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L'art du livre à l'Imprimerie nationale des origines à nos jours : [exposition], Paris, Bibliothèque

L'art du livre à l'Imprimerie nationale des origines à nos jours : [exposition], Paris, Bibliothèque nationale,

[Galerie [

]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

L'art du livre à l'Imprimerie nationale des origines à nos jours : [exposition], Paris, Bibliothèque

L'art du livre à l'Imprimerie nationale des origines à nos jours :

[exposition], Paris, Bibliothèque nationale, [Galerie Mazarine, 18 avril-31 mai] 1951. 1951.

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BIBLIOTHÈQUE NATIONALE.

L'ART DU LIVRE

A

L'IMPRIMERIE NATIONALE

des origines à nos jours

PARIS

1951

RENOV LIVRES S.A.S.

2005

L'ART DU LIVRE

À

L'IMPRIMERIE NATIONALE

BIBLIOTHÈQVE NATIONALE

L'ART DU LIVRE

À

L'IMPRIMERIE NATIONALE

des origines à nos jours

PARIS

1951

PRÉFACE

La construction de notre Galerie Mazarine

par

est presque

contem-

poraine de la fondation

En

la

y

Louis XIII de l'Imprimerie royale.

de celle-ci,

l'Imprimerie nationale,

accueillant l'héritière

Bibliothèque nationale remplit un devoir qui est le sien par

tradition.

Conservatoire français du livre, elle possède les plus belles

productions qui sont sorties des

françaises ; & puisqu'elle

dans la suite

que,

place. Elle revit

presses

les présente tour à tour au public, il

était normal

de ses expositions, l'Imprimerie nationale eût sa

ainsi non seulement dans les oeuvres quelle à créées, mais dans les

grandes lignes d'une

histoire qu'il appartenait à son directeur,

retracer.

M. RaymondBlanchot, de

Bien avant 1640 il y eut des « imprimeurs royaux ». Dès le

de Charles

VIII, on voit,

Pierre Le Rouge, apparaître

règne

ce

avec titre qui devint transmissible sous François Ier. Il faut voir

par

le premier

humanisme & qui

le complément de l'oeuvre inspirée

s'est manifestée avec éclat par la fondation du Collège de France.

L'édition de grandes

oeuvres tirées des littératures de l'Antiquité,

& en hébreu, en particulier par

les

en grec

autant d'événements majeurs dans

l'his-

la publication de textes

soins de Robert Estienne :

toire intellectuelle de ce siècle. Le prix qu'on attachait aux

poinçons des caractères se manifesta

le fait

les « Grecs

par

que

du Roi », gravés par Garamond, furent placés parmi

les objets de

la Couronne à la Chambre des Comptes.

Cinquante ans plus tard ce fut l'apport,

les soins de l'am-

par

bassadeur de France à Constantinople, Savary de Brèves, des poinçons de types turcs, arabes, syriaques & persans & de manu- scrits d'après lesquels de nouveaux caractères furent gravés : c'est l'origine d'une collection incomparable, qui ne devait

pas cesser

de s'enrichir & qui a servi puissamment l'orientalismefrançais.

Si l'on veut mesurer

représenta la fondation

exactement

ce que

de l'Imprimerie royale, il faut connaître

l'état de déchéance dans

lequel, après une période degrandeur, elle était tombée au lendemain

des

de la Ligue. De minutieux travaux, qu'il conviendra

imprimeurs sous

la

guerres

de poursuive méthodiquement, montrent les

des grands libraires qui les considéraient

de simples

coupe

comme

salariés. Il y a certes des exceptions, comme Antoine Estienne,

dernier descendant d'une glorieuse famille, mais dans l'ensemble,

l'impression des livres était médiocre. Les

composés en grec

que l'ignorance

fixation de

ouvrages

& en latin étaient souvent fautifs, & l'on a observé

des typographes fut un des obstacles principaux à la

l'orthographe française, réclamée

Brunot a

bien des savants. Ferdinand

par

noter, dans son Histoire de la Langue française,

eut sur

Ménage:

pu

que Cramoisy, premier directeur de l'Imprimerie royale,

l'évolution de notre langue une influence plus grande qu'un

premiers effets bienfaisants de cette création, dont l'objet essentiel

était de faire revivre en France le goût & la tradition des belles

éditions. Par le choix des caractères, le souci de l'équilibre dans

la composition, la beauté des frontispices, des bandeaux, de toute

l'ornementation, on réussit à créer un style qui s'imposa &

qu'à

travers un siècle & demi deux dynastiesde directeurs, les Cramoisy

& les Anisson, surent maintenir. L'éditionfrançaise tout entière,

jusque dans ses productions les plus modestes, devait tirer bénéfice

de cette rénovationpuis de ce souci,

fection. Cela n'a

pas

constamment entretenu, de per-

cessé d'être vrai.

L'Imprimerie royale, qui devait tour à tour s'appeler Impri-

merie de la République, puis Imprimerie impériale, enfin Imprime-

rie nationale,

à travers plus de trois siècles, à travers des

a su,

régimes très divers, s'adaptant sans cesse à des besoins nouveaux

que ses fondateurs n'avaient pas prévus, remplir la double mission

qui lui avait été assignée : assurer les impressions des actes des

conseils & des actes publics ; « multiplier & répandre les principaux

monuments de la religion &

connue du public, qui ne peut

des lettres ». La première est bien

ignorer les impressions officielles. La

seconde est appréciée par tous ceux qui connaissent l'art du livre.

Les ouvrages qui sortent des

celle-ci soit son

pas

presses de l'Imprimerie nationale, que

ou qu'elle accepte

d'imprimer

pour

ce

comme modèles. Et

propre éditeur

des éditeurs privés,

n'est

peuvent être proposés

l'effet d'un hasard

si l'on compte parmi eux quelques-uns

depuis cinquante ans.

des livres les plus célèbres

parus

De sa vocation scientifique, l'Imprimerie nationale est juste-

ment fière. Nous avons dit ce qu'elle fit, avant même d'être officiel-

lement fondée,

les études orientales. Au XIXe siècle avec Sil-

au

XXe siècle avec

pour

vestre de Sacy,

d'éminents philologues & linguistes, elle devait maintenir cette tradition, enrichissant sa collection des caractères les plus rares.

Rémusat, Burnouf & Renan,

comprend aujour-

d'hui trois cent cinquante mille, reproduisant des écritures de toute

Son Cabinet des poinçons, si souvent célébré,

en

nature, anciennes

& modernes. Dans tous les domaines, l'Impri-

merie nationale s'est mise

service de la science. Elle ne pouvait

au

mieux le faire qu'en travaillant avec de grands corps, & d'abord

avec les Académies. De là ces majestueux

sciences les plus diverses, la navigation & les

intéressant les

ouvrages

découvertes, l'agri-

culture & l'histoire naturelle, l'archéologie & l'histoire. Il en est

d'illustres, comme la Description de l'Egypte, née de la volonté

de l'Empereur. Il n'en est

de

médiocre. Le Centre de la

pas

Recherche scientifique, dans son

récent et très heureux effort de

publication, a bien compris tout l'appui qu'il pouvait trouver auprès

de l'Imprimerie nationale, & le directeur de celle-ci s'est empressé

de répondre à ses demandes.

Il convenait que la présentation d'un tel ensemble, unique dans

sa continuité, fût faite à la Bibliothèque nationale. Des liens mul-

tiples, apparaître, rattachent

rappeler ici mais

cette expositionfait

que nous ne pouvons

que

l'une à l'autre les deux institutions. Un tra-

vail quotidien nous unit pour la poursuite du Catalogue général

des livres imprimés, dont le premier volume

en 1897

a paru

&

dont le tome cent soixante-dix-huit,qui conduità la lettreS, vient

de paraître. Et cette grande entreprise ne fait que

dune longue série de catalogues que,

depuis plus

n'a cessé d'imprimer. C'est dans

que

prendre la suite

de deux siècles, on

le même esprit de collaboration

cette exposition a été préparée ; du côté de l'Imprimerienatio-

nale, sous la direction éminente de M. Blanchot, par M. Arnoult,

inspecteur de la typographie,

l'Imprimerie nationale,

par

M. Florian Le Roy, attaché à

typo-

par

des

par

M. Nougayrol, inspecteur de la

graphie orientale ; du côté de la Bibliothèque nationale,

M. Jacques Guignard, conservateur adjoint au département

Imprimés qu'ont assisté M. Jean Martin & les bibliothécaires

de la Réserve, ainsi

Madame Jacques Guignard, bibliothé-

que

caire du Cabinet oriental, & M.R.-A. Weigert,

du département des Estampes.

JULIEN CAIN

Administrateur général de la Bibliothèque nationale.

Cinq siècles de typographie officielle

D DÈs qu'il eut entendu parier d'un « nouvel art d'écrire en

lettres de métal

le roi Charles

VII, comprenant tout

posséder le secret,

1458

il envoyait à

»,

l'intérêt de cette invention, voulut en

alors jalousement gardé. C'est ainsi qu'en

Mayence,

étudier la typographie chez Schoeffer, le Cham-

graveur de la Monnaie ; mais selon l'usage,

prêter serment sur

pour y

penois Nicolas Jenson, le chargé de mission

dut, avant d'être admis,

l'Evangile de ne rien révéler de ce qu'il apprendrait.

La mystérieuse invention aurait

troupes

pour

d'Adolphe de

avoir été

demeurer le privilège d'une

pu Nassau en mettant Mayence

caste, si les

au pillage, le 28 octobre 1462, n'avaient désorganisé les ateliers.

Les ouvriers, déliés de leur serment, se répandirent dans les

pays

voisins. Jenson,

le

vers 1470. Cette

protégé

Charles VII, craignait

par

ressentiment de Louis XI : il gagna l'Italie, & s'installa à Venise

même

année voyait

l'arrivée à Paris

de

trois im-

primeurs, Michel Friburger, de

Constance, mais né à Munster, en

Colmar, Ulrich Gering, de

Suisse, bachelier ès arts

de l'Université de Bâle, & Martin Crantz, de Stein, dans le

de Bade. Ces

pays

avaient été appelés par Jean Heynlin,

lui-même de

parce que de l'Université, né au

compagnons

prieur de la Sorbonne, dit de la Pierre, Stein, & Guillaume Fichet, bibliothécaire

Petit-Bornand en Savoie. Jean de la Pierre, qui avait obtenu l'au-

torisation d'établir des ateliers dans l'enceinte même de la Sor-

bonne, avait recherché les ouvriers les plus réputés. Ceux-ci,

qui durent

& fondre des caractères, installer des

presses,

graver monter de toutes

une trentaine de volumes. Le premier, le Recueil des lettres de

pièces une imprimerie, publièrent en trois ans

Gasparin de Bergame, fut dédié à Paris, Ville Lumière, titre

que

la capitale a conservé depuis. « De même, disait l'achevé d'im-

primer daté de 1470,

que ainsi toi, ville de Paris,

le soleil répand partout la lumière,

royaume,

Le 22 avril

1472 , ils

nourricière des

Muses, tu verses la science sur le monde. »

présentaient à Louis XI le Miroir de la vie humaine, texte latin de

Rodriguez, évêque de Zamora, &, deux ans après, le roi leur

accordait des « lettres de naturalité » qui protégeaient leurs biens

contre le droit d'aubaine.

capitale du

S'il excitait une vive curiosité, le nouvel art éveillait l'inquié-

tude de la concurrence chez les calligraphes & les enlumineurs, groupés en confrérie depuis 1401, & nos premiers typographes

durent bientôt quitter la Sorbonne

installer leur atelier dans

pour

la rue Saint-Jacques, à l'enseigne du «

Soleil d'or ».

Moins

heureuse

d'autres

universités

étrangères plus

que

récentes, la Sorbonne,

ainsi ce complément modeste, encore qu'indispensable au rayon-

nement intellectuel.

berceau de l'imprimerie parisienne, perdit

Mais les souverains, conscients de l'im

de la merveil-

portance

leuse découverte, allaient, dans les siècles suivants, se montrer les protecteurs éclairés de la typographie.

Dans l'enthousiasme du retour à l'Antiquité, François Ier, ce

prince libéral, appelé justement le Père des lettres, ne se contenta

pas d'encourager les études en fondant le

des Lecteurs

de

France

: il

corps

origine lointaine de notre actuel Collège

royaux,

entendit doter les savants d'un matériel digne de leur mission,

& après avoir chargé Robert Estienne de prospecter l'Europe pour y découvrir les manuscrits les plus rares, il se préoccupa de

permettre

Alde, les

à notre typographie

grecque de rivaliser avec celle des

célèbres imprimeurs italiens.

Ce fut Conrad N éobar, né à Kempis-Vorst, dans le diocèse de

Cologne, « homme d'étude

faisant

profession

de

bonnes

&

lettres », qui bénéficia le 17 janvier 1538

(1539, n. s.) des

fameuses lettres patentes en vertu desquelles il fut chargé d'impri-

mer « correctement »,

source de toute instruction».

le royaume, « les manuscrits grecs,

pour

Dans cet acte, le roi, témoignant d'une rare élévation de

pensée, exprimait son désir de pourvoir sûrement aux études de la

jeunesse & son espoir de former ainsi des hommes capables d'ap-

pliquer les lois, non d'après leurs

les règles

passions, mais d'après

gouver-

propres

de l'équité publique ; des

hommes qui, dans le

nement de l'Etat,

feraient la gloire du règne & préféreraient

le

bien public à leurs intérêts particuliers.

L'imprimeur qui appartenait à la Maison du Roi & recevait

cent écus au Soleil, environ 900.000 francs de nos jours, était

assuré de la protection du souverain. Il était interdit pendant

cinq ans de reproduire les

ouvrages édités par

à une durée de

lui pour la pre-

mière fois ; défense limitée

deux ans en cas de

réimpression, « notablement corrigée d'après d'anciens manu-

scrits » ; des sanctions étaient prévues contre quiconque

apporte-

rait quelque trouble à l'exercice du nouvel emploi, celui-ci devant

rester « à l'abri des atteintes des méchants & de la malveillance

des

par la sagesse.

envieux ». L'avenir prouvera que cette précaution était dictée

Les lettres

délivrées à Conrad Néobar revêtent une

marquent

l'origine de la de propriété à

patentes

importance particulière, en ce qu'elles

typographie royale & représentent le premier acte

l'égard d'une

c'est-à-dire à

un labeur

Néobar voulut affirmer acharné ; il mourut la même

par Robert Estienne

les langues

hébraïque & latine, était l'un des familiers de François Ier. Le sou- verain, après lui avoir donné de nombreuses marques de condes-

généreux de

cendance, voulut renouveler à

Léon X vis-à-vis d'Alde l'Ancien, en lui permettant

collection de poinçons appartenant à la Couronne, l'État.

reconnaissance

sa

par

année, « longo capitis comitante

remplacé le 24 juin

1539

pour

dolore », & fut

(1503-1559). Celui-ci, déjà imprimeur royal

commander au célèbre graveur

ment connus sous le nom

de

son

égard le

Garamont les

geste

1541 de

en

types universelle-

« Grecs du Roi ».

Claude

Garamont avait été l'élève du prestigieux auteur

du Champfleury, Geoffroy Tory, qui, établissant les proportions

entre l'alphabet & le corps

tères romains de son proposé de remplacer

le point crochu », &

humain, avait inspiré tous les carac-

temps, suggéré l'introduction d'accents,

les lettres élidées

une apostrophe,

par

de la cédille, déjà

fait sentir le besoin

employée dans les

manuscrits depuis le XIIIe siècle, mais négligée

jusqu'alors

la typographie.

par

Tory, privilégié en 15 31, avait fait agréer son

Geoffroy

Olivier Mallard, comme libraire & imprimeur royal

successeur,

avant

1538, mais cet office fut restreint à l'impression du français

l'effet des lettres patentes

accordées, d'autre part, à Néobar

ces lettres abro-

que

rendu contre l'im-

Ce texte n'avait pratiquement

par

& à

Robert Estienne. Il importe de souligner

l'édit de

proscription

geaient implicitement

primerie le 1 3

janvier 1535 (n. s.).

été appliqué,

mais n'en devait pas moins être souvent invo-

pas

qué contre François Ier.

Garamont, travaillant sur les modèles

attaché au corps

grecques,

donnés par Ange Ver-

royaux comme

gèce, jeune Crétois

écrivain du roi en lettres

toute sa souplesse & avec ses ligatures si harmonieusement fleuries,

des Lecteurs

s'appliqua à reproduire, dans

la calligraphie originale. Trois

moyen,

pour

pour

20

de 16 points, employé la

furent gravés : le

corps

corps

première fois en juin 1 5 44

l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe ; le

dessina d'autres

petit corps de 9 points,

le

gros corps de

l'édition du Nouveau Testament en 1546,

le même

ouvrage,

points, pour

L'artiste

in-folio, en 1550.

caractères romains & italiques qui

font encore de nos jours

dans le dénuement en

l'admiration des

bibliophiles. Il

mourut

décembre 1561. « Il est vrai, disait Vitré

au XVIIe siècle, qu'il a été mis

des hommes illustres &

mort »,

mais la

au rang

a été récompensé de quantité d'éloges

après sa

fin malheureuse d'un grand serviteur de l'Etat cause toujours une impression de tristesse.

Les

caractères allaient

aux Estienne

nouveaux

permettre

& à leurs successeurs de porter la typographie grecque « au point

de la perfection ».

aimé de ses ouvriers dont il partageait la tâche ; à aucun moment

Travailleur infatigable, Robert Estienne était

ses ateliers ne furent atteints

les mouvements qui agitaient

par

alors la profession naissante. A l'instar de Plantin, il faisait affi-

cher les épreuves & offrait récompense à qui décèlerait une erreur.

Le cas était assez rare, car il avait choisi

savants de divers

correcteurs des

familiers,

ils

pour

étrangers. Devenus

pays

ses

employaient entre eux

le latin comme langage habituel. Aussi

dans cette maison

« tout le monde, y com pris les servantes, parlait

des imprimeurs

un basilic

:

royaux

«

rameau d'olivier sur

la langue de Plaute ». Robert créa la

marque

à tête de salamandre

s'enroulant ainsi qu'un

une pique ». Sans doute eut-il tort de mépriser certains de ses

collègues dont les impressions étaient médiocres & de braver la censure de l'Université, mettant même en doute les connaissances

élémentaires de quelques théologiens. Aussi, à la mort de son royal

protecteur, en 1547, subit-il les ressentiments de ceux qui,

intérêt,

par

jalousie ou malignité, eussent voulu contrarier ses initia-

la rançon habituelle pour quiconque ne suit pas les

tives ; c'est

chemins battus.

Comme

d'autres à

époque troublée, il dut s'expa-

il

y

monta une imprimerie en

tant

cette

trier ; réfugié à Genève en 1551,

association avec Conrad Bade, son beau-frère.

Les poinçons

avaient été

jugés dignes d'appartenir à la Cou-

grecs, déposés à la Chambre des Comptes ils

ronne,

devaient d'ailleurs être oubliés jusqu'en 1683. Robert Estienne,

qui en avait assuré l'achèvement & effectué les premières fontes, restait donc détenteur des matrices, à frappes certainement mul-

usage en

tiples & dont les imprimeurs privilégiés pouvaient

faire

l'origine du prêt :

Garamont, il avait

rappelant sur le frontispice de chaque

ouvrage

Regiis typis. Intermédiaire entre le Roi &

avancé à celui-ci le montant de ses factures &, jusqu'à ce qu'il en eût été intégralement remboursé, il pouvait considérer comme sa propriété les matrices dont tout naturellement il avait emporté

à Genève une quantité suffisante pour l'exercice de son métier.

Lorsque sera levé, en août 15

le séquestre mis sur les biens

52,

de l'exilé, le roi Henri II n'exprimera aucune revendication relati-

vement aux caractères

& en 1 561, deux ans après la mort

tradition familiale

fils du pro-

grecs,

de Robert, Catherine de Médicis, attachée

par à la typographie, nomma sans aucune hésitation le

scrit, Robert II, garde des caractères & poinçons du roi.

Mais Robert Estienne étant mort à

Genève en 155 9,

les matrices

d'un prêt de

son autre

à l'un de

fils Henri, lui-même imprimeur, engagea

ses amis, Nicolas Le Clerc,

pour

sûreté

quatre cents

gage entre les mains d'un cessionnaire, &, malgré une requête

écus d'or, dont deux cents seulement furent remboursés. Le

passa

ayant

du roi Henri IV, la Seigneurie de Genève également créancière

interdit tout dessaisissement. Une vente judiciaire

en 1616, l'agent de la France fut déclaré adjudicataire. Toute-

eu lieu

fois

revendication risquait d'être soulevée

Paul Estienne,

une

par roi d'Angleterre

que formulée, pour faci-

petit-fils du proscrit, &, à la même époque, le

exprimait la volonté d'intervenir dans cette affaire. C'est alors

l'accusation de détournement fut nettement

liter une négociation diplomatique des plus délicates.

Les matrices n'avaient manifestement

détériorées par l'usage

conçu

Suisse. C'est à

été emportées en

conservées à Paris

pas que les frappes

pour

totalité à Genève, & il fallut

eussent été

qu'en 1619 l'Assemblée

le projet d'une édition des Pères

se préoccupât de les renouveler. On avait égaré

du Clergé, ayant

lisées

en

& auteurs grecs, les poinçons. II

un

conseiller d'État, le sieur de Vic, de négocier avec Paul Estienne.

convenait donc de dégager les matrices immobi-

ce moment

que

Louis XIII chargea

avec

le Conseil de Genève ;

Celui-ci était en délicatesse

nier sur parole,

prison-

il s'était enfui en France ; un sauf-conduit délivré,

sur la demande du roi,

les syndics lui permit de se rendre sur

rap-

par

place sans danger. Il désintéressa la Seigneurie, &, en 1621,

les matricesà Paris. Elles furent confiées à Antoine Estienne,

porta

arrière-petit-fils de Robert, qui, plus tard, céda à vil prix des caractères à un libraire normand appartenant à la religion réfor-

mée. Aussi, le roi, par un arrêt du 20 juillet 1663, confirmant

celui du 25 mars 1642, interdit-il, sous peine de prison, toute

fonte de caractères sans son autorisation. Ce soin,

peut-être

excessif, apporté à la défense des caractères

pour «

se comprend

que

royaux,

en cette période de luttes religieuses. La Couronne craignait

les « hérétiques » n'en usassent

fiées comme ils avaient déjà commencé à le faire du

im primer des bibles falsi-

temps

du

Patriarche Cyrille », ou encore les jeter « dans tout l'Orient pour

gaster & pauvres

tianisme ». Une belle typographie était alors

de

tous les chrestiens de l'église

& les

chris-

corrompre

grecque

au

Turcs,

Arabes & Persans qui se convertissaient

un moyen

puissant

propagande, à condition, toutefois, d'être utilisée à bon escient.

guerres civiles qui déchirèrent la France sous Charles IX

aux souverains de développer faveur de la typographie.

III

permirent

par

pas

François Ier

en

Turnèbe (1552-1 555), « le plus grand

disait Montaigne, « & n'ayant de

1564),

Or, les

& Henri

ne l'action entreprise

Sans doute, Adrien

il y a mille ans »,

port

de

sa

robe

homme qui fût

pédant

Michel

que

le

», Claude Morel (1555

de Vascosan (1560-1576), Robert Estienne II (1561-

1 570) & Frédéric Ier Morel (1571-1580) conservèrent-ils la

magnifique tradition des Estienne, ce sens inné de l'harmonie,

cette nostalgie des beaux caractères les membres de cette illustre famille,

l'on retrouve chez tous

que dont le dernier représentant

en ligne directe, Henri Estienne, encore attaché à la profession, mourut en 1928 à Montrouge.

était délaissée ; les

imprimeurs du roi utilisaient les caractères les plus communs,

Mais au début du XVIIe siècle, la

marque

alors

des maisons privées employaient

les types royaux, même

que

à l'étranger, & sans en mentionner l'origine.

Comprenant le danger de cette situation

par

le prestige

amateur de

pour

royal, Louis XIII, conseillé

livres, voulut faire de son

de l'art graphique.

Richelieu, grand

règne une des brillantes périodes

Mais la Couronne ne possédait

pas

alors qu'en Italie le Saint-Siège & les

de caractères orientaux,

Médicis avaient, dès le

XVIe siècle, richement doté des imprimeries qu'ils employaientà la Propagation de la Foi dans le Levant.

Un heureux concours de circonstances permit d'y

pourvoir ;

en 1611, revenait de Constantinople, où il avait séjourné vingt-

deux ans comme ambassadeur de France, un érudit en langues & littératures orientales, Savary de Brèves. Il avait fait

graver sur place, d'après de somptueux manuscrits, des caractères

arabes, syriaques, turcs &

projet de créer une imprimerie

des Médicis ou de Grégoire XIII, & faisait venir de Rome,

persans. Dès 16 1 5, il affirmait son

capable de rivaliser avec celles

former à Paris des ouvriers sachant lire &