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La cervicalgie est une douleur perçue dans la région postérieure du rachis cervical entre la ligne

courbe occipitale supérieure et le premier processus épineux thoracique.

La cervicalgie n’est pas synonyme de douleur radiculaire cervicale. Ces deux entités sont
distinguées.

La cervicalgie peut être projetée sur le crane, sur la partie supérieure des membres supérieurs et
sur la paroi thoracique. Donc :

- La douleur somatique projetée n’est pas synonyme de douleur radiculaire cervicale.


- La cervicalgie aigue est une douleur présente depuis moins de 3 mois.
- La cervicalgie chronique est une douleur présente depuis plus de 3 mois.

Douleur rachidienne cervicale :

La classification de l’International Association for the Study of Pain ne définit pas une « douleur
cervicale » mais définit la douleur rachidienne cervicale : « Douleur perçue comme provenant de
n’importe quelle région limitée supérieurement par la ligne courbe occipitale supérieure,
inférieurement par une ligne imaginaire transverse passant par la pointe du processus épineux de la
première vertèbre thoracique, et latéralement par les plans sagittaux tangentiels aux bords latéraux
du cou. »

Il est implicite dans cette définition que la douleur rachidienne cervicale est perçue
postérieurement. Une douleur devant le cou est décrite comme douleur dans la gorge et non pas
comme une douleur cervicale.

La même classification permet une subdivision de la douleur rachidienne cervicale (et par
conséquent de la cervicalgie) en une douleur du rachis cervical supérieur et une douleur du rachis
cervical inférieur, au-dessus et au-dessous d’une ligne imaginaire transverse passant par C3 et
divisant la région rachidienne cervicale en deux moitiés égales. Elle reconnait aussi la douleur sous-
occipitale, définie comme une douleur localisée entre la ligne courbe occipitale supérieure et une
ligne transverse imaginaire passant par la pointe du processus épineux de la 2e cervicale.

La douleur sous-occipitale invite à étudier la céphalée, en particulier la céphalée cervicogène.

Douleur radiculaire :

Il est tout à fait évident que la cervicalgie n’est pas synonyme de douleur radiculaire cervicale ou de
brachialgie. Bien qu’elle puisse se produire en association avec une cervicalgie, la douleur radiculaire
cervicale est perçue dans les membres supérieurs. Ses causes sont différentes de la cervicalgie ; son
diagnostic et sa prise en charge fondée sur les preuves sont distincts.

Douleur somatique projetée :

Elle est perçue dans une région innervée par d’autres nerfs que ceux innervant la source de la
douleur. Son mécanisme serait dû à la convergence – dans des neurones communs du système
nerveux central – des impulsions afférentes provenant des deux régions concernées.

A partir de sources rachidiennes cervicales, la douleur peut être projetée dans diverses régions. En
règle générale, les types de projections sont fonction de la localisation segmentaire de la source
primaire de la douleur. La douleur est projetée sur le crane, l’occiput, la région frontale, l’orbite et
caudalement sur le cou, à partir des segments cervicaux supérieurs. Elle peut être projetée sur la
paroi thoracique antérieure, l’épaule, la région scapulaire ou les membres supérieurs à partir des
cervicales basses. Les bases de ces règles reposent sur plusieurs études expérimentales utilisant des
volontaires normaux et sur certaines études cliniques.

Les premières études sur la douleur somatique projetée impliquaient une stimulation des espaces
interépineux par des injections douloureuses de solution salines hypertoniques. Chaque injection
était associée à un type de distribution ou de douleur projetée. Ces études indiquèrent qu’une
cervicalgie peut être projetée dans les régions distales des membres supérieurs.

Des formes de douleurs projetées à partir des disques cervicaux intervertébraux ont été observées,
similaires à celles produites par les articulations zygapophysaires. Cela indique que ce n’est pas la
structure qui est associée à un type de douleur projetée, mais sa localisation segmentaire et son
innervation. Toutes les structures innervées par les mêmes nerfs segmentaires peuvent produire une
douleur projetée dans un territoire relativement spécifique à ces segments.
La douleur somatique projetée ne doit pas être confondue avec la douleur radiculaire. Les deux
douleurs ne sont pas synonymes : leurs causes comme leurs mécanismes sont différents. Bien que
nécessaire, la distinction entre les deux n’est pas toujours facile à faire cliniquement.

Douleurs aigue et chronique :

The International Association for the Study of Pain utilise par convention une base temporelle pour
définir et distinguer les douleurs aigue et chronique. Elle reconnait la durée de 3 mois comme point
de séparation.

Sources et causes de cervicalgie :

La source de la douleur est une structure anatomique à partir de laquelle l’activité nociceptive est
générée et qui, à son tour, entraine une perception douloureuse. Les sources de la douleur sont donc
spécifiques en nommant la structure, sans référence à la pathologie responsable de la douleur.
La cause de la douleur est la réelle pathologie ou affection responsable de l’activité nociceptive
dans la structure source de douleurs. Les causes de la douleur sont spécifiées en termes
pathologiques.
Dans le contexte de la cervicalgie, les sources possibles de la douleur sont bien connues, mais les
sources réelles le sont moins. De même, bien que les causes rares de cervicalgie soient bien connues,
pratiquement rien n’est connu sur les causes communes.

Les sources possibles de la cervicalgie sont dictées par l’innervation du rachis cervical. En principe,
toute structure innervée peut devenir source de douleur si elle est affectée par une pathologie
propre.

Les structures innervées que l’on trouve sur tout le rachis cervical sont les muscles postérieurs du
cou, les disques intervertébraux cervicaux, les corps vertébraux, les ligaments longitudinaux
antérieur et postérieur, la dure-mère de la moelle spinale cervicale et les muscles prévertébraux. Au
niveau des cervicales hautes, les structures innervées sont les articulations atloido-occipitale et
atloido-axoidienne et le ligament transverse. A cette liste doit être ajoutée l’artère vertébrale, car
elle est innervée par les nerfs cervicaux. De même, l’artère carotide interne possède
vraisemblablement une innervation cervicale, bien que la source de cette dernière n’ait pas été
explicitement démontrée.

(Dans le rachis cervical, les ligaments interépineux sont absents et ces structures ne peuvent donc
être source de cervicalgie. Le ligament nuchal ne constitue pas un ligament ; c’est un raphé entre le
muscle trapèze, les muscles rhomboides et le splénius. Son innervation explique donc l’innervation
de ces muscles.)

En dépit de cette liste des sources possibles de cervicalgie, aucune donnée n’est disponible
concernant la réelle prévalence de la cervicalgie aigue provenant des muscles, des articulations, des
disques, des ligaments ou de la dure-mère.

Les manuels listent souvent les causes possibles de douleur cervicale dans les chapitres sur la
cervicalgie, mais généralement sans prendre en compte la validité du diagnostic ni la prévalence. La
plupart des affections ainsi répertoriées sont rares ou controversées, avec peu de données (ou
contradictoires) sur le fait qu’elles sont vraiment des causes de cervicalgie.

Facteurs de risque :

- Les FDR étiologiques majeurs pour la cervicalgie sont : le niveau d’éducation, un antécédent
d’accident, un travail sur machines et le stress professionnel.
- Les facteurs psychologiques ne sont manifestement pas de risques majeurs.
- Il n’existe pas de données utiles sur les FDR pronostiques pour la cervicalgie.

Pour la cervicalgie consécutive à un whiplash :

- Le seul FDR étiologique est l’implication dans un accident de véhicule à moteur déclencheur de
la douleur.
- Le FDR cardinal est l’intensité de la douleur initiale.
- Un autre facteur plus faible est l’engagement d’un avocat.
- Les données disponibles réfutent la notion de névrose de rente (litigation neurosis) chez les
patients ayant subi un whiplash.

Les facteurs qui ont été réfutés comme facteurs de risque pour la cervicalgie par manque de
corrélation significative, ou sur base d’odds ratio à peine supérieurs à 1 avec des intervalles de
confiance à 95% variant sous les 1 sont : les pathologies discales, l’arthrose zygapophysaire, le
tabagisme, le statut socioéconomique et la position assise prolongée à un poste de travail.

FDR Personnels et Professionnels :


Les facteurs trouvés positivement corrélés à la cervicalgie sont exposés dans le tableau suivant :

Une étude sur une grande population révéla que la cervicalgie hyperalgique associée à une
incapacité de travail était fortement liée à une comorbidité telle que la lombalgie (26%), des
céphalées (18%), les pathologies cardio-vasculaires et digestives (10%) et des antécédents de
collision avec un véhicule à moteur.

Les principaux déterminants de la cervicalgie sont liés au travail, que ce soit dans le domaine
physique ou social. Les deux domaines se prêtent à une intervention, mais tous deux demandent des
modifications de l’environnement de travail et non pas une modification du patient. A cet égard, une
étude de laboratoire apporta quelques conseils sur ce qui pourrait être fait et ce qui pourrait être
efficace. La limitation de la durée journalière du travail d’assemblage se trouva être plus bénéfique
que la diminution du rythme de travail ou que l’augmentation des pauses de travail.

L’amélioration de l’environnement psycho-social au travail n’est pas du seul domaine du patient. Il


n’est pas possible d’enseigner aux responsables la façon de modifier leur comportement à des fins
thérapeutiques. Toutefois, il est en principe possible de conseiller un employeur sur les risques que
comporte l’environnement des employés, et peut-etre d’indiquer que l’environnement pourrait etre
amélioré au bénéfice du patient en question et des autres travailleurs.

FDR Prédictifs :

Aucun FDR validé.

Whiplash (fléau cervical) :

Une cervicalgie faisant suite à un whiplash est compliquée par plusieurs facteurs reliés. Lorsque la
cervicalgie est sujette à indemnisation, le comportement des patients et par conséquent leur
évolution, peut-être affecté par : la législation, les réglementations administratives et les pratiques,
l’évaluation par les médecins des assurances, les juristes, et les propres réactions du patient à ces
autres facteurs.

FDR étiologiques :

L’implication dans un accident de véhicule à moteur n’augmente pas substantiellement le risque de


développer une cervicalgie chronique, mais le développement de symptomes apres un accident
augmente le risque de cervicalgie chronique par un facteur trois.

FDR prédictifs :

Les FDR liés à une mauvaise récupération furent : le sexe féminin, le bas niveau d’éducation, une
douleur initiale de haute intensité, un handicap plus grave, des niveaux de somatisation plus élevés
et des problèmes de sommeil. Les prédictifs les plus constants d’une récupération médiocre furent
l’intensité de la cervicalgie et l’incapacité du travail.

La façon dont les patients réagissent lors des premières semaines après l’accident est
significativement liée à la durée ultérieure des souffrances cervicales. Par la suite, l’intensité des
souffrances somatiques devient significative.

Des études montrèrent que le stress post-traumatique était une caractéristique des patients
cervicalgiques chroniques après whiplash.

Autres études ont trouvé que les principaux prédictifs de mauvais résultats sont les faibles scores
sur les échelles de douleur corporelle et de fonction émotionnelle de l’outil SF-36. Ces scores
reflètent une plus grande douleur initiale interférant avec les activités et le travail, ainsi que la
diminution des activités et des performances, en raison de problèmes émotionnels tels que la
dépression ou l’anxiété. La consultation d’un avocat se révèle une caractéristique supplémentaire
prédictive d’une mauvaise récupération. Ce facteur est resté prédictif meme lorsque les scores de
douleur initiale ont été répartis par intensité. Cela indique que la consultation d’un avocat a un effet
indépendant de l’intensité de la douleur.

Cervicalgie aigue

Histoire Naturelle :

A la lumière des données scientifiques, les praticiens peuvent être confiants lorsqu’ils rassurent
leurs patients. Les données montrent que l’histoire naturelle de la cervicalgie aigue est favorable,
surtout après un whiplash, et que la plupart des patients peuvent s’attendre à guérir avec le temps.
Les praticiens peuvent partager cette information avec leurs patients et les rassurer honnêtement.
Cet encouragement constitue une pratique fondée sur les preuves.

Anamnèse :

- Faire une anamnèse permet toutefois d’exclure ou de révéler une cause grave de cervicalgie.
- L’enregistrement des réponses nulles dans une check-list permet de protéger le praticien en
montrant qu’aucun problème potentiellement significatif n’a été négligé.

L’anamnèse est l’exercice le plus important pour évaluer un patient cervicalgique aigu. C’est à partir
de l’anamnèse que des indices conduisant à des diagnostics importants peuvent etre obtenus.

Catégories de questions pour l’anamnèse de la cervicalgie

Site de la douleur

Irradiation :

La douleur projetée à partir du cou doit cependant être distinguée de la douleur projetée vers le
cou. Une cervicalgie peut être projetée sur la paroi thoracique antérieure, mais l’inverse peut aussi se
produire. La cervicalgie se projetant sur le thorax porte le nom d’angor cervical. La douleur se
projetant du cœur vers l’aorte thoracique peut être projetée vers le cou, mais la douleur thoracique
devrait classiquement être plus forte que la cervicalgie et devrait surtout être accompagné des signes
associés révélateurs d’une affection cardiovasculaire, tels qu’une détresse physique, une cyanose,
une tension artérielle et un pouls anormal, ou un souffle.

La douleur somatique projetée à partir du rachis cervical doit être différenciée de la douleur
radiculaire, car les investigations et les traitements en découlant diffèrent substantiellement. La
douleur somatique projetée provenant est perçue comme une douleur sourde et profonde, parfois
comme une pression expansive se propageant sur un membre supérieur. La douleur somatique
projetée n’est visiblement pas associée à des signes neurologiques.

La douleur radiculaire et la douleur somatique projetée ont pour même caractéristique d’etre
perçues sur la ceinture scapulaire et la partie proximale du membre supérieur. La douleur radiculaire
est cependant différente, en se propageant plus souvent dans l’avant-bras et la main, en particulier
lorsque les nerfs C6 et C7 ont été touchés. Plus typiquement, bien que parfois inconstamment, la
douleur radiculaire est accompagnée de signes radiculopathiques (paresthésies, engourdissements,
faiblesse et aréflexie), chacun dans une distribution métamérique ou myotomique.
Par conséquent, une douleur projetée distalement sur les membres supérieurs est probablement
d’origine radiculaire surtout s’elle est accompagnée de signes neurologiques. Une douleur limitée à
la ceinture scapulaire ou à l’extrémité supérieur est, en premier lieu, plus probablement d’origine
somatique projetée, en particulier s’il n’existe pas de signes neurologiques.