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SAMEDI 06 JANVIER 2018 - 19 TEVET 5778

MAYAN HAIM
MAYAN HAIM MAYAN HAIM MAYAN HAIM MAYAN HAIM MAYAN HAIM MAYAN HAIM

MOCHE ET AHARON : LES DEUX MAMELLES D’ISRAËL


Rav Elie LELLOUCHE

En se révélant à Moché lors de l’épisode du buisson ardent, Hachem annonce solen-


nellement à celui-ci sa décision de mettre fin à l’esclavage que subissent, depuis près de
deux siècles, les Béné Israël. Pour ce faire Il lui demande d’aller convaincre les Anciens
Htvms tsrp du peuple de la réalité de sa mission et ainsi, fort du soutien de ces Sages, d’aller par la
suite exiger la libération par Par’o du ‘Am Israël. Durant sept longues journées Hachem
va s’employer à convaincre Moché d’accepter cette difficile mission. En effet, malgré l’in-
sistance du D-ieu d’Israël, Moché refuse obstinément de se rendre en Égypte.
Les deux mamelles d’Israël
Page 1 Cette réaction surprenante de celui qui est appelé à devenir le libérateur d’Israël va
Les causes de l’exil nourrir de nombreux commentaires de la part de nos maîtres.
Pour Rachi, le refus de Moché s’explique essentiellement par son souci de ne pas s’ac-
Page 2 caparer une prérogative qui, à son sens, revenait à son frère Aharon. En effet, Aharon
La haine a ses raisons avait assumé, après la Pétira de son père Amram, la charge du ‘Am Israël. Il en partageait,
Page 3 depuis de longues années, toutes les épreuves et toutes les peines. Alors que Moché avait
Réflexion pour un enfant du fuir l’Égypte dès l’âge de douze ans selon le Ramban, afin d’échapper aux menaces
de mort brandies par Par’o, Aharon, quant à lui, était resté près de ses frères enfermés
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dans l’univers tyrannique de la grande puissance de l’époque. Pour notre maître Moché,
il apparaissait inconcevable de, ne serait-ce même que donner l’impression d’écarter son
frère aîné, lui qui avait tant fait pour soutenir les Béné Israël.

Cependant la Providence Divine ne l’entendait pas ainsi. Le moment était venu de don-
ner un nouvel élan aux descendants des Avot. Certes Aharon avait entretenu l’espoir en
la Délivrance future au sein du peuple. Il avait mis en valeur les potentialités spirituelles
que celui-ci possédait. Pour autant la Guéoula requerrait maintenant un autre discours
ENTRÉE: 16H50 plus exigent. Si Hachem désirait voir Moché prendre en mains la destinée du peuple
d’Israël cela tenait à sa capacité à l’obliger à une remise en cause face à ses faiblesses. La
Sortie d’Egypte n’a pas été un événement qu’ont subi les Béné Israël, ces derniers en ont
été au contraire les principaux acteurs.
SORTIE: 18H04 D’une Émouna passive les Chivté Israël devait passer dorénavant à une Émouna fon-
dée sur la construction du projet spirituel, centré autour de la Torah et des Mitsvot et
voulu par le Créateur pour l’Humanité. C’est en ce sens que Moché devait maintenant
suppléer à son frère. À la démarche axée sur la mesure de bonté, représentée par Aha-
ron, devait succéder une nouvelle approche mettant en avant la mesure de rigueur. Pour
autant la conjugaison indispensable de la Mida de ‘Hessed et de celle du Din n’était pas
remise en cause.

aim Vec
Le Chir HaChirim qui décrit sous une forme poétique les débuts de la relation d’amour
entre Hachem et le ‘Am Israël au moment de la libération du joug égyptien, présente
H Moché et Aharon comme les deux seins nourriciers du peuple juif. «Tes deux seins sont
ha l

comme les deux faons, jumeaux de la biche» (Chir HaChirim chapitre 4, verset 5), dé-
Torat

clare Shlomo HaMéle’kh. Nos Maîtres nous enseignent que les petits de la biche sont,
om

parmi les animaux, ceux dont la ressemblance les uns aux autres est la plus marquée.
De même, Moché, le Rav, celui qui élève la conscience spirituelle du peuple et le sens de
Beth Hamidrach son lien avec Hachem, et, Aharon, le Cohen Gadol, appelé à expier les fautes de celui-ci
et l’aidant à parfaire ses qualités humaines et son sens du respect d’autrui, forment cette
fraternité harmonieuse à même de porter haut l’idéal d’Israël.

Article et contenu réalisés par TORAT HAIM VECHALOM - 35, rue Emile Lepeu 75011 PARIS - 01.44.93.51.50
Association reconnue d’utilité générale habilitée à recevoir les DONS et les LEGS. Directeur : Rav Elie LELLOUCHE
LES CAUSES DE L’EXIL
Raphaël ATTIAS

La Paracha Chémot traite de l’exil et le fait qu’il sorte de son pays, à cause tribuée, mais que toute la terre d’Egypte
de la servitude des enfants d’Israël en de la famine, constitue une faute, car en était remplie. Ils achetaient et habi-
Egypte. Hachem a le pouvoir de le sauver de la taient tous les endroits qu’ils pouvaient
Nos Maîtres se sont interrogés sur ses mort lors de la famine. C’est à cause de acquérir… C’est pourquoi, Hachem a dû,
causes et ont développé de nombreuses cela qu’il a été décrété sur sa descen- lors de la plaie de la mort des premiers
hypothèses : L’exil était-il la consé- dance l’exil en terre d’Egypte… » . nés, passer par dessus les portes des
quence de fautes commises ou avait-il - Cet argument du Ramban est rejeté Bné Israël, car il y avait de nombreuses
une motivation éducative ? par Rabbi Chimchon Raphaël Hirsch maisons juives au milieu des maisons
(1808-1888), dans son commentaire sur égyptiennes … Et c’est ce qui a suscité la
Le Traité Nédarim (32a) considère que la le Sefer Béréchit. Selon lui, Abraham haine des égyptiens…
servitude en Egypte est la conséquence ne pouvait pas savoir s’il mériterait - Abravanel considère que l’exil en
d’une faute d’Abraham et cite les opi- d’être sauvé par Hachem et il a donc agi Egypte a été motivé par la faute des
nions de trois Sages : selon le principe : « On ne compte pas enfants de Ya’akov qui ont vendu leur
- Rabbi Abhou au nom de Rabbi sur le miracle ! ». frère Yossef, comme il est dit : « … car
Elé’azar pense que c’est parce qu’Abra- - Abravanel (1437-1508) le rejette pour ils ont vendu le juste pour de l’argent ».
ham s’est servi de Talmidé Hakhamim deux autres raisons : Puisqu’ils ont vendu leur frère pour être
(ses disciples) pour mener son combat 1) Il découle du commentaire de Ram- esclave en Egypte, ils méritaient de subir
contre les quatre rois comme il est dit ban que les descendants d ‘Abraham qui l’esclavage en Egypte, eux, leurs enfants
: « Abram, ayant appris que son parent étaient innocents ont été punis alors et leur descendance durant de nom-
était prisonnier, arma ses fidèles, en- que lui-même a été épargné. breuses années.
fants de sa maison, trois cent dix-huit, et 2) On ne comprend pas pourquoi cette - Le Radak (1160-1235) et Sforno (1475-
suivit la trace des ennemis jusqu’à Dan » faute ait pu causer une punition aussi 1550) soutiennent que la faute commise
(Béréchit XIV, 14). lourde que l’exil en Egypte. par les enfants d’Israël a été l’idolâtrie,
- Chemouel considère que c’est parce Il considère qu’on ne peut pas attribuer comme il est dit : « Mais ils se sont re-
qu’il a douté de la promesse d’Hachem la faute qui a entraîné l’exil et la servi- bellés contre moi, ils n’ont pas voulu
concernant l’héritage de la terre de Ca- tude à Abraham qui était un Juste ! m’écouter, ils n’ont pas rejeté les abjec-
na’an, comme il est dit : « Il répondit : - Certains Maîtres considèrent que la tions dont ils étaient témoins, ils n’ont
« Hachem, comment saurai-je que j’en faute commise était la volonté des en- pas abandonné les idoles de l’Egypte et
hériterai ? » » (Béréchit XV, 8) fants d’Israël de s’assimiler en Egypte, je songeais à épancher mon courroux
- Rabbi Yo’hanan soutient que c’est alors que lorsque les frères de Yossef sur eux, à assouvir sur eux ma colère au
parce qu’il a accepté la proposition du avaient dit à Pharaon en arrivant : « milieu du pays d’Egypte » (Yéhezkel XX,
roi de Sodome, comme il est dit : « Le Nous sommes venus pour résider («la- 8). Ils considèrent que l’asservissement
roi de Sodome dit à Abram : « Donne- gour » qui vient du mot guer = étranger) n’a pas commencé tant qu’un des en-
moi les personnes, et les biens garde-les dans ce pays »… Mais avec le temps, ils fants de Ya’akov était en vie. L’oppres-
pour toi » » (Béréchit XIV, 21). Le re- s’y établirent et en devinrent posses- sion ne s’est développée que lorsque le
proche adressé à Abraham c’est d’avoir seurs… peuple juif s’est corrompu en Egypte !
abandonné des êtres humains qu’il au- - Le Midrach (Chemot Rabba 1,10), à pro-
rait pu convertir et introduire sous les « pos du verset, « un nouveau roi se leva » - D’autres commentateurs considèrent
ailes de la Chékhina » s’exprime ainsi : que l’exil n’était pas dû à une faute, mais
La raison donnée par Chmouel inter- Les Maîtres introduisaient cette para- qu’il avait un but éducatif.
pelle la majorité des exégètes du Moyen cha par le verset : « Ils ont trahi l’Eternel, Le Midrach Chémot Rabba (I, 1) soutient
Age (entre autres Rachi, Ibn ‘Ezra, Ram- car ils ont donné le jour à des enfants cette idée en partant du verset : « Ména-
ban) qui n’acceptent pas qu’Abraham étrangers : maintenant il les consume- ger les coups de verge, c’est haïr son en-
ait douté de la promesse divine concer- ra en un seul mois (‘hodech) avec leurs fant, mais avoir soin de le corriger c’est
nant l’héritage de la terre d’Israël alors biens » (Hochéa’ V, 7). Cela nous ap- l’aimer » (Michlé XIII, 24). C’est donc
qu’il a eu foi en celle de la descendance. prend que lorsque Yossef est mort, ils par amour pour Israël qu’Hachem les a
ont abandonné l’alliance de la mila en exilé en Egypte afin qu’ils se purifient,
- Ramban (1194-1270), dans son commen- disant : « Soyons comme les égyptiens ! deviennent plus humains et forment
taire (Béréchit XII, 10), soutient, comme »… et comme ils ont agi ainsi, Hachem un véritable peuple. La souffrance du
les ‘Hakhamim, que la cause de l’exil est a transformé l’amour que les égyptiens peuple juif en Egypte est comparable
à rechercher dans les actions d’Abra- leur portaient en haine… pour accom- aux douleurs de l’enfantement. C’était
ham. Mais pour lui, la faute qu’il a com- plir ce qui est dit « maintenant un nou- l’accouchement du peuple d’Israël.
mise est d’être descendu en Egypte et veau (‘hadach) les consumera… » - un Cet exil a permis au peuple d’être atten-
d’avoir mis en danger son épouse Sa- nouveau roi se lèvera et établira de nou- tif à l’autre, à respecter l’étranger, à pro-
rah… veaux décrets. téger l’esclave et à soutenir les plus
« Sache qu’Abraham a commis une - Le Yalkout Chim’oni sur Chémot (Rémez faibles.
grave faute, sans le vouloir, en mettant 162), commente ainsi le verset « Et ils
en danger sa femme qui était une « tsa- remplirent le pays » (Chémot (I, 70) : Ils
Dans le creuset de l’Egypte, le peuple
déket» (Juste) par crainte d’être tué. Il remplirent les théâtres et les cirques…
aurait dû avoir confiance en Hachem - Le Netsiv (1817-1894), dans son ouvrage juif s’est débarrassé de ses scories, de
qui le sauverait ainsi que son épouse et Ha’amek Davar, ajoute, que les enfants la « souillure du serpent » (Zohamat
tout ce qu’il possédait, car Hachem a le d’Israël, ne se sont pas contentés de la hana’hach). Il s’est donc préparé à
pouvoir d’aider et de sauver. De même, province de Gochen qui leur avait été at- recevoir la Torah !
LA HAINE A SES RAISONS
Yohanan NATANSON

« Yossef mourut, et tous ses frères, et toute sant pour nous » (verset 9) sont diffi- Malheureusement, ils ne se sont pas
cette génération-là. Et les fils d’Israël ciles à expliquer, s’agissant de la toute contentés de cela. Après qu’ait dis-
furent prolifiques en naissances multiples, première puissance mondiale. Là en- paru « toute cette génération-là », ils
ils devinrent nombreux et forts, et le pays core, de Rome à l’Allemagne en pas- commencèrent à nouer des liens plus
en fut rempli.» sant par l’Espagne, il n’a pas manqué étroits avec la société égyptienne. Ils
Shemot 1,7 dans l’histoire de nations puissantes s’impliquèrent dans la vie culturelle,
« Mais ils se sont mutinés contre Moi, ils et prospères qui ont prétendu que « sociale, politique.
n’ont pas consenti à M’écouter; ils n’ont le plus petit des peuples » constituait
pas rejeté les abjections dont ils étaient pour elles une menace mortelle. Il se répandirent en dehors de Go-
témoins, ils n’ont pas abandonné les idoles shen, « Et le pays en fut rempli »
de l’Égypte, et Je songeais à épancher Mon Il est probable qu’une intense et men- C’est alors que put commencer la per-
courroux sur eux, à assouvir sur eux Ma songère propagande a précédé les sécution, « dans un pays qui n’était
colère au milieu du pays d’Égypte » premières mesures, ce que suggère la pas le leur ».
Yeḥezqel 20,8 formule : « Il dit à son peuple ». Cette
propagande est d’autant plus néces- Le Talelei Orot rapporte une inter-
Les raisons de la haine que les nations saire qu’initialement les égyptiens ne prétation du Beth HaLévi (Rabbi Yo-
vouent au Peuple saint sont une an- nourrissent pas de haine vis-à-vis des sef Dov Soloveitchik 1820-1892), sur
cienne et lancinante question. On ne Hébreux, et que Pharaon n’a aucun le verset de Yirmeyahou (4,30) : « Et
peut prétendre y répondre dans ce crime à leur reprocher. Au contraire, toi, si complètement ruinée, que vas-
modeste cadre, mais les commenta- le fait qu’il « ait eu à recourir à la rai- tu faire ? Tu aurais beau te vêtir de
teurs de notre Parasha peuvent ouvrir son d’État pour justifier les sanctions pourpre, te parer de tes bijoux d’or,
quelques sentiers. envisagées, continue le Rav Hirsch, té- allonger tes yeux au moyen du fard :
En français, le mot raison a deux sens moigne du haut comportement social vainement tu te ferais belle, les amou-
distincts : d’une part le motif qui fait et moral des Juifs ». reux te dédaignent, c’est à ta vie qu’ils
agir un être ; d’autre part la cause pro- en veulent. »
fonde d’un événement. Cependant, pour ce qui est des rai-
sons profondes, Le Rav Hirsch cite le Il existe deux formes de haine. Une
Dans son pénétrant commentaire du Prophète Yeḥezqel (20,7-8), qui « nous personne peut en haïr une autre
Sefer Shemot, le Rav Shimshon Ra- apprend que nos Pères n’étaient pas parce qu’elle la trouve sale, négligée,
phaël Hirsch décrit avec précision, entièrement restés fidèles à D.ieu. Ils bavarde, arrogante... Une telle haine
étape par étape, les phases de la per- avaient permis, dans le domaine spiri- peut prendre fin si la personne haïe
sécution des Bnei Israël, première tuel autant que moral, l’introduction modifie son comportement, autre-
manifestation d’un phénomène hélas de vanités égyptiennes. » ment dit si les raisons de la haine dis-
appelé à se répéter dans l’histoire... Il note également « l’absence totale de paraissent.
Il constate que le point sur lequel le mention d’une quelconque manifes- Mais il y a une autre forme de haine.
texte se montre le plus obscur, ce sont tation de l’esprit juif [telle que l’invo- Celle qui n’a pas de véritable motif
précisément les motifs rationnels qui cation du Nom divin] nous révèle un rationnel. La seule existence de la
ont poussé le pouvoir, puis le peuple déclin de l’esprit abrahamique. » personne détestée est perçue comme
égyptien à s’en prendre à nos saints insupportable.
ancêtres, et le Rav Hirsch ne cache pas Le Maharil Diskin (Yehoshua Yehu- C’est un cas où il n’y a rien à faire.
sa perplexité. da Leib Diskin 1818–1898) se demande Aucun effort, aucune pourpre, aucun
Il suggère que le terme « Wayaqom » pourquoi il a été annoncé à Abraham bijou, aucun fard aux paupières ne
indique une prise de pouvoir violente. (Bereshit 15,13) que sa descendance fera céder une telle aversion. Ce peut
Ce « melekh ḥadash » serait donc soit serait « étrangère sur une terre qui ne même être le contraire !
un envahisseur non égyptien, soit sera pas la sienne ». Par définition, un
l’auteur d’un coup d’état, pratique po- étranger vit sur une terre qui ne lui Les Juifs, persécutés et détestés de
litique largement attestée dans l’his- appartient pas ! tous côtés, s’imaginent souvent que
toire de l’Égypte antique (et qui n’a leurs réalisations dans les sciences,
pas non plus cessé...) Il faut comprendre que les deux dans la littérature, la musique, la poli-
L’oppression des Juifs devint donc conditions sont nécessaires : dans tique les feront mieux accepter. C’est
peut-être « un moyen politique que le le pays de Goshen, les Hébreux ont une attitude très courante de nos
nouveau souverain utilisa pour conso- certes résidé comme étrangers, mais jours. Et pourtant, c’est le contraire
lider son pouvoir. Il n’y a rien de neuf cette province, d’après nos Sages, qui est vrai.
sous le soleil […] Chaque fois qu’un avait été donnée à Sara par Pharaon.
souverain veut opprimer un peuple, il Elle leur appartenait donc par héri- Il nous haïssent pour ce que nous
livre volontiers un autre peuple sous tage, et s’ils y étaient restés, occupés sommes, et rien ne dissipera leur
son joug. » au Service de Hashem et à l’étude de haine, sinon le triomphe de Mashiaḥ,
la Torah, ils n’auraient pas été persé- bientôt et de nos jours !
Mais il reste que les termes « un cutés. Ce fut d’ailleurs le cas de la tri-
peuple trop nombreux et trop puis- bu de Lévi.
RÉFLEXION POUR UN ENFANT
Arié Leib ANCONINA

La section de cette semaine nous rapporte le tuer). D’ici il est appris qu’un Rodef ne fant qui n’est pas sorti bien que potentiel-
l’histoire de deux femmes, Chifra et Poua nécessite pas de « mise en garde », qu’il lement vivant, ou Shéba poursuivi et donc
identifiés comme la mère et la sœur de Mo- soit grand ou petit. (Car un petit ne répond défendable potentiellement, n’est pas né-
ché, qui s’opposèrent au Pharaon. Celles ci toujours pas pour responsable même après cessairement le reflet d’une réalité et ne
préservèrent la vie des enfants mâles hé- une mise en garde) » peut être pris en compte dans une décision
breux face au décret de Pharaon qui récla- légale.
mait leur mise à mort. De cet enseignement, il apparaît clairement
Ce sujet nous permet d’ouvrir une réflexion que toutes les situations de poursuivant ré- Tâchons d’apporter un éclaircissement à
sur la mort d’un nourrisson ou d’un foetus. clament une mise à mort. Pourquoi alors notre interrogation sur le talmud (Sanhé-
laissé risquer de voir mourir la mère pour drin 57B) à savoir si le juif répond de la
Il est retenu dans la Torah, qu’un homme cet enfant qui aurait sorti sa tête ? Cette même règle que le non juif pour la mort
qui occasionne la mort de son prochain est objection est rapportée par Rav Hisda à d’un foetus ?
puni de mort. Toutefois, serait ce différent Rav Ouna. Et Rachi de répondre en nuan-
pour la vie d’un enfant dans la mesure ou çant et indiquant qu’une fois l’enfant était Le Beth Yehouda sur le Even Ezer (siman14)
cela n’est pas précisé ? vivable (la tête sortie) et que dans l’autre rapporte concernant des femmes qui se-
Le talmud (Sanhédrin 57B) rapporte qu’un cas, celui ci n’est pas vivable. raient sujets à une grossesse non voulue,
non juif qui tue un autre homme devra être qu’il n’y a pas d’interdit à avorter dans la
tué, et même si celui est un nourrisson ou Pourtant, nous pouvons rester sur une inter- mesure où la grossesse n’a pas atteint son
un foetus. Quelle posture légale est à rete- rogation légitime. Accordons à Rachi cette terme. Le rambam (chapitre 2 de Hil’hot
nir pour le juif ? distinction, mais permettons de faire remar- Rotsea’h) va plus loin en indiquant qu’un
quer que la règle du poursuivant s’applique enfant prématurée mort dans les 30 jours
Profitons de l’occasion pour rappeler un pour une personne bien vivante. Pourquoi suivants sa naissance, son meurtrier n’est
enseignement dans Ohalot (chapitre 7) : ne pas tuer alors cet enfant qui aurait sorti pas tué pour cela. Réclamons au stade de
« Une femme qui se trouve en difficulté la tête et montrant une pleine santé ? Pour cette réflexion, le ‘Hovat Yair rapporté par
(risque de mort) au moment de l’accouche- cela, appuyons nous sur l’histoire étrange le Rav Yossef Haim de Bagdad (Rav Péalim-
ment, on sectionne l’enfant dans ses en- (Samuel 2 Chapitre 20) de Shéba fils de Bi- Partie 1 Siman 4) qu’une grossesse regret-
trailles et on le sort par morceaux, car la vie cri de la tribu de Benjamin qui s’opposa au tée d’une relation interdite ne doit pas être
de la mère prévaut sur celle de l’enfant. Par roi David. Dans sa fuite devant le général interrompue même si la Torah le permet.
contre, si la majorité de l’enfant est sorti, on de David, Yoav, il se réfugia à Abel beth Ha- (selon le Yaabets, le mamzer en fait excep-
n’agit pas (au risque de voir la mère mourir) maaca. Pour éviter le massacre d’Abel, une tion)
car c’est une vie contre une vie » femme de la ville proposa la tête de Shéba
en échange de l’abandon des poursuites Enfin, pour répondre à cette problématique
Cet enseignement nous surprend. En effet, contre la ville par Yoav. Et c’est ce qui se à ce stade, rappelons les Tossafot (Houlin
comprenons de la première situation, que produisit. 33) que même si le non juif est tué pour
l’enfant qui est un danger de mort pour la la mort d’un embryon et pas le juif, malgré
mère peut s’apparenter au Din de « Rodef » Pourtant, Yoav n’est il pas le poursuivant, et le fait que l’on puisse en être exempt cela
(poursuivant avec une intention meurtrière) n’aurait elle pas du alors sauver Shéba de n’est pas autorisé.
et donc mériter la mort pour cela; mais celui ci ? Rachi avance que cette histoire ne
qu’en est il du second cas de figure, l’en- répond pas du cas d’école du poursuivant, Tâchons de laisser libre à la réflexion le
fant est toujours un danger de mort pour la dans la mesure ou Shéba s’est opposé au cas de figure du non juif qui déciderait de
mère ? Cet enseignement nous échappe. roi, ce qui est passible de mort. la mort de toutes les femmes enceintes ?
Pourrait elle alors convenir de la mort de
Pour cela, allons du côté de la règle de Ro- De ces deux nuances avancées par rachi, son enfant pour cette raison ?
def. Le talmud (Sanhédrin 72B) rapporte au retenons que pour celui ci il faut distinguer
nom de Rav Ouna, « qu’un enfant (petit) qui entre le fait d’être potentiellement vivant
est le poursuivant d’un autre enfant, il est que de celui d’être vivant. Une potentialité
autorisé de le sauver par sa personne (de ne représente pas une réalité. Ainsi, un en-

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Ce feuillet d’étude est offert pour l’élévation de l’âme de Eliahou Ben Haim FEDIDA