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MÉTAMORPHISME
ET GÉODYNAMIQUE
Cours et exercices corrigés

Christian Nicollet
Professeur à l’université Blaise-Pascal
de Clermont-Ferrand

Préface de Jacques Kornprobst


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Illustration de couverture : Microphotographie en LPA d’un agrégat de chlorite remplaçant un grenat


au cours de l’évolution rétrograde. Remarquez les teintes de polarisation violettes anormales de
la chlorite. Des reliques du grenat (qui sont noires car le minéral est isotrope) sont encore visibles.
Même échantillon que celui de la photo 5, planche 1. Source : Christian Nicollet.

© Dunod, Paris, 2010


ISBN 978-2-10-054821-7
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PRÉFACE

Pour qui a le goût de la pétrographie, toutes les roches sont intéressantes. Mais les
roches métamorphiques et les processus qui sont à leur origine – le métamorphisme –
présentent des attraits tout particuliers.
Les séries sédimentaires offrent incontestablement de grandes joies aux géologues :
leurs structures stratifiées, tabulaires, fracturées ou plissées, sont souvent impres-
sionnantes ; les fins détails des microfaciès et des laminites, agréables à l’œil, sont
révélateurs des milieux de sédimentation ; les figures sédimentaires, spécialement
développées dans les turbidites, sont des éléments de premier choix pour définir des
critères de polarité tandis que la découverte de fossiles conduit généralement à une
excitation proche de la jubilation. Toutefois, sauf cas particuliers (des cristaux de
gypses par exemple, vus au microscope polarisant dans des dolomites évaporitiques !),
la composition minéralogique des roches sédimentaires, généralement pauvre et
monotone, peut être à l’origine de graves frustrations.
De ce point de vue, les roches ignées apportent en revanche beaucoup de satisfac-
tion ! Les très gros grains des roches plutoniques, en particulier dans les pegmatites,
et la diversité des espèces minérales, comblent les aspirations des amateurs de miné-
ralogie. Les textures graphiques, le moirage des perthites et des antiperthites, les
phénocristaux zonés et maclés tout comme les mésostases finement enchevêtrées
des roches volcaniques sont autant d’éléments qui enchantent l’œil et dont l’étude
détaillée aux différentes échelles d’observation conduit à une foule d’informations
utiles à la compréhension des mécanismes éruptifs. Toutefois, sur le terrain, faute de
lignes directrices sur lesquelles l’observateur puisse s’appuyer avec confiance, la
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

structure des ensembles magmatiques est généralement difficile à décortiquer. Ceci


est particulièrement vrai pour les édifices volcaniques dont l’évolution est dominée
par des phases de construction et de destruction, souvent simultanées, dont la super-
position rend souvent obscure la chronologie exacte des événements. Les volcanologues
sont bien forts, qui sont capables de débrouiller la complexité de ces ensembles !
Les unités métamorphiques ont l’avantage d’être généralement solidement struc-
turées. Elles présentent des schistosités, des foliations, des crénulations qui laissent
parfois encore transparaître la stratification initiale. Elles montrent des linéations
variées, d’intersection ou d’allongement et des figures de cisaillement. Pour qui sait
les distinguer et les interpréter, ces structures sont autant de guides qui permettent

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Préface

d’échafauder une géométrie cohérente et une chronologie des déformations. Les


minéraux participent à cette enquête puisqu’il est possible d’en distinguer différentes
générations développées avant, pendant et après telle ou telle structure caractéristique.
Le nombre d’espèces est très grand puisque les assemblages minéralogiques dépendent
à la fois de la composition chimique globale des matériaux initiaux et des conditions
– température, pression, pression de fluide – des recristallisations. Ces conditions
évoluent au cours du temps, en liaison avec le déroulement des processus géodynami-
ques, et chaque roche peut recéler une superposition d’assemblages qui traduit plus
ou moins fidèlement – car la diffusion des éléments n’est pas un phénomène instan-
tané ! – les trajectoires parcourues par les unités métamorphiques à l’intérieur de la
Terre. Cette variation des conditions des recristallisations peut même s’observer au
microscope sous la forme de réactions minéralogiques, en cours ou inachevées, parmi
lesquelles les coronites sont particulièrement fascinantes.
L’étude et l’interprétation des roches et des séries métamorphiques est donc un
processus compliqué qui fait appel à de nombreuses techniques, naturalistes, physiques,
chimiques et thermodynamiques. L’acquisition de l’expérience nécessaire passe par
un apprentissage, rude mais passionnant, sur le terrain et au laboratoire. Cet apprentis-
sage peut être grandement facilité et raccourci en consultant les ouvrages pertinents.
Celui de Christian Nicollet, que le lecteur a entre les mains, est certainement l’un
des plus agréable à lire et à étudier. Sa présentation très pédagogique et les illustrations,
nettes et convaincantes, ont tout pour séduire les étudiants comme les géologues
plus chevronnés, et les conduire à une compréhension approfondie des mécanismes
complexes des recristallisations métamorphiques dans leurs contextes géodynamiques.

Jacques KORNPROBST
Ancien président de la Société géologique de France
Ancien président de la Société française
de minéralogie et cristallographie
Directeur honoraire de l’observatoire
de physique du globe de Clermont-Ferrand

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TABLE DES MATIÈRES

Préface V

Avant-propos XIII

PARTIE I
MÉTAMORPHISME ET PROCESSUS MÉTAMORPHIQUES

Chapitre 1 • Le métamorphisme : définition, limites et variables 3


1.1 Définition du métamorphisme 3
1.1.1 Recristallisation et équilibre 3
1.1.2 Préservation des roches métamorphiques et métastabilité 5
1.2 Les limites du métamorphisme 6
1.2.1 Diagenèse et métamorphisme 6
1.2.2 La limite à hautes températures et anatexie 7
1.3 La température, la pression et les fluides dans le globe terrestre 7
1.3.1 Température et chaleur 7
1.3.2 Pression et profondeur 12
1.3.3 Les fluides 13

Chapitre 2 • Les roches métamorphiques : des marqueurs


des perturbations thermiques et mécaniques dans la lithosphère 17
2.1 Évolution PT, trajet PTt et géothermes 18
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

2.2 Pourquoi les roches recristallisent-elles ? 19


2.3 Le trajet PTt et le gradient métamorphique 22
2.4 Trajets PTt et contextes géodynamiques 24

Chapitre 3 • Les roches métamorphiques : localisation, textures,


structures et classification 27
3.1 Localisation géographique des roches métamorphiques 27
3.1.1 Les différents types de métamorphismes 27
3.1.2 Répartition des roches métamorphiques à la surface du globe 28
3.1.3 Répartition des roches métamorphiques sur un profil de la croûte 29

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Table des matières

3.2 Cartographie du métamorphisme - Minéraux index et isogrades


du métamorphisme 31
3.3 Localisation des roches métamorphiques dans l’espace P-T 32
3.3.1 Les limites du métamorphisme et les faciès métamorphiques 32
3.3.2 Les principaux gradients métamorphiques 35
3.4 Structures et textures 37
3.4.1 La recristallisation dynamique 37
3.4.2 La recristallisation statique 38
3.5 Structures et contraintes 38
3.5.1 Schistosité et foliation 39
3.5.2 Les linéations 39
3.6 Les principales textures des roches métamorphiques 41
3.7 Nomenclature des roches métamorphiques 43

Chapitre 4 • Relations chronologiques entre déformation


et recristallisation métamorphique 45
4.1 Structure et relations chronologiques cristallisation-déformation 45
4.1.1 La chronologie des phases de déformation 45
4.1.2 Relations chronologiques cristallisation-déformation 47
4.1.3 La dimension des structures 50
4.2 Un exemple de relation cristallisation-déformation :
le métamorphisme hercynien au Cap Creus (Espagne) 51
4.3 Trajets PTt et chronologie 54

Chapitre 5 • Le rôle de la composition chimique sur la minéralogie


des roches métamorphiques 58
5.1 Les différentes séquences métamorphiques 58
5.2 La règle des phases 60
5.3 La représentation graphique des paragenèses 61
5.3.1 Système à 2 constituants 61
5.3.2 Système à 3 constituants 62
5.3.3 Système à n constituants – le diagramme ACF pour les roches
de la séquence basique 63
5.3.4 Système à n constituants – les diagrammes A’KF et AFM
pour les roches de la séquence pélitique 67
5.3.5 Représentation graphique des paragenèses des faciès métamorphiques 70

Chapitre 6 • Les réactions métamorphiques 78


6.1 Interprétation thermodynamique sommaire d’une réaction minéralogique 79
6.2 Réactions solide-solide entre minéraux anhydres 80
6.2.1 Réactions de transition polymorphique : les silicates d’alumine 80

VIII
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Table des matières

6.2.2 Réactions d’exsolution 82


6.2.3 Réactions interminérales solide-solide entre minéraux anhydres 83
6.3 Réactions entre solide-solide hydraté ou réactions de dévolatilisation
et libération de fluides 84
6.3.1 Eau, pente des réactions métamorphiques et rétromorphose 84
6.3.2 Pression partielle de fluide et champ de stabilité des phases hydratées
et carbonatées 85
6.3.3 Infiltration de la phase vapeur ou système fermé aux fluides extérieurs 88
6.4 Le métamorphisme est-il isochimique ? 88
6.4.1 Le quartz d’exsudation 88
6.4.2 Réactions de lessivage 89

Chapitre 7 • Analyse géométrique des réactions métamorphiques


et élaboration d’une grille pétrogénétique 94
7.1 Système à un constituant indépendant 95
7.2 Système à deux constituants indépendants 96
7.3 Système à trois constituants indépendants et élaboration
d’une grille pétrogénétique 98
7.4 Système à plus de trois constituants indépendants 101

Chapitre 8 • Les réactions métamorphiques multivariantes :


thermométrie et barométrie géologiques 105
8.1 Réaction continue et réaction discontinue 106
8.1.1 La réaction continue Chl + Ms = St + Bt + Qtz + V 106
8.1.2 La réaction continue Bt + Sil + Qtz = Grt + Kfs + V 109
8.2 Le principe de la géothermobarométrie 111
8.3 Un thermomètre basé sur la réaction d’échange fer-magnésium
entre biotite et grenat 112
8.4 Un exemple de géothermobaromètre basé sur l’équilibre cordiérite
= grenat + sillimanite + quartz + H2O 114
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8.5 Les logiciels de calculs thermodynamiques multi-équilibres 116


8.6 Précautions d’utilisation de la géothermobarométrie 119
8.7 Étude des inclusions fluides : caractérisation de la phase fluide
et géothermobarométrie 120
8.7.1 Composition des inclusions fluides 122
8.7.2 Caractérisation des isochores et thermobarométrie 122

Chapitre 9 • Cinétique des réactions et préservation


des roches métamorphiques 124
9.1 Qu’est-ce que la vitesse de réaction ? 124

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Table des matières

9.2 Quels sont les facteurs qui contrôlent une réaction ? 125
9.2.1 La vitesse de diffusion 125
9.2.2 L’influence de la phase vapeur 125
9.2.3 L’influence de la déformation 126
9.3 Métastabilité des paragenèses : l’exemple des silicates d’alumine 127
9.4 Cinétique de réaction et préservation des roches métamorphiques 130

Chapitre 10 • Migmatisation et anatexie 132


10.1 Définition des migmatites et de l’anatexie 132
10.2 Origines des migmatites 133
10.3 Fusion partielle des métapélites 134
10.4 Migmatites, granites, charnockites et faciès granulite 135
10.4.1 Influence de l’eau sur la transition faciès amphibolite-faciès granulite
et anatexie 136
10.4.2 Migmatites et granites 138
10.4.3 Charnockites et gneiss charnockitiques 139

PARTIE II
MÉTAMORPHISME ET GÉODYNAMIQUE

Chapitre 11 • Le métamorphisme de contact 145


11.1 L’auréole de contact de l’intrusion de Ballachulish 145
11.2 Diffusion de la chaleur dans l’encaissant et modélisation
du métamorphisme de contact 148

Chapitre 12 • Les métamorphismes de haute pression


et ultra-haute pression-basse température : l’exemple alpin 152
12.1 Les Alpes : de la subduction à la collision 153
12.2 La carte métamorphique des Alpes occidentales 154
12.3 Lithologies et associations minéralogiques types 156
12.4 Le métamorphisme sur la transversale Queyras-Viso-Dora Maira
dans les Alpes occidentales 161
12.5 Le métamorphisme d’ultra-haute pression (UHP) dans le monde 163
12.6 Exhumation des unités de HP-UHP 165
12.6.1 L’évolution rétrograde sur la transversale Queyras-Viso-Dora Maira 166
12.6.2 Des modèles d’exhumation 169
12.7 Les reliques de HP dans le dôme Lépontin, Alpes centrales 173

X
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Table des matières

Chapitre 13 • Le métamorphisme de moyenne pression-haute température 177


13.1 La série métamorphique de moyenne pression-haute température
du massif du Lévezou 177
13.2 Le gradient métamorphique de moyenne pression : un coup de frein
à l’enfouissement 181
13.2.1 Les reliques de HP et leur évolution rétrograde 182
13.2.2 De la subduction à la collision 188
13.2.3 Rareté et préservation du faciès des Schistes bleus
dans les chaînes anciennes 189
13.3 Sous-charriage et métamorphisme inverse 190

Chapitre 14 • Le métamorphisme de basse pression-haute température


dans les zones de convergence 200
14.1 Arrière-subduction et ceintures métamorphiques doubles 201
14.2 Hypercollision et dômes migmatitiques dans la croûte continentale
médiane – la chaîne hercynienne d’Europe occidentale 203
14.2.1 Le massif hercynien nord-pyrénéen de l’Agly 204
14.2.2 Le massif du Pilat et le dôme anatectique du Velay 207
14.2.3 La Montagne Noire : dôme gneissique extensif ou anticlinal post-nappe ? 210
14.2.4 Vitesses d’exhumation et gradients métamorphiques 211
14.3 Le magmatisme infracrustal et les granulites tardives de moyenne pression
de la croûte inférieure – la zone d’Ivrée 213
14.3.1 Le magmatisme infracrustal et les granulites tardives de moyenne pression 213
14.3.2 Zone d’Ivrée et différenciation de la croûte 213
14.4 Métamorphisme d’ultra-haute température (UHT) 216
14.4.1 Les granulites de UHT de la formation d’Andriamena (Madagascar) 218

Chapitre 15 • Métamorphisme de basse pression-haute température


dans les zones d’extension 223
15.1 Amincissement lithosphérique et déchirure crustale : le métamorphisme
de la zone nord-pyrénéenne 223
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

15.1.1 La zone nord-pyrénéenne (ZNP) : couloir d’amincissement lithosphérique


au Crétacé 223
15.1.2 Le métamorphisme de basse pression dans la ZNP 225
15.1.3 La ZNP : métamorphisme et «transtension » senestre intracontinentale 228
15.2 Métamorphisme océanique et hydrothermalisme dans la lithosphère
océanique et dans les ophiolites 228
15.2.1 Le métamorphisme océanique au niveau des dorsales rapides 231
15.2.2 Le métamorphisme océanique au niveau des dorsales lentes 235
15.2.3 La semelle métamorphique des ophiolites 244
15.2.4 En conclusion 244

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Table des matières

Chapitre 16 • Les granulites et éclogites dans le manteau :


magmatisme intra-mantellique et recyclage de la lithosphère océanique 249
16.1 Mode de gisement des roches du manteau 249
16.2 Les xénolithes du plateau océanique des îles Kerguelen :
magmatisme et métamorphisme intra-mantellique 250
16.3 Les éclogites du manteau supérieur : cristallisation à haute pression d’un
magma basaltique ou témoins des océans engloutis dans le manteau ? 252

Chapitre 17 • En guise de conclusion : évolution du métamorphisme


dans le temps 255
17.1 Un modèle simplifié d’évolution thermique d’une chaîne de montagnes 256
17.2 Évolution du métamorphisme au cours du temps 260

Annexe 265
1. Diagrammes ACF-A’KF 265
2. Abréviations des minéraux d’après Kretz (1983) et Fettes et Desmons (2007) 268
3. Formules structurales des principaux minéraux 269
4. Quelques assemblages minéralogiques caractéristiques
des principaux faciès métamorphiques 271

Références des articles et ouvrages cités dans le texte 272

Légendes complètes des planches couleurs 280

Index 285

XII
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AVANT-PROPOS
La dynamique de la Terre est conditionnée, depuis sa genèse, par son évolution
thermique. C’est la dissipation de l’énergie thermique qui fait fonctionner la machine
Terre. Volcanisme et flux de chaleur sont des exemples manifestes de l’énergie ther-
mique interne du globe : ils résultent des transferts de la chaleur, des profondeurs du
globe vers la surface, associés au lent refroidissement de notre planète. De même, la
tectonique des plaques est liée à de vastes mouvements de convection dans le
manteau dont le moteur est l’énergie thermique.
Pour nous renseigner sur la situation thermique à l’intérieur de la lithosphère, à
différents moments de son histoire, il nous faut trouver des « fossiles », des traceurs
qui ont enregistré cette situation thermique et les perturbations éventuelles. Les
roches métamorphiques représentent de tels témoins. Elles ont subi des transforma-
tions minéralogiques, à l’état solide, lorsque la température et la pression, c’est-à-dire
la profondeur changeaient. Ainsi, les roches métamorphiques nous informent sur les
variations de la T en fonction de la profondeur.
L’objectif de cet ouvrage est de faire le lien entre les processus métamorphiques
et l’évolution géodynamique de la Terre. Dans ce but, ce précis est divisé en deux
parties. La première concerne la définition du métamorphisme, les causes qui en
sont responsables et les processus pétrogénétiques qui en permettent la réalisation.
Nous tenterons de répondre à des questions telles que : Quelles variables interviennent,
en dehors des seules P et T ? Pourquoi et comment les roches recristallisent-elles ?
Comment interpréter un assemblage de minéraux en fonction de ces variables ? En
terme de trajet P-T-temps ? Quelles relations existent entre ce trajet P-T-temps et le
contexte géodynamique ? Comment fabrique-t-on les outils de mesure des roches méta-
morphiques : diagrammes de phases, grilles pétrogénétiques, géothermobaromètres ?
Cette première partie comprend dix chapitres de difficultés variables. Certains
chapitres sont incontournables. Les chapitres 1 à 4 introduisent les définitions et
nomenclatures des roches métamorphiques ; ils mettent en place le vocabulaire du
pétrologue du métamorphisme. Le chapitre 2 est important, car il présente, avant de
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

les détailler dans les chapitres suivants, les processus métamorphiques et la métho-
dologie qui nous permet de faire le lien entre métamorphisme et géodynamique
interne. Le chapitre 9 donne une approche qualitative de la cinétique des processus
métamorphiques : celle-ci permet de comprendre dans quelles mesures une roche
qui est portée dans de nouvelles conditions P et T enregistre minéralogiquement ou
non (ou partiellement) ces nouvelles conditions. Selon le niveau d’approfondissement
souhaité, le lecteur peut reporter à plus tard la lecture de certains chapitres. Il en est
ainsi pour le chapitre 7 traitant de l’élaboration des grilles pétrogénétiques ou bien
du chapitre 8 présentant la thermobarométrie. Dans la deuxième partie, en appliquant
les outils présentés dans la première partie, nous discutons, à l’aide d’exemples
régionaux, principalement français, des interprétations géodynamiques – c’est-à-

XIII
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Avant-propos

dire les processus évolutifs à l’intérieur de la Terre et l’analyse des forces dont ils
résultent – qui peuvent être faites à partir de l’étude des roches métamorphiques. Le
plan de cette deuxième partie s’organise autour des trois gradients métamorphiques
principaux : HP-BT, MP-HT et BP-HT. La majorité des formations métamorphiques
a évolué selon ces trois gradients métamorphiques dont aucun ne coïncide avec le
géotherme d’une lithosphère stable. Ainsi, les roches métamorphiques enregistrent
les perturbations qu’a subies la lithosphère dans différents contextes géodynamiques.
Pour conclure, nous présentons un modèle simplifié de l’évolution du métamor-
phisme au cours d’un cycle orogénique et discutons de l’évolution du métamorphisme
au cours du temps, depuis le début de l’histoire de notre globe.
Le lecteur aura tout intérêt à compléter la lecture de cet ouvrage en visitant le site :
http://christian.nicollet.free.fr/ dédié à la pétrologie. Les deux sont complémentaires :
le livre privilégie le discours ; le site web privilégie l’image. La page http://christian
.nicollet.free.fr/page/LivreMetam/MetamGeodyn.html fait le lien entre cet ouvrage
et ce site. Elle a pour but de diriger le lecteur vers les photos nombreuses sur ce site
susceptibles d’illustrer le texte du livre. Des animations et illustrations en 3D sont
également disponibles. Certains processus non métamorphiques ne sont pas toujours
développés dans l’ouvrage, mais nécessitent parfois des explications qui peuvent être
disponibles sur le site.
Dans le texte qui suit, les nombreux minéraux sont souvent cités par leurs abrévia-
tions. Ces abréviations, proposées par Kretz (1983), sont listées dans l’annexe à la fin
de cet ouvrage.

REMERCIEMENTS
Il y a dix ans, je commençais un site Web dédié au métamorphisme. Il s’agissait
alors de rendre accessibles à mes étudiants les illustrations de mon cours. L’idée de
doubler ce travail d’un manuel sur le métamorphisme était assez logique. Jacques
Kornprobst m’en a donné l’opportunité en me proposant aimablement de prendre le
relais de son ouvrage classique Métamorphisme et roches métamorphiques. Jacques
m’a donné carte blanche pour utiliser son texte et ses figures. Au fil des pages, on
retrouvera une vingtaine de figures et quelques pages que je lui ai empruntées.
Jacques est indéniablement l’instigateur de ce manuel et je l’en remercie !
Mes remerciements iront également à tous ceux avec qui j’ai eu l’occasion d’étudier
le métamorphisme, à tous ceux qui ont bien voulu lire complètement ou en partie cet
ouvrage : R.-P. Ménot, F. Cariou, L. France, S. Guillot, S. Schwartz, M. Fagot-Barraly,
P. Goncalves, C. Laverne, V. Bosse, S. Duchêne, J.-M. Lardeaux, J.-E. Martelat,
F. Faure, A. Leyreloup, D. Vielzeuf, J. Bouloton, T. Hammouda, Y. Rolland,
J.-M. Montel, J.-C. Gehan, J. Barbosa, G. Gosso, I. Spalla, S. Harley, E. Grew,
R. Rakotondrazafy, R. Rambeloson, les étudiants de Toliary, d’Antanarivo, de
Clermont-Ferrand, de Lyon et tous les autres…
La Société suisse de minéralogie et pétrographie, les revues Géologie de la
France, Journal of metamorphic geology et Tectonophysics, la CCGM et S. Schwartz
sont remerciés pour avoir permis l’utilisation de quelques figures et des portions des
cartes des Alpes (planches 4 et 5).

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Partie I
Métamorphisme
et processus
métamorphiques
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LE MÉTAMORPHISME :
DÉFINITION, LIMITES
1
ET VARIABLES

1.1 Définition du métamorphisme


PLAN

1.2 Les limites du métamorphisme


1.3 La température, la pression et les fluides dans le globe terrestre

1.1 DÉFINITION DU MÉTAMORPHISME


Le métamorphisme regroupe l’ensemble de transformations que subissent les roches
lorsque la température, la pression, la nature des fluides et éventuellement la compo-
sition chimique de la roche changent. Ces transformations entraînent une réorgani-
sation des éléments dans les roches et, de ce fait, un changement des minéraux de
ces roches : on dit qu’il y a recristallisation. Ces transformations peuvent aussi se
limiter aux relations texturales entre les différents minéraux, sans changement de
ceux-ci. Par opposition aux roches magmatiques, cette recristallisation se fait à l’état
solide, c’est-à-dire sans l’intervention du magma.
On considère, en première approximation, que le processus est isochimique,
c’est-à-dire qu’il se fait sans changement de la composition chimique, à l’exception,
toutefois, des fluides. Lorsqu’il y a modification significative de la composition
chimique de la roche initiale, dite aussi protolithe, on parle de métasomatose ou
métasomatisme.
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Une autre définition du métamorphisme met l’accent sur le rôle important des
fluides : le métamorphisme est un processus de dévolatilisation ou volatilisation,
c’est-à-dire un processus qui entraîne la perte ou le gain des éléments volatils par
libération ou mobilisation d’une phase vapeur. Lorsque l’étude se limite à la croûte
dans laquelle la phase vapeur est principalement la vapeur d’eau, on parle de processus
de déshydratation/hydratation.

1.1.1 Recristallisation et équilibre


Le processus de recristallisation métamorphique peut être illustré par la figure 1.1.
Celle-ci montre la transformation, à l’échelle microscopique, de la roche constituée

3
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Chapitre 1 • Le métamorphisme : définition, limites et variables

À P0-T0 la roche contient À P1-T1, la réaction … jusqu’à disparition


les minéraux A + B A + B = C intervient… de B.

A
B C

. T
C
A+

A+B
B

A+C
P0T0 P1T1

A C B
c1 c2
R1 R2
P

Figure 1.1 – La recristallisation métamorphique.


Les trois échantillons montrent la recristallisation métamorphique lorsqu’une roche
passe de conditions P0T0 à P1T1. À P0T0, la roche contient les deux minéraux à
l’équilibre A + B. Lorsque la roche est portée à P1T1, la texture coronitique, avec le
minéral C autour de B, témoigne de la réaction A + B Æ C. Lorsque la phase réactive
la moins abondante B est épuisée, la paragenèse de la roche est A + C. Notons
également que les cristaux A ont recristallisé en gros cristaux qui ont une énergie
libre plus faible (voir paragraphe 3.4.2). Le diagramme P-T montre les champs de
stabilité respectifs des paragenèses (domaines gris) et la réaction (ligne entre les
deux domaines gris).
Le segment c1-c2 en bas de ce diagramme est un diagramme de composition binaire
(constituants chimiques c1 et c2) dont l’utilité est discutée au paragraphe 5.3.a. Il
matérialise les compositions respectives des minéraux A, B et C et de deux roches
R1 et R2. Reportés dans les champs gris, ces segments indiquent, en fonction des
minéraux présents, les paragenèses possibles pour les roches dans cette gamme
de composition entre c1 et c2.

4
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1.1 • Définition du métamorphisme

des minéraux A et B aux conditions de P0-T0 en une roche constituée des minéraux
A et C lorsqu’elle est portée dans de nouvelles conditions P1-T1. Le diagramme
pression-température matérialise le « déplacement » de la roche dans l’espace pression-
température. À P0-T0, les minéraux A + B sont à l’équilibre chimique et minéralogique.
Dans les nouvelles conditions P1-T1, A et B ne sont plus stables ensemble et ne
peuvent plus coexister. Il en résulte une réaction interminérale (et chimique) entre A
et B pour donner une nouvelle phase C :
A+B=C
Dans un stade transitoire, il existe un assemblage temporaire dans lequel les trois
minéraux ne sont pas à l’équilibre entre eux. Le nouvel état d’équilibre est atteint
lorsqu’un minéral réactant a disparu.
On appelle paragenèse, l’assemblage de minéraux à l’équilibre thermodynamique
dans la roche. À l’observation pétrographique (macroscopique ou microscopique),
cet état d’équilibre est démontré lorsque toutes les espèces minérales présentes dans
une roche sont en contact entre elles, sans réaction. C’est le cas des deux assemblages
A + B et A + C de la figure 1.1 (figure 2, planche I). Au contraire, l’assemblage minéra-
logique A + B + C sur cette même figure n’est pas une paragenèse : les deux minéraux
A et B sont séparés systématiquement pas le minéral C et ne sont plus stables
ensemble. Le minéral C en couronne autour du minéral B permet de définir ce que
l’on appelle une texture coronitique (dessin du milieu sur la figure 1.1, figures 3 et 4,
planche 1). Dans le diagramme PT, le champ (ou domaine) de stabilité d’un minéral
ou d’un assemblage minéralogique (paragenèse) est l’intervalle DP – DT dans lequel
ce minéral ou cette paragenèse est stable, c’est-à-dire peut exister (champs gris sur
la figure 1.1).

1.1.2 Préservation des roches métamorphiques


et métastabilité
Le pétrologue peut trouver sur le terrain les trois roches représentées sur la figure 1.1.
Pourtant, celles-ci ne sont plus dans les conditions de leur formation, à P0-T0 et P1-T1,
mais à pression et température ambiantes, puisqu’elles ont été recueillies à la surface
du globe. Elles sont en dehors de leur domaine de stabilité et auraient dû se transformer
en un assemblage stable aux conditions de surface. On dit que ces roches, ces associa-
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

tions de minéraux, ces phases (minéraux) qui sont hors de leur domaine de stabilité,
sont métastables.
Cette métastabilité n’est pas une situation exceptionnelle dans la nature, bien au
contraire ; il s’agit de la situation la plus commune. Pour l’illustrer, on peut choisir
un exemple spectaculaire comme celui du diamant dont la présence à la surface du
globe est « anormale » d’un point de vue thermodynamique. En effet, cette forme
minérale du carbone cristallise et est stable à haute pression (P > 3GPa), c’est-à-dire
à grandes profondeurs (> 90 km), tandis que la forme stable en surface est le
graphite. Pourtant, ces deux minéraux coexistent à la surface pour la plus grande joie
des bijoutiers et des dessinateurs. Le diamant est métastable.

5
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Chapitre 1 • Le métamorphisme : définition, limites et variables

Nous pouvons également prendre l’exemple de la coexistence eau-glace. Si l’on


sort du congélateur un cube de glace que l’on plonge dans un verre d’eau, celui-ci,
hors de son champ de stabilité, coexiste avec l’eau liquide. La glace met un certain
temps pour se transformer complètement en eau, au cours de la réaction glace Æ eau.
À noter que cette réaction est une réaction de fusion, produisant un changement
d’état, qui est différente des réactions métamorphiques, produisant des changements
de phases. Cependant, la comparaison reste valable. La glace est métastable et met
un certain temps pour fondre. Ce temps de réalisation de la réaction dépend de la
vitesse de réaction ou cinétique de réaction. Celle-ci est variable. Dans le cas
présent, la vitesse de fusion est d’autant plus grande (et le temps de fusion d’autant
plus court) que la température est élevée. La cinétique des réactions métamorphiques
est également très variable : elle dépend, entre autres, de la température, de la défor-
mation, de la présence d’une phase fluide (et tout spécialement, la vapeur d’eau). La
persistance, à la surface, de ces roches formées en profondeur et qui ont préservé
leur passé métamorphique à l’état métastable depuis des millions d’années, indique
que les vitesses de transformation ou vitesses de réaction sont infiniment lentes,
proches de zéro dans les conditions de surface où nous pouvons les observer. C’est
ainsi que des roches métamorphiques sont préservées depuis 3,8 Ga (pourvu qu’elles
échappent à l’altération superficielle hydratée). Ceci sous-entend aussi que le temps
de réalisation des réactions rétrogrades, pendant le refroidissement (et décompression)
jusqu’aux conditions de surface, n’a pas été suffisant pour que celles-ci aboutissent :
il y a compétition entre la vitesse de réaction et la vitesse d’évolution des paramètres
(essentiellement) P et T.

Points clefs

= En conclusion, les transformations métamorphiques que subissent les roches


dépendent de la température, de la pression, de la présence de fluides et de leur
nature, de la variation éventuelle de la composition chimique, de la cinétique
des réactions et de la vitesse d’évolution des paramètres du métamorphisme.

1.2 LES LIMITES DU MÉTAMORPHISME

1.2.1 Diagenèse et métamorphisme


À basses températures et basses pressions, la limite est arbitraire entre les processus
d’altération superficielle, la diagenèse et le métamorphisme. La diagenèse consiste en
une compaction de sédiments, mais s’accompagne aussi de transformations chimiques
qui peuvent être apparentées à des réactions métamorphiques : dissolution, précipi-
tation, recristallisation. À la base d’une série sédimentaire épaisse, on passe progres-
sivement de la diagenèse au métamorphisme d’enfouissement. Ce métamorphisme
ne s’accompagne pas de perturbation thermique, mais se fait dans les conditions du

6
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1.3 • La température, la pression et les fluides dans le globe terrestre

géotherme stable d’un bassin sédimentaire : les conditions PT sont toujours faibles. Ce
métamorphisme est à distinguer du métamorphisme régional associé à des perturbations
thermiques et tectoniques.
Un critère de distinction basé sur la cristallinité de l’illite a été souvent utilisé
pour délimiter les champs respectifs du métamorphisme et de la diagenèse. Ce critère
mesure l’évolution cristallographique progressive des phyllites, depuis les phases
argileuses (typiques du domaine de la diagenèse) jusqu’aux phases micacées (typiques
du métamorphisme).

1.2.2 La limite à hautes températures et anatexie


Processus de recristallisation à l’état solide, le métamorphisme est en principe
distinct des phénomènes magmatiques qui impliquent la participation d’un liquide
silicaté et qui se réalisent à plus hautes températures. La zone de transition entre
processus métamorphiques et magmatiques est large et peut atteindre plusieurs centaines
de degrés. Dans les domaines du métamorphisme de haut degré, la température élevée
permet la fusion partielle des matériaux et la production de liquides, généralement
de composition granitique : on parle d’anatexie. Si ces liquides n’ont pas été extraits
et ont cristallisé au sein même des roches qui leur ont donné naissance, il en résulte
des formations mixtes, ou migmatites, qui appartiennent bien au domaine du méta-
morphisme. Les migmatites et l’anatexie seront donc étudiées dans le cadre de cet
ouvrage (chapitre 10).

1.3 LA TEMPÉRATURE, LA PRESSION


ET LES FLUIDES DANS LE GLOBE TERRESTRE

1.3.1 Température et chaleur


Pour que la température d’une roche change, il faut qu’il y ait addition ou perte de
chaleur. Les sources de chaleur peuvent être des roches magmatiques intrusives :
c’est le cas dans le métamorphisme de contact. Elles peuvent être plus régionales dans
le cas du métamorphisme régional et proviennent alors de la croûte et du manteau.
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

De manière générale, on sait que la température augmente avec la profondeur selon


une courbe que l’on appelle le géotherme (figure 1.4). Les deux unités de température
utilisées en géologie, de dimension équivalente, sont le degré Celsius (° C) et le
Kelvin (K), avec T (K) = T (° C) + 273.

a) Flux de chaleur et production de chaleur


La première loi de Fourier indique que la chaleur se déplace des zones chaudes vers
les zones froides. Sur Terre, cela signifie que le gradient de chaleur est dirigé vers
l’extérieur du globe. Ceci est exprimé par le flux de chaleur qui représente la quantité
de chaleur qui traverse une surface en un intervalle de temps. L’unité de mesure du

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Chapitre 1 • Le métamorphisme : définition, limites et variables

flux de chaleur est le HFU (Heat Flow Unit), avec 1 HFU = 42 mW/m2. La figure 1.2a
montre que ce flux n’est pas réparti équitablement sur le globe.
Dans la croûte océanique, le flux de chaleur est élevé à la ride, avec des valeurs
atteignant plus de 150 mW/m2. Cette valeur diminue et se stabilise à 60 mW/m2 à
l’intérieur de la plaque océanique stable. Elle est de 40 W/m2 dans les zones de
subduction. Cette diminution progressive entre les limites des plaques océaniques,
témoigne de la convection rapide du manteau sous-océanique, mécanisme efficace
d’évacuation de la chaleur, c’est-à-dire de refroidissement du globe. Ainsi, 70 à 80 %
de la perte de chaleur du globe se fait par la lithosphère océanique.
Dans la croûte continentale, le flux de chaleur est élevé, car les roches qui la consti-
tuent sont riches en éléments radioactifs, qui, par leur désintégration, produisent une
quantité de chaleur considérable. Le flux de chaleur dans la croûte continentale est
variable en fonction de la nature et de l’âge des roches, qui sont plus ou moins riches
en éléments radioactifs. Les cratons précambriens, appauvris en éléments radioactifs
qui se sont désintégrés au cours du temps, ont les plus faibles valeurs dans la croûte
(jusqu’à 40 mW/m2). Dans ces croûtes continentales stables, le transfert de la chaleur
se fait essentiellement par conduction.
Ainsi, la variabilité du flux de chaleur résulte de la diversité des sources de chaleur
d’une part et des deux modes de transferts de la chaleur, convection et conduction,
d’autre part.

F
Flux de chaleur à la surface Fv
40 du globe (mW/m2)
Fh surface du globe
50-70 ; 40
e
isotherm

60
-1 T4
lig

50
ne
de
M
an

flu

T3
te

x
au
N

T2
oy
au

a
b T1

Figure 1.2 – Flux de chaleur à la surface du globe, ligne de flux et isotherme.


a : La variation du flux de chaleur est régulière à la surface de la lithosphère océani-
que, avec une décroissance depuis la ride chaude vers les zones froides de
subduction ; la répartition de ce flux à la surface de la lithosphère continentale est
aléatoire en fonction de la diversité lithologique et l’âge des formations. Les nombres
indiquent les valeurs de flux exprimées en milliwatt par m2.
b : Ce flux est globalement perpendiculaire à la surface de la Terre, mais ses variations
impliquent l’existence d’une (faible) composante horizontale (Fh).

8
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1.3 • La température, la pression et les fluides dans le globe terrestre

b) Isothermes et géothermes
Si le flux de chaleur est inégalement réparti sur le globe, celui-ci ne peut être stricte-
ment perpendiculaire à la surface : une composante horizontale du flux de chaleur
(Fh) va des points chauds vers les points froids (figure 1.2 b). Les lignes de flux, le
long desquelles la température augmente vers le bas, s’incurvent. Perpendiculaires à
ces lignes, on peut tracer des lignes d’égales températures, les isothermes. Les courbes
isothermes sont resserrées dans les régions de flux élevé telle que la dorsale océanique
où l’asthénosphère chaude monte. À l’intérieur de la plaque océanique, la lithosphère
se refroidit et les isothermes s’espacent. Dans la zone de subduction où s’enfoncent
des roches froides, les isothermes s’étirent dans le manteau (figure 1.3).

Figure 1.3 – Répartition des isothermes (en °C)


dans la lithosphère et manteau supérieur.
Ce schéma est une situation idéalisée de la partie supérieure du globe, dans le
cadre de la tectonique des plaques. Do, la dorsale océanique, se situe à la verticale
des parties ascendantes des cellules convectives du manteau (flèches). La montée
du manteau chaud et le transfert de magmas basiques qui lui est associé, à l’origine
de la lithosphère océanique, engendrent un transfert de chaleur considérable vers
la surface : les courbes isothermes y sont resserrées. À l'intérieur des plaques
stables, en s’éloignant de la ride, la lithosphère nouvellement formée se refroidit et
les courbes isothermes s’espacent. Dans une zone de subduction (Zs), à la verticale
des parties descendantes des cellules convectives, la lithosphère océanique froide
s’enfonce dans le manteau chaud : les isothermes s’invaginent. Aux limites des
plaques (zones instables), le transfert de chaleur est essentiellement convectif ; il
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

est essentiellement conductif à l’intérieur (zones stables).

Sur un diagramme pression-température, une courbe matérialise les variations de


la température en fonction de la profondeur à la verticale d’un point. Cette courbe
est le géotherme. Il varie en fonction du site géodynamique : les géothermes dans les
différentes situations géodynamiques de la figure 1.3 sont représentés sur la figure 1.4.
À la verticale de la ride, la température augmente rapidement en fonction de la
profondeur : la courbe Do est proche de l’axe des T. En s’éloignant de la ride, à
l’intérieur de la plaque lithosphérique, les isothermes s’espacent et le géotherme s’éloi-
gne de l’axe de T. Le refroidissement des roches se fait sans (ou peu de) déplacement

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Chapitre 1 • Le métamorphisme : définition, limites et variables

Figure 1.4 – Représentation de différents types de géothermes dans un


diagramme température-profondeur.
Tirets : modèles conductifs de Clark et Ringwood (1964), basés sur la diffusion de
la chaleur dans les matériaux du globe terrestre. GO et GC : géothermes océanique
et continental. À la base de la croûte continentale (à 30-35 km), la température est
d’environ 500 °C. En trait plein : différents géothermes basés sur le modèle de la
figure 1.3. DO et FO : dorsales et fosses océaniques. AS : forme possible des
géothermes situés en arrière des zones de subduction ; une inversion du géotherme
apparaît en s, au niveau où le profil température-profondeur recoupe le plan de
subduction. (Kornprobst, 2001)

vertical des roches : le transfert vertical de chaleur se fait par conduction. Au niveau
de la zone de subduction, la lithosphère océanique froide s’enfonce dans le manteau
chaud. Cependant, elle ne se réchauffe que lentement, car les roches ont une mauvaise
conductivité thermique. La majorité des roches ont des conductivités thermiques
inférieures à 5 W.m–1.K–1. À titre de comparaison, notons que les valeurs sont nettement
plus élevées pour les métaux les plus mauvais conducteurs (entre 20 et 40 pour Ti et
Pb) et atteignent plusieurs milliers de W.m–1.K–1 pour les métaux les plus conducteurs
(390 pour le Cu ; 4 000 pour Ag). En conséquence, les isothermes s’enfoncent dans
le manteau et le géotherme se rapproche de l’axe des pressions.

c) Équation du géotherme
La loi de Fourier permet décrire l’équation de la chaleur dans la lithosphère en fonction
de la profondeur. Elle indique les variations de la température en un point, en fonction
du temps :
∂T / ∂t = A / r . Cp + k —2T – u —T (1)
k est la diffusivité thermique, A la production de chaleur et u la vitesse de déplace-
ment. —2 est l’opérateur Laplacien : il indique la dérivée seconde de T dans l’espace
à trois dimensions. — est le gradient (de T). r est la masse volumique, Cp la capacité
thermique qui mesure la chaleur nécessaire pour faire augmenter d’un degré la
température d’un volume unitaire de roche. Dans le globe, les transferts de chaleur
se font dans les trois dimensions.

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1.3 • La température, la pression et les fluides dans le globe terrestre

Cette expression se simplifie en :


∂T / ∂t = A / r . Cp + k ∂2T / ∂z2 – u ∂T / ∂z (2)
si l’on ne considère que les transferts verticaux (à la vitesse u), en fonction de la
profondeur z. Cette équation fait apparaître les principaux modes de transfert et de
production (ou perte) de chaleur. Dans la croûte continentale, la production de chaleur
(A dans le premier terme de l’équation) est essentiellement liée à la désintégration
des éléments radioactifs ; il faut y ajouter/soustraire la chaleur latente de cristallisa-
tion des magmas/de fusion des roches. Les réactions métamorphiques sont également
sources ou pertes de chaleur selon qu’elles sont exo- ou endothermiques. Le deuxième
terme des équations 1 et 2 quantifie le mode de transfert de chaleur par conduction :
il est fonction de la diffusivité thermique des roches κ, c’est-à-dire de la capacité de
ces roches à laisser circuler la chaleur. Le transfert de chaleur par advection (ou
convectif pour employer un vocabulaire plus commun, mais moins approprié ; troisième
terme de l’équation) est fonction de la vitesse de déplacement du milieu (u) et du
gradient thermique. On remarque qu’advection/convection et conduction sont de
signes contraires et, donc, s’opposent. L’un ou l’autre de ces deux mécanismes domine
dans un contexte géodynamique donné (figure 1.3).
À l’intérieur des plaques, zones stables de la lithosphère, les variations de T en
fonction du temps (∂T/∂t) et la vitesse de déplacement vertical (u) sont (presque)
nulles. Le transfert de chaleur se fait alors uniquement par conduction et l’équation
2 se simplifie pour s’écrire alors :
k ∂2T / ∂z2 = – A / r . Cp ou ∂2T / ∂z2 = – A /k
avec k = k/ r . Cp où k est la conductivité thermique. La solution de cette expression
est l’équation d’une parabole :
T(z) = – A/k . z2 + Q0/k ◊ z + T0
Ceci est l’équation du géotherme (conductif) dans une plaque stable. Q 0 et T0 sont
le flux de chaleur et la température à la surface.
Cette équation mathématique est simple. Dans la nature, les coefficients de cette
équation (A, k) varient en fonction de la nature des roches, mais aussi en fonction de
la température et de la pression. Dans la lithosphère océanique, pauvre en éléments
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

radioactifs, la production de chaleur A est bien plus faible que dans la lithosphère
continentale. Ainsi, le géotherme varie d’une région à l’autre et peut s’écarter signi-
ficative d’une courbe que l’on appelle le géotherme moyen ou géotherme dans la
lithosphère stable (GO et GC de la figure 1.4 et GLs, figures 2.1, 2.4, etc.). Dans cet
ouvrage, nous nous référons souvent à ce GLs, mais il ne faudra pas oublier les
écarts possibles par rapport à ce géotherme moyen !
En dessous de la lithosphère, où les transferts de chaleur sont convectifs, la
température augmente peu avec la profondeur. L’augmentation de température n’est
plus que 0,3 °C/km (valeur qui contraste avec la valeur de 30 °C/km observée à la
surface de la croûte continentale). Le géotherme est qualifié d’adiabatique parce que
les roches qui se déplacent n’échangent pas de chaleur avec leur environnement.

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Chapitre 1 • Le métamorphisme : définition, limites et variables

1.3.2 Pression et profondeur


On distingue la pression lithostatique et le déviateur des contraintes.

a) La pression lithostatique
La pression lithostatique (PL) ou contrainte lithostatique est la force exercée, sur une
unité de surface, par la masse des roches (poids des roches) qui se trouvent au-
dessus du point considéré. Elle est fonction de la profondeur, de la masse volumique
(ou densité) et de g, l’accélération de la pesanteur. L’unité officielle, le Pascal, est
bien petite pour la géologie. En effet, le bar vaut 105 pascals. On utilise souvent le
kilobar (kb) ou le mégapascal (1 MPa = 10 bars) ou encore le Gigapascal (1 GPa
= 10 kb). La valeur de la masse volumique r dépend de la nature des matériaux.
Dans la croûte continentale, r est proche de 2 600 kg.m– 3 et PL = 260 MPa vers
10 km de profondeur. La pression est de l’ordre de 1 GPa (10 kbar) au niveau du
Moho. Dans le manteau supérieur ultrabasique, r est de l’ordre de 3 300 kg.m–3 ;
des pressions de l’ordre de 3 GPa sont atteintes vers 100 km de profondeur, à la base
de la lithosphère, au voisinage de la zone à moindre vitesse (ZMV). Une estimation
grossière de la pression lithostatique (en kb) est obtenue en multipliant la profondeur
en kilomètres par 0,27-0,3.

b) Le déviateur des contraintes


La pression lithostatique est isotrope, c’est-à-dire équivalente dans toutes les directions.
Dans les zones déformées, orogéniques où s’exercent des forces tectoniques, la pression
n’est plus isotrope. En effet, les forces tectoniques ou contraintes produisent une
composante anisotrope que l’on appelle le déviateur des contraintes. Si les contraintes
ne sont pas équivalentes, on peut définir un ellipsoïde des contraintes avec trois axes :
un axe maximum, un axe intermédiaire et un axe minimum. La contrainte moyenne
correspond à la partie isotrope, la pression lithostatique. La différence entre la
contrainte dans une direction et cette contrainte moyenne définit le déviateur des
contraintes de cette direction. C’est ce déviateur des contraintes qui est responsable
de la déformation des roches.
On conçoit assez facilement que ce déviateur des contraintes est fonction de la
rhéologie des matériaux, de la « plasticité » des matériaux. Plus une roche est ductile,
« déformable », plus faible est le déviateur des contraintes. Dans les roches méta-
morphiques qui sont ductiles, le déviateur des contraintes ne dépasse pas quelques
centaines de bars et reste faible par rapport à la pression lithostatique au-delà d’une
dizaine de kilomètres de profondeur.
En conséquence, lorsque la pression est quantifiée à partir d’un assemblage minéra-
logique d’une roche métamorphique, c’est essentiellement la pression lithostatique,
donc la profondeur, qui est estimée. C’est pourquoi nous représentons, en règle
générale, dans cet ouvrage, les diagrammes P-T avec les deux paramètres pression et
profondeur sur le même axe, lequel est dirigé vers le bas (par exemple figure 3.3).
Cependant, il faut noter que la déformation produite par le déviateur des contraintes
a un rôle majeur pour la recristallisation des roches : en effet, cette déformation

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1.3 • La température, la pression et les fluides dans le globe terrestre

favorise la réalisation des réactions métamorphiques, en activant la cinétique des


réactions. Nous reviendrons aux paragraphes 4.2 et 9.2.3 sur cette influence de la
déformation sur la cinétique des réactions.

1.3.3 Les fluides


Les fluides sont des phases physiquement distinctes, au même titre que les minéraux,
qui se présentent à l’état de vapeur supercritique : on les appelle phases vapeur (V)
Ils sont constitués d’éléments chimiques qui sont principalement H2O et CO2 auxquels
s’ajoutent CH4, N2, O2, H2, etc., qui contiennent en solution des ions tels que Na+,
K+, Cl–. Ils existent en relative abondance dans la croûte et leur proportion diminue
rapidement avec la profondeur ; ils sont en quantité faible dans le manteau. Leur rôle
est majeur pour la cinétique des réactions et la stabilité des assemblages minéralogiques
(voir paragraphes 6.3.2 et 6.4).

a) Situation des fluides dans une roche


Les fluides occupent des situations différentes au sein des roches, puisqu’ils peuvent
être libres, adsorbés, liés, ou dissous (figure 1.5). Ces situations ont des conséquences
pétrologiques importantes.

Figure 1.5 – Représentation très schématique de la localisation des


« fluides » dans les assemblages minéralogiques.
Les « fluides liés » font partie de la structure des silicates et des carbonates (ici H2O
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

entre sous forme de groupements oxhydriles (OH–) dans la structure de l’amphibole).


Ce terme est impropre, puisque ces « fluides » ne constituent pas une « phase V ».
Les fluides « adsorbés » (tirets) constituent une très fine pellicule (épaisseur de
l’ordre de quelques Å) de molécules « rangées » dans un ordre approximatif le long
des surfaces cristallines. Les fluides « libres » apparaissent sous forme d’une phase
vapeur (pointillé) individualisée dans les pores intergranulaires ou dans les inclu-
sions fluides des minéraux. La porosité (dimension des pores intergranulaires) et la
perméabilité sont très faibles à partir de 15 km de profondeur. (Kornprobst, 2001)

• Fluides libres
La phase fluide est dite « libre », ou « mobile », lorsqu’elle est identifiée en tant que
telle, à l’état de vapeur supercritique dans les conditions du métamorphisme, dans les

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Chapitre 1 • Le métamorphisme : définition, limites et variables

pores de l’assemblage minéralogique ou en inclusions dans les minéraux. La roche


est alors « saturée en fluide » : on définit une phase vapeur (V) qui est une phase de
la paragenèse de la roche au même titre que les minéraux, même si elle est peu visible
en lame mince.
La présence d’une phase fluide libre dans une roche permet de définir une pression
de fluide, paramètre important pour l’extension des champs de stabilité des phases
hydratées (micas, amphiboles) et carbonatées (calcite, dolomite ; voir paragraphe 6.3.2).
Des déplacements de la phase fluide à travers le système (en fonction de la perméa-
bilité et à la faveur de gradients de pression) sont très variables et peuvent être
importants (du m. au km). Ils sont très difficiles à évaluer. Ils entraînent naturel-
lement le transport des ions en solution et le fluide représente alors le vecteur principal
de la métasomatose, transport ionique à différentes échelles dans les unités méta-
morphiques (paragraphe 6.4).

• Fluides adsorbés sur les surfaces cristallines


Les fluides se localisent le long des surfaces des cristaux de la roche, sur une épaisseur
de quelques Å, constituant ainsi une phase fluide non mobile ou faiblement mobile.
Son volume est variable et il n’existe pas de limite nette entre elle et les fluides libres.
Citons le cas extrême d’un minéral argileux, la montmorillonite, dont les très fines
paillettes sont capables de retenir par adsorption près de 2 fois leur volume d’eau.
Dans les conditions du métamorphisme, les quantités de fluide adsorbées sont très
faibles. Mais, bien que non mobile, ce stock d’eau ou de gaz carbonique a un rôle
important dans le déroulement des réactions minéralogiques : il constitue en effet un
milieu de diffusion intergranulaire qui permet le déplacement rapide des ions,
favorisant ainsi la déformation et la recristallisation.

• « Fluides liés »
Les molécules de H2O et CO2 font partie de la structure cristalline des minéraux
hydroxylés ou carbonatés, sous forme de groupements (OH)– ou (CO3)2–. Il est donc
impropre de les appeler « fluides » dans ce cas. Ces molécules sont libérées sous la
forme d’une phase fluide par des réactions de déshydratation ou de décarbonatation
ou, plus généralement, de dévolatilisation, de la forme :
H (ou C) = A + V
où H est un minéral (ou un ensemble de minéraux) hydraté(s), C, un carbonate (ou
un ensemble de carbonates), A est un minéral (ou un ensemble de minéraux) anhydre(s)
et V, la phase vapeur d’eau ou de dioxyde de carbone. En voici deux exemples :
CaCO3 + SiO2 = CaSiO3 + CO2

Calcite + Quartz = Wollastonite + Vapeur de CO2


K[Si3AlO10]Al2(OH)2 + SiO2 = Al2SiO5 + K[Si3AlO8] + H2O
Muscovite + Quartz = Sillimanite + Feldspath K + Vapeur d’eau

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1.3 • La température, la pression et les fluides dans le globe terrestre

Ces « fluides » liés alimentent la phase vapeur en fonction du déplacement des


équilibres précédents vers la droite ou la gauche.
Il est prudent d’écrire dans une réaction libellée avec les noms des phases (deuxième
ligne), V(H2O) ou V(CO2) au lieu de H2O ou CO2, pour bien faire la distinction entre
la phase « physiquement distincte » et le constituant chimique.
• « Fluides dissous » dans les liquides silicatés
À la limite à hautes températures du métamorphisme, interviennent des magmas
silicatés par fusion partielle des roches métamorphiques. L’eau libérée par la fusion
partielle des minéraux hydroxylés entre en solution en quantité importante dans le
liquide silicaté (jusqu’à 10 % en poids). Cette eau n’est pas en quantité suffisante pour
saturer le magma : elle constitue un facteur limitant la fusion hydratée des roches.
Un apport extérieur est nécessaire pour que la fusion se poursuive.
La fusion partielle des roches métamorphiques s’avère être un moyen efficace
pour en extraire l’eau qui est facilement dissoute dans le liquide silicaté, en quantité
d’autant plus forte que la pression est plus élevée. Les résidus solides de la fusion
partielle sont donc généralement très pauvres en eau, ce qui explique qu’ils présen-
tent souvent des assemblages minéralogiques appartenant au faciès Granulite (cf.
paragraphe 10.4).

b) Pression des fluides


La pression de la phase fluide dans une roche s’exprime par comparaison avec la
pression qui règne dans le solide environnant. Deux cas distincts peuvent se présenter :
Dans les domaines superficiels fissurés, l’eau est le fluide essentiel et elle est en
communication avec l’eau phréatique par l’intermédiaire de fissures ; sa pression est
donnée par l’expression Pf = rf gz, où rf est la masse volumique du fluide (1000 kg.m–3
pour l’eau superficielle), g l’accélération de la pesanteur et z la hauteur de la tranche
d’eau. La pression d’eau est donc, dans ce cas, très inférieure à la pression du matériel
solide environnant, PS (PL) = rS gz, où rS est la masse volumique moyenne des roches
superficielles (> 2 000 kg.m–3). Ce domaine fissuré à perméabilité élevée occupe la
partie supérieure de la croûte, de 6 à 15 km de profondeur.
Dans les domaines profonds, isolés de la surface, la perméabilité est faible et la
phase fluide interstitielle n’est pas connectée avec la surface. Un raisonnement simple
montre que dans ces domaines ductiles, la pression des fluides Pf est, en général,
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

égale à la pression des solides environnants. Une situation avec Pf différent de Ps ne


peut être que temporaire. En effet, une situation dans laquelle Pf < Ps implique
l’existence d’un gradient de pression à l’échelle microstructurale ; ce gradient doit
rapidement s’équilibrer par réduction du volume des pores, jusqu’à l’égalité Pf = Ps.
Inversement, si Pf > Ps, soit le volume des pores augmente, soit la fracturation
hydraulique provoquée par le fluide en surpression permet le retour à l’égalité Pf = Ps
(voir paragraphe 6.3). Ainsi, à l’équilibre, la pression des fluides est-elle considérée,
sauf cas particulier, comme égale à la pression solide.
Le plus souvent, dans les conditions du métamorphisme, le fluide est mixte, constitué
par un mélange de deux ou plusieurs phases fluides. Dans ce cas, la pression d’une

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Chapitre 1 • Le métamorphisme : définition, limites et variables

espèce déterminée, ou pression partielle de fluide (Ppf), peut être exprimée approxi-
mativement en fonction de la pression totale Ps et de la fraction molaire de l’espèce
considérée dans la phase fluide. Par exemple :
H2 O
P H2 O = P S ⎛ ---------------------------------------------------------⎞ = P ⋅X
⎝ H 2 O + CO 2 + CH 4 + …⎠ S H2 O

La pression des fluides est égale à la somme des pressions partielles des différentes
espèces de fluides présents dans la roche ; elle est égale à la pression solide ou litho-
logique :
PS = Ptotale = ∑ Ppf = P H2 O + P CO2 + P CH4 …

Cette expression de la pression partielle d’un fluide en fonction de sa concentration


dans la phase fluide n’est rigoureuse que si le fluide constitue un mélange idéal de
gaz parfaits, ce qui n’est généralement pas le cas. Le paramètre thermodynamique
pertinent pour décrire la pression partielle d’un fluide dans un mélange est la fugacité
ou pression partielle effective f, qui s’exprime à partir du potentiel chimique mi de
l’espèce i dans la phase fluide. Cette « non-idéalité des gaz parfaits » est particuliè-
rement sensible pour des espèces en très faibles proportions dans la phase fluide
comme l’oxygène, l’hydrogène, etc.

Points clefs

= En évaluant la pression, c’est approximativement la pression lithostatique que


l’on évalue, c’est-à-dire la profondeur. P et T nous informent sur la situation
thermique dans le globe.
= Le déviateur des contraintes, responsable de la déformation des roches, contribue
à la cinétique de réactions.
= La nature des fluides, leur pression partielle interviennent sur les évaluations
thermodynamiques. Mais leur importance est difficile à appréhender, car la phase
vapeur est peu ou pas visible dans une roche. Il faut bien faire la distinction
entre la phase vapeur (fluides libres) et les « fluides liés ». Ainsi, un gneiss à
biotite ou autres minéraux hydratés peut contenir ou non une phase V(H 2O) ; il
en est de même pour une roche ne contenant que des minéraux anhydres. Le
gneiss à biotite sans phase vapeur contient de l’eau en tant que constituant
chimique.
= La phase V (spécialement VH2O) constitue un milieu de diffusion et de trans-
port très favorable aux échanges ioniques et au déroulement des mécanismes
réactionnels : elle influence donc la cinétique des processus métamorphiques.

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ROCHES
MÉTAMORPHIQUES :
LES 2
DES MARQUEURS
DES PERTURBATIONS
THERMIQUES ET
MÉCANIQUES DANS
LA LITHOSPHÈRE

2.1 Évolution PT, trajet PTt et géothermes


PLAN

2.2 Pourquoi les roches recristallisent-elles ?


2.3 Le trajet PTt et le gradient métamorphique
2.4 Trajets PTt et contextes géodynamiques

Dans la lithosphère stable, les roches ne subissent ni déplacements verticaux, ni


perturbations thermiques. Aucune modification de P et T ne les affecte. De ce fait, le
géotherme n’est pas perturbé. Dans un tel quel contexte, ces roches ne sont pas
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

affectées par le métamorphisme. Lorsque cette situation stable est modifiée dans une
zone d’instabilité tectonique, la P et/ou la T exercées sur des roches changent en
fonction de l’enfoncement ou de l’exhumation de la roche et de la perturbation du
géotherme. La roche « suit », au cours du temps (t) une évolution en P et T que l’on
appelle le chemin ou le trajet ou encore la trajectoire P-T-t (figure 2.1 b).
Nous devons comprendre quelle est la relation entre ce trajet PTt et l’évolution du
géotherme au cours du temps. Au cours de ce trajet PTt, les roches sont susceptibles
de recristalliser et d’enregistrer ainsi des portions de ce trajet. Mais qu’est ce qui va
être effectivement enregistré de cette évolution thermique et comment ? Pour répondre
à cette question, il nous faut comprendre pourquoi les roches recristallisent lorsque
P et T changent.

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Chapitre 2 • Les roches métamorphiques : marqueurs des perturbations…

2.1 ÉVOLUTION PT, TRAJET PTt ET GÉOTHERMES

...
R3 R2 R1 T

.. . .
Tr.
rétro
gra b
d e

.
Tra
TM1 TM2

jet
.. .
TM3

A+V
pro

H
gra
e

d
R1
PM R3
R2
a t1

...
GLs t2 t3
t0
P

Figure 2.1 – Relations géothermes, gradient métamorphique et trajets PTt.


Le schéma (a) montre l’épaississement et l’amincissement d’une unité géologique
sans dimension. Sur le diagramme P-T (b) est matérialisée l’évolution du géotherme
(lignes pointillées) au cours de cet épisode tectonique : GLs est le géotherme dans
la lithosphère stable, c’est-à-dire au début et à la fin de l’événement tectonique ; t0
est le géotherme au début de l’enfouissement (temps t0) qui évolue au cours du
temps vers t1, t2, t3, durant l’exhumation – amincissement. Les boucles matérialisent
les trajets P-T suivis par trois roches (R1…) au cours du temps. Les points noirs
nommés respectivement TM1, TM2 et TM3 correspondent aux températures maxi-
males atteintes par les 3 roches durant leur trajet PTt au temps t1, t2 et t3. Ils sont
appelés les pics en température ou pics thermiques. La ligne en pointillés épais est
le gradient métamorphique qui relie ces pics en température. Ce sont eux qui sont
enregistrés grâce à la paragenèse des roches. Les points gris marquent la position
des roches R1 et R3 sur leur trajet respectif au temps t2. Un exemple de réaction
interminérale est indiqué ; elle s’écrit H = A + V où H est un minéral (ou un ensemble
de minéraux) hydraté(s), A est un minéral (ou un ensemble de minéraux) anhydre(s)
et V, la phase vapeur d’eau. PM est la pression maximale atteinte au cours d’un
trajet PTt. Il est encore appelé le pic en pression.

La figure 2.1 montre un exemple simple de l’épaississement d’une unité géologique


soumise à une compression. Cette unité géologique est sans dimension. Nous pouvons
supposer qu’il s’agit d’une portion de croûte continentale dans une lithosphère
stable. L’épaisseur de cette croûte est en moyenne de 30 km. Soumise à des forces
aux limites compressives, cette portion de croûte s’épaissit par déformation continue
(épaississement) et discontinue (chevauchement) créant un relief positif et une
racine. Lorsque les forces aux limites compressives ne s’exercent plus, cette croûte
épaissie est en déséquilibre gravitaire et s’amincit pour retrouver les conditions
d’équilibre qui sont celles du début de la simulation.
Suivons le parcours de trois roches situées initialement à la surface de la croûte.
Nous observons l’évolution P-T de ces roches sur le diagramme PT de la figure 2.1.

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2.2 • Pourquoi les roches recristallisent-elles ?

Au cours de l’épaississement, ces roches, appartenant à l’unité inférieure sous-


charriée, s’enfoncent rapidement à des profondeurs variables. La pression qui s’exerce
sur elles augmente régulièrement et instantanément en fonction de la profondeur Z.
La température augmentant à l’intérieur du globe, les roches se réchauffent. Comme
les matériaux terrestres ont une mauvaise conductivité thermique, ce réchauffement
se fait lentement au cours de l’enfouissement. Le trajet dans l’espace PT ne suit donc
pas le géotherme de la lithosphère stable (GLs), mais s’en écarte en se rapprochant
de l’axe des pressions. Durant ce stade d’enfouissement et d’épaississement, le
géotherme s’écarte de GLs vers les basses températures (courbe pointillé t0 sur la
figure 2.1).
Lorsque la convergence s’interrompt, les roches ont atteint leurs maxima de
profondeur respectifs, matérialisés sur le trajet dans le diagramme PT par les pics en
pression (PM). Lors de l’amincissement qui suit, la pression exercée sur les roches
R diminue ; cependant, leur température continue d’augmenter pour se rééquilibrer
thermiquement avec l’environnement. En effet, la chaleur produite par désintégration
des éléments radioactifs, abondants dans la croûte continentale, est plus importante
dans cette croûte épaissie que dans la croûte d’épaisseur normale d’une lithosphère
stable. Cette évolution s’accompagne d’un déplacement du géotherme vers les hautes
températures. Celui-ci va dépasser le géotherme « moyen » (GLs) qui est celui d’une
croûte continentale d’une lithosphère stable. Le géotherme évolue vers les hautes
températures (t1, t2, t3). Le trajet PTt passe par un pic en température (TM) au-delà
duquel, l’exhumation se poursuivant, P et T diminuent ensemble jusqu’au retour à la
surface des roches R.
On qualifie de trajet prograde, la portion du trajet où P et T augmentent (jusqu’au
pic en P). Au-delà du pic en température, P et T diminuent simultanément et on parle
de trajet rétrograde. Entre le pic en P et celui en température, il faut préciser que le
trajet est rétrograde en P tandis qu’il est encore prograde en T.
En conclusion, une roche située dans une zone d’instabilité tectonique est soumise
à des variations de la température et de la profondeur, donc de la pression. Cette
roche suit une évolution P-T au cours du temps que l’on peut tracer dans l’espace P-T :
on l’appelle le trajet (ou chemin ou trajectoire) P-T-t (figure 2.1). Cette instabilité
tectonique s’accompagne de perturbations du géotherme et, en conséquence, l’évolu-
tion PTt suivie par la roche est très probablement différente au cours de l’enfouis-
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

sement et au cours de l’exhumation, comme on peut le constater sur la figure 2.1.


Notons que les pics thermiques TM des différentes roches ne sont pas atteints au
même temps t.

2.2 POURQUOI LES ROCHES RECRISTALLISENT-ELLES ?


Tout le long de ce trajet PTt, les roches se trouvent dans des conditions où P et T
changent. Elles sont alors susceptibles d’être métamorphisées, c’est-à-dire de recris-
talliser à l’état solide. Mais pourquoi les roches recristallisent-elles lorsque la pression
et/ou la température varient ?

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Chapitre 2 • Les roches métamorphiques : marqueurs des perturbations…

Lorsque P varie
Pour comprendre pourquoi les roches recristallisent lorsque la pression varie, nous
allons nous intéresser à une quartzite de Dora Maira (Alpes Italiennes) dans laquelle
C. Chopin a découvert, en 1984, un minéral exceptionnel : la coésite (figure 2.2).
L’association minéralogique de cette roche est : quartz en abondance, disthène,
phengite (un mica blanc), talc et grenat très magnésien ; la coésite est présente sous
forme de minuscules inclusions dans le grenat ou le disthène. La présence dans cette
roche de petits cristaux de coésite, forme cristalline de très hautes pressions de la
silice, prouve que cette roche sédimentaire (donc formée en surface) a été enfouie
jusqu’à, au moins, 90 km de profondeur avant d’être exhumée.

Figure 2.2 – Transformation polymorphique coésite = quartz


en inclusion dans un grenat.
La coésite, minéral incolore très réfringent (à « fort relief ») est partiellement trans-
formée en quartz (qtz : minéral incolore peu réfringent, à « faible relief »). La fractu-
ration radiale du grenat (grt) autour de l’inclusion témoigne de l’augmentation de
volume de la cavité provoquée par la réaction. Métaquartzite de Dora Maira, Alpes.
Microphotographie en lumière polarisée non analysée ; le segment blanc mesure
0,5 mm.

Quartz et coésite sont deux minéraux qui ont la même composition chimique,
SiO2, mais qui cristallisent dans des systèmes cristallographiques différents, ce qui
leur confére des propriétés physiques différentes, tel que le volume molaire. De tels
minéraux sont appelés des polymorphes (voir paragraphe 6.2.1). Le quartz a un
volume molaire de 2,27 cm3 et est stable à la surface du globe jusqu’à environ 90 km.
La coésite, avec un volume molaire de seulement 2,06 cm3, est stable à des profon-
deurs supérieures à 90 km. Au-delà de cette profondeur, le quartz se transforme en
coésite, par le biais de la réaction quartz Æ coésite. La transformation est réversible
et peut se réaliser dans l’autre sens au cours de la remontée. C’est précisément ce
que l’on observe sur la figure 2.2. En remontant des grandes profondeurs, la coésite,

20
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2.2 • Pourquoi les roches recristallisent-elles ?

qui constituait la majorité de la minéralogie de la roche, s’est transformée en quartz,


à l’exception de minuscules inclusions blindées dans le grenat et le disthène. Dans
ces inclusions, la transformation coésite Æ quartz a débuté, mais s’est interrompue,
car la transformation implique une variation de volume considérable comme l’indi-
quent les volumes molaires respectifs : la fracturation radiale du grenat témoigne de
l’augmentation de volume de la cavité contenant la coésite ; mais cette augmentation
de volume n’a pas été suffisante pour permettre la transformation complète.
Pourquoi cette transformation de coésite (minéral de faible volume) en quartz
(minéral au gros volume) se réalise-t-elle lorsque la roche revient vers la surface ?
Nous savons que la masse volumique (ou la densité) des roches augmente depuis la
surface vers le centre du globe (à l’exception de la zone faible vitesse, sous la litho-
sphère). Cette augmentation de la densité implique que le volume d’une roche diminue
lors de son enfouissement en profondeur (P augmente) et inversement lors de son
exhumation. La roche, composée de cristaux d’une ou plusieurs espèces minérales,
est comprimée. Or, les minéraux sont très peu compressibles. En conséquence, la
diminution de volume imposée par une augmentation conséquente de la pression ne
peut être que partiellement accommodée en comprimant les minéraux. Ainsi, les miné-
raux peu denses, de gros volumes, stables en surface, sont remplacés par des minéraux
plus denses, de petits volumes, en profondeur.
En règle générale, les roches sont polyminérales et les réactions permettant aux
roches ce changement de volume en fonction de la profondeur (pression) font inter-
venir plusieurs minéraux (A, B, C, D…). Ces réactions sont de la forme : A + B
= C + D. Chaque minéral a un volume molaire : VA, VB, etc. VA+VB est la somme
des volumes des phases A et B de la réaction ; VC + VD est la somme des volumes
des phases C et D. On peut calculer la variation de volume de la réaction DV. DV de
la réaction est négatif si l’assemblage des minéraux A + B est remplacé par l’assem-
blage C + D au cours d’une augmentation de la pression (diagramme de gauche sur
la figure 2.3). Dans ce cas, le volume des phases produites C et D est plus petit que
celui des phases réactantes A et B : VC + VD < VA + VB.

Lorsque T varie
Le même raisonnement que précédemment peut être tenu pour comprendre le rôle
de la température sur la recristallisation métamorphique. Lorsqu’une roche de
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

surface, froide, s’enfonce dans le globe chaud, un transfert de chaleur Q se produit


entre cette roche qui se réchauffe et son environnement. Dans la roche, Q et T
augmentent de DQ et DT et par voie de conséquence le rapport DQ/ DT est positif. Ce
rapport mesure la variation d’entropie DS de la roche au cours de son réchauffement,
c’est-à-dire la différence entre l’entropie de la roche « chaude » et celle de la roche
« froide ». Ce rapport est positif lorsque T augmente, ce qui signifie que l’entropie
de la roche chaude est plus grande que l’entropie de la roche froide. Remarquons
que l’entropie n’est pas simplement un rapport mathématique ; c’est aussi une
caractéristique intrinsèque des roches et des minéraux constitutifs. L’entropie est le
nombre de façons dont les constituants atomiques et moléculaires peuvent se répartir
dans un minéral (on dit encore que l’entropie mesure le désordre). Mais ce nombre

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Chapitre 2 • Les roches métamorphiques : marqueurs des perturbations…

de combinaisons possibles dans un minéral n’est pas infini. En fait, l’entropie des
minéraux varie peu. Ainsi, lorsqu’une roche équilibrée à basse température est portée
à haute température, son entropie augmente. Puisque l’entropie des minéraux qui la
constituent varie peu, les minéraux de basses températures sont remplacés par des
minéraux de hautes températures à l’entropie plus élevée.
Ces transformations se font au cours de réactions interminérales telles que : A + B
= C + D avec SC + SD > SA + SB. La variation d’entropie de la réaction est positive
lorsque l’assemblage de minéraux C-D remplace l’assemblage A-B et s’accompagne
d’une augmentation de la T (diagramme du milieu sur la figure 2.3).

T
A C

B
A+B

+
D
+ +

A
C+D

+
B D

C
P

Figure 2.3 – La pente des réactions.


Ces trois diagrammes montrent l’allure d’une réaction interminérale A + B = C + D
dans laquelle les phases produites C + D ont : un volume inférieur à celui des
phases réactantes A + B (diagramme de gauche) ; une entropie supérieure à celui
des phases réactantes A + B (diagramme du milieu) ; un volume inférieur et une
entropie supérieure à celui des phases réactantes A + B (diagramme de droite).

Lorsque P et T varient simultanément


Prenons en considération, d’une manière plus générale, les deux paramètres P et T
(V et S). Considérons que les phases A et B sont remplacées par les phases C et D
par le biais de la réaction : A + B = C + D au cours d’une augmentation de P et de T.
Dans ce cas, le DV de la réaction est négatif et le DS est positif. La pente de cette
réaction est exprimée par le rapport DS/DV. En conséquence, sa pente est négative
(diagramme de droite de la figure 2.3).

2.3 LE TRAJET PTt ET LE GRADIENT MÉTAMORPHIQUE


Qu’enregistrent les roches métamorphiques des trajets PTt de la figure 2.1 ? Tout au
long de cette évolution P-T-t, l’association minéralogique de la roche change afin
que celle-ci soit en équilibre (paragenèse) avec les conditions P-T du moment. Ce
rééquilibrage se fait par le biais d’une succession de réactions minéralogiques telles
que celle décrite dans la figure 1.1 (A + B = C) ou la réaction quartz = coésite dans
le précédent paragraphe ou encore la réaction H = A + V de la figure 2.1. Si ce
rééquilibrage était complet, nous ne trouverions pas de roches métamorphiques à la
surface du globe, mais seulement des roches équilibrées dans les conditions super-
ficielles, avec des assemblages de basses pressions et températures ! En fait, ce

22
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2.3 • Le trajet PTt et le gradient métamorphique

rééquilibrage est plus ou moins complet et les réactions minéralogiques ne se réalisent


pas spontanément et complètement dès que la courbe d’équilibre, telle que A + B Æ C
de la figure 2.1 est franchie. Nous avons défini, au paragraphe 1.1.2, une vitesse de
réalisation de la réaction ou cinétique de réaction qui explique que l’on puisse
recueillir, à la surface de la planète, des roches métamorphiques très anciennes,
préservées à l’état métastable.
Au cours de l’évolution prograde en T (jusqu’au pic thermique) des roches R de
la figure 2.1, la température augmente, la déformation est intense et l’eau, libérée
par les réactions de déshydratation, est disponible. Ce sont des conditions favorables
à la réalisation des réactions. En conséquence, les processus de la recristallisation sont
plus rapides que la vitesse de l’évolution métamorphique, c’est-à-dire que la vitesse
de variation de P et/ou T. Les associations minérales des roches sont constamment
réajustées et les réactions sont complètes. À la fin du trajet prograde en température,
la paragenèse témoigne des conditions optimales (TM sur la figure 2.1) et ne conserve
qu’exceptionnellement des indices de l’évolution progressive depuis les conditions
de basses températures et basses pressions (BT-BP) vers les hautes températures et
hautes pressions (HT-HP). Seules de rares zones préservées de la déformation, sous la
forme de boudins tectoniques de taille variable, métrique à hectométrique (figure 13.6,
figure 3, planche 6), ou bien sous la forme de phases précoces, à l’échelle microscopi-
que, en inclusions dans les phases du pic du métamorphisme, isolées de la circulation
des fluides, peuvent montrer des indices du trajet prograde (figure 2.2 planche 1).
Par contre, au cours de l’évolution rétrograde (en T et P), lorsque l’échantillon est
ramené vers la surface, la température diminue ; généralement la déformation est
limitée et localisée et l’eau n’est plus disponible pour la cristallisation de minéraux
hydratés de basses températures. La cinétique des réactions est faible et les processus
de la recristallisation sont plus lents que les réajustements de la P et de la T. En
conséquence, les réactions sont partielles ou ne se produisent pas et les roches méta-
morphiques conservent généralement le témoignage des conditions maximales en
températures (pic en T : Tmax) qu’elles ont atteintes (figure 2.1).
Dans la croûte continentale, la majorité des réactions sont des réactions de
déshydratation du type :
H=A+V
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

dans laquelle H est un assemblage de minéraux hydratés, A de minéraux anhydres et


V la phase vapeur d’eau (H2O). Comme représenté sur la figure 2.1, les courbes
représentatives de ces réactions, dans un diagramme PT, ont une pente positive et la
phase V est du côté haute température de la réaction. Au cours du trajet prograde en
T et P des roches R, cette vapeur est libérée par la roche et favorise la réalisation
des réactions. De faible densité, elle remonte vers la surface et la roche est ainsi
déshydratée. Au cours du trajet rétrograde, lorsque T diminue, les réactions qui sont
réversibles sont franchies en sens inverse, dans le sens A + V Æ H, mais la vapeur
nécessaire à leurs réalisations, n’est plus disponible. La recristallisation, à ce stade
rétrograde, n’est possible que dans les zones très perméables, comme les limites
lithologiques et discontinuités tectoniques (fissures et zones de cisaillement) le long

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Chapitre 2 • Les roches métamorphiques : marqueurs des perturbations…

desquelles circulent les fluides. Or, les nouveaux minéraux hydratés ont des volumes
plus importants que les minéraux précédents et les fissures sont rapidement colmatées,
ce qui limite la circulation des fluides. De ce fait, la rétromorphose reste localisée.
En conséquence, sauf cas exceptionnel, c’est la paragenèse acquise au pic en T qui
est généralement préservée lorsque les roches métamorphiques atteignent la surface.
C’est ce que le géologue observe principalement sur le terrain : à l’aide d’une simple
loupe, il identifie des minéraux index. Ceux-ci, lorsqu’ils apparaissent dans une
roche, indiquent une augmentation du degré du métamorphisme : ils servent à carto-
graphier des surfaces d’égale intensité métamorphique appelées isogrades (voir chapitre
suivant). Depuis la roche R1 jusqu’à la roche R3, les minéraux index observés
témoignent d’un accroissement de l’intensité du métamorphisme qui caractérise le
gradient métamorphique. Les Anglo-Saxons parlent plus précisément de gradient
métamorphique de terrain (metamorphic field gradient) pour insister sur le fait qu’il
s’agit d’observations faites à l’échelle du terrain, cartographique, à l’inverse du
trajet PTt qui peut être obtenu à partir d’un seul échantillon ou bien de quelques
échantillons d’un même affleurement.
Sur la figure 2.1, ce gradient métamorphique est indiqué par la courbe en tirets
qui relient les pics thermiques atteints par les roches. Ce pic est à l’intersection du
trajet de la roche et du géotherme à tn. De ce fait, on note que les pics en T des diffé-
rentes roches n’ont pas été atteints au même moment. Lorsque R2 atteint son pic en
température à t2 (point noir TM2), la roche R1 a déjà dépassé le sien et suit une
évolution rétrograde en T et P, tandis que R3 n’a pas encore atteint le sien. Ceci est
indiqué sur la figure 2.1b par les 2 points gris à l’intersection du géotherme t2 et les
2 trajets des roches R1 et R3. Ainsi le gradient métamorphique (défini à partir de ces
pics en T), n’a pas une existence à un temps donné. En conséquence, le gradient
métamorphique ne peut, en aucun cas, être assimilé à un paléo-géotherme, même
anormal !

2.4 TRAJETS PTt ET CONTEXTES GÉODYNAMIQUES


Les trajets que nous avons représentés sur la figure 2.1 sont caractéristiques de l’évolu-
tion thermique dans une zone de convergence de type collision. Chaque contexte
géodynamique s’accompagne d’une modification du régime thermique par rapport à
la situation de la lithosphère stable. Cette perturbation est matérialisée par un (ou
des) trajet(s) PTt spécifique(s).
La figure 2.4 en montre quelques exemples. Cette figure montre une coupe simplifiée
de la croûte terrestre. La croûte océanique présente une ride (5) ; elle est épaissie au
niveau d’un plateau océanique (4). La croûte continentale est séparée de la croûte
océanique par une marge passive et une marge active (6). Elle est épaissie au niveau
de cette marge active et dans une zone de chaîne de montagnes (1, 2, 3).
Les trajets PTt de six roches dans des contextes géodynamiques différents sont
dessinés sur le diagramme PT. Nous avons noté précédemment que le stade rétrograde

24
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2.4 • Trajets PTt et contextes géodynamiques

T
5

1 2
6

Solidus
Gabbro
3

P
GLs

5
4 1
2 6 4

Figure 2.4 – Exemples de trajets PTt caractéristiques de contextes


géodynamiques variés.
La croûte continentale est représentée en pointillés et la croûte océanique en noir.
Notez que la position des roches 1, 2, 3 et 6 sur la coupe correspond au pic en
pression de leurs trajets respectifs dans le diagramme PT. Les portions en trait plein
de ces trajets sont les plus susceptibles d’être préservées par les paragenèses des
roches. GLs : géotherme moyen de la lithosphère stable.

en T (portion en trait plein sur la figure) est le plus susceptible d’être préservé. Les
roches 1 et 2 sont dans une situation similaire à celle des roches de la figure 2.1. Il
s’agit de roches de la partie superficielle de la croûte chevauchée dans une conver-
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

gence continent-continent. Leur trajet dessine une boucle. Mais après un trajet
prograde en P identique, les deux roches atteignent des températures maximales
différentes durant l’exhumation. Plusieurs solutions permettent d’expliquer ces trajets
rétrogrades différents. Une vitesse d’exhumation variable est une des solutions
possibles. La roche 1 remonte rapidement et a peu de temps pour s’équilibrer
thermiquement avec son environnement : son trajet rétrograde se fait sans variation
significative de la température. La roche 2 remonte lentement et, comme sur la
figure 2.1, elle se réchauffe au début de son exhumation. La roche 3 se situe à la base
de la même croûte chevauchée que les échantillons 1 et 2. Son trajet PTt est à peu
près semblable aux deux précédents avec la différence qu’il débute en profondeur et

25
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Chapitre 2 • Les roches métamorphiques : marqueurs des perturbations…

qu’il atteint des conditions de ultra haute température (chapitre 14.4). Le trajet 4 est
celui d’une roche magmatique mise en place à la base de la croûte continentale par
sous placage magmatique ou dans la partie inférieure d’un plateau océanique ou
encore dans le manteau supérieur (paragraphes 14.3 et 16.2). En refroidissant à une
profondeur fixée, la roche magmatique recristallise et peut acquérir une paragenèse
métamorphique. Un gabbro de la croûte océanique mis en place au niveau d’une ride
océanique suit un trajet isobare parallèle à celui de la roche 4, à basses pressions
(trajet 5 ; paragraphe 15.2). En effet, dans une croûte océanique de moins de huit
kilomètres d’épaisseur, la pression ne dépasse pas deux kilobars. Dans une zone de
convergence océan-continent, la croûte continentale s’épaissit tectoniquement et par
sous placage magmatique. Le sous-placage magmatique fournit un apport thermique
conséquent. La roche 6 est réchauffée par cet apport magmatique qui est associé à
un épaississement responsable d’une augmentation de la pression. Cet exemple, un
peu théorique, montre un cas particulier ou le sens de la boucle du trajet PTt est
l’inverse de la boucle classique des roches 1, 2 et 3.
On note qu’à la fin du trajet, certaines roches (3, 4 et 6) sont inaccessibles à
l’observation : un nouvel événement orogénique (et métamorphique) est nécessaire pour
ramener ces roches à la surface ; plus rarement, ces roches peuvent être ramenées à
la surface en enclaves dans les volcans.

En conclusion : que préservent les roches métamorphiques ?

= La finalité la plus intéressante pour le pétrologue qui cherche à comprendre


l’évolution géodynamique d’une région serait la reconstitution des paléo-
géothermes, objectif difficilement atteint. Le trajet PTt témoigne clairement de
la perturbation du géotherme au cours d’un événement tectonique.
= Malheureusement, nous venons de voir que les roches métamorphiques préservent
essentiellement les conditions maximales en températures (TM sur la figure 2.1)
matérialisées par le gradient métamorphique. Celui-ci est caractéristique du
contexte géodynamique, mais il ne nous informe que sur un seul point du trajet
PTt de chacune de ces roches (figure 2.1). Ce qui est limité !
= Les roches contiennent parfois des indices du trajet PTt rétrograde et, plus rarement
encore, des indices du trajet PTt prograde. Ces reliques du trajet PTt ont préservé
une étape (rarement plusieurs) de leur évolution PT parce que, à ce moment
précis, la vitesse de réaction est devenue trop faible (boudin tectonique préservé
de la déformation, absence de fluides, diminution de la température, etc.).
= Ce sont ces roches « rescapées » qui ont enregistré une portion de l’évolution
thermique qu’elles ont suivie que nous devons étudier. En reliant les bribes
d’histoire thermique dont témoigne chacune de ces roches, nous traçons la
trajectoire P-T-t que l’on confronte au gradient métamorphique.

26
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ROCHES
MÉTAMORPHIQUES :
LES 3
LOCALISATION,
TEXTURES, STRUCTURES
ET CLASSIFICATION

3.1 Localisation géographique des roches métamorphiques


3.2 Cartographie du métamorphisme - Minéraux index et isogrades
du métamorphisme
PLAN

3.3 Localisation des roches métamorphiques dans l’espace P-T


3.4 Structures et textures
3.5 Structures et contraintes
3.6 Les principales textures des roches métamorphiques
3.7 Nomenclature des roches métamorphiques

3.1 LOCALISATION GÉOGRAPHIQUE


DES ROCHES MÉTAMORPHIQUES
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

3.1.1 Les différents types de métamorphismes


Les roches métamorphiques sont classées en trois catégories selon leur contexte
géologique de formation. On distingue des roches du métamorphisme de contact,
des roches du métamorphisme dynamique et des roches du métamorphisme régio-
nal. Les deux premiers types de métamorphisme sont catalogués de métamorphis-
mes locaux, car ils couvrent des régions de dimensions moyennes dans lesquelles
l’échelle est kilométrique (figure 11.1). Les métamorphismes régionaux s’étendent
sur des surfaces qui peuvent être considérables, pour lesquelles l’échelle est déca à
hecto-kilométrique (figures 12.8, 13.2, 14.3, 14.5).

27
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Chapitre 3 • Roches métamorphiques : localisation, textures, structures…

La cause des variations des paramètres P et/ou T est explicite dans le cas des
métamorphismes locaux. Le métamorphisme de contact se développe à proximité
immédiate d’une intrusion magmatique : la cause majeure de la recristallisation
métamorphique est la chaleur fournie par l’intrusion qui diffuse dans les roches
encaissantes. Ce métamorphisme est aussi qualifié de métamorphisme thermique.
Nous l’étudierons au chapitre 11. Le métamorphisme dynamique se localise dans
des zones étroites de failles et de base de nappes de charriages où la déformation est
très intense ainsi que les sites d’impact de météorites. On parle, dans ce dernier cas,
de métamorphisme de choc ou d’impact. L’impact de grosses météorites à la surface
du globe provoque une augmentation considérable de P et T pendant un temps très
bref. S’il est, fort heureusement, rare à l’heure actuelle, le métamorphisme de choc a
joué un rôle important sur l’origine de la croûte terrestre primitive à l’Hadéen,
pendant la période de l’intense bombardement météorique qui a conclu l’accrétion
du système solaire (3,9 milliards d’années). Nous n’étudierons pas le métamorphisme
dynamique dans le cadre de cet ouvrage. Signalons toutefois, en France, le site
d’impact de Rochechouart, en Haute-Vienne : la chute d’une météorite de 2 km de
diamètre, il y a 200 Ma, est responsable d’un cratère d’environ 20 km de diamètre.
Dans le cas du métamorphisme régional, les variations de la T et P sont dues aux
sources de chaleur interne du globe. Toutes les régions du globe montrant des
perturbations du géotherme sont favorables à la recristallisation métamorphique : les
zones orogéniques, la lithosphère océanique, mais aussi le manteau convectif. L’étude
du métamorphisme régional permet de déchiffrer ces perturbations thermiques dans
le globe, ce qui constitue un préalable indispensable pour faire l’interprétation
géodynamique d’une région. Comme l’indique le titre de cet ouvrage, nous nous
intéressons à la signification géodynamique du métamorphisme : c’est pourquoi nous
traiterons principalement des métamorphismes régionaux affectant la lithosphère.
Toutefois, le métamorphisme d’enfouissement, qui est également un métamorphisme
d’extension régionale, n’est pas traité dans cet ouvrage.

3.1.2 Répartition des roches métamorphiques


à la surface du globe
Pour se faire une idée de la répartition des roches métamorphiques à la surface de la
Terre, observons la répartition des affleurements de ces roches en France (figure 3.1).
Celles-ci se répartissent sur une surface non négligeable de notre pays et sont localisées
dans le Massif central, en Bretagne-Vendée, dans les Pyrénées, dans les Alpes, dans
les Vosges, en Corse. Elles sont souvent associées à des granites. Elles sont associées
à deux orogenèses principales : l’orogenèse hercynienne paléozoïque et l’orogenèse
alpine cénozoïque. D’autre part, elles se retrouvent sous les quelques centaines à quel-
ques milliers de mètres d’épaisseur de la couverture des grands bassins sédimentaires.
Une telle répartition est en accord avec le fait que les zones orogéniques sont des
sites où les P et T sont perturbées (anomalies thermiques) et sont donc favorables à
la formation des roches métamorphiques. De plus, l’exhumation de ces roches
profondes est favorisée dans les zones crustales épaisses, en déséquilibre gravitaire,

28
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3.1 • Localisation géographique des roches métamorphiques

Figure 3.1 – Répartition des séries métamorphiques sur le territoire français,


en fonction de leur âge et du type de gradient métamorphique
(d’après Kornprobst et al., 1981).
BP : gradient de BP-HT ; P int : gradient MP (ou pressions intermédiaires) -HT ; HP :
gradient HP-BT. p1 : Protérozoïque inf - Icartien ; p2 : Protérozoïque supérieur
(Cadomien) ; ca : Calédonien ; v1 : éohercynien ; v2 : hercynien ; a1 : éoalpin ; a2 :
Lépontin. M : massif des Maures ; mn : Montagne Noire ; Lim : Limousin. Les
boudins noirs représentent les principales formations à métaophiolites et roches
de haute pression (éclogites et granulites) qui apparaissent en reliques dans les
séries hercyniennes. BA : bassin Aquitain. (Kornprobst, 2001)
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

que sont les chaînes de montagnes. Une répartition équivalente peut être observée,
sur une surface variable et des âges différents, ailleurs à la surface du globe.
Il n’empêche que le métamorphisme se réalise également dans de nombreux autres
contextes géodynamiques comme nous l’avons vu sur la figure 2.4.

3.1.3 Répartition des roches métamorphiques


sur un profil de la croûte
Il est difficile de proposer une coupe synthétique de la croûte continentale, car celle-ci
est extrêmement diversifiée, autant verticalement que latéralement. Cette diversité

29
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Chapitre 3 • Roches métamorphiques : localisation, textures, structures…

chimique et minéralogique est due à l’origine ancienne de la croûte continentale qui,


contrairement à la croûte océanique, s’est formée et a été remaniée continuellement
depuis plus de 3,8 Ga. On peut cependant proposer un schéma synthétique (figure 3.2)
qui montre que la croûte continentale est constituée d’une partie superficielle
comprenant des roches sédimentaires sur une épaisseur de quelques centaines de
mètres, exceptionnellement et localement de 8 à 10 km et des roches volcaniques.
En dessous, dans la croûte supérieure, c’est le domaine des roches métamorphiques
de faible à moyen degré, fortement plissées et déformées. Elles sont traversées par
des granites intrusifs. La partie inférieure de cette croûte supérieure est le domaine
des granites d’anatexie, produits de la fusion hydratée de métasédiments, au-delà du
métamorphisme de moyen degré. Parfois, croûte supérieure et inférieure sont séparées
par la discontinuité de Conrad.

Croûte superficielle

Croûte supérieure
(R. métamorphiques et
granitoïdes)

z = 16 km Discon. de Conrad

Croûte inférieure
(R. ultra métamorphiques
et magmatiques)

z = 30 km Discon. de Moho
Manteau supérieur
(R. ultrabasiques)

Figure 3.2 – Coupe synthétique de la croûte continentale constituée


principalement de roches métamorphiques.

La croûte inférieure est constituée de roches ultra-métamorphiques du faciès


Granulite montrant un litage métamorphique généralement horizontal. Des méta-
sédiments granulitiques sont associés à des roches magmatiques basiques (d’origine
mantellique) métamorphisées. Les conditions thermiques à l’origine des granulites
en base de croûte continentale sont bien supérieures aux conditions du géotherme de
la lithosphère stable (GLs sur la figure 3.3). Dans une lithosphère stable la température
est voisine de 500 °C à la profondeur de la discontinuité de Mohorovicic (30 km), ce
qui correspond aux températures de la transition des faciès Schistes verts-Amphibolite.
En conclusion, on constate que les roches métamorphiques sont des constituants
majeurs de la croûte continentale, tant en surface qu’en profondeur. Nous montrerons

30
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3.2 • Cartographie du métamorphisme

que le métamorphisme est également présent dans la croûte océanique et dans le


manteau, puisque ce sont également des sites géodynamiques où existent des variations
de températures, de pressions, de la nature des fluides.

3.2 CARTOGRAPHIE DU MÉTAMORPHISME - MINÉRAUX


INDEX ET ISOGRADES DU MÉTAMORPHISME
Pour évaluer l’évolution métamorphique dans une région, on cartographie les lignes
d’égal degré du métamorphisme ou isogrades, caractérisées par l’apparition ou la
disparition de minéraux index. Un isograde sur une carte est une ligne résultant de
l’intersection d’une surface isograde avec la topographie. Ces isogrades indiquent la
première apparition, marquée par un signe + (ou disparition, marquée par un signe –)
d’un minéral, mais ne reflètent pas toujours une réaction spécifique : plusieurs réactions
sont responsables de l’apparition de ce minéral et l’intervention de l’une ou l’autre
de ces réactions peut dépendre du trajet PTt parcouru ou bien de la paragenèse
initiale de la roche. Ainsi, dans les métasédiments argileux, le grenat peut se former
grâce aux réactions suivantes : Chl + Ms + Qtz = Bt + Grt + V H2 O, Chl + Qtz = Grt
+ V H2 O , Chl = Grt + Mag + V H2 O , Chl + Cld + Qtz = Grt + V H2 O ; ces quatre réactions
se réalisent dans la gamme de températures 500-550 °C. Un autre exemple, à plus
hautes températures, est celui de la sillimanite produite par la réaction polymorphique
And/Ky = Sil ou bien par le biais de réactions de déshydratation faisant intervenir
des micas, telle la réaction classique : Ms + Qtz = Kfs + Sil + V. Il est plus judicieux
d’appeler ces « isogrades » d’apparition ou de disparition de « minéraux index »
des « limites d’apparition ou de disparition de minéraux index » qui séparent des
« zones métamorphiques » portant le nom du minéral index et de réserver le terme
d’isogrades à des limites dont on a identifié les réactions métamorphiques. La
figure 13.2 présente la carte des zones métamorphiques dans le dôme hercynien du
Lévezou, dans le Massif central. Cette succession de zones métamorphiques indique
un gradient métamorphique croissant vers le centre du dôme. La carte de la figure 11.1
de l’auréole métamorphique de Ballachulish en Écosse est une véritable carte
d’isogrades, établis à partir de réactions métamorphiques. Sur la carte de la figure 11.8,
la distinction est faite entre les isogrades et les limites d’apparition d’un minéral.
Il faut remarquer que l’apparition ou la disparition d’un minéral ne dépend pas
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

seulement des conditions du métamorphisme, mais aussi de la composition des roches


(chapitre 5). Ainsi, dans la zone métamorphique Biot de la figure 13.2, ce minéral
n’est pas présent dans toutes les roches. D’autre part, le passage dans la zone méta-
morphique voisine Grt n’implique pas la disparition de la biotite. Au contraire, ce
minéral persiste jusque dans les conditions ultimes du métamorphisme, l’anatexie.
Il est difficile de donner une valeur absolue en T et/ou P à un isograde, car les
pentes des réactions sont variables. Pour prendre un exemple, la courbe P-T de la
réaction Ky-Sil (figure 6.2) indique une pente P/T d’environ 20 bars/°C : en consé-
quence, la température de l’isograde d’apparition de la sillimanite dépend de la pression.
D’autre part, la position des courbes des réactions de déshydratation (largement

31
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Chapitre 3 • Roches métamorphiques : localisation, textures, structures…

utilisées dans la cartographie des isogrades) dans l’espace P-T est très dépendante de
la pression partielle des fluides (voir 6.7). Enfin, la position des courbes de réaction
est également fonction de la composition des roches.
La cartographie précise des isogrades (et, a fortiori, celle des limites d’apparition
de minéraux) est une évaluation qualitative, imprécise des conditions de P et T, mais
cependant bien utile. Facile à mettre en œuvre sur le terrain, elle nécessite l’étude
pétrographique d’un très grand nombre d’échantillons.

3.3 LOCALISATION DES ROCHES MÉTAMORPHIQUES


DANS L’ESPACE P-T

3.3.1 Les limites du métamorphisme


et les faciès métamorphiques
Le métamorphisme intéresse la majorité de l’espace PT de la figure 3.3. Seul, le
domaine à gauche de la figure, à HP, très BT (limité par une droite de gradient 6°/km),
n’est pas réalisé sur Terre. Nous avons noté précédemment (paragraphe 1.2) que la
diagenèse marque la limite progressive, à BT, BP, avec le métamorphisme. La
courbe d’anatexie (A) marque la limite entre le domaine des transformations à l’état
solide du métamorphisme et celui du magmatisme. Cette courbe d’anatexie indique
les conditions au-delà desquelles les roches commencent à fondre en produisant un
magma de composition granitique : les roches subissent une fusion partielle. Cette
limite n’est pas fixe et peut se déplacer de plusieurs centaines de degrés (à une pression
donnée). Le géotherme GLs matérialise l’augmentation de la T en fonction de la
profondeur à l’intérieur d’une plaque lithosphérique continentale stable. On remarque
que les roches métamorphiques enregistrent des conditions thermiques différentes
de celles de ce géotherme GLs.
Pour raisonner dans ce vaste espace P-T, il est nécessaire de faire des subdivisions.
On peut parler de métamorphisme de très faible degré, de faible degré, de degré
moyen et de degré élevé (Winkler, 1979). Les termes d’anchizone, épizone, mésozone
et catazone qui indiquent une augmentation du degré du métamorphisme sont égale-
ment utilisés. Le découpage en faciès métamorphiques, proposé par Eskola au début
du siècle dernier est plus précis. Le domaine P-T est découpé en portions DT-DP
appelées faciès métamorphiques. Cette notion de faciès métamorphique est bien
pratique, car elle permet de regrouper des roches soumises à des intervalles de P et T
données, indépendamment de leur composition chimique. Une amphibolite (de
composition basaltique) et un micaschiste (de composition de sédiments argileux) à
sillimanite appartiennent au même faciès métamorphique, le faciès Amphibolite. Ainsi,
un faciès métamorphique regroupe toutes les paragenèses ayant cristallisé dans le
même intervalle P-T, quelle que soit la composition chimique de la roche. Ces para-
genèses sont caractéristiques d’un faciès métamorphique et permettent, par conséquent,
d’estimer qualitativement les conditions de formation.

32
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3.3 • Localisation des roches métamorphiques dans l’espace P-T

200 400 600 800 1000 T˚C


cor cor co

e
n. A née rn. sanidinite

ès
b-E nne Pr

en
xs

prehnite
0,2 p .H

ag
bl
di zéolite

-pumpe
0,4

sch
A
20

amphibolit
K S HT - B

is te
0,6 P

lleyite

sv
dom

er t
0,8 MP
aine

s
HT

e
non

1,0 40 granulite
réal

1,2 schistes bleus


isé
su

1,4
r Te

HP

GL
rre

1,6 60
s
-

éclogite
P(GPa) Z(Km)
BT

Figure 3.3 – Faciès et gradients métamorphiques dans l’espace P-T.


Le domaine à gauche de la figure, à HP, très BT n’est pas réalisé sur Terre. La transition
est progressive entre la diagenèse et le faciès métamorphique Zéolite. La courbe
d’anatexie (A) indique la limite entre le domaine des transformations à l’état solide
du métamorphisme et celui du magmatisme. Cette limite est mouvante, ce qui
explique la présence de faciès métamorphiques à plus HT. Le champ de stabilité
des silicates d’alumine (A = andalousite ; K = disthène ; S = sillimanite) et le géotherme
de la lithosphère continentale stable (GLs) sont donnés à titre de repères. La T à la
base de la croûte continentale (à 30-35 km) se situe à la transition des faciès Schistes
verts – Amphibolite. Les faciès du métamorphisme de contact (ou métamorphisme
thermique) sont Corn Ab-Ep : Cornéenne à albite et épidote, Corn Hbl : Cornéenne
à hornblende, Corn Prxs : Cornéenne à pyroxènes et Sanidinite.

Les noms des faciès proviennent des noms des roches de composition basique
(basaltiques et gabbroïques), métamorphisées dans les intervalles PT définis pour
ces faciès. Cette nomenclature peut prêter à confusion si l’on n’a pas une utilisation
rigoureuse du vocabulaire : le terme Schiste bleu ne doit pas être utilisé comme une
abréviation pour « une roche du faciès Schistes bleus » ou « une roche dans les
conditions du faciès Schistes bleus », mais seulement pour le cas bien spécifique d’une
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

roche magmatique basique métamorphisée (métabasite) dans les conditions du « faciès


Schistes bleus ».
Le métamorphisme des roches basiques fait intervenir un nombre limité de minéraux
dont le plus commun est l’amphibole qui montre une large gamme de compositions
chimiques. Ces roches sont caractérisées par un nombre limité d’assemblages miné-
ralogiques diagnostiques. Dans l’intervalle P-T d’un faciès métamorphique, l’assem-
blage minéralogique des roches basiques ne change pas beaucoup et peut donc servir
d’assemblage diagnostique de ce faciès. C’est ce qui a justifié le choix du nom de
ces roches comme nom des faciès. Ainsi, dans le faciès Schistes verts, la paragenèse la
plus commune des métabasites est à actinote + chlorite + épidote + albite + quartz ;

33
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Chapitre 3 • Roches métamorphiques : localisation, textures, structures…

dans le faciès Amphibolite, ces mêmes roches sont à hornblende + plagioclase + grenat
+ quartz. L’isograde d’apparition du grenat, dans les métabasites, marque la limite
des faciès Schistes verts et Amphibolite ; cette limite coïncide également avec un
changement relativement rapide de composition de l’amphibole (actinote – hornblende)
et de celle du plagioclase. Dans ces mêmes intervalles P-T, des métasédiments
présentent d’importantes modifications minéralogiques.
La figure 3.4 montre un choix de réactions isogrades délimitant les différents faciès
métamorphiques. Notons que les limites des faciès sont approximatives, car la posi-
tion des réactions dépend de la composition des roches et de celle de la phase fluide,
comme nous le verrons dans les chapitres suivants. Ce diagramme est établi avec
PH2O = PL (pression lithostatique) jusqu’aux conditions de la courbe d’anatexie ;
au-delà de l’anatexie, la condition PH2O < PL est nécessaire pour que les roches ne
fondent pas, mais soient métamorphisées dans le faciès Granulite.

200 400 600 800 1000 T˚C


cor cor cor
née
e

n. A n. P sanidinite
ès

b-E nne rxs


en

p .H
V

0,2 bl
ag

t+q+
pum + chl

pum + chl + q
di

zéolite
+ac

act + ep + V

schistes
prh

prh-pum

0,4 verts amphibolite


chl + ep + ab + qtz

20 m
opx + cpx + pl + V

0,6 lau tz
+ q lw
lws
hbl

s
dom

(+ ol +
hbl + an + V

) ac opx pl
+c
aine

0,8 t+ px
ch + spl
gl

l+
n+
non

ab
1,0
ep

ep (+

schistes bleus
40 granulite
réal

+
qt
z

)
isé

hbl
+
lws

1,2 + pl
V
sur

cpx
(+)

+gr
t+q+
+V
Terr

V
1,4 p tz
+e g +q op
x+
gln
e

p
r t+ cpx pl
+g
gln (+)

p +g
1,6 60 om rt +
éclogite qtz
P(GPa) Z(Km)

Figure 3.4 – Faciès métamorphiques


et réactions limites (traits pleins) de ces faciès
Cette figure montre un choix de réactions isogrades délimitant les différents faciès
métamorphiques. Quelques réactions supplémentaires (en tirets) permettent de
faire des subdivisions dans ces faciès. En tirets : la réaction lws (+) sépare un
domaine Schistes bleus à lawsonite d’un domaine à épidote, à plus hautes tempé-
ratures ; la réaction gln (+) sépare le faciès Éclogite en un domaine de BT (à glauco-
phane) et un domaine de HT (à hornblende ou barroisite) ; la réaction ep (+)
délimite un sous-faciès Amphibolite à épidote ; la réaction Ol + Pl = Opx + Cpx + Spl
permet de définir des sous-faciès dans le faciès Granulite.

34
9782100522682-Nicollet.fm Page 35 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

3.3 • Localisation des roches métamorphiques dans l’espace P-T

Les faciès du métamorphisme de contact (ou métamorphisme thermique) se dévelop-


pant à la périphérie d’un massif plutonique sont proches de l’axe des températures,
indiquant par là que le paramètre P ne change pas. Les faciès Zéolite, Prehnite-
Pumpellyite, Schistes bleus, Éclogite, Schistes verts, Amphibolite, Granulite sont des
faciès du métamorphisme régional.

3.3.2 Les principaux gradients métamorphiques


La plupart des terrains métamorphiques montrent des variations géographiques
progressives des conditions métamorphiques depuis les faibles degrés jusque, parfois,
aux conditions de l’anatexie. Ces conditions variables dont témoignent ces roches
permettent de tracer une évolution régulière dans le diagramme P-T : c’est le gradient
métamorphique. Les trois domaines grisés (HP-BT, MP-HT et HT-BP) sur la figure 3.3
matérialisent les évolutions métamorphiques régionales les plus souvent enregistrées
par les roches du métamorphisme régional, à travers le monde. Le gradient méta-
morphique de hautes pressions-basses températures (HP-BT) indique que lorsque la
pression (c’est-à-dire la profondeur) augmente, la température reste faible. C’est
l’inverse dans le cas du gradient métamorphique de hautes températures-basses
pressions (HT-BP). L’augmentation de pression est modérée dans le cas du gradient
métamorphique de moyennes pressions-hautes températures (MP-HT, parfois appelé
de pressions intermédiaires-hautes températures : PI-HT). Les conditions de l’anatexie
(courbe A) constituent normalement le stade ultime des métamorphismes de gradient
de BP et de MP. Par contre, la figure 3.3 montre que le domaine de l’anatexie n’est
que difficilement atteint (à très grandes profondeurs) au cours d’un métamorphisme
de HP. Notez également que la succession des silicates d’alumine est différente dans
le cas d’un gradient de MP, avec disthène, puis sillimanite lorsque la température
augmente et dans le cas d’un gradient de BP avec andalousite, puis sillimanite. Dans
un gradient de HP, seul le disthène est stable. Enfin, il faut remarquer qu’aucun de
ces gradients ne coïncide avec le géotherme de la lithosphère stable. Cela signifie
que ces gradients ne se sont pas formés dans les conditions de la lithosphère stable.
Chaque gradient métamorphique est caractérisé par une succession de minéraux
index. Le gradient de HP montre la succession des zones métamorphiques caractérisées
par les minéraux index suivants : lawsonite, carpholite, glaucophane, chloritoïde. Les
minéraux index du gradient métamorphique de MP-HT sont : chlorite, muscovite,
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

biotite, chloritoïde, grenat, staurotide, disthène, sillimanite, « anatexie », muscovite (–).


Ceux du gradient métamorphique de BP-HT sont : chlorite, muscovite, biotite,
cordiérite, andalousite, sillimanite, muscovite (–), « anatexie », orthopyroxène.
Ces listes amènent quelques remarques. Ces successions, non exhaustives, peuvent
varier d’une région à l’autre et les minéraux apparaissent dans les lithologies appro-
priées, c’est-à-dire, principalement des sédiments argileux (voir chapitre 5). La liste
est brève en ce qui concerne le métamorphisme de HP. Les limites de la majorité des
zones métamorphiques correspondent à l’apparition des minéraux, à l’exception de
la limite musc (–) qui est au contraire une limite de disparition de ce minéral en
présence de quartz. La limite isograde anatexie n’est pas une limite minéralogique.

35
9782100522682-Nicollet.fm Page 36 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 3 • Roches métamorphiques : localisation, textures, structures…

Notons que la succession musc (–)-anatexie est inversée pour les gradients MP-HT
et HT-BP. Enfin, l’orthopyroxène se forme à des températures supérieures à celles
du début de l’anatexie.

a) Le gradient de HP-BT
Il est aussi appelé gradient franciscain, défini dans la région de San Francisco en
Californie, dans les séries métamorphiques cénozoïques. Dans le diagramme P-T, il
traverse les faciès Schistes bleus et Éclogites (figure 3.3). Il est typique des chaînes
récentes et des convergences océan – continent actuelles ; rare avant 1 Ga, il est vrai-
semblablement absent à l’Archéen. Les formations métamorphiques correspondantes
sont largement présentes sur tout le rivage de l’océan Pacifique, ainsi que dans les
zones internes de la chaîne alpine. C’est le cas, en particulier, dans les zones liguro-
piémontaises des Alpes occidentales (chapitre 12 et planche 4). Les métabasites
(schistes à glaucophane et lawsonite et éclogites), serpentinites et péridotites sont
abondantes dans les séries affectées par le gradient de HP et représentent des
portions de la lithosphère océanique. Ce gradient est caractéristique du contexte
géodynamique de subduction et du début de la collision.

b) Le gradient de MP-HT
Il a été décrit, par Barrow, dans les séries éo-calédoniennes d’Écosse : il est également
appelé gradient dalradien ou barrovien. Dans l’espace P-T, il traverse les faciès
Schistes verts et Amphibolite et atteint le domaine de l’anatexie (figure 3.3). Il est
relativement rare dans les chaînes récentes cénozoïques, mais constitue de vastes
domaines dans les chaînes paléozoïques, (par exemple, la chaîne hercynienne :
figure 3.1) et plus anciennes. Il affecte des séries essentiellement continentales, mais
contient parfois des éclogites de hautes températures. Il est caractéristique de la
collision dans les chaînes de montagnes (chapitre 13).

c) Le gradient de BP-HT
Il est proche des gradients thermiques du métamorphisme de contact. Défini au Japon,
dans les chaînes d’Abukuma et de Ryocke, il porte le nom de gradient Abukuma. Il
est caractérisé par les conditions des faciès Schistes verts et Amphibolite, l’anatexie
généralisée et souvent le faciès Granulite. Ces localités types correspondent à des
chaînes récentes (Crétacé supérieur) ; mais les gradients de basse pression sont
également bien représentés dans la chaîne hercynienne, spécialement au cours des
derniers stades de cette orogenèse (vers 300 Ma) : en France, le massif du Pilat, la
Montagne Noire dans le Massif central, les massifs nord-pyrénéens (dont celui de
l’Agly) et la zone axiale des Pyrénées sont caractérisés par ce type de gradient
(figure 3.1 et chapitre 14). Le métamorphisme de la zone nord-pyrénéenne, d’âge
Crétacé supérieur (98-81 Ma) correspond également à ces conditions de basse pression
(paragraphe 15.1). Ce gradient est généralisé à l’Archéen.
Le gradient BP-HT est associé à différents contextes géodynamiques : il est associé au
début de la convergence, dans les ceintures doubles métamorphiques (paragraphe 14.1),

36
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3.4 • Structures et textures

à des mécanismes d’amincissement lithosphérique tardi-orogéniques, à la divergence


des plaques dans le rifting continental et surtout océanique (chapitre 15), et enfin à un
état thermique spécifique de la jeune Terre encore chaude à l’Archéen (paragraphe 17.2).
Ces différents types de gradients métamorphiques sont souvent superposés dans
une même région et parfois dans une même unité, comme cela peut être en particulier
déduit de la figure 3.1. Ainsi, d’importantes reliques d’éclogites sont connues dans
les domaines de moyenne pression des chaînes calédoniennes et hercyniennes, et même
dans des unités de basse pression. Des unités de gradient de moyenne pression
évoluent souvent régionalement vers les basses pressions et hautes températures.
Les différents gradients métamorphiques apparaissent donc comme autant d’étapes
successives au cours d’une même évolution orogénique, à l’échelle de la chaîne de
montagnes (paragraphe 17.1).

3.4 STRUCTURES ET TEXTURES


Ces deux mots sont parfois utilisés l’un pour l’autre : il faut reconnaître que la diffé-
rence entre ces deux synonymes n’est pas grande ! La définition étymologique du
mot texture est : état d’une chose tissée tandis que celle de structure est : manière
dont un édifice est bâti. En pétrologie, la texture correspond à l’agencement des
minéraux à petite échelle au microscope, tandis que la structure est l’organisation
géométrique à plus grande échelle (échelle de l’échantillon ou de l’affleurement par
exemple). Dans les roches magmatiques, la texture est qualifiée de grenue ou micro-
litique, mais on parle de la structure litée d’un gabbro. Les roches métamorphiques
présentent aussi une texture, mais les géométries, telles que la schistosité ou la folia-
tion, ont une origine « tectonique » : ces roches ont une (micro)structure foliée. La
texture d’une roche métamorphique résulte de recristallisations liées aux réactions
minéralogiques, mais aussi à de simples réarrangements texturaux, sans modification
de l’assemblage minéralogique.

3.4.1 La recristallisation dynamique


Ce type de recristallisation concerne les matériaux soumis à des contraintes aniso-
tropes ; elle est le résultat de déformations tectoniques et s’accompagne, en général,
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

d’une diminution de la taille moyenne des cristaux (figure 3.5a). La déformation affecte,
en effet, les réseaux cristallographiques des grains (cristaux) qui accumulent ainsi
une énergie de déformation élastique par la multiplication de défauts (dislocations)
au sein des cristaux. La minimisation de cette énergie de déformation passe par
l’élimination des dislocations, qui se fait par migration et regroupement de celles-ci
le long de plans pour former des sous-grains, puis de néoblastes (nouveaux cristaux
à faible énergie élastique), aux dépens des cristaux déformés. Néanmoins, ces derniers
subsistent souvent partiellement ; ils constituent des clastes, ou porphyroclastes
lorsqu’ils conservent des dimensions importantes par rapport à celles des néoblastes
(figure 3.5a).

37
9782100522682-Nicollet.fm Page 38 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 3 • Roches métamorphiques : localisation, textures, structures…

3.4.2 La recristallisation statique


Il s’agit d’un processus principalement statique, éventuellement postdynamique,
affectant une roche maintenue à températures élevées. Il est contrôlé principalement
par la minimisation de l’énergie de surface intergranulaire. Les joints de grain (ou
interfaces) correspondent en effet à des domaines structuraux désordonnés dans
lesquels les atomes ne présentent pas l’arrangement régulier qui les caractérise au sein
des cristaux. Les joints de grain mobilisent donc une énergie de désordre, d’autant
plus importante que les interfaces sont plus étendues, et à laquelle il faut ajouter un
effet de tension de surface. La minimisation de cette énergie de surface exige une
diminution de la surface intergranulaire, c’est-à-dire une augmentation de la dimen-
sion des grains par migration des joints de grain (figure 3.5b). En conséquence, le
nombre de grains de la roche diminue. Dans un système monominéral placé sous
contraintes isotropes et à température convenable, la surface intergranulaire minimum
correspond au développement de grains équidimensionnels dont les faces font entre
elles des angles de 120°. Ce cas idéal est approximativement réalisé dans les roches
presque exclusivement constituées de calcite (marbres), de quartz (quartzites), de
plagioclase (anorthosites) ou d’olivine (dunites).

Figure 3.5 – Recristallisation à l’état solide


a) Recristallisation dynamique : les grains soumis à la déformation se divisent en
sous-grains (sg) et recristallisent en néoblastes (n) ; il en résulte une minimisation
de l’énergie de dislocation. Les reliques déformées des grains initiaux constituent
les porphyroclastes. b) Recristallisation statique tardi- et postcinématique : les grains
initiaux (limites en pointillé) se réorganisent, se réorientent et croissent en dimension
par migration des joints de grain ; il en résulte une minimisation de l’énergie de
surface intercristalline. Échelle de la figure : 2 mm environ. (Kornprobst, 2001)

3.5 STRUCTURES ET CONTRAINTES


Certaines structures des roches métamorphiques sont héritées de la roche initiale (le
protolithe). C’est souvent le cas pour les roches du métamorphisme de contact qui se
développent sous contraintes isotropes et conservent souvent la trace de la stratification
sédimentaire du protolithe. Des structures héritées des roches ignées sont également

38
9782100522682-Nicollet.fm Page 39 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

3.5 • Structures et contraintes

observées : anciens filons ou anciennes enclaves, ancien litage magmatique dans les
gabbros. Mais les structures les plus fréquentes et les plus caractéristiques sont les
structures planaires et linéaires, schistosité, foliation et linéations, acquises au cours
des déformations et des recristallisations qui accompagnent le métamorphisme
régional.

3.5.1 Schistosité et foliation


Le plan de schistosité (figure 3.6) est une structure planaire d’origine tectonique
suivant laquelle les roches se débitent préférentiellement. Il se distingue d’un litage
ou de la stratification, car il ne sépare pas des lithologies différentes. Il peut être plus
ou moins continu (« pénétratif »). La schistosité présente un débit fin. La foliation,
quant à elle, fait intervenir un rubanement millimétrique à pluri-millimétrique de
niveaux de nature minéralogique différente. Ce rubanement est, a priori, indépendant
d’un rubanement originel, tel que la stratification, quoiqu’il puisse être contrôlé par
celui-ci. Lorsque l’épaisseur des niveaux de lithologies différentes de la foliation
devient plus importante, on peut parler de litage tectonique ou métamorphique.
Schistosité et foliation ont la même signification structurale : elles matérialisent le
plan d’aplatissement de la matière (X-Y ou l1-l2) et accommodent le raccourcis-
sement. Les différents mécanismes de formation des plans de schistosité et foliation
ne seront pas détaillés ici. On peut, pour plus de détails, se référer, par exemple, à
l’ouvrage de Mercier et Vergely (2004). Il s’agit principalement de mécanismes de
pression – dissolution, rotation rigide, déformation intracristalline et cristallisation
orientée. Ces mécanismes s’accompagnent souvent de recristallisation métamorphique.
Les minéraux métamorphiques qui « marquent » ce plan d’aplatissement permettent
de quantifier les conditions pression et température de la déformation, ce que
l’analyse structurale ne permet pas de faire.

3.5.2 Les linéations


Les linéations sont des structures linéaires portées par les plans de schistosité et folia-
tion. Il en existe trois types principaux : les linéations d’intersection, les linéations
d’allongement et les linéations minérales. On peut parler également de linéation de
boudinage (figure 3.6).
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

a) La linéation d’intersection
La linéation d’intersection (Li sur la figure 3.6) correspond à la trace de l’intersection
du plan de schistosité avec une surface antérieure à ce plan qui peut être une stratifi-
cation ou une schistosité plus ancienne. Elle est visible indifféremment sur l’un ou
l’autre plan.

b) La linéation d’allongement ou d’étirement


Cette linéation (Le sur la figure 3.6) est matérialisée, sur le plan de schistosité/foliation,
par l’allongement sous l’effet de la déformation des marqueurs passifs tels que des

39
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Chapitre 3 • Roches métamorphiques : localisation, textures, structures…

cristaux ou des éléments de la roche (galets dans un conglomérat par exemple). Elle
permet d’identifier la direction d’allongement X (ou l1) de l’ellipsoïde de la défor-
mation finie.

c) La linéation minérale
La linéation minérale (Lm sur la figure 3.6) correspond à la croissance orientée des
cristaux dans la direction d’allongement, sur le plan de schistosité/foliation, au
cours du développement de cette surface (figure 5, planche 3). Comme la linéation
d’allongement, elle permet de matérialiser la direction d’allongement X (ou l1) de
l’ellipsoïde de la déformation finie. Mais elle apporte une information supplémentaire
qui est la contemporanéité de la cristallisation du ou des minéraux métamorphiques
et de la déformation : si la paragenèse de la roche est un bon indicateur de la pression
et de la température, il est ainsi possible de quantifier les conditions de la déformation,
comme nous l’avons noté pour la foliation.
La cartographie combinée de la schistosité/foliation et de la linéation minérale ou
d’étirement (comme la figure 4.3a) permet d’établir une carte régionale de la défor-
mation sur laquelle sont caractérisées les directions des axes de l’ellipsoïde de la

Lm
Le S0

S1 Li S1

S0 L i xe
a
plan
Li
S0

Lb

Figure 3.6 – Les structures des roches du métamorphisme régional.


La roche se débite selon le plan de schistosité (S1). Celle-ci est plus ou moins déve-
loppée selon la lithologie. Li est linéation d’intersection entre la stratification (S0)
et la schistosité (S1) ; cette linéation, visible sur les deux plans S0 et S1, est parallèle
à l’axe du pli contemporain de la déformation à l’origine de la S1. Les galets gris sont
étirés dans la direction X de l’ellipsoïde de la déformation finie et matérialisent la
linéation d’étirement/d’allongement (Le). Les baguettes de cristaux aciculaires noirs
ont cristallisé pendant la déformation (minéraux syncinématiques) dans la direction
d’allongement : ils matérialisent la linéation minérale (Lm) qui est parallèle à Le.
Dans le niveau structural profond, Lm et Le sont souvent parallèles à Li, mais
peuvent être sécants. Remarquez que le plan axial du pli (plan) est parallèle à la S1 ;
notez que l’épaisseur de la « couche à galets » est plus importante à la charnière
que sur les flancs : le pli est anisopaque. Le niveau inférieur est boudiné et on définit
une linéation de boudinage (Lb) qui est perpendiculaire à Le/Lm. La longueur très
approximative de ce bloc diagramme va du centimètre à quelques décimètres.

40
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3.6 • Les principales textures des roches métamorphiques

déformation finie. Notons qu’il n’y a généralement pas de liaison spatiale simple
entre ellipsoïde des contraintes et ellipsoïde de la déformation finie dans le cas de la
déformation ductile.

3.6 LES PRINCIPALES TEXTURES


DES ROCHES MÉTAMORPHIQUES
Le développement des textures (figure 3.7) est contrôlé par le régime de contraintes
et par la nature des minéraux des roches.
Les textures granoblastiques caractérisent les roches constituées pour l’essentiel
de minéraux dont les formes sont relativement régulières (quartz, feldspaths, grenat,
cordiérite, pyroxènes, olivine, carbonates, etc.). Lorsque les contraintes sont isotropes
ou faiblement anisotropes au cours de la recristallisation, ces textures sont proches
de l’arrangement idéal correspondant à la minimisation de l’énergie de surface, avec
des joints de grains à 120°. Les contraintes plus nettement anisotropes conduisent à
la croissance préférentielle des grains parallèlement à la schistosité et la texture
devient granoblastique orientée, l’orientation étant déterminée par la trace de la
schistosité sur le plan d’observation. Une déformation très accentuée (forte anisotropie
de contrainte) mène à des textures blastomylonitiques caractérisées par des néoblastes
de très petite taille parmi lesquels des porphyroclastes sont dispersés.
Les textures lépidoblastiques (de lepidos = écaille) sont caractéristiques des roches
très riches en minéraux phylliteux (chlorites et micas à habitus aplati) disposés
parallèlement à la schistosité. Les textures nématoblastiques (de nematos = aiguille)
sont caractéristiques des roches très riches en minéraux aciculaires (amphiboles,
sillimanite), dont l’orientation détermine souvent une linéation d’allongement.
L’association dans une même roche, à l’échelle centimétrique, de niveaux riches
en minéraux phylliteux ou aciculaires, et de niveaux riches en quartz et feldspaths,
détermine l’existence de textures mixtes, granolépidoblastiques et granonémato-
blastiques, extrêmement répandues dans les séries métamorphiques issues de la
recristallisation des pélites et des grauwackes.
Le terme porphyroblastique désigne toute texture caractérisée par le développement
de grands cristaux (porphyroblastes) généralement post-cinématiques. Le terme
porphyroclastique est utilisé pour décrire la présence de cristaux antécinématiques
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

déformés de grande taille (porphyroclastes).


La texture symplectitique (ou symplectique) est caractérisée par l’arrangement
des cristaux néoformés sous la forme de vermicules très fins imbriqués les uns dans
les autres (symplectites). Elle résulte de la transformation d’un minéral ou de minéraux
qui ne sont plus en équilibre et que l’on retrouve parfois, à l’état de relique, au sein
de la texture. En ce sens, elle a la même signification que la texture coronitique dans
laquelle les minéraux néoformés sont disposés en couronne autour et entre les minéraux
précoces réactionnels. L’évolution symplectique et la coronitisation caractérisent les
évolutions d’assemblages minéralogiques qui n’ont atteint, en principe, ni l’équilibre
thermodynamique, ni l’équilibre textural. Par la présence à la fois des minéraux

41
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Chapitre 3 • Roches métamorphiques : localisation, textures, structures…

Qtz
Ol
Opx+Pl

Grt
Hbl

Grt 7 8

Figure 3.7 – Principales textures des roches métamorphiques.


1. Texture granoblastique : cornéenne, granofels ou marbre (voir aussi figure 2,
planche 1). 2. Texture granoblastique orientée et blastomylonitique (gneiss).
3. Texture granolépidoblastique (gneiss, micaschiste). 4. Texture granonémato-
blastique (amphibolite). 5. Texture porphyroblastique. 6. Texture porphyroclastique.
Échelles 1 à 6 : 1 mm à 1 cm. (Kornprobst, 2001). 7. Texture symplectitique : inter-
croissances d’orthopyroxène, spinelle et clinopyroxène autour d’un grenat au
contact de l’olivine (partiellement serpentinisée) dans une lherzolite ; la symplectite
se forme au cours de la réaction Ol + Grt = Opx + Cpx + Spl (figure 16.1 ; voir
aussi figure 13.5). 8. Texture coronitique : cristallisation d’orthopyroxène et de
plagioclase aux dépens de l’association grenat + quartz au cours d’une baisse de
pression (réaction Grt + Qtz = Opx + Pl) (voir aussi les planches photos). Échelle 7
et 8, grand côté des photos : 3 mm.

42
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3.7 • Nomenclature des roches métamorphiques

néoformés et des minéraux réactifs, elles permettent de reconnaître sans mal les
réactions impliquées.

3.7 NOMENCLATURE DES ROCHES MÉTAMORPHIQUES


Contrairement aux roches éruptives qui sont classées sur la base de leur composition
minéralogique et chimique, les roches métamorphiques ne font pas encore l’objet d’une
nomenclature claire, universellement acceptée. Les propositions d’une commission
internationale sont publiées, après de longues années de travaux (D. Fettes et
J. Desmons, 2007).
À l’usage, le nom que le géologue donne à une roche métamorphique doit refléter
les caractéristiques qui peuvent être reconnues dans cette roche. Ce nom peut être basé
sur la nature du protolithe, sur la texture ou la minéralogie. Une telle nomenclature
à plusieurs entrées engendre une réelle confusion. Ainsi, la classification d’une roche
peut évoluer au fur et à mesure de l’acquisition d’informations supplémentaires :
observation macroscopique sur le terrain, puis au microscope au laboratoire, de
l’analyse chimique, etc. Plusieurs noms peuvent être reconnus à une roche : ils seront
employés selon les caractéristiques de la roche qu’il apparaît souhaitable de faire
ressortir. Si l’information importante est la nature du protolithe (s’il est encore iden-
tifiable), on parle de métagabbro. Si l’information importante concerne les conditions
métamorphiques, on parle d’amphibolite. Il est possible de combiner plusieurs noms
ou adjectifs et de parler de métagabbro amphibolitique.

a) Nature du protolithe
Si la roche initiale (protolithe) est encore clairement reconnaissable, il est commode
de lui associer le préfixe méta. Métabasalte, métabasite, métagranite, métapélite ou
métachert sont quelques exemples d’appellations largement employées. Dans le cas
où le protolithe n’est pas très bien identifié, mais, par contre, si son origine – ignée
ou sédimentaire – est bien reconnue, les préfixes ortho- ou para- sont alors utilisés.
Ainsi un orthogneiss est un granitoïde déformé et métamorphisé tandis qu’un para-
gneiss est une métapélite ou une métagrauwacke. D’autre part, on regroupe les
protolithes en fonction de leurs compositions chimiques en quatre séquences méta-
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

morphiques sur lesquelles nous reviendrons au chapitre 5.

b) Textures des roches


Les roches non schisteuses sont généralement caractérisées par des textures grano-
blastiques isotropes. Ce sont des granofels, roche massive à grain fin, inframilli-
métrique. Cornéennes (hornfels en anglais) sont des termes spécifiques pour désigner
des granofels formés par métamorphisme de contact. Les « schistes » tachetés sont
généralement associés au métamorphisme de contact (cf. chapitre 11) ; ils sont
caractérisés par des porphyroblastes de cordiérite et/ou d’andalousite dans une matrice
très fine, granoblastique peu orientée.

43
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Chapitre 3 • Roches métamorphiques : localisation, textures, structures…

Les roches du métamorphisme régional présentent généralement une structure


planaire qui est soit une schistosité, soit une foliation, soit un litage que l’on appelle
tectonique ou métamorphique. Les micaschistes sont des schistes micacés (le plus
souvent biotite et/ou muscovite) dans lesquels les plans de schistosité affectent une
lithologie homogène. Les gneiss présentent une foliation ou un litage tectonique
constitué de lits de lithologies contrastés dont l’espacement est de l’ordre de quelques
millimètres/centimètres. En fait, l’usage courant en langue française réserve le terme
de gneiss aux roches granolépidoblastiques qui montrent l’alternance à l’échelle du
millimètre/centimètre de lits quartzofeldspathiques et de lits micacés. Par extension,
des micaschistes qui contiennent du plagioclase sont parfois appelés gneiss fins.
Cette nomenclature établie sur la base de la texture concerne essentiellement les
métapélites, les métagrauwackes et les métagranitoïdes. Cependant, le terme de schiste
s’applique également à certaines métabasites : schiste vert (schiste à actinote + chlorite
+ épidote), schiste bleu à glaucophane, etc.

c) Composition minéralogique des roches


La nature des assemblages minéralogiques permet de préciser ad libitum la description
des roches métamorphiques : cornéenne à épidote ; micaschiste à staurotide et
disthène ; gneiss à sillimanite et grenat ; etc. Les termes basés sur l’abondance d’un
minéral se définissent d’eux-mêmes. C’est le cas des amphibolites, glaucophanites,
pyroxénites, diopsidites, etc. dans lesquelles un minéral domine : amphibole, glauco-
phane, pyroxène, diospside, etc. Chacun de ces termes peut-être précisé par la mention
d’un autre minéral important de la paragenèse (amphibolite à épidote ; pyroxénite à
grenat ; etc.). Les éclogites sont des clinopyroxénites à grenat dépourvues de plagio-
clase ; le clinopyroxène, appelé omphacite, est sodique et relativement riche en pôle
pur jadéite (NaAlSi2O6).
Les roches carbonatées (à calcite et/ou dolomite) métamorphiques sont des marbres.
Mais ce terme reste imprécis. Lorsque d’autres minéraux calciques sont présents
dans la roche, il est souhaitable de parler de roches (ou gneiss) à silicates calciques.
Notons que le mot marbre a une acception beaucoup plus générale dans l’industrie
de la pierre, où il désigne toute roche susceptible d’acquérir un poli suffisant pour
l’utilisation ornementale. La plupart des « marbres » des marbriers sont des grani-
toïdes, des anorthosites et des serpentines.
Parmi les différents termes présentés dans ce paragraphe, certains sont utilisés non
seulement pour caractériser pétrographiquement certains types de roches, mais aussi
pour définir les conditions du métamorphisme à l’aide des faciès métamorphiques
(cf. paragraphe 3.3.1). Cela n’est pas sans ambiguïté et vient du fait que les faciès
métamorphiques portent le nom de la roche basique dans ces conditions P-T : schistes
verts, amphibolites, éclogites, granulites. Il est donc impératif, lorsque l’on parle des
conditions P-T, de préciser systématiquement, aussi rébarbatif que cela puisse paraître,
« roche dans les conditions du faciès… » et réserver à la description pétrographique
des roches, les mots schistes verts, éclogites, etc.

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CHRONOLOGIQUES
RELATIONS 4
ENTRE DÉFORMATION
ET RECRISTALLISATION
MÉTAMORPHIQUE

4.1 Structure et relations chronologiques cristallisation-déformation


PLAN

4.2 Un exemple de relation cristallisation-déformation : le métamorphisme


hercynien au Cap Creus (Espagne)
4.3 Trajets PTt et chronologie

Plusieurs épisodes successifs de déformation peuvent affecter les roches métamor-


phiques et être enregistrées par celles-ci. Ce sont alors plusieurs schistosités/foliations
et linéations qui peuvent être observées et se superposer dans une même roche. Des
minéraux métamorphiques cristallisent à différentes étapes de ces déformations. Il
est nécessaire de faire la chronologie relative, et si possible, absolue de ces différents
événements.

4.1 STRUCTURE ET RELATIONS CHRONOLOGIQUES


CRISTALLISATION-DÉFORMATION
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

4.1.1 La chronologie des phases de déformation


Le développement des schistosités/foliations dans les roches métamorphiques permet
d’élaborer une chronologie relative des phases de déformation. Il est rare que la surface
principale observée dans une roche métamorphique soit la surface de stratification
(S0) ; dans la plupart des cas, il s’agit d’une schistosité ou foliation (Sn) dont il est
possible de montrer qu’elle résulte de la déformation ayant affecté soit une S0, soit
une schistosité antérieure ; la première surface d’origine tectonique est qualifiée de S1.
Celle-ci est souvent déformée et plissée par une ou plusieurs déformations ultérieures

45
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Chapitre 4 • Relations chronologiques : déformation et recristallisation…

P3
P2

P1

Grt+Bt+V
Chl+Ms+Qtz
P

Figure 4.1 – Superposition de déformations dans une roche métamorphique


observée au microscope et relations cristallisation-déformation.
La roche est un micaschiste à micas et grenat qui présente deux plans de schistosité.
Elle est observée sur une section perpendiculaire à ces deux plans (cette section est
identique à celle du bloc diagramme de la figure 3.6 sur laquelle le pli est visible).
La schistosité S1, marquée par ces micas (m1), est générée au cours de la phase de
déformation P1. Elle est microplissée par une deuxième phase de déformation P2 à
l’origine de la schistosité S2 (marquée par les mêmes micas m2) de plan axial des
microplis. Cette surface est elle-même localement plissée par des plis de phase P3
(la ligne en tiret marque la trace du plan axial des microplis P3). Le grenat contient
des inclusions (de quartz) dont l’alignement matérialise une schistosité interne qui
est parallèle à l’orientation générale de la schistosité S1 : on en conclut que le grenat
a cristallisé au cours de P1 (d’après Bard, 1990). Sur le diagramme PT, les trois
phases (P) de déformation sont replacées sur un probable trajet PTt et par rapport
à la réaction d’apparition du grenat ; celle-ci ne se réalise pas à température fixe, mais
sur un intervalle de température. La paragenèse à grenat et micas, qui marque le pic
thermique de ce trajet, est contemporaine de P1. Voir aussi la figure 1, planche 2.

qui s’accompagnent de surfaces S2, S3, Sn (figure 4.1 ; figure 1, planche 2). Les
dernières structures, comme celles liées à la phase tectonique P3 de la figure 4.1 sont
généralement localisées et caractérisées par un microplissement appelé crénulation,
accompagnées ou non d’une schistosité frustre et localisée.
La figure 4.1 représente une lame mince d’une micaschiste dont la paragenèse est
à trois micas, grenat et quartz comme on en trouve couramment dans la chaîne
hercynienne ; cette roche s’est formée dans les conditions faiblement métamorphiques
du faciès Schistes verts. L’échantillon montre la succession de trois épisodes de
déformation ductile (P) matérialisés par deux plans de schistosités S1 et S2 et un

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4.1 • Structure et relations chronologiques cristallisation-déformation

microplissement localisé P3. La première surface, la stratification S0 est absente.


Elle est « transposée », c’est-à-dire oblitérée par la surface S1 contemporaine de la
première phase de déformation. La chronologie relative est simple : la première
schistosité (S1) est microplissée et recoupée par la deuxième schistosité (S2) qui est
parallèle au plan axial des microplis au cours de la P2. Cette S2 est, elle-même,
localement microplissée par la phase P3 qui ne génère pas de plan de schistosité.
Localisation de cette dernière déformation et absence de schistosité témoignent que
cette déformation est moins intense que les deux précédentes.

4.1.2 Relations chronologiques cristallisation-déformation


Sur la figure 4.1, nous avons fait une chronologie relative d’apparition des plans de
schistosité qui matérialisent les différents épisodes de déformation dans une roche.
De la même manière, il est possible de faire la chronologie d’apparition des minéraux
par rapport aux différents épisodes de déformation matérialisés par les plans de
schistosité. Plus généralement, on définit trois catégories de phases minérales selon
la chronologie de leur cristallisation par rapport au développement de la schistosité
principale : les phases minérales antécinématiques (ou antéschisteuses) correspondent
à un assemblage minéralogique antérieur au développement de la schistosité prise en
référence. Les phases syncinématiques (ou synschisteuses) se sont développées en
même temps que la schistosité ; les phases postcinématiques (ou postschisteuses) sont
postérieures à cette surface (figure 4.2, planches 1 et 2).

a) Les phases antécinématiques


Elles sont affectées par les déformations qui accompagnent le développement de la
foliation. Elles portent des dislocations plus ou moins marquées (extinctions ondu-
lantes, développement de sous-grains et de bandes de pliage, torsions, plis, etc. ;
figure 4.2a). Elles ont généralement subi une recristallisation partielle, plus ou moins
accentuée suivant l’intensité de la déformation. Elles ont en outre permis la formation
de zones abritées qui n’ont pas subi l’aplatissement général de la roche ; ces zones
d’ombre de pression sont le siège de recristallisations synschisteuses non orientées.
Lorsqu’elles sont de relativement grande dimension, ces phases antéschisteuses
déformées sont appelées clastes ou porphyroclastes.
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

b) Les phases syncinématiques


Leur croissance est contrôlée par le développement de la foliation. Ces phases sont
donc généralement orientées parallèlement au plan de foliation (particulièrement
lorsqu’il s’agit de minéraux tabulaires ou en feuillets comme les micas) et parfois
parallèlement à la direction d’allongement, dessinant ainsi une linéation minérale.
Les minéraux synschisteux ne sont pas déformés par les plis synschisteux, mais
donnent au contraire l’impression de « recouper » les charnières. En effet, le plan de
schistosité qui « contient » ces minéraux est parallèle au plan axial des plis et
recoupe donc ces charnières. Les grenats ont un mode de croissance syncinématique
assez spectaculaire ; ils contiennent parfois des inclusions minérales (souvent du

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Chapitre 4 • Relations chronologiques : déformation et recristallisation…

Figure 4.2 – Les différents types d’associations minéralogiques


par rapport au développement de la schistosité/foliation.
a) Minéraux antécinématiques ; noter les déformations des cristaux (disthène Ky
et feldspath f), le boudinage des amandes de quartz (Qtz) et les zones d’ombre de
pression déterminées par les éléments antéschisteux qui s’opposent à l’aplatissement
de la roche. Des minéraux syncinématiques cristallisent dans ces zones d’ombre.
b) Minéraux syncinématiques ; noter : les plans de clivage des biotites sont parallèles
à la schistosité et ne suivent pas les charnières des plis dessinés à gauche de la
figure ; le contrôle par la schistosité de l’orientation des cristaux de staurotide (St)
et de disthène (Ky), sans développement d’ombres de pression ; l’hélicité du grenat,
marquée par la disposition en hélice des inclusions dans le cristal.
c) Minéraux postcinématiques ; noter la superposition des nouveaux cristaux sur
les structures antérieures : les inclusions minérales dans les porphyroblastes de
chloritoïde (Cld) matérialisent une schistosité interne qui fossilise la schistosité
précoce de la roche ; noter aussi que la biotite, antérieure au développement de la
crénulation, a recristallisé de façon postdynamique dans la charnière située à
droite du dessin (les plans de clivage des cristaux ne sont pas parallèles au plan axial
du micropli) : c’est un phénomène connu sous le nom de restauration polygonale.
Échelle : 0,5 mm à 1 cm. Pour plus de détails, consulter Bard (1980). (Kornprobst,
2001).

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4.1 • Structure et relations chronologiques cristallisation-déformation

quartz) qui dessinent des structures hélicitiques (figure 4.2b) qui résultent, en général,
d’une rotation des cristaux au cours de leur développement.

c) Les phases postcinématiques


Elles se développent indépendamment des contraintes liées à la formation de la
foliation. Elles ont souvent une croissance porphyroblastique typique des phases de
recristallisation statique, qui conduit à la formation de cristaux de grande dimension
par rapport aux autres éléments de la roche (porphyroblastes ; figure 6, planche 1).
Leurs formes se surimposent aux structures antérieures (schistosités, plis, crénulations)
dont il est possible d’observer les traces à l’intérieur de ces cristaux (figure 4.2c).
Lorsqu’ils sont biréfringents ces minéraux sont caractérisés par une extinction franche
qui s’oppose à l’extinction ondulante des porphyroclastes.
La relation chronologique entre la recristallisation métamorphique et la ou les
phases de déformation permet de situer dans quels intervalles de température et de
pression s’effectuent ces épisodes de déformation, ce que le tectonicien ne peut pas
faire avec la seule étude de la déformation. Revenons à la figure 4.1. Les micas, qui
sont chlorite, muscovite et biotite, se disposent dans les plans de schistosité ; on dit
que les plans S1 et S2 sont marqués par (ou portent) ces trois minéraux. Cette loca-
lisation des micas dans les plans de schistosité montre que ceux-ci cristallisent
préférentiellement pendant la déformation qui augmente la cinétique de réaction : ils
sont syncinématiques. Ceci indique que ces deux déformations se sont réalisées dans
les conditions de stabilité de ces trois micas. Du grenat (Grt) est enveloppé par la
schistosité 2, tandis qu’il fossilise des inclusions orientées selon la direction moyenne
de S1 (si l’on fait abstraction des microplis qui n’affectent pas le grenat). Ce grenat
a donc cristallisé pendant la S1 (ou légèrement après). Ce minéral se forme à plus
hautes températures que les micas, au cours de la réaction Chl + Ms + Qtz = Grt
+ Bt + V H2 O représentée sur le diagramme PT de la figure 4.1. Comme beaucoup de
réactions (voir paragraphe 8.1), celle-ci ne se réalise pas à une température fixe (à
une pression donnée), mais sur un intervalle de température. La paragenèse contem-
poraine de S1 est chlorite + muscovite + biotite + grenat + quartz et matérialise le
pic du métamorphisme dans les conditions du faciès Schistes verts. Le trajet PTt en
boucle retrace l’évolution probable de cette roche dans un contexte tectonique de
convergence. Les conditions P-T des différentes phases de déformation peuvent être
positionnées sur cette boucle, conformément à la chronologie relative définie sur la
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

figure 4.1. La position de P1 se situe aux températures de réalisation de la réaction


responsable de la formation du grenat. La phase de déformation 2, sans grenat
correspond à des conditions de plus basses températures que précédemment et est
représentée sur le diagramme PT à gauche de la réaction. Il en est de même pour P3.
Ainsi, cette métapélite « fossilise » les conditions du pic thermique, mais également
des indices du trajet PTt rétrograde (en température et pression). Par contre, elle ne
préserve aucune information de son histoire précoce, c’est-à-dire, le trajet prograde
jusqu’au pic en T ! Que ce soit du point de vue structural ou métamorphique,
cette roche ne préserve que la fin de son histoire orogénique, une constatation bien
décevante !

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Chapitre 4 • Relations chronologiques : déformation et recristallisation…

4.1.3 La dimension des structures


Les structures décrites dans les précédents paragraphes sont d’échelle millimétrique
et sont généralement observées au microscope. Les interprétations structurales qui sont
déduites de ces observations microscopiques peuvent être extrapolées à plus grande
échelle : c’est tout l’intérêt de la microtectonique. Il y a, en effet, une homothétie des
structures à toutes les échelles. La figure 4.3 en montre un exemple spectaculaire :
au centre de la figure 4.3a, l’objet rond est un massif d’anorthosite (gabbro constitué
de 90 % de plagioclase) de près de 10 km de diamètre. Il se comporte comme un
porphyroclaste qui est entouré par la foliation régionale. Au NE du massif, un
« micropli » précoce, d’échelle kilométrique, plissant une S1, est enveloppé par la
foliation nord est-sud ouest (S2). Le massif d’anorthosite est localement déformé sur

1
2
3

1 cm b
a
Figure 4.3 – Deux échelles d’observation : carte de la trace de la foliation
autour du massif d’anorthosite de Saririaky (Sud de Madagascar)
et porphyroclaste de feldspath.
a) La foliation entoure le massif et montre que la mise en place de celui-ci est anté-
cinématique. Comparer avec les figures 4.2a et 2, planche 2. 1 : massif d’anorthosite :
la trace de la schistosité (segment blanc) montre que celui-ci est localement déformé ;
2 : direction et pendage de la foliation ; 3 : direction de la linéation minérale sub-
horizontale. Carte réalisée à partir d’une image SPOT (Martelat et al., 1997).
b) La photo de cet affleurement est prise sur la bordure NO déformée du massif.
Autour du cristal rond centimétrique de feldspath, la schistosité montre la même
disposition que sur la carte a.

50
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4.2 • Un exemple de relation cristallisation-déformation

ces bordures NO et SE. La photo 4.3b est prise dans la partie NO : la géométrie de la
schistosité autour d’un cristal rond de feldspath est très similaire à celle observée sur
la carte a, en particulier au sud du massif.

4.2 UN EXEMPLE DE RELATION CRISTALLISATION-


DÉFORMATION : LE MÉTAMORPHISME HERCYNIEN
AU CAP CREUS (ESPAGNE)
Le Cap Creus, en Espagne, est situé à l’extrémité orientale des Pyrénées, à proximité
de la ville de Cadaquès. Géologiquement, il appartient à la zone axiale hercynienne
de la chaîne pyrénéenne. Il est presque exclusivement constitué de métapélites et
pegmatites. Les métapélites sont métamorphisées dans les conditions d’un gradient de
HT-BP avec la succession des minéraux index typiques : muscovite, biotite, anda-
lousite, cordiérite, sillimanite. Localement, les conditions de l’anatexie produisent
des migmatites à grenat (en noir sur la figure 4.4). Mais à l’exception de ces zones
anatectiques, la muscovite est stable dans ces roches. Celles-ci montrent trois surfaces
tectoniques : 2 schistosités S et une surface de cisaillement C d’orientation NNO-SSE.
Remarquons, sur la carte, que l’isograde de la sillimanite (ligne noire) est décalé par
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Figure 4.4 – Schéma structural du Cap Creus à l’extrémité orientale


de la zone axiale hercynienne des Pyrénées.
Lignes en tirets : trace des schistosités principales S1 et S2 ; lignes fines : trace des
cisaillements ductiles tardifs. Ligne épaisse : limite d’apparition de la sillimanite
séparant la zone à andalousite au sud-ouest de la zone à sillimanite (en pointillé).
Le domaine de l’anatexie est figuré en noir. Notons que l’isograde de la sillimanite
est décalé avec un déplacement dextre par les cisaillements tardifs de direction
NNO-SSE (D’après Druguet et Hutton, 1998).

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Chapitre 4 • Relations chronologiques : déformation et recristallisation…

3m

3
S2

1
4
S1

And et Crd
C
Ms
Sil

Crd Chl + 400 500 600 700 T ˚C


T Ms
And Sil Sil Ms

C
and
S1 S2 C sil
t 2
crd bt
chl m
s
V
P (kbar)

1 S1
S2
2
and
3
crd and

ky
chl ms

4
sial qtz
bt V

4
ms
Kfs
V

Figure 4.5 – Schéma synthétique des relations cristallisation-déformation


d’un affleurement de micaschistes du Cap Creus (Pyrénées espagnoles),
diagrammes T-t et P-T.
Deux schistosités successives (S1 et S2) sont recoupées par un cisaillement ductile
tardif (C). Des nodules d’andalousite et cordiérite sont syncinématiques de S1 : ils
contiennent une schistosité interne parallèle à celle-ci. La sillimanite se forme au
détriment de l’andalousite et de la cordiérite ; elle est orientée dans S2 et est synciné-
matique de celle-ci ; elle indique les conditions du pic thermique du métamorphisme.
La muscovite se développe à partir de la sillimanite et est postcinématique de S2,
mais antécinématique des cisaillements C. Le diagramme T-t montre la minéralogie
préservée par les différents sites de l’affleurement (1 à 4) en fonction du temps : il y a
un lien entre préservation des minéraux et site structural. Les phases de déformation
sont représentées en surcharge noire sur le trajet P-T-t (flèche grise) de l’affleurement ➤

52
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4.2 • Un exemple de relation cristallisation-déformation

ces cisaillements dextres. Cet isograde, indiquant les conditions optimales du méta-
morphisme, est antérieur aux cisaillements.
Le métamorphisme est prograde au cours des deux premières phases de déformation,
tandis que les cisaillements accompagnent la rétromorphose. À l’échelle de l’affleu-
rement (figure 4.5), des tâches de cordiérite et andalousite (figure 2, planche 3)
contiennent une schistosité interne parallèle à la S1. Ceci suggère que ces minéraux
sont contemporains de cette schistosité. Par contre, ces minéraux sont enveloppés par
la surface S2 qui porte de la fibrolite, sillimanite fibreuse. On observe la transition poly-
morphique andalousite-sillimanite dans le plan de schistosité S2 (figure 3, planche 3),
témoignant ainsi de l’influence de la déformation sur la recristallisation métamorphique.
Le pic du métamorphisme coïncide avec la deuxième phase de déformation (diagramme
PT de la figure 4.5).
Durant l’épisode rétrograde, la cordiérite est partiellement transformée en fins
agrégats de chlorite et muscovite au cours de la réaction Crd + Bt + V = Chl + Ms.
La muscovite se développe de manière statique sur la schistosité S2 au détriment de la
fibrolite. Ceci est bien démontré par la taille de ces nouveaux cristaux (plus gros que
ceux développés au cours de la déformation et contenus dans les plans de schistosité
S1 et S2) et l’orientation quelconque des plans de clivages qui sont parfois perpendicu-
laires à la schistosité. Cependant, cette muscovite est déformée dans les cisaillements ;
elle est post-cinématique de S1-2, mais anté-cinématique de la déformation qui a
produit les cisaillements C.
La figure 4.5 résume les relations entre la cristallisation des différents minéraux et
les différentes phases de déformation. Ces relations chronologiques sont exprimées
schématiquement sur le diagramme température-temps (T-t). Le schéma de l’affleu-
rement montre la relation entre les sites de la déformation (qui est hétérogène) et les
minéraux des roches.
Ainsi, la déformation favorise la recristallisation de nouvelles phases et la dispa-
rition de phases précoces. Ce sont dans les zones les moins déformées (1 et 2) tardi-
vement que la paragenèse la plus précoce est la mieux préservée : la transformation
polymorphique And = Sill se réalise dans le plan de schistosité ; dans les cisaillements
tardifs (3 et 4), les minéraux plus ou moins précoces (andalousite, sillimanite et
muscovite) disparaissent. C’est en observant les paragenèses dans les différents sites
de la déformation hétérogène que l’on peut tracer le trajet PTt.
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

➤ sur le diagramme P-T. Une deuxième portion de trajet à plus hautes températures
est amorcée ; celui-ci correspond aux conditions d’un secteur du Cap Creus où la
sillimanite est déjà stable dans la S1. Ces deux trajets se situent en deçà de la réaction
isograde Ms + Qtz ; les réactions contenant la cordiérite et l’andalousite sont peut-
être intervenues au cours de l’évolution prograde. Durant l’évolution rétrograde, elles
sont responsables de la déstabilisation de la cordiérite en muscovite + chlorite. La
flèche vide matérialise le gradient métamorphique régional de basses pressions-
hautes températures. sial : silicates d’alumine ; sil : sillimanite ; and : andalousite ;
ms : muscovite ; bt : biotite ; crd : cordiérite ; qtz : quartz ; kfs : feldspath potassique ;
V : vapeur d’eau.

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Chapitre 4 • Relations chronologiques : déformation et recristallisation…

Cet exemple démontre le rôle de la déformation sur la cinétique de la réaction.


Nous reviendrons sur la déstabilisation du silicate d’alumine en muscovite au para-
graphe 6.4.2.

4.3 TRAJETS PTt ET CHRONOLOGIE


Dans les paragraphes précédents, nous avons montré que le développement de nouvelles
schistosités et de nouveaux assemblages minéralogiques au cours de phases succes-
sives de déformation permet de tracer un trajet PTt dans lequel la chronologie est
relative. Les différentes associations minérales, dont la succession s’observe par rapport
au développement d’une ou plusieurs schistosités, ou encore par une zonation chimique
plus ou moins continue des cristaux, caractérisent l’évolution des conditions P-T au
cours du métamorphisme. La figure 4.6a décrit l’évolution polyphasée d’un mica-
schiste éclogitique de la zone de Sésia-Lanzo dans les Alpes italiennes. Dans ce
cas, la succession des recristallisations correspond, a priori, au déroulement d’un
seul cycle tectonométamorphique. Cette évolution correspond, selon Pognante, 1991,
à l’exhumation rapide d’une roche des unités de la croûte océanique alpine préala-
blement subduite. Cependant, une connaissance du paramètre temps absolu, grâce à la
géochronologie, permettrait de confirmer cette proposition.
La datation absolue peut mettre en évidence la superposition de deux événements
distincts dans le temps, appartenant à des cycles orogéniques distincts. Cela peut-
être l’âge de mise en place du protolithe et celui du métamorphisme d’une éclogite
ou d’un orthogneiss ou encore les âges d’événements métamorphiques successifs
polycycliques.
L’unité de Sésia-Lanzo, dans les Alpes Italiennes, montre un bel exemple de poly-
métamorphisme illustré par la figure 4.6 b. Des assemblages granulitiques de haute
température formés dans la croûte inférieure à la fin du cycle orogénique hercynien
(280 Ma) sont partiellement préservés et partiellement remplacés par des assemblages
de HP-BT d’âge alpin (65 Ma). Comment relier, sur un même trajet PTt, ces deux
événements d’âge très différents ? Deux chemins distincts sont proposés sur la
figure 4.6 b : l’un relie directement les deux événements (1) et (2) tandis que l’autre
dessine une boucle qui passe par les conditions de (ou proches de) la surface.
Rappelons qu’une conséquence du premier principe de thermodynamique est
que, lorsqu’un système passe d’un état 1 à un état 2 par une série de transformations
quelconques, la somme algébrique des énergies échangées ne dépend que de l’état
initial et l’état final et est indépendante de la série des transformations. Concrètement,
cela signifie que, pour une roche métamorphique, il n’y a pas qu’un seul chemin PTt
possible (et en particulier, la ligne droite en pointillé sur la figure 4.6 b) pour joindre
deux points dans l’espace P-T.
Dans le cas présent, pourquoi relier les 2 points par un tracé courbe qui passe par
les conditions de (ou proche de) la surface ? Les granulites de la fin du cycle orogénique
hercynien (280 Ma) se sont formées dans des conditions thermiques élevées qui ne
correspondent pas aux conditions dans une lithosphère stable : ces conditions n’ont

54
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4.3 • Trajets PTt et chronologie

Figure 4.6 – Polyphasage, polycyclisme et trajet PTt.


a) Évolution polyphasée d’un micaschiste éclogitique de la zone de Sésia-Lanzo
(Alpes Italiennes). La paragenèse primaire à omphacite et grenat (rectangle 1) corres-
pond au pic du métamorphisme ; elle a recristallisé dans des conditions de pression
moins sévères (rectangle 2), avant d’être partiellement transformée en un assemblage
de basse pression (rectangle 3). Le trajet PTt (avec t : temps relatif) est tracé en
reliant les 3 rectangles. Cette évolution correspond à l’exhumation rapide d’une
roche des unités de la croûte océanique alpine préalablement subduite. D’après
Pognante, 1991.
b) Une granulite hercynienne (280 Ma) de la zone de Sesia-Lanzo présente un
assemblage initial (1) à orthopyroxène (quadrillé), plagioclase (mâclé) et grenat
(pointillé) ; cet assemblage a recristallisé au cours d’une phase alpine (65 Ma) ; de
fins cristaux de disthène et de zoïsite (tirets) se sont développés au sein du plagio-
clase (1) ; le grenat (1) a recristallisé partiellement en grenat (2) dont la composition
est différente (il est plus riche en Ca et Mn) ; une association symplectitique (chevelu)
s’est développée entre les cristaux de la paragenèse (1) ; elle comporte jadéite
(clinopyroxène sodique), disthène et zoïsite. Échelle : 0,2 mm. Cette évolution
correspond à des conditions de cristallisation très contrastées ; elle résulte de
l’entraînement dans la subduction alpine d’unités crustales tardi-hercyniennes
appartenant à la marge austro-alpine (cf. paragraphe 14.3b). Ces âges contrastés
rendent irréaliste un trajet PTt en ligne droite (ligne pointillé) entre les stades 1 et
2 au profit d’un trajet courbe (ligne tiret) qui passe peut-être par les points 0 du
diagramme, si les roches ont préalablement été exhumées jusqu’à la surface avant
l’événement alpin ; voir texte pour plus d’explications. D’après Lardeaux et Spalla,
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

(1991). Opx : orthopyroxène ; Pl : plagioclase ; Grt : grenat ; Cpx : clinopyroxène ;


Ky : disthène ; Zo : zoïsite. (Kornprobst, 2001).

pas pu perdurer pendant 215 Ma jusqu’à l’enfouissement de la formation de Sesia-


Lanzo dans la subduction alpine. Il est donc raisonnable d’envisager qu’entre les deux
cycles orogéniques, ces granulites se sont refroidies dans les conditions du géotherme
de la lithosphère stable et, peut être, exhumées jusqu’à la surface. Cette dernière hypo-
thèse est confortée par la présence à l’affleurement de ces granulites tardi-hercyniennes
dans la formation voisine de la zone d’Ivrée (paragraphe 14.3) : ces dernières ont
enregistré la première portion du trajet de la figure 4.6 b depuis le point 1 jusqu’aux

55
9782100522682-Nicollet.fm Page 56 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 4 • Relations chronologiques : déformation et recristallisation…

conditions de surface. Ainsi, le trajet en boucle de cette figure est une hypothèse
raisonnable ; la détermination de points intermédiaires la validerait.
Un trajet PTt est tracé en interpolant les différents points dont on a évalué les
conditions PTt. Pour que ce trajet soit le plus précis possible, il est nécessaire d’avoir
le plus de points intermédiaires possibles et des valeurs de temps absolu.

a b
T T
Fi Ch1
Fermeture isotopique

Fi Ch2

Age Age
tRf tPic te2 te1
Figure 4.7 – Principe de la géochronologie
a) Diagramme T-temps de deux roches métamorphiques ayant atteint leurs pics en
T au même temps (tPic), mais à des températures différentes. Les deux roches sont
datées en utilisant un même système isotopique sur un même minéral présent
dans les 2 roches. Si le système isotopique considéré est clos lorsque le minéral
cristallise (échantillon à basse température), on obtient alors l’âge de cristallisation
du minéral et l’âge du pic du métamorphisme. Si le système isotopique considéré
est ouvert lorsque le minéral cristallise (échantillon à haute température), et ne se
ferme qu’au cours du refroidissement de la roche, l’âge obtenu est alors un âge de
refroidissement (tRf).
b) L’utilisation de deux systèmes isotopiques aux fermetures différentes (Fi Ch)
permet, en théorie, de dater les différentes étapes de refroidissement d’une roche
et, ainsi, d’évaluer la vitesse de refroidissement qui n’est pas constante. Malheu-
reusement, la fermeture isotopique d’un système dépend de nombreux facteurs :
déformation, circulation de fluides, température.

La radiochronologie est basée sur des réactions nucléaires naturelles qui produisent
des isotopes « fils » par désintégration d’isotopes « père » radioactifs au cours du
temps. Les isotopes radioactifs, comme les isotopes non radioactifs, sont incorporés
dans la structure des minéraux au moment de leur cristallisation. Les isotopes fils
radiogéniques produits par la désintégration radioactive s’accumulent au cours du
temps dans la structure cristalline du minéral. Lorsqu’il n’y a aucun échange
élémentaire avec l’extérieur (système clos : pas de gain ni de perte des isotopes père
et fils), l’analyse de la quantité de père et de fils présents dans le minéral permet de
calculer le temps t écoulé depuis que le minéral analysé se comporte en système clos.
Dans certains cas, le minéral se comporte en système clos, pour un système isotopique
donné, dès sa cristallisation. Dans ce cas, le temps t mesuré par le radiochronomètre
correspond bien alors à l’âge de cristallisation du minéral (figure 4.7a). Cependant,
la déformation, la circulation de fluides, les processus de dissolution-recristallisation

56
9782100522682-Nicollet.fm Page 57 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

4.3 • Trajets PTt et chronologie

ou une température élevée peuvent favoriser les échanges chimiques avec l’extérieur
après la cristallisation (Villa, 1998). Dans ces conditions, les éléments chimiques
peuvent être mobiles à l’état solide à l’échelle du minéral ou de la roche et le
système est alors maintenu ouvert. L’âge calculé dans ce cas correspond au temps t
écoulé depuis la fin de l’événement perturbateur, c’est-à-dire depuis le moment où il
n’y a plus d’échange isotopique avec l’extérieur, moment de la fermeture isotopique
du système. Ce n’est donc pas l’âge de cristallisation du minéral, mais le temps passé
depuis que celui-ci n’échange plus avec l’extérieur (figure 4.7a). Si la déformation
et la circulation de fluides n’interviennent pas, le paramètre contrôlant la fermeture
isotopique est la température. L’application du géochronomètre permet donc d’obtenir
dans ce cas un âge de refroidissement en deçà de la température de fermeture du
système isotopique. On comprend l’intérêt d’une analyse ponctuelle du minéral
chronomètre en position pétrographique afin de définir précisément l’événement
géologique qui contrôle la fermeture isotopique.
La fermeture du système isotopique dépend du système isotopique choisi et du
minéral considéré (figure 4.7b). En utilisant plusieurs géochronomètres dans une même
roche ou plusieurs roches d’une même formation dont on suppose qu’elles ont eu le
même trajet PTt, il est ainsi possible, théoriquement, de dater précisément les événe-
ments métamorphiques successifs de la roche ou de la formation (figure 4.8a). Si le
lien entre T et P est connu, c’est également la vitesse d’exhumation que l’on peut
mesurer (figure 4.8b). On remarque que l’on ne date que le trajet rétrograde.

600 a 60 b
profondeur (km)

Lu-Hf Grenat
T˚C Rb/Sr Mica blanc
400 Ar/Ar Mica blanc 40
Rb/Sr Biotite
TF Zircon
200 20
TF Apatite
Age (Ma) Age (Ma)
10 30 50 70 10 30 50 70

Figure 4.8 – Age de refroidissement et d’exhumation


© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

dans la zone de Sésia-Lanzo (Alpes Italiennes).


a) Le trajet de refroidissement est obtenu en utilisant plusieurs géochronomètres
aux fermetures isotopiques différentes. On fait l’hypothèse que seule la T contrôle
la fermeture isotopique.
b) Le trajet profondeur-temps est déduit du précédent si l’on connaît la relation
entre la T et la pression, c’est-à-dire les paramètres P-T du trajet PTt.
Lu : lutétium, Hf : hafnium, Rb : rubidium, Sr : strontium, Ar : argon, TF : traces de
fission. (S. Duchêne, http://www.geologie.uhp-nancy.fr/Duchene/FicheThermochrono-
logie.htm).

57
9782100522682-Nicollet.fm Page 58 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

5 LE RÔLE DE LA
COMPOSITION CHIMIQUE
SUR LA MINÉRALOGIE
DES ROCHES
MÉTAMORPHIQUES

5.1 Les différentes séquences métamorphiques


PLAN

5.2 La règle des phases


5.3 La représentation graphique des paragenèses

La minéralogie d’une roche métamorphique est fonction de la pression, température


et de sa composition chimique, c’est-à-dire de la nature du protolithe (la roche origi-
nelle). Des roches très différentes, telles qu’un basalte, une pélite, un calcaire donnent
des roches métamorphiques aux minéralogies très contrastées : dans le faciès
Amphibolite, le basalte est transformé en amphibolite qui contient essentiellement
de la hornblende verte et du plagioclase ; la pélite est transformée en un micaschiste
à biotite, muscovite, quartz, souvent du grenat et un silicate d’alumine ; le calcaire
est transformé en marbre.
Pour tenir compte de la nature du protolithe, les roches métamorphiques sont
cataloguées, en fonction de leurs compositions, en quatre séquences : la séquence
pélitique, la séquence quartzo-feldspathique, la séquence basique (et ultrabasique) et
la séquence carbonatée.

5.1 LES DIFFÉRENTES SÉQUENCES MÉTAMORPHIQUES


Une telle classification est extrêmement grossière et d’usage limité. Elle permet
cependant de comprendre l’influence de la composition chimique des roches sur la
composition minéralogique de celles-ci au cours du métamorphisme. Chacune de
ces séquences est caractérisée par une gamme de minéraux possibles, compatibles à
la fois avec la composition de la roche et avec les variations des paramètres intensifs
du métamorphisme.

58
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5.1 • Les différentes séquences métamorphiques

La séquence pélitique regroupe des sédiments (les plus abondants) alumineux,


dans lesquels les argiles sont un constituant majeur. On peut y rajouter les greywackes
(à composante volcano-sédimentaire). Au cours du métamorphisme, des minéraux
alumineux divers cristallisent dans de telles roches. À côté du quartz et du feldspath,
on peut trouver du grenat, du staurotide, de la cordiérite, un des trois silicates
d’alumine, du chloritoïde, des micas variés, etc. Cette liste n’est pas exhaustive. Tous
ces minéraux n’apparaissent pas dans une même roche, ni dans les mêmes conditions
P-T. Au contraire, ces nombreux minéraux se remplacent mutuellement en fonction
des changements de conditions PT et de composition chimique de la roche. En
conséquence, ces roches sont considérées comme de bons marqueurs pétrographiques
de l’évolution métamorphique.
Les roches de la séquence quartzo-felsdpathique sont des roches leucocrates (claires)
dans lesquelles quartz et feldspaths dominent. Il s’agit de roches sédimentaires
détritiques (grés, arkose, etc.) et de roches magmatiques acides (granitoïdes et équi-
valents volcaniques). Elles renferment, de façon dominante, quartz et feldspaths
dont les domaines de stabilité sont très vastes. Le quartz est stable jusqu’aux hautes
températures (où il est remplacé par la cristobalite) et pressions (où il est remplacé
par la coésite). On peut noter la transition Qa-Qb aux environs de 600 °C, mais ces
deux minéraux ne se distinguent pas à l’étude pétrographique et nécessite une analyse
aux RX. Le plagioclase est remplacé à hautes pressions et basses températures par la
lawsonite et la jadéite, mais est stable dans les conditions de moyennes et basses
pressions, hautes températures. En conséquence, une roche quartzo feldspathique
est un médiocre marqueur métamorphique. Les minéraux signalés précédemment
dans les roches de la séquence pélitique peuvent exister en faible proportion, lorsque
la composition est suffisamment alumineuse.
La séquence basique (et ultrabasique) regroupe les roches magmatiques basiques :
basaltes, gabbros et roches peu différenciées (et roches ultrabasiques). Les minéraux
essentiels sont les amphiboles : actinote-trémolite, hornblende verte à brune, glauco-
phane et le plagioclase. Il peut s’y ajouter, en fonction de la composition de la roche
et/ou des conditions PT, des pyroxènes (Opx et Cpx), du grenat, de l’épidote, quartz
et plus rarement, des micas et des silicates alumineux tels que disthène, staurotide.
La diversité des minéraux est inférieure à celle observée dans les roches pélitiques.
Ceci suggère que les modifications minéralogiques sont moindres dans les métabasites
que dans les métapélites lorsque les conditions PT changent. Nous avons vu précé-
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

demment (paragraphe 3.3.1) que c’est pour cette raison que les paragenèses des
métabasites ont été utilisées pour définir les limites des faciès métamorphiques.
La séquence carbonatée regroupe les roches sédimentaires carbonatées pures
(calcaire, dolomie) et impures (marnes), c’est-à-dire avec une composante détritique,
argileuse ou plus grossière. La minéralogie est variée, avec calcite, dolomie, amphibole,
clinopyroxène, grenat (riche en composant grossulaire), mica blanc, vésuvianite,
épidote, plagioclase (riche en pôle anorthite), forstérite et humite, etc. Cette liste (qui
n’est pas exhaustive) montre que les modifications minéralogiques sont importantes
au cours du métamorphisme des roches carbonatées. Mais dans ce cas, les paramètres
physiques sont la pression lithostatique (PL) et la température, mais également la

59
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Chapitre 5 • Le rôle de la composition chimique…

pression partielle des fluides (PF), en particulier H2O et CO2 qui sont libérés par les
roches carbonatées lors des réactions de déshydratation et décarbonatation.
Ainsi, la minéralogie des roches métamorphiques est clairement contrôlée par de
faibles variations de la composition chimique du protolithe. Il est nécessaire de
distinguer ces modifications minéralogiques de celles liées à la variation des para-
mètres intensifs du métamorphisme (P, T, fluides). La règle des phases nous indique
qu’il existe une relation entre le nombre de minéraux d’une roche et le nombre de
constituants chimiques de cette roche.

5.2 LA RÈGLE DES PHASES


Dans chaque séquence, dans chaque gamme de composition chimique, la paragenèse
d’une roche est fonction de P et T, mais aussi des variations de la composition chimique.
Au cours d’une évolution métamorphique, des minéraux nouveaux se forment tandis
que d’autres disparaissent. Cependant, le nombre de minéraux n’augmente pas, mais
reste, au contraire, constant. Il existe une relation mathématique très simple qui lie le
nombre de minéraux et le nombre de constituants chimiques de la roche. C’est la
règle des phases qui s’écrit :
M = C + 2 – F.
« M » est le nombre de phases physiquement distinctes : dans le cas des roches, il
s’agit des minéraux et, éventuellement, la phase vapeur V. « C » est le nombre de
constituants chimiques indépendants. « F » est le degré de liberté ou la variance de
l’assemblage des « M » minéraux.
Le nombre de constituants indépendants est le plus petit nombre de composés
chimiques (éléments, oxydes, molécules) dont la combinaison permet d’obtenir les
compositions de toutes les phases (minéraux) d’un système donné. Considérons le
système minéralogique constitué des trois silicates d’alumine : disthène, sillimanite,
andalousite. Ces trois minéraux sont des polymorphes qui ont la même composition
chimique : Al2SiO5. Un seul constituant indépendant rend compte de ce système. Par
contre, si l’on veut prendre en considération le quartz et le corindon, deux constituants
chimiques sont nécessaires : SiO2 et Al2O3. Si l’on s’intéresse aux métaux silicium et
aluminium et au gaz oxygène, il faut prendre en compte trois constituants chimiques
indépendants qui sont Si, Al et O.
Dans la règle des phases, le chiffre 2 indique le nombre de paramètres intensifs du
métamorphisme : T et P. Si l’on raisonne dans un système isobare ou isotherme,
alors ce chiffre est 1. « F » est le degré de liberté ou la variance de l’assemblage des
« M » minéraux. Nous considérerons uniquement des valeurs de F comprises entre 0
et 2. Mais des valeurs supérieures et négatives sont possibles.
Revenons à l’exemple des trois silicates d’alumine (figure 5.1). Nous avons là un
système avec C = 1 (Al2SiO5). Si F = 2, la règle des phases indique que M = 1. La
paragenèse correspondante est constituée d’un seul des trois minéraux : Ky ou Sil ou
And. Cet « assemblage » a deux degrés de liberté dans l’espace P-T. Cela signifie
que chacune des paragenèses Ky ou Sil ou And reste stable lorsque P et/ou T varient

60
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5.3 • La représentation graphique des paragenèses

.
And
F=2 1
, F=
Ky nd
+An A
d, l+
F=
1 Si
Sil
Ky+And+Sil F=2
F=0

Ky
+S
il,
Ky

F=
F=2

1
P C = 1 (Al2SiO5)

Figure 5.1 – Règle des phases et degré de liberté pour le système


à un constituant chimique (Al2SiO5) et les trois silicates d’alumine :
disthène (Ky), sillimanite (Sil) et andalousite (And).

dans un intervalle DP-DT (champs gris sur la figure 5.1). On dit que cette paragenèse
est divariante.
Pour F = 1, les assemblages minéralogiques contiennent deux des trois minéraux :
Ky-And ou Ky-Sil ou Sil-And. Mais chacune de ces trois assemblages minéralogiques
n’a qu’un degré de liberté dans l’espace P-T, c’est-à-dire que P ne peut varier qu’en
fonction de T (P = f(T)) pour que la paragenèse reste stable. P = f(T) est une courbe
dans l’espace P-T. L’assemblage minéralogique est uni (ou mono) variant.
Si F= 0, l’assemblage minéralogique contient les trois minéraux (Ky-Sil-And), mais
n’a plus aucun degré de liberté : il ne peut exister qu’en un seul point, le point invariant.
C’est le point triple des silicates d’alumine.

5.3 LA REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DES PARAGENÈSES


Dans la figure 1-1, l’assemblage divariant de deux minéraux A-B est remplacé par un
autre assemblage divariant (A-C ou B-C) en passant de P0-T0 à P1-T1 par l’inter-
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

médiaire de l’assemblage univariant à trois phases A-B-C. La règle des phases nous
indique que ce système contient deux constituants chimiques indépendants (c1 et
c2). Ce nombre de constituants chimiques indépendants est donc une contrainte
majeure qui contrôle la minéralogie d’une roche métamorphique. Aussi, des repré-
sentations graphiques des paragenèses minéralogiques sont élaborées en fonction de
ces nombres de constituants.

5.3.1 Système à 2 constituants


Nous pouvons prévoir graphiquement les paragenèses des roches susceptibles de
contenir les phases A, B et C dans les conditions P0-T0 et P1-T1 de la figure 1.1. Les

61
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Chapitre 5 • Le rôle de la composition chimique…

compositions des minéraux et des roches les contenant peuvent être visualisées sur
un segment matérialisant les variations respectives de deux constituants c1 et c2
(figure 1.1). Cette représentation binaire respecte la règle des phases. Ces segments,
reportés dans les deux champs divariants, permettent de prédire les paragenèses
possibles. Dans le champ divariant à basse température, une seule paragenèse est
possible quelle que soit la composition de la roche R. Dans le champ divariant à
haute température, deux paragenèses sont possibles pour le même intervalle de P/T :
A + C et B + C. Les roches R1 et R2 ont une même paragenèse à P0T0 (avec des
proportions A/B différentes), mais deux paragenèses différentes à P1T1. Remarquons
que le nombre de minéraux de la paragenèse égal à 2 (M = C) est un maximum. En
effet, si la composition de la roche R coïncide avec celle d’un des trois minéraux, la
paragenèse de cette roche contient ce seul minéral.

5.3.2 Système à 3 constituants


Considérons les 3 constituants indépendants : SiO2-Al2O3-MgO. Les variations de
composition chimique d’un système à 3 constituants sont représentées dans un triangle
(figure 5.2). Le système permet de représenter les minéraux suivants : quartz, sillima-
nite, saphirine, orthopyroxène, spinelle et les roches qui les contiennent. Nous avons
choisi les pôles purs magnésiens des minéraux. Le quartz de composition SiO2 est
au sommet SiO2 du triangle ; la sillimanite, de composition Al2SiO5 que l’on peut
réécrire Al2O3,SiO2, se situe au milieu du côté SiO2-Al2O3 ; et ainsi de suite pour le
spinelle, l’orthopyroxène et la saphirine.
La règle des phases indique que si le nombre de constituants chimiques C est égal
à 3, la paragenèse, l’assemblage divariant d’une roche contient M = 3 minéraux. Des
lignes de liaison relient les minéraux en équilibre et dessinent des triangles partiels sur
la figure 5.2. Une roche à l’intérieur d’un triangle partiel contient les trois minéraux
situés au sommet de celui-ci. La proportion respective de ces trois minéraux dépend
de la position du point représentatif de la composition de la roche dans ce triangle
partiel. Dans le triangle de gauche de la figure 5.2, les deux roches (points vides) ont
la même paragenèse à Opx + Qtz + Sil, mais la proportion des minéraux est différente.
Les lignes de liaison ne peuvent pas se couper. En effet, si deux lignes se coupent,
elles indiquent que la roche contient quatre minéraux : conformément à la règle des
phases, il s’agit soit d’un assemblage univariant dans le système considéré à C = 3,
soit d’un assemblage divariant dans un système à C = 4. Dans ce deuxième cas, il
faut trouver le constituant qui a été « oublié » ou « négligé ».
Compte tenu de la position des différents minéraux, deux solutions sont possibles,
représentées par les deux triangles. Chaque solution correspond à un domaine
divariant DP-DT. Ces domaines sont séparés par un assemblage univariant. Cet
assemblage univariant est constitué des quatre minéraux (M = C + 1) des 2 lignes de
liaison qui se remplacent mutuellement : les lignes Opx-Sil et Qtz-Spr.
Ces deux triangles résument les paragenèses possibles des roches en fonction des
proportions des trois constituants chimiques pour une gamme de P et T fixées.

62
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5.3 • La représentation graphique des paragenèses

T
qtz SiO2 qtz SiO2
P

Sil
tz
+Q
x+
Op
Spr
opx sil opx sil

spr
spr

MgO Al2O3 MgO Al2O3


spl spl

Figure 5.2 – Diagramme triangulaire pour le système


à 3 constituants indépendants : Al2O3-SiO2-MgO.
Les minéraux (points noirs) sont reliés par des lignes de liaison qui définissent des
triangles partiels matérialisant des paragenèses à 3 minéraux, en accord avec la
règle des phases. Les points repésentatifs des compositions chimiques de deux
roches sont portés (points vides). Les deux solutions possibles sont séparées par la
ligne univariante Opx + Sil = Spr + Qtz. Qtz (quartz) : SiO2 ; Sil (sillimanite) : Al2SiO5 ;
Spr (saphirine) : Mg2Al4SiO10 ; Opx (orthopyroxène) : Mg SiO3 ; Spl (spinelle) : MgAl2O4.

5.3.3 Système à n constituants – le diagramme ACF


pour les roches de la séquence basique
Les roches magmatiques basiques, issues de la fusion partielle du manteau, sont
initialement anhydres, mais elles sont souvent hydratées après ou même, dès leur
mise en place, dans le cas de la croûte océanique, c’est-à-dire, avant ou pendant le
métamorphisme. Nous allons donc raisonner en deux étapes : avec un système
chimique anhydre dans un premier temps et, dans un deuxième temps, avec un
système chimique hydraté.

a) Système chimique anhydre


Il est rare que seulement trois constituants chimiques rendent compte de la composition
d’une roche. Considérons la composition d’une métabasite ; onze éléments ont des
concentrations non négligeables. On peut retenir cinq qui totalisent près de 95 %. Ce
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

sont SiO2, Al2O3, FeO, MgO, CaO (voir R1 et R2, exercice 1.1 de ce chapitre). Pour
simplifier, nous négligeons les autres éléments. En effet, soit ces éléments chimiques
sont en quantité insuffisante pour contrôler la stabilité d’une phase, soit ils contrô-
lent la stabilité de minéraux accessoires que nous ne prenons pas en compte. À titre
d’exemple, la concentration de titane, élément mineur, contrôle la présence de rutile
ou d’ilménite, négligé dans notre approche.
Il est cependant difficile de représenter graphiquement les variations de cinq
constituants. Il est donc nécessaire de diminuer ce chiffre. La première solution est
de considérer FeO et MgO comme un seul constituant (Fe + Mg)O. En effet, l’ajout
du constituant FeO (ou MgO) à un système purement magnésien (ou ferrifère)

63
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Chapitre 5 • Le rôle de la composition chimique…

SiO2 Qtz SiO2 Qtz

z Qt
Gr t +
Pl
Sil Sil
Pl

Opx +
Pl

Cpx +
Cpx . . ..... .......... .... .. .. Grt Cpx . . ..... .......... .... .. .. Grt
Opx Crn Opx Crn
CaO Al2O3 CaO Al2O3

Spl . .. . . . Spl
. .......... ... .................................. .......................
................. . ........... . ....... ..
. ........................ ........
. .... ...... .... .....
............ ....
...
(Fe-Mg)O (Fe-Mg)O

Figure 5.3 – Le tétraèdre A(Al2O3)-C(CaO)-F(FeO+MgO)-S(SiO2) est


représentatif de la composition des roches magmatiques basiques.
Quelques minéraux de ces roches sont portés sur la figure : Qtz = quartz, Opx
= orthopyroxène, Cpx = clinopyroxène, Pl = plagioclase, Grt = grenat, Spl = spinelle,
Sil = sillimanite, Crn = corindon. Les lignes de liaisons entre ces différents minéraux
(sauf Sil et Crn) permettent de définir des paragenèses à 4 minéraux. Sur la figure
de gauche : Qtz-Opx-Grt-Pl ; Qtz-Cpx-Opx-Pl ; Opx-Cpx-Pl-Grt ; Spl-Opx-Grt-Cpx ;
Spl-Cpx-Grt-Pl (les lignes de liaisons faisant intervenir le Spinelle ne sont pas repré-
sentées pour plus de clarté). Sur la figure de droite : Qtz-Opx-Grt-Cpx ; Qtz-Cpx-
Grt-Pl ; Spl-Opx-Grt-Cpx ; Spl-Cpx-Grt-Pl. Les 2 figures correspondent à des conditions
métamorphiques différentes. Celles-ci ne sont pas très faciles à lire. Aussi, préfère-t-on
utiliser une projection de ce tétraèdre, à partir de son sommet SiO2 (où se trouve
le Qtz), sur sa base : le triangle ACF (figure 5.4). La visualisation en 3D, grâce à
l’outil informatique, améliore la compréhension d’une telle figure (voir http://christian
.nicollet.free.fr/page/Figures/3D/ACFS3D.html).

n’augmente pas nécessairement le nombre de minéraux (comme l’indique la règle


des phases) : si l’on ajoute du fer à une forstérite (olivine magnésienne) dans un
système purement magnésien, on ne fabrique pas deux minéraux, mais une olivine
« solution solide ferromagnésienne » dans un système ferromagnésien. Ces éléments
(Fe et Mg) sont appelés des constituants isomorphes.
Il reste quatre constituants dont on peut représenter les variations dans un tétraèdre.
Quelques minéraux sont représentés sur la figure 5.3. Conformément à la règle des
phases, les lignes de liaisons entre ces différents minéraux permettent de définir des
paragenèses à quatre phases. Cependant, une telle figure reste encore difficile à
visualiser sur l’espace à deux dimensions d’une feuille de papier. La solution est de
projeter le volume de ce tétraèdre sur un triangle. Mais la règle des phases nous indique
que quatre minéraux constituent la paragenèse (assemblage divariant avec M = C)
des roches à représenter dans ces figures, ce qui est impossible sans faire croiser des
lignes de liaison. La solution consiste à choisir un des minéraux de la paragenèse

64
9782100522682-Nicollet.fm Page 65 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

5.3 • La représentation graphique des paragenèses

comme pôle de projection. Dans le cas du triangle ACF utilisé pour représenter les
roches basiques, le quartz est le pôle de projection (figure 5.4). C’est pourquoi, ce
minéral doit faire partie de la paragenèse des roches représentées dans ce diagramme.
Il faut rappeler cette condition en écrivant toujours Qtz à côté du diagramme ; SiO 2
est un constituant en excès.

A A

tz
Gr t + Q
Pl
+ Qtz + Qtz

Pl Opx + Pl
Cpx +
Grt Grt

C F C F
Cpx Opx Cpx Opx

Figure 5.4 – Le diagramme triangulaire A-C-F (Al2O3-CaO-FeO + MgO)


est une projection du tétraèdre S(SiO2)ACF de la figure 5.3
depuis le sommet S où se trouve le quartz (Qtz).
Sur cette représentation, seules les paragenèses contenant le quartz sont repré-
sentées : Opx-Cpx-Pl-Qtz/Opx-Grt-Pl-Qtz/Cpx-Grt-Pl-Qtz/Opx-Cpx-Grt-Pl. La para-
genèse Opx-Cpx-Pl-Grt dessinée sur le tétraèdre est « cachée » : la ligne jointive en
pointillé Cpx-Grt est « cachée » par les plans Opx-Cpx-Pl et Opx-Grt-Pl.
Les deux triangles correspondent respectivement aux faciès Granulite de basses P et
de P Intermédiaires. On passe de l’un à l’autre en remplaçant la ligne de liaison Opx-Pl
par la ligne Cpx-Grt en franchissant l’équilibre univariant Opx + Pl = Cpx + Grt + Qtz.

b) Système chimique hydraté


Les métabasites contiennent souvent des minéraux hydratés : amphiboles, micas,
épidotes, etc., ce qui suppose une hydratation après leur mise en place, avant ou
pendant le métamorphisme. Le système chimique hydraté est : SiO 2-Al2O3-(FeO-
MgO)-CaO-H2O ; il peut être visualisé par le tétraèdre de la figure 5.5 a. Cette figure
montre que trois situations sont à envisager, selon que l’on considère un système
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

anhydre ou hydraté. À la base du tétraèdre, le système est anhydre, avec les quatre
premiers constituants. Ainsi que nous l’avons discuté au paragraphe précédent, une
paragenèse est représentée dans le triangle ACF par quatre phases : trois dans le triangle
auxquelles s’ajoute le quartz (figure 5.5 b et figure 5.4 de gauche). Si le système est
hydraté, deux situations sont possibles : H2O est en excès (comme la silice) et une
phase vapeur d’eau est présente (V). Le système comprend cinq constituants chimiques et
une paragenèse est représentée dans le tétraèdre ACFH par 5 phases : 4 dans le tétraèdre,
dont la phase vapeur, auxquelles s’ajoute le quartz. Il s’agit, dans le tétraèdre :
Hbl-Cpx-Pl-Qtz-V ; Hbl-Pl-Grt-Qtz-V ; Hbl-Cpx-Opx-Qtz-V ; Hbl-Opx-Grt-Qtz-V.
La projection depuis la phase V donne le triangle ACF de la figure 5.5 c. Il existe

65
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Chapitre 5 • Le rôle de la composition chimique…

deux autres paragenèses, dans un système hydraté non saturé en H2O, qui ne contien-
nent pas de phase vapeur : Hbl-Opx-Grt-Qtz-Pl et Hbl-Cpx-Opx-Qtz-Pl délimitées
par les lignes de liaisons dans la partie inférieure du tétraèdre. Dans ce cas, le système a
cinq constituants chimiques (CFASH) et la paragenèse contient cinq phases minérales,
mais pas de phase V : quatre sont présentes dans le tétraèdre et le quartz.

H2O
V

+ Qtz

Al2O3

Pl
a Grt Hbl

Opx
CaO Cpx (Fe-Mg)O

A A
b c
+ Qtz + Qtz
+V
Pl Pl
Grt Grt
Hbl

C F C F
Cpx Opx Cpx Opx

Figure 5.5 – Le tétraèdre A(Al2O3)-C(CaO)-F(FeO+MgO)-H(H2O)-S(SiO2)


et la projection sur les triangles ACF représentatifs de la composition
des roches magmatiques basiques anhydres et hydratées.
S est considéré en excès, ce qui implique la présence de la phase Qtz dans toutes les
paragenèses, mais qui permet de ne pas considérer ce constituant dans la repré-
sentation graphique.
a) Les phases anhydres sur la surface de base du tétraèdre (ACF en gris) sont repré-
sentées par des points noirs. Les phases hydratées : Hbl à l’intérieur du tétraèdre
et V, sont représentées par des points gris. Pour plus de clarté, seules les surfaces
Hbl-Grt-Pl et Hbl-Grt-Opx sont dessinées. (Voir la visualisation en 3D de ce tétraèdre :
http://christian.nicollet.free.fr/page/Figures/3D/ACFS3D.html#eau)
b) Diagramme ACF pour le système anhydre ACFS (identique à la figure 5.4 de
gauche).
c) Diagramme ACF pour un système hydraté ACFSH avec H en excès, ce qui implique
la présence de la phase V dans les paragenèses. Les phases et lignes de liaison à
l’intérieur du tétraèdre ACFH sont projetées sur le triangle de base ACF. Les deux
paragenèses hydratées, mais sans phase V, sont « invisibles ».

Ainsi, dans le système hydraté, conformément à la règle des phases, les paragenèses
sont à cinq phases. L’une de ces phases a un « statut » un peu particulier : pour le thermo-
dynamicien, la phase V est une « phase physiquement distincte » au même titre

66
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5.3 • La représentation graphique des paragenèses

qu’une phase solide, minérale. Pour le pétrologue, cette phase V n’est généralement
pas visible en lame mince. Ceci peut créer une certaine confusion, puisque, pour un
même système chimique CFASH, le système non saturé en eau a 5 phases solides,
tandis que le système saturé en H2O n’a que 4 phases solides ! Ainsi, là où dans les
deux cas, le thermodynamicien voit cinq « phases », le pétrologue en voit quatre ou
cinq selon le cas.
Les figures 5.5 b et c montrent que la hornblende se situe dans le triangle Opx-
Cpx-Pl. Ceci indique que l’amphibole se déstabilise à hautes températures, en passant
du faciès Amphibolite au faciès Granulite, par la réaction Hbl = Opx + Cpx + Pl + V.
Au-delà de cette réaction « isograde », les paragenèses du faciès Granulite (figure 5.4
et 5.5b) peuvent coexister avec une phase V.
Les différentes simplifications que nous avons adoptées pour représenter ces
paragenèses sur un diagramme suffisamment lisible sont restrictives ! Ne sont prises
en considération que les seules roches sursaturées en silice dont les paragenèses sont
à quartz. Ainsi, cette projection planaire du triangle ACF (figure 5.4) n’autorise pas
la représentation de l’important volume inférieur du tétraèdre SiO2-Al2O3-« F »-CaO
de la figure 5.3, sous les plans Opx-Cpx-Pl et Opx-Grt-Pl, c’est-à-dire celui des
roches basiques sous-saturées en silice et roches ultrabasiques et incluant les roches
à olivine, spinelle, corindon. Pour de telles roches, il est toujours possible de changer
les paramètres de la projection. On choisit, par exemple, comme plan de projection,
le plan SCF et comme pôle de projection le corindon ou le spinelle, sous réserve que
ces minéraux soient présents dans les roches étudiées.
Une autre limitation du triangle ACF est l’impossibilité de représenter les phases
sodiques ; c’est un inconvénient majeur pour l’étude des métabasites du métamor-
phisme de hautes pressions et basses températures, dont les paragenèses incluent des
minéraux sodiques critiques tels que l’albite (plagioclase sodique), le glaucophane
(amphibole sodique) et la jadéite (pyroxène sodique).
L’outil informatique, grâce à la visualisation 3D, permet de gagner une variance
supplémentaire en permettant de visualiser un système tétraédrique en 3D. On trou-
vera des exemples, réalisés à l’aide du programme MetaRep, conçu par L. France
(France et Nicollet, 2010), sur la page http://christian.nicollet.free.fr/page/Figures/
3D/ACFS3D.html. On trouvera en annexe 1, le mode de calcul des diagrammes ACF
et A’KF.
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

5.3.4 Système à n constituants – les diagrammes A’KF


et AFM pour les roches de la séquence pélitique
Le même raisonnement que précédemment permet de retenir 5 constituants majeurs
des métapélites. Il s’agit de SiO2, Al2O3, FeO, MgO, K2O, (H2O) (voir R3 et R4,
exercice 1.1 de ce chapitre). En général, les phases hydratées sont abondantes dans les
métapélites et l’on considère, sauf exception, que le système est saturé en H 2O et
que la phase V est toujours présente. Le diagramme A’KF (figure 5.7) est une projection
du tétraèdre SiO2-Al2O3-« F »-K2O sur le triangle AKF à partir du pôle de projection
Qtz (SiO2). Comme pour le diagramme ACF, fer et magnésium sont considérés
comme un seul élément et le quartz doit être présent dans la paragenèse.

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Chapitre 5 • Le rôle de la composition chimique…

K2O
Pôles de
projection + SiO2
Kfs
Ms + Qtz
(+V)
Al2O3
SiAl MgO

Plan de
FeO projection AFM
A
SiAl
+ Qtz A'
SiAl
+ Ms
(+ V) + Qtz
+ Kfs
(+ V)
F M

F M

Figure 5.6 – Le tétraèdre A(Al2O3)-F(FeO)-M(MgO)-K(K2O)


est représentatif de la composition des roches pélitiques.
Contrairement au diagramme ACF, FeO et MgO sont considérés comme deux consti-
tuants chimiques indépendants. SiO2 est un constituant indépendant en excès et le
quartz doit être présent dans les paragenèses représentées. Le pôle de projection
est un minéral commun aux micaschistes : la muscovite (Ms) dans le diagramme AFM
(triangle de gauche). Au-delà de l’isograde de disparition de l’association Ms + Qtz,
la projection est faite depuis un autre minéral potassique : le feldspath potassique
(Kfs) sur le triangle A’FM (triangle de droite). Pour des raisons géométriques, les
points représentatifs de minéraux ou roches dans le tetraèdre (points noirs) peuvent
être projetés au-delà de la ligne FM sur le triangle AFM (points gris) ; par contre, ces
mêmes minéraux et roches sont projetés à l’intérieur du triangle A’FM (points vides).
En général, le système est saturé en H2O et une phase vapeur V est présente.

Dans le diagramme AFM (figure 5.6), fer et magnésium sont considérés au contraire
comme deux constituants indépendants. Le quartz est un minéral omniprésent et
abondant dans les métapélites, la silice est en excès et on fait abstraction de cet
élément dans le calcul, sous réserve de ne représenter que des roches contenant du
quartz. Les quatre éléments restant : Al2O3-FeO-MgO-K2O sont représentés dans un
tétraèdre pour lequel il faut définir une surface et un pôle de projection qui doit
coïncider avec un minéral (afin d’éviter le croisement des lignes de liaison). La base
du tétraèdre AFM sert de plan de projection ; il n’y a pas de minéral commun des
métapélites au pôle opposé : K2O (en fait, K2SiO3, puisque la silice est en excès). La
muscovite, sur la ligne A-K est, par contre, un minéral commun dans ces lithologies :
le diagramme AFM est la projection du tétraèdre Al2O3-FeO-MgO-K2O (-SiO2) à

68
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5.3 • La représentation graphique des paragenèses

Figure 5.7 – Représentation graphique de minéraux


et roches métamorphiques dans les diagrammes ACF-A’KF et AFM.
a) Les minéraux : le pôle F de ACF-A’KF regroupe Fe et Mg, tandis que AFM distingue
ces 2 éléments. Ainsi, des assemblages tels que : silicate d’alumine + staurotide
+ grenat, et silicate d’alumine + cordiérite + grenat apparaissent sous la forme de
deux triangles paragénétiques dans l’AFM, alors qu’ils sont colinéaires (disposés
sur un même segment) dans ACF-A’KF. En effet, le rapport XMg des minéraux est
croissant entre le staurotide, le grenat, la biotite et la cordiérite. Dans ACF et A’KF,
plusieurs minéraux sont représentés par des champs ou des lignes de composition :
clinopyroxène (Cpx) ; hornblende (Hbl) ; grenat grossulaire (Grs) ; grenat almandin
(Alm) ; grenat pyrope (Prp) ; biotite (Bt), indiquant par cela qu’ils constituent des
solutions solides plus ou moins complexes. Les variations de composition du
plagioclase (An = anorthite) ne peuvent pas être représentées, puisque le sodium
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

n’intervient pas dans le diagramme.


Dans AFM, les segments montrent que ces minéraux sont des solutions solides Fe-Mg.
Les différentes lignes de liaison reliant les « segments » de deux minéraux Fe-Mg
n’existent pas ensemble, mais correspondent à des conditions PT différentes. Les
autres minéraux ont des compositions considérées comme fixes. Sil : sillimanite ;
Ky : disthène ; And : andalousite ; Ep : épidote ; Ves : idocrase ; Cal : calcite ; Tr :
trémolite ; Crd : cordiérite ; St : staurotide ; Ms : muscovite ; Kfs : feldspath potassique
(microcline) ; Ann : annite (biotite ferreuse) ; Phl : phlogopite (biotite magnésienne) ;
Opx : orthopyroxène.
b) Champs de composition des principales roches sédimentaires et ignées dans
le diagramme ACF-A’KF. γ : granitoïde ; A : arkoses ; P : pélites ; G : grauwackes ;
B : basaltes et andésites ; C : roches carbonatées. (Kornprobst, 2001).

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Chapitre 5 • Le rôle de la composition chimique…

partir de la muscovite. On remarque que les côtés AF et AM du triangle AFM se


prolongent au-delà de F et M respectivement : ceci est lié au fait que le pôle de
projection « muscovite » est « bas » dans le tétraèdre. De ce fait, quelques minéraux,
en particulier la biotite, et roches peu alumineuses et relativement potassiques sont
projetées en dehors du triangle. Ce petit problème géométrique n’a pas de consé-
quence sur l’interprétation pétrologique.
Dans les conditions des faciès Amphibolite profond et Granulite, la muscovite est
instable (en présence de Qtz) et est remplacée par un autre minéral potassique : le
feldspath potassique par le biais de la réaction Ms + Qtz = Al 2SiO5 + Kfs + V.
Au-delà de cette réaction, la projection est faite depuis le feldspath potassique qui se
trouve aussi sur la ligne A-K. Ce minéral est plus proche du pôle K que ne l’est la
muscovite ; en conséquence, plus aucun minéral et roche ne sont projetés à l’exté-
rieur du triangle. On appelle ce dernier A’FM pour le différencier du triangle AFM
(figure 5.6).
Les mêmes restrictions concernant la phase vapeur et le constituant chimique
H2O discutées au paragraphe précédent pour le diagramme ACF peuvent être faites
dans le cas présent. Il est vrai que le problème est moins crucial, puisque les roches
pélitiques (et grauwackeuses) sont généralement abondamment hydratées et saturées
en H2O. Aussi, comme nous l’avons annoncé au début de ce paragraphe, la phase V
est généralement considérée présente. Toutefois, il faut être prudent dans les condi-
tions métamorphiques de hautes températures de la fin du faciès Amphibolite et du
faciès Granulite où le système peut être hydraté sans être saturé en H 2O et, de ce fait,
sans phase V présente.

5.3.5 Représentation graphique des paragenèses


des faciès métamorphiques
Les diagrammes ACF-A’KF-AFM, représentatifs des roches des séquences basique
et pélitique, permettent de caractériser la majorité des assemblages usuels des séries
métamorphiques. Ce sont des outils utiles pour décrire la diversité pétrologique au
sein d’une série métamorphique et faire des comparaisons entre différentes séries. Il
est possible de dessiner les différents diagrammes représentatifs des compositions
des métabasites et/ou métapélites dans un diagramme P-T faisant apparaître les
différents faciès métamorphiques. La figure 5.8 en est un exemple qui associe le
triangle ACF et le triangle A’KF. Une telle figure présente l’avantage de relier, sur
une même figure, les différentes paragenèses en fonction, à la fois, des variations des
paramètres P et T et des variations de composition chimique.

70
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Exercice

Figure 5.8 – Faciès métamorphiques


et paragenèses des métabasites et métapélites.
Cette figure couple le diagramme ACF et le diagramme A’KF. Les limites des faciès
sont en tirets. Quelques réactions minéralogiques sont données à titre de repère.
Le quartz est présent dans toutes les paragenèses. Ep : épidote ; Cal : calcite ; Chl :
chlorite ; Act : actinote ; Bt : biotite ; Ms : muscovite ; Kfs : feldspath potassique
(microcline à orthose, suivant les conditions P-T) ; Cld : chloritoïde ; Grt : grenat
(almandin-pyrope-spessartite) ; Grs : grenat grossulaire ; Arg : aragonite ; Cpx :
clinopyroxène ; Tlc : talc ; Crd : cordiérite ; Hbl : hornblende ; Cum : cummingtonite ;
An : anorthite ; Opx : orthopyroxène ; AlSi : silicate d’alumine ; Qtz : quartz ; liquide :
fusion partielle des métapélites. (Kornprobst, 2001).
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Exercice

1.1 Représentation graphique des paragenèses


Voici les analyses chimiques (en % en poids d’oxydes) de quelques roches et de
leurs minéraux (voir tableau ci-contre).
La paragenèse de R1 est : Hbl – Cpx – Pl ± Qtz ; R2 : Hbl – Pl ± Qtz ; R3 (mica-
schiste) : Ms + Bt + Sil + Grt + Qtz ; R4 (gneiss) : Ms + Bt + Sil + Crd + Qtz et R5
(métagranite) : Ms + Bt + Sil + Grt + Qtz + Pl. Représentez ces roches et leurs
minéraux dans un diagramme approprié.

71
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Chapitre 5 • Le rôle de la composition chimique…

SiO2 Al2O3 TiO2 CaO Na2O K2O MnO MgO FeO P2O5 Fe2O3 Total

R1 51,00 15,16 1,19 10,54 4,10 0,11 0,14 8,33 5,89 0,00 0,00 96,46
R2 50,66 17,12 0,25 9,74 3,66 0,59 0,09 8,01 4,52 0,00 0,00 94,64
Cpx 52,09 3,58 0,55 22,65 0,52 0,01 0,14 15,79 3,83 0,00 0,00 99,16
Pl 58,10 26,44 0,00 7,84 6,48 1,10 0,00 0,03 0,15 0 0,00 100,14
Hbl 49,99 7,13 1,01 12,09 1,54 0,18 0,12 18,42 7,08 0,00 0,00 97,56
R3 63,18 19,29 0,98 0,46 1,04 3,81 0,10 1,86 6,55 0,11 0,27 97,65
R4 60,50 16,80 0,94 4,68 2,45 3,35 0,42 4,02 6,43 0,40 0,00 99,99
R5 70,65 14,60 0,27 1,80 3,71 4,22 0,12 0,78 2,73 0,25 0,00 99,13
Grt 36,70 21,40 0,75 9,02 0,00 0,00 1,10 0,90 29,90 0 0,00 99,77
Crd 47,69 32,52 0,00 0,54 0,00 0,00 0,04 10,10 5,20 0 0,00 96,09
Bt 38,32 15,21 2,90 0,74 0,20 8,00 0,14 9,20 20,10 0,00 0,00 94,81

1.2 Les paragenèses d’un gradient métamorphique


Sur une coupe d’une dizaine de kilomètres de long, on recueille les échantillons
montrant les associations minéralogiques suivantes :
1 - act - chl - pl - qtz
2 - ms - qtz - ky - chl - cld
3 - ms - qtz - bt - chl - cld
4 - tr - cal - pl - qtz
5 - ms - qtz - grt - bt - chl
6 - ms - qtz - grt - std - chl
7 - ms - qtz - grt - st - bt
8 - hbl - pl - qtz
9 - hbl - pl - grt - qtz
10 - ms - chl - qtz - st - bt
11 - hbl - pl - grt - cpx
12 - cal - Grt - Qtz - Cpx
13 - hbl - cpx - pl - qtz
14 - grt - qtz - st - bt
15 - opx - cpx - qtz - pl
Sur un même affleurement d’une superficie d’une centaine de mètres carrés sont
recueillies les roches suivantes :
16 - ms - qtz - st - bt - ky
17 - bt - and - kfs - qtz - crd
18 - ms - qtz - bt - sil - st - crd - ky
19 - ms - qtz - bt - crd - and
20 - bt - sil - kfs - qtz - crd
Ces roches sont situées sur la figure 4.5. La roche 16 est située sur le site 1 de cette
figure ; R17 : site 4 ; R18 : site 2 ; R19 : site 3 ; R20 : site 3.

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Solutions

À quelle(s) séquence(s) appartiennent ces roches ? Quel(s) faciès métamorphique(s) ?


Quel(s) type(s) de gradient métamorphique matérialisent-elles ? Tentez de représenter
ces associations minéralogiques sur des diagrammes appropriés ? Plusieurs para-
genèses peuvent et doivent être représentées sur un même diagramme si leurs lignes
de liaison ne se croisent pas. Toutes ces associations minéralogiques sont-elles des
paragenèses ? Quelles réactions univariantes peuvent être envisagées à travers cette
coupe ? Comment expliquez l’absence de muscovite dans les roches 14, 17 et 20 ?
Peut-on les représenter sur un diagramme triangulaire ?
Positionnez (au moins certaines de) ces roches dans le diagramme PT ci-dessous.
Quelles informations nous apportent ces roches : en terme de gradient métamorphique ?
de trajet PTt ?

T
crd s-qt
ch

-bt z
l-m

ie
tex
-si

d
an l
al

ana
si
and crd
ky st- -sial-
qtz V

sil crd
st-qtz-V
cd-sial

ky grt-sil-qtz

P A
kfs s-qtz

+ qtz ky
gr t-sia

-sia
m

+ ms st
st-qtz

cld
l-V

+V crd
grt
l-V

chl

F M
bt

Figure 5.9 – Diagramme pression-température.

Solutions
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

1.1 La minéralogie suggère que les roches 1 et 2 appartiennent à la séquence basi-


que ; elles sont hydratées comme le suggère la somme des oxydes autour de 95 %.
Le diagramme ACF est classiquement utilisé pour ces lithologies. SiO 2, Al2O3, CaO,
MgO et FeO et Na2O en quantité majeure confirment ce choix en négligeant le
sodium. La composition chimique de roches est corrigée de la présence supposée
d’ilménite et des pôles alcalins du plagioclase (voir les modalités de calcul à
l’annexe 1). Ces corrections sont inutiles pour les minéraux : Cpx et Hbl. Le pôle
pur anorthite est utilisé dans ACF ; il est donc inutile de représenter la composition
chimique du plagioclase donné dans le tableau. On peut vérifier, en faisant le calcul
avec cette composition, en la corrigeant de la composition des pôles alcalins, que le
résultat coïncide avec le pôle anorthite.

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Chapitre 5 • Le rôle de la composition chimique…

A C F

R1 0,14 0,34 0,52


R2 0,19 0,32 0,49
Cpx 0,04 0,45 0,51
Hbl 0,08 0,26 0,66

La minéralogie des roches R3 et R4 témoigne qu’elles appartiennent à la séquence


pélitique ; il s’agit d’un micaschiste et d’un gneiss ; R5 est un orthogneiss. Les
diagrammes AFM ou A’KF sont appropriés pour ces compositions dans lesquelles
SiO2, Al2O3, CaO, MgO, FeO et K2O totalisent près de 95 %. Compte tenu du
nombre de minéraux (5), il est plus judicieux de représenter ces paragenèses dans un
diagramme AFM. En effet, seules les paragenèses à 4 minéraux sont représentées
dans le triangle A’KF. On obtient :

A M

R3 0,33 0,34
R4 0,23 0,53
R5 0,13 0,34
Grt 0,32 0,05
Crd 0,50 0,78
Bt – 0,26 0,45

En utilisant la formule :
( Al 2 O 3 – 3 K 2 O ) MgO
- et M = ----------------------------- .
A = --------------------------------------------------------------------------------------
( Al 2 O 3 – 3 K 2 O ) + ( MgO ) + ( FeO ) MgO + FeO

A A
sil
+ qtz
+ qtz + ms
+V +V

3 crd
an grt x 4
x
x5

2
F M
x

1x
cpx hbl bt
C F
Figure 5.10 – Représentations graphiques des roches et de leurs minéraux.
Remarquez que R2 se trouve sur la ligne hbl-an. R3 et R4 sont dans le même triangle,
mais leur position respective montre que la proportion sil/bt est plus élevée dans R3.
Le plagioclase de R5 n’est pas représenté dans le diagramme AFM. Voir la visualisation
3D de ces exercices à la page http://christian.nicollet.free.fr/page/LivreMetam/3D.html

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Solutions

1.2 Les roches à plusieurs micas, minéraux alumineux (cld, st, grt, si, and, ky) sont
des métapélites. Il s’agit de 2, 3, 5, 6, 7, 10, 14, 16 à 20. Amphiboles (hbl, act, tr),
pyroxènes, plagioclase sont des minéraux typiques des métabasites. Les roches 1, 8,
9, 11, 13 et 15 appartiennent à la séquence basique. Les roches 4 et 12, avec de la
calcite, sont des roches de la séquence carbonatée (marbres). Elles contiennent des
silicates calciques : amphibole, clinopyroxène ; le plagioclase et le grenat doivent
être riches en pôle calcique, pôles anorthite et grossulaire respectivement.
Les combinaisons de ces différents minéraux en associations minéralogiques aident
pour confirmer l’appartenance à une séquence ou l’autre (voir annexe 4).
Cette même annexe, ainsi que ce chapitre, permettent de définir les faciès méta-
morphiques dont témoignent ces roches. Schistes verts pour les paragenèses 1 à 3 ;
5 est à la transition avec le faciès Amphibolite. Les roches 6 à 14 se trouvent dans les
conditions de ce faciès. 16, 18 et 19 également. 15 est équilibrée dans le faciès
Granulite (absence de l’amphibole, présence des deux pyroxènes). Les métapélites 17
et 20 se situent au-delà de la réaction ms + qtz = kfs + sil + V : faciès Amphibolite
profond-début du faciès Granulite.
Dans les métapélites de 1 à 16, cld, ky, grt, st indiquent une évolution régulière du
métamorphisme de gradient de MP-HT. Sur l’affleurement des roches 16 à 20, nous
avons des associations de MP et d’autres de BP (à crd, and) : l’évolution de ces
roches, en relation avec la déformation, matérialise un trajet PTt que l’on interprète
comme étant associé à une exhumation (évolution MP Æ BP : voir diagramme PT).
Les métapélites sont représentées dans un diagramme AFM (ou A’FM) ; les méta-
basites et marbres, dans un triangle ACF (figure 5.11). La roche 20 est représentée
dans un triangle identique à la roche 17, mais la sillimanite remplace l’andalousite
au pôle A. Il est raisonnable de penser que le grenat du marbre 12 est un grenat riche
en pôle grossulaire. La métabasite 11 n’est pas représentable dans le triangle ACF,
car elle ne contient pas de quartz. Elle est stable dans les mêmes conditions que les
roches 9 et 13 (voir le cas similaire de la figure 5.4). La roche 15 est représentée
dans le champ gris foncé du triangle de gauche de la figure 5.4.
Toutes les associations minéralogiques qui sont représentées dans un triangle sont
des paragenèses. Remarquez que les paragenèses dans les métapélites ont (au maxi-
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

mum) 5 phases (diagramme AFM), tandis que les métabasites et marbres ont 4 phases
(diagramme ACF). Seule la roche 18, métapélite avec 7 phases, n’est pas une para-
genèse : coexistence ky-sil ; réactants et produits de la réaction St + Qtz = Crd + Sil + V.
Quelques réactions peuvent être proposées. Chl + Ms + Grt = St + Bt + Qtz +V entre
le second et troisième triangle AFM ; réaction Chl + Ms + St + Qtz = Bt + Ky + V
entre le troisième et quatrième triangle ; réaction Ms + Qtz = Kfs + SiAl + V ; Ky
= And ; Sil = And ; St + Qtz = Crd + Sil + V (R18) ; Hbl + Qtz = Opx + Cpx + Pl + V
entre les métabasites 13 et 15.
La muscovite est absente dans les roches 17 et 20, car celles-ci se trouvent à plus
hautes températures que la réaction Ms + Qtz = Kfs + SiAl + V. L’absence de

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Chapitre 5 • Le rôle de la composition chimique…

+ qtz
A
ky
+ ms st
+ V cld 2
grt 6
chl 710
3 5
F M
bt

ky A'
and + qtz and
+ kfs
+V crd
19 crd 17
16
bt

A
+ qtz
+V
an
chl
1 grs 8 grt
4 9
12 13
C F
cal tr/act cpx hbl

Figure 5.11 – Représentations graphiques des roches.

muscovite et de feldspath potassique dans la roche 14 est liée à la composition


chimique de la roche qui ne doit pas être potassique. Cette roche peut être représentée
dans le même triangle que la roche 7, mais sans muscovite. Elle se situe sur le plan
Al2O3-FeO-MgO du tétraèdre Al2O3-FeO-MgO-K2O.
L’ensemble des roches de 1 à 16 matérialise un gradient métamorphique de MP. Sur
l’affleurement contenant les roches 16 à 20, celles-ci indiquent une évolution rétro-
grade vers les basses pressions. On note le rôle de la déformation, dans les zones de
cisaillement, qui favorise la rétromorphose (figure 4.5). La roche 18 enregistre une
portion de son évolution PTt. Disthène et sillimanite coexistent : le disthène est
préservé à l’état métastable tandis que la sillimanite se forme, associée à la cordiérite,
à partir de la staurotide et du quartz.
Le diagramme PT présenté s’applique aux roches de la séquence pélitique. Seules
les roches appartenant à cette séquence peuvent être situées dans ce diagramme. La
roche 16 a un champ de stabilité légérement réduit par rapport au champ gris dessiné
pour les roches à St + Qtz (6, 7, 10, 14 et 16), car cette roche contient du disthène.
La roche 18 est à cheval sur les réactions Ky = Sil et St + Qtz = Crd + Sil + V. Les

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9782100522682-Nicollet.fm Page 77 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Solutions

relations géométriques des roches 16 à 20 sur l’affleurement de la figure 4.5 fournissent


des informations chronologiques relatives (site 1 Æ 2 Æ 3). Ceci suggère que ces
réactions précédentes sont franchies dans le sens d’une baisse de pression.

T
17

19 20

18
2
6
7
10
14
(16)
P

Figure 5.12 – Champ de stabilité des paragenèses dans l’espace P-T.

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6 LESRÉACTIONS
MÉTAMORPHIQUES

6.1 Interprétation thermodynamique sommaire d’une réaction


minéralogique
PLAN

6.2 Réactions solide-solide entre minéraux anhydres


6.3 Réactions entre solide-solide hydraté ou réactions de dévolatilisation
et libération de fluides
6.4 Le métamorphisme est-il isochimique ?

La règle des phases nous permet de prédire les paragenèses des domaines divariants
de l’espace P-T pour un système chimique donné et pour une gamme de minéraux
fixés. Elle nous guide dans la construction des grilles pétrogénétiques constituées de
réactions minéralogiques qui limitent les domaines de stabilité de ces différents
assemblages minéralogiques. Avant de s’intéresser à l’élaboration de telles grilles
pétrogénétiques au chapitre 7, précisons ce que sont les réactions minéralogiques.
Les réactions minéralogiques sont de différents types : elles font intervenir des
phases solides anhydres et/ou des phases solides hydratées ou carbonatées et, dans
ce dernier cas, une phase Vapeur.
Une réaction peut s’accompagner d’un changement de structure d’un minéral,
sans changement de composition chimique. Il s’agit de réaction de transformation
polymorphique. Le plus souvent, une réaction fait intervenir plusieurs phases miné-
rales. Dans le cas d’une réaction d’exsolution une phase est remplacée par deux
phases, souvent de la même famille minérale. La réaction peut résulter de l’instabilité
d’un assemblage minéralogique conduisant à une réaction interminérale entre ces
phases. Dans ce cas, on distingue les réactions interminérales solide-solide entre
minéraux anhydres et les réactions entre solide-solide hydraté ou carbonates ou
réactions de dévolatilisation qui libère des fluides. Les réactions métasomatiques
nécessitent un changement de la composition du système par un apport ou un départ
ou un échange de cations en solutions (Na+ Æ K+ par exemple). La métasomatose qui
implique ces réactions, suppose que le système chimique est ouvert, à la différence
des réactions précédentes qui se réalisent dans un système chimique fermé.

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6.1 • Interprétation thermodynamique sommaire d’une réaction minéralogique

6.1 INTERPRÉTATION THERMODYNAMIQUE


SOMMAIRE D’UNE RÉACTION MINÉRALOGIQUE
Une structure cristalline représente la mobilisation d’une certaine quantité d’énergie.
À 0 K, cette énergie interne U est d’origine strictement électrostatique ; elle repré-
sente la somme des énergies de liaison entre les atomes qui constituent la structure,
et dépend de la position respective des différents atomes dans la structure cristalline.
Si T et P augmentent, l’énergie interne U augmente également, car le cristal emmaga-
sine une certaine quantité de chaleur dq, qui se traduit par une agitation des atomes
autour de leur position d’équilibre théorique et un certain travail dw qui se traduit
par un tassement élastique de la structure. Il vient alors :
dU = dq + dw
où dq = TdS et dw = – PdV
S est l’entropie qui mesure le désordre de la structure cristalline. V est le volume,
qui varie en fonction inverse de la pression. Ces grandeurs sont généralement ramenées
à une quantité définie de matière cristalline : la mole.
Dans un système fermé (à composition constante), l’équilibre s’établit à P et T
données lorsque l’énergie libre G (ou énergie libre de Gibbs) est minimale, avec :
G = U – TS + PV
où U est l’énergie interne, S, l’entropie, (qui mesure le nombre de façons dont les
constituants atomiques se répartissent dans un minéral) et V le volume du minéral
ou de l’association de minéraux. Cette expression devient, avec H = U + PV :
G = H – TS
où H est l’enthalpie (ou chaleur spécifique) du minéral ou de l’association de
minéraux.
À P, T et composition chimique fixées, lorsque plusieurs assemblages sont possibles,
celui qui a l’énergie libre la plus faible est stable. Dans un diagramme P-T-G, on peut
définir une surface l’énergie libre pour chaque minéral ou association de minéraux.
Sur la figure 6.1, l’association A + B a la plus faible énergie à basses T et est l’asso-
ciation stable dans ces conditions. À plus hautes températures, c’est C qui est stable,
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

car GC est inférieure à GA+B dans ces conditions. Le passage du domaine de l’asso-
ciation A + B au domaine de C, par le biais de la réaction A + B = C, se fait lorsque
GC = GA+B, c’est-à-dire lorsque la variation d’énergie de la réaction DrG = GC – GA+B
= 0 (si le système est fermé, c’est-à-dire qu’il n’échange pas d’énergie avec l’extérieur).
On peut donc écrire, lorsque la réaction A + B = C se réalise :
DrG° = DH° – TDS° = 0

dans les conditions standard, sans variation de la pression. Une variation de pression
DP s’accompagne d’une variation de volume DrV de la réaction. D’où, il vient :
DrG = DrH° – T . DrS° + DrV (DP) = 0.

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Chapitre 6 • Les réactions métamorphiques

DP est égal à P – P° ; P° = 1 bar est négligeable devant P (plusieurs kb). Aussi peut-on
simplifier, en prenant DP = P. Réécrivons l’expression précédente :
DrG = DrH° – T . DrS° + DrV . P = 0 ou encore P = (DrS°/DrV)T – DrH°/DrV.

Ceci est l’équation d’une droite (du type y = ax + b) dans l’espace P-T. En réalité,
les choses sont un peu plus compliquées, car H, S et V ne sont pas des constantes :
V varie en fonction de P et H et S en fonction de P et T. En conséquence, la réaction
n’est pas une droite, mais une courbe dans l’espace PT. On peut, si l’on connaît les
valeurs de H, S et V des différents minéraux, dessiner quantitativement la réaction A
+ B = C dans un diagramme PT. L’exemple des silicates d’alumine est donné dans le
paragraphe suivant (figure 6.2).

C)
G(

B)
A+
G(

T
B
A+

P
C

Figure 6.1 – Diagramme P-T-G montrant les surfaces d’énergie libre GC


et GA+B pour le minéral C et l’association de minéraux A+B.
La ligne de réaction A + B = C sur le plan PT est la projection de l’intersection de
ces deux surfaces. À basses T, l’assemblage stable est A + B, car il a la plus faible
énergie. À plus hautes T, au-delà de la réaction, C est la phase stable, car elle a
l’énergie la plus faible.

6.2 RÉACTIONS SOLIDE-SOLIDE


ENTRE MINÉRAUX ANHYDRES
6.2.1 Réactions de transition polymorphique :
les silicates d’alumine
Les minéraux polymorphes sont des minéraux qui ont la même composition chimique,
mais des structures cristallines différentes ; leurs champs de stabilité dans le domaine
pression-température sont également différents. Il existe de nombreux exemples de
polymorphes dans les systèmes naturels. Ainsi, six minéraux différents, correspondant
à six architectures cristallines différentes, ont exactement la même composition

80
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6.2 • Réactions solide-solide entre minéraux anhydres

chimique SiO2 : il s’agit du quartz a, du quartz b, de la tridymite, de la cristoballite,


de la coésite et de la stishovite. Chacune de ces espèces est stable dans un domaine
particulier de conditions P-T. Deux carbonates, la calcite et l’aragonite, ont la même
composition CaCO3 ; l’aragonite est, en principe, le polymorphe de haute pression.
Le carbone (C) cristallise, suivant la profondeur, sous la forme de graphite ou de
diamant.
Trois silicates d’alumine ont aussi la même formule chimique. Ce sont l’andalousite,
la sillimanite et le disthène. Ces minéraux ont une composition chimique exprimée
par la formule Al2SiO5. Comme tous les silicates, ils sont constitués par des empile-
ments réguliers, plus ou moins compacts, d’anions oxygène O 2 – (rayon ionique
ri = 1,4 Å) qui délimitent des cavités tétraédriques dans lesquelles sont logés les petits
cations Si4+ (ri = 0,42 Å), et des cavités octaédriques dans lesquelles entrent les
cations Al3+ (ri = 0,51 Å) légèrement plus volumineux que les Si. La forme exacte des
empilements (ou réseaux cristallins) diffère d’un minéral à un autre, ce qui explique
que les trois polymorphes ont des caractéristiques physiques différentes : dimensions
de la maille cristalline, par exemple, ou propriétés optiques et densité. À la densité la
plus élevée (celle du disthène) correspond l’empilement le plus compact. Mais le
passage d’une structure à une autre n’implique que des modifications relativement
faibles de la forme du réseau cristallin et des déplacements ioniques de l’ordre de
grandeur de la dimension de la maille cristalline (quelques Å).
Chacun de ces silicates d’alumine correspond à des conditions de stabilité bien
définies dans un espace P-T (figure 6.2 a). Il est possible de constater que, à tempé-
rature donnée, c’est la phase de haute pression qui présente la densité la plus élevée.
Les droites qui délimitent les champs de stabilité des trois polymorphes représentent
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Figure 6.2 – Transformations polymorphiques : les silicates d’alumine.


a) Diagramme de phases selon Holdaway, 1971.
b) Situation des surfaces d’énergie libre dans un diagramme G-T, à 2 et 4 kb. À 2 kb,
chacun des trois polymorphes est caractérisé par un domaine de température dans
lequel il représente la phase la plus stable (configuration qui représente l’énergie libre
la plus faible). À 4 kb, l’énergie libre de l’andalousite est toujours plus élevée que celle
des deux autres polymorphes : ce minéral n’est pas stable dans ces conditions de
pression.
KY : disthène (r = 3,6); SIL : sillimanite (r = 3,25); AND : andalousite (r = 3,15); kk,
aa et ss : surfaces d’énergie libre du disthène, de l’andalousite et de la sillimanite.
(Kornprobst, 2001)

81
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Chapitre 6 • Les réactions métamorphiques

des équilibres minéralogiques qui, dans le sens d’une augmentation de la température,


s’écrivent de la façon suivante :
And = Sil ; Ky = And ; Ky = Sil
Deux polymorphes sont stables ensembles (costables) le long de chacune des droites
d’équilibre. Les trois polymorphes sont costables au point triple du diagramme
représenté par la convergence des trois droites d’équilibre.

6.2.2 Réactions d’exsolution


À hautes températures (et parfois, sans doute, à hautes pressions), certains minéraux
constituent des solutions solides chimiques continues (Mss dans la figure 6.3) qui ne
le sont plus à plus basses températures (ou pressions) et qui sont séparés par une lacune
de miscibilité. Deux minéraux (m1ss et m2ss dans la figure 6.3), en général de la
même famille minérale, mais pas toujours, forment des intercroissances ou lamelles
finement imbriquées que l’on appelle symplectites et « lamelles d’exsolution ». Les
deux phases minérales sont séparées, dans un diagramme composition – T ou P, par
un solvus (figure 6.3). Il est commun d’observer des exsolutions de clinopyroxène
dans de l’orthopyroxène et réciproquement. La proportion des lamelles par rapport
au minéral support dépend de la composition du minéral précoce Mss : en fonction
de la proportion de m1 et m2 dans Mss, la proportion de lamelles de l’un des deux
minéraux dans l’autre est variable. Ainsi, on parle de feldspath potassique perthitique
(couramment observé dans les granites), de mésoperthite et de plagioclase anti-
perthitique (souvent observés dans les roches du faciès Granulite) en fonction d’une
proportion croissante Ab/Fk dans le feldspath alcalin précoce de haute température.
Ces lamelles d’exsolution peuvent se former si la variation de T (ou P ?) est suffisam-
ment lente. Si la vitesse de refroidissement (ou d’exhumation) est trop rapide, le
minéral de HT ou HP (Mss) est préservé. Ainsi, le feldspath potassique des granites

T/P
Mss

T1/P1 m1ss + m2ss

m1 m2
Figure 6.3 – Diagramme de phases binaire d’un minéral Mss
Mss présente une solution solide continue entre deux pôles purs m1 et m2 à hautes
températures (ou pressions ?) et un solvus à basses températures (ou pressions ?).
Lorsque le cristal Mss se refroidit (ou est décompressé), celui-ci se démixte en
deux phases m1 et m2 lorsqu’il croise le solvus à T1/P1. La proportion de m1/m2
dans le cristal (3 dessins en bas du diagramme) et la T/P de démixtion est fonction
de la composition de la solution solide dans Mss.

82
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6.2 • Réactions solide-solide entre minéraux anhydres

est souvent perthitique, avec des lamelles d’albite dans l’orthose, tandis que le feldspath
alcalin des laves acides (refroidies rapidement) reste de l’anorthose, feldspath alcalin
intermédiaire entre feldspath potassique et albite. Dans ce dernier cas, la vitesse
(cinétique) de réaction était plus faible que la vitesse de refroidissement et les lamelles
d’exsolution n’ont pas eu le temps de se former.
Un diagramme tel que celui de la figure 6.3 peut être utilisé à des fins géothermo-
métriques en analysant les deux minéraux en présence : m1ss et m2ss.

6.2.3 Réactions interminérales solide-solide


entre minéraux anhydres
L’instabilité entre deux (et plus) minéraux conduits à des réactions minéralogiques entre
ces phases. Le champ de stabilité d’un minéral (ou d’une association de minéraux)
est réduit lorsque celui-ci est en présence d’un autre minéral avec lequel il peut réagir.
Sur la figure 6.4, le champ de stabilité de l’albite, pôle pur sodique du plagioclase,

T
an
or
gr
th
al

os
bi

ite
te

su

+
+

wo qua
ja

air
né e
ja

al


e+

lla
ph
bi

it
ite

te

sto tz
él
in
+

nit
e
qu

e
ar
tz

gr
oss
ul
ai
re
+ a
qu nor
ar thi
tz te
+
di
st
hèn
P e

Figure 6.4 – Réactions de déstabilisation


et champs de stabilité des pôles purs des plagioclases.
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Ces réactions limitent les champs de stabilité des minéraux ou assemblages de


minéraux. Le champ de stabilité d’un assemblage minéralogique est réduit chaque
fois que s’ajoute un nouveau minéral avec lequel celui-ci peut réagir. Le champ de
stabilité de l’assemblage grossulaire + quartz + disthène est plus restreint que
celui de l’association grossulaire + quartz et que celui du seul minéral grossulaire
(non représenté sur la figure). Même raisonnement pour les assemblages faisant
intervenir l’albite.
Ces réactions font intervenir des phases minérales pures dont la composition
chimique est fixe. Il s’agit de l’albite et l’anorthite, respectivement pôles purs sodique
et calcique du plagioclase ; la jadéite : pôle pur sodique du clinopyroxène ; le
grossulaire : pôle pur calcique du grenat. Ce diagramme montre l’intérêt de raisonner
sur des assemblages minéralogiques complexes (dont les champs de stabilité sont
restreints) plutôt que sur des phases seules (aux champs de stabilité larges) pour
caler les conditions PT de formation d’une roche métamorphique.

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Chapitre 6 • Les réactions métamorphiques

est limité vers les hautes pressions (basses T) par la réaction albite = jadéite + quartz.
Si l’albite est en présence de la néphéline, le champ de stabilité des deux minéraux
ensemble est réduit (vers les BP, HT) par rapport à celui de l’albite. La réaction limite
est albite + néphéline = jadéite. Le champ de stabilité de la jadéite seule, délimité
par cette réaction, est plus vaste que lorsque ce minéral est en présence de quartz
(réaction précédente).
On comprend pourquoi les pétrologues raisonnent préférentiellement sur la stabilité
des assemblages minéralogiques plutôt que sur la stabilité d’un minéral seul. Dans
une roche, l’assemblage grossulaire + quartz + disthène donne une information plus
précise quant aux conditions P-T de formation que l’assemblage grossulaire + quartz
et, a fortiori, la seule présence de grossulaire (dont le champ de stabilité n’est pas
représenté sur la figure 6.4).
Les réactions interminérales discutées dans ce paragraphe font intervenir des phases
dont la composition est fixe : on les appelle des pôles purs. Ces réactions ont une
position fixe dans l’espace P-T que nous pouvons calculer en utilisant les données
thermodynamiques (paragraphe 6.1 ci-dessus). Cependant, de nombreux minéraux
sont des solutions solides plus ou moins complexes, c’est-à-dire des mélanges de pôles
purs qui ont une composition chimique variable. Nous reviendrons sur les consé-
quences importantes de cette variation de la composition chimique des minéraux au
chapitre 8.

6.3 RÉACTIONS ENTRE SOLIDE-SOLIDE HYDRATÉ


OU RÉACTIONS DE DÉVOLATILISATION
ET LIBÉRATION DE FLUIDES

6.3.1 Eau, pente des réactions métamorphiques 


et rétromorphose
Nous avons noté, au paragraphe 2.3, qu’au cours de l’évolution prograde, la majorité
des réactions du métamorphisme régional sont des réactions de déshydratation avec
une pente positive. Ces réactions sont du type : H = A + V H2 O où H est un assem-
blage de minéraux hydratés, A un assemblage de minéraux anhydres (ou de mnx
moins hydratés que H) et V H2 O la phase vapeur d’eau. La pente d’une telle réaction
est positive et augmente avec la P ; elle peut s’inverser et devenir négative à HP, en
général dans les profondeurs mantelliques (figure 6.5). C’est le cas de la réaction
hornblende = orthopyroxène + clinopyroxène + plagioclase + V H2 O qui s’inverse aux
environs de 2 GPa. Nous avons noté, à la figure 2.3, que la pente d’une réaction dépend
du rapport DS/DV des différents minéraux intervenant dans la réaction. De fait, la
pente d’une réaction de déshydratation est largement contrôlée par les propriétés
thermodynamiques de la phase vapeur, au moins jusqu’aux profondeurs mantelliques :
celle-ci a des V (volume entropié) (à BP) et S élevées. De même, la variation de la
pente en fonction de la P est liée à l’importante compressibilité de la phase V H2 O.

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6.3 • Réactions entre solide-solide hydraté

T
A
H +
V
P

Figure 6.5 – Pente des réactions de déshydratation.


La pente des réactions de déshydratation est largement contrôlée par les propriétés
thermodynamiques de la phase V H2 O : à basses pressions, le volume de V est
important et la pente de la réaction faible. Lorsque P augmente, le volume de V
diminue, car sa compressibilité est importante : la pente s’accentue. À pressions
élevées, le volume de V devient faible et la pente de la réaction devient négative,
conformément à ce que nous avons discuté avec la figure 2.3. D’une manière
générale, cette figure s’applique aux réactions de dévolatilisation.

Si la pente de la réaction est positive, cela signifie que l’ensemble des phases
produites (A+ V H2 O ) a un plus gros volume que l’ensemble de phases réactantes H.
On écrit V(A+ V H2 O ) > V(H). Ainsi, lorsque la profondeur (= P) augmente, le volume
des produits de la réaction augmente : ceci est contradictoire, puisque l’augmentation
de la profondeur doit s’accompagner d’une augmentation de la densité (diminution
de volume). La contradiction est levée si cette vapeur libérée par la roche, de faible
densité (gros volume), remonte vers la surface. Dans ce cas, V(A) < V(H).
Ce type de réaction a des conséquences importantes pour la préservation des para-
genèses du métamorphisme. En effet, au cours de l’évolution rétrograde, la roche
préserve sa paragenèse de HT, car la réaction A + V H2 O = H ne peut pas se réaliser,
puisque la phase V H2 O a quitté la roche. Seul, un apport d’eau permettrait la rétro-
morphose. Mais même dans ce cas, cette rétromorphose a toutes les chances d’être
limitée. En effet, l’infiltration des fluides se fait à la faveur de fractures (fissures).
Cependant, nous avons noté que le volume des phases hydratées (de BT) est plus
élevé que celui des phases anhydres (de HT) : V(H) > V(A). En conséquence, lorsque
la réaction se réalise par infiltration d’eau, la fissure est rapidement colmatée par les
nouveaux minéraux « H ».

6.3.2 Pression partielle de fluide et champ de stabilité


des phases hydratées et carbonatées
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Nous avons remarqué (paragraphe 1.3.3) que l’eau n’est pas le seul constituant de la
phase vapeur dans les roches ; plusieurs espèces chimiques de fluides peuvent être
présentes : H2O, CO2, CH4, N2, etc. Les deux premières sont les plus importantes en
volume. On définit une pression des fluides (PFl) qui est, en règle générale, égale à la
pression lithostatique (PL). Elle est égale à la somme des pressions partielles des
différents fluides telle que PFl = P H2 O + P CO2 + P CH4 + P N2 + … = PL.
Pour estimer l’influence des fluides sur la stabilité des réactions, nous simplifions
en considérant une phase fluide constituée du mélange H2O et CO2. On peut exprimer
la proportion respective de ces deux constituants dans la phase vapeur par le rapport
XH2O (fraction molaire) qui égale H2O/(H2O + CO2). Dans le diagramme T versus

85
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Chapitre 6 • Les réactions métamorphiques

XH2O de la figure 6.6 (pour une pression lithostatique fixée), des réactions font
intervenir différents types de phases minéralogiques : H est un minéral hydraté (ou
un ensemble de minéraux hydratés), c’est-à-dire contenant des radicaux OH – dans sa
structure ; C est un carbonate (ou un ensemble de carbonates), c’est-à-dire contenant
des radicaux CO3=. A et B sont des phases (ou un ensemble de phases) anhydres.
La réaction A = B (tel que la transformation Ky = Sil) ne fait pas intervenir de
phase vapeur : la température de cette réaction n’est pas influencée par la composition
de celle-ci.
La réaction H = A + V H2 O est une réaction de déshydratation ; le champ de stabilité
de la phase hydratée H est fonction de la composition chimique de la phase vapeur :

T P = cte

B
A
H O)
A + V( 2
H
A
+
V(
C CO
2)
A + V (H2O) + V (CO2)
H+C

V (H 2O)
C+B+
V (CO 2)
H+A+

0 XH2O 1

Figure 6.6 – Diagramme T-XH2O à P = constante


montrant le comportement des réactions en fonction de la nature
du (ou des) fluide(s) qui intervien(nen)t dans la phase fluide.
Lorsqu’un fluide infiltre une roche (système ouvert), la composition de la phase V
reste fixe même lorsque la température augmente (flèche en tirets de droite) : on
dit que la composition de la phase V est « tamponnée » par un réservoir extérieur.
Si le système (roche) est fermé, étanche à l’infiltration, les réactions qui interviennent
au cours de l’augmentation de la T modifient la composition de la phase V selon que
les réactions consomment/libèrent l’un ou l’autre des fluides H2O et CO2 (flèche
brisée en tirets de gauche). Remarquez que, dans ces conditions, les réactions
se réalisent sur un intervalle DT (et DH2O) : elles sont divariantes. On dit que la
composition de la phase V est « tamponnée » par les réactions.

86
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6.3 • Réactions entre solide-solide hydraté

lorsque la fraction molaire XH2O diminue, la réaction se réalise à plus basses tempé-
ratures ; en conséquence, la stabilité de H est réduite vers les basses températures.
La réaction C = A + V CO2 est une réaction de décarbonatation ; le champ de stabilité
du carbonate C est réduit vers les basses températures lorsque la fraction molaire
XH2O augmente.
Pour la réaction H + A + V CO2 = C + B + V H2 O, le champ de stabilité du carbo-
nate C est réduit vers les hautes températures tandis que celui du minéral hydraté
augmente lorsque la fraction molaire XH2O augmente.
La réaction H + C = A+ V CO2 + V H2 O est constituée à la fois de minéraux hydratés
et de carbonates. C’est une réaction à la fois de déshydratation et de décarbonatation ;
elle est qualifiée, d’une manière plus générale, de réaction de dévolatilisation. Le
champ de stabilité de l’assemblage H + C est maximum pour une valeur intermédiaire
de XH2O. Il diminue pour n’importe quelle autre valeur. Cette valeur de XH 2O est
fonction du coefficient stœchiométrique des deux fluides CO2 et H2O dans la réaction ;
sur la figure, ces coefficients sont de 1 pour les deux fluides et le sommet de la
courbe correspond à la valeur XH2O = 1/2.
Revenons sur un classique diagramme P-T (figure 6.7) pour bien visualiser
l’influence de la nature de la phase fluide (V) sur les conditions de stabilité des
réactions. La réaction de déshydratation Ms + Qtz = SiAl + Kfs + VH 2O est du type
H = A + V ; XH2O est la fraction molaire d’un mélange H2O + CO2. La réaction est
déplacée significativement (200°) vers les basses températures lorsque la fraction

400 500 600 700 T ˚C

0,2

0,4 And
SiA
Ms
l+
Kfs

Sil
+Q

0,6
+V
tz

Ky
H 2O
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

0,8 1,0

0,25
P GPa
XH2O = 0,01 0,05

Figure 6.7 – Variation du champ de la réaction Ms + Qtz = Kfs + SiAl + VH2O


en fonction de la fraction molaire XH2O
dans un fluide composé d’un mélange H2O+CO2.
La réaction se déplace dans le sens de la flèche lorsque XH2O diminue de telle manière
que le champ de stabilité de la phase hydratée (Ms) diminue. SiAl = silicate d’alumine.

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Chapitre 6 • Les réactions métamorphiques

molaire XH2O diminue. On conçoit que, lorsque la composition de la phase vapeur


n’est pas connue, l’évaluation des conditions P-T à l’aide de grilles pétrogénétiques
avec P H2 O = PL peut engendrer des erreurs qui peuvent être significatives.

6.3.3 Infiltration de la phase vapeur ou système fermé


aux fluides extérieurs
Une phase vapeur est souvent présente dans les roches. Mais deux situations thermo-
dynamiques contrastées peuvent exister :
• Cette phase vapeur est introduite par infiltration dans la roche et sa composition
dépend d’un réservoir extérieur (dont on suppose que la composition ne change
pas) : cette composition reste constante au cours de l’évolution métamorphique
de la roche et n’est pas influencée par les réactions qui interviennent dans celle-ci.
Ceci est illustré par la ligne en tirets de droite sur le diagramme T-XH 2O de la
figure 6.6 : lorsque T augmente, les réactions sont franchies à une température fixe
et la composition de la phase fluide reste constante. Elles sont univariantes. Le
« système » (la roche) est ouvert à la phase fluide : on dit qu’il est « tamponné »
par un réservoir externe.
• La phase vapeur dans la roche ne communique pas avec un réservoir extérieur : le
« système » est fermé. Au cours de l’évolution métamorphique, la composition de
la phase V est modifiée par les réactions qui interviennent, comme l’indique la ligne
brisée (en tirets) de gauche sur la figure 6.6. Lorsque la température augmente, la
première réaction est atteinte. Celle-ci consomme du CO2 et libère H2O, modifiant
le rapport XH2O de la phase vapeur. La réaction se réalise à T et XH2O croissant :
elle est divariante. Lorsqu’une des phases solides réactantes est épuisée, la réaction
s’interrompt : la T augmente à XH2O constant jusqu’à la prochaine réaction. Le
système est « tamponné » par les réactions (« tampon interne »).

6.4 LE MÉTAMORPHISME EST-IL ISOCHIMIQUE ?


Nous considérons, en première approximation, que le métamorphisme est isochimique,
à l’exception des fluides. Mais dans ce cas, les fluides et, tout particulièrement, l’eau
qui circule n’est, sans aucun doute, pas pure, mais dissout de nombreux éléments !
Quelques observations montrent que le métamorphisme n’est pas strictement iso-
chimique. En voici deux exemples.

6.4.1 Le quartz d’exsudation


Les « schistes des Cévennes » constituent une importante formation schisto-gréseuse
dans le sud-est du Massif central, métamorphisée durant l’orogène paléozoïque
hercynienne. Ceux-ci sont faiblement métamorphisés dans les conditions du début
du faciès Schistes verts et montrent des lentilles de quartz d’exsudation. Ces lentilles
sont globalement disposées dans le plan de schistosité. Mais elles sont parfois plissées
ou bien obliques à la schistosité et la stratification. Ceci prouve que ces lentilles ne

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6.4 • Le métamorphisme est-il isochimique ?

sont pas d’origine sédimentaire et qu’elles se forment de façon continue au cours de


la déformation. Dans les conditions du faciès Schistes verts, l’eau libérée par les
métapélites est abondante. Elle remonte depuis la profondeur vers la surface. En
profondeur, cette eau a dissous certains éléments comme la silice. En effet, la solubilité
des éléments dans l’eau augmente avec la température et la pression (c’est-à-dire, la
profondeur).
Solubilité de SiO2 en g/kg de solution

102

kb
6
101
kb
4 kb 2

100 1 kb

0,3 kb
10–1

T ˚C
10–2
50 100 200 400 600 1000

Figure 6.8 – Solubilité de la silice en fonction de la température et la pression.


(Attention : les échelles sont logarithmiques) La solubilité dépend peu de la pression
jusqu’à une température de 400 °C. La flèche montre la diminution importante de
la solubilité de la silice dans une phase vapeur d’eau qui est exhumée avec une
baisse de température depuis 600° jusqu’à 100 °C. La silice en excès précipite sous
la forme de « quartz d’exsudation ».

En conséquence, la solubilité des éléments diminue lorsque cette eau remonte vers
la surface. Sur la figure 6.8, la flèche montre l’évolution de la teneur en silice dans
l’eau libérée par une roche à 6 kb-600 °C et qui remonte à 1 kb-100 °C. La concen-
tration varie de 15 g/kg-solution à 0,1 g/kg-solution : au cours de ce refroidissement-
exhumation, l’eau, qui devient sursaturée en silice, précipite du quartz. Ainsi,
l’abondance des lentilles de quartz dans les schistes des Cévennes témoigne de
transferts significatifs de matière et de circulation importante de l’eau (sur plusieurs
kilomètres ?).
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

6.4.2 Réactions de lessivage


Revenons au site du Cap Creus que nous avons étudié au paragraphe 4.2. Nous y
avons noté que la muscovite était stable dans les métapélites et présente aussi bien
dans les surfaces S1 que S2. Ces roches ne se situent jamais au-delà de la réaction
isograde Ms + Q = Sill + Fk + V et le feldspath potassique est absent des micaschistes.
De ce fait, cette réaction ne peut être responsable d’une nouvelle génération du mica
blanc postcinématique de S1 et S2 qui se forme au détriment de la sillimanite au cours
du trajet rétrograde (figure 4.5). D’autre part, on remarque que cette muscovite statique

89
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Chapitre 6 • Les réactions métamorphiques

tardive est abondante à proximité des pegmatites. Jordie Carreiras, de l’Université


de Barcelone, montre que les pegmatites se mettent en place tout au long de la défor-
mation. En effet, quelques indices démontrent le caractère syn- à postcinématique
de ces roches magmatiques. Ainsi, par exemple, les baguettes de tourmaline dans la
pegmatite ont une orientation préférentielle qui est parallèle à la linéation minérale
dans les métapélites, marquée par la forme ellipsoïdale des nodules de sillimanite.
Ces pegmatites sont entourées d’un réseau de fractures (perpendiculaires à la linéation
minérale) dans les métapélites qui sont bordées, sur une épaisseur moyenne d’un
centimètre, de tourmaline. Ces fractures coupent et sont recoupées par les pegmatites,
démontrant la contemporanéité de la fracturation et de la mise en place des pegmatites.
Les fluides métasomatiques libérés lors de la cristallisation de la pegmatite ont
provoqué une fracturation hydraulique et favorisé la déstabilisation de la sillimanite
au cours d’une « réaction de lessivage » (leaching reaction) de la forme :

3Sil + 3Qtz + 2K+ + 3H2O = 2Ms + 2H+.

H + 2K +
P = 0,3 GPa
V+
z+
Qt

2
+5

+
s
Sil
Kf

+
K
2

V +2
+3
tz
+
+ 3Q + 2 H
3 Sil s
2M
Sil
Température

And
Ms +

3 Kfs
6 Qtz

+2H
+2K

+
+

+ +
Log a(K /H )

Figure 6.9 – Diagramme activité de K+/H+ en fonction de la température.


Les deux flèches indiquent l’enregistrement minéralogique des trajets rétrogrades
dans les zones d’influence des fluides métasomatiques à proximité des pegmatites
(flèche oblique à droite) et en dehors des zones d’influence (flèche parallèle et à
proximité de l’axe des températures). À proximité des pegmatites, les fluides qui
circulent à la faveur des fractures favorisent la cinétique de réaction tandis que le
potassium contenu dans le fluide permet la réalisation de la réaction de lessivage
et modifie la composition chimique de la roche. À l'écart des pegmatites où le fluide
est moins abondant, l’évolution rétrograde est plus limitée.

90
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Exercice

La figure 6.9 schématise l’influence de l’infiltration des fluides métasomatiques


sur la réalisation des réactions rétrogrades. La flèche oblique indique l’enrichissement
en K+ dans la roche à la faveur de l’infiltration d’eau à proximité des pegmatites et le
franchissement de la réaction de lessivage. La courte flèche indique que, en s’éloignant
des pegmatites, la cinétique des réactions est limitée par l’absence de l’infiltration
d’eau et la réaction de transformation polymorphique (Sil = And) ne se réalise pas.

Exercice

1.1 Influence de la nature des fluides sur les paragenèses


métamorphiques
La figure 6.10 ci-dessous représente un affleurement où ont été recueillis, à quelques
mètres de distance, les micaschistes 1 et 2 dont les paragenèses sont respectivement :
(1) ms - qtz - bt - sil et (2) qtz - kfs - bt - sil.

quartzite

wo
2

wo

marbre
5m

micaschiste
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Figure 6.10 – Affleurement.

Trois lithologies sont représentées : les micaschistes forment des fines intercalations
dans une grosse masse de marbres dolomitiques au niveau de l’affleurement 2 ; des
niveaux de (méta)quartzite sont en contact avec le marbre. De rares niveaux de marbres
s’intercalent dans les micaschistes abondants qui ont fourni l’échantillon 1. À proxi-
mité de cet échantillon, le contact marbre-quartzite est jalonné de wollastonite (wo),
silicate de calcium de formule CaSiO 3. Comment expliquez-vous la diversité
minéralogique de ces différentes lithologies ? Il peut être utile de tracer un diagramme
T-XH2O à partir de la figure 6.11.

91
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Chapitre 6 • Les réactions métamorphiques

400 500 600 700 T ˚C

4 R

P Kb XH2O = 0 0,05 1,0


0,25 0
0,25
0,9 0,75 0,5

Figure 6.11 – Variation du champ des réactions


en fonction de la fraction molaire XH2O dans l’espace P-T.
Le fluide est composé d’un mélange H2O + CO2. Les réactions sont Ms + Qtz = Kfs
+ SiAl + VH2O (trait plein) et Cal + Qtz = Wo + VCO2 (tirets) ; la fraction molaire XH2O
est indiquée pour les 2 réactions. Remarquez que celle-ci varie en sens inverse en
fonction de la température pour les 2 réactions. R : voir correction, figure 6.12.

Solution
1.1 La question peut être précisée : pourquoi les deux micaschistes n’ont-ils pas la
même paragenèse puisque, recueillis à quelques mètres d’intervalle, on peut supposer
qu’ils se sont formés dans les mêmes P et T ? Pour les mêmes raisons, pourquoi le
contact marbre-quartzite est jalonné ou non de wollastonite ?
Les paragenèses 1 et 2 se trouvent respectivement à plus basse / plus haute température
que la réaction de déshydratation Ms + Qtz = Kfs + SiAl + VH2O ; la présence de
wollastonite et son absence montrent que les mêmes sites 1 et 2 sont à plus haute/
plus basse température que la réaction de décarbonatation Cal + Qtz = Wo + VCO 2.
La réponse est à chercher dans le paragraphe 6.3.2. Les variations minéralogiques font
intervenir deux réactions libérant une phase fluide différente. En fonction de la compo-
sition de la phase fluide, ces 2 réactions se réalisent à des températures (– pressions)
variables en sens inverse. Le tracé d’un diagramme T-XH2O (figure 6.12, dont le
principe est expliqué à la figure 6.6) à partir du diagramme PT de la figure 6.11 est
explicite.
Sur le diagramme PT (figure 6.11), les conditions d’équilibre de l’affleurement étudié
peuvent être celle du point « R ». Le diagramme T-XH2O (figure 6.12) suggère que
XH2O est élevée en « 1 » et faible en « 2 ».
En « 2 », les réactions de décarbonatation dans les marbres libèrent une phase
carbonique volumineuse qui se dilue avec une phase fluide aqueuse : XH2O est faible.
La réaction Ms + Qtz = Kfs + SiAl + VH2O se réalise à température inférieure à celle
à laquelle elle se réaliserait si PH2O était égal à la pression lithostatique. En « 1 », le
CO2 libéré par les rares niveaux de marbres influe peu sur la fraction molaire de la
phase fluide essentiellement aqueuse dans les micaschistes : XH 2O est élevée. La
réaction de décarbonatation Cal + Qtz = Wo + VCO2 est franchie à relative basse
température.

92
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Solution

T P = Cte
Wo
+ VC
Cal O2
+Q
tz

2
O 1
2
VH
s+
f tz
l +K +Q
i A s
S M

0 XH2O 1

Figure 6.12 – Variation du champ des réactions


en fonction de la fraction molaire XH2O dans l’espace T-XH2O.
Les points 1 et 2, à T identique, donnent l’ordre de grandeur relatif de la fraction
molaire XH2O sur les lieux des échantillons 1 et 2. Le point « R » sur le diagramme
PT (figure 6.11) indique les conditions arbitrairement fixées de P lithostatique et T
de l’affleurement.

93
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7 ANALYSE GÉOMÉTRIQUE
DES RÉACTIONS
MÉTAMORPHIQUES
ET ÉLABORATION
D’UNE GRILLE
PÉTROGÉNÉTIQUE

7.1 Système à un constituant indépendant


7.2 Système à deux constituants indépendants
PLAN

7.3 Système à trois constituants indépendants et élaboration d’une grille


pétrogénétique
7.4 Système à plus de trois constituants indépendants

Nous avons défini différents types de réactions au chapitre précédent. Il en existe un


très grand nombre en fonction de la composition chimique des roches, des minéraux
considérés, des conditions P-T-fluides. Il est nécessaire de les positionner les unes
par rapport aux autres dans l’espace P-T et établir ce que Bowen a appelé des grilles
pétrogénétiques. Une grille pétrogénétique est un diagramme PT avec des courbes
de réactions univariantes qui délimitent des champs divariants. Elle est construite
pour une composition chimique ou une gamme de compositions données : il n’y a
pas une grille pétrogénétique universelle, mais au contraire une multitude de grilles !
L’approche géométrique (ou chémographique) d’élaboration de ces grilles a été
introduite par Schreinemakers et précisée par Zen. Elle permet de créer très rapidement
une grille complexe qualitative. La prise en compte des paramètres thermodynamiques
(enthalpie, entropie, volume des phases) permet de la quantifier. Elle respecte la
règle des phases.

94
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7.1 • Système à un constituant indépendant

7.1 SYSTÈME À UN CONSTITUANT INDÉPENDANT


Soit le système minéralogique constitué des trois silicates d’alumine, système à un
constituant chimique : Al2SiO5 (déjà abordé précédemment à la figure 5.1). Nous
avons trois champs divariants qui sont limités par trois assemblages univariants qui
sont respectivement :
Ky + Sil ; Sil + And ; And + Ky
que l’on peut également écrire :
Ky = Sil ; Sil = And ; And = Ky
Par convention, un assemblage univariant porte le nom de la phase qui n’y parti-
cipe pas :
(And) Ky = Sil ; (Ky ) Sil = And ; (Sil) And = Ky.
Ces assemblages univariants sont des courbes P = f(T) dans l’espace P-T. Dessinons
ces trois lignes autour du point invariant. Traçons une des courbes de manière
complètement arbitraire, par exemple, l’assemblage (Sil). On définit une portion stable
de la réaction en trait plein et une portion métastable, en tiret, au-delà du point
invariant. Au-delà du point invariant, les deux phases stables sur la courbe et de part
et d’autre de la réaction sont moins stables que la troisième phase, la sillimanite.
Deux solutions sont envisageables pour positionner les deux champs divariants And

T T

. .
(Ky)
(Sil) (Sil) d
An An An il
d d S
Ky Ky
Si

Si
l

l
Ky

Ky

(And) (And)
P a P b
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Figure 7.1 – Tracé d’un point invariant dans un système à 1 constituant


indépendant.
Exemple des silicates d’alumine Al2SiO5. Les pentes des réactions sont arbitraires
dans un système sans unité. a) La réaction (Sil) est arbitrairement dessinée la
première ; les phases Ky et And sont placées également arbitrairement de part et
d’autre. Mais une fois ce choix fait, les autres réactions sont placées en respectant
la règle suivante : la réaction (And) ne peut pas se situer dans le demi-plan gris
délimité par la réaction (Sil) dans lequel la phase And est stable. Le positionnement
des phases Sil et Ky de part et d’autre de cette réaction (And) respecte la même
règle : la phase Sil est placée dans le demi-plan délimité par la réaction (And) qui
ne contient pas la réaction (Sil). b) Le même raisonnement est appliqué à la réaction
(Ky) qui ne peut pas se situer dans les 2 demi-plans respectivement délimités par
les réactions (Sil) et (And) dans lesquels la phase Ky est stable.

95
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Chapitre 7 • Analyse géométrique des réactions métamorphiques…

et Ky respectivement de part et d’autre de la ligne. Une fois choisie arbitrairement


une des 2 solutions, le positionnement des deux autres réactions doit respecter la
règle suivante : la réaction (And) – ou (Ky) – ne peut pas se situer dans le demi-plan
délimité par la réaction (Sil) dans lequel la phase And (ou Ky) est stable (demi-plan
gris sur la figure 7.1).
Pour enlever l’incertitude sur le choix de la solution à retenir et afin de quantifier
la figure 7.1b, nous devons calculer les pentes selon la formule P = (DS/DV)T – DH/DV
en utilisant les paramètres thermodynamiques, comme nous l’avons discuté au para-
graphe 6.1 Nous obtenons la figure 6.2.
Dans cet exemple d’un système à un constituant, l’analyse géométrique n’apporte
pas grand aide et le point invariant est plus simplement dessiné en utilisant les
calculs thermodynamiques. Cet exercice nous permet toutefois de comprendre, sur un
exemple simple, les principes de l’analyse géométrique. Celle-ci devient rapidement
très efficace pour gérer un grand nombre d’équilibres univariants d’un système
multi-constituants.

7.2 SYSTÈME À DEUX CONSTITUANTS INDÉPENDANTS


Considérons un système à deux constituants chimiques. La règle des phases indique
un nombre maximum de quatre phases au point invariant. Considérons les phases
suivantes : muscovite (Ms), sillimanite (Sil), feldspath potassique (Kfs) et magma
(L) : les conditions PT se situent à la limite du domaine des roches métamorphiques
et de celui des roches magmatiques, le domaine de l’anatexie. Quatre constituants
chimiques indépendants sont nécessaires pour rendre compte de la chimie des phases
considérées : K2O-Al2O3-SiO2-H2O. Pour raisonner sur un système à deux constituants,
nous considérerons que les éléments silice et eau sont en excès, c’est-à-dire en quantité
toujours suffisante pour permettre la présence des phases quartz et vapeur d’eau
dans tous les assemblages. Cette notion d’éléments en excès permet de raisonner
graphiquement sur un système à deux constituants chimiques indépendants au lieu
de quatre : le système chimique binaire est alors K2O-Al2O3.
Le segment en bas de la figure 7.2 montre les relations entre les minéraux et le
système chimique considéré. Les constituants en excès sont entre parenthèses. Le
magma L est matérialisé par un segment pour indiquer que la composition de celui-ci
change. Les relations géométriques des différents minéraux sur ce segment nous
permettent d’écrire les équilibres univariants, nommés par la phase absente, c’est-à-
dire les réactions (Sil), (Kfs), (Ms) et (L). En supprimant, chacun à leur tour, l’un
des minéraux sur le segment, on peut écrire les différentes réactions :
(L) : Ms = Kfs + Sil
(Sil) : Ms + Kfs = L
(Ms) : Sil + Kfs = L
(Kfs) : Ms = L + Sil
Ces équations sont écrites grâce à l’analyse géométrique dans un système à deux
constituants. Mais, elles ne sont pas chimiquement équilibrées, puisqu’elles ne font

96
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7.2 • Système à deux constituants indépendants

intervenir que deux des quatre constituants qui rendent compte de la chimie des
minéraux. Il est possible de calculer les réactions complètes (et les coefficients
stœchiométriques) grâce aux compositions chimiques des minéraux et, ainsi, de
prendre en compte le quartz et la vapeur d’eau (phases en excès) dans ces réactions.
Notons que la phase L est la phase la plus hydratée. Ainsi, ces réactions s’écrivent :
(L) : Ms + Qtz = Kfs + Sil + V
(Sil) : Ms + Kfs + Qtz + V = L
(Ms) : Sil + Kfs + Qtz + V = L
(Kfs) : Ms + Qtz +V = L + Sil
Le nombre de minéraux des deux listes de réactions respecte toujours la règle des
phases avec M = C + 1 minéraux pour un équilibre univariant.

T
(L) V
Kf Q tz + (Ms)
s+
M Si fs +
s+
Qt l + V +K
Sil
z L
Sil
L"
V
Qtz +

Ms + Q
L+S
Kfs +

L'
Kfs
il
tz + V
L
Ms +

(Kfs)
(Sil)
P Sil Ms L Kfs

Al2O3 K2O (+ SiO2 + H2O)


(+ SiO2 + H2O)
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Figure 7.2 – Tracé d’un point invariant


dans un système à deux constituants indépendants.
Bien que la composition chimique des minéraux nécessite quatre constituants indé-
pendants : K2O-Al2O3-SiO2-H2O, il est possible de ramener ce système à un système
à deux constituants : K2O-Al2O3 en se fixant comme conditions que SiO2 et H2O sont
en excès. En conséquence, les phases quartz et vapeur d’eau sont obligatoirement
présentes dans tous les assemblages considérés. Les variations de compositions
des roches et phases sont représentées sur le segment Al2O3-K2O. Reporté dans les
différents domaines divariants avec les minéraux appropriés, les segments indiquent
les différents assemblages divariants (paragenèses) possibles qui contiennent tous
Qtz et V. Les constituants chimiques et phases en excès sont indiqués en italique.
Les courbes de fusion hypothétiques de la sillimanite et du feldspath potassique
sont utilisées dans l’exercice du chapitre 9.

97
9782100522682-Nicollet.fm Page 98 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 7 • Analyse géométrique des réactions métamorphiques…

Remarquons les caractéristiques de ces différentes réactions : la réaction (L), qui


ne fait pas intervenir le magma L, est une réaction métamorphique, appelée aussi
sub-solidus. Les réactions (Sil) et (Ms) sont des réactions de fusion congruente
ou eutectique, tandis que la réaction (Kfs) est une réaction de fusion incongruente ou
péritectique, qui produit un magma et un minéral. Nous sommes en mesure de tracer
le point invariant impliquant ces équilibres univariants. En respectant la règle des
demi-plans illustrée par la figure 7.1, l’approche géométrique fournit 2 solutions.
Les paramètres thermodynamiques des minéraux nous amènent à retenir la solution
proposée à la figure 7.2.
Nous pouvons tracer les segments Al2O3-K2O (+ SiO2 + H2O) indiquant les para-
genèses dans chaque champ divariant, avec (+ Q + V). Ainsi, une seule paragenèse
est possible dans le champ divariant limité par les réactions (L) et (Ms) : Sil + Kfs
(+ Qtz + V) ; les paragenèses dans le champ divariant limité par les réactions (L) et
(Sil) sont Sil + Ms (+ Qtz + V) et Ms + Kfs (+ Qtz + V) ; les paragenèses dans le
champ divariant limité par les réactions (Kfs) et (Ms) sont : Sil + L (+ Qtz + V) et
L + Kfs (+ Qtz + V) ; les paragenèses dans le champ divariant limité par les réactions
(Sil) et (Kfs) sont : Sil + Ms (+Qtz + V), Ms + L (+Qtz + V) et L + Kfs (+ Qtz + V).
Notons que, bien que située au-delà de la courbe de fusion (Sil), la roche à Ms + Sil
+ Qtz + V, de par sa composition, ne fond pas.

7.3 SYSTÈME À TROIS CONSTITUANTS INDÉPENDANTS


ET ÉLABORATION D’UNE GRILLE PÉTROGÉNÉTIQUE
Nous voulons construire une grille pour les métapélites dans les conditions de très haute
température (THT). Les assemblages minéralogiques que nous souhaitons étudier
contiennent les six minéraux suivants : Quartz, sillimanite, saphirine (Mg,Fe)2Al4SiO10,
orthopyroxène (Mg,Fe)SiO3, cordiérite (Mg,Fe)2Si5Al4O18, nH2O, spinelle (Mg, Fe)
Al2O4.
Les constituants chimiques sont Al2O3, SiO2, MgO, FeO, H2O. MgO et FeO
entrent dans la composition des minéraux ferromagnésiens (solution solide Mg,Fe) :
simplifions en utilisant le seul pôle pur magnésien de ces minéraux. La cordiérite est
une phase qui peut être soit hydratée, soit anhydre, en particulier dans ces roches de
THT. En considérant ce deuxième cas, nous négligeons le constituant H 2O. Les trois
constituants restants : Al2O3, SiO2, MgO et les minéraux peuvent être représentés
dans le triangle dans le cercle de la figure 7.3.
La règle des phases fixe le nombre maximal de minéraux au point invariant à
C + 2 minéraux, soit cinq minéraux. Nous avons six combinaisons possibles de cinq
minéraux sur les six, ce qui signifie que le système a six points invariants, portant
chacun le nom de la phase absente.
La règle des phases indique que les assemblages divariants contiennent trois phases.
Dans le triangle MgO-Al2O3-SiO2, ces différents assemblages divariants sont obtenus
en traçant toutes les combinaisons possibles de triangles partiels ayant pour sommets
trois minéraux et parfois en supprimant une phase (saphirine ou cordiérite). Les

98
9782100522682-Nicollet.fm Page 99 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

7.3 • Système à 3 constituants indépendants, élaboration d’une grille pétrogénétique

sio2
q
crd
(q) opx sil
spr

mgo spl al2o3


q
opx + s
spr + c
1
opx crd
sil
spr
rd
il

crd
spl [sp] 2
(spr) opx crd sil
opx + sil +q spr
q
opx + sil

3
spl
(q)
spr + q

opx sil
spr q
4

d
+ cr
spr
cr + q
sp

spl
d

opx sil
r

spr

spl
spr
[crd] spl [opx-sil] q
7
(q) spr
opx + sil + spl opx crd
q q spl + q sil
opx + sil

6
spl + q

5
opx sil opx sil
spl
spl+
crd

spl spl
q

(spr) (spr)
Figure 7.3 – Assemblages divariants dans le système
à 3 constituants indépendants : Al2O3-SiO2-MgO.
Les différents triangles indiquent les paragenèses possibles dans les différents
espaces divariants ; ceux-ci sont séparés par les assemblages univariants en tirets.
Attention : cette figure n’est pas une grille P-T, car les angles entre les réactions
sont tracés arbitrairement sans respecter la règle des demi-plans de la figure 7.1

lignes de liaison reliant les minéraux ne doivent pas se croiser. Sept triangles regroupent
toutes les paragenèses (figure 7.3). Chacun de ces triangles regroupe toutes les
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

paragenèses d’un espace divariant. Ils sont séparés les uns des autres par une ligne
univariante. Comme nous l’avons vu au chapitre 5 (figure 5.2), cet assemblage
univariant entre deux triangles est constitué des quatre minéraux (M = C + 1) des deux
lignes de liaison qui se remplacent mutuellement dans les deux triangles.
Les deux lignes de liaison qui se remplacent mutuellement : Opx-Sil/Q-Spr entre
les triangles 3 et 4 indiquent que l’équilibre univariant séparant ces deux triangles
est Opx + Sil = Spr + Qtz (Spl,Crd). La réaction est appelée « spinelle-cordiérite
absents », car ces deux minéraux n’interviennent pas ; la réaction se trouve entre les
points invariants [Spl] et [Crd]. Entre les triangles 1 et 3, la cordiérite disparaît et est
remplacée par l’équilibre Opx + Sil + Qtz (Spr, Spl). Les réactions Spr + Qtz = Crd

99
9782100522682-Nicollet.fm Page 100 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 7 • Analyse géométrique des réactions métamorphiques…

(Opx, Sil, Spl), Spl + Qtz = Crd (Opx, Sil, Spr), Spr = Spl + Crd (Opx, Sil,Qtz) et
Spl + Qtz = Spr (Opx, Sil, Crd) font intervenir seulement 3 phases au lieu de 4. On
remarque que les trois phases sont co-linéaires pour chaque réaction. On appelle de
telles réactions des réactions dégénérées.
La figure 7.3 n’est pas une grille pétrogénétique, car elle ne respecte pas la règle
des demi-plans définie sur la figure 7.1. Nous devons appliquer cette règle pour relier
correctement les différents points invariants. Nous remarquons que chaque point
invariant possède une réaction en commun avec un autre point invariant : ainsi, la
réaction (Spl) autour du point invariant [Crd] est identique à la réaction (Crd) autour
du point invariant [Spl] : cette réaction permet de relier les 2 points invariants [Crd]
et [Spl] sur le diagramme P-T. Toutes les réactions (Crd) autour des différents points
invariants se rejoignent pour dessiner le point invariant [Crd] (figure 7.4). Nous
avons remarqué précédemment que les réactions (Opx) et (Sil) sont identiques et
nous les avons qualifiées de réactions dégénérées (Opx, Sil)). En conséquence, les
points invariants [Opx] et [Sil] sont identiques et se superpose en un point unique
[Opx, Sil], lui-même dégénéré. Parfois, ce sont les prolongements métastables des
réactions qui se rejoignent en un point invariant que l’on qualifie de point invariant
métastable. C’est le cas des points ]Q[ et ]Spr[ (remarquez les crochets à l’envers).

q T
(q)
opx crd sil
(spr) spr
op px s

q
x s il q
o

spl
il = =

opx crd sil


sp crd

spr
rc
rd

spl
q

opx sil
spr [spl] q

sp
]spr[ opx
sil
opx s

spr
spr q

(q) spl
ill

opx spr (q)


crd r q
sp

q sil
sp l spr rd q
c
opx sil spr spl
[crd] q spl q opx crd sil
spl
[opx-sill]
opx sil crd
ill

lq spl spl
xs

P sp ]Q[ q
op

spl (spr)
(spr) (spr)

Figure 7.4 – Grille pétrogénétique du système Al2O3-SiO2-MgO


pour les métapélites de très hautes températures.
Les points noirs sont les points invariants stables à l’intersection des portions stables
des équilibres univariants. Le point [opx-Sil] est un point dégénéré ; les équilibres
univariants qui rayonnent autour de ce point sont également des équilibres dégé-
nérés : ils ne contiennent que trois phases au lieu de quatre. Les points gris sont
des points métastables à l’intersection des prolongements métastables des équilibres
univariants.

100
9782100522682-Nicollet.fm Page 101 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Exercice

En conséquence, les réactions qui rayonnent autour de ces points métastables (par
ex. la réaction]Spr[(Crd)), ne sont stables qu’au-delà d’un point invariant stable (par
ex. [Crd]). Par contre, la réaction ]Spr[(Qtz) n’est jamais stable, car elle relie les
deux points métastables. Les prolongements métastables des réactions (en tiret) ne
limitent pas les champs divariants.
Sur la figure 7.4, les points [Spl], [Crd] et [Opx-Sil] sont stables tandis que les
points ]Spr[ et ]Qtz[ sont métastables. Une deuxième solution est possible dans
laquelle le point [Spr] est stable (et, par voie de conséquence, le point [Qtz]), tandis
que les points ]Opx,Sil[, ]Spl[, ]Crd[ sont métastables. La grille qui en résulte est
bien différente de celle-ci. Les données thermodynamiques des phases permettent de
choisir la « bonne » grille, mais parfois les deux sont applicables dans des conditions
physiques différentes. En dernier ressort, la confrontation avec les paragenèses des
roches reste le facteur discriminant ! (voir exercice ci-après).

7.4 SYSTÈME À PLUS DE TROIS CONSTITUANTS


INDÉPENDANTS
Les systèmes à C > 3 constituants comportent n = C + 3 points invariants à C + 2
phases en équilibre à partir desquels rayonnent C + 2 équilibres univariants à C + 1
phases. Ils se posent rapidement un problème de représentation graphique des
assemblages divariants. Il est possible, dans certains cas, de considérer un ou deux
constituants en excès comme nous l’avons fait dans le cas du système à deux consti-
tuants (paragraphe 7.2) ; ainsi, pour les métabasites sursaturées en silice (et eau), le
triangle ACF (paragraphe 5.3.3) est utilisé pour présenter les assemblages divariants.
Dans le cas des métabasites sous saturées en silice, le même système SiO 2-A2O3-
CaO-(Mg,Fe)O-(H2O), fait intervenir les phases olivine, orthopyroxène, clinopyroxène,
grenat, anorthite, spinelle, hornblende (et éventuellement vapeur d’eau si l’on considère
que le système est saturé en eau). La représentation graphique des assemblages diva-
riants nécessite des représentations tétraédriques qui sont d’une lisibilité délicate. Il
est possible d’explorer ces systèmes complexes par le calcul matriciel et l’élaboration
d’algorithmes permettant la construction automatique des diagrammes.
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Exercice

1.1 Construction d’une grille pétrogénétique


En utilisant les données thermodynamiques de Holland et Powell (1998), calculez
les équilibres impliqués dans le point invariant [Spl] de la figure 7.4. Nous considé-
rons que le système est purement magnésien.

101
9782100522682-Nicollet.fm Page 102 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 7 • Analyse géométrique des réactions métamorphiques…

Minéral S (J/mol K) V J/bar DHf (J/mol) Formule

En 132,5 6,262 – 3 090 260 Mg2Si2O6


Sil 95,5 4,986 – 2 585 890 Al2SiO5
Spr 440 19,87 – 11 014 080 Mg4Al8Si2O20
Qtz 41,5 2,269 – 910 880 SiO2
Crd 407,5 23,322 – 9 163 640 Mg2Al3AlSi5O18

1.2 Utilisation d’une grille pétrogénétique


a) On a recueilli sur le terrain six échantillons de roches métamorphiques contenant
les paragenèses suivantes :

1-Spr-Qtz-Sil 2-Spr-Qtz-Opx 3-Qtz-Opx-Sil


4-Crd-Opx-Sil 5-Opx-Spr-Crd 6-Opx-Spr-Spl

En utilisant un diagramme approprié, pouvez-vous déduire si ces échantillons


proviennent de la même zone métamorphique ? Si ce n’est pas le cas, pouvez-vous
caractériser le (ou les) équilibre(s) univariant(s) séparant les différentes zones méta-
morphiques ? La composition des minéraux est donnée au paragraphe 7.3. Dans le
cas des minéraux ferromagnésiens (solution solide Mg,Fe), simplifiez en utilisant le
pôle pur magnésien. Dans le cas de la cordiérite, phase hydratée, négligez l’eau
(nH2O).
b) La grille pétrogénétique de la figure 7.4 est l’une des deux solutions géométriques
possibles dans laquelle les points invariants ]Spr[ et ]Qtz[ sont considérés comme
métastables. Dessinez la deuxième solution dans laquelle ces deux points invariants
sont stables. Dessinez également les triangles des paragenèses dans les différents
champs divariants. Au regard des paragenèses de la question a, cette grille est-elle
plausible ?

Solutions
1.1 Dans un premier temps, il faut calculer les coefficients stœchiométriques de
chaque réaction. Pour la réaction (crd) :
a En + b Sil = c Spr + d Qtz
ou a Mg2Si2O6 + b Al2SiO5 – c Mg4Al8Si2O20 – d SiO2 = 0
On peut écrire les équations suivantes :
MgO (2 a – 4 c) = 0
SiO2 (2 a + b – 2 c – d) = 0
Al2O3 (b – 4 c) = 0
Il vient a = b/2 ; c = b/4 ; d = 1,5 b ; on fixe b = 1.

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Solutions

(Crd) 0,5 En + 1 Sil = 0,25 Spr + 1,5 Qtz


(Qtz) 0,5 En + 1 Sil = 0,0625 Spr + 0,375 Crd
(Spr) 0,5 En + 1 Sil + 0,5 Qtz = 0,5 Crd
(En, Sil) 0,125 Spr + 1 Qtz = 0,25 Crd

Nous avons vu, au paragraphe 6.1 que P = (DS/ DV)T – DH/ DV. DS/ DV donne la pente
de la réaction : c’est l’équation de Clapeyron. – DH/ DV, ordonnée à l’origine, permet
de calculer la pression à T = 0 K et ainsi de positionner la réaction dans l’espace P-T.

Point Équil. DS DV DH Pente P (bar)


invariant univariant (J/mol/K) (J/bar) (J/mol) (bar/K) à T = 0 K

[Spl] (Crd) 10,5 0,254 11180 41,3386 – 44 015


(Qtz) 18,5625 1,87063 6 275 9,92315 – 3 354
(Spr) 21,25 2,4095 4 640 8,81926 – 1925
(En, Sil) 5,375 1,07775 – 3 270 4,98724 3 034

Le point invariant se situe à P = 0,95 GPa et T = 1021 °C (attention ! dans les calculs,
l’unité de température est le K).
1.2 a) Il faut placer les paragenèses dans le (ou les) diagramme(s) approprié(s). En
application de la règle des phases, on se souvient que les paragenèses correspondent
à des assemblages divariants. Le système chimique considéré est Al2O3-SiO2-(Mg,Fe)O
du paragraphe 7.3. Les différentes paragenèses se placent dans les triangles des figu-
res 7.3 et 7.4. Paragenèses 1 et 2 : triangle 4 ; par. 3 : triangle 3 ; par. 4 : triangle 1 ;
par. 5 : triangle 2 ; par. 6 : dans tous ces 4 triangles. Ces six roches proviennent donc
de quatre zones métamorphiques, c’est-à-dire domaines divariants de la figure 7.3,
qui se situent autour du point invariant [Spl]. On remarque que la paragenèse 6 est
atypique et qu’elle est stable dans n’importe lequel des quatre triangles.
Les équilibres univariants séparant les différentes zones métamorphiques sont direc-
tement lisibles sur la figure 7.3.
b) Bien que réalisée avec les mêmes points invariants, cette deuxième grille est bien
différente de la première, simplement en inversant les points invariants stables et
métastables. Cette inversion amène à inverser également les 2 points désormais stables
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

[Spr] et [Qtz] par rapport avec l’axe des pressions : le point [Qtz] est à plus basse
pression que le point [Spr] dans cette nouvelle configuration.
Cette grille inverse ne permet pas de représenter l’ensemble des six paragenèses de
la question a. Les paragenèses 1 et 2, avec l’association spr + qtz typique du méta-
morphisme d’ultra-haute température (UHT ; voir paragraphe 14.4) n’existent pas.
La première grille est donc plus appropriée à nos observations pétrographiques.
Cependant, les assemblages à spr + qtz sont absents de certaines formations d’UHT
où l’assemblage spl + qtz domine, tandis que la saphirine est cantonnée dans les
assemblages de basses pressions. Dans ce cas, la grille inverse est plus appropriée
pour ces assemblages qui se formeraient dans des conditions fluides (oxydantes)
différentes des assemblages à saphirine.

103
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Chapitre 7 • Analyse géométrique des réactions métamorphiques…

T
q (spl) q

opx crd sil opx crd sil


spr spr

sp x si
rc l
spl op

rd
spl
(crd) (opx,sil)
opx spr
q sil spr
sp crd
l spl
opx crd sil q
(spl)
[Qtz]
opx crd sil
spl sp
op

c l
x s px s
rd
]opx-sil[
il

spl
]crd[
o

q
il q
=c
rd

opx sil

spl [spr]
il
xs

lq
op

q
sp cr
opx sil
spl d
(crd) q (opx,sil)
P spl
]spl[

Figure 7.5 – Grille pétrogénétique inverse de celle de la figure 7.3.


Les portions métastables des réactions reliant les points invariants métastables n’ont
pas été représentées.

104
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LES
RÉACTIONS
MÉTAMORPHIQUES
8
MULTIVARIANTES :
THERMOMÉTRIE
ET BAROMÉTRIE
GÉOLOGIQUES

8.1 Réaction continue et réaction discontinue


8.2 Le principe de la géothermobarométrie
8.3 Un thermomètre basé sur la réaction d’échange fer-magnésium
entre biotite et grenat
PLAN

8.4 Un exemple de géothermobaromètre basé sur l’équilibre cordiérite


= grenat + sillimanite + quartz + H2O
8.5 Les logiciels de calculs thermodynamiques multi-équilibres
8.6 Précautions d’utilisation de la géothermobarométrie
8.7 Étude des inclusions fluides : caractérisation de la phase fluide
et géothermobarométrie
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

La quantification est un des soucis majeurs du pétrologue. Une bonne connaissance de la


température et de la pression, c’est-à-dire la profondeur, de formation d’une roche
est nécessaire pour tenter de caractériser son évolution géodynamique. L’étude
pétrographique et le positionnement d’une paragenèse dans un faciès métamorphique
et dans une grille pétrogénétique constituent une première approche, mais qui doit
être affinée par une approche thermodynamique, qui est la géothermo-barométrie.
Dans les analyses géométriques qui précèdent, les phases intervenant dans les équi-
libres ont toujours été considérées comme ayant une composition constante, c’est-à-
dire qu’elles sont des « pôles purs ». La majorité des minéraux sont des solutions
solides, dont la composition varie entre ces pôles purs. Au cours de l’évolution

105
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Chapitre 8 • Les réactions métamorphiques multivariantes…

métamorphique, la composition des minéraux peut changer de façon progressive.


Ainsi, nous avons noté un changement relativement rapide de la composition des
minéraux des métabasites à la transition entre les faciès des Schistes verts et Amphi-
bolite : c’est l’entrée du calcium dans le réseau du plagioclase, depuis une composition
purement sodique (albite) dans le faciès Schistes verts ; c’est, de la même manière,
l’entrée de l’aluminium dans le réseau de l’amphibole, depuis une actinote (amphibole
peu alumineuse), dans le faciès Schistes verts, qui se transforme rapidement, mais de
manière progressive en hornblende, dans le faciès Amphibolite. La modification de la
composition des 2 minéraux essentiels des amphibolites se poursuit, de façon plus
modérée, lorsque les conditions P et T augmentent à travers le faciès Amphibolite.
D’une manière plus générale, il faut noter que la coexistence de phases ferro-
magnésiennes deux par deux (Grt-Bt ; Grt-Crd ; Opx-Bt ; Opx-Grt, etc.), ou en plus
grand nombre, est généralement caractérisée par une répartition inégale du fer et du
magnésium entre ces différentes phases. Les atomes de fer et de magnésium ont des
dimensions comparables et entrent généralement dans les mêmes sites structuraux
des minéraux ferromagnésiens. Mais leurs rayons ioniques sont cependant différents
l’un de l’autre (0,74 et 0,66 Å, respectivement). Ainsi des variations de concentration
XFe ou XMg dans les phases ferromagnésiennes, entraînent généralement des varia-
tions significatives de leurs propriétés thermodynamiques, S et V par exemple. La
minimisation de l’énergie libre G d’un assemblage comportant deux ou plusieurs
phases ferromagnésiennes implique donc généralement une répartition inégale du
fer et du magnésium entre ces phases. Ce comportement se traduit par des réactions
divariantes (et mêmes multivariantes) ou réactions continues. Si nous pouvons
déterminer précisément comment le fer et le magnésium et les autres éléments se
répartissent entre des minéraux coexistants lorsque la pression et la température
changent, alors la température et la pression d’une paragenèse donnée peuvent être
déterminées grâce à l’analyse chimique de ces minéraux. Ceci est la base de
nombreuses méthodes de calcul de la géothermo-barométrie.

8.1 RÉACTION CONTINUE ET RÉACTION DISCONTINUE


Une zone métamorphique est délimitée par deux « isogrades » qui font apparaître/
disparaître brutalement un (ou plusieurs minéraux). À l’intérieur de la zone méta-
morphique, entre les deux réactions isogrades, les conditions T et P évoluent et la
composition des minéraux change également.

8.1.1 La réaction continue Chl + Ms = St + Bt + Qtz + V


La figure 8.1 décrit les modifications minéralogiques des roches de la séquence péli-
tique par une succession de diagrammes AFM présentés au paragraphe 5.3 .4. Les para-
genèses des roches dans ces triangles ont, au maximum, 6 phases : 3 phases au sommet
des triangles partiels, auquel s’ajoutent le quartz, la vapeur d’eau (phases en excès) et
la muscovite (pôle de projection). Il s’agit d’assemblages divariants avec un nombre
de phases équivalent au nombre de constituants (Al2O3-FeO-MgO-K2O-SiO2-H2O ;

106
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8.1 • Réaction continue et réaction discontinue

a T
St + Ky +
+ qtz
+ ms chl + ms = st + bt + qtz + V chl + ms + qtz = bt + ky + V

chl + ms + st + qtz
chl + ms + grt
st + bt + qtz + V
+V A ky
st

bt + ky + V
grt chl
* *
F M
bt bt bt
T1 T2

T
st + bt + qtz + V
b
iotite
us B
Solv R3
V
tz +
T2 + q
bt rite R2
t+ hlo
s +s C
+m lvus
T1 chl So
R1
chl + ms

R1
*: R2 R3
XMgO 1

Figure 8.1 – Représentation graphique de la succession


des réactions discontinues-continues d’une série métapélitique
dans les conditions du faciès Amphibolite.
a) Les triangles AFM (+ K2O + SiO2 + H2O : système chimique avec C = 6) matérialisent
les paragenèses (assemblages divariants à 6 phases) dans les zones métamorphiques
et sont séparés par les réactions discontinues (assemblages univariants à sept phases)
isogrades (Std+ et Ky+). Les deux triangles entre les deux isogrades montrent
l’évolution des compositions des minéraux ferromagnésiens dans la zone méta-
morphique lorsque T augmente ; cette variation de la composition chimique des
minéraux provoque le glissement des triangles, ce qui implique une variation de la
proportion des minéraux dans les roches. Celle-ci se fait par le biais de réactions
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

continues (à six phases : réactions divariantes). L’astérisque * dans les triangles à


T1 et T2 est le point représentatif d’une roche (R2) dans le triangle Bt-Chl-St. La
position de l’astérisque dans le triangle AFM est fixe et la proportion des minéraux
dans la roche R2 change par le biais de la réaction continue : Chl + Ms = St + Bt
+ Qtz + V lorsque T augmente.
b) Diagramme T-XMgO de la réaction continue Chl + Ms = St + Bt + Qtz + V. La réaction
se réalise dans un intervalle variable de T en fonction de la composition de la
roche. Les segments à droite du diagramme indiquent les intervalles de T auxquels
la réaction se réalise pour les trois roches R1, R2 (*) et R3. Au cours de la réaction, la
proportion de chlorite/biotite diminue respectivement tandis que le rapport XMgO
des deux minéraux augmente (portions épaissies sur les solvus pour la roche R2).
À une température donnée (T2), R1 contient déjà la paragenèse de HT et R3, celle
de BT ; R2 contient tous les minéraux de la réaction continue.

107
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Chapitre 8 • Les réactions métamorphiques multivariantes…

SiO2 et H2O sont en excès). La réaction isograde Std+ est une réaction univariante qui
contient 7 minéraux conformément à la règle des phases. Elle sépare deux triangles
dans lesquels la ligne de liaison grenat + chlorite (triangle de gauche) est remplacée
par la ligne staurotide + biotite (triangle à droite de la réaction). Cette réaction fait
apparaître brusquement de la staurotide dans les roches à biotite. Notons, toutefois,
que ce minéral existait avant cet isograde dans les roches très alumineuses.
Dans la zone métamorphique située entre les deux réactions isogrades St+ et Ky+,
la configuration des triangles ne changent pas. Cependant, ceux-ci « glissent » vers
la droite, car la composition des minéraux qui sont à leur sommet varie lorsque T
augmente. Attardons-nous, par exemple, sur le triangle « st-chl-bt » : celui-ci se
déplace vers la droite, car la composition de la biotite et de la chlorite devient plus
magnésienne (la composition de la staurotide varie peu) lorsque la T augmente. Le
point représentatif de la composition chimique d’une roche est matérialisé par un
astérisque (*) dans les deux triangles du milieu de la figure. La position de ce point
est fixe dans le triangle AFM, puisque la composition de la roche ne change pas si
l’on considère que le métamorphisme est isochimique. La proportion des 3 minéraux
dans la roche n’est pas la même dans le triangle « st-chl-bt » à T1 et à T2, puisque ce
triangle est différent à chacune de ces T (la proportion des 3 minéraux dans la roche
dépend de la position du point représentatif de la roche par rapport aux sommets du
triangle). Entre T1 et T2, la chlorite s’éloigne de l’astérisque, tandis que la ligne de
liaison staurotide-biotite s’en rapproche. De T1 à T2, la roche s’appauvrit en chlorite
et s’enrichit en staurotide + biotite au cours de la réaction chl + ms = st + bt + qtz + V.
Cette modification se fait progressivement : on dit que la réaction est « continue »,
« glissante ». Entre T1 et T2, elle ne fait pas apparaître de nouvelles phases, mais
modifie la proportion des phases déjà existantes. Elle contient autant de phases que
le nombre de constituants chimiques du système : cette réaction est qualifiée de
divariante. Elle se distingue des réactions isogrades univariantes délimitant la zone
métamorphique. Ces dernières sont appelées « réaction discontinue », car elles se
réalisent à une température fixe et font apparaître brutalement de nouvelle(s) phase(s).
Examinons le déroulement de la réaction continue Chl + Ms = St + Bt + Qtz + V
dans la roche R2 (*) dans le diagramme T-XMgO de la figure 8.1 b. Sur ce diagramme,
une loupe sépare le domaine à chlorite + muscovite d’un domaine à staurotide + biotite
(+ quartz et vapeur) : cette loupe est le domaine divariant de la réaction dans un
intervalle DT. Elle est limitée par les solvus de la chlorite et de la biotite qui donnent
la composition de ces 2 phases à différentes températures. A une température donnée
dans l’intervalle DT, la roche contient un couple Chl-Biot aux rapports XMgO
(XMgO = MgO / MgO + FeO) contrastés. Lorsque T augmente, le rapport XMgO
augmente dans les deux minéraux.
La roche R2 contient initialement de la chlorite, muscovite, quartz, éventuellement,
un peu de biotite. La T augmente jusqu’à toucher la loupe de la réaction divariante :
de la staurotide et de la biotite commencent à cristalliser. La composition de cette
biotite est celle du « solvus Biotite » à cette température. Lorsque T augmente, les
compositions des biotite et chlorite en équilibre se déplacent le long des solvus
respectifs des deux minéraux (portions épaissies sur le solvus). La quantité de

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8.1 • Réaction continue et réaction discontinue

staurotide et biotite augmente ; chlorite et muscovite sont consommées jusqu’à dispa-


rition de la chlorite. On remarque que la réaction n’évolue que si la température change.
Comparons trois roches R1, R2 et R3 ayant la même composition minéralogique
aux basses températures du diagramme, mais une proportion différente des minéraux
et une composition chimique différente : le rapport XMgO augmente de R1 à R3
(figure 8.1 b) On remarque que la réaction divariante n’intervient pas aux mêmes
intervalles de températures dans les trois roches (segments à droite du diagramme).
En conséquence, à T2, chaque roche a une paragenèse différente : la roche R1 a déjà
acquis la paragenèse de hautes températures tandis que la roche R3 a encore la para-
genèse de basses températures ; la roche R2 se trouve dans le champ divariant de la
réaction et contient tous les minéraux de cette réaction.
À une T fixée, la proportion réactants/réactifs est également fixée ; il en est de
même pour le rapport XMgO des deux minéraux couplés. Ainsi, connaissant la
composition chimique du couple de ces minéraux et si le diagramme T-XMgO de la
figure 8.1b est calibré, il est possible, théoriquement, de calculer précisément la T de
cristallisation de la roche : nous avons ici un géothermomètre.

8.1.2 La réaction continue Bt + Sil + Qtz = Grt + Kfs + V


La réaction Bt + Sil + Qtz = Grt + Kfs + V se réalise dans les conditions du faciès
Granulite dans les métapélites. Elle est divariante dans le système AFM considéré
précédemment. Elle est, par contre, univariante si l’on ne considère que le pôle pur
Fe (ou Mg). La figure 8.2 représente les 2 réactions pôle pur : pôle pur fer à 650° et
0,8
0,4

0,8
0,6
0,2

0,6
0,1
0,4
0,2

+v
rd
+c
fs
+k

t
gr
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

qtz=
si l+
bt+

Figure 8.2 – Champ divariant de l’équilibre Bt + Sil + Qtz = Grt + Kfs + V


pour XH2O = 0,4. D’après Vielzeuf, 1984.
Le champ est limité en T par les deux réactions pôle pur (traits épais) : Fe à basse
température, Mg à haute température ; les compositions respectives du grenat
(tirets) et de la biotite (pointillés) dans le champ divariant sont données en XMg.
(XMg = Mg/Fe + Mg). Le champ hachuré correspond au champ divariant de la réaction
pour la composition de la roche (*) de la figure 8.3.

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Chapitre 8 • Les réactions métamorphiques multivariantes…

pôle pur magnésien à près de 900 °C. Le domaine entre les 2 réactions pôles purs est
le domaine divariant de la réaction dans le système Fe-Mg. Les compositions
respectives (XMg) de la biotite et du grenat dans ce champ divariant sont indiquées.
On peut apprécier l’intérêt thermométrique d’une telle réaction qui s’étale sur presque
250° et dont la pente forte montre qu’elle est peu influencée par la pression. Le
diagramme T-XMg de la figure 8.3, à une pression fixée de 6 kb, indique les compo-
sitions chimiques des couples biotite-grenat en début et fin de la réaction pour une
composition chimique donnée. En reportant ces valeurs dans le diagramme PT de la
figure 8.2, on déduit les températures de début et de fin de la réaction continue pour
la composition de la roche (*) : celles-ci sont de 700° et 760° environ respectivement.
De même, la température d’équilibre d’une roche contenant l’assemblage de cette
réaction peut être calculée en analysant le couple biotite-grenat de la roche.
Pourtant, ce géothermomètre potentiel présente une restriction de taille : il est
dépendant de la composition de la phase vapeur. En effet, nous avons vu, au paragra-
phe 3.3.1, que dans les conditions du faciès Granulite, la pression partielle d’eau est
inférieure à la pression totale, sinon la roche fond partiellement (nous reviendrons
sur ce point au paragraphe 10.4.1). Dans ce cas, l’eau est mélangé à un (ou plus) autre
fluide qui est, le plus souvent, le CO2. La réaction a une variance supplémentaire : le
système est à C = 7 (Al2O3-FeO-MgO-SiO2-K2O-H2O-CO2) tandis que la réaction
continue, avec six phases, est trivariante. (D’une manière générale, lorsqu’une réaction
continue a une variance élevée, on dit qu’elle est multivariante). Nous avons vu
l’influence importante de la composition de la phase fluide sur la stabilité des assem-
blages minéralogiques au paragraphe 6.3. La grille de la figure 8.2 est dessinée pour
une XH20 = 0,4 (XH2O = H2O/H2O + CO2). Celle-ci est déplacée à des températures
très variables selon cette valeur de XH2O.

P = 6 kb T

grt + kfs + V
nat
gre
lv us
So +V tite
+ kfs Bio
gr t lvu
s
+ So
qtz
il +
bt +s

bt + sil + qtz

* XMg 1

Figure 8.3 – Diagramme T-XMg de la réaction continue Bt + Sil + Qtz


= Grt + Kfs + V dans les conditions du faciès Granulite à P = 6kb.
La portion magnésienne de la réaction est métastable, car, à la pression de 6kb, elle
recoupe la réaction discontinue Bt + Sil + Qtz = Grt + Kfs + Crd + V (voir figure 8.2).
Mêmes explications que la figure 8.1b.

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8.2 • Le principe de la géothermobarométrie

On comprend que l’évaluation des conditions pression-température est semi-


quantitative en utilisant des grilles pétrogénétiques basées sur des réactions multi-
variantes qui font intervenir des phases solutions solides et des phases fluides. Ces
réactions sont la base de la géothermobarométrie.

8.2 LE PRINCIPE DE LA GÉOTHERMOBAROMÉTRIE


Au paragraphe 6.1, nous avons écrit l’expression de l’énergie libre d’une réaction
univariante faisant intervenir des phases « pôles purs » :
DrG = DrH° – T . DrS° + DrV . P = 0

Que l’on peut réécrire sous la forme suivante, afin d’avoir l’équation de cette
réaction dans l’espace P-T :
P = (DrS°/ DrV)T – DrH°/ DrV.
Lorsqu’une réaction fait intervenir des phases solutions solides et qu’elle est
multivariante (continue), elle se déplace dans l’espace P-T-G et son énergie libre varie
d’une composante que l’on appelle l’énergie de mélange GM. En conséquence, le DGSS
d’une réaction impliquant des « minéraux solutions solides » est :
DrGSS = DrG + DrGM

L’énergie libre de mélange est DGM = RT ln K. R est la constante des gaz parfaits,
ln, le logarithme népérien et K, la « constante d’équilibre » qui est fonction de la
composition chimique des minéraux.
DrGSS = DrH° – T . Dr S° + DrV . P + RT ln K = 0 (1)
Cette expression est la base de la géothermobarométrie. En réécrivant cette
expression de la manière suivante :
D rH° + P D rV
T = ---------------------------------
D rS° – R lnK

nous avons un thermomètre. Il est nécessaire de choisir une réaction pour laquelle la
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

variation d’entropie est forte et la variation de volume faible : ainsi, la T calculée est
peu sensible aux variations de la pression. En réécrivant l’équation de cette manière :
– D rH° + T D rS° – RT lnK
P = ----------------------------------------------------------------
D rV

nous avons un baromètre. Dans ce cas, la réaction à la potentialité barométrique doit


avoir une variation d’entropie faible et une variation de volume élevée.
Le principe d’un géothermobaromètre est de calculer l’écart (DT, DP) généré par
l’introduction des solutions solides dans les minéraux (l’énergie libre de mélange
DGM = RT ln K) par rapport à une réaction pôle pur connue.

111
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Chapitre 8 • Les réactions métamorphiques multivariantes…

8.3 UN THERMOMÈTRE BASÉ SUR LA RÉACTION


D’ÉCHANGE FER-MAGNÉSIUM
ENTRE BIOTITE ET GRENAT
Les thermomètres basés sur les réactions d’échanges du fer et du magnésium entre
deux minéraux sont sans doute parmi les plus populaires. Ils sont utilisés avec les
minéraux suivants : biotite, grenat, olivine, clinopyroxène, orthopyroxène, hornblende,
cordiérite, etc. Il se base sur l’échange d’ions de charge et de rayon ionique voisins,
tels que Fe2+ et Mg2+, entre deux minéraux. Dans le cas d’un couple biotite-grenat,
le calcul de l’équation est basé sur la réaction :
Phlogopite + Almandin = Annite + Pyrope (2)
c’est-à-dire :
K [Si3AlO10] Mg3 (OH)2 + Fe3Al2Si3O12
= K [Si3AlO10] Fe3 (OH2) + Mg3Al2Si3O12
où phlogopite et annite, pyrope et almandin sont respectivement les pôles purs
magnésiens et ferrifères de la biotite et du grenat. Les volumes des pôles magnésiens
et ferrifères d’un minéral ne sont pas très différents : le DV de cette réaction est faible.
Par contre, ces réactions d’échanges impliquent une grande variation d’entropie, ce
qui en fait de bons thermomètres.
La constante d’équilibre K s’écrit :
bt ⋅ a grt
a phl alm
K = -----------------------
bt ⋅ a grt
-
a ann prp

a ia est l’activité du pôle pur « i » dans la phase solution solide « a » ; a ia est égal
à (Xi . gi)a.
X est la concentration de l’élément i dans la phase a ; g, le cœfficient d’activité,
mesure la « non-idéalité » de la solution solide.
La constante d’équilibre K devient :

X Fe bt
⋅ X Mg grt
g Fe bt
⋅ g Mg grt
K = ------------------------
- ⋅ - = KD ⋅ Kg
------------------------
bt ⋅ X grt g bt ⋅ g grt
X Mg Fe Mg Fe

On remarque que le coefficient de distribution KD peut s’écrire plus simplement :


( Mg ⁄ Fe ) Grt
K DFe-Mg = ----------------------------
- (Kretz, 1961)
( Mg ⁄ Fe ) Bt

Dans ce cas, l’expression (1) s’écrit : DrGSS = DrH° – TDrS° + PDrV + 3RT ln K
= 0 ou bien :
ln K = (– DrH° + PDrV)/3RT + DrS°/3R.

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8.3 • Un thermomètre basé sur la réaction d’échange Fe-Mg entre biotite et grenat

Il apparaît que ln K varie de façon linéaire en fonction inverse de T. Dans un


diagramme lnK/1/T (figure 8.4 a), cette équation est celle d’une droite de pente
(– DrH° + DrV)/3 R et d’ordonnée à l’origine DrS°/3 R. Ferry et Spear (1978) consi-
dèrent que les minéraux impliqués dans l’équilibre sont des solutions solides idéales
et que, dans ce cas, les coefficients d’activité γ sont égaux à l’unité ; par conséquent :
K = KD
Ainsi, dans ces conditions, KD, grandeur directement mesurable par l’analyse chimi-
que à la microsonde électronique, est une fonction linéaire inverse de la température.

La calibration du géothermomètre consiste à établir la relation linéaire entre ln KD(Bt-Grt)


et 1/T afin de quantifier les paramètres thermodynamiques de son équation. Dans le
cas présent, la calibration est faite à partir des résultats d’expériences réalisées à une
pression constante de 2,07 kb, entre 550 et 800 °C (figure 8.4 a). Les concentrations
en fer et en magnésium des phases obtenues expérimentalement ont été déterminées
à la microsonde électronique. La microsonde électronique permet d’obtenir l’analyse
chimique des éléments majeurs, mineurs et quelques traces des minéraux, avec une
résolution spatiale de quelques micromètres. Cette étude est faite sur lame mince de
roche, ce qui permet d’analyser les minéraux en contact. Les points expérimentaux
définissent une bonne relation linéaire dans le diagramme ln KD vs 104 /T. La pente
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Figure 8.4 – Élaboration d’un géothermomètre : corrélations entre lnKD et 1/T.


a) Pour l’équilibre phlogopite + almandin = annite + pyrope (données expérimentales
de Ferry et Spear, 1978).
b) Pour l’équilibre FeCrd + pyrope = MgCrd + almandin. Symboles blancs : données
expérimentales de divers auteurs ; symboles noirs : données calculées à partir
d’assemblages naturels. D’après Thompson, 1984.
La corrélation est excellente pour l’équilibre biotite-grenat ; elle est médiocre pour
cordiérite-grenat, ce qui limite les applications de ce géothermomètre. Remarquez
que, dans le rapport 1/T, T est en Kelvin, tandis que, à l’opposé de chaque figure,
la température est exprimée en °C.

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Chapitre 8 • Les réactions métamorphiques multivariantes…

de la ligne est (– DH° + DV°)/3 R = – 2 109 ; l’ordonnée à l’origine est DS°/3 R = 0,782.
L’équation de cette droite est donc :
2 109
ln KD(Bt-Grt) = – ------------- + 0,782
T
L’expérimentation a été réalisée à pression constante. Connaissant le DrV de la
réaction (2), il faut recalculer l’expression précédente pour tenir compte de la faible
influence de la pression ; pour finir, elle est réécrite d’une manière plus utilisable
comme thermomètre :
2 089 + 9,56 P (kb)
T (°C) = ---------------------------------------------- – 273 avec KD = (Mg/Fe)grenat /(Mg/Fe)biotite
0,782 – ln K D

Dans cette dernière expression, le degré Celsius remplace le Kelvin qui est préfé-
rentiellement utilisé en thermodynamique.
De nombreuses calibrations concernant le couple Biot-Gt sont disponibles, utilisant,
en particulier, différents modèles de solution solide dans les deux minéraux. De même,
de nombreux thermomètres utilisant d’autres couples ont été calibrés. La qualité de ces
différents thermomètres est variable. La figure 8.4 b donne l’exemple du thermomètre
cordiérite-grenat dont les résultats sont médiocres. D’autres méthodes sont utilisées.
Citons les géothermomètres basés sur les réactions d’exsolution (figure 6.3) : ce sont,
par exemple, les couples Opx-Cpx, feldspath alcalin-plagioclase, calcite-dolomie.

8.4 UN EXEMPLE DE GÉOTHERMOBAROMÈTRE 


BASÉ SUR L’ÉQUILIBRE CORDIÉRITE
= GRENAT + SILLIMANITE + QUARTZ + H2O
La mise au point d’un baromètre utilise le même principe que les thermomètres.
Dans ce cas, il faut que les réactions présentent une faible variation d’entropie et au
contraire, une forte variation de volume.
Les roches présentant l’assemblage stable cordiérite + grenat + sillimanite + quartz
(± biotite) sont très répandues dans les séries métamorphiques métapélitiques dans les
conditions de la fin du faciès Amphibolite et du faciès Granulite. Elles constituent
des séries qui affleurent parfois sur de vastes superficies : cet assemblage minéralogique
reste donc stable dans un large domaine de pressions et de températures, ce qui
correspond à la définition d’un équilibre divariant. La réaction s’écrit :
3 cordiérite = 2 grenat + 4 sillimanite + 5 quartz + H2O (1)
3 (Mg, Fe)2Al4Si5O18 (nH2O)
= 2 (Mg, Fe)3Al2Si3O12 + 4 Al2SiO5 + 5 SiO2 + 3 (nH2O)
Cet équilibre ne prend en considération que le grenat ferromagnésien (almandin
et pyrope) à l’exclusion de la molécule calcique grossulaire, généralement en faible

114
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8.4 • Un exemple de géothermobaromètre

quantité dans ces cristaux. L’équilibre se prolonge dans le champ de stabilité du


disthène, mais les associations stables disthène + cordiérite sont rares dans la nature.
La densité de la cordiérite (2,6 à 2,7) est faible par rapport à la densité des produits
de la réaction et, si l’eau n’est pas prise en considération, la réaction correspond à
une différence de volume molaire de l’ordre de – 20 %. Cette caractéristique explique
la forte potentialité barométrique de l’équilibre. Le comportement de l’eau dans la
cordiérite n’est pas très clair : les quantités d’eau sont variables ; elle peut être diluée
avec du CO2 et sa situation structurale dans le réseau cristallin est discutée. À très
hautes températures, le minéral peut être anhydre. Il existe donc des difficultés dans
l’interprétation thermodynamique de l’équilibre (1) qui limitent, de ce fait, son
utilisation pratique.
La cordiérite et le grenat qui coexistent dans l’équilibre (1) n’ont pas le même
rapport Mg/Fe + Mg (XMg) : à l’équilibre, la cordiérite présente toujours un XMg
très supérieur à celui du grenat. L’équilibre (1) est donc une réaction divariante et
peut être traité exactement de la même façon que l’équilibre biotite-grenat examiné
ci-dessus (figure 8.2). Mais ici, en raison de la faible différence d’entropie et de la
très forte différence de volume, le paramètre le plus significatif est la pression, et non
pas la température. Dans le diagramme P-X à température constante de la figure 8.5,
il existe un vaste champ divariant qui s’étend sur près de 9 kb, au sein duquel
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Figure 8.5 – La réaction divariante cordiérite


= grenat + sillimanite + quartz + eau. (D’après Vielzeuf, 1984.)
La figure de gauche est une représentation P-X à 700 °C ; les 2 solvus se développent
sur un large intervalle de pression, ce qui confère sa potentialité barométrique à la
réaction (DV important). La figure de droite montre le développement du champ
divariant entre la réaction pôle pur Fe et la réaction pôle pur Mg. Les compositions
de la cordiérite (tirets) et du grenat (en trait plein) sont données en XMg. Les valeurs
de ln KD (Crd-Grt) (échange de Fe et Mg entre cordiérite et grenat) sont également portées
sur la figure (trait plein à forte pente) : elles ont valeur de thermomètre.

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Chapitre 8 • Les réactions métamorphiques multivariantes…

l’évolution des compositions de la cordiérite et du grenat mesure l’avancement de la


réaction en fonction de l’augmentation de la pression.
À partir des abaques (XMg)Grt et (XMg)Crd de la figure 8.5, calculées sur la base
de données expérimentales et thermodynamiques, la pression d’un assemblage Crd-
Grt-Sill-Q peut être évaluée entre 4 et 8 kb si la température de cristallisation est
connue.

8.5 LES LOGICIELS DE CALCULS THERMODYNAMIQUES


MULTI-ÉQUILIBRES
La combinaison d’un géothermomètre et d’un géobaromètre donne deux droites qui se
coupent avec des pentes très différentes, ce qui permet de calculer les T et P d’équi-
libre de la paragenèse d’une roche. On qualifie de conventionnelle cette méthode
d’évaluation thermo-barométrique (figure 8.6).
De nombreuses réactions ont des potentialités géothermobarométriques. Des logiciels
de calculs permettent d’évaluer rapidement tous les équilibres possibles d’une roche.
Un avantage majeur de ces programmes est qu’il utilise des banques de données

7
grt-pl-sil-qtz

P(kb)
6

3
crd-grt

2
bt-grt
1
500 600 700 800 T ˚C

Figure 8.6 – Géothermo-barométrie conventionnelle appliquée


à un gneiss à Pl-Kfs-Bt-Grt-Sil-Crd-Qtz du sud de Madagascar.
La température est obtenue grâce à deux réactions d’échanges du fer et du magné-
sium entre les couples biotite-grenat d’une part et cordiérite-grenat d’autre part. La
pression est obtenue avec le (thermo-)baromètre basé sur l’assemblage grt-pl-sil-qtz.
Notez que les lignes correspondantes ont des pentes relativement fortes, ce qui
rend l’estimation de la pression dépendante de celle de la température.
Pour chaque couple, plusieurs calibrations, pour lesquelles les données thermo-
dynamiques et modèles de solution solide sont différents, sont disponibles ; de ce
fait, elles donnent des résultats qui peuvent être significativement différents. Le
champ gris représente l’estimation P-T raisonnable de formation de la paragenèse
du gneiss, en excluant la température obtenue avec le couple crd-grt, dont nous
avons signalé les résultats médiocres à la figure 8.4 (Nicollet, 1985).

116
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8.5 • Les logiciels de calculs thermodynamiques multi-équilibres

thermodynamiques « cohérentes » entre elles, contrairement à la thermobarométrie


conventionnelle pour laquelle les données thermodynamiques sont obtenues de
manière différente (expérimentale ou empirique) selon chaque équilibre utilisé. Ces
logiciels calculent tous les équilibres possibles d’un assemblage métamorphique. Les
conditions de P et T sont obtenues grâce à l’intersection de ces courbes. En principe,
la condition d’équilibre est vérifiée par une bonne intersection des équilibres calculés.

10 000

9 000

2 1
8 000

7 000
Pression (bar)

6 000

5 000

4 000
qtz
+
3 000 an prp+
+e di
n
2 000

1 000

200 400 600 800 1 000 1 200


Température (˚C)
Figure 8.7 – Diagramme P-T obtenu avec le logiciel TWEEQU
sur une métabasite granulitique de Madagascar.
Le calcul utilise l’assemblage grenat-clinopyroxène-orthopyroxène-plagioclase-quartz
qui est la paragenèse de la roche. 11 réactions d’équilibres sont tracées en utilisant
les pôles purs des minéraux de la paragenèse : pôles ferreux, magnésien et calcique.
Seules trois de ces réactions sont indépendantes (lignes épaisses 1, 2 et 3). Les autres
réactions sont dépendantes de celles-ci et n’apportent aucune amélioration au
résultat : c’est le triangle dessiné par l’intersection des trois réactions indépendantes
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

qui donne l’estimation PT d’équilibre de la paragenèse.


1 : Qtz + Hd + Alm = An + 4 Fsl
2 : En + Hd = Di + Fsl
3 : Qtz+ Prp + Di = An + 4 En
4 : Qtz + Di + Alm = An + 3 Fsl + En
5 : Alm + 4 Di + Qtz = 4 En + 3 Hd + An
6 : Alm + 3 Di = Prp + 3 Hd
7 : Qtz + Prp + 4 Hd = An + 3 Di + 4 Fsl
8 : Alm + 3 En = Prp + 3 Fsl
9 : 3 Qtz + 3 Di + 4 Alm = 3 An + 12 Fsl + Prp
10 : 3 bQtz + 4 Prp + 3 Hd = Alm + 3 An + 12 En
11 : Qtz + Prp + Hd = An + Fsl + 3 En
Fsl est l’abréviation de ferrosilite, le pôle pur ferrique de l’orthopyroxène.
(Goncalves, 2002).

117
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Chapitre 8 • Les réactions métamorphiques multivariantes…

Une intersection médiocre indique que l’assemblage minéralogique n’est pas à l’équi-
libre thermodynamique. Mais elle peut s’expliquer aussi par les incertitudes sur les
paramètres thermodynamiques et modèles de solution solide utilisés. TWEEQU
(Thermobarometry With Estimation of Equilibration State) et THERMOCALC sont
les plus utilisés parmi ces logiciels. Compte tenu de leur efficacité et de leur rapidité
de calculs, ces méthodes tendent à remplacer les géothermo-baromètres conventionnels.
La figure 8.7 donne un exemple d’application sur une métabasite de la formation
d’ultra haute température d’Andriamena, à Madagascar (voir chapitre 14.4). La roche
est équilibrée dans le faciès Granulite.
Une autre famille d’outils thermodynamiques est représentée par les pseudosections
(réalisées avec les logiciels PERPLEX et THERMOCALC par exemple). Une pseudo-
section est un diagramme de phases qui montre, dans l’espace P-T, les champs de la
P (GPa)

Cpx A
mph G

Cpx Grt Opx Qtz Rt


Cp
xA

1,7 19
r t Op

Cpx Grt Qtz


mp

m
R t Il Rt Ilm
hG

x Qtz

Qtz
px
r t R 23

tO
Gr
Rt
t Ilm

1,4 x
Cp
M1
26

Cpx Grt Qtz Ilm


27
28

1,1
20
Cpx Grt Opx Qtz Ilm
Ilm
Qtz
rt Opx
Cpx Amph Pl G
0,8 Grt Ilm Cpx 2
1
Cpx Pl Grt Opx Ilm
22

0,5
600 700 800 900 1000 T (˚C)
Figure 8.8 – Pseudosection P–T dans le système Na2O-CaO-FeO-MgO-Al2O3-
SiO2-H2O-TiO2 pour la composition d’une métabasite granulitique du Canada.
La pseudosection est dessinée avec le logiciel PERPLEX. La paragenèse de la roche
est grenat-clinopyroxène-ilménite-quartz ± plagioclase. Le système est saturé en
eau, ce qui signifie qu’une phase vapeur d’eau est présente. Les trois nuances de gris
indiquent les champs des paragenèses au degré de liberté différent : conformément
à la règle des phases, la variance d’une paragenèse est fonction du nombre de
constituants chimiques (C = 8) et du nombre de minéraux de la paragenèsese (M),
sans oublier la phase vapeur, non représentée sur la figure. Les champs gris, du
plus clair au plus sombre, indiquent respectivement une variance de 3, 4 et 5.
L’ellipse M1 (tirets noirs) indique les conditions PT estimée pour cette roche avec
le logiciel THERMOCALC. Une information complémentaire est apportée par les
isoplèthes des teneurs en pôle pur grossulaire du grenat, exprimées en %. (Mahan
et al., 2008). Le trajet en tirets blancs est utilisé dans l’exercice à la fin de ce chapitre.

118
9782100522682-Nicollet.fm Page 119 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

8.6 • Précautions d’utilisation de la géothermobarométrie

stabilité des différents assemblages minéralogiques à l’équilibre pour une composition


donnée de roche. Ce n’est pas une grille pétrogénétique qui, elle montre toutes les
réactions possibles pour un système chimique, indépendamment de la composition
précise de la roche. La pseudosection visualise le domaine de stabilité d’assemblages
multivariants de la roche spécifiée. Les lignes d’une pseudosection ne sont pas des
réactions univariantes comme c’est le cas dans les grilles pétrogénétiques, mais elles
correspondent à des lignes d’apparition ou de disparition d’une phase. Les champs en
contact, séparés par une de ces lignes, ont obligatoirement une différence de variance
de 1 (figure 8.8).
La pseudosection donne la position dans l’espace P-T du champ correspondant à
l’assemblage minéralogique de la roche considérée. Elle peut également donner la
proportion et la composition des minéraux (sous la forme de courbes isoplèthes) dans
ce champ. Elle prédit aussi les paragenèses dans les différentes conditions de l’espace
PT. Cette information est intéressante si l’on cherche à tracer le trajet PTt de la roche
et/ou bien si celle-ci contient des phases dont on a du mal à estimer la chronologie
relative : précoces, contemporaines ou tardives par rapport à la paragenèse supposée.

8.6 PRÉCAUTIONS D’UTILISATION


DE LA GÉOTHERMOBAROMÉTRIE
L’interprétation des résultats de la géothermobarométrie doit être faite avec discer-
nement et esprit critique. Il ne faut pas oublier les limites et négliger les marges
d’erreur importantes de la géothermobarométrie ! La première condition pour une
estimation correcte des conditions P et T est de travailler sur un couple de minéraux
ou assemblages de minéraux à l’équilibre. L’étude débute par une analyse pétro-
graphique soigneuse et se poursuit par un aller-retour entre le calcul et la lame
mince. Le (ou les) thermo-baromètre(s) choisi(s) doi(ven)t être appliqué(s) dans un
intervalle de conditions P-T, pour un assemblage minéralogique donné, imposé par
les conditions de l’expérimentation. Ainsi, pour des raisons de cinétique de réaction,
les expériences sont réalisées à hautes températures, souvent supérieures à 600 °C :
l’extrapolation vers les basses températures augmente l’incertitude sur le résultat
obtenu. Un autre exemple des limites d’application est donné par l’utilisation aux
éclogites du baromètre basé sur la concentration en jadéite (pôle pur sodique du
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

clinopyroxène) de l’omphacite. Celui-ci est basé sur la réaction albite = jadéite + quartz
et la constante d’équilibre K est calculée à partir des activités de la jadéite dans le
clinopyroxène, de la silice dans le quartz et de l’albite dans le plagioclase. Les condi-
tions d’application de ce baromètre sont donc la présence de quartz, ce qui n’est pas
toujours le cas, et de plagioclase, ce qui est rarement le cas ! Par définition, l’éclogite
est une roche sans plagioclase : la pression obtenue en appliquant ce baromètre sur
une éclogite (sans plagioclase) est une pression minimale.
Afin de minimiser les erreurs, une approche multi-méthodes est souhaitable. La
solution qui se dessine est, sans doute, l’utilisation de la thermobarométrie conven-
tionnelle combinée aux pseudosections, en utilisant une base de données thermo-
dynamiques (paramètres thermodynamiques des différents minéraux, mais aussi des

119
9782100522682-Nicollet.fm Page 120 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 8 • Les réactions métamorphiques multivariantes…

modèles d’activité cohérents) identique. Pour finir, ces résultats doivent être compa-
tibles avec les grilles pétrogénétiques semi-quantitatives. Une étude comparative
régionale sur des roches appartenant à la même séquence chimique, aux paragenèses
voisines, en utilisant les mêmes méthodes thermobarométriques est sans doute plus
significative que les valeurs absolues elles-mêmes.
A la fin d’une étude soigneuse, la dernière question qui se pose est : quelle est la
signification des résultats ? Correspondent-ils aux conditions de cristallisation de la
paragenèse étudiée ou bien s’agit-il de valeurs rééquilibrées à un quelconque moment
du trajet PTt, et, plus particulièrement, pendant l’évolution rétrograde ?
Les thermomètres basés sur ces réactions d’échange sont très sensibles à un
rééquilibrage, par diffusion, de la répartition Fe/Mg au cours de l’évolution rétrograde :
la paragenèse du pic métamorphique est conservée, mais l’échange fer-magnésium
indique des températures inférieures. Puisque la diffusion est une fonction de la tempéra-
ture, ces thermomètres sont applicables aux conditions de températures modérées des
faciès Schistes verts, Amphibolite, Schistes bleus, Éclogite (de BT), mais sont à utiliser
avec précaution dans les conditions du faciès Granulite. Il est, par exemple, difficile
d’obtenir des températures cohérentes pour les paragenèses de ultra hautes tempéra-
tures (T > 900 °C) avec ces géothermomètres. Le thermomètre basé sur le couple
Biot-Grt est particulièrement sensible à cette diffusion au cours du refroidissement.
Un exemple significatif concerne l’interprétation de calculs réalisés sur des couples
Grt-Biot entre grenat et cristaux de mica dans la matrice ou cristaux de mica inclus
dans le grenat. Les biotites en inclusion ont un rapport XMg nettement plus élevé que
les cristaux dans la matrice. Les températures calculées avec ces cristaux au cœur
des grenats sont significativement plus faibles que celles obtenues avec les biotites
de la matrice. L’interprétation élégante qui n’a pas manquée d’être faite, est que les
biotites incluses dans le grenat ont enregistré une étape prograde du trajet PTt de la
roche, tandis que les biotites de la matrice conservent les conditions du pic du méta-
morphisme. Notons que ces cristaux de la matrice sont choisis à une distance respec-
table du grenat (> 1 mm). Une étude un peu plus approfondie montre que les biotites
de la matrice au contact direct du grenat ont les mêmes compositions que les cristaux
en inclusion et indiquent les mêmes basses températures que ces derniers : la diffusion
est fonction de la distance entre les minéraux et le rééquilibrage rétrograde est plus
rapide et plus efficace entre cristaux en contact que cristaux distants. Les basses
températures enregistrées par les grenats et les micas inclus et ceux à la périphérie
du grenat sont des températures acquises au cours de l’évolution rétrograde de la
roche, après le pic thermique et non pas des températures du stade prograde.

8.7 ÉTUDE DES INCLUSIONS FLUIDES :


CARACTÉRISATION DE LA PHASE FLUIDE
ET GÉOTHERMOBAROMÉTRIE
Les minéraux des roches métamorphiques contiennent souvent des inclusions fluides,
c’est-à-dire des cavités microscopiques (parfois en forme de cristaux négatifs) remplies

120
9782100522682-Nicollet.fm Page 121 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

8.7 • Étude des inclusions fluides

d’un mélange de phases liquides, gazeuses et parfois solides (figure 8.9). Différentes
générations sont parfois présentes dans une même roche. Les contenus de ces diffé-
rentes populations d’inclusions sont considérés comme représentatifs de la phase
fluide interstitielle qui était présente dans le système, aux différentes étapes des
recristallisations métamorphiques, et qui aurait été piégée par les cristaux au cours
de leur croissance. Cette hypothèse n’est acceptable que si le piégeage s’est accompli
dans un réservoir (cavité d’un minéral) tout à la fois étanche et inerte, n’ayant donc
pas réagi secondairement avec la phase fluide emprisonnée. Les spécialistes admettent
que les cristaux de quartz possèdent ces qualités et que leurs inclusions permettent
effectivement de déterminer la composition du fluide interstitiel présent lors des
recristallisations.

Figure 8.9 – Les inclusions fluides et géothermobarométrie.


a) Exemple d’inclusion fluide dans un filon de quartz du granite de Monteverdi
(champ géothermique de Lardarello, Italie) ; s représente une phase solide non
identifiée, peut-être du chlorure de sodium (d’après Cathelineau et al., 1993).
b) Utilisation thermobarométrique des inclusions fluides. Inclusions bi-phasées
(liquide + vapeur). Lors du piégeage (à Pp et Tp) les inclusions sont constituées d’une
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

phase fluide homogène (monophasée) représentant le fluide interstitiel. Lorsque T


diminue l’inclusion reste monophasée le long d’un trajet isochore (à volume
constant) dont la pente dans l’espace P-T est contrôlée par la masse volumique,
c’est-à-dire par la composition du fluide. À partir de la température Th (température
d’homogénéisation) il apparaît une phase vapeur dont le volume croit au fur et à
mesure du déplacement des conditions P-T le long de l’équilibre L + V (liquide
+ vapeur). La microthermométrie consiste à faire effectuer le parcours inverse aux
inclusions fluides : partant des conditions ambiantes, l’inclusion est chauffée à
volume constant (celui de la cavité dans laquelle elle se trouve) ; à Th elle devient
monophasée ; connaissant la composition du fluide homogène, il est possible de
calculer la pente de l’isochore. Utilisé conjointement avec un géothermobaromètre
minéral (gtb), l’isochore permet de définir les conditions de piégeage si l’inclusion
n’a subi aucune modification au cours de son histoire. pc : point critique. (D’après
Pécher, 1984).

121
9782100522682-Nicollet.fm Page 122 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 8 • Les réactions métamorphiques multivariantes…

8.7.1 Composition des inclusions fluides


La composition de la phase fluide emprisonnée dans les inclusions est accessible par
différentes techniques. Le fluide peut être extrait par écrasement des échantillons, ou
par chauffage, et analysé par spectrométrie et spectrométrie de masse. Mais les techni-
ques les plus utilisées actuellement sont la microthermométrie et la microsonde à
effet Raman. Dans le premier cas une évaluation de la composition de l’inclusion est
obtenue à partir de la détermination des points de congélation et de fusion (apparition
et disparition des phases solides telles que chlatrates, glace carbonique eutectique,
glace, NaCl, par exemple), et des points d’homogénéisation (disparition des phases
gazeuses) ; ces données sont tirées de l’étude des inclusions au microscope, à l’aide
d’une surplatine chauffante et réfrigérante (– 180 à + 600 °C) qui permet de faire
apparaître ou disparaître les différentes phases suivant les températures appliquées.
Cette méthode nécessite de faire des hypothèses sur le mélange qui constitue les
inclusions. Cette incertitude peut être levée grâce à une analyse complémentaire à la
microsonde à effet Raman qui fournit une composition chimique approximative des
inclusions. Celles-ci sont en général constituées de fluides mixtes principalement
composés de C – O – H – N ; ces fluides peuvent être traités dans des systèmes rela-
tivement simples : H2O + CO2 ± CH4 ± N2 comportant des quantités variables de
NaCl en solution, et des quantités subordonnées de CaCl2 et KCl. Les inclusions des
séries métapélitiques appartenant au faciès Schistes verts et Amphibolite sont parti-
culièrement riches en eau ; celles des roches qui ont recristallisé dans les conditions
du faciès Granulite sont au contraire pauvres en eau, riches en CO 2 ; ceci explique
l’absence ou la rareté des phases hydratées dans ces unités.

8.7.2 Caractérisation des isochores et thermobarométrie


Au moment du piégeage, au cours du métamorphisme, la phase fluide est supposée
homogène (ce qui n’est pas toujours le cas) : elle était monophasée. Pendant l’évolution
ultérieure vers les basses températures et les basses pressions, le volume de l’inclusion
reste constant si les effets de la compressibilité du quartz sont négligés ; la composition
globale ne change pas. L’évolution de la phase fluide est alors contrôlée par un trajet
univariant dans l’espace P-T, ou trajet isochore (à volume constant, donc à densité
constante). L’inclusion reste monophasée tant que les conditions P-T sur l’isochore
restent dans le domaine à une seule phase fluide (figure 8.9). À partir d’une tempé-
rature d’homogénéisation Th, la phase fluide homogène se sépare en plusieurs phases
lorsque l’isochore franchit ou suit les équilibres univariants du diagramme de phases
correspondant à la composition considérée : phases gazeuses, liquides ou solides, par
ébullition, immiscibilité et précipitation.
Au cours de cette évolution, la pression dans l’inclusion est totalement contrôlée
par la température qui est la seule variable indépendante puisque le volume est constant
(en vertu d’une relation proche de celle des gaz parfaits : PV = nRT). Cette évolution
est donc réversible par simple chauffage de l’inclusion, par exemple à l’aide d’une
surplatine chauffante disposée sous l’objectif d’un microscope : les phases solides et
gazeuses disparaissent progressivement et, à partir de la température T h, l’inclusion

122
9782100522682-Nicollet.fm Page 123 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Exercice

est réhomogénéisée et ne comporte plus qu’une seule phase fluide qui a la densité
(ou le volume spécifique) et la composition de la phase fluide interstitielle présente
au moment du métamorphisme. À partir de Th et du diagramme de phases corres-
pondant, il est possible de calculer la densité de la phase fluide et, par conséquent, la
position dans l’espace P-T de la courbe univariante de l’isochore correspondant. Il
est alors possible de connaître T ou P en connaissant l’un des deux paramètres.

Exercice

1.1 Prédiction de la succession des paragenèses


d’une métabasite le long d’un trajet PTt
À partir de la pseudosection PT de la figure 8.8, indiquez la succession de paragenèses
le long du trajet PTt hypothétique, matérialisé par la flèche en tirets blancs, suivi par
la roche qui est utilisée pour réaliser ce diagramme. Quelle est la conséquence sur la
composition du grenat ?

Solution
1.1 La succession des paragenèses est indiquée par la minéralogie portée dans
chaque champ traversé, en rajoutant systématiquement la phase vapeur (V). Il s’agit
de Cpx Amph Grt Ilm V - Cpx Amph Grt Rt Ilm V - Cpx Amph Grt Opx Qtz Rt V -
Cpx Grt Opx Qtz Rt Ilm V - Cpx Grt Qtz Rt Ilm V - Cpx Grt Qtz Ilm V - Cpx Grt
Opx Qtz Ilm V - Cpx Pl Grt Opx Qtz Ilm V - Cpx Pl Grt Opx Ilm V.
Le grenat est présent dans toutes les paragenèses, le long de ce trajet. Sa composition
évolue. Les isoplèthes du pôle pur calcique (pôle grossulaire) du grenat porté sur la
figure montrent que la teneur de celui-ci diminue de 10 % durant l’évolution prograde
de la température, mais ne change pas pendant l’exhumation de la roche (décom-
pression isotherme). Le grenat peut être zoné, avec un cœur plus riche en pôle
grossulaire.

123
9782100522682-Nicollet.fm Page 124 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

9 CINÉTIQUE
DES RÉACTIONS
ET PRÉSERVATION
DES ROCHES
MÉTAMORPHIQUES

9.1 Qu’est-ce que la vitesse de réaction ?


PLAN

9.2 Quels sont les facteurs qui contrôlent une réaction ?


9.3 Métastabilité des paragenèses : l’exemple des silicates d’alumine
9.4 Cinétique de réaction et préservation des roches métamorphiques

Nous avons noté le rôle majeur de la cinétique de réactions sur la réalisation des
processus métamorphiques. Sans entrer dans le détail d’une telle étude qui ferait
l’objet, à elle seule, d’un ouvrage, nous allons essayer d’en expliquer le principe.

9.1 QU’EST-CE QUE LA VITESSE DE RÉACTION ?


Nous savons que les réactions chimiques ne se réalisent pas spontanément : il ne
suffit pas de mélanger de l’hydrogène et de l’oxygène pour que se réalise la réaction
produisant de l’eau : H2 + 1/2 O2 = H2O. Il faut fournir de l’énergie. La réalisation de
la réaction dépend d’un état transitoire entre réactants et produits appelé « complexe
d’activation ». Celui-ci a une énergie libre supérieure à celle des réactants et, a fortiori,
des produits dont l’énergie est plus faible que celles des réactants. La différence
d’énergie entre l’énergie du complexe d’activation et celle des réactants est appelée
l’énergie d’activation Ea ou barrière d’énergie. La vitesse de réaction dépend, entre
autres choses, de la facilité de franchissement de cette barrière d’énergie.
Une expression simplifiée de la vitesse de réaction peut être donnée par l’équation
(de type Arrhenius) suivante : Vr = Ae – Ea/RT avec R : constante des gaz parfaits,
T : la température et A : le facteur pré-exponentiel dépendant essentiellement de la

124
9782100522682-Nicollet.fm Page 125 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

9.2 • Quels sont les facteurs qui contrôlent une réaction ?

variation d’entropie de la réaction DS. La vitesse de la réaction est élevée lorsque DS


et T sont élevés et lorsque la barrière d’énergie Ea est faible. Remarquons que la
barrière d’énergie des réactions de déshydratation est faible, tandis que la variation
d’entropie de ces mêmes réactions est élevée : ces réactions ont des vitesses élevées,
contrairement aux réactions ne faisant intervenir que des phases anhydres.

9.2 QUELS SONT LES FACTEURS QUI CONTRÔLENT


UNE RÉACTION ?
Pour qu’une réaction se réalise, il faut tout d’abord qu’il y ait dissolution des phases
réactantes et ensuite migration des éléments vers le site de recristallisation. Ceci
suppose une diffusion intracristalline à travers le milieu solide cristallin et inter-
cristallin, à la frontière des cristaux, avec ou sans phase fluide. Le regroupement des
ions sur le site de recristallisation constitue le complexe d’activation. La nucléation
permet l’arrangement des atomes en nucléii des minéraux et la croissance, par nourris-
sage des nucléii, produit les néocristaux. Chacun de ces processus a une vitesse variable
en fonction des éléments mis en jeu, des minéraux dont la nucléation est plus ou
moins aisée, de la présence de fluides, lesquels favorisent la diffusion et le transport
des éléments. C’est le processus qui a la vitesse la plus faible qui contrôle la vitesse
de la réaction. Pour une réaction donnée, il n’est pas possible de définir un facteur
limitant, d’autant que celui-ci peut changer au cours de la réalisation de la réaction.

9.2.1 La vitesse de diffusion


Considérons, à titre d’exemple, l’un de ces processus : la diffusion chimique. La
vitesse de diffusion est gouvernée par le coefficient de diffusion qui diffère de
manière significative selon l’élément et le minéral considérés. Elle est très faible
dans le solide (diffusion intracristalline), en milieu anhydre et très dépendante de la
température. À 400 °C, une couronne minéralogique (comme celles des figures 1.1
et 4 de la planche 1) d’une épaisseur millimétrique, entre deux minéraux réactants se
forme en 1 million d’années environ. Il faut environ 100 fois moins de temps si la
température est de 800 °C. De telles valeurs sont raisonnables pour expliquer les
textures coronitiques de métagabbros peu hydratés. La diffusion à travers la couronne
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

devient rapidement le facteur limitant la vitesse de réaction lorsque la couronne


s’épaissit et que la température est basse (< 700 °C).

9.2.2 L’influence de la phase vapeur


En présence d’eau, et a fortiori, si celle-ci se déplace (infiltration), la vitesse de
diffusion (et de transport) devient très grande avec une « pénétration » des éléments
de plusieurs kilomètres à 400 °C en quelques millions d’années. Il est démontré
expérimentalement que la réaction MgO + SiO2 = forstérite se réalise 108 fois plus
vite en présence d’eau à 450 °C qu’en conditions anhydres, à 1000 °C. L’eau est
aussi un solvant très efficace qui facilite la dissolution des phases réactantes. Dans

125
9782100522682-Nicollet.fm Page 126 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 9 • Cinétique des réactions et préservation des roches métamorphiques

les conditions des faciès Schistes verts et Amphibolite, on note la rareté de textures
réactionnelles dans les micaschistes, roches hydratées et perméables, dans lesquelles
les réactions se réalisent complètement et rapidement. Le métamorphisme de contact
permet d’apprécier la vitesse des réactions. Ce métamorphisme se réalise dans un délai
relativement bref, inférieur au million d’années, estimé dans quelques cas à quelques
centaines de milliers d’années. Dans ce délai bref, les réactions métamorphiques
atteignent généralement l’équilibre.
L’infiltration d’eau a un contrôle important sur la vitesse de réaction, en particulier
à basses températures. Rubie (1990) écrivait que le moment où une réaction se réalise
n’est pas le moment où cette réaction est croisée dans l’espace P-T, mais lorsque les
fluides sont disponibles sur le site de la réaction. Il peut se passer des dizaines de
millions d’années entre les deux événements ; la réaction peut être franchie durant
un premier cycle géologique et se réaliser au cours d’un deuxième.
Parmi les différents fluides qui interviennent dans la nature, l’eau est celui qui
contribue le plus à une augmentation significative de la vitesse de réaction. Sa dilution
par du CO2 provoquerait une diminution significative de la solubilité des minéraux
et de la concentration des éléments en solution, ce qui réduit d’autant la capacité du
fluide à transporter ces éléments.

9.2.3 L’influence de la déformation


Nous avons signalé, à travers l’exemple du Cap Creus (paragraphe 4.2), le rôle
important de la déformation sur la recristallisation et, par voie de conséquence, sur
la cinétique de réaction. Ainsi, la déformation :
• permet et maintient la juxtaposition des grains réactants entre eux. En contexte
statique, en l’absence de déformation, lorsque la couronne du minéral néoformée
s’épaissit, la diffusion intercristalline nécessaire pour la traverser, ralentit signifi-
cativement la cinétique de la réaction (cf. ci-dessus). La déformation diminue les
distances entre les minéraux réactants en disloquant la couronne qui les blinde.
• réduit la taille des cristaux réactants et augmente leur énergie libre, favorisant ainsi
le franchissement de la barrière d’énergie.
• facilite grandement la diffusion intergranulaire en favorisant la circulation des
fluides dans les plans de foliation.
Lorsque la déformation provoque une recristallisation dynamique, ce sont les miné-
raux stables dans ces conditions PT qui cristallisent, alors que les minéraux précoces
peuvent persister à l’état métastable dans les zones préservées de la déformation :
les paragenèses les plus précoces sont préservées au cœur de « boudins » tectoniques
(figure 9.1).
En effet, un point important est à noter : la déformation est hétérogène. Un champ
de contraintes (forces) exercé sur des matériaux aux propriétés rhéologiques (mécani-
ques) différentes déforme différemment ces roches : celles-ci ont des réponses diffé-
rentes à un même champ de contraintes. Un même matériau montre des points de
faiblesse à toutes les échelles, depuis le défaut cristallin jusqu’à la fracture à l’échelle
de l’affleurement. C’est sur ces points de faiblesse que se localise la déformation. Si

126
9782100522682-Nicollet.fm Page 127 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

9.3 • Métastabilité des paragenèses : l’exemple des silicates d’alumine

Figure 9.1 – Affleurement d’un boudin d’éclogite dans des gneiss pélitiques.


1 : éclogite fraîche dont la paragenèse (omphacite + grenat) et la foliation sont
préservées ; 2 et 3 : éclogite partiellement rétromorphosée ; en 2, les minéraux
préservés de la paragenèse éclogitique sont coronitiques ; en 3, ces minéraux ont
disparu, mais la texture de la roche est préservée ; 4 : la roche, complétement
rétromorphosée en amphibolite (hornblende + plagioclase), a acquis une nouvelle
foliation concordante avec celle des gneiss pélitiques encaissants (5). (D’après
Heinrich, 1982). Voir aussi en figure 13.6 les agrandissements de ces différentes
zones et la figure 3, planche 6.

un granite préalablement fracturé est déformé, la déformation se localise d’abord le


long et à proximité de ces fractures : la déformation est hétérogène. Avec le temps,
si le champ de contraintes persiste, elle devient homogène et affecte l’ensemble du
massif de manière uniforme.
Dans les zones internes alpines du Queyras, des boules hectométriques de méta-
gabbros métamorphisés dans les conditions du faciès des Schistes bleus ne sont pas
déformées à l’exception de zones de cisaillement inframétriques qui sont, sans doute,
d’anciennes fractures dans le gabbro. Les schistes lustrés (métasédiments océaniques)
et métaserpentinites encaissant ces métagabbros sont, au contraire, très déformés. Les
métagabbros, objets durs, ne sont pas déformés, car la déformation est accommodée,
absorbée par les roches encaissantes très ductiles, très déformables. À titre de
comparaison, si l’on exerce des forces sur de la pâte à modeler contenant quelques
billes de verre, ces dernières ne seront pas déformées.
Les cœurs non déformés des métagabbros ont enregistré les conditions du méta-
morphisme précoce alpin (Schistes bleus) ; il préserve parfois les conditions du
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

métamorphisme (et de la déformation) océanique (figure 3, planche 8). Par contre,


les schistes lustrés encaissants sont largement rétromorphosés dans les conditions
Schistes verts tardives. On conçoit l’intérêt d’échantillonner les zones variablement
déformées pour tracer le trajet PTt d’une formation (figure 9.1).

9.3 MÉTASTABILITÉ DES PARAGENÈSES :


L’EXEMPLE DES SILICATES D’ALUMINE
Il n’est pas rare de trouver du disthène dans la zone à sillimanite dans les séries
métapélitiques affectées par un métamorphisme de gradient de MP-HT. De même,

127
9782100522682-Nicollet.fm Page 128 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 9 • Cinétique des réactions et préservation des roches métamorphiques

l’andalousite persiste dans la zone à sillimanite des séries métapélitiques affectées


par un métamorphisme de gradient de BP-HT. Le disthène (ou l’andalousite) coexiste
avec la sillimanite sans trace de réaction. Cette dernière, sous sa forme fibreuse (fibro-
lite), est associée aux micas, muscovite ou biotite. La fibrolite se forme au cours de
réactions de déshydratation, associées aux micas, tandis que disthène (ou andalousite)
persiste à l’état métastable, la réaction polymorphique disthène (ou andalousite)
= sillimanite ne se réalisant pas.
Nous avons noté précédemment que les réactions de déshydratation ont une vitesse
de réaction plus grande que les réactions qui font intervenir des phases anhydres
telles que les réactions de transformations polymorphiques des silicates d’alumine.
Considérons deux réactions produisant de la sillimanite : une réaction polymorphique
(par ex. andalousite = sillimanite) et une réaction de déshydratation (par ex. muscovite
+ quartz = sillimanite + feldspath potassique + VH2O). La première a une variation
d’entropie faible et la deuxième une variation d’entropie forte. Prenons une valeur
arbitraire de la barrière d’énergie qu’auront à franchir ces réactions pour se réaliser
au cours d’une augmentation de température. Dans les deux cas, l’équilibre de la
réaction se déplace vers la droite, produisant de la sillimanite.

G G
G = – ST + H
nucléii de C nucléii de C
C C

A+B

B
+
A DT
< > T < ∆T >
T
TE TE

Figure 9.2 – Diagramme énergie libre (G)-T et dépassement de température.


Ce diagramme est une section à pression constante du diagramme P-T-G de la
figure 6.1 de la réaction A + B = C. Il montre le dépassement en T par rapport à la
température d’équilibre TE, avec une barrière d’énergie imposée par la cristallisation
des nucléii de la phase C. Le dépassement en T (DT) dépend de l’angle entre les
deux lignes d’énergie libre des phases produites et réactantes. L’équation de ces
lignes d’énergie est G = – ST + H dont la pente est – S ; en conséquence l’angle
entre les deux lignes est égal au DS de la réaction.

Le diagramme énergie libre-T de la figure 9.2 nous permet de comprendre l’influence


du DS des réactions sur la cinétique. Ce diagramme est une section du diagramme
P-T-G de la figure 6.1 à pression constante. Les lignes d’énergie des différents assem-
blages (traits pleins sur la figure 9.2) se coupent en un point qui définit la température
d’équilibre (TE) à laquelle la réaction doit se réaliser. À une température donnée, les
phases stables sont celles qui ont la plus faible énergie G. Pour des raisons cinétiques,
la réaction ne se fait pas à TE, mais après franchissement de la barrière d’énergie.

128
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9.3 • Métastabilité des paragenèses : l’exemple des silicates d’alumine

Cette barrière d’énergie peut correspondre à la différence d’énergie entre les gros
cristaux des minéraux produits et les nucléii de ces minéraux. Les nucléii ont en
effet une énergie de surface plus grande que les gros cristaux. La ligne en tirets est la
ligne d’énergie des nucléii des phases produites. Elle coupe la ligne d’énergie des
phases réactantes à TE + DT. Ce DT est le dépassement de température nécessaire,
par rapport à la température d’équilibre TE, pour que la réaction se réalise après
franchissement de la barrière d’énergie. La valeur de DT est fonction de l’angle entre
les deux lignes d’énergie : plus cet angle est fort, plus le dépassement est faible ;
plus cet angle est faible, plus le dépassement sera élevé. D’autre part, l’équation des
lignes d’énergie dans l’espace G-T est G = – ST + H et la pente de ces lignes est – S.
En conséquence, l’angle entre les deux lignes est égal à la variation d’entropie de la
réaction : DS. Ainsi, le dépassement en T d’une réaction est inversement proportion-
nelle à la variation d’entropie de la réaction. Les réactions avec un DS faible, comme
les réactions de transition polymorphique, ont des dépassements en température élevés
tandis que les réactions au DS élevé, comme les réactions de déshydratation, ont des
dépassements en température faibles.
Sur le diagramme P-T de la figure 9.3, les courbes d’équilibre des transitions des
trois silicates d’alumine et de la réaction de déshydratation Ms + Qtz = SiAl + Kfs
+ VH2O sont tracées en pointillés. Les lignes pleines indiquent les températures
auxquelles se réaliseraient ces réactions au cours d’une augmentation de température,
en fixant une barrière d’énergie à 1 KJ. On note les valeurs très importantes des DΤ

P GPa ky sil

0,6

0,4
ky and and sil

ms + qtz sial + kfs + v


T ˚C
500 600 700 800
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Figure 9.3 – Cinétique de réactions et dépassement de T.


Influence de la cinétique de réaction sur les conditions effectives de réalisation de
deux types de réaction en considérant une barrière d’énergie de 1kJoule : une réaction
de déshydratation Ms + Qtz = Kfs + SiAl + V au ∆S élevé et les transitions polymorphi-
ques des silicates d’alumine aux ∆S faibles. Le diagramme de phases à l’équilibre des
2 types de réactions est dessiné en pointillés. Les lignes en traits pleins indiquent
les conditions effectives dans lesquelles ces réactions se réalisent au cours d’une
évolution dans des conditions progrades en température. Dans ces conditions, un
micaschiste à Ms + Qtz + And à 550 °C contient Qtz + Sil + Kfs + And lorsqu’il est
porté à 750 °C et Qtz + Kfs + Sil à 900 °C (étoiles et flèches). Dans une évolution
rétrograde en T, les lignes en traits pleins sont déplacées de la même valeur ∆T au-
delà des courbes à l’équilibre (lignes pointillées) vers les basses températures.
SiAl : silicates d’alumine (D’après Barnicoat et al.)

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Chapitre 9 • Cinétique des réactions et préservation des roches métamorphiques

des transitions des silicates d’alumine, en particulier, la transition And = Sil qui a
une très faible DS. Au contraire, le dépassement de T de la réaction de déshydratation
est très faible (quelques degrés).
Dans ce diagramme, suivons l’évolution d’une roche dont la paragenèse est Ms
+ Qtz + And à 550 °C et qui est portée à 750, puis 900 °C. La pression de 0,4 GPa
reste constante. On considère que le quartz est en quantité supérieure au mica blanc.
À 750° C, la roche a franchi la réaction de déshydratation et le silicate d’alumine
produit au cours de cette réaction est la sillimanite, puisque la réaction est franchie
dans le champ de stabilité de ce minéral. Par contre l’andalousite persiste, car la
barrière d’énergie de la transition polymorphique n’a pas été dépassée. La minéralogie
de la roche est Qtz + Kfs + And + Sil. Les 2 silicates d’alumine coexistent dans la
roche. Par contre, à 900°, l’andalousite se transforme en sillimanite.
Nous avons noté précédemment que nombreux facteurs interviennent pour augmenter
la vitesse de réaction. Nous avons remarqué que la transition andalousite – sillimanite
est localisée dans les plans de foliation au Cap Creus (paragraphe 4.2) : elle est faci-
litée par la déformation. Revenons aux micaschistes dans lesquels coexistent disthène
et sillimanite. Parfois, le disthène est corrodé et inclus dans la muscovite (figure 4,
planche 3), suggérant une transformation du silicate d’alumine en muscovite par la
réaction ionique (ou de lessivage) proposée pour expliquer la rétromorphose de la
sillimanite au Cap Creus (paragraphe 6.4.2) :
3 Ky + 3 Qtz + 2 K+ + 3 H2O = 2 Ms + 2 H+
Cette réaction suppose la présence d’un fluide et un transfert d’ions H + et K+.
Ceux-ci pourraient provenir de la réaction inverse qui produirait de la sillimanite :
2 Ms + 2 H+ = 3 Sil + 3 Qtz + 2 K+ + 3 H2O.
Le bilan total de ces deux réactions est :
3 Ky = 3 Sil
Ainsi, la transition polymorphique, qui a une cinétique de réaction faible, se réalise
par le biais de réactions ioniques. La réaction se réalise à partir de la migration d’ions
H+ et K+ dans une phase aqueuse qui sert de solvant et avec l’aide d’un catalyseur :
la muscovite.

9.4 CINÉTIQUE DE RÉACTION ET PRÉSERVATION


DES ROCHES MÉTAMORPHIQUES
Ce chapitre donne un aperçu de la diversité des paramètres qui contrôlent la cinétique
des réactions. Il met l’accent sur les points suivants : la vitesse des réactions varie
considérablement et on peut noter les rôles majeurs de l’eau, de la température et de
la déformation. La préservation des roches métamorphiques dépend du rapport entre
cette vitesse de réaction et la vitesse de l’évolution PT. Au cours du trajet prograde
dans un régime de convergence (tel que celui de la figure 2.1), la déformation, en

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9.4 • Cinétique de réaction et préservation des roches métamorphiques

régime de compression, est importante ; l’eau est abondante, libérée par les réactions
de déshydratation et la pression partielle d’eau égale à la pression lithostatique est sans
doute la règle générale. Peut-être qu’elle la dépasse même régulièrement, engendrant
une fracturation hydraulique favorisant l’infiltration du fluide. Il est vraisemblable
que les réactions progrades dans les métapélites (et autres métasédiments hydratés)
se réalisent au cours de séries de réactions ioniques comme celles discutées ci-dessus.
Dans ce cas, le dépassement en température est faible (quelques degrés) et les roches
recristallisent à la même vitesse que l’évolution des paramètres P-T. Les reliques de
cette évolution prograde sont exceptionnelles. De telles reliques existent dans les
roches peu hydratées et peu perméables, comme les métabasites, et qui ont échappé,
sous la forme de boudin, à la déformation et à l’infiltration de fluides.
Au cours du trajet rétrograde en température, la déformation est peu importante et
l’eau n’est plus disponible. Sur la figure 9.3, le dépassement en T se fait vers les
basses températures, à partir de la courbe d’équilibre. Celui-ci implique que les
réactions avec un DT important (c’est-à-dire celles faisant intervenir essentiellement
des phases anhydres) ne pourraient se réaliser qu’à très basses températures. Mais
nous avons indiqué le rôle important de la T sur la cinétique : ainsi, ces réactions ne
se réalisent pas dans le sens rétrograde. Par contre, les réactions faisant intervenir
l’eau ont des dépassements en T très faibles, mais dans ce cas, c’est l’eau qui n’est
généralement plus disponible !
Pendant l’évolution rétrograde, les vitesses de réaction sont faibles et seules des
zones limitées recristallisent et enregistrent cette évolution rétrograde. Nous avons
décrit précédemment l’exemple du Cap Creus (paragraphes 4.2 et 6.4.2) où la recris-
tallisation rétrograde est contrôlée par la déformation localisée aux zones de cisail-
lement et par l’infiltration de fluides localisée au voisinage des pegmatites.

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10 MIGMATISATION
ET ANATEXIE

10.1 Définition des migmatites et de l’anatexie


PLAN

10.2 Origines des migmatites


10.3 Fusion partielle des métapélites
10.4 Migmatites, granites, charnockites et faciès granulite

Les zones de plus haut degré d’une série métamorphique sont souvent constituées de
gneiss présentant un litage formé de l’alternance de niveaux clairs et sombres. Ces
roches sont des migmatites ou gneiss migmatitiques. Elles sont aussi associées à des
granites d’anatexie.

10.1 DÉFINITION DES MIGMATITES ET DE L’ANATEXIE


Le mot « migmatite » trouve son origine dans le mot grec « migma » qui signifie
mélange ; ce mélange est constitué d’une partie sombre aux caractéristiques de
roche métamorphique et d’une partie claire qui a l’aspect d’une roche magmatique,
généralement de nature granitoïde. Les migmatites sont souvent qualifiées de gneiss
migmatitiques, car, comme les gneiss, elles présentent un litage constitué d’une
alternance de niveaux clairs et sombres, d’épaisseur centimétrique à décimétrique.
Le niveau clair est appelé leucosome (du grec leukos : blanc et sôma : corps), car la
proportion de minéraux clairs, feldspath et quartz, est supérieure à celle des minéraux
sombres (biotite, amphibole principalement). Dans le niveau sombre appelé mésosome
(du grec mesos : au milieu), la proportion minéraux clairs-minéraux sombres est
intermédiaire entre celle du leucosome et celle du mélanosome (du grec melanos :
noir) qui constitue parfois de fins liserés enrichis en minéraux sombres, (figure 10.1
et 10.2). Le lien est souvent fait entre les migmatites et l’anatexie. Ce dernier mot,
qui dérive lui aussi du grec (anatêksis), signifie fusion.
Les gradients métamorphiques de MP-HT et BP-HT franchissent généralement la
courbe de fusion des granites hydratés (figure 3.3). Dans ces conditions de haute
température (T > 650 °C), des liquides de composition granitique et granodioritique

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10.2 • Origines des migmatites

Figure 10.1 – Migmatite à quartz, feldspath, biotite.


Le leucosome et le mésosome sont bien individualisés alors que le mélanosome
constitue un fin liseré biotitique. Le litage des leucosome et mésosome est généra-
lement concordant à la foliation bien visible dans le mésosome, ce qui suppose
une ségrégation du magma limitée à l’échelle de l’échantillon, depuis le mésosome
vers le leucosome. Cependant, un filon discordant montre un début de migration
du magma granitique.

sont produits par fusion partielle des métapélites et métabasites. Notons que, du fait
de la pente très accentuée du gradient, les séries de HP-BT ne sont généralement pas
affectées par la fusion partielle (figure 3.3), sauf dans quelques cas particuliers.
Cependant, si le lien entre migmatites et fusion partielle est bien établi et commu-
nément accepté, d’autres origines sont envisagées.

10.2 ORIGINES DES MIGMATITES


Plusieurs origines sont proposées pour ces migmatites :
• litage originel du protolithe avec alternance de niveaux gréseux (à l’origine des
leucosomes) et argileux ou grauwackeux (à l’origine des mésosomes) ;
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

• filons granitiques injectés dans le plan de foliation des roches métamorphiques


encaissantes en périphérie d’un massif de granite intrusif ;
• différenciation métamorphique par migration chimique ou ségrégation chimique
(métasomatose) ; il s’agit d’un processus à l’état solide ;
• fusion partielle (anatexie) des roches et ségrégation (migration) du magma grani-
tique qui se concentre dans les leucosomes. Dans ce cas, les migmatites sont aussi
appelées anatexites.
L’anatexie est le processus majeur à l’origine des migmatites. Cependant, la
contribution simultanée de plusieurs origines ne peut pas être exclue : un gneiss
migmatitique d’origine anatectique pouvait présenter un litage originel et/ou a pu

133
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Chapitre 10 • Migmatisation et anatexie

être injecté de filons granitiques. Les leucosomes ont parfois une texture grenue, peu
orientée rappelant celle des roches magmatiques, tandis que le mésosome montre au
contraire une texture très orientée caractéristique des roches métamorphiques. Le
mésosome est parfois appelé « paléosome » tandis que leucosome et mélanosome
sont appelés « néosome » (figures 10.1 et 10.2). Ces définitions sous-entendent que
le paléosome représente la roche métamorphique initiale tandis que le néosome
représente la partie nouvellement formée dans la roche par fusion partielle. D’une
manière plus réaliste, le paléosome/mésosome est partiellement fondu, mais les
liquides et résidu ne sont pas séparés. Dans le néosome, il y a ségrégation plus ou
moins complète du liquide et du résidu entre le leucosome et le mélanosome. Le
leucosome, que l’on appelle aussi le mobilisat, ne représente pas strictement la
composition du liquide ségrégé, mais plutôt un mélange, en proportions variées, de
magma et des phases en excès non consommées par la fusion. Il s’y ajoute parfois de
nouvelles phases solides lorsque la fusion est incongruente. Le résidu de la fusion
est appelé le restite, qu’il ne faut pas confondre avec le résister, qui est une roche ou
portion de roche réfractaire qui n’a pas fondu.

P-T
mélanosome = néosome
croissants leucosome

anatexie
mésosome = paléosome

Figure 10.2 – Schéma illustrant la terminologie


utilisée pour définir les migmatites.
Les mots mélano, leuco et mésosome définissent les migmatites de façon pétro-
graphique et peuvent être appliqués quelle que soit l’origine de ces roches. La classi-
fication se base sur la couleur des différents niveaux. Les mots néo et paléosome
ont une connotation pétrologique et se réfèrent à une origine par anatexie. Le
paléosome est équivalent au mésosome et est censé représenter la roche initiale
métamorphique avant la fusion (représentée à gauche), tandis que le néosome
(leucosome + mélanosome) constitue la partie nouvellement formée par fusion
partielle : la partie claire (leuco) est la partie fondue et la partie sombre (mélano),
la partie résiduelle. L’épaisseur des leucosomes est centimétrique à décimétrique.

10.3 FUSION PARTIELLE DES MÉTAPÉLITES


Comment fabrique t-on un magma de composition granitique (leucosome) à partir de
roches métamorphiques de composition pélitique (ou autre) (mésosome) (figure 10.3 c) ?
Nous savons que le premier liquide produit par la fusion partielle d’une roche, appelé
liquide eutectique, a une composition très différente de la composition de la roche
de départ. Le diagramme de phases au liquidus dans le système A’KF (figure 10.3 a
et b) montre que la composition eutectique, proche du pôle potassique, est bien diffé-
rente de celles des pélites et grauwackes, les sédiments les plus abondants sur la surface

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10.4 • Migmatites, granites, charnockites et faciès granulite

Figure 10.3 – Relations de phases au liquidus dans le système A’KF


(d’après Vielzeuf et Holloway, 1988).
Le système A’KF permet de représenter les métapélites et les métagrauwackes de la
croûte continentale, en négligeant les concentrations en Ca, c’est-à-dire le plagio-
clase. Le système ne comporte pas d’eau libre : l’eau libérée par les réactions de
déshydratation est dissoute dans le liquide. Les diagrammes (a) et (b) montrent la
composition du liquide anatectique produit à 5 et 10 kb, pour toute composition
dans le système (étoiles blanches). Le triangle (c) montre la composition des liquides
eutectiques à 2, 5, 10 et 20 kb (étoiles noires). La fusion partielle de toute compo-
sition de métapélite ou métagrauwacke conduit à l’apparition d’un leucosome de
composition granitique, et d’un mélanosome (résidu solide de la fusion) anhydre
ou pauvre en eau, enrichi en minéraux réfractaires : sillimanite (Sil), cordiérite (Crd),
grenat (Grt), spinelle (Spl) et orthopyroxène (Opx). l : liquide ; Bt : biotite ; Kfs :
feldspath potassique ; Ms : muscovite.

du globe, et a une composition granitique. Les travaux expérimentaux montrent que


la position de cet eutectique est peu influencée par la pression (figure 10.3 c), ce qui
signifie que la composition du magma granitique varie peu en fonction de la profondeur
de la région source.
La composition des migmatites peut varier de manière non négligeable si elles
sont les produits de la fusion partielle de roches très différentes. Ainsi, la fusion
partielle de métabasites produit des migmatites basiques dont le leucosome est de
composition granodioritique à dioritique et dans lequel l’amphibole domine et le
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

feldspath est du plagioclase. Un tel mécanisme pétrogénétique est à l’origine de


certains plagiogranites de la croûte océanique (voir chapitre 15).

10.4 MIGMATITES, GRANITES, CHARNOCKITES


ET FACIÈS GRANULITE
Nous avons remarqué que le faciès Granulite se situe au-delà de la courbe de fusion
hydratée qui matérialise le début de l’anatexie (paragraphe 3.3.1 et figure 3.3). Nous
avons aussi noté la succession du faciès Amphibolite et de l’anatexie et l’absence du

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Chapitre 10 • Migmatisation et anatexie

faciès granulite dans les séries métamorphiques telles que, par exemple, les séries de
gradient de moyennes pressions. Les séries de faciès granulite contiennent parfois
des granites à orthopyroxène nommés « charnockites ».

10.4.1 Influence de l’eau sur la transition


faciès amphibolite-faciès granulite et anatexie
Il faut se rappeler que le faciès Granulite se caractérise par une majorité de minéraux
anhydres et des conditions anhydres. Celles-ci sont obtenues, soit par l’absence de
phase fluide (V), soit en diluant l’eau avec un autre fluide : on considère qu’il s’agit
principalement de dioxyde de carbone (CO2). Dans le métamorphisme régional dans
la croûte continentale, il est admis que les conditions hydratées dominent, c’est-à-
dire que la vapeur d’eau est la principale phase fluide : P H2 O = PL ; c’est ce qui est
indiqué sur la figure 10.4.

(M) (H)
A T
+
V

H V G
+

M
A

Am
An
H H A
+
+ M M
V
PH2O (A) (V)
V M H A
H2O c1

Figure 10.4 – Diagramme de phases de la transition faciès Amphibolite (Am)-


faciès Granulite (G)-anatexie (An) avec PT = PH2O.
A, H, M et V sont respectivement les minéraux anhydres, hydratés, le magma et la
phase vapeur d’eau. Le tracé de ce point invariant respecte les règles énoncées au
chapitre 7 et à la figure 7.1. Les petites flèches indiquent comment les réactions se
déplacent le long de la réaction (V) lorsque l’eau est diluée par un autre fluide (CO2
par ex.) : voir figure 10.5. Les lignes en tirets matérialisent les gradients métamor-
phiques. Le segment indique la position des phases sur le diagramme de composition
binaire H2O-c1 ; le magma est matérialisé par un segment, car sa composition change
lorsque le taux de fusion partielle augmente. Le champ du faciès Amphibolite est
limité par les réactions (A) et (M) ; celui du faciès Granulite par les réactions (H) et
(M) et le domaine de l’anatexie (champ gris) par les réactions (H) et (A).

Cette figure visualise les types de réactions qui limitent le domaine du métamor-
phisme de celui de l’anatexie. Les phases A, H et M sont respectivement les phases
anhydres, hydratées et magmas ; notons que ces phases ne sont pas nécessairement iden-
tiques dans les différentes réactions. Nous reconnaissons une réaction métamorphique

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10.4 • Migmatites, granites, charnockites et faciès granulite

(réaction subsolidus) de déshydratation (M) H = A + V qui ne fait pas intervenir la


phase M ; les réactions (H) A + V = M et (A) H + V = M sont des réactions de fusion
eutectique, tandis que la réaction (V) H = A + M est une réaction de fusion péritectique
qui produit un magma et un nouveau minéral. Celle-ci ne fait pas intervenir la phase V
et est appelée « réaction de fusion vapeur absente » (ou encore, ce qui n’est pas très
explicite, « réaction de fusion-déshydratation ».)
Sur cette première figure en conditions hydratées ( P H2 O = PL), le domaine du faciès
Granulite (G), avec des minéraux anhydres, est restreint aux très faibles pressions
(P < 0,1 GPa) : il s’agit du faciès Cornéennes à pyroxènes du métamorphisme de
contact.
Si la vapeur d’eau est diluée avec du dioxyde de carbone, les réactions se déplacent
dans l’espace P-T dans le sens des flèches de la figure 10.4, de telle sorte que les
champs de stabilité des phases les plus hydratées vont diminuer (figure 10.5). Il
s’agit de H dans la réaction H = A + V et M dans les réactions de fusion eutectique :
A + V = M et H + V = M.
Dans la réaction de fusion péritectique H = A + M, il n’y a pas de libération de
vapeur (réaction (V) = vapeur absente), ce qui laisse supposer un équilibre entre les
deux phases hydratées H et M (par le biais de coefficients stœchiométriques appro-

T
T
V

M
A

An
V

G
+

H
+
A+
V

M M+
H A
G
M
V
Am H+
A

An Am
+V
H

PF P = cte
a
b
(V)
XCO2

Figure 10.5 – Diagramme de phases de la transition faciès Amphibolite (Am)


© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

– faciès Granulite (G) – anatexie (An) avec PT = PF = PH2O+PCO2


a) Diagramme de phases P-T montrant le déplacement des limites des faciès Amphi-
bolite, Granulite et anatexie le long de la réaction (V) H = M + A. Les réactions en
trait plein sont dessinées pour un XCO2 correspondant à la valeur de la ligne pointillé
verticale du diagramme de droite. Les réactions avec PT = P H2 O du diagramme 10.4
sont dessinées en pointillés. Même légende que la figure 10.4.
b) Diagramme de phases T-XCO2 à P = cte identique à l’extrémité du gradient méta-
morphique de la figure a. Notons qu’à la T à l’extrémité de ce même gradient,
marquée par la ligne pointillée horizontale sur le diagramme de droite, migmatites,
roches du faciès Amphibolite et du faciès Granulite coexistent pour différentes
valeurs de XCO2. Remarquez que les conditions optimales en T des amphibolites
ne sont pas atteintes pour P H2 O = PT. Les diagrammes binaires ne sont pas repré-
sentés sur le diagramme P-T, car ils sont identiques à ceux de la figure 10.4, à ceci
près que la phase V est ici un mélange d’eau et de CO2.

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Chapitre 10 • Migmatisation et anatexie

priés) : cette réaction reste fixe et indépendante de la fraction molaire XH 2O. En


conséquence, le point invariant (et les trois réactions « glissantes ») glisse le long de
la réaction de fusion péritectique (flèche blanche qui reste parallèle à la réaction ;
figure 10.4). Le champ du faciès Granulite s’ouvre entre celui du faciès Amphibolite
et le domaine de l’anatexie (figure 10.5). Le diagramme T-XCO2 (XCO2 = CO2 /H2O
+ CO2) de la figure 10.5 b montre que gneiss migmatitiques, roches des faciès
Granulite et Amphibolite peuvent coexister en fonction de variation de la composition
des fluides.

10.4.2 Migmatites et granites


Sachant que le leucosome a une composition granitique, quel est le lien entre les
migmatites et les massifs granitiques ? Dans les migmatites, le site de fusion et de
cristallisation du magma produit est le même : il n’y a pas eu (ou peu) de migration
du magma depuis la source jusqu’au lieu de cristallisation (figure 10.1). Au contraire,
les magmas à l’origine des granites ont migré. On distingue les granites d’anatexie qui
se sont peu ou pas déplacés et sont en équilibre thermique avec leur environnement
métamorphique : ils en représentent le stade ultime. Les granites intrusifs, eux, ont
fait « intrusion » dans un encaissant froid, métamorphique ou pas ; ils ont migré depuis
leur région source. Il n’y a pas équilibre thermique entre l’environnement et le
magma granitique, ce qui est bien mis en évidence par une auréole de métamorphisme
thermique ou de contact autour de l’intrusion (voir chap. 11).
Sur la figure 10.4, suivons l’évolution d’une roche le long du gradient méta-
morphique de MP. La roche est progressivement déshydratée en franchissant une
succession de réactions sub-solidus (non représentées sur la figure, mais du type :
H = A + V). Elle atteint la réaction H + V = M ; la fusion commence, mais la vapeur
disponible dans la roche est rapidement épuisée, car la phase M est très hydratée. La
fusion s’interrompt (sauf apport d’eau par une source externe) et la production
magmatique est limitée. Si la température augmente encore, la réaction « fluide
absent » (V) H = A + M est franchie dans les conditions du faciès Granulite. Cette
réaction de fusion (qui est incongruente) n’est plus limitée par la disponibilité de la
phase fluide et la production magmatique peut être importante.
Ce n’est que lorsque le volume de magma est suffisamment important qu’il y a
séparation de la source. Pour de faible taux de fusion partielle, la ségrégation se
limite à produire des migmatites (figures 10.1 et 10.2). Pour des taux élevés, le magma
granitique migre vers la surface, formant des granites d’anatexie, lorsqu’ils sont
encore assez proches et reliés à leur source migmatitique ou des granites intrusifs,
lorsqu’ils sont arrivés à faible profondeur.
Ainsi, la migmatisation hydratée des séries métamorphiques dans le faciès Amphi-
bolite ne peut pas produire de plutons granitiques, sauf apport extérieur d’eau. Par
contre, la fusion « fluide absent », à plus hautes températures, dans les conditions du
faciès Granulite est susceptible de produire une grande quantité de magma granitique
qui peut migrer vers la surface sous la forme de massifs granitiques. Nous reviendrons

138
9782100522682-Nicollet.fm Page 139 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

10.4 • Migmatites, granites, charnockites et faciès granulite

plus loin (paragraphe 14.3.2) sur les conséquences de cette discussion sur la différen-
ciation de la croûte continentale.

10.4.3 Charnockites et gneiss charnockitiques


La charnockite est une roche de composition granitique contenant de l’orthopyroxène,
associé ou non à de la biotite, parfois de l’amphibole et du grenat, des minéraux
« opaques » (oxydes métalliques) auxquelles s’ajoutent les minéraux leucocrates du
granite : quartz, plagioclase et feldspath potassique. Cette charnockite peut avoir une
origine métamorphique : elle présente alors la texture des roches métamorphiques :
foliation ou litage métamorphique ; on parle de gneiss charnockitique. Elle peut
avoir une origine magmatique « granitique ». Dans ce cas, elle a une texture grenue.
Le mot de charnockite a été défini par Holland en 1900, à partir du nom de Jacob
Charnock (fondateur de Calcutta) dont la tombe est faite de cette roche, abondante
en Inde. En France, il n’y a qu’un massif de taille significative (quelques km 2) : la
charnockite d’Ansignan dans le massif nord-pyrénéen hercynien de l’Agly (au sud
de St-Paul de Fenouillet ; voir paragraphe 14.2.1).
Le diagramme PT de la figure 10.6 est directement déduit de la figure 10.4. La
réaction Bt + Qtz = Opx + Kfs + M est la réaction « fluide absent » équivalente de la
réaction (V) H = A + M. La figure 10.6 permet de comprendre les relations entre les
faciès Amphibolite, Granulite et les charnockites.

T
O
px
V

G
tz +

+
+Q

Bt Kf
+ s
Kfs

Q + M
tz V
x+
Op

Am
Bt
+
An
Kfs M Opx
+ Bt
+ +
Qtz Qtz Kfs
+
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

+ M
V

Figure 10.6 – Diagramme de phases de la transition


faciès Amphibolite (Am)-faciès Granulite (G)-anatexie (An)
pour les compositions granitiques-charnockitiques.
Les réactions (Kfs) et (Qtz) ne sont pas représentées. Bt : biotite ; Kfs : feldspath
alcalin ; Qtz : quartz ; Opx : orthopyroxène ; M : magma : V : vapeur.

Prenons trois exemples de gradients métamorphiques : le gradient aux pressions les


plus élevées correspond à un gradient de moyennes pressions-hautes températures ;

139
9782100522682-Nicollet.fm Page 140 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 10 • Migmatisation et anatexie

les deux autres gradients, à plus basses pressions, correspondent à des gradients de
basses pressions-hautes températures et, pour celui de plus BP, du métamorphisme
de contact.
Un ensemble de roches de composition appropriée est métamorphisé dans les
conditions d’un gradient de MP ; à hautes températures, ces roches atteignent les
conditions du faciès Amphibolite, puis celles de l’anatexie : elles fondent partiellement
(réaction biotite + quartz + feldspath potassique + vapeur = magma) et donnent des
migmatites ou gneiss migmatitiques ou anatectiques. En général, les conditions de la
réaction biotite + quartz = magma + orthopyroxène + feldspath potassique ne sont pas
atteintes.
À l’opposé, dans les conditions de très basses pressions (ligne pointillée la plus haute
sur la figure), les roches franchissent la réaction biotite + quartz = orthopyroxène
+ feldspath potassique + vapeur et deviennent des gneiss charnockitiques du faciès
granulite. Ces roches, déshydratées, ne peuvent pas fondre, car l’eau n’est pas dispo-
nible pour la réaction orthopyroxène + feldspath potassique + quartz + vapeur = magma.
Considérons le cas intermédiaire. La réaction biotite + quartz + feldspath potassique
+ vapeur = magma est franchie. La fusion commence, mais la vapeur disponible
dans la roche est rapidement épuisée ; si la température augmente encore, la réaction
biotite + quartz + feldspath potassique = magma + orthopyroxène (qui ne nécessite
pas d’eau) est alors franchie (à plus basses T qu’à MP) et la fusion produit un magma
charnockitique.
Deux origines sont possibles pour les charnockites : métamorphisme dans les condi-
tions du faciès Granulite et anatexie à hautes T. Le champ des gneiss charnockitiques
métamorphiques est élargi si l’eau est diluée par un autre fluide : les réactions glissent
le long de la réaction biotite + quartz = magma + orthopyroxène + feldspath potassique
(qui est une réaction « vapeur absente ») comme sur la figure 10.5.

Exercices

1.1 Anatexie et diagramme de phases


Réalisez deux coupes T-composition (segment Al2O3-K2O entre Sil et Kfs) dans le
diagramme de la figure 7.2 à pression constante : P1 à une pression inférieure à celle
du point invariant ; P2 à une pression supérieure à celle du point.
Afin de tenir compte des variations de la teneur en eau du système, nous considérons
que le système n’est pas saturé en ce constituant. Tracez qualitativement le diagramme
ternaire Sil-Kfs-V (-Qtz) ; on considère que, parmi les deux phases hydratées, la
phase vapeur (V) est largement plus hydratée que la muscovite. Écrivez la réaction (V)
et rajoutez-la sur la figure 7.2. Discutez l’importance de cette réaction « fluide absent »
(V) sur la genèse granitique.

140
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Solution

Solution
1.1 La coupe T-composition à P1 représentée par le diagramme binaire à P1 de la
figure 10.7 franchit la réaction métamorphique (L), puis la réaction de fusion eutectique
(Ms) du diagramme 10.8. La coupe T-composition à P2 (diagramme binaire à P2)
franchit la réaction de fusion eutectique (Sil), puis la réaction de fusion incongruente
(Kfs).

P1 T
(+ qtz + V)
P2 T
L (+ qtz + V)

sil + L kfs + L L
sil + L

kfs + L
sill + kfs ms + L

sil + ms kfs + ms sil + ms kfs + ms

sil ms kfs sil ms kfs

Figure 10.7 – Diagrammes binaires réalisés à partir de la figure 7.2.

Le diagramme de composition du système hydraté (non saturé) est un système


ternaire qui est réalisé à partir du système binaire de la figure 7.2. Le troisième pôle
du triangle est la phase vapeur (V). Les phases hydratées Ms et L sont placées dans
le triangle le long de la ligne qui relie la phase sur le segment Al 2O3-K2O et la phase
V. Leurs positions respectives dans le triangle sont qualitatives, en respectant le fait
que la phase L est plus hydratée que la phase Ms (figure 10.8). On peut alors écrire
la réaction (V) et les différents assemblages divariants dans les différents champs
divariants de la figure 7.2 (voir paragraphe 7.3). La réaction (V) est tracée dans le
diagramme PT de la figure 7.2 en utilisant la règle des demi-plans (figure 7.1). La
solution est donnée sur la figure 10.8.
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Comme discuté dans ce chapitre, ces diagrammes de phases montrent que la transition
processus métamorphiques-magmatiques s’étale sur une large gamme de température.
Roches métamorphiques et « magmatiques » (c’est-à-dire migmatitiques) peuvent
coexister : ainsi la paragenèse « réfractaire » qtz + ms + sil + kfs coexiste avec les
migmatites dans les deux triangles entre les réactions (Sil) et (V). Ces diagrammes
témoignent également du rôle important de l’eau. La fusion hydratée, consommant
beaucoup d’eau, reste limitée, car la vapeur disponible dans la roche est rapidement
épuisée. Ce n’est que lorsque les conditions de la réaction de fusion fluide absent
(V) sont atteintes que la fusion peut être importante : elle est alors susceptible de
générer des magmas granitiques en abondance.

141
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Chapitre 10 • Migmatisation et anatexie

T
(L)
Kf z +V
s + Qt (Ms)
M +S Kfs
P1 s + il + +
Qt V Sil
z L

L'
Kfs

Sil
L"
V
Qtz +

P2 Ms + Q
L+s
Kfs +

V
il

L+ +Q
+qtz
L

tz + V

Kf
Ms
Ms +

s+
ms kfs
sil
Sil
tz

(Sil) (V)
P (Kfs)

Figure 10.8 – Point invariant dans le système ternaire Al203-K20-H20 (+ SiO2).

142
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Partie II
Métamorphisme
et géodynamique
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Partie II • Métamorphisme et géodynamique

Les roches métamorphiques sont des « fossiles » de l’évolution thermique du globe.


Ces roches ont enregistré, grâce à leur composition minéralogique, une ou plusieurs
étapes de cette évolution et nous donnent donc une information sur la température en
fonction de la pression, c’est-à-dire de la profondeur. La majorité des formations
métamorphiques ont évolué selon trois gradients métamorphiques principaux : HP-BT,
MP-HT et BP-HT. Aucun de ces trois gradients ne coïncide avec le géotherme d’une
lithosphère stable. La majorité des roches métamorphiques a enregistré les perturba-
tions qu’a subies la lithosphère dans différents contextes géodynamiques. Ces roches
fournissent donc des informations majeures pour l’interprétation des modèles
géodynamiques.
La répartition spatiale des isothermes dans la lithosphère présentée sur la figure 1.3
du premier chapitre permet d’identifier les sites géodynamiques dans lesquels l’évolu-
tion thermique s’écarte de celle de la lithosphère stable : il s’agit principalement des
limites de plaques, en convergence ou en extension. Il s’agit souvent des mêmes
domaines géographiques qui sont, dans un premier temps, en extension (ouverture
océanique), puis, dans un deuxième temps, en convergence (subduction, puis collision) ;
l’exhumation qui accompagne l’effondrement de la chaîne se réalise à nouveau en
extension ; celle-ci peut débuter pendant la convergence. Autant d’informations
successives dont les roches peuvent conserver parfois des traces partielles qui sont
difficiles à démêler ; selon que les différents événements métamorphiques successifs
appartiennent à un même cycle orogénique ou non, on parle de polyphasage ou de
polycyclisme.
Dans cette seconde partie, nous aborderons tout d’abord l’étude du métamorphisme
de contact ; la migration des magmas, des profondeurs du globe vers la surface,
contribue au transfert de la chaleur, associé au lent refroidissement de notre planète.
Ensuite, nous nous attarderons plus longuement sur le métamorphisme régional et la
diversité de situations géodynamiques dont il témoigne. Ces différentes situations
géodynamiques sont des instantanés de la tectonique des plaques qui est liée à de
vastes mouvements de convection dans le manteau dont le moteur est la dissipation
d’énergie thermique.
À la suite du chapitre traitant du métamorphisme de contact, cette deuxième
partie s’organise essentiellement autour des principaux gradients métamorphiques
du métamorphisme régional. À travers des exemples, nous discuterons du ou des
contextes géodynamiques dans lesquels apparaissent chacun de ces gradients et des
liens chronologiques qui peuvent exister entre eux. La succession gradient de HP-BT,
puis MP-HT, puis BP-HT est relativement commune dans les orogenèses. Aussi, en
guise de conclusion, nous proposerons au chapitre 17, un modèle simplifié de
l’évolution du métamorphisme dans une chaîne de montagnes ; ce sera l’occasion
de discuter de l’évolution du métamorphisme au cours du temps, depuis le début de
l’histoire de notre globe.
Nous ne traiterons ni du métamorphisme de choc, dont le rôle sur l’origine de la
croûte terrestre primitive fut sans aucun doute considérable à l’Hadéen, ni du méta-
morphisme d’enfouissement qui relève plutôt du domaine de la dynamique des
bassins sédimentaires.

144
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LE MÉTAMORPHISME
DE CONTACT
11
11.1 L’auréole de contact de l’intrusion de Ballachulish
PLAN

11.2 Diffusion de la chaleur dans l’encaissant et modélisation


du métamorphisme de contact

Il y a métamorphisme de contact lorsqu’il y a un contraste thermique entre deux


masses de roches telles qu’une coulée de lave ou un massif magmatique intrusif et
une roche encaissante. Les recristallisations qui se produisent ont une cause directe-
ment observable : l’intrusion cède une certaine quantité de chaleur qui diffuse dans
l’encaissant plus froid et détermine la formation d’une « auréole de métamorphisme
de contact » (figure 11.1). Cette auréole est généralement étroite : quelques centi-
mètres au contact d’une coulée de lave d’épaisseur décamétrique à quelques dizaines
de mètres à rarement plurikilométriques autour d’intrusions plutoniques. En effet,
les roches sont de mauvais conducteurs thermiques : la diffusion thermique est donc
un mode peu efficace de transport de chaleur. L’auréole de contact est constituée de
roches métamorphiques appelées cornéennes (ou hornfels), car elles ont souvent le
grain fin de la corne, sans la texture planaire (schistosité et foliation) des roches du
métamorphisme régional. Les différents faciès métamorphiques sont représentés sur
la figure 3.3.
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

11.1 L’AURÉOLE DE CONTACT DE L’INTRUSION


DE BALLACHULISH
De nombreux massifs granitiques sont entourés d’une auréole de contact : en France,
autour du granite de St-Guiral-Liron dans les Cévennes, celui de Flamanville sur la
presqu’île du Cotentin, à proximité de Condé-le-Noireau en Normandie, Hochwald-
Andlau dans les Vosges, ainsi que dans les Pyrénées, etc. Mais rares sont les exemples
aussi bien étudiés que celui de l’auréole du massif de Ballachulish, dans laquelle il a
été tracé plusieurs isogrades (Voll et al., 1991).

145
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Chapitre 11 • Le métamorphisme de contact

2' 5

B
2'

'

L
L a b

Figure 11.1 – Exemple de métamorphisme de contact : l’auréole thermique


du batholite granitoïde de Ballachulish (Écosse).
a) Cartographie de l’intrusion et de son auréole (simplifiée d’après Voll et al., 1991).
Les granitoïdes (croix) ont été injectés au Dévonien dans une série sédimentaire
quartzopélitique. Six (dont cinq représentés sur cette figure) isogrades principaux
ont été mis en évidence sur la base des réactions suivantes :
1) Ms + Chl + Qtz = Bt + Crd + V ;
2) Ms + Crd = Bt + And + Qtz + V ;
2’) Ms + Bt + Qtz = Crd + Kfs + V ;
3) Ms + Qtz = Kfs + And + V ;
4) Bt + And + Qtz = Crd + Kfs + V ;
5) Kfs + Qtz (± Bt, Pl) = liquide (± silicate d’alumine ± Crd).
Les réactions 2 et 2’ ont fonctionné dans deux formations différentes (schistes de
Leven (L) et ardoises graphiteuses de Ballachulish (B), respectivement) qui n’ont
pas la même composition chimique et, sans doute, pas la même composition de la
phase fluide. Les traits fins dans l’encaissant marquent les limites lithologiques ;
figuré pointillé : quartzite.
b) Représentation des conditions de recristallisation dans l’auréole, dans le système
KMASH (K2O-MgO-Al2O3-SiO2-H2O). La disparition de la muscovite (réaction 3) et
l’apparition du magma (L, réaction 5) dans le champ de stabilité de l’andalousite
indiquent des conditions de mise en place à faibles pressions (inférieures à 0,4 GPa,
c’est-à-dire à moins de 12 km de profondeur). Les successions des réactions 1-2-3-4
ou 1-2’-3-4 pourraient s’expliquer, dans les mêmes conditions de pression, par des
concentrations en fer (XFe) plus élevées dans les schistes que dans les ardoises : le
domaine hachuré représente le glissement divariant de la réaction 2 vers les
basses pressions, en fonction de l’augmentation de XFe. Pour plus de lisibilité de la
figure, les champs divariants des autres réactions ne sont pas tracés. Il semblerait
que ce soit la présence de graphite dans les ardoises de Ballachulish qui abaisse
l’activité de l’eau dans la phase fluide et stabilise la réaction 2 par rapport à la
réaction 2’.

146
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11.1 • L’auréole de contact de l’intrusion de Ballachulish

Le massif de Ballachulish, sur la côte ouest de l’Ecosse, est une intrusion complexe
de roches granitoïdes variées mise en place il y a 425 Ma, à une profondeur corres-
pondant à une pression de 3 kb : diorite, monzodiorite, granodiorite et granite. Dans
un encaissant essentiellement pélitique, cinq isogrades sont tracés dans l’auréole. Ils
correspondent à des réactions métamorphiques qui sont représentées sur la grille
pétrogénétique de la figure 11.1 b. La carte de la figure 11.1 a fait apparaître que
le métamorphisme atteint les conditions de l’anatexie, à proximité immédiate de
l’intrusion (réaction 5). En modifiant la rhéologie des roches encaissantes, l’anatexie
favorise l’ascension du magma. La température maximale est estimée à 750-800 °C
dans des panneaux en enclaves dans l’intrusion.
On remarque le tracé discontinu des isogrades qui s’interrompent de part et d’autre
du massif où les quartzites sont largement représentées. Nous avons insisté (paragra-
phe 5.1) sur le fait que cette lithologie appartenant à la séquence quartzo-felsdpathique,
n’est pas un bon marqueur de l’évolution minéralogique au cours du métamorphisme.
Deux réactions (2 et 2’) qui se réalisent dans des conditions de température simi-
laire, sont impliquées l’une ou l’autre en différents lieux de l’auréole. Sur la grille
pétrogénétique de la figure 11.1b, la réaction 2 se place à des pressions supérieures à
celles de la réaction 2’. Il est possible d’envisager de faibles différences de pression
dans une auréole de contact. Cela peut être le cas, si la région a été basculée après la
mise en place de l’intrusion et du métamorphisme de contact. Un tel exemple est
décrit autour du batholithe de Nelson en Colombie Britannique. Dans le cas présent,
l’alternance des deux isogrades à l’est du massif de Ballachulish exclut cette hypo-
thèse. Cette différence minéralogique peut être liée à l’influence de la composition

2
1
4
A' K
and ms kfs

chl crd
bt
F
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

+ Qtz
V
Cr Qtz
s+
Kf

2'
+
Bt

d+

3
+

c hy
Hy

Figure 11.1 – Exemple de métamorphisme de contact : l’auréole thermique


du batholite granitoïde de Ballachulish (Écosse). (suite)
c) Triangles A’KF résumant les principales paragenèses des roches de l’auréole du
batholite de Ballachulish (le domaine de la fusion partielle n’est pas représenté). Les
lignes grises épaisses indiquent que les réactions sont divariantes dans un système
ferromagnésien.

147
9782100522682-Nicollet.fm Page 148 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

Chapitre 11 • Le métamorphisme de contact

chimique sur les réactions métamorphiques : la réaction 2 est surtout présente dans
les ardoises graphiteuses de Ballachulish. Le champ divariant Fe-Mg de la réaction 2
dessiné sur la grille de la figure 11.1b montre que les roches les plus ferrifères fran-
chissent cette réaction tandis que les roches les plus magnésiennes franchissent la
réaction 2’. Cette deuxième solution n’est pas retenue par les auteurs qui suggèrent
que ce serait la présence de graphite dans les ardoises de Ballachulish qui abaisserait
l’activité de l’eau et stabiliserait la réaction 2 par rapport à la réaction 2’. L’interaction
du graphite avec la phase vapeur d’eau fait intervenir des phases fluides carbonées
telles que CO2, CO, CH4 qui sont diluées dans la phase vapeur. Cette variation des
pressions partielles des différents fluides modifie la stabilité des assemblages minéra-
logiques (cf. figure 6.6), dont les assemblages des réactions 2 et 2’.
Les principales paragenèses sont représentées dans les diagrammes A’KF de la
figure 11.1c. Ces représentations ne font pas apparaître les réactions divariantes Fe-Mg,
puisque le constituant F est FeO + MgO. Afin de mettre l’accent sur cette limitation,
nous avons représenté les réactions divariantes par des segments épais gris pour
montrer que celles-ci représentent, sur le terrain, des zones métamorphiques plutôt
que des limites brutales. Dans les bas degrés de l’auréole métamorphique, la chlorite
disparaît rapidement au cours de la réaction continue 1. Apparaissent ensuite les
« schistes tachetés » à nodules de cordiérite, faciès caractéristiques du métamorphisme
de contact. Leur paragenèse est muscovite-biotite-cordiérite-quartz, remplacée par
l’assemblage feldspath potassique-biotite-cordiérite-quartz après le franchissement
de la réaction isograde 2’.
Dans les ardoises graphiteuses de Ballachulish, les schistes tachetés à cordiérite
sont relayés par des micaschistes à andalousite-biotite-cordiérite-quartz-muscovite
dans le domaine divariant de la réaction 2. À proximité de l’intrusion, à hautes tempé-
ratures, la sillimanite remplace parfois l’andalousite ; des structures migmatitiques
témoignent d’anatexie locale qui laisse des restites alumineux sous saturés en silice,
à corindon-spinelle-feldspath potassique-cordiérite-andalousite/sillimanite.
Des roches à hyperstène, spinelle, cordiérite, en enclaves dans l’intrusion, repré-
sentent le stade ultime du métamorphisme de contact des lithologies pélitiques.

11.2 DIFFUSION DE LA CHALEUR DANS L’ENCAISSANT ET


MODÉLISATION DU MÉTAMORPHISME DE CONTACT
L’intensité du métamorphisme dans l’auréole de contact croit en s’approchant du
contact intrusif. L’extension et le degré de métamorphisme thermique dépendent de
plusieurs facteurs. Ils dépendent de la quantité de chaleur Q fournie par l’intrusion et
échangée avec l’encaissant ; celle-ci est fonction du volume de l’intrusion, de l’écart
de T entre la roche magmatique et l’encaissant, de la chaleur latente (ou enthalpie)
de cristallisation du magma et, dans une moindre mesure de l’enthalpie de recristal-
lisation des roches de l’auréole. La chaleur latente de cristallisation libérée lors de la
mise en place de l’intrusion est fonction de l’état de cristallisation du magma.
L’extension de l’auréole dépend des propriétés thermiques du magma et de celles

148
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11.2 • Diffusion de la chaleur dans l’encaissant

des roches encaissantes, tout particulièrement de leur conductivité thermique K. En


simplifiant, l’extension x de l’auréole métamorphisme est x = Kt où t est le temps,
durée du transfert de chaleur. Plus K est élevé, c’est-à-dire plus les roches sont
conductrices de la chaleur, plus l’auréole est étendue et le gradient métamorphique
faible. Au contraire, si K est faible, l’auréole est réduite et le gradient métamorphique
fort. La présence de fluides modifie la conductivité des roches et permet aussi le
transfert convectif de la chaleur. Ainsi les auréoles sont plus développées, avec un
gradient métamorphique plus faible, autour d’intrusions granitiques qui libèrent de
l’eau en cristallisant, qu’autour d’intrusions dioritiques et gabbroïques, pourtant plus
chaudes, mais anhydres.
Il est possible de modéliser mathématiquement l’évolution thermique à proximité
de l’intrusion par diffusion de la chaleur dans l’encaissant. Cependant, une telle
modélisation numérique suppose diverses simplifications. Ainsi, le transfert de chaleur
advectif lors de la mise en place du batholite n’est pas considéré : cela suppose que
la mise en place de l’intrusion se fait de manière instantanée. Le transfert de chaleur

0 ka
800
10

15
600
25
Température (˚C)

15 ka
50
60
100
100
200 ka
200

1 2 Distance (km) 3
0
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Figure 11.2 – Modèle numérique à une dimension de l’évolution thermique


au contact d’une lame granitique de 2 km de large.
L’intrusion granitique est mise en place à 825 °C dans un encaissant à 100 °C.
L’enthalpie de cristallisation du magma est de 100 kJ/kg. La distance est mesurée
depuis le milieu de la lame : le bord gauche de la figure coïncide avec le centre de
l’intrusion. Sur les courbes d’évolution de la température (géothermes), le temps
est indiqué en kilo-année = 1000 ans. La courbe grisée enveloppe les Tmax atteintes
au cours du temps en fonction de la distance au contact : elle matérialise les condi-
tions que les roches sont susceptibles d’enregistrer pétrographiquement avec leurs
paragenèses à des temps variables (indiqués par les flèches). Les deux champs gris
matérialisent l’échange de chaleur par refroidissement/réchauffement respectif dans
l’intrusion/encaissant ; remarquez que les 2 champs ne sont pas équivalents (voir
texte pour plus d’explications). (D’après Peacock, 1989)

149
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Chapitre 11 • Le métamorphisme de contact

est supposé se faire uniquement par conduction, alors que l’infiltration de fluides
(aqueux) peut permettre un transfert rapide de la chaleur par circulation convective.
L’enthalpie de cristallisation du magma est prise en compte, tandis que celles des
réactions métamorphiques sont négligées. Dans le cas présent, le modèle est à une
seule dimension dans l’espace : l’intrusion a une forme géométrique simple ; sur la
figure 11.2, elle consiste en une lame rectangulaire d’épaisseur donnée et de dimension
infinie dans les autres directions. Le flux de chaleur est dirigé perpendiculairement à
la lame et il n’y a pas de transfert de chaleur parallèlement à la lame. Malgré ces
simplifications importantes, la modélisation permet de se faire une idée de l’évolution
thermique du métamorphisme de contact.
La figure 11.2 montre l’évolution des courbes géothermes au cours du temps à
l’intérieur de l’intrusion magmatique et son encaissant. Cette figure amène quelques
remarques intéressantes. On note le refroidissement rapide en périphérie de la roche
magmatique qui est matérialisé par les « bordures figées » à grain fin qui s’observe
souvent en périphérie des filons et massifs magmatiques. Dans l’encaissant, l’augmen-
tation de température est, tout d’abord, localisée au contact, puis se déplace vers
l’extérieur, conformément à l’équation x = Kt . En conséquence, la température au
contact diminue lorsque le cœur de l’intrusion se refroidit, tandis que les températures
augmentent dans l’encaissant situé au loin du contact. Ainsi, les pics thermiques ne
sont pas atteints au même moment à l’intérieur de l’auréole. On peut tracer une courbe
Tmax en fonction de la distance qui enveloppe les courbes géothermes (courbe grise
sur la figure 11.2). Nous savons que, lorsque les roches recristallisent, c’est cette Tmax
qu’elles enregistrent grâce à leur paragenèse : l’enveloppe des courbes géothermes
indique les conditions thermiques dans l’auréole de contact. En s’éloignant de
l’intrusion, le long de cette courbe « enveloppe », la température diminue tandis que
le temps auquel cette température est atteinte augmente. Cette courbe ne représente
donc pas une situation thermique (géotherme) à un moment quelconque de l’évolution
thermique dans l’auréole de contact. Il s’agit d’un gradient métamorphique tel qu’il
a été défini dans le cas du métamorphisme régional sur la figure 2.1.
Les deux champs gris entre les deux premiers géothermes matérialisent la quantité
de chaleur échangée par refroidissement/réchauffement respectif dans l’intrusion/
encaissant. On remarque que le champ dans les roches encaissantes est plus grand
que celui dans l’intrusion. La différence reflète la chaleur libérée par la cristallisation
du magma. En effet, ces surfaces grises sont fonction de l’échange de chaleur produite
par variation de la température. L’aire dans l’intrusion ne fait pas apparaître la
chaleur latente de cristallisation du magma. Par contre cette chaleur, libérée dans
l’encaissant, est transformée en augmentation de la température de celui-ci et explique
la différence entre les 2 surfaces. Rappelons que nous négligeons la chaleur
consommée par l’enthalpie de recristallisation des réactions métamorphiques.
Aussi séduisant soit ce modèle, il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une
approximation. Les températures maximales atteintes dans ce modèle restent relati-
vement faibles et n’atteignent pas les conditions des faciès Cornéennes à pyroxènes
et celles de l’anatexie observées sur le terrain et décrites au paragraphe précédent.
Pendant la progression vers la surface, la mise en place dynamique, au cours de

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11.2 • Diffusion de la chaleur dans l’encaissant

laquelle la diffusion de la chaleur dans l’encaissant et le refroidissement de l’intrusion


interviennent, favorise des conditions de plus hautes températures dans l’auréole par
rapport au modèle statique présenté ici.
Les conditions du faciès des Sanidinites (T > 800 °C) ne sont jamais réalisées
dans le modèle numérique, car sur le terrain, les assemblages correspondant à ces
conditions ne cristallisent pas dans les auréoles, mais dans des enclaves arrachées
par les intrusions à leurs épontes et emballées dans le magma. La température atteinte
dans ces dernières est supérieure à celle de l’auréole. Il en résulte divers assemblages
de haute température correspondant aux faciès de hauts degrés du métamorphisme de
contact. Ces enclaves ont pu fondre partiellement et constituent alors des büchites ;
elles sont parfois partiellement ou totalement assimilées dans le magma intrusif qui
est alors « contaminé » par son encaissant. Les büchites sont aussi rencontrées en
enclaves (ou xénolithes) de petites tailles (quelques cm3-dm3) dans les laves basaltiques ;
elles sont formées par thermométamorphisme.

151
9782100522682-Nicollet.fm Page 152 Mardi, 29. décembre 2009 4:34 16

12 LES MÉTAMORPHISMES
DE HAUTE PRESSION ET
ULTRA-HAUTE PRESSION-
BASSE TEMPÉRATURE :
L’EXEMPLE ALPIN

12.1 Les Alpes : de la subduction à la collision


12.2 La carte métamorphique des Alpes occidentales
12.3 Lithologies et associations minéralogiques types
PLAN

12.4 Le métamorphisme sur la transversale Queyras-Viso-Dora Maira


dans les Alpes occidentales
12.5 Le métamorphisme d’ultra-haute pression (UHP) dans le monde
12.6 Exhumation des unités de HP-UHP
12.7 Les reliques de HP dans le dôme Lépontin, Alpes centrales

Le métamorphisme de haute pression-basse température (HP-BT) est caractérisé par


les faciès métamorphiques Schistes verts de HP, Schistes bleus et Éclogite. Ce
gradient indique des régions où le géotherme est anormalement faible (< 10°/km).
Le contexte géodynamique associé est, sans ambiguïté, celui des zones tectoniques
de convergence de marges : ce gradient est le plus souvent associé à des zones de
subduction actuelles et fossiles. La subduction correspond à l’enfouissement rapide
de la plaque lithosphérique océanique ou d’une marge continentale avec des vitesses
de quelques centimètres par an. Il en résulte un abaissement significatif du flux de
chaleur dans la zone de convergence et un enfouissement des isothermes décrit à la
figure 1.3 (voir aussi la figure 14.2). Le gradient de température dépend de plusieurs
paramètres, et en premier lieu, de la production de chaleur des plaques en subduction.
Le géotherme de subduction de la lithosphère océanique, dont la production de
chaleur radioactive est quasiment nulle, est plus faible que celui de la lithosphère
continentale, dont la production de chaleur radioactive est, au contraire, importante.
Un autre paramètre important est la vitesse d’enfouissement. Plus la vitesse est

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12.1 • Les Alpes : de la subduction à la collision

élevée, plus le gradient de température est faible, traduisant ainsi l’inertie thermique
de la plaque subduite. Aussi, en passant de la subduction océanique, puis continentale
et à la collision qui provoque une diminution significative de la vitesse de la conver-
gence, le gradient thermique augmente et le gradient métamorphique de HP-BT
disparaît progressivement.
Le métamorphisme de HP se rencontre sur tout le pourtour pacifique (Japon,
Nouvelle-Calédonie, côtes ouest-américaines, etc.) et, en particulier, en Californie
où les unités franciscaines ont servi à définir le « gradient franciscain », une autre
façon de qualifier ce gradient métamorphique. Il est présent aux Caraïbes, en mer
Égée. Il est bien représenté dans les chaînes de collision récentes (Alpes, Himalaya)
où il est interprété comme le témoin d’anciennes zones de subduction et du début de
la collision. Les formations affectées sont principalement des roches de la lithosphère
océanique et de la marge continentale.
Le gradient de HP est abondant dans les formations récentes : les roches du faciès
Schistes bleus de Papouasie ont 2 Ma ; les éclogites de cette même région sont datées
à 4,3 Ma. Commun également dans les orogenèses récentes, il est rare dans les chaînes
paléozoïques et est absent avant le Néoprotérozoïque. Des schistes bleus sont datés
à 940 Ma en Chine.
Pour illustrer ce gradient métamorphique, nous prendrons l’exemple des Alpes
dans lesquelles ce type de métamorphisme, particulièrement bien exprimé, a été très
bien étudié. Nous nous limiterons aux Alpes occidentales et centrales. Nous élargirons
notre étude à d’autres régions dans le monde lorsque nous traiterons du métamorphisme
d’ultra haute pression (UHP).

12.1 LES ALPES : DE LA SUBDUCTION À LA COLLISION


La chaîne alpine représente une limite de plaques en convergence. Elle est liée au
déplacement relatif Afrique-Europe, en relation avec l’ouverture de l’océan Atlantique,
lors de la fragmentation de la Pangée. La chaîne alpine résulte de la collision, au
début du Tertiaire de deux plaques continentales : la plaque européenne à l’ouest et
le promontoire apulien de la plaque africaine, séparés par le domaine océanique de
la Téthys alpine ou domaine ligure ou liguro-piémontais. La convergence de ces
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

deux plaques a provoqué la fermeture de ce domaine océanique par subduction (et


obduction) du domaine océanique et de sa marge européenne vers le sud-est, sous le
promontoire apulien. Il en résulte un domaine complexe, très déformé, de nappes
empilées des zones internes chevauchant vers l’ouest les zones externes. Plus à l’est,
cet ensemble est lui-même chevauché par le domaine austro-alpin qui est la croûte
continentale apulienne. Cet austro-alpin est peu représenté dans les Alpes occidentales :
il s’agit de la zone de Sésia Lanzo et la nappe de la Dent-blanche. La limite est rela-
tivement brutale entre les zones internes et le domaine sud-alpin, croûte continentale
Apulienne peu déformée. Cette limite se fait à la faveur d’un grand décrochement, la
ligne insubrienne ou ligne péri-adriatique que l’on suit depuis la Méditerranée
jusqu’aux Alpes orientales. Cet accident majeur affecte l’ensemble de la lithosphère,

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Chapitre 12 • Les métamorphismes HP et UHP-BT : l’exemple alpin

comme en témoignent les serpentinites issues de l’hydratation du manteau qui le


jalonnent (planche 4).

12.2 LA CARTE MÉTAMORPHIQUE


DES ALPES OCCIDENTALES
La carte métamorphique des Alpes, éditée en 2004 (Oberhänsli, 2004), est le résultat
d’un travail de synthèse considérable effectué par de nombreux géologues européens
durant les trente dernières années. Cette carte combine l’approche pétrologique,
chronologique et met l’accent sur le contexte tectonique et l’évolution géodynamique
de la chaîne. Nous aborderons succinctement l’analyse de ce document en nous
limitant aux Alpes occidentales et centrales (planche 4) et nous invitons le lecteur à
se référer à cet ouvrage pour une étude plus approfondie et plus globale du méta-
morphisme dans les Alpes.
• Le schéma structural
Dans les Alpes occidentales, la plaque européenne ou zone dauphinoise comprend
les massifs cristallins externes (Argentera-Mercantour, Pelvoux, Belledone-Grandes
Rousses, Mont-Blanc-Aiguilles rouges), socle hercynien sur lequel repose la couver-
ture sédimentaire datée depuis le Carbonifère jusqu’à l’actuel. La zone dauphinoise
représente la zone externe de la chaîne ; le métamorphisme y est faible et ne dépasse
pas les conditions de bas degré du faciès Schistes verts. La limite avec les zones
internes est marquée par le chevauchement du front pennique. À l’est de celui-ci, les
zones internes montrent le passage de la marge européenne amincie au domaine
océanique. La zone briançonnaise est constituée de formations sédimentaires méta-
morphisées dans les conditions du faciès Schistes verts de HP. Vers le nord, dans la
région de Bourg-Saint-Maurice, s’ouvre, entre les zones dauphinoise et briançonnaise,
une portion de croûte océanique qui se prolonge vers l’est, l’océan Valaisan. Toute-
fois, l’origine et l’âge de ce petit océan est controversée. La zone piémontaise (ou
liguro-piémontaise) contient des portions de méta-ophiolites au sein de métasédiments
océaniques, les calcschistes, dont l’aspect lustré par l’abondance de mica blanc dans
le plan de foliation, leur a valu le nom de « Schistes lustrés ». Dans la partie ouest du
domaine piémontais, un prisme d’accrétion sédimentaire est composé principalement
de ces Schistes lustrés qui emballent de rares « boudins » hectométriques de méta-
ophiolites. À l’est, les métaophiolites, formant des massifs plurikilométriques constitués
essentiellement de métabasaltes, de métagabbros et de métaserpentinites (massif du
Viso et massif de Zermatt-Saas), deviennent dominantes au détriment des méta-
sédiments. Des portions de croûte continentale, fortement métamorphisées, perforent
la zone piémontaise dans sa partie orientale et apparaissent à la faveur de fenêtres
tectoniques sous celle-ci. Ce sont les massifs cristallins internes de Dora Maira, du
Grand Paradis et du Mont-Rose qui sont généralement attribués à la croûte européenne
briançonnaise. Cet ensemble est surmonté par des unités de la zone austro-alpine
(Sésia-Lanzo et Nappe de la Dent-Blanche) qui sont, semble-t-il, des portions de la
croûte continentale apulienne. Les zones internes des domaines piémontais et austro-

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12.2 • La carte métamorphique des Alpes occidentales

alpin sont hautement métamorphisées dans les conditions des faciès Schistes bleus
et Éclogite d’un gradient de HP-BT dans le domaine piémontais et dans les conditions
d’ultra-haute pression (UHP) dans les massifs cristallins internes. L’exhumation, qui
a ramené ces roches à la surface, n’a pas perturbé la disposition du prisme d’accrétion :
les unités les plus profondes et les plus chaudes sont les plus orientales.
Entre le bassin liguro-provençal et la mer Thyrénienne, la Corse a une histoire
alpine assez brève. L’île montre une coupe extrêmement réduite à travers les domaines
externes et internes de la « Corse alpine ». On passe, en l’espace de quelques kilo-
mètres, de la « Corse hercynienne », non (ou peu) métamorphisée à l’alpin, aux nappes
ophiolitiques éclogitiques de la Castagniccia et du cap Corse (voir planche 4). Ceci
s’explique, en partie, par l’absence d’un domaine briançonnais et par une transition
brutale entre la lithosphère océanique et la lithosphère continentale sur la marge
passive de l’océan alpin. D’autre part, la subduction de la croûte océanique n’est pas
suivie en Corse de la collision continentale : la convergence s’est déplacée à l’est,
dans les Apennins, avec l’ouverture d’un bassin d’arrière arc, le bassin Tyrrhénien.
En conséquence, les zones internes n’ont pas été portées en altitude et ne constituent
pas des reliefs importants. Les méta-ophiolites se trouvent à basses altitudes, parfois
au niveau de la mer : elles ont plus de chance d’être préservées, en échappant à
l’érosion, que leurs équivalents sur le continent qui se trouvent à plus de 2000 m
d’altitude. Une situation qui présente quelques similitudes avec l’île de Groix, en
Bretagne, l’unique affleurement de taille conséquente de métamorphisme de HP-BT
dans la chaîne hercynienne en France.

• La cartographie du métamorphisme
Pour des raisons évidentes de clarté, les auteurs de la carte métamorphique des
Alpes ont choisi de ne prendre en considération que l’histoire méso-cénozoïque de
la chaîne, c’est-à-dire, l’orogenèse alpine stricto sensu. L’histoire polymétamorphique
(précambrienne, calédonienne, hercynienne), extrêmement riche, n’est pas représentée.
La carte (planche 4) indique le type de métamorphisme et le degré, caractéristiques
qui rendent compte des processus géodynamiques. Les conditions sont celles du pic
en pression, quand celui-ci coïncide avec le pic en température ou bien celles du pic en
température, lorsque celui-ci est atteint au cours de la décompression associée à une
augmentation significative de température. Quinze subdivisions sont faites dans les
différents faciès métamorphiques, représentés sur un diagramme PT ; elles sont basées
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

sur les principales associations minéralogiques des roches des séquences basique et
pélitique. Les couleurs sont choisies pour permettre de visualiser rapidement les
trois contextes géodynamiques principaux : jaune-bleu-violet pour la subduction ;
jaune-vert-rouge pour la collision ; orangé pour les hautes températures liées à
l’exhumation.
Dans les Alpes occidentales, la succession des couleurs jaune-vert-bleu-violet,
indique un métamorphisme croissant depuis les domaines externes, à l’ouest, vers
les domaines internes, à l’est. Il est caractérisé par un gradient de HP-BT, depuis les
faibles degrés du faciès Schistes verts jusqu’aux conditions d’ultra-hautes pressions
(UHP). On peut observer, parfois, une diminution du degré métamorphique. C’est le

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Chapitre 12 • Les métamorphismes HP et UHP-BT : l’exemple alpin

cas dans l’unité Schistes bleus de Pinerolo, à l’est de l’unité d’UHP de Dora Maira
(planche 5 et coupe de la planche 6). Ce métamorphisme indique une subduction
vers l’est. La limite entre les principales unités métamorphiques correspond à des
contacts tectoniques. Il en résulte, parfois, des sautes dans le degré du métamorphisme
et la mise en contact d’unités métamorphiques d’âges différents. Le trajet rétro-
grade, associé à l’exhumation des roches, se fait toujours à des températures égales
ou inférieures à la température du pic en pression. Ainsi, les conditions optimales en
pression et température du métamorphisme coïncident et sont préservées.
Le métamorphisme est daté à 65 Ma dans l’unité austro-alpine de Sésia-Lanzo,
entre 40 à 50 Ma dans le domaine piémontais, datant la subduction océanique et 45
à 35 Ma dans les massifs cristallins internes, contemporain de la subduction conti-
nentale, au début de la collision. Ces événements sont diachrones : lorsque certaines
unités sont encore en train d’être enfouies, d’autres sont déjà en cours d’exhumation.
Dans les Alpes centrales, des étoiles, en surcharche sur les couleurs rouge-orangé
dans le domaine interne (planche 4), sont des reliques éclogitiques dans un environ-
nement de moyennes pressions-hautes températures. Ceci indique un contexte de
subduction, auquel a succédé une collision conduisant à un réchauffement au cours
de la décompression. Nous reviendrons sur ce métamorphisme de moyennes pressions
au paragraphe 12.7.

12.3 LITHOLOGIES ET ASSOCIATIONS MINÉRALOGIQUES


TYPES
La diversité des unités (océaniques : ophiolite et sédiments océaniques ; continentales :
socle hercynien et couverture sédimentaire) sur une transversale à travers les Alpes
s’accompagne d’une diversité lithologique qui est favorable à une grande variété
d’assemblages minéralogiques. Nous allons les décrire succinctement dans ce
paragraphe.

• Les métasédiments
Dans les conditions d’un gradient de HP, les métapélites se distinguent nettement
des « micaschistes à deux micas », muscovite et biotite, des gradients de MP et BP.
En effet, à hautes pressions, la biotite est rare et le mica blanc est la phengite. L’aspect
satiné des micaschistes de hautes pressions, sans mica noir, leur ont valu le nom de
« Schistes lustrés » dans les Alpes. La phengite ne se distingue pas de la muscovite
à l’observation microscopique. La différence est chimique : le rapport Si/Al est
supérieur dans la phengite. Quartz et chlorite accompagnent le mica blanc. Dans les
métapélites sodiques, glaucophane et jadéite sont présents. Ces dernières décennies,
la découverte de minéraux diagnostiques des faibles degrés métamorphiques des
conditions de HP dans les métapélites a permis de faire une zonéographie précise
dans les zones externes. C’est, par exemple, la carpholite, un inosilicate alumino-
ferromagnésien hydraté, dans les lithologies faiblement sodiques. Ce minéral est
abondant dans les séries paléozoïques et mésozoïques du domaine briançonnais peu

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12.3 • Lithologies et associations minéralogiques types

200 400 600 T(˚C)

kln +
PP 2,76 2,83

prl
SV 2,99 AMPHIBOLITE

qtz
2,94
gln 2,84

cld
1 EA 3,01 jd10 20
cp + 2,84
+ qtz qtz
cp 2 3,0

lws+ab
1
3,04
do 3,09 SB jd20
m 40
ai
ne
no
n

pg
ré ab jd50
al

+ z lws
cld + qtz
isé 3,08 jd +

ky
cp
qtz

o + + jd
da

+z ws
3,27 60

qt
ns

o+
z
la

l
qtz
2 na
tu
re gln
,s ÉCLOGITE
ur
P (GPa)

Te
rre 3,08 80
3,56
quartz
gra
phi coésite
dia te
ma
nt UHP
3 1 Tr + Chl + Ab = Gln + Lws 100
2 Tr + Chl + Ab = Gln + Zo + Qtz + V P = 5 GPa 3,1-3,63
km

Figure 12.1 – Diagramme PT de stabilité des minéraux et assemblages


minéralogiques caractéristiques du métamorphisme de HP-HT.
Le glaucophane, amphibole bleu caractéristique de ce gradient, découpe le domaine du faciès
Éclogite en fonction de la température. Lawsonite, zoïsite et jadéite permettent de subdiviser
le domaine du faciès Schistes bleus en fonction de la pression et de la température, en particulier,
pour les paragenèses des métabasites. L’association lws + ab/jd est à basse température par
rapport à l’assemblage zo + ab/jd. La réaction ab = jd + qtz sépare un champ haute pression à
jadéite du faciès Schistes bleus d’un champ dans lequel le plagioclase sodique est stable. La
réaction 1 limite vers les basses températures l’association lws + gln. Dans les métapélites, la
transition carpholite/chloritoïde, vers 400 °C, est un marqueur thermique dans ces lithologies.
Dans ces roches généralement dépourvues de phase sodique (jd ou ab), la lawsonite est stable
à plus hautes températures que dans les métabasites.
La transition quartz/coésite marque la limite du domaine des ultra-hautes pressions. La réaction
graphite/diamant est dessinée ici dans le domaine non réalisé sur Terre et l’extrapolation de
cette courbe vers les conditions du géotherme d’une zone de subduction, indique des pressions
supérieures à 4 GPa.
Les couples de chiffres (2,84/3,0) indiquent les densités moyennes des croûtes continentales
supérieure et océanique respectivement, en fonction de la profondeur (d’après Goffé et al.,
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

2003). On note que la croûte océanique devient aussi dense que le manteau lithosphérique
(3,3) à moins de 2 GPa : au-delà de cette profondeur, celle-ci sera difficilement exhumée. La
croûte continentale supérieure est encore moins dense que le manteau bien au-delà de 5 GPa.
C’est seulement à partir de 10 GPa que la croûte continentale supérieure (qui constitue la
majorité des unités d’UHP) devient plus dense que le manteau environnant et ne peut plus être
exhumée.
Ce diagramme est semi-quantitatif, puisque la majorité des réactions, à l’exception des réac-
tions polymorphiques (quartz/coésite, graphite/diamant) sont multivariantes, en fonction,
principalement, du rapport fer/magnésium et de la pression partielle de l’eau. Les lignes en tirets
Jd10, Jd20, Jd50 indiquent les conditions de stabilité des clinopyroxènes sodiques (omphacite)
des éclogites contenant 10, 20, 50 % du pôle pur jadéite.
Les lignes grises délimitent les champs de stabilité des faciès métamorphiques des Éclogites,
des Amphibolites, des Amphibolites à épidote (EA), des Schistes bleus (SB), des Schistes verts
(SV) et Prehnite-Pumpellyite (PP).

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Chapitre 12 • Les métamorphismes HP et UHP-BT : l’exemple alpin

métamorphique. Il est aussi présent dans les métapélites du faciès des Schistes bleus
dans les domaines océaniques Valaisan et Ligure. Lorsque la température augmente,
la carpholite est remplacée par le chloritoïde vers 400 °C (figure 12.1, figure 5 et 6
de la planche 7).
La lawsonite, un sorosilicate alumino-calcique hydraté, est également abondante
dans les métapélites et calcschistes de l’unité des Schistes lustrés. Elle est souvent
associée à la carpholite, mais son champ de stabilité est un peu plus large vers les
hautes températures (figure 12.1). La cookéite, une chlorite lithinifère, est un autre
minéral index dans les conditions de bas degré (entre 300 et 450 °C), dans les
domaines dauphinois et briançonnais.
Dans les conditions du faciès Éclogite, la paragenèse typique des « micaschistes
éclogitiques », décrite pour la première fois dans la zone de Sésia-Lanzo, est à
quartz, phengite, jadéite, chloritoïde, grenat, glaucophane.
La matière organique carbonée des métasédiments est très utile pour caractériser
l’évolution métamorphique. Elle est abondante dans les Alpes de l’Ouest dans les
charbons du domaine briançonnais ; elle est omniprésente dans la série de Schistes
lustrés. Les structures désorientées de la matière organique à basse température
évoluent vers la structure très organisée du graphite. Cette évolution de la structure
est dépendante de l’évolution de la température et semble indépendante de la pres-
sion. Analysée par micro-spectroscopie Raman, la structure du graphite est un bon
géothermomètre, avec une marge d’erreur inférieure à 50 °C (Beyssac et al., 2002).
Ces auteurs montrent qu’il existe une relation linéaire entre la température et le
rapport de différents pics des bandes spectrales qui caractérisent le graphite. Par
ailleurs, la structure du graphite ne serait pas affectée par la rétromorphose et le
minéral enregistrerait et préserverait la température du pic du métamorphisme. Des
mesures systématiques effectuées à travers les Alpes occidentales montrent une
augmentation progressive de la température à travers les unités métamorphisées
dans les conditions des faciès Schistes verts, Schistes bleus et Éclogite, depuis
300 °C jusqu’à 550 °C. Le diamant, polymorphe de ultra-haute pression du carbone,
n’a pas été trouvé sur cette transversale.
• Les méta-ophiolites
Les séries ophiolitiques formées dans le bassin Liguro-Piémontais jurassique compren-
nent des basaltes, des gabbros, des péridotites, des serpentinites et rares roches
acides métamorphisés (voir chap. 15). On distingue les méta-ophiolites des quelques
roches basiques provenant de la croûte continentale métamorphisée, comme les
amphibolites et granulites hercyniennes de la zone de Sésia-Lanzo.
Ces roches magmatiques du bassin océanique alpin montrent un large spectre de
composition chimique lié à la différenciation tholéiitique, s’échelonnant depuis des
gabbros (à olivine) riche en Mg et Cr à des gabbros (et basaltes) riches en fer et
titane. Ces différentes lithologies ont été affectées par le métamorphisme océanique
et l’hydrothermalisme qui influencent la minéralogie des métabasites alpines. L’hydro-
thermalisme est responsable du développement d’altérations rodingitiques. Une fois
métamorphisées à l’alpin, ces métarodingites sont à diopside, vésuvianite (encore

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12.3 • Lithologies et associations minéralogiques types

appelée idocrase), grenat granditique (c’est-à-dire grossulaire et andradite), épidote,


chlorite. Dans certains cas, il est envisagé que la rodingitisation soit contemporaine
du métamorphisme alpin.
Grâce à la diversité chimique des protolithes, la minéralogie des métabasites est
variée.
Dans les conditions du faciès Schistes bleus de l’unité des Schistes lustrés, les
métabasites magnésiennes contiennent : amphibole, chlorite, zoïsite, ± mica blanc,
lawsonite. Les métagabbros et métabasaltes ferro-titanés sont à clinopyroxène, ompha-
cite, glaucophane, épidote ou lawsonite, sphène, ± mica blanc. Dans les conditions
du faciès Schistes bleus, il existe un domaine d’immiscibilité entre clinopyroxène et
jadéite-omphacite : les deux minéraux coexistent dans la roche.
Dans les conditions du faciès Éclogite, les métagabbros magnésiens chromifères
sont à omphacite (chromifère), glaucophane peu colorée, zoïsite, ± chlorite, Mg-
chloritoïde, talc, disthène, rare grenat. La minéralogie des métagabbros et métabasaltes
ferro-titanés est : omphacite, grenat, glaucophane, zoïsite, rutile, ± micas blancs
(phengite et paragonite).
Nous remarquons que le grenat est rare ou absent dans les métagabbros magnésiens.
Ces roches ne correspondent pas à la définition des éclogites qui doivent contenir, au
moins, de l’omphacite et du grenat. La présence du grenat est contrôlée par la compo-
sition chimique des roches : seules les roches suffisamment ferrifères en contiennent.
La lawsonite est rare. Toutefois, des amas centimétriques micacés de forme losangique
constituent les produits de la pseudomorphose de cristaux de lawsonite, témoignant
ainsi que le minéral était stable durant le trajet prograde de la roche. Il y a pseudo-
morphose lorsqu’un minéral est remplacé par un nouveau minéral ou un agrégat de
minéraux, en conservant la forme du minéral originel.
Les métagabbros, en boules déca- à hectométriques dans les métasédiments et
serpentinites, sont souvent peu déformés. En effet, c’est la matrice incompétente des
métasédiments et serpentinites qui absorbe toute la déformation et les métagabbros
se comportent comme des objets durs à l’intérieur de celle-ci. D’autre part, en l’absence
de déformation notable, la perméabilité de ces roches est faible et elles sont peu
hydratées : faible déformation et faible hydratation ont pour conséquence une faible
cinétique de réactions. Aussi, les métagabbros montrent souvent une recristallisation
métamorphique incomplète, avec des textures coronitiques qui favorisent l’étude des
mécanismes réactionnels mis en jeu (figure 3, planche 8). Le métagabbro d’Allalin,
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

dans le Valais suisse, montre la transition complète entre la roche magmatique et


l’éclogite.
Dans ces roches, les sites des minéraux magmatiques constituent autant de micro-
systèmes. Des réactions de pseudomorphose se développent à partir de chaque
minéral magmatique, tandis que des réactions coronitiques marquent la frontière entre
ces différents minéraux magmatiques. Dans les conditions du faciès Éclogite, des
agrégats de jadéite, zoïsite, quartz remplacent le plagioclase ; le clinopyroxène se
transforme progressivement en omphacite ; le grenat a souvent une disposition
coronitique entre les deux minéraux magmatiques ; talc et trémolite se forment à la
place de l’olivine.

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Chapitre 12 • Les métamorphismes HP et UHP-BT : l’exemple alpin

La déformation que présentent les métagabbros est souvent acquise lors de la mise
en place du protolithe dans l’océan ligure : les métagabbros déformés sont recoupés
par des filons de métabasaltes ou métatrondhjémites qui ne sont pas déformés. Une
couronne de glaucophane se développe autour du clinopyroxène et au contact de
l’ancien plagioclase en remplacement de la hornblende et/ou actinote du métamor-
phisme océanique (figure 3, planche 8). L’hydratation de ces roches est acquise durant
le métamorphisme océanique (voir chapitre 15) et c’est elle qui contrôle l’évolution
métamorphique de HP. Le plagioclase est transformé, selon son degré d’altération
hydrothermale en lawsonite ou jadéite et zoïsite. Parfois le feldspath est préservé. Le
massif ultrabasique de Lanzo est un vaste affleurement de manteau de plus de 20 km
sur 10 km dans les Alpes occidentales, métamorphisé dans les conditions de HP-BT
avec des pressions de 2,0 GPa à 550 °C. La partie centrale du massif est peu déformée
et constituée de lherzolite à spinelle-plagioclase (figure 1, planche 8). Le feldspath
est transformé en petites aiguilles de zoïsite, jadéite et quartz ; mais, il est également
souvent préservé.
Les métaserpentinites sont abondantes dans le domaine piémontais. Bien que la
serpentinisation puisse avoir lieu parfois au cours de l’événement alpin, les serpenti-
nites sont principalement héritées du stade océanique, comme en témoigne l’existence
de (méta)ophicalcites (ou ophicarbonates), ces brèches à éléments de serpentinite dans
une matrice carbonatée, témoins d’interaction entre l’hydrosphère et le manteau
constituant le plancher océanique. Les recristallisations métamorphiques des serpen-
tinites sont discrètes. Les conditions de HP-BT ne permettent d’atteindre que rarement
les conditions de la « déserpentinisation » qui se réalisent pour des températures de
l’ordre de 600-650 °C. La modification principale est représentée par la transformation
des serpentines de basses pressions (lizardite, chrystobalite) en antigorite.
Des filons ou petites intrusions de plagiogranites et albitites dans les ophiolites
montrent la minéralogie suivante : jadéite, quartz, phengite, grenat, épidote, rutile.

• Les méta-granitoïdes
Les métagranites éclogitisés de la zone de Sésia, au sein des micaschistes éclogitiques,
et de Dora Maira sont les premiers témoins reconnus de la subduction de la croûte
continentale (Dal Piaz et al., 1972). Ces granites tardi-hercyniens sont intrusifs dans
des séries métamorphisées dans les conditions du faciès Amphibolite au cours de
l’orogène hercynienne et ils sont repris à l’alpin, dans les conditions du faciès Éclogite.
La paragenèse magmatique du granite est remplacée par une association métamorphique
composée de : jadéite, phengite, grenat, zoïsite, rutile, quartz, feldspath potassique.
Au Monte Mucrone, dans la zone de Sésia, la texture magmatique du granite est
préservée ; la biotite magmatique est entourée de grenat coronitique ; le plagioclase
est pseudomorphosé en jadéite, zoïsite et quartz. Les conditions de pression et
température sont estimées à 1,7 GPa à 550 °C. Dans l’unité de Brossasco-Isasca, le
quartz du métagranite est constitué par un agrégat granoblastique polygonal qui
remplace la coésite, polymorphe de très haute pression de la silice.

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12.4 • Le métamorphisme sur la transversale Queyras-Viso-Dora Maira

12.4 LE MÉTAMORPHISME SUR LA TRANSVERSALE


QUEYRAS-VISO-DORA MAIRA
DANS LES ALPES OCCIDENTALES
Sur une coupe dans les Alpes occidentales, à la latitude de Briançon et Turin, le
domaine dauphinois est représenté par le massif cristallin du Pelvoux et sa couverture
secondaire (carte de la planche 5, coupe planche 6 et figure 12.4). Il est séparé des
zones internes (domaines briançonnais et piémontais) par le chevauchement du front
pennique. Le domaine piémontais consiste en trois unités tectoniques majeures formées
lors de la fermeture de l’océan ligure. L’unité la plus superficielle est le massif
ophiolitique du Chenaillet, peu ou pas métamorphisée à l’alpin, obduite sur la croûte
continentale européenne. Nous étudierons le métamorphisme océanique, anté-alpin,
qui l’affecte au chapitre 15.
L’unité des Schistes lustrés du Queyras est formée de lentilles ophiolitiques,
métriques à hectométriques, rarement kilométriques, emballées dans des métasédiments
océaniques d’âge jurassique à crétacé. Cet ensemble est métamorphisé dans les condi-
tions du faciès Schistes bleus. L’unité des Schistes lustrés est considérée comme un
prisme d’accrétion à l’échelle crustale dans lequel s’accumulent les sédiments du
plancher océanique qui ne sont pas entraînés dans le manteau par la subduction. Les
conditions du métamorphisme augmentent progressivement d’ouest en est, comme
l’indique la succession des associations suivantes dans les métagabbros : glaucophane
+ albite + lawsonite, glaucophane + jadéite + lawsonite et glaucophane + jadéite
+ zoïsite. La température, évaluée grâce à la présence ubiquiste du graphite, varie
entre 300 à 500 °C. La pression augmente depuis 0,7-0,8 GPa jusqu’à 1,2-1,5 GPa.
Au nord du massif du Chenaillet, la pression atteindrait 2 GPa dans la partie orientale
de l’unité des Schistes lustrés.
L’unité éclogitique du Viso se localise sous les unités Schistes bleus des Schistes
lustrés. Ce passage se caractérise structuralement par une faille normale ductile. L’unité
du Viso repose sur les unités du massif cristallin interne d’ultra-haute pression de
Dora Maira par l’intermédiaire d’une autre faille normale ductile. Le massif du Viso
se compose d’unités d’extension plurikilométrique et d’épaisseur kilométrique de
métabasites et serpentinites imbriquées les unes dans les autres. La proportion des
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

métabasites, serpentinites et métasédiments (schistes lustrés) est d’environ 55-40-5 %


respectivement. Ces différentes unités enregistrent des conditions éclogitiques diffé-
rentes : entre 1,2 GPa à 450 °C dans l’unité du Passo Gallarino jusqu’à 2,4 GPa à
640 °C dans l’unité du Lago Superiore (figure 12.2). Ces conditions indiquent que ces
roches ont été enfouies à des profondeurs différentes, le long d’un même gradient
thermique froid, d’environ 6 °C/km, avant d’être regroupées à faible profondeur,
pendant l’exhumation. Les étapes métamorphiques successives, dans les faciès Éclogite,
puis Schistes bleus et Schistes verts, associées à l’exhumation sont bien observables
dans le massif. Nous les discuterons dans un prochain paragraphe (12.6.1). Le contact
de base de l’unité du Viso avec l’unité d’UHP de Dora Maira est constitué par un
mélange composé principalement de serpentinites.

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Chapitre 12 • Les métamorphismes HP et UHP-BT : l’exemple alpin

Température (˚C)
200 400 600 800

PP
SV
2
Gln AMPHIBOLITE

20
SB

z Q + ozC + g P
EA

b A + sw L
Jd10
2

1
Queyras

Profondeur (km)
40
Pression (GPa)

Passo Galarino Jd20


1b Viso Mozzo
Pg +Jd
Lw
+Z
s
o+
Qz

Jd50 60
1a Ab
Jd
2 +Q
tz
Gln

qua
Lago
r tz ÉCLOGITE
Superiore
coe
site 1a 80

unité du Queyras
6˚C/km
unité du Monviso 4˚C/km
3 100
UHP
unité Dora-Maira UHP 1

Figure 12.2 – Diagramme P-T montrant les conditions du métamorphisme


sur la transversale Queyras-Viso-Dora Maira.
À l’ouest, dans l’unité des Schistes lustrés du Queyras, les trois trajets PTt indiquent
une évolution croissante de la T et de la P d’ouest en est. Les différentes unités du
massif du Viso (Lago Superiore : carré gris 1a ; Passo Gallarino, Viso Mozzo : carré
gris 1b) atteignent des conditions de pression variables. L’ensemble de ces unités
définit un paléogéotherme de subduction de 4 à 6 °C/km. Les trajets rétrogrades se
font le long de ce même géotherme et les conditions P-T deviennent communes à
l’ensemble des unités dans les conditions du faciès des Schistes verts (carré gris 2).
L’unité continentale d’UHP de Dora Maira montre un trajet rétrograde de décompression
à température légèrement décroissante.
Les lignes grises délimitent les champs de stabilité des faciès métamorphiques (voir
figure 12.1 pour les abréviations).
Quelques réactions délimitant le champ de stabilité de minéraux typiques du gradient
métamorphique de HP-BT dans les lithologies basiques sont représentées. Il s’agit de
la réaction Ab = Jd + Qtz qui définit les champs respectifs de l’albite et de la jadéite,
pôle pur sodique du clinopyroxène ; les lignes en tirets Jd10, Jd20, Jd50 indiquent les
conditions de stabilité des clinopyroxènes sodiques (omphacite) des éclogites conte-
nant 10, 20, 50 % du pôle pur jadéite. Gln : champ de stabilité du glaucophane, amphi-
bole bleue sodique. La réaction lawsonite + jadéite = paragonite + zoïsite + quartz
sépare les roches à lawsonite des roches à zoïsite en fonction, principalement, de la
température. La transition polymorphique quartz = coésite marque la limite des
roches d’ultra-haute pression (d’après Tricart et Schwartz, 2006 et Ford et al., 2006).

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12.5 • Le métamorphisme d’ultra-haute pression (UHP) dans le monde

Le massif cristallin interne de Dora Maira est une portion de la marge conti-
nentale européenne. Cette formation est globalement métamorphisée à l’alpin dans
des conditions de faible degré du faciès Schistes verts, mais elle contient des assem-
blages reliques de très haute pression. Il s’agit de métapélites appelées « schistes
blancs », caractérisées par l’association talc + disthène qui indique des pressions
supérieures à 1 GPa. La paragenèse de ces roches est à quartz + talc + disthène
+ phengite + rutile + grenat proche du pôle pur magnésien, le pyrope. Les cristaux de
grenat, pouvant atteindre 20 cm de diamètre, contiennent en inclusions des reliques
de coésite, partiellement transformées en quartz (Chopin, 1984 ; figure 2.2). La coésite
est un polymorphe de très haute pression de la silice : le minéral est stable à des pressions
supérieures à 2,7 GPa, c’est-à-dire à plus de 90 km de profondeur (figures 12.1 et
12.2). Il peut être considéré comme le minéral isograde d’un faciès métamorphique
d’ultra-haute pression. Comme nous l’avons discuté au chapitre 2, la transformation de
la coésite en quartz nécessite une augmentation de volume qui explique les fractures
radiales dans le cristal hôte de grenat autour de l’inclusion. Le grenat hôte a résisté
mécaniquement à l’augmentation de volume et la transformation n’a été que partielle.
Dans la matrice de la roche, la coésite, non blindée dans un minéral résistant, s’est
complètement transformée en quartz. De nouveaux minéraux indicateurs des ultra-
hautes pressions ont été, par la suite, découverts : il s’agit de l’ellenbergerite, le
magnésiochloritoïde, la magnésiodumortiérite. L’ellenbergerite est, comme la coésite,
en inclusion dans le grenat ; elle est stable à des pressions supérieures à 2,7 GPa et à
des températures inférieures à 725 °C. Ce silicate alumino-magnésien et titanifère
contient jusqu’à 8 % d’eau. Ces minéraux, qui sont souvent en minuscules inclusions
dans les cristaux de paragenèses de bas degré métamorphique, fournissent des infor-
mations majeures sur l’histoire de la roche et sur l’histoire de la région qui contient
cette roche !

12.5 LE MÉTAMORPHISME D’ULTRA-HAUTE PRESSION


(UHP) DANS LE MONDE
À la suite de ces découvertes dans les Alpes, des témoins d’UHP et de nouveaux
minéraux diagnostiques de ces conditions ont été signalés à travers le monde, dans des
chaînes d’âges variés (figure 12.3). La présence de diamant, d’origine métamorphique,
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

indique des pressions supérieures à 4 GPa, c’est-à-dire des profondeurs supérieures


à 120 km (figure 12.1). Il s’agit souvent de microcristaux, comme les microdiamants
de quelques micromètres de diamètre en inclusions dans les cristaux de zircon dans
une éclogite de la chaîne hercynienne du Erzgebirge en Allemagne. Des clinopyroxènes
avec une teneur « élevée » en K2O (1,5 %) dans des gneiss à silicates calciques dans
le massif de Kotchetav (Russie) indiquent également des pressions supérieures à 4 GPa.
Durant la décompression de la roche, le potassium se concentre dans des lamelles
de feldspath potassique dans le pyroxène hôte. Souvent, ces minéraux, marqueurs de
conditions extrêmes, ne sont plus présents dans la roche, mais sont représentés par
des précipités ou exsolutions libérés au cours de la rétromorphose. Ainsi, dans ce

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Chapitre 12 • Les métamorphismes HP et UHP-BT : l’exemple alpin

même massif, la présence de précipités de coésite dans la titanite (ou sphène) d’un
marbre suggère l’existence précoce d’une titanite super-siliceuse, stable à plus de 6 GPa.
On remarquera que, dans cet exemple, la coésite représente une phase de « basse
pression », formé au cours de l’exhumation de la roche !
Les unités d’UHP contiennent parfois des péridotites à grenat, témoins du manteau.
La présence d’une ou l’autre des trois phases alumineuses dans les péridotites : plagio-
clase, spinelle ou grenat, est un indicateur barométrique. Le plagioclase indique un
manteau équilibré à moins de 1 GPa, le grenat, un manteau équilibré à plus de 1,5 GPa.
Le spinelle indique des pressions intermédiaires. On peut voir ces différents domaines
de stabilité des péridotites du manteau sur la figure 16.1. La découverte d’exsolutions
d’orthopyroxène dans les grenats d’une péridotite de Norvège montre que ce minéral
s’est formé à partir d’un grenat super-siliceux, c’est-à-dire qui incorporait du compo-
sant majorite (MgSiO3) dans sa formule, ce grenat stable à très hautes pressions. La
« reconstruction » de la composition du minéral précurseur, en ré-incorporant la
composition des exsolutions dans le grenat hôte, permet de calculer la proportion du
pôle majorite et ainsi d’estimer les conditions P-T de formation du minéral. Ces
conditions sont supérieures à 6-8 GPa, c’est-à-dire 200-250 km de profondeur. En
Chine, ce sont des lamelles de grenat et rutile dans le clinopyroxène qui représente-
raient les produits de déstabilisation d’un grenat majoritique. Le massif du Erzgebirge
montre des roches équivalentes. Ces péridotites à grenat majoritique, d’origine mantel-
lique, n’ont pas nécessairement une histoire identique à celle des roches d’UHP,
d’origine crustale, auxquelles elles sont maintenant associées. Les conditions extrêmes
enregistrées par ces roches mantelliques pourraient avoir été acquises lors de mouve-
ments convectifs dans le manteau, avant d’être incorporées dans des unités d’UHP
avec lesquelles elles sont exhumées.
Les âges des formations d’UHP (figure 12.3) se répartissent depuis le néoprotéro-
zoïque jusqu’à 4 Ma en Papouasie-Nouvelle Guinée (Baldwin et al., 2004). Les
formations les plus anciennes connues à l’heure actuelle ont 620 et 630 Ma et provien-
nent de la chaîne panafricaine au Mali et au Brésil. Ces formations sont rencontrées
dans la majorité des chaînes dans cet intervalle de temps : dans la chaîne calédonienne,
au nord de l’Europe ; dans la chaîne hercynienne et, en particulier, dans les monts du
Lyonnais, dans le Massif central français (Lardeaux et al., 2001) et dans les chaînes
méso-cénozoïques (Alpes-Himalaya). Il est vraisemblable que des témoins plus anciens
seront trouvés dans les années à venir, au moins jusqu’à 2 Ga, âge des éclogites
paléoprotérozoïques de Tanzanie (Möller et al., 1995 ; voir figure 17.2) qui témoignent
que le mécanisme de la subduction existait déjà à cette époque. On note que les roches
de UHP sont absentes le long de la ceinture péri-pacifique.
La dimension des unités d’UHP La caractérisation des conditions métamorphiques
d’UHP à l’aide de microcristaux, dans des roches souvent rétromorphosées dans un
environnement beaucoup moins métamorphique, posent la question de l’extension
spatiale de ces conditions. L’unité de Dora Maira indique globalement des conditions
métamorphiques du faciès Schistes verts. Les roches encaissantes et les témoins
d’UHP ont-ils subi les mêmes conditions extrêmes ou bien ces témoins de l’ultra-
métamorphisme, de petite taille, ont-ils été introduits tectoniquement et tardivement

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12.6 • Exhumation des unités de HP-UHP

Sapi
Mali Shergol
620 Nlle Guinée
Brésil 630 4

méso/céno. HP prisme
paléoz. HP chenal serp.
panafricain UHP croûte cont.
précambrien

Figure 12.3 – Répartition des unités de HP et UHP dans le monde.


HP prisme : roches de HP exhumées dans un prisme d’accrétion ; HP chenal serp. :
roches de HP exhumées dans un chenal sepentineux ; UHP : unités de UHP de la croûte
continentale. Les plus anciennes et la plus récente unité d’UHP sont localisées (âge
en Ma). Les principales orogenèses sont repérées chronologiquement (orogenèses
méso-cénozoïques, paléozoïques, panafricaines et précambriennes). (D’après Guillot
et al., 2009).

dans les unités de bas degré ? Des études méticuleuses de ces roches encaissantes
ont montré que celles-ci ont conservé de nombreuses reliques microscopiques de
conditions extrêmes, témoignant que les unités d’UHP sont d’extension géographique.
À Dora Maira, l’extension de l’unité d’UHP est estimée à 15 ¥ 5 ¥ 1 km. La forma-
tion de Dabie-Su-Lu, en Chine, atteint quelques centaines de kilomètres de long sur
quelques dizaines de kilomètres de large et quelques kilomètres d’épaisseur (Chopin,
2003). Ce sont donc des formations continentales de taille conséquente qui sont
enfouies dans la subduction.

12.6 EXHUMATION DES UNITÉS DE HP-UHP


© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

La question de la remontée des roches métamorphiques de HP et UHP est un sujet


d’actualité. On comprend bien, à l’heure actuelle, que des roches peuvent être enfouies
à grande profondeur. Pourtant, il y a une trentaine d’années seulement, on pensait
que seule la croûte océanique pouvait être subduite, tandis que la croûte continentale
trop légère, restait en surface. La découverte du granite éclogitisé du Monte Mucrone
en Italie a contredit cette hypothèse. La présence de coésite dans des roches de la
croûte continentale, métamorphisées à ultra-hautes pressions, à Dora Maira, en Italie,
puis découvertes ailleurs dans le monde, a définitivement démontré que la croûte
continentale peut être subduite jusqu’à des profondeurs mantelliques. La marge passive
amincie, est suffisamment lourde pour plonger, pour peu qu’elle soit tractée par la

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Chapitre 12 • Les métamorphismes HP et UHP-BT : l’exemple alpin

lithosphère océanique subduite, ce qui nécessite qu’elle soit bien solidaire de celle-ci.
Diamant et pseudomorphes de grenat majoritique indiquent la présence en surface de
roches crustales et mantelliques formées jusqu’au moins 8 GPa (environ 250 km).
Comment ces roches enfouies si profondément peuvent-elles remonter à la surface ?

12.6.1 L’évolution rétrograde sur la transversale


Queyras-Viso-Dora Maira
Dans chacune des trois unités principales de cette transversale (planches 5 et 6), les
indices de l’évolution métamorphique rétrograde sont bien visibles. Dans le Queyras,
les métagabbros montrent le développement d’actinote au détriment du glaucophane,
indiquant un trajet rétrograde dans les conditions du faciès Schistes verts, à pression
et température décroissantes (figure 12.2). À Dora Maira, nous l’avons noté, ce sont
les conditions Schistes verts qui prévalent : les indices des conditions d’ultra-haute
pression sont rares. Dans l’unité éclogitique du Viso (figure 12.4), le trajet rétrograde
est particulièrement bien préservé. Les éclogites, rétromorphosées dans les condi-
tions des faciès Schistes bleus, puis Schistes verts, montrent de superbes relations
chronologiques, observables à toutes les échelles (figure 12.5).
Au Lago Superiore, les paragenèses éclogitiques sont parfaitement préservées. Seul,
l’omphacite montre un début de déstabilisation en clinopyroxène moins jadéitique et
en albite, qui démontre le fonctionnement de la réaction jadéite + quartz = albite
(figure 12.2), indiquant une décompression. Au Passo Galarino (figure 12.5), la
déformation principale est marquée par le développement d’une foliation qui n’est
pas plane, mais qui montre une structure en « dômes et bassins » significative d’un
régime en aplatissement dominant, avec un ellipsoïde de déformation avec deux
directions d’allongement. La direction d’allongement maximale X est matérialisée
par une linéation minérale marquée par le glaucophane. Les dômes sont des éclogites
ferro-titanées à omphacite, grenat, glaucophane qui forment des boudins de taille
métrique dans des métagabbros magnésiens. Le boudinage tectonique est aussi

W E
Schistes Viso 4000 m
lustrés
Pas. V. Mozzo 3000
Gall.
Dora Maira
2000

1 2 3 4 1 km

Figure 12.4 – Coupe à travers l’unité ophiolitique du mont Viso.


1) métabasaltes schistes verts ; 2) lentilles éclogitiques de métagabbros, méta-
basaltes, massifs et laves en coussin ; 3) serpentinites ; 4) des failles normales
ductiles dans les conditions du faciès Schistes verts séparent l’unité éclogitique du
mont Viso de l’unité Schistes lustrés (dans les conditions du faciès Schistes bleus)
à l’ouest et de l’unité d’UHP de Dora Maira à l’est. Pas.Gal. : Passo Galarino (d’après
Schwartz et al., 2001).

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12.6 • Exhumation des unités de HP-UHP

observable à l’échelle du minéral et se réalise dans les conditions du faciès Schistes


bleus : les omphacites sont étirées et séparées par des aiguilles de glaucophane.
Les roches du Viso Mozzo sont largement rétromorphosées dans les conditions du
faciès Schistes verts : les métabasaltes sont à actinote, chlorite, épidote, ocelles d’albite.
Ces roches sont affectées par des structures extensives : plis d’entraînement, schistosité
de crénulation, fentes de tension et failles normales ductiles (4 sur la figure 12.5) qui
évoluent jusqu’à un système de fractures conjuguées (failles rouges sur la coupe de
la planche 6). Dans les fentes de tension, les aiguilles d’actinote ont une direction
légèrement oblique par rapport à la linéation antérieure à glaucophane. Ces micro-
structures indiquent un régime de déformation en cisaillement simple qui évolue dans
un contexte de refroidissement ; elles sont compatibles avec une cinématique à vergence
ouest, tout comme les failles normales ductiles qui limitent l’unité du Viso de ces deux
voisines. Ce mouvement relatif « normal » entre l’unité du Queyras, celle du Viso et
celle de Dora Maira indique une extrusion différentielle de ces trois unités depuis
des profondeurs de plus en plus grandes.

X L1

Y
Z

(1)
(2)
(3)
1-2 m
(4)

Figure 12.5 – Bloc diagramme synthétique des structures tectoniques


© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

associées à l’exhumation de l’unité éclogitique du mont Viso.


1) Éclogite (figure 3, planche 6) ; 2) boudin d’éclogite : la paragenèse entre les boudins
est à glaucophane-épidote, indiquant des conditions du faciès Schistes bleus
pendant le boudinage ; 3) métabasalte dans les conditions du faciès Schistes verts.
La déformation principale correspond au développement d’une foliation, marquée
par la paragenèse dans les conditions du faciès Schistes bleus ; celle-ci n’est pas
plane, mais montre une structure en « dômes et bassins » significative d’un régime
en aplatissement dominant, avec un ellipsoïde de déformation avec deux directions
d’allongement. La direction d’allongement maximale X est matérialisée par une
linéation minérale (L1) marquée par le glaucophane, bien visible dans les « inter
boudins » (2). Postérieurement, les métabasites sont affectées par des structures
extensives dans les conditions du faciès des Schistes verts : plis d’entraînement,
schistosité de crénulation, fentes de tension et failles normales ductiles (4). Ces
microstructures (4) sont compatibles avec une cinématique à vergence ouest.

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Chapitre 12 • Les métamorphismes HP et UHP-BT : l’exemple alpin

unité UHP D. Maira 1


3 100
unité mont Viso
Schistes lustrés

1 80
1 pic en pression
Pression (GPa)

Profondeur en km
2 Est
60

1 Ouest 40
1

20

10 20 30 40 50 60 70
Âge Ma
Figure 12.6 – Diagramme pression-temps montrant l’exhumation rapide des
trois principales unités de la transversale Schistes lustrés-Viso-Dora Maira.
Ce diagramme est réalisé par thermochronologie (voir paragraphe 4.3) et suppose
que l’on connaît la relation entre les paramètres P et T. Les pressions indiquées sur
cette figure pour l’unité des Schistes lustrés sont supérieures à celles dans le Queyras
(figure 12.2) : elles sont estimées sur une transversale au nord du massif du
Chenaillet (Agard et al., 2001). Le trajet P-t de chaque unité est obtenu en utilisant
plusieurs thermochronomètres aux températures de fermeture différentes. (On fait,
pour cela, l’hypothèse qu’aucun autre paramètre que la température n’intervient
dans les fermetures isotopiques des chronomètres considérés ; voir figure 4.8). Le
champ gris met en évidence le diachronisme des pics métamorphiques des trois
unités (d’après Ford et al., 2006).

Un nombre considérable de datations, utilisant des méthodes chronologiques variées,


a été réalisé sur des roches de hautes pressions des Alpes, depuis près de 50 ans. Ceci
nous permet d’obtenir des trajets PTt cohérents. Nous avons noté au paragraphe 4.3
que l’on date, en régle générale, le trajet rétrograde. La figure 12.6 montre que le
métamorphisme n’est pas contemporain dans les différentes unités : les événements
métamorphiques sont diachrones. Aussi, lorsque certaines unités sont en cours
d’enfouissement, d’autres sont déjà en cours d’exhumation. L’âge du pic méta-
morphique, coïncide avec l’enfouissement maximal, puisque le pic en pression coïncide
avec le pic en température. Cet âge diminue depuis l’ouest vers l’est. L’âge dans l’unité
des Schistes lustrés (55 Ma) est légèrement plus ancien que celui dans l’unité du Viso
(45-50 Ma). Celui du Massif cristallin interne de Dora Maira, de 35 Ma, est signifi-
cativement plus jeune. Il démontre, sans ambiguïté, que la subduction continentale
se réalise à la fin de la subduction océanique, juste avant la collision.
Les trajets d’exhumation sont extrêmement rapides, de telle sorte que les unités
des Schistes lustrés et du Viso sont déjà proches de la surface, tandis que la croûte

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12.6 • Exhumation des unités de HP-UHP

continentale de Dora Maira est en train d’être subduite. Par ailleurs, il y a 30 Ma,
l’exhumation rapide est terminée : l’unité de Dora Maira est exhumée, depuis 90-
100 km de profondeur, en moins de 5 Ma, et l’ensemble des Alpes occidentales est
équilibré dans les conditions du faciès Schistes verts.

12.6.2 Des modèles d’exhumation


Les gradients thermiques faibles enregistrés par les trajets rétrogrades des unités de
HP-UHP (figure 12.2) témoignent que leur exhumation est toujours reliée à la subduc-
tion. Notons cependant, que l’exhumation des roches profondes de HP et UHP est
un processus relativement rare, comparé à l’enfouissement le long des plans de
subduction que l’on peut suivre sur des dizaines de milliers de km. Il s’agit, contrai-
rement à la subduction, d’un processus non continu dans le temps qui se réalise dans
un délai relativement bref, vraisemblablement en moins de 10 MA et souvent au tout
début de la collision. La vitesse de l’exhumation est très variable et sans relation directe,
en général, avec la vitesse de convergence des plaques et les processus de l’érosion.
Les unités de UHP sont majoritairement constituées de la croûte continentale et
sont généralement enfouies, puis exhumées au stade précoce de la collision. De ce fait,
il apparaît logique que les roches de UHP soient absentes le long de la ceinture péri-
pacifique (figure 12.3). La subduction de la lithosphère océanique ne paraît pas être
un site favorable à l’exhumation de roches d’UHP. Pendant la subduction de la litho-
sphère océanique, seule l’exhumation des unités de HP constituées de la lithosphère
océanique ou du prisme d’accrétion semble possible. Elle nécessite, cependant,
l’intervention d’un événement géodynamique déclencheur ; c’est, par exemple, le
changement de régime de la subduction à la collision ; cela peut être, aussi, l’accélé-
ration de la subduction qui perturbe la situation « stable ». En Oman, la subduction
de la croûte continentale précède la collision, avant la fin de la subduction de la croûte
océanique du golfe d’Oman. Mais il faut remarquer que cette subduction continentale
est relayée, à 500 km au NE, par la collision des monts du Zagros : le plongement de
la plaque arabique en collision a vraisemblablement entraîné la subduction de la
croûte continentale omanaise.
Plusieurs modèles analogiques et numériques ont été proposés pour expliquer
l’exhumation des unités de HP et UHP. Un rééquilibrage isostatique accompagné d’une
érosion du relief que cette exhumation provoque est sans doute la première solution
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

envisagée. Toutefois, un mécanisme passif ne paraît pas suffisant pour remonter, dans
un contexte de convergence, des roches enfouies dans le manteau.
La gravité a, sans aucun doute, un rôle majeur dans cette exhumation. Les forces
qui contrôlent l’exhumation sont les forces de flottabilité et les forces aux limites de
la subduction. Les forces de flottabilité sont induites par les différences de densité
entre les roches subduites et les roches environnantes ; elles sont particulièrement
efficaces pour les unités de croûte continentale supérieure qui constituent la majorité
des unités d’UHP. L’exhumation suppose que la croûte continentale se détache de la
lithosphère océanique qui la tractait et qu’elle se dissocie de son manteau litho-
sphérique (slab break off en anglais) ; lithosphère océanique et manteau lithosphérique

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Chapitre 12 • Les métamorphismes HP et UHP-BT : l’exemple alpin

continental poursuivent leur plongée dans le manteau. Il est vraisemblable également


que la partie supérieure de croûte continentale, légère, se détache de la croûte infé-
rieure, plus dense. Toutefois, la densité des roches augmentant avec la profondeur
(figure 12.1), il existe une profondeur maximale au-delà de laquelle ces unités de
croûte supérieure deviennent plus denses que le manteau dans lesquelles elles se
trouvent et à partir de laquelle elles ne peuvent plus, en principe, être exhumées. Cette
profondeur de « non-retour » est estimée à 300 km, à 10 GPa. Des modifications des
forces aux limites jouent également un rôle dans les mécanismes d’exhumation. Le
retrait de la lithosphère subduite (roll back en anglais) serait un mécanisme favorable,
en libérant l’espace nécessaire à l’exhumation des unités d’UHP (Brun et Faccenna,
2008).

a) Exhumation dans le prisme d’accrétion


Un prisme se forme parfois en avant de la subduction et se retrouve incorporé dans
la collision ; nous avons vu que c’est ainsi qu’est interprétée l’unité piémontaise du
Queyras, avec une abondance de métasédiments (les schistes lustrés) dans lesquelles
sont inclus des morceaux de la lithosphère océanique. La partie basale de ce prisme
est entraînée vers le bas dans le mouvement de la subduction. Une partie de ce
prisme est enfouie dans le manteau constituant un « chenal ». Une partie bute contre
la croûte continentale chevauchante, à des profondeurs de 30-40 km, et remonte le
long de ce butoir. L’importance du prisme par rapport au chenal dépend de l angle du
butoir (figure 12.7).

b) Exhumation dans le chenal de subduction


Des schistes bleus à lawsonite, glaucophane, aragonite et clinopyroxène sodique sont
recueillis dans des serpentinites des « seamounts » de l’avant-fossé des Mariannes.
Ces roches, indiquant des conditions de formation de 150-250 °C et 5-6 kb, sont
exhumées par diapirisme de la serpentinite le long de la zone de subduction (Maekawa
et al., 1992). La zone de subduction constituerait un « chenal à double sens de circu-
lation », à la fois pour l’enfouissement, mais également pour l’exhumation (figure 12.7).
Un mélange de serpentinites dérivant du manteau océanique hydraté et de l’hydratation
du coin mantellique chevauchant, contenant des blocs exotiques de métabasaltes,
métasédiments et métagabbros de la lithosphère subduite constitue un « coin » qui
s’enfonce dans le manteau. Dans ce « chenal de subduction », les serpentinites, roches
relativement légères ont tendance à remonter par un chemin proche du chemin
d’enfouissement, dans un mécanisme essentiellement contrôlé par la gravité. Elles
entraîneraient dans leur remontée des roches plus denses, comme les éclogites. Ce
« chenal serpentineux » atteint des profondeurs considérables, puisque la déserpen-
tinisation totale se fait à des pressions de 2,5-3 GPa, à une température de 600 °C, en
fonction de la vitesse et de l’angle de la subduction. Les lithosphères océaniques
formées au niveau de rides lentes, dans lesquelles les serpentinites sont abondantes
(voir chap. 15), sont peut-être des sites privilégiés de ce mécanisme d’exhumation.

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12.6 • Exhumation des unités de HP-UHP

c) Exhumation des unités de HP-UHP dans les Alpes


Ces modèles d’exhumation ne s’excluent pas mutuellement. Au contraire, ils peuvent
être complémentaires. Ainsi, dans les Alpes, les modèles du prisme et du chenal sont
envisagés complémentairement (figure 12.7). La gamme des températures et pressions
dans le Queyras et le massif du Viso se chevauchent, mais il ne semble pas qu’il y est
une évolution continue entre les deux unités, même si elles se sont formées dans un
même gradient thermique. L’unité du Queyras est un prisme relativement superficiel
dans lequel l’évolution P et T semble relativement homogène, avec un enfouissement
maximum qui augmente progressivement d’ouest en est, jusqu’à des pressions de
1,5 GPa (– 2 GPa). Par contre, la formation éclogitique du Viso regroupe des unités
enfouies à des profondeurs variables qui seraient remontées le long d’un chenal
serpentineux depuis différentes profondeurs, avant de s’imbriquer les unes dans les
autres (figure 12.7).
Dans le prisme d’accrétion, la vitesse est relativement lente, inférieure à 5 mm/an.
Elle varie de 1 à 20 mm/an pour l’exhumation de la croûte océanique dans le « chenal
de subduction serpentineux ». Dans les deux cas précédents, la vitesse d’exhumation

Ouest 1 - unités Schistes bleus Queyras


Est
(prisme d’accrétion sédimentaire)
4 - Chenaillet
(obduction)

Europe ch Apulie
se en
rp al
30 3 en manteau apulien
manteau européen tin
3 - Dora Maira e ux
(subduction continentale)
2 - Monviso
km (éclogites détachées de 2 mantle
a la lithosphère océanique)
60

Figure 12.7 – Schéma de la paléo-zone de subduction alpine


dans les Alpes occidentales, il y a environ 45 Ma.
a) Au cours de la subduction et début de la collision, trois unités, aux comporte-
ments géodynamiques différents, sont distinguées. (1) Les unités Schistes bleus
constituent un prisme d’accrétion dans lequel les métasédiments dominent ; les
roches, enfouies jusqu’à parfois une quarantaine de kilomètres de profondeur
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

dans ce prisme, remontent le long du butoir constitué par le manteau et la croûte


continentale apuliens. (2) Dans le plan de subduction, des portions de la croûte
océanique éclogitisée sont arrachées et incorporées dans le « chenal serpentineux »
qui remonte par gravité. (3) Au début de la collision, la marge continentale est
subduite à son tour ; des unités de taille conséquente (comme l’unité de Dora Maira)
sont également exhumées. Le Chenaillet, qui échappe à la subduction, est également
représenté (4). (D’après Schwartz et al., 2007). L’exhumation des différentes unités
est diachrone. Dans le prisme, le trajet PTt d’une roche (1) est relativement bref.
Les unités ophiolitiques en subduction (2) sont incorporées à différentes étapes de
l’enfouissement de la lithosphère océanique dans le chenal serpentineux et exhumées
tandis que la marge continentale (3) est encore en cours d’enfouissement. Des
mouvements de convection dans le coin mantellique apulien (flèche) qui chevauche
la zone de subduction sont susceptibles de ramener des profondeurs des péridotites
à grenat majoritique et de les incorporer aux unités d’UHP en cours d’exhumation.

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Chapitre 12 • Les métamorphismes HP et UHP-BT : l’exemple alpin

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5

Figure 12.7 – Schéma de la paléo-zone de subduction alpine


dans les Alpes occidentales, il y a environ 45 Ma. (suite)
b) Détail du chenal de subduction serpentineux : il s’enfonce, entre 40 km à 100 km
de profondeur, entre la lithosphère océanique subduite et le coin mantellique anhydre.
Il est constitué d’un mélange de serpentinites dérivant de la lithosphère océanique
hydratée et du coin mantellique hydratée ; il contient des blocs exotiques de méta-
basaltes, métasédiments et métagabbros de la lithosphère océanique subduite.
Avec l’enfouissement, l’éclogitisation est progressive ; elle est aussi variable selon
la nature des roches. Cette hétérogénéité de l’éclogitisation modifie de manière
variable la rhéologie des roches, ce qui favorise sans doute la fragmentation de la
croûte océanique subduite, et de ce fait, l’incorporation de ces fragments dans le
« chenal serpentineux ». À cause de la faible densité de la serpentinite, une portion du
matériel descendant est entraînée progressivement vers le haut. (Guillot et al., 2009).

est plus lente que la vitesse de la subduction. La remontée est, par contre, très rapide
pour les unités de UHP et s’effectue en moins de 10 Ma. L’unité d’UHP de Papouasie,
âgée de 4 Ma à peine, en est la preuve. Cette remontée se fait le long du coin mantel-
lique. Les vitesses, supérieures à celles de la subduction, peuvent atteindre 8 cm/an.
Ainsi, la subduction de la croûte continentale, jusqu’à des profondeurs de 200 km,
voire 300 km, est sans doute un mécanisme commun de la tectonique des plaques,
au stade précoce de la collision depuis au moins le néoprotérozoïque, peut-être depuis
le paléoprotérozoïque. Seules quelque