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L’enseignement des Rose-Croix

SOMMAIRE

AVANT-PROPOS ............................................................... 1

L’ENSEIGNEMENT ÉCRIT ............................................. 5

— PREMIER DEGRÉ
À propos de la matière ....................................... 8

— DEUXIÈME DEGRÉ
À propos de la conscience ............................... 17

— TROISIÈME DEGRÉ
À propos de la vie ............................................... 24

— QUATRIÈME DEGRÉ
À propos des symboles ..................................... 32

— CINQUIÈME DEGRÉ
À propos de la philosophie .............................. 40

— SIXIÈME DEGRÉ
À propos de la santé .......................................... 48

— SEPTIÈME DEGRÉ
À propos du corps psychique ......................... 56

— HUITIÈME DEGRÉ
À propos de l’âme ............................................... 64
L’enseignement des Rose-Croix

— NEUVIÈME DEGRÉ
À propos des miracles ....................................... 73

— DIXIÈME DEGRÉ
À propos de Jésus .............................................. 81

— ONZIÈME DEGRÉ
À propos des Templiers .................................... 89

— DOUZIÈME DEGRÉ
À propos de l’évolution ..................................... 98

— MANIFESTE
L’alchimie des rêves ........................................ 107

— MANIFESTE
Astronomie et mysticisme ............................ 119

L’ENSEIGNEMENT ORAL .......................................... 130

— ENTRETIEN DE LOGE
Le symbolisme des quatre principes ........ 132

— ENTRETIEN DE LOGE
Le bien et le mal ............................................... 138

— ENTRETIEN DE LOGE
La quête du bonheur ....................................... 145

— ENTRETIEN DE LOGE
Le concept de Dieu .......................................... 152
L’enseignement des Rose-Croix

AVANT-PROPOS

Qu’est-ce qui justifie l’existence de l’Ordre de


la Rose-Croix ? La réponse tient essentiellement
en un mot : son enseignement. Très sincèrement,
nous pensons que celui-ci est unique, tant par son
contenu que par sa méthode : par le contenu, car
il porte sur de nombreux sujets (plusieurs cen-
taines) ; par la méthode, car ces sujets sont traités
d’une manière graduelle et initiatique. En cela, il
importe de comprendre que la connaissance rosi-
crucienne ne s’adresse pas au mental, auquel cas
elle se limiterait à un savoir intellectuel n’ayant
que peu d’intérêt sur le plan intérieur. Elle a plu-
tôt pour but de répondre aux aspirations de l’âme,
laquelle éprouve constamment le désir et le besoin
de comprendre ce que l’on appelle communément
les «Mystères de la Vie».
Certes, l’A.M.O.R.C. n’a pas le monopole des
sujets exposés dans son enseignement. De nos
jours, nombre de sites internet, de vidéos, de
livres, de conférences, de séminaires... traitent de
la visualisation, de la création mentale, de la
méditation, de l’éveil psychique, de la vocothé-
rapie, de la conscience, des rêves, du karma, de
l’après-vie, de la réincarnation... Mais très sou-
vent, ce qui est dit à propos de ces sujets est

1
Avant-propos

approximatif, incomplet, parfois même erroné,


quand ce n’est pas farfelu. Cela s’explique par le
fait que la spiritualité, le mysticisme et l’ésoté-
risme, à l’instar de bien d’autres domaines, sont
devenus pour certaines personnes un “créneau”
commercial ou un moyen de “gouroutiser” des
chercheurs sincères mais crédules.
Par ailleurs, l’enseignement rosicrucien n’est
pas l’œuvre d’un individu, aussi honnête et inspiré
pourrait-il être. Il est le fruit d’un travail collégial
qui, sur le plan traditionnel, remonte aux Écoles de
Mystères de l’Ancienne Égypte et qui, via la Grèce
et la Rome antiques, puis l’Europe du Moyen-Âge
et de la Renaissance, est parvenu jusqu’à l’Époque
moderne. Dans son livre «Silentium Post Clamores»,
Michael Maïer, célèbre Rose-Croix du XVIIe siècle, a
d’ailleurs écrit ceci : «Nos origines sont égyptiennes,
brahmaniques, issues des Mystères d’Éleusis et de
Samothrace, des mages de Perse, des pythagoriciens
et des arabes.» Depuis, l’enseignement rosicrucien
n’a cessé d’être enrichi sous l’impulsion des pen-
seurs et des philosophes qui ont fait partie de
l’Ordre, mais aussi, depuis le début du XXe siècle,
grâce aux recherches entreprises sous l’égide de
l’Université Rose-Croix Internationale.
Ce qui fait également la spécificité de l’ensei-
gnement rosicrucien, c’est le fait qu’il est très
structuré. Il se présente en effet sous forme de
petits fascicules appelés «monographies», échelon-
nées sur douze degrés. Selon le choix de chaque
membre de l’A.M.O.R.C., ces monographies lui sont
adressées par voie postale à raison de quatre par

2
L’enseignement des Rose-Croix

mois, ou lui sont sont accessibles par internet. En


cette époque où l’on a tendance à vouloir aller vite
en toute chose, il est vrai que l’étude rosicrucienne
s’inscrit dans la durée. Mais n’est-ce pas une
nécessité lorsque l’on aspire réellement à mieux
se connaître soi-même, à mieux comprendre le
sens profond de l’existence et à mieux maîtriser
sa vie ? Le “zapping spirituel”, qui consiste de
manière ponctuelle à lire tel livre, regarder telle
vidéo, assister à telle conférence..., a ses limites
et ne peut répondre aux exigences de l’âme,
laquelle a besoin de se nourrir spirituellement de
manière régulière et progressive.
Est-il possible de progresser seul(e) sur le sen-
tier de la connaissance et de la sagesse ? Dans
l’absolu, la réponse est «oui». À titre d’analogie,
un enfant peut apprendre à lire et à écrire seul
s’il dispose du potentiel intellectuel nécessaire et
s’il a accès à des livres, vidéos et autres supports
de savoir. Néanmoins, cela nécessitera beaucoup
plus de temps et d’efforts de sa part que s’il allait
à l’école et menait cet apprentissage sous la
conduite d’un maître ou d’une maîtresse, à par-
tir d’une méthode éprouvée. De même, suivre
l’enseignement de l’A.M.O.R.C. permet d’accéder à
un enseignement qui, non seulement est structuré
et va à l’essentiel, mais également a fait ses preu-
ves au regard du temps. Ajoutons qu’il est dénué
de tout dogmatisme.
Ce livre a pour but de vous donner un aperçu
de l’enseignement rosicrucien. À cet effet, et à
titre exceptionnel, vous trouverez aux pages

3
Avant-propos

suivantes de larges extraits des monographies que


les membres de l’A.M.O.R.C. reçoivent chaque mois
ou auxquelles ils accèdent par internet, depuis le
premier degré jusqu’au douzième. Vous pourrez
ainsi vous faire une idée de leur contenu et du
style qui leur est propre. Vous trouverez éga-
lement des extraits d’entretiens qui sont lus
dans les Loges de l’Ordre, à l’attention de ceux
qui, parallèlement à la formation écrite, suivent
l’enseignement oral qu’il dispense aux membres
qui le souhaitent.
Comme vous le constaterez, chaque extrait de
monographie ou d’entretien est précédé d’un sym-
bole et d’une citation : le symbole provient du
livre «Symboles secrets des Rosicruciens des XVIe
et XVIIe siècles», et la citation des œuvres d’un per-
sonnage célèbre ayant été membre de la Fraternité
rosicrucienne ou en contact étroit avec elle.
Si, après avoir pris connaissance de ce livre,
vous souhaitez nous contacter pour avoir de plus
amples informations sur l’Ordre de la Rose-Croix,
n’hésitez pas à le faire, par courriel ou par télé-
pone :
amorc@rose-croix.org
02 32 35 41 28

Avec nos meilleures pensées.

La Grande Loge de l’A.M.O.R.C.

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L’enseignement des Rose-Croix

L’ENSEIGNEMENT ÉCRIT

Dans les siècles passés, l’enseignement rosi-


crucien était transmis uniquement de bouche à
oreille, dans des lieux tenus secrets. Au tout début
du XXe siècle, il a été mis par écrit et se présente
désormais sous la forme de monographies qui sont
adressées chaque mois à tous les membres de
l’A.M.O.R.C. ou auxquelles ils peuvent accéder par
internet. Ces monographies, qui consistent en des
fascicules allant de six à douze pages, couvrent
douze degrés, chacun d’eux étant consacré à l’étude
de sujets philosophiques et mystiques majeurs :
— l’origine ontologique de l’univers
— l’Âme universelle (l’Âtman)
— l’espace-temps
— la structure physique et métaphysique de la
matière
— les correspondances entre le microcosme et le
macrocosme
— les lois de la vie
— la composition ternaire de l’homme
— l’âme humaine et ses attributs
— les phases de la conscience
— la nature des rêves
— le but de l’évolution sur Terre
— le libre arbitre
— le karma
— les étapes de la mort

5
L’enseignement écrit

— l’après-vie
— les cycles de réincarnations
— les symboles traditionnels et leur application
— la science des nombres
— les traditions ésotériques du passé : égyptienne,
essénienne, éleusinienne, alchimiste, kabbalis-
tique, templière...
— etc.

L’enseignement rosicrucien n’étant pas spécu-


latif, il comporte également nombre d’expériences
consacrées à l’apprentissage de techniques fonda-
mentales en matière de mysticisme. Le but de ces
expériences est de permettre à chaque membre de
prendre davantage conscience de sa dimension
intérieure et de s’épanouir sur les différents plans
de son être. En termes courants, elles contribuent
à son «développement personnel». Précisons qu’elles
sont fondées sur des lois et des principes naturels,
et qu’elles n’ont aucun caractère occulte, magique
ou théurgique :

— la relaxation
— la visualisation
— la création mentale
— la méditation (en tant que pratique spirituelle)
— la respiration profonde (en tant qu’art mystique)
— la stimulation des énergies vitales
— la vocothérapie (en complément de la médecine
classique)
— l’éveil des centres psychiques (dont certains
coïncident avec les chakras)
— la perception extra-sensorielle
— le développement de l’aura

6
L’enseignement des Rose-Croix

— l’intonation de sons mystiques (dont certains


s’apparentent à des mantras)
— l’harmonisation astrale
— la régénération intérieure
— l’alchimie spirituelle
— etc.

En plus des monographies qui leur sont adres-


sées tous les mois dans le cadre du degré qu’ils
étudient, les membres de l’A.M.O.R.C. reçoivent régu-
lièrement des manifestes écrits par des physiciens,
des médecins, des psychologues, des artistes, etc.,
qui font également partie de l’Ordre. Chacun de
ces manifestes traite d’un thème précis, sous un
angle à la fois culturel et spirituel :
— l’électro-magnétisme
— la psyché
— la géométrie sacrée
— le but de la philosophie
— l’alchimie des rêves
— les bienfaits de la relaxation
— l’influence spirituelle de la musique
— la division triadique du monde
— la création de l’univers
— astronomie et mysticisme
— etc.
Comme indiqué dans l’avant-propos de ce
livre, vous trouverez ci-après des extraits consé-
quents de monographies et de manifestes pris
dans chacun des douze degrés de l’enseignement
rosicrucien, traitant de sujets et de thèmes divers.

7
L’enseignement écrit

PREMIER DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 5

À propos de la matière

«De même que le Soleil brille sur nous du haut des


cieux, de même les talents dont les germes existent
dans le cœur humain doivent être développés aux
rayons du soleil de la divine Sagesse».
Théophraste Paracelse (1496-1541)
Médecin et alchimiste

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L’enseignement des Rose-Croix

À propos de la matière

«... Après avoir étudié les lois générales qui


régissent les vibrations de la matière, nous devons
examiner maintenant la nature intrinsèque de ces
vibrations, afin de définir très exactement ce
qu’elles sont en essence. Lorsque l’on se réfère aux
postulats que les physiciens ont établis dans ce
domaine, on constate qu’il existe deux grands cou-
rants de pensée, chacun ayant une conception
différente de ce que sont les vibrations. La pre-
mière des deux théories en présence est connue sous
le nom de «théorie ondulatoire». Par opposition, la
seconde peut être appelée «théorie propagatoire».
Après vous avoir expliqué en quoi consistent ces
deux théories, nous porterons à votre connaissance
ce que les enseignements rosicruciens nous appren-
nent à ce sujet.
Les particules subatomiques
En premier lieu, nous devons préciser que la
grande majorité des savants s’accordent à penser
que les vibrations qui imprègnent l’univers sont
constituées de trois grandes catégories de particu-
les subatomiques : les électrons, les protons et les
neutrons. Naturellement, il en existe d’autres (les
bosons, les fermions, les mésons, les neutrinos, les
photons, les quarks, les baryons, les hypérons, etc.),
mais les théories qui les concernent sont encore

9
L’enseignement écrit

beaucoup trop fragiles pour que nous en fassions


un objet d’étude. De plus, elles ne constituent géné-
ralement que des émanations ou des subdivisions
des trois grandes catégories que nous venons de
citer. Ainsi, nous pouvons considérer que toutes les
vibrations de la matière sont corpusculaires. Ceci
étant, les électrons, les protons et les neutrons qui
les composent ne vibrent pas tous à la même fré-
quence...
Ce n’est donc pas sur la nature même des vibra-
tions que les savants sont en désaccord, car comme
nous venons de l’expliquer, la plupart d’entre eux
considèrent qu’elles sont composées des mêmes
particules de base et, à ce titre, qu’elles sont corpus-
culaires. Les divergences de leurs points de vue se
situent plutôt dans le mouvement qu’ils prêtent à
ces particules. Ainsi, les partisans de la théorie
ondulatoire pensent qu’elles ne se déplacent pas.
Autrement dit, ils partent du principe que les élec-
trons, les protons et les neutrons ne suivent pas le
déplacement des ondes inhérentes à chaque vibra-
tion. À cet égard, ils appliquent à tout phénomène
vibratoire les caractéristiques des ondulations se
produisant à la surface de l’eau lorsqu’on y jette
une pierre. De telles ondulations, comme nous
l’avons indiqué dans l’une des monographies pré-
cédentes, ne provoquent pas un déplacement de
l’eau elle-même, mais simplement un mouvement
de bas en haut. De même, d’après la théorie ondu-
latoire, ce sont les vibrations qui se propagent
dans l’espace, et non les particules subatomiques
qui les composent. Celles-ci se limiteraient à se
mouvoir sur des distances infinitésimales et autour
d’un point d’équilibre.

10
L’enseignement des Rose-Croix

Les défenseurs de la théorie propagatoire sou-


tiennent au contraire que toute vibration est un
faisceau vibratoire à l’intérieur duquel se dépla-
cent des électrons, des protons et des neutrons. Ils
vont même jusqu’à dire que c’est ce déplacement
qui, en lui-même, constitue ce que nous appelons
«vibration». Pour eux, l’espace n’est pas véritable-
ment un océan vibratoire, mais plutôt un immense
champ électromagnétique formé d’un nombre infini
de particules subatomiques, lesquelles se meuvent
à des vitesses vertigineuses et selon des trajectoi-
res déterminées par leur structure et leur polarité.
Dans de nombreux aspects, cette théorie est plus
matérialiste que la première, car elle fait de l’univers
un tout désordonné où règne un chaos permanent.
Cependant, comme nous allons le voir, certaines de
ses assertions méritent notre considération.
À propos des vibrations, il faut savoir égale-
ment que les sages de la Grèce antique enseignaient
que l’univers était imprégné d’une Essence divine
qu’ils désignaient sous le nom d’«Éther», mot grec
dont la signification littérale est «Feu divin». Par
ailleurs, ils pensaient que cet Éther était composé
d’une infinité de particules qui, sous l’effet d’un
mouvement perpétuel, étaient maintenues en vibra-
tion. Ils étaient convaincus que ces particules, qu’ils
appelaient «éons», imprégnaient non seulement
l’espace, mais également la matière elle-même.
Cependant, ils faisaient une distinction entre la
forme qu’elles prenaient dans les substances maté-
rielles et la manière dont elles se manifestaient
dans le vide apparent qui les sépare. Pour être plus
précis, nous dirons que les philosophes et savants
grecs, en particulier Thalès, Pythagore, Héraclite,

11
L’enseignement écrit

Démocrite (père de l’atomisme) et Anaxagore, pen-


saient que les éons qui imprégnaient l’espace
vibraient sans se propager, alors que ceux qui
composaient la matière étaient soumis à des
déplacements constants et d’une rapidité extrême.
Dans le premier cas, ils suivaient un mouvement
ondulatoire ; dans le second, ils étaient soumis à
un mouvement propagatoire.
Les éons
Plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, les
penseurs grecs admettaient donc l’existence de
particules éthériques, pour ne pas dire atomiques,
et leur attribuaient un mouvement ondulatoire ou
propagatoire. Cependant, ils n’opposaient pas ces
deux mouvements vibratoires, car tout en les dis-
tinguant, ils savaient que le premier correspondait
à la manifestation des éons hors de la matière, et
le second à la manière dont ils se manifestaient à
l’intérieur des corps matériels. À cet égard, ils
n’étaient pas divisés en deux courants de pensée,
comme c’est le cas des savants actuels. De leur
côté, les Rosicruciens perpétuent dans ce domaine
la connaissance que les Initiés du passé leur ont
transmise. Autrement dit, ils font également la
distinction entre la manière dont les vibrations se
manifestent dans et hors de la matière. Dans le
premier cas, ils considèrent que les particules subato-
miques qui composent ces vibrations sont soumises
à des déplacements constants. Dans le second, elles
ne se déplacent pas et suivent simplement les
oscillations produites par les ondes successives.
Pour les Grecs de l’Antiquité, les éons ne cor-
respondaient pas uniquement aux particules dont

12
L’enseignement des Rose-Croix

l’espace est imprégné. Ils étaient également les cor-


puscules du temps. Une telle conception peut vous
sembler étrange, car les notions de «corpuscules»
et de «temps» sont quelque peu contradictoires. En
effet, la première a une connotation matérielle,
alors que la seconde se rapporte à un principe imma-
tériel. Cependant, dans la pensée des philosophes
de la Grèce antique, il n’y avait aucune différence
fondamentale entre les mondes tangible et intan-
gible. Pour eux, toute la Création, tant visible
qu’invisible, procédait d’une même Réalité cos-
mique, en l’occurrence l’Éther. Autrement dit, ils
pensaient que toute substance n’était qu’une
condensation, ou plus exactement qu’une densifi-
cation de l’essence qui la compose. Partant de ce
principe, ils considéraient que le temps et l’espace
étaient les deux aspects complémentaires d’une
seule et même énergie universelle. C’est pour cette
raison qu’ils choisirent un seul et même terme, celui
d’«éon», pour désigner la plus petite unité d’espace-
temps.
L’extension de la gamme
Certains textes attestent que les philosophes
grecs mesuraient déjà la fréquence des vibrations.
De plus, ils savaient que la longueur du mouvement
vibratoire correspondant était liée à sa fréquence
dans des proportions précises. Dans le domaine
particulier de la musique, Pythagore, ce grand Initié
auquel nous nous sommes déjà référés, appliqua
cette notion au clavier musical. En effet, il avait
remarqué que lorsque l’on pinçait la corde d’une
harpe avec une intensité égale, la durée pendant
laquelle elle vibrait était proportionnelle à sa lon-
gueur. De plus, il avait constaté que la note émise

13
L’enseignement écrit

par cette corde avait une fréquence qui, elle aussi,


variait en proportion de sa longueur. En conjuguant
ces deux observations et en établissant certaines
correspondances, il en déduisit des rapports précis
entre les notes de musique et démontra que leur
fréquence double d’une octave à l’autre. De nos
jours encore, cette grande loi est enseignée dans
les écoles et les universités. Ainsi, pour prendre un
exemple précis, les musiciens considèrent que le
do central vibre à une fréquence de 256, et que
celui qui se situe à l’octave supérieure vibre à rai-
son de 512 ondes par seconde (256 × 2).
Dans l’une des monographies précédentes,
nous avons dit que toutes les vibrations, depuis les
plus élevées jusqu’aux plus basses sur le plan
vibratoire, ont des fréquences qui sont des
multiples ou des sous-multiples de celles qui cor-
respondent à chacune des notes de la gamme
musicale. C’est précisément ce qui explique pour-
quoi il existe une correspondance précise entre les
nombres eux-mêmes, les éléments chimiques, les
saveurs, les odeurs, les sons, les couleurs matériel-
les, les couleurs psychiques, etc.».
[...]

14
L’enseignement des Rose-Croix

Application pratique
Il existe des expériences très simples pour démon-
trer l’existence des vibrations. Comme cela vous a été
expliqué, ces vibrations se propagent dans l’espace,
c’est-à-dire dans le vide apparent qui sépare les objets,
mais également à l’intérieur des objets eux-mêmes. À
titre de démonstration, prenez une règle en bois, en fer
ou en plastique, et placez une oreille à l’une de ses
extrémités. Avec le doigt, grattez l’autre extrémité.
Vous percevrez alors un bruit, ce qui prouve que les
vibrations produites en grattant cette règle se propa-
gent à travers elle. Vous pouvez procéder à la même
expérience avec un arbre. À cet effet, placez une oreille
contre cet arbre et frappez-le de la main sur le côté
opposé. Là encore, vous entendrez un son.
Les substances solides ne sont pas les seules à
propager les vibrations sonores. Ainsi, la prochaine
fois que vous prendrez un bain, plongez la tête sous
l’eau et frappez le bord de la baignoire avec votre main.
Vous entendrez un son parfaitement audible qui, dans
bien des cas, semblera même amplifié. Cette expé-
rience simple peut être faite avec le même succès
lorsque l’on se baigne dans une piscine ou à la mer.
Dans ce cas, il suffit de plonger jusqu’au fond de l’eau
et de taper le sol du poing, de remuer des cailloux ou
même de se contenter d’écouter. On perçoit alors une
multitude d’impressions sonores.
Pour mettre en évidence le fait que les vibrations
se propagent dans l’espace, nous vous suggérons de
vous procurer deux tiges métalliques d’environ deux
millimètres de diamètre et trente centimètres de long,
et de les suspendre par un fil, en les plaçant à environ
vingt centimètres l’une de l’autre. Cela fait, frappez
fortement l’une d’elles à l’aide d’un marteau ou d’un
objet en métal. Au moment où le son produit est à son
maximum, posez doucement votre main sur l’autre
tige. Vous sentirez qu’elle vibre et, par conséquent,
qu’elle est affectée par les vibrations émises par la tige
que vous avez frappée.

15
L’enseignement écrit

Au cours des prochains jours, effectuez ces expé-


riences et imaginez-en d’autres, afin de vous prouver
que tout ce que vous percevez n’est que le résultat des
vibrations environnantes. En fait, si vous n’étiez pas
capable de les percevoir et de les interpréter, que ce soit
physiquement ou psychiquement, vous ne pourriez
avoir aucune connaissance du monde qui est extérieur
à vous.

16
L’enseignement des Rose-Croix

DEUXIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 8

À propos de la conscience

«Si on veut accomplir de grandes choses, ce n’est pas


un facteur sans importance que de naître dans une
patrie noble et puissante. Mais il est plus grand
encore de se distinguer par ses propres vertus,
même si l’on appartient à une nation pauvre, et de
procurer soi-même de la lumière à son pays».
Michael Maier (1568-1622)
Philosophe

17
L’enseignement écrit

À propos de la conscience

«Après avoir consacré les monographies précé-


dentes à l’étude des aspects objectif et subjectif de
notre conscience objective, il nous reste à examiner
la place qu’occupe notre subconscient dans notre
vie aussi bien matérielle que spirituelle. Nombreux
sont les scientifiques qui s’intéressent aux phases
subconscientes de la personnalité humaine, mais ils
ont tendance à mener leurs recherches en partant
du principe que ces phases ne sont que des effets
secondaires de notre activité cérébrale. Il s’agit là
d’une erreur d’appréciation, car c’est dans le sub-
conscient de l’homme que nous trouvons les causes
de la plupart des fonctions qui nous maintiennent
en vie. En fait, il exerce une influence constante
sur les plans physique, psychique et spirituel de
notre être.
L’influence physique du subconscient
Dans les premières monographies de l’Ordre, il
vous a été expliqué que c’est notre subconscient qui
est responsable de toutes les fonctions involontaires
de notre corps physique et qui, à ce titre, dirige
toutes les activités propres à l’inconscient. Autre-
ment dit, c’est lui qui règle la température interne
de notre organisme, donne un rythme régulier à
notre respiration, veille à ce que tous nos organes
soient vitalisés par notre courant sanguin, maintient

18
Les Rose-Croix lèvent le secret

la régularité de nos battements cardiaques, contrôle


toutes les phases de notre digestion, contribue à
la guérison de nombreuses blessures et, d’une
manière générale, supervise l’ensemble des activi-
tés internes de notre être. Trop peu de personnes
prennent le temps de réfléchir au travail considé-
rable qui s’accomplit en nous sans que nous en
ayons conscience. Pourtant, un tel travail est digne
de la plus grande admiration. Dans les moindres
détails, notre subconscient se consacre à maintenir
la vie en nous et à faire en sorte qu’aucune condition
pathologique ou autre ne puisse compromettre son
activité...
L’influence que notre subconscient exerce sur
notre corps physique ne se limite pas au contrôle
de nos fonctions involontaires, car aucune action
volontaire ne peut être accomplie sans son inter-
vention. En effet, c’est lui qui dispense les énergies
nécessaires à tout ce que nous effectuons sous
l’effet de notre propre volonté. À titre d’exemple,
lorsque nous décidons de nous lever pour faire telle
ou telle chose, c’est lui qui, par l’intermédiaire de
notre système nerveux autonome, apporte à notre
cerveau l’énergie nerveuse nécessaire à l’accom-
plissement des actes voulus. De ce point de vue,
notre système nerveux cérébro-spinal ne fait que
transformer les énergies subconscientes en des
impulsions dont la fréquence vibratoire est par-
faitement adaptée aux fonctions organiques et
musculaires de notre corps physique. À cet égard,
le cerveau n’est qu’un transformateur des impul-
sions psychiques que lui envoie continuellement
notre subconscient. Par ailleurs, contrairement à

19
L’enseignement écrit

ce qu’affirment certains scientifiques, il n’est pas


le siège exclusif de la conscience humaine, mais
uniquement le centre de son activité objective,
c’est-à-dire de son application au monde matériel.
La meilleure preuve, c’est que lorsque notre cer-
veau, à la suite d’une maladie ou d’un choc violent,
n’est plus capable de remplir normalement son
rôle, les fonctions involontaires de notre corps phy-
sique se poursuivent sans problème, même si nous
ne sommes plus en mesure de marcher, de lever
nos bras, de parler, etc. S’il en est ainsi, c’est préci-
sément parce qu’une grande partie de notre activité
organique n’est pas contrôlée par notre conscience
cérébrale, mais par notre subconscient.
L’influence psychique du subconscient
Nous devons examiner maintenant l’influence
que notre subconscient exerce en permanence sur
la partie psychique de notre être. Comme nous
venons de le rappeler, le cerveau, en tant qu’or-
gane, est le centre de nos facultés objectives. Par
ailleurs, c’est lui qui dirige l’ensemble des actions
volontaires que nous accomplissons par l’intermé-
diaire de notre système nerveux cérébro-spinal.
Quant au subconscient, il est une forme de cons-
cience qui résulte des multiples activités de l’hypo-
thalamus, lequel, comme nous le verrons dans le
sixième degré, est le cerveau du système nerveux
autonome. Or, l’hypothalamus travaille en relation
directe avec la glande pituitaire (l’hypophyse) et la
glande pinéale (l’hépiphyse), ces deux glandes
étant les contreparties physiques des deux centres
psychiques les plus importants du corps... Notre
subconscient est donc étroitement lié à la dimen-
sion psychique de notre être. En fait, nous pouvons

20
Les Rose-Croix lèvent le secret

dire qu’il est l’une des manifestations majeures de


notre conscience psychique. De ce fait, le meilleur
moyen d’être réceptif aux impressions subtiles qu’il
nous envoie régulièrement consiste à éveiller nos
centres psychiques.
Lorsque le moment sera venu, en l’occurrence
dans le septième degré, nous nous livrerons à une
étude systématique de l’aspect psychique de l’être
humain et vous présenterons un certain nombre
d’exercices destinés à éveiller son activité. La plu-
part des expériences qui vous ont été proposées
jusqu’à ce jour ont naturellement un lien direct
avec cet éveil. Cependant, celles que nous vous pré-
senterons alors seront liées très spécifiquement
au développement de vos centres psychiques, que
l’on ne doit pas confondre avec ce qui est désigné
sous le nom de «chakras» dans les traditions orien-
tales. Au fur et à mesure de ces expériences, vous
remarquerez un accroissement de votre sensibi-
lité psychique et une plus grande réceptivité aux
impressions transcendantales qui émanent conti-
nuellement de votre subconscient. Parallèlement,
vous noterez une augmentation de votre vitalité et,
par extension, une amélioration de votre état de
santé.
L’influence spirituelle du subconscient
Dès le début de votre affiliation à notre Ordre,
nous avons beaucoup insisté sur l’importance de
nous harmoniser régulièrement avec la Conscience
cosmique. Cela dit, on ne peut y parvenir qu’en
utilisant notre subconscient comme intermédiaire,
car c’est lui qui constitue le portail symbolique
donnant accès au monde spirituel. En dehors de

21
L’enseignement écrit

notre conscience psychique, il est, parmi toutes les


phases de notre conscience, celle qui est la plus
étroitement liée à notre âme. Cela suppose que
pour vous mettre en harmonie parfaite avec les
plans supérieurs du Cosmique, vous devez vous
élever depuis l’aspect purement objectif de votre
être jusqu’aux niveaux supérieurs de votre sub-
conscient. Lorsque ces niveaux sont atteints, nous
sommes dans un état subconscient et psychique où
la communion spirituelle se fait d’elle-même, avec
tous les effets positifs qui en résultent.
[...]
Dans la prochaine monographie, nous poursui-
vrons notre étude du subconscient et examinerons
plus particulièrement deux de ses attributs majeurs,
en l’occurrence sa mémoire et la forme de raison-
nement qui lui est propre...».

22
L’enseignement des Rose-Croix

Application pratique
Comme cela vous a été expliqué, l’homme possède
une double conscience : la conscience objective et le
subconscient. Cette dualité peut être mise en évidence
par deux expériences très simples.

La première expérience consiste à vous asseoir


confortablement et à fermer les yeux. Auparavant,
assurez-vous qu’un silence aussi absolu que possible
règne dans la pièce où vous vous trouvez. Veillez égale-
ment à ce qu’elle ne soit pas trop éclairée et que sa
température soit normale, afin de n’être incommodé ni
par la lumière, ni par la chaleur ou le froid. En un mot,
faites en sorte que vos sens physiques ne soient pas
affectés par la perception d’une condition extérieure à
vous. Concentrez-vous alors sur l’activité de vos orga-
nes internes, c’est-à-dire sur votre respiration, les
battements de votre cœur et, d’une manière générale,
sur toutes les fonctions internes auxquelles vous
n’accordez habituellement aucune attention. De cette
manière, vous prendrez conscience que votre vie se par-
tage bien entre deux mondes : un monde qui vous est
extérieur, et un autre qui vous est intérieur.

Pour la seconde expérience, mêlez-vous à une foule


dès que vous en aurez l’occasion. Ainsi plongé au
milieu d’un grand nombre de personnes, vérifiez par
vous-même que malgré l’agitation qui règne autour de
vous, malgré tout ce que vous pouvez voir, entendre,
toucher et sentir, vous avez parfaitement conscience
d’être un individu distinct de tous les autres. Cela
prouve que quel que soit le milieu extérieur dans lequel
nous nous trouvons à un moment donné, nous ne
perdons jamais conscience de notre personnalité inté-
rieure. Un tel constat montre bien que notre activité
consciente est double. Plus tard, nous vous montrerons
que cette dualité s’applique à tous les niveaux de la
Création.

23
L’enseignement écrit

TROISIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 6

À propos de la vie

«La plus grande erreur consiste à se méprendre sur


le but véritable de la Connaissance… Peu sont
poussés vers elle pour se servir du don divin de la
raison dans l’intérêt de l’humanité».
Francis Bacon (1561-1626)
Philosophe et homme d’État

24
L’enseignement des Rose-Croix

À propos de la vie

«Dans la monographie précédente, nous avons


examiné les quatre caractéristiques de la vie, et
nous avons vu que tous les êtres vivants naissent,
se développent, se reproduisent et meurent. Étant
donné que le règne humain est le plus évolué de la
nature, c’est l’homme qui manifeste ces caracté-
ristiques au plus haut niveau. Nous allons donc
étudier attentivement les points qu’il importe de
retenir à propos de sa naissance, de sa croissance,
de sa reproduction et de sa mort. Nous poursui-
vrons cette étude sur plusieurs monographies, car
il est impossible de résumer en une seule les lois et
les principes concernés.
Le souffle de vie
La naissance d’un être humain constitue un
événement qui devrait susciter l’admiration de
tous, non seulement en raison des processus
physiologiques dont elle est l’aboutissement, mais
également en raison de ce qu’elle représente sur
le plan mystique. En effet, lorsqu’un enfant vient
au monde, ce n’est pas uniquement un nouveau
corps physique qui fait l’apprentissage de la vie
terrestre. C’est aussi et surtout une âme qui se
réincarne sur le plan matériel. Ainsi, d’un point
de vue rosicrucien, toute naissance constitue en
fait une renaissance, car elle correspond au retour

25
L’enseignement écrit

d’une personnalité animique qui a déjà vécu sur


notre Terre. Naturellement, vous n’êtes pas obligé
d’admettre ce point de vue, car une telle doctrine
ne constitue pas et n’a jamais constitué un dogme
dans notre Tradition. Cela dit, puisque les lois qui
se rapportent à cette doctrine ont toujours fait
l’objet des enseignements perpétués par notre
Ordre, il est de notre devoir de vous les exposer
aussi simplement que possible.
Indépendamment du fait de savoir si notre âme
s’est incarnée pour la première ou la énième fois au
moment de notre naissance, l’un des plus grands
mystères pour les religieux, les philosophes et les
mystiques concerne l’instant précis où elle pénètre
dans le corps... Dans la plupart des credo reli-
gieux, il est dit que l’âme pénètre dans l’embryon à
l’instant même de sa conception. Autrement dit,
on y affirme que c’est au moment précis où se pro-
duit la fécondation qu’elle prend possession de
l’œuf humain. Partant de ce principe, les religions
enseignent généralement que le fœtus possède une
conscience spirituelle alors qu’il se trouve dans le
corps de la mère. Pour elles, la naissance ne cor-
respond donc pas à l’incarnation de l’âme, mais au
moment où elle se libère du ventre maternel.
Cette manière d’envisager la maternité implique
de nombreuses croyances qu’il ne nous appar-
tient pas de juger, ni même de commenter. Ce
que vous devez retenir, c’est que l’âme, d’un
point de vue religieux, se trouve dans le corps de
l’enfant avant qu’il ne vienne au monde. Quant
à savoir de quelle manière elle pénètre dans
l’embryon au moment de la conception, aucune
réponse n’est apportée par les religions.

26
L’enseignement des Rose-Croix

Depuis des siècles, la Tradition rosicrucienne


enseigne que l’âme ne pénètre dans le corps qu’au
moment de la naissance, et plus précisément à
l’instant où l’enfant, après être sorti du ventre
maternel, inspire pour la première fois. C’est donc
avec le premier souffle de vie qu’elle s’incarne dans
le bébé et qu’elle fait de lui un être vivant auto-
nome. Tant qu’il n’a pas reçu ce premier souffle, le
fœtus peut être considéré comme un organe annexe
qui se développe dans le corps de la mère et qui
puise en elle sa vitalité. Par ailleurs, étant donné
que la conscience est un attribut de l’âme, il s’en-
suit que l’enfant, tout au long des neuf mois de
grossesse, n’est pas conscient de lui-même ni de
l’état dans lequel il se trouve. Là encore, ce n’est
qu’à partir du moment où il prend sa première
inspiration que ses processus de conscience se
mettent en activité et qu’il commence, non seule-
ment à appréhender le milieu dans lequel il vient
de naître, mais également à expérimenter les rela-
tions diverses qui l’unissent à ce milieu.
Nous savons parfaitement que certaines écoles
de philosophie et de psychologie affirment que le
fœtus est conscient lorsqu’il se développe dans le
corps maternel, confirmant en cela le point de vue
de la plupart des religions. Pour justifier cette
affirmation, elles expliquent qu’il est sensible aux
émotions de la mère, à la musique, aux voix, aux
changements de température, etc. Ceci est par-
faitement exact, mais cette sensibilité n’est pas
d’ordre animique ; elle est de nature physiolo-
gique. Autrement dit, ce n’est pas la conscience
spirituelle du bébé qui réagit à ces influences,
mais c’est son corps matériel. Ce fait ne devrait

27
L’enseignement écrit

pas vous étonner, car tous nos organes sont le


siège d’une réaction permanente à l’égard de nos
émotions, de nos pensées et, d’une manière géné-
rale, de tous les stimuli internes et externes qui
s’exercent sur nous. Lorsque nous aborderons
l’étude du sixième degré, nous reviendrons en
détail sur ce fait et vous montrerons qu’il est lié
directement au problème de la santé.
Si vous admettez que le fœtus peut être consi-
déré comme un organe tant qu’il se trouve dans le
ventre de la mère, vous comprendrez que la sensi-
bilité qu’il manifeste à l’égard de certains stimuli
correspond à une réaction organique ayant son ori-
gine dans des impulsions nerveuses et réflexes.
Aussi, nous insistons une fois encore sur le fait que
le bébé, avant sa naissance, n’est pas conscient de
ces stimuli, et que la réponse qu’il leur donne est
involontaire. Cela dit, nous verrons dans la pro-
chaine monographie que le fait qu’il réagisse
effectivement doit inciter la mère à surveiller ses
pensées, ses émotions et l’ambiance générale dans
laquelle elle attend son enfant. En effet, si elle
adopte une mauvaise attitude mentale et émotion-
nelle au cours de sa grossesse, non seulement elle
affecte négativement les organes et les fonctions
de son propre corps, mais également le fœtus qui
se développe en elle. Ainsi, qu’elle en ait conscience
ou non, la mère exerce réellement une influence
prénatale sur le bébé qu’elle attend. Il importe
donc qu’elle mette tout en œuvre pour que cette
influence soit positive.
[...]

28
L’enseignement des Rose-Croix

L’incarnation de l’âme
Comme vous le comprendrez, la naissance est
un moment relativement pénible pour l’âme. En
effet, elle correspond pour elle à une forme d’em-
prisonnement, car elle quitte son état spirituel
pour s’introduire dans un corps matériel qui est
soumis aux contingences terrestres. En s’incar-
nant, elle perd aussi le souvenir de ce qu’elle a
vécu dans l’au-delà. Par ailleurs, sa vision des
choses s’amoindrit considérablement, car elle ne
bénéficie plus du champ de conscience qui était le
sien sur le plan spirituel. Enfin, elle quitte d’au-
tres âmes qui, pour elle, constituaient une famille
comparable à celle qui est actuellement la nôtre
sur Terre. Aussi, pour toutes ces raisons et bien
d’autres qui doivent faire l’objet de vos médita-
tions, le fait de s’incarner est un moment difficile à
vivre pour l’âme. Certaines personnes ayant connu
une mort clinique ont éprouvé une difficulté com-
parable avant de “revenir” sur ce plan terrestre.
En effet, c’est avec regret qu’elles durent réinté-
grer leur corps physique, car l’état spirituel qu’elles
vécurent dans l’au-delà leur avait procuré un sen-
timent de paix et de liberté qu’elles auraient aimé
prolonger.
La mère n’est donc pas la seule à souffrir lors-
qu’elle met un enfant au monde, car l’âme, en
s’incarnant, subit la première épreuve de sa nou-
velle vie terrestre. Naturellement, cette souffrance
n’est pas d’ordre physique, car elle ne ressent
aucune douleur physiologique au moment de son
incarnation. Il s’agit plutôt d’un sentiment de
déphasage entre l’état spirituel qu’elle connais-
sait sur le plan cosmique et la condition limitée

29
L’enseignement écrit

qu’elle expérimente en pénétrant dans son nou-


veau véhicule matériel. Bien que ce sentiment soit
difficile à expliquer au moyen des mots, vous pou-
vez le comparer à la sensation que l’on éprouve
lorsqu’on est réveillé brusquement au milieu d’un
rêve. Bien qu’une telle sensation ne s’accompagne
d’aucune douleur physique, elle laisse une impres-
sion désagréable pendant quelques minutes. De
même, lorsque l’âme s’incarne dans le corps au
moment du premier souffle, elle éprouve un
certain malaise intérieur qui se dissipe graduelle-
ment. Parallèlement à cette impression, elle
éprouve un grand regret d’avoir quitté le monde
spirituel. Nous pouvons même ajouter que tout au
long de notre existence terrestre, ce regret demeure
à un certain niveau de notre subconscient et se
transforme en une nostalgie qui nous pousse
inconsciemment à rechercher notre identité réelle
ou, si vous préférez, à vouloir comprendre d’où
nous venons et vers quoi nous allons. À cet égard,
il constitue l’impulsion de base aux aspirations
mystiques que tout individu ressent à un certain
moment de son évolution spirituelle.
Lorsque l’on a conscience de ce que représente
réellement une naissance, tant sur le plan phy-
sique que sur le plan mystique, on comprend pour-
quoi elle doit faire l’objet de la plus grande
attention. En effet, sachant qu’il s’agit pour l’âme
de la première épreuve qu’elle rencontre dans sa
nouvelle vie terrestre, il importe de soulager au
maximum cette épreuve en réunissant toutes les
conditions matérielles et spirituelles qui peuvent
faciliter son incarnation».

30
L’enseignement des Rose-Croix

Application pratique
Au cours des prochains jours, nous vous suggérons
de lire ce que les Textes sacrés révèlent au sujet de la
naissance, notamment à propos du moment où l’âme
pénètre dans le corps de l’enfant et de l’état dans lequel
elle se trouve juste auparavant. Dans ce travail parti-
culier, ne vous limitez pas aux écrits de votre religion,
si toutefois vous en suivez une. Essayez au contraire de
vous procurer les textes émanant d’autres confessions
religieuses. De cette manière, vous pourrez établir des
comparaisons. Dans la plupart des cas, vous constate-
rez qu’il est dit que l’âme de l’enfant est en lui alors
qu’il se trouve dans le ventre de sa mère, ce qui, d’un
point de vue rosicrucien, est inexact.

Dans le même ordre d’idée, il serait bien que vous


preniez le temps de lire ce que les dogmes religieux
énoncent à propos de l’état dans lequel se trouve l’âme
après la mort. Une telle recherche constituera une
bonne préparation aux enseignements qui vous seront
transmis sur ce point dans un prochain degré. Comme
vous le remarquerez, les conceptions religieuses et
mystiques de la vie post-mortem sont bien souvent très
différentes. Là encore, nous vous présenterons ces
conceptions, afin que vous puissiez vous forger votre
propre opinion dans ce domaine.

31
L’enseignement écrit

QUATRIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 10

À propos des symboles

«Il y a, caché en l’homme, un trésor si remarquable


et merveilleux que les sages ont estimé que la
parfaite sagesse consiste pour lui à se connaître,
c’est-à-dire à découvrir le mystère qui se cache
au-dedans de lui».
Robert Fludd (1574-1637)
Médecin et philosophe

32
L’enseignement des Rose-Croix

À propos des symboles

[...]
«Les enseignements rosicruciens définissent
trois grandes sortes de symboles : les symboles
naturels, les symboles artificiels et les symboles
mystiques. Nous retrouvons d’ailleurs cette clas-
sification dans la plupart des traditions. Étant
donné que tout symbole a pour but de représenter
un concept, la catégorie dans laquelle il est classé
dépend du contenu de ce concept et de la significa-
tion générale qui lui est donnée. Ainsi, un symbole
naturel est la représentation d’une idée que cha-
cun peut vérifier en observant les manifestations
naturelles les plus simples. Un symbole artificiel
sert à décrire une convention que les hommes ont
établie sous la forme d’un code déterminé. Quant
au symbole mystique, comme son nom l’indique, il
est l’œuvre d’un adepte du mysticisme et sert à
véhiculer une loi ou un principe spirituel au moyen
d’une représentation concrète. Après ces quelques
généralités, considérons maintenant plus en détail
chacune de ces trois sortes de symboles.
Les symboles naturels
Les symboles naturels, comme nous venons de
le dire, sont formés d’éléments ou de conditions

33
L’enseignement écrit

que nous trouvons dans la nature. Le soleil, par


exemple, symbolise la lumière, la chaleur et le prin-
cipe vital dont dépendent tous les êtres vivants. Le
ciel évoque par lui-même le monde de l’invisible et
la demeure des anges. La terre exprime le cycle de
la naissance, de la mort et de la résurrection. Une
pierre manifeste la durabilité et la stabilité. Un
arbre représente le pouvoir de la vie. Parmi les
animaux, la chouette est le symbole de la vie
nocturne, et le lion celui de la force. En fait, il
existe autant de symboles naturels que d’idées
pouvant être représentées au moyen de tout ce qui
fait partie du monde visible.
D’une manière générale, les symboles naturels
sont faciles à comprendre, car ils parlent d’eux-
mêmes. Leur but n’est pas de voiler, mais d’exprimer
le plus simplement possible une idée qu’un grand
nombre d’individus peut saisir par l’observation. De
toute évidence, ce sont ces symboles que les hom-
mes utilisèrent en premier, car ils ne demandaient
pas un travail de réflexion, mais un effort d’obser-
vation. Avec le temps, il est vrai que l’intelligence
humaine adopta des symboles naturels de plus en
plus difficiles à saisir, car certaines personnes plus
évoluées en imaginèrent pour représenter des lois
et des principes qui échappaient à la compréhen-
sion des autres. Pour prendre un exemple qui nous
est cher, la rose en est venue à symboliser l’âme
humaine dans les Écoles de Mystères de l’Antiquité,
et seuls les esprits éclairés pouvaient voir dans
ce symbole naturel la représentation d’un concept
mystique.

34
L’enseignement des Rose-Croix

Contrairement à la plupart des symboles artifi-


ciels et mystiques, les symboles naturels dépassent
largement le cadre de la représentation linéaire,
graphique, géométrique ou schématique. Autrement
dit, ils ont une forme tangible, car leur significa-
tion est liée à quelque chose qui existe sur le plan
matériel, qu’il s’agisse d’une étoile, d’un astre,
d’un animal, d’un arbre, d’une fleur, d’une pierre
ou d’un objet quelconque. C’est précisément en rai-
son de leur association à un support visible qu’ils
sont les plus évocateurs au premier degré. D’autre
part, étant donné qu’ils sont liés à des éléments
naturels que l’on retrouve sur la plupart des conti-
nents et dans pratiquement tous les pays, cette
catégorie de symboles constitue en elle-même un
langage qui peut être facilement compris par des
individus de races et de religions différentes. Cela
signifie que la majorité d’entre eux ont un carac-
tère universel. Précisons également que la plupart
ont traversé les siècles en gardant la même signifi-
cation.
Les symboles artificiels
Considérons maintenant les symboles artificiels.
Comme leur nom l’indique, ils ne sont pas l’œuvre
de la nature, mais celle de l’homme. C’est pourquoi
ils sont qualifiés d’«artificiels». Pour ne citer que
quelques exemples, l’alphabet utilisé dans chaque
langue écrite est un système de signes symboli-
ques. Par ailleurs, le dessin d’un cœur symbolise
l’amitié, l’amour et la fraternité entre les êtres
humains. Une statue de bois, de pierre ou de métal
peut être la représentation d’un concept universel

35
L’enseignement écrit

comme la liberté, le sacrifice ou la victoire. Natu-


rellement, il existe un très grand nombre de symbo-
les artificiels. En fait, ce nombre est à la mesure
de l’imagination de l’homme et de son aptitude à
représenter lui-même l’idée ou le concept auquel
il a pensé. Cela signifie que la création de ces
symboles exige un grand pouvoir d’abstraction, car il
faut choisir les éléments qui permettront d’évoquer
le plus précisément possible ce que l’on cherche à
symboliser. C’est pour cette raison qu’un choix par-
ticulier est accordé à leur forme géométrique, à
leur couleur, aux inscriptions qui figurent dessus,
à leur aspect, etc.
À l’inverse des symboles naturels, les symboles
artificiels ne peuvent pas être compris à partir de
la seule observation, car la plupart d’entre eux cor-
respondent à une convention. De ce fait, ils doivent
être associés à un sens précis qui doit être appris
par quiconque désire les employer. Pour reprendre
l’exemple de l’alphabet utilisé dans toutes les
langues écrites, il est évident que nous devons l’ap-
prendre. En effet, sans cet apprentissage, nous ne
pouvons ni lire ni écrire. En raison de leur carac-
tère conventionnel, les symboles artificiels ont une
application moins étendue que les symboles natu-
rels, car ils nécessitent une compréhension basée
sur un certain type de culture ou de mentalité. En
d’autres termes, leur signification peut varier d’un
continent ou d’un pays à l’autre. C’est pourquoi
beaucoup d’entre eux ne sont pas universels. Par
ailleurs, leur nombre ne cesse d’augmenter au cours
des âges, selon les besoins de l’homme lui-même.

36
L’enseignement des Rose-Croix

Les symboles mystiques


Pour des raisons évidentes, ce sont les symbo-
les mystiques qui offrent pour nous le plus d’intérêt,
car ils concernent des lois et des principes qui
transcendent les préoccupations humaines les
plus ordinaires. Autrement dit, ils s’appliquent à
une quête intérieure. À cet égard, ils appartiennent
avant tout au domaine de l’âme et ont pour but de
représenter des concepts liés à la spiritualité. Tel
est notamment le cas du symbolisme du triangle,
que nous avons déjà évoqué, mais également de
la croix, du carré et du cercle, que nous étudierons
en détail dans un prochain degré. L’utilisation de
cette catégorie de symboles exige toutes les qualités
requises pour comprendre les symboles naturels
et artificiels, mais elle nécessite en plus un travail
de profondeur qui lui est propre. Nous voulons
dire par là qu’outre l’observation, la réflexion et
l’imagination, la compréhension des symboles
mystiques ne peut être obtenue sans l’aide de la
méditation. S’il en est ainsi, c’est parce qu’ils
expriment des lois et des principes qui ne peuvent
être intégrés que par les facultés de l’âme.
La majorité des symboles mystiques est compo-
sée de points, de lignes droites, de lignes courbes,
parfois de couleurs, qui, réunis en de multiples
combinaisons, forment un tout harmonieux auquel
est attribué un sens ésotérique plus ou moins
accessible. À ce sujet, il importe de préciser que les
combinaisons symboliques les plus complexes ne
sont pas nécessairement celles qui véhiculent les
lois et les principes les plus importants. En effet,

37
L’enseignement écrit

s’il est vrai qu’un symbole mystique permet de dis-


simuler une vérité qui ne doit pas être connue de
tout le monde, il a aussi pour but de représenter le
plus simplement possible ce qu’un Initié est à
même de comprendre. Si, par exemple, nous consi-
dérons le symbole de la Rose-Croix, nous devons
reconnaître que les éléments qui le composent sont
très simples, et leur combinaison tout autant. Or,
ce symbole véhicule un contenu très ésotérique,
puisqu’il représente la dualité de l’homme et le but
de son existence, à savoir s’épanouir spirituelle-
ment au moyen des expériences que procure la vie
terrestre. Cela dit, il n’évoque rien à quiconque
n’est pas initié à sa signification profonde. Cette
caractéristique se retrouve dans tous les symboles
mystiques, car ils ne sont accessibles qu’à un
nombre limité d’individus, en l’occurrence à ceux
qui sont sensibilisés à leur valeur. C’est pourquoi
ils sont relativement peu nombreux».
[...]

38
L’enseignement des Rose-Croix

Application pratique
Il est un autre point qui mérite d’être souligné en
relation avec les symboles mystiques, à savoir que la
plupart d’entre eux peuvent être traduits sous la forme
d’un nombre. Ainsi, conformément aux indications
figurant dans le tableau qui vous a été présenté dans la
monographie précédente, il existe une correspondance
entre le point et le nombre 1, la ligne et le nombre 2, le
triangle et le nombre 3, le carré et le nombre 4, etc.

Cela suppose par conséquent qu’il existe deux


méthodes permettant de percer le sens d’un symbole
mystique : la première consiste à méditer sur ce qu’il
est en tant que combinaison de lignes et de couleurs ; la
seconde à considérer plus particulièrement la signifi-
cation ésotérique du nombre qui lui est associé sur le
plan traditionnel.

Au cours des prochaines semaines, nous vous sug-


gérons de reprendre un à un les symboles que nous
avons déjà soumis à votre attention, et de les analyser
en utilisant les deux méthodes que nous venons de
définir. Ce faisant, vous constaterez que le résultat de
vos réflexions et de vos méditations sera meilleur. Pour
chaque symbole, pensez à noter les idées qui vous
viennent à l’esprit, afin de pouvoir vous y reporter le
moment venu.

39
L’enseignement écrit

CINQUIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 1

À propos de la philosophie

«L’âme humaine est l’image de l’Âme divine. Mais


il ne suffit pas que l’univers se reflète en elle ; il
faut encore qu’elle en prenne conscience. Pour cela,
notre intelligence doit, non seulement se penser
elle-même, mais aussi penser tout ce qui est en
dehors d’elle».
Jean-Baptiste Van Helmont (1577-1644)
Médecin et philosophe

40
L’enseignement des Rose-Croix

À propos de la philosophie

[...]
«La plupart des ouvrages de référence font
remonter la naissance de la philosophie au VIe
siècle avant Jésus-Christ, dans la Grèce antique, à
l’époque de Thalès de Milet. Il est un fait que ce
grand penseur, qui fut à l’origine de la célèbre
maxime «Connais-toi toi-même et tu connaîtras
l’univers et les dieux», fut le premier à fonder une
école de philosophie dont les buts étaient quelque
peu différents de ceux qui étaient poursuivis dans
les Écoles de Mystères de l’ancienne Égypte. Son
amour de la Connaissance était tel qu’il consacra
toute son existence à étudier les lois divines et à
enseigner le savoir qu’il avait acquis. De tous les
philosophes grecs, il fut le premier à s’intéresser à
la physique, à la géométrie et à l’astronomie.
Après Thalès de Milet, de nombreux autres
penseurs se sont succédé, chacun édifiant son pro-
pre système philosophique à partir des concepts
présentés par leurs prédécesseurs. Des noms comme
Solon, Pythagore, Héraclite, Démocrite, Empédocle,
Socrate, Platon, Aristote et bien d’autres encore res-
tent à jamais inscrits dans la mémoire des hommes,
car le savoir qu’ils ont transmis à l’humanité fait
désormais partie de l’héritage culturel et spirituel
dont les civilisations les plus modernes s’inspirent

41
L’enseignement écrit

toujours, tant dans le domaine des sciences que


dans celui des arts et de la morale. En ce sens, les
philosophes de notre époque admettent volontiers
que ce qui est enseigné de nos jours en matière de
philosophie l’était déjà il y a trois mille ans et plus.
Sous son règne, le roi Salomon lui-même affirmait
qu’«il n’y a rien de nouveau sous le soleil». Or, si
nous admettons que les propos de ce grand Initié
étaient fondés et qu’ils s’appliquaient effective-
ment aux sages qui l’avaient précédé, nous devons
avoir l’humilité de reconnaître qu’il en est toujours
ainsi aujourd’hui. En fait, la philosophie remonte à
des temps immémoriaux, car comme nous l’avons
déjà précisé, ce que les sages de la Grèce antique
enseignaient, ils l’avaient appris des Initiés de
l’ancienne Égypte.
Lorsque l’on se penche attentivement sur l’étude
des enseignements que nous ont transmis les mys-
tiques du passé, il semble évident qu’ils étaient
parvenus à faire de la religion, de la philosophie et
de la science les trois éléments de base d’une même
unité de pensée. Cela suppose, par ailleurs, que
l’on ne peut pas être un philosophe éclairé si l’on
n’est pas véritablement mystique. De ce point de
vue, il paraît quelque peu contradictoire de quali-
fier de «philosophes» les adeptes de la philosophie
dite “matérialiste”. Mais s’il est un fait que l’on peut
se dire philosophe et ne pas être mystique, il est
facile de montrer qu’un mystique, par nature, est
fondamentalement philosophe. En fait, le mysti-
cisme est une forme de connaissance qui associe ce
que la religion, la philosophie et la science contien-
nent de meilleur, non seulement sur le plan théo-
rique, mais également sur le plan pratique. De nos

42
L’enseignement des Rose-Croix

jours, il existe un certain antagonisme entre ces


trois branches du savoir humain. Cet état de fait
est d’autant plus regrettable que le but qu’elles
poursuivent est le même, à savoir l’étude des liens
profonds qui unissent l’homme à l’ensemble du
cosmos.
La Table d’Émeraude
Ces quelques remarques nous amènent à consi-
dérer maintenant le sens que nous pouvons donner
au mot «philosophie». Dans son acception courante,
il désigne la «science de la vie». Littéralement, il
veut dire «amour de la sagesse». Or, pour cultiver
l’amour de la sagesse et étudier la science de la
vie, il faut faire appel au mysticisme qui, par
définition, concerne la connaissance des rapports
visibles et invisibles qui unissent l’homme à Dieu.
D’un point de vue rosicrucien, toute personne qui
cherche à comprendre le pourquoi et le comment
de son existence est donc philosophe, car une telle
recherche aboutit nécessairement à une quête spi-
rituelle. Pour mener à bien cette étude, l’homme
dispose de deux méthodes qui se complètent par-
faitement. La première part du connu pour essayer
d’appréhender l’inconnu. Lorsqu’elle s’applique à
la philosophie, elle conduit l’individu à considérer
le monde matériel (le monde phénoménal) comme
un reflet du monde immatériel (le monde nouménal).
Autrement dit, il recherche dans son environne-
ment immédiat les preuves qui attestent que la
Création, telle qu’elle se présente à lui, est bien la
manifestation d’un Créateur auquel il attribue une
nature divine. Cette forme de philosophie est fon-
damentalement inductive, car elle part des effets,
en l’occurrence le monde terrestre, pour s’élever

43
L’enseignement écrit

vers les causes cosmiques qui en sont à l’origine.


En cela, elle privilégie l’introspection, car l’adepte
de cette méthode s’applique à comprendre les lois
qui régissent le macrocosme en étudiant celles qui
opèrent dans son propre corps et dans la nature.
Elle est donc l’illustration parfaite de l’ancien
adage : «Ce qui est en haut est comme ce qui est en
bas».
Mais la Table d’Émeraude énonce également
que «Ce qui est en bas est comme ce qui est en
haut», définissant ainsi la deuxième méthode que
l’homme peut suivre en matière de philosophie.
Celle-ci consiste à partir de l’inconnu (le monde
nouménal) pour comprendre le connu (le monde
phénoménal). Autrement dit, l’adepte de cette
démarche se forge une conception de Dieu en fonc-
tion de ses aspirations et de ses idéaux, et à l’aide
de cette conception intime, tente d’expliquer le
monde dans lequel il se trouve. Cette forme de phi-
losophie est fondamentalement déductive, car elle
part de la cause, à savoir l’Intelligence divine, pour
descendre au niveau des effets terrestres qu’Elle a
engendrés dans le monde manifesté. Dans ce cas,
ce n’est pas l’introspection qui est privilégiée, mais
plutôt une forme d’élévation mystique ayant pour
but d’appréhender l’Omniscience, l’Omniprésence
et l’Omnipotence divines. Il s’agit finalement de se
fondre en conscience dans l’Immensité cosmique
qui nous est extérieure, et d’observer le monde
comme si nous étions Dieu Lui-même.
Dans le deuxième degré, il vous a été expliqué
que le syllogisme était une forme de raisonne-
ment qui associait l’induction à la déduction. De
ce fait, c’est cette forme de raisonnement qui

44
L’enseignement des Rose-Croix

s’avère la plus efficace en philosophie, car elle est


une combinaison des deux méthodes auxquelles
nous venons de nous référer. Autrement dit, elle
représente une voie philosophique idéale pour équi-
librer notre quête entre le connu et l’inconnu, le
plan matériel et le plan spirituel, le monde phé-
noménal et le monde nouménal, l’homme et Dieu.
C’est pourquoi les philosophes grecs, notamment
Aristote, avaient fait du syllogisme la base de leurs
enseignements. En effet, comme nous avons déjà eu
l’occasion de le préciser, ils avaient parfaitement
compris qu’un mystique doit constamment se main-
tenir entre deux piliers symboliques, celui de la
Création d’une part, et celui du Créateur d’autre
part.
La philosophie rosicrucienne
Si nous considérons la philosophie rosicru-
cienne, nous voyons qu’elle intègre parfaitement
les deux démarches que nous venons d’évoquer,
car ses enseignements portent à la fois sur un exa-
men complet de l’homme, et sur une approche
générale du Dieu qu’il est capable de concevoir. De
plus, elle est fondamentalement pratique, car elle
part du principe que c’est au contact du monde
matériel que doit se faire l’évolution spirituelle de
tout être humain. Comme vous le savez, il existe
des écoles de philosophie qui nient purement et
simplement l’existence de la matière. Les parti-
sans de ces écoles considèrent qu’elle n’a aucune
réalité, et que le seul moyen de s’accomplir sur le
plan intérieur consiste à se comporter comme si
elle n’existait pas, ce qui explique pourquoi ils
vivent le plus souvent en ascètes et à l’écart de la

45
L’enseignement écrit

civilisation. Sans vouloir faire preuve d’intolérance,


une telle philosophie est dénuée de fondement. En
effet, il est facile de comprendre que si le monde
matériel n’avait aucune raison d’être, l’homme, tel
qu’il est, n’en aurait pas non plus. Par ailleurs, si
nous admettons que l’homme a une raison d’être
et que la matière n’en a pas, nous pouvons alors
nous demander pourquoi Dieu l’a doté de facultés
parfaitement adaptées à la perception de son
environnement terrestre.
En dernière analyse, il est évident que si la
planète Terre sert de cadre à l’évolution de l’huma-
nité, c’est parce qu’un tel cadre est une nécessité.
Ne pas reconnaître cette nécessité reviendrait à
penser que la Création, dans son ensemble, n’a
aucune utilité. Dans ce cas, nous devrions admet-
tre que Dieu a créé l’univers pour le seul plaisir de
le faire et qu’Il ne poursuit aucun but particulier.
Assurément, une telle conception des choses n’est
pas celle d’un mystique, car non seulement elle va
à l’encontre du simple bon sens, mais elle s’oppose
également à toutes les lois connues des Initiés. En
effet, le monde matériel est une émanation du
monde spirituel, et c’est uniquement en exerçant
sa maîtrise sur le premier que l’homme incarné
peut entrevoir la splendeur du second...».

46
L’enseignement des Rose-Croix

Application pratique
Contrairement à ce que pense la majorité des gens,
la philosophie ne correspond pas à une étude spécula-
tive, abstraite et dénuée de caractère pratique. Les
plus grands philosophes de la Grèce antique étaient
très pragmatiques et ne négligeaient pas les aspects
terrestres de la vie humaine. C’est vrai qu’ils accor-
daient une grande importance à l’étude des causes
immatérielles et des lois divines, mais c’était toujours
dans le but de mieux comprendre et de mieux expliquer
les effets qu’elles pouvaient avoir sur le plan matériel.
En ce sens, toute personne qui s’interroge sur le pour-
quoi et le comment de l’existence est philosophe. Cela
signifie que vous-même, en tant que Rosicrucien, êtes
un adepte de la philosophie, car vous êtes un étudiant
des lois et des principes qui sont à la base de la nature
et de l’univers.

En application pratique de cette monographie, nous


vous proposons de dresser la liste des questions fonda-
mentales que vous vous posez au sujet de la vie et des
raisons pour lesquelles elle se manifeste sur Terre
d’une façon aussi variée et mystérieuse. Essayez de for-
muler ces questions aussi simplement que possible, et
classez-les par ordre d’importance. Une telle réflexion
aura des effets très positifs sur votre cheminement
spirituel, car toute interrogation de cet ordre est auto-
matiquement transférée à notre Moi intérieur et devient
le support d’une méditation inconsciente. C’est pour-
quoi nous insistons aussi souvent sur le fait que la clé
de tous les mystères se trouve en chacun de nous.

47
L’enseignement écrit

SIXIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 23

À propos de la santé

«Comment serait-il possible que je puisse savoir


que je doute, c’est-à-dire qu’il me manque quelque
chose et que je ne suis pas parfait, si je n’avais en
moi aucune idée d’un Être plus parfait que le mien,
par la comparaison duquel je peux connaître les
défauts de ma nature».
René Descartes (1596-1650)
Philosophe

48
L’enseignement des Rose-Croix

À propos de la santé
«Dans les premières monographies de ce
degré, nous avons insisté sur l’importance d’une
bonne hygiène de vie sur le plan alimentaire. Il
est évident que nous ne pouvons espérer nous
maintenir en bonne santé si nous mangeons mal,
c’est-à-dire si nous absorbons une nourriture mal
équilibrée ou de mauvaise qualité. Comme nous
l’avons rappelé à maintes reprises, les aliments et
les boissons que nous consommons quotidienne-
ment sont liés étroitement à la Force vitale. C’est
pourquoi nous devons leur accorder une grande
attention et faire en sorte qu’ils répondent aux
besoins réels de notre organisme. Si nous négli-
geons l’importance de l’hygiène alimentaire, nous
n’apportons pas aux cellules de notre corps la
vitalité physique qui leur est nécessaire pour tra-
vailler dans de bonnes conditions. L’ensemble de
notre organisme s’en ressent fatalement, car sur le
plan purement physiologique, son fonctionnement
général est le reflet de l’activité cellulaire.
La prévention physique
Lorsque nous avons étudié la cellule, nous
avons expliqué que pratiquement toutes les formes
de cancer sont la conséquence d’une situation
anarchique dans l’un de nos organes, voire dans
plusieurs. La médecine tend de plus en plus à

49
L’enseignement écrit

confirmer qu’une mauvaise alimentation compte


parmi les facteurs cancérogènes les plus fréquents.
Cela suppose qu’une nourriture inadéquate ou
absorbée dans de mauvaises conditions crée dans
notre organisme un déséquilibre qui, dans de
nombreux cas, favorise l’apparition de métastases,
autrement dit de cellules cancéreuses. Cela ne
peut vous surprendre puisque ce sont les aliments
et les boissons qui apportent au corps l’énergie
indispensable à chacune de ses fonctions. Or, il est
bien évident que si le potentiel de cette énergie est
trop faible, le métabolisme cellulaire s’effectue au
prix d’efforts ou de tensions qui, à plus ou moins
long terme, se manifestent sous forme de maladies
graves.
En conséquence, vous devez bien comprendre
que le choix d’une bonne alimentation constitue
l’un des éléments les plus importants pour se pré-
server des maladies. Il est vrai que le monde dans
lequel nous vivons rend de plus en plus difficile le
respect des règles nutritionnelles de base. Le rythme
de vie effréné que mène la plupart des gens les
conduit à négliger la qualité de leurs repas, tant
au niveau de la nourriture elle-même, que des
conditions dans lesquelles ils mangent. C’est pour-
quoi nous insistons une fois encore sur l’attention
que vous devez accorder à vos repas, car si la nature
a fait de la nourriture un besoin vital que nous
prenons plaisir à satisfaire, ce n’est pas pour que
l’homme, par ignorance ou par négligence, la trans-
forme en une cause de maladies et de souffrances.
Ce que nous venons d’expliquer à propos de
l’alimentation s’applique également à l’air que nous
respirons. Cela signifie que le bien-être physique

50
L’enseignement des Rose-Croix

de notre organisme dépend aussi de la qualité du


potentiel énergétique que nous introduisons dans
notre corps par la respiration. Or, il est évident
que si nous respirons constamment un air pollué,
nous créons en nous les germes de nombreuses
maladies. Cela dit, le seul fait de bénéficier d’un
environnement très pur ne suffit pas pour que la
respiration nous apporte le maximum de l’énergie
vitale véhiculée par l’air. Nous devons également
respirer correctement, afin de favoriser tous les
processus métaboliques qui sont liés directement
ou indirectement à la fonction respiratoire.
De nombreux spécialistes ont souligné que le
volume de la cage thoracique de l’homme a forte-
ment tendance à diminuer au fil des générations.
Si tel est le cas, c’est parce que les conditions de
vie sollicitent de moins en moins sa fonction respi-
ratoire, et que la plupart des individus n’ont pas la
sagesse de compenser ce fait en accordant suffi-
samment d’attention à leur manière de respirer.
D’autre part, et ceci est très important, vous devez
constamment vous rappeler que la vitalité conte-
nue dans l’air ne se limite en aucun cas à l’oxygène,
car elle inclut également une essence cosmique qui
constitue en fait l’origine divine de la vie. Comme
nous l’avons souligné à plusieurs reprises dans les
premières monographies de ce degré, c’est en effet
cette essence qui, en pénétrant dans chaque cellule,
fait de l’homme un être vivant et conscient...
Sur le plan physique, il existe, en dehors de la
nécessité de manger et de respirer correctement,
un autre point important que vous devez respecter
pour vous maintenir en bonne santé. Il s’agit des
bienfaits que l’on retire d’une activité physique

51
L’enseignement écrit

régulière. Par «activité physique», nous ne nous


référons pas nécessairement à la pratique sportive,
telle que beaucoup la conçoivent. Nous voulons
plutôt attirer votre attention sur le fait que le
corps a besoin d’un minimum d’exercice pour que
l’ensemble de son métabolisme s’effectue dans de
bonnes conditions. De plus, certaines fonctions
purement musculaires doivent être régulièrement
sollicitées pour conserver le pouvoir dynamique
qu’elles auront à fournir en cas de nécessité. Dans
cet ordre d’idée, nombre de médecins s’accordent
actuellement pour dire que nous ne marchons plus
suffisamment, ce qui, au fil des générations, pourrait
aboutir à une atrophie progressive des membres
inférieurs de l’être humain. Il est normal que la
morphologie de l’homme subisse des transforma-
tions, car son corps doit s’adapter à l’environnement.
À cet égard, il ne fait aucun doute que sa force
musculaire diminuera avec le temps, car la techno-
logie le déchargera de plus en plus des tâches
éprouvantes. Cependant, nous ne devons pas tomber
dans le piège de la facilité et commettre l’erreur de
ne plus solliciter notre corps physique dans des
activités qui lui sont bénéfiques.
[...]
La prévention mentale
La prévention mentale des maladies concerne
naturellement le soin que nous devons accorder à
nos pensées. Étant donné qu’elles sont de nature
vibratoire et que notre corps l’est également, il
est facile de comprendre qu’elles ont un effet per-
manent sur lui. Si nos pensées sont positives, elles
génèrent en nous l’harmonie, condition première

52
L’enseignement des Rose-Croix

pour nous maintenir en bonne santé. En revanche,


si elles sont négatives, elles engendrent une discor-
dance intérieure qui, bien souvent, se traduit par une
maladie. Par «pensées positives», nous entendons
toutes les pensées qui véhiculent des sentiments
basés sur l’amour, l’amitié, la tolérance, le pardon,
la générosité, l’altruisme et, d’une manière générale,
sur toutes les vertus que l’homme peut et doit
manifester dans sa vie quotidienne. Par «pensées
négatives», nous entendons, non seulement les pen-
sées engendrées par l’envie, la jalousie, la colère,
la haine, la rancune, etc., mais également celles
qui correspondent à un sentiment permanent d’an-
goisse, de crainte et de pessimisme.
Désormais, l’influence que les pensées exercent
sur la santé doit vous sembler évidente, car ce fait
est couramment reconnu par les instances médica-
les. Cependant, il n’en a pas toujours été ainsi. En
effet, la médecine officielle a nié cette influence
pendant des siècles, considérant que l’origine de
tous les troubles se situait dans une anomalie
purement fonctionnelle ou organique. À cet égard,
il est curieux de constater qu’elle admet depuis
très longtemps qu’un “bon moral” est un atout
majeur pour obtenir la guérison des maladies gra-
ves. Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir reconnu
plus tôt qu’un “mauvais moral” pouvait être la cause
de certaines rechutes ou de la difficulté rencontrée
par certains patients pour guérir de leurs maux.
La réponse est simple : en acceptant cette vérité,
elle était dans l’obligation de reconnaître que les
pensées négatives comptaient parmi les causes
pathologiques, ce qui faisait intervenir un élément
subjectif et irrationnel dans une science qui se vou-
lait très rationaliste.

53
L’enseignement écrit

[...]
Il vous a déjà été expliqué que la cause majeure
de nombreuses maladies est due à un déséqui-
libre entre les deux polarités de la Force vitale. Or,
pour des raisons évidentes, toute mauvaise pensée
produit un tel déséquilibre, car elle s’oppose à
l’harmonie qui doit prévaloir dans l’ensemble de
nos organes et dans toutes les fonctions physi-
ques et psychiques de notre être. Lorsqu’une telle
opposition n’est que passagère, elle n’a aucun effet
négatif sur notre santé. En revanche, lorsqu’elle
est continuelle et volontairement entretenue, elle
finit par créer une condition de discorde qui, à plus
ou moins long terme, engendre des troubles physio-
logiques divers. En cela, il importe de comprendre
que ce ne sont pas les pensées négatives d’autrui
que nous devons redouter, car celles-ci n’ont d’autre
effet que celui qu’on leur prête, mais celles que
nous entretenons nous-mêmes. Ainsi, vous devez
accorder autant d’importance à votre hygiène men-
tale qu’à celle de votre corps physique. Tout indi-
vidu qui méconnaît cette vérité porte en lui les
germes de maladies diverses dont il risque de souf-
frir à quelque moment de son existence.
Dans la prochaine monographie, nous poursui-
vrons cette réflexion et nous intéresserons plus
particulièrement à la prévention psychique et spi-
rituelle des maladies...».

54
L’enseignement des Rose-Croix

Application pratique
Puisque cette monographie est consacrée à l’im-
portance que nous devons accorder à la nature de nos
pensées, il nous semble approprié de vous suggérer
d’analyser l’état mental dans lequel vous vous mainte-
nez habituellement. À cet effet, essayez de définir en
toute objectivité dans quelle mesure votre manière de
penser est saine. En un premier temps, considérez les
plus grandes faiblesses humaines et déterminez pour
vous-même s’il vous arrive fréquemment d’entretenir des
idées empreintes de jalousie, d’égoïsme, de rancune, de
méchanceté, de colère, etc. En tant que mystique, il est
peu probable que vous soyez sous la domination de
telles idées, mais un tel examen vous permettra de réflé-
chir sur l’origine et la nature de telles faiblesses.
En un deuxième temps, prenez le soin de déterminer
si vous avez tendance à être anxieux, angoissé, pessi-
miste, etc. Si tel est le cas, vous devez absolument
transmuter cette tendance et la remplacer progressive-
ment par une attitude optimiste, en particulier lorsque
les circonstances vous sont défavorables. Contraire-
ment à ce que l’on pourrait penser a priori, une telle
transmutation est tout à fait possible. Il suffit de faire
preuve de volonté et d’utiliser l’art de l’autosuggestion,
tel qu’il vous a été enseigné dans le deuxième degré.
Soyez convaincu que plus votre état mental sera posi-
tif, plus vous créerez en vous les conditions favorables
au maintien d’une bonne santé.
Le langage populaire exprime bien la mauvaise
influence que les pensées négatives exercent sur notre
corps. Ainsi, des expressions comme «se faire du mau-
vais sang», «se faire un sang d’encre», «se faire du sang
bleu», «se faire du mouron», «se faire des cheveux blancs»,
«se faire de la bile», «avoir les nerfs noués», «avoir la
peur au ventre», etc., traduisent d’une façon très ima-
gée les conséquences nuisibles de l’anxiété, des soucis,
de l’angoisse, du stress ou, d’une manière générale,
d’un comportement pessimiste. Il importe donc que
vous fassiez tout ce qui est en votre pouvoir pour vous
maintenir dans un état mental et émotionnel aussi
positif et optimiste que possible.

55
SEPTIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 1

À propos du corps psychique

«Si nous considérons que la connaissance, la


morale et la foi coïncident, alors nous comprenons
qu’être attentifs au but de la Création, porter notre
regard sur l’essence de notre âme, et nous intéresser
au bien-être des autres, se rejoignent».
Coménius (1592-1670)
Philosophe, père spirituel de l’U.N.E.S.C.O.

56
L’enseignement des Rose-Croix

À propos du corps psychique

[...]
«Après avoir considéré le corps physique de
l’homme et les fonctions principales que l’on trouve
à la base de son métabolisme, nous devons étudier
maintenant la dimension psychique de son être.
Dans le degré précédent, nous avons évoqué à plu-
sieurs reprises l’importance de cette dimension et
l’influence qu’elle exerce sur la santé, mais nous n’en
avons pas examiné la nature exacte. Par ailleurs,
nous n’avons pas abordé l’utilisation mystique de
certaines de ses propriétés. C’est précisément sur
ces deux points que portera une grande partie de
ce septième degré.
Tout d’abord, nous devons insister sur le fait
que les Rosicruciens ont toujours donné une signi-
fication précise au terme «psychique». Dans son
utilisation courante, il est souvent employé comme
synonyme du mot «psychologique». Ainsi, il est
fréquent d’entendre parler de troubles “psychi-
ques”. Un tel emploi résulte de l’origine étymologi-
que de ce terme. En effet, il est dérivé du grec
«psyché» qui veut dire «âme» et qui, au fil des siè-
cles, a pris le sens de «personnalité», pour aboutir
finalement à la notion de «psychologie». De nos
jours, les termes «psychiatre» et «psychologue»
perpétuent cette étymologie, car les individus qui

57
L’enseignement écrit

exercent ces professions sont spécialisés dans


l’étude de la psychologie humaine et se consacrent
à la guérison des maladies mentales. D’un point de
vue rosicrucien, le mot «psychique» ne désigne pas
l’âme elle-même, ni la structure mentale ou émo-
tionnelle de l’homme. Il se rapporte uniquement à
son corps psychique et à la forme de conscience qui
lui est propre.
Le corps psychique
D’une manière générale, l’homme est présenté
comme un être double dans les enseignements de
notre Ordre. Cependant, conformément à ce qui
vous a été expliqué au sujet de la loi du triangle,
l’union de deux conditions opposées et complé-
mentaires en produit toujours une troisième. Or,
vous avez appris dans le premier degré que le
corps physique de l’homme, en raison de sa nature
matérielle, doit son existence à une énergie à pré-
dominance négative. L’âme, de son côté, est une
énergie dont l’essence purement spirituelle est à
prédominance positive. À la naissance, ces deux
énergies fusionnent au moment où l’enfant prend
son premier souffle, et en génèrent une troisième
qui, en raison de sa nature intermédiaire, est quali-
fiée de «psychique» dans la Tradition rosicrucienne.
C’est précisément cette troisième énergie qui est à
l’origine du corps psychique. À ce propos, rappelez-
vous que les Égyptiens de l’Antiquité distinguaient
également trois corps en l’homme : le ba, le ka et le
khat.
Les explications précédentes vous permettent
de comprendre que le corps psychique de l’homme
est un corps intermédiaire entre son corps physique

58
L’enseignement des Rose-Croix

et son âme qui, dans certaines traditions et dans


quelques écrits très anciens de notre Ordre, est
appelée «corps spirituel». En tant que tel, il se pré-
sente comme la contrepartie psychique de notre
être physique. Ainsi, tout comme nous possédons
une tête, un tronc et des membres physiques, il
existe en nous une tête, un tronc et des membres
psychiques. De même, chacun de nos organes phy-
siques possède sa réplique psychique. Nous avons
donc un cerveau, un cœur, des poumons, des reins,
un estomac, un pancréas, un foie psychiques, etc.
Le même phénomène s’applique à toutes les cellu-
les de notre organisme. En fait, vous pouvez consi-
dérer que notre corps psychique est le double
immatériel de notre corps physique, ou si vous
préférez, que notre corps physique est le moule à
l’intérieur duquel notre corps psychique demeure
en permanence à l’état de veille.
L’une des caractéristiques du corps psychique
est l’inaltérabilité de sa forme. Cela signifie qu’à
partir du moment où il s’est constitué sous l’impul-
sion de l’âme, il n’est sujet à aucune modification
majeure. Certes, sa structure énergétique s’étend
au fur et à mesure que le corps physique grandit,
mais il conserve le même aspect général. En fait,
seule sa fréquence vibratoire peut changer sous
l’effet de causes internes ou externes. Conformé-
ment aux remarques précédentes, une personne
amputée d’un membre conserve toute sa vie la
contrepartie psychique de ce membre. C’est ce qui
explique pourquoi certains individus n’ayant plus
de bras ou de jambe ont parfois l’impression très
nette de toujours l’avoir, notamment lorsqu’ils se
trouvent dans un état subjectif, comme c’est le cas

59
L’enseignement écrit

au moment de s’endormir ou juste après s’être


réveillé. Dans le même ordre d’idée, il arrive fré-
quemment que des personnes ayant subi l’ablation
d’un organe continuent à le ressentir dans certai-
nes occasions. S’il en est ainsi, c’est parce que cette
ablation n’a pas fait disparaître la contrepartie
psychique de cet organe. Ce constat est en lui-
même la preuve que le corps physique n’est que le
moule matériel d’un corps beaucoup plus subtil.
Étant donné que le corps psychique est un
corps intermédiaire, son existence est plus longue
que celle du corps physique, mais plus brève que
celle de l’âme, celle-ci étant en fait immortelle et
éternelle. Cela signifie qu’après la mort, sa désinté-
gration progressive peut durer plusieurs dizaines
d’années. Dans les premiers mois de cette désin-
tégration, il se présente sous une forme éthérée
qui ne peut être perçue qu’au moyen de la vision
psychique, car sa fréquence vibratoire ne laisse
aucune impression sur la vue objective. Il est alors
dépourvu de mouvement, de vitalité et de cons-
cience. Autrement dit, il est totalement inerte. De
ce fait, il ne peut ni se déplacer, ni agir de lui-même,
ni penser, ni communiquer avec les vivants. Mal-
heureusement, certaines superstitions ont laissé
supposer que de telles choses étaient possibles, ce
qui a donné naissance à la croyance aux “spectres”,
aux “fantômes” et aux “revenants”, croyance qui ne
correspond pas à la réalité des lois et des principes
concernés. Dans le prochain degré, nous aurons
d’ailleurs l’occasion de revenir sur ce point lorsque
nous étudierons les étapes de la mort, que nous
préférons appeler «transition» dans nos enseigne-
ments.

60
L’enseignement des Rose-Croix

L’éveil psychique
À présent, nous souhaitons apporter une préci-
sion qui nous semble importante dans le cadre de
notre étude actuelle. En effet, il est probable que
vous ayez lu des ouvrages faisant mention du
«corps astral» de l’homme. Si tel est le cas, sachez
simplement qu’une telle référence correspond à
ce que la Tradition rosicrucienne désigne depuis
toujours sous le nom de «corps psychique». Bien
qu’il s’agisse avant tout d’une question de conven-
tion, nous pensons que la terminologie employée
dans nos enseignements convient mieux pour
qualifier la nature et les caractéristiques de ce
corps subtil, le qualificatif «astral» étant lié avant
tout aux phénomènes qui concernent les astres et
l’influence qu’ils exercent sur les êtres vivants.
Parfois, il est appelé également «corps éthérique».
Là encore, ce terme est quelque peu ambigu, car
cela laisse supposer que le corps psychique est lié
à l’Éther qui imprègne l’espace, ce qui n’est pas le
cas.
[...]
Pour clore notre étude de ce jour, nous vous
suggérons d’effectuer l’expérience qui consiste à
stimuler le corps psychique. À cet effet, procédez
comme cela vous a été expliqué dès le début de vos
études rosicruciennes. À l’usage, vous constaterez
que cette stimulation permet d’accroître votre vita-
lité, ce qui ne peut qu’être bénéfique à votre santé.
Outre cet effet particulier, elle sert également de
base à l’éveil des centres psychiques. Or, comme
nous le verrons dans la prochaine monographie,
ces centres jouent un rôle fondamental dans la

61
L’enseignement écrit

perception extra-sensorielle, c’est-à-dire dans la


perception des phénomènes qui ne laissent aucune
impression sur nos sens physiques, nous pensons
notamment à l’aura, sujet que nous traiterons éga-
lement dans ce septième degré».

62
L’enseignement des Rose-Croix

Application pratique

Ce schéma a simplement pour but d’illustrer ce


qui a été expliqué dans cette monographie, à
savoir que le corps psychique est une application
de la loi du triangle à l’homme lui-même. Autrement
dit, il résulte de l’union de deux énergies opposées
et complémentaires, en l’occurrence celles qui cor-
respondent respectivement au corps physique et à
l’âme. C’est précisément pour cette raison qu’il
constitue un corps intermédiaire entre les deux.

63
L’enseignement écrit

HUITIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 2

À propos de l’âme

«L’univers repose sur les lois de la Création, de telle


façon que les plans inférieurs dépendent des plans
médians, les plans médians dépendent des plans
supérieurs, et les plans supérieurs dépendent du
Suprême Souverain. Sur cette base, les sages pen-
sent qu’il n’est aucunement insensé de pouvoir nous
élever à travers chaque plan jusqu’au Créateur de
toutes choses, jusqu’à la Cause première».
Élias Ashmole (1617-1692)
Savant et philosophe

64
L’enseignement des Rose-Croix

À propos de l’âme

[...]
«D’après l’enseignement rosicrucien, l’âme
de tout être humain est une individualisation de
l’Âme universelle. Par conséquent, elle est une
émanation de la Divinité elle-même et en possède
les attributs et les caractéristiques. Autrement dit,
elle est immatérielle, immortelle et virtuellement
parfaite. En fait, nous pouvons considérer qu’elle
est l’expression de Dieu en l’homme. Elle est donc le
reflet de Son Omnipotence, de Son Omniprésence
et de Son Omniscience. Cette idée se retrouve
d’ailleurs dans toutes les traditions mystiques et
dans la plupart des grandes religions, car nom-
breux sont les Textes sacrés qui énoncent, sous
une forme presque identique, que «l’homme a été
fait à l’image de Dieu». Une telle ressemblance
s’applique naturellement à sa nature spirituelle et
non pas à son corps physique. Malheureusement,
l’interprétation religieuse de cette allégorie est sou-
vent littérale et dénature sa véritable signification
ésotérique. En outre, elle permet de comprendre
pourquoi tant de personnes ont une conception
anthropomorphique de la Divinité.
L’immatérialité de l’âme
Tous ceux qui admettent l’existence de l’âme
considèrent qu’elle est immatérielle, c’est-à-dire

65
L’enseignement écrit

invisible et intangible. Autrement dit, ils pensent


à juste titre qu’il est impossible de la voir ou de la
toucher. Cela dit, on peut la percevoir ou ressentir
sa présence dans certaines conditions et à certains
moments, notamment lors de son incarnation ou
juste après la transition. Lorsqu’elle est incarnée
en l’homme, elle se présente comme une énergie
très subtile qui imprègne toutes les cellules de son
être, à la manière dont l’air remplit toutes les
pièces d’une maison. Contrairement à ce qui est
enseigné dans les credo de nombreuses religions
ou dans les cours de certaines écoles philosophi-
ques, elle n’est donc pas localisée dans un organe
précis, tel le cœur ou le cerveau, ni dans un centre
psychique particulier, tel le plexus solaire ou la
glande pinéale. De telles croyances ne sont pas fon-
dées et résultent d’une mauvaise compréhension
de sa véritable nature. En tant qu’essence spi-
rituelle, elle anime l’ensemble de notre organisme,
au sens étymologique du verbe «animer», c’est-à-
dire au sens d’«insuffler la vie et la conscience». À ce
sujet, il est intéressant de noter que le mot «âme»
est associé aux termes «anitî», «anemos» et «anima»
qui, en sanscrit, en grec et en latin, signifient res-
pectivement «souffle», «vent» et «souffle vital».
L’expérience qui consiste à stimuler le corps
psychique permet de mettre en évidence l’omni-
présence de l’âme en l’homme. En effet, lorsque
l’on procède à cette expérience comme il convient,
la stimulation que l’on ressent juste après l’avoir
effectuée n’est pas limitée à un organe : elle est
générale et se manifeste avec la même intensité
dans tout notre corps physique. Or, pour les rai-
sons qui vous ont été expliquées dans le degré

66
L’enseignement des Rose-Croix

précédent, l’aspect spirituel de notre être occupe


en nous la même dimension que son aspect psy-
chique, car le second est la conséquence directe
du premier et n’existerait pas sans lui. De ce fait,
ces deux aspects sont intimement liés et vibrent
en harmonie dans chacune de nos cellules et, par
conséquent, dans l’ensemble de notre organisme.
Pour bien comprendre la dualité de l’homme, il ne
faut donc pas restreindre la nature de l’âme en la
limitant à une partie quelconque du corps physi-
que.
L’immortalité de l’âme
Lorsque l’on admet l’existence de l’âme et que
l’on reconnaît son origine divine, on ne peut douter
de son immortalité. En tant qu’énergie spirituelle,
elle est indestructible et ne peut subir aucune alté-
ration. Ainsi, contrairement à la matière, elle se
compose d’une essence qui la rend éternelle. À ce
sujet, il est important de comprendre que la momi-
fication, telle qu’elle était pratiquée en ancienne
Égypte, n’avait pas pour but de glorifier le corps
physique en essayant de l’immortaliser au moyen
de procédés qui consistaient à le dessécher et à
l’embaumer. Elle était plutôt destinée à prolonger
l’existence matérielle du défunt, en vue d’une éven-
tuelle résurrection ou pour que son âme conserve
dans l’au-delà les facultés physiques et mentales
qu’elle possédait lorsqu’elle était incarnée. Grâce à
ces facultés, elle était censée “marcher” dans le
royaume des morts et “voir” ce qui s’y passait. A
priori, une telle croyance peut sembler primitive,
mais elle témoigne de l’intérêt que les Égyptiens
accordaient à l’après-vie et montre à quel point ils

67
L’enseignement écrit

étaient convaincus de l’immortalité de l’âme. Cela


dit, les Initiés des Écoles de Mystères savaient par-
faitement qu’elle ne pouvait pas revivre dans le corps
de la momie, et que sa perception post-mortem
ne dépendait pas des impressions et des sensations
qu’elle éprouvait sur le plan terrestre.
Tout comme il est impossible de prouver que
l’âme est une essence immatérielle qui anime chaque
cellule de notre corps physique, on ne peut démon-
trer qu’elle est immortelle. Dans ce domaine, il
s’agit avant tout d’une question de conviction inté-
rieure et de foi, au sens le plus noble de ce terme.
Cependant, nul ne peut nier que l’homme est un
être conscient de lui-même et de son environne-
ment. Pourtant, la conscience est un phénomène
invisible et intangible. De plus, contrairement à
l’opinion des matérialistes, elle ne résulte pas
exclusivement de notre activité cérébrale, car le
cerveau n’est que le siège de nos facultés objec-
tives et subjectives, c’est-à-dire de notre perception
sensorielle et de nos processus mentaux. S’il est
détruit ou endommagé à la suite d’un accident ou
d’une maladie, nous sombrons dans un coma plus
ou moins profond et plus ou moins long, mais nous
continuons à vivre. S’il en est ainsi, c’est parce que
les fonctions vitales de notre organisme ne sont
pas sous son contrôle. Comme vous l’avez appris
dans les degrés précédents, elles dépendent du
subconscient, lequel est une manifestation spé-
cifique de la Conscience cosmique, telle qu’elle
s’exprime en chaque individu.
[...]

68
L’enseignement des Rose-Croix

La perfection de l’âme
Étant donné que l’âme humaine est une indivi-
dualisation de l’Âme universelle et que celle-ci est
une émanation de Dieu, elle est nécessairement
parfaite. Cela signifie qu’il est impossible de la
rendre plus vertueuse ou d’augmenter son poten-
tiel de sagesse. En effet, à l’image de sa source,
elle est pure, immuable et absolue. De ce fait, le
but de l’homme n’est pas de parfaire sa nature
divine, car cela supposerait qu’elle est perfectible.
Comme nous le verrons dans les prochaines mono-
graphies, sa mission consiste plutôt à prendre
conscience de sa dimension spirituelle et à l’expri-
mer pleinement dans ce qu’il pense, dit et fait.
Pour y parvenir, nous devons apprendre à com-
munier avec notre Moi intérieur et purifier notre
personnalité des imperfections qu’elle a accumu-
lées de vie en vie en raison d’une mauvaise appli-
cation de notre libre arbitre. En fait, c’est sur cette
purification progressive qu’est basée l’alchimie
spirituelle que nous avons le devoir de réaliser au
plus profond de nous-mêmes. Au terme de cette
alchimie, notre âme transparaîtra dans son plus
bel éclat et illuminera notre existence. Nous vivrons
alors en parfaite harmonie avec les plans les plus
élevés de la Conscience cosmique.
S’il est vrai que nous ne pouvons parfaire notre
nature divine, il nous est également impossible de
la souiller, de l’altérer ou de l’avilir. Ce point est
très important à retenir, car la plupart des religions
enseignent à leurs fidèles que l’homme corrompt
son âme chaque fois qu’il commet un “péché”,
c’est-à-dire chaque fois qu’il ne se comporte pas
conformément aux dogmes qu’elles ont établis

69
L’enseignement écrit

pour définir ce qui est bien et ce qui est mal dans


le comportement humain. Ainsi, elles considèrent
que le fait de mentir, de voler ou d’accomplir toute
autre action répréhensible, entache notre spiritua-
lité et nécessite une purification qui ne peut être
obtenue qu’après la mort et en séjournant un cer-
tain temps au “purgatoire”. Dans les cas extrêmes,
le “pécheur” est condamné à brûler en enfer pour
l’éternité, car ses fautes sont trop graves pour être
expiées. Il est évident que de tels dogmes ne cor-
respondent absolument pas à la réalité des lois
divines qui régissent l’évolution spirituelle de
l’homme. En fait, chaque fois que nous accomplis-
sons une action qui s’oppose au bien-être d’autrui
ou qui n’est pas conforme à la moralité la plus
élémentaire, nous mettons en mouvement la loi
karmique, qui exige tôt ou tard une compensation
de notre part. Nous verrons bientôt pourquoi et
comment».

70
L’enseignement des Rose-Croix

Application pratique
En application pratique de cette monographie,
nous vous proposons de méditer sur le contenu des cita-
tions suivantes, car elles témoignent de l’intérêt que
les plus grands philosophes ont toujours accordé à la
nature de l’âme.

«L’homme est composé d’un corps organique (la subs-


tance) et d’une âme (l’essence), qui est la réalité première
de tout corps organique capable de vie. Cependant, l’hom-
me n’est pas le seul organisme et chaque organisme a
une âme. Ce qui différencie l’homme des autres organis-
mes et le rapproche d’une essence surnaturelle, c’est la
conscience, et bien que la conscience ne soit que l’un des
pouvoirs de l’âme, elle est le seul des pouvoirs de l’homme
qui n’ait pas d’organe corporel : c’est le seul immortel, le
seul divin».

Aristote (384-322 avant J.-C.)

«Celui qui ne comprend pas comment l’âme contient


le Beau en elle-même, cherche à réaliser la beauté exté-
rieure par une œuvre laborieuse. Son but devrait être
plutôt d’épanouir son être intérieur et, au lieu de se
répandre dans le Multiple, de l’abandonner pour le Un
et de remonter le flot de la Divine Fontaine dont le cou-
rant s’écoule en lui. Vous ne pouvez saisir l’infini que
par une faculté supérieure à la raison, en entrant dans
un état où vous n’êtes plus désormais votre être fini, où
la Divine Essence vous est communiquée. C’est l’extase.
C’est la libération de votre conscience de sa conscience
finie».

Plotin (205-270)

«Si l’homme veut se livrer à un travail intérieur, il


doit concentrer tous ses pouvoirs en lui-même, dans un
coin de son âme, et il doit se dégager de toutes les ima-
ges et de toutes les formes extérieures. Il doit arriver à

71
L’enseignement écrit

l’oubli et à la non-connaissance. Il doit être dans la


quiétude et dans le silence, là où la Parole ineffable peut
être entendue, car lorsqu’un être n’a plus connaissance
de rien, l’âme se découvre et se révèle».

Maître Eckhart (1260 (?)-1327)

«La conscience humaine ne peut être de manière


absolue détruite avec le corps, car il reste d’elle une chose
qui est éternelle. Et cette chose appartient à l’essence de la
conscience, à l’âme ; elle est conçue par une certaine
nécessité éternelle, à partir de l’essence même de Dieu».

Baruch Spinoza (1632-1677)

«La naissance, la vie et la mort ne sont que des états


de l’âme... Par conséquent, seul notre corps est péris-
sable, l’essence de nous-mêmes ne l’étant pas et ayant dû
exister pendant toute la période où notre corps lui-même
n’existait pas. La vie de l’homme est double. Elle consiste,
en fait, en deux vies, l’une animale et l’autre spirituelle.
La première est la vie terrestre, et l’homme a besoin d’un
corps pour la vivre. L’autre est la vie divine ; son âme,
dans celle-ci, vit séparée du corps et continue à vivre
après avoir quitté celui-ci».

Emmanuel Kant (1724-1804)

72
L’enseignement des Rose-Croix

NEUVIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 12

À propos des miracles

«Tant que nous suivons nos seules fantaisies pour


bâtir notre conception du monde, nous cheminons à
tâtons sur le sentier de la vie, comme des aveugles.
Au contraire, si nous mettons nos pensées en ordre
et les confirmons par l’expérience, nous sommes sur
la bonne voie».
Thomas Vaughan (1622-1665)
Médecin et philosophe

73
L’enseignement écrit

À propos des miracles

«Le moment est maintenant venu d’étudier les


facultés qui entrent dans le cadre de l’Alchimie
spirituelle, telle que nous l’avons définie dans les
premières monographies de ce degré. Cependant,
pour que vous compreniez bien l’esprit dans lequel
vous devez aborder cette étude, il importe aupara-
vant de définir en quoi consistent ces facultés et de
les différencier de ce qui est couramment désigné
sous le nom de «miracles».
Dans certains ouvrages traitant d’ésotérisme,
d’occultisme et d’hermétisme, les Rosicruciens
sont définis comme des «thaumaturges», c’est-à-
dire comme des «faiseurs de miracles». En fait, une
telle définition ne convient pas pour désigner la
nature de leurs travaux, car le mot «miracle» est
généralement employé en relation avec une mani-
festation ou un phénomène considéré comme sur-
naturel. Or, les facultés que nous étudions dans
notre Ordre sont fondées sur l’application de lois
naturelles et sur la compréhension des effets pro-
duits par ces lois. Autrement dit, elles constituent
un aspect particulier de la Connaissance que les
Initiés du passé nous ont transmise. De ce fait, elles
ne peuvent être qualifiées de «miraculeuses», au
sens courant de ce terme. Certes, elles présentent
un caractère inhabituel et transcendant, notam-
ment pour les non-initiés. Cependant, elles n’ont

74
L’enseignement des Rose-Croix

aucun lien avec la thaumaturgie et ne doivent pas


être mythifiées. En ce sens, il n’est pas souhaitable
de laisser supposer que nous possédons des “pou-
voirs” magiques, théurgiques ou occultes, car une
telle attitude manque d’humilité et donne une mau-
vaise idée des buts poursuivis par l’enseignement
rosicrucien.
L’origine des miracles
Comme nous l’avons indiqué précédemment,
les miracles sont souvent attribués à des causes
surnaturelles. La question que l’on peut se poser
est donc de savoir si de telles causes existent ou non.
D’un point de vue rosicrucien, tous les phénomènes
inhérents au monde terrestre, qu’ils s’appliquent à
l’homme lui-même ou à son environnement, font
partie intégrante de la nature. En conséquence, ils
résultent nécessairement de lois naturelles, même
s’ils semblent avoir leur origine dans le surnatu-
rel. Penser le contraire reviendrait à admettre
l’existence de forces qui transcendent Dieu Lui-
même. Cela impliquerait qu’Il est incomplet ou
qu’Il est soumis à une dualité prenant sa source
hors de Lui. De toute évidence, une telle concep-
tion de la Divinité est erronée et s’oppose à ce que
nous vous avons enseigné à son sujet, car Elle est
Tout et contient Tout. Il ne peut donc y avoir de
manifestations indépendantes de Ses propres lois
ou extérieures à Sa Création.
En règle générale, la notion de miracle a une
connotation religieuse, car elle fait appel à la foi.
Ainsi, nombre de guérisons, d’apparitions et de
manifestations insolites, sont qualifiées de mira-
culeuses et sont attribuées à des anges, à des

75
L’enseignement écrit

saints ou à Dieu, considéré alors comme un Être


anthropomorphique intervenant directement dans
la destinée humaine, tel un Père veillant sur Ses
enfants. Pour des raisons que vous comprendrez
aisément, la plupart des religions ont intérêt à
encourager la croyance aux miracles et à les faire
connaître officiellement lorsqu’il est censé s’en être
produit un. En effet, ils constituent des preuves
apparentes de l’Immanence divine et incitent les
fidèles à suivre leur credo en toute confiance.
Sans vouloir polémiquer, l’inconvénient d’une telle
démarche réside dans le fait qu’elle est basée
essentiellement sur la crédulité naturelle de l’être
humain et sur sa tendance à croire en l’existence
du surnaturel. De plus, elle contribue à développer
une certaine crainte à l’égard des phénomènes que
nous ne comprenons pas en raison de leur carac-
tère étrange ou mystérieux.
À l’opposé de la religion, la science nie la réalité
des miracles. Cependant, cette attitude n’est pas
exempte d’arrière-pensées. En effet, si les savants
en admettaient l’existence, ils reconnaîtraient
implicitement que certains phénomènes échap-
pent à leur compréhension et à leur contrôle. Or, la
plupart d’entre eux manquent d’humilité dans ce
domaine et se comportent trop souvent comme
s’ils détenaient un savoir absolu. Par ailleurs, de
nombreux scientifiques considèrent que tout peut
être expliqué rationnellement, ce qui est inexact en
l’état actuel de leurs connaissances. Aussi, lorsqu’un
éventuel miracle est rendu public, ils s’empressent
généralement de le démystifier et de lui trouver
une explication discréditant l’intervention de toute
cause divine ou métaphysique. Pourtant, un grand

76
L’enseignement des Rose-Croix

nombre de mystères auxquels ils sont confrontés


transcendent leur champ d’expériences et ont leur
origine dans des lois naturelles ou universelles
qu’ils ignorent encore. Cela dit, nous ne pouvons
nier que de plus en plus de chercheurs évoluent
vers une conception spiritualiste de la vie.
C’est certainement dans le domaine des guéri-
sons que nous trouvons le plus grand nombre de
prétendus miracles... Indépendamment de celles
qu’on a attribuées en son temps à Jésus et à
d’autres Grands Initiés du passé, nous entendons
régulièrement parler de malades ayant guéri
miraculeusement après s’être rendus dans l’un
des hauts lieux d’une religion particulière, avoir
bu de l’eau bénite, avoir prié tel ou tel saint, avoir
touché une relique, etc. Pour les raisons que nous
avons expliquées précédemment, de telles guéri-
sons ne constituent pas des miracles. Autrement
dit, elles ne sont pas d’origine surnaturelle et ne
résultent pas de décrets divins arbitraires. En fait,
elles sont dues à la foi que ces malades ont placée
dans leur credo religieux et à la confiance qu’ils
ont accordée au Dieu de leur cœur. Grâce à cette
foi et à cette confiance, ils se sont mis eux-mêmes
dans un état physique, mental, émotionnel et spi-
rituel qui leur a permis de recevoir l’influx curatif
des lois cosmiques.
[...]
Le domaine des “apparitions” constitue égale-
ment une grande source de miracles. Ainsi, certains
Chrétiens prétendent avoir vu ou entendu Jésus,
la Vierge Marie ou tout autre personnage marquant
du Christianisme, notamment des saints. Il en est

77
L’enseignement écrit

de même dans les autres religions, où certains


fidèles affirment avoir parlé à Moïse, à Mahomet,
à Bouddha ou à l’un des disciples qui partagèrent
leur vie. Dans la plupart des cas, ces apparitions
ne correspondent à aucune réalité extérieure à
celui qui en fait état. Autrement dit, elles n’exis-
tent que dans la conscience de la personne
concernée et résultent, soit d’une hallucination,
soit d’une intense autosuggestion. Cela dit, certaines
d’entre elles ne sont ni illusoires ni imaginaires. Il
faut alors les considérer comme d’authentiques
expériences mystiques, fondées sur une harmoni-
sation spirituelle entre le sujet et l’entité ainsi
contactée. En outre, il est évident qu’un tel contact,
aussi bref soit-il, ne peut être établi que sur un
plan de conscience relativement élevé. Nous aurons
d’ailleurs l’occasion de revenir sur ce point…
L’interprétation des miracles
Parmi les miracles évoqués dans les Écrits
sacrés des diverses religions, certains correspon-
dent effectivement à l’accomplissement de lois
mystiques inhabituelles et incompréhensibles pour
le commun des mortels. En revanche, d’autres ne
sont probablement que des allégories ayant pour
but de symboliser des principes ésotériques qu’il
nous appartient de découvrir. Pour ne considérer
que deux exemples particulièrement connus, rien ne
permet d’affirmer que Moïse et le peuple hébreu
ont réellement traversé la mer Rouge pour fuir
l’armée de Ramsès II. En fait, il est probable que
cet épisode de l’Exode ne soit qu’une allégorie,
d’autant plus que les archives de notre Ordre nous
apprennent qu’il ne s’est pas produit sous le règne
de ce pharaon, mais sous celui d’Akhenaton. De

78
L’enseignement des Rose-Croix

même, la «multiplication des pains», telle qu’elle


est décrite dans les Évangiles, ne se rapporte pas
nécessairement à un événement authentique de la
vie de Jésus. Ainsi, il est possible que ce récit soit
purement symbolique. Dans ce cas, c’est unique-
ment en méditant sur son contenu que nous pou-
vons en percer le mystère.
Ainsi, les miracles correspondent à des phéno-
mènes que l’homme, en raison de son ignorance du
moment ou de son manque de spiritualité, est
incapable de comprendre et de maîtriser. Dans
tous les cas, ils sont dus à l’action de lois naturel-
les, universelles ou spirituelles. Nombre de ces lois
ont été portées à votre connaissance depuis que
vous avez franchi les Portails de notre Ordre.
Dans ce neuvième degré, d’autres vont vous être
enseignées sous forme de facultés transcendantales,
parmi lesquelles la vibroturgie, thème de notre
prochaine monographie».
[...]

79
L’enseignement écrit

Application pratique
Au cours des prochains mois, nous allons porter à
votre connaissance des techniques destinées à éveiller
certaines facultés transcendantales inhérentes à tout
être humain (vibroturgie, télékinésie, radiesthésie, télé-
pathie, etc.). Cela dit, il nous semble important d’insis-
ter d’ores et déjà sur le fait que leur développement ne
constitue pas le fondement de la quête rosicrucienne.
Autrement dit, il n’est pas un but en soi. Par ailleurs,
ces facultés sont relativement difficiles à acquérir, et
leur maîtrise nécessite beaucoup de patience et de per-
sévérance. Si vous n’obtenez pas le succès escompté
dans ce domaine, vous ne devrez donc pas vous décou-
rager et encore moins penser que vous n’êtes pas un
“bon” Rosicrucien.

En dernière analyse, ce qui fait la valeur d’un


mystique, ce ne sont pas les facultés transcendantales
qu’il a pu développer, mais les vertus qu’il manifeste
dans la vie quotidienne, au contact de ses frères
humains. Autrement dit, c’est son aptitude à être tolé-
rant, modeste, généreux, non-violent, etc., car tel est le
but fondamental de notre évolution spirituelle. Si
l’éveil de certaines facultés transcendantales est ensei-
gné dans l’A.M.O.R.C., c’est parce que les Rose-Croix se
sont toujours intéressés à ces facultés. Cela dit, et au
risque de vous surprendre, le plus important n’est pas
de les maîtriser, mais de comprendre les lois et les
principes qui les rendent possibles.

80
L’enseignement des Rose-Croix

DIXIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 23

À propos de Jésus

«Même si le chemin conduisant à l’âme semble très


difficile, encore peut-il être trouvé. Et s’il est par-
fois difficile à trouver, c’est parce qu’il est trop peu
cherché… En cela, tout ce qui est noble est aussi
difficile que rare».
Baruch Spinoza (1632-1677)
Philosophe

81
L’enseignement écrit

À propos de Jésus

«Dans la monographie précédente, nous avons


considéré l’enfance de Jésus et la période au cours
de laquelle il fut préparé à sa mission future,
jusqu’à son initiation ultime dans la pyramide de
Chéops, en Égypte. Nous allons donc poursuivre
cette étude et voir aujourd’hui les tout débuts de
son ministère public.
Tandis que Jésus se trouvait encore en Égypte,
un autre Essénien de renom œuvrait pour lui en
Israël. Il s’agissait de Jean, fils de Zacharie et
d’Élisabeth, cousine de Marie. Tous deux apparte-
naient également à la Fraternité essénienne. Jean,
présenté dans la Bible comme un prophète, savait
que le Messie était sur le point de commencer son
ministère public en Israël, et avait été missionné
pour préparer sa venue. Sachant cela, il s’employa
à prêcher le repentir parmi la population, exhor-
tant chacun à se purifier de ses péchés. Au cours
de ses prêches, il dénonça également la corruption,
non seulement des autorités romaines, mais égale-
ment de la plupart des prêtres juifs, qu’ils soient
sadducéens ou pharisiens. Il est évident qu’une
telle position lui valut le ressentiment des uns et
des autres, à tel point qu’il serait mort décapité
sur ordre d’Hérode Antipas, à la demande de la
princesse Salomé.

82
L’enseignement des Rose-Croix

Le baptême de Jésus
Pour préparer les repentants à accueillir le
Christ et à écouter son enseignement, Jean utilisait
le baptême, tel que les Esséniens le pratiquaient
entre eux depuis des siècles. À cet effet, il deman-
dait à chaque candidat de s’agenouiller dans l’eau
et de s’immerger totalement durant quelques ins-
tants en se faisant la promesse solennelle de devenir
meilleur en pensée, en parole et en action. Au sor-
tir de cette immersion, le baptisé était considéré
comme étant purifié de ses erreurs passées et prêt
à recevoir la Parole de Dieu. Durant les mois qui
précédèrent la venue de Jésus, Jean, appelé «Jean
le Baptiste» dans la Bible, baptisa des milliers de
personnes, la plupart étant de confession juive.
Comme vous le savez certainement, c’est sur les
rives du Jourdain, qui coule au bord du désert du
Néguev, qu’il procéda à ces baptêmes, précisant à
ceux qui venaient à lui qu’il les baptisait par l’eau,
mais que le Messie à venir les baptiserait par le
feu.
[...]

Selon l’Évangile, une colombe descendit du ciel


au moment où Jésus fut baptisé et demeura au-
dessus de lui. A priori, nous pourrions penser qu’il
s’agit là d’une allégorie n’ayant aucun fondement
dans la réalité. Pourtant, nombre de textes confir-
ment que cet événement extraordinaire se produisit
vraiment. En voyant cette colombe, venue comme
par “miracle” du ciel, les personnes présentes eurent
la confirmation que Jésus était l’Envoyé de Dieu
dont Jean avait annoncé la venue. D’un point de
vue rosicrucien, cet événement marqua le début de

83
L’enseignement écrit

sa mission parmi les hommes. En se soumettant au


baptême après avoir reçu en Égypte l’initiation
ultime qui fit de lui le Messie, il montra sa volonté
de mettre au service de l’humanité l’influx spirituel
qui lui fut transmis au cours de cette initiation.
Autrement dit, il exprima son désir de manifester
sur le plan humain le Pouvoir divin qui lui fut
conféré durant la cérémonie qui eut lieu dans la
pyramide de Chéops. À partir de cet instant, il était
engagé corps et âme dans sa mission de Rédemp-
teur.
L’appel des disciples
Dans les jours qui suivirent son baptême dans
le Jourdain, Jésus se rendit sur les bords du lac de
Tibériade, connu également sous le nom de «mer
de Galilée». C’est là qu’il appela à lui ses premiers
disciples, à savoir André, Pierre, Jean et son frère
Jacques. Puis ce furent Philippe, Simon, Thomas,
Barthélémy, Matthieu, Jacques (fils d’Alphée), Jude
et Judas qui les rejoignirent, portant leur nombre
à douze, nombre éminemment symbolique. Il est
intéressant de noter qu’ils exerçaient alors des
métiers très différents, tels pêcheur, charpentier,
collecteur d’impôts, traducteur, cultivateur, etc., ce
qui leur permit par la suite de s’introduire dans
tous les milieux de la population. Précisons égale-
ment qu’ils ne furent considérés comme apôtres
qu’à partir du moment où Jésus les envoya répan-
dre son message de par le monde et œuvrer en son
nom, c’est-à-dire après sa “résurrection”, événement
sur lequel nous reviendrons dans les prochaines
monographies.
[...]

84
L’enseignement des Rose-Croix

Jésus se consacra à prêcher pendant près de


trois ans, multipliant les prêches et les sermons à
l’intention des foules. Parallèlement, il initia les
douze apôtres aux grands Mystères et les prépara
à leur futur apostolat. À cet égard, il importe de
préciser qu’ils ne furent pas choisis au hasard.
Chacun d’eux était prédestiné à rencontrer le Maître
et à le servir. Cela suppose qu’ils étaient tous des
Initiés virtuels et faisaient partie intégrante de la
mission du Christ. Cette remarque s’applique éga-
lement à Judas, que l’on considère à tort comme
un traître. Certes, c’est lui qui fut à l’origine de
l’arrestation de Jésus, mais son intention n’était
pas de le trahir. C’est d’ailleurs pour cette raison
qu’il se pendit lorsqu’il prit conscience des consé-
quences de son acte. D’un point de vue mystique,
nous pouvons considérer qu’il fut l’un des plus
grands disciples du Maître, car sa mission fut par-
ticulièrement ingrate au regard de l’amour réel
qu’il éprouvait à l’égard de Jésus. Notons que le
Maître savait qu’il serait “trahi” par lui : «Ce que
tu as à faire, fais-le vite» (Jean 12,27). À sa mort,
Judas fut remplacé par Matthias.
Les Esséniens
Dans la plupart des récits consacrés à la vie de
Jésus et de ses disciples, on les présente comme
des êtres menant une existence ascétique, dormant
à la belle étoile et mangeant ce qu’ils trouvaient en
chemin. Certes, ils vécurent d’une manière très
simple, mais ils n’en étaient pas moins organisés,
ne serait-ce que parce que leur temps était pré-
cieux et que la mission de Jésus était planifiée. En
fait, chaque journée était dûment préparée et com-
portait toujours des objectifs déterminés. Pour ce

85
L’enseignement écrit

qui concerne leur façon de vivre, rappelez-vous que


les Esséniens possédaient des grottes d’accueil
dans tout le pays. Le plus souvent, c’est dans ces
grottes que Jésus et ses disciples se rendaient pour
prendre leurs repas, se reposer et dormir. C’est là
aussi que le Maître aimait leur enseigner, à l’abri
des indiscrets et en parfaite sécurité.
Les remarques précédentes nous conduisent à
préciser un point important. En effet, Jésus ne se
limita pas à initier ses douze apôtres à la science
des Mystères. Comme en témoignent certains textes
apocryphes, le cercle de ses élèves était beaucoup
plus étendu. Selon nos sources rosicruciennes, il
comprenait 120 membres, parmi lesquels se trou-
vaient des femmes. La plupart d’entre eux appar-
tenaient à la Fraternité essénienne et vivaient en
Israël, mais certains étaient venus d’autres pays
pour recevoir l’enseignement du Christ. Lorsque
celui-ci mit fin à son ministère public, ce cercle fut
divisé en 12 groupes de 10, chacun de ces groupes
étant placé sous l’autorité de l’un des douze apôtres.
C’est ce qui explique pourquoi le Nouvel Évangile
a pu se répandre aussi rapidement à travers le
monde. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de reve-
nir sur ce point.
Comme vous le savez certainement, Jésus par-
tagea un dernier repas avec ses douze apôtres, la
veille au soir de son arrestation (la Cène). Selon les
Évangiles, il leur offrit alors du pain et du vin, que
l’Église chrétienne assimila plus tard au corps du
Christ et au sang qu’il versa pour la rédemption de
l’humanité, fondement de l’eucharistie pratiquée
régulièrement par les Chrétiens. Indépendam-
ment de cette interprétation que chacun est libre

86
L’enseignement des Rose-Croix

d’accepter, il nous semble important de rappeler


que dans les Écoles de Mystères de l’Antiquité, le
pain symbolisait les Mystères mineurs et le vin les
Mystères majeurs. Rapporté à la vie de Jésus, ce
symbolisme signifie qu’il initia ses disciples les
plus proches aux Mystères majeurs, c’est-à-dire
aux doctrines les plus mystiques, et qu’il sensibi-
lisa les foules aux Mystères mineurs, c’est-à-dire
aux doctrines que le commun des mortels était
capable de comprendre. Vue sous cet angle, la Cène
représente donc la double nature de l’enseigne-
ment transmis par le Christ : ésotérique (le vin) et
exotérique (le pain).
Dans la prochaine monographie, nous aborde-
rons l’un des événements les plus marquants de la
vie de Jésus : sa crucifixion. Comme nous le ver-
rons, ce que la Tradition rosicrucienne rapporte à
ce sujet diffère de ce qui en est dit par l’Église
chrétienne. Cela étant, chacun reste libre de ses
idées et de ses croyances dans ce domaine, d’autant
plus que l’A.M.O.R.C. n’est pas dogmatique. Ajou-
tons qu’il est respectueux de toutes les religions et
n’est incompatible avec aucune d’elles».

87
L’enseignement écrit

Application pratique
S’il est vrai que la plupart des prêtres juifs étaient
opposés à Jésus et voyaient en lui une menace pour
leur autorité et leur pouvoir, certains d’entre eux l’esti-
maient et suivaient en secret son enseignement. Parmi
eux, citons notamment Joseph d’Arimathie, qui jouera
un rôle important au moment de la crucifixion, mais
également Nicodème, Mathaël et Philopolde. Comme
nous le verrons dans la prochaine monographie, ils
allèrent même jusqu’à le défendre lors de son procès
face au Sanhédrin, risquant par là même d’être exclus
de ce Conseil et de perdre leur place au sein de la
prêtrise.

Il faut savoir également que Jésus avait beaucoup


d’amis dans le peuple. En fait, la majorité des Juifs
l’appréciaient et voyaient en lui, sinon le Messie, du
moins un prophète hors du commun. Sa popularité
était fondée sur trois raisons principales : En premier
lieu, il avait guéri un grand nombre de malades. En
second lieu, il était très proche des pauvres. En
troisième lieu, son enseignement était plein d’espé-
rance et ne remettait pas en cause les fondements du
Judaïsme. À ce sujet, rappelez-vous qu’il déclara : «Je
ne suis pas venu pour abolir la loi des prophètes, mais
pour l’accomplir».

Contrairement à ce que l’on a prétendu, le peuple


juif ne fut donc pas à l’origine de la crucifixion de
Jésus. Il s’agit là d’une contrevérité “historique” qui eut
malheureusement des conséquences dramatiques dans
les siècles qui suivirent, et jusqu’à nos jours encore. En
tant que Rosicrucien, et quelle que soit votre religion si
vous en suivez une, il est de votre devoir de ne pas
cautionner une telle contrevérité, mais au contraire
d’œuvrer au rapprochement des religions et des peuples
en général.

88
L’enseignement des Rose-Croix

ONZIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 54

À propos des Templiers

«Cet arrangement aussi extraordinaire du Soleil,


des planètes et des comètes n’a pu avoir pour source
que le dessein d’un Être intelligent et puissant, qui
gouverne tout et que l’on pourrait appeler “Gouverneur
universel”».
Isaac Newton (1642-1727)
Savant et philosophe

89
L’enseignement écrit

À propos des Templiers

«Parmi toutes les accusations portées contre


les Templiers, l’une d’entre elles était en partie
exacte, à savoir qu’ils tenaient régulièrement des
cérémonies secrètes. Cela suppose que l’Ordre du
Temple avait une dimension ésotérique inconnue
de l’Église catholique et de la population. Tel est le
point sur lequel nous souhaitons attirer votre atten-
tion dans cette monographie et les suivantes.
[...]
L’ésotérisme templier
En quoi consistait l’ésotérisme des Templiers ?
Telle est la question à laquelle nous vous propo-
sons de répondre aujourd’hui. Comme nous l’avons
déjà précisé, l’Ordre comptait des Initiés qui se
consacraient à l’étude du Gnosticisme chrétien,
c’est-à-dire à l’étude du Christianisme primitif.
Contrairement aux membres de base et à l’ensem-
ble des Croisés, ces Initiés templiers n’adhéraient
pas aveuglément aux dogmes établis par l’Église,
que ce soit sur le plan doctrinal ou liturgique. Cela
dit, ils n’avaient pas d’autre choix que de laisser
supposer qu’ils s’y conformaient, car telle était
la condition pour qu’ils puissent conserver leur
statut de Templier et bénéficier des nombreuses
prérogatives qui en résultaient. De même, ceux qui

90
L’enseignement des Rose-Croix

n’appartenaient pas au Cercle intérieur étaient main-


tenus dans l’ignorance de son existence et de ses
activités, afin d’éviter tout problème.
[...]
Puisque les Initiés templiers s’apparentaient à
des Gnostiques chrétiens, ils étudiaient les doctri-
nes propres à l’ésotérisme chrétien. Autrement dit,
ils concevaient Dieu comme une Intelligence uni-
verselle et l’âme humaine comme une extension de
la Divinité. Convaincus que «chacun récolte ce qu’il
sème», ils souscrivaient au karma et savaient que
l’homme évolue vers l’état Christique, c’est-à-dire
vers l’état de Perfection, que nous appelons «état
Rose-Croix» dans nos enseignements. Comme les
premiers Chrétiens, ils admettaient la réincarna-
tion et ne croyaient donc ni au paradis, ni à l’enfer.
Quant au diable, il était pour eux la personnifica-
tion du mal commis par les hommes eux-mêmes, et
non pas une entité maléfique ayant une existence
réelle. Pour ce qui est de Jésus, ils ne voyaient pas
en lui le Fils unique de Dieu, mais un Maître hors
du commun ayant réalisé la rédemption de l’hu-
manité. Peut-être même que certains d’entre eux
avaient la conviction qu’il n’était pas mort sur la
croix...
Les Templiers du Cercle intérieur ne se limitaient
pas à étudier le Gnosticisme chrétien. Ils s’inté-
ressaient également à la Kabbale et accordaient
une grande importance à la science des nombres.
À ce sujet, il faut savoir que la plupart des chapel-
les de leurs Commanderies avaient une forme
octogonale, car le nombre 8 était pour eux le sym-
bole de l’harmonie entre les mondes matériel et

91
L’enseignement écrit

spirituel. Par ailleurs, ils vouaient un intérêt parti-


culier au nombre 11, dans lequel ils voyaient l’union
de Dieu (1) avec l’homme (1), du Maître (1) avec le
disciple (1), du Chevalier céleste (1) avec le cheva-
lier terrestre (1), du Graal (1) avec l’adepte (1).
Mais leur nombre de prédilection était le 3, qu’ils
considéraient comme le nombre de l’Initiation et
auquel ils associaient le 9 (32), nombre de l’accom-
plissement mystique, c’est-à-dire de l’Illumination.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Ordre du
Temple fut fondé par 9 Chevaliers…
[...]
L’importance que les Initiés templiers accor-
daient au nombre 3 était telle qu’ils avaient créé
un alphabet secret fondé sur une croix formée à
partir d’une combinaison de triangles. Cette croix,
qui figurait sur les armoiries de l’Ordre et que les
dignitaires portaient en pendentif au cours des
rituels, incluait en son centre une croix pattée
comportant deux points. Il est important de préci-
ser que cette croix, bien qu’étant plutôt de nature
exotérique, véhiculait néanmoins un certain sym-
bolisme ésotérique. Tout d’abord, nous retrouvons
le nombre 3 (chaque triangle de base), le nombre 8
(les 8 sommets) et le nombre 11 (les deux points
opposés dans le pendentif). Ensuite, elle recouvre
la symbolique propre à toute croix : représenta-
tion des 4 points cardinaux, des 4 éléments, des 4
vertus cardinales (courage, justice, prudence, tem-
pérance), des mondes matériel (axe horizontal) et
spirituel (axe vertical), etc. À ce symbolisme cou-
rant vient s’ajouter le fait que pour les Initiés
templiers, la croix pattée symbolisait également la
Chevalerie céleste et le Christ solaire, c’est-à-dire

92
L’enseignement des Rose-Croix

le «Ieschouah» des Martinistes. Par extension, elle


représentait pour eux l’Évolution universelle, à
l’image de la svastika, qui suggère un mouvement
de rotation.
Nous savons aussi que les Templiers du Cercle
intérieur s’intéressaient à l’alchimie. Pour s’en
convaincre, il suffit de mentionner les noms qu’ils
donnèrent à certaines Commanderies : «Le Château
de la Terre rouge», «Le Château de la Fève», «Le
Château de l’Œuf», «Le Château de Sel»... Par ail-
leurs, deux coffres ornés de symboles alchimiques
furent découverts à la fin du XIXe siècle dans deux
sites templiers situés respectivement à Essarois
(en France) et à Volterra (en Italie). Dans le même
ordre d’idée, sachez que le mystérieux Baphomet
n’était en aucun cas une représentation du diable,
comme l’Église l’a prétendu. Il s’agissait en fait
d’une statue représentant un personnage andro-
gyne, à la fois barbu et mamelu, portant une cou-
ronne d’or à 7 pointes, tenant dans la main droite
un sceptre en forme de lune, et un autre en forme
de soleil dans la main gauche. Le caractère alchi-
mique de ce symbole est évident. Précisons qu’il
n’était utilisé que par les Initiés de l’Ordre, ce qui
explique pourquoi les informations données à son
sujet lors des interrogatoires furent aussi contra-
dictoires.
L’Ordre des Assacins
Par qui les Templiers furent-ils initiés à l’al-
chimie ? Comme nous l’avons indiqué dans l’une
des monographies consacrées à l’Art royal, ce fut
par les Assacins. Contrairement à ce qui a été écrit
à leur sujet par certains historiens, il ne s’agissait

93
L’enseignement écrit

en aucun cas de Musulmans fanatiques et cruels.


Précisons également que le mot «Assacins» (et non
pas «Assassins») ne provient pas du terme «Has-
chischins» (Fumeurs de hachich), comme on l’a
prétendu, mais de «`Assaça», qui signifie «qui gar-
dent». Autrement dit, ils étaient les «Gardiens» de
la Lumière islamique. Pour être plus précis, ils
étaient les héritiers de l’ésotérisme ismaëlien,
c’est-à-dire les perpétuateurs des enseignements
transmis par Ismaël, deuxième fils d’Abraham. En
tant que tels, ils étaient profondément mystiques
et avaient une grande connaissance des Mystères.
Selon nos sources, l’Ordre des Assacins fut
fondé à la fin du XIe siècle par Hassan ben Sabbah,
qui avait consacré une grande partie de sa vie à
étudier le Soufisme. Lorsque les Croisés envahi-
rent la Palestine et semèrent la terreur parmi les
Musulmans, il décida de prendre les armes pour
les protéger, tout comme les Templiers l’avaient
fait en faveur des Chrétiens. C’est ainsi que ces
deux organisations à vocation mystique prirent
une connotation militaire et s’affrontèrent régu-
lièrement. Mais au-delà des combats qui les oppo-
sèrent, elles se vouèrent un profond respect et
nouèrent des relations qui se traduisirent finale-
ment par des échanges de nature culturelle et
spirituelle.
En dernière analyse, l’Ordre des Templiers et
l’Ordre des Assacins avaient de nombreux points
communs, tant au niveau de leur structure que de
leurs idéaux. À titre d’exemple, le Grand Maître,
les Chevaliers, les Écuyers et les Frères du Temple
correspondaient respectivement au Sheik el Djebal
(le “Vieux de la Montagne”), aux Fedavi, aux Refik

94
L’enseignement des Rose-Croix

et aux Lassik. Par ailleurs, les Assacins portaient


comme tenue une robe blanche et une ceinture
rouge, couleur de la croix pattée. Ils possédaient
des forteresses dans de nombreux pays d’Orient,
ainsi que des Domaines comparables aux Com-
manderies. De même, les Assacins regroupaient
tous les corps de métiers, ce qui leur permettait de
vivre en autarcie. Enfin, ils possédaient également
un Cercle intérieur regroupant des Initiés. Ces
analogies troublantes ont d’ailleurs fait dire à cer-
tains auteurs que Hugues de Payns s’était inspiré
de l’Ordre des Assacins pour fonder l’Ordre des
Templiers, ce qui ne fut pas le cas.
Si l’on ne peut nier que les Assacins étaient
avant tout des adeptes du Soufisme ismaëlien,
les Initiés de cet Ordre s’intéressaient également à
l’ésotérisme des autres religions pratiquées en
Palestine, en l’occurrence le Judaïsme et le Chris-
tianisme. À cet égard, ils ne niaient ni l’existence
de Moïse, ni celle de Jésus, étant entendu que tous
ne prêtaient pas à ce dernier le rôle de rédemption
que lui attribuent les Chrétiens. Quoi qu’il en soit,
tout comme les Templiers, ils étaient animés par
une grande tolérance religieuse et ne défendaient
pas uniquement les intérêts de l’Islam. Il ne fait
d’ailleurs aucun doute que les Initiés de ces deux
organisations appartenaient conjointement à l’Ordre
des Illuminati, dont nous avons déjà parlé. D’après
nos sources, l’Ordre des Assacins prit fin au milieu
du XIVe siècle, lorsque son Grand Maître fut assas-
siné par un fanatique musulman qui lui reprochait
précisément de ne pas faire du Coran le seul guide
de sa foi».

95
L’enseignement écrit

Application pratique
Dans cette monographie, nous avons précisé que
pour les Initiés templiers, la croix pattée symbolisait
également la Chevalerie céleste et le Christ solaire, le
«Ieschouah» des Martinistes. À ce propos, nous vous
rappelons que l’A.M.O.R.C. parraine depuis toujours
l’Ordre Martiniste Traditionnel, dont l’origine histo-
rique remonte à Louis-Claude de Saint-Martin, grand
philosophe français du XVIIIe siècle. Celui-ci fut le dis-
ciple de Martinès de Pasqually, qui fonda à son époque
l’Ordre des Élus-Cohen, dont le plus haut degré était
celui de «Réau-Croix». Il fut également l’auteur d’un livret
intitulé «Traité sur la Réintégration des êtres».

À la mort de Pasqually, Saint-Martin continua à


perpétuer l’enseignement de son Maître, en lui retirant
néanmoins l’aspect théurgique que celui-ci lui avait
donné. Tel qu’il se présente de nos jours, nous pouvons
dire que le Martinisme a pour but d’étudier l’ésoté-
risme judéo-chrétien, tel que l’ont compris et transmis
Martinès de Pasqually et Louis-Claude de Saint-
Martin, mais également Jean-Baptiste Willermoz,
Papus, Victor-Émile Michelet, Augustin Chaboseau,
François Jollivet Castelot, et autres grands noms du
Martinisme.

Parmi les sujets traités dans l’enseignement marti-


niste, nous pouvons citer notamment :

— les origines de la Création,


— l’Adam Kadmon,
— la Chute de l’Homme,
— le temple de Salomon,
— la Sophia,
— la science des Nombres,
— la Kabbale,
— l’Ancien et le Nouveau Testament,
— les Évangiles apocryphes,
— le Livre de l’Homme,
— le Livre de la Nature,
— la mission du Christ,
— les cycles de l’humanité,

96
L’enseignement des Rose-Croix

— la symbolique céleste,
— l’alchimie des rêves,
— etc.

Le Martinisme est donc une voie intéressante pour


quiconque s’intéresse à l’enseignement ésotérique sous-
jacent au Judaïsme et au Christianisme.

97
L’enseignement écrit

DOUZIÈME DEGRÉ

MONOGRAPHIE N° 21

À propos de l’évolution

«Avancer vers la Perfection, voilà le vrai bien. Et le


vrai bien, c’est le but de notre destinée. Être vertueux,
c’est aspirer à une ressemblance avec la Divinité ;
c’est se rapprocher de la vocation de l’homme ; c’est
avancer vers l’unité de la créature et du Créateur».
Karl von Eckhartshausen (1752-1803)
Philosophe

98
L’enseignement des Rose-Croix

À propos de l’évolution

«Qu’est-ce que l’évolution ? Est-ce une loi


naturelle ? Est-ce une nécessité cosmique ? Si l’on
en croit la définition courante donnée à ce terme,
elle est «une transformation graduelle assez lente,
ou formée de changements successifs insensibles».
Pour les évolutionnistes, elle est «la transforma-
tion progressive d’une espèce vivante, aboutissant à
la constitution d’une nouvelle espèce».
Dans la nature, les animaux se laissent guider
par l’instinct, qui est l’expression naturelle de la
Conscience cosmique en eux. En fait, c’est cet ins-
tinct qui les pousse à rechercher leur nourriture, à
se reproduire, à prendre soin de leur progéniture,
à fuir devant les prédateurs, etc. C’est aussi cette
“conscience non consciente d’elle-même” qui les
incite à se regrouper pour se protéger mutuelle-
ment et augmenter leurs chances de survie. À cela
s’ajoute le fait qu’ils évoluent sous l’impulsion
d’une âme collective qui leur est propre, et c’est
cette forme d’évolution collective qui préside aux
destinées des différentes espèces animales, depuis
les plus primitives jusqu’aux plus avancées.
D’un point de vue purement physiologique,
l’être humain est lui aussi un animal. En effet, son
corps est constitué des éléments physico-chimiques
que l’on trouve chez les animaux les plus évolués. En

99
L’enseignement écrit

cela, il n’est pas fondamentalement différent du


corps des mammifères supérieurs, notamment de
celui des grands singes. On peut donc considérer
que l’homme est en partie gouverné par ses ins-
tincts. Mais l’ontologie rosicrucienne enseigne éga-
lement qu’il est «une âme vivante». Autrement dit,
il possède une âme individuelle qui anime son
corps, et c’est elle qui lui permet d’avoir conscience
de sa propre existence. Cela dit, ce statut particu-
lier n’est pas en opposition avec l’évolution collec-
tive du monde animal. Il en est le prolongement
naturel, car tous les règnes de la nature servent de
véhicule à l’Âme universelle.
L’ego
Au cours de son évolution, la conscience s’indi-
vidualise jusqu’à l’apparition d’un ego plus ou
moins manifesté. On peut donc supposer que les
animaux supérieurs qui vivent au contact direct de
l’homme, tels les chiens et les chats par exemple,
se sont détachés de l’âme collective de leur espèce
et possèdent une âme animale individuelle. Cette
présomption d’un ego individualisé chez de tels ani-
maux devient une certitude chez les êtres humains,
ce qui explique que nous ayons la capacité de réflé-
chir sur notre propre existence, selon la formule
célèbre de René Descartes, Rosicrucien du XVIIe
siècle : «Cogito, ergo sum» (Je pense, donc je suis).
Par ailleurs, nous sommes capables de décider par
nous-mêmes, non plus de façon automatique,
c’est-à-dire guidés par le seul instinct, mais par
des choix plus ou moins conscients et volontaires.
[...]

100
L’enseignement des Rose-Croix

L’évolution de la conscience va de pair avec le


karma individuel. Comme l’implique cette loi de
cause à effet à laquelle nul ne peut se soustraire,
toute pensée, toute parole et toute action s’inscrivent
dans la Mémoire universelle et nous reviennent
tôt ou tard, chargées des réactions physiques,
mentales, émotionnelles ou spirituelles qu’elles
ont générées. Selon les cas, ces réactions sont
positives ou négatives, agréables ou désagréables.
D’un point de vue mystique, c’est la loi karmique
qui détermine la plupart des événements qui
jalonnent notre vie. La question du libre choix est
donc déterminante pour ce qui a trait à la capacité
de l’homme à modeler son propre avenir. C’est
pourquoi les enseignements rosicruciens stipulent
que nous sommes les maîtres de notre destin.
Le libre arbitre
De toute évidence, une parfaite connaissance
de soi et de la nature humaine en général permet
de faire les meilleurs choix, c’est-à-dire les mieux
adaptés et les plus utiles à l’évolution de chacun.
Tant que nous ne savons pas vraiment qui nous
sommes et ce que nous voulons, nous ne pouvons
pas diriger notre vie comme nous le souhaitons. Si
tel est le cas, c’est parce que nous ignorons alors
nos potentiels réels et les vrais besoins de notre
nature spirituelle. Par ailleurs, il est impossible de
choisir correctement ce qui nous convient tant que
nous n’avons pas acquis le discernement voulu.
Cela dit, le libre arbitre ne peut véritablement
s’exercer que lorsqu’un vrai choix existe, c’est-à-
dire lorsque nous avons la possibilité de suivre une
voie plutôt qu’une autre, et non lorsqu’une seule
de ces deux voies nous est accessible.

101
L’enseignement écrit

S’il est un fait que l’homme a la capacité de


faire des choix, son libre arbitre n’est pas absolu,
total. En effet, il est obligé de respirer, de se nour-
rir, de boire, de dormir, etc. Le fait qu’il soit un
être vivant le rend donc dépendant des lois natu-
relles, de sorte qu’il ne peut jouir d’une liberté
totale dans ce domaine. Il faut noter également
que son aptitude à choisir est nécessairement limi-
tée par l’environnement dans lequel il évolue.
Ainsi, le cercle familial, le cadre social, le milieu
culturel, le contexte religieux, etc., sont autant de
facteurs qui réduisent son champ d’action ou l’in-
fluencent. À cet égard, notre libre arbitre est
nécessairement limité par des conditions extérieu-
res à nous et indépendantes de notre volonté. Cela
veut dire que nous subissons parfois des événe-
ments que nous n’avons pas provoqués.
[...]
Les êtres humains, à la différence des ani-
maux, possèdent la parole et surtout l’écriture. Ils
peuvent ainsi se transmettre des connaissances
théoriques et pratiques, non seulement à un
moment donné, mais également à travers les âges,
de génération en génération. C’est ainsi que nom-
bre de sages, de penseurs et de philosophes nous
ont légué leur savoir et leur savoir-faire au fil du
temps. À cet égard, les livres sont de précieux mes-
sagers et constituent l’un des fondements de la
culture humaine. Ils servent aussi de support aux
Écrits sacrés des religions actuelles, comme en
témoignent la Bible, le Coran, les Védas ou autres.
Dans une certaine mesure, on peut considérer que
c’est l’écriture qui marque le passage définitif de la
conscience animale à la conscience humaine, car

102
L’enseignement des Rose-Croix

elle traduit une volonté de transmettre et de par-


tager des connaissances.
La spiritualité
Puisque nous venons de nous référer aux reli-
gions, on ne peut nier qu’il est possible de trouver
la paix du cœur et de l’esprit grâce à leur enseigne-
ment. Ainsi, tout individu peut suivre un credo de
son choix et acquérir la sérénité sous l’effet d’une
foi sincère et éclairée. Nous pouvons donc nous
demander pourquoi certaines personnes cherchent
ailleurs une réponse à leur quête intérieure ? Tout
simplement parce que l’âme humaine aspire
davantage à la spiritualité qu’à la religiosité. Cela
signifie qu’à partir d’un certain niveau d’évolution,
l’homme ne se contente plus de croire à des vérités
établies par d’autres, mais recherche au plus pro-
fond de lui celles qui répondent à ses aspirations.
S’il en est ainsi, c’est parce qu’il éprouve tôt ou
tard le désir et le besoin de mieux se connaître
lui-même.
Les religions ont eu et ont encore leur utilité,
car elles servent toujours de cadre moral à des mil-
liards d’individus et répondent à leur foi. Autre-
ment dit, elles satisfont leur désir de croire en
Dieu, tel qu’ils Le conçoivent à un moment donné
de leur existence. Cela dit, la plupart reposent
sur des dogmes et sont avant tout des voies de
croyance. Pour être plus précis, elles sont fondées
sur la vie du Messie ou du Prophète auquel elles se
rattachent, mais elles ne donnent pas aux fidèles
la Connaissance qui leur permettrait de s’élever à
l’état de conscience qu’il a manifesté au cours de
son ministère. Or, c’est l’accès à cette Connaissance

103
L’enseignement écrit

qui est déterminante pour l’évolution spirituelle de


tout être humain, car elle seule peut nous faire
progresser sur le chemin qui mène à la Sagesse.
[...]
D’un point de vue mystique, le devenir de
l’homme s’inscrit dans un cadre à la fois universel
et intemporel. En effet, la plupart des Rosicruciens
admettent la réincarnation comme une évidence
et considèrent que c’est cette loi divine qui régit
l’évolution spirituelle de tout être humain. Or, cette
loi est universelle, car elle concerne toutes les
âmes qui existent dans l’univers, et pas unique-
ment celles qui sont incarnées sur notre Terre. Par
ailleurs, elle est intemporelle, dans la mesure où
elle n’est pas limitée par le temps, au sens que l’on
donne à ce concept sur le plan humain. Ainsi, l’évo-
lution recouvre une notion physique et métaphy-
sique qui transcende la signification courante que
les scientifiques donnent à ce terme. C’est pour-
quoi on ne peut l’appréhender correctement qu’en
l’envisageant sous un angle spiritualiste.
Certaines traditions énoncent que l’homme est
un ange déchu et qu’il vit sur Terre en raison d’une
faute qui causa sa “chute” dans le monde matériel.
D’un point de vue rosicrucien, nous devons plutôt
considérer qu’il est un ange en devenir, car il est
destiné à devenir parfait et à prendre une part
active dans le Plan divin. Cela veut dire que nous
évoluons tous vers l’état de Conscience cosmique,
état que nous possédons virtuellement en nous et
que nous avons pour mission d’exprimer à travers
nos pensées, nos paroles et nos actions. Ainsi donc,
notre évolution a pris naissance au sein même du

104
L’enseignement des Rose-Croix

Divin, et c’est en Lui qu’elle nous ramène graduel-


lement à travers le temps et l’espace».

105
L’enseignement écrit

Application pratique
Dans la nature, l’évolution correspond à un phéno-
mène que l’on peut observer facilement. En effet, les
règnes minéral, végétal, animal et humain forment une
progression naturelle que chacun est capable de voir
objectivement. De même, à l’intérieur des règnes miné-
ral, végétal et animal, il existe une certaine hiérarchie.
À titre d’exemple, une pierre précieuse est plus éla-
borée qu’un simple caillou, une rose est plus subtile
qu’un brin d’herbe, et un dauphin est plus évolué qu’un
serpent.

Parvenu au règne humain, il devient impossible


d’établir ce genre de distinctions. Autrement dit, la
seule observation ne permet pas de dire que telle per-
sonne est plus évoluée que telle autre. S’il en est ainsi,
c’est parce que tous les hommes forment la race
humaine dans son ensemble et qu’ils diffèrent essen-
tiellement par leur niveau d’évolution spirituelle. Or,
ce niveau d’évolution est imperceptible à nos sens
objectifs, car il appartient au domaine de l’âme.

En dernière analyse, nous ne pouvons porter un


jugement que sur notre propre niveau d’évolution.
Comment ? En comparant ce que nous étions il y a
quelques années à ce que nous sommes devenus. En
quoi notre comportement général s’est-il amélioré ?
Sommes-nous plus humbles, plus généreux, plus tolé-
rants, plus patients, etc. ? C’est en répondant à ce
genre de questions que nous pouvons évaluer en notre
âme et conscience le chemin parcouru sur le sentier qui
mène à l’état de Rose-Croix, but ultime de notre quête
spirituelle.

106
L’enseignement des Rose-Croix

MANIFESTE N° 8

L’alchimie des rêves

«L’âme humaine a une tendance perpétuelle vers la


beauté et l’ordre. L’ordre moral ou spirituel, de même
que l’ordre physique ou naturel, constituent cette
Beauté divine avec laquelle elle a une éternelle
sympathie».
Joséphan Péladan (1858-1918)
Écrivain

107
L’enseignement écrit

L’alchimie des rêves

«Entrer dans le monde du rêve, c’est entrer


dans un univers illimité : celui de l’inconscient. Ce
monde couvre une autre existence qui accompagne
toute notre vie, car il ne nous quitte pas de la nais-
sance à la mort. D’après Jung, le rêve est «une voie
de la nature qui se manifeste par des images et des
symboles». Il est un état normal absolument indis-
pensable à l’équilibre humain, à tel point que si
l’on empêche expérimentalement un sujet de rêver,
il s’ensuit de sérieuses perturbations physiologi-
ques et psychiques. Nous rêvons quatre à cinq fois
par nuit et les rêves occupent environ 1/5e de notre
sommeil (en moyenne 8 heures par jour), ce qui
fait entre 1/12e et 1/15e de notre vie. En clair, une
personne qui vit 60 ans aura vécu quatre à cinq
ans en rêve.
Tout le monde rêve, car c’est une nécessité
vitale, mais tout le monde ne se souvient pas de
ses rêves. À cela, il y a plusieurs raisons dont voici
quelques exemples :
— Un sommeil dû à une grande fatigue.
— Le réveil brutal.
— Le fait de ne pas accorder d’intérêt aux rêves.
— La peur de l’inconnu.
— L’usage d’alcool ou de drogues.

108
L’enseignement des Rose-Croix

— L’utilisation de certains médicaments, comme


certains somnifères et certains tranquillisants.
— Les résistances dont parlent les psychana-
lystes.
Apprendre à se souvenir de ses rêves est un
travail éducatif. Il faut en avoir le désir et se rap-
peler ce désir dans la journée. Éventuellement, on
peut essayer des techniques d’autosuggestion,
comme celle qui consiste, le soir avant de s’endor-
mir, à réaffirmer intérieurement sa volonté d’être
conscient de ses rêves au réveil. En fait, comme l’a
écrit Étienne Perrot, «il faut être disponible, à
l’écoute de ses rêves, avoir vis-à-vis d’eux une véri-
table attitude de prière, et si on souhaite vraiment
parvenir à une meilleure connaissance de soi par
les rêves, alors ceux-ci viendront». Les noter sur un
carnet est souhaitable, car cela permet d’éviter
l’oubli, de détecter des rêves répétitifs et de mettre
en évidence des séries de rêves complémentaires.
De plus, la forme écrite confère l’objectivation
nécessaire à leur étude et fixe leur contenu dans la
mémoire.
Il ne faut ni sous-évaluer ni surévaluer le rôle
des rêves. L’attitude du juste milieu consiste à
essayer de comprendre les messages en provenance
de notre subconscient et d’ajuster notre attitude
consciente aux exigences intérieures fournies par
les rêves. Il y a des périodes de la vie où nous avons
besoin d’apprendre plus de choses sur nous-mêmes,
et ce sont généralement des périodes favorables
aux rêves : adolescence, mariage, grossesse, situa-
tion de solitude, crise existentielle, changements
affectifs ou professionnels, retraite, etc. Rappelons-
nous que les instructeurs spirituels ont toujours

109
L’enseignement écrit

tenu compte du monde onirique. En effet, les Initiés


de toutes les époques et de toutes les traditions s’y
sont intéressés. Par ailleurs, il existe un rapport
étroit entre les rêves et les manuscrits alchimiques,
les cartes du Tarot, les légendes, les contes pour
enfants, etc., car d’importantes analogies s’y retrou-
vent au niveau du symbolisme.
Le langage du rêve est un langage symbolique
qui transcende par son universalité toutes les lan-
gues terrestres. Tout un monde de symboles vit et
vibre dans les profondeurs de notre être. Aussi, le
langage onirique apparaît-il vivant, dynamisant,
très imagé et surréaliste, car il augmente la puis-
sance des messages subconscients. Selon Marie-
Louise von Franz, «trouver le sens profond de la vie
est plus important pour l’individu que tout le
reste». Quant à Jung, il affirmait que «l’interpréta-
tion des rêves est la voie royale pour parvenir à la
connaissance de l’âme». Le rêve, si l’on se penche
attentivement sur lui, si l’on apprend progressive-
ment à décoder son symbolisme, peut effective-
ment devenir une voie de connaissance de soi et
mener à l’intégration de sa personnalité. Mais tout
le problème est d’apprendre à décrypter ce sym-
bolisme, car il existe un symbolisme personnel et
un symbolisme collectif. En effet, les rêves ont
généralement une signification personnelle pour
chacun de nous, mais dans certains cas, ils dépas-
sent largement cette signification et prennent une
dimension collective. Il apparaît de plus en plus
évident que les inter-relations entre l’individuel et
le collectif sont une réalité.
[...]

110
L’enseignement des Rose-Croix

Le symbolisme des rêves, derrière son sens


très général, prend néanmoins un aspect pure-
ment individuel. Tout se passe comme s’il y avait
un symbolisme collectif constituant un ensemble
onirique et, qu’au sein de cet ensemble, nous ayons
à donner un sens individuel à chaque symbole
apparaissant dans nos rêves. À titre d’exemple, le
symbole de l’eau, qui est un symbole universel,
peut prendre une signification différente d’un
individu à l’autre. Par ailleurs, il peut exister une
multitude de symboles pour représenter une seule
et même chose. Pour parvenir à décoder correcte-
ment un symbole onirique, il faut recourir à un
décryptage personnel et étudier ses rêves en
essayant de comprendre, en fonction de leur réper-
cussion dans la vie quotidienne, le sens que ce
symbole peut ou pourra prendre pour nous. Ainsi,
au fil des mois, des éléments insoupçonnés de la
personnalité et des comportements à changer
peuvent être découverts à travers leur contenu
symbolique. En ce sens, le rêve apparaît, non seu-
lement comme un moyen de connaissance de soi et
de transformation, mais également comme une
source de sagesse.
Pour Pierre Fluchaire, le rêve est «une libéra-
tion sans être l’anarchie ; une réaction contre le
banal, le médiocre, l’hyper-rationnel, contre ce qui
nous enferme et ce qui nous rétrécit ; un désempri-
sonnement contre nos habitudes et nos routines». À
travers les diverses classifications concernant les
différentes fonctions du rêve, il est possible de
faire une synthèse et de retenir sept fonctions
essentielles :

111
L’enseignement écrit

— Compensatoire et / ou réactive.
— Prémonitoire et / ou anticipatoire.
— Auto-informative.
— Altéro-informative.
— Curative.
— Projective.
— Initiatique et énergétique.

Considérons rapidement quelques éléments


d’information sur chacune de ces fonctions. Dans
le cadre de la fonction compensatoire et/ou réac-
tive, on peut retenir le fait que la fonction réactive
se retrouve dans les rêves réactionnels déclenchés
par un stimulus extérieur ou reproduisant un épi-
sode de la journée précédente. Quant à la fonction
compensatoire, elle s’avère très fréquente chez
beaucoup d’individus. En effet, de nombreux rêves
nous permettent de nous défouler et de nous libé-
rer de tensions psychologiques excessives. Comme
son nom l’indique, cette fonction a donc pour but
de compenser les souffrances et les inhibitions, de
créer dans la conscience ce qui n’existe pas dans la
réalité, de rééquilibrer certaines énergies physiques
ou mentales. (C’est le mal-aimé qui rêve d’amour,
le prisonnier qui rêve de liberté, etc.).
La fonction prémonitoire et/ou anticipatoire
pose la question de l’aspect prospectif de certains
rêves. Pour Jung, cette fonction correspond à une
anticipation onirique de l’activité consciente
future, le contenu symbolique de cette anticipation
pouvant renfermer la solution d’un conflit ou pré-
parer à la résolution d’une situation. Ce psychiatre
et psychologue préférait les termes «anticipation»
ou «possibilité» au terme «prémonition». En effet, il y

112
L’enseignement des Rose-Croix

a rêve prémonitoire lorsque l’événement rêvé a


lieu dans la réalité quotidienne quelques heures,
quelques jours, quelques mois ou quelques années
après. Il peut s’agir d’événements heureux comme
d’événements malheureux. L’utilité de ce type de
rêves réside dans leur valeur d’avertissement. La
prémonition s’expliquerait par le fait que le temps
n’existe pas dans l’absolu et qu’il est une dimen-
sion dans laquelle la psyché, la conscience, peut
voyager librement. Ainsi, comme l’a écrit Costa de
Beauregard, «le passé, le présent et le futur coexis-
tent ensemble, étalés sur l’espace-temps. Notre
inconscient est un radar en contact avec l’ensemble
du cosmos à tous les niveaux».
La fonction auto-informative du rêve est la
plus importante, car elle permet d’éclairer l’hom-
me sur lui-même, d’obtenir des renseignements
sur l’équilibre général de son état psychologique à
un moment donné. Cette fonction aide chaque
individu à descendre au plus profond de lui-même,
à mieux comprendre et intégrer ce que sont la
«persona», l’«ombre», les «archétypes» et le «soi»,
termes propres à la psychanalyse. Ce cheminement
intérieur, qui conduit progressivement le sujet
vers le centre de son être, est appelé «individua-
tion» en psychologie. Il serait trop long, dans le
cadre de ce manifeste, de détailler toutes ces
notions. Le mieux, dans ce but, est de se référer
aux ouvrages de Jung. Quant à la fonction altéro-
informative, elle consiste à rêver pour un autre
individu, un groupe, une nation, etc. On trouve des
exemples de cette fonction chez des mères qui
rêvent de leurs enfants, chez des thérapeutes qui
rêvent de leurs patients, etc.

113
L’enseignement écrit

La fonction curative pourrait être appelée


«fonction guérisseuse» ou «fonction thérapeutique».
Elle peut se dérouler sur les trois plans de l’être :
physique, psychologique, spirituel. Sur le plan
physique, il arrive que certains rêves indiquent
que nous avons tel ou tel problème de santé, que
tel ou tel médicament serait efficace pour soigner
une maladie dont nous pouvons souffrir. Sur le
plan psychologique, certains rêves sont détermi-
nants dans une approche psychothérapique ou
dans un processus de connaissance de soi. Enfin,
sur le plan spirituel, certains individus, en pleine
crise existentielle, reçoivent des messages à tra-
vers leurs rêves, leur indiquant la réponse à leur
problème ou la démarche à mettre en œuvre pour
“guérir” spirituellement. À titre anecdotique, nous
pouvons citer le cas particulier où une personne,
après avoir rêvé qu’un thérapeute la soignait, s’est
réveillée guérie le lendemain matin.
Abordons maintenant la question de la fonc-
tion projective des rêves. L’activité onirique a un
lien direct avec le Moi psychique et possède une
fonction projective, en ce sens qu’elle permet d’ac-
céder à d’autres plans de conscience. Cela dit, il
faut être prudent à l’égard des rêves au cours des-
quels on “vole” ou on “voyage”, car il ne faut pas
imaginer que nous passons toutes nos nuits à nous
déplacer à travers monts et forêts. Certains de ces
rêves correspondent uniquement à une fuite de la
réalité quotidienne. Cependant, il est vrai que d’au-
tres résultent d’une projection psychique “élevée”
et de toutes les impressions subliminales que l’on
peut percevoir dans cet état.

114
L’enseignement des Rose-Croix

En ce qui concerne la fonction initiatique et


énergétique, elle correspond au fait que certains
rêves peuvent nous initier à des éléments concer-
nant notre évolution intérieure, mais également
notre vie extérieure. Cette fonction initiatique se
rapporte aux rêves spirituels qui traduisent une
élévation de l’âme, ainsi qu’aux rêves visionnaires
qui laissent un souvenir profond. La fonction éner-
gétique la complète souvent. Ainsi, méditer sur un
symbole avant de s’endormir peut être une expé-
rience préparatoire à des rêves intéressants, car
les symboles universels sont porteurs de valeurs
essentielles pour l’être humain. L’expérience prouve
qu’en s’élevant vers des niveaux supérieurs de
conscience par la méditation, il est possible de
s’ouvrir à de nouvelles énergies. Tout dépend de la
disponibilité et de la réceptivité intérieure du sujet.
À ce propos, Ernst Aeppli a insisté sur le fait que
«les symboles, et en particulier les symboles oniriques,
peuvent être des réceptacles d’énergie psychique, une
condensation de force active et significative».
Les rêves donnent accès à des connaissances
essentielles. À cet égard, Edgard Cayce a mis l’ac-
cent sur les rêves qui ont longtemps intéressé
artistes et inventeurs, en particulier les rêves d’in-
cubation qui apportent une solution surprenante à
un problème ou à un projet sur lequel le sujet a
travaillé. L’exemple concernant le physicien danois
Niels Bohr, mort en 1962, est particulièrement
caractéristique : il rêva qu’il était assis sur un
soleil fait de gaz en ignition. Menaçantes, les pla-
nètes le frôlaient ; elles donnaient l’impression
d’être reliées par des fils ténus au Soleil, autour
duquel elles accomplissaient leur révolution. Sou-
dain, gaz, soleil et corps célestes se rétractèrent et

115
L’enseignement écrit

se figèrent. Réveillé en sursaut, Niels Bohr comprit


immédiatement qu’il venait de voir en rêve la
structure de l’atome. Cette vision lui valut, en
1922, le prix Nobel de physique. Des révélations
oniriques touchant un domaine aussi précis sont
habituellement dévolues aux chercheurs qui tra-
vaillent en laboratoire, car la recherche crée un
appel intérieur qui prédispose aux révélations.
[...]
Le fait de s’intéresser aux rêves, de les retenir,
de les écrire et de les étudier facilite la créativité
intérieure, l’intuition, les facultés de mémorisation
et d’attention. De plus, il existe une complémenta-
rité possible entre les expériences spirituelles et le
contenu de notre activité onirique. À cet égard,
rêves et méditations concourent à une plus grande
disponibilité de l’être, ce qui peut se traduire par
une plus grande ouverture vers le Divin. En rêve,
il est également possible d’avoir un vécu d’univer-
salité et un sentiment d’unité. En fait, le monde
onirique apparaît comme un espace mental où
nous projetons nos désirs, nos émotions, nos fan-
tasmes, nos illusions, les souvenirs de notre vie
actuelle et quelquefois de nos vies passées. D’autre
part, des symboles s’y concrétisent, ainsi que des
rencontres avec les mondes supérieurs, car cet
espace de projection est aussi un espace d’énergies
et d’échanges. Le rêve est donc une extension de la
conscience humaine.
Il existe une échelle de valeurs dans les rêves,
car ils sont en étroite relation avec la spiritualité
du sujet. Au plus bas de l’activité onirique se
situent les valeurs les plus instinctives et les plus

116
L’enseignement des Rose-Croix

grossières de la nature humaine. Au plus haut se


trouvent les valeurs essentielles, celles qui corres-
pondent aux vertus si chères aux philosophes de la
Grèce antique. Il y a donc des rêves qui nous met-
tent en relation avec le meilleur de nous-mêmes et
qui nous permettent d’établir un contact avec des
forces qui nous dépassent et que nous désignons
sous diverses appellations, telles «forces divines»,
«forces cosmiques», «forces universelles», etc. Ainsi,
le monde du rêve fait partie intégrante du mysti-
cisme. En effet, dans une grande mesure, la paix
de l’âme va de pair avec des rêves de plus en plus
spirituels, car toute quête initiatique se traduit
par une purification des intentions de l’individu,
cette purification pouvant et devant aboutir à des
rêves inspirés. Bien que de tels rêves ne soient
pas indispensables pour qu’un être se réalise, ils
intéressent le mystique et peuvent l’initier à
des connaissances qui transcendent l’espace et le
temps.
Chez un sujet qui suit un cheminement mys-
tique, qui s’intéresse au symbolisme et qui travaille
en plus sur ses rêves, des modifications s’opèrent
dans sa vie intérieure, entre autres dans sa vie
onirique. Ses rêves deviennent plus réguliers, pré-
sentent un enchaînement de récits symboliques
mieux structurés, et contiennent des causes et des
effets, alors qu’ils étaient autrefois confus et sans
suite. Leur contenu se modifie également et prend
un sens beaucoup plus profond que par le passé.
Auparavant, les rêves qu’il faisait traduisaient des
impressions déformées sur son entourage immé-
diat et des échos plus ou moins cohérents de la vie
quotidienne. Par ailleurs, leur souvenir devient de

117
L’enseignement écrit

meilleure qualité et leur intégration se fait de plus


en plus sentir dans son existence consciente. Paral-
lèlement, il en tient de plus en plus compte sur le
plan psychologique et renforce ainsi l’influence
positive de son propre vécu onirique.
[...]
En conclusion, nous dirons que le rêve est un
lien universel entre les hommes, et un pont sym-
bolique entre chacun d’eux et l’Intelligence divine
d’où toute la Création a émané. Comme d’autres
voies de connaissance, il peut favoriser l’émergence
d’une nouvelle conscience et aider l’humanité à
s’élever vers des idéaux de plus en plus nobles.
C’est pourquoi tout individu devrait accorder son
attention aux rêves et voir en eux l’expression du
joyau qu’il possède au plus profond de lui-même :
son âme».

118
L’enseignement des Rose-Croix

MANIFESTE N° 14

Astronomie et mysticisme

«Le plus grand ennemi de l’homme n’est autre que


son propre ego, car celui-ci, tant qu’il n’est pas
maîtrisé, le rend sourd et aveugle au bien. Mais
Dieu a donné à l’homme une précieuse amie, son
âme elle-même, qui n’a de cesse que de se faire
entendre à lui et de le guider».
Marie Corelli (1864-1924)
Écrivain

119
L’enseignement écrit

Astronomie et mysticisme

[...]

«À l’aide de nombreux documents provenant


de sources diverses et grâce à des recherches très
approfondies, certains savants ont réussi à recons-
tituer les origines astronomiques de la croyance en
l’immortalité des âmes, laquelle fit son apparition
dans le monde grec, notamment au cours du Ve
siècle avant notre ère. Cette croyance reposait sur
trois principes préalables : la dualité qui oppose le
monde céleste au monde terrestre, la divinité des
astres, la parenté des âmes et des astres. Fondée
sur l’astronomie savante des Pythagoriciens, elle
transforma radicalement la représentation que les
peuples de l’Orient méditerranéen se faisaient de
l’origine, de la nature et de la destinée de l’homme.
À la conception du souffle vital qui se dissipe avec
la mort, à la foi en la survie des esprits qui, dans le
royaume souterrain des morts, répètent en gestes
inefficaces les activités de l’existence terrestre, elle
substitua l’idée d’une Âme universelle subdivisée
en une multitude d’âmes humaines, incarnées en
ce bas monde comme sur une terre d’exil, étape
nécessaire avant de retrouver leur état d’origine
et goûter une existence radieuse en présence de
Dieu. Les champs Élysées des Égyptiens et des
Orphiques, situés jadis dans les entrailles de la

120
L’enseignement des Rose-Croix

Terre, furent alors transférés vers le ciel et les


étoiles. Parallèlement, cette nouvelle croyance fit
du royaume des morts le royaume des dieux sidé-
raux.

D’après tous les ouvrages de référence, l’astrono-


mie est née en Mésopotamie, plusieurs millénaires
avant l’ère chrétienne. Cependant, tous les peuples
de l’Antiquité se sont intéressés à cette science. En
Égypte, elle faisait partie intégrante des enseigne-
ments dispensés dans les Écoles de Mystères et
servait de base au calendrier solaire des Égyptiens.
Ainsi, l’année, formée de 12 mois de 30 jours et de
5 jours supplémentaires, commençait très précisé-
ment quand Sirius se levait à l’aube pour la première
fois, phénomène qui coïncidait avec les crues du
Nil. Les Mayas, qui influencèrent les Aztèques,
accordaient également une grande importance à la
position et au déplacement des astres. On rapporte
qu’ils avaient observé et relevé une éclipse de
Lune dès le 15 février 3379 avant l’ère chrétienne.
Il en est de même des astronomes chinois, dont la
connaissance dans ce domaine était d’une grande
précision. Souvent, on cite la triste fin de deux
d’entre eux, Hi et Ho, qui furent condamnés à mort
pour ne pas avoir su prévoir une éclipse de Soleil
peu avant 1000 ans avant notre ère. Quant aux
Arabes, nombre de textes attestent des apports
considérables que leur doit l’astronomie.
L’astronomie a donc toujours occupé une place
importante dans les grandes civilisations et exerça
une influence non négligeable, non seulement sur
leur culture, mais également sur leur religion. S’il en
est ainsi, c’est parce que la plupart des astronomes

121
L’enseignement écrit

étaient des prêtres appartenant à la caste sacerdo-


tale. En outre, l’utilité première de cette science fut
d’ordre pratique. À cet égard, on oublie trop souvent
que les éclipses de la Lune et du Soleil, les phases
lunaires, les périodes synodiques de Vénus, ainsi
que le lever héliaque de certaines étoiles, notam-
ment Sirius, ont servi longtemps à l’établissement
des calendriers et à la datation chronologique de
faits marquants. Pour se déplacer aussi bien sur
terre que sur mer, pour semer ou récolter, pour
fêter à bon escient les événements religieux, seule
une connaissance approfondie des phénomènes
célestes permettait d’établir des repères fiables et
réguliers. C’est aux Mésopotamiens que nous devons
la plupart de ces repères, fondés le plus souvent sur
la régularité du mouvement des étoiles fixes. Pour
eux, cette régularité prouvait que le monde repasse
éternellement par les mêmes états. En vertu de ce
principe, ils croyaient que les astres étaient dirigés
par des intelligences qu’ils assimilèrent à des dieux,
les planètes elles-mêmes étant considérées comme
leurs interprètes auprès des humains. Plus tard, les
Babyloniens désignèrent ces dieux par des noms qui,
transcrits en grec et en latin, ont créé la termino-
logie de notre théodicée occidentale.

De l’observation des circulations célestes, les


Babyloniens tirèrent trois conséquences :

— Des mouvements réguliers des planètes, ils


conclurent que leur déplacement n’est pas l’effet
du hasard, mais d’une Intelligence ordonnatrice,
ce qui les conduisit à assimiler les astres à des
dieux sidéraux.

122
L’enseignement des Rose-Croix

— De la périodicité des mouvements célestes


qui se répètent toujours identiques à eux-mêmes,
ils inférèrent que le monde est éternel.
— Du retour de tous les astres à leur position
initiale, ils conclurent à l’éternelle renaissance de
la vie.
Les deux premières conséquences sont attes-
tées par Diodore de Sicile, historien grec ayant
vécu au Ier siècle avant l’ère chrétienne. Dans ses
écrits, il déclare en effet : «À la lumière de leurs
observations astronomiques, les Babyloniens affir-
mèrent que le monde est éternel, qu’il n’a pas de
commencement et qu’il n’aura jamais de fin. Selon
leur philosophie, l’ordre et l’harmonie du monde
sont dus à une Providence divine, car les phénomè-
nes qui se produisent dans le ciel ne s’accomplis-
sent pas au hasard et spontanément, mais par une
décision des dieux fixée d’avance et volontairement
arrêtée». Ainsi, le concept de l’éternité du monde
fut concrétisé par l’astronomie et devint scien-
tifique après avoir été longtemps l’apanage des
religions. Quelques siècles plus tard, ce même
concept sera repris par des philosophes éclairés et
constituera l’une des objections principales aux
dogmes judéo-chrétiens de la création ex nihilo du
monde et de sa fin à venir. Auparavant, ces dog-
mes dominaient la science, au point qu’aucune
explication autre que religieuse ne pouvait être
donnée au sujet de la formation de l’univers ou du
mouvement des astres.
Ce fut Pythagore, cet illustre philosophe et
savant, qui donna une explication géométrique du
mouvement des astres par l’utilisation de sphères

123
L’enseignement écrit

placées sur des combinaisons de cercles concen-


triques. Il fit des découvertes d’une portée incalcu-
lable et montra notamment que le déplacement
apparemment erratique des planètes n’est qu’une
illusion d’optique due à notre position d’observateur
terrestre. Ayant été initié aux Mystères égyptiens,
il savait que l’univers n’avait ni commencement ni
fin, et que la Terre était un globe tournant dans
l’espace, sur son axe propre. En fait, nous lui
devons nombre de connaissances, tant en astro-
nomie qu’en mathématiques. En combinant ces
deux sciences, il montra que l’univers a une struc-
ture arithmétique, que les astres qui le composent
reproduisent des figures géométriques définies,
que les phénomènes qui s’y succèdent ont entre
eux des rapports commensurables, que le monde
manifesté mérite vraiment le nom de «cosmos»,
parce qu’en lui tout est ordre, nombre, poids et
mesure. De lui, Proclus a écrit : «Et vint Pythagore,
qui transforma les mathématiques en un enseigne-
ment libéral, car il remonta aux principes premiers
et chercha les théories au moyen de l’abstraction et
de l’intelligence pure»...
Dès l’Antiquité, les sages remarquèrent que les
astres, en fonction de leur position, exerçaient une
influence subtile sur les comportements individuels
et collectifs. C’est pourquoi ils accordèrent autant
d’importance au calcul de cette position et de son
évolution dans le temps comme dans l’espace. À cet
effet, ils imaginèrent différents systèmes pour repré-
senter et conceptualiser les cieux. Sous l’impulsion
des Pythagoriciens, le cercle, symbole antique de
la Divinité, fut utilisé dans ce but et servit de base,
non seulement à l’astronomie, mais également à

124
L’enseignement des Rose-Croix

l’astrologie. En fait, ces deux domaines ont tou-


jours été liés, car il était impossible d’établir des
prévisions astrologiques sans avoir une connais-
sance précise du Soleil et des planètes concernées.
C’est pourquoi les astronomes étaient également
astrologues, et réciproquement. C’est en partant
de deux principes, à savoir la démarche capri-
cieuse des astres et la coplanarité des planètes et
des étoiles fixes, que les Anciens développèrent
scientifiquement leur astronomie dans les limites
de leur astrologie. À première vue, la conception
d’un univers soumis à des lois précises aurait pu
conduire à l’idée d’un déterminisme excluant toute
cause finale et toute croyance religieuse. En réalité,
ce fut loin d’être le cas.
Durant des siècles, l’homme, en raison de son
ignorance et de son instinct égocentrique, se crut
légitimement le roi de la Création, avec la Terre
comme centre de l’univers, un univers créé à son
image et subordonné à ses fins. Pendant très
longtemps, cette vision à la fois prétentieuse et
réconfortante fut encouragée par certaines reli-
gions, en particulier par le Christianisme, car elle
donnait à l’être humain une place privilégiée et
l’assurance d’être la préoccupation première de la
Divinité. C’est dans ce contexte religieux que
Giordano Bruno fut brûlé vif pour avoir osé évo-
quer la pluralité des mondes habités, que Copernic
attendit ses tout derniers jours pour faire paraître
son livre «Sur les révolutions des orbites célestes»,
et que Galilée fit l’objet d’un procès retentissant au
cours duquel l’Église l’accusa de remettre en cause
l’image du monde prônée par les Saintes Écritu-
res. Ainsi, en raison même de leur intolérance et

125
L’enseignement écrit

de leurs conceptions fanatiques, certains religieux


firent obstacle à la science et retardèrent les pro-
grès de la civilisation humaine. Il en est d’ailleurs
toujours ainsi dans certains pays.
La vision religieuse du monde va être déman-
telée par les découvertes des savants et par leur
volonté de sortir l’humanité de l’ignorance. C’est
d’abord Copernic qui va priver la Terre de sa posi-
tion privilégiée pour en faire une simple planète
gravitant autour du Soleil, ce Soleil n’étant lui-
même que l’une des milliards d’étoiles existant
dans l’univers. Galilée portera à la religion un
coup imparable avec sa lunette, car il prouvera ses
affirmations et ébranlera définitivement les anciens
dogmes. Képler parachèvera l’œuvre accomplie
par ses prédécesseurs en confirmant leurs obser-
vations et leurs théories. Au monde clos et fini
institué par une interprétation littérale et dog-
matique des Écrits sacrés, ces grands savants
substituèrent un monde ouvert et infini, compor-
tant d’innombrables systèmes solaires compara-
bles au nôtre. Grâce à l’enthousiasme des uns et à
la passion des autres, c’est une césure profonde, un
revirement mental sans précédent qui s’opéra
dans les consciences, car l’homme se chercha à
nouveau une place dans l’univers et se libéra
progressivement du carcan religieux, carcan qui le
priva longtemps de sa liberté de penser et de décou-
vrir. Dès lors, une ère nouvelle commença pour
l’humanité.
L’histoire des rapports ayant existé entre la
science et la religion est très significative. Elle
montre comment les esprits agissent en fonction
des caractéristiques et des idées courantes d’une

126
L’enseignement des Rose-Croix

époque. Chez les uns prédomine le besoin de don-


ner à leur vie le sens qui confirme leurs propres
croyances ou celles d’une autorité à laquelle ils se
soumettent plus ou moins librement. Chez les
autres, seule la connaissance de la vérité importe,
dût-elle être triste ou non conforme à leurs idées
personnelles. Chaque période de l’histoire a été
marquée par des courants de pensée et a subi l’in-
fluence des religions et des institutions en cours.
Ainsi, au XVIIe siècle, il était convenable d’être
croyant et pratiquant ; au XVIIIe, il était séant
d’être “cartésien” et sceptique. Au XIXe, il était de
notoriété d’être romantique et idéaliste. Chaque
individu, comme chaque époque, engendre ses carac-
téristiques et définit ses particularités, que ce soit
sur le plan social, culturel ou religieux. Si l’on
considère que ces caractéristiques et ces particu-
larités disparaissent à un niveau supérieur de
conscience, la science, les arts et la philosophie
deviennent alors un même et unique langage pour
un esprit éclairé, dépouillé des cloisonnements
arbitraires induits par le Moi objectif de l’homme.
S’il est vrai que les religions perdirent progres-
sivement de leur emprise dans l’explication des
phénomènes célestes, il ne faut pourtant pas croire
que la nouvelle vision du monde, issue des décou-
vertes scientifiques successives, était exempte de
toute spiritualité. En effet, s’il est incontestable
que nombre de dogmes et de tabous furent ébran-
lés par ces découvertes, un profond sentiment de
religiosité animait ceux qui les firent connaître au
monde. Ces derniers ne constituaient donc pas un
danger pour la Religion, au sens le plus noble de ce
terme. Leur but était uniquement de la dépouiller

127
L’enseignement écrit

de tous les préjugés qui maintenaient leurs sem-


blables dans l’ignorance de la nature véritable de
Dieu. Il ne peut en être autrement, car pour un
savant digne de ce nom, les lois naturelles et uni-
verselles sont l’expression de la Divinité, et leur
étude constitue un moyen de prouver aux hommes
qu’eux-mêmes sont de nature divine. C’est pour-
quoi la science et le mysticisme constituent deux
domaines complémentaires dans la recherche de la
Connaissance.
[...]
La vision moderne de l’univers est une vision
qui, ni en beauté ni en valeur, n’est supérieure à
celle du monde antique. Par ailleurs, elle est trop
souvent matérialiste et n’attribue pas à l’homme
la place qu’il occupe dans le Plan divin. Cela dit, le
concept vers lequel elle évolue irrésistiblement
est celui que les mystiques ont toujours défendu,
c’est-à-dire celui d’un univers engendré par une
Intelligence divine. Par une ironie du sort dont le
destin a le secret, les savants actuels, en poussant
leurs investigations dans leurs implications ulti-
mes, commencent à émettre des hypothèses qui
ressemblent à s’y méprendre à ce que les Initiés du
passé ont exprimé sous forme de symboles et d’al-
légories. Ils en arrivent à dire qu’une Conscience
universelle est à l’œuvre dans tout ce qui existe,
que sa potentialité est active aussi bien dans la
plus petite particule de matière qu’au sein des
galaxies géantes, et qu’elle structure et coordonne
l’univers à toutes les étapes de son évolution cos-
mique. S’il en est ainsi, c’est parce que l’homme,
dans sa dualité matérielle et spirituelle, exprime
l’unité fondamentale de la Création. Reflet des lois

128
L’enseignement des Rose-Croix

divines dans sa substance et dans son essence, il


éprouve le besoin irrésistible de contempler les
cieux pour mieux voir en lui-même. Mais à travers
lui, il ignore souvent que c’est l’univers qui se
contemple».

129
L’enseignement oral

L’ENSEIGNEMENT ORAL

Parallèlement aux monographies et aux mani-


festes qui leur sont adressés chaque mois dans le
cadre de l’enseignement écrit, les Rosicruciens qui
le souhaitent peuvent se rendre dans une Loge et
bénéficier de l’enseignement oral de l’Ordre. À
chaque réunion (deux par mois), ils sont invités à
écouter un entretien semblable à ceux qui suivent,
et dont la durée ne dépasse pas trente minutes.
Ensuite, un forum s’instaure entre les participants,
de sorte qu’ils peuvent poser des questions et faire
des commentaires. En fait, le but de ces réunions
facultatives est de permettre à chaque membre
d’échanger avec d’autres sa compréhension de l’en-
seignement rosicrucien, dans un cadre fraternel et
convivial.
Parmi les sujets exposés et discutés en Loge,
citons entre autres :
— les cycles de la vie,
— le mystère de la naissance,
— le mystère de la mort,
— l’équilibre vital,
— la prévention des maladies,
— le bien et le mal,
— l’aura,
— les rêves,
— le karma,

130
L’enseignement des Rose-Croix

— la quête du bonheur,
— la méditation,
— le concept de Dieu,
— le pouvoir de la parole,
— le temps et l’espace,
— la réincarnation,
— la pensée positive,
— l’influence spirituelle de la musique,
— la connaissance de soi,
— etc.
Comme c’est le cas de l’enseignement écrit, l’en-
seignement oral n’est en aucun cas dogmatique. Il
constitue avant tout une base de réflexion et de
méditation. Ceci est d’autant plus vrai qu’il est
demandé à chaque membre, dès son affiliation à
l’Ordre, de toujours rester un “vivant point d’in-
terrogation” vis-à-vis de ce qui lui est enseigné, que
ce soit à travers les monographies qu’il étudie chez
lui ou les entretiens présentés en Loge. Cette liberté
de conscience est le fondement même de la philo-
sophie rosicrucienne, car son but est davantage de
susciter des questions que d’apporter des réponses
définitives sur les sujets traités.

131
L’enseignement oral

ENTRETIEN DE LOGE N° 24

Le symbolisme des quatre principes

«Ce n’est qu’en agissant au profit des autres que


nous agissons en mode d’évolution, d’éclaircisse-
ment ; tandis qu’en agissant à notre seul profit,
nous agissons en mode d’involution, d’obscurcisse-
ment».
Gérard Encausse/Papus (1864-1916)
Médecin et philosophe

132
L’enseignement des Rose-Croix

Le symbolisme des quatre principes

«Tout ce qui existe sur le plan manifesté prend


sa source dans les quatre éléments, que nous pré-
férons désigner sous le nom de «principes» dans les
enseignements rosicruciens. L’homme lui-même
dépend d’eux, ce qui a fait dire à Paracelse : «Les
quatre éléments forment le monde universel, et c’est
d’eux aussi que l’homme est constitué. Celui-ci est
un petit monde, un extrait de toutes les étoiles et de
toutes les planètes du firmament, ainsi que de la
terre, de l’air, de l’eau et du feu». Nous allons donc
examiner un à un ces quatre principes et voir ce
que l’on peut en dire au regard de la Tradition en
général.
À l’image de notre Mère la Terre, la terre, en
tant que principe, symbolise la fonction mater-
nelle, car elle donne la vie et l’entretient sous
toutes ses formes. Dans les traditions orientales
comme occidentales, elle est également le symbole
de la fécondité et de la génération. Elle est nourri-
cière par nature, mais aussi protectrice. Dans la
mythologie grecque, la Terre était assimilée à la
déesse Gaia. Mariée à Ouranos, dieu du Ciel, elle
enfanta toutes les autres divinités. Hésiode la pré-
sente d’ailleurs comme «La mère de tous les dieux».
Par la suite, c’est elle aussi qui aurait donné nais-
sance aux hommes, puis aux animaux.

133
L’enseignement oral

La terre est le berceau des quatre règnes de la


nature, ces quatre règnes étant imprégnés à des
degrés divers de l’Âme universelle. Avec l’aide des
trois autres principes, c’est elle qui permet à la vie
de se manifester à travers des créatures multiples.
D’un point de vue ontologique, elle est également
la Substance universelle, c’est-à-dire la «Materia
Prima» avec laquelle le Créateur façonna l’Homme
à partir du limon. Quant à la Bible, elle fait de la
Terre le lieu où Adam a chuté dans la matière, et
le point de départ pour son retour vers l’État divin
qui était le sien à l’origine.
[...]
L’eau est un symbole de purification. D’après
ce que l’on sait, les Esséniens furent les premiers à
pratiquer le baptême en immergeant totalement le
baptisé. Par cette immersion, on considérait qu’il
était entièrement purifié et qu’il renaissait à une
vie nouvelle, tant sur le plan physique que spiri-
tuel. De leur côté, les Bouddhistes voient en elle le
principe grâce auquel le Moi spirituel de l’homme
peut retourner en pleine conscience dans le grand
Océan cosmique d’où il a émané. Dans le Taoïsme,
elle est le symbole de la sagesse, car elle est libre
et coule en suivant son cours. Dans les traditions
juive et chrétienne, l’eau symbolise l’origine de la
Création et la matrice de toutes choses.
Dans tous les Écrits sacrés, les sources qui
s’offrent aux nomades sont des lieux de joie,
d’émerveillement et de prière. Près d’elles se
produisent des rencontres essentielles que l’on
attribue souvent à la Divine Providence. D’une
manière générale, les points d’eau ont toujours eu

134
L’enseignement des Rose-Croix

un rôle déterminant dans l’implantation des com-


munautés, car leur importance est vitale. Par voie
de conséquence, ils sont aussi des facteurs de
socialisation. De nos jours encore, la plupart des
villes sont situées au bord de la mer ou de l’océan,
sur le rivage d’un lac, près d’un fleuve ou d’une
rivière.
[...]
Comme vous le savez, l’air est composé d’oxy-
gène, mais aussi d’une essence cosmique provenant
des confins de l’univers. Sans cette essence, nous
ne pourrions pas vivre, car elle est indispensable à
notre être psychique. La respiration elle-même
comporte deux phases : l’inspir et l’expir, le Yin et
le Yang, auxquels on attribue respectivement une
polarité négative et une polarité positive. Quant
au Souffle de Dieu, auquel il est fait référence
dans nombre de religions et de traditions, il sym-
bolise l’acte par lequel Il créa l’univers. Parfois, il
est assimilé au Verbe, ce qui rappelle que l’homme
lui-même parle sous l’effet du souffle.
Intermédiaire entre la Terre et le Ciel, l’air
symbolise l’élévation de l’âme durant la prière et
la méditation. Il représente aussi son ascension
vers le monde spirituel, au moment de la mort,
lorsqu’elle quitte le corps physique pour rejoindre
dans l’au-delà le plan spirituel correspondant à
son degré d’évolution. Par extension, l’air est lié
également à la conscience et à son désir de s’élever
vers des idéaux aussi nobles que possible. Vous
noterez d’ailleurs que l’âme et la conscience de
l’homme sont souvent représentées par une
colombe qui s’envole en direction des cieux.

135
L’enseignement oral

[...]
Dans la plus haute Antiquité, des Vestales
gardaient le feu sacré dans les temples, afin d’y
symboliser la Présence divine. On le considérait
également comme le plus grand agent de régénéra-
tion, ce qui est toujours le cas dans la plupart des
religions actuelles. Cette idée se retrouve dans l’éso-
térisme chrétien, à travers la phrase latine «Igne
Natura Renovatur Integra», qui signifie : «La nature
est entièrement régénérée par le feu». Dans la litur-
gie catholique, le feu représente l’illumination, à
l’exemple de celle que le Christ accorda à ses apô-
tres le jour de la Pentecôte et qui se manifesta à
eux sous l’aspect de langues de feu.
Pour les mystiques, et naturellement pour les
Rosicruciens, le feu terrestre représente le Feu
divin qui brûle au plus profond de nous-mêmes et
que nous devons entretenir avec soin. Privé de lui,
l’homme deviendrait un être froid, sans émotion,
dépourvu de toute compassion et des qualités divi-
nes qui font de lui une «âme vivante». Ce feu est
aussi l’agent au moyen duquel nous pouvons réali-
ser la transmutation de nos défauts en leurs qualités
opposées. Autrement dit, c’est grâce à son pouvoir
de purification que nous pouvons mener à bien notre
alchimie intérieure.
[...]
Bien que chacun des quatre principes véhicule
un symbolisme qui lui est propre, on peut les asso-
cier et les utiliser d’une manière complémentaire.
C’est ainsi que la terre, l’air, l’eau et le feu corres-
pondent traditionnellement aux quatre points

136
L’enseignement des Rose-Croix

cardinaux (Ouest, Est, Nord, Sud), aux quatre sai-


sons (automne, printemps, hiver, été), aux quatre
règnes de la nature (minéral, végétal, animal,
humain), aux quatre plans de l’homme (physique,
intellectuel, émotionnel, spirituel), aux quatre
phases de la conscience humaine (objective, subjec-
tive, subconsciente, cosmique), ainsi qu’aux quatre
périodes de la vie (vieillesse, jeunesse, enfance,
maturité). À cet égard, les quatre principes for-
ment en quelque sorte une loi quaternaire.
Les quatre principes ont également une dimen-
sion initiatique et correspondent aux étapes
majeures que l’homme connaît au cours de son
cheminement spirituel : la terre symbolise les ten-
tations physiques et matérielles auxquelles il est
confronté dans sa vie quotidienne ; l’air représente
le désir d’élévation qu’il éprouve à un moment
donné de son évolution ; l’eau traduit le besoin de
purification qu’il ressent lorsqu’il a pris conscience
de la nécessité de se parfaire ; le feu correspond à
l’illumination qu’il reçoit lorsqu’il a atteint l’état
intérieur voulu. Vue sous cet angle, la vie de tout
être humain s’apparente à une initiation qui
confronte son âme au symbolisme des quatre
principes».

S’ensuit un débat entre les membres


présents à la réunion.

137
L’enseignement oral

ENTRETIEN DE LOGE N° 34

Le bien et le mal

«Tu n’auras pas d’autre demeure que ton cœur, car


sur la Terre où nous sommes des voyageurs, nul ne
bâtira sa demeure permanente... Alors, autour de
lui, dans l’atmosphère ardente qui naît de lui, qui
l’enveloppe et qui aspire tous les rayons des choses
qu’il désire, évoque le divin silence...».
Victor-Émile Michelet (1861-1938)
Poète

138
L’enseignement des Rose-Croix

Le bien et le mal

«Dans la plupart des écrits philosophiques, le


mal est défini comme le «non-être» ou l’«absence de
bien», car il n’existe pas dans l’absolu. Autrement
dit, il n’est pas l’expression d’une loi divine et ne
correspond à aucune réalité spirituelle. Pour
reprendre les propos de Platon, il «est la négation
de ce qui est, et n’a pas d’essence virtuelle». En
vertu de ce principe, il n’est que la contrepartie
négative d’une condition positive qui n’est pas
manifestée à un moment donné. Par analogie,
l’obscurité, en quelque lieu que ce soit, n’est pré-
sente que lorsque la lumière est absente. Ainsi, ce
que l’homme appelle le «mal» a son origine dans
son imperfection, c’est-à-dire dans son incapacité à
agir en conformité avec sa nature divine. En consé-
quence, l’orgueil n’est que l’absence d’humilité,
l’égoïsme l’absence de générosité, la méchanceté
l’absence de bonté, l’hypocrisie l’absence de sincé-
rité, l’intolérance l’absence de tolérance, la paresse
l’absence de courage, etc. C’est précisément pour
cette raison qu’il est impossible de vaincre nos
défauts en essayant de les combattre, car un tel
combat leur donne un pouvoir qu’ils n’ont pas et
renforce l’influence négative qu’ils exercent sur
nous. En fait, le seul moyen de les neutraliser
consiste à les remplacer progressivement par leurs
qualités opposées, fondement même de l’alchimie
spirituelle si chère aux Rosicruciens.

139
L’enseignement oral

S’il est vrai que le mal n’est pas l’expression


d’une loi divine et ne correspond à aucune réalité
spirituelle, nous ne pouvons nier son existence
terrestre. D’un point de vue objectif, se contenter
d’affirmer qu’il est l’absence de bien est donc irréa-
liste et inutile, car une telle affirmation ne permet
ni de le neutraliser ni de s’en préserver. En effet,
les guerres et les crimes sont autant de manifesta-
tions de son pouvoir destructeur et font malheu-
reusement de nombreuses victimes. À un niveau
moindre, la corruption, la malhonnêteté, l’abus de
pouvoir, le désir de dominer, le besoin de posséder,
etc., témoignent également de la nuisance effective
de certains individus. Cependant, il importe de
comprendre que le mal n’est jamais la conséquence
d’un décret divin. Quelle que soit sa forme, il
résulte toujours d’une application négative du
libre arbitre de l’homme, tant sur le plan indivi-
duel que collectif. Cela signifie qu’il prend sa
source dans la conscience humaine et non dans la
Conscience divine. C’est pourquoi Dieu ne peut
être rendu responsable des effets produits par les
erreurs que nous commettons en raison de notre
ignorance du moment. Par ailleurs, ce n’est pas à
Lui de neutraliser ces effets car, ce faisant, Il se sub-
stituerait à notre libre arbitre et irait à l’encontre
de notre évolution spirituelle, laquelle est fondée
sur la nécessité d’assumer nous-mêmes les consé-
quences de nos actes.
[...]
D’une manière générale, nous pouvons définir
le bien comme étant l’ensemble des pensées, des
paroles et des actions qui contribuent directe-
ment ou indirectement à notre bien-être ou à celui

140
L’enseignement des Rose-Croix

d’autrui. Cette définition illustre en elle-même la


ligne de conduite que nous devons suivre pour
vivre conformément à l’éthique rosicrucienne. En
outre, elle implique que le mal ne se limite pas aux
actes répréhensibles qu’un individu peut com-
mettre à l’encontre d’un autre, le plus grave étant
naturellement le meurtre. En effet, la médisance,
la calomnie, la délation, la diffamation, etc., font
également du tort, car elles nuisent à l’intégrité
des personnes qui en sont victimes. Dans certains
cas, elles causent des préjudices moraux dont les
effets sont plus nocifs qu’une agression physique.
Par ailleurs, le fait de ne pas agir ou de ne rien dire
dans certaines circonstances est parfois contraire
au bien et ne constitue pas toujours une preuve de
sagesse. À titre d’exemple, ne pas secourir un
enfant maltraité ou ne pas défendre un opprimé
est condamnable. En ce sens, la non-action ou le
silence ne doit pas servir de prétexte à la lâcheté.
D’un point de vue mystique, cautionner le mal par
omission est donc aussi coupable que de le faire
soi-même.
Chaque individu, selon sa race, sa culture, son
éducation, ses idées politiques, ses croyances reli-
gieuses et, naturellement, son degré d’évolution, a
une compréhension différente du bien et du mal.
En matière de religion, par exemple, un Chrétien
pratiquant considère que c’est un blasphème de
manger de la viande le Vendredi Saint, alors que
les fidèles des autres religions ne se posent pas
vraiment la question. De son côté, un Juif porte une
vénération particulière au samedi, jour du sabbat,
qu’il consacre à la prière et à la méditation. Dans
sa compréhension, se livrer à la moindre activité

141
L’enseignement oral

profane en ce jour est une atteinte à la Divinité.


Un Musulman, quant à lui, respecte chaque année
un mois de ramadân, c’est-à-dire de jeûne, obliga-
tion qui ne fait partie d’aucun autre credo reli-
gieux. En cela, il est convaincu que si, au cours de
cette période, il mangeait ou buvait entre le lever
et le coucher du soleil, il connaîtrait le malheur et
subirait le châtiment de Dieu. Pour un Hindouiste,
maltraiter une vache est un sacrilège, car il voit en
elle une incarnation de certains des attributs de
Vishnou. Un Bouddhiste, de son côté, considère que
le simple fait de se plaindre de sa condition, ne
serait-ce qu’un instant, est une offense à la vie et
une insulte au Bien suprême.
Il n’y a pas que dans le domaine des religions
que la notion de bien et de mal prend un caractère
arbitraire. Dans la vie sociale, nous trouvons de
nombreux exemples prouvant qu’il existe de gran-
des divergences d’opinions sur cette notion. Ainsi,
certains individus trouvent tout à fait immoral
de vouloir s’enrichir, de parier de l’argent, d’en
emprunter, de se livrer aux jeux de hasard, etc.,
alors que d’autres considèrent que de telles prati-
ques font partie de l’existence et sont légitimes.
Par ailleurs, d’aucuns pensent que la chasse et la
pêche devraient être interdites en tant que loisirs
et ne répondre qu’à des besoins alimentaires.
D’autres affirment au contraire que cela contribue
à l’équilibre de la nature et qu’il est indispensable
d’intervenir dans ce domaine. Lorsque l’on aborde
les grands problèmes de société, tels la peine de
mort, l’avortement, l’euthanasie, la vivisection,
etc., les désaccords sont encore plus marqués, car
ils sont liés directement au sens moral que chacun

142
L’enseignement des Rose-Croix

donne à ce qu’il considère comme bon ou mauvais.


Notre propos, naturellement, n’est pas de porter
un jugement sur les points que nous venons d’évo-
quer, car cela nous obligerait à entrer dans des
débats de fond qu’il ne nous appartient pas de trai-
ter. Il est plutôt de vous montrer que les hommes
sont partagés lorsqu’il s’agit de définir ce qui est
bien et ce qui ne l’est pas, car chacun a sa propre
compréhension de l’éthique, de la vertu, de la jus-
tice, de la droiture, de l’honneur, etc.
Cela étant dit, il existe néanmoins des normes
générales permettant d’établir une distinction
entre un comportement fondamentalement mau-
vais et un comportement fondamentalement bon.
D’ailleurs, lorsque l’on se réfère aux codes moraux
de la plupart des grandes religions, on note que
beaucoup d’entre eux reviennent sous forme de
commandements presque identiques. Parmi les
plus connus et les plus cités, nous trouvons l’inter-
diction de tuer, de voler et de mentir. Or, nul ne
peut nier que ces trois interdictions sont pleine-
ment justifiées, car c’est en grande partie sur elles
que reposent la confiance et le respect mutuels qui
doivent prévaloir entre les hommes. Certes, il est
possible d’envisager des cas particuliers et de dire
que l’on peut être conduit à commettre un crime,
un vol ou un mensonge très grave par nécessité,
mais seule une Cour de Justice peut reconnaître
les circonstances atténuantes susceptibles d’expli-
quer ou de légitimer de tels actes. En effet, d’une
manière générale, il est normal de les considérer
comme mauvais. Inversement, il y a des comporte-
ments qui, indubitablement, peuvent être qualifiés
de bons. À titre d’exemple, être tolérant, généreux,

143
L’enseignement oral

serviable, altruiste, etc., dénote une bienveillance


certaine et, par voie de conséquence, un certain degré
d’évolution intérieure. Aucune personne sensée ne
peut prétendre le contraire. Dans le même ordre
d’idée, la majorité des hommes s’accordent à dire
que la haine engendre le mal et que l’amour contri-
bue au bien.
[...]
Tout au long de son existence terrestre, l’hom-
me est donc confronté au problème du bien et du
mal. Étant donné qu’il ne maîtrise pas ce pro-
blème, il commet des erreurs de jugement et de
comportement, tant vis-à-vis de lui-même que des
autres. Cependant, ces erreurs lui sont utiles, car
c’est grâce à elles qu’il peut prendre conscience de
son imperfection et comprendre en quoi certains
choix sont bons et d’autres mauvais. Autrement
dit, elles l’obligent à méditer sur la relation de
cause à effet qui existe entre son attitude générale
et les épreuves qu’il rencontre. Ce faisant, il cons-
tate que lorsque ses pensées, ses paroles et ses
actions sont positives, il est en harmonie avec lui-
même, se sent heureux et contribue au bonheur de
son entourage. Un tel constat l’incite progressive-
ment à suivre des idéaux de plus en plus nobles et
à faire un meilleur usage de son libre arbitre. Cela
lui donne également le désir de s’améliorer et de
mieux appréhender le sens qu’il doit donner à son
existence, ce qui constitue en soi le début d’une
quête spirituelle».

S’ensuit un débat entre les membres


présents à la réunion.

144
L’enseignement des Rose-Croix

ENTRETIEN DE LOGE N° 45

La quête du bonheur

«La nature peut être assimilée au corps de l’Être


immense que nous appelons “Dieu” et que nous
concevons comme Infini et Éternel. Elle réalise
donc la Pensée divine, comme notre propre corps
est l’instrument plus ou moins docile de notre
volonté. Nous pouvons dire que Dieu travaille dans
la nature et parle par elle, car la nature est Son
Grand Livre».
François-Jollivet Castelot (1868-1937)
Alchimiste

145
L’enseignement oral

La quête du bonheur

«Il est un fait que l’on peut observer chez tous


les êtres humains, dans toutes les civilisations, à
toutes les époques et sous toutes les latitudes :
l’aspiration au bonheur. Il est le nec plus ultra de
tous les vœux, la promesse fondamentale du politi-
cien convaincu, du religieux exalté, du scientifique
“pur et dur”, comme du philosophe idéaliste. C’est
ainsi que depuis des temps immémoriaux se sont
répandus dans le monde des modèles sociaux, des
doctrines politiques, des systèmes économiques et
des disciplines de vie fondés sur des croyances ou
des révélations dont la finalité est d’amener l’in-
dividu et la société au bonheur... La «quête du
bonheur» semble donc être l’élément moteur et le
but ultime de l’existence humaine.
Dans la plupart des ouvrages de référence, le
bonheur est défini comme «un état de bien-être et
de félicité». Quant aux citations d’auteurs relatives
au bonheur, elles sont très nombreuses. Nous n’en
retiendrons qu’une seule, du philosophe Alain : «Le
bonheur n’est pas le fruit de la paix ; le bonheur,
c’est la paix elle-même». Mais alors, comment accé-
der à cet état de félicité totale ? Beaucoup de gens,
peut-être la grande majorité, considèrent que l’ac-
cession au bonheur nécessite a priori l’existence de
certaines conditions, notamment avoir de l’argent,
avoir la santé, avoir une profession stable, évoluer

146
L’enseignement des Rose-Croix

dans une collectivité où il n’existe pas de conflits


majeurs, bénéficier des commodités matérielles
résultant des progrès de la science, etc. Ainsi, pour
nombre d’individus, il faut remplir ces conditions
pour prétendre au bonheur.
S’il est vrai que le bonheur dépend en partie
des conditions précitées, les faits prouvent qu’elles
ne suffisent pas pour être heureux. S’il en est ainsi,
c’est parce qu’il réside davantage «au-dedans» de
l’homme qu’«au dehors». Pour un individu donné,
son bien-être réside dans la qualité de ses idéaux,
ainsi que dans sa capacité à les vivre. Étant donné
que chacun a une personnalité distincte et qu’il
évolue dans un contexte spécifique (géographique,
familial, social, culturel...), on peut dire qu’il existe
un bonheur potentiel pour tout être humain, dès
lors qu’il se fixe des objectifs positifs, fondés sur la
recherche de son épanouissement personnel. Cer-
tes, il peut se tromper dans ses choix, mais au fil
de ses expériences, il a toujours la possibilité de
constater ses erreurs et de les corriger. En cela, le
bonheur n’est pas statique, car il est un état de
conscience dynamique et évolutif. Par ailleurs, il
dépend essentiellement de la richesse intérieure.
[...]
«La cause déterminante du bonheur réside
dans l’activité conforme à la vertu» a dit Aristote,
rejoignant en cela l’opinion de Socrate. S’il est vrai
que les Rosicruciens parlent souvent des vertus,
c’est parce qu’elles sont le propre de l’âme et la clé
du bonheur. Tous les sages du passé nous ont dit
combien elles constituaient le fondement de la
dignité humaine et l’apanage de tout Initié digne

147
L’enseignement oral

de ce nom. Si tel est le cas, c’est parce que leur


mise en application nous met en résonance avec
notre nature divine et fait appel aux énergies les
plus positives de notre Moi intérieur, d’où cette
recommandation que nous pouvons lire dans le
livre «C’est à toi que je confie» : «Que peux-tu ima-
giner de plus beau que ton âme ? Elle est l’essence
même de Celui qui te l’a donnée. Ne cherche pas à
la ressentir parfaitement, mais communie avec elle.
Recherche l’âme par ses facultés, mais connais-la
par ses vertus».
Ce qui caractérise une vertu, c’est le fait qu’elle
est synonyme de liberté dès lors qu’on la pratique.
En effet, plus nous exprimons de vertus dans nos
jugements et notre comportement, plus nous nous
émancipons et nous sentons libres. C’est ce qui fit
dire à Épictète : «Tu espères que tu seras heureux
dès que tu auras obtenu ce que tu désires. Tu te
trompes. Tu ne seras pas sitôt en sa possession que
tu auras les mêmes inquiétudes, les mêmes cha-
grins, les mêmes dégoûts et les mêmes craintes. Le
bonheur ne consiste point à acquérir et à jouir,
mais à ne pas désirer. Car il consiste à être libre».
Dans le même ordre d’idée, Bouddha enseigna que
si nous souffrons, c’est parce que nous désirons. En
vertu de ce principe, il préconisa aux hommes de
se détacher de tout désir, condition absolue pour
s’élever spirituellement et accéder au bonheur de
l’âme.
Le bonheur se situe également dans l’aptitude
à aimer tout être et à respecter tout ce qui vit.
Inspiré par un tel amour, nous sentons naître alors
en nous un seul et unique désir, à savoir utiliser nos
dons et nos talents pour servir, aider, réconforter,

148
L’enseignement des Rose-Croix

guider, procurer la paix, etc. Vue sous cet angle, la


quête spirituelle que nous devons mener est
simple, car elle consiste à cultiver la sérénité et à
développer l’intelligence du cœur. Cela suppose
d’entretenir des pensées pures, de dire des paroles
utiles, et de faire en sorte que nos actions soient
constructives. Ce faisant, nous permettons à notre
âme d’exprimer pleinement la sagesse qui est la
sienne et de contribuer à l’harmonie en nous et
autour de nous. C’est donc au plus profond de
nous-mêmes que se trouve la source du bonheur,
cette «Shambhala» dont il est question dans cer-
tains textes ésotériques.
Les enseignements traditionnels, c’est-à-dire
issus de la Tradition primordiale, constituent une
bonne réponse aux angoisses de l’homme et un
moyen privilégié pour connaître le bonheur. Lors-
que Jésus déclara qu’«il faut rendre à César ce qui
est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu», il a voulu
dire qu’il est tout-à-fait normal que l’homme
réponde aux exigences de sa vie matérielle (don-
ner à César), mais qu’il doit aussi satisfaire les
exigences de sa vie spirituelle (donner à Dieu).
C’est donc en œuvrant sur ces deux plans qu’il
peut établir l’harmonie en lui, condition sine qua
non au vrai bonheur. Celui-ci n’implique donc pas
de renoncer aux plaisirs physiques ni aux commo-
dités de la technologie, mais de les tempérer par la
spiritualité. Cela revient à dire que l’idéal, pour
tout individu, est de concilier les besoins de sa
double nature. Or, ces besoins sont parfois en
opposition, ce qui pose le problème du libre arbitre
et du choix que chacun doit faire entre ce qui est
bien et ce qui est mal pour lui.

149
L’enseignement oral

[...]
Que ce soit au niveau individuel ou collectif, il
convient de dire que le bonheur réside dans le
désir profond d’être et non d’avoir. Les hommes
sont à la mesure de ce qu’ils font, et les nations
sont à la mesure de ce qu’elles font. Cela veut dire
que la vie sur Terre est à la mesure de ce que les
hommes et les nations en font au fil du temps.
Telle est la Loi. Pour que notre humanité génère le
bonheur, il faut qu’elle fasse preuve de maturité et
qu’elle acquière le sens des responsabilités. Nous
savons que la planète est en danger sur le plan
écologique, que l’humanité est menacée par la sur-
population, que les conditions de vie pour la majo-
rité des êtres humains sont désastreuses, etc. La
solution à ces maux réside, d’une part dans une
spiritualité fondée sur la communion avec le Divin
et sur la pratique de la Vertu, et d’autre part dans
un humanisme basé sur le désir d’établir une véri-
table fraternité entre tous les hommes. Par la
victoire de l’être sur l’avoir, du collectif sur l’indi-
viduel, du spirituel sur le matériel, l’humanité se
régénérera et s’ouvrira elle-même au bonheur.
Nous dirons en conclusion que le bonheur est à
la fois une quête individuelle et collective, fondée
sur le désir de mieux se connaître soi-même et de
mieux connaître les autres. Dans l’absolu, aucun
être humain ne devrait se sentir pleinement heureux
aussi longtemps qu’il sait qu’il y a, près de chez lui
ou à des milliers de kilomètres, des gens malheu-
reux. Le bonheur correspond par conséquent à un
état de conscience qui s’appuie sur des idéaux pro-
fondément humanistes. Or, l’humanisme, au sens
que les Rosicruciens donnent à ce terme, ne peut

150
L’enseignement des Rose-Croix

se concevoir qu’à travers la spiritualité, car c’est


en ayant la conviction qu’il fait partie d’un Plan
divin que l’homme peut se transcender pour son
propre bien-être et celui d’autrui».

S’ensuit un débat entre les membres


présents à la réunion.

151
L’enseignement oral

ENTRETIEN DE LOGE N° 55

Le concept de Dieu

«Nous pouvons être réellement des coopérateurs de


l’Évolution. En cela, la connaissance véritable est
basée sur la tolérance réelle ; de cette tolérance
réelle vient la compréhension absolue ; de la com-
préhension absolue naît l’enthousiasme pour la
paix, qui éclaire et purifie».
Nicolas Roerich (1874-1947)
Artiste et philosophe

152
L’enseignement des Rose-Croix

Le concept de Dieu
[...]
«L’une des plus grandes questions que puisse
se poser un croyant est celle-ci : «Qui est Dieu ?»
ou bien «Qu’est-ce que Dieu ?». Pour tenter de
répondre à cette question, il est préférable de défi-
nir Dieu en suggérant ce qu’Il n’est pas. D’un point
de vue rosicrucien, rien n’est plus faux que de Le
considérer comme un Être anthropomorphique.
Bien que cela vous paraisse évident, songez que
des millions de personnes Le conçoivent toujours
comme un Être suprême auquel elles prêtent, non
seulement une morphologie humaine, mais égale-
ment des tendances et des réactions propres aux
êtres humains. Si vous prenez le temps d’écouter
ceux qui parlent de leurs croyances religieuses,
vous remarquerez que la plupart d’entre eux ont
une compréhension très primitive de Dieu et Le
décrivent d’une manière anthropomorphe et per-
sonnelle. Autrement dit, beaucoup parlent de Lui
comme s’Il était un Surhomme siégeant sur un
Trône situé dans le ciel, et décidant du sort des
mortels avec l’autorité et le pouvoir d’un monarque
absolu. C’est une telle attitude qui explique pour-
quoi tant de croyants craignent Sa colère, Sa
vengeance ou Son opposition, alors que d’autres,
au contraire, Lui prêtent le pardon, l’indulgence,
l’amour et toutes les caractéristiques d’un être
bienveillant.

153
L’enseignement oral

Il est évident que Dieu n’est pas anthropomor-


phe et que tous les défauts ou toutes les qualités
que l’on attribue aux hommes ne peuvent Lui être
appliqués. Il n’est pas davantage une Entité spi-
rituelle. Le considérer comme telle reviendrait à Lui
conférer une nature limitée qui, bien qu’immaté-
rielle, serait confinée dans une sphère quelconque
du monde invisible. Cela supposerait qu’Il ne pour-
rait être conscient que d’une partie à la fois de sa
Création, en l’occurrence celle sur laquelle Il veil-
lerait pour des raisons personnelles et au moment
qu’Il aurait décrété. En fait, une telle conception
de Dieu présente une grande similitude avec la
précédente, la seule différence se situant dans le
fait que l’une Lui prête une individualité physique
que l’autre ne Lui attribue pas. Cependant, dans
les deux cas, on Lui accorde des caractéristiques
intellectuelles et émotionnelles propres aux êtres
humains. Ces deux approches de la Divinité ne
sont donc pas satisfaisantes pour un mystique, car
elles sont fondées sur une tentative de définir
l’Indéfinissable au moyen de termes limités et uni-
quement applicables à l’homme.
Il est intéressant de noter que toutes les per-
sonnes qui ont une conception anthropomorphique
de Dieu ont tendance à Le situer à l’extérieur
d’elles-mêmes, quelque part dans l’espace ou dans
le ciel. Ce constat est particulièrement évident si
l’on considère les cultes religieux et magiques des
tribus primitives. Une telle tendance est naturelle,
car on ne peut Le personnifier sans établir une dis-
tinction entre ce qu’Il est et ce que nous sommes,
tout comme nous le faisons dans la vie courante
entre nous-mêmes et ceux qui nous entourent. Or,

154
L’enseignement des Rose-Croix

une telle distinction n’est pas fondée, car Dieu ne


constitue pas une Entité distincte et séparée du
reste de la Création. Au contraire, Il en fait partie
intégrante et imprègne tout ce qui existe dans
l’univers. Cela signifie qu’Il est à la fois en nous et
hors de nous. Autrement dit, Il pénètre aussi bien
la plus petite de nos cellules que l’étoile la plus
lointaine. C’est précisément pour cette raison que
le microcosme est le reflet du macrocosme et que
la loi d’Hermès énonce : «tout ce qui est en haut est
comme ce qui est en bas». Le meilleur moyen de
L’appréhender consiste donc à Le chercher au plus
profond de soi-même et à en acquérir sa propre
conception.
Nous pouvons naturellement nous demander
pourquoi les hommes ont une telle tendance à
humaniser Dieu. Il est facile de comprendre que
c’est parce que la première référence qu’ils ont à
leur disposition pour Le décrire se limite à eux-
mêmes et au monde qu’ils perçoivent objective-
ment. À cet égard, nous devons bien reconnaître
qu’il est difficile de Le concevoir sans L’associer, ne
serait-ce que l’ombre d’un instant, à des concep-
tions purement humaines. En effet, nous avons
tous tendance à vouloir rendre tangible ce qui ne
l’est pas. Vous noterez d’ailleurs que de nombreux
individus ne croient pas en Dieu uniquement
parce qu’ils ne peuvent pas Le voir, L’entendre ou
prouver qu’Il existe. Pourtant, l’une des plus
grandes marques d’ignorance est de nier la réalité
d’une chose sous prétexte qu’elle ne laisse aucune
impression sur nos sens objectifs. À titre d’exemple,
nous savons tous que l’air existe, car la science
l’a prouvé. Pourtant, les hommes primitifs n’en

155
L’enseignement oral

savaient rien et ne se posaient probablement


aucune question à ce sujet. En outre, le fait de
savoir que ce fluide gazeux existe n’affecte pas sa
nature ni les effets qu’il a sur nous. Cet exemple
simple vous montre bien que la croyance ou la
non-croyance des hommes à l’égard d’une chose
qui échappe à leurs sens et à leur contrôle ne
change rien à l’existence ou à la non-existence de
cette chose. En vertu de ce principe, Dieu est ; l’ab-
sence de Dieu n’est pas.

[...]

Pour les Rosicruciens, Dieu est l’Intelligence


universelle qui a conçu l’ensemble de la Création,
le Verbe originel étant la Vibration primordiale
qu’Il utilisa pour produire le monde manifesté.
Cette Intelligence est Omniprésente et n’est limi-
tée ni dans le temps ni dans l’espace. Pour animer
l’univers, Elle a insufflé une Âme en tout ce qui
existe. C’est naturellement chez les êtres vivants
que cette Âme universelle, qui est virtuellement
pure et parfaite, s’exprime le mieux et avec le plus
d’intensité. S’il en est ainsi, c’est parce que la Vie
lui sert de support pour mener à bien l’évolution
qu’elle poursuit à travers la matière. Parmi toutes
les créatures qui peuplent la Terre, c’est l’homme
qui constitue le meilleur véhicule de l’Âme univer-
selle. Cette supériorité relative est due au fait qu’il
possède une âme individuelle et qu’il dispose de
toutes les facultés lui permettant d’en exprimer les
vertus dans son comportement. C’est précisément
en raison de sa personnalité animique que tout
être humain est capable d’évoluer au moyen de ses
propres expériences, car c’est elle qui lui confère la

156
L’enseignement des Rose-Croix

conscience de soi et la possibilité de l’appliquer aux


différents aspects de l’existence.
S’il est vrai que Dieu est impersonnel et qu’Il
ne doit pas être assimilé à un Être anthropomor-
phique, il n’en demeure pas moins que les plus
belles vertus de la nature humaine sont l’expres-
sion de Sa Perfection. Autrement dit, ce que nous
appelons «amour», «compassion», «bonté», «sincérité»,
«humilité», «altruisme», etc., sont une extension de la
Sagesse divine, telle que l’homme peut la manifes-
ter dans son comportement lorsqu’il a atteint un
niveau d’évolution suffisamment élevé. Cela signi-
fie que plus notre conception de Dieu est positive,
plus nous sommes enclins à agir en conformité
avec les idéaux les plus nobles. La manière dont
nous L’appréhendons est donc très importante, car
elle conditionne notre comportement quotidien et
détermine en grande partie la direction que nous
donnons à notre vie. En fait, elle est le fondement
de notre philosophie et nous sert de guide pour
discerner ce qui est bien de ce qui est mal, un tel
discernement étant indispensable pour appliquer
positivement notre libre arbitre.
[...]
Un ancien adage énonce que l’«on reconnaît un
artiste à ses œuvres». Si l’on applique cet adage à
Dieu, il suffit de contempler la nature et l’homme
lui-même pour se faire une opinion à Son sujet. Or,
nul ne peut nier que la flore, la faune et l’humanité,
dans ce que celle-ci a de meilleur, sont l’oeuvre d’une
Intelligence incomparable. Que l’on appelle cette
Intelligence «Logos», «Yahvé», «Allah» ou «Brahma»,
Elle est la Source unique de tout ce qui existe et

157
L’enseignement oral

constitue le plus grand Mystère auquel nous som-


mes confrontés. En fait, une très grande majorité
d’individus croient en l’existence de Dieu et cher-
chent plus ou moins consciemment à Le connaître.
Ce qui diffère entre eux, c’est avant tout leur
manière de Le concevoir, de Le vénérer et d’appli-
quer dans leur vie la foi qui les anime, ces différen-
ces étant liées principalement à l’influence que les
religions exercent sur eux. Ajoutons que si tous les
croyants se comportaient conformément aux aspects
les plus positifs de leur credo, la paix régnerait
entre tous les peuples et toutes les races.
[...]
Au regard de l’ontologie rosicrucienne, Dieu est
donc l’Intelligence, la Force, l’Énergie, qui est à
l’origine de toute la Création et de tout ce qu’elle
contient sur les plans visible et invisible. En tant
que tel, il nous est impossible de Le concevoir ou
de Le connaître. Cela dit, nous pouvons appréhen-
der les lois par lesquelles Il Se manifeste dans
l’univers, dans la nature et dans l’homme lui-
même. En fait, c’est dans la compréhension et le
respect de ces lois, que nous pouvons qualifier de
«cosmiques» ou de «divines», que réside le bonheur
auquel nous aspirons. Cela suppose naturellement
de les étudier, ce que font les mystiques en géné-
ral, et les Rosicruciens en particulier… ».

S’ensuit un débat entre les membres


présents à la réunion.

158
L’enseignement des Rose-Croix

TABLE DES MATIÈRES

«Le véritable mystique se reconnaît, entre autres


vertus, à ce qu’il donne l’exemple, sinon du silence,
au moins de la tempérance verbale. Il ne parle qu’à
bon escient, c’est-à-dire rarement, et les paroles
qu’il prononce sont riches d’un sens profond».
Jeanne Guesdon (1884-1955)
Philosophe

159
L’enseignement des Rose-Croix

«Je suis coupable de guerre quand j’imagine que


ma race et moi-même devons être privilégiés par
rapport aux autres, quand je pense que le pays où
un homme est né est celui où il doit vivre, quand je
crois que ma conception de Dieu est celle que les
autres doivent accepter».
Ralph Maxwell Lewis (1904-1987)
Philosophe

160
L’enseignement des Rose-Croix

«L’homme est poussé à l’espoir et à l’optimisme par


une injonction de sa nature divine et par un ins-
tinct biologique de survie. En cela, l’aspiration à la
Transcendance apparaît comme une exigence vitale
de l’espèce humaine».
Extrait de la «Positio F.R.C.» (2001)

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Tous droits réservés pour tous pays,
y compris les illustrations : ©A.M.O.R.C.
Septembre 2020