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A PROPOS DU PRÉTENDU ÉDIT DE MILAN

Author(s): Jean-Remy Palanque


Source: Byzantion, Vol. 10, No. 2 (1935), pp. 607-616
Published by: Peeters Publishers
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/44169773
Accessed: 18-06-2020 11:02 UTC

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A PROPOS DU PRÉTENDU

ËD1T DE Mil, AN

Peut-on considérer comme entièrement et parfaitement


réglée la controverse ouverte depuis quarante ans sur la
réalité de l'Édit de Milan? On sait qu'Otto Seeck a démontré
en 1891 que le terme d'édit était impropre (*)ģ Mais beaucoup
d'auteurs ont continué à croire à l'existence d'un rescrit,
epistola ou mandatom , élaboré à Milan en février 313 par
Constantin et Licinius (2). M. Henri Grégoire par contre,
rejette nettement la réalité d'un acte législatif qui serait le
fruit de cette conférence des deux empereurs. Lui-même ré-
sume ainsi sa thèse :

« L'édit de tolérance de mars 313, rendu à Milan par Con-


stantin, n'est pas un édit, mais un rescrit, ou plutôt une let
tre aux gouverneurs des provinces d'Asie et d'Orient ; il n'a
pas été promulgué à Milan, mais à Nicomédie ; il n'est pas d
mars, mais de juin : il n'est pas de Constantin, mais de L
cinius » (3).

Le même auteur est revenu sur ce sujet à propos d'un


affirmation de M. Caspar, corrigée par M. E. Stein (4), e
tient son argumentation pour décisive. Il faut la citer t
au long :

(1) O. Seeck. Das sogenannte Edikt von Mailand ( Zeitschrift für


Kirchengeschichte , XII, 1891, p. 381-386).
(2) En particulier P. Batiffol, La paix constantinienne et le
catholicisme , p. 233. Cf. la bibliographie in Norman H. Baynes, Con -
stantine the Great and the Christian Church , p. 69.
(3) H. Grégoire, La « conversion » de Constantin ( Revue de V Uni-
versité de Bruxelles , 1930-1931, p. 263).
(4) E. Caspar, Geschichte des Papsttums, 1. 1, p. 581 ; E. Stein, dans
son compte rendu de cet ouvrage, Byzantinische Zeitschrift, 1932,
p. 117.
Byzani ion. X. - 39.

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6Ò8 J.-R. PALANQUE

« En 314, en Afrique, le statut des chrétien


quement sur l'édit de tolérance de 311. En effet,
cès, à Carthage, le 15 février 314, le proconsul
« Les empereurs Constantin et Licinius daignen
sympathie aux chrétiens, à condition que ceux-
la discipline» ( ita ... ut disciplinam corrumpi n
l'a montré Caspar, c'est une citation textuelle, no
édit de Milan, mais de l'édit de 311 : denuo sint C
ut ne quid contra disciplinam agant M. Stein
chose, mais en induit que cet édit n'a pu être p
Occident qu'après la chute de Maxence dont
(même les mesures prochrétiennes) avait été
rescissio actorum du « tyran ». Je pense qu'il fau
son à Stein comme à Caspar, - et par dessus
Eusèbe lequel, dans son Histoire Ecclésiastique ,
Constantin et Licinius publièrent, en faveur
une « loi très parfaite ». Seulement cette loi très
pas l'Édit de Nicomédie : Seeck, Caspar et tan
raison là-dessus. On s'étonnait à juste titre qu'E
de nous donner la «loi très parfaite» soit dan
soit dans la Vita Constantini ; il eût fallu conserv
un document qui était le grand titre de gloire d
Eusèbe savait, aussi bien que Lactance, que l'
médie était de Licinius seul : et c'est tellemen
purement et simplement supprimé dans sa dern
A présent tout est clair : si Eusèbe ni personne
le texte de la « loi très parfaite », c'est que c'étai
ment l'édit de Sardique de 311, signé d'ailleurs d
et de Licinius comme de Galère» (x).

Serait-ce vraiment là, comme le croit M. Gré


lution très parfaite » de ce fameux problèm
On me permettra de le discuter.
Je laisserai résolument de côté le problème p
il est si difficile de parvenir sur ce point à d
sûres, et les historiens sont si divisés sur cette
est peut-être plus prudent de ne pas s'appuyer

(1) Byzantion , VII, 1932, p.648-64Ô. Même raisonn


article de U Antiquité classique , I, 1932, p. 137, n.

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A PROPOS DU PRÉTENDU ÉDIT DE MILAN 609

aussi fragiles : aussi est-il légitime de penser que M. Grégoire


a été imprudent de vouloir « placer dans cette lumière nou-
velle la controverse sur l'Édit de Milan » Q. Ce sont à l'inverse
les résultats de ce débat qui seront plutôt susceptibles d'éclai-
rer le problème de la conversion de Constantin.


♦ *

Relisons le dernier texte de M. Grégoire.


paraît très solide, et je crois comme lui qu'
à Stein et à Caspar. Un des premiers actes
fois maître de l'Italie et de l'Afrique, a dû
publier l'édit de Galère. On datera même
du début de janvier 313, moment où Cons
l'abrogation des mesures de Maxence. Il es
bable que, après l'annulation de la législa
du « tyran », son vainqueur ne pouvait m
corder aux chrétiens de ses nouvelles pro
gime de droit dont jouissaient depuis un
anciens États ; et la phrase du proconsul A
donner la preuve que l'Édit de Galère av
Afrique en 314. Mais peut-on affirmer qu
tiens reposait uniquement sur lui? que Co
à ce geste de pure tolérance et que ses init
temps moins favorables au christianism
xence, puis de Licinius? Je ne le crois p
Aelianus se réfère à l'édit de Galère, on le
il instrumente contre un faussaire dona
la lettre destinée à perdre l'évêque Félix
blement païen lui-même, il utilise un tex
en vigueur qui puisse être invoqué contre
réminiscence est naturelle dans le cas pré
d'intimider un prévenu qui pourrait ar
pour mériter un traitement de faveur ; ell
la preuve que Constantin n'a pas ajouté
purement négative des gestes plus hardis
à l'égard des chrétiens. Bien au contraire

(1) La « conversion » de Constantin, p. 26l.

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610 J.-R. PALANQUE

lianus semble postuler l'existence de ces mes


après l'allusion à l'édit de Galère, il signif
« ...Ne te flatte pas, parce que tu te prétends
Divinité, de pouvoir échapper à la torture. »
penser que les « adorateurs de la Divinité », c
sûr les adeptes du Christ, pouvaient s'appuye
gence spéciale de l'empereur. Je donnerais d
seulement à Caspar, Stein et Grégoire, m
moins, à Batiffol, qui citait ce passage des A
Felicis comme attestation de l'édit de Milan
Non pas sans doute d'un véritable édit prom
qui n'existe pas stricto sensu , je le répète. M
état de mesures prises en faveur de l'Église
qui sont l'œuvre de Constantin, et c'est l'e
sures, on les connaît parfaitement, et M. Gr
que tout autre. Constantin écrit au proconsu
linus : « Nous ordonnons, lorsque cet écrit a
qu'une des choses ayant appartenu à l'Églis
chrétiens de chaque ville ou autre lieu est
tenue par des citoyens ou autres, que tu la
sur le champ aux mêmes Églises » (3). D'ap
« cette lettre prouverait à elle seule la no
l'édit de Milan qu'elle ne vise en aucune m
raisonnement pourrait, à la rigueur , être re
était postérieur à l'entrevue, mais non s'il
contemporain. Or M. Baynes (5) a établi,
paraît probante, qu'il doit être daté de l'h
non d'avril 313. Otto Seeck (6) proposait cett
considérant le rapport d'Anulinus du 15 avri
ponse à cette lettre. M. Baynes démontre
répond à une autre lettre impériale, par laqu

(1) In Ôptat, éd. Żiwza, p. 20â.


(2) La paix constantinienne ..., p. 240. - Par con
du texte de la pétition donatiste, que fait M. Gré
1932, p. 650), me paraît peu probante.
(3) Eusebe, H.E. , X, 5, 16.
(4) La « conversion » de Constantin , p. 263-264.
(5) Op. cit., p. 68-69.
(6) Regesten, p. 151.

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A PROPOS DU PRÉTENDU EDIT DE MILAN 611

exempt des muñera civilia. Seeck situait celle-ci en octobre


par similitude avec plusieurs lois du Code Théodosien ordon-
nant aussi cette exemption ; mais on peut fort bien admettre,
si la date de ces lois est maintenue en octobre, que Constantin
a légiféré pour l'Afrique au début de l'année, et étendu plus
tard cette mesure à tous ses États. La deuxième lettre à Anu-
linus étant donc reportée en mars-avril, la première lui est
antérieure de quelques semaines (x).
A-t-elle été écrite en février ou en janvier (2)? Le détail est
d'importance, car, dans le premier cas, elle serait contempo-
raine de la conférence de Milan et pourrait en être le résultat ;
dans le second cas, elle serait antérieure, et Constantin seul
en serait responsable. Aucun motif extrinsèque ne permet
de se prononcer, et l'on avouera qu'il serait hasardeux de pré-
férer la date la plus tardive uniquement pour pouvoir affirmer
que l'initiative des mesures de faveur incomberait à Licinius,
lequel aurait, à Milan, « converti » Constantin, non pas au
christianisme, mais à une politique philochrétienne. Si au
contraire nous laissons de côté tout préjugé en faveur de
Licinius, on aperçoit de sérieuses raisons pour attribuer à Con-
stantin la responsabilité du revirement opéré en 313 dans la
politique religieuse de l'Empire.
Il est un point sur lequel M. Grégoire a glissé : c'est l'inter-
vention de Constantin auprès de Maximin, à l'automne 312.
Il n'y a pas lieu de revenir sur la démonstration lumineuse et
convaincante que M. Piganiol a présentée au sujet de cette
démarche, qu'il considère avec raison comme « la première
mesure prise par Constantin en faveur des chrétiens » (3).
Le vainqueur de Maxence n'a donc pas attendu de subir

(1) On pourrait objecter que la navigation étant suspendue en


cette saison, Constantin n'a pas dû écrire en hiver à ses fonctionnaires
africains. L'objection ne porterait pas : même si le mauvais état de
la mer a retardé l'expédition des courriers (ce qui n'est pas démontré),
rien n'empêche l'empereur d'avoir écrit des lettres en hiver. Et c'est
cela seul qui importe.
(2) Elle ne peut être antérieure, puisqu'elle n'est pas concevable
avant la rescissio actorum de Maxence, qui est du début de janvier
(cf. Regesten , p. 160; E. Stein, loc. cit.).
(3) A. Piganiol, L'empereur Constantin , p. 86-91.

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612 J.-R. PALANQUE

J'influence de Licinius pour s'orienter dan


ble à l'Église.
En définitive, que trouvons-nous donc à l'actif de ce der-
nier, mis à part l'édit de 311 (si l'on admet, avec M. Grégoire,
qu'il en a été l'inspirateur)? Uniquement le rescrit de Nico-
médie du 13 juin 313, qui « ne fut (je cite M. Grégoire) un
événement, et un événement considérable, qu'en Asie » (x).
A l'actif de Constantin, par contre, il faut admettre, sans
faire état de la promulgation en Occident de l'édit de 311 :
Io) sa démarche de novembre 312 auprès de Maximin
pour le faire renoncer à la persécution en Orient (cf. Eusèbe,
Hist, eccl, ix, 9, 13) ;
2°) ses instructions au proconsul d'Afrique au début de
313 pour lui ordonner de restituer aux Églises chrétiennes leurs
biens confisqués (ibid., x, 5, 15-17);.
3°) ses largesses aux évêques d'Afrique (cf. sa lettre à
Cécilien de Carthage, et ses instructions aux fonctionnaires
financiers (ibid., x, 6) ;
4°) ses nouvelles instructions au proconsul d'Afrique, au
début du printemps 313, pour octroyer au clergé catholique
l'exemption des muñera civilia (ibid., x, 7).
5°) ses constitutions d'octobre 313 qui étendent à tous ses
États ce dernier privilège (C. Th., xvi, 2, 1) ;
Il paraît évident que la balance penche en faveur de Con-
stantin.
Dira-t-on que nous sommes moins bien renseignés sur les
actes de Licinius que sur ceux de Constantin, conservés par
Eusèbe ou par le Code Théodosien ? - Sans doute. Mais nous
ne pouvons raisonner que sur les textes connus. Ce que
M. Grégoire appelle « la légende constantinienne » s'appuie
sur eux. Son ingénieux système, qui y substitue une « légende
licinienne », me paraît avoir des fondements beaucoup moins
solides.

*
* ♦

Qu'avons-nous fait en tout cela de l'Éd


revenir sur la date de la première lettre

(1) La « conversion » de Constantin, p. 264,

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A PROPOS DU PRÉTENDU ÉDIT DE MILAN 613

qui est le texte décisif. De deux choses l'une, nous l'avons vu-
Ou bien elle date de janvier 313 : en ce cas, le geste de resti-
tution émane de l'initiative de Constantin, imitateur de
Maxence, et la notion même d'un Édit de Milan applicable
en février à tout l'Occident est en effet inconcevable, sur-
tout si Constantin a, en janvier, avant de quitter Rome,
adressé en même temps à tous ses autres gouverneurs des in-
structions semblables à celles que nous a conservées Eusèbe.
Ou bien ce document date de février, c'est à dire du moment
même où se rencontrent Constantin et Licinius : en ce cas,
sans aller chercher plus loin, nous tenons ici « l'édit de Mi-
lan », ou plutôt une des formes qu'a revêtues la décision
commune des deux empereurs, le rescrit de Nicomédie en
étant quatre mois plus tard une autre expression. Que l'on se
prononce pour l'une ou l'autre alternative (et si, pour ma
part, je préfère suivre M. Baynes qui adopte la première, je
ne vois pas de raison valable pour exclure la seconde (x), on
n'a aucune preuve que Licinius soit l'initiateur : Constantin
a non seulement exécuté pour sa part en Occident la nouvelle
politique religieuse, il est allé plus loin que son collègue, le-
quel n'a pas en Orient accordé au clergé des exemptions et
donations analogues à celles de Constantin en Afrique dès
cette année 313.
Il est donc, me semble-t-il, parfaitement légitime de tenir
Constantin pour l'inspirateur du rescrit de Nicomédie ; l'essen-
tiel de ce texte, que sont venues enrichir des gloses explica-
tives (2), peut être considéré comme issu d'un protocole
rédigé à Milan d'un commun accord par les deux empereurs.
A ce compte le prétendu édit de Milan n'est pas totale-
ment légendaire ; et « la loi très parfaite » dont parle
Eusèbe (à condition qu'on doive faire un sort à ce passage
de l'Histoire Ecclésiastique manifestement erroné) (3), serait
donc intégrée, comme enchâssée, dans les Litterae Licinii

(1) C'est celle que propose M. Stein, dans sa critique de Caspar,


loc. cit.

(2) Cf. apud Batiffol, op. cit., p. 233 sqq., la reconstitution de ce


que plusieurs auteurs ont nommé, assez improprement, semble-t-il,
les Litterae Constantini.
(3) Comme l'a montré M. Piganiol, toc. cit ,

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614 J.-R. PALANQUE

C'est donc M. Baynes qui a raison : « The Edi


be a fiction, but the fact for which the ter
untouched » (x).
Cette argumentation, menée indépendam
eonsidération sur les sentiments intimes de Constantin,
peut-elle jeter une lumière nouvelle sur ce difficile problème?
Notre examen des textes et de leurs dates autorise, semble-t-il,
une seule conclusion : tout se passe comme si Constantin
était « rallié », sinon converti au christianisme dès le lende-
main de son entrée victorieuse à Rome. Ce revirement n'a-t-il
que des mobiles politiques, selon le système Grégoire (« par la
conquête de l'Afrique, l'État de Constantin est devenu du
coup une puissance chrétienne» (2)? N'est-il pas dû à une
conviction sincère ? C'est là un autre débat, qu'on me pardon-
nera de ne pas aborder ici. Mais, quel que soit le sens qu'on
donne à ce mot, je crois qu'il faut parler d'une « conversion »
de Constantin à l'automne 312, et y voir l'origine des « mesu-
res révolutionnaires » concertées à Milan, par les deux empe-
reurs au début de l'année suivante (3).

Montpellier . Jean-Remy Palanque.

P. S. - M. Grégoire me fait observer que j'aurais « oublié


le point essentiel » en omettant de mettre à l'actif de Licinius
le songe et la prière chrétienne de 313 que nous fait connaître
Lactance (cf. son étude La « conversion » de Constantin, p. 258-
261). Si je n'en ai pas fait état, c'est que je n'ai voulu con-
sidérer que les textes législatifs des deux empereurs. Le té-
moignage de Lactance a une grande valeur, selon M. Grégoire.
Pourquoi donc le rejette-t-il, quand il nous rapporte le rêve
de Constantin à la veille de la bataille du Pont Milvius? Je
crois en effet que les affirmations de Lactance doivent être
retenues : le « signe du Christ » a été gravé sur les boucliers
des soldats de Constantin à la veille de la défaite de Maxence

(1) Op. cit., p. 11.


(2) Byzantion, 1932, p. 657.
(3) Sur ce point au moins, je me raine pleinement à la demonstra
tion de M. Piganiol, loc. cit,

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A PROPOS DU PRÉTENDU ÉDIT DE MILAN 615

(et non quelques années plus tôt, comme le suppose sans


preuves M. Grégoire, loc. cit., p. 257-258) ; les soldats de
Licinius ont entonné à la bataille de Tzirallum un cantique
monothéiste susceptible d'une interprétation chrétienne. Mais
il faut constater que, si la première indication est tout à fait
dans la ligne de l'évolution chrétienne de Constantin, le second
texte (Licinius dictant sa prière sous l'inspiration d'un ange,
cf. ibid., p. 259-260) ne pourrait être accepté au pied de la
lettre que si cet empereur s'était lui aussi converti alors au
christianisme, - au moins à un demi-christianisme équi-
voque. Or, nul n'a formulé, je crois, cette hypothèse, que
M. Grégoire écarte à bon droit. « Nous ne savons rien de Lici-
nius, écrit fort justement M. Piganiol, sinon qu'il était
ignare, qu'il a persécuté les philosophes, qu'il a adopté à
l'égard des chrétiens une politique réaliste, - tandis que
Constantin respectait les philosophes et s'est complu toute
sa vie à rédiger des homélies. » ( L'empereur Constantin,
p. 77-78). Sur la fameuse prière monothéiste, le même histo-
rien me paraît être dans le vrai quand il énonce qu'elle
« a été probablement composée sous les yeux des deux empe-
reurs, et même avec leur collaboration, à Milan, entre la dé-
faite de Maxence et la défaite de Maximin. Elle exprime en
quelque manière le credo impérial à cette date. Elle a été
utilisée par Licinius au cours de la guerre de Thrace. Il aura
ensuite raconté qu'il la tenait d'un ange, et Lactance a pu
très bien recueillir cette invention de la bouche du prince »
(ibid., p. 77). En somme, si Lactance a fidèlement rapporté
les faits matériellement constatables : les signes des boucliers,
la prière avant la bataille, il faut dire que, écrivant au lende-
main des événements, il s'est fait des illusions sur leur portée
véritable et sur les sentiments personnels des empereurs. Con-
stantin, sincèrement rallié à l'Église du Christ, mérite sa répu-
tation de premier prince chrétien. Quant à Licinius, qui n'a
usé de la religion que comme moyen politique, sa victoire
chrétienne de 313 sera ternie par ses tracasseries ultérieures,
et le triomphe de Constantin en 324 fera oublier qu'il a pu
paraître onze ans plus tôt un champion de la foi : c'est tout
naturel, sans qu'on doive voir là des altérations tendancieuses
et la formation d'une tradition légendaire.
Je me suis laissé entraîner sur le terrain des convictions

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616 J.-R. PALANQUE

personnelles des deux empereurs, ce qui n'é


de cete brève étude. Qu'on me permette de
mot cette digression : il faut maintenir « à l'act
comme le veulent Lactance et M. Grégoire, sa p
rallum, qui lui valut la victoire, et son rescrit
qui lui valut la reconnaissance enthousiaste
d'Orient. Mais il est légitime de penser que l
textes, la prière et le rescrit, n'étaient pas s
rendent une note nettement constantinienn
pas étonnant, puisque le vainqueur de Maxen
de Milan dans ses fourgons.
J.-R. P.

RÉPONSE A M. PALANQUE.

Quiconque se permet de critiquer des légendes devenues chères


non seulement à la masse, mais encore aux érudits, doit s'attendre
à des réactions assez vives et à des efforts désespérés d'apologéti-
que subtile - et même savante - pour la défense des fables con-
sacrées. Nous nous sommes trouvé plus d'une fois dans la position
de l'iconoclaste ; et nous commençons à avoir l'habitude des con-
troverses aigres-douces qui suivent d'ordinaire les démonstrations
que nous avons la simplicité de croire évidentes.
Je suis loin, toutefois, de minimiser l'importance de la contre-
offensive de mon ami Palanque. Je la redoute au contraire, parce
que, dans cette agressive défense de la « tradition », M. Palanque
semble - ô miracle - d'accord avec son adversaire habituel

M. Ernest Stein P). Je la redoute surtout parce que le déba


placé sur un terrain où il risque de s'éterniser. Au fond, mes
versaires et moi nous n'avons pas les mêmes idées sur la méth
On le verra dès les premières lignes de M. Palanque, qui raison
comme suit : « Tout le monde croyait à l'édit de Milan ; Seeck,

(1) The Catholic Historical Review , j uly 1935, pp. 131-133, Je répondrai à
M. E. Stein dans un prochain article.

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