lundimatin N°0 MARS / AOÛT 2016

Lundimatin est un journal en ligne qui paraît chaque
lundi matin. Crée en décembre 2014, le site a publié à ce
jour plus de 800 articles, rédigés par quelques dizaines
de contributeurs en France et à l’étranger. Lundimatin,
c’est aussi désormais la revue papier que vous tenez
entre les mains. Il s’agit dans ces pages de remonter à
contre-courant le flux de l’actualité et de se dégager de
la cadence des parutions hebdomadaires afin d’en ex-
traire les articles les plus significatifs. Prendre à revers
la logique d’empilement, d’écrasement et d’obsolescence

3
quasi-immédiate de l’internet. Composer des archives more ce que furent les blocus du mois de mars, les dé-
pour éclaircir le présent. bordements des manifestations syndicales, l’occupation
de la place de la République à Paris en avril, l’occupation
Pour cette première publication nous avons délibérément de la Maison du peuple à Rennes, la répression du mois
choisi un thème et une période qui, s’ils ne correspondent de mai, l’émeute du 14 juin, entre autres.
pas à la parution chronologique attendue – lundimatin
n°1 paraîtra à la rentrée 2017 et couvrira les articles Notons que ce travail de sélection et de thématisation
publiés en ligne entre novembre 2014 et février 2016 –, nous a contraints à faire l’impasse sur de très nom-
ne manquent pas de résonner avec l’ambiance délétère breux articles parus à la même période et que nous
qui entoure l’élection présidentielle. Se replonger dans la aurions beaucoup aimé voir imprimés. Nous pensons à
séquence mars / août 2016, c’est-à-dire au cœur du mou- l’interview de Farid, frère de Wissam El-Yamni, mort en
vement contre la loi Travail, nous permet aujourd’hui de cellule de garde-à-vue, aux analyses aiguisées de l’écono-
mieux comprendre bon nombre des soubresauts qui font miste anti-économique Jacques Fradin, au poème « Est-ce
l’actualité : implosion du Parti Socialiste, mouvements que Bernard Arnault va bien ? », aux nouvelles de Oaxaca
contre les violences policières, émeutes contre le meeting envoyées par Georges Lapierre depuis le Mexique, à l’his-
du Front National à Nantes, discrédit achevé de la classe toire de l’Italie des années 1970 d’Oreste Scalzone, ou en-
politique, défiance inédite vis-à-vis du processus électoral, core à l’analyse des frasques criminologiques de M. Alain
etc. Ajoutons que, même s’il ne s’agit pas du résultat direct Bauer. Et tant d’autres qui font par leur diversité l’épais-
d’un mouvement de contestation mais plutôt de la décom- seur propre à lundimatin. Ces articles et ces vidéos restent
position interne de la politique, la campagne pour l’élec- néanmoins, avec toutes celles et ceux à venir, accessibles
tion présidentielle n’a effectivement pas eu lieu, comme directement à l’adresse lundi.am.
d’aucuns le prédisaient un an plus tôt. Et il reste encore
à voir si la génération politique qui est née dans la rue, au
printemps 2016, va savoir se rendre, comme elle l’affirme,
« ingouvernable ».

Les articles sélectionnés ont été regroupés en six thèmes,
qui traitent chacun de l’un des points marquant du conflit
(la mobilisation lycéenne ; le mouvement social ; la Nuit
Debout ; le blocage et les occupations ; la question du
maintien de l’ordre ; continuer après l’émeute). Chaque
partie est introduite par un assemblage de photos, de
captures vidéos, d’extraits de récits, de communiqués ou
d’appels. Dans cet éclatement, on redécouvre ou se remé-

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BLOCUS LYCÉENS CONTRE LA LOI TRAVAIL,
9 MANIFESTATIONS SAUVAGES

#52 LE MONDE OU RIEN 17
« Ce qui s’est passé est simple : une bande de youtubeurs ont
additionné leurs like, ils ont parlé hors de tout encadrement,
de toute “ représentativité ”, ils ont appelé à descendre dans
la rue ; une femme qui ne représente qu’elle même a lancé
une pétition contre la loi Travail ; et parce que ce qui était dit
sonnait juste, rencontrait un sentiment diffus, un écœurement
général, nous sommes descendus dans la rue, et nous étions
nombreux. Les organisations ont suivi. »

#54 HOMMAGE À BERGSON 25
« Ce mouvement contre la “ loi Travail ” n’en finit pas de
commencer et personne ne voit bien comment il pourrait se finir.
Mais quelle qu’en soit l’issue, ce vendredi 25 mars aura constitué
un tournant : les lycéens – les lycéens de Bergson – sont notre
avenir, courageux, dignes, lucides. »

29 MISE EN MOUVEMENT, CORTÈGES

POURQUOI NOUS
#53 APPUYONS LA JEUNESSE 37
« Bref : ce petit texte pour dire à la jeunesse que nous sommes
avec elle, que nous serons avec elle dans la rue ou en esprit
et qu’aucune manœuvre d’isolement ne nous en dissociera.
Qu’elle se permette tout ce qu’il lui semblera nécessaire
d’expérimenter. Nous l’appuierons. »

#55 CECI N’EST PAS UN MOUVEMENT 39
« Le niveau de discrédit de l’appareil gouvernemental est tel
qu’il trouvera désormais sur son chemin, à chacune de ses
manifestations, une détermination constante, provenant
de toutes parts, à l’abattre. »

NUITS À RÉPUBLIQUE : DÉAMBULATIONS,
6 45 OCCUPATIONS, CONSTRUCTIONS

QUELQUES AXIOMES
#58 POUR LES NUITS DEBOUT 53
« Il est donc de bon ton de construire des feux de joie,
des baraquements solides, de multiplier les expéditions
et explorations urbaines à la recherche de ressources qu’on va les isoler, réellement, dans la manifestation elle-même.
alimentaires et constructibles, de développer des arsenaux Regardez, ce sont eux que nous encerclons. Quant à vous
de bouteilles de verre, d’élaborer des chants, des danses, autres, “ manifestants lambda ”, vous êtes invités à poursuivre
des festivités éclatantes de liesse.» votre route, sans regarder. »

CONSTRUIRE L’HACIENDA, VOITURE DE POLICE INCENDIÉE :
#58 BRÛLER LES PALAIS 57 #62 LE BLUFF DE CAZENEUVE ? 115
« Ce que nous vivons depuis le 9 mars n’est qu’une suite « Cette opération de communication vise évidemment
ininterrompue de débordements. Une suite ininterrompue de à recouvrir le fiasco des interdictions de manifester et à faire
débordements après quoi courent les vieilles formes de la politique. » pression sur le tribunal administratif afin qu’il n’annule pas
celles qui ne manqueront pas de tomber ces prochains jours. »
DIVERSIFICATION :
65 BLOCAGES, OCCUPATIONS, SABOTAGES
TOUT LE MONDE DÉTESTE
RÉVOLUTION N’EST PAS UN MOT #62 LES VOITURES DE POLICE 117
DANS NOS BOUCHES « Depuis le début du mouvement et chaque semaine depuis,
#60 MAIS UN FEU DANS NOTRE CŒUR 73 des solidarités nouvelles se créent […]. Chaque nouvelle
« Stratégiquement, la situation est des plus simples : manifestation le montre, la voiture de flics incendiée mercredi
nous voulons destituer ce qui nous gouverne ; et ce qui gouverne 18 mai à Paris n’en est qu’un nouvel exemple. Nul besoin d’être
veut se maintenir, à n’importe quel prix. Il n’y a pas de question psychologue des foules pour comprendre ce qui anime ce geste,
de “ violence ” là-dedans : il y a deux volontés qui s’affrontent : ni d’être un observateur attentif des médias pour voir ce qui
nous voulons les renverser et ils ne le veulent pas. Libre à eux. se joue derrière cette médiation. »
L’affaire sera tranchée sous les yeux de tous. »

ÉLOGE D’UN BRAVE HOMME
GRÈVE DANS LES RAFFINERIES, #63 PAR LES AMIS DE TANGUY FOUREZ 121
#63 REPORTAGE À GRANDPUITS 83 « À Bruxelles, un célèbre commissaire se fait mettre KO
« Tout le truc sur les réserves stratégiques, c’est du pipeau. par un manifestant. »
Nous, ici, on est une réserve stratégique. »
125 14 JUIN 2016

SI UNE FORCE DÉCOUVRE 14 JUIN : « NOUS AVONS ATTEINT
#64 SON PROPRE NOMBRE... 87 #66 LES LIMITES DE L’ÉMEUTE » 133
« Le gouvernement révèle qu’il “ puise déjà dans ses réserves « L’énergie comprimée dans le dispositif voulait la destitution
stratégiques ”. Il croit parler carburant. » de ce qui gouverne, elle n’a atteint, à force de compression,
que la destruction de ce qui était là. Tôt ou tard, elle envahira
93 LA POLICE la ville et noiera ce qui nous parle de si haut. Et nous serons
alors rendus au sol avec un désir à chercher et la réalité
LA « NASSE », OU rugueuse à étreindre. »
#60 L’IMPORTATION DU « KETTLING » 105
« Non le mouvement n’échappe pas, de tous côtés, aux services
d’ordres syndicaux, il y a simplement un groupe de gens, #67 L’ÉMEUTE INDISCERNABLE 137
identifiables, identifiables d’ailleurs par la couleur de leurs « Construire et renforcer notre Parti, telle est la tâche
habits et leurs pratiques, et ils sont tellement identifiables de la séquence qui vient. »
UNIVERSITÉ D’ÉTÉ DU PS :

PARIS
#68 LA DESTITUTION EST EN MARCHE 141
« Ce nouveau rendez-vous donnait aux forces qui se sont
levées partout dans le pays ces derniers mois une occasion
évidente d’enjamber le gouffre des vacances et annonçait une
année politiquement très chaude avec, à la clef, l’impossibilité
de lancer une campagne présidentielle qui n’en finit plus de
balbutier et ne convainc d’ores et déjà personne. »

145 VANDALISME, ÉPIGRAPHIE

BLOCUS LYCÉEN
09.03.16
NEUVIC
BLOCUS LYCÉEN
09.03.16
09.03.16 GRAFFITI PARIS 09.03.16 FAME PARIS

09.03.16 BANDEROLE GAME PARIS

17.03.16 MANIFESTATION PARIS 24.03.16 SAUVAGE PARIS

17.03.16 PÊCHE MARSEILLE

Jeudi 17 au matin, onze lycées marseillais de l’accélérateur derrière le cortège, faisant flic baraque ceinture un jeune, il se prend
bloquent. Dès 9h30 deux cortèges traversent mine d’écraser les lycéens. Ils finissent par deux à trois solides pêches dans la gueule de
la gare Saint-Charles, l’ambiance est joyeuse, rentrer dans le cortège avec leur voiture. Cela la part d’un autre jeune. Le flic pète un plomb,
les lycéens semblent bien aimer la ne manque pas d’énerver quelques lycéens qui bat l’air en neige à l’aide de son tonfa et les gaz
réverbération et en profitent donc pour crier. prennent (plutôt gentiment) le véhicule à parti lacrymogènes finissent d’établir une distance
Ils vont ensuite se masser devant la préfecture. entonnant le fameux « tout le monde déteste la entre les manifestants et les policiers. Ceux-ci
Certains restent sur place avec des police » (nous en profitons pour signaler que durent s’y reprendre à trois fois pour parvenir
syndicalistes, d’autres repartent en cortège l’étude de l’Histoire nous révèle que ce chant à interpeller leur cible.
direction la gare via la rue de Rome. est né à Marseille). Les flics sortent de la Finalement la foule reprit sa route direction
Pendant ce temps, la CGT occupe brièvement voiture une première fois pour tenter de se la gare Saint-Charles qui résonna à nouveau.
la chambre de commerce. Alors que le cortège faire respecter, puis reprennent le volant avant […]
avance gaiement, quelques flics en voiture de sortir à nouveau quelques mètres plus loin
se comportent en bon Marseillais et jouent pour attraper quelqu’un. Alors qu’un grand https://lundi.am/Cauchemars-et-faceties-special-17-mars
09.03.16 SAUVAGE LYON 09.03.16 MANIFESTATION LYON

[…] Les « jeunes » n’ayant pas de service d’ordre,
c’est le syndicat qui avait décidé de gentiment se
charger d’eux. Ils portaient de belles chasubles
rouges, parfois un peu trop petites, etdes
brassards « Accueil - Sécurité - CGT ». Alors
« l’accueil », ici, c’est à prendre ou à laisser :
« T’es pas content ? T’avais qu’à pas venir ! » dira
ainsi un chargé d’accueil à un manifestant un
peu trop critique. Pour la sécurité, on verra que
cette tâche les dépassait amplement. Ainsi nos
lycéens marchent sur les gros bras (et un de
leurs amis commissaire), pour une sombre
histoire de confusion gauche-droite – nous
n’avons pas saisi l’intégralité des enjeux.
Après avoir donné quelques coups, les chasubles
rouges, essoufflées ou assoiffées, renoncent
et décident de bouder : on ne les reverra plus.
Leur chef s’en justifie au talkie-walkie :
« Heu, là, on est débordés par la jeunesse ».
Reste un courageux commissaire.
Traversantle Rhône, le cortège n’a plus de tête.
Ou alors, très floue. À Jean Macé, le point de
dispersion officielle, la manifestation continue.
Courageux-commissaire n’est pas tellement
d’accord. Il signifie à la banderole lycéenne
que ce n’est pas vraiment possible et tente
de la bloquer à l’aide de ses deux petits bras.
Il finira par renoncer. Son collègue appelle
à la rescousse, tel un sémaphore, des CRS
plantés dans un coin de la place. Sans succès
non plus. […]
https://lundi.am/Cauchemars-et-faceties-special-9-mars

09.03.16 UNIVERSITÉ DIJON

https://www.youtube.com/watch?v=tQWWdjLAvro

17.03.16 LYCÉENS PARIS

24.03.16 TENSION NANTES

[...] Les jeunes prennent la tête ; la CGT Une ligne de véhicules de flics est caillassée.
scinde le cortège en deux ; la manif dure Le cortège est coupé, puis ressoudé, et repart
une heure à peine ; un cortège repart. vers Bouffay où des banques sont esquintées.
[…] Visiblement, la tête de manif veut Un repli commun vers la fac et les quartiers
de nouveau aller vers le commissariat nord, tous ensemble, semble se dessiner,
en empruntant les bords de l’Erdre, d’autant plus que la ZAD a invité les lycéens
mais une pluie de grenades accueille les et tout ceux qui veulent à venir manger des
manifestants cours Saint-Pierre. La police crêpes (ou des frites ?) à l’amphi occupé.
charge. Un manifestant resté en arrière pour La tension retombe un peu. […]
soigner des lycéennes est tabassé, il saigne
abondamment du visage. Il sera embarqué.
Alors qu’une vidéo scandaleuse d’un lycéen
parisien frappé par un lâche en uniforme
tourne en boucle dans les médias, ce sont des
dizaines d’images de ce type que nous portons
gravées dans nos mémoires ce 24 mars. https://lundi.am/Cauchemars-et-faceties-special-24-mars
17.03.16 TOLBIAC PARIS 17.03.16 EXPULSION PARIS

[...] Le grand amphi est investi, tagué :
« Continuons le début », « Ceci n’est pas un
exercice ». Le président vient nous parler :
entré triomphalement dans l’amphi, il nous
dit « ah, voilà mon quart d’heure de célébrité ».
On le vire. Pendant ce temps, les CRS
ceinturent le bâtiment. On explore un peu,
puis l’AG commence. Elle est aussitôt
interrompue par l’arrivée des CRS : les vigiles
leur ont ouvert les grilles. On essaie tous
de sortir de l’amphi pour les repousser,
puis il apparaît évident qu’il faut se barricader
à l’intérieur car ils sont déjà bien rentrés
dans la fac ; on bloque les portes, ils les forcent
mais s’empêtrent dans les ouvertures étroites
pendant que volent vers eux chaises
et bouteilles et que l’on vide sur eux
les extincteurs. Ils patinent, ils pataugent ;
ceux de devant sont écrasés par leurs copains
de derrière qui continuent à pousser même
si ça ne passe pas. « Allez les noirs. » Au micro,
on gueule « tout le monde déteste la police ». [...]

https://www.youtube.com/watch?v=JAKo1OBSiQY https://lundi.am/Cauchemars-et-faceties-special-17-mars

LOI TRAVAIL : DES ÉTUDIANTS 31.03.16 MANIFESTATION ROUEN
S’EXPRIMENT SUR LA JEUNESSE
DU MOUVEMENT
(TRIBUNE)

[…] « Mais qu’est-ce que vous proposez ? »
Foutez-vous la au cul votre question. Non
seulement il faudrait que nous soyons
jeunes et cons mais en plus « jeunes à pro-
positions ». La vie c’est pas un clip pour la
présidentielle, on ne propose rien, on invite
au bouleversement, au soulèvement, à l’in-
surrection. Des idées on en a et on en aura
et ça tombe bien car vous allez mourir bien
avant nous.
La question n’est pas d’avoir 16, 30 ou
77 ans. Il faut arrêter de croire que la jeu-
nesse est une phase transitoire. On n’est pas
jeune pour ensuite devenir vieux. On n’est
pas vieux parce qu’on a été jeune. La jeu-
nesse c’est le contraire de se laisser aller :
c’est partir à l’assaut du monde, y compris
pour le renverser. […]

https://lundi.am/Loi-Travail-des-etudiants-s-expriment-sur-la-
jeunesse-du-mouvement
Alors que la loi « relative au travail… » dite loi El Khomri ou loi Travail est dévoilée
RENNES, ROUEN, PARIS le 17 février 2016, les syndicats qui s’y opposent (notamment la CGT, FO et Solidaires)
tardent à se mettre d’accord pour engager un mouvement de contestation.
Une pétition circule massivement sur l’internet, demandant le retrait du projet
de loi, et s’accompagne rapidement d’appels à faire grève et à manifester dès
le 9 mars – appels relayés par des youtubeurs, via le hashtag #onvautmieuxqueça.
Au vu de l’ampleur que commence à prendre cette « manif Facebook » (comme titre
alors le journal Libération), les centrales syndicales se voient contraintes de soutenir
cette initiative. Le 9 mars, des milliers de personnes, partout en France, descendent
dans la rue. Les lycéens s’affirment déjà comme la force vive du mouvement à venir.
Dans la presse, le spectre du CPE resurgit. Dix ans plus tôt (mois pour mois)
le gouvernement Villepin faisait face à la jeunesse et s’apprêtait à céder devant la rue.
Lundimatin dans son numéro #51 avait d’ailleurs exhumé plusieurs tracts d’époque.
Mais ce 14 mars 2016 – exceptionnellement en milieu de semaine – c’est un appel
inédit qui est publié sur notre site, à la veille d’une nouvelle journée de mobilisation.
Il est signé par un mystérieux Comité d’Action.
DÉCO ET STYLISME

LE MONDE OU RIEN
paru dans lundimatin#52 le 16 mars 2016
31.03.16

Cours annulés, manifs sauvages, tags, casse, lacrymos,
gouvernement en stress, fac en grève. Quelque chose est
en train de naître. « Nous » sommes en train de naître.
teur et le vider de sa poudre c’est très facile,

est nocive), puis vous le refermez une fois
vous l’ouvrez tranquillement pour vérifier
qu’il n’y a pas de fuite, une fois ouvert
vous le videz avec précaution (la poudre
dans l’objectif d’apprendre et de trans-
[...] S’il y a bien des lois pour les grands
nombres on ne peut que constater le fait

d’autre finalement que quelques « tuto »

mettre des gestes qui viendront animer les

https://lundi.am/L-humiliateur-La-mignonette-de-Molotov
mouvements à venir. Pour ouvrir un extinc-
cer. Nous voudrions ici offrir quelques idées
qu’être nombreux ne suffit pas pour avan-

pour supporter les actions à venir. Rien

Nommer ce qui est en train de naître du nom de ce qui
l’a précédé, c’est tenter de le tuer. Ramener ce que nous
avons vécu dans la rue mercredi dernier, ce qui bouil-
lonne depuis des semaines, ramener la rage qui gronde
partout à l’« ombre du CPE » et tous les laïus que nous
(MODE D’EMPLOI)
L’HUMILIATEUR

avons entendus la semaine dernière, est une opéra-
tion, une opération de neutralisation. Quel rapport y
votre liquide versé. [...]

19
a-t-il entre le discours syndical et les potes lycéens qui la jeunesse est l’image de l’élément disponible. La jeunesse
taguaient mercredi dernier « le monde ou rien » avant est le symbole de la disponibilité générale. Les jeunes, ce
de s’attaquer méthodiquement à des banques ? Aucun. n’est rien. Ce sont seulement ceux qui ne sont pas encore
Ou juste une misérable tentative de récupération menée tenus. Tenus par un patron, tenus par des crédits, te-
par des zombies. Jamais les organisations syndicales, nus par un CV. Tenus et donc enchaînés, du moins tant
jamais les politiques n’ont été si visiblement à la traîne que la machine sociale continue de fonctionner. Les dis-
d’un mouvement. S’ils sont si fébriles dans leur volonté cours médiatiques sur la menace d’un « mouvement de
de tout encadrer, c’est justement parce que tout pourrait la jeunesse » visent à conjurer la menace réelle, et la me-
bien leur échapper. Ce qui s’est passé est simple : une nace réelle c’est que l’ensemble de ce qui est disponible
bande de youtubeurs ont additionné leurs like, ils ont dans cette société, l’ensemble de ceux qui n’en peuvent
parlé hors de tout encadrement, de toute « représentati- plus de la vie qu’on leur fait vivre, l’ensemble de ceux
vité », ils ont appelé à descendre dans la rue ; une femme qui voient bien que ce n’est pas juste cette loi qui pose
qui ne représente qu’elle-même a lancé une pétition problème mais toute cette société qui est au bout du
contre la loi Travail ; et parce que ce qui était dit sonnait rouleau, s’agrège. S’agrège et prenne en masse. Car elle
juste, rencontrait un sentiment diffus, un écœurement est innombrable, de nos jours, la masse des incrédules.
général, nous sommes descendus dans la rue, et nous Le mensonge social, la farce politique ne prennent plus.
étions nombreux. Les organisations ont suivi. Le risque C’est cela, le gros problème qu’a ce gouvernement. Et
de ne pas suivre était trop grand pour elles. Si elles ne pas juste lui : qui peut bien être assez con pour encore
le faisaient pas, leur mandat était caduc. Ceux qu’elles vouloir voter à gauche, à gauche de la gauche, à gauche
prétendent représenter auraient pris la rue sans elles, de la gauche de la gauche, quand on voit ce que cela a
sans qu’elles puissent placer devant eux leurs bande- donné en Grèce l’été dernier ? Un gouvernement de
roles de tête, sans qu’elles puissent sortir leurs gros bal- gauche radical surtout dans l’application de l’austérité.
lons rouges, sans qu’elles puissent recouvrir nos voix
de leurs mauvaises sonos, de leurs slogans grossiers, de
leurs discours d’enterrement. Elles auraient été à poil. EH LES VIEUX !
Les chefs ont donc suivi ; comme toujours. VOUS N’AVEZ PAS ÉTÉ TRAHIS,
VOUS VOUS ÊTES JUSTE LAISSÉS TROMPER

IL N’Y A PAS UNE LOI QUI POSE PROBLÈME, Eh, les vieux ! Eh, nos vieux. Vous dites que vous vous
MAIS TOUTE UNE SOCIÉTÉ QUI EST sentez trahis. Que vous avez voté pour un parti de
AU BOUT DU ROULEAU gauche, et que la politique menée ne correspond pas à vos
attentes. Vous parlez de « reniement ». Mais vous étiez où
Nous sommes la jeunesse. Mais la jeunesse n’est pas la en 1983 ? Les années 1980, les années fric, Tapie au gou-
jeunesse, elle est plus qu’elle-même. Dans toute société, vernement, Libé qui titre « Vive la crise ! », ça ne vous

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dit rien ? Nous, on n’était pas là, mais entre-temps, vos les années 1960 ; vos Trentes Glorieuses, remettez-vous
défaites sont devenues nos cours d’histoire. Et quand on en, on ne les a jamais connues. Personne d’entre nous
les écoute, ces cours, on se dit que Macron ne fait que ne croit qu’il va se « réaliser » dans le taf. Ce dont on
terminer le boulot commencé en 1983. C’est le même se défend maintenant, c’est que le peu de vie qui nous
programme depuis lors. Il n’a pas changé. Vous n’avez est laissé après le taf, en dehors du taf, ne soit réduit à
pas été trahis. Vous vous êtes juste laissés tromper. Vous néant. Le petit jeu des organisations syndicales et des
avez préféré cultiver vos illusions. Ce ne sont pas les partis pour limiter le terrain du conflit à la question de
actes des socialistes qui ont trahi leurs discours. Ce sont la loi Travail, à la négociation avec le gouvernement,
précisément ces discours qui ont servi, à chaque élec- c’est seulement une façon de contenir notre désir de
tion, à vous enfumer pour pouvoir continuer à mettre en vivre, d’enfermer tout ce qui les excède dans la sphère
œuvre le même programme, pour poursuivre la même étouffante de leurs petites intrigues. Syndicats et partis,
offensive. Une offensive de 35 ans menée avec constance pas besoin d’être devin pour voir, d’ores et déjà, qu’ils
sur tous les plans en même temps – économique, sécuri- nous lâcheront en rase campagne au moment décisif. On
taire, social, culturel, existentiel, etc. ne leur en veut pas. C’est leur fonction. Par contre, ne
nous demandez pas de leur faire confiance. Ce n’est pas
parce qu’on est jeune qu’on est né de la dernière pluie.
CETTE LOI, Et puis arrêtez de nous bassiner avec vos vieux trucs qui
ON N’EN DISCUTERA PAS ne marchent pas : la « massification », la « convergence
des luttes » qui n’existent pas, les tours de paroles et le
Ce qui est en train de naître a peu à voir avec la loi Travail. pseudo-féminisme qui vous servent juste à contrôler
La loi Travail, c’est juste le point de renversement. L’at- les AG, à monopoliser la parole, à répéter toujours le
taque de trop. Trop arrogante, trop flag, trop humiliante. même discours. Franchement, c’est trop gros. La ques-
La loi renseignement, la loi Macron, l’état d’urgence, la tion, ce n’est pas celle de la massification, c’est celle de
déchéance de nationalité, les lois antiterroristes, le projet la justesse et de la détermination. Chacun sait que ce qui
de réforme pénale, la loi Travail, tout cela fait système. fait reculer un gouvernement, ce n’est pas le nombre de
C’est une seule entreprise de mise au pas de la population. gens dans la rue, mais leur détermination. La seule chose
La loi El Khomri, c’est seulement la cerise sur le gâteau. qui fasse reculer un gouvernement, c’est le spectre du
C’est pour ça que ça réagit maintenant, et que ça n’a soulèvement, la possibilité d’une perte de contrôle totale.
pas réagi sur la loi Macron. À la limite, si on descend Même si on ne voulait que le retrait de la loi Travail, il
dans la rue contre la loi Travail, ce n’est pas parce qu’elle faudrait quand même viser l’insurrection : taper fort, se
concerne le travail. C’est parce que la question du travail, donner les moyens de tenir en respect la police, bloquer
c’est la question de l’emploi de la vie ; et que le travail, tel le fonctionnement normal de cette société, attaquer des
que nous le voyons autour de nous, c’est juste la néga- cibles qui font trembler le gouvernement. La question de
tion de la vie, la vie en version merde. On n’est plus dans la « violence » est une fausse question. Ce qui est décrit

22 23
dans les médias comme « violence » est vécu dans la rue des négocations-pièges à cons, ce qu’il faut attaquer, par-
comme détermination, comme rage, comme sérieux et tout en France, à partir de jeudi prochain, ce sont donc
comme jeu. Nous, c’est ce que nous avons éprouvé mer- les sièges du PS. À Paris, il faut que ce soit la bataille de
credi dernier et qui a quelques raisons de faire flipper les Solférino. Pour la suite, eh bien, on verra. Va falloir la
gouvernants : il y avait du courage parmi nous, la peur jouer fine. Mais l’enjeu est colossal.
s’était dissipée, on était sûrs de nous. Sûrs de vouloir mar- Ils reculent, attaquons !
cher sur la tête de ceux qui nous gouvernent. Sur la tête
de ceux qui, toute l’année, nous marchent sur la gueule. Comité d’Action, le 16 mars 2016

TAPER FORT ! TAPER JUSTE !
#BATAILLEDESOLFERINO

Contrairement à ce que nous disent les apprentis bureau-
crates de l’UNEF ou du NPA, taper fort n’est pas ce qui
va nous « isoler des masses », si les cibles sont justes. C’est
au contraire cela qui va faire que tous ceux qui sont à
bout vont nous rejoindre ; et ça fait du monde. La ques-
tion que pose la loi Travail, c’est la question de la poli-
tique menée par le PS depuis 35 ans, c’est de savoir si
oui ou non ils vont pouvoir mener à terme leur cam-
pagne de plusieurs décennies. C’est aussi la question de
la politique en général. Qu’un mouvement se lève à un an
d’une campagne présidentielle qui, généralement, im-
pose le silence et l’attente à tous, en dit long sur la pro-
fonde indifférence, voire l’hostilité qu’elle suscite déjà.
Nous savons tous que les prochaines élections ne sont
pas la solution mais font partie du problème. Ce n’est
pas par hasard que spontanément, mercredi dernier, les
lycéens de Lyon ont cherché à atteindre le siège du PS
et se sont affrontés à la police pour frapper cet objec-
tif. Et ce n’est pas par hasard que des sièges du PS à
Paris et à Rouen ont été défigurés. C’est cela que, de lui-
même, le mouvement vise. Plutôt que de s’enferrer dans

24 25

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