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Albert Failler

Le patriarche d'Antioche Athanase Ier Manassès (1157-1170)


In: Revue des études byzantines, tome 51, 1993. pp. 63-75.

Résumé
REB 511993 France p. 63-75
A. Failler, Le patriarche d'Antioche Athanase Ier Manassès (1157-1170). — Moine de Saint-Jean de Patmos, Athanase
Manassès est l'auteur d'un Éloge de saint Christodule. Il devint patriarche d'Antioche, très probablement en 1157, mais il ne put
gagner son siège qu'en 1165. On a conservé un bref extrait de sa Vie (Sinailicus 482, f. 243), qui est édité dans l'article.
Athanase mourut à Antioche le 29 juin 1170, des suites du tremblement de terre qui secoua la ville ce jour-là.

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Failler Albert. Le patriarche d'Antioche Athanase Ier Manassès (1157-1170). In: Revue des études byzantines, tome 51, 1993.
pp. 63-75.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1993_num_51_1_1869
LE PATRIARCHE D'ANTIOCHE
ATHANASE Ier MANASSÈS (1157-1170)

Albert FAILLER

Parce qu'elles prennent place dans des séries importantes, bien


qu'elles n'aient pas joué un rôle déterminant, certaines personnalités
de l'Histoire byzantine sont surtout connues par les notices que les
dictionnaires leur consacrent régulièrement et qui sont souvent reco
piées plus ou moins littéralement de décennie en décennie. Il en est
ainsi, en particulier, pour les dignitaires ecclésiastiques, qui doivent à
la qualité de leur siège d'avoir été et d'être retenus dans toute ency
clopédie consacrée à l'histoire de la chrétienté. C'est le cas pour Atha-
nase Ior, patriarche grec d'Antioche au 12e siècle. Je m'apprêtais pré
cisément à composer la énième notice sur ce personnage, lorsque je me
suis rendu' compte, que mes devanciers se contredisaient : c'était un
fâcheux contretemps. Au bout du compte, si le résultat essentiel de la
petite recherche qui s'imposait ainsi pouvait être — et fut — inclus
dans la notice elle-même, la critique des textes et la discussion des
opinions n'y avaient pas leur place et ne présentaient aucun intérêt
pour l'utilisateur de l'encyclopédie. On peut penser cependant qu'il
n'est pas inutile d'exposer, dans un autre cadre, les données du pro
blème et les raisons de ces variations sur une biographie donnée. C'est
l'objet du présent article.
Dans les courtes notices que réclament les éditeurs d'encyclopédies,
une des questions principales est celle des dates extrêmes de la vie ou
de la fonction du personnage pris en compte. Pour des acteurs
secondaires de l'histoire, ces données ne présentent en elles-mêmes
qu'un intérêt minime, mais elles permettent parfois d'opérer des
recoupements et d'établir des synchronismes qui éclairent à l'occasion
la chronologie des événements contemporains.
Les historiens qui ont étudié le patriarcat d'Athanase Ier d'An
tioche ont fixé à son épiscopat des dates divergentes, tant pour l'en
trée en fonction (1156 ou 1157) que pour le décès (1170 ou 1171).
Avant d'examiner les données de la question et de retracer la bio
graphie d'Athanase Ifl d'Antioche, relevons, à titre d'exemple, la plus

Revue des Études Byzantines 51, 1993, p. 63-75.


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récente mention du personnage dans la littérature de recherche. Le


dernier ouvrage où est cité Athanase Ier est, à ma connaissance, la
Hierarchia Ecclesiastica Orientalis de G. Fedalto, qui assigne à son
épiscopat les dates suivantes : 1157-22 juin 1171 x. Dans la colonne
réservée à cet effet, le compilateur renvoie à trois auteurs :
— M. Le Quien, qui se contentait de mentionner qu'en l'année
1166 le siège d'Antioche était occupé par Athanase2;
— V. Grumel, qui fournissait précisément, dans sa liste des
patriarches grecs d'Antioche, les deux dates extrêmes reprises
par G. Fedalto3;
— G. Levenq, qui, dans sa notice du Dictionnaire d'histoire et de
géographie ecclésiastiques, plaçait également en 1157 le commence
ment du patriarcat d'Athanase, mais lui assignait comme fin l'année
11704.
La ligne consacrée par G. Fedalto à l'épiscopat d'Athanase Ier
d'Antioche montre à elle seule les divergences. On verra que celles-ci
sont encore plus importantes que ne le laisse apparaître cette pre
mière approche. Il faut donc rassembler et reprendre les diverses don
nées qui ont été conservées concernant l'épiscopat d'Athanase Ier; on
s'apercevra alors qu'elles permettent d'esquisser une biographie plus
fournie qu'on ne l'aurait pensé.
L'exposé comprendra cinq parties : Avant l'élection patriarcale,
L'élection patriarcale, Le séjour du patriarche à Constantinople, Le
séjour du patriarche à Antioche, La mort du patriarche.

1. Avant l'élection patriarcale

On ignore presque tout des origines du patriarche Athanase Ier et de


son activité avant l'épiscopat. Mais, dans le seul écrit qu'on ait
conservé de lui, un éloge de Christodule de Patmos composé pour la
fête de la translation du corps5, Athanase donne clairement à

1. G. Fedai.to, Hierarchia Ecclesiastica Orientalis. II, Patriarchatus Alexandrinus,


Anliochenus, Hierosolymiianus, Padova 1988, p. 685.
2. M. Le Quien (Oriens christianus, II, Paris 1740, col. 759) fait référence à la
présence du patriarche d'Antioche aux réunions synodales qui furent convoquées cette
année-là pour débattre de la signification de l'expression évangélique Pater major me
est ; voir ci-dessous, p. 67.
3. V. Grumel, La chronologie, Paris 1958, p. 448. Le patriarche d'Antioche y est
appelé sans raison Athanase III, alors qu'aucun précédent titulaire du siège n'a porté le
même nom. On peut penser que V. Grumel l'a placé par erreur dans la lignée des
Anastase (I et II) du 6e siècle.
4. G. Levenq, DIIGE, IV, Paris 1930, col. 1367-1369.
5. Le texte, répertorié dans la BUG sous le n° 304, est édité dans l'ouvrage suivant :
K. Boïnès, 'Ακολουθία Ιερά του οσίου χ,αί θεοφόρου πατρός ημών Χριστοπούλου τοϋ
LE PATRIARCHE DANTIOCHE ATHANASE Ier 65

entendre qu'il appartenait à la communauté monastique de Saint-


Jean de Patmos. Au moment d'écrire l'éloge, il n'est pas encore
patriarche d'Antioche, mais il représente son monastère en un autre
lieu, sans doute à Constantinople ; c'est ce qui ressort d'un passage du
texte : «Nous t'appartenons en effet réellement, bien qu'actuellement
nous soyons établi loin des tiens, parce que les tiens d'ici l'ont voulu
ainsi»6. Athanase avait indiqué une première fois qu'il était lui-même
moine de Saint-Jean de Patmos, lorsque, évoquant la figure du plus
proche disciple de Christodule, il écrit : «l'illustre Sabbas, qui a dirigé
en son temps notre monastère de manière très experte»7. Dans le
même écrit, Athanase affirme qu'il n'a pas composé l'éloge de Christo
dule de son propre mouvement, mais «sur ordre et par obéissance»8,
sans doute à l'instigation de ses confrères de Patmos, comme le sug
gère l'éditeur de l'œuvre.
L'Éloge de saint Christodule donne un aperçu de la culture d'Atha-
nase. Comme il est normal dans un écrit de cette nature, le fond est
scripturaire ; mais on y trouve aussi des références à Homère. La
connaissance de la rhétorique apparaît dans la construction des
phrases, l'appel fréquent aux proverbes, la recherche de mots rares
(μορφογράφος, μορφούργημα, πυκνοδενδροφυϊα, καλλίρρειθρος, όμβροβλυσία
etc.).
On connaît à présent le patronyme d'Athanase : Manassès. Il appar
aît dans l'intitulé d'un court extrait d'une Vie d'Athanase que
J. Darrouzès a signalé dans le Sinaiiicus 482 (1117) et qui est introduit
par la mention suivante : Έκ του βίου του άγιωτάτου πατριάρχου

θαυματουργού ... , 31' éd., Athènes 1884, p. 134-162. Sur la vie de Christodule de Patmos
et l'ensemble des textes hagiographiques qui s'y rapportent, voir Éra L. Branousè, Ta
αγιολογικά κείμενα του οσίου Χριστοπούλου, ίδρυτοϋ της εν Πάτμω μονής, Athènes 1966. Chris
todule de Patmos mourut en Eubée en 1093; voir P. Gautier, La date de la mort de
Christodule de Patmos (mercredi 16 mars 1093), BEB 25, 1967, p. 235-238. Ses disciples
ramenèrent son corps à Patmos peu après, et la fête de la translation est célébrée le
21 octobre.
6. Voici le texte grec : Σοι γάρ έσμεν αληθώς, καν ήδη των σων, ούτω δόξαν τοις ένθάδε
σοΐς, άποικιζόμεθα πόρρωθεν (Κ. Boïnès, op. cit., p. 161). Dans la note 3, l'éditeur
commente et interprète ainsi le passage : Και έντεϋθεν δηλοϋται δτι ό 'Αθανάσιος ήν συναρίθ-
μιος τη χορεία της άδελφότητος, και δτι το παρόν Έγκώμιον μακράν της μονής διατριβών έγραψε,
πιθανώς δ' έν Κωνσταντινουπόλει. La phrase semble en effet assez claire pour qu'on puisse
conclure qu'Athanase a déjà quitté le monastère. On trouvera chez Éra L. Branousè
{op. cit., p. 62, avec la note 3) une autre interprétation, qu'il me semble difficile de
soutenir.
7. Voici le texte grec Σάββας ούτος ήν ό άοίδιμος, ό και τήσδε της καθ' ημάς μονής κατά
:

καιρόν προστατεύσας έμπειρικώτατα (Κ. Boïnès, op. cit., p. 154). Dans la note 3, l'éditeur
commente
καθ' δν ypovov
ainsi
έγραψε
le texte
τό εις: Έκ
τόν τούτου
οσιον Έγκώμιον.
βεβαιούμεθα, δτι ό 'Αθανάσιος ήν μέλος της άδελφότητος
Η. ούκ έπιδραμόντες τω πράγματι, άλλα κελευσθέντες και ύπακούσαντες (ibidem, p. 135,
avec la note 3).
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'Αντιοχείας 'Αθανασίου του Μανασσή 9. Sans connaître l'étude de son pré


décesseur, S. N. Sakkos a relevé, quelques années plus tard, une
seconde mention du patronyme d'Athanase dans les documents qui se
rapportent à la controverse sur le sens de l'expression Pater major me
est et qui seront examinés plus loin. Voici le passage : Ό άγιώτατος
πατριάρχης Θεουπόλεως μεγάλης 'Αντιοχείας κύρις 'Αθανάσιος ό Μανασής
εϊπεν...10. Le patronyme que portait l'évêque d'Antioche semble avoir
été peu répandu. Pour les derniers siècles de l'empire, le Prosopo-
graphisches Lexikon der Palaiologenzeit ne relève que deux ou trois
mentions, à côté des cas, tout aussi peu nombreux, où Manassès
est un nom de baptême, de vêture monastique ou de consécration
épiscopale11.

2. L'ÉLECTION PATRIARCALE

Touchant l'avènement du patriarche Athanase, on ne peut avancer


une date précise et sûre. Les divers auteurs qui ont traité du sujet ont
opté tantôt pour 1156 tantôt pour 1157, en accompagnant à l'occa
sionl'une et l'autre date d'un point d'interrogation. Voici le cadre
chronologique, avec ses certitudes et ses imprécisions. La date du
25 décembre 1161, qui vit le mariage de Manuel Ier avec Marie d'An
tioche avec la participation du patriarche Athanase Ier d'Antioche,
constitue un terminus ante quern12. On peut également établir un
terminus a quo. En 1155, Sôtèrichos Panteugénos était le candidat élu
pour le siège d'Antioche. Mais, lors des synodes réunis à Constanti
nople pour débattre d'une question dogmatique en 1156 et en 115713,
il fut condamné, et il dut renoncer par le fait même au trône d'Ant
ioche. Comme il conserve encore son titre ά'ΰπο^-ηφιος d'Antioche
dans l'acte du 12 mai 1157, cette date constitue de toute manière un
terminus post quern de l'élection d'un successeur au siège patriarcal
d'Antioche. Bien que Sôtèrichos Panteugénos n'ait jamais accédé à la
dignité, V. Grumel l'inclut dans le tableau des patriarches d'Antioche
et il lui assigne les dates suivantes : «fin 1156, patriarche élu, mais

9. Sinaiticus 482 (1117), f. 243, lignes 6-19 : cf. J. Darrouzès, Fragments d'un
commentaire canonique anonyme (fin xne-début xme siècle), BEB 24, 1966, p. 31.
10. S. N. Sakkos, Ό πατήρ μου μείζων μού εστίν. Β', "Εριδες και σύνοδοι κατά τον φ'
αιώνα, Thessalonique 1968, ρ. 2051011 (Alhon. Vatopedinus 229, f. 28). Sur le «rouleau»
(είλητάριον) dans lequel est conservée cette mention, voir Begestes, nos 1062-1063.
11. PLP, nos 16586-16600; voir aussi l'article de D. P. Paschalès qui est signalé par
le PLP et dont celui-ci reprend d'ailleurs les maigres informations. Ajoutons que la
forme utilisée dans le Vatopedinus est fautive et qu'il faut suppléer un second sigma.
12. Kinnamos : Bonn, p. 21022-21110. Cf. F. Chalandon, Jean II Comnène (1118-
1143) et Manuel I Comnène (1143-1180), Paris 1912, p. 523.
13. Begestes, nos 1038 (26 janvier 1156) et 1041-1043 (12 et 13 mai 1157).
LE PATRIARCHE d'aNTIOCHE ATHANASE Ier 67

ensuite repoussé le 1er mai 1157»14. De toute manière, il faut donc


exclure la date de 1156 que certains historiens ont attribuée au début
du patriarcat d'Athanase15. On ne connaît pas de titulaire interméd
iaireentre Sôtèrichos Panteugénos et Athanase, qui fut probable
ment le successeur immédiat. On peut penser qu'Athanase fut élu peu
après la condamnation de son prédécesseur, qui libérait le poste.
L'élection d'Athanase au siège d'Antioche peut dès lors être placée en
l'année 1157. Dans ce cas, c'est à lui que pensait Manuel Ier Komnè-
nos lorsque, en 1159, il voulut obliger le chef de la principauté
d'Antioche Renaud de Châtillon, à recevoir le patriarche grec à
Antioche16.

3. Le séjour du patriarche à Constantinople

Si à présent l'on reprend les divers éléments connus et incontestés


de la biographie du patriarche Athanase d'Antioche, on relève deux
dates solides :
— le 25 décembre 1161, il participa à la bénédiction nuptiale don
née par le patriarche Luc Chrysobergès, dans l'église Sainte-Sophie de
Constantinople, à Manuel Ier Komnènos et à Marie, la fille du prince
d'Antioche, Raymond de Poitiers17;
— en 1166, il était présent au synode réuni à Constantinople pour
débattre du sens de la parole prononcée par le Christ, selon l'évangile
de Jean (14, 28) : ό πατήρ μου μείζων μού έστιν.
La date du mariage de Manuel Ier Komnènos avec Marie d'An
tioche (25 décembre 1161) est, comme on l'a vu, établie avec certi
tude. On connaît également la chronologie des séances synodales au
cours desquelles on débattit de l'interprétation de la parole du Christ
Pater major me est (mars 1166), et on remarque que le nom du
patriarche Athanase apparaît régulièrement dans les Actes du
synode18. Il est très probable qu'Athanase a résidé à Constantinople
entre ces deux dates et qu'il n'a pu gagner Antioche que plus tard.

14. V. Grumel, La chronologie, Paris 1958, p. 448. Il faut sans doute corriger légèr
ement la dernière donnée : Panteugénos ne peut avoir perdu son titre d 'υποψήφιος qu'a
près le jour de sa condamnation.
15. C'est le cas dans l'ouvrage de Éra L. Branousè (op. cit., p. 62) ou dans les
notices de Ch. A. Papadopoulos ('Ιστορία της 'Εκκλησίας 'Αντιοχείας, Alexandrie 1951, p.
927) et de I. Ch. Kônstantinidès {ThEE, I, 1962, col. 548). La dernière notice contient
d'autres informations inexactes ; en particulier, le rédacteur semble placer à Antioche le
mariage de Manuel Ier Komnènos avec Marie d'Antioche.
16. Cf. F. Chai.andon, op. cit.. p. 445.
17. Voir les références de la note 12.
18. Voir S. N. Sakkos, op. cit., II, p. 1423132 et 15132, p. 1531920 et 157*5, p. 16213 et
1632427. On trouvera l'analyse de ces actes dans les Regestes, nos 1058 a (2 mars 1166),
DO A. FAILLER

Reconstruite et fortifiée par Justinien, la ville d'Antioche fut


occupée par les Arabes dès le 7e siècle ; elle fut reprise en 969 par les
Byzantins, qui s'y maintinrent un peu plus d'un siècle. Après un court
intermède seldjoukide, les Croisés s'y établirent en 1098 et s'y maint
inrent jusqu'à l'arrivée des mamluks de Baybars en 1268. Ainsi le
patriarche grec d'Antioche, qui restait sous la mouvance du pouvoir
politique de Constantinople, n'y siégea en sécurité que pendant le
temps où Byzance s'y maintint. Le patriarche, qui était le plus
souvent originaire du patriarcat byzantin, séjournait plus à Constant
inopleque dans sa ville épiscopale. A partir d'une date qu'il n'est pas
possible de préciser19, l'empereur lui attribua le monastère des Hodèg
oi,qui devint la résidence officielle des patriarches d'Antioche. Aux
patriarches d'Antioche qui sont déjà connus pour avoir résidé dans ce
monastère et dont le premier est l'hypopsèphios Sôtèrichos Panteugé-
nos20 vient s'ajouter Athanase Ier Manassès. On en trouve le témoi
gnage dans l'extrait de la Vie d'Athanase conservé dans le Sinaiticus
et déjà signalé plus haut21.
L'épisode de la vie du patriarche qui est narré dans cet extrait doit
remonter à l'époque où Athanase attendait à Constantinople le
moment favorable pour gagner sa ville épiscopale. L'extrait du Sinait
icus constitue un récit qui n'est pas sans charme, et il atteste la
renommée de sainteté du personnage :
Έκ του βίου του άγιωτάτου πατριάρχου 'Αντιοχείας 'Αθανασίου του
Μανασση.
Ήν τις μελαμφόρος άνήρ, και είχεν αυτόν ιερόν φροντιστήριον δπερ των

1059 (6 mars 1166), 1060-1061 (entre le 6 et le 13 mars), 1062 (entre le 13 et le 20 mars


1166). On trouve encore mention du patriarche Athanase dans un recueil canonique
attribué au patriarche Luc Chrysobergès ; voir Regestes, n° 1087.
19. On peut supposer que la mesure intervint peu après l'occupation d'Antioche par
les Francs à la fin du 11e siècle. Ceux-ci établirent un patriarche latin, et son homologue
grec ne put demeurer librement à Antioche. On comprend dès lors qu'Alexis Ier Kom-
nènos se soit empressé d'inclure, dans le traité que Bohémond dut signer avec lui en
1108, une clause qui obligeait le prince d'Antioche à autoriser le retour du patriarche
grec; voir Anne Komnènè, Alexiade, XIII, XII, 20 (Leib, III, p. 134).
20. C'est au monastère des Hodègoi que les délégués du synode se rendirent pour lui
notifier d'avoir à comparaître ; son refus fut sanctionné par sa condamnation ; voir
Regestes, n° 1043; texte de l'acte synodal dans PG 140, col. 196e.
21. Voir l'extrait de la Vie d'Athanase édité plus bas, lignes 4-5. D'après ce texte, la
dévolution du monastère des Hodègoi au patriarche d'Antioche était un fait déjà bien
établi et connu de tous (voir, ci-dessus, la note 20). Les liens du patriarche d'Antioche
avec le monastère des Hodègoi sont également mentionnés par l'historien Pachymerès
(Bonn, II, p. 6151012). En 1370, le patriarche sévit contre le monastère des Hodègoi où
le prêtre refusait de le commémorer, sous le prétexte de son rattachement au patriarcat
d'Antioche (Regestes, n° 2567, Critique); voir encore R. Janin, Les églises et les monast
ères(de Constantinople)2, Paris 1969, p. 202.
LE PATRIARCHE DANTIOCHE ATHANASE Ier 69

Όδηγών έπωνόμασται · ούδενί δε πάντως ήγνόηται ως τοις τον θρόνον της


5 'Αντιοχείας διέπουσι το θείον τοΰτο σεμνεΐον άποκεκύρωται,. Ούτος τοίνυν ό
μελαμφόρος, δεόμενος του μεγάλου ποτέ, έπείπερ έγνω μη οίος τε είναι μόνος
και καθ' αυτόν 22 άνύσαι το σπουδαζόμενον, καί τίνα έτερον έπίκουρον προσ-
ελάβετο · καί χρυσίου 23 βαφή θηλύνας τον άνθρωπον, εύθηκτόν τε καί
οξυτάτην αύτοΰ την γλώσσαν προς το λέγειν έποίησεν. Ούκ άνίει τοίνυν εκείνος
Η) δι' όχλου 24 τω δικαίω γινόμενος.
Καί μετ' ολίγα · « Ούκ αν ένεκα της εκείνου μακρολογίας νενεύκαμεν προς
την αΐτησιν, άλλα τον είπόντα δυσωπηθέντες παντι τω αίτοϋντί σε SiSou. Ει δε
καί δεξιωσάμενος εφθης αυτόν, έκκάλυψον προς ημάς, μηδέν εύλαβούμενος, ή
μην άλυτος έπικείσεταί σοι δεσμός, δν ή του θείου πνεύματος χάρις έπικλώθειν
15 έπίσταται». Ό μεν ούν μέγας ταΰτα καί τα τοιαύτα. Ό δέ ταλαίπωρος
μοναχός, το τον άνθρωπον θριαμβεΰσαι δήθεν αίσχρον ήγησάμενος, ού μόνον
ούκ εκφορον το κρύφιον εθετο, άλλα καί μηδέν δεδωκέναι διώμνυτο. 'Εντεύθεν
ή δίκη μετήλθε ταχύ τόν έπίορκον.
Καί μετ' ού πολλά · Ηυχετο μεν ούν ό τάλας διαζυγήναι του σώματος, ό δέ
20 θάνατος ούχ ύπήκουε.
Καί μεθ' ετέρα · Έν άθυμία τε ό πατριάρχης έγίνετο καί διηπορεΐτο καθ'
εαυτόν τί το έπεΐχον τόν θάνατον. Περί μέσην τοίνυν νύκτα διυπνισθείς καί τους
συνήθεις ύμνους άναπέμπων Θεω, εννοιαν έσχε μήποτε του δεσμού το άφυκτον
κώλυμα γίνεται τω άνθρώπω τής έκ του σώματος αναλύσεως. "Αμα τε γοΰν
25 καθ' εαυτόν ύπεφώνησε « άπολέλυσαι », καί ό θάνατος, ώσπερ τω ρήματι
πτερωθείς, άθρόον του βίου τόν άνθρωπον άπεκόμισεν.
Voici la traduction du texte grec :
Extraits de la Vie du très saint patriarche d'Antioche Athanase
Mariasses25.
Il était un homme en noir26, et il habitait le monastère sacré qui porte le
nom des Hodègoi ; il n'est absolument personne qui ignore que cette divine
maison religieuse a été soumise à l'autorité de ceux qui détiennent le trône
d'Antioche. C'est pourquoi cet homme en noir, qui, un jour, avait une
demande à faire au Grand27, s'adjoignit aussi un autre comme aide, parce
qu'il savait qu'il n'était pas capable à lui seul d'obtenir la chose recherchée.
Après avoir assoupli l'homme grâce à la trempe que procure l'or28, il rendit sa

22. καθ' αυτόν S


23. χρυσίου correxi χρυσίον S
:

24. όχλου correxi δχλον S


:

25. Face au titre figure la mention marginale suivante : περί αφορισμού θαυμαστόν.
26. Le mot μελαμφόρος (équivalent de μαυροφόρος) désigne le moine par la couleur de
son habit.
27. Dans les Vies de saints, le héros qu'on entend célébrer est nommé fréquemment
le Grand ou le Juste, comme ici ; voir aussi les lignes 10 et 15.
28. En d'autres termes, l'or, qui assouplit l'attitude du moine, joue le rôle de la
trempe, qui assouplit le métal. Telle est du moins l'interprétation la moins gênante. J'ai
opéré la retouche la plus légère, en corrigeant χρυσίον en χρυσίου. L auteur pense sans
doute au vers 651 de Y Ajax de Sophocle : βαφή σίδηρος ώς, έθηλύνθην στόμα («j'ai été
70 A. FAILLER

langue bien aiguisée et très pointue pour parler. C'est pourquoi celui-ci ne
cessait pas d'importuner le Juste.
Et peu après : «Ce n'est pas à cause de la prolixité de cet homme que nous
avons acquiescé à la demande, mais c'est par révérence pour celui qui a dit : à
toute personne qui le demande, donne29. Si tu l'as circonvenu à l'avance,
dévoile-le-nous, sans crainte, ou bien un lien indissoluble te sera imposé, que
la grâce de l'Esprit divin est capable de tisser.» Le Grand prononça donc ces
paroles et d'autres semblables. Ayant jugé qu'il était honteux que l'homme
ait triomphé précisément30, le pauvre moine non seulement ne découvrit pas
le secret, mais jura n'avoir fait aucun cadeau. Dès lors, la Justice se mit
rapidement à la poursuite du parjure.
Et peu après : Le pauvre souhaitait donc être séparé de son corps, mais la
mort n'obéissait pas.
Et après d'autres choses : Le patriarche devint inquiet et se demandait à
part lui ce qui retenait la mort. C'est pourquoi, alors qu'il s'était réveillé au
milieu de la nuit et qu'il adressait à Dieu les hymnes habituels, il se demanda
si ce n'était pas le caractère imparable du lien qui constituait pour l'homme
un obstacle à la séparation d'avec le corps. Au moment donc où il murmura tu
es délié31, la mort aussi, comme muni d'ailes par ce mot, enleva brusquement
l'homme à la vie.
Le texte garde sa fraîcheur et son originalité, bien qu'on ignore quel
était l'objet de la demande du moine.

4. Le séjour du patriarche à Antioche

La question se pose maintenant de savoir quand Athanase gagna


Antioche et combien de temps il passa dans sa ville patriarcale. C'est
à tort que Ch. Papadopoulos l'y voit dès 115932. Comme on l'a indi
qué plus haut, on doit supposer qu'il ne gagna pas Antioche avant la
tenue des réunions synodales de mars 1 166 où l'on débattit du sens de
l'expression Pater major me est. S'il assista à ces réunions, c'est parce
qu'il résidait à Constantinople. Selon Bar Hebraeus, le prince d'An-
tioche Bohémond III se rendit à Constantinople au lendemain de sa
libération d'entre les mains de Nour ed dîn, vers la fin de l'année

assoupli dans ma parole comme le fer par la trempe»). Cette réminiscence pourrait
suggérer une correction plus brutale : χρυσί<ω ώς σίδηρ>ον βαφή θηλύνας τον άνρθωπον.
Mais la première formule est d'une belle concision, même si le raccourci paraît auda
cieux. Quoi qu'il en soit, l'auteur de la Vie d'Athanase révèle ici indirectement son
interprétation du vers de Sophocle, qui a été compris de deux manières opposées, si l'on
s'en rapporte aux traductions qui en ont été données, selon que l'effet de la trempe est,
compris comme un durcissement ou un assouplissement du métal.
29. Luc 6, 30.
30. En d'autres termes, le moine regrette d'avoir sollicité l'intervention de son
confrère et de lui avoir payé ce service, et il est honteux d'avoir obtenu satisfaction
grâce à son intercesseur.
31. Cf. Luc 13, 12.
32. Ch. A. Papadopoulos, op. cit., p. 933.
LE PATRIARCHE d'aNTIOCHE ATHANASE Ier 71

1165, et regagna sa principauté accompagné du patriarche grec Atha-


nase33. Celui-ci gagna pour la première fois son siège après les r
éunions synodales de mars 1166, et il ne l'occupa que quatre ans envi
ron (1166-1170). La présence du patriarche grec à Antioche est à
nouveau signalée par Michel le Syrien sous l'année 116834. La même
année s'engage une polémique entre Grecs et Jacobites, qui donne lieu
à une abondante correspondance et qui se prolonge quelques années,
comme en témoignent divers écrits datant des années 1169-1171 35.
Ainsi le patriarche Athanase n'aura guère résidé plus de quatre
années dans sa ville d'Antioche. Mais une fois établi à Antioche, il n'a
sans doute plus quitté la Syrie. Aussi est-il tout naturellement absent
des réunions synodales du premier trimestre de l'année 1170, qui
mirent un point final au débat, commencé en 1166, sur le Paler major
me est36. Apparemment ignorant des contraintes qui pesaient sur le
patriarche d'Antioche, S. N. Sakkos s'étonne de cette absence et
entend la justifier. Voici en quels termes : «Le patriarche d'Antioche
ne fut pas convoqué, manifestement parce qu'il acceptait l'explica
tion de l'exinanition»37. En fait, la question de sa convocation ne dut

33. « And Bohaimond Prayns, having escaped, went to the king of the Greeks ..., and
he came to Antioch, and brought with him the Greek Patriarch whose name was
Athanasius» (Bar IIebraeus, The Chronography of Gregory Abtil Faraj : éd. Ε. Α.
Wallis Budge, I," Oxford L932, p. 289). La tournure de la phrase suggère que le
patriarche Athanase arrivait alors pour la première fois à Antioche. Les mêmes faits
sont rapportés par Michel le Syrien [Chronique de Michel le Syrien, patriarche jacobite
d'Antioche (1166-1199), éditée par J.-B. Chabot, III, Paris 1905, p. 326], qui les place
sous l'année 1165; mais on peut concevoir que la fin du paragraphe constitue une
anticipation sur le plan chronologique «Quand ce prince, Bohémond, fut délivré, il
:

s'en alla à Constantinople trouver l'empereur des Grecs dont il était le gendre. Il en
obtint de grandes richesses, revint à Antioche, et ramena avec lui un patriarche grec
nommé Athanasius.» Cf. F. Chalandon, op. cit., p. 531.
34. «Comme celui-ci [le patriarche latin] était irrité contre le patriarche des Grecs
qui était à Antioche, il fit introduire notre patriarche [le patriarche jacobite] en grande
pompe, comme pour humilier les Grecs» (Chronique de Michel le Syrien : J.-B. Chabot,
III, p. 332).
35. Chronique de Michel le Syrien : J.-B. Chabot, III, p. 334-336. Cf. F. Dölger,
Regesten, η» 1487 (ca. mitte 1169), n° 1489 (nov. 1169), n° 1490 (nov. 1169), puis
nos 1505-1507 (avant le 1er sept.), n° 1508 (avant 1172); V. Grumel, Ftegestes, n° 1123
(printemps ou été 1171). Voir aussi F. Chalandon, op. cit., p. 656.
36. Sur ce second épisode de la controverse, voir S. N. Sakkos, op. cit., II, p. 84-91 ;
Idem, Ή έν Κωνσταντινουπόλει σύνοδος του 1170, Θεολογικόν Συμπόσιον, Thessalonique
1967, ρ. 311-352. Pour les actes synodaux correspondants, voir V. Grumel, Regestes,
n"s 1109-1117 (janvier-février 1170).
37. S. N. Sakkos, op. cit., II, p. '85 : Ό πατριάρχης 'Αντιοχείας 'Αθανάσιος δεν εκλήθη,
προφανώς διότι παρεδέχετο την έρμηνείαν της κενώσεως. L'éditeur des Actes a comparé les
listes de signatures des synodes de 1 166 et de 1 170 ; il a vu reparaître le patriarche de
Jérusalem aux deux sessions synodales, tandis que le patriarche d'Antioche, présent à
la première, est absent à la seconde. Il a cherché la raison de cette différence dans
l'attitude respective des deux patriarches. Sur le sens du substantif κένωσις («exinani
tion») dans la controverse, voir Rpgestea, n"s 1062 et 1114.
72 A. FAILLER

même pas se poser. On voit le patriarche d'Antioche, comme d'ail


leurs les patriarches d'Alexandrie ou de Jérusalem, être mêlé à la vie
ecclésiastique du patriarcat de Constantinople, s'il se trouve, pour une
raison ou une autre, à Constantinople même, mais sa présence n'était
pas du tout requise pour des actions qui engageaient seulement
l'Église byzantine. L'absence du patriarche d'Antioche durant
la dernière phase de l'action concernant le Pater major me est a donc
une explication et une raison bien plus simples que ne l'a pensé
S. N. Sakkos : Athanase avait quitté Constantinople dès la fin des
réunions synodales de 1166, et il a dès lors résidé en Syrie du Nord.

5. La mort du patriarche

Mais c'est surtout la dernière date, celle de la mort du patriarche,


qui semble avoir fait problème. La mort du patriarche fut provoquée,
d'après Michel le Syrien, par un tremblement de terre qui secoua
Antioche et toute la Syrie du Nord. Voici, dans la traduction de l'édi
teur, le passage correspondant : «La grande église des Grecs s'écroula
tout entière... Quand ils y pénétrèrent, ils trouvèrent ce dernier [le
patriarche grec Athanase] broyé par le tremblement de terre ; ils le
prirent lorsqu'il respirait encore, et l'emportèrent hors de la ville : il
mourut en route»38. Bien que le chapitre de la Chronique de Michel le
Syrien soit mutilé du début, où se trouve normalement la mention de
la date, l'enchaînement chronologique strict qui est suivi par l'auteur
montre bien qu'il s'agit de l'année 1170. Il s'ensuit que le chroniqueur
décrit le tremblement de terre du 29 juin 1170, connu par d'autres
sources et daté de manière sûre. Même si le procédé est contestable,
l'éditeur de la Chronique de Michel le Syrien n'égare pas son lecteur
lorsqu'il supplée la lacune de son manuscrit en empruntant quelques
lignes au passage parallèle de Bar Hebraeus, dont E. A. Wallis Budge
a donné la traduction suivante39 : «on the second day (Monday), on
the twenty-ninth day of the month of haziran (June)..., there was a
severe earthquake..., on the day of the festival of st. Peter and
st. Paul...» Bar Hebraeus précise qu'en cette occasion l'église des
Grecs fut détruite («The whole of the great church of the Greeks
which was in Antioch fell down ...»), mais il ne mentionne pas la mort

38. Chronique de Michel le Syrien : J.-B. Chabot, III, p. 339.


39. Un court passage de la Chronographie de Bar Hebraeus (The Chronography of
Gregory Abû'l Faraj : E. A. Wallis Budge, p. 295-296) est ainsi inséré au début du
nouveau chapitre de la Chronique de Michel le Syrien (Chronique de Michel le
Syrien : J.-B. Chabot, III, p. 337). Le synchronisme mentionné par Bar Hebraeus est
juste : le 29 juin 1170 tombait bien un mardi en 1170.
LE PATRIARCHE DANTIOCHE ATHANASE Ier 73

du patriarche Athanase, bien qu'il connaisse le dignitaire de l'Église


grecque, comme on l'a vu plus haut40.
Le tremblement de terre est rapporté par d'autres sources. Dans les
Gestes des Chiprois*1, on lit : «A. M.C.LXX de l'incarnasion du Crist,
fu un grant croie quy abati moût des cités : Sur, Acre, Triple, Valence
& Antioche ... le jor de la feste de saint Piere & saint Pol.» On peut
ajouter à présent le témoignage, en tous points concordant, de la
Chronique attribuée au connétable Smbat42 : «En l'an "619 (février
1 170-février 1 171), le 29 juin, il y eut un violent tremblement de terre
qui jeta à bas les remparts d' Antioche et d'Alep.»
V. Grumel, qui est la source directe de G. Fedalto, connaît d'ail
leurs la date exacte du séisme qui se produisit en Syrie, car il le date
correctement du 29 juin 1170 dans son tableau des tremblements de
terre inclus dans le même ouvrage que la liste des patriarches grecs
d'Antioche43. Mais il n'a pas fait le lien entre le tremblement de terre
de Syrie, qu'il date avec raison du 29 juin 1170, et la mort d'Athanase
Ier d'Antioche, qu'il place à tort au 22 juin 1171 44.
Il faut dès lors se demander d'où provient cette date du 22 juin
1171 qu'on a attribuée à la mort du patriarche, avec une double
erreur sur le quantième du mois et sur l'année. La notice de C. Kara-
levskij sur Antioche, publiée dans le Dictionnaire d'histoire et de géo
graphie ecclésiastiques en 1924, date la fin du patriarcat d'Athanase de
l'année 1171, sans préciser le mois45. G. Levenq, qui est l'auteur d'une

40. Ci-dessus, p. 71. avec la note 33.


41 . Les Gestes des Chiprois. Recueil de chroniques françaises écrites en Orient aux xrne
& xive siècles (Philippe de Navarre & Gérard de Monréal), publié pour la première
fois ... par G. Raynaud, Genève 1887. p. 7. Le même texte est édité dans le Recueil des
Historiens des croisades. Documents arméniens, II, Paris 1906, p. 656.
42. La Chronique attribuée au connétable Smbat. Introduction, traduction et notes par
G. Dédéyan, Paris 1980, p. 53.
43. V. Grumel. op. cit., p. 480. La double référence qui est donnée («Gestes des
Chyprois, 27 ; H. Crois.. Arm., II, 656>>) ne renvoie en fait qu'à un seul et même texte
(voir la note 41).
44. Dans la notice qu'il avait rédigée quelques années plus tôt pour la deuxième
édition du Lexikon für Theologie und Kirche (I, Freiburg im Breisgau 1957, col. 975-
976), V. Grumel donnait, en se reportant à la notice de G. Levenq (voir la note 4), les
bonnes dates pour le patriarcat d'Athanase (1157-1170), et il attribuait au patriarche
un numéro d'ordre correct : Athanase Ier, et non Athanase III.
45. C. Karalevskij, Antioche, DHGE, III, Paris 1924, col. 617 et 699. L'auteur
(Cyrille Karalevskij ou Korolevskij, de son vrai nom Jean-François-Joseph Charon :
voir la notice de D. Stiernon dans Catholicisme, VI, 1967, col. 1477-1478), très bien
informé sur le sujet, préparait une histoire du patriarcat d'Antioche, dont seuls les
tomes II et III ont paru : C. Charon, Histoire des Patriarcats Melkites (Alexandrie,
Antioche. Jérusalem) depuis le schisme monophysite du sixième siècle jusqu'à nos jours.
II, La période moderne (1833-1902), Rome 1910; III, Les institutions, Rome 1911. Le
premier tome devait contenir l'histoire de la première période (du 6e siècle à 1833).
74 A. FAILLER

notice sur Athanase parue dans le volume suivant du même Diction


naire d'histoire et de géographie ecclésiastiques116 et déjà citée plus haut
à diverses reprises, se réfère à la précédente notice, mais il rétablit,
pour la fin du patriarcat, la bonne date (29 juin 1 170), en mentionnant
le tremblement de terre de Syrie. Cependant, il ne signale pas, de
manière explicite, l'erreur de son prédécesseur. Là notice de C. Kara-
levskij, qui reste encore aujourd'hui la meilleure étude d'ensemble,
doit être à la source de l'erreur qui porte sur l'année47. Quant à la
date du 22 juin, elle doit trouver son origine dans une simple erreur de
chiffre et dériver du chiffre exact de 29 par le biais d'un lapsus calami.
Mais à qui peut-on imputer cette erreur portant sur le quantième
du mois (22 juin, au lieu du 29 juin, fête des saints Pierre et Paul)?
Comme on l'a vu, C. Karalevskij date la mort du patriarche Athanase
de l'année 1171, sans précision de mois et de jour. Le premier auteur
chez qui j'ai trouvé cette date du 22 juin 1 171 est Chrysostome Papa-
dopoulos, dans un ouvrage posthume d'ailleurs, où les contradictions
sont trop voyantes pour qu'on les attribue à l'auteur. On commence
en effet par placer le décès du patriarche Athanase Ier en 1170 — ce
qui est correct — , mais on ne précise pas le mois. Quelques pages plus
loin, on assigne au tremblement de terre de Syrie une date erronée
(22 juin 1171), qui est immédiatement appliquée à la mort subsé
quente d'Athanase Ier48. A l'appui de sa datation, Chrysostome Papa-
dopoulos, ou l'éditeur de son ouvrage, mentionne une étude de G.
Schlumberger et l'édition de la Chronique de Michel le Syrien, mais
aucune de ces deux œuvres ne justifie une telle affirmation49. Bien
que V. Grumel ne mentionne pas l'ouvrage posthume de Chrysostome

L'histurieri moderne du patriarcat d'Antioche, J. Nasrallah (Histoire du mouvement


littéraire dans l'Église melchile du V au xxe siècle. III/l, 969-1250, Louvain 1983, p. 91-
92), suit également la chronologie établie par V. Grumel. Il apporte une information
nouvelle : Nersès de Lampron a traduit en arménien un commentaire de l'Apocalypse
dû à Athanase d'Anchioche (p. 92, avec la note 58).
46. Voir la note 4.
47. On trouve la même erreur dans l'ouvrage de M. Chaîne (La chronologie des temps
chrétiens de l'Egypte et de l'Ethiopie, Paris 1925, p. 256), que V. Grumel (La chronologie,
Paris 1958, p. 446) présente justement comme l'une des sources qu'il a utilisées pour
établir le tableau des patriarches d'Antioche.
48. Ch. A. Papadopoulos, op. cit., p. 927 et p. 934.
49. En fait, G. Schlumberger (Renaud de Châtillon, prince d'Antioche, seigneur de la
Terre d'Outre-Jourdain, Paris 1898, p. 174) écrit, de manière correcte, qu'un tremble
ment de terre eut lieu à Antioche le 29 juin 1 170 et, outrepassant imperceptiblement la
lettre de sa source, que le patriarche grec «fut à ce moment même tué par une pierre
tombée de la voûte de l'église Saint-Pierre où il officiait» (p. 175, en note). D'autre part,
la référence qui est faite dans l'ouvrage de Ch. Papadopoulos à la Chronique de Michel
le Syrien est fausse, car le passage en cause se trouve aux pages 326-332 de l'édition de
J.-B. Chabot (et non aux pages 337-339).
LE PATRIARCHE d'aNTIOCHE ATHANASE Ier 75

Papadopoulos dans la liste de travaux qui précède son tableau des


patriarches grecs d'Antioche50, on ne voit pas où il aurait trouvé la
date erronée du 22 juin 1171, sinon dans le livre de l'archevêque
d'Athènes.
Quelle que soit la provenance de la date erronée (22 juin 1171), on
peut affirmer que celle-ci est sans fondement : le patriarche Athanase
Ier d'Antioche mourut le 29 juin 1170, des suites du tremblement de
terre que subit ce jour la Syrie du Nord51.
Voilà la trame et les principales étapes de la vie du patriarche
Athanase Ier Manassès. En reprenant les dates extrêmes de son
patriarcat telles qu'elles ont été mentionnées au début de l'article, on
peut donc les rectifier et les présenter sous la forme suivante : 1157-29
juin 1170. On ajoutera seulement que l'année de l'élection n'est pas
absolument sûre, puisque le premier témoignage de son activité
patriarcale date de l'année 1161.

Albert Failler
C.N.R.S.-URA 186
et Institut français d'Études byzantines

50. V. Grumei., La chronologie, Paris 1958, p. 446.


51. On signalera, sans plus, que I. Sakkéliôn (K. Boïnès, op. cil., p. η') plaçait la
mort d'Athanase «avant 1178», simplement parce qu'à cette date, selon M. Le Quien
(Oriens christianus, II, Paris 1740, col. 759-760), Cyrille II (Siméon II selon Le Quien)
était le titulaire grec d'Antioche. Depuis lors, V. Grumel (Notes pour Γ« Oriens chris
tianus», EO 33, 1934, p. 53-54) a démontré que Cyrille II fut intronisé au plus tard en
1173.