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planétaire qui accompagne le rallye depuis sa création


en 1979, afin de moderniser l’image de la monarchie
Le Rallye Dakar au service de la dictature
wahhabite.
saoudienne
PAR RENÉ BACKMANN
ARTICLE PUBLIÉ LE SAMEDI 2 JANVIER 2021

Lors de la onzième étape du Dakar 2020, en Arabie Saoudite. © ASO

À l’origine, il s’agissait surtout pour MBS et


© THOMAS COEX / AFP
ses conseillers en communication d’éclipser dans
Ce n’est pas pour promouvoir le sport automobile
l’opinion internationale l’horreur et la répulsion
au Moyen-Orient que les inventeurs du rallye-raid
provoquées par l’assassinat en octobre 2018 à Istanbul,
ont vendu à l’Arabie saoudite l’organisation de
dans des conditions abominables, du journaliste
l’épreuve qui s'élance dimanche. Mais bien pour
saoudien Jamal Khashoggi, qui dénonçait dans ses
aider le régime wahhabite de Riyad, despotique et
articles du Washington Post l’autoritarisme et la
intolérant, à améliorer son image internationale. Avec
corruption des princes au pouvoir à Riyad.
la bénédiction de l’Élysée et du Quai d’Orsay, résolus
à ménager tyrans et dictateurs quand ils sont bons À plus long terme, il s’agissait de créer un nuage
clients de nos industries d’armement. médiatique durable, de nature à dissimuler la vraie
nature, hypocrite, intolérante et violente du régime
Les 322 concurrents qui prendront dimanche à Jeddah
saoudien. Un nuage à l’abri duquel MBS pourrait
le départ du 43e Rallye Dakar – héritier du Paris- continuer à exercer son pouvoir tout en faisant
Dakar devenu pour la deuxième année de suite une passer ses aménagements marginaux du despotisme
sorte de tour automobile d’Arabie saoudite – pensent en vigueur pour des réformes modernistes, voire
probablement qu’ils vont participer à une compétition « démocratiques ».
sportive. Pendant douze jours, ils peuvent croire que
vont être mises à l’épreuve leur aptitude à naviguer Selon un document diffusé il y a un an par la Ligue et la
dans le désert, leur maîtrise de la conduite dans le sable Fédération internationale des droits de l’homme (LDH
et leur résistance à la fatigue. Mais ils se trompent. et FIDH), à la veille du départ du premier « Dakar
saoudien », le contrat conclu pour 5 ans entre Riyad
Car ils sont en réalité les figurants d’une énorme et l’organisateur français du rallye, Amaury Sport
opération de communication politique destinée à faire Organisation (ASO), s’élèverait à 80 millions d’euros.
oublier au monde le caractère médiéval et tyrannique Un investissement mineur pour l’Arabie saoudite. Une
du régime saoudien. Conseillé par plusieurs agences manne providentielle pour le groupe français.
françaises de communication – Publicis Havas,
Image 7 (lire ici l’article de Laurent Mauduit du Car son rallye géant, couru de 1979 à 2007 entre Paris
et Dakar à travers l’Europe et l’Afrique, puis transféré,
1er novembre 2020)–, le prince héritier Mohammed en raison de l’insécurité du Sahel, en Amérique
Ben Salmane, plus connu sous ses initiales MBS, qui latine, semblait menacé, voire condamné, par la crise
gouverne de fait le pays à la place de son père, a décidé économique latino-américaine. Conjoncture dont les
il y a deux ans d’acheter le tintamarre médiatique princes saoudiens et leurs conseillers ont habilement
tiré profit en proposant au groupe ASO un marché

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difficile à refuser : sauver le rallye tout en renouvelant les enlèvements, et les exécutions extrajudiciaires. Ce
totalement le décor de l’épreuve. Le tout en échange qui ne semble pas choquer outre mesure Emmanuel
d’un chèque substantiel. Macron.
Pour attirer l’attention des dirigeants d’ASO sur On se souvient, par ailleurs, qu’il avait fallu au
l’opération de blanchiment d’image dont le rallye président français près de deux mois, au lendemain
était l’instrument et dont ils devenaient les complices de l’assassinat de Jamal Khashoggi pour marquer sa
rémunérés, la FIDH, la LDH et leurs organisations réprobation en décidant, après Washington, Londres
partenaires en Arabie saoudite ont écrit il y a un an et Berlin, d’interdire le territoire national à dix-huit
au président du groupe Jean-Étienne Amaury et au ressortissants saoudiens. A l'époque, Macron avait
directeur général Yann Le Moenner, en soulignant qualifié de « pure démagogie » la décision d’Angela
leur responsabilité dans la promotion d’un pays Merkel, qui venait d’annoncer un embargo sur les
« notoirement éloigné des principes internationaux livraisons d’armes allemandes à l’Arabie saoudite.
relatifs aux droits humains ». En vain. C’est donc dans une monarchie héréditaire despotique,
La FIDH s’est aussi adressée en décembre 2019 à gouvernée par la charia, mais amie officielle de la
Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, France que le 43e Rallye Dakar va se dérouler. Un
diffuseur officiel du rallye, pour lui demander de pays où les condamnations à mort sont banales, et les
« dénoncer son partenariat » ou, au moins, de « faire exécutions tout aussi ordinaires. Un pays qui, en 2019,
en sorte que la diffusion du Dakar ne soit pas une a connu 180 exécutions capitales par décapitation
tribune offerte au régime saoudien pour redorer son au sabre, crucifixion ou lapidation. C’est-à-dire, en
image et faire oublier ses crimes ». En vain également. moyenne, une tous les deux jours.
En matière de tolérance du despotisme, le mauvais Un pays où les libertés d’expression, de réunion,
exemple vient d’en haut. De l’Élysée, où Emmanuel d’association n’existent pas. Où la promotion de
Macron a pris l’habitude de ménager tyrans et la démocratie est un crime puni de la peine de
dictateurs. Surtout lorsqu’ils sont de bons clients de mort, tout comme la critique du régime, l’adultère,
nos industries d’armement. l’homosexualité, ou le fait de changer de religion.
Un pays où règne un véritable apartheid sexuel qui
fait des femmes des mineures à vie, soumises par la
loi à la tutelle légale des hommes. Statut qui leur
impose d’obtenir la permission d’un tuteur masculin
pour travailler, voyager, étudier, se marier ou accéder
aux soins de santé.
Action de sensibilisation d'Amnesty International projetant
Dans ce décor de « déserts mystérieux et profonds »,
Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane sur la façade du tel qu’il est décrit par la documentation du groupe
musée du Louvre, le 19 novembre 2020. © THOMAS COEX / AFP
ASO, les défenseurs des droits humains – journalistes,
Il vient aini de rappeler cet usage malsain en remettant activistes, opposants politiques, écrivains – sont
début décembre la grand-croix de la Légion traités en ennemis de l’État. Exposés aux disparitions
d’honneur au maréchal-dictateur égyptien al-Sissi. forcées et aux détentions arbitraires.
Acquéreur en février 2015 de 24 avions de combat
Victimes d’un arsenal juridique spécifique, et
Rafale, payés par ses amis les monarques pétroliers du
notamment de lois « antiterroristes » qui criminalisent
Golfe, le président égyptien, qui gouverne son pays
un large spectre d’activités civiques pacifiques, des
appuyé sur l’armée, a multiplié ces derniers mois les
milliers de militants de la démocratie et des droits
arrestations d’opposants, accusés de « terrorisme »,
humains sont détenus, purgeant des peines de prison
de six à trente ans. Entre mai et juillet 2018, plusieurs

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militantes féministes, engagées dans la défense des Redouté pour le caractère expéditif et arbitraire
droits humains et en particulier dans la campagne en de ses jugements, ce tribunal a rendu son verdict
faveur des droits des femmes, ont ainsi été arrêtées et le 28 décembre. Au terme de 958 jours de
jetées en prison, où elles ont été soumises à la torture détention, Loujain al-Hathloul, reconnue coupable de
et à des violences dégradantes. « diverses activités prohibées par la loi antiterroriste »
– activités dont les magistrats n’ont jamais fourni la
preuve –, a été condamnée à 5 ans et huit mois de
prison.
Les années passées par la jeune femme en détention
préventive seront prises en compte dans la peine
prononcée. Celle-ci a été complétée par une mise à
l’épreuve de trois ans pendant laquelle elle pourra être
Loujain Al-Hathloul à Amsterdam (Pays-Bas), en 2017. © Amnesty International
arrêtée à la moindre infraction. En outre, il lui sera
Parmi elles se trouve Loujain al-Hathloul, étudiante en impossible de voyager pendant cinq ans.
sciences sociales à l’antenne de la Sorbonne d’Abou
Dhabi, que Mediapart avait rencontrée en juillet Selon sa famille, elle pourrait recouvrer la liberté
2017. Première femme à se présenter à une élection dans deux mois… Mais le tribunal a refusé de statuer
en Arabie saoudite en 2015, elle s’était surtout fait sur les mauvais traitements et tortures – simulacres
connaître dans le royaume, et au-delà, par sa campagne de noyade, violences sexuelles, chocs électriques,
pacifique en faveur du droit pour les femmes de flagellations – subis en détention. Pendant les quatre
conduire librement. semaines qu’a duré son procès, aucune des demandes
d’investigation formulées à ce sujet par la jeune
Depuis son arrestation, le 15 mai 2018, quelques militante féministe n’a été acceptée.
semaines avant l’abolition de la loi qu’elle combattait,
Loujain al-Hathloul est accusée d’avoir fait campagne Le 25 novembre, au deuxième jour du procès
pour les droits des femmes, d’avoir rencontré des de Loujain al-Hathloul à Riyad, des diplomates
journalistes étrangers, des diplomates, des membres représentant la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas,
d’organisations de défense des droits humains, et de le Royaume-Uni, les États-Unis, la Norvège, la Suisse
chercher à changer le système politique du royaume. et le Canada s’étaient rendus symboliquement au
Il lui est aussi reproché d’avoir postulé pour un tribunal pour manifester, sinon leur soutien, du moins
emploi aux Nations unies. Mais selon sa famille, il l’intérêt de leur pays pour la cause défendue par la
s’agit surtout de l’empêcher de revendiquer sa part jeune femme.
de responsabilité dans l’abolition de l’interdiction de La France, « dont la présence dans cette délégation
conduire. C’est-à-dire de devenir une voix reconnue et aurait pu envoyer un signal fort » selon Amnesty
crédible de la société civile saoudienne. International, n’était pas représentée. Apparemment,
Lorsque Loujain et une dizaine d’autres militantes et le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian
militants ont été arrêtés, les journaux saoudiens aux n’avait pas donné de consigne en ce sens. Connaissait-
ordres ont publié leurs photos frappées du tampon il seulement le nom de cette jeune Saoudienne, qui
« traître » en les accusant d’avoir « sapé la sécurité étudiait les sciences sociales à la Sorbonne d’Abou
du royaume ». Déférée dans un premier temps devant Dhabi avant d’être arrêtée, et qui ne cachait pas son
une cour pénale ordinaire, Loujain al-Hathloul a été attachement à la France ?
informée le 25 novembre dernier, après trois ans Son sort, en tout cas, n’avait pas été abordé lors des
de détention préventive, que son dossier avait été deux rencontres qu'il a eues en janvier et en juillet
transmis au tribunal spécial chargé de juger les actes avec son homologue saoudien, Faisal ben Farhan ben
de terrorisme. Abdallah Al Saoud. C’est du moins ce qu’indiquent

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les comptes-rendus de leurs entretiens diffusés par françaises, lorsqu’ils se taisent devant les crimes
le Quai d’Orsay. Surtout ne pas mettre en péril de d’un dictateur bon client, comment s’étonner que
futurs contrats avec un pays qui a été pendant dix les organisateurs, les diffuseurs et les concurrents du
ans le troisième client de la France en matière de Dakar saoudien soient aveugles à leur tour face à la
vente d’armes, et qui semble envisager de changer de même sinistre réalité ?
fournisseur… D’autant qu’ils ont autour d’eux tout le sable du désert
Lorsque le chef de l’État et son ministre des affaires pour y enfouir leur tête.
étrangères refusent de voir la réalité despotique et
sanglante d’un régime parce qu’il achète des armes

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