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YOUCEF MERAHI, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU HAUT COMMISSARIAT À L’AMAZIGHITÉ

«Tamazight doit être au même niveau que l’arabe»

Le Haut Commissariat à l’amazighité tente, depuis une dizaine d’années, d’accomplir la


mission pour laquelle il a été créé en 1995. Une mission qui est loin d’être une sinécure
car les prérogatives du HCA sont limitées. Mais, malgré le climat d’hostilité dans lequel
évolue cette institution, l’équipe du HCA a réussi tout de même à réaliser un travail
considérable dans le domaine de la réhabilitation de l’amazighité. Par exemple, l’apport
du HCA à l’enseignement de tamazight dans les écoles des wilayas de Tizi-Ouzou, Bejaia
et Bouira est indéniable. Rencontré jeudi dernier à la Maison de la culture de Tizi-Ouzou, Youcef
Merahi a répondu à nos questions inhérentes au bilan de cette institution ainsi qu’à ses perspectives.

L’Expression: Vous proposez la reformulation de l’organisation du Haut Commissariat à


l’amazighité. Pouvez-vous donner plus de détails à ce sujet?
Youcef Merahi: C’est une proposition que j’avais faite lorsque M. Missoum Sbih avait pris en charge
le dossier de la réforme des institutions de l’État. Nous ne voulons plus d’une institution statique qui
se regarde les yeux dans les yeux. Ce que nous voulons, c’est une institution qui soit dynamique et
qui soit un instrument de l’État. Nous ne voulons pas que telle ou telle association vienne s’immiscer
dans la gestion de cette institution parce que, encore une fois, c’est un élément constitutionnel,
tamazight est à la charge de l’État. Par conséquent, il nous faut une institution qui soit prise en
charge par des gens qui croient à cette problématique de tamazight, qui ont à cœur de la prendre en
charge. Ce ne sont pas les cadres qui manquent en ce sens.

Vous êtes à la tête du HCA depuis environ dix ans. Pouvez-vous établir brièvement un bilan
de vos actions?
Quand les journalistes parlent de bilan, j’ai l’impression qu’ils s’adressent à une société commerciale
en lui demandant de donner l’actif et le passif. Je ne peux pas faire un compte pour faire le bilan de
tamazight. Ce que je peux dire, c’est que nous avons depuis plus de dix ans, émis des
recommandations dans les secteurs liés à l’amazighité. Si ces recommandations avaient été mises
en application, je suis sûr que nous aurions pu réaliser davantage que ce qui a été fait pour
tamazight en ce moment. Tamazight aurait pu être mieux servie et il y aurait eu beaucoup plus et
beaucoup mieux. Malheureusement, les départements ministériels, qui ont à leur charge des volets
très importants tels que l’éducation, l’enseignement supérieur, la communication, l’état civil, ne
bougent pas le petit doigt.

Quand vous parlez de dysfonctionnement dans les départements ministériels, ne pensez-


vous pas que ce n’est pas propre au dossier de tamazight mais qu’il s’agirait plutôt d’un
problème touchant pratiquement tous les domaines?
Faisons en sorte d’abord, que tamazight soit au même niveau que l’arabe, cette autre dimension
identitaire. Ensuite, s’il y a dysfonctionnement pour les deux, nous les acceptons. Mais maintenant le
dysfonctionnement touche jusqu’au déni, exclusivement tamazight. A un moment donné, le déni était
clair. C’était l’interdiction absolue de la chose amazighe. Maintenant, le déni a changé de visage.
C’est une espèce de récupération et d’intégration de telle sorte que certains responsables et certains
partis nous ressortent ce fameux leitmotiv: on vous a donné tamazight, qu’avez-vous fait de
tamazight? Le problème ne se pose pas à ce niveau. Est-ce que les institutions chargées de tel ou
tel autre aspect de tamazight ont fait leur travail ou pas? Ils ont fait quelque chose mais ils auraient
pu mieux faire.

Vous avez organisé aujourd’hui une journée d’étude sur «les médias audiovisuels algériens
en relation avec l’amazighité, état des lieux et perspectives». Les travaux viennent de se
terminer, pouvez-vous livrer votre appréciation?
Le débat a été passionnant lors de la journée d’étude d’aujourd’hui parce que cela touche tous les
Algériens quel que soit leur niveau. L’Amazigh, en ce moment ne se retrouve pas dans le système de
la communication. Tamazight ne se reconnaît pas dans la télévision amazighe. Tamazight ne se
retrouve pas à 100% dans les radios locales. Là, il y a un dysfonctionnement en effet. Il faut que
l’Algérien amazigh puisse se reconnaître à l’intérieur de cette télévision. Les moyens de
communication doivent prendre en charge le vécu de la personne et de la population auxquelles il
s’adresse. Pour le moment, ce n’est pas le cas, encore plus pour ce qui est de TV4 (Télévision
berbère Ndlr).

Vous organiserez la sixième édition du Salon du livre et du multimédia amazighs à partir du


17 mai prochain à Bouira. Pouvez-vous nous donner quelques indications quant aux
préparatifs de ce rendez-vous culturel important?
Le salon aura lieu du 17 au 20 mai à la Maison de la culture de Bouira. Les éditeurs concernés ont
été touchés ainsi que les auteurs. Nous sommes en train de recevoir les réponses. Cette année, en
plus de ce que nous avons fait l’année dernière, il y aura quatre ateliers. Nous allons cerner le
domaine de l’écriture en tamazight en amont et en aval. Ce sera une sixième occasion de donner la
possibilité aux éditeurs, écrivains et lecteurs et aux curieux, à tout ce beau monde de se rencontrer,
d’échanger leurs points de vue et pourquoi pas de nous faire des propositions qu’on puisse greffer
pour l’organisation du septième Salon du livre amazigh en 2011.

Quelle sont les perspectives du HCA pour 2010?


Nous avons pratiquement vingt-cinq opérations étalées sur douze mois et réparties sur autant de
wilayas. Cette année, nous allons toucher Djanet, Tipaza, Boumerdès, Mostaganem, etc. La semaine
prochaine, nous allons toucher Oran et ainsi de suite. Nous essayons d’aller vers l’Algérie profonde.
D’abord, pour des thématiques liées à cette région. A Djanet, nous allons organiser un colloque sur
l’anthroponomie. C’est sur les noms des hommes et des lieux pour voir qu’il y a une recherche à faire
sur la toponymie. On va à Djanet parce qu’il faut qu’on se rapproche davantage de la population et
ne pas se contenter de tourner autour de la capitale.

Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI

Source : L’Expression, édition du 02/05/2010