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Chapitre 04 :

Flammes laminaires de prémélange


et de diffusion
VI.1. Définition des flammes de prémélange et exemples
d’application :
Une flamme c’est une zone de l’espace très localisée où se produit une
réaction d’oxydation, rapide et exothermique, entre un combustible et
l’oxygène de l’air.

On distingue les flammes de prémélange et les flammes de diffusion.


Dans les flammes prémélangées on a une combustion homogène car les
réactifs sont mélangés avant la combustion.

Exemple : fours à gaz, turbines à gaz, bec bunsen, chalumeau, moteurs à


essence,…
Figure VI.1 : Flamme de prémélange.
VI.2. Structure et vitesse des flammes laminaire de
prémélange :
I.2.1. Structure des flammes laminaire de prémélange :
Plusieurs zones peuvent être identifiées à l’intérieur même
d’un front de flamme laminaire de prémélange. Un bilan
énergétique sur un élément de front de flamme permet de
mettre en valeur deux types d’échange d’énergie : un
échange d’énergie sous forme de chaleur par conduction et
un échange d’énergie sous forme de matière par diffusion
moléculaire.
Les caractéristiques de ces échanges permettent de
différencier préalablement deux zones, séparées
approximativement par le point d’inflexion du profil de
température (Figure 2).
Figure VI.2 : Schéma de la structure interne d'un front de flamme laminaire.
Dans la première zone, c’est-à-dire dans les gaz frais, un élément de
front de flamme reçoit majoritairement de l’énergie sous forme de
chaleur par conduction due au très fort gradient de température en
aval. De plus, les forts gradients d’espèces génèrent des échanges de
matière par diffusion moléculaire. Les réactifs diffusent des gaz frais
vers le front de flamme et les radicaux diffusent du front de flamme
vers les gaz frais. Globalement, la température et la concentration en
radicaux augmentent. Nous demeurons cependant en régime
d’oxydation lente. On appelle cette zone la zone de préchauffage.

Lorsque la température et la concentration en radicaux ont atteint une


valeur suffisante pour initier les réactions de combustion, l’énergie
sous forme de chaleur reçue par notre élément de front de flamme
provient alors majoritairement des réactions chimiques. Les pertes
d’énergie sous forme de chaleur par conduction étant inférieures
au dégagement de chaleur des réactions chimiques, la température
va continuer d’augmenter puis se stabiliser.
Dans cette partie de la flamme, Bradley en 1969 a identifié deux
zones se différenciant par le type de réaction chimique mise en
jeu. La zone dans laquelle la réaction de combustion consomme les
réactifs est appelée la zone de réaction. À la fin de cette zone, les
réactifs s’épuisent et la croissance de la température ralentit.

Cependant, la concentration en radicaux est encore importante.


Les réactions de recombinaison, qui ont été initiées dès le début
de la zone de réaction, vont donc se poursuivre dans une zone
appelée zone de recombinaison à la fin de laquelle les gaz brûlés
seront enfin à l’équilibre thermodynamique. Bien entendu, les
frontières entre ces différentes zones ne sont pas franches, il s’agit de
zones de transition.
L’épaisseur de la zone de préchauffage est directement liée aux
propriétés du mélange par la relation [Lecordier (1997)] :

où λ est la conductivité thermique du mélange, ρ la masse volumique du


mélange gaz frais, CP la capacité thermique massique et la vitesse de
flamme plane laminaire.
représente la vitesse relative d’une flamme laminaire mono-
dimensionnelle dans un mélange réactif.
L’épaisseur de la zone de réaction peut être définie par rapport à
l’épaisseur de la zone de préchauffage par :

où β est le nombre de Zeldovich dont la valeur est proche de 10 pour les


mélanges usuels d’hydrocarbures et d’air. L’épaisseur de flamme,
définie comme la somme de la zone de préchauffage et de la zone de
réaction, est donc sensiblement égale à l’épaisseur .
VI.2.2. Vitesse des flammes laminaire de
prémélange :
La propagation de la flamme est assurée par le dégagement de chaleur
élevé au niveau de la zone de réaction (environ 2000 K pour les
hydrocarbures) et les phénomènes de transport de masse et de chaleur
vers les réactifs.

Dans une situation stationnaire, elle est définie comme la vitesse à


laquelle les gaz frais avancent vers le front de flamme suivant une
direction normale à celui-ci [I. Glassman et R.A. Yetter, (2008)].
La prise en compte des mécanismes pilotant la propagation de la flamme
a évolué au fil des théories proposées.
La théorie thermique avancée par [E. Mallard et H.L. Le Chatelier,
(1883)] admet que c’est la diffusion de la chaleur vers les gaz frais qui
pilote la propagation de la flamme. Par la suite, les travaux menés par
Zeldovich et Frank-Kamenetskii ajoutent la diffusion moléculaire au
même titre que la diffusion thermique ce qui amène à la théorie de
[N.N. Semenov, (1951)]. Tandis que, [C. Tanford et R.N. Pease,
(1947)] mettent en avant l’importance de la prise en compte des
espèces radicalaires sur la propagation de flamme. A la traversée du
front de flamme, par conservation de la masse et l’équation de
continuité, le flux de masse consommé par la flamme, f° peut
s’exprimer :

Avec : la vitesse à laquelle le mélange arrive vers la flamme,


la vitesse à laquelle les produits de combustion quittent la flamme,
représentent respectivement la masse volumique des gaz brûlés
et des gaz frais.
L’ensemble de ces travaux parmi d’autres ont mené à l’expression de la
vitesse de flamme laminaire proposée par [P. Clavin, (1985)] :

où Dth est le coefficient de diffusivité thermique des gaz brûlés, tr est le


temps chimique, β est le nombre de Zeldovich et n représente l’ordre
de réaction en cinétique chimique du composant limitant.
L’expression de est donc liée aux propriétés thermo-diffusives du
mélange, et a fortiori à la richesse.
Cette définition de la vitesse de flamme correspond au cas idéal d’une
flamme plane adiabatique se propageant librement dans un espace
infini. Cependant, cette situation n’est que très rarement rencontrée.
En effet, dans la majorité des applications, la flamme est soumise à
des gradients de richesse, de vitesse et de température ou des pertes
thermiques qui perturberont sa propagation.
La vitesse des flammes prémélangées laminaires est en fonction de :

- Combustible :
Exemple : Vmax(H2) =2,5 m/s et Vmax(CH4)=0,4 m/s.
- Ratio air-carburant :
facteur 3 / Vitesse maximale pour ~ stœchiométrie.
- Additifs :
Inertes (azote, argon, gaz brûlés) => diminution de v et de T.
Réactifs => variable.
- CO + O2 multipliée par 8 avec 0,23% de H2O car formation de
radicaux supplémentaires.
- H2 + O2 divisée par 18 avec 3,5% de butane.
- Pression initiale des réactifs => variable.
P élevée => moins de dissociation => température de flamme plus
élevée => vitesse de combustion élevée.
P élevée => moins de dissociation => moins de radicaux libres diffusant
vers la zone d’approche => vitesse de combustion faible.
- Température initiale des réactifs => même sens.
VI.4.3. Théorie et cinétique des flammes laminaires de prémélange :
La nature de l’écoulement (géométrie et stationnarité) conditionne
en grande partie la géométrie de la flamme. Cette dernière peut être
plissée, compressée, étirée, … La nature de l’écoulement joue donc
un rôle primordial dans la stabilité de la flamme.

VI.4.3.1. Les principales configurations de flammes laminaires :


Un effort très important a été fourni ces dernières décennies pour
maîtriser la propagation des flammes laminaires et contrôler
l’énergie échangée avec le milieu environnant afin d’en
déterminer les caractéristiques fondamentales.
Ces techniques consistent globalement à stabiliser le front de
flamme dans un milieu en mouvement ou à lui assurer une
propagation homogène dans un mélange au repos. Les trois
principales configurations sont : les flammes coniques, les flammes de
stagnation et les flammes sphériques.
- Les flammes coniques :
Dans ce cas, la flamme est stabilisée sur un brûleur de type
Bunsen se présentant sous la forme d’un tube de section circulaire,
à l’intérieur duquel est établi un écoulement laminaire de type
Poiseuille (Figure VI.3).

Figure VI.3 : Schéma d'une flamme conique stabilisée sur un


brûleur de type brunsen.
Pour une valeur suffisante de la vitesse des gaz en sortie du brûleur,
supérieure à la vitesse fondamentale de propagation de flamme
laminaire non étirée, la flamme se stabilise en s’adaptant au
gradient de vitesse radiale d’où l’allure conique de celle-ci.
Même s’il n’y a pas contact entre la flamme et le bord du
brûleur à cause du phénomène de quenching ou l’extinction de la
flamme, on dit que la flamme s’accroche au brûleur. Le gradient de
vitesse radiale de l’écoulement s’accentuant lorsqu’on augmente le
débit, on observera dans ce cas une augmentation de la hauteur de
flamme et une diminution de la valeur de l’angle du cône.
- Les flammes sphériques en expansion :
Dans cette configuration, représentée sur la Figure VI.4, la flamme se
propage dans un mélange au repos. La réaction de combustion est
initiée par une décharge entre deux électrodes ou par allumage laser
dans un volume dont la dimension est très faible devant les
dimensions de la chambre de combustion (sphérique ou cylindrique).

La flamme se propage ainsi quasi uniformément dans tout l’espace, d’où


le terme de flamme sphérique. On peut distinguer deux configurations
de flammes sphériques : celles évoluant dans une chambre de
combustion close (la pression augmente sous l’effet de la dilatation
des gaz chauds) et celles évoluant à pression constante (la chambre de
combustion est alors munie d’un évent). Quel que soit le cas, la
propagation de ces flammes n’est pas stationnaire car la
dilatation des gaz chauds induit une variation de pression et/ou une
accélération du front de flamme.
Figure VI.4 : schéma de la configuration de flamme sphérique en expansion.
- Les flammes de stagnation :
Dans cette configuration, la flamme est stabilisée dans un écoulement
divergent. Deux techniques permettent de générer ce type de flamme. Elles
sont représentées sur la Figure VI.5.

Figure VI.5 : Schéma de la configuration de flamme contre plaque et de flammes à jets opposés.
La première consiste à faire impacter l’écoulement sur une surface plane. On
parle alors d’une configuration de flamme contre plaque. La deuxième
consiste à faire impacter deux écoulements axisymétriques. On parle alors
d’une configuration de flammes à jets opposés ou flammes à contre-
courants.
VI.4.3.2. Impact de l’étirement sur la vitesse fondamentale
de propagation laminaire :
La notion d’étirement a été évoquée pour la première fois par [Karlovitz
and Denniston, 1953] dans le cadre de l’étude de la propagation d’une
flamme en présence d’un gradient de vitesse dans le mélange réactif.

L’étirement est alors assimilé au taux d’accroissement local de surface de


flamme généré par les variations de vitesse de l’écoulement. Il
apparaît qu’il joue un rôle important dans la propagation de celle-ci,
pouvant allez jusqu’à causer son extinction.

L’expression générale d’un facteur d’étirement :

A étant un élément de surface de flamme.


[Markstein, 1951] fut le premier à suggérer l’existence d’une relation
linéaire entre la vitesse fondamentale de propagation et la courbure du
front de flamme. Inspirés par ces observations, les travaux théoriques
de [Clavin and Williams, 1982], [Matalon and Matkowsky,
1982], [Frankel and Sivashinsky, 1983] et [Clavin, 1985] ont établi
que la vitesse fondamentale de propagation varie linéairement pour
des valeurs suffisamment faibles de l’étirement .
La vitesse fondamentale de flamme étirée SL est donc reliée à la
vitesse fondamentale de flamme non étirée par la relation :

L est la longueur de Markstein, paramètre qui dépend des propriétés


physico-chimiques du mélange réactif. Cette relation de linéarité peut
également s’exprimer en fonction du nombre de Markstein Ma et du
nombre de Karlovitz Ka :
Avec

d est une épaisseur caractéristique de la flamme qui, d’après [Davis,


Quinard et al. 2002], est définie la plupart du temps comme
l’épaisseur de la zone de diffusion, c’est-à-dire :

l est la conductivité thermique des gaz frais, r leur masse


volumique et Cp leur capacité thermique massique à pression
constante.
VI.5. Définition des flammes de diffusion et exemples d’application :
Dans de nombreux systèmes pratiques, combustibles et comburants sont
injectés séparément dans la zone de réaction, sans prémélange initial.
La combustion est alors contrôlée non seulement par la réaction
chimique mais aussi par le transport diffusif des réactifs l’un vers
l’autre, d’où le nom de flamme de diffusion.
Dans les flammes de diffusion on a une combustion hétérogène car les
réactifs se rencontrent au niveau de la flamme.
Exemple : moteurs diesel, bougie, …

Figure VI.6 : Flamme de diffusion.


Le prototype de ces flammes, schématisé sur la figure VI.6, est obtenu
par injection d’un combustible gazeux dans une atmosphère oxydante
(le plus souvent l’air) au repos. C’est, par exemple, la géométrie d’une
flamme de bec Bunsen quand la virole est fermée (pas de prémélange
d’air à la base du brûleur), d’une flamme de briquet ou encore d’une
veilleuse de chauffe-eau. Si cette configuration est moins performante,
en terme de dégagement d’énergie, puisque la réaction est
principalement limitée, pour les combustibles les plus courants, par le
transport des réactifs l’un vers l’autre, la flamme de diffusion offre
deux avantages indéniables : la simplicité et la sécurité.

Outre les quelques situations génériques simples que nous avons déjà
mentionnées, les flammes de diffusion laminaires sont également
invoquées pour décrire les combustions liquide/gaz ou solide/gaz.
VI.6. Structure des flammes de diffusion :
Sur la figure VI.7. Une coupe transversale de la flamme permet de
constater que les réactifs combustible et comburant, froids, sont bien
séparés par la zone de réaction.
Les profils de fraction massique de combustible, d’oxydant et de
température ont l’allure représentée schématiquement sur la figure
VI.7.
Les réactifs sont essentiellement entraînés l’un vers l’autre par diffusion
moléculaire, justifiant ainsi l’appellation de flamme de diffusion.
Ce transfert de masse limite d’ailleurs le plus souvent la vitesse de
réaction, ce qui explique que les flammes de diffusion sont
généralement moins performantes que les flammes prémélangées.
Figure VI.7 : Schéma de la structure de flamme de diffusion.
VI.7. Formulation mathématique pour les flammes laminaires de
diffusion :
Considérons une réaction chimique à une étape entre combustible F et
oxydant O :

où s désigne le coefficient stoechiométrique massique de la réaction


(pour brûler 1 kg de combustible, il faut s kg d’oxydant).
Soit YF et YO les fractions massiques de combustible et de comburant.
Elles obéissent aux équations de transport :

Avec
D coefficient de diffusion,
t temps,
u vecteur vitesse,
r Masse volumique,