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06/10/2008

Maintenance des turbines à vapeur

par Henri-Pierre RAMELLA


Ingénieur, EDF

1. Objectifs de la maintenance ................................................................. BM 4 186 - 2


1.1 Prévention des accidents majeurs ............................................................. — 2
1.2 Limitation des indisponibilités fortuites .................................................... — 2
2. Exploitation ............................................................................................... — 2
2.1 Surveillance.................................................................................................. — 2
2.2 Essais et analyses périodiques................................................................... — 3
2.3 Maintenance préventive ............................................................................. — 3
3. Composants de la turbine ..................................................................... — 3
3.1 Parties mobiles (ou rotors) ......................................................................... — 3
3.2 Organes d’admission vapeur...................................................................... — 5
3.3 Clapets de soutirage.................................................................................... — 5
3.4 Paliers et butée de la ligne d’arbres........................................................... — 5
3.5 Parties fixes .................................................................................................. — 6
4. Conservation à l’arrêt ............................................................................. — 6
5. Conclusion ................................................................................................. — 6

L a turbine à vapeur est un des matériels stratégiques des installations de pro-


duction d’énergie électrique. Son indisponibilité entraîne la perte de la pro-
duction d’énergie, contrairement à d’autres matériels (pompes alimentaires,
pompes de circulation assistée, ventilateurs...) dont la redondance permet de
poursuivre l’exploitation des installations soit à pleine charge, soit éventuelle-
ment à charge partielle.
Par ailleurs, la turbine peut être le siège d’incidents graves, qualifiés d’acci-
dents majeurs, caractérisés par la destruction de la machine, voire l’émission de
projectiles des parties tournantes. Ces accidents, heureusement rares, présen-
tent des risques notables pour la sécurité des personnes et l’intégrité des instal-
lations.
La maintenance des turbines à vapeur revêt un caractère important qui vise les
deux objectifs suivants :
— la prévention des accidents majeurs. Il s’agit d’assurer la sécurité des per-
sonnes et des biens en prenant les dispositions pour éviter l’émission de projec-
tiles par les rotors ;
— la limitation des indisponibilités fortuites et de leurs conséquences écono-
miques.
Plus généralement, cette préoccupation d’éviter l’accident majeur est éga-
lement prise en compte dans la conduite des groupes turboalternateurs par la
mise en œuvre de moyens de surveillance et la réalisation d’essais périodiques
des systèmes de sécurité.

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1. Objectifs Ces considérations ont amené un développement particulier de la


maintenance préventive et de la surveillance dans ces domaines.
de la maintenance
2. Exploitation
1.1 Prévention des accidents majeurs
Les turbines à vapeur peuvent être classées en deux grandes caté-
L’énergie emmagasinée dans les rotors est à l’origine des consé- gories suivant qu’elles sont situées sur un cycle thermodynamique
quences potentiellement graves des accidents majeurs de turbines de type classique [B 1 250] ou nucléaire basse température (réacteur
de grande puissance (figure 1). Les précautions prises au stade de la à eau pressurisée [B 3 312] ou réacteur à eau bouillante). Les carac-
conception, de la fabrication, de la conduite et de la maintenance téristiques des cycles entraînent des différences d’une part dans la
des turbines visent à maintenir la probabilité d’apparition d’un acci- conception des machines, d’autre part sur les modes de dégradation
dent majeur à un niveau très faible (environ 10−4 par tranche et par et les actions de maintenance correspondantes.
an). Cependant, des destructions partielles ou totales de groupes
turboalternateurs se produisent parfois sur le parc mondial. ■ Le cycle classique se caractérise par une température élevée de la
vapeur qui nécessite que le concepteur et l’exploitant se préoccu-
Les accidents majeurs peuvent résulter de différentes causes. pent du phénomène de fluage des matériaux.
■ Éclatement brutal en survitesse de l’arbre d’un rotor sain : ce ■ Le cycle nucléaire basse température, qui se caractérise par une
mode de ruine est engendré, lors de l’emballement du groupe tur- température de vapeur plus faible, ne soumet pas les machines au
boalternateur, par les efforts centrifuges supérieurs à la limite de phénomène de fluage. Par contre, la détente de la vapeur, qui
résistance du matériau. s’effectue pour une grande partie dans le domaine humide, rend les
■ Fissuration transverse à l’axe d’un rotor sous l’effet de la fatigue machines sensibles aux phénomènes d’érosion et de corrosion sous
par flexion rotative. contrainte. En général, ces machines fonctionnent à mi-vitesse de
rotation des turbines des cycles classiques et leurs composants pré-
■ Rupture brutale de l’arbre d’un rotor en survitesse ou à vitesse sentent des dimensions plus importantes.
nominale. Ce mode de ruine, qui intervient à une vitesse inférieure
Cependant, à l’exception de quelques points spécifiques de sur-
à la survitesse d’éclatement du rotor sain, a pour origine la présence
veillance liés aux caractéristiques des cycles thermodynamiques, la
de défauts qui se développent :
maintenance des turbines à vapeur des cycles classiques et des
— sous l’action de la fatigue (en particulier lors des cycles démar- cycles nucléaires relève de la même philosophie.
rage-arrêt) ;
L’optimisation des coûts de maintenance s’appuie sur le retour
— sous l’effet de fatigue-fretting, fatigue-corrosion ;
d’expérience général du comportement des machines. Cette ana-
— sous l’effet de la corrosion sous contrainte ;
lyse conduit à l’établissement de spécifications d’exploitation dans
— sous l’effet du fluage pour les rotors « haute température ». les domaines de la surveillance, des essais et analyses périodiques,
Dans le cas de turbines ayant accumulé un grand nombre d’heu- et de la maintenance des turbines à vapeur.
res de fonctionnement, la nocivité de certains de ces phénomènes
est accrue par l’augmentation de la température de transition avec
le vieillissement du matériau en température qui conduit à des
tailles de défauts critiques inférieures. 2.1 Surveillance
Afin d’éviter l’apparition d’accidents majeurs, l’exploitant cherche
à limiter les risques d’emballement de la ligne d’arbres et à maîtriser
La surveillance en exploitation relève généralement de la
le développement des défauts pouvant affecter l’intégrité des
conduite des installations ; elle constitue la première action de
rotors. Il doit porter son attention en priorité sur :
maintenance. Elle revêt un caractère essentiel et permet de détecter,
— l’état et le fonctionnement des organes d’admission vapeur par l’évolution anormale d’un ou de plusieurs paramètres, une
(§ 3.2) ; défaillance potentielle qui pourrait compromettre à terme la dispo-
— l’état et le fonctionnement des clapets de soutirage (si la nibilité des machines.
machine est équipée de ces dispositifs) (§ 3.3) ;
Elle permet d’engager des actions d’analyse, de diagnostic et de
— le bon fonctionnement des dispositifs de sécurité contre les
maintenance conditionnelle pertinentes. Les coûts de maintenance
survitesses ;
et les indisponibilités seront d’autant plus faibles que les spécifica-
— la recherche et la surveillance des défauts sur les rotors (§ 3.1).
tions auront été respectées et les anomalies détectées de façon pré-
coce.
La surveillance en exploitation s’exerce au travers de différentes
1.2 Limitation des indisponibilités actions.
fortuites
2.1.1 Ronde
En complément des actions destinées à éviter l’accident majeur,
des dispositions sont nécessaires pour limiter les indisponibilités Certaines anomalies de matériels peuvent se manifester par des
fortuites des turbines. Les défaillances correspondantes, si elles ne symptômes observables lors des rondes effectuées par l’exploitant
remettent pas en cause l’intégrité de la ligne d’arbres, entraînent sur les installations. Ces manifestations peuvent permettre de détec-
généralement des indisponibilités longues et des réparations lour- ter de façon précoce des maladies potentielles. Ce sont notamment :
des et onéreuses. Les analyses statistiques montrent que les princi- — l’apparition de fuites ;
pales causes d’indisponibilité concernent trois grands ensembles : — un niveau anormal de vibration ou de température à proximité
— les parties mobiles (rotors équipés de leurs ailettes) (§ 3.1) ; des machines ;
— les organes d’admission vapeur (§ 3.2) ; — l’évolution du niveau sonore ou l’apparition de bruits sus-
— les paliers et la butée de la ligne d’arbres (§ 3.4). pects.

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Toute évolution jugée anormale doit faire l’objet d’une analyse — les essais périodiques des organes d’admission vapeur (temps
complémentaire afin d’en déterminer la cause. Dans certains cas, de fermeture, course, temps de ralentissement de la machine) ;
l’analyse de paramètres mesurés s’avère indispensable et nécessite — les essais périodiques des protections des turbines, en particu-
l’examen des enregistrements d’exploitation, voire la mise en lier les protections contre les survitesses sont testées périodique-
œuvre d’instrumentations complémentaires, de contrôles ou ment par simulation et en réel.
d’essais spécifiques afin de préciser le diagnostic.
On peut relever d’autres essais ou analyses réalisés couramment
en exploitation :
2.1.2 Surveillance des paramètres d’exploitation — la signature vibratoire de la ligne d’arbres lors du ralentis-
sement ;
— les analyses physico-chimiques des fluides de graissage et de
Il est essentiel d’effectuer un suivi de l’évolution de l’ensemble
régulation ;
des paramètres mesurés en exploitation qui sont, pour la plupart,
— les essais de bon fonctionnement des matériels de secours
enregistrés en salle de commande des tranches de production. Cette
(pompes de graissage).
surveillance est réalisée lors du fonctionnement des installations
aux conditions nominales mais elle s’avère également utile lors des
phases transitoires d’exploitation (démarrage, arrêt, prise de
charge...). L’objectif n’est pas seulement de vérifier que les critères 2.3 Maintenance préventive
admissibles ou les seuils d’alarme ne sont pas atteints, l’analyse
doit porter sur toute évolution anormale, même si celle-ci reste en
deçà des limites préconisées par les consignes. Les variations de
Si la surveillance permet de mettre en œuvre certaines actions de
certains paramètres (par exemple, les vibrations de la ligne d’arbres
maintenance conditionnelle, la plupart des dégradations observées
ou la température des coussinets), représentatifs du comportement
sur les composants de la turbine restent difficilement détectables et
des machines, peuvent alerter sur l’apparition ou l’évolution d’un
contrôlables lorsque la machine est en exploitation ou à l’arrêt corps
processus de dégradation.
fermé. Par ailleurs, le temps d’incubation avant amorçage et la ciné-
L’exploitation hors des domaines préconisés par les consignes est tique des phénomènes sont très variables et dépendent de nom-
susceptible d’affecter à terme la durée de vie des machines. C’est le breux paramètres. On peut citer par exemple :
cas par exemple des consignes de températures du metal turbine et — la fabrication des pièces (conception, hétérogénéité des maté-
des spécifications chimiques du circuit eau-vapeur. riaux, qualité d’usinage...) ;
Parmi les paramètres d’exploitation enregistrés en salle de com- — le montage du groupe turboalternateur ;
mande, on peut relever : — l’historique de l’exploitation de la tranche (cycles arrêt/démar-
— les caractéristiques pression – température de la vapeur à rage, caractéristiques chimiques de la vapeur, température de la
l’admission de la turbine ; vapeur, conditions de vide, humidité de la vapeur basse pression,
— les températures du métal des stators en différents points de la conditions de conservation à l’arrêt, incidents de type pollution ou
ligne de détente ; choc thermique...).
— les dilatations des parties fixes et des parties tournantes, leur L’entretien des turbines s’appuie donc principalement sur un pro-
dilatation différentielle étant particulièrement surveillée lors des gramme de maintenance préventive systématique réalisé lors de
démarrages ; visites périodiques dites révisions.
— l’usure et la température de la butée ; Selon le mode d’exploitation des installations, la fréquence des
— l’amplitude des vibrations de la ligne d’arbres ; révisions est déterminée de façon calendaire ou en fonction de critè-
— la température du métal antifriction des coussinets qui suppor- res de fonctionnement. On détermine, pour les installations qui ne
tent la ligne d’arbres ; fonctionnent pas en base, les « heures équivalentes de marche »
— l’écart de température avant/arrière de chaque coussinet, représentatives des heures de marche réelles et du nombre de
représentatif de la position de la ligne d’arbres en service ; démarrages à froid et à chaud du groupe.
— la température de l’huile de graissage, à la sortie du réfrigérant
Certains processus de dégradation connus conduisent à la réalisa-
et sur le retour d’huile après passage dans les paliers ;
tion de visites partielles dont la fréquence est liée à la cinétique
— le vide au condenseur. d’évolution de la dégradation correspondante.
Certains de ces paramètres sont assortis de seuils d’alarme et de Suivant les résultats, des expertises réalisées lors des révisions,
déclenchement du groupe turboalternateur. des analyses et des contrôles plus approfondis sont alors à engager
Il faut noter que les enregistreurs d’exploitation disposent des pour préciser l’état de santé des matériels.
performances limitées pour ce qui concerne l’analyse du comporte- L’exploitant sera particulièrement vigilant quant à l’application
ment vibratoire des lignes d’arbres. L’évolution des capteurs et la des programmes de maintenance relatifs aux organes dont la
mise en œuvre de baies de surveillance spécialisées permettent le défaillance peut entraîner un accident majeur.
traitement et l’analyse des différentes composantes harmoniques
du signal vibratoire. Les informations peuvent être transmises en
temps réel aux experts chargés du diagnostic par le réseau de télé-
communications des entreprises.
3. Composants de la turbine
2.2 Essais et analyses périodiques
3.1 Parties mobiles (ou rotors)
Les essais et les analyses périodiques sont destinés à vérifier que
les caractéristiques fonctionnelles des matériels et des fluides sont Nous avons vu précédemment (§ 1.1) que l’ampleur des accidents
maintenues dans des domaines admissibles et permettent de suivre majeurs est la conséquence des niveaux d’énergie emmagasinés
leur évolution par la comparaison régulière de leurs valeurs. Les dans les rotors. Nous nous intéressons ici aux actions de mainte-
essais destinés à la prévention des risques d’emballement de la nance qui concernent ces seuls composants, destinées à garantir
ligne d’arbres sont : leur intégrité, sachant que la maintenance visant à limiter les risques

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d’emballement de la ligne d’arbres est traitée dans le paragraphe


relatif aux organes d’admission vapeur (§ 3.2). Contrôles non destructifs
Les turbines à vapeur sont équipées de rotors construits selon
■ Ressuage
trois types de conception :
— rotor monobloc forgé ; Le ressuage consiste à enduire la zone à contrôler d’un liquide
— rotor à disques frettés ; pénétrant et, après rinçage de l’excès de pénétrant à la surface
— rotor soudé. de la pièce, à appliquer sur cette surface un révélateur. Le péné-
trant contenu dans les défauts diffuse dans le révélateur et per-
Ces différentes conceptions, qui dépendent de la dimension des met ainsi leur détection et l’évaluation de leur longueur.
pièces et de la maîtrise technique correspondante des construc-
teurs, sont déterminantes pour la définition des zones sensibles à Ce type de contrôle, de mise en œuvre simple, est fréquem-
contrôler sur ces composants. ment utilisé. Il permet de caractériser les dimensions en surface
des seuls défauts débouchants.
■ Magnétoscopie
3.1.1 Fissuration transverse à l’axe d’un rotor La magnétoscopie consiste à aimanter la pièce à contrôler par
un électroaimant à poste fixe ou en l’entourant de spires et à
Cette fissuration, de direction transverse à l’axe du rotor, se pro- examiner sa surface sur laquelle un révélateur a été appliqué.
page par fatigue en flexion alternée. Le développement de ce type Les produits indicateurs déposés sur la pièce peuvent être une
de défaut peut conduire, dans le cas extrême, à la rupture de l’arbre poudre sèche (oxyde de fer magnétique) ou une liqueur magné-
du rotor et engendrer la destruction complète de la ligne d’arbres. tique (poudre magnétique en suspension dans du kérosène ou
La première disposition consiste à réaliser et à maintenir un de l’eau). Il existe des produits indicateurs fluorescents révélant
lignage rigoureux de la ligne d’arbres. Un désalignement des paliers des images magnétiques visibles sous lumière ultraviolette A.
engendre en effet une augmentation des contraintes de flexion Les défauts présents dans la pièce créent localement des pertur-
alternée dans les rotors (§ 3.3). bations des lignes de champ magnétique et sont révélés par
l’accumulation des particules ferromagnétiques.
La maintenance préventive a pour objet de détecter le développe-
ment de ces défauts dans les zones sensibles des rotors et de sur- Ce type de contrôle permet, sur des matériaux ferromagné-
veiller l’apparition d’anomalies dans le comportement vibratoire de tiques, de caractériser les dimensions en surface des défauts, à
la machine. condition qu’ils soient débouchants ou sous-jacents.

■ Inspection des zones sensibles ■ Contrôle ultrasonore


La recherche des défauts est conditionnée par la technique de Le contrôle ultrasonore consiste à générer une impulsion
fabrication des rotors : arbres des rotors à disques frettés, congés mécanique dans la pièce à examiner à partir d’éléments piézo-
de raccordement des disques sur le fût des rotors monoblocs, sou- électriques. La fréquence nominale des palpeurs et la dimension
dures des rotors à disques soudés. Ces contrôles sont généralement des pastilles piézo-électriques sont choisis en fonction de la
réalisés par magnétoscopie ou contrôle ultrasonore (voir encadré nature du matériau et des dimensions de la pièce considérée. Le
Contrôles non destructifs). faisceau acoustique se propage dans la pièce et est réfléchi par
les obstacles présents sur son parcours. Le palpeur est placé de
■ Analyse du comportement vibratoire façon à obtenir l’écho maximum sur le réflecteur présent
L’expérience montre que la fissuration se propage généralement (défaut). L’écho est recueilli par un récepteur et traduit en signal
de manière non axisymétrique et influe sur le comportement vibra- électrique permettant de mesurer l’amplitude de l’écho en fonc-
toire de la ligne d’arbres. Cependant, la variation du comportement tion du temps de parcours.
vibratoire, qui n’est détectée par les appareils d’exploitation qu’à un Ce type de contrôle permet la détection de défauts situés à
stade tardif du processus de fissuration, nécessite une instrumenta- l’intérieur des pièces. Les performances de la méthode sont
tion spécifique pour être décelée de façon précoce. cependant très sensibles à la nature du matériau contrôlé.
La réalisation de la signature vibratoire du groupe lors des ralen-
tissements et l’analyse de la situation des vitesses critiques peut — les dernières ailettes des rotors basse pression des groupes de
également permettre la détection d’une anomalie : la fissuration grande puissance, par contrôle ultrasonore ou magnétoscopie. Le
transverse peut entraîner un léger décalage des vitesses critiques de balourd engendré par le départ de telles ailettes peut conduire,
l’arbre. selon les capacités de tenue mécanique des paliers, à la destruction
Il faut noter que ce type d’analyse n’est plus du ressort de l’exploi- de la ligne d’arbres.
tant mais requiert des compétences d’experts (constructeurs de tur-
bines, fournisseurs d’appareillages et de systèmes d’analyse
vibratoire, par exemple). 3.1.3 Autres dispositions
En complément des actions de maintenance destinées à éviter
3.1.2 Rupture brutale d’un rotor à vitesse nominale l’accident majeur de turbine, des dispositions sont prises pour limi-
ter l’indisponibilité due aux rotors. Les principales dispositions
ou en survitesse
sont :
Les dispositions portent sur la recherche de défauts dont le déve- — le contrôle magnétoscopique des ailettes destiné à détecter les
loppement peut être à l’origine de la rupture brutale des rotors. Elle fissurations dans la pale des ailettes ;
s’effectue dans les zones les plus sensibles telles que : — le contrôle de l’accrochage des ailettes sur le rotor, contrôle
ultrasonore des « pieds » d’ailettes ;
— les disques des rotors à disques frettés, par contrôle ultra-
— le contrôle du liaisonnement entre les ailettes (fils de liaison ou
sonore ;
étançons) ;
— les congés de raccordement des disques « haute tempé-
— l’examen visuel destiné à rechercher des traces d’érosion, de
rature » sur le fût des rotors des turbines des cycles « classiques ».
frottement ou de chocs ;
Ces examens sont réalisés par magnétoscopie ;
— le contrôle du débattement du rotor, des jeux axiaux et radiaux
Nota : la zone affectée de fissuration par fatigue thermique peut être régénérée par
l’enlèvement de la couche superficielle endommagée. Des défauts plus profonds peuvent entre rotor et stator afin de réduire les risques de contact entre les
être éliminés par usinage d’un nouveau profil. parties mobiles et les parties fixes de la turbine ;

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— le contrôle géométrique de la déformation des rotors ; — la mesure de déformation des corps dans les zones à fortes
— l’examen de l’état des soies (zones en regard des coussinets), contraintes mécaniques sous l’action du fluage. Suivant la concep-
du collet de butée et des accouplements. tion des appareils, cette déformation se développe dans la zone
d’emboîtement du tampon autoclave de fermeture et peut être
accompagnée d’un phénomène de fissuration.
3.2 Organes d’admission vapeur

Les organes d’admission vapeur comprennent :


3.3 Clapets de soutirage
— les vannes d’arrêt destinées à interrompre le débit de vapeur
dans un temps requis de quelques dixièmes de seconde lors des 3.3.1 Limitation du risque d’emballement
déclenchements ; de la ligne d’arbres
— les soupapes de réglage dont le rôle est de régler la vitesse de
la turbine et, une fois le groupe turboalternateur couplé au réseau Les clapets de soutirage protègent la turbine contre les survites-
électrique, de régler sa puissance. ses consécutives à une éventuelle revaporisation de l’eau contenue
Il faut considérer que les soupapes de réglage, également capa- dans les réchauffeurs lors de la fermeture des organes d’admission.
bles d’interrompre le flux de vapeur en cas de déclenchement, cons- Les dispositions de maintenance visent à vérifier leur fonctionne-
tituent, avec les vannes d’arrêt, un système de sécurité redondant. ment lors d’essais périodiques et à examiner leur état lors des révi-
sions. Elles sont similaires aux dispositions prises pour la
maintenance des organes d’admission vapeur (§ 3.2.1).
3.2.1 Limitation du risque d’emballement
de la ligne d’arbres
3.3.2 Retours d’eau dans la turbine
Les dispositions de maintenance visent principalement à vérifier
que ces organes assurent bien leur rôle de sécurité vis-à-vis du ris- Sans conduire dans tous les cas à la mise en survitesse de la ligne
que d’emballement de la ligne d’arbres. Les premières dispositions d’arbres, la défaillance d’un clapet de soutirage peut entraîner des
sont constituées par des essais périodiques réalisés en exploitation : dommages importants tels que la déformation d’un rotor par retour
— le contrôle d’étanchéité, par la mesure du temps d’arrêt de la d’eau ou de vapeur « froide » des réchauffeurs.
machine lors des déclenchements ;
— le contrôle du bon fonctionnement, réalisé de manière systé-
matique. Il s’agit, tranche en marche, de fermer un organe et de véri- 3.4 Paliers et butée de la ligne d’arbres
fier que l’obturateur effectue la totalité de sa course dans un temps
inférieur à la durée maximale admissible de fermeture.
Ces appareils sont soumis en exploitation à de fortes sollicitations Les principales dispositions de maintenance pour limiter les indis-
mécaniques dues à : ponibilités imputables à ces matériels portent sur l’ensemble de la
ligne d’arbres, y compris l’alternateur. Elles comprennent :
— leur fermeture rapide lors des déclenchements de la turbine ;
— l’excitation permanente des structures des organes de réglage — le maintien d’une géométrie rigoureuse de la ligne d’arbres, ou
travaillant en laminage par l’écoulement de vapeur. lignage, du groupe turboalternateur qui permet de diminuer les
risques :
Ces sollicitations mécaniques entraînent des dégradations préju-
diciables au bon fonctionnement des organes qui nécessitent la réa- • de fissuration transverse des rotors par flexion rotative,
lisation d’expertises lors de révisions périodiques. Les principales • de comportement vibratoire anormal suite à des reports de
dispositions de maintenance concernent : charges favorables à l’apparition des phénomènes d’instabilité de
— l’examen des portées du couple siège/clapet. L’attention est film d’huile,
portée sur la recherche de fissuration dans le revêtement en Stellite • d’échauffement du métal antifriction des coussinets,
(alliage de cobalt, chrome, tungstène et carbone) du siège. Ces • de rupture de film d’huile ;
contrôles sont généralement réalisés par ressuage ; Nota : un lignage correct permet de limiter à des valeurs faibles les moments de
— l’examen de l’état mécanique des éléments internes : expertise flexion transmis par les accouplements lors du fonctionnement du groupe. Le réglage est
réalisé à froid pour obtenir, machine en service, des plateaux d’accouplement des rotors
visuelle, contrôle géométrique et dimensionnel (recherche des parallèles et concentriques correspondant à une géométrie de la ligne d’arbres la plus pro-
déformations, rayures, contrôle des jeux fonctionnels...). che de la forme idéale de la chaînette.
— le maintien d’un équilibrage (voir encadré Méthodes d’équili-
brage des rotors) satisfaisant de l’ensemble de la ligne d’arbres à
3.2.2 Autres dispositions vitesse nominale et au passage des vitesses critiques lors des
ralentissements ;
Par ailleurs, les organes installés sur des cycles classiques sont — le contrôle de l’état du métal antifriction des coussinets, et
également soumis à des contraintes thermiques dues : contrôle ultrasonore de son adhérence sur le métal de base ;
— aux gradients de température supportés lors des transitoires — le contrôle du jeu de la butée ;
de démarrage (supérieurs à 100 °C/h pendant plusieurs minutes) ; — le contrôle de l’état du métal antifriction des patins de butée et
— à une température en service élevée (en général supérieure à de son adhérence sur le métal de base ;
500 °C). — le maintien de la qualité de l’huile de graissage, par des analy-
Les dégradations engendrées, si elles ne remettent pas directe- ses périodiques de ses caractéristiques physico-chimiques.
ment en cause la fonction de l’organe, imposent néanmoins des dis- Il faut noter que la sensibilité des machines au désalignement
positions particulières. On recense deux types de défauts qui font dépend de la technique de construction adoptée : un ou deux paliers
l’objet des examens suivants : par rotor, coussinets elliptiques ou à patins, conception des rotors.
— la recherche par ressuage des défauts de fissuration par fati- Cela se traduit par des différences de comportement notables en
gue thermique. Ces défauts se développent dans les zones réparées fonction des technologies. On constate également des différences
lors de la fabrication par fonderie des corps des appareils ou dans dans le comportement de machines de conception identique qui
les zones fortement sollicitées (zones des purges par exemple). Ces imposent que les règles de lignage et d’équilibrage soient adaptées
défauts sont en général éliminés par affouillement ; à la spécificité de chaque ligne d’arbres.

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Des dispositions de surveillance en exploitation sont également — la mesure de la déformation des diaphragmes « chauds » qui
prises, qui concernent les paramètres les plus sensibles aux anoma- peut entraîner une réduction des jeux entre parties fixes et mobiles ;
lies de lignage et d’équilibrage, soit les vibrations des rotors et les — la recherche par examen visuel ou ressuage des défauts initiés
températures du métal antifriction des coussinets. Ces dernières, par fatigue thermique dans les zones de concentration de contrain-
qui sont mesurées au plus près de la surface du métal antifriction en tes (pipes d’admission, emboîtement des diaphragmes...) ;
deux points situés à l’avant et à l’arrière sur la génératrice la plus
— le contrôle des jeux de clavettes de positionnement des corps ;
chargée du coussinet, constituent les paramètres les plus représen-
tatifs de la situation de la ligne d’arbres. La surveillance doit porter — le contrôle ultrasonore ou magnétoscopiques de la
sur les valeurs respectives de ces températures et leur évolution goujonnerie ;
dans le temps et sur l’observation de l’écart entre les températures — la mesure de l’allongement résiduel des goujons « chauds »
avant/arrière d’un même coussinet. pour les machines des cycles classiques.

Méthodes d’équilibrage des rotors

L’équilibrage des rotors peut être réalisé soit par adjonction


4. Conservation à l’arrêt
de masses positionnées sur les « plans d’équilibrage », soit par
enlèvement de matière.
L’arrêt prolongé des installations (pour des tranches qui présen-
■ Équilibrage séparé des rotors tent un fonctionnement saisonnier par exemple) peut s’avérer plus
préjudiciable à l’état des matériels que leur exploitation aux condi-
Cette méthode permet de disposer de l’accès à tous les plans
tions nominales de fonctionnement. En particulier, le maintien de la
d’équilibrage d’un rotor, mais l’influence des autres rotors de la
turbine dans une atmosphère humide et éventuellement agressive
même ligne d’arbres n’est pas prise en compte.
constitue un facteur favorisant les phénomènes de corrosion ou de
● Équilibrage séparé à vitesse nominale fatigue-corrosion susceptibles de se développer dans les zones sen-
Les constructeurs qui disposent d’installations adaptées (fos- sibles.
ses d’équilibrage sous vide) réalisent l’équilibrage des rotors à
La première préoccupation de l’exploitant est la mise en conser-
vitesse nominale dans leur atelier avant le montage sur site du
vation en ambiance sèche le plus tôt possible, dès l’arrêt de la
groupe turboalternateur. Le rotor est équilibré au plus près des
machine. La mise en état de conservation est assurée par un
conditions de service. En exploitation, ce type d’équilibrage
balayage de toutes les parties du circuit vapeur de la turbine par un
nécessite le transport des rotors sur le lieu de la fosse sous vide.
flux d’air sec grâce à des moyens externes. Quand cela est possible,
● Équilibrage séparé à basse vitesse la vidange et le séchage du condenseur sont préconisés.
Cette opération est réalisée en général sur le site d’exploita-
tion où est transporté un banc d’équilibrage mobile. Les rotors La qualité de la conservation est vérifiée régulièrement par l’ana-
sont équilibrés, selon leur taille, à une vitesse de quelques cen- lyse du taux d’humidité de l’air aux exutoires. D’autres actions vien-
taines de tours par minutes environ. Il faut noter que cette nent compléter ces dispositions dont les principales sont :
méthode n’est pas adaptée pour des rotors très flexibles dont le — le virage périodique de la ligne d’arbres, destiné à conserver
comportement à vitesse nominale diffère du comportement à un film d’huile protecteur sur les soies des rotors ;
basse vitesse. — le dégommage des actionneurs des organes d’admission
Nota : la vitesse nominale est de 3 000 tr/min pour les groupes turboalternateurs à vapeur par leur manœuvre périodique ;
une paire de pôles, 1 500 tr/min pour ceux à deux paires de pôles dans les pays ali-
mentés en 50 Hz. Dans les pays alimentés en 60 Hz, les vitesses sont respectivement — la mise en service régulière des circuits de fluides (graissage,
3 600 et 1 800 tr/min. Certaines turbines, de faible puissance, sont équipées de réduc- régulation, soulèvement) ;
teurs et disposent de vitesses de rotation supérieures à la fréquence du réseau.
— l’analyse des caractéristiques physico-chimiques de l’huile de
■ Équilibrage à chaud in situ de la ligne d’arbres graissage.
Le groupe turboalternateur est instrumenté spécifiquement
pour l’équilibrage et lancé à vitesse nominale. Cette méthode
permet d’équilibrer l’ensemble d’une ligne d’arbres dans les
conditions réelles de fonctionnement. Le nombre de plans 5. Conclusion
d’équilibrage accessibles est cependant limité : en général,
ceux-ci se situent sur les disques d’extrémité des rotors ou sur
les plateaux d’accouplement. La gravité potentielle des accidents de turbines à vapeur nécessite
de mettre en œuvre des dispositions rigoureuses de surveillance et
de maintenance afin de limiter le risque d’emballement des lignes
d’arbres et de maîtriser le développement des défauts d’intégrité
3.5 Parties fixes des rotors. Il ne faut cependant pas négliger les autres facteurs de
défaillance qui, s’ils ne présentent pas un caractère de destruction
majeure, peuvent entraîner des dégradations notables et en consé-
Les principales dispositions relatives à la maintenance des parties quence, des réparations lourdes et des pertes de production impor-
statoriques portent sur : tantes. On peut citer par exemple :

— l’examen visuel et le contrôle par ressuage des tuyères — la défaillance de la butée qui peut engendrer le frottement des
d’admission (ou premier étage fixe) des turbines des cycles classi- rotors et des stators et nécessiter le remplacement des aubages
ques. Ces pièces sont soumises à des phénomènes d’érosion et/ou mobiles et fixes ;
d’abrasion dont le développement peut entraîner la déformation des — la défaillance d’un coussinet qui peut aboutir à la destruction
canaux et perturber l’écoulement de vapeur. La modification de du métal antifriction et au contact de la soie du rotor avec le métal
l’angle d’attaque de la vapeur sur la première roue du rotor peut être de base du coussinet, et nécessiter la reprise de la portée du rotor
à l’origine d’une excitation néfaste pour la tenue mécanique des par usinage.
ailettes ; Enfin, le respect des spécifications d’exploitation, spécifications
— le contrôle des aubages fixes : recherche des traces de frotte- chimiques du circuit eau-vapeur notamment, est essentiel pour le
ment, érosion, chocs, fissures... ; maintien dans la durée du bon état des matériels.

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__________________________________________________________________________________________________ MAINTENANCE DES TURBINES À VAPEUR

Rotor HP Butée Rotor MP Rotor BP

Corps interne HP Soupape HP Soupape MP Accouplement MP/BP

Corps
externe HP

Échappement au condenseur
Coussinet
d'admission HP Coussinet Soutirage
d'admission MP

Palier Module Palier Module Palier Module Palier


HP avant haute pression HP/MP moyenne pression MP/BP basse pression BP/alternateur

Figure 1 – Turbine de 250 MW à trois corps haute pression/moyenne pression/basse pression

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