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1 La lexicologie

LA LEXICOLOGIE

Introduction

La lexicologie est une branche de la linguistique, située entre la morphologie et la


syntaxe, qui étudie le lexique d’une langue, c’est-à-dire l’ensemble des mots d’une langue.
La lexicologie étudie l’origine des mots mais surtout la dérivation, c’est-à-dire le
procédé qui permet de former des mots nouveaux (i) par l’addition d’un ou plusieurs
morphèmes; (ii) par la suppression de certains éléments (dérivation regressive: oublier →
oubli, regretter → regret, soupirer → soupir); ou (iii) par le remplacement d’un élément
constitutif d’un mot par un autre morphème.

nation → national → nationaliser → nationalisation


dénationaliser → dénationalisation

Les mots qui comportent dans leur structure au moins un élément qui n’a pas
d’existence autonome (un préfixe ou un suffixe) sont appelés des mots affixés ou des mots
dérivés.
Dans l’examen du mécanisme de dérivation il faut distinguer:
- l’unité lexicale de départ, qui peut constituée en général par un mot plein simple,
indécomposable ou par une base isolée dans une unité lexicale; cette unité lexicale de départ
appartient à une certaine classe morphologique (substantif, verbe, …)
- le ou les affixes (suffixes ou préfixes) susceptibles de se combiner avec la base; les
affixes présentent un signifié, donc une certaine valeur sémantique;
- la classe grammaticale dans laquelle s’inscrit le mot qui résulte de la dérivation; le
mot dérivé présente une signification nouvelle par rapport au mot de base, signification
résultée de la combinaison du signifié de la base (au moins partiellement) et le sens de l’affixe
ou des affixes.

Nom Adj. Verbe


nation + suff. –al → national + suff. –iser → nationaliser

Le mot – base peut être un simple mot autonome (fruit → fruitier, plan → planifier) ou
du radical du mot plein (répondre → répondeur, donner → donnation). Si le morphème
lexical présente plusieurs morphes, la dérivation prend comme point de départ un des
radicaux (boire – nous buvons → buveur, sec – sèche → sécheresse, veuf – veuve → veuvage).
Parfois deux morphes du même mot constituent la base de dérivation, les deux dérivés
spécialisant leur sens:

blanc → blanchir → blanchissement («l’action de blanchir, de décolorer pour rendre


blanc»)
blanc → blanchir – nous blanchissons → blanchissement («le fait de devenir blanc»)

Dans certains cas, la base de dérivation ne correspond au radical du mot actuel, qui a évolué
phonétiquement, mais au radical du mot ancien:

bœuf → bouvier (du mot boverz, fin du XI-e siècle)


fête → festoyer (du mot festeer, XII-e siècle)
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poil → pelage (de peil, XI-e siècle)

Il arrive aussi que la base de dérivation prenne la forme de l’étymon latin:


nu → nudisme (d’apr. lat. nudus)
sel → saler (du lat. sal)
titre → titulaire (du lat. titulus)

Le suffixe est un morphème non-autonome qui s’ajoute à la fin du mot pour former un
mot nouveau. Ils marquent une classe de mots. De ce point de vue, il y a plusieurs classes de
suffixes: suffixes qui dérivent (i) des noms d’action à partir des verbes (composer →
composition, publier → publication), (ii) des noms de qualité à partir d’adjectifs (sensible →
sensibilité, blanc → blancheur) (iii) des adverbes à partir d’adjectifs (sensible → sensiblement,
large → largement). On peut classifier aussi les suffixes selon leur signification, les mots
dérivés ont la valeur de nom d’agent (vendre → vendeur), d’instrument (calculer →
calculatrice), de nom de lieu (patiner → patinoire).
Le préfixe est un morphème non-autonome qui s’ajoute devant le mot-base pour
former un mot nouveau. L’occurrence du préfixe n’entraîne pas le changement de la catégorie
grammaticale, mais ils ajoutent des significations nouvelles:

Vb. → Vb Nom → Nom Adj → Adj.


faire → refaire charge → décharge moral → amoral
faire → défaire parité → disparité moral → immoral

Types de dérivation
La dérivation lexicale se réalise sou trois formes distinctes :
- la dérivation suffixale (suffixation) – l’opération de dérivation réalisée à l’aide d’un
suffixe;
- la dérivation régressive – le suffixe ou, rarement, le préfixe est supprimé;
- la dérivation préfixale – opération de dérivation réalisée au moyen d’un préfixe;
- la dérivation parasynthétique - les deux opérateurs, le suffixe et le préfixe,
interviennent simultanément dans la dérivation du nouveau mot.

La dérivation suffixale

Les lexicologues sont distingué deux catégories de dérivation suffixale: (i) la


dérivation paradigmatique, qui change la catégorie morphologique du mot, le plaçant ainsi
dans un autre paradigme (le mot passe du paradigme nominal au paradigme verbal, du
paradigme adjectival au paradigme nominal, etc.) et (ii) la dérivation syntagmatique, qui
n’entraîne pas le changement de la catégorie syntaxique de base.

La dérivation paradigmatique

A. La dérivation à base verbale


Les verbes constituent la classe morphologique manifestant une grande disponibilité
combinatoire et permettant de dériver des noms et des adjectifs.
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(a) la dérivation des noms (la nominalisation)


Le français présente un mécanisme assez complexe d’opérateurs qui permettent de
dériver un substantif ou un adjectif en partant d’un verbe.

1. La nominalisation de l’action ou du résultat

Ce type de dérivation concerne surtout les verbes qui ont le trait [± dynamique], [±
activité], le résultat étant un nom d’action. Les principaux suffixes de cette catégorie sont:
• -tion / -ation: c’est un suffixe qui se combine avec des verbes du premier groupe:

clarifier → clarification consolider → consolidation


composer → composition élimier → élimination
concentrer → concentration purifier → purification

Les lexèmes dérivés ont deux valeurs sémantiques: le nom de l’action et le résultat de
l’action.
• –age / -issage
Les noms dérivés à l’aide de ces deux suffixes désignent soit le nom d’action soit le résultat:

afficher → affichage atterrir → atterrissage


cambrioler → cambriolage finir → finissage
centrer → centrage verdir → verdissage

Ce suffixe est très productif en français contemporain, avec la variante –age si la base des
verbes du I-er groupe, et –issage avec la base des verbes du II-e groupe. Il apparaît
fréquemment dans le français technique, pour désigner des opérations ou des processus de
fabrication :

bloquer → blocage monter → montage


dépanner → dépannage régler → réglage
finir → finissage polir → polissage

• - ment / -ement / issement


Ces suffixes se combine avec des bases verbales appartenant à toutes les classes de
verbes:
abaisser → abaissement avilir → avilissement
abattre → abattement consentir → consentement

Les suffixes –tion, ation, -age et –ment sont les plus productifs en français
contemporain. Ils sont parfois en concurrence, dans le sens que la même base lexicale peut se
combiner avec deux, parfois même trois de ces suffixes:

abattre → abattage («action d’abattre, de faire tomber» - l’abattage d’un sapin à la


scie)
→ abattement («action et résultat » il était dans un état d’abattement profond)
décoller → décollage («action de décoller (transports)» le décollage d’un avion)
→ décollement («action de décoller» (médecine) le décollement de la rétine)
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→ décollation («action de couper la tête à quelqu’un» la décollation de saint


Jean Baptiste)

• –ure
Les noms dérivés avec ce suffixe désignent le plus souvent le résultat de l’action.
Rarement le dériver peut avoir aussi la valeur d’un nom d’action, valeur identificable en
fonction du contexte.

blesser → blessure fermer → fermeture


couper → coupure fouler → foulure
égratiner → égratinure scier → sciure
éplucher → épluchure relier → reliure
enfler → enflure piquer → piqûre

Il s’est fait des coupures aux mains en taillant son crayon


[+nom de l’action] et [+résultat de l’action]
Les piqûres des moustiques sont dangereuses
[+résultat de l’action]
Marie a jeté les épluchures de pomme de terre
[+résultat de l’action]
La police a procédé à la fermeture de cet établissement
[+résultat de l’action]

• –at est un suffixe qui exprime le résultat de l’action. Il est peu productif (acheter →
achat, agglomérer → agglomérat);
• –ade est un suffique qui sert à la formation des noms d’action (glisser → glissade,
rigoler → rogolade, se baigner → baignade)
• –ance / issance est un suffixe peu productif qui sert à dériver des noms qui désignent
le résultat de l’action ou l’état affectif d’une personne (allier → alliance, espérer →
espérance, souffrir → souffrance);
• –is est un suffixe qui implique l’idée de collectivité, de plusieurs objets réunis
ensemble: fouiller → fouillis («entassement d’objets disparates réunis pêle-mêle»), gâcher →
gâchis (amas de choses abîmées, brisées)

2. La nominalisation de l’agent et de l’instrument


Les soi-disant ‘noms d’agent’ désignent soit la personne soit les machines ou les
phénomènes naturels qui exécutent une certaine activité, soit l’instrument à l’aide duquel on
exécute une certaine action.

• –eur, -euse/ -ateur / -atrice


- personnes: décorer → décorateur (substantif qui a deux acceptions: «personne qui
fait des travaux de décoration» - décorateur d’intérieurs, d’appartements ou bien «personne
qui exécute ou dirige l’exécution des décors, pour un spéctacle» - décorateur de théâtre, de
cinéma), filer → fileuse, placer → placeur, placeuse, vendre → vendeur, vendeuse, présenter
→ présentateur, présentatrice, etc.
- des machines, des instruments: transformer → transformateur («appareil servant à
modifier la tension ou l’intensité d’un courant électrique» transformateur de tension),
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convertir → convertisseur («appareil qui convertit la valeur d'une tension analogique en son
équivalent binaire» - convertisseur numérique analogique), élever → élevateur («appareil
destiné à prendre un corps à un niveau donné pour l'élever à un niveau supérieur» chariot
élévateur, nacelle, plateforme élévatrice), compter → compteur («appareil servant à compter,
à mesurer un volume» compteur enregistreur, compteur de vitesse d’automobile, compteur à
gaz, à eau), atomiser → atomiseur («petit flacon qui atomise un liquide» - atomiseur à
parfum, à laque, à lotion), verser → verseuse («cafetière en métal à poignée droite»).
Dans le cas de certaines bases, les deux formes dérivées par le suffixe –eur, -euse (la
forme de masculin et celle de féminin) désignent des référents divers: la forme de masculin
désigne la personne tandis que la forme de féminin désigne la machine:

fraiser → fraiseur («ouvrier qui exécute des travaux de fraisage»)


→ fraiseuse («machine-outil qui sert à fraiser les métaux»
fondre → fondeur («ouvrier qui travaille dans une fonderie»)
→ fondeuse («machine employée en fonderie»)

Il y a aussi des cas où les deux formes, de masculin et de féminin, désigne une personne,
parfois avec la spécialisation d’une de ces formes pour désigner aussi des instruments:

arroser → un arroseur / une arroseuse («personnes qui arrosent (en particulier les
voies publiques)»)
→ un arroseur («appareil d’arrosage»)
→ une arroseuse («véhicule muni d’un réservoir d’eau et destiné à l’arrosage
des voies publiques» - une arroseuse automobile)

• –oire: raser → raseoir («instrument à tranchant très fin servant à raser les poils du
visage» - rasoir mécanique, électrique), entonner («verser un liquide dans un tonneau, mettre
en tonneau») → entonnoir («petit instrument de forme conique qui sert à verser un liquide
dans un récipient» - entonnoir à vin); passer → passoire («récipient percé de trous et utilisé
pour écraser ou égoutter des aliments» - égoutter des pâtes dans une passoire), rôtir →
rôtissoire, rôtir → rôtissoire («ustensile de cuisine qui sert à faire rôtir la viande» - rôtissoire
électrique, à rayons infrarouges);
Le suffixe –euse désignant une machine ou un instrument est, dans certains cas, en
variation avec le suffixe –oir: arroser → arroseuse / un arrosoir («ustensile destiné à
l’arrosage»).

3. La nominalisation du lieu

Ces noms désignent le lieu où se passe l’action exprimée par le verbe – base de
dérivation.

• –oir / - oire: fumer → fumoir («pièce où l’on se tient pour fumer» - le fumoir d’un
théatre), abreuver → abreuvoir («lieu aménagé pour faire boire les animaux» - mener les
bêtes à l’abreuvoir), patiner → patinoire («piste de patinage» - patinoire naturelle,
artificielle, couverte)

• –erie: laver → lavenderie, fondre → fonderie


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(b) la dérivation des adjectifs

La dérivation des adjectifs à partir d’une base verbale est réalisée par des suffixes dont
certains sont spécialisés et d’autres communs aux formes adjectivales et aux formes
nominales.

• – ateur, -atrice: exporter → exportateur, exportatrice («qui exporte des


marchandises» - pays exportateur de blé), importer → impartateur, importatrice («qui fait le
commerce d’importation» - pays importateur), moraliser → moralisateur, moralisatrice («qui
fait la morale» - ton moralisateur, influence moralisatrice);

• –eur, euse
Ce suffixe prête à l’adjectif la même valeur active «qui fait l’action»: mentir →
menteur, menteuse (enfant menteur, éloges menteuses), batailler → batailleur, batailleuse
(esprit, tempérament batailleur);

• –atif, -ative: déterminer → déterminatif, déterminative (adjectif, complément


déterminatif), limiter → limitatif, limitative (énumération limitative), consulter → consultatif,
consultative (comité consultatif, assemblée consultative), décorer → décoratif, décorative
(peinture, sculpture décorative)

• –able / -ible: aborder → abordable (sujet abordable), accepter → acceptable (sujet,


proposition acceptable), gouverner → gouvernable (pays gouvernable), contester →
contestable (projet, loi contestable)

B. La dérivation à base nominale

Les noms servent de base de dérivation pour des adjectifs et des verbes.

(a) la dérivation des adjectifs


Les suffixes qui permettent de dériver des adjectifs en partant de bases nominales sont
relativement nombreux:

• –é, -u
Les adjectives dérivés avec ces suffixes expriment l’état du nom qu’ils déterminent:
bois → boisé ( «qui est boisé / couvet de bois» colline boisée), accident → accidenté («qui a
subi un accident» - piéton accidenté, route accidentée), touffe → touffu («qui est épais et
dense» - une haie touffue, livre touffu);

• –eux, -euse
Le plus souvent les adjectifs dérivés avec ce suffixe expriment des qualités: courage →
courageux, courageuse (homme courageux, personne courageuse), fièvre → fiévreux,
fiévreuse (un malade fiévreux, pouls fiévreux), souci → soucieux, soucieuse (père soucieux,
mère soucieuse);
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• – al, - ale qui a aussi la variante populaire –el, -elle


Ce suffixe prête à l’adjectif dérivé l’idée d’appartenance à un domaine ou de relation:
architecture → architectural, architecturale (groupe architectural, formes architecturales),
nation → national , nationale (parti national, réunion nationale), exception → exceptionnel,
exceptionnelle (résultat exceptionnel, participation exceptionnel)

• – if, -ive: instinct → instinctif, instinctive (comportement instinctif, réaction


instinctive), émotion → émotif, émotive (troubles émotifs, une imagination trop émotive),
sport → sportif, sportive (résultat sportif, vie sportive);

• –ique
Ce suffixe est très productif aussi bien dans la langue commune que dans le langage
scientifique: catastrophe → catastrophique, nostalgie → nostalgique, atome → atomique,
chimie → chimique

• –aire (variante populaire: -ier/ -ière)


Ce suffixe exprime l’appartenance à un domaine: aliment → alimentaire, dent →
dentaire, tarif → tarifaire, école → écolier, écolière, police → policier, policière;

• –iste
C’est un suffixe qui dérive des noms et des adjectifs qui ont connu une évolution
parallèle avec les adjectifs dérivés par le suffixe –isme (qui ne dérive que des noms):
Bouddha → bouddhiste (prêtre bouddhiste, doctrine bouddhiste), centre → centriste (les
candidats centristes), de Gaulle → gaulliste (la résistance gaulliste)

• –ais, aise; -ain, aine; -ien, -ienne


Ces suffixes dérivent des adjectifs qui désignent la nationalité ou l’appartenance à un
pays, à une région ou à une ville ou même à la doctrine ou au style d’une personnalité
culturelle: France → français, française, Angleterre → anglais, anglaise, Rome → romain,
romaine, Corneille → cornélien, cornélienne (un personnage cornélien), Flaubert →
flaubertien, flaubertienne (le style flaubertien);

(b) La dérivation des verbes (la verbalisation)


• –er: bois → boiser («garnir avec du bois de menuiserie» - faire boiser la maison,
«planter d’arbres un terrain pour former un bois» - boiser une contrée), huile → huiler
(«frotter, oindre d’huile»: huiler les rouages d’une machine, s’huiler la peau), oxyde →
oxyder («transformer en oxyde»: l’air oxyde la plupart des métaux);

• –iser
Ce suffixe ajoute une valeur causative aux verbes dérivés: alcool → alcooliser
(«convertir en alcool ou additionner d’alcool»: alcooliser un vin), paralysie → paralyser
(«frapper de paralysie ou d’inertie» l’attaque l’a paralysé, un accident qui paralyse le trafic);

• –ifier est un suffixe qui dérive, lui aussi, des verbes causatifs: code → codifier
(«réunir des dispositions légales dans un code» - codifier la législation du travail), os →
ossifier («convertir en tissu osseux» cartilage qui s’ossifie), solide → solidifier («devenir
solide» ciment qui se solidifie)
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C. La dérivation à base adjectivale


Les adjectifs sont moins disponibles que les verbes et les noms à se combiner avec des
suffixes pour dériver de nouveaux mots. Dans la plupart des cas. la base de dérivation est
constituée par des adjectifs primaires, simples: haut, bas, grand, petit, rond, blanc, etc.

(a) La dérivation des noms

• –eur: blanc → blancheur (la blancheur de la lumière), épais (épaisse) → épaisseur


(l’épaisseur du papier), grand (grande) → grandeur (la grandeur d’un éléphant);

• –esse
Ce suffixe applique au nom dérivé la valeur de qualité caractéristique: bas (basse) →
→ bassesse («action basse, qui fait honte» faire des bassesses, rougir d’une bassesse); fin
(fine) → finesse («extrême délicatesse de forme ou de matière» - finesse des traits, de la
taille)

• –ise: bête → bêtise («action déraisonnable, imprudente» - empêcher quelqu’un à


faire une bêtise), franc (franche) → franchise («qualité de celui qui est franc» - dire quelque
chose dans un accès de franchise)

• –(e)té, -ité: banal → banalité («caractère de ce qui est banal» - la banalité de la vie,
débiter des banalités), final → finalité («caractère de ce qui tend à un but» finalité interne,
finalité externe);

• –isme: classique → classicisme («caractère de ce qui est classique» nous prenons des
leçons de classicisme de la Grèce), romantique → romantisme (le romanisme dans la
littérature), idéal → idéalisme;

(b) La dérivation des verbes

• -ir: blanc (blanche) → blanchir («rendre blanc; devenir blanc» - l’aube blanchit le
ciel, ses cheveux blanchissent), grand (grande) → grandir («rendre grand; devenir grand» - il
a grandi de cinq centimètres, le microscope grandit les objets);

• – iser: banal → banaliser («rendre banal» cette coiffure la banalise), nasal →


nasaliser («rendre, devenir nasal» la première syllabe de dandy se nasalise en français);
La plupart des verbes dérivés par le suffixe –iser permettent la dérivation des noms:
politiser → politiser, nasaliser → nasalisation, moraliser → moralisation.

• – ifier: solide → solidifier (solidifier une substance par le froid), plastique →


plastifier;

(c) La dérivation des adverbes


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La dérivation des adverbes à partir des bases adjectivales représente un des procédés
les plus productifs en français:

• –ment: fort (forte) → fortement, triste → tristement, précis (précise) → précisément,


constant → constamment, joli → joliment

La dérivation syntagmatique

Dans le cas de la dérivation syntagmatique, le mot dérivé appartient à la même classe


morphologique (verbe → verbe, nom → nom, adjectif → adjectif). Certaines opérateurs (=
affixes) sont les même que ceux qui réalisent la dérivation paradigmatique.

(a) La dérivation des verbes


• –ailler: crier → criailler («crier sans cesse, se plaindre fréquemment et d'une façon
désagréable»), disputer → disputailler («(se) disputer longuement et inutilement»); tirer →
tirailler («tirer à plusieurs reprises, en diverses directions»), traîner → traînailler («être trop
long à faire quelque chose» ou bien «errer inoccupé»)

• –asser: bavarder → bavasser (péjoratif «parler beaucoup»), rêver → rêvasser («se


laisser aller à la rêverie»)

• –iller: mordre → mordiller («mordre légèrement et à plusieurs reprises»), sauter →


sautiller («faire des petits sauts successifs»)

• –oter: cligner → clignoter («cligner rapidement et involontairement »), siffler →


siffloter («siffler négligemment»), taper → tapoter («frapper légèrement à petits coups
répétés»), tousser → toussoter («tousser d’une petite toux peu bruyante»), trembler →
trembloter («trembler légèrement»);

• –onner: chanter → chantonner («chanter à mi-voix»), griffer («égratigner d'un coup


de griffe ou d'ongle») → griffonner («écrire d’une manière confuse»), mâcher → mâchonner
(«mâcher lentement, longuement, avec difficulté ou négligence»);

(b) La dérivation des noms


• –ise, -ation
C’est un suffixe qui produit un nom d’action et du résultat de l’action: expert →
expertise, tarif → tarification

• –ier, -ière, -eau: crème → crémier, crémière («commerçant(e) qui vend des produits
laitiers et des œufs»), crêpe → crêpier, crêpière («personne qui fait et vend des crêpes»),
plume → plumeau («ustensile de ménage formé d'un manche court auquel sont fixées des
plumes ou une matière souple analogue, et qui sert à épousseter») prune → pruneau («prune
séchée»);

• – erie: charcutier → charcuterie, crêpe → crêperie, fromage → fromagerie («local où


l'on fabrique et vend en gros des fromages»), mutin («personne qui refuse d'obéir, se révolte
avec violence») → mutinerie («action de se mutiner; son résultat, insurrection»)
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Les suffixes qui suivent ont une valeur de diminutifs ou d’évaluatifs:


• –et, -ette; -ot, -otte [+diminutif]: cochon → cochonnet («petit cochon, cochon de
lait»), moulin → moulinet («petit moulin»), tarte → tartelette («petite tarte»), voiture →
voiturette («petite voiture»), cruche → cruchon («petite cruche»), cane → canette («petite
cane») cane → caneton («le petit du canard»)

• –ade; -erie [+ dépréciatif]: Tartarin → tartarinade («vantardise, fanfaronnades»),


Tartuffe → tartufferie («conduite de Tartuffe, donc conduite de faux dévot et d’hypocrite»);
canaille → canaillerie («caractère ou action d’une canaille»)

• –age; -aie; -as; -ée; -ure [+collectivité] : branche → branchage («ensemble des
branches d’un arbre»), compagnon → compagnonnage («association entre les ouvriers»),
table → tablée («ensemble de personnes assises à une même table, qui prennent ensemble leur
repas»), os → ossature («ensemble des os dans le corps de l’homme ou de l’animal»)

• –age; -ie; -ise; -erie [+état] : veuf, veuve → veuvage, malade → maladie, bâtard →
bâtardise («état de bâtard»), poltron → poltronnerie («vice du poltron»);

• –isme; iste [+doctrine] et [+adepte, partisan]: Bonaparte → bonapartisme («forme de


gouvernement qui rappelle ceux du gouvernement des Bonaparte») Bonaparte →
bonapartisme («partisan de Bonaparte ou du bonapartisme»); capitaliste → capitalisme
(«régime économique basé sur les capitaux»), gauche → gauchisme («attitude, doctrine des
gauchistes») gauche → gauchiste («partisan des solutions économiques et politiques de
gauche»); Lénin → léninisme («doctrine marxiste de Lénin»), de Gaulle → gaullisme
(«attitude politique des gaullistes»), de Gaulle → gaulliste («partisan du général de Gaulle»);

• –at [+institution], [+statut (de la personne qui s’y trouve)]: externe → externat
(«établissement d’enseignement qui ne reçoit que des externes»); interne → internat
(«établissement où sont reçus des élèves internes»), pension → pensionnat («école, maison
d'éducation privée où les élèves sont logés et nourris»);

• suffixes pour les substantifs ayant le sens [+habitant]:


–ain, -aine (Afrique → Africain, Rambouillet → Rambolitain, Rambolitaine,)
-en, -enne (Europe → Européen, Européenne)
-ien, -ienne, (Algérie → Algérien, Algérienne, Calais → Calaisien, Calaisienne, Paris
→ Parisien, Parisienne),
-ais, -aise (Albanie → Albanais, Albanaise, Lyon → Lyonnais, Lyonnaise, France →
Français, Française),
-al, -ale (Provence → Provençal, Provençale),
-and, -ande (Allemagne → Allemand, Allemande, Normandie → Normand,
Normande)
- ois, -oise (Alger → Algérois, Algéroise)
-ol, -ole (Espagne → Espagnol, Espagnole)
-on, -onne (Bretagne → Breton, Bretonne, Lettonie → Letton, Lettonne)

(c) La dérivation des adjectifs


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• –et, -ette [+diminutif]: jeune → jeunet, jeunette, maigre → maigrelet, mignon →


mignonet, mignonette, pauvre → pauvret, pauvrette, rond → rondelet, seul → seulet, seulette;

• –ard, -arde; -asse; -aud, -aude [+péjoratif]: faible → faiblard, faiblarde («un peu
faible: se sentir faiblard.»), lourd → lourdaud, lourdaude («personne lourde, maladroite (au
moral et au physique)»), bêta («personne peu intelligente ») → bêtasse («personne bête,
niaise, stupide»);
• –âtre (suffixe spécialisé dans la dérivation des noms de couleurs pour exprimer une
valeur approximative, parfois doublée d’une valeur dépréciative): blanc→ blanchâtre, bleu →
bleuâtre, jaune → jaunâtre, rouge → rougeâtre, noir → noirâtre, vert → verdâtre;

La dérivation régressive

Le changement de la catégorie grammaticale d’un lexème par la simple suppression


d’un suffixe s’appelle dérivation régressive.

voler → (le) vol («action de voler»: le vol des oiseaux, regarder le vol des muette)
heurter → (le) heurt («action de heurter» : éviter le heurt d’un objet fragile)
pousser → (la) pousse («action de pousser»: la pousse des feuilles, la pousse des
dents)
éclairer → éclair
tricoter → tricot
trotter → trot

Certains mots qui forment la base d’une dérivation régressive constituent la base pour
une dérivation suffixale aussi :

couper → coupe («action de couper, de tailler»: coupe des cheveux)


→ coupage («action de mélanger des liquides»: vins de coupage)
commander → commande («acte par lequel un client commande une marchandise»:
marchandise payée à la commande)
→ commandement (dans l’armée «ordre bref donné à voix haute pour faire
exécuter certains mouvements»: à mon commandement)
éclairer → éclair
→ éclairage («action d'éclairer; production de lumière artificielle»)
→ éclairement (phys. «quotient du flux de radiations qu’une surface reçoit»)
claquer → claque («coup donné avec le plat de la main»)
→ claquage («accident musculaire (déchirure, élongation) dû à un effort
excessif»)
→ claquement («action, fait de claquer; choc, bruit qui en résulte»: claquement
de doigts, le claquement d'un fouet)

La dérivation parasynthétique
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La dérivation parasynthétique permet de créer un nouveau mot par l’adjonction


simultanée d’un préfixe et d’un suffixe:

préfixe + base + suffixe → nouvelle unité lexicale


en + caisse + er → encaisser

(Le nom caisse désigne une grande boîte ou un coffre dans lequel on emballe les
marchandises ou la boîte où on dépose l’argent; le verbe encaisser a le sens initial de «mettre
dans une caisse; emballer» et le sens secondaire «recevoir de l’argent, le montant d’une
facture)
- La dérivation d’un nom: le préfixe en- em- , suffixes –age, -ment, -ure, ée
(encollage, empiècement (= pièce rapportée constituant le haut d'un vêtement comme
le corsage, la robe, la jupe, le pantalon...), encolure (= partie du vêtement par où passe la
tête), enjambée (= grand pas)
- La dérivation des adjectifs : les préfixes é-, in-, im-, les suffixes -é, -able: édentée,
effronté, inaccordable, intouchable, immettable
- La dérivation des verbes: préfixes: a-, é-, dé-, en-, em- suffixes –er, -ir, (accorder,
atterrir, aggraver, épurer, embarquer, emboîter, enlaidir, débarquer, dérouter, déterrer.

La conversion

Le changement du statut grammatical des unités lexicales par le simple transfert d’une
classe dans une autre (sans l’intervention d’aucune modification formelle). Une telle
conversion concerne la nominalisation des formes de l’infinitif ou du participe s’opère par
l’introduction d’un prédéterminant nominal type article, démonstratif, possessif :

dîner → le dîner, ce dîner


pouvoir → le pouvoir, leur pouvoir
pincer → pincé (part. passé) → une pincée
désinfecter → désinfectant (part. prés.) → un désinfectant
curieux, curieuse → un courieux, de vrai courieux

A. La conversion des formes d’infinitif en nom


Les noms dérivés de verbes ont développé beaucoup de sens et même des dérivés
syntagmatiques (dîner → dînette «petit repas, parfois simulé, que les enfants s'amusent à faire
entre eux») :

devoir «obligation morale»: agir par devoir; «ce qu’on doit faire»: accomplir, faire son
devoir, «exercice scolaire qu’un professeur fait faire à ses élèves»: corriger les
devoirs
dire «ce qu’une personne dit, déclare»: au dire de l’expert; «dr. mémoire remis par une
partie à des experts»: consigner un dire
dîner «repas du soir» : dîner de famille. de fiançailles, d’affaires; «les plats, les mets du
dîner» dîner fin, copieux.
aller «trajet fait en allant à un endroit déterminé»: l’aller a été plus facile que le retour;
«billet de chemin de fer valable pour l’aller»: «un aller simple pour Marseille»

Certains de ces noms sont des éléments constitutifs des mots composés:
13 La lexicologie

un faire-part, un faire-valoir («exploitation du domaine agricole»: faire-valoir direct,


par le propriétaire lui-même)
le savoir-faire, le savoir-vivre

B. La conversion des formes verbales de participe en adjectifs


(a) Le participe passé adjectivé
Les adjectifs provenant du participe passé expriment en général l’effet, le résultat de l’action:

suivre → suivi, e: raisonnement bien suivi (= «cohérent»), théâtre bien suivi (=


«fréquenté par beaucoup de monde»)

Dans le discours, les adjectifs issus des participes passés se comportent comme les
adjectifs de nature (fonction d’épithète une œuvre réussie, fonction d’attribut cette œuvre est
réussie, ils se laissent modifiés par des adverbes de degrés des repas très réussis, ils entre en
fonction de paraphrase avec une proposition relative centrée sur le verbe être : une personne
très connue → une personne qui est très connue).

(b) Le participe passé nominalisé


Certains participes passés peuvent acquérir le statut de nom et s’inscrire dans des
contextes spécifiquement nominaux. Il s’agit des formes du type:

disparu (notre chère disparue), opprimé (défendre les opprimés), passé (évoquer le
passé), reçu (donner un reçu)

(c) Le participe passé adjectivé

Le participe passé exprime une action ou un état. Employé comme substantif, il


conserve certains traits caractéristiques du verbe, par exemple la capacité d’être accompagné
par des compléments (fumant tranquillement sa cigarette, jetant un regard complice à Marie).
Les adjectifs provenant des participes présents s’accordent en genre et en nombre avec le
substantif (un vieillard prévoyant, une femme prévoyante, des bruits alarmants, des voix
bruyantes).

C. La conversion des adjectifs en noms et en adverbes


Des adjectifs hérités du latin et dont l’emploi est très fréquent ont acquis, dans certains
emplois, le statut de noms ou d’adverbes.

doux, douce: il préfère le doux; au revoir, ma douce (= ma bien-aimée)


fort, forte: le fort et le faible d’une personne; le fort de la forêt (= le cœur)
bon, bonne: cette solution a du bon; sentir bon, tenir bon (adverbe);
mauvais, mauvaise: les bons et les mauvais; il fait mauvais (adverbe).

La dérivation préfixale

La dérivation préfixale consiste en l’adjonction d’un affixe à la gauche d’un mot


autonome. La dérivation préfixale est de type syntagmatique, puisqu’elle ne change pas la
14 La lexicologie

catégorie morphologique du mot. Le préfixe peut former une seule unité graphique avec le
mot-base de dérivation (antéposer, réaction, malentendu) ou garder une indépendance
relative (après-ski, avant-première, contre-mesure, sous-préfet).
Voici une liste des principaux préfixes du français:

• anté-, anti-, avant- Ce sont des préfixes hérités du latin et qui expriment l’antériorité
dans le temps et dans l’espace. Ils peuvent précéder des noms (antidate, avant-
guerre), des adjectifs (antédiluvien, avant-dernie), des verbes (antéposer, antidater),
des adverbes (avant-hier)

• pré – C’est un préfixe qui se combine avec des noms, des adjectifs et des verbes
(noms: préavis, préhistoire, préfabrication, préexistance; adjectifs: préclassique,
préélectoral, préfabriqué, prédominant; verbes: prédisposer, préétablir, préformer);

• arrière-, après-, post- Ce sont des préfixes qui expriment la postériorité dans
l’espace et dans le temps qui peuvent se combiner avec des noms (arrière-plan,
postcommunisme), des adjectifs (postclassique, postnatal), des verbes (postdater,
postposer, postsynchroniser ) et des adverbes (après-demain).

• anti-, (anté-), contr- Les mots composés avec ces préfixes expriment l’opposition.
Les noms et les adjectifs se combinent surtout avec anti- (qui apparaissent surtout
devant des noms et des adjectifs dérivés par des suffixes qui expriment une doctrine),
tandis que contr- se combine surtout avec des verbes et des noms.
Noms: antéchrist, anticléricanisme, anticolonialisme, anticommunisme;
contr-attaque, contrecoup, contremarche, contrordre
Adjectifs: antialcoolique, anticlérical, antiatomique, anticommunsite;
Verbe: contr-attaquer, contrecarrer, contredire, contremander;
• inter- (forme savante) / entre- (forme populaire): la forme savante inter- ne présente
pas des restrictions et semble favorises les adjectifs:
Noms: interaction, interconnexion, interdépendance;
Adjectifs: interastral, intercellulaire, intercostal, intercommunal,
interdépendant;
Verbes: interclasser, interposer, intercaler, interagir.

La forme populaire entre- ne se combine pas avec les adjectifs:


Noms: entracte, entraide, entrecôte, entremets;
Verbes: (s’)entraider, (s’) entremettre, (s’)entremêler

• hyper-, super-, sur-, supra-, sus- Ces préfixes servent à former des noms qui
expriment l’idée de supériorité. Le préfixe hyper-, d’origine grecque, se combine avec
des noms et des adjectifs (Noms: hyperacidité, hypercritique, hyperémotivité;
Adjectifs: hypercorrect, hypernerveux, hypersensible). Le préfixe super- (avec la
variante populaire sur-) se combinent avec les trois classes de mots:
Noms – supercarburant, superciment, superstructure, surabondance;
Adjectifs – superfin, superfluide, supersonique, surabondant, susdit;
Verbes – superposer, surabonder, suralimenter.

• hypo-, sub-, sous- ce sont des préfixes qui expriment l’insuffisance, le degré
d’infériorité, la position en dessous :
15 La lexicologie

Noms – hypoderme (= tissu sous épiderme), hypotension, subconscient, sous-


alimentation;
Adjectifs – hypophosphoreux, subconscient, subalpin, sous-alimenté;
Verbes – subdiviser, submerger, sous-louer.

• mé- (devant une consonne), més- (devant une voyelle) C’est un suffixe qui
exprime l’idée de négation.
Noms – mécontentement, médisance, méfiance, mésalliance
Adjectifs – méconnaissable, méfiant, méprisant
Verbes – méconnaître, médire, mépriser.

• de(s)- (forme populaire), dis- (forme savante). Ce préfixe indique


l’éloignement, la séparation.
Nom – déballage, déblocage, débarquement, dissymétrie
Verbe – déballer, débloquer, débarquer, dissimuler, disparaître
Adjectif – déloyal, déraisonnable, désagréable

• en- , em- (deux variantes positionnelles) exprime l’idée d’intériorité:


Nom: enjeu (ce qu’on peut gagner ou perdre);
Verbe – endurcir (= rendre plus dur, plus résistant), enfumer (= remplir ou
environner de fumée), enlever (= porter vers le haut, ravir, transporter), emporter (=
porter qqch. hors d’un lieu), emmêler (= mêler l’un à l’autre).

• re-, ré-, r- La nature de ce préfixe se modifie en fonction de l’initiale


vocalique ou consonantique du mot base: re- devant un mot à initiale consonantique
(refermer, regrouper), res- devant les mots qui ont un s à initiale (ressaisir,
ressembler), ré- (rééducation, réintégrer), r- ou ré devant les mots à initiale a
(ramener, rassurer, rattraper, réabonner). Le plus souvent ce préfixe exprime l’idée
de répétition (redire = dire de nouveau, réadmettre = admettre de nouveau).
Verbe → Verbe: abonner → réabonner, apparaître → réapparaître, agir →
réagir;
Nom: abonnement → réabonnement, apparition → réapparition, adaptation →
réadaptation

La Composition

La composition est le procédé par lequel on forme une nouvelle unité lexicale en
unissant deux ou plusieurs mots qui existent déjà dans la langue. L’unité qui résulte est une
unité autonome, qui se comporte comme un mot indépendant.
Les éléments réunis dans le mot composé se présentent:
- soudés, lorsqu’il s’agit de formations de date ancienne: bonhomme (= (vieux) homme bon;
(peu respectueux) homme, monsieur), gentilhomme, maintenir, portemanteau;
- réunis par un trait d’union : abat-jour, porte-clé, rouge –gorge, sauf-conduit;
- en groupement libre, séparés par des blancs typographiques: billet doux, salle à
manger, dents de lait, poids lourds.
- formés par agglutination: passeport, plafond, vinaigre, marchepied.
Du point de vue sémantique:
16 La lexicologie

- dans la combinaison Nom + Nom ou Adj. + Nom, le mot qui précède a fonction de
déterminant: papier – calque, aide-comptable, expert-comptable. Le déterminant peut être
introduit pas une préposition: salle de séjour, salle à manger.
- dans des mots formés d’un verbe et d’un nom, il est important d’examiner les
rapports syntaxiques entre les deux éléments. Le nom est souvent le complément du verbe
(porte-croix, porte-drapeau, chauffe-eau, coupe-papier)
La composition savante désigne l’ensemble des mots formés de bases empruntés
directement au grec ou au latin: leucocyte (du grec leuco = blanc et –cyte = cellule),
misanthrope (du grec my = haïr, -anthrope = homme).
On qualifie aussi comme ‘composition savante’ des mots français combinés avec
un élément savant: anglomanie (de anglo, du mot français anglais + manie (mot grec)),
agriculture, minéralogie, cancérigène (contenant le mot latin cancer = crabe).
La composition française ou populaire ne fait pas appel à des mots étrangers:

(a) la composition des noms


Nom + Nom: année-lumière, bateau-mouche, bracelet-montre, porte-fenêtre;
Nom + Prép + Nom: arc-en-ciel, arme à feu, chemin de fer, cheval de bois ;
N + Adj: coffre-fort, main-forte, sang-froid ;
Adj + Nom: bonhomme, bonheur, court-circuit, petit-pain;
V + Nom: coupe-circuit, coupe-cigarette, couvre-lit;
V + pronom: brise-tout (= personne maladroite qui casse tout ce qu'elle
touche), fourre-tout (placard, meuble ou sac de voyage où l'on fourre toute sorte de
choses)
V + V: savoir-faire, laisser-aller, cache-cache, savoir-vivre.

(b) la composition des adjectifs


Adj + Adj: aigre-doux, sourd-muet, sud-coréen, gris foncé, vert clair; logico-
déductif, anglo-américain ;
Adj + Participe: clairsemé, nouveau-né, demi-mort, clairvoyant
Adj + Nom: gris-perle, rouge cerise, rouge brique