Vous êtes sur la page 1sur 12

demahoM,5102.60.10

2

6

.

0

6

.

20

1

5,

G

e

t

e

n

e

t

L

e

gés

é

b

Y

o

É

i

t

3

e

,

n,

a

n

Journal du traitement médiatique du bidonville de Calais 2015 – 2017 4 euros n.m. type
Journal du traitement médiatique
du bidonville de Calais
2015 – 2017
4 euros
n.m. type de fil de fer barbelé doté de lames de rasoirs
Calais : tous doivent
disparaître
Paru dans Article 11
le 13/01/2016
Peu importe le malheur qu’ils fuient, ils sont de
trop, dérangent. On le leur a signifié une pre-
mière fois en 2002, en fermant Sangatte. Puis une
seconde, avec la destruction de la « jungle » de
Calais en 2009. Désormais, on leur répète tous
les jours, à grand renfort de traitements iniques.
Calais n’a pas vocation à accueillir les malheurs du
monde, affirme la municipalité. Elle le prouve. [1]
« Nous vivons actuellement dans un monde où les êtres humains en tant que tels ont cessé d’exister depuis longtemps déjà ; puisque la société a découvert
que la discrimination était la grande arme sociale au moyen de laquelle on peut tuer les hommes sans effusion de sang, puisque les passeports ou les certifi-
cats de naissance et même parfois les déclarations d’impôts ne sont plus des documents officiels, mais des critères de distinctions sociales. »
Hannah Arendt, « Nous autres réfugiés » in La Tradition cachée, Christian Bourgois, 1987
Un bref cri en arabe a suffi. L’instant d’avant, ils
discutaient avec animation autour d’un feu de palettes,
se partageant quelques mégots de cigarette. Une tren-
taine, tous soudanais, habitants temporaires de cette
usine désaffectée immense et glaciale surnommée
« Africa House », le dernier squat important de Calais.
Et soudain, dès que le signal se fait entendre, ils fuient
à toutes jambes, galop désespéré. Certains dans les

Le jeudi 8 mars 2018, dans le XIX e arrondissement, Karim est mort aux portes du centre « humanitaire » sous contrat d’Emmaüs Solidarité. Ses espoirs de dignité liquidés sur un trottoir parisien. Foulé au pied par la ville comme un encombrant sans visage, son corps gisant sous des couvertures trempées a été laissé plusieurs heures sous la pluie, avant d’être enlevé par la police. De la même manière, ce qui ne manquera pas de frapper le lecteur de ce recueil sur le bidonville de Calais, c’est la façon dont on a discuté et disposé des « migrants » comme de biens meubles. Leur présence sur le territoire calaisien était un problème public, leurs corps des objets passifs et leurs voix inaudibles dans le récit de la « crise des migrants ». Le travail qui suit est un journal non-exhaustif du traitement politique et médiatique des exilés de la jungle, le temps de sa brève existence. À peine plus d’un an, de l’été 2015 à novembre 2016, soit des premières annonces de la création d’un camp et des incitations de la mairie à s’installer sur la lande, jusqu’à son nettoyage manu militari. Une opération de grande ampleur, menée sous les caméras de plusieurs centaines de journalistes badgés et baladés par l’agent de communication de la préfecture. La violence de l’expulsion provient bien sûr du déploiement policier et des incendies qui ont permis de boucler l’affaire en quelques jours mais aussi et de façon moins évidente, de l’hégémonie d’une fiction médiatique qui a rendu muettes dix mille personnes en errance autour d’un brasier. Ce recueil regroupe quelques perles sordides et des textes d’origines diverses qui abordent parfois le même événement depuis des perspectives différentes, collectés au fil du temps, comme autant d’archives du décalage entre les journaux et la réalité vécue. Les articles ne sont ni corrigés (seules quelques notes ont été ajoutées pour faciliter la compréhension et des liens supprimés pour alléger le passage à la forme papier), ni commentés. Nous espérons que le lecteur saura en tirer quelques enseignements. Les relire aujourd’hui permet de reconstituer l’articulation du discours dominant, ponctué de quelques éléments dissonants pour y déceler les permanences, les tours de manches éculés, et garder en mémoire cette histoire pour éclairer la situation actuelle et son air de déjà-vu. Depuis près de vingt ans, la seule donnée qui varie sur le littoral est l’ampleur du phénomène et de la répression qui l’accompagne. C’est à la fin des années 90 que l’attitude des autorités a évolué d’une relative indifférence vers une politique répressive de plus en plus équipée. En 1997, une quarantaine de Rroms d’ex-Tchécoslovaquie dorment pendant deux mois dans le Terminal du port de Calais. La même année, le centre de rétention administrative (CRA) est inauguré et peu à peu la ville est quadrillée de grilles et de barbelés, de CRS et de caméras. À peine deux ans plus tard, ils sont quelques centaines, principalement albanais du Kosovo, à dormir dans le Terminal, un premier hangar est ouvert à Sangatte. Depuis lors, la frontière n’a cessé de s’étendre. Ce n’est pas une ligne géographique, ni un poste de frontière mais une réalité politique et sociale tissée d’un maillage à la fois serré et libéral qui permet de mettre chacun à sa place. Aussi bien vécue sur le quai de la gare et à la piscine municipale (interdite sans justificatif de domicile et carte d’identité), qu’au passage du poste de sécurité du port ; comme disait un ami « la frontière, c’est partout où on me demande mes papiers ». Donc un maillage serré, de par ses doubles grilles à concertina, ses trente kilomètres

de barrières, les 570 caméras d’Eurotunnel, les clôtures de parkings électrifiées, les maîtres-chiens,

les capteurs de battements cardiaques, le détecteur de CO2, et les milliers de policiers mobilisés.

Mais malgré tout libéral, car les marchandises et les touristes circulent avec une fluidité

innocente et la génération des étudiants Erasmus ne doit s’apercevoir de rien. La liaison

escaliers menant à l’étage, d’autres vers la cour prin- cipale, les derniers en direction de la sortie arrière. Remue-ménage, cris, tension. Puis quelques rires, un grand soupir de soulagement collectif ; ils reviennent vers le feu en se tapant dans le dos. Fausse alerte :

la police ne faisait que patrouiller devant la porte du squat. Elle reviendra.

À CALAIS, LE QUOTIDIEN DES INDÉSIRABLES. Plus tôt dans la journée, Nabeel, jeune Soudanais, décri- vait dans un anglais hésitant ce harcèlement quoti- dien : « La police passe souvent plusieurs fois par jour, surtout le matin, vers six heures, quand nous dormons. Ils embarquent une dizaine de personnes, au hasard, les premiers qui leur tombent sous la main.

Ils les gardent enfermés quelques heures ou quelques jours, c’est variable. Ils nous arrêtent aussi quand nous nous rendons à la distribution de nourriture. Parfois, ils vont jusqu’à embarquer ceux qui ont des papiers. Ou bien, ils prennent deux fois la même personne dans la même journée. » La police ne se contente pas d’opérer quelques arrestations, expliquent ceux qui ont échoué ici, elle pratique un harcèlement forcené visant

à dégoûter les indésirables, à leur faire plier bagages

hors de Calais. Là où personne ne les verra: un champ en bord d’autoroute, une cabane dans la forêt, une tente dans les broussailles jouxtant la zone industrielle. N’importe où, mais pas dans Calais. Sanction collec- tive: tous doivent disparaître. […] Pour éviter les arrestations et les violences, les migrants se font discrets, souvent regroupés par nationalités. Les derniers Afghans de Calais se sont ainsi repliés vers la plage et la zone portuaire, à l’écart, dissimulés au milieu des buissons. Ceux qui restent en ville, principalement des Soudanais, des Palestiniens, des Éthiopiens et des Kurdes, ont appris à éviter les déplacements groupés:

«Dès qu’ils se déplacent à plus de trois ou quatre, ils se font arrêter. Nous les encourageons donc à se méfier quand ils sortent dans la rue», explique Nadine, de l’as- sociation La Belle Étoile. […]

LES REMPARTS DE CALAIS. Si l’attention se focalise encore sur Calais, alors que la ville ne compte plus que deux cents migrants (peu ou prou) en ses murs, c’est parce que la sous-préfecture du Pas-de-Calais est devenue une ville-symbole. C’est là que, jusqu’en 2002, le centre d’hébergement de Sangatte (à quelques kilo- mètres de Calais), avait permis d’un peu améliorer une situation sanitaire désastreuse [2] ; un certain Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait décidé sa fermeture sous les applaudissements nourris de la majorité. C’est là, aussi, que s’était tenu un sommet No Border, en juin 2009, manifestation encadrée par une incroyable armada policière, avec snipers et héli- coptères. C’est là, enfin, que les rodomontades sécu- ritaires sarkozystes ont abouti à la destruction de la jungle «pashtoune» – qui avait abrité jusqu’à huit cents

ac

h

io

p

2

s

029.

6

.2

0

1

5

,

Zebib

a

e

c

n

a

ss

Afghans –, matraques et bulldozers en bandoulière, le 22 septembre 2009. Le pli est pris. Calais est désormais ville fortifiée, décidée à se débarrasser durablement de ces corps étrangers. Natacha Bouchart, maire 100% UMP, l’a d’ailleurs clairement énoncé dans Metro, en septembre 2009 : « Déplacer le problème, ça me va très bien ! […] Ce ne sera plus chez nous. D’autres le subiront à leur tour ! » Et d’ajouter : « Il ne s’agit pas simplement de déménager la jungle, mais de mettre en place une stratégie pour démonter tous les squats de la ville, les uns après les autres. » Une vraie campagne de harcè- lement généralisé, donc, nettoyage au Kärcher durable, entre arrestations quotidiennes et destruction des lieux de vie. En août 2009, le « camp Hazara » a été rasé. En

octobre, c’était le tour d’un squat installé rue de Verdun. Demain, ce sera l’Africa House, en sursis.

Une politique intenable. Calais est un couloir d’exil,

un point de passage des migrants venus du monde

entier, de l’Érythrée au Vietnam en passant par le

Kosovo ou l’Afghanistan. La situation y relève davan- tage de la géopolitique que des politiques nationales

ou locales : « En partant du symptôme Calais, on peut quasiment deviner ce qui se passe dans le reste du monde, souligne Andry Ramaherimanana. À l’époque de Sangatte, il y avait beaucoup d’Afghans. Puis beau- coup d’Irakiens, avant que n’arrivent les Soudanais et les Érythréens. Les guerres et conflits conditionnent ces déplacements de populations. » Surtout, Calais et le Calaisis ne sont pas des points de chute choisis, mais des lieux de passages obligés, passerelle vers cette Angleterre fantasmée pour son marché du travail et ses procédures de régularisation. […] Tous portent en eux les stigmates d’un périple long et dangereux – les Soudanais de l’Africa House l’appellent « voyage de la mort » – en comparai- son duquel le quotidien à Calais reste supportable. C’est toujours mieux que Paris, affirment-ils, où ils dormaient dehors. Mieux que la Libye de Khadafi et ses horribles camps surpeuplés, par où la plupart des migrants soudanais sont passés. Et, surtout, mieux que le pays qu’ils fuient, explique Badredine, vingt ans, en résumant son parcours : « Du Soudan, je suis d’abord passé en Libye, où je pensais initia- lement m’installer. Mais la situation était difficile, et j’ai embarqué pour Marseille. Ensuite, je suis allé à Paris, c’était terrible : je dormais sous un pont à La Chapelle, dans le froid. Je suis finalement beaucoup

Nous aspirons simplement

à une vie meilleure. Pour la plupart, nous venons du Darfour : vous savez ce qui s’y est passé, non ?

Beaucoup d’entre nous ont perdu leurs familles, leurs

» Quant à

Nadeel, il fanfaronne gentiment : « Tu vois, il y a plein de bonnes raisons pour quitter le Soudan. Le pro- blème de la guerre. Le problème du gouvernement.

Dans mon cas, c’est un peu tout

ça [grand sourire]. Mais surtout, je suis jeune, j’ai envie de vivre ma vie, de voyager, tout ça. » Interdire Calais à ceux qui ont entrepris un tel voyage pour approcher le rêve anglais relève de l’aveugle- ment le plus absolu. Il s’agit de garder la ville immacu- lée, d’empêcher la misère d’y pénétrer pour ensuite pavoiser en expliquant que le problème est résolu. Œillères. Si la ville « accueille » actuellement moins de migrants que par le passé, les flux migratoires restent inchangés. Certains se sont rabattus sur la Belgique et la Hollande, également lieux de passage vers l’Angle- terre. Les autres sont répartis dans le Pas-de-Calais et le Nord-Pas de Calais. Détruire leurs lieux de vie – squats, jungles, cabanes – et intensifier la répression n’a eu qu’un seul effet : rendre leur quotidien encore plus difficile en les dispersant aux quatre vents.

mieux ici, j’ai un toit. [

]

amis. Nous pensons mériter autre chose

La vie soudanaise

DISPERSION DES INDIGENTS. « Comme au Moyen Âge avec les indigents, comme aujourd’hui avec les populations des “quartiers”, la tendance est à la sanctuarisation des centres urbains par la mise à l’écart des indésirables, que ceux-ci soient pauvres, étrangers ou différents [3]. » Ceux de Calais et des environs ont le tort d’être les trois à la fois : pauvres, étrangers, donc différents. Condamnés à la marge, aux périphéries dépeuplées, espaces aussi divers qu’inhospitaliers. On les retrouve dans les taillis en bord d’autoroute, dans les champs, dans les forêts, là où, espèrent-ils, la police ne viendra pas détruire leur campement et les mettre sous les verrous [4]. […] Autour d’une partie de baby-foot et dans l’anima- tion du va-et-vient, le visiteur en oublierait presque la terrible réalité de leur situation. Bref aveuglement :

un bénévole nous informe vite que, juste avant notre arrivée, certains se brûlaient le bout des doigts sur la cuisinière, pratique courante pour effacer les empreintes digitales et éviter l’expulsion. […]

FRANCE FORTERESSE, EUROPE GARNISON. Calais est un symptôme, pas une exception. Les saillies muni- cipales de Natacha Bouchart s’inscrivent ainsi plei- nement dans l’air sarkozyste du temps […].Triomphe local d’une politique nationale axée sur la répression et la stigmatisation des migrants. Et de ceux qui les aident. À Norrent-Fontes, un membre de Terre d’er- rance nous raconte l’histoire (un peu médiatisée,

2

doit être rapide, le seuil imperceptible, l’interface ténue. On comprend mieux alors l’instrumentalisation de la nature pour créer des effets de délimitation, c’est-à-dire fabriquer des frontières naturelles artificielles. D’abord, avec les terrains inondés et les fossés remplis d’eau autour du site Eurotunnel – ou les douves de la citadelle britannique, puis le mur végétalisé (quelques branches de lierres grimpant péniblement) et un enclos autour du bois Dubrulle pour le protéger des espèces nuisibles [sic]. Jusqu’ici rien de très subtil mais l’idée était là, en germe pour le grand projet de reconversion de la lande, le terrain boueux de la grande jungle. Ce sol pétri de plastique brûlé et de grenades lacrymogènes est sur le point d’être transformé en « zone paysagère d’exception », coincée derrière la rocade et une usine de traitement chimique, à quelques encablures du port pour l’Angleterre. Des buttes sableuses et une zone humide vont être créées sur les ruines du bidonville, sillonnées par un platelage de bois jusqu’au toit du blockhaus, qui sera converti en belvédère face à la mer. Un terrain savamment accidenté et parsemé de modules devra permettre de dissuader d’investir l’espace. Agréable et rafraichissant pour qui y est le bienvenu, hostile à ceux qui n’y ont pas leur place. Voilà comment l’alibi de la nature adoucit la frontière et procède d’une violence plus diffuse qu’une clôture. Elle opère tel un euphémisme ; d’apparence légère, elle tient à distance sans barrer l’espace. Les ruines sont encore fumantes que le camp et ses habitants ont déjà disparu des esprits, enfouis sous un projet d’avenir, vert et pédagogique. La botte secrète qui mettra tout le monde d’accord à l’heure où le gouvernement renonce à détruire une autre zone humide, s’il en est, à Notre-Dame-des-Landes. Le greenwashing nettoie aussi la misère. La mobilisation de la nature s’ajoute à un arsenal de technologies sécuritaires. Ensemble elles densifient une frontière de plus en plus vaste dont la fonction est de trier les éléments autorisés et non-autorisés et de remettre chacun à sa place. La nature et les barbelés participent d’un décor censé retarder les indésirables, les agents de la frontière interviennent pour chasser ceux qui réussissent à s’infiltrer. Leur mission consiste à faire entrer la frontière dans les chairs et dans les têtes. Quoiqu’on dise de leurs conditions de travail, la réussite des opérations tient plus qu'à toute autre chose à leur incapacité à questionner les ordres. Le refus de juger qui caractérise les bons fonctionnaires, si bien analysé par Arendt lors du procès d’Eichman, fait d’eux les meilleurs relais de l’ordre établi. Au besoin, la biométrie et les technologies de surveillance rétablissent l’image d’une perméabilité contrôlée, en identifiant et détectant les individus qui échappent à la vigilance des autorités. À cet égard, Olivier Razac parle dans son Histoire politique du barbelé de « réparer les erreurs du temps réel et rattraper celui qu’on aurait jamais dû laisser entrer ». Au bout du compte, la frontière rend invisible. Elle fait disparaitre les hommes derrière des murs et les relègue au fond des marges. On voudrait les gommer comme on a rasé la jungle, les effacer comme un vilain détail. La frontière tue brutalement ou à petit feu. Quand on scrute jusqu’aux battements de cœur, quand on traque le plus mince filet de souffle, c’est que le moindre signe vital est un affront à l’ennemi, et s’obstiner à vivre est un acte de résistance. La victoire tient à persévérer dans son être, se maintenir en mouvement, essayer et ne jamais se rendre. Poursuivre la route inexorablement. Derrière ces lignes et ces discours rapportés, il y a des hommes et des femmes en exil, des destins qui refusent de se soumettre et des morts silencieuses. C’est à eux qu'est dédié ce recueil.

puis vite oubliée) de cette bénévole de l’association, Monique, 59 ans, perquisitionnée et placée en garde- à-vue en février 2009 pour avoir rechargé le téléphone d’un migrant et offert une « aide matérielle » aux indé- sirables. Un cas parmi d’autres. Pis, le projet de loi Besson, adopté à l’Assemblée en octobre 2010 et qui n’attend plus que l’aval du Sénat, durcit considérablement l’arsenal répressif contre l’im- migration illégale. Contrôle et répression des popula- tions «surnuméraires [5]» priment désormais sur toute autre considération. Évoquant la situation de Calais dans Gérer les indésirables [6], Michel Agier écrit : « La stratégie sécuritaire, considérant tout réfugié comme un “cas de police”, lui enlève tout espoir de citoyenneté et le réduit au stigmate identitaire que chaque acte poli- cier de rejet renforce. » À ceux qui s’insurgent est généralement opposée la même réponse : il s’agit de s’aligner sur les règlements euro- péens. Si le projet de loi Besson prévoit de faire passer la durée maximum d’enfermement en centre de rétention de 32 à 45 jours, c’est au motif de transposer dans le droit français la «directive retour», rationalisant le processus d’expulsion des étrangers à l’échelle européenne [7]. Un prétexte pour la France, qui va bien au-delà des principes passablement répressifs édictés par Bruxelles. Quant au règlement Dublin II de 2003, il prévoit le renvoi des demandeurs d’asile vers le premier pays européen où ils ont été enregistrés par fichage bio- métrique (Eurodac), soit souvent la Grèce ou l’Italie – pas vraiment la panacée en matière de traitement de l’immigration. Ceux qui se mutilent le bout des doigts le font pour échapper à Dublin II. Au gré des sommets et des règlements, l’Europe gar-

et centres de rétention se multiplient à une vitesse ver- tigineuse. À l’extérieur, les pays européens délèguent la répression afin de traiter le prétendu problème au plus près de sa source. Par l’intermédiaire d’accords de réadmission, qui obligent les pays tiers à «reprendre» leurs nationaux ou les migrants ayant transité sur leurs sols. Et via le financement de nouveaux camps et de nouvelles barrières à l’immigration. À Ceuta, aux fron- tières marocaines de l’Espagne, treize migrants (selon les chiffres officiels, a priori minorés) ont ainsi été tués en septembre 2005, lors d’une tentative de passage déses- pérée. En Libye, Khadafi est rémunéré par Bruxelles pour faire barrière aux immigrés subsahariens, parqués dans des camps sis en plein désert. Dans la même veine, le sommet de la Haye a entériné en 2004 une « externalisation de l’asile » : les demandes sont étudiées en amont, dans des pays où les droits des migrants sont rarement respectés. La Mauritanie, la Turquie, la Libye, le Maroc ou l’Algérie développent ainsi leurs propres dispositifs d’enfermement et d’ex- pulsion, sous la pression de l’UE. « Puisque l’immigration ne s’arrête pas aux frontières traditionnelles, il nous faut les dépasser nous-aussi », expliquait en mars 2007 le vice-président de la Commission européenne, Franco Frattini. Mission accomplie. Il faudrait des pages et des pages pour tracer les contours intérieurs et extérieurs de cette Europe du contrôle et de la répression, si obsédée par l’exclusion qu’elle en est venue à créer une agence spéciale de contrôle aux fron- tières, Frontex, opérationnelle depuis 2005. Il en faudrait tout autant pour décrire les parcours de ces migrants condamnés à l’errance perpétuelle et à l’enfermement, que ce soit à Calais, Patras ou Lampedusa. Géographie bipolaire que Jean Genet dénonçait déjà en 1979 [8] :

« Nous autres, civilisations, savons maintenant que la civilisation, c’est aussi ce projet de loi mis au point contre les hommes les plus pauvres du monde.»

 

[1] Le nom des militants No Border cités dans

l’article a été modifié. Rappelons que le réseau lutte contre les politiques migratoires nationales et euro- péennes. Présents à Calais depuis le camp d’octobre 2009, ceux de No Border défendent les squats, col- lectent des tentes et de la nourriture, donnent des

cours aux migrants raire, est bienvenue.

Toute recrue, même tempo-

[2] En trois ans, le « hangar », tenu par la Croix- Rouge, a vu passer 76 000 réfugiés.

[3]

Rapport 2009/2010 de l’association Migreurop. D’autres patientent à Paris, sans structures

[4]

d’accueil, comme les migrants afghans du Square Villemin. [5] Expression utilisée par Mike Davis, notam- ment dans Planète Bidonvilles, Ab Irato, 2005. [6] Gérer les indésirables, des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire, Flammarion, 2008. [7] Adopté par le parlement européen en 2008, et souvent appelé « directive de la honte », cet ensemble de propositions prévoit, entre autres, une durée d’enfermement pouvant aller jusqu’à 18 mois, la systématisation de l’interdiction du territoire de l’UE pendant cinq ans pour les personnes expulsées ainsi que la détention et l’expulsion de mineurs, même isolés. Bruxelles appelle cela «harmonisation» [8] Dans Le Monde, en réaction à un projet de loi sur la création d’un Office national d’immigration, pré- misses aux politiques migratoires contemporaines.

nison ne cesse de se renforcer. À l’intérieur, les camps

 
 

a

a

n

i

 

heu

04.07.2015, Samir, Érythréen, une

r

e

pr

a

è

s

s

ns

a

5

4

,

s

ia

n

ad

u

oS,mih

arb

I

de

mmahoM

deja

M

l

E

db

A,5

10

2

.07.

07

Paru dans Libération

le 31/08/2015

« encadré » pour empêcher les « passeurs » d’y prospérer. La maire réclame par ail- leurs une « compensation financière » d’au moins 50 millions d’euros pour le « préju- dice » subi depuis des années par la ville de Calais en raison de la présence des migrants.

LES ASSOCIATIONS DÉÇUES Pour les associations d’aide aux migrants on est loin du compte. « On attendait beaucoup, des mesures, au moins des mesurettes, confirme Chris- tian Salomé, président de l’Auberge des migrants. On est très déçu. Pendant ce temps, sur la lande, 1 000 personnes se trouvent dans des tentes inon- dées, dans 15 à 20 centimètres d’eau. Les vêtements sont trempés, les couchages aussi. Il faudrait une action urgente, on ne peut pas attendre cet hiver. En Allemagne, ils sont capables d’envoyer l’armée pour monter des camps de toile. Là, on nous promet 1 500 places sous tente pour la fin de l’année. On n’a pas la même notion de l’urgence. » Le Premier ministre a assuré que la frontière pour le passage en Angleterre était « étanche », avec les nouvelles clôtures bientôt construites sur les sites de la SNCF, en amont du tunnel, et que « venir à Calais, c’est se jeter dans une impasse ». Pourtant, au péril de leur vie, les exilés continuent de passer de l’autre côté, ce qui inquiète les associations d’aide. « Une fron-

est tête de liste FN. Il a lancé au passage une pique à Xavier Bertrand, tête de liste LR aux régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, sans le nommer. L’ancien ministre UMP avait réagi au discours humaniste de Valls sur les migrants

à l’université d’été du PS à La Rochelle en le

qualifiant d’« appel d’air irresponsable », lundi matin sur RTL. Manuel Valls a rétorqué que c’est l’idée de Xavier Bertrand de supprimer les contrôles à la frontière et de laisser passer les migrants en Grande-Bretagne qui provoquerait un « appel d’air ». Au même moment, dans le Parc Richelieu, au centre-ville de Calais, un groupe d’activistes sous la houlette du blogueur Philippe Wannesson, a organisé une visite « off » du Premier ministre. Un faux Manuel Valls, joué par Laurent Maameri, « sympathisant No Border » et « Calaisien exas- péré », a prononcé un discours où il était question d’ouverture des frontières et de solidarité. « Il est injuste que le Liban accueille un nombre de réfugiés équivalent à un tiers de sa population, et [qu’une des

régions très riche] de la planète en accueille si peu »,

a déclaré entre autres le faux Valls, avant de sug-

gérer que, parmi les exilés de Calais, se trouvait peut-être la mère ou le père d’un futur Premier ministre britannique ou français.

giés. Sa seule légitimité locale est d’assurer les douches et l’unique repas quotidien du camp à 2 500 personnes, à 17 heures précises après deux heures de queue, depuis le mois d’avril. Nous avons eu connaissance du plan du camp qui lui a été commandé par l’État et qu’elle va mettre en uvre dans les prochains jours. Le plan est pire que tout ce que l’on pouvait craindre. Un camp fermé de 74 contai- ners rangés et alignés avec une orientation défiant le bon sens, aussi mauvaise pour le soleil que pour le vent : les habitants ne verront pas le soleil en hiver et les « rues » sont alignées dans le sens des vents dominants : axées sud- ouest, elles font moins de 3 mètres de large. Il n’y a aucun raccordement à l’eau. Le camp est implanté dans la zone la plus généreuse et facile, la grande plaine sableuse centrale ; ce faisant, il va chasser environ 400 personnes qui s’y étaient installées. Il va par ailleurs impacter une butte qui constituait un des rares points hauts qui qualifiait le site ; touchée sur plus de sa moitié, le reste de cette butte risque de s’ef- fondrer sur le camp dans les mois qui viennent. Il n’y a aucune urbanité ; aucun lieu de ras- semblement, de sociabilité ou de rencontre n’est proposé. On peut noter la noirceur du trait qui entoure le camp pour bien marquer l’enfermement et les concepteurs ne semblent pas avoir pris en compte le fait que la zone est partiellement inondable. Alors qu’il s’agit de loger 1 500 personnes, il n’est nulle part fait mention d’un architecte. On sait depuis longtemps, en Jordanie, en Turquie, qu’un camp doit être pensé comme une ville, que les humains ne peuvent plus y être traités comme du bétail, comme des corps à gérer, à nourrir et à faire déféquer. En 2015, la France ne serait donc capable que de proposer un alignement de containers, des boîtes en métal fermées faites pour le transport de marchandises pour loger des familles en fuite ?

À CALAIS, VALLS ANNONCE LA CONSTRUCTION D’UN NOUVEAU CAMP POUR LES MIGRANTS

Pas moins de 3 000 migrants survivent dans un campement de fortune en espérant passer outre-Manche, alors que le village de tentes est prévu pour accueillir 1 500 personnes.

Un camp de réfugiés pour une seule moitié des migrants de Calais, pas avant janvier 2016, et sans l’argent qui devrait aller avec, voilà ce qu’a annoncé ce midi Manuel Valls en visite à Calais entre deux averses. Après avoir visité au pas de course le « centre d’accueil » Jules Ferry, qui abrite une centaine de femmes et d’en- fants, et où sont distribués des repas aux migrants éry- thréens, soudanais, syriens, afghans qui s’entassent dans le bidonville voisin en attente de gagner l’Angleterre, le Premier ministre a confirmé en conférence de presse qu’un camp de toile de type camp de réfugiés devrait voir le jour au milieu de l’hiver. C’est en gros ce que réclame la maire LR, Natacha Bouchart, depuis un an. Oui, mais voilà, le camp est annoncé pour 1 500 personnes, alors qu’ils sont plus de 3 000 à patauger sous les averses qui ont détrempé la lande du bidonville ces derniers jours. Et il devrait en coûter 25 millions d’euros pour le construire avec les infrastructures et clô- tures. Or, seule l’Union européenne met la main à la poche, pour 5 millions d’euros, a indiqué

le premier vice-président de la Commission,

Frans Timmermans, présent à la conférence

de presse. « Il manque 20 millions », a glissé la

maire de Calais, mais elle s’est réjouie, dans

un communiqué, du fait que le futur camp

« correspondant aux critères de dignité » pourrait donner une meilleure image de la ville s’il est

Manuel Valls, Premier ministre, sur le site d’Eurotunnel à Calais, le 31 août.
Manuel Valls, Premier ministre, sur le site d’Eurotunnel à Calais, le 31 août.

tière plus “sécurisée”, dans le langage du Premier ministre, ça veut dire une frontière plus dangereuse pour les migrants. On nous explique que plus la frontière sera étanche, moins les migrants auront envie de la franchir. Or on sait, nous, que ça veut dire plus de blessés, plus de tués, et des tarifs de passeurs de plus en plus chers. »

LES RÉGIONALES EN LIGNE DE MIRE Il y avait aussi des arrière-pensées liées aux élec- tions régionales de décembre dans ce déplace- ment de Manuel Valls. Le Premier ministre est venu pour rivaliser de fermeté avec la droite face aux migrants, dans la région où Marine Le Pen

Paru dans Libération

le 21/10/2015

À CALAIS, UN CAMP DES ANNÉES 30

On sait depuis longtemps qu’un camp doit être pensé comme une ville, que les humains ne peuvent y être traités comme du bétail. En 2015, la France ne serait donc capable que de propo- ser un alignement de boîtes en métal fermées pour loger des familles en fuite ?

Avec un nouvel afflux de réfugiés et une population de 6 000 habitants qui ne cesse d’augmenter, la Jungle va devenir bientôt la deuxième plus grande ville du Calaisis. Il aura fallu attendre pour que soit présentée la pre- mière proposition officielle de mise à l’abri des populations. Comme on le craignait, elle ne s’adresse qu’à 1 500 personnes alors qu’ils sont 6 000 dans le camp. C’est La Vie Active, une association locale, qui

été désignée pour mettre en place ce camp. La Vie Active gère des maisons de retraite et assure la prise en charge du handicap dans le dépar- tement du Nord Pas-de-Calais. Elle n’a aucune expérience sur le sujet de l’hébergement de réfu-

a

Illustration réalisée à partir du plan du gouvernement par Cyrille Hanappe.
Illustration réalisée à partir du plan du gouvernement par Cyrille Hanappe.

Quantité de meilleures solutions existent, tout aussi rapides à construire, et souvent moins chères. Le modulaire est une option, mais ce n’est pas la seule et celles basées sur l’auto construc- tion ont su faire leurs preuves dans de nombreux endroits. À Calais même, plus de 500 cabanes ont été construites de cette manière, pour la plupart bien construites, étanches et isolées et surtout appropriées par leurs habitants. Sur des bases modulaires, il est possible de trouver des dispo- sitions qui sont nettement plus favorables à la qualité de vie. Des architectes travaillent sur le sujet depuis des décennies. Manuel Valls a inauguré la semaine dernière le mémorial du camp de Rivesaltes, ce camp construit en 1941 pour accueillir les réfugiés espagnols, juifs, tziganes et harkis. Alors qu’on en dénonce la forme concentrationnaire, on s’apprête à Calais à en construire un dont la forme architecturale sera encore pire.

Jacques Gounon, PDG d’Eurotunnel :

« Depuis octobre, plus aucun clandestin ne passe par le tunnel sous la Manche »

Paru dans Le Monde

le 21/01/2016

Le dirigeant souligne le faible impact de la crise des migrants sur l’activité du groupe. En témoigne le chiffre d’affaires d’Eurotunnel, qui a progressé de 5 % en 2015.

Jacques Gounon est PDG d’Eurotunnel. Il explique au Monde les mesures prises par son groupe face à l’afflux de migrants à Calais.

3

Rob Lawrie : « Je ne voulais pas qu’une petite Afghane passe l’hiver dans la jungle de Calais »

Paru dans Libération

le 13/01/2016

un petit film sur le Facebook de Rob Lawrie, jouer à cache-cache avec lui, embrasser sa joue. L’homme s’attache à la petite et à son père. Jusqu’à l’excès. Il est 22 heures ce 24 octobre. Alors qu’il s’apprête à prendre son ferry pour Douvres, Rob est assis près d’un feu de camp avec Reza et sa fille. La petite s’en- dort sur ses genoux, et il craque. Selon lui, le père de l’enfant lui avait demandé plusieurs fois d’emmener sa fille rejoindre des cousins à Leeds. Il avait toujours refusé, mais il n’arrive plus à dire non. Son avocate, Lucile Abassade, raconte :

« Il a pris la petite fille endormie, il l’a installée au-dessus du siège du conducteur,

dans une petite cachette. » Au contrôle, les chiens des policiers anglais ont reniflé quelque chose : deux Erythréens s’étaient glissés dans son camion. Une fois dans les locaux de la police, menottes aux poignets, il voit arriver la petite Bahar en pleurs, qui lui saute dans les bras dès qu’elle le voit. Rob Lawrie a été libéré en attendant son procès, mais ne retourne plus dans la jungle. Il continue à recueillir des fonds pour les migrants. Son entreprise, elle, est en faillite.

Il dit qu’il regrette, pour les ennuis que ça lui rapporte, mais continue à défendre la justesse de son action. « Je l’ai fait […] pour sauver une petite fille de 4 ans des horreurs de la jungle, un lieu violent, a-t-il confié à RFI. Je ne dis pas “ouvrez les frontières et laissez entrer tout le monde”, ce serait stupide. Mais je ne com- prends pas que les pouvoirs en place ne me laissent pas emmener une petite fille dans sa famille à Leeds, qui va l’aimer, l’abriter, l’éduquer, plutôt que de la laisser dans une décharge avec des produits chimiques, où il fait froid, où il y a déjà eu des incendies, les gens vivent dans des tentes, cuisinent sur des bonbonnes de gaz. Pas besoin d’être un génie pour prédire ce qu’il va arriver. Ça se passe aujourd’hui en Europe, c’est de la folie. Pourquoi on laisse faire cela ? »

PÉTITION. En ce moment à Calais, il y a du vent, de la pluie et le thermomètre devrait descendre en dessous de zéro à la fin du week-end. Aux dernières nou- velles, Bahar et Reza étaient toujours dans la jungle, dans une vieille caravane donnée par une association. Ils n’avaient pas rejoint les conteneurs chauffés du centre d’accueil provisoire qui a ouvert lundi, et où 1 500 personnes doivent être logées d’ici à fin janvier. Deux pétitions, qui réclamaient la clémence pour Lawrie, ont recueilli plus de 118 000 signatures en France, 53 000 au Royaume-Uni. « Je ne dors pas beaucoup la nuit, dit-il. Quand je me sens déprimé, je vais lire les commentaires sur le site des pétitions, ça me remonte le moral. »

L’ancien militaire anglais est jugé ce jeudi pour avoir facilité le passage d’une fillette

vers l’Angleterre.

« JE NE VOULAIS PAS QU’UNE PETITE AFGHANE PASSE L’HIVER DANS LA JUNGLE». Il s’appelle Rob Lawrie, il est britannique, et ce grand costaud de 49 ans, originaire de la banlieue de Leeds, dans le nord de l’Angleterre, père de quatre enfants, est

jugé ce jeudi à Boulogne-sur-Mer pour avoir tenté de faire passer en Angleterre une

petite Afghane de 4 ans, après des mois d’allers-retours dans la « jungle » de Calais,

où il construisait des abris de bois et de bâche avec les exilés. Il reconnaît les faits,

et risque 30 000 euros d’amende et 5 ans de prison. « Je suis un gars ordinaire, plaidait-il il y a un mois sur RFI, je ne suis pas une célébrité, je ne suis pas un homme politique, je n’ai pas une vie exceptionnelle. Je suis juste quelqu’un qui, dans la folie d’un moment, a fait quelque chose d’illégal, parce que je ne voulais pas qu’une petite fille de 4 ans passe l’hiver dans la jungle. »

COUP DE TÊTE. Est-ce que ce « coup de folie », comme il le dit, fait de cet homme qui a servi sept ans dans l’armée britannique, un passeur ? Aux yeux de la loi, oui. Mais alors que les passeurs de Calais réclament aujourd’hui 5 000 à 6 000 euros en moyenne pour un passage en Angleterre, lui l’a tenté pour rien. C’est ce qu’il affirme, et ce qu’a confirmé à la presse britannique depuis la jungle, Reza Ahamadi, un Afghan de 33 ans, le père de la petite Bahar (« printemps » en persan), qui se sent coupable des ennuis de Lawrie. Tout a commencé fin août, avec la photo du petit Aylan sur la plage de Bodrum. Premier coup de tête : ce grand impulsif vend le véhicule familial et, au grand dam de son épouse (qui a fini par le quitter), laisse en plan son entreprise de nettoyage pour aller aider les réfugiés à Calais. Il y rencontre des Afghans, des Erythréens, des Soudanais, des Syriens, des Kurdes, des Iraniens échoués dans ce cul-de-sac au bord de la Manche. Il déclenche un appel aux dons, en argent et en nature. Et fait des allers-retours entre les magasins de bricolage et la jungle, il creuse, plante des clous, construit avec les migrants, écoute leurs his- toires. Il est choqué par les horreurs que lui racontent les Soudanais sur la guerre au Darfour ou les Afghans sur les exactions des talibans. Sur Facebook, il met les migrants en scène, chaussures aux pieds ou dans leurs cabanes, afin de montrer aux donateurs les résultats de leur générosité.

« LIEU VIOLENT ». Et puis il rencontre Bahar et son père. La petite brune souriante aux grands yeux bridés est joyeuse et joueuse. Il la surnomme Bru. On la voit, dans

3

1

0

7

.

2

0

.

1

5

, An

o

nym

e

À Calais, Eurotunnel vient d’inonder des terrains où passaient les migrants. Cette crise a-t-elle boule- versé votre activité ? Cette crise est un drame pour l’Europe et d’abord pour les victimes. Dix clandestins sont morts sur notre site. Comme entreprise transfrontalière, nous avons un rôle difficile : nous opérons sur le passage d’une frontière et nous devons protéger nos personnels et les chauf- feurs de camions qui sont souvent agressés. Et aussi ces hommes, jeunes et agiles, qui veulent entrer en Grande-Bretagne à tout prix, y compris celui de leur vie. Ils montaient dans les camions ou essayaient de grimper sur les trains, quitte à prendre des risques inouïs. Nous avons mis en place graduellement des mesures pour empêcher que les migrants passent de façon clandestine en Angleterre. Nous avons donc renforcé la sécurité sur toute l’emprise d’Eurotunnel à Calais, soit 660 hectares, l’équivalent de deux arron- dissements parisiens.

Comment ? Nous avons érigé des grillages sur les 40 kilomètres de périphérie du tunnel et inondé certains terrains. Cela représente plusieurs dizaines de millions d’euros de travaux, financés par la Grande-Bretagne.

Pour quel résultat ? Depuis la fin octobre, plus aucun migrant ne passe de façon clandestine par le tunnel. Et globalement, le flux de ceux qui tentent de passer se tarit. Dans les camions, on n’en trouve plus que 10 à 30 par nuit. Ils se rendent compte que leurs efforts sont voués à l’échec.

Pourquoi ? Ceux qui découpent les grillages sont arrêtés par les gendarmes. Ceux qui se cachent dans les camions sont repérés. Certains conducteurs avertissent les gendarmes de leur présence. Dans d’autres cas, on les retrouve grâce aux détecteurs de battements de cœur ou de CO2. Dans tous les cas, ils sont ramenés à la jungle de Calais.

Cette crise a-t-elle pesé sur vos résultats ? Assez peu. Les migrants ont causé des retards, des perturbations, qui ont entraîné sur l’année une baisse de 17 % du nombre de trains de marchan- dises, et de 42 % sur le seul dernier trimestre. Mais le trafic des passagers dans nos navettes et celui des camions ont été beaucoup moins touchés. Et le nombre de passagers des trains Eurostar est resté stable sur l’année malgré la chute du tourisme après les attentats de novembre. Au total, en excluant l’ac- tivité maritime que nous avons stoppée, notre chiffre d’affaires a augmenté de 5 %, à 1,2 milliard d’euros. Nous dépendons avant tout de l’économie britan- nique, qui se porte bien, et nous pouvons augmenter nos prix un peu plus que l’inflation. Quant au début de cette année, il est excellent.

Le tunnel va-t-il être saturé ? Non. Les hypothèses retenues au moment de la construction étaient très optimistes, et le tunnel est occupé en moyenne à 54 % seulement. Mais les pics deviennent plus fréquents. Cette année, nous aurons 39 jours de pointe, pour lesquels nous demandons un prix un peu supérieur à nos clients, contre 35 jours en 2015. L’objectif est de mieux étaler le trafic.

En 2015, la Grande-Bretagne vous a contraint à stopper votre activité de ferries. Où en êtes-vous ? Cette décision britannique prise au nom de la concurrence est un vrai scandale, mais elle s’im- pose à nous. Nous avons donc vendu deux de nos trois bateaux au danois DFDS, qui va les exploiter à partir de février. J’espérais pouvoir utiliser le dernier pour du transport de marchandises. Cela nous a été refusé. Nous allons donc le vendre aussi. Plusieurs candidats sont intéressés.

Combien cette aventure maritime vous a-t-elle coûté ? Environ 115 millions d’euros, y compris l’achat des navires pour 65 millions.

Avez-vous d’autres diversifications en vue ? Nous avions envisagé il y a quelques mois d’entrer au capital du London City Airport, le plus petit des aéroports londoniens, mis en vente par son pro- priétaire actuel. Mais les enchères sont trop folles, et nous avons renoncé.

En revanche, vous poursuivez votre projet de liaison électrique avec la Grande-Bretagne… Oui. Il s’agit d’installer une nouvelle connexion élec- trique entre la France et l’Angleterre, passant par le tunnel. Nous devons boucler la préparation de ce projet de 500 millions d’euros d’ici à juin, puis lever la dette. Il y aura ensuite trois ans de travaux. Nous sommes associés dans cette opération au britannique Star Capital, mais je leur ai proposé de reprendre leur participation.

4

Paru dans Libération

le 12/02/2016

Les violences sur des migrants sont deve- nues monnaie courante, surtout à Calais, à une trentaine de kilomètres de Loon-Plage. Mais c’est la première fois que la police tombe sur une ratonnade. Sans commune mesure avec le petit nombre de plaintes – « quatre à cinq » migrants ont déjà saisi la justice, selon le procureur de Boulogne-sur-Mer, Jean Pierre Valensi, au moins deux fois plus, selon les asso- ciations –, les témoignages affluent: au moins une cinquantaine, selon le centre juridique ins- tallé dans la « jungle » de Calais à l’initiative de l’Appel des 800 et de Médecins du Monde.

« MATRAQUES ET BÂTONS ÉLECTRIQUES » Un homme raconte : « Un groupe d’environ dix personnes est arrivé avec des lampes de poche. Ils m’ont dit “retourne à la jungle”. J’ai essayé de m’échapper. Ils m’ont frappé aux jambes avec une matraque, et sur la tête avec leurs poings. Je me suis recroquevillé. Ils m’ont donné des coups de pied et des coups de poing. Je me suis évanoui. » Un ado : « Une voiture nous a coupé la route et des hommes sont sortis avec des matraques, des bâtons électriques et des bombes lacrymogènes. Ils m’ont plaqué au sol, frappé avec leurs matraques sur mes jambes et ma main. » Et puis : « J’ai reçu

la nuque. Je suis tombé. Ils ont commencé à me frapper partout très fort, sur les mains et dans le dos. Ma main a été cassée. Je me suis évanoui. »

« VIOLENCES POLICIÈRES GRATUITES » L’affaire de Dunkerque est entre les mains de la police judiciaire de Lille, tout comme celles des violences commises à Calais ces dernières semaines, et pendant l’été 2015. Dans une conférence de presse conjointe avec Méde- cins du Monde et Médecins sans frontières ce vendredi matin le centre juridique a annoncé vendredi matin que cinq plaintes vont être déposées dans les prochains jours pour des agressions commises par ce qu’il qualifie de « milices, portant uniforme, matraques, grenades lacrymogènes, tasers », mais aussi huit contre des policiers et gendarmes. Isabelle Bruand, coordinatrice régionale de Médecins du monde : « la moitié de la vingtaine de témoignages de violences policières qui nous sont parvenus depuis le 21 décembre sont des vio- lences qui ne concernent pas les confrontations au moment du passage, mais des violences qu’on peut qualifier de gratuites. Des policiers qui croisent un migrant qui passe, qui s’arrêtent, et qui tapent. » MSF a signé 90 certificats médicaux de vio- lences policières.

RATONNADE CONTRE DES MIGRANTS :

« ILS M’ONT FRAPPÉ PARTOUT TRÈS FORT »

Sept hommes ont été placés en garde à vue jeudi à Dunkerque, sus- pectés de violences contre des Kurdes dIrak. Des événements de plus en plus fréquents, salarment les associations.

Des cagoules, des barres de fer. Sept hommes sur un parking, venus casser du migrant la nuit. « Je n’ai jamais vu ça à Dunkerque », dit le procureur Eric Fouard. « C’est insupportable, et on ne lais- sera pas faire. » Dans la nuit du 10 au 11 février, la police a pris sur le fait sept hommes de 24 à 47 ans qui auraient agressé des Kurdes d’Irak, à Loon-Plage, près de Dunkerque, sur un parking où des migrants ont l’habi- tude de se cacher pour attendre un passage clandestin en Angleterre. Cinq de ces hommes viennent du Pas- de-Calais voisin, certains sont actifs dans les mouvements « antimigrants », et au moins l’un d’entre eux était présent à la manifestation interdite organisée par Pegida le 6 février à Calais. La police a repéré leurs deux voitures, dans cet endroit insolite, puis a intercepté un groupe de cinq Kurdes d’Irak qui tentait de fuir les agresseurs. Elle a retrouvé deux barres de fer sur les lieux, puis une bombe lacrymogène et une troisième barre de fer dans une des deux voitures.

MONNAIE COURANTE Sur les cinq migrants, tous entendus, trois ont été « frappés », selon le magistrat dunker- quois, qui évoque des violences « légères ». Les sept agresseurs présumés, dont certains ont déjà été condamnés pour des faits de vols et de violences, ont été placés en garde à vue. Ils y étaient toujours vendredi matin à Coquelles, non loin de Calais. Le procureur Eric Fouard devait les présenter à un juge d’instruction ven- dredi après-midi. Il a annoncé une information judiciaire pour « violences en réunion et de par- ticipation à un groupement en vue de la prépa- ration d’actes de violences volontaires contre des personnes », et va requérir leur mise en examen avec placement en détention provisoire.

leur mise en examen avec placement en détention provisoire. un coup sur la tête, j’avais du

un coup sur la tête, j’avais du sang plein le visage. Je criais de toutes mes forces. Pour me faire taire, un des hommes a écrasé sa chaussure sur ma bouche. » Ou encore : « Des gens sont sortis des buissons, et ont commencé à nous frapper pendant trois ou quatre minutes, avec des matraques comme la police. J’ai reçu un coup sur

Calais : Trois véhicules blindés en renfort pour gérer la situation migratoire

Paru dans 20 Minutes Lille

Après les renforts en hommes, voilà les blindés. À Calais, les autori- tés poursuivent le renforcement du dispositif mis en place pour gérer l’afflux de migrants.

le 08/01/2016

Véhicule de la gendarmerie près du tunnel sous la Manche, en octobre 2015.
Véhicule de la gendarmerie près du tunnel sous la Manche, en octobre 2015.

SOUMIS À L’ACCORD DU PRÉFET DE RÉGION. L’uti- lisation de ce type de véhicule est cependant très encadrée. Nord Littoral rappelle que le préfet de région doit donner son accord pour l’utilisation conjointe de deux véhicules, et qu’au-delà il faut obtenir l’accord du premier ministre lui-même. Tout juste nommé en remplacement de Denis Gaudin, promu dans la Marne, le nouveau sous-pré- fet de Calais, Vincent Berton (qui vient de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur), a en tout cas une corde de plus à son arc.

Le quotidien Nord Littoral a ainsi repéré l’arrivée toute récente de trois véhicules blindés aux côtés des forces de gendarmerie.

DE PETITS CHARS SUR ROUE. Ces véhicules, qui ont l’aspect de petits chars sur roue, n’ont pas encore été utilisés par les gendarmes (qui sont, rappelons-le, des mili- taires). Ils pourraient toutefois leur apporter un soutien de poids, notamment lorsqu’il s’agit d’éva- cuer les routes parfois envahies par des groupes de migrants. Il arrive en effet régulièrement que des dizaines de réfugiés voulant passer en Angleterre mènent des actions concertées sur certains accès au port ou au tunnel sous la Manche, pour en forcer l’en- trée. Les véhicules blindés pourraient ainsi servir à

couvrir l’action des forces de l’ordre.

7 , 0 . 5 . 7 2 1 M 1 0 o Achrat, Pakist
7
,
0
.
5
.
7
2
1
M
1
0
o
Achrat,
Pakist
hamed
anais,
23
a
n
s
Moussa
ed
,
m
H19.
ou
,0
10.2 57
Éry
érh et
sna71,n

23.

0

7

.

2

0

1

5

A,

h

m

e

d

O

sm

a

n,

Érythr

éen

2

0

1

5,

G

t

an

e

É

,

ryt

h

é

S

d

r

a

H

en

q

ei

u

ss

P

kis

n,

30

a

ans

ta

na

,

Paru dans La Croix

le 14/02/2016

investie auprès des migrants, se refuse à tout commentaire sur l’affaire. « Qu’il y ait ponctuellement des dérapages policiers, c’est une certitude. Mais les plaintes déposées le 15 février sont autrement plus graves, estime Pierre Henry, son directeur général. Espé- rons que la justice lèvera ces suspicions. »

la cinquième semaine. C’est un homme comme ça qu’il faudrait à la France. Ou un Poutine. »

« LA MANIFESTATION EST INTERDITE. REPARTEZ CHEZ VOUS » Un gendarme prend un porte-voix : « La mani- festation est interdite. Repartez chez vous. » Huées, slogans. « On est chez nous ! », « Antifa fils de pute ! », « Antifa où es-tu ? » Doigts d’honneur. Marseillaise. Drapeau identitaire flamand. Dra- peaux tricolores. Re-Marseillaise. « La police avec nous ! » « Liberté d’expression ! » « Migrants dehors ! » « Vive Calais ! » « Hollande, démission ! » Et le classique identitaire : « Europe, jeunesse, révolution ! » Hostilités envers les journa- listes, surtout si on a des traces de boue sur les bottes, preuve qu’on a marché dans la « jungle ». Quelques-uns refusent de répondre :

« Vous n’avez quà interroger vos copains No Border ! », les militants pro-migrants. Un homme est plaqué au sol, mains ligo- tées dans le dos. Une femme : « Bon, ben c’est fini, je défendrai plus les forces de l’ordre. » Une commerçante du marché de Calais, venue avec son mari et sa fille, a les larmes aux yeux : « J’ai perdu 60 % de mon chiffre d’affaires depuis un an. Au marché ce matin, on aurait pu jouer au foot avec les autres commerçants tellement il y avait peu de monde. Certains d’entre nous n’ont pas 10 euros pour finir le mois. » Elle pense que c’est à cause de l’image que les migrants donnent de sa ville. « Ils n’ont pas demandé à vivre tout ça, mais pourquoi ils s’en prennent aux routiers ? Vous imaginez le routier anglais qui veut rentrer chez lui après quatre semaines de route, la peur au ventre ? » Autre grief : « On voit des migrants pousser des caddies remplis, alors que certains Calaisiens ne finissent pas le mois. Il y a des boutiques dans la jungle, des restaurants. Ils ne paient aucune taxe, nous on croule sous les impôts. » Échauffourées, lacrymos. Le général Piquemal, ancien commandant de la légion étrangère, est interpellé.

À LEUR PLACE, « ON PARTIRAIT AUSSI » « Des interpellations ont eu lieu, les regroupements sont terminés. La police a fait un remarquable travail et je les en remercie très sincèrement », a indiqué Natacha Bouchart, maire LR de Calais, dans un communiqué. « Je ne saurais accepter que Calais soit le terrain de jeu des extrémistes, d’un

côté ou d’un autre, et force doit rester à la loi. » Elle a ajouté : « À l’issue de la manifestation, un indi- vidu apparenté “antifa” a été interpellé à la statue du Général de Gaulle, alors qu’il était en train d’y apposer un drapeau d’extrême gauche. Pris en flagrant délit, il a été emmené au commissariat. » Le quotidien local Nord Littoral a par ailleurs déposé plainte jeudi contre des internautes qui lui ont envoyé des menaces de mort, dans des commentaires Facebook, et des messages privés. Extrait : « J’espère qu’il va vous arriver

] On va violer vos

enfants.» Ou encore : « La roue tourne et nous allons tous sortir les armes. » Et aussi: «Vous inquiétez pas. Ils finiront tondus et brûlés vifs comme les autres

comme à Charlie Hebdo en pire. [

laissent tranquilles les étrangers. Quest-ce qu’on ferait, nous ? On partirait aussi. Dans n’importe quel pays, pour fuir. J’en tremble. » Près du pont, un migrant afghan regarde la masse des gen- darmes et des policiers, sans comprendre ce qu’il se passe derrière. On lui explique. « C’est mauvais pour nous », dit-il.

Considérant Calais

Paru sur Lundimatin #49

le 22/02/2016

« Considérant qu’ici-même l’on habite, cuisine, danse, fait l’amour, fait de la politique, parle une ving- taine de langues, chante l’espoir et la peine, pleure et rit, contredit ô combien les récits dont indignés comme exaspérés s’enivrent, assoiffés des images du désastre, bourrés de plaintes, écoeurés par ce qui s’invente, s’affirme et déborde. »

Vu la République, la fraternité en ses fondements, l’hospitalité à l’horizon. Vu les bouleversements des temps présents, la perspective de mouvements migratoires extraor- dinaires à venir, la démultiplication annoncée de « jungles » dans les plis et replis de nos métropoles.

Considérant que la « jungle » de Calais est habitée par 5 000 exilés, non pas errants mais héros, resca- pés de l’inimaginable, armés d’un espoir infini.

Considérant qu’ici-même vivent effectivement, et non survivent à peine, des rêveurs colossaux, des marcheurs obstinés que nos dispositifs de contrôle, procédures carcérales, containers invivables s’acharnent à casser afin que n’en résulte qu’une humanité-rebut à gérer, placer, déplacer.

Considérant que Mohammed, Ahmid, Zimako, Youssef, et tant d’autres s’avèrent non de pauvres démunis, mais d’invétérés bâtisseurs qui, en dépit de la boue, de tout ce qui bruyamment terrorise ou discrètement infantilise, ont construit en moins d’un an deux églises, deux mosquées, trois écoles, un théâtre, trois biblio- thèques, une salle informatique, deux infirmeries, vingt-huit restaurants, quarante quatre épiceries, un hammam, deux salons de coiffure, des histoires d’hu- manité reléguées au statut d’anecdotes dans l’histoire officielle de la « crise des migrants ».

Considérant qu’ici-même l’on habite, cuisine, danse, fait l’amour, fait de la politique, parle une vingtaine de langues, chante l’espoir et la peine, pleure et rit, contredit ô combien les récits dont indignés comme exaspérés s’enivrent, assoiffés des images du désastre, bourrés de plaintes, écœurés par ce qui s’invente, s’affirme et déborde.

Considérant que chacun des habitats ici dressé, tendu, planté, porte l’empreinte d’une main soi- gneuse, d’un geste attentif, d’une parole liturgique peut-être, de l’espoir d’un jour meilleur sans doute, et s’avère une écriture bien trop savante pour tant de témoins dont les yeux n’enregistrent que fatras et cloaques, dont la bouche ne régurgite que les mots « honte » et « indignité ».

Considérant que quotidiennement depuis début sep- tembre 2015 des centaines de britanniques, belges, hollandais, allemands, italiens, français, construisent dans la « jungle », distribuent vivres et vêtements, organisent concerts et pièces de théâtre, créent radios et journaux, dispensent conseils juridiques et soins médicaux, et le soir venu occupent les lits des campings alentours et de l’Auberge de Jeunesse de Calais, haut-lieu d’une solidarité active extraordi- naire, centre de l’Europe s’il en est.

Considérant que jamais les associations calaisiennes n’ont enregistré autant de propositions de dons et de bénévolat, et que ne cesse pourtant d’être narré le récit d’une unanime exaspération collective, d’une violence et d’un racisme prétendument généralisés, d’une pourriture surexposée salissant une ville autant que les kilomètres de barbelés la défigurent.

Considérant que Calais est, de facto, une ville-monde,

avant-garde d’une urbanité du 21 e siècle dont le déni,

la force de politiques publiques brutales, témoigne

d’un aveuglement criminel à l’endroit de ce qui vient, d’un mépris mortifère de ce qui s’affirme.

Considérant que la « jungle » ne disparaîtra pas, ni la force d’une violence légale déployée comme si

s’organisait là une bande de criminels, ni par la grâce des « solutions » abstraites de « l’hébergement pour tous », dont les containers du « Centre d’Accueil Provisoire » à 20 millions d’euros exposent, sidé- rante, l’absurdité.

Considérant que la faillite des acteurs publics et l’incurie de leurs solutions sont si vastes, que dans une semaine, un mois, un an, la « jungle » de Calais apparaîtra au centuple, et que demeurera

À CALAIS, LA POLICE GRAVEMENT MISE EN CAUSE PAR LES MIGRANTS

Dix

plaintes de clandestins visant principalement

Paru dans Libération

le 06/02/2016

des

policiers doivent être déposées lundi 15 février

auprès du parquet de Boulogne-sur-Mer.

De quoi font état les plaintes ?

Dix plaintes, dont huit visant des policiers,

devraient arriver lundi 15 février sur le bureau du procureur de Boulogne-sur-Mer. Et ce à l’initiative du « centre juridique » ouvert début janvier au cœur de la « jungle » par un petit

groupe de juristes militants. Il s’agit d’une pre- mière salve, ces juristes affirmant avoir recensé

pas moins d’une cinquantaine de témoignages

faisant état de « violences commises par les poli-

ciers ou par les milices privées ». Parmi les accu- sations les plus graves à l’encontre des forces de l’ordre figure celle d’un jeune Iranien de 16 ans.

Son témoignage était rapporté hier dans les

colonnes du Journal du dimanche. Le jeune

homme assure avoir été embarqué le 29 janvier

par un fourgon de police pour être emmené en

rase campagne. Arrivé sur place, il affirme avoir

été menotté par les forces de l’ordre et avoir

ensuite été roué de coups.

Ces accusations, d’une gravité sans précédent,

ont été accueillies avec la plus grande circons-

pection par les autorités. « Il faut être très prudent,

car nos policiers font déjà un travail difficile », s’est empressée de déclarer la préfète du Pas-de-Ca-

lais, Fabienne Buccio. «Qu’ils [les migrants, ndlr]

signalent ces faits, une enquête sera faite. »

Les migrants sont-ils de plus en plus agressés ?

Impossible, pour l’heure, de connaître précisé- ment l’ampleur des exactions commises à leur encontre. En situation irrégulière en France, les migrants préfèrent ne pas se signaler aux autorités. Les humanitaires, eux, sont affirma-

tifs : les violences en direction des clandestins

ont sensiblement augmenté courant 2015. « Et,

depuis janvier, la recrudescence est manifeste, déplore Jean-François Corty, de Médecins du monde. Nos consultations en attestent claire- ment. » À l’entendre, de plus en plus de migrants souffriraient de fractures multiples (provenant le plus souvent de coups de barres de fer). Autre certitude : des milices privées ont émergé ces derniers mois, menant une véri- table chasse aux migrants. La police a d’ailleurs procédé la semaine dernière à l’arrestation de

sept hommes appartenant à l’un de ces grou-

puscules. Il s’agissait d’une première. Inter-

pellés en flagrant délit, ces derniers s’en pre-

naient alors à quatre Kurdes irakiens dans le terminal du port de Dunkerque. D’autres

interpellations de ce type devraient suivre dans

les jours à venir.

Des « bavures » policières sont-elles possibles ?

Que des groupuscules s’en prennent aux migrants n’est mis en doute par personne. Le fait, en revanche, que des policiers s’en prennent à eux en dehors de leurs strictes opérations de maintien de l’ordre suscite davantage d’interro- gations. La préfète du Pas-de-Calais n’exclut pas que les « actes malveillants » reprochés aux forces de l’ordre aient en réalité été commis par des personnes ayant pris « l’apparence de policiers ». Gilles Debove, du syndicat SGP-FO, ne dit rien d’autre : « Ces migrants ont pu se méprendre… pour peu que leurs agresseurs aient arboré un treillis et des rangers. » Une défense un peu rapide selon Médecins du monde, qui s’est associé aux plaintes déposées lundi 15 février. « Disons les choses clairement : les policiers font du zèle, ils bastonnent au-delà de ce qui leur est demandé », dénonce Jean-François Corty, tout en reconnais- sant qu’on « leur demande de gérer l’ingérable ». Prenant la défense de ses collègues, Gilles Debove assure qu’on assiste à « des violences de part et d’autre » lors des opérations de maintien de l’ordre. « Les policiers se retrouvent pris en étau entre des migrants vivant dans des condi- tions déplorables et des Calaisiens en grande détresse, les premiers étant manipulés par l’ul- tra-gauche et les seconds par l’ultra-droite… », soupire l’intéressé. France Terre d’asile, très

6

À CALAIS, « MIGRANTS DEHORS ! », MARSEILLAISE ET DOIGTS D’HONNEUR

Le rassemblement de Pegida a eu lieu ce samedi, malgré l’interdiction de la préfecture. Une ving- taine de personnes ont été interpellées, dont un général à la retraite, ancien commandant de la légion étrangère.

Une grosse centaine de manifestants, une ving- taine d’interpellés dont un général en retraite, un paquet de journalistes, quelques pétards, quelques Marseillaise, des échauffourées, des jets de gaz lacrymogènes. La manif interdite anti-mi- grants des islamophobes de Pegida samedi devant la gare de Calais s’est dispersée dans le calme. Devant le buffet de la gare, beaucoup de crânes rasés, David Rougemont et son fils Gaël, les deux Calaisiens qui avaient été pris à partie et essuyé des projectiles de participants à la manifestation de soutiens aux migrants du 23 janvier – Gaël Rougemont avait sorti un fusil de chasse et fait mine de leur tirer dessus –, et puis le général en retraite Christian Piquemal, ancien patron de la Légion étrangère. Selon Nord Littoral, David Rougemont avait participé à la précédente manifestation islamophobe de Pegida à Calais le 8 novembre 2015 devant la gare, au cours de laquelle un Coran a été en partie brûlé. Des identitaires sont là, mais aussi des commerçants calaisiens. Denis, 54 ans, ouvrier à Châlons-en-Cham- pagne, est venu avec des amis de Douai: « Il y a des terroristes dans les immigrés», avance-t-il. Et puis :

« Je suis pas raciste mais on est un pays catholique.

Interpellation au cours de la manifestation anti-migrants à l’appel du mouvement islamophobe Pegida, le 6
Interpellation au cours de la manifestation anti-migrants à l’appel du mouvement islamophobe Pegida, le 6 février 2016 à Calais.

Ils veulent mettre des mosquées partout, la charia en France, voiler les femmes. Bientôt vous verrez, on va tous voter Marine Le Pen. Moi je ne l’aime pas, mais je vote pour elle. » Il assure : « On n’est pas des fachos, on est des patriotes, on en a ras-le-bol. » De quoi ? Il a peur de perdre son travail. « On est descendu à 27 heures par semaine, chômage technique. Les immigrés, on va les mettre où, on va leur donner quel travail. Moi je suis senior, si je perds mon boulot, je fais comment ? » Son héros? «Mitterrand. C’est lui qui nous a donné

à

à

connards de politiciens. » Objet de leur ire ? Le 29 janvier, Nord Littoral avait titré: « Gilbert Collard défendra les deux fachos calaisiens», c’est- à-dire Gaël et David Rougemont. De l’autre côté du pont, dans une boulan- gerie, une femme s’étouffe d’indignation :

« Mais on est parti où là ? J’ai même vu des gens qui disaient “Dehors les Bougnoules !” Des gens venus de partout, même de Berlin ! Mais qu’ils les

24.07

.

ne,

23 ans

28.07.2015,

i

is

comme seul trésor public le fruit de ce que calaisiens et exilés auront cultivé malgré
comme seul trésor public le fruit de ce que calaisiens
et exilés auront cultivé malgré tout, à savoir ce qui
nous rapproche.
Déclare:
1 : Que la destruction annoncée par la Préfète
du Pas-de-Calais de la partie sud de la « jungle »
de Calais, comprenant notamment une école res-
plendissante, s’avère une infamie, un acte de guerre
irresponsable conduit non seulement contre des
constructions, mais aussi contre des hommes, des
femmes, des enfants, des rêves, des solidarités, des
bâtisseurs, à la vie qui toujours invente.
— 3 : Que penser et agir de nouveau à Calais, au
devant d’une situation-monde nous concernant
tous, c’est s’inspirer des gestes de celles et ceux
qui construisent inlassablement en dépit de la haine
qui porte le nom de « politique publique », c’est
poursuivre l’édification d’une cité-oasis du 21 e siècle
où trouver abris de droits, de culture, de joie et de
fraternité, c’est risquer d’autres formes d’écritures
politiques de l’hospitalité, de ce que nous avons en
commun, de notre République.
amitiés, des histoires, une opération militaire écerve-
lée conduite non seulement contre le bidonville, mais
contre ce qui fait ville à Calais.
2 : Que résister nécessite de riposter enfin au déni
de réalité généralisé, de contredire les professionnels
de la plainte comme les promoteurs de l’exaspéra-
tion, de rendre célèbre ce qui s’affirme aujourd’hui
à Calais, de faire retentir le souffle européen qui s’y
manifeste, de s’avérer autrement attentifs aux pro-
messes d’avenir qui s’y dessinent, à la beauté des
Carte du bidonville affichée à l’Ashram Kitchen, restaurant de la zone sud détruite début mars 2016.
9.2
l
e
0
h
d
5.0
a
F
l
A
eh
,
Sal
ar
15
H
0
1
am,
7
o
2
1
M
i
.
n
,
h
.
c
2
c
9
ai
5
07
1
2
8
0
.
9.
0
15
E
A
,
l
y
s
k
M
ohamma
a
ad
yr
d,
Syrien,
2
3
n
a
s

ns

a

2

2

,

sn

ia

a

d

uoS

,

m

da

A

a

u

o

m

uoJ

,

5

1

0

2.

24.09

Paru sur Médiapart le 14/01/2016 toutefois une photo du dispositif d’accès : LES CONTAINERS DE
Paru sur Médiapart
le 14/01/2016
toutefois une photo du dispositif d’accès :
LES CONTAINERS
DE LA HONTE
LE CAP (CAMP D’ACCUEIL
PROVISOIRE
DE
CALAIS)
Présenté comme « humanitaire », le nouveau camp
de Calais est entouré d’un enclos, vidéo-surveillé,
contrôlé par un système biométrique, sans eau,
ni douche, ni possibilité de cuisiner. Les réfugiés
disent qu’il ressemblent à une prison et beau-
coup refusent d’y aller. Ils ont raison : derrière
ces rangées de containers chauffés se dessine un
piège sécuritaire
S’OUVRE
PEU
À
PEU
AUX
MIGRANTS !
Quelques chiffres sur cette solution
en container adaptée et apportée à la
jungle de Calais.
125 CONTAINERS logements en contain-
Au mois de janvier, sur cette zone dunaire de
Calais, dire que le climat est rude est un euphé-
misme. Il y fait froid, humide, il y a beaucoup
de vent, peu d’infrastructures et de réels pro-
blèmes de santé. Avec l’arrivée annoncée des
premières neiges, chacun sera donc rassuré de
savoir que les réfugiés de Calais, qui attendent
sur notre sol inhospitalier une occasion de
passer en Angleterre, dorment enfin au chaud.
Sauf qu’il n’en est rien.
ers maritimes neufs. Fabriqués en France
dans notre atelier.
Le nouveau camp de containers de Calais.
1 CONTAINER = 28 m 2 . 6 lits superposés.
12 places. 2 radiateurs sèche-serviettes. 3
fenêtres. 1 porte.
11 CONTAINERS 28 m 2 . Familles,
séparés en 2 espaces de 14 m 2 . Soit un
accueil potentiel de 22 familles. 3 lits super-
posés. 6 couchages potentiels.
3 SALLES DE CONVIVIALITÉS DE
110 m 2 . Il s’agit de salles pour les migrants
et les associations. Y vivre, y jouer, se
détendre au chaud, en famille ou avec les
connaissances. Des lieux de vie.
Aujourd’hui, seules quelques dizaines de per-
sonnes ont accepté de rejoindre les containers.
« Ma cabane est assez confortable [1] » a ainsi
répondu un habitant de la « Jungle » questionné
par Libération. En fait les réfugiés, qui craignent
d’être forcés à demander l’asile en France, per-
çoivent le camp de containers comme un espace
carcéral – et il faut bien avouer que le personnes
qui ont élaboré ce projet ont choisi d’assumer
une esthétique et des procédures sécuritaires
pour le moins inquiétantes.
Sachant que l’image n’est ni sourcée ni légen-
dée, il faudrait vérifier si elle correspond au
dispositif réellement retenu. Plusieurs
entreprises françaises sont susceptibles de
construire ce type de « lecteur biométrique
par reconnaissance palmaire » : Synchronic [2]
ou Axiom [3], par exemple. Celui que présente
la Voix du Nord est développé par l’entreprise
française Zalix Biométrie, société du Groupe
Tranchant, qui se définit sur son site comme
« précurseur et référence indiscutée dans le
domaine de la biométrie » [4].
Étant donné la taille du camp de containers, on
peut supposer que les modèles utilisés auront
des caractéristiques proches de celles du ZX-HP
3 000 [5] dont le détail est donné sur le site du
constructeur. Il est conforme à la description
qu’en font les responsables politiques et asso-
ciatifs lorsqu’ils évoquent le contrôle des accès
au camp de containers de Calais : reconnais-
sance morphologique de la main associée à un
code individuel. On peut voir le fondateur de
Zalix Biométrie faire la démonstration de ses
produits dans une vidéo promotionnelle de
2011, où il évoque rapidement ce système de
« biométrie sans trace » utilisant la reconnais-
sance de la morphologie de la main et le code
individuel (vers 1’20) et montre comment il
fonctionne.
Les responsables politiques font porter la res-
ponsabilité du choix des modalités d’accès à l’as-
sociation La Vie Active [6], qui gère la mise en place
du camp. L’argument unique utilisé en faveur de ce
système d’accès est qu’il serait « pratique ».
En tout cas, l’accès au camp de containers
est tout ce qu’il y a de plus biométrique et les
réfugiés, qui doivent échapper à une identifica-
tion sur le sol français pour avoir une chance
d’atteindre l’Angleterre, peuvent légitimement
s’inquiéter de voir leur main devenir « une clé
biométrique (chaine 300 caractères), résultat de
traitement des mesures dans un algorithme spé-
cialisé est associé au code de la personne » [5].
3 PRÉAUX DE 65 m 2 . Pour discuter. Pour
y passer du temps, fumer, discuter, à l’abri.
Ils sont équipés de nombreuses prises
électriques pour recharger les portables.
80 WC. Modèle à la turque avec
douchette à eau tempérée répartis dans
8 containers de 10 wc chacun.
30 LAVABOS pour la toilette. Avec eau
chaude. Repartis dans 10 containers.
Dans un local chauffé et fermé.
3 CITERNES de stockage des eaux usées
(évacuation par pompage via camion)
1 CONTRÔLE D’ACCÈS pour vérifier
qui rentre et qui sort.
1 LOCAL DE STOCKAGE des véhicules
électriques qui servent à l’entretien du
camp.
DES BUREAUX (110 m 2 ) pour les équi-
pes de l’association afin de gérer le CAP.
UN ENCLOS VIDÉO-SURVEILLÉ
À ACCÈS BIOMÉTRIQUE
Le camp de containers est entouré d’un grillage
et vidéo-surveillé. Son accès est biométrique.
Les responsables politiques ne cessent de le
chanter sur toutes les gammes : l’accès au camp
ne nécessitera pas de donner ses empreintes
digitales. De quoi s’agit-il exactement ?
Le camp est financé par de l’argent public, pour-
tant je n’ai pu lire nulle part un budget détaillant
les dépenses associées aux 20 millions d’euros
annoncés, ni trouver la référence des fournis-
seurs. Dans un article de la Voix du Nord figure
LE CONSTRUCTEUR EST UN ANCIEN
OFFICIER DES RENSEIGNEMENTS MILITAIRES
L’entreprise retenue pour fabriquer les containers
s’appelle Logistic Solutions. Elle est située à Grand
Fougeray, entre Rennes et Nantes. Si elle annonce
« une gamme très large » de solutions logistiques
en containers et diverses formules de Life Camp,
elle a tout de même quelques spécialités.
Selon le Journal de Vitré, elle a ainsi signé « le
plus gros contrat de son histoire » [7] à l’automne
2014, pour 30 millions d’euros, en s’associant
avec Sodexo Défense, pour construire une « base
de vie » sur l’atoll de Muroroa. En juin 2015, le
blog Lignes de défense évoque l’inauguration de
cette « base de vie du chantier Telsite2 » [8], un
chantier militaire lié aux essais nucléaires fran-
çais en Polynésie. Il est censé surveiller les failles
de l’atoll « alors que stagnent à Paris les dossiers
sur les indemnisations des victimes de maladies
radio induites et qu’à l’Assemblée de Polynésie
française traîne un texte visant à mettre à mort
les exonérations des droits de douane pour
l’armée », comme le souligne en mai 2015 une
DES VESTIAIRES pour le personnel
d’entretien.
UNE SALLE DE RÉUNION DE 80 m 2
IL N’Y A PAS DE DOUCHES DANS LE
CAP: les douches se prennent au centre
Jules Ferry à 150 m. Comme les repas.
L’équipe Logistic Solutions finalise les
derniers détails et installe les derni-
ers blocs (bureaux et salle de réunion).
Les équipes du montage électrique ont
finalisé l’affichage des Containers loge-
ments par des panneaux numérotés
et de couleur par zone.
Les gravillons donnent un aspect
très propre au CAP (Camp d’Accueil
Provisoire) et l’éclairage extérieur se
termine. L’objectif est de finaliser le
CAP avant le début février 2016.
Pour rappel : le lancement des travaux
a commencé mi-octobre 2015.
8

brève de la Dépêche de Tahiti [9]. Bref, on l’aura compris, quelques mois avant de devenir constructeur du camp « humani- taire » pour les réfugiés de Calais, Logistic Solu- tions honorait un gros contrat militaire. Les containers livrés étaient certes plus luxueux. Cela n’est pas très surprenant puisque Norbert Janvier, le patron de Logistic Solutions, a travaillé jusqu’en 2006 à la Direction du rensei- gnement militaire (DRM) [10], selon les informa- tions de Ouest France. Je vous laisse apprécier son parcours tel qu’il apparaît sur Viadeo [11] :

adjoint attaché de défense à Ankara, officier trai- tant spécialiste du moyen-orient au ministère de la Défense, attaché défense à Téhéran, mission à l’ambassade de France à Washington, puis direc- teur de la SARL Logistic Solutions.

Ainsi le camp « humanitaire » sans eau, ni douche, ni cuisine, sera fermé par un enclos, vidéo sur- veillé, à accès biométrique, et construit par une société dont le patron est un ancien de la direction du renseignement militaire. Non vraiment, vous ne voulez pas aller dans ces containers ?

OUI, IL Y A L’ÉLECTRICITÉ Les containers ont l’électricité, et c’est à peu près tout. Quand on sait que le camp est situé à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Gravelines et de ses 6 réacteurs, c’est la moindre des choses.

 

CAMPEMENT DE

CENTRALE

GRANDE-SYNTHE

NUCLÉAIRE DE

GRAVELINES

(6 RÉACTEURS)

« JUNGLE » DE CALAIS

UN METRE CARRÉ PAR HABITANT Douze personnes dans 14 mètre carrés, cela fait 1,16 m 2 par habitant. Multiplié par 125 contai- ners, le camp aura donc une très forte densité. Pour le dire autrement, les réfugiés vont dormir entassés les uns sur les autres. Dans une tribune très critique intitulée « À Calais, un camp des années 30 » [12] publiée par Libération en octobre 2015, un architecte écrivait ceci :

« Nous avons eu connaissance du plan du camp qui lui a été commandé par l’État et qu’elle va mettre en œuvre dans les prochains jours. Le plan est pire que tout ce que l’on pouvait craindre. Un camp fermé de 74 containers rangés et alignés avec une orientation défiant le bon sens, aussi mauvaise pour le soleil que pour le vent : les habitants ne verront pas le soleil en hiver et les “rues” sont alignées dans le sens des vents dominants : axées sud-ouest, elles font moins de 3 mètres de large. Il n’y a aucun raccordement à l’eau. […] À Calais même, plus de 500 cabanes ont été construites [en autoconstruction], pour la plupart bien construites, étanches et isolées et surtout appropriées par leurs habitants. Sur des bases modulaires, il est possible de trouver des dispositions qui sont nettement plus favorables à la qualité de vie. Des architectes travaillent sur le sujet depuis des décennies. Manuel Valls a inau- guré la semaine dernière le mémorial du camp de Rivesaltes, ce camp construit en 1941 pour accueillir les réfugiés espagnols, juifs, tziganes et harkis. Alors qu’on en dénonce la forme concen- trationnaire, on s’apprête à Calais à en construire un dont la forme architecturale sera encore pire. »

Concentrationnaire, le mot est lâché. Je n’aurais pas osé l’employer. Pourtant c’est bien une des premières idées qui m’est venue en découvrant le projet du camp et la concentration de popu- lation qu’elle prévoit. Je me suis dit :

Des containers, pour les mettre sur un bateau ? Des containers de 14m 2 pour 12 personnes, comme si les réfugiés étaient des stocks de marchandises ? Des containers, comme ceux dans lesquels ces mêmes réfugiés meurent écrasés en essayant d’emprunter des routes maritimes ? Des containers alignés entourés d’un grillage où 1 500 personnes se côtoient avec à peine plus d’un mètre carré d’espace au sol. Il suffirait de rajouter des barbelés au dessus de la grille qui est déjà là, de fermer l’entrée et son système d’accès qui est déjà là. En 2 heures, il y aurait un camp de Rivesaltes à Calais. Je me suis dit aussi :

On n’y est pas encore. Ou bien si ?

ans

20

Irakien,

El Zouhari,

Omar

29.09.2015,

ENFERMER, DISPERSER, DÉPLACER JUSQU’OÙ ? Outre l’objectif affiché et louable de mettre 1 500 personnes « prioritaires » au sec et au chaud, la construction de ce camp obéit à des logiques politiques ouvertement répressives. Il serait trop long de retracer ici toute l’his- toire de la « Jungle », qui est régulièrement évoqué dans les colonnes de Mediapart (voir en particulier « Calais, jour après jour » [13]). Rappelons simplement que les habitants de cette zone subissent depuis plusieurs mois un double mouvement qui consiste simulta-

nément à :

—> Enfermer le réfugiés, c’est-à-dire les placer en centre de rétention loin de Calais. Lire à ce sujet l’article de Carine Fouteau : « L’État fran- çais enferme les migrants en transit à Calais par centaines » [14] —> Les disperser, c’est-à-dire à envoyer les réfugiés un peu partout en France dans des centres d’hébergement pour des séjours de courte durée, situés loin de tout et rédui- saient à néant leurs espoirs de rejoindre l’An- gleterre. Lire à ce sujet l’article : « Comment l’État soigne les migrants de la “jungle” » [15] Le camp de containers s’inscrit pleinement dans cette stratégie. Pour le construire, il a fallu détruire les cabanes et les tentes d’environ 500 personnes sur une grande surface au centre de la « Jungle ». Ces personnes ont été placées sous des tentes provisoires et sont désormais classées « prioritaires » pour l’accès aux contai- ners. Mais l’État ne compte pas s’arrêter là. Depuis quelque jours la police menace d’envoyer les bulldozers contre une zone qui concerne plus de 1 000 personnes. Si vous lisez l’anglais, je vous recommande vivement cet article du Guardian qui évoque les ultimatums policiers et donne une idée assez précise de ce qui se passe ces jours-ci autour des containers : Calais « Jungle » residents defy

vocation a demander l’asile de France et, le plus souvent, à se le voir refuser avant d’être ren- voyés vers leur pays de départ) et les « mauvais migrants » (censés vouloir profiter d’avantages économiques indus, et qui ont vocation à être renvoyés directement dans leurs pays de départ).

on n’ait pas prévu de raccorder les containers

à un réseau d’eau ou de donner des possibili-

tés pour faire un thé ou la cuisine ? Après tout, Logistique Solutions propose sur son site des systèmes d’approvisionnement en eau. Seraient-ils trop donc chers pour qu’un camp humanitaire puisse en bénéficier ? En tout cas l’entreprise est « prête à relever le défi » d’étendre le camp si besoin. Elle le dit dans un post de blog daté du 6 janvier 2016, intitulé « Le camp avance avec nos containers » [23] : le camp « accueillera 1 500 personnes. Il en restera alors presque 5 000 autour. Hors du camp. Nous sommes prêts à relever de nou- veaux défis dans des temps records. Une spécia- lité Logistic Solutions »

IL NE MANQUAIT PLUS QUE LES CHARS La Maire de Calais réclame le soutien de l’armée depuis des mois, à corps et à cris, de préférence lorsque les médias sont nombreux à lui tendre un micro. Eh bien c’est chose faite, les chars sont là. Trois « véhicules blindés à roues de la Gendarmerie » [24] sont en effet présents à Calais. Officiellement… pour « assurer la sécu- rité des forces de l’ordre », nous dit-on. C’est vrai que les « forces de l’ordre », qui harcèlent régulièrement le camp [25], sont cer- tainement très menacées par des réfugiés à qui l’on distribue un repas par jour. Heureusement qu’elles peuvent compter, à l’occasion, sur l’aide de quelques agités de l’extrême droit.

NOUS, PEUPLES UNIS DE LA JUNGLE DE CALAIS Un camp fermé par un enclos, vidéo-surveillé, à accès biométrique, construit par une société dont le patron est un ancien militaire de la direction du renseignement militaire, sans eau, ni douche, ni cuisine, harcelé par la police et des groupuscules d’extrême droite, épaulés par trois chars. Voilà, en substance, pourquoi les réfugiés n’ont pas hâte d’aménager dans le soi-disant camp humanitaire, bien qu’ils meurent de froid, de maladies, d’accidents liés aux tenta- tives passage, et de colère contre la politique inhospitalière de la France. Ils ont publié cette semaine un texte [26] qui dit ceci : « Nous, peuple unis de la Jungle de Calais, refusons les demandes du gouvernement Français concernant la réduction de la superficie de la Jungle. Nous avons décidé de rester où nous sommes et résis- terons pacifiquement aux plans gouvernementaux visant à détruire nos maisons. Nous plaidons pour que les autorités Françaises et la communauté inter- nationale comprennent notre situation et respectent nos Droits Humains Fondamentaux.»

ÉPILOGUE : CONTAINER Réceptacle de forme, capacité et matière variables, destiné à contenir des marchandises en vrac ou en lots [27] A.– TRANSP., emploi cour. Caisse de forte capa-

cité et de dimensions normalisées, destinée à faciliter les opérations de manutention, notam- ment en évitant les ruptures de charge d’un mode de transport à un autre. B.– AÉRON. MILIT. Fût métallique cylindrique, destiné à être parachuté. C.– PHYS. NUCL. Réceptacle en plomb, destiné

à recevoir des matières radioactives

Notes :

[1 ] Propos extraits de www.liberation.fr/

france/2016/01/09/a-calais-en-transit-dans-des-

containers_1425277

[2 ] www.synchronic.fr/images/stories/docu - ments/TETE_DE_LECTURE/MT_TETE_BIOME - TRIQUE_GENERAL.pdf [3 ]  www.axiom.tm.fr [4 ] Propos recueillis sur www.zalix.fr/societe.html [5 ] Fiche technique disponible sur www. zalix.fr/catalogue/controle-d-acces/morpholo - gie-main/lecteur-biometrique-pointeuse-biome -

trique-zx-hp3000,40.html%20

[6 ] Site officiel www.julesferry.vieactive.fr

[7 ] Détails sur www.actu.fr/societe/ils-construisent

-une-base-de-vie-pour-mururoa_2894841.html

[8 ] Détails sur www.lignesdedefense.blogs.ouest-

france.fr/archive/2015/06/24/mururoa-la-base-vie-du-

chantier-telsiet-2-inaugure-ce-samedi-14336.html

[9 ] Détails sur www.ladepeche.pf/nucleaire-  

telsite-2-prochainement-lance

[10] www.ouest-france.fr/economie/industries/

chantier-de-mururoa-une-pme-rennaise-en-premiere-

ligne-4474646

[11] www.fr.viadeo.com/fr/profile/norbert.janvier1 [12] Voir « À Calais, un camp des années 30 » p. 3 [13] www.mediapart.fr/journal/france/091115/

calais-jour-apres-jour-londres-s-engage-accueillir-

des-mineurs-isoles [14] www.mediapart.fr/journal/france/311015/l-

etat-francais-enferme-les-migrants-en-transit-calais-

Zone de démarcation peinte au spray par la police.
Zone de démarcation peinte au spray par la police.

Le témoignage de Florence P. [ 20 ] résume bien la situation sur place :

« Lundi 11 janvier, à peine installé, le camp de containers de l’État a eu droit à une couverture médiatique conséquente. Pourtant les candidats ne semblent pas se précipiter dans ces baraquements de tôle, alignés militairement, dotés de fenêtres minuscules, dans des espaces sans confort, exigus, sans douches ni lavabos, aux lits super- posés, comme en prison… Le camp de l’État est entouré de grillages avec des maîtres-chiens. Il est ouvert la nuit sur présentation de la paume de la main. Le vendredi précédent, les réfugiés ont appris des associations, elles-mêmes informées par la préfète, qu’un espace de 100 mètres devait être

dégagé autour de la « jungle » et qu’il fallait ôter les abris, cabanes et tentes s’y trouvant. Au bas mot cette mesure concerne près de 1 000 personnes. Cette destruction illégale n’a été précédée d’aucun

jugement d’expulsion

perdu, ils vont aller où ? » Le processus de lutte contre les associa- tions a commencé il y a plusieurs mois déjà, avec l’expulsion violente de plusieurs squats qui s’étaient crées dans la ville de Calais. Ces expulsions, si elles ont donné satisfaction à un certain nombre de calaisiens-en-colère, ont contribué à aggraver la situation dans la « Jungle » en périphérisant encore plus les réfu- giés et augmentant le nombre de personnes en situation de précarité rassemblées sur le site. Aujourd’hui, alors que l’état d’urgence s’est abattu sur la France, les langues se délient et les projets politiques répressifs se font plus mena- çants. Selon Nord Littoral, la maire de Calais Natacha Bouchart (LR) aurait ainsi déclaré le 18 décembre dernier [21] : « Il faut sortir les parasites de la lande ». Quels parasites, exac- tement ? L’article ne le dit pas explicitement. L’élue pointe du doigt la responsabilité des pas- seurs, des activistes et des No Border :

Alors qu’ils ont déjà tout

« Je suis partisane de l’humanité et de la fermeté. Mais avec ces personnes, l’humanité n’est pas pos- sible. Les passeurs, les activistes, les No Border desservent la cause des migrants. » L’humanité n’est donc pas possible. Nous en sommes là.

VINGT MILLIONS D’EUROS ET TOUJOURS PAS D’EAU J’y reviens parce que cela me semble impor- tant et significatif : le budget annoncé pour le chantier du camp, incluant la construction et le frais de fonctionnement, est d’environ 20 mil- lions. Cela place à 160 000 € le prix de revient par container, soit, pour pousser la logique comptable jusqu’au bout, un investissement de plus de 13 000 € par réfugié. Avec cet argent, n’aurait-on pas pu trouver une autre solution que ce camp de stockage ? Quand on sait qu’un container neuf coûte environ 4 000 € [22] et que ceux utilisés pour le camp sont d’anciens containers recyclés, qui valent peut-être approximativement 2 000 € à l’achat, on se demande si l’argent public est vraiment bien employé avec un tel projet. Certes, il y a quelques embauches locales, mais comment comprendre qu’avec un tel budget,

9

Plan d’expulsion de la zone sud.

bulldozers as police issue ultimatum to leave [16]. À terme, l’objectif est bel et bien de raser la «Jungle » pour ne garder que les containers. Cela n’était pas dit au départ, mais le message est de plus en plus explicite. Ainsi la semaine dernière, on pouvait lire dans la Voix du Nord un article carrément inti- tulé « Calais : en 2016 après l’ouverture d’un camp humanitaire, la préfecture ne tolérera pas plus de 2 000 migrants ». Dans le corps de l’article, toutefois, la préfète Fabienne Buccio se montre plus pru- dente : « Idéalement, et le chemin est encore long, notre objectif est que Calais ne dépasse pas 2 000 places ». Sachant que nonobstant les sous-évaluations de la préfecture, environ 6 000 personnes vivent actuellement sur la zone, on se demande, avec Calais Migrant Solidarity :

« What about everybody esle ? » [17]

« L’HUMANITÉ N’EST PAS POSSIBLE » À très court terme, avec ce camps de containers, il s’agit aussi de mettre à distance les mouve- ments de solidarité qui, parallèlement et de façon complémentaire au travail institutionnel de l’association La Vie Active [18], soutiennent les réfugiés quotidiennement en les aidant à pratiquer l’auto-construction, en bâtissant des écoles, des lieux de discussion, de prière, des magasins, en organisant des assemblées, des rencontres musicales, des expositions photo- graphiques etc. Tant que des collectifs comme Calais Migrant Solidarity [19] sont sur place et témoignent au quotidien de la situation dans la « Jungle », il est compliqué de réprimer ouverte- ment les réfugiés et d’appliquer froidement la distinction entre les « bons réfugiés » (qui ont

par-centaines?onglet=full [ 15] www.mediapart.fr/journal/france/091115/

calais-comment-l-etat-eloigne-les-migrants-de-la-

jungle?onglet=full [ 16] www.theguardian.com/world/2016/jan/12/

calais-jungle-residents-defy-bulldozers-police-ultimatum [ 17] Citation issue de l’article « The Evic - tion : Step by Step » www.calaismigrantsolidarity.

wordpress.com/2016/01/11/the-evictions-step-by-step/

[ 18] www.vieactive.fr [ 19] www.calaismigrantsolidarity.wordpress.com [ 20] www.blogs.mediapart.fr/florence-prud -

homme/blog/140116/jours-sombres-calais

[ 21] www.nordlittoral.fr/archive/recup/accueil/

natacha-bouchart-il-faut-sortir-les-parasites-de-

la-lande-ia0b0n268959

[ 22] Information recueillie sur le site officiel de Container Marine www.acm-container.com/ container-marine.htm [ 23] Voir « Le camp avance avec nos contai - ners » p. 10 [ 24] Voir « Calais : trois véhicules blindés en renfort pour gérer la situation migratoire » p. 4

[ 25] « A third night of clashes ! / Une troisième nuit d’affrontements. », paru sur www.calaismi-

grantsolidarity.wordpress.com/2016/01/08/a-

third-night-of-clashes-07012016/

[ 26 ] « Message from People Linving in the Jungle / Message des gens vivant dans la Jungle », paru sur www.calaismigrantsolidarity.

wordpress.com/page/20/

[ 27 ] Définition du Centre National de Res - sources Textuelles et Lexicales www.cnrtl.fr/ lexicographie/container

Le corps repêché dans le port de Calais était celui d’un migrant porté disparu

Paru dans La Voix du Nord

le 18/02/2016

Le 10 février, au matin, un homme a été retrouvé noyé dans le port de Calais. Une enquête est tou- jours en cours pour déterminer les causes exactes de son décès, cependant il a été identifié. Il s’agit d’un migrant, d’origine afghane, âgé d’une trentaine d’années.

Le 10 février, vers 10 h, le corps sans vie d’un homme était repêché au port. Cette semaine, une autopsie a confirmé qu’il était mort par noyade, immergé pendant plusieurs jours et « sans intervention d’un tiers ». Cet homme n’avait aucun papier sur lui lors- qu’il a été retrouvé. D’après une source policière, la victime a été identifiée ce jeudi : il s’agit d’un migrant d’origine afghane âgé d’une trentaine d’années. Il a été reconnu par un membre de sa famille d’après une photo. Philippe Wannesson, qui œuvre auprès des migrants de la «jungle », a précisé sur son blog Passeurs d’hospitalité que la victime tenait un magasin dans la « jungle » et qu’elle avait disparu le 23 janvier alors qu’elle était «partie faire des courses». Sa dis- parition, considérée comme inquiétante, avait alors été déclarée à la police de Calais. ENQUÊTE EN COURS. Jeudi, le parquet de Bou- logne-sur-Mer n’a pas confirmé l’identité de la victime. L’enquête est toujours en cours, notam- ment pour déterminer les causes exactes du décès de cet homme. Accident, suicide ou crime ? Pour le moment, le parquet indique qu’aucune piste n’est privilégiée par les enquêteurs.

30.09.2015

h,

re iB

iLu

tyrÉ,neb

h

r

é

e

n

a32,

n

s

.41

1

0

.2

0

1

5

,

M

o

h

yrie

S

d

a

e,

en

J

Al

m

i

al

m

w

d

a

A

kr

e

a

m

f

h

g

,

Migrants Calais : le camp avance avec nos containers Logistic Solution, Antoine Houdebine Le 6
Migrants Calais : le camp avance avec nos containers
Logistic Solution, Antoine Houdebine
Le 6 janvier 2016,
Le camp de Calais commence l’année 2016 avec un rythme très soutenu : près de 80 containers logements
se-
ront posés cette semaine. Les containers Famille (au premier plan sur la photo) sont tous posés (container avec
2 espaces séparés pour 2 familles donc) et le centre du camp avec les containers RDC et
étage progresse vite.
L’équipe Logistic Solutions vient de poser les premières toitures des « containers spéciaux »
: contrôle
d’accès et lavage de véhicule. Il s’agit de modules composés de plusieurs containers :
une spécialité de Logistic
Solutions qui doit assurer une parfaite étanchéité et la pose de la toiture ainsi que les connections
électriques et
les raccords intérieurs pour les finitions.
Le rythme des livraisons s’accélère pour cette première semaine de l’année 2016 : 21 containers par jour
jusqu’au 1er weekend : tous les containers logements seront livrés donc vendredi soir.
Il restera des containers « spéciaux » et « techniques » pour finaliser ce camp de Calais et de passer
ensuite la main aux associations qui auront la charge de gérer le camp : sécurité, organisation, entretien.
Sur la photo ci-dessus, nous pouvons facilement voir le niveau de différence entre le camp voulu par les
autorités et la Jungle de Calais proprement dite. Le confort, la sécurité et l’organisation
générale met ce camp au
niveau Français. Toutefois il accueillera 1 500 personnes. Il en restera alors presque 5 000 autour. Hors du camp.
Nous sommes prêts à relever de nouveaux défis dans des temps records. Une spécialité
Logistic Solutions.

Paru sur www.calaishungerstrike2016blog.wordpress.com le 25/03/2016

COMMUNIQUÉ DES GRÉVISTES DE LA FAIM

Nous avons com- mencé cette action parce que nous ne savions pas vraiment ce que nous pouvions faire d’autre. Quand quelqu’un est condamné à mort en Iran, et qu’ils leur disent qu’ils seront exécutés dans un mois, la personne qui sera exécutée doit se coudre les lèvres. C’est la seule façon qu’il leur reste de résister à la situation dans laquelle ils se trouvent. C’est la dernière solution. Parfois, ils se cousent même les paupières.

Un ami, qui est aussi ici dans la Jungle, en France, l’a fait en Iran. Il nous a dit « N’ayez pas peur. Ce n’est pas une grosse affaire. Je l’ai déjà fait. ». Il avait été condamné à mort, donc il s’était cousu les lèvres pendant 15 jours, buvait seulement de l’eau. Puis, ils lui ont accordé la vie et ne l’ont pas exécuté. Ici, en France, nous nous sentons dans la même situation. Mais, en prison, c’est une vie qui en train de se terminer. Ici, dans la Jungle de Calais, si rien ne change, beaucoup de vies se termineront. Ici aussi, nous organisons cette action dans l’espoir que le droit à la vie nous sera consenti, et que le droit à la vie de tous les réfu- giés ici sera consenti, et que personne d’autre ne sera plus obligé de suivre cette action. « Pourquoi avons-nous du coudre nos lèvres, pour que vous nous prêtiez attention ?, Si nous arrêtons maintenant, vous ignorerez la situa- tion à nouveau ? S’il vous plait, nous demandons votre soutien pour changer la situation ici. Nous ne nous sommes pas cousus les lèvres juste parce que nous voulons que vous vous occupiez de nous. »

Rassemblement des grévistes de la faim.
Rassemblement des grévistes de la faim.

Paru dans La Voix Du Nord

le 25/03/2016

MIGRANTS DE CALAIS:

LES IRANIENS À LA BOUCHE COUSUE ARRÊTENT LEUR GRÈVE DE LA FAIM

Les neuf Iraniens qui s’étaient cousu la bouche et qui étaient en grève de la faim depuis le 2 mars en signe de protestation contre le démantèlement de la partie sud de la « jungle » ont décidé d’arrêter leur mouvement ce ven- dredi après-midi. Après que leur avocate, M e Orsane Broissin, a lu un communiqué expliquant leur situation, les Iraniens qui refusaient de s’alimenter se sont fait découdre la bouche. Ils se sont ensuite fait mettre un pansement sur la bouche, avant d’être pris en charge par des bénévoles de Méde- cins sans frontières. « Nous avons décidé de mettre fin à notre grève de la faim […] par respect pour ceux qui nous sou- tiennent, qui sont inquiets pour notre bien-être, ainsi que comme preuve de confiance dans les intentions de l’État de nous protéger et d’améliorer les conditions de vie des habitants de la zone nord du bidonville », a déclaré en leur nom l’avocate, lisant un communiqué.

Rocade de Calais :

les policiers équipés de lunettes thermiques depuis jeudi

Paru dans Nord Littoral

le 11/06/2016

Hier, les fonctionnaires de police calaisiens ont reçu deux paires de lunettes thermiques, principa- lement à destination des policiers qui travaillent la nuit sur les secteurs de la rocade, de l’autoroute A16 et des abords de la Jungle. « C’est très impor- tant pour le travail de nuit, note Vincent Berton, le sous-préfet de Calais. Le fiat de pouvoir détecter les personnes cachées est primordial. » Ces lunettes, d’une valeur de 2 400 euros la paire, détecte la chaleur dégagée par le corps humain et va permettre aux fonctionnaires de repérer plus facilement les migrants qui tentent de se dissimuler avant d’attaquer la rocade.

Ces nouveaux équipements émanent d’une demande du commissariat de Calais et des fonctionnaires de police stationnée dans l’arrondissement.

Paru dans Le Monde

le 20/06/2016

«JUNGLE» DE CALAIS: HEURTS SUR LA ROCADE PORTUAIRE ENTRE MIGRANTS ET POLICIERS

Des heurts ont opposé, lundi 20 juin, jusqu’en début de soirée plusieurs centaines de migrants aux forces de l’ordre sur la rocade por- tuaire de Calais (Pas-de-Calais) jouxtant la « jungle ». Vers 21 heures, la situation était redevenue calme, mais les abords de la « jungle » demeuraient placés sous haute surveillance policière.

Les incidents ont débuté en milieu d’après- midi, CRS et policiers effectuant de nombreux tirs de grenades lacrymogènes pour éloigner les candidats à l’exil qui, à l’aide de divers objets, ont essayé de ralentir la circulation pour tenter de s’introduire dans des camions en partance pour la Grande-Bretagne.

PLUSIEURS KILOMÈTRES D’EMBOUTEILLAGE « Vers 15 heures ce lundi 20 juin 2016, près de 200 à 300 migrants ont envahi les voies de cir- culation » et les contrôles ont été dans le même temps « renforcés sur le port de Calais », a indiqué la préfecture du Pas-de-Calais. Ces heurts n’ont fait aucun blessé ni du côté des migrants ni des forces de l’ordre, a-t-elle précisé dans la soirée, ajoutant qu’au moins un migrant avait cepen- dant été interpellé pour « jet de projectile ». Plusieurs grilles de sécurité aux abords de la route ont également été démontées par des migrants. Plusieurs d’entre eux ont escaladé des camions et tenté de découper les bâches de leurs remorques. La rocade portuaire a été fermée dans le sens des embarquements vers 16 heures. Des dévia- tions ont été mises en place. En conséquence, plusieurs kilomètres d’embouteillage sur l’A16 ont été signalés dans les deux sens, dans les- quels se sont retrouvés coincés des supporters britanniques revenant des matchs de l’Euro et des véhicules transportant des voitures de com- pétition ayant participé aux 24 heures du Mans.

PROJECTILES SUR LES VÉHICULES Ces échauffourées, qui se déroulent très régulière- ment sur ce secteur, ont cette fois-ci lieu à la fois en pleine journée et non de nuit comme il est fré- quent, et en début de semaine alors que le trafic est habituellement plus dense à partir de mercredi. La rocade a rouvert partiellement vers 19 heures, mais les migrants ont alors de nouveau jeté des projectiles sur les véhicules. Cette voie d’accès au port a donc une nouvelle fois été fermée, et les forces de l’ordre sont encore inter- venues, utilisant également un engin muni d’une lance à eau aux abords immédiats de la « jungle ». La rocade a définitivement rouvert vers 21 heures, sur une voie. Selon le dernier comptage réalisé par la préfec- ture mi-mai, la population totale vivant au camp de la Lande à Calais, surnommé la « jungle », s’élève à 3913 migrants. À cette époque, des associations d’aide aux réfugiés (Help Refugees et l’Auberge des migrants) faisaient état de 5188 personnes. Elles ont réévalué leur nombre à 6123 début juin.

10

nne

A

an

15.10.2015,

N

h

a

ll

16.10.2015 , N a s r a u t
16.10.2015
,
N
a
s
r
a
u
t

e

m

y

n

o

A

n

5

,

s

an

1

3

n

,

e

i

t

p

y

Ég

i

,

Al

5

1

.10.2

0

,

Paru sur Lundimatin #67

le 27/06/2016

privée, les secours n’arrivant pas. Non, décidé- ment, ça ne devait pas être dans le communiqué de la préfecture. Mardi matin, le terrain miné de car- touches de lacrymo et de bandages ensanglan- tés aurait donné quelques indices aux journa- listes consciencieux qui se seraient aventurés aux abords de la jungle. Mâchoire brisée, ?il tuméfié, jambes lacérées, les corps sont meurtris et l’article n’est déjà plus en première page. Un médecin bénévole énumère ses consultations du mardi: quatorze blessés par des tirs de flashball, sept pour des irritations sévères dues aux gaz lacrymogènes et vingt pour des entailles profondes causées par les lames de rasoir des fils barbelés qui bordent le camp depuis le printemps. Vous ne saviez pas? C’est normal, il y a probablement beaucoup de choses que vous ignorez si vous n’avez jamais mis les pieds dans le ghetto de Calais. Le jour suivant, le défilé des estropiés se poursuit. On pose des ban- dages sur des chairs arrachées par des gre- nades de désencerclement, de la pommade sur des impacts de balles. Il faudrait faire des radios, suturer mais l’ambulance n’entre pas dans la jungle, les pompiers ne font pas un pas sans un cordon de flics pour assurer « la sécurité des équipes ». Alors les blessés préfèrent panser leurs plaies derrières les dunes plutôt que de se heurter à l’accueil hostile de l’hôpital public. Si bien que lundi soir, c’est un civil qui a dû conduire aux urgences un garçon de quatorze ans le pied en sang et un homme blessé au visage par une grenade. Le premier est remis dehors quelques heures plus tard mais l’homme devra attendre deux semaines en vue d’une lourde opération. Les bénévoles qui donnaient les premiers soins sur ce champ de bataille n’ont pas été épargnés. Agenouillée auprès d’un blessé, une militante est tenue en joue puis frôlée par une grenade, elle tombe à la renverse et perd son matériel de secours. Un autre muni de sa chasuble rouge Care4Calais, cible grandeur nature, reçoit un tir de flashball dans le dos. L’objectif de neutraliser les soutiens est si clair que les exilés d’ordinaire rétifs aux images s’emparent des appareils pour les filmer et les protéger. N’empêche que deux Anglais sont arrêtés, pris en main d’un peu trop près par la police de Calais, ils ressortent lessivés avec une OQTF [4]. Un bidoune [5], qui lui essayait de se cacher dans un camion, n’a pas la même veine : tabassé poings liés, puis embarqué. Faut dire qu’un collègue vient d’être relaxé [6] pour des faits similaires datant de l’année dernière alors on

04/29/incendie-dans-la-jungle-de-calais-un-refugie-

entre-la-vie-et-la-mort_4910819_1653578.html

[4] Obligation de Quitter le Territoire Français [5] Apatride du Koweït [ 6 ] www.lavoixdunord.fr/region/calais-le-

crs-poursuivi-pour-violences-policieres-sur-

ia33b48581n3540382

mardi en tout début d’après-midi dans une tran- chée d’une cinquantaine de mètres qui accueil- lera prochainement une partie de la structure du mur. L’ouvrage reposera sur des supports métal- liques, dans lesquels s’encastrent des panneaux en béton armé. Cette technique permettra « un éventuel démontage », selon la Direction interdé- partementale des routes (DIR). Les travaux, effectués par une entreprise de BTP du Calaisis dans le vacarme incessant des passages de véhicules sur la rocade, se dérou- laient sous la surveillance d’un car de CRS, sans la moindre présence de migrants aux alentours. Des tracteurs avec leur benne remplie de terre effectuaient également un ballet inces- sant d’allers-retours. Ce mur sera également anti-bruit, pour la tranquillité des riverains. Il sera végétalisé côté circulation. Financé par la Grande-Bretagne pour un coût de 2,7 millions d’euros, ce mur «anti-intru- sion » doit empêcher les migrants d’accéder à la rocade portuaire, régulièrement prise d’as- saut, d’où ils essaient de bloquer les camions en partance pour la Grande-Bretagne pour se

DOUGAR :

EVÉNEMENT FRÉQUENT SUR LA ROCADE DE CALAIS

Dougar : Dialecte soudanais qui désigne un bouchon de circulation, généralement causé par des centaines de personnes déterminées, et propice à l’intrusion dans les remorques des camions à destination de l’Angleterre. Evénement fréquent sur la rocade de Calais et théâtre récurent de vio- lences policières.

Paru dans La Voix Du Nord

le 20/09/2016

CALAIS :

DÉBUT DE LA CONSTRUCTION D’UN MUR CONTRE LES INTRUSIONS DE MIGRANTS

Un groupe de CRS prend la pose pour un collègue après l’opération.
Un groupe de CRS prend la pose pour un collègue après l’opération.

« Ces heurts n’ont fait aucun blessé ni du côté des migrants ni des forces de l’ordre, a-t-elle [la préfecture] précisé dans la soirée, ajoutant qu’au moins un migrant avait cependant été interpellé pour jet de projectile» [1] Il y a des articles comme ça qui vous donnent envie de dégommer le prochain journaliste qui pleurniche sur la liberté de la presse. Là, c’en est un du Monde sur le blocage de la rocade de Calais lundi dernier, tiré d’une dépêche AFP, elle-même fourguée par un journaleux lillois. Celui-là mon vieux, je lui ferais bouffer sa feuille de choux, ce torche-cul sur le déclin qui s’égare dans les vestiges de son image intello et sa neutralité prétendue. Certes, la situation des personnes échouant

prétendue. Certes, la situation des personnes échouant Les travaux de construction du mur censé pro- téger

Les travaux de construction du mur censé pro- téger les accès au port de Calais des tentatives répétées des migrants de passer en Grande-Bre- tagne en se cachant dans des camions ont débuté mardi, a constaté une équipe de l’AFP sur place. Ce mur d’un kilomètre de long pour quatre mètres de haut, situé à quelques centaines de mètres de la « Jungle », prolonge les clôtures gril- lagées existant déjà de chaque côté de la rocade menant au port de Calais. Sa construction doit s’achever « avant la fin de l’année », selon la pré- fecture du Pas-de-Calais. Après les travaux préparatoires qui avaient débuté fin août, la première bétonneuse a déversé son béton

cacher à l’intérieur. «Ce mur va empêcher les migrants d’enva-

hir l’autoroute toutes les nuits. Ils placent des troncs d’arbre, des branchages, des bonbonnes

de gaz

assauts répétés », avait expliqué début sep- tembre Jean-Marc Puissesseau, le PDG du port de Calais, qui réclamait «à cor et à cri » depuis plusieurs mois la construction de cet ouvrage. À l’inverse, les élus locaux, notamment la maire de Calais Natacha Bouchart (LR), esti- ment que ce mur «n’a plus lieu d’être » depuis l’annonce le 2 septembre par le ministre de l’In- térieur Bernard Cazeneuve de fermer le camp « le plus rapidement possible ». Entre 6 900 et plus de 10 000 réfugiés, selon les sources, vivent dans la « Jungle », plus grand bidonville de France.

On ne peut plus continuer à subir ces

Des ouvriers creusent les fondations d’un mur le long d’une route menant à Calais, le 20 septembre 2016.

Les CRS bombardent le camp de grenades lacrymogènes pendant un dougar en juin 2016.
Les CRS bombardent le camp de grenades lacrymogènes pendant un dougar en juin 2016.

dans les nombreuses jungles du littoral n’inté- resse que par intermittence, généralement lors- qu’on rase, qu’on démantèle, bref qu’on fait le ménage ou qu’un artiste ramène sa fraise pour se faire payer le thé par des gens « qui ont le cœur sur la main » puis verse sa larmichette en pointant du doigt des conditions de vie inhu- maines, avant de retourner à sa promo. Mais s’il y a une constante de ces dix dernières années, une donnée à retenir qui marque le passage des exilés dans le Calaisis et qui ne pourrait échap- per même au plus fumiste des écrivaillons du canard local, c’est la persistance des violences policières [2]. Pourtant quand la préfecture ne compte « aucun blessé du côté des migrants » personne ne tique dans la rédac’. Remarquez, ils ont déjà fait le coup fin avril quand un Ethiopien de dix-sept ans a été victime d’un feu durant son sommeil. Brulé à soixante-dix pourcent. L’article [3] concluait «les pompiers sont intervenus » laissant entendre qu’ils avaient fait leur boulot. Aucune mention des membres des CRS qui l’ont regardé se consumer sans ciller, droit dans leurs bottes, ni des bénévoles qui ont fini par le conduire à l’hôpital dans une voiture

aurait tort de se priver de les cogner, avec la bénédiction de la préfecture et du tribunal qui colle trois mois de taule à la victime. « Jet de projectile » reprennent les journalistes. Et ne me sortez pas les trois articles par an écrits par des auteurs un peu plus scrupuleux pour contrebalancer la paresse journalistique généralisée. Ils ne sont qu’une caution critique inoffensive utilisée pour mieux faire passer la pâtée pour chats, qui d’ordinaire emplit les colonnes, pour de l’information complète et impartiale et ne changent rien à l’affaire.

Notes :

[ 1 ]   www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/  

article/2016/06/20/jungle-de-calais-heurts-

sur-la-rocade-portuaire-entre-migrants-et-poli -

ciers_4954501_1654200.html?xtmc=calais&xtcr=6

[ 2 ] www.defenseurdesdroits.fr/decisions/ddd/

DDD_DEC_MDS-2011-113.pdf et www.rue89.nouve-

lobs.com/2011/06/22/violences-policieres-a-calais-un-

rapport-et-des-videos-210372

[ 3 ]   www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/  

20.11.201

12

27