche à faire habiter les lieux publics en procédant à une modifi- cation de l’usage qui en est fait, ceci sous la forme d’un jeu sur lesquels les concepteurs ont très peu de prises. Le projet a récem- ment été mis en place à Copenhague via l’exposition Instant Urbanism, au Danish Architecture Center. Des permanent break- fasts, qui se déroulent à présent un peu partout dans le monde, sont tous rapportés, documentés sur le site du mouvement.

Nom : Sauna For All Auteurs :

les habitants, en collaboration avec Mjolk Architekti Date de création :

depuis 2010 Lieu : Liberec, République tchèque Acteurs : habitants de Liberec

République tchèque Acteurs : habitants de Liberec L’initiative portée en 2010 par les habitants de Liberec,

L’initiative portée en 2010 par les habitants de Liberec, en République tchèque, s’inscrit dans la continuité de tels projets. En association avec l’agence d’architecture Mjolk Architekti, les habitants ont transformé un ponton installé au milieu d’un lac en sauna partagé : Sauna for All. Le sauna est accessible gratuitement, seule une réservation préalable est nécessaire. Il est largement utilisé par les habitants de Liberec et a eu une incidence positive pour chaque utilisateur et pour la vie sociale du quartier. Le but du projet est de mettre en avant le potentiel inhérent à des pratiques diverses et inédites de réaffectation de l’espace urbain. Une intervention, même minime, peut avoir un impact positif sur une communauté donnée.

2. Occuper les espaces vacants

Autre action de résistance initiée par le monde associatif, par des collectifs d’artistes ou encore par des citoyens : celle qui consiste à occuper les espaces vacants de la ville, et en particulier les bâtiments, pour permettre à des individus à la rue de se loger ou à d’autres de trouver un espace de travail. À ces démarches qui investissent les bâtiments, répondent celles qui prennent place à l’extérieur, dans l’espace urbain. Chaque interstice de la ville est réquisitionné au nom du bien commun, qu’il s’agisse de concevoir des solutions d’hébergement, de végétaliser l’espace ou de programmer de nouvelles activités. Dans un contexte de crise du logement, de nombreuses voix se lèvent pour revendiquer le droit de réquisitionner les lieux laissés vacants afin d’y loger des individus à la rue. Porté par le Public Media Institute (PMI) à Chicago, For Squat est le nom d’un faux site immobilier satirique qui, depuis les années 2000, publie des annonces concernant des maisons vides ou abandon- nées, disponibles pour une occupation. L’esprit humoristique des annonces ne doit pas occulter la situation du logement aux États-Unis : « deux chambres à coucher stupéfiantes, des vues

magnifiques ; le propriétaire a été récemment expulsé ». Le projet veut inciter les habitants à rejoindre le mouvement en repérant eux-mêmes les lieux à l’abandon qui pourraient être squattés. Le dispositif vise à attirer l’attention sur les aberra- tions de la situation immobilière aux États-Unis : de plus en plus de logements vacants et de plus en plus de personnes sans abri. Le mouvement cherche aussi à rendre accessibles et visibles les squats comme solution possible au sans-abrisme. Pour les jeunes en recherche de logement, le jeudi est une journée noire, en France : celle de la chasse aux petites annonces, notamment quand paraît le journal De particulier à particulier. Collectif français créé le 28 octobre 2006, Jeudi noir a pour objectif de dénoncer la flambée des prix des loyers parisiens et de contribuer à une explosion de la bulle immobilière (pour la plupart, les individus à l’initiative du collectif Jeudi noir militaient déjà dans le cadre d’un autre collectif, Génération précaire, qui s’attaquait au problème de l’accès au travail des jeunes, et notamment au scandale du sous-salariat propre au statut de stagiaire). Par le biais d’actions médiatiques telles que des visites festives d’appartements à louer et des réquisitions citoyennes de bâtiments laissés à l’abandon, le collectif Jeudi noir entend alerter l’opinion publique et l’État sur la crise du logement qui frappe un grand nombre d’étudiants. La première réquisition citoyenne a eu lieu rue de la Banque, en face de la Bourse, à Paris (un immeuble appartenant à une banque et laissé vacant depuis quelques années), occupation dont la vocation était double : mettre en exergue le scandale de logements vides dans un contexte de crise du logement (et réclamer la construc- tion rapide de logements étudiants et de logements sociaux à bas prix) et répondre à un besoin immédiat de logement pour les jeunes. Le collectif revendique en outre le gel des loyers (pour enrayer leur hausse), l’opposabilité effective du droit au logement (DALO) face au droit de propriété, l’inéligibilité pour les maires qui ne respectent pas la loi relative à la solidarité

qui ne respectent pas la loi relative à la solidarité Nom : For Squat Auteur :
qui ne respectent pas la loi relative à la solidarité Nom : For Squat Auteur :
qui ne respectent pas la loi relative à la solidarité Nom : For Squat Auteur :

Nom : For Squat Auteur : Public Media Institute Date de création :

depuis 2010 Lieu : Chicago Acteurs : membres de l’Institut, habitants

Nom : Jeudi noir (collectif) Auteurs :

membres du collectif Date de création :

depuis 2006 Lieu : Paris Acteurs : membres du collectif, citoyens

et au renouvellement urbains (loi SRU, qui impose une propor- tion de 20 % de logements sociaux), la modification du plan local d’urbanisme (PLU) afin de donner la priorité au logement sur les bureaux pour les constructions et réhabilitations. Jeudi noir est force de proposition en matière d’amendements concernant les projets de loi sur le logement votés à l’Assemblée. Le collectif propose à quiconque de communiquer l’adresse de logements voire d’immeubles vacants via son site internet afin de les trans- mettre au ministère du Logement. Récemment, le collectif s’est mobilisé (envois massifs de tweets, pétitions, lettre aux parle- mentaires, proposition d’amendements, etc.) pour la suppres- sion des frais d’agence supportés par le locataire. Cette loi doit prochainement être examinée par le Sénat. La CREA (campagne pour la réquisition, l’entraide et l’autogestion) est un mouvement populaire formé en 2011 à Toulouse qui revendique, elle aussi, la réquisition comme acte de désobéissance civile légitime face à la pénurie de logements, et prône l’autogestion et l’entraide entre précaires comme mode d’organisation et moyen d’émancipation. Dans ces centres sociaux autogérés et squattés, les habitants organisent ensemble le quotidien sans aide publique, qui « ne fait pas partie de la solution [mais] fait partie du problème ». Au sein du collectif, pas de chef, toutes les décisions sont prises au cours de réunions hebdomadaires. Les réunions d’habitants ont lieu dans chacun des bâtiments squattés par le CREA, où sont discutées l’arrivée de nouveaux résidents et l’organisation du quotidien. Les assemblées générales, ouvertes à tous, habitants et sympathi- sants du CREA, sont tournées vers l’opérationnel : validation de communiqués de presse, préparation de tractages, de réqui- sitions de logements, gestion des relations avec les avocats, les huissiers et les institutions, etc. Les points de l’ordre du jour défilent et les personnes présentes délibèrent, tombent d’accord et se portent volontaires pour mettre en œuvre ce qui a été convenu. De nombreux ateliers sont organisés par des habitants

ou des personnes de l’extérieur (réparation de vélos, massage, boxe, couture). Les actions organisées dans les bâtiments occupés ou sur la place publique (concerts, projections, repas et apéros à prix libre, ouverture de barrières de péage) permettent à la fois de payer les courses et d’alimenter une caisse pour les amendes et frais de justice liés aux réquisitions. L’argent récolté est également utilisé pour envoyer les enfants en vacances à la ferme ou au bord de la mer, et pour rémunérer les habitants qui s’occupent de la cuisine. Les relations du CREA avec la municipalité sont schizophrènes. Si les squatters sont régulière- ment expulsés, les services sociaux de la ville envoient aussi des personnes vers le CREA pour trouver un lieu de vie. En parallèle, les membres du CREA concèdent que l’autogestion n’échappe pas aux conflits entre habitants – sans que cela mette pourtant en péril un projet qui fonctionne depuis bientôt trois ans. D’autres initiatives visent, elles aussi, à recenser les espaces vacants, et plus précisément les chambres inoccupées chez des particuliers, afin qu’y soient hébergées des personnes sans logement. C’est le cas du 115 du particulier, à l’origine un groupe Facebook, puis un site internet, créé en février 2012 par deux anciens sans-abri – Cédric Lebert et Brann du Senon se sont rencontrés sur le réseau social via le groupe Les Anciens de la rue, créé par Cédric Lebert lui-même. La plateforme agrège les solutions d’hébergement, notamment des chambres ou des lits inoccupés chez des particuliers, mais aussi des propositions de travail, de dons en nature, le tout, grâce à la création d’un réseau de correspondants au niveau national. Les concepteurs proposent une alternative, un soutien complémentaire aux centres d’héber- gement d’urgence saturés et au Samu social. Le 115 du particu- lier est présenté comme « un nouvel outil alternatif [qui] ne bride pas le don [et tente de] rassembler toutes les bonnes volontés et de les coordonner ». Les concepteurs ne se positionnent pas contre les dispositifs en place, mais justifient leur action par l’insuffi- sance de ces solutions tout en critiquant, en filigrane, le mode de

Nom : CREA (Campagne pour la réquisition, l’entraide et l’autogestion) Auteurs :

membres du CREA Date de création :

depuis 2011 Lieu : Toulouse Acteurs :

membres du collectif, squatters

: depuis 2011 Lieu : Toulouse Acteurs : membres du collectif, squatters 30 | la solidarité

fonctionnement de l’assistance institutionnalisée par les grandes associations. Ces grandes associations, dont certaines offrent pourtant leur aide – le Secours populaire qui ouvre sa plateforme téléphonique pour relayer les offres déposées sur le 115 du parti- culier –, ne sont pas particulièrement favorables à cette initia- tive : l’accueil complexe de certaines personnes à la rue, la difficile rupture d’hospitalité qui doit advenir à un moment, la non-péren- nité de l’offre sont les situations que les particuliers auront du mal à affronter, selon elles. Au mois de février 2014, le réseau social comptait néanmoins 13 771 membres et plus de 13 000 proposi- tions d’hébergement chez des particuliers dans 22 régions. Occuper la rue est une autre stratégie visant à interpeller sur les conditions de vie des personnes sans domicile, dans une perspective de défense des droits humains fondamentaux. C’est celle choisie par les Enfants de Don Quichotte, associa- tion française créée en novembre 2006 à l’initiative d’Augustin

Nom :

115 du particulier Auteurs :

Brann du Senon, Cédric Lébert Date de création :

2012

Lieu : Villebéon (Nemours) puis national (plateforme Web) Acteurs : auteurs, sans-abri, personnes ayant un logement, municipalités, aides ponctuelles d’associations ou de groupes religieux, réseau social

d’associations ou de groupes religieux, réseau social Legrand, Pascal Oumakhlouf et Ronan Dénécé qui dénonce,

Legrand, Pascal Oumakhlouf et Ronan Dénécé qui dénonce, via des actions spectaculaires et médiatiques, les conditions de vie (précarité du logement, du travail, des soins, instabilité psychique et physiologique) des personnes sans domicile. Dans la nuit du 15 au 16 décembre 2006, l’association a installé un village de deux

cents tentes sur les berges du canal Saint-Martin, à Paris, destinées

à plusieurs centaines de SDF et quelques dizaines de volontaires

(qui partageaient, par solidarité, les conditions des premiers). À partir du 2 janvier, d’autres campements se sont formés à Nantes, Lille, Grenoble, Toulouse et Bordeaux. Dans la Charte du canal

Saint-Martin, l’association adressait à l’État une série de mesures

à mettre en place rapidement pour garantir l’accès de tous à un

vrai logement. À la suite de ces mobilisations, l’opposabilité du droit au logement a acquis un fondement juridique : ainsi la loi du 5 mars 2007 vise-t-elle à garantir le droit à un logement à toute

personne qui, résidant en France de façon stable et régulière, n’est pas en mesure d’accéder à un logement décent ou de s’y maintenir. Aujourd’hui encore, les Enfants de Don Quichotte travaillent de concert avec les 31 fédérations et associations françaises traitant des questions de logement et d’hébergement réunies dans le Collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement des personnes sans abri ou mal logées, pour tenter de constituer un véritable contre-pouvoir s’attachant

à proposer des réponses adaptées et à militer activement pour une autre politique du logement en France. L’Espagne n’est pas épargnée par la crise du logement et la précarité. L’architecte sévillan Santiago Cirugeda propose Recetas urbanas, des recettes urbaines pour permettre aux individus d’autoconstruire des solutions d’hébergement dans des zones urbaines dégradées et délaissées. En 1999, avec Viviendas en azoteas, un film réalisé par Harold Guyaux, le concepteur adresse des recommandations aux habitants qui désirent se construire un logement à partir d’une structure légère et démontable, sur le toit de leur immeuble. En 2001,

Nom :

Enfants de

Don Quichotte

(collectif)

Auteurs :

membres du collectif Date de création :

depuis 2006 Lieu : Paris puis national Acteurs : membres du collectif, personnes sans abri

Nom :

Recetas urbanas.

Camiones,

contenedores y

colectivos

Auteur :

Santiago Cirugeda Date de création :

depuis 1995 Lieu : Séville, Saragosse, Barcelone, Gerona, Tarragona, etc., Espagne Acteurs :

artiste, voisins,

amis, habitants,

associations

Acteurs : artiste, voisins, amis, habitants, associations incapable de construire légalement un balcon pour son
Acteurs : artiste, voisins, amis, habitants, associations incapable de construire légalement un balcon pour son
Acteurs : artiste, voisins, amis, habitants, associations incapable de construire légalement un balcon pour son
Acteurs : artiste, voisins, amis, habitants, associations incapable de construire légalement un balcon pour son
Acteurs : artiste, voisins, amis, habitants, associations incapable de construire légalement un balcon pour son

incapable de construire légalement un balcon pour son appar- tement, Santiago Cirugeda a vandalisé son immeuble avec de la peinture aérosol, puis il a demandé une autorisation d’échafau- dage afin de retirer les graffitis. Après avoir reçu l’autorisation demandée, il a transformé l’échafaudage en balcon. Cette stratégie d’aménagement opportuniste et flexible serait un aperçu du type d’actions permettant à chacun de modifier son environnement pour contourner les interdictions, selon l’archi- tecte. Toujours en 2001, celui-ci a conçu l’Insect House (« maison insecte »), une habitation pour une personne à installer dans un arbre, facile à monter, assurant à la fois une protection contre la police et une ventilation estivale. L’habitacle a été construit en une nuit, à l’invitation d’un groupe qui protestait contre le projet de déracinement d’arbres le long de l’Alameda, à Séville. Un autre projet, mis en place entre 2007 et 2011, Camiones, contenedores y colectivos, réemploie 42 conteneurs préfabriqués, librement cédés pour réutilisation par la Société municipale de réhabilitation de la Ville de Saragosse. Le concepteur les offre gratuitement à différents collectifs, coopératives et associations, pour que ceux-ci les utilisent comme sièges ou comme unités de travail dans le cadre de leurs actions culturelles, pédago- giques, artistiques, sociales. Chaque situation constructive (à Arbucie, Valadares, Esplugas, Barcelone, Gerona, Tarragona, etc.) provoque des événements et des situations participatives. Ensemble, elles montrent le rôle que l’autoconstruction peut jouer dans les processus de gestion collective des politiques urbaines. Ces projets, qualifiés de « guérilla architecturale », éphémères et réversibles, accordent aux citoyens une participa- tion rapide et effective à l’aménagement urbain. En Allemagne, l’artiste berlinois Van Bo Le Mentzel a imaginé, en 2012 (avec la collaboration technique et financière du BMW Guggenheim Lab de Berlin), la One-Sqm-House, une maison modulable et habitable de 1 mètre carré seule- ment, qui peut combler les interstices de la ville. Cette maison

en bois est équipée d’une porte et d’une fenêtre et sa toiture peut être aménagée en petit espace de rangement. L’origina- lité de la One-Sqm-House est de s’adapter à la position allongée de l’habitant, et d’accueillir un coin cuisine si l’on raccorde la maison à une arrivée d’eau (absence de sanitaires, cepen- dant). Sur son site, le concepteur propose gratuitement les plans de la maison et de tous les objets qu’il crée. Il suffit aux visiteurs de compléter un formulaire de demande et de fournir au créateur des photos de la maison une fois construite. Van Bo Le Mentzel consacre son travail à l’exploration de ce que peut être une maison et à l’importance d’avoir au moins un mètre carré d’espace personnel, minimum vital qui prend appui sur son expérience de réfugié laotien pris en charge, avec sa famille, par des centres d’hébergement allemand. « Personne sauf moi-même ne peut décider de ce qui va se passer dans ce mètre carré qui est le mien dans le monde. C’est le seul mètre carré sur terre dans lequel je peux décider de l’orientation des fenêtres, des portes, du voisinage que j’aurai », explique l’artiste. L’objectif de cet espace minimal est d’offrir à chacun la possibilité de créer son propre monde, plus esthétique, plus social, sans l’intervention des gouvernements, polices ou multinationales. L’artiste, qui considère que le logement est un droit humain universel, encourage les personnes à repenser ce dont elles ont réellement besoin et en quelle quantité. En dépit de son caractère provocant et de l’impossibilité de vivre réellement dans cette maison, l’objet du projet est d’engager une réflexion sur ce que veut dire habiter, sur l’espace minimal de vie et ses conditions d’usage. Le 8 septembre 2012, sous la direction de la Chicago Coalition for the Homeless (CCH) et de l’artiste Matthew Crowther, un groupe de sept sans-abri a construit la première maison de ce type aux États-Unis. L’abri minimal est un thème récurrent, chez les artistes et les designers soucieux d’apporter des réponses à la fois critiques et fonctionnelles au sans-abrisme. Bien souvent,

critiques et fonctionnelles au sans-abrisme. Bien souvent, Nom : One-Sqm-House Auteur : Van Bo Le Mentzel
critiques et fonctionnelles au sans-abrisme. Bien souvent, Nom : One-Sqm-House Auteur : Van Bo Le Mentzel

Nom :

One-Sqm-House

Auteur :

Van Bo Le Mentzel

Date de création :

2012

Lieu : Berlin Acteur : auteur

Nom : Urban Nomad Shelter Auteur : Electroland Date de création :

2007

Lieu : Los Angeles, États-Unis Acteurs : artistes

Nom : Refuge Wear Auteur : Lucy Orta Date de création :

début des années

1990

Lieu : Londres Acteur : artiste

Date de création : début des années 1990 Lieu : Londres Acteur : artiste 34 |

la rue est le terrain privilégié de leurs propositions. Inspiré notamment par les actions des Enfants de Don Quichotte, le collectif américain Electroland a imaginé, en 2007, Urban Nomad Shelter, un abri gonflable à distribuer dans la ville de Los Angeles. Cet objet, dessiné comme un signe dans l’espace public, est un acte politique censé engager un dialogue avec les pouvoirs publics. Cette parole est doublée d’une visée fonctionnaliste : l’artefact serait confortable, léger, facilement transportable, peu cher à produire, etc., qualités indispen- sables d’un abri d’urgence, selon ses créateurs. Refuge Wear est sans doute l’un des projets les plus connus de Lucy Orta qui, dès le début des années 1990, pour dénoncer la situation de désintégration sociale dont sont victimes les personnes sans domicile, a dessiné puis confectionné des proto- types de vêtements-refuges. Le premier de la série, nommé « Habit-tente », est un habitat portable qui offre à son occupant un minimum de confort personnel et une grande mobilité. L’artiste entend interpeller le public, en mettant en scène ses créations dans des performances qui prennent les rues de Londres comme podium. Pour elle, ces productions sont des manifestations urbaines rendant la visibilité aux invisibles. Michaël Rakovitz a lui aussi inventé, en 1998, un dispo- sitif d’abri gonflable au nom évocateur : para-SITE. Il a conçu cet objet pour et avec des personnes à la rue. L’abri est pensé pour être greffé sur les bouches d’aération des immeubles. L’air évacué et récupéré permet tout à la fois de gonfler et de chauffer la structure. Michaël Rakowitz avait d’abord imaginé un abri blanc opaque pour garantir l’intimité de ses occupants. Après plusieurs échanges avec des homeless de Boston, il lui est apparu que l’inti- mité n’était pas leur préoccupation première, contrairement à la sécurité, et qu’un abri translucide leur permettrait de surveiller l’environnement et de prévenir d’éventuels vols ou agressions. Cette proposition s’inspire du Homeless Vehicle Project de l’artiste Krzysztof Wodiczko, archétype de l’abri pour personne

Krzysztof Wodiczko, archétype de l’abri pour personne Nom : para-SITE Auteur : Michaël Rakovitz Date de
Krzysztof Wodiczko, archétype de l’abri pour personne Nom : para-SITE Auteur : Michaël Rakovitz Date de

Nom : para-SITE Auteur :

Michaël Rakovitz

Date de création :

1998

Lieu : Boston Acteurs : artiste, en collaboration avec des sans-abri de Boston

à la rue, manifeste fonctionnel dessiné en 1988 pour alerter les pouvoirs publics. Le cahier des charges, co-élaboré avec des personnes sans abri de New York, liste les qualités essentielles d’un abri pour une personne à la rue : un espace pour dormir, se reposer, se laver, collecter divers matériaux, etc. Les véhicules ont été confisqués par les autorités peu de temps après avoir été distribués par l’artiste. En parallèle des actions menées en faveur du droit au logement, certains collectifs européens s’attaquent au problème de l’espace de travail en ville 21 . « Les espaces vacants ou inaffectés sont communément considérés comme les symboles d’abandon et d’inactivité d’une ville. Paradoxalement, si leur mauvais état, leur localisation peu stratégique, la brièveté de leur dispo- nibilité ou l’incertitude quant à leur affectation future les rendent inadaptés au marché immobilier classique, ils consti- tuent néanmoins des espaces potentiels pour des structures, des associations ou des individus acceptant des conditions d’occupa- tion plus souples. » C’est ainsi que le collectif belge PRECARE, dont l’activité officielle s’est arrêtée en 2010, rappelait la perti- nence de son projet. Le groupe belge transformait depuis 1999 des bâtiments en attente de rénovation en bureaux temporaires. En rappelant le taux de vacance immobilière important dans les villes (en 2007, on a estimé à 15 000 le nombre de bâtiments inoccupés à Bruxelles), face à l’impossibilité des petites struc- tures économiques de s’y implanter en ayant un local adapté, PRECARE faisait office d’intermédiaire entre des propriétaires de bâtiments temporairement inoccupés et des initiatives artis- tiques, sociales à la recherche d’espaces de travail pour déployer

21. « Andrea Branzi a parlé, à propos de Tokyo, d’un “double” vacant de la ville d’au moins deux millions de mètres carrés de bureaux inoccupés. » Ernesto Oroza et Gean Moreno, Notes sur la maison moirée. Ou un urbanisme des villes qui se vident, Saint-Étienne, Cité du design, 2013.

qui se vident, Saint-Étienne, Cité du design, 2013. Nom : The Homeless Vehicle Project Auteur :
qui se vident, Saint-Étienne, Cité du design, 2013. Nom : The Homeless Vehicle Project Auteur :

Nom : The Homeless Vehicle Project Auteur :

Krzysztof Wodiczko Date de création :

1988

Lieu : New York Acteurs : artiste, en collaboration avec des sans-abri de New York

leur activité. Le groupe communiquait avec des propriétaires de Bruxelles, Londres, Milan et Barcelone qui n’étaient pas en mesure d’entreprendre des travaux sur leurs propriétés parce qu’en attente de permis. PRECARE offrait aux artistes d’occuper le bâtiment pendant une période donnée. En vertu du contrat qu’ils signaient avec le propriétaire, les locataires ne payaient pas de loyer mais devaient s’acquitter des charges. PRECARE encourageait ainsi les initiatives émergentes en leur proposant des locaux temporairement inoccupés. La lutte contre la ville excluante prend également forme à travers des mouvements de contestation citoyenne qui déplorent le manque d’espaces verts causé par une pression immobi- lière accrue. Faire une place au végétal en ville est le combat mené par le mouvement Green Guerilla depuis le début des années 1970, des artistes américains (notamment Liz Christy et Gordon Matta Clark) qui pratiquent l’horticulture subver- sive : plantation d’espèces végétales, souvent de nuit, dans les délaissés du tissu urbain new-yorkais, installation de pots de fleurs sur les fenêtres d’immeubles abandonnés, etc. En 1973, le groupe a ciblé un terrain en friche où planter des semences et a obtenu de la municipalité le droit d’y aménager le premier jardin communautaire de NewYork. Peu à peu, d’autres jardins communautaires sont apparus dans la ville, jusqu’à être plus de 600 aujourd’hui. Le mouvement se veut être un centre de ressources gratuit pour les jardiniers communautaires. Richard Reynolds a exporté le concept en 2004, d’abord au Royaume- Uni puis partout dans le monde, en créant l’organisation Guerillagardening.org, et en généralisant, par là même, l’appellation « guerilla gardening ». Avec ses troupes disséminées dans le monde, il transforme des espaces oubliés (îlots direc- tionnels comme les terre-pleins, parcs abandonnés, bordures de rue, etc.) en jardins. D’autres collectifs se consacrent à la planta- tion productive, favorisant la culture de fruits et de légumes en ville. Potentiellement, tous les lieux ou surfaces nues peuvent

Potentiellement, tous les lieux ou surfaces nues peuvent Nom : PRECARE (collectif) Auteur : Frederick Serroen
Potentiellement, tous les lieux ou surfaces nues peuvent Nom : PRECARE (collectif) Auteur : Frederick Serroen
Potentiellement, tous les lieux ou surfaces nues peuvent Nom : PRECARE (collectif) Auteur : Frederick Serroen

Nom : PRECARE (collectif) Auteur :

Frederick Serroen Date de création :

de 1999 à 2010 Lieu : Bruxelles, Belgique puis Londres, Royaume- Uni ; Milan, Italie ; et Barcelone, Espagne Acteurs : membres du collectif

Nom : Green Guerilla Auteur : Liz Christy et autres artistes américains Date de création :

depuis 1973 Lieu : New York Acteurs : artistes puis jardiniers communautaires

Nom : Guerilla gardening.org Auteur :

Richard Reynolds Date de création :

depuis 2004 Lieu : Londres puis monde entier Acteurs :

membres du collectif

ainsi être semés. Les buts multiples de ce situationnisme écolo- giste sont de créer une biodiversité de proximité dans les villes, des espaces communautaires conviviaux et de bousculer les limites de la propriété privée. Né des mouvements de guerilla gardening, le projet N55 Rocket System, conçu par le collectif danois N55 pour la ville de Copenhague, en 2005, est un système de propulsion de bombes de semences installé sur un vélo-cargo qui peut lancer une charge utile de 2 kilogrammes à une altitude de plus de 5 kilomètres. La fusée est conçue pour propulser des graines Superweed, un hybride de graines ordinaires et de graines génétiquement modifiées permettant une pollinisation croisée qui résiste aux herbicides. En une seule charge, il serait possible d’ensemencer un vaste secteur, voire une ville entière. Le projet Plant the Piece, initié en 2004 aux États-Unis par le duo d’artistes Three Miles (Christopher Humes et Noah Scalin), fabrique des systèmes de semences urbaines composés d’argile, de compost et de graines : les seeds guns ou pistolets de semences. Ces bombes favorisent la germination et la crois- sance des graines qu’elles contiennent, jusqu’à ce qu’elles soient en contact avec le sol. Selon ses concepteurs, ces bombes de semences peuvent même être lancées sur des parcelles béton- nées et transformer ainsi en jardin des espaces inhospitaliers. Imaginé en 2007 par l’agence d’architecture What If:

Projects Ltd (Ulrike Steven, Gareth Morris), le projet Vacant Lot propose de transformer des parcelles vacantes en jardins communautaires, à l’aide de sacs en plastique remplis de terre, de graines et d’eau. Ces Grow Bags (sacs de culture), qui contiennent une demi-tonne de terreau, peuvent être déplacés sans grand effort lorsqu’ils sont vides. À Londres et à Cornwall, des terrains vacants bétonnés ont été transformés en jardins productifs en betteraves, choux frisés et autres brocolis. Les étudiants de l’École nationale supérieure d’architecture de Saint-Étienne (ENSASE) ont développé en 2008, dans le

de Saint-Étienne (ENSASE) ont développé en 2008, dans le Nom : N55 Rocket System Auteur :
de Saint-Étienne (ENSASE) ont développé en 2008, dans le Nom : N55 Rocket System Auteur :

Nom :

N55 Rocket System Auteur : N55 (collectif)

Date de création :

2005

Lieu : Copenhague Acteurs : membres du collectif

Nom : Plant the Piece Auteur :

Three Miles (Christopher Humes et Noah Scalin) Date de création :

depuis 2004 Lieu : Richmond, Virginie, États-Unis, Acteurs :

duo d’artistes

Nom : Vacant Lot Auteur : WHAT IF :

projects Ltd. (Ulrike Steven, Gareth Morris) Date de création :

depuis 2007 Lieu : Londres Acteurs : duo d’artistes et habitants

Nom : Soupe de ville Auteurs :

étudiants de l’ENSASE Date de création :

2008

Lieu : Saint-Étienne Acteurs : service des espaces verts de la Ville de Saint-Étienne,

lycées agricoles, écoles primaires et maternelles du quartier Jacquard, étudiants, habitants du quartier, visiteurs de la Biennale

étudiants, habitants du quartier, visiteurs de la Biennale Nom : 7 000 chênes Auteur : Joseph
étudiants, habitants du quartier, visiteurs de la Biennale Nom : 7 000 chênes Auteur : Joseph
étudiants, habitants du quartier, visiteurs de la Biennale Nom : 7 000 chênes Auteur : Joseph
étudiants, habitants du quartier, visiteurs de la Biennale Nom : 7 000 chênes Auteur : Joseph
étudiants, habitants du quartier, visiteurs de la Biennale Nom : 7 000 chênes Auteur : Joseph

Nom :

7 000 chênes Auteur :

Joseph Beuys

Date de création :

1982

Lieu : Cassel Acteurs : artiste et acheteurs

Nom : Beuys’Acorns Auteur :

Ackroyd & Harvey Date de création :

2007

Lieu : Londres Acteurs : auteurs, participants aux échanges autour du dispositif

cadre de la Biennale internationale design Saint-Étienne, le projet Soupe de ville, portant sur la requalification des espaces urbains vacants de la ville de Saint-Étienne par leur mise en culture à des fins alimentaires. Une friche urbaine a ainsi été transformée en potager dont le produit était destiné à cuisiner une soupe distri- buée durant l’événement. Porté à la fois par les réseaux institu- tionnels et les réseaux associatifs, le projet impliquait différents acteurs sociaux : le service des espaces verts de la Ville de Saint- Étienne, les lycées agricoles, les écoles primaires et maternelles du quartier Jacquard, les étudiants à l’origine du projet, les habitants du quartier, les visiteurs de la Biennale, etc. Ce projet avait pour objet la valorisation des terrains laissés à l’abandon et la consom- mation des légumes récoltés sur le même territoire. Soupe de ville interroge la place de la nature en ville : il ne s’agit pas seulement de désigner une nature-paysage mais une nature productive qui s’inscrit dans une perspective d’écosystème alimentaire urbain. Autre démarche visant à intensifier la présence de la nature en ville, celle initiée en 2007 par le duo d’artistes Ackroyd et Harvey, qui ont ramassé et fait germer une centaine de glands provenant de l’œuvre 7 000 chênes, des arbres plantés par Joseph Beuys dans le cadre de la Documenta de Cassel, en 1982. Dans le projet de Beuys, chaque chêne était associé à une colonne de basalte. Au début de l’action, sept mille colonnes de basalte avaient été dispo- sées en tas dans un parc de Kassel. Les acheteurs payaient 500 deutsche Mark pour planter un arbre au pied duquel était disposée la colonne de basalte. Il s’agissait pour Beuys de « donner l’alarme contre toutes les forces qui détruisent la nature et la vie. […] Mon intention, c’est que la plantation des chênes n’est pas seulement une action de la nécessité de la biosphère, c’est-à-dire dans un contexte purement matériel et écologique, mais que ces planta- tions nous conduisent à un concept écologique beaucoup plus vaste – et cela sera de plus en plus vrai au cours des années, parce que nous ne voulons jamais arrêter l’action de plantation. […] Cette action doit donc montrer la transformation de toute la vie,

de toute la société, de tout l’espace écologique. » Vingt-cinq ans plus tard, avec leur projet Beuy’s Acorns, Ackroyd et Harvey ont donné naissance à 250 jeunes arbres en plein cœur de Londres. Leur projet était de soigner ces descendants avec ténacité et d’embrasser la déclaration de Beuys selon laquelle les cités et les villes devraient être « comme des forêts ». Le projet agit comme un catalyseur générant une série d’interfaces publiques autour de ces jeunes arbres, animées par des artistes, des scientifiques, des avocats, des architectes et des écrivains. L’ensemble révèle l’inter- dépendance fondamentale liant les hommes au monde naturel. C’est un levier pour les sciences émergentes qui montrent combien les forêts sont cruciales pour la santé des villes à long terme : une augmentation de 10 % de la couverture arboricole peut maintenir l’augmentation des températures en dessous de 4 °C et rendre les villes moins vulnérables au changement climatique jusqu’en 2080. Les deux artistes collaborent également au projet Arbres

Les deux artistes collaborent également au projet Arbres Nom : Better Block Auteurs : Jason Roberts

Nom : Better Block Auteurs :

Jason Roberts and Andrew Howard Date de création :

depuis 2010 Lieu : Dallas puis international Acteurs : auteurs, habitants d’un quartier, municipalités

de Roland Ennos, de l’université de Manchester, dont l’objectif est d’influencer de manière significative les politiques environne- mentales. Esthétiquement, il s’agit d’un appel à couvrir les villes d’arbres et de plantes, afin de les préparer à un futur incertain. Les artistes appellent à en planter 7 millions à travers les villes d’Angleterre et d’Europe. Les espaces vacants sont également utiles à d’autres fins, pour redynamiser l’activité économique d’une rue, par exemple. Inspirée du PARK(ing)DAY, l’initiative Better Block, imaginée à Dallas, en 2010, par Jason Roberts et Andrew Howard, propose de transformer pendant 24 heures une rue banale et inanimée en lui ajoutant des pistes cyclables, des terrasses de café, des stands de nourriture et autres agréments. Les effets sur le voisinage sont nettement évaluables : les habitants investissent l’espace urbain pour le transformer, l’expérimenter, se rencontrer ou consommer. Le succès économique de cette initiative l’a fait reconnaître par différentes municipalités qui en organisent à leur tour. Trente- deux nouvelles expériences ont été conduites aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Iran. Cette événementialisation du quotidien se retrouve dans le projet new-yorkais de 2009, No Longer Empty, porté par Hersson-Ringskog, programmation d’expositions provisoires dans les devantures vides des magasins. La conceptrice veut utiliser l’occupation nomade de magasins pour impulser un changement dans les quartiers délaissés, façon de souligner le potentiel des lieux que le projet occupe. Il s’agit donc de maximiser le potentiel immobilier en fluidifiant et en multipliant ses usages, tout en priorisant les initiatives qui participent à la vie du quartier et aux intérêts de ses habitants. Le projet final a favorisé l’émer- gence de centres culturels et artistiques provisoires. Animé par le même esprit, à partir de la location de lots vides de San Francisco (autrefois occupés par une autoroute élevée), Envelope a+d a conçu, en 2010, Proxy, un nouvel espace urbain dans lequel sont tour à tour déployés des stands de nourriture,

sont tour à tour déployés des stands de nourriture, Nom : No Longer Empty Auteur :

Nom :

No Longer Empty Auteur : Naomi Hersson-Ringskog Date de création :

depuis 2009 Lieu : New York, États-Unis Acteurs :

artiste et exposants

: New York, États-Unis Acteurs : artiste et exposants Nom : Proxy Auteur : Envelope a+d
: New York, États-Unis Acteurs : artiste et exposants Nom : Proxy Auteur : Envelope a+d

Nom : Proxy Auteur :

Envelope a+d Date de création :

2010-2015

Lieu : San Francisco Acteurs :

auteurs, municipalité,

commerçants

des installations artistiques, une terrasse de pub, une zone pour les camions ou un espace événementiel. Proxy crée une expérience qui s’ajuste aux besoins de quartiers en perpétuelle évolution, en investissant deux conteneurs. L’espace se prête à des tournages de films en extérieur ou accueille un marché de fermiers, devenant ainsi le centre du quartier. Parfois, pour impulser un lien social, il suffit d’un acte léger. En 2009, l’artiste Maider Lopez a conçu Fountain, une fontaine urbaine en harmonie avec l’architecture de la place centrale de la ville de Sharjah, aux Émirats arabes unis, pour permettre aux citadins de se désaltérer. Les habitants se sont approprié la fontaine pour sa fonction principale et comme lieu de socialisation. L’intervention inframince de l’artiste promet de rendre à l’espace urbain son caractère d’espace commun. Ce sont parfois des pratiques vernaculaires qui sont le support de l’urbanisme tactique. Le designer Steve Rasmussen Cancian a conçu, en 2002, le Community Living Room, création ou aménagement du mobilier extérieur pour faire perdurer, et simultanément rendre acceptable, une habitude présente dans les quartiers les plus en difficulté de Los Angeles : les hommes des communautés afro-américaines s’installent dans la rue pour discuter. Le designer a travaillé sur des assises publiques afin de rendre l’espace urbain accueillant, non stigmatisant, mixte et adapté à ces pratiques de conversation de rue. Jusque-là, les lieux d’installation de ces groupes d’hommes étaient évités par les autres habitants, apeurés à l’idée de partager un espace que s’appropriait un groupe socialement stigmatisé. Rendre cette pratique socialement acceptable, en l’institutionnalisant dans la forme même de la ville, invite chacun à s’y joindre. Avec le projet STAG, imaginé en 2012, Parallel Lab suit le même procédé, en envisageant sa création comme un objet culturel capable d’interroger la notion d’espace urbain. Soutenu par une observation des usages dans les villes, notamment à Hong Kong, STAG, réinterprétation des pratiques vernaculaires

Kong, STAG , réinterprétation des pratiques vernaculaires Nom : Fountain Auteur : Maider Lopez Date de
Kong, STAG , réinterprétation des pratiques vernaculaires Nom : Fountain Auteur : Maider Lopez Date de
Kong, STAG , réinterprétation des pratiques vernaculaires Nom : Fountain Auteur : Maider Lopez Date de
Kong, STAG , réinterprétation des pratiques vernaculaires Nom : Fountain Auteur : Maider Lopez Date de
Kong, STAG , réinterprétation des pratiques vernaculaires Nom : Fountain Auteur : Maider Lopez Date de

Nom : Fountain Auteur :

Maider Lopez Date de création :

depuis 2009 Lieu : Sharjah, Émirats arabes unis Acteurs : artiste et municipalité

Nom : Community Living-Room Auteur : Steve Rasmussen Cancian Date de création :

depuis 2002 Lieu : Los Angeles, Étas-Unis Acteurs : designer

Nom : STAG Auteur :

Parallel Lab (collectif) Date de création :

depuis 2012 Lieu : Hong Kong Acteurs :

membres du collectif, artisans, habitants

d’invention des meubles de rue, est un mobilier urbain portable – à la fois sac à dos et tabouret pliable. Ce mobilier a été conçu pour les habitants afin qu’ils s’installent où bon leur semble dans la ville, quand bien même rien n’est prévu à cet effet. Il suffit de déplier le tabouret-sac à dos pour installer un espace de convi- vialité. Les matériaux qui composent l’objet sont recyclés, les concepteurs ayant misé sur leur robustesse, leur faible coût et leur caractère local. Le projet a été testé lors de la performance STAG-ing Pékin, le 30 septembre 2012. Vingt tabourets-sacs à dos ont été placés dans un parking abandonné, face à trois conte- neurs, transformant l’espace en théâtre de plein air. Au-delà du projet lui-même, il s’agissait, pour les designers, d’apos- tropher les habitants sur l’usage des espaces urbains, notam- ment ceux délaissés qui ne demandent qu’à être investis pour s’animer. STAG est régulièrement présenté dans des expositions, et les concepteurs organisent des événements à Hong Kong pour poursuivre leur expérience. Pour le collectif Assemble (composé d’artistes, designers et architectes), il est question de réutiliser les espaces urbains délaissés pour en faire des lieux de culture populaire. Cineroleum est un projet-pilote visant à penser le réemploi et la transformation des 4 000 stations-service de Grande-Bretagne : en 2010, une station-service abandonnée de Clerkenwell est devenue un cinéma digne de l’âge d’or du septième art, avec un intérieur décadent, du pop-corn et une ambiance de nature à ressusciter l’enthousiasme familial des jours de sortie de film. La rénovation, réalisée par le collectif Assemble et des bénévoles, a utilisé des matériaux donnés ou récupérés. Le cinéma est ouvert quatre nuits par semaine, avec une programmation de « grands classiques ». Le collectif a poursuivi l’expérience avec un espace temporaire sous l’autoroute, au bord de l’eau, un kit géant construit en un mois par une équipe de bénévoles, démonté à la fin de l’été 2011. Cette seconde expérimentation, Folly for a Flyover, illustre à nouveau les possibilités d’aménagement des délaissés.

nouveau les possibilités d’aménagement des délaissés. Nom : Cineroleum Auteur : Assemble (collectif) Date de
nouveau les possibilités d’aménagement des délaissés. Nom : Cineroleum Auteur : Assemble (collectif) Date de

Nom : Cineroleum Auteur :

Assemble (collectif) Date de création :

2010

Lieu : Londres Acteurs : membres du collectif

3. Reprogrammer la vie de quartier

La lutte contre la ville excluante s’exprime dans des projets de mobilisation citoyenne visant à contrer un projet d’amé- nagement urbain et/ou à prendre en charge, dans un contexte d’immobilisme politique, la reprogrammation de quartiers entiers, voire la projection de nouveaux. C’est le cas de la fiction Autodéfense, dessinée par l’architecte parisien Stéphane Malka en 2009, projet de transformation du quartier parisien de la Défense par parasitage de la Grande Arche pour y greffer des logements. L’architecte explique ses intentions : « Poche de résistance active (PRA). En réaction à l’oppression et avec une volonté de créer un scénario alternatif aux modèles sociaux, le système PRA est un complexe modulaire, offrant un système alternatif de vie et de contestation, en insurrection permanente. Il permet une croissance adaptée à l’effervescence de la commu- nauté spontanée. Ce projet de guérilla architecturale entreprend de pirater la grande arche de la fraternité. Créer une poche de résistance active par l’accueil de tous les mécontents, fédérer les délaissés, les marginaux, les réfugiés, les manifestants, les dissi- dents, les hippies, les utopistes et autres apatrides. » Son projet combine à la fois l’idée de modularité, de préfabrication type conteneurs et celle de parasite qui s’accroche à un corps étranger, dans le but de s’y abriter et d’y puiser quelques ressources. Le nombre et la prolifération des modules habitables ne font ici que renforcer l’orientation parasitaire de la proposition. D’autres initiatives préfèrent prendre le réel à bras-le-corps, comme Échelle inconnue, collectif d’artistes, d’architectes et de chercheurs qui met en place depuis 1998, à Rouen, des travaux et expériences artistiques sur la ville et le territoire. Ces expériences au long cours interrogent « l’invisible de nos villes » en y associant les « exclus du plan » (personnes sans abri, nomades ou encore immigrées), selon la dénomination des concepteurs. En 2009, le collectif s’est rapproché des Roms expulsés de Villeurbanne et

s’est rapproché des Roms expulsés de Villeurbanne et Nom : Autodéfense Auteur : Stéphane Malka Date
s’est rapproché des Roms expulsés de Villeurbanne et Nom : Autodéfense Auteur : Stéphane Malka Date

Nom :

Autodéfense

Auteur :

Stéphane Malka Date de création :

2009

Lieu : La Défense, France Acteur : architecte

du « plus grand bidonville de France ». Au Havre, le collectif a travaillé avec les Roms à l’amélioration de leurs conditions de vie, avec la construction de toilettes sèches comme nécessité première. Échelle inconnue a sollicité les entreprises havraises

afin de récupérer les matériaux (palettes et sciure de bois) néces- saires à la construction de ces toilettes, occasion de répondre de manière créative à la constante menace du déplacement de ces Roms, et d’inaugurer le fonctionnement d’un équipement mobile en invitant « ceux de l’autre côté du mur ». Le collectif

a aussi développé le doctorat sauvage en architecture, ouvert à

tous, qui prend acte de l’incompétence des écoles d’architecture

et des universités à développer une ville qui ne soit pas excluante.

Identifié par le philosophe Paul Ardenne comme représen- tatif de l’art contextuel, le travail d’Échelle inconnue se trouve aussi parfois qualifié d’« artiviste » ou de « relationnel », selon les auteurs. Le collectif envisage son travail comme « fondamenta- lement politique » puisqu’il a pour objectif d’appréhender et de réinventer la polis (la ville) avec ceux qui y vivent, en prenant en compte la dimension politique, à l’heure où pour beaucoup, le seul acte politique reste celui de la délégation de son pouvoir dans la solitude de l’isoloir. Les expérimentations sont média- tisées par des expositions, vidéos, affiches, cartes, publications visibles sur leur site. Depuis 2007, le collectif met à la disposition du public, à Rouen, un centre de ressources où des documents (livres, revues, journaux, mémoires, documentaires, films) sont consultables librement. Parmi les projets visibles, une carte de la vidéosurveillance à Rouen, visible en ligne. En France toujours, Brouettes et compagnie, un collectif d’habitants du quartier de la Belle-de-Mai, à Marseille (l’un des plus pauvres de la ville), s’est mobilisé et auto-organisé dans le but de pallier le défaut d’action des pouvoirs publics, pour améliorer le cadre de vie de l’ensemble des habitants. Le collectif est ouvert à tous, librement, sans adhésion et avec un investis- sement choisi selon ses disponibilités, ses envies et son niveau

d’enthousiasme. Les habitants se sont réunis pour la première fois en 2008, à l’appel d’une radio locale et d’un animateur culturel qui proposait aux habitants de redécouvrir leur quartier. Leur première action fut de mettre en place une bibliothèque de troc, alimentée par les dons des riverains, un choix éminemment politique car le quartier en était dépourvu. Le collectif a rempli des brouettes de livres et s’est installé dans le quartier pour les distribuer et en collecter de nouveaux. Il a également convaincu des commerçants de mettre en place des mini-librairies dans leur boutique et lancé une pétition pour demander l’ouverture d’une bibliothèque. Les autres actions concernent surtout la réhabi- litation symbolique du quartier par l’organisation de parcours touristiques en tricycle électrique, de balades à thèmes avec invitation au domicile des habitants, par le réaménagement de l’espace urbain, jusqu’à l’accord de la mairie sur l’un de leurs projets de transport collectif (dessin de la ligne de bus, des arrêts). Installé sur une friche urbaine à l’occasion de Marseille Provence 2013, Yes We Camp! est un camping alternatif, expérimental, éphémère et écologique de 6 000 mètres carrés. Autoconstruit en quatre semaines à partir, principalement, de matériaux de récupération, il a ouvert ses portes au public, sur les quais de l’Estaque, entre mai et septembre 2013. Né de la rencontre entre Olivier Bedu, architecte, campeur, créateur du Cabanon vertical, et Éric Pringels, fondateur de Marseille Off 2013, Yes We Camp! entend penser le vivre-ensemble et la convivialité, le temps d’un été. Le projet rassemble près de 500 personnes de nationalités et d’horizons sociaux différents – la plupart bénévoles –, designers, architectes, étudiants, voisins, jeunes diplômés, retraités, personnes en insertion ou encore professionnels du spectacle, du bâtiment. Le projet prend la forme d’un village, avec sa place centrale, ses logements, ses espaces de travail, de production, de restauration, de divertis- sement, de rencontre, ses terrains de jeu, d’échange, son jardin potager et son réseau d’eau et d’électricité. Parmi les espaces

Nom :

Échelle inconnue

(collectif)

Auteurs :

membres du collectif Date de création :

depuis 1998 Lieu : Rouen, Le Havre Acteurs :

membres du collectif, habitants

Nom :

Brouettes & compagnie Auteurs : membres du collectif Date de création :

depuis 2008 Lieu : Marseille Acteurs : habitants

: depuis 2008 Lieu : Marseille Acteurs : habitants Nom : Yes We Camp! Auteurs :
: depuis 2008 Lieu : Marseille Acteurs : habitants Nom : Yes We Camp! Auteurs :
: depuis 2008 Lieu : Marseille Acteurs : habitants Nom : Yes We Camp! Auteurs :
: depuis 2008 Lieu : Marseille Acteurs : habitants Nom : Yes We Camp! Auteurs :
: depuis 2008 Lieu : Marseille Acteurs : habitants Nom : Yes We Camp! Auteurs :
: depuis 2008 Lieu : Marseille Acteurs : habitants Nom : Yes We Camp! Auteurs :

Nom :

Yes We Camp! Auteurs :

Olivier Bedu et Éric Pringels Date de création :

mai-septembre 2013 Lieu : Marseille Acteurs :

500 bénévoles (architectes, techniciens, associations, étudiants, voisins, jeunes diplômés, retraités, personnes en insertion, professionnels du spectacle ou du bâtiment, etc.), 12000 visiteurs

communs, le Kiosk est un lieu de production et de fabrication d’objets, mis à disposition des artistes en résidence et des campeurs. La Gazette du camping et la Very Local Radio infor- ment chacun de la marche du projet. La scène C6O est une structure en bois modulable, tour à tour lieu de repos, de détente ou scène de concert intime. Conçue et prêtée par l’association Bellastock, une caravane transformée en scène de spectacle est capable d’accueillir théâtre, concerts, performances-projections ou toutes représentations adaptées à un format scénique (les plans sont disponibles en open source). La caravane Cinéma- nouche, mise à disposition par une association de cinéma itinérant des gens du voyage et cultures nomades, permet de visionner des films à l’intérieur et à l’extérieur. Construit à partir de 36 mètres carrés d’échafaudage, le Poney Ranch est un café avec une terrasse ouverte à l’étage. Les solutions d’héber- gement sont nombreuses et nécessitent pour la plupart une réservation en ligne (de 13 à 80 euros la nuit) : Hamac Do Mar est un espace de vie et de couchage conçu par Jeanne Baillo et Clémentine Cluzeaud, scénographes, un dortoir-bivouac qui permet un campement convivial, à l’instar des hamacs installés sur les bateaux qui circulent sur l’Amazone ; les Moissonneuses sont des dortoirs collectifs conçus à partir de palettes de récupé- ration où chaque campeur bénéficie d’une alcôve privative avec matelas et espace de rangement sécurisé ; les Semeuses sont des chambres doubles originales, avec mini-robinet, miroir et lampe de chevet ; le Sommeilleur est une unité individuelle de repos, dessinée à partir de l’empreinte de corps allongés ; le Valcoucou SDF Hôtel (un éco-toit pour tous), œuvre militante de l’artiste Philippe Guidau, entièrement réalisé à partir de matériaux de récupération, est une cabine en bois, libre d’utilisation (contrai- rement aux autres hébergements proposés sur le site), recou- verte de végétaux, disposant d’une couchette individuelle et d’un coffre de rangement ; conçue dans les années 1960 par l’architecte et urbaniste Jean Benjamin Maneval, la maison Bulle

est un habitat composé de six coques en plastique, embléma- tique de l’esthétique des années pop, etc. Le village est équipé de toilettes sèches et douches solaires disposées sur des échafau- dages de trois niveaux : au dernier niveau, les cuves remplies d’eau se réchauffent ; au niveau intermédiaire, à deux mètres de hauteur, les campeurs prennent leur douche ; en bas, les cuves de récupération des eaux vidées dans des bacs de phyto- épuration. Yes We Camp! a accueilli près de 12 000 visiteurs (dont 3 000 nuitées réservées). En 2015, Yes We Camp! devrait rouvrir ses portes en Belgique lors de l’événement Mons 2015, capitale européenne de la culture. Redonner du sens aux quartiers programmés pour la destruction était au cœur du projet Tour Paris 13, manifeste reprenant l’esprit du street-art et d’une création artistique libérée des contraintes du marché, en réinterprétant le squat artistique en centre-ville. Tour Paris 13 est la plus grande exposition collective de street-art jamais réalisée, couvrant 4 500 mètres carrés, dans un bâtiment de neuf étages avec trente-six appartements de quatre à cinq pièces, parfois encore meublés, devenus support d’expression, pendant sept mois, pour une centaine d’artistes de seize nationalités. L’exposi- tion, ouverte au public durant le mois d’octobre 2013, avant destruction, s’est prolongée sur internet, où elle est restée visible quelques jours après la destruction de la tour. Les visiteurs avaient ainsi la possibilité de sauver les œuvres en les rendant numériquement pérennes – ce qui fut fait – : «Vous ne pouviez rien faire pour sauver la tour. Mais vous pouvez sauver le site. » En parallèle, les habitants de la tour, premiers visiteurs de l’exposition, ont participé au projet d’aménagement urbain de leurs futurs logements grâce à des ateliers de concertation, la participation d’un représentant des habitants au jury de désignation de l’urbaniste et une information régulière mise en place. En complément de ces dispositifs, l’association Sangs mêlés a mis en œuvre un projet mémoire ayant pour objectif

Nom : Tour Paris 13 Auteurs :

galerie Itinerrance (Mehdi Ben Cheikh) Date de création :

2013

Lieu : Paris Acteurs : galerie, artistes, Mairie du 13 e arrondissement de Paris, ICF Habitat La Sablière, habitants de la tour, internautes

ICF Habitat La Sablière, habitants de la tour, internautes de libérer la parole des habitants, mise
ICF Habitat La Sablière, habitants de la tour, internautes de libérer la parole des habitants, mise
ICF Habitat La Sablière, habitants de la tour, internautes de libérer la parole des habitants, mise

de libérer la parole des habitants, mise en scène et en images à travers des ateliers de théâtre, de chant, de danse et dans un livret de dessin. Tour Paris 13 a poursuivi deux objectifs. D’une part, donner un support d’expression artistique à des artistes auxquels peu d’espace est accordé dans les villes contempo- raines ; en ce sens, l’immeuble s’inspirait de l’esprit des squats artistiques. D’autre part, donner sens à la démolition d’un immeuble et à la destruction d’une tranche de vie, et accom- pagner les habitants dans un nouvel espace dont ils ont défini les contours. La Tour Paris 13 était aussi un projet transmédia visuel et sonore, immersif et collaboratif, réalisé par Thomas Lallier, qui sollicitait les internautes pour faire trace de l’expé- rience. Environ 25 000 personnes sont venues visiter la tour, malgré le temps d’attente (parfois plusieurs heures). 300 000 personnes ont visité le site internet. Celui-ci, toujours en activité, permet de rencontrer les artistes, de les voir à l’œuvre,

de rencontrer les artistes, de les voir à l’œuvre, Nom : Sit in Auteur : What

Nom : Sit in Auteur :

What if : projects Ltd (Ulrike Steven, Gareth Morris) Date de création :

2006

Lieu : Liverpool Acteurs :

duo d’artistes

de visiter la tour pièces par pièces, à travers photos, vidéos, textes et enregistrements audio. Ce fond doit être enrichi au fur et à mesure des contributions photographiques des internautes. En Angleterre, le collectif d’architectes What If:

Projects Ltd (Ulrike Steven, Gareth Morris) s’est intéressé, en 2006, aux espaces urbains délaissés, oubliés ou dépré- ciés, en proposant des équipements permettant aux habitants du quartier de les réinvestir. En installant des bancs dans des espaces abandonnés autour de Noel Street Green, dans le quartier de Toxteth de Liverpool, Sit in invite les habitants à imaginer ce qui peut advenir si chaque foyer possède un banc à placer, dans ce quartier déserté depuis la désindustrialisation de la ville. Lors d’ateliers, les habitants ont diagnostiqué le manque de places publiques, de lieux de rencontre, d’espaces commu- nautaires, l’un des problèmes centraux du quartier de Toxteth où chacun se barricade à son domicile. Il s’agissait de faire en

sorte que les habitants investissent leur propre rue et les espaces attenants : qu’ils sortent de leur logement et reprennent physi- quement possession de l’espace urbain, afin d’y faire entendre une parole publique. La revitalisation économique des quartiers est l’un des autres effets majeurs recherchés dans ce type d’expérience. Dans le cadre du programme Design pour le changement social Impact!, les agences DesignNYC, DUB-studios, le Lower East Side Business Improvement District et les étudiants de la School Visual Arts (SVA) ont conçu, en 2012, DayLife, un projet de design environnemental pour la ville de New York. L’objectif du projet était de faire connaître différemment aux habitants et aux personnes extérieures au quartier la richesse de celui-ci. L’évé- nement s’est déroulé dans trois blocs du quartier new-yorkais d’Orchard Street : les trottoirs ont été recouverts de gazon artifi- ciel sur lequel des chariots multifonction ont apporté des stands et du matériel. Les chariots, au cœur du dispositif technique de DayLife, avaient pour objectif d’attirer les piétons et d’être des espaces de stockage. Mais, plus que des stands pour vendre de la nourriture ou d’autres produits, ces chariots constituaient de mini-espaces réinventés qui livraient et déballaient dans la rue des possibilités de jeux et d’échange dans l’espace urbain. Leur spécificité était d’être à la fois des lieux compacts et mobiles de stockage qui, une fois ouverts, s’étendaient, déversaient leur contenu et participaient à l’activité de la rue. Le concept de ce dispositif était de « casser le modèle habituel des foires de rues » pour en faire un événement prenant acte de l’identité du voisi- nage et de la philosophie de la ville. Les concepteurs se sont inspirés du passé du quartier, à l’origine hautement commerçant et animé, en renouant avec cette histoire. Il s’agissait donc d’en faire un lieu commerçant, animé et festif qui sorte les commerces de leur confinement pour les voir s’étendre dans la rue. À Hambourg, en Allemagne, le Gängeviertel, le quartier des passages, est ce qui reste de l’ancien quartier ouvrier du

passages, est ce qui reste de l’ancien quartier ouvrier du Nom : DayLife Auteurs : DUB-Studios,

Nom : DayLife Auteurs :

DUB-Studios,

designNYC

Date de création :

2012

Lieu : New York Acteurs : DUB- Studios, designNYC, Lower East Side Business Improvement District, étudiants de la School Visual Arts, commerçants, habitants

étudiants de la School Visual Arts, commerçants, habitants Nom : Gängeviertel (association) Auteurs : membres de
étudiants de la School Visual Arts, commerçants, habitants Nom : Gängeviertel (association) Auteurs : membres de

Nom : Gängeviertel (association) Auteurs : membres de l’association Date de création :

depuis 2009 Lieu : Hambourg Acteurs : artistes, habitants, municipalité

Nom : Park fiction Auteur : Hafenrandverein (collectif d’habitants) Date de création : 1994-2005 Lieu

Nom : Park fiction Auteur :

Hafenrandverein (collectif d’habitants) Date de création :

1994-2005

Lieu : Rives de l’Elbe, Sankt Pauli, Hambourg, Allemagne Acteurs : habitants

Sankt Pauli, Hambourg, Allemagne Acteurs : habitants Nom : High Line Auteur : Friends of the
Sankt Pauli, Hambourg, Allemagne Acteurs : habitants Nom : High Line Auteur : Friends of the
Sankt Pauli, Hambourg, Allemagne Acteurs : habitants Nom : High Line Auteur : Friends of the
Sankt Pauli, Hambourg, Allemagne Acteurs : habitants Nom : High Line Auteur : Friends of the

Nom : High Line Auteur : Friends of the High Line (association d’habitants) Date de création :

depuis 1999 Lieu : New York Acteurs :

habitants,

architectes,

municipalité

centre-ville. Insalubre, considéré comme un repaire de dangeu- reux activistes et de délinquants par la municipalité, le quartier

a presque été totalement rasé dans les années 1960. En 2008,

les rares vestiges ont été vendus à un investisseur qui souhai- tait y construire de nouveaux logements de haut standing. Refusant de voir le quartier historique être défiguré et devenir inaccessible aux bas revenus, près de 200 artistes de Hambourg, regroupés dans l’association Gängeviertel, ont pris possession, en août 2009, d’immeubles voués à la destruction. Ce squat qui dure depuis plus de quatre ans a suscité l’intérêt des médias et des partis politiques même les plus conservateurs. Finalement, les immeubles ont été rachetés par la municipalité, qui en a saisi

l’importance en termes de dynamisation du centre-ville. Pour Christine Ebeling, porte-parole de l’association, « la majorité des artistes ont beaucoup de mal à obtenir des ateliers bon marché. Soit ils peuvent les occuper à titre provisoire, soit ils squattent des bâtiments destinés à la démolition. En clair, ils sont obligés de déménager sans arrêt, au mieux tous les deux ans. Beaucoup d’ateliers ont déjà disparu de cette manière. Tout le monde a conscience que si ces bâtiments sont détruits à leur tour, c’est un morceau de l’histoire de Hambourg qui disparaîtra. Et nous avons voulu empêcher ça. » La nouveauté du mouvement réside dans le fait que les médias et l’opinion publique se sont rangés du côté des squatters. Un signal politique dont Karin vonWelck, sénatrice déléguée à la Culture, a pris conscience : « La tendance générale à Hambourg, notamment grâce au soutien des médias,

a été de dire que la préservation du patrimoine dans le Gänge-

viertel est un combat commun qui doit être mené de front par l’ensemble de la classe politique. » Toujours à Hambourg, le projet Park Fiction a débuté, en 1994, par la mobilisation de riverains qui voulaient empêcher un projet d’aménagement des rives de l’Elbe dans le quartier Sankt Pauli d’Hambourg. La campagne rassem- blait des artistes, des musiciens et des citoyens. Park Fiction

a permis d’organiser des événements et d’inventer des outils

afin de concevoir un projet différent de celui du promoteur. L’équipe de Park Fiction a créé des archives de souhaits, une bibliothèque portable, un studio de fabrication de maquettes en argile, une ligne téléphonique directe pour émettre ses vœux, un conteneur servant à l’aménagement et une trousse d’action (« mallette d’urbanisme portative »). Ce processus de concep- tion collaboratif a permis aux participants de préparer diffé- rentes propositions pour le parc, devenues viables en raison,

notamment, de l’histoire du quartier : Sankt Pauli a une histoire sociale forte, corrélée à un désengagement des pouvoirs publics qui a conduit au développement d’un activisme local, avec des mouvements de squatters depuis les années 1980. Les concep- teurs du projet considèrent ainsi qu’il est difficilement repro- ductible sur des territoires n’ayant pas une histoire semblable, même si la méthodologie employée peut l’être ailleurs. Après huit ans de planification urbaine démocratique et radicale et quelques négociations, Park Fiction est en construction. Un film sur le projet a été produit par Margit Czenki, Desire Will Leave the House and Take to the Streets. Un jeu sur le processus de développement du projet a été conçu et de multiples événe- ments et présentations à l’international ont permis de popula- riser l’expérience et de faire en sorte que les autorités n’osent plus s’y opposer. Aux États-Unis, à New York, l’association d’habitants Friends of the High Line a été fondée en 1999 pour coordonner les efforts visant à empêcher la démolition d’une voie ferrée aérienne de 2,3 kilomètres, dans le sud-ouest de Manhattan, et

à la transformer en coulée verte. Désaffectée depuis les années

1980, cette voie ferrée couverte de végétation offrait un îlot de verdure suspendu quelques mètres au-dessus des trottoirs new-yorkais. Une campagne de publicité montée par l’asso- ciation a sensibilisé la population locale et attiré l’attention de célébrités et de regroupements d’entreprises. En 2005, cette

campagne a porté ses fruits et, en 2008, le concours d’archi- tecture pour le réaménagement de la High Line a été remporté par l’agence Diller & Scofidio. La High Line est le premier parc public de son genre aux États-Unis, construit à plus de dix mètres au-dessus du quartierWest Side de Manhattan. L’ouver- ture du premier tronçon est l’aboutissement de plus de trois ans de construction et de dix années de planification. Le tracé et la structure originels des lignes ont été conservés et les éléments art déco restaurés. Cette ouverture a permis une réorganisation progressive du quartier : de nouveaux logements à loyer modéré ont été créés, des bureaux, commerces et galeries d’art, ouverts. Cette réorganisation s’achèvera avec l’installation du Whitney Museum, véritable quartier culturel sur Gansevoort Street, imaginé par lauréat du prix Pritzker, l’architecte Renzo Piano. Nouvelle forme de résistance citoyenne, à l’échelle d’un village cette fois-ci, Aldeia Gentil (« gentil village », en français) est un collectif d’une vingtaine de personnes, créé dans le prolongement des mouvements sociaux de juin 2013 à Rio de Janeiro, au Brésil. Le collectif s’appuie sur une associa- tion défendant une culture en plein air : Alalao, au fondement de la galerie A Gentil Carioca, fondée en 2003 par les plasti- ciens Laura Lima, Marcio Botner et le sculpteur Ernesto Neto. Chaque semaine, le collectif se rassemble dans ce lieu pour y tenir des réunions ouvertes à tous les habitants sur les sujets les plus divers : la répression policière (la violence policière dans les favelas est un problème endémique, au Brésil), la philosophie du bonheur, la situation des indigènes ou l’œuvre de Brancusi. En parallèle, le collectif participe aux mobilisations citoyennes comme le Grito da liberdade, une marche pacifique organisée le 31 octobre 2013 contre l’arrestation abusive de manifestants, les rassemblements Reage Artista du quartier de Lapa à Rio ou encore les protestations pour soutenir les professeurs en grève. Le 30 novembre 2013, la plage a été le théâtre de cet activisme créatif. À l’appel de l’Alalao et sous la bannière « Nous sommes

tous Amarildo », du nom de ce maçon de la favela Rocinha, disparu et torturé à mort par la police militaire le 14 juillet 2013, six artistes ont occupé un carré de sable sous la pluie battante et devant le regard enthousiaste des badauds ; le plasticien Guga Ferraz a créé un toboggan géant élevé avec des sacs de sable ; l’interventionniste urbain Ronald Duarte a réalisé un dispositif intitulé Mar do amor pour lequel il a dispersé de la poudre de betterave dans la mer devenue rouge ; la vidéaste Celina Portella a mis en place des blokinis, contraction de bikini et de black blocs, ces groupes d’anarchistes masqués qui étaient présents lors des nombreuses manifestations. Pour l’artiste Laura Taves, « Aldeia est un manifeste, un outil pour la mémoire carioca et même brésilienne, un lieu de partage démocratique et politique qui met le doigt sur les violences et les plaies du pays. » Le collectif d’artistes, aux côtés des habitants et plus encore des habitants victimes des violences policières, entend dénoncer celles-ci et réclame la fin de l’impunité. La quête d’un monde qui modère son mouvement est une autre aspiration humaine. C’est celle des Souffleurs commandos poétiques, groupe imaginé par Olivier Comte en 2001 à Aubervilliers, réunissant une trentaine d’artistes autour d’une « tentative de ralentissement du monde », déclinée à travers plusieurs modes opératoires : des commandos poétiques chuchotent à l’oreille des êtres humains à travers de longues cannes creuses appelées « rossignols » ; les œuvres de spectacle vivant comme Sédimentation des bourrasques, Confidence des oiseaux de passage, Forêt sensible (installation monumentale vivante et zone de permanence poétique) ; les laboratoires de poétisation du territoire, nouveaux modes opératoires mis à l’épreuve dans le cadre d’œuvres telles que Rues silencieuses, Poétiques sentinelles, Tambour urbain d’Aubervilliers, Levées de rideau, Conseil municipal extraordinaire. Dans Rues silencieuses, le groupe a fait en sorte que quatre rues du centre-ville soient rendues silencieuses entre 7 heures et 8 heures sans perturber la

Nom :

Aldeia Gentil

Auteurs :

association Alalao, artistes, habitants Date de création :

depuis 2013 Lieu : Rio de Janeiro Acteurs : membres de l’association, artistes, habitants

Nom : Les Sou eurs commandos poétiques Auteur :

Olivier Comte Date de création :

depuis 2001 Lieu : Aubervilliers Acteurs : membres du collectif, habitants, municipalité, partenaires financiers

collectif, habitants, municipalité, partenaires financiers circulation des automobilistes : 250 Albertivillariens ont
collectif, habitants, municipalité, partenaires financiers circulation des automobilistes : 250 Albertivillariens ont

circulation des automobilistes : 250 Albertivillariens ont entrepris de pousser les voitures sur quelques centaines de mètres, avec les encouragements des riverains penchés à leur fenêtre. Le Tambour urbain d’Aubervilliers crée un bulletin des annonces poétiques de la ville rédigé par un groupe d’une dizaine d’habitants d’Auber- villiers réunis par les Souffleurs. Tous les jeudis, les membres du comité de rédaction travaillent avec des artistes profession- nels, membres du collectif, à l’écriture et à la mise en voix de ces annonces. Des thématiques sont régulièrement mises en avant :

hommage aux nouveaux arrivants, l’actualité avec « Savez-vous que… » ou des envies de partager des informations, anecdotes

relatives à la vie citoyenne destinées à des citadins venant de tout horizon (90 langues sont parlées à Aubervilliers). D’autres projets ambitionnent de repenser la ville dans son intégralité.Tous les ans et depuis bientôt vingt-cinq ans, au mois d’août, se déroule, dans le désert du Nevada, le festival Burning Man. Ce projet collectif de création d’une ville éphémère, Black Rock City, initié par Larry Harvey et organisé selon

dix

principes, se fonde sur un contrat social informel adopté

par

les participants : pratique du don, libre expression de soi,

autonomie de chacun sont encouragés en mettant l’accent sur la solidarité, la responsabilité écologique et la communauté. Cette grande fête tient son nom de l’immense homme de bois brûlé à

la fin de la semaine de festivités. Selon la devise « Leave no trace », les participants sont invités à protéger cet espace naturel, en ne laissant aucune trace de leur passage. Le festival Burning Man trouve un écho avec le mouvement

Off the Grid (« déconnecté du réseau ») lancé par Nick Rosen

en 2008 aux États-Unis, qui consiste à vivre une vie autosuffisante sans raccordement au réseau, compris comme « l’ensemble des lignes et canalisations qui délimitent le monde moderne (électri- cité, gaz, eau, égouts) ». Pour Nick Rosen, auteur de Off the Grid:

Inside the Movement for More Space, Less Governement, and True Independence in Modern America, le réseau a été organisé pour

Nom : Burning Man (festival) Auteur :

Larry Harvey Date de création :

depuis 1990

Lieu :

désert

du Nevada

Acteurs :

organisateurs,

participants

: depuis 1990 Lieu : désert du Nevada Acteurs : organisateurs, participants 54 | la solidarité
: depuis 1990 Lieu : désert du Nevada Acteurs : organisateurs, participants 54 | la solidarité
Nom : Slave City Auteur : Atelier Van Lieshout Date de création : 2005 Lieu

Nom : Slave City Auteur :

Atelier Van Lieshout Date de création :

2005

Lieu : Rotterdam Acteurs : artistes

de création : 2005 Lieu : Rotterdam Acteurs : artistes répondre aux besoins de l’industrie et

répondre aux besoins de l’industrie et non des consommateurs. Se débrancher du réseau, selon lui, est une forme de protestation, un refus de certains aspects de la société de consommation pour une maîtrise de sa vie, une moindre dépendance à l’État, une manière d’être responsable de son énergie, de son eau, de ses déchets. Le mouvement s’oppose clairement aux smart cities, des modèles ultratechnicistes qui tirent leur intelligence des connexions établies entre des secteurs traditionnellement cloisonnés : électricité, gaz, télécommunication, eau, déchet, transport, bâtiment, secours, éducation, santé, tels qu’il s’en développe au Quatar, au Japon ou en Corée. En 2006, le magazine USA Today compte 180 000 Américains vivant hors réseau. Le mouvement se développe plus particulièrement aux États-Unis et en Angleterre. Le concept est adossé à une plateforme Web, mise en place par Nick Rosen, qui prodigue des conseils pratiques pour vivre de manière autonome :

faire son pain, utiliser un four solaire, concevoir un système de chauffage utilisant la biomasse, etc. Vouée au productivisme forcené et consommant simulta- nément hommes et énergie, Slave City (« cité des esclaves »), de l’Atelier Van Lieshout (2005), est une réponse cynique aux projections d’une ville totalement rationalisée. Cette ville autonome ne produirait aucun déchet, grâce aux énergies renou- velables et à une implacable organisation. Slave City vivrait en parfaite autarcie grâce au travail de ses 200 000 habitants (100 000 femmes pour 100 000 hommes), préalablement triés dans un Welcoming Center (les candidats déficients sont recyclés, au sens écologique du terme). Les urbains travaillent 14 heures par jour : 7 heures dans un call-center, 7 heures dans des champs ou ateliers. Slave City fait écho à l’obsession écolo- gique actuelle dont le revers est, selon les auteurs, la création d’un système autodestructeur, au nom de l’efficacité et de la rationalisation de la production énergétique.

AXES DE RECHERCHE

— Faut-il déprogrammer, déplanifier la ville ? Au profit de

quelle organisation urbaine ? Faut-il penser une ville adaptable, suffisamment souple pour se conformer aux pratiques, aux usages des citadins ?

— Les qualités ludique, poétique, conviviale de la ville peuvent-

elles influencer la solidarité urbaine ? Quelles sont les dérives possibles de ce type d’approche ?

— Comment penser des dispositifs ouverts qui incitent à

l’interaction, à la coopération entre citadins et in fine les engagent à le faire eux-mêmes ? Quels sont les risques de cet état de mobilisation permanente des habitants ?

— Espace prescrit versus espace vécu : comment appréhender l’espace vécu ?

— Le vocabulaire utilisé pour placer les individus au centre

de la vie urbaine, réappropriation, participation, partage,

réinvestissement, coopération, collaboration, demande aux individus du temps et de la volonté. Quelles sont les condi- tions pour la participation des usagers au projet ? Comment les concepteurs les intègrent-ils dans leur dispositif ?

— Dans les projets, les habitants sont là sans que l’on en

sache beaucoup plus sur qui ils sont. Les habitants sont une figure massive sans aspérité ni conflit. Le participatif est-il une contrainte supplémentaire dans la programmation, mais qui finalement n’infléchit pas les projets des concepteurs ? Les projets sont-ils vraiment des réponses aux demandes des habitants ? Et quels habitants ?

— Quels sont les e ets de la technicisation de la ville sur les relations sociales et la solidarité entre les individus ?

— Comment les politiques s’accommodent-ils de la mobili-

sation des habitants ? Qu’en font-ils ? Quelle est la place de l’action publique dans ces projets participatifs ?

B. RÉSISTER À LA VILLE INTRUSIVE :

PRÉSERVER SON ANONYMAT

En réaction à la multiplication des dispositifs de surveillance présents dans l’espace matériel de la ville comme dans l’espace immatériel d’internet, des groupes de citoyens s’organisent pour contourner le contrôle exercé par les gouvernements, des sociétés privées et, parfois, par leurs propres concitoyens. Ils reven- diquent le droit à l’anonymat (l’une des libertés inventées par les Parisiens et les Londoniens, au XVIII e siècle) pour circuler et échanger librement dans la ville matérielle et immatérielle.

1. Défendre le droit de circuler librement dans la ville matérielle et immatérielle

Défendre le droit de circuler librement dans l’espace urbain est le combat mené par la troupe Surveillance Camera Players, née en 1996 à New York. Sur son site, la troupe diffuse des plans de villes américaines qui indiquent l’emplacement des caméras de vidéosurveillance, privées ou publiques, présentes dans les villes américaines, organise des visites guidées qui familiarisent ceux qui sont surveillés avec ceux qui les surveillent ou monte des pièces de théâtre à partir d’œuvres comme 1984 de George Orwell ou En attendant Godot, de Samuel Beckett, devant ces mêmes caméras. La première performance du groupe s’est déroulée le 10 décembre 1996 avec la pièce Ubu roi d’Alfred Jarry, performance interrompue par les forces de l’ordre. Pour lutter contre les caméras, les Surveillance Camera Players utilisent le trottoir comme une scène, quand ils n’adaptent pas des textes. Ils écrivent eux-mêmes leurs pièces. Leur public se recrute fortui- tement parmi les passants et surtout parmi les anonymes qui suivent les écrans de surveillance. Fortement influencée par les situationnistes, la troupe s’appuie sur Michael Carter, auteur du manifeste The Guerrilla Preprogramming of Video Surveillance

Equipment (1995) et Bill Brown, de la campagne Unabomber for President (1996). Les Surveillance Camera Players définissent leur approche théâtrale comme une reprogrammation des caméras de surveillance : ils s’efforcent de refaire des caméras un instrument productif en les utilisant pour porter un message. Aux États-Unis, l’installation de caméras de surveillance ne requiert aucune autorisation, et aucun opérateur n’a à rendre de comptes quant à l’utilisation des images. Dans d’autres pays, grâce aux lois d’accès à l’information, chaque citoyen peut demander à consulter les bandes-vidéo de ces performances et les diffuser à nouveau. Les performances sont ainsi présentées dans des festivals et archivées dans des musées. Ses membres ne reven- diquent aucun droit d’auteur sur leurs activités et encouragent d’autres groupes à utiliser le nom Surveillance Camera Players. Utilisant les données recueillies par des groupes comme les Surveillance Camera Players ou la New York Civil Liberties Union, iSee Manhattan est un logiciel de cartographie mis au point en 2001 par l’Institute for Applied Autonomy qui propose aux piétons new-yorkais l’itinéraire le moins exposé aux caméras de surveillance. L’interface a été mise en ligne en octobre 2001, et une version compatible pour téléphone portable a été produite l’année suivante. Comme pour la majorité des logiciels de carto- graphie, l’utilisateur entre un point d’origine et une destination :

iSee Manhattan calcule alors l’itinéraire le moins exposé aux caméras de surveillance. Fondé en 1998, l’Institute for Applied Autonomy se consacre à la défense des libertés individuelles et collectives et fournit aux militants des outils pour accroître leur autonomie. La montée croissante de la vidéosurveillance dans les espaces publics au prétexte de la lutte contre la délinquance conduit à des abus : l’IAA évoque notamment le cas des minorités, suspectées et surveillées par les forces de l’ordre, et souvent contrô- lées sans raison apparente. La même chose se produit pour les femmes (risque de voyeurisme de la part des autorités), les jeunes (notamment les jeunes issus des minorités) ou encore les activistes.

Nom : Surveillance Camera Players Auteurs :

Michael Carter et autres membres de la troupe Date de création :

depuis 1996

Lieu :

New York, États-Unis puis international Auteurs :

membres du groupe

Nom : iSee Manhattan Auteur : Institute for Applied Autonomy Date de création :

depuis 2001 Lieu : New York et Boston, États-Unis ; puis Amsterdam, Pays-Bas ; Ljubljana, Slovénie Acteurs : membres de Surveillance Camera Players et New York Civil Liberties Union

Camera Players et New York Civil Liberties Union Nom : Hacking Citizen Auteur : Geo rey
Camera Players et New York Civil Liberties Union Nom : Hacking Citizen Auteur : Geo rey
Camera Players et New York Civil Liberties Union Nom : Hacking Citizen Auteur : Geo rey
Camera Players et New York Civil Liberties Union Nom : Hacking Citizen Auteur : Geo rey
Camera Players et New York Civil Liberties Union Nom : Hacking Citizen Auteur : Geo rey
Camera Players et New York Civil Liberties Union Nom : Hacking Citizen Auteur : Geo rey

Nom : Hacking Citizen Auteur :

Geo rey Dorne

Date de création :

2009

Lieu : Paris Acteur : designer

Nom : Anonymous Auteur :

collectif d’« hacktivistes » Date de création :

depuis 2006 Lieu : international Acteurs :

membres du collectif

D’autres plateformes iSee ont été mises au point pour Amsterdam, en novembre 2002 (avec l’aide de Spot the Cam) pour Ljubljana, en juin 2003 (avec l’aide de Metalchavo) et, durant l’hiver 2005, à Boston, avec, toujours, cette même ambition de préserver la liberté d’aller et venir de tous les citoyens. Le projet Hacking Citizen du designer Geoffrey Dorme (2009) entend également protéger le citoyen de l’intrusion des technologies, dans sa vie privée, lors de ses déplacements urbains ou pendant ses navigations sur le Web. L’artiste a imaginé le kit du Hacking Citizen, composé de 8 outils : un porte-cartes qui rend silencieuses les cartes à puce RFID, une carte qui recense les caméras de Paris et dans le monde (avec un projet collaboratif de cartographie des caméras de surveillance, le M4ps.net), un bonnet qui éblouit les caméras de sécurité, une broche e-IR qui dégage une lumière infrarouge, une ID-key qui crée une identité aléatoire, multiple et partagée sur internet, une clé USB Albakey (en hommage à la ministre Christine Albanel), qui protège l’ordi- nateur de toute forme de surveillance et enfin un site internet qui regroupe l’information et les propositions d’autres citoyens. Ces objets ne sont pas à considérer comme des objets définitifs, mais comme des supports de réflexion. Le concepteur décrit le hacker comme un individu qui cherche les failles et les vulnérabilités d’un système et, en s’inspirant de l’esprit du hacking, propose de partager des savoir-faire et du savoir entre citoyens. Le projet questionne la liberté de circulation via les caméras de vidéo- surveillance et la surveillance des puces électronique et, au-delà, la libre circulation des informations et la protection des données personnelles sur internet et en milieu urbain. Le collectif Anonymous s’est également formé en réaction au développement du contrôle exercé par les gouvernements, les institutions, les entreprises privées sur les libertés individuelles. Composé d’« hacktivistes » anonymes, le collectif dénonce les atteintes à la liberté d’expression, à l’anonymat, et pratique la désobéissance civile en menant des raids, actions de piratage

sur internet ou lors de manifestations publiques. Les membres du collectif sont reconnaissables au masque qu’ils portent lors de leurs sorties publiques, à l’effigie du personnage de V dans la bande dessinée V pour vendetta. Chanology est l’une de leurs premières grandes actions. Initiée en 2008, elle se dresse contre l’Église de scientologie : les Anonymous ont annoncé leurs buts et intentions – protéger la liberté d’expression et en finir avec les exploitations financières des membres de l’église – par une vidéo postée sur YouTube, Message to Scientology, et un communiqué de presse déclarant la guerre à la scientologie. Les membres du projet Chanology ont organisé une série d’« attaques par déni de service » (denial of service attack) ayant pour but de rendre inutilisables les sites internet de l’organisation, auxquelles s’ajoutaient des canulars téléphoniques ainsi que l’envoi massif de fax. Un appel à descendre dans la rue, Call to Action, a donné lieu à une série de manifestations pacifiques à Orlando, Boston, Dallas, Chicago, Los Angeles, Londres, Paris, Vancouver, Toronto, Berlin et Dublin. C’est à partir du projet Chanology que l’idée de porter un masque pour préserver l’identité des auteurs s’est généralisée à l’ensemble des actions des Anonymous. Dès les balbutiements du Printemps arabe, en 2011, les Anonymous ont dénoncé et agi contre la politique de censure pratiquée par les gouvernements sur internet : ainsi, l’opération Tunisie a soutenu les internautes tunisiens en permettant à de nombreux bloggeurs de contourner la censure afin de documenter les événements. Plus récemment, Anonymous s’est illustré dans l’opération #OpBig Brother, une campagne d’information et de protestation contre l’accroissement de la surveillance globalisée, rendue techniquement possible par les nouveaux moyens électroniques et informatiques. En juillet 2012, ils ont manifesté pour dénoncer les agissements de l’INDECT (Intelligent Information System Supporting Observation, Searching and Detection for Security of Citizens in Urban Environment, littéralement « Système d’information intelligent soutenant l’observation, la recherche

Nom :

Bio Mapping

Auteur :

Christian Nold Date de création :

depuis 2004

Lieu :

Londres, Royaume-Uni Acteurs : artiste, promeneurs urbains

Nom :

Dead Drops

Auteur :

Aram Bartholl Date de création :

depuis octobre 2010 Lieu :

New York, États-Unis puis Europe, France Acteurs :

citoyens

York, États-Unis puis Europe, France Acteurs : citoyens et la détection pour la sécurité des citoyens
York, États-Unis puis Europe, France Acteurs : citoyens et la détection pour la sécurité des citoyens
York, États-Unis puis Europe, France Acteurs : citoyens et la détection pour la sécurité des citoyens

et la détection pour la sécurité des citoyens en milieu urbain »), financé par l’Union européenne. À l’écart des propositions précédentes, l’artiste Christian Nold voit dans le couplage des nouvelles technologies avec les données de déplacements en ville l’opportunité d’inaugurer une forme nouvelle de ville sensible. Inventé en 2004, le Bio Mapping est un appareil de mesure des réflexes psychogal- vaniques relié à un transmetteur GPS qui, à la manière d’un polygraphe, enregistre les réactions physiologiques d’un sujet pendant qu’il se promène dans la ville. Les résultats des diffé- rents sujets sont mis en commun, puis cartographiés à l’aide d’un logiciel pour produire des cartes d’émotion. Les commentaires des sujets sont superposés aux cartes qui utilisent des couleurs vives et des pics verticaux pour indiquer les zones d’intensité émotive. 2 000 personnes ont été volontaires, dans 25 pays à travers le monde. L’artiste propose de renverser la dialectique des technologies de surveillance en donnant à chacun la liberté de contribuer ou non à une base de données commune, et de partager les données émotives captées lors de parcours urbains.

2. Revendiquer le droit d’échanger librement des informations

La revendication du droit à circuler librement et anonymement dans la ville va de pair avec celle de pouvoir y échanger librement des informations. Dead Drops est le nom donné à un réseau anonyme d’échange de fichiers hors ligne, de pair à pair et dans l’espace public. Le nom provient de la technique utilisée par les espions pour partager des documents entre agents sans rencontre physique. Initié à NewYork par l’artiste allemand Aram Bartholl (membre du collectif Free Art and Technology Lab), le réseau d’échange repose sur l’utilisation de clés USB, des Dead Drops, insérées et scellées dans des murs et accessibles à tous. Chacun est invité à y déposer ou à récupérer des fichiers à partir d’un Dead

Nom : Pirate Box Auteur : David Darts Date de création : depuis 2011 Lieu

Nom : Pirate Box Auteur : David Darts Date de création :

depuis 2011 Lieu : États-Unis puis international Acteurs : concepteur puis fabricants de Pirate Box, utilisateurs

: concepteur puis fabricants de Pirate Box, utilisateurs Drop, installé vide de contenu à l’exception d’un

Drop, installé vide de contenu à l’exception d’un fichier en texte simple de description du projet. Dead Drop est ouvert à la parti- cipation et un guide d’installation est disponible sur le site. Il préconise de se munir d’une clé USB, de désassembler la capsule plastique pour ne conserver que les parties métalliques et les circuits (pour obtenir une clé la plus fine possible), de l’envelopper dans un ruban Teflon pour l’étanchéifier puis de télécharger les fichiers disponibles sur le site. Pour placer le Dead Drop, le site conseille d’utiliser un mortier à prise rapide (ou du mastic époxy pour d’autres surfaces) pour cimenter la clé dans un trou ou une fissure de mur tout en s’assurant de ne pas le dégrader. Les Dead Dropeurs doivent ensuite prendre des photos et les proposer sur le site tout en référençant le Dead Drop pour que chacun puisse s’y connecter. Selon Bartholl, le système est fait « pour ne pas être repéré, contrairement à internet ». « À une époque de dématéria- lisation massive des échanges sur la Toile et de multiplication de gadgets sans accès aux fichiers locaux, nous avons besoin de repenser la liberté des échanges de données au niveau local. Le mouvement des Dead Drops est sur la voie de ce changement ! » annonce le manifeste. Le projet permet de redéfinir la rue comme lieu d’échange privilégié via le libre partage de données informa- tiques sans intermédiaire ni restriction. Ce dispositif fonctionne à rebours du cloud, en proposant à la fois un éclatement et une accessibilité des données. En trois ans, 1 261 Dead Drops ont été placés dans des murs urbains. Le concepteur présente actuelle- ment des prototypes du même genre avec des DVD. Des collec- tifs artistiques perpétuent le mouvement, comme le collectif La Moustacherie, en 2011, qui a mis en place l’exposition numérique La Moustreet dans les rues de Toulouse : trente-six clés USB ont été implantées dans les murs de la ville, donnant lieu à une chasse au trésor de partage de données libres. Autre solution proposant la protection du partage de données numériques, la Pirate Box permet d’échanger des fichiers en tout anonymat, par le biais d’un réseau local et privé d’échange

sécurisé, non connecté à internet. Chaque possesseur d’ordina- teur, de smartphone ou de tablette peut se connecter au boîtier et accéder aux fichiers contenus dans une clé USB, en déposer de nouveaux ou dialoguer gratuitement et sans laisser de traces. La Pirate Box a été imaginée par David Darts en 2011, professeur à la Steinhardt School of Culture, Education and Human Develop- ment de l’université de New York sous licence Art libre : il s’agit, selon son auteur, « de montrer à chacun qu’un autre Web est possible, un endroit anonyme et libre reprenant les bases des prémices d’internet, le libre-échange d’information et de données ». Mais pour que les Pirate Box deviennent une alterna- tive à internet, il faudra que le concept se développe en dehors des cercles de technophiles. En effet, la portée des boîtiers varie entre cinquante et trois cents mètres. Difficile, dans ces condi- tions, d’espérer concurrencer le réseau des réseaux. Plutôt qu’une alternative directe à internet, la Pirate Box en est davantage un complément visant à libérer les savoirs à l’échelle locale. En effet, si plusieurs boîtiers sont reliés entre eux, le réseau couvert est élargi, chaque nouveau boîtier servant d’antenne-relai. Certains concepteurs envisagent même de s’échanger anony- mement non des informations numériques mais des objets réels. Imaginé en 2006 par trois New-Yorkais : Jet Hall, Dan Phiffer et Ed Purver, Drop Spots est un projet communau- taire basé sur l’échange de cadeaux et d’objets personnels par boîtes mail publiques interposées. Sur le site internet du projet, chaque membre signale un ensemble de sites urbains dans lesquels il a déposé, à l’abri des regards, un objet. Les personnes se connectent au site Web, créent un identifiant et localisent, sur une carte proposée par Google Maps et à l’aide d’indices visuels et textuels, le Drop Spot qu’ils utilisent sans préciser le lieu ni par ses coordonnées géographiques ni par des noms de rue. Les utili- sateurs connectés se lancent alors dans une chasse au trésor afin de découvrir l’emplacement de la boîte de dépôt sur le territoire urbain et de s’en servir à leur tour. Une fois le lieu découvert, les

personnes ramassent l’objet, en déposent un nouveau et ainsi de suite. Trois Drop Spots en France : pour celui de Grenoble, le créateur a indiqué « Allez au premier étage [et allez] au “Livres francophones A-Z”. Votre surprise est [dedans] le livre L’homme qui rit par Victor Hugo », alors que celui de La Rochelle indique juste « Sous le grand arbre », avec l’indication du plan satellite de Google Maps. Conçues pour créer de l’amusement dans la quoti- dienneté de l’espace urbain, les Drop Spots sont autant de prétexte pour des échanges relationnels. Ce projet, comme celui de Dead Drop, rematérialise les relations numériques dans l’espace urbain. Il s’agit d’assurer une continuité entre virtuel et matériel, tout en se dégageant des contraintes de l’un et de l’autre – le manque de protection des données du virtuel, son caractère a-territorial, et les difficultés à mettre en réseau des citadins qui ne se connaissent pas. Ce projet s’engage dans une voie à mi-chemin entre l’univers du numérique et le monde tangible. Le droit de contrôler sa vie numérique et de pouvoir effacer toute trace de données personnelles (qui se multiplient du fait des réseaux sociaux) fait également partie des actions de résistance à la ville intrusive. Le projet Web 2.0 Suicide Machine mis au point en 2009 par le laboratoire MODDR_ permet de se débar- rasser des réseaux sociaux en faisant disparaître automatiquement toutes les traces d’un passé social en ligne. Une fois que l’utilisa- teur a transmis ses codes de connexion et cliqué sur « Commettre », le programme élimine méthodiquement les informations (tweets sur Twitter, contacts sur MySpace, amis sur Facebook, connexions sur LinkedIn) tout comme l’utilisateur pourrait le faire manuellement. Il ne reste plus qu’un cybersquelette asséché : un profil sans données. Le laboratoire a choisi le nom de MODDR_ qui ressemble au mot hollandais modder signifiant « boue », pour indiquer qu’une importante partie du travail de ce laboratoire s’engage dans la modification et la recréation de technologies déjà existantes. Les membres du laboratoire partagent une même aversion pour cette tendance à étiqueter les médias contemporains

Nom : Drop spots Auteurs : Jet Hall, Dan Phi er, Ed Purver Date de création :

depuis 2006 Lieu : New York puis international Acteurs :

membres du réseau

Nom :

Web 2.0 Suicide Machine Auteur : MODDR_ Date de création :

depuis 2009

Lieu :

Rotterdam, Hollande

Acteurs :

concepteurs,

utilisateurs

: Rotterdam, Hollande Acteurs : concepteurs, utilisateurs de « nouveaux » et considèrent qu’il relève de
: Rotterdam, Hollande Acteurs : concepteurs, utilisateurs de « nouveaux » et considèrent qu’il relève de

de « nouveaux » et considèrent qu’il relève de leur pratique artistique de formuler des perspectives critiques autour de cette question. Le laboratoire fait partie d’une plus grande struc- ture collective, installée à Rotterdam, le WORM – Dutch Insti- tute for Avantgardistic Recreation (Institut hollandais pour la recréation avant-gardiste). Alors que les diverses plateformes de réseau social évoluent rapidement dans leur tentative de rendre traçable, partageable et ouvert tout ce que les utilisateurs font, des individus, des groupes commencent à s’inquiéter quant à ce qui circule sur internet à leur sujet. Depuis son lancement, la Suicide Machine a contribué à plus de 5 800 morts virtuelles, rompu plus de 600 500 amitiés sur Facebook et retiré 1 276 000 tweets de Twitter. Le projet est si populaire que des centaines de personnes attendent leur tour pour mettre fin à leurs traces numériques. Le projet RG2012 (réseau ghettos 2012) imaginé par l’artiste David Guez entend lui aussi résister à la mainmise des réseaux sociaux sur la vie privée. RG2012 n’est pas un jeu ; c’est une fiction réaliste dont chacun est, malgré lui, le héros et la victime, qui déplace la question de la subculture des dernières décennies vers l’hypoculture d’un avenir proche. RG2012 est un programme informatique aux règles algorithmiques génocidaires qui utilise les moteurs de recherche des réseaux sociaux sur internet pour codifier la fin de l’espèce : quels que soient votre profil, vos zones de rencontre, vos groupes d’affiliation, vos échanges dans la cartographie virtuelle, vous êtes les victimes programmées du projet RG2012. Sous la forme d’une trame fictionnelle, RG2012 réinvestit le réseau Facebook et ses a-avatars (identités dénudées, vacantes et sereines, pleinement ouvertes à l’humanité dans son ensemble et prêtes à offrir sur l’autel de l’amitié virtuelle la totalité de leur réalité). Il dessine par de simples formules sémantiques la généalogie d’un crime humanitaire organisé, le principe général étant le redécoupage par critères des listes d’amis, en des listes utiles aux fins génocidaires. L’artiste se lance dans une histoire- fiction où les États totalitaires du passé ont utilisé ces dispositifs

Nom : RG2012 Auteur : David Guez Date de création :

2012

Lieu : France Acteurs : concepteur

de création : 2012 Lieu : France Acteurs : concepteur afin de mener à bien leurs

afin de mener à bien leurs entreprises criminelles à grande échelle. L’exposition RG2012 se conçoit comme un voyage identitaire qui transporte le spectateur-victime sur des cartes, des trombinos- copes, des photos de groupe, éclairant la capacité monstrueuse qu’aurait une entreprise totalitaire utilisant ces technolo- gies contemporaines. Dans l’espace d’exposition : une série de slogans, des textes, des traces, des listes, des livrets avec des noms, des photos, des cartes, des posters, des vidéos fictionnelles, des produits dérivés issus de la folie de RG2012 et réintroduits dans le cadre d’une marchandisation individualisée. Àcontre-courantdesservicesproposésparlesgrandsgroupes privés et opérateurs téléphoniques, le projet québécois Réseau libre est un réseau communautaire et de voisinage, indépendant et décentralisé, sans fil. Le réseau se construit de façon organique et évolutive à mesure que de nouveaux membres s’y joignent. Chaque membre installe une antenne sur son toit ou à sa fenêtre et choisit les services qu’il désire partager avec la communauté, connexion internet ou non. En 2013, le réseau s’étendait à une quarantaine de relais situés principalement dans les quartiers du Plateau, Villeray, Verdun et Rosemont de Montréal. Lancé en 2011 par Shervin Pishevar aux États-Unis, le projet OpenMesh est un réseau d’ordinateurs équipés de boîtiers- routeurs peu coûteux, dont certains peuvent tenir dans une poche, qui constituent chacun le nœud d’un réseau. Si l’un d’eux est connecté à internet, il devient un relais qui redistribue ensuite vers les autres ordinateurs du réseau sa bande passante par antenne wifi. Si un nœud est défaillant, le message contourne l’obstacle et passe de nœud en nœud pour atteindre sa destination. S’il n’y a pas de connexion à internet ni de réseau téléphonique, le réseau maillé devient alors un réseau clos qui permet aux personnes reliées de communiquer entre elles, même en dehors de tout accès à internet. De nombreuses villes et communautés dans le monde ont mis en place ces réseaux maillés, soit pour desservir un quartier, avec un seul point de contact au fournisseur d’accès ou pour équiper

Nom : Réseau libre Auteurs : habitants de Montréal Date de création :

depuis 2012 Lieu : Montréal Acteurs :

habitants bénévoles

Nom : OpenMesh Auteur :

Shervin Pishevar Date de création :

2011

Lieu : États-Unis Acteurs :

membres du réseau

: 2011 Lieu : États-Unis Acteurs : membres du réseau des villages et des écoles en
: 2011 Lieu : États-Unis Acteurs : membres du réseau des villages et des écoles en

des villages et des écoles en milieu rural, en Afrique ou au Tibet, par exemple. Avec ou sans accès à internet, les personnes reliées peuvent alors communiquer entre elle comme sur une messa- gerie instantanée. Le projet a été pensé par son concepteur lorsque le gouvernement égyptien a fermé l’accès à internet dans son pays. Pour lui, « le dernier bastion de la dictature est le routeur ». Il a soumis son projet sur Twitter et rapidement des volontaires se sont proposés pour réaliser un travail commun. Un volon- taire, Gary Jay Brooks, entrepreneur du Michigan, s’est proposé comme directeur bénévole pour coordonner le travail. Une société canadienne a offert bénévolement des spécifications pour un mini- routeur mobile pouvant être dissimulé dans une poche et dont la fabrication ne coûterait que 90 dollars par unité. Un autre pionnier des communications s’est manifesté pour faire don d’importants brevets dans le domaine. « L’idée fondatrice d’OpenMesh est que nous puissions utiliser de nouvelles techniques pour créer un réseau internet secondaire dans les pays comme la Libye, la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord et d’autres régimes répressifs dans lesquels les citoyens ne peuvent pas communiquer librement. » Les réseaux Mesh ne sont pas nouveaux, mais cet engouement pour la techno- logie naît des nouvelles utilisations qui sont inventées. Le projet est en train de prendre forme, certaines utilisations sont déjà opérantes mais le collectif des concepteurs propose à chacun de venir l’aider à finaliser l’application afin de la rendre assez simple et utilisable par chacun, qu’il soit familier de cette technologie, ou non. La volonté de créer un réseau indépendant, alternatif et non-marchand, pour lutter contre la surveillance du Web et les atteintes des États à la neutralité du net lors d’échanges d’infor- mations est également à l’origine de l’association toulousaine Tetaneutral qui a monté, en 2011, son propre fournisseur d’accès à internet (FAI). Pour déployer son réseau, l’association a installé quelques antennes radio sur les points hauts de la ville et sur les toits ou les balcons des premiers abonnés. Progressivement, 230 boîtiers ont été posés, permettant à 162 foyers de Toulouse et

des environs de surfer sur la toile sans passer par Orange, SFR ou Free. L’abonnement est à prix libre, mais le tarif suggéré oscille entre 20 et 28 euros selon les zones, ce qui comprend la location du matériel radio. Les membres de l’association accompagnent aussi des municipalités et des associations pour la création de leurs propres FAI. La démarche de Tetaneutral est avant tout politique : le réseau ne cherche pas de nouveaux clients mais des abonnés conscients d’être des acteurs du réseau qu’ils contri- buent à construire (extension de la zone de couverture, assistance technique des nouveaux adhérents). Dans cette visée solidaire, douze squats toulousains ont été raccordés gratuitement et se sont vu proposer des services à prix libre (hébergement, messa- gerie instantanée). La fédération French Data Network (FDN), dont Tetaneutral est un membre fondateur, rassemble vingt et un FAI associatifs en France. La FDN propose d’ailleurs une carto- graphie des FAI associatifs sur son site.

Nom : Tetaneutral Auteurs :

membres du collectif Date de création :

depuis 2011 Lieu : Toulouse Acteurs :

membres du collectif

2011 Lieu : Toulouse Acteurs : membres du collectif AXES DE RECHERCHE — Comment concilier protection

AXES DE RECHERCHE

— Comment concilier protection des informations person-

nelles et exploitation de données dans le cadre urbain ?

— La vidéosurveillance se met en place sans que finalement

personne n’ait son mot à dire. Cette vidéosurveillance relève- t-elle de la seule décision des municipalités ? Faut-il envisager un référendum local sur ces questions ?

— Comment la ville contemporaine peut-elle garantir le respect de l’anonymat ?

— On assiste à une multiplication de petits réseaux gérés

par des utilisateurs eux-mêmes. Quels sont les e ets à court et long terme de ces réseaux sur la vie urbaine ? Quid de la mutualisation et de la gratuité ?

— La ville contemporaine est confrontée au défi de relier le

matériel et l’immatériel. Quelles coopérations ce couplage induit-il ? Quelles nouvelles formes de solidarité émergent ?

— Quelle est l’influence de l’idéologie de la transparence

portée par les réseaux sociaux sur la solidarité ? Quel type de solidarité surgit de cette technique ?

Nom : Occupy Wall Street Auteurs : Anonymous et autres citoyens anonymes ayant rejoint le

Nom :

Occupy Wall Street Auteurs :

Anonymous et autres citoyens anonymes ayant rejoint le mouvement Date de création :

depuis 2011 Lieu : Zuccotti Park, Manhattan, New York Acteurs : citoyens anonymes

Park, Manhattan, New York Acteurs : citoyens anonymes C. APPRIVOISER LA VILLE SPÉCULATIVE : HUMANISER À

C. APPRIVOISER LA VILLE SPÉCULATIVE :

HUMANISER À NOUVEAU LE CAPITALISME ET L’APPAREIL PRODUCTIF

Le capitalisme serait l’organisation économique la plus efficiente malgré ses dérives. Il faudrait simplement parvenir à le domes- tiquer pour le bienfait de tous. C’est ce qu’entreprennent des initiatives citoyennes qui luttent pour humaniser le capitalisme et l’appareil productif à l’origine de lourdes inégalités sociales, culturelles et économiques. L’apprivoisement du capitalisme s’organise à partir de la dénonciation des abus de la finance mondiale qui ont conduit à l’adoption de politiques d’austé- rité, des dérives de la grande distribution ou encore du fléau de la pollution environnementale. Dans ce contexte, la solida- rité de résistance s’exprime soit de manière directe, au travers d’initiatives qui reposent sur la coopération des individus, soit par ricochet, dans le cas d’actions (bien souvent portées par des artistes ou des designers) qui entendent agir dans le sens du bien commun et appellent à un engagement collectif des citoyens.

1. Contrer les dérèglements du système financier

La lutte contre les dérèglements du système financier, incarnés par la faillite en 2008 de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, se structure à l’échelle mondiale. Depuis 2011, le mouve- ment Occupy Wall Street (initié en partie par le collectif Anony- mous et inspiré du Printemps arabe) occupe l’espace public pour dénoncer les inégalités économiques et les abus du capitalisme financier qui a dévasté l’économie américaine. Les premières victimes de la crise ont été les ménages américains endettés, parfois à plus de 100 %, pour l’achat d’un bien immobilier. Dans l’impos- sibilité de rembourser leurs créances, ceux-ci ont été massivement expulsés de leur logement (en 2009, 3,5 millions de biens immobi- liers sont saisis dans le cadre de procédures de foreclosure). Sous le

slogan « Nous sommes les 99 % » (les 1 % restant, les plus riches, jugés responsables de la crise, ont bénéficié des aides du gouverne- ment américain dépensant des sommes colossales pour renflouer les banques et les établissements de financement immobilier), le mouvement Occupy Wall Street s’est installé le 17 septembre 2011 dans le Zucotti Park de Manhattan, créant une ville dans la ville avec des campements, des postes de premiers secours, des bibliothèques, des cantines qui ont pris en charge les besoins des manifestants pendant plusieurs semaines. À la mi-novembre 2011, la police new-yorkaise disperse les occupants. L’année 2012 marquera la mise en sommeil de ce mouvement contemporain d’un net ralentissement des foreclosures et la fin progressive des procédures de sauvegarde des banques en difficulté. En Espagne, l’association la Plataforma Afectados Hipoteca (Plateforme des victimes de l’hypothèque ou PAH), créée en 2009 à Barcelone, regroupe les citoyens espagnols qui,

ne parvenant plus à faire face au remboursement de leurs crédits immobiliers, risquent d’être expulsés de leur logement. Selon la PAH, ils seraient plus de 300 000 à risquer l’expulsion locative, aujourd’hui, en Espagne. L’éclatement de la bulle immobilière en 2008 et le taux de chômage a créé une situation inédite : des milliers de familles ne peuvent plus payer leurs mensualités de remboursement. Ce sont les banques qui récupèrent leurs habita- tions. Les objectifs du mouvement sont d’empêcher les expul- sions locatives, de faire pression sur les banques pour renégocier les crédits immobiliers et d’interpeller les autorités pour modifier la loi en vigueur. Grâce à des manifestations, des regroupements devant les domiciles concernés et des procédures judiciaires à répétition, l’association est déjà parvenue à mettre fin à des dizaines d’expulsions. Le 17 avril 2013, les participants ont lancé une Commission de la vérité sur la bulle immobilière, au moment où les prix montaient et que les banques distribuaient allégrement

prix montaient et que les banques distribuaient allégrement Nom : Plataforma Afectados Hipoteca (PAH) Auteurs :

Nom : Plataforma Afectados Hipoteca (PAH) Auteurs : membres de l’association Date de création :

depuis février 2009 Lieu : Barcelone, Espagne Acteurs : citoyens

les crédits sur trente ou quarante ans à des familles modestes, depuis englouties par les dettes. Le mouvement rassemble des citoyens mobilisés contre l’expulsion de voisins, fait pression sur les banques pour que les clauses des contrats soient renégo- ciées. Pour son porte-parole,Vicente Perez, « la solidarité, c’est un sentiment, un engagement de tout un chacun. C’est lutter contre les injustices qui crèvent les yeux ». L’un des slogans du mouve- ment lorsqu’une personne est victime d’une expulsion est : «Tu n’es pas seul », scandé par la foule des voisins. En Espagne, un autre mouvement s’est formé pour combattre l’austérité et réclamer un changement dans la politique gouverne- mentale. Le mouvement des Indignés (Indignados, en espagnol) ou mouvement 15M est un collectif constitué principalement de jeunes diplômés chômeurs (en Espagne, en 2006, seuls 59 % des jeunes diplômés occupaient un emploi qualifié, taux le plus bas d’Europe) qui s’est installé à Madrid sur la place Puerta del Sol, le 15 mai 2011. Le mouvement s’est rapidement propagé en Espace et dans le reste du monde, notamment du fait des réseaux sociaux et du soutien de plusieurs collectifs dont ATTAC et Anonymous. Les Indignés ont ainsi occupé des lieux symboliques dans près de 900 villes pour dénoncer la domination de la finance et lutter pour la revalorisation des droits fondamentaux tels que le logement, la santé ou l’éducation. Les Indignés poursuivent aujourd’hui leur lutte sur les réseaux sociaux, même si le mouvement s’essouffle. En Grèce, pays lui aussi en grande difficulté, des groupes s’organisent pour lutter contre la crise, résultat d’une politique corrompue. Efimerida ton Syntakton (en grec, Le Journal des journalistes) est un journal grec né de la faillite du journal histo- rique de centre gauche Eleytherotypia, après une quarantaine d’années d’existence (1974). Les employés ont alors décidé de mettre en commun leurs économies, d’investir chacun mille euros pour louer des bureaux, d’acheter du matériel et d’assurer quelques semaines de publication : si le journal ne se vendait pas, les journalistes retourneraient chez eux. Par cette

action, il s’agissait de prouver à la population grecque que des chemins solidaires peuvent être inventés pour dépasser la crise. Au-delà de la lutte pour leur propre survie, ces journalistes entendaient aussi offrir une vision indépendante de l’actua- lité, dans un paysage médiatique majoritairement contrôlé par les grands groupes de presse. L’accès à l’information n’est pas au cœur des préoccupations des familles qui réaffectent leur budget sur les besoins primaires, d’alimentation et de logement. La crise économique que traversent les médias se double d’une crise portant sur la confiance de la qualité des informations proposées par des journalistes, souvent considérés eux-mêmes comme compromis ou à la solde du pouvoir politique. Dans Classement mondial pour la liberté de la presse, son rapport 2013, Reporters sans frontières déclassait la Grèce, passée la 70 e à la 80 e place en un an : « C’est dans un environnement difficile, tant socialement et professionnellement, que les journalistes doivent travailler. Ils sont exposés à la vindicte populaire et à la violence des mouvances extrémistes et des forces de police. » Le journal existe depuis bientôt un an et demi et arrive à se vendre, sans toutefois garantir le paiement des salaires mensuellement. Il est devenu l’une des principales sources d’information médiatique pour les Grecs et les médias étrangers. Concomitamment à ces agency 22 menées par des groupes citoyens, d’autres actions sont portées par des groupes qui associent leurs compétences. Derivart, collectif interdisciplinaire basé à Valence, Madrid et Barcelone, est composé d’un sociologue de la finance (Daniel Beunza), d’un programmateur informatique (Mar Canet) et d’un artiste (Jesus Rodriguez) qui entendent lutter contre

22. L’agency, suivant la terminologie de l’historien Edward Palmer Thomson, est la relation entre l’expérience de l’oppression et les possibilités d’action des couches, des groupes, des cultures et des sexes supposés sans peu de possibilités d’intervention sur le monde. E. P. Thomson, « Time, Work Discipline and Industrial Capitalism », Past & Present, n o 38, 1967, p. 56-78.

Nom : Les Indignés Auteurs : citoyens (essentiellement jeunes diplômés chômeurs) Date de création :

depuis mai 2011 Lieu : Espagne puis international Acteurs : citoyens

: depuis mai 2011 Lieu : E spagne puis international Acteurs : citoyens 70 | la

Nom : Efimerida ton Syntakton Auteurs :

ex-journalistes du quotidien Eleytherotypia