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10/08/2018 Le Maroc au présent - Les langues au Maroc : réalités, changements et évolutions linguistiques - Centre Jacques-Berque

Centre
Jacques-
Berque
Le Maroc au présent | Baudouin Dupret, Zakaria Rhani, Assia
Boutaleb, et al.

Les langues au
Maroc : réalités,
changements et
évolutions
linguistiques
Karima Ziamari et Jan Jaap
De Ruiter
p. 441-462
https://books.openedition.org/cjb/1068?lang=fr 1/31
10/08/2018 Le Maroc au présent - Les langues au Maroc : réalités, changements et évolutions linguistiques - Centre Jacques-Berque

Texte intégral
1 La question linguistique au Maroc demeure au cœur des
polémiques les plus passionnées. Elle est non seulement
extrêmement sensible, mais elle connaît également des
évolutions importantes et se trouve au centre d’enjeux
importants. Cette contribution se veut une revue des
principales transformations inhérentes à la question
linguistique au Maroc depuis une dizaine d’années. Dans un
premier temps, nous présenterons la situation générale.
Nous exposerons, ensuite et plus précisément, les langues en
présence soumises à des enjeux sociaux et politiques. Enfin,
nous aborderons les aspects sociaux qui sous-tendent
l’évolution des pratiques langagières.

Quand le plurilinguisme l’emporte


2 Plusieurs langues et variétés linguistiques coexistent
actuellement au Maroc, ce qui lui confère le statut d’État
plurilingue (Benítez-Fernandéz, Miller, de Ruiter et Tamer
2013 ; Messaoudi 2013, de Ruiter et Ziamari, à paraître). Ces
langues sont l’arabe standard, l’arabe marocain ou darija,
l’amazigh, le français, l’anglais et l’espagnol ; elles ne sont
pas en usage ou reconnues par les institutions de manière
équivalente.
3 Le Maroc a connu dernièrement un changement sans égal en
termes de politique linguistique. La nouvelle Constitution,
approuvée par référendum en juillet 2011, a revu le statut
des langues. Alors que toutes les versions des constitutions
précédentes ne reconnaissaient qu’une seule et unique
langue officielle, l’arabe, celle de 2011 fait exception :
« L’arabe demeure la langue officielle de l’Etat. L’Etat œuvre
à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi
qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazigh
constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que
patrimoine commun à tous les Marocains sans exception
(extrait de l’article 5). »
4 Les deux langues ne sont toutefois pas officialisées au même
niveau : l’arabe est « la » langue officielle, tandis que
l’amazigh est « une » langue officielle. La distinction entre la
langue officielle et une langue officielle agace certains
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militants amazighs (Oiry-Varacca, 2012). De plus, le terme


« patrimoine » relève du registre symbolique. L’amazigh est
figé dans l’idée d’un héritage que partagent les Marocains.
Par ailleurs, l’amazigh attend une loi organique pour la mise
en pratique de son officialisation : « Une loi organique
définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de
cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans
l’enseignement et dans les domaines prioritaires de la vie
publique (extrait de l’article 5). »
5 La Constitution s’est également positionnée par rapport aux
autres variétés en usage. Il est question pour l’État de
préserver le hassani, la langue parlée au sud du Maroc et en
Mauritanie, et de protéger les parlers pratiqués. Par ailleurs,
l’État reconnaît l’intérêt de l’apprentissage et de la maîtrise
des langues étrangères : « L’Etat œuvre à la préservation du
hassani, en tant que partie intégrante de l’identité culturelle
marocaine unie, ainsi qu’à la protection des parlers et des
expressions culturelles pratiqués au Maroc. De même, il
veille à la cohérence de la politique linguistique et culturelle
nationale et à l’apprentissage et la maîtrise des langues
étrangères les plus utilisées dans le monde […] (extrait de
l’article 5). »
6 Ce qui constitue l’avancée de la nouvelle Constitution est la
reconnaissance, aussi minime soit-elle, de certaines langues
vernaculaires ou maternelles, ce qu’aucune autre
Constitution n’avait fait auparavant (Benítez-Fernandéz,
Miller, de Ruiter et Tamer, 2013, p. 24), même si elle ne
nomme pas explicitement la darija. Par conséquent, ce texte
admet une certaine diversité linguistique, en phase avec la
réalité du pays.

L’arabe standard : l’arabe que l’on ne parle


1
pas
7 C’est « la » langue officielle quoique l’on ne lui accole pas
souvent d’adjectif. En effet, l’épithète est polémique et
« idéolinguistique » (Larcher, 2008). Langue non
vernaculaire, l’arabe standard, littéral, littéraire ou même
fusḥa, a toujours récolté tout le prestige dont sont
dépourvues certaines autres langues au Maroc, notamment
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l’arabe marocain. D’abord, c’est une langue écrite, et ce


caractère scripturaire lui donne un pouvoir particulier allant
dans le sens d’une « hiérarchisation statutaire des langues »
fondée sur « langues écrites versus langues orales » (Miller,
2011, p. 60). Ce qui renforce le rapport diglossique avec
l’arabe marocain ou la darija. Ensuite, c’est la langue de la
domination sociale et politique, des discours officiels, celle
de l’élite, celle qui représente la norme.
8 L’arabe standard « n’est la langue naturelle d’aucun
Marocain » (Aboulkacem, 2005, p. 241) dans la mesure où il
n’a pas de locuteurs natifs puisqu’on l’apprend généralement
à l’école. Pourtant, cette langue est présente dans plusieurs
domaines. Elle est la langue de l’enseignement, du primaire
au supérieur, dans la plupart des filières. Elle est aussi la
langue des médias, de la presse et de l’administration. C’est
la langue du sacré, de l’islam, de la prière et des rituels
religieux. (Grandguillaume, 2004 ; de Ruiter, 2006), celle de
« la révélation » et de « Dieu » (Cohen, 2011, p. 249).
9 En tant que langue dominante, l’arabe standard jouit ainsi
de l’argument du sacré et du religieux comme de l’argument
politique. L’idéologie dominante relative à cette langue, issue
du panarabisme, est celle de l’arabisation. Par « besoin
d’authenticité » (Grandguillaume, 2004), de promouvoir
une identité arabe loin de la colonisation, les nationalistes
panarabes se sont engagés dans la défense et la promotion
de cette langue. Ainsi, « l’arabe renvoyait à l’authenticité
marocaine et à l’unité nationale à travers des
argumentations à caractère religieux (l’arabe est la langue
sacré du Coran), idéologique (le panarabisme), culturel
(l’appartenance historique à la communauté arabo-
musulmane), politique (la force unificatrice nationale de la
langue) » (de Poli, 2005, p. 15). Le modèle jacobin calqué sur
L’Etat-nation prime et le linguistique croise l’idéologique. Et
« tout plaidoyer en faveur du dialecte est une attaque contre
l’islam et contre la nation arabe » (Larcher, 2008, p. 30).
10 Cette situation que l’on pensait immuable et fixe et où
l’arabe standard s’est imposé en écrasant la darija a duré
pendant des décennies. Celle-ci sort pourtant de sa
marginalisation.

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L’arabe marocain : la voie de la


« démarginalisation »
11 L’arabe marocain, dialectal ou darija, est la langue
maternelle et « naturelle » des arabophones au Maroc
(Benítez-Fernandéz, de Ruiter et Tamer, 2010). Il existe
différentes variétés régionales de darija, ce qui lui confère
une vitalité importante. La darija constitue la langue de
communication dans les sphères privées et informelles.Elle
joue également le rôle de langue véhiculaire entre
arabophones et berbérophones. Elle est aussi langue
littéraire (comme le Melhoun, le théâtre et les proverbes) et
de création actuelle (comme dans la musique et le cinéma).
12 La darija n’a jamais bénéficié d’un statut clair et précis dans
les textes officiels, et, même dans la dernière Constitution,
l’on réfère aux « parlers et aux expressions culturelles
pratiquées » sur le territoire marocain. Pourtant, cette
langue a gagné énormément en prestige. Cela est sans doute
dû au fait que les représentations attachées à la darija ont
évolué positivement.
13 En effet, la darija a gagné du terrain sur plusieurs plans : de
l’éducatif au religieux, du privé au public, de l’artistique au
culturel, du politique au virtuel. En bref, la darija est
beaucoup plus visible qu’elle ne l’était avant. C’est
« l’hebdomadaire francophone Telquel et son numéro 34 de
2002 intitulé “Darija notre langue nationale” qui a lancé sur
la place publique le débat de façon relativement
spectaculaire » (Miller, à paraître). Le débat a été amorcé et
a suscité des réactions comme la création en 2006 de
l’hebdomadaire Nichane, écrit en partie en darija et en
graphie arabe.
14 Nichane n’est pas la première tentative de journal écrit en
darija. A titre d’exemple, on citera les journaux Khbar
Bladna et Al-Amal. Cependant, Nichane est l’hebdomadaire
« par qui le scandale arrive ». Le fameux dossier sur les
blagues marocaines a eu de lourdes conséquences et a coûté
au journal une interdiction par décision du Premier
ministre, quelques mois seulement après son lancement.
Avec Nichane, nous relevons deux processus assez
importants : le premier, c’est donc l’emploi, même partiel, de
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l’arabe marocain ; le second, c’est que le passage à l’écrit en


graphie arabe a enfreint l’intouchable rapport oral/écrit. Et
« cette situation pose la question de savoir si ce qui est
entendu peut être lu, cela amenant à interroger le statut de
l’oralité et de l’écriture dans la société marocaine, dite de
tradition orale » (Cohen, 2011, p. 259).
15 Ainsi, le passage à l’écrit est une étape inéluctable dans la
promotion de cette langue. Il y a juste quelques années, on
définissait la darija comme une langue uniquement et
exclusivement orale. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Et
grâce à l’écriture, on constate une visibilité importante. En
bref, le passage à l’écrit favorise et la « démarginalisation »
et la « reconnaissance » (Miller, 2011, p. 66) de cette langue.
16 Par ailleurs, la darija n’est plus cette langue stigmatisée,
« vulgaire », « de la rue », elle est (re)devenue désormais
langue de création (Caubet, 2005), voire l’emblème d’une
expression culturelle et artistique moderne et actuelle. Elle
est au centre d’un mouvement culturel novateur à travers la
formation de nouveaux groupes de musique ou la réalisation
de films, tel que le raconte le documentaire « Casa Nayda »
de Farida Benlyazid et Dominique Caubet (2007). Beaucoup
de jeunes artistes utilisent la darija pour s’exprimer, selon
eux, dans un « parler vrai qui prend parfois des chemins
plus directs, et donc plus crus » (Caubet 2005, p. 240).
Ainsi, l’expansion de l’arabe marocain accompagne tout un
mouvement culturel et social (Caubet, 2010) baptisé la
Nayda. Cette dernière consiste en « un bouillonnement
culturel et sociétal urbain qui fédère plusieurs domaines :
musique, image (photo, vidéo, cinéma, animation), presse,
mode, arts urbains (graff, sports de glisse, hip-hop), arts
plastiques. Ce mouvement […] tire avantage de la
mondialisation et se positionne directement au niveau
international, tout en proclamant un attachement fort au
pays, totalement à l’opposé du nationalisme. Il est mené par
une poignée d’individus et d’artistes décidés à faire souffler
un vent de liberté et à se prendre en main sans rien attendre
de personne ; c’est une société civile qui se construit, avec un
passage explicite du statut de sujet à celui de citoyen »
(Caubet, 2011). On assiste donc à l’épanouissement d’une

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« génération darija » qui revendique la pluralité de la culture


marocaine, africaine, amazigh et arabe.
17 C’est également avec les nouvelles technologies que l’usage
de l’arabe marocain s’est développé, que ce soit sur la toile
(MSN2, Facebook et blogs) ou avec la généralisation des
téléphones portables. D’ailleurs, même Microsoft se met à la
darija. Ce dernier, en partenariat avec Buzzef, lance la
première campagne digitale en darija. Leur objectif consiste
à promouvoir la nouvelle version d’Internet Explorer 9.
Cette campagne vise les jeunes et leur parle en darija :
« jarrabni-daba » essaie-moi maintenant), « tconekta u
bikheeer » (connecte-toi et tout baaaiiigne), à titre
d’exemple. « C’est sur le Net que les changements sont les
plus rapides avec le développement de ce que certains
appellent le e-darija » (Miller 2011, p. 67).
18 Parmi les changements qui ont touché la darija, il y a ses
usages en politique, domaine sensible qui lui était, il y a
quelques années encore, prohibé. Les politiciens n’hésitent
plus à faire de la darija leur langue et même un style, comme
le montre un titre du journal en ligne, Au fait Maroc de juin
2013 qui n’hésite pas à proclamer : « Le PJD, meilleur
soutien de la darija. » La darija a, par ailleurs, accompagné
le Mouvement du 20 Février via les slogans scandés et les
discussions sur la toile, Facebook entre autres (Moustaoui,
2012-2013).
19 Cette expansion de la darija se constate bien entendu dans
les médias plus traditionnels, comme la radio ou la
télévision. Ainsi, à la radio, on note une darija correspondant
« à la fois [à] des registres « relâchés », « informels » qui
auraient été considérés comme inappropriés, voire vulgaires
il y a encore quelques années, mais également [on voit] se
populariser des registres plus « savants », « éduqués » »
(Miller, 2012). La création de radios privées a énormément
participé à ce phénomène. A la télé aussi, on a vu apparaître
une darija plurielle grâce au doublage des séries turques,
mexicaines, indiennes (Ziamari et Barontini, 2013). Ainsi,
les séries télévisées étrangères réconcilient les Marocains
avec leur langue vernaculaire, alors que le doublage se faisait
jusque-là en arabe standard ou en syro-libanais.

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20 Du doublage au langage du marketing on peut citer la


campagne publicitaire, début 2014, de Coca Cola qui l’utilise
pour créer des bouteilles personnalisées3 : zzaz (la beauté),
3chiri (mon pote), supersat (super mec), supersata (super
nana). Source de richesse économique, la darija
concurrence, entre autres, l’arabe standard. Les publicitaires
parlent aux consommateurs dans leur langue, toutes
graphies confondues, latine ou arabe.
21 Les enquêtes effectuées montrent que la darija a toujours été
forte comme langue de communication orale nationale, la
lingua franca du Royaume, et qu’elle se renforce sur le
marché linguistique, surtout aux dépens d’autres langues,
comme le français (de Ruiter et Ziamari, à paraître).

L’amazigh : le combat remporté ?


22 L’amazigh connaît une dynamique sans précédent après
avoir été, pendant des siècles, ignoré, écarté, stigmatisé,
utilisé à des fins politiques et idéologiques et soumis à des
surenchères politiciennes en vue de le minimiser, voire de
l’éradiquer (Benítez-Fernandéz, de Ruiter et Tamer, 2010).
23 L’amazigh est la langue de cette « minorité majoritaire »
(Oiry-Varacca, 2012), celle de la population autochtone.
L’amazigh « est la langue maternelle de 28 % de la
population selon les résultats du dernier recensement
(2004) ; il est parlé plus en milieu rural qu’en milieu
urbain » (Boukous, 2007, p. 82). Rejetés par les militants
amazighs, ces chiffres « n’échappent pas aux calculs
politiques et [on leur] oppose les chiffres de la Commission
africaine des droits de l’homme, 12 millions au lieu des
3 millions du HCP, et sa propre estimation est celle de 60 %
d’Amazighs au Maroc » (Pouessel, 2011, p. 20). C’est une
langue utilisée dans la communication orale. Il existe trois
variétés principales parlées dans des différentes parties du
Maroc. Ces variétés sont le tarifit, essentiellement parlé au
Nord, dans les montagnes du Rif qui longent la côte
méditerranéenne, le tamazight, parlé dans les montagnes de
l’Atlas central et, enfin, le tachelhit parlé dans les hautes
montagnes de l’Atlas, les montagnes de l’Anti-Atlas dans le
Sud et la vallée du Souss.

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24 L’amazigh est passé par différentes phases pour s’imposer.


Certains facteurs l’ont longtemps menacé : l’environnement
politique marginalisant cette langue, le statut
socioéconomique de ses locuteurs, la pauvreté et la précarité
poussant la population amazighophone à l’exode rural, la
dimension culturelle et idéologique discriminant cet idiome,
l’éducatif qui a tardé à l’inclure dans sa politique, le
médiatique et le technologique et, enfin l’environnement
législatif (Boukous, 2009, p. 16-18). Par ailleurs, un retour
sur l’histoire permet de cerner la « revitalisation » de cette
langue.
25 A l’initiative de six associations culturelles, un document
intitulé « Charte d’Agadir » a été rédigé en 1991. Le but
principal de cette charte était la reconnaissance de la langue
et de la culture amazighes au Maroc. La Charte est
considérée comme un des premiers documents dans lesquels
la cause amazighe au Maroc est exprimée de façon claire et
directe. Elle a été signée par plusieurs associations
amazighes, et elle sert, depuis, de point de référence pour les
développements du mouvement amazigh4.
26 Le discours du Trône du 20 août 1994, à l’occasion de la fête
de la Révolution du Roi et du Peuple, est considéré comme
un tournant. Dans ce discours, le roi Hassan II annonçait,
dans un certain sens, l’ouverture du pays aux trois variétés
de berbère. Il se montrait favorable à l’enseignement de ces
langues, et, immédiatement après ce discours, les stations
TV et radio commençaient des bulletins d’information en
tarifit, tamazight et tachelhit.
27 Un autre fait crucial pour la reconnaissance de la langue
amazighe est la publication du « Manifeste berbère » le 1er
mars 2000, dont l’auteur principal est Mohamed Chafik et
qui a été signé par 229 intellectuels marocains. Le document
explique dans quelle mesure la culture amazighe fait partie
de l’identité marocaine et qu’il n’existera pas de démocratie
au Maroc sans la participation effective des
amazighophones. De plus, il restaure l’histoire marocaine en
reconstituant l’histoire des Imazighens et en « faisant
tomber les camouflages » concernant le déni dont ont
longtemps souffert ces derniers. Ce document présente neuf
revendications dont l’officialisation de l’amazigh.
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28 C’est ainsi que fut annoncée la création de l’Institut royal de


la culture amazighe (IRCAM) par le « décret d’Ajdir », en
juin 2002. L’Institut est chargé de la planification
linguistique de l’amazigh, c’est-à-dire, entre autres
attributions, son introduction dans le pays, la recherche sur
la langue et la culture, le développement des matériaux
pédagogiques pour les écoles marocaines. Il comprend sept
centres de recherche s’intéressant à l’aménagement
linguistique, la didactique, les études artistiques, les études
historiques et environnementales, la traduction, la
documentation et la communication, l’informatique et les
études anthropologiques et sociologiques.
29 En 2003-2004, l’introduction de l’enseignement de
l’amazigh dans le système scolaire est devenu une réalité
« tradui[sant] l’intégration de l’identité amazighe dans
l’identité marocaine, une amazighité qui, dès lors, appartient
officiellement à tous et ne peut plus être l’apanage d’un
groupe « ethnique » particulier » (Pouessel, 2011, p. 24).
Ainsi, quelque 300 écoles publiques ont introduit l’amazigh
dans leur cursus (Abouzaid, 2011) comme « langue-
matière » et non comme « langue-médium » d’enseignement
(Abouzaid, 2013, p. 140), et environ 1 000 enseignants ont
été recrutés pour enseigner à des élèves aussi bien
arabophones qu’amazighophones.
30 L’alphabet choisi pour écrire l’amazigh est le tifinagh, ancien
alphabet du touareg qui a été remis au goût du jour par les
associations amazighes contemporaines et standardisé par
l’IRCAM. C’est suite à un long débat (El Aissati et de Ruiter,
2004, Berkani, 2010) que l’on a tranché pour le tifinagh. Ce
choix permet de contourner à la fois l’alphabet arabe et
l’alphabet latin. Le premier « aurait contribué à concevoir
cette langue comme une sous-branche de la langue arabe et
aurait imposé la dimension religieuse et sacrée inhérente
aux caractères arabes », alors que le second aurait été
soupçonné d’être « la preuve d’une emprise toujours vivace
du colonialisme européen sur le Maghreb » (Pouessel, 2011,
p. 149).
31 En juin 2004, une convention a été signée entre l’IRCAM et
le ministère de l’Education nationale concernant
l’introduction de l’amazigh dans le système éducatif
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marocain. Il était prévu que l’amazigh devienne


éventuellement une matière obligatoire dans toutes les
classes de l’enseignement primaire et secondaire. L’IRCAM
s’occupe également de la normalisation et de la
standardisation de l’amazigh. L’Institut développe des
matériaux pédagogiques pour les trois variétés d’amazigh,
mais il essaie le plus possible d’utiliser des mots et des
constructions qui sont identiques ou presque dans les trois
variétés. Ainsi, quant à l’aménagement linguistique de cette
langue, le choix de l’IRCAM consiste à « prendre en
considération les différents géolectes [et à] procéder au
rapprochement des parlers à l’intérieur de chaque groupe
dialectal en négligeant les particularités microlocales et en
mettant en relief ce qui est le plus régulier, le plus
systématique et le plus répandu sans perdre de vue la
perspective de la standardisation » (Ameur, 2009, p. 79).
L’aménagement du corpus de cette langue va donc dans le
sens d’un « standard ». Les étapes sont définies ainsi : « les
principales mesures concernent l’adoption d’un système
graphique standard (tifinagh-IRCAM) et des règles
orthographiques identiques pour toutes les variantes de
l’amazigh ; la convergence des formes syntaxiques ;
l’harmonisation du lexique scolaire et pédagogique pour
l’ensemble des variantes en favorisant la création
terminologique et le recours aux termes authentiques ;
l’enrichissement mutuel des variantes à travers la synonymie
et, enfin, la normalisation progressive d’un amazigh
standard enrichi et unifié » (Agnaou, 2009, p. 125).
32 Cette opération a suscité beaucoup de critiques (Berkani,
2010). Même si pour l’IRCAM un standard « aura plus de
poids politique que des dialectes non standardisés »
(Pouessel, 2011, p. 25), le principe d’aménager l’amazigh
débouche pourtant bien sur « un monstre normatif »
(Chaker, 2000, p. 166). D’abord, toute opération
d’enseignement/apprentissage passe par la formation des
enseignants. « Jusqu’à présent tous les enseignants du
berbère sont formés et grammatisés en arabe ou en français.
En d’autres termes, ce sont des enseignants d’arabe ou de
français qui ont acquis des connaissances grammaticales
dans l’une de ces deux langues. Pour le berbère, ces mêmes
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enseignants ont bénéficié d’une formation de quelques jours


(une semaine au maximum). Les connaissances
grammaticales en berbère de ces enseignants ne peuvent
être donc que très limitées » (El Mountassir, 2010). Ensuite,
les instruments didactiques et pédagogiques mis en place
comptent énormément dans ce processus. Selon certains
linguistes, cette normalisation pose beaucoup de problèmes
d’ordre pédagogique et pourrait même engendrer une
diglossie à long terme.
33 A côté de l’enseignement, l’usage de l’amazigh s’est
développé dans des contextes inédits, grâce l’édition et à la
presse en l’occurrence. Des recherches sociolinguistiques
empiriques effectuées au Maroc montrent également le
renforcement de la langue amazighe comme langue écrite et
lue (de Ruiter, 2006 ; de Ruiter et Ziamari, à paraître). Une
production culturelle importante, quoiqu’elle n’ait pas reçu
d’encouragements institutionnels (théâtre, roman, poésie,
films), s’est également développée. Il y a eu aussi la création
d’une chaine de télévision d’expression amazighe, la chaine
TV8. Pourtant, certains chercheurs soulignent une présence
encore insuffisante de l’amazigh dans le champ audiovisuel
(Saib, 2013).
34 Sur le plan politique, certains ministres et députés
marocains « répondent » en amazigh lors de séances
plénières du parlement. Ce qui constitue une révolution par
rapport aux pratiques linguistiques qui avaient cours
auparavant. Cette langue est également beaucoup plus
visible qu’elle ne l’était avant sur la toile, même si cela
demeure modeste. Quoique grâce à internet, notamment
Facebook, on a assisté à une augmentation « de la capacité
de l’activisme amazigh » (Suarez Collado, 2013).
35 La reconnaissance et la légitimation constitutionnelles de la
langue amazigh, après le Printemps arabe, relèvent d’un long
combat où enjeux politiques et identitaires fusionnent5. En
effet, « le mouvement amazigh brise un tabou en proposant
une vision plurielle et décentralisée de la Nation : la
demande de reconnaissance officielle de l’amazighité remet
en cause le modèle politique et territorial de gestion de
l’identité qui a prévalu depuis l’Indépendance » (Oiry-
Varacca, 2012).
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36 Bénéficiant d’un nouveau statut de langue co-officielle


depuis l’adoption de la Constitution de 2011, l’amazigh
espère toujours la mise en place d’un cadre législatif mettant
en application cette officialisation. La loi organique dont
parle l’article 5 tarde à voir le jour.

Le français : la langue de l’autre


37 Langue introduite au Maroc avant et surtout pendant le
Protectorat (1912-1956) et qui, depuis plus de cinquante ans,
reste présente dans les pratiques langagières des Marocains,
est une langue « élitaire » et « utilitaire » (Messaoudi, 2010,
p. 58). Bien qu’elle ne soit pas constitutionnalisée, elle reste
institutionnalisée dans plusieurs secteurs. De toutes les
langues présentes dans le pays, le français bénéficie d’un
statut ambigu et « opaque » (Benzakour, 2010, p. 34 ;
Messaoudi, 2010, 2013 ; Amargui, 2006). Il est « à peine un
peu moins qu’une langue nationale, ou disons locale, dans
les différents niveaux de compétence des usagers – mais il
est bien plus qu’une langue étrangère » (Youssi, 2013, p. 32).
Selon Youssi toujours, le « paradoxe » reste que « c’est la
seule langue qui, dans ce paysage linguistique fragmenté, est
parlée, lue et écrite ».
38 En reconsidérant le statut des langues, la nouvelle
Constitution stipule que l’État « veille à la cohérence de la
politique linguistique et culturelle nationale et à
l’apprentissage et la maîtrise des langues étrangères les plus
utilisées dans le monde, en tant qu’outils de communication,
d’intégration et d’interaction avec la société du savoir et
d’ouverture sur les différentes cultures et sur les civilisations
contemporaines » (article 5). Certes, ladite Constitution ne
mentionne pas explicitement le français, mais l’on comprend
que la mention « langue étrangère » correspond bel et bien à
cette langue. En effet, les textes législatifs, exceptée la Charte
nationale d’éducation et formation (COSEF, 1999) ne font
pas mention du français6. C’est dans ce sens que la
Constitution est intéressante, alors même que l’on attend
toujours ses retombées sur la politique linguistique
marocaine.

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39 Le français reste par ailleurs une langue de prestige social


(Ziamari, 2007). Il a pendant longtemps bénéficié d’un
statut privilégié, étant associé au savoir et à l’ouverture vers
l’autre, vers l’Europe. Cependant, il « ne tarda pas à
connaître les fluctuations dues aux « turbulences » de la
mise en place de l’arabisation » (Benzakour, 2010, p. 35). En
effet, le secteur de l’éducation est le premier à être touché
par ce changement de statut après l’adoption de l’arabisation
comme politique linguistique au Maroc. La dernière enquête
langagière effectuée au Maroc par de Ruiter et Ziamari
montre que sur le marché linguistique, le français a perdu
fortement de l’espace, comparativement à l’enquête
précédente (de Ruiter, 2006). Dans la première enquête,
cette langue était d’un usage un peu supérieur à l’arabe
standard, mais dans la deuxième enquête les deux langues
sont en concurrence.
40 Le français est présent dans plusieurs domaines autres que
l’enseignement. Il est utilisé dans le secteur économique
(banques, assurances, entre autres), dans les médias, dans la
publicité et dans la presse. Bien que l’on remarque une nette
diminution dans la presse où « la tendance s’inverse et
actuellement près de 80 % des titres sont en langue arabe, et
les trois premiers journaux les plus lus sont arabophones »
(Daghmi et al., 2012, p. 3).
41 Le français a toujours été au contact des langues
vernaculaires au Maroc, notamment la darija (Benzakour,
2012). De nombreuses études ont analysé les conséquences
linguistiques de ce contact (Ziamari, 2008). De l’emprunt au
mélange de langues, le français a toujours été très
dynamique dans le quotidien de la plupart des Marocains
bilingues (Ziamari 2007).

L’anglais : une langue « neutre » ?


42 Parmi les langues étrangères en présence, l’anglais bénéficie
d’un statut particulier. Il ne s’agit pas d’un héritage colonial,
contrairement au français ou même à l’espagnol. Ce qui lui
confère le statut de langue étrangère « neutre », loin de toute
connotation négative (Ennaji, 2005).

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43 Deux enjeux sont liés à l’expansion de l’anglais au Maroc,


souligne Buckner (2011, p. 213). Il s’agit d’abord de
l’ouverture du Maroc sur l’international. Ensuite, le choix de
jeunes en quête de meilleures possibilités d’éducation et
d’emploi. Un tel choix exprime leur désir d’apprendre cette
langue qui « n’est pas une menace culturelle ».
44 En effet, l’anglais est associé à la modernité, la science, la
technologie et la globalisation. Il concurrence de plus en plus
le français, notamment dans le secteur de l’enseignement et
du tourisme. Aujourd’hui, l’enseignement de cette langue est
assuré par divers établissements entièrement anglophones,
tels l’Université Akhawayn à Ifrane, les centres de langue
américains (American Language Centres) et le British
Council. Par ailleurs, à partir de 2004, l’anglais est intégré
dans l’enseignement public primaire alors qu’il était
enseigné seulement au lycée. Plus encore, un baccalauréat
international option » anglais7 » sera mis en place à la
rentrée 2014-2015. Ce qui donnera plus de poids à cette
langue dans l’avenir linguistique du Maroc.

Politique d’arabisation : le « drame


8
linguistique »
45 La politique linguistique adoptée par le Maroc depuis son
indépendance en 1956 est l’arabisation, qui vise la
généralisation de l’arabe standard : « On a donc tenté de
l’utiliser pour des usages différents de ses usages
traditionnels, en lui faisant pratiquement prendre une place
analogue à celle de la langue française, voire à la substituer à
celle-ci (Grandguillaume, 2004). » En effet, l’arabisation ne
vise pas seulement à éliminer le français, langue du
colonisateur, elle écrase aussi les langues maternelles :
l’amazigh et la darija, « vouées dès le départ à la minoration
et à l’exclusion » (Quitout, 2007, p. 65). Le processus
d’arabisation est également un essai de réaménagement de
l’arabe classique, langue nationale, en visant son
développement et sa modernisation « afin d’en faire une
langue pratiquée dans tous les aspects de la vie publique »
(Benítez-Fernandéz, Miller, de Ruiter et Tamer, 2013, p. 19).

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46 L’arabisation a touché trois secteurs : l’administration, la vie


publique et l’enseignement. Cependant, c’est l’enseignement
qui reste le plus marqué par cette politique. Des mesures ont
été instaurées à trois moments différents. Le premier (1962-
1966) a institué l’arabisation de l’enseignement primaire. Le
second (1973-1975) a revu la langue d’instruction des
matières littéraires dans l’enseignement secondaire,
notamment la philosophie et l’histoire-géographie. Et enfin,
entre 1982 et 1988, se sont imposées les mesures concernant
les sciences dans l’enseignement secondaire.
47 L’arabisation est un ratage aussi bien sur le plan éducatif que
social. En effet, si elle « a été perçue par la population
comme un moyen d’établir un accès égal à l’instruction,
[elle] a ainsi entraîné un réel désenchantement lorsqu’il est
apparu clairement qu’elle servait surtout à maintenir les
enfants des classes populaires en dehors de la compétition.
Cette politique a soulevé, et soulève encore aujourd’hui, des
enjeux liés à l’équité sociale du pays. Ce sont donc de
véritables questions de démocratie sociale qui sont au cœur
de ces politiques linguistiques éducatives (Abouzaid, 2011,
p. 33). »
48 Ainsi, après plus de cinquante ans, l’arabisation a offert un
enseignement chaotique et une politique éducative
définitivement problématique. Concrètement,
l’enseignement au Maroc est complètement arabisé dans le
primaire et le secondaire. La langue de l’enseignement des
matières scientifiques et littéraires est l’arabe. Tandis que le
français est une matière comme les autres. Or, dans le
supérieur, les matières scientifiques des filières scientifiques
sont dispensées en français. « S’il est au moins un constat
qui fait l’unanimité au sein de la communauté éducative,
c’est que ce hiatus linguistique entre l’enseignement
secondaire arabisé et l’enseignement supérieur en français
constitue l’un des premiers problèmes à résoudre »
(Bourdereau, 2006, p. 27). Dans cette perspective, la Charte
nationale d’éducation et de formation est conçue pour pallier
ce problème. A travers le levier 9, cette Charte recommande,
entre autres, la maîtrise des langues étrangères. Or, il s’agit
là du talon d’Achille de l’enseignement public dont les élèves

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maîtrisent difficilement les langues étrangères, notamment


le français.
49 Une autre réforme est venue donner « un nouveau souffle »
à celle que préconise la Charte. Le plan d’urgence ou
programme Najah (2009-2012) est conçu, entre autres,
autour de la problématique linguistique. Plusieurs mesures
ont été prises pour réussir ce projet, y compris plus d’heures
assignées au français dans les cursus universitaires.
Pourtant, aucun résultat satisfaisant n’a été attesté, et une
autre réforme se prépare pour la rentrée 2014-2015. Malgré
la succession de plusieurs réformes, en matière d’éducation,
le Maroc est classé 143e sur une liste de 164 pays selon le
rapport de l’UNESCO (2014).
50 La politique linguistique adoptée pour l’enseignement est en
partie responsable d’un échec scolaire massif. En effet,
utiliser une langue, l’arabe standard, que personne ne parle
en dehors de l’espace scolaire ou universitaire, sachant que
souvent la darija la concurrence dans ces espaces formels,
entraîne des incohérences au niveau du système éducatif. Ce
qui a toujours été l’objet de débats. Par ailleurs, une des
querelles les plus chargées politiquement touche la langue
qui devrait constituer le vecteur de l’enseignement.
Enseigner dans la langue maternelle des élèves a été le
message le plus marquant de la fin 2013. En effet, un
colloque international sur l’enseignement, tenu à Casablanca
les 4-5 novembre 2013 et organisé par la fondation Zakoura
éducation, a débouché sur ces recommandations, partant du
constat que l’enseignement au Maroc connaît une « crise » et
prenant appui sur le discours royal du 20 août 2013 qui en
constitue « l’impulsion essentielle ». « Le chemin de la
réussite », thème du colloque, revendique, entre autres,
l’importance d’enseigner dans la langue maternelle des
enfants aussi bien dans le préscolaire que dans les premières
années du primaire.
51 Cette proposition a été catégoriquement rejetée. Lors de
l’émission télévisée Moubachara ma3akom (« en direct avec
vous ») diffusée le 28 novembre 2013 sur 2M, la deuxième
chaîne marocaine, Abdallah Laroui a ouvert le débat,
s’opposant à Nabil Ayouch, l’associatif et le publicitaire. La
polémique a suscité de nombreuses prises de position
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radicales en défaveur de l’introduction de la darija dans


l’enseignement. Pour le premier et pour ses partisans, la
darija ne peut être langue d’enseignement au-delà du
préscolaire et surtout ne peut être institutionnalisée comme
langue du fait que l’écrit (l’arabe standard) prime et l’oral
(darija) est relégué au second degré, d’où l’inutilité et
l’impraticabilité de l’idée. Du côté de Nabil Ayouch, qui fut à
l’initiative du colloque de Casablanca pré-cité, la langue de
l’enseignement devrait être la langue maternelle des élèves.
Ce qui ne peut que favoriser l’enseignement/apprentissage
et surtout résoudre le problème de la déperdition scolaire.
52 Ce débat oppose une vision par le haut de celle par le bas et
« deux mythes se confrontent alors : celui, conservateur,
adepte de la culture haute, contre celui, néolibéral, qui prône
le SMIG culturel et linguistique en vue d’actions concrètes
sur le marché » (Ksikes, 2013). Elitisme ou populisme, le
plus important c’est que la polémique semble déplacer le
vrai problème de l’enseignement au Maroc et occulte
d’autres sujets plus importants comme la qualité de
l’enseignement et le suivi des réformes pédagogiques. Les
recommandations de la fondation soulèvent d’autres points
cruciaux comme la place de l’enseignant et la discontinuité
linguistique entre le secondaire et le supérieur.

Les nouvelles expressions culturelles au


Maroc : quand « nos jeunes ouvrent leur
9
gueule »
53 Le vent du changement dans les pratiques langagières vient,
entre autres, de la scène culturelle et artistique. Si « ça
bouge » (Nayda, voir ci-dessus) linguistiquement au Maroc,
c’est qu’une nouvelle culture urbaine en constitue la toile de
fond. Plusieurs chercheurs ont fait la corrélation entre
« nouvelles cultures » et « nouvelles pratiques langagières ».
« Cette mouvance a vu l’éclosion d’un nouveau style de
chanson marocaine et de nouvelles façons de parler, que ce
soit en public ou en privé (Benítez-Fernandéz, Miller, de
Ruiter et Tamer, 2013 : 40). »
54 Avant 2003, les pratiques langagières étaient principalement
marquées par le mélange de langues ou le codeswitching
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(Ziamari 2008, 2007) qui étaient, chez certains bilingues,


l’emblème de la « branchitude ». Certes, le mélange
linguistique ne date pas d’hier, que ce soit chez les bilingues
francisés ou chez les jeunes arabisés, et il était déjà un mode
de communication par défaut de plusieurs générations.
Cependant, le recours au mélange a connu une importante
évolution ces dernières années aussi bien sur le plan
linguistique que social. Le mélange de langue n’est plus
emblématique d’une incompétence linguistique (Ziamari,
2007). Au contraire, il est actuellement le moteur
d’innovation et de changement. Les médias, à titre
d’exemple, sont imprégnés du contact de langues, et
plusieurs radios « se présentent comme bilingues » (Miller,
2013, p. 103).
55 Depuis 2003, année qui « représente « le » tournant
médiatique, politique et culturel » (Caubet et Miller, 2013,
p. 329), les pratiques langagières commencent à prendre un
élan différent. Le mélange de codes se voit ainsi concurrencé
par la reconnaissance des langues vernaculaires, comme la
darija, très longtemps stigmatisée. Et grâce à des festivals,
tels « l’Boulevard » (Caubet, 2011), la libération du secteur
médiatique par les radios privées, dans certaines émissions
et dans la presse, la nouvelle culture se diffuse beaucoup
plus facilement. Des journalistes comme Driss Ksikes
soulignent que « la mondialisation culturelle des modes
d’expression conjuguée au besoin de se rapprocher plus
concrètement de sa réalité palpable, marocaine, crue, a
enfanté les pionniers du “parler vrai” marocain » (Telquel,
2006).
56 L’émergence du « parler vrai » à travers le recours à la darija
est un trait du changement linguistique du Maroc actuel et
un signe de changements sociaux considérables. Souvent
considérée comme vulgaire et crue (Caubet et Miller, 2013),
la darija utilisée par les artistes et mise en avant par les
médias et internet représente la voix de toute une jeunesse et
de toute une culture contemporaine.
57 De nouvelles pratiques langagières ont donc vu le jour,
notamment les parlers jeunes, emblèmes de transgression,
de « branchitude » et « d’underground ». Sur le plan formel,
comme pour n’importe quel parler jeune dans d’autres
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sociétés, on peut recenser une forte créativité lexicale ou


encore une remise au goût du jour de certaines formes
linguistiques anciennes10 . Il présente également une
dimension ludique et cryptique et même plurilingue
(Ziamari, 2007). Phonétiquement, l’affrication des
occlusives dentales11 (t prononcé tch, d prononcé dj), est la
principale caractéristique de ce parler. C’est une variété qui
présente, sur le plan interactionnel, la forte présence d’une
axiologie négative et d’une violence verbale (injures, à titre
d’exemple).
58 Les « enfants des Ghiwanes » (Caubet et Miller, 2013)
suivent le pas de leurs idoles, Nass el Ghiwane, et utilisent
eux aussi la darija, mais une darija directe, « crue »,
« transgressive ». Le plus important à souligner est que ces
parlers jeunes circulent très rapidement et envahissent
plusieurs domaines. S’ils étaient présents dans la chanson,
comme le style Bigg (el Khaser : le vulgaire) et Casa crew
actuellement, ils ont envahi Facebook et YouTube à travers
la musique, le doublage de dessins animés et même via la
création de personnages emblématiques de tout un style
linguistique.
59 C’est le cas de Bouzebbal, un des dessins animés les plus
suivis et dont l’impact est considérable. Bouzebbal
(littéralement « père de l’éboueur », le mauvais esprit,
impertinent, le provocateur) vient d’un milieu défavorisé et
pauvre (Bouteiri, 2014). Il s’agit d’un « troll » sous forme
d’un dessin animé dont le réalisateur est le jeune Mohamed
Nassib. Bouzebbal est devenu très populaire. Il s’insurge
contre les normes dominantes et impose celles utilisées par
d’autres classes sociales, notamment celles des « kilimini12 »
Bouzebbal parle une darija crue, sans fard, surtout une
darija « rude ». La langue rude est caractéristique de la
virilité (er-rojola). En effet, ce personnage atteint plus d’un
million de « like » sur les réseaux sociaux et ses phrases,
comme « broblème ya 3chiri » (problème mon pote), « Ana
haych maych m3a bnadem » (je suis très rude avec les
autres), sont devenues des leitmotivs chez presque tous les
jeunes.
60 Ce qui est intéressant d’un point de vue sociolinguistique,
c’est qu’au-delà de ce que raconte Bouzebbal, il y a une autre
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interprétation des langues en termes d’usage, de poids et de


représentation (Chokairi, 2013). A l’image de la situation
linguistique au Maroc, Bouzebbal joue d’un dualisme
linguistique. D’une part, un parler franc et affranchi de la
norme dominante : une darija jeune, crue, avec de nombreux
emprunts à d’autres langues, particulièrement le français.
D’autre part, un parler qui se range du côté de l’élite : le
français, un parler arabe citadin (utilisation du /q/), entre
autres. Le phénomène Bouzebbal, le Marocain d’en-bas, a
énormément fait évoluer et diffuser le style jeune.
Généralement, les jeunes s’identifient à ce troll13 et se
rangent de son côté pour ne pas ressembler à kilimini, ce
kilimini qui est du côté de la norme dominante tant
linguistiquement que socialement.
61 En définitive, ce qu’il convient de souligner, c’est que les
changements linguistiques viennent d’en-bas et redessinent
les frontières linguistiques entre ce qui est officiel et ce qui
ne l’est pas. La réalité linguistique au Maroc va dans le sens
du renforcement des pratiques langagières vernaculaires :
les médias, l’enseignement, la politique, la religion, l’art. Il y
a une décennie, personne n’aurait pensé que l’on pourrait
discuter de la place de l’amazigh et de la darija dans
l’enseignement ou même voir ces langues écrites sur les
panneaux publicitaires tapissant toutes les villes marocaines.
Et voilà comment une société est capable d’un revamp
spectaculaire.

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Notes
1. Voir E. Aboulkacem (2005, p. 341-342) : « Dans la logique structurant
l'idéologie nationaliste, la langue des Marocains, leur langue commune,
ne peut être les patois qu'ils parlent et qu'ils utilisent dans leur activité
quotidienne et artistique, mais la langue qu'ils ignorent, la langue
classique. Les Marocains parlent ainsi la « même langue » même s'ils ne
la parlent pas. »
2. « C’est sans doute sur MSN que s’est forgé le plus massivement la
pratique de l’écrit en darija dans les chats où l’anticipation joue un grand
rôle (Caubet 2013, p. 75). »
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3. Utilisant uniquement les graphies latine et tifinagh, Coca Cola a évité


la graphie arabe, qui n’a pas eu sa chance dans ce coup marketing.
4. Les points de départ les plus importants de la Charte sont les
suivants : (1) l’amazighité du Maroc ; (2) l’identité arabo-islamique du
Maroc ; (3) le Maroc, pays africain et (4) le Maroc, faisant partie de la
civilisation humaine universelle.
5. Les militants amazighs se sont réunis autour de ce qu’ils appellent :
« l’appel tinmouzgha » pour la démocratie (20 avril 2011). Quelque 15
intellectuels marocains se sont battus pour défendre le statut juridique
de l’amazigh : « Nous autres Amazighs, ous nous retrouvons dans une
situation de sentiments d’humiliation et de rejet chaque fois que nous
relisons la Constitution marocaine qui ignore tout simplement l’existence
de « Tinmouzgha » et notre identité séculaire, de même qu’elle dénie
complètement notre langue amazighe […]. Notre amertume est
profonde, également, chaque fois que nous relisons le texte de la
Constitution, que nous parcourons les journaux ou que nous entendons
dans les médias et/ou dans les discours officiels l’expression « Maghreb
arabe » ou « peuple arabe » qui réduit l’identité de nos pays d’Afrique du
Nord à une seule dimension, coupée de la réalité de l’histoire, de la
géographie, des cultures des peuples, de leurs langues, de leurs
sentiments d’appartenance » (texte intégral disponible sur le site d’Al
Bayane Press).
6. Voir pour une analyse de la Charte de Ruiter (2001).
7. Un baccalauréat option « espagnol » sera également mis en place,
concurrençant ainsi le baccalauréat international option « français ».
8. F. Laroui, 2011.
9. Telquel, 2006.
10. Certains mots ont changé de sens. Sat, par exemple, qui voulait dire
un homme fort, courageux, limite un monstre, veut dire dans le parler
jeune : un mec. On a même créé le féminin de « sat » : sata : une nana.
11. Exemple : qǝtchtchāl (mortel) où le [t] est prononcé tch. Dans dār (il
a fait) par exemple, le [d] est prononcé dj: djar : (il a fait).
12. « Kilimini » vient de l’expression en français : qu’il est mignon ! Ce
terme veut dire : frimeur (mais voleur aussi).
13. Initialement, ce mot veut dire « esprit malveillant » dans le folklore
scandinave, habitant les montagnes ou les forêts. Dans le langage
internet, un troll est un participant aux forums de discussions qui
cherche à provoquer avec subtilité des discussions polémiques et
conflictuelles.

Auteurs

Karima Ziamari
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10/08/2018 Le Maroc au présent - Les langues au Maroc : réalités, changements et évolutions linguistiques - Centre Jacques-Berque

Jan Jaap De Ruiter


© Centre Jacques-Berque, 2015

Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540

Référence électronique du chapitre


ZIAMARI, Karima ; DE RUITER, Jan Jaap. Les langues au
Maroc : réalités, changements et évolutions linguistiques In : Le Maroc
au présent : D'une époque à l'autre, une société en mutation [en ligne].
Casablanca : Centre Jacques-Berque, 2015 (généré le 10 août 2018).
Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/cjb/1068>.
ISBN : 9791092046304. DOI : 10.4000/books.cjb.1068.

Référence électronique du livre


DUPRET, Baudouin (dir.) ; et al. Le Maroc au présent : D'une époque à
l'autre, une société en mutation. Nouvelle édition [en ligne].
Casablanca : Centre Jacques-Berque, 2015 (généré le 10 août 2018).
Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/cjb/990>.
ISBN : 9791092046304. DOI : 10.4000/books.cjb.990.
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