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La reine Pédauque à Saint-Bénigne de Dijon

Outre deux reproductions graphiques ajoutées à la fin du document, il existe de nombreuses traces
écrites autour de la statue de la reine Pédauque qui se dressait sous le porche de l’ancienne abbatiale
et actuelle cathédrale Saint-Bénigne de Dijon. En voici quelques extraits :

Abbé Claude Nicaise & Pierre-François Chifflet, Petites dissertations d'archéologie ; sur
une médaille de Midas ; sur la reine Pédocle, au portail de Saint-Bénigne ; sur une
inscription trouvée à Villey, sur la Minerve Arnalia, etc., XVIIe s. → BM Dijon/Ms 675

Jean Mabillon, Annales ordinis S. Benedicti, t. I, Livre II, XXXV, 1703, pp. 50-51 :
« Reginam hanc non aliam esse quam Chrothildem, Chlodovei senioris conjugem, id argumento est,
quod pingitur cum dextro pede anserino. Quo ritu etiam in aliis nonnullis locis exhibetur, puta in
Divionensi basilica sancti Benigni, in Nivernensi sancti Petri, & in sancti Porciani basilica apud
Arvernos, & quidem ad majorem ubique ecclesiae portam. »

Abbé Jean Lebeuf (1687 à 1760), Conjectures sur la reine Pédauque, où l’on recherche
quelle pourrait être cette reine, et à cette occasion ce qu’on doit penser de plusieurs figures
anciennes prises jusqu’à présent pour des figures de princes ou de princesses de France ou
Conjectures sur la reine Pédauque, ou sur la recherche quelle pouvait être être cette reine,
et à cette occasion ce qu’on doit penser de plusieurs figures prises jusqu’à présent pour des
statues de princes ou de princesses de France, 1724 :
« On connoît quatre Églises anciennes, au portail desquelles on voit avec d’autres figures, celle
d’une Reine, dont l’un des pieds finit en pied d’oye. Ces Églises sont celles du Prieuré de Saint
Pourçain en Auvergne, de l’Abbaye de Saint Bénigne de Dijon, de l’Abbaye de Nesle, transférée à
Villenoce en Champagne, & de Saint Pierre de Nevers. »

Dom Bernard de Montfaucon, « Les monumens des derniers rois mérovingiens. », in Les
monumens de la monarchie françoise, qui comprennent l’histoire de france, avec les figures
de chaque regne que l’injure des tems a epargnées, Tome I, 1729, pp. 192-193 :
« Le P. Mabillon croit que la Reine au pied d’oie est Sainte Clotilde, qui est représentée non-
seulement ici, mais dans plusieurs autres Eglises avec ce pied d’oie. Ce portail paroît donc avoir été
fait dans un tems où l’on ne mettoit plus de nimbe aux figures de nos Rois ; c’est-à-dire, ou à la fin
de la premiere, ou au commencement de la seconde race. Le Pere Mabillon croit donc que la Reine
au pied d’oie est sainte Clotilde, & il conjecture que les trois Rois sont les trois fils Clodomir,
Childebert & Clotaire, à moins qu’on ne veuille dire, poursuit-il, que l’un des trois est Clovis son
mari.
Cette Reine au pied d’oie se voit à la porte de plusieurs autres Eglises, à saint Bénigne de
Dijon, à S. Pierre de Nevers, à S. Pourcin, & ailleurs, où ces statuës de Clotilde, si elles sont
veritablement de cette Reine, ne marquent pas qu’elle en soit la fondatrice ; c’est par quelque
devotion particuliere, dont il me paroît impossible de donner raison, qu’on les a mises là. Le P.
Mabillon croit qu’on lui donne un pied d’oie, ou parce qu’effectivement elle en avoit un, quoique
Gregroire de Tours ne le dise pas ; ou pour marquer la prudence de Clotilde, dont ce pied d’oie, dit-
il, est un symbole. Je croirois plus volontiers que cela est tiré de quelque fable ou de quelque
histoire monstrueuse, dont nos Historiens depuis Gregoire de Tours sont tout pleins. »
Dom Urbain Plancher, Histoire Générale et Particuliere de Bourgogne, avec des notes,
des dissertations et les preuves justificatives. Composée sur les Auteurs, les Titres
originaux, les Registres publics, les Cartulaires des Églises Cathédrales & Collégiales, des
Abbaïes, des Monastères, & autres anciens Monuments. Et enrichie de Vignettes, de Cartes
Géographiques, de divers Plans, de plusieurs Figures, de Portiques, Tombeaux & Sceaux
tant des Ducs que des Grandes Maisons, &c., Tome I, LXXX, 1739, p. 500 :
« La Reine Pédauque ou au pied-d’oie, qu’on croit être Clotilde femme de Clovis, est représentée
dans la quatrième figure du même côté droit en entrant. Sa couronne est semblable à celle du Roi,
ses cheveux longs & tressez tombent des deux côtez presque jusqu’aux genoux ; elle est vétuë d’un
corselet enrichi de broderie, & d’une jupe toute unie attachée au bas du corselet, les manches du
corselet vont toujours en se rétrécissant jusqu’au poignet qu’elles couvrent entiérement. Sur ces
deux manches étroites on en voit deux autres tres-larges qui descendent jusqu’au-dessous des
genoux, & sur le tout un manteau brodé sur les bords, & attaché pardevant au-dessus de la poitrine
sur le col. Sur l’attache il y a une espèce de pierre précieuse avec une croix dessus ; cette Reine a la
main droite élevée jusqu’à l’attache du manteau, & la gauche posée sur le bras de son corselet, un
peu au-dessus de la ceinture. Son pied droit couvert par ses habits ne paroît point, le gauche qui a la
forme d’un pied-d’oie, se voit tout entier. »

Jean-Baptiste Bullet, « Dissertation sur la reine pédauque », in Dissertations sur la


mythologie françoise, et sur plusieurs points curieux de l’histoire de France, 1771 :
« Aux portails de Sainte-Marie de Nesle, diocèse de Troyes ; de Saint-Bénigne de Dijon, de Saint-
Pierre de Nevers, de Saint-Pourçain en Auvergne, on voit la statue d’une reine qui a un pied d’oie,
et qui, pour cette raison, est appelée la reine Pédauque. »

Stéphanie-Félicité Du Crest, comtesse de Genlis, Les Monuments religieux, ou


Description critique et détaillée des Monuments Religieux, Tableaux et Statues des Grands
Maîtres ; Gravures sur pierres et sur métaux, Ouvrages d’Orfévrerie, Églises de toutes les
Sectes de la Religion chrétienne, Tombeaux, Monastères, Cimetières, Grottes, Hermitages
remarquables, etc., qui se trouvent maintenant en Europe et dans les autres parties du
monde, Paris, 1805, pp. 124-125 :
« L’abbaye de Sainte-Bénigne, à Dijon. On voit une reine pédauque sur le portail de son église.
Reine pédauque est le nom d’une figure bizarre placée sur le portail de quelques églises gothiques,
et qui représente une femme dont l’un des pieds finit en forme de pied d’oie. On ne sait ce que cela
signifie : les uns prétendent que c’est sainte Clotilde, et que le pied d’oie est l’emblême de la
vigilance et de la prudence de cette princesse, l’oie étant le symbole de ces qualités, depuis
l’aventure des oies du capitole ; d’autres expliquent différemment cette singularité. On ne connaît
en France que quatre églises qui aient des reines pédauques ; celle de Sainte-Bénigne, à Dijon ;
celle du prieuré de Saint-Pourçain, en Auvergne ; celle de l’abbaye de Nesle, transferée à Villenoxe
en Champagne, et celle de Saint-Pierre de Nevers. »

Claude-Xavier Girault, Manuel de l’étranger à Dijon, Essais sur Dijon, seconde partie,
1824, pp. 103-109 :
« Commençons notre seconde tournée par descendre cette rue, et nous ferons une station à l’église
Saint-Bénigne, Cathédrale des diocèses de Dijon et de Langres, dont l’évêque étoit jadis duc et Pair
de France.
Malgré tout le merveilleux dont on a entouré le martyre de cet apôtre de la Bourgogne, l’on ne doit
cependant pas douter, dit M. Legouz-Gerland, de la mission de Saint Bénigne à Dijon ; d’après cela,
il y a même raison pour ne pas douter davantage de son martyre.
Bénigne, disciple de Saint Polycarpe, fut envoyé dans les Gaules avec Andoche et Thyrse. Arrivés à
Autun, ils furent reçus par le sénateur Fauste, chez lequel ils passèrent quelques années ; mais
Bénigne y laissa ses compagnons, et vint à Langres où il convertit à la foi chrétienne les fils de
Sainte Léonille ; de là il se rendit à Dijon, y combattit avez zèle le culte des idoles, et dans cette
ville, il fit à la religion catholique un grand nombre de prosélytes.
Marc-Aurèle étant arrivé à Dijon, informé des succès qu’obtenoient les prédications de Bénigne,
donna des ordres pour qu’il lui fût amené : cet apôtre fut rencontré à Épagny ; il comparut devant
l’Empereur qui chercha à le gagner par des promesses et descendit jusqu’aux sollicitations ; mais le
zèle de Bénigne n’y déféra point, rien ne put ébranler sa foi, il eut le courage de résister au Prince,
et souffrit le martyre le 1er novembre 178, en confessant la religion qu’il étoit venu annoncer aux
peuples de la Bourgogne.
La fête de ce Saint, qui se célébra pendant plusieurs siècles, le jour même anniversaire de son
martyre, depuis l’établissement de la fête de tous les Saints au 1 er novembre, fut reportée au 24 du
même mois, en vertu de lettres patentes du 30 novembre 1703.
L’abbaye de Saint-Bénigne regarde le roi Gontran comme son fondateur : elle fut considérée
comme un chef d’ordre ; Saint Bernard ne la désignoit que sous le nom d’Église de Dijon ; sa
chronique qui comprend depuis 485 à 1052, est très estimée. (Spicileg.)
La primitive église, élevée en l’honneur de Saint Bénigne, fut cette célèbre Rotonde si fort estimée
pour l’élégance de sa construction, composée de trois églises l’une sur l’autre, décorée de cent
quatre colonnes de marbre blanc d’une délicatesse admirable ; elle avoit été construite par Saint
Grégoire qui étoit évêque de Langres dans le Ve siècle ; le corps de Saint Bénigne y fut
solennellement déposé ; on y plaça aussi les tombeaux de Saint Hilaire qui étoit sénateur à Dijon, et
de Sainte Quiette sa femme. Ce monument fut démoli de fond en comble pendant la révolution,
mais vous en retrouverez la gravure dans le tome 2 e du voyage pittoresque de France, et dans le
tome 1er de l’histoire générale du duché de Bourgogne.
Au couchant de cette antique église, fut élevée, sur la fin du XIII e siècle, la basilique actuelle, qui
fut achevée en 1288, sous l’Abbé Hugues d’Arc-sur-Tille ; elle a 71 mètres de longueur, 29 de large,
et 28 de hauteur : elle a souffert quelques mutilations pendant les temps orageux de 1798, et vous
les apercevez sous le porche où l’on ne voit plus que les niches des statues dont il étoit décoré ;
nous devons encore à D. Plancher de nous en avoir transmis la gravure. Le portail remonte au XI e
siècle.
Parmi ces statues, on remarquoit surtout celle d’une reine ayant un pied d’oye, pede aucae, d’où
elle fut appelée Reine pédauque. La curiosité de savoir quelle pouvoit être cette princesse, a long-
temps occupé les érudits, et ce pied difforme a donné lieu à plusieurs dissertations très savantes. Un
Bourguignon, le docte abbé Lebeuf1, a résolu le problême : il a démontré que cette reine ne pouvoit
être que celle de Saba, dont la figure étoit charmante, mais les pieds mal conformés, et de laquelle
la statue fut placée sous le portail de certaines églises, (Saint-Pourçain, Nesle et Nevers), pour la
même raison qu’on décore les auditoires des tribunaux, du jugement de Salomon ; car ce fut
d’abord sous les porches des églises que se rendoit la justice, celle ecclésiastique surtout.

1 Je ne retrouverai peut-être pas l’occasion de vous parler de ce savant distingué : Jean Lebeuf, né à Auxerre le 7
mars 1687, mort le 10 avril 1760, chanoine d’Auxerre, membre de l’Académie des inscr. et de celle de Dijon, étoit
un prodige d’érudition ; elle éclate dans tous ses écrits ; il ne cessa jusqu’au dernier de ses jours, de se livrer aux
recherches les plus laborieuses ; les éditeurs de Du Cange lui doivent plusieurs articles très savans, et le
surnomment verum minimè tritarum indagator sagacissimus. L’aspect d’un monument d’antiquité le jetoit dans un
enthousiasme et dans des distractions, admirés des savans, mais qui étonnoient le vulgaire. Le cardinal de la
Rochefoucaud lui ayant fait obtenir une pension de mille francs sur le clergé, l’abbé Lebeuf, aussi désintéressé que
modeste, fut honteux de se voir si riche ; un de ses amis lui dit qu’on n’étoit pas content de ce que le cardinal avoit
fait pour lui : Je m’en doutois bien, répondit le docte abbé, je n’en demandois pas tant, et je suis prêt à le rendre. Il
avoit pris le change, on vouloit se plaindre de la modicité du bienfait.
Papillon donne l’énumération de plus de 260 ouvrages sur différens sujets sortis de la plume savante de ce
laborieux écrivain, parmi lesquels les histoires de Paris et d’Auxerre tiennent le premier rang ; les autres sont pour
la plupart insérés dans les recueils et dans les mercures du temps. Son portrait fut gravé par Odiœuvre. M. Lebeau
prononça son éloge.
C’étoit dans cette église que les ducs et les rois venoient prendre possession du duché de
Bourgogne, et juroient au pied des autels la conservation des privilèges de l’abbaye, de la province
et de la ville ; ensuite ils recevoient l’anneau ducal des mains de l’abbé de Saint-Bénigne, et les
députés des villes leur prêtoient serment de fidélité ; (c’est le sujet des vignettes des liv. 6, 13 et
notes du tom. 2e de l’histoire générale de Bourgogne) ; en signe de quoi le maire de Dijon passant
une écharpe blanche à la bride du cheval du duc, le conduisoit à la Sainte-Chapelle, pour y jurer
également la confirmation des privilèges de cette église. »

Anatole France, Le Livre de mon ami, Paris, 1923, pp. 289-290 :


« Et qui donc apprit Peau d' Âne aux fillettes et aux garçonnets de France, « de douce France »,
comme dit la chanson ? « C'est Ma Mère l' Oie », répondent les savants de village, Ma Mère l'Oie,
qui filait sans cesse et sans cesse devisait. Et les savants de s' enquérir. Ils ont reconnu Ma Mère
l'Oie dans cette reine Pédauque que les maîtres imagiers représentèrent sur le portail de Sainte-
Marie de Nesles dans le diocèse de Troyes, sur le portail de Sainte-Bénigne de Dijon, sur le portail
de Saint-Pourçain en Auvergne et de Saint-Pierre de Nevers. Ils ont identifié Ma Mère l'Oie à la
reine Bertrade, femme et commère du roi Robert ; à la reine Berthe au grand pied, mère de
Charlemagne ; à la reine de Saba, qui, étant idolâtre, avait le pied fourchu ; à Freya au pied de
cygne, la plus belle des déesses scandinaves ; à sainte Lucie, dont le corps, comme le nom, était
lumière. Mais c' est chercher bien loin et s' amuser à se perdre. Qu' est-ce que Ma Mère l' Oie, sinon
notre aïeule à tous et les aïeules de nos aïeules, femmes au cœur simple, aux bras noueux, qui firent
leur tâche quotidienne avec une humble grandeur et qui, desséchées par l' âge, n 'ayant, comme les
cigales, ni chair ni sang, devisaient encore au coin de l'âtre, sous la poutre enfumée, et tenaient à
tous les marmots de la maisonnée ces longs discours qui leur faisaient voir mille choses ? »

A. Desforges, « La reine pédauque », La Revue de la Nièvre et du Centre, n°5, Septembre-


Octobre 1924, p. 145 :
« Il n’existait en France que trois autre églises au portail desquelles était sculpté une reine au pied
d’oie : celles du prieuré de Saint-Pourçain en Auvergne, de l’abbaye de Saint-Bénigne à Dijon et de
l’abbaye de Nesle, transférée à Villenoce en Champagne. »

Pierre Quarré, « Le thème de la Reine pédauque aux portails du XII e siècle », Mémoires de
la Commission des antiquités du département de la Côte d’Or, Tome XXV, 1959-1962,
Dijon, 1964, pp. 56-58 :
« À propos du portail de l’église Saint-Bénigne, M. Quarré étudie le thème de la Reine pédauque
aux portails du XIIe siècle. Il rappelle que lors du Congrès de l’Association Bourguignonne des
Sociétés Savantes tenu à Auxerre à l’occasion du deuxième centenaire de l’abbé Lebeuf 2, il a été
montré comment le savant historien auxerrois, réfutant les explications hasardeuses et rétablissant
les dates, avait expliqué le sens symbolique des figures représentées sur les portails à statues-
colonnes du XIIe siècle, et ouvert ainsi la voie aux travaux sur l’iconographie du Moyen Âge.
L’abbé Lebeuf voyait dans la « reine pédauque » signalée déjà par Mabillon et Montfaucon
sur quatre de ces portails3 à Saint-Bénigne de Dijon, Nesle-la-Reposte (transféré au XVIIe siècle à
Villenauxe), Saint-Pierre de Nevers et Saint-Pourçain-sur-Sioule, une figuration de la reine de Saba,
symbole de l’Église, vis-à-vis de Salomon personnifiant le Christ, son pied monstrueux étant
emprunté aux traditions juives ou arabes greffées sur le récit de leur rencontre4.

2 P. Quarré, L’abbé Lebeuf et l’interprétation du portail de Saint-Bénigne de Dijon, dans L’abbé Lebeuf et le
jansénisme, Auxerre, 1962, et J. Vanuxem, L’abbé Lebeuf et l’étude méthodique des monuments du Moyen Âge,
dans Cahiers d’archéologie et d’histoire, Auxerre, 1963.
3 A. Lapeyre, Des façades occidentales de Saint-Denis de Chartres au portail de Laon, Paris, 1960.
Cependant Louis Hourticq prétendait que la reine pédauque sur ce portail était une invention
du XVIIIe siècle, venant de l’interprétation fantaisiste de sculptures déformées par l’usure du temps.
M. Paul Deschamps ne croit pas davantage à son existence et pense que ce qui a été pris pour un
pied d’oie n’était qu’un détail du costume. La meilleure réponse à ces objections serait de pouvoir
montrer l’un de ces pieds : il ne subsiste malheureusement aucune des statues de la reine pédauque,
les quatres portails où elle se trouvait ayant été détruits dès 1771 ou à la Révolution. Doit-on
cependant rejeter le témoignage de ceux qui en ont parlé et ne tenir aucun compte des dessins qui en
ont été faits ?
Remarquons que dans certains cas l’usure et la mutilation ont pu être causes d’erreurs : Dom
Martène et Durand ne se rappelaient-ils pas avoir vu à la cathédrale de Bourges une reine semblable
à celle de Saint-Bénigne de Dijon, alors que le pied devait être tout à fait normal à l’origine : mais il
s’agissait là d’un souvenir et non d’une observation précise. Il faut constater d’autre part que sur la
gravure représentant le portail de Nesle-la-Reposte, la forme donnée à l’un des pieds de la reine par
le dessinateur n’est pas sans rapport avec les replis gaufrés du bas des robes sur ce personnage de
statue-colonne. Cependant semblable interprétation aurait pu alors être donnée à propos d’autres
figures, si elle avait été réellement suggérée par cette forme du drapé, si courante à l’époque
romane.
Le meilleur indice qu’il s’agissait là d’une figuration extraordinaire nous est fourni par un
dessin du Musée archéologique de Nevers antérieur à 1771 : l’auteur, l’ingénieur Martin, a insisté
sur la curiosité majeure du portail de l’église de Saint-Pierre, en figurant un personnage qui montre
du doigt à son compagnon le pied palmé de la reine.
À Saint-Pourçain, il ne reste que les supports des statues ; mais un dessin du Grand
Séminaire de Moulins indique que la statue de la reine de Saba était identique à celle de Nevers,
avec le même geste de la main qui semblait relever la robe pour mieux laisser voir son pied.
Pour le portail de Saint-Bénigne de Dijon, s’ajoutent aux études de Mabillon et de
Montfaucon, qui travaillaient sur documents, les témoignages de Dom Plancher et de l’abbé Lebeuf,
l’affirmation dix-sept fois répétée de l’antiquaire dijonnais Louis-Bénigne Baudot qui avait de ses
yeux vu une reine « au pied d’oie ou de canard », enfin le dessin de Guillaume Dubois gravé par
Maisonneuve.
Reste à expliquer pourquoi une telle figuration est apparue à Saint-Bénigne de Dijon au
milieu du XIIe siècle et a été reproduite sur trois autres portails : nous trouvons cette explication
dans le texte interpolé de l’Imago mundi d’Honorius d’Autun, où suivant une tradition qui remonte
au moins au IXe siècle, le reine de Saba, à cause de son don prophétique qui lors de sa visite à
Salomon lui fit reconnaître le bois de la Croix, est assimilée à la sibylle « habens pedes anserinos »5.
(Séance du 21 décembre 1960). »

Francis Salet, « La « reine Pédauque ». », Bulletin Monumental, 1965, pp. 63-64 :


« À propos de l’église Saint-Bénigne de Dijon, M. Pierre Quarré a étudié le thème de la reine
Pédauque, c’est-à-dire de la reine « au pied d’oie », qui aurait figuré aux portails, tous détruits
malheureusement, de Dijon, de Nesle-la-Reposte, de Saint-Pierre de Nevers et de Saint-Pourçain-
sur-Sioule.
L’abbé Lebeuf l’identifiait avec la reine de Saba, symbole de l’Église, vis-à-vis de Salomon
personnifiant le Christ ; le pied monstrueux de la reine serait sorti des traditions juives ou arabes
relatives à sa rencontre avec Salomon. Les érudits d’aujourd’hui ont nié pour la plupart l’existence
de la reine Pédauque et ont pensé qu’un détail de costume, usé par le temps, avait pu suggérer l’idée
d’un pied d’oie.

4 André Caquot, La reine de Saba et le bois de la Croix selon une tradition éthiopienne, dans Annales d’Éthiopie, t. I,
1955, p. 137-147.
5 Bibl. De Munich, ms. lat. 22225 et 3387 a. – Cf. Wilhelm Hertz, Die Rätsel der Königin von Saba, in Zaistschrift
für Deutsches Alterthum und Deutsche Literatur…, N.F., XV, Berlin, 1883, p. 23-24.
Il y a cependant des indices de l’existence d’une figuration extraordinaire : un dessin,
antérieur à 1771, du Musée archéologique de Nevers, représente un personnage qui montre du doigt
à son compagnon le pied palmé de la reine, au portail de Saint-Pierre de Nevers. Il en est de même,
pour le portail de Saint-Pourçain-sur-Sioule : une dessin du Grand Séminaire de Moulins montre
que la reine relevait un peu sa robe, comme d’ailleurs à Nevers. Pour le portail de Dijon, il faut tenir
compte des affirmations de Mabillon et de Montfaucon, du témoignage de Dom Plancher et de
l’abbé Leneuf, de l’opinion répétée dix-sept fois de Louis-Bénigne Baudot et du dessin de
Guillaume Dubois.
Reste à savoir pourquoi on a eu l’idée de représenter une reine au pied monstrueux à Saint-
Bénigne de Dijon, au milieu du XII e siècle. M. Quarré pense qu’on en trouve l’explication dans le
texte interpolé de l’Imago mundi d’Honorius d’Autun, où la reine de Saba est assimilé, à cause de
son don prophétique, à la Sibylle « habens pedes anserinos ».

Pierre Salies, « La reine Pédauque », Archistra, n° 158, avril 1997 :


« Jean-Baptiste BULLET, théologien de l'Université de Besançon a laissé d'importants ouvrages
d'érudition. En 1754, il avait publié un savant mémoire pour prouver que le breton était la langue
primitive du monde, et aussi, en 1773 une Réponse aux difficultés des Incrédules, qui faisait suite à
son ouvrage sur l’existence de Dieu démontrée par les merveilles de la nature (1768) et n'oublions
pas sa Mythologie française, de 1771.
Donc BULLET, démontra comment Robert I er roi de France, avait épousé en 995, Berthe de
Bourgogne, dont il était le cousin au quatrième degré. Excommunié par le pape Grégoire V pour
cette union contraire aux canons de l’Église, il ne fallut rien moins que l'interdit jeté sur son
royaume et l'abandon où le laissèrent tous ses serviteurs pour qu'il pût se résoudre à répudier Berthe,
qu'il chérissait tendrement. Le cardinal Pierre Damien, qui écrivait soixante ans après cet événement
et fut vraisemblablement l'écho de la tradition populaire, raconte que Berthe accoucha pendant
l'interdit et, par « effet de la colère divine, mit au monde un fils dont la tête et le cou étaient d'une
oie et non d'un homme ». Il est donc très probable que l'on voulut éterniser le souvenir de cette
prétendue vengeance céleste pour épouvanter, par la vue perpétuelle de ce châtiment, ceux qui
oseraient braver les censures ecclésiastiques. Et Berthe, portant avec elle le signe de réprobation
dont Dieu l'avait frappée dans son fils, devint le symbole menaçant pour les adversaires du pouvoir
temporel de L’Église et dut être alors mise en évidence sur nos monuments religieux.
Si l'on observe, d'autre part, que Robert fut le bienfaiteur de l'abbaye de Saint-Bénigne, à Dijon, et
que sa statue et celle de la reine Pédauque s'y trouvent placées l'une en regard de l'autre, cela prend
valeur de confirmation.
[...]
Et puisque nous remontons dans le temps, écoutons l'abbé Jean LEBEUF, autre érudit (1687- 1760),
qui « a rendu de grands services à l'histoire nationale par ses savantes et exactes recherches ». Il
écrivit ses Conjectures sur la reine Pédauque où l'on recherche quelle pouvait être cette reine. Voici
ce qu'il proposa :
Selon lui, la reine Pédauque ne serait autre chose que la reine de Saba, et, pour arriver à cette
conclusion, il a recours à une tradition judaïque rapportée dans le paraphrastique chaldéen. Voici
cette tradition, que nous croyons assez curieuse pour être citée ici.
Lorsque la reine de Saba fit le voyage de Jérusalem pour voir Salomon, ce prince attendit sa visite
dans un appartement de cristal qu'il avait fait construire dans son palais. Étant entrée dans la salle
où était le monarque, la reine crut le voir dans l'eau et leva sa robe pour s'approcher de lui. Mais
alors, Salomon, très peu galant, voyant ses pieds qui étaient hideux, lui dit : « Votre visage a la
beauté des plus belles femmes, mais vos pieds n'y répondent guère. » Cette tradition, jointe à
l'habitude qu'avait la reine de Saba de se baigner tous les jours, aurait suffi, dit l'abbé LEBEUF, à lui
faire donner par les chrétiens le nom de Pédauque. Une fois cette donnée admise, s'appuyant sur
l'opinion de quelques saints Pères qui, dans Salomon et la reine de Saba, ont voulu voir une figure
de Jésus- Christ et de son Église, il motive assez bien la présence de cette princesse sur les portails
de nos cathédrales.
C'est lui qui remarqua qu'on trouvait la statue de Pédauque à Saint-Bénigne de Dijon, à Saint-
Pourçain d'Auvergne, à Saint-Pierre de Nevers, à Sainte-Marie de Nesle en Champagne, soit un peu
partout en France. »
Statue de la reine pédauque à Saint-Bénigne de Dijon
La figure de Clotilde ou de la Reine Pedoccha comme elle se voi au vestibule de St Benigne, 17??,
dessin aquarellé, 34x21,5 cm (BM Dijon/L Est. AI-I 8)