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Marché des armes au Burkina : Qui


fabrique ? qui vend ? qui achète ?
jeudi 6 septembre 2007.
 
La problématique des armes se pose de plus en plus avec acuité. Des victimes à la pelle,
des situations de conflits à n’en pas finir. Bref, le cortège des malheurs du fait des
armes est long, aussi bien au Burkina, en Afrique que dans le mode.

Malheureusement, véritable industrie porteuse, l’armement, qui fait vivre des


économies, laisse apparaître son côté lucratif qui amène à occulter les torts causés par
les utilisateurs malveillants. Le poids économique du secteur est indéniable. Nous
avons cherché à remonter le circuit pour comprendre. Qui fabrique ? Qui vend ? Qui
utilise ? Comment ? Et pourquoi ?

18 février 2004, trois policiers : l’agent Yamtarba Cyprien OUEDRAOGO, l’assistant Issa
OUEDRAOGO, N°3, et le commissaire Dramane COULIBALY tombent sous les balles de malfrats. Le 22 juillet 2004
sur la route Ouagadougou-Accra, des coupeurs de routes attaquent deux cars de transporteurs, bilan, cinq morts,
20 millions de Francs CFA emportés.

Le 10 septembre de la même année, un gendarme abat sa copine de 23 ans d’une balle dans la tête. Dimanche 24
juillet 2005, axe routier Ouagadougou-Pô, braquage avec armes à feu. Bilan, un mort, sept blessés, dont quatre
graves et des biens emportés. Pas plus tard que courant mars 2007, un vigile d’une société de gardiennage parti
réclamer son reliquat de salaire de 6500FCFA chez son patron est abattu par ce dernier d’une balle dans la tête
au quartier Ouidi de Ouagadougou.

Dans la même période, un père de famille abat son fils avec un fusil du côté de Gounghin... Une macabre liste loin
d’être close ; l’arme à feu aux mains de personnes sans scrupules fait ses œuvres morbides. Quelles soient de
fabrication traditionnelle ou industrielle les armes ont toutes un point commun, elles donnent la mort. Et
pourtant, elles seront toujours fabriquées pour le malheur de tous car leur industrie autant elle tue, autant elle
nourrit. Le commerce des armes est très florissant de part le monde, il fait brasser de quantités énormes de
devises aussi, l’on voit mal les acteurs du secteur et même les Etats envisager son extinction.

Au Burkina, ils sont nombreux à tirer leur pitance quotidienne de l’activité commerciale des armes. C’est le cas
du vieux Karamoko TRAORE. La soixantaine bien sonnée, « papa » comme l’appellent affectueusement ses
proches tire ses revenus de la fabrication, la vente et des réparations des armes. « les armes chez moi, c’est une
histoire de famille. Mon père a appris avec son père, j’ai appris avec lui, aujourd’hui mon fils aîné est prêt pour
me remplacer. C’est un héritage qui se transmet de père en fils ».

Dans son atelier situé devant la cour familiale, dans un quartier populaire de Ouagadougou, le vieux Karamoko
et deux de ses fils s’activaient à achever trois commandes de fusils de chasse. Pendant que le plus petit, Amidou,
s’échinait à tenir le feu de la forge. Bamouni, l’aîné, (27 ans révoltait) lui, termine les finitions de la pièce
maîtresse de l’arme : la chambre de mise à feu. Un travail de longue haleine qui demande de la patience, de la
précision, bref du temps. Deux à trois semaines, c’est le temps qu’il faut au vieux Karamoko et ses apprentis de
fils pour fabriquer un fusil de chasse calibre 12.

Mais dur est le temps pour les armuriers


Recrudescence du banditisme, exacerbation des conflits, etc, font que les armuriers passent des jours difficiles
ces dernières années. Il est question de lutter contre la prolifération des armes légères. Du coup, les Etats
s’arment de textes (convention CEDEAO contre les armes légères) pour réduire la circulation des armes.
Conséquence, les armuriers tels le vieux Karamoko sont à la peine. Une récession s’est installée dans le secteur
car les consommateurs se raréfient.

Voilà par exemple un bout de temps que la forge de « papa » n’avait pas fonctionné faute de commandes :
« Avant, on fabriquait même pour exposer car en ce temps les affaires marchaient, on vendait une arme à 90
000F CFA, mais aujourd’hui avec 50 000F CFA et même moins, je te fabrique une arme. Nous fabriquons
également les fusils pétards que nous appelons « bougdandouille » pour des cérémonies diverses. Mais rien de
tout ça ne marche actuellement.
C’est pourquoi il arrive des fois que je donne un coup de main à mes clients pour l’obtention de leurs papiers,
puisque sans permis d’achat, je ne peux pas fabriquer. Le plus dur c’est qu’on peu passer trois mois sans une
seule commande à plus forte raison une réparation. Du coup, on survit en attendant des jours meilleurs. C’est
vous dire à quel point la situation est devenue difficile ». Nous a confié tristement le vieux Karamoko. Le nombre
des armuriers fabricants au Faso, personne ne saurait le dire avec exactitude, pas même l’AFRIMA (l’Association
des fabricants et importateurs d’armes du Burkina).

A cause de l’exiguïté du marché et des tracasseries administratives, beaucoup sont entrés dans la clandestinité.
C’est le cas de Hamidou K. qui traverse les frontières burkinabè pour s’approvisionner dans les pays voisins et
pouvoir ravitailler ses clients. Ses propos sonnent comme une défiance à l’autorité : « L’Etat pense que c’est en
augmentant les frais de l’agrément qu’il va mettre fin à nos activités. Ce n’est pas possible. Si on n’a pas l’argent
pour être en règle, on devient clandestin et on opère tranquillement.

D’ailleurs, c’est plus rentable. Comment voulez-vous qu’on paye 250 000F CFA pour exercer un métier qui te
procure difficilement cette même somme ? ». Le vieux Karamoko embouche la même trompette : « L’Etat est bête
quoi. S’il croit que ce montant va nous dissuader, il se trompe. Si c’est trop cher, on va se cacher pour fabriquer.
Et je vous dis, même au temps des colons, il y avait deux gardes-cercles en poste devant notre concession
familiale pour contrôler mon grand-père puisque la fabrication était interdite. Ça ne l’a pas empêché de faire son
travail. A chaque fois que le colon entendait le marteau taper sur l’enclume, il débarquait et constatait que c’était
une pédale de vélo qu’on réparait, mais ce qu’il ne savait pas c’est que c’était une arme. J’ai même perdu un oncle
dans les geôles du colon mais ça n’a pas arrêté notre travail, bien au contraire ».

C’est dire que la convention CEDEAO contre la prolifération des armes est vue d’un mauvais œil du côté des
armuriers parce que c’est leur gagne-pain qui en dépend. Les armuriers ne sont pas les seuls à être inquiets. De
plus en plus, les concessionnaires des zones de chasse s’interrogent sur l’avenir de leur métier au regard de la
complexité du problème. Selon un responsable de zone de chasse, dans l’Est du Burkina, il est difficile de faire
rentrer les munitions de certains calibres pour la chasse.

L’activité a-t-elle encore de beaux jours devant t-elle ?


Avec une clientèle composée à 90% de paysans, les armuriers, malgré les difficultés, ne démordent pas. Autant les
clients traditionnels sont en train de disparaître, autant une nouvelle race d’utilisateurs voit le jour notamment
les utilisateurs malveillants. En effet, les bandits et autres coupeurs de routes s’approvisionnent généralement,
selon les services de polices, chez les armuriers locaux.

En plus de cela, l’essor spectaculaire des compagnies de gardiennage, puissamment armées en milieu urbain, et
des « milices rurales », pour répondre à l’incapacité croissante de l’Etat à assurer la sécurité des personnes et des
biens représente une manne inespérée pour eux. Selon un rapport onusien, « 8 millions d’armes circulent de
manière illicite en Afrique sur lesquelles aucun Etat n’a de contrôle. Et, chaque minute, une personne meurt des
violences armées. Plus de 50% des armes qui échappent au contrôle des Etats africains sont des armes de
fabrication locale.

Ainsi la production locale au Burkina et en Afrique de l’Ouest en général échappe au contrôle légal et
règlementaire des divers Etats ».
Les armuriers refusent de se reconnaître dans les attaques à mains armées alors que certains d’entre eux sont
souvent soupçonnés de collaboration avec les bandits, et mieux, il arrive que d’autres soient appréhendés pour
les mêmes faits. « C’est avec consternation et amertume que nous entendons ces nouvelles qui affligent notre
corporation ». Soutient « Papa ».

La sauvegarde de millions de vies humaines dans notre pays et partant dans la sous-région ouest africaine ne
dépend que de la volonté politique de nos dirigeants qui devraient maîtriser la chaîne de fabrication et de
« consommation » des armes légères. La maîtrise des armes est l’un des principaux défis sécuritaires de ce XXI
siècle. Si rien n’est fait, la communauté internationale ne pourra ni résoudre les conflits ni promouvoir la
démocratie.

Par Frédéric ILBOUDO

Qui peut détenir une arme au Faso ?

Le commissaire Lazare TARPAGA, Directeur général de la Surété de l’Etat « Nous recevons en moyenne 1
200 dossiers de demande d’achat d’arme par an »

Posséder une arme est devenu pour certains une nécessité. Pour d’autres, l’arme est un objet de frime qu’on
exhibe dans les débits de boissons ou devant les copains. Mais la détention d’arme à feu obéit à une
réglementation que beaucoup ne respectent pas souvent. Nous avons rencontré le Directeur de la Sûreté de
l’Etat, M. Lazare TARPAGA, pour en savoir plus sur la réglementation en vigueur. Comment se procure-t-on une
arme ? Qui peut en détenir ?.

Selon le décret 268 qui réglemente le domaine des armes dans notre pays, personne ne peut se déplacer avec une
arme sans autorisation. Détenir une arme, la porter, obéit à des règles comme nous l’affirme le commissaire
TARPAGA, directeur de la Sûreté de l’Etat : « L’acquisition, tout comme la détention, le transfert et le transport de
toute arme à feu perfectionnée et des éléments qui lui sont liés sont régis par le décret
n°2001-268/PRES/PM/SECU/MATD/DEF/MEE/MJPDH du 08 juin 2001.

Toute personne (des deux sexes et de toute nationalité qui a atteint l’âge de la majorité),
désireuse d’acquérir une arme à feu civile, doit adresser au Ministre de la Sécurité sous
couvert du Commissaire de police territorialement compétent ou de l’autorité administrative
locale dans les localités où il n’existe pas de services de Police, une demande revêtue de
15.000 francs de timbre fiscal pour les fusils d’épaule et 25.000 francs pour les armes de poing
dont le calibre est inférieur ou égal à 7,65 mm. La demande doit comporter : un extrait d’acte
de naissance ; un casier judiciaire n°3 ; la photocopie légalisée de la carte d’identité ; un
certificat de résidence ; deux photographies d’identités récentes.
Lazare Tarpaga
Tout dossier de demande d’autorisation d’achat d’arme à feu est assorti d’une enquête de
moralité diligentée par les services de Police autour de la personnalité du requérrant. » Il est important de
signaler qu’ à l’expiration de du délai, lorsque l’arme n’a pu être achetée, une prorogation non renouvelable de
durée égale peut être accordée au bénéficiaire sur sa demande timbrée à la valeur des timbres nécessaires pour
l’acquisition de l’arme suivant la voie précédemment citée.

Selon M TARPAGA, tout bénéficiaire d’une autorisation d’achat d’arme qui aura acheté son arme, doit la
présenter au service de Police territorialement compétent pour la délivrance d’un permis de détention en
échange de l’autorisation d’achat. Un permis de détention qui n’est aucunement lié à ladite arme et est une
autorisation administrative qui donne droit aux personnes physiques de détenir chez elles une arme à feu civile.

En d’autres termes le permis de détention est la ‘’carte grise’’ de l’arme à feu. Les services de police ne disposent
pas de chiffres exacts ou approximatif des armes en circulation sur le territoire national. « En moyenne, nous
recevons 1.200 dossiers de demandes d’autorisation d’achat d’arme à feu que nous traitons avant de soumettre à
signature. A titre d’exemple, les dossiers qui ont été étudiés et traités au cours des deux dernières années se
récapitulent comme suit en 2005, 1.400 dossiers reçus. Huit (08) ont été rejetés pour des raisons diverses et 1.392
conformes aux normes requises ont obtenu du Ministère, les autorisations d’achat au profit des requérants.

En 2006, 1.000 dossiers ont été reçus. Six (06) demandes ont été rejetées et 994 autorisations d’achat d’arme ont
été délivrées. On retient que de ces nombres, beaucoup n’arrivent pas à acheter leur arme pour des raisons
diverses et reviennent renouveler leurs autorisations déjà expirées. » Les armes les plus usitées selon les services
de police dans notre pays sont entre autres les fusils de chasse calibre 12 mm, (marque Baïkal, Beretta, simple
arme) et des pistolets automatiques calibre 7,65mm (marque Tanfoglio, Beretta, C-Z, Taurus).

Pour ce qui est des armes généralement utilisées par les délinquants, il s’agit des armes de guerre notamment
des ‘’Kalachnikov’’ auxquelles s’ajoutent des fusils de chasse et des fusils de fabrication locale. Mais dans les axes
secondaires, ce sont surtout des fusils à canon sciés et des pistolets de fabrication locale. Pour ce qui est de la
provenance, « Les armes vendues par les commerçants agréés proviennent généralement d’Italie, d’Espagne, de
France, du Sénégal, d’Allemagne ou directement de la Russie.

En ce qui concerne les armes utilisées par les délinquants, les Kalachnikov sont de marque Russe et viennent
initialement des pays de l’Europe de l’Est. Mais une fois en Afrique de l’Ouest, il est difficile de dire qu’ils
viennent de tel pays ou de tel autre. Par contre, les fusils d’épaule de fabrication artisanale proviennent du
Burkina Faso. Plus d’une fois, des poursuites engagées contre des malfrats fuyards ont permis de savoir qu’ils
partent en direction des pays voisins.

Mais cela ne suffit pas pour conclure que les armes viennent de ces pays voisins » souligne M. TARPAGA.
Aujourd’hui, les gourdins, coupe-coupe et autres armes blanches sont devenus inefficaces entre les mains des
délinquants. En effet, que peut un gourdin contre un véhicule automobile ? C’est certainement ce qui pousse les
délinquants à avoir recours aux armes à feu.

Colonel Paul YAMEOGO SP, CNLPAL : « Dans cette lutte, une arme récupérée c’est peut-être une vie qu’on a
sauvé »

La Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petits


calibres (CNLPAL). C’est la « cellule » que le gouvernement a mise en place pour limiter les
dégâts causés par les armes dans notre pays. En dépit de sa jeunesse, elle est très active sur
le terrain. Et même si ses actions ne sont pas encore visibles le colonel YAMEOGO reste
confiant car c’est une action qui porte fruit dans la durée.

Pourquoi une convention contre la prolifération des armes légères dans l’espace
CEDEAO ?

Col P Y : La convention est née d’un moratoire qui a été signé en 1998 pour pallier le trafic
et la prolifération des armes légères dans l’espace CEDEAO. Il a fallu pour cela mettre en
Colonel Paul place rapidement un système pour lutter efficacement contre la circulation des armes due
YAMEOGO d’abord aux crises armées qui ont eu lieu dans certains pays de la sous-région comme la
Côte d’Ivoire, la Sierra Léone, le Libéria, etc. et qui ont essaimé beaucoup d’armes dans la sous-région.

Le moratoire était prévu pour durer trois ans,mais au bout de deux reconductions tacites les décideurs se sont
rendus compte qu’il fallait engendrer quelque chose de plus opérationnelle, qui puisse vraiment répondre aux
préoccupations réelles de la prolifération des armes dans la sous-région. Du moratoire, il fallait trouver un texte
beaucoup plus contraignant et qui prend en compte encore plus d’aspect de la prolifération des armes légères.
C’est ce qui a motivé la naissance de la convention le 14 juin 2006 qui est un texte juridique contraignant. C’est
dire que si tous les 16 pays de l’espace venaient à la ratifier, elle devient de facto un élément juridique et chaque
pays a obligation de l’appliquer.

La situation est-elle aussi préoccupante pour qu’on en arrive à cela ?

Col P. Y : Oui. Avec tous les conflits qui ont secoué notre sous-région, le problème a pris des proportions
inquiétantes. Aujourd’hui les armes en circulation illégales posent un sérieux problème de sécurité et si rien
n’est fait pour contrôler cela, c’est sûr que ça peut engendrer des situations dommageables pour la paix et la
stabilité dans nos pays. Il y a qu’à observer la recrudescence du banditisme au niveau sous régional pour s’en
rendre compte de la situation.

A combien estimez-vous aujourd’hui alors le nombre d’armes en circulation dans notre pays ?

Col P Y : C’est une estimation qui est difficile à faire dans la mesure où la nature même de ce phénomène est celui
de l’illégal. Et comme vous le savez, ce qui est illégal est difficilement quantifiable. Ce que je peux dire c’est que
en matière de chiffre, le seul référentiel est celui de l’ONU qui dit qu’on dénombre à peu près 680 millions
d’armes qui circulent dans le monde, dont 8 millions dans notre sous-région au cours de la dernière décennie.

Aujourd’hui encore il est toujours question de ces 8millions d’armes alors que l’on s’ait qu’entre temps, il y a eu
d’autres conflits qui se sont éclatés, ce n’est donc pas possible que ce chiffre reste en l’état. C’est pour dire que
c’est un phénomène très difficile à appréhender. Ce qu’on peut faire c’est peut être une estimation. Si on dit qu’il
y a 8 millions d’armes il y a quatre ou cinq ans, en pondérant un peu, on pourrait dire qu’il y a peut-être deux
millions de plus. Ce qui nous donnera un total de 10millions d’armes en circulation illégale dans la sous-région.
Mais pour ce qui est de notre pays à proprement dit, il reste difficile de chiffrer.

D’aucuns disent que c’est sous la pression des Nations unies que les dirigeants de nos pays ont pris le
problème à bras le corps, qu’en dites vous ?

Col P.Y : Je ne pense pas que ce soit les Nations unies dans la mesure où ce n’est pas sous l’instigation de cette
dernière que nos États ont adopté le moratoire. Je crois que cela était une nécessité pour nos pays au regard du
danger que la prolifération de ces armes peut provoquer. Il faut savoir que ce qui se passe actuellement n’est pas
propre à notre sous-région, parce qu’il y a dans d’autres lieux des décisions similaires qui sont prises pour
stopper le phénomène. L’on peut citer en occurrence le protocole de Naïrobi, et celui de la SADEC. A la vérité, les
pays africains ont compris la nécessité de mettre en place des structures pour combattre le fléau. Mieux, nul n’est
besoin de vous dire que c’est malheureusement sur notre continent qu’il y a le plus de crises et donc le plus
d’armes en circulation. C’est donc une préoccupation pour tout le monde.

Comment comptez-vous mener à bien votre mission quand on sait que dans certains pays de la sous-région
on trouve des industries d’armement, et que dans la quasi-totalité des pays on rencontre des fabricants
locaux ?

Col P.Y : Vous faites bien de le dire, mais il faut aussi signaler que la convention a prévu des dispositions pour
réguler la fabrication des armes et des munitions. Dans le moratoire, il était interdit de fabriquer des armes dans
l’espace CEDEAO, on s’est rendu compte que c’était des dispositions qui n’étaient pas du tout réaliste. Vous prenez
un pays comme le Ghana voisin, il y a vraiment une industrie de fabrication locale des armes. C’est une industrie
qui fabrique des milliers d’armes par jour, il fallait prendre cela en compte et l’inclure dans la convention.

Dans la convention il est dit que chaque État doit dresser la liste exhaustive des fabricants locaux et leur
enregistrement dans les registres nationaux d’armes. Cela a t- il été fait au Burkina ?

Col P.Y : Après notre installation, et après la relecture du décret portant création de la commission nationale nous
avons pris attache avec l’association des armuriers du Burkina qui était incontournable dans la lutte contre la
prolifération des armes. Nous avons dès lors demandé aux premiers responsables de cette association de nous
fournir la liste exhaustive des fabricants locaux d’armes dans notre pays. Cette liste nous a été dressée et pour
confirmer cela, nous avons organisé un atelier pour prendre langue avec eux à travers les responsables
régionaux. Il est ressorti de nos discussions que près de 99% des armuriers de notre pays ne sont pas inscrits sur
le fichier en question. Cela s’explique du fait que c’est une activité qui pour la plupart s’exerce dans l’illégalité.

C’est le décret 268 portant régime des armes et munitions civiles au Burkina Faso qui régit l’activité. L’obstacle
majeur qui conduit la majeure partie des armuriers à travailler dans la clandestinité est dû à mon avis aux coûts
très élevés des taxes pour pouvoir exercer leur activité. Une démarche a été entreprise auprès de nos services
pour voir dans quelle mesure la commission pouvait intervenir à ce sujet. Nous sommes aujourd’hui en train de
relire le décret 268. C’est un dossier qui est traité par plusieurs ministères et je pense qu’au finish on pourra peut-
être trouver une solution qui arrange tout le monde.
Il est dit également qu’il faut règlementer les activités des fabricants et adopter des politiques et
stratégies pour réduire la fabrication des armes cela est - il effectif ?

Col P. Y : Notre pays a adhéré au projet SATGRA. C’est un projet qui vise dans un de ses volets à voir comment on
pouvait soutenir les fabricants locaux à se reconvertir. Nous avons entrepris la démarche auprès de l’association
des armuriers avec qui nous avons fait le tour de 4 régions du pays pour sensibiliser les acteurs par rapport à
cette nouvelle donne qui s’offre à eux. Je ne peux pas vous dire qu’ils étaient tous partant, mais la majorité en
tout cas avait manifesté un intérêt pour le projet si l’aide était conséquente. Nous avons aussi rencontré des
fabricants pour qui il n’était pas question d’abandonner cette activité, parce que cela relevait d’une question de
tradition familiale et il n’était pas question de briser cette chaîne du savoir familial dont les conséquences
peuvent être irréversibles selon eux.

Malheureusement le projet SATGRA bat de l’aile car depuis notre rencontre avec les acteurs rien n’a bougé. Les
difficultés de la reconversion des fabricants locaux ne sont pas propres au Burkina. Le Ghana voisin se retrouve
dans la même situation. Pour la piste qui est de les recruter dans l’armée je dis que c’est une piste qui peut être
explorée. Mais comme vous le savez, il y a des conditions de recrutement dans l’Armée et je pense que tout jeune
armurier qui satisfait aux conditions de recrutement peut postuler et s’il est recruté, il peut être reversé à la
direction du matériel.

Que dispose la convention en ce qui concerne les fabricants industriels où les acheteurs ?

Col P. Y : Pour les fabricants industriels, c’est beaucoup plus draconien. La convention stipule que l’usine
fabricante dépose au niveau de la CEDEAO, le nombre d’armes qui seront fabriquées, toutes les spécificités des
armes qui sortiront de leur maison. La convention exige également qu’il y ait une traçabilité des armes.

Y a-t-il un espoir que cette lutte soit gagnée quand on sait que les grandes puissances sont les plus grands
fabricants d’armes donc les plus grands vendeurs ?

Col P Y : On ne va jamais à la guerre en disant qu’on va la perdre. Nous sommes conscients que c’est un peu le
combat de David contre Goliath. Nous sommes également conscients qu’il y a de très gros intérêts financiers qui
sont en jeu. Ce que nous demandons, c’est que l’on puisse règlementer le commerce des armes. Parce que le plus
souvent ce sont des armes licites qui deviennent illicites parce qu’elles sont détournées de leurs objectifs de
départ. Il faut que l’on se dise que dans cette lutte, à chaque fois qu’une arme est retirée, c’est peut-être une vie
de sauvée. Il y a un projet de Traité au niveau de l’ONU sur le commerce des armes. Chaque pays membre est
invité à envoyer ses propositions, ses visions des termes du Traité.o

Frédéric ILBOUDO

L’Opinion

Vos commentaires
1. Le 6 septembre 2007 à 10:29, par Yamyélé En réponse à : > Marché des armes au Burkina : Qui
fabrique ? qui vend ? qui achète ?

C’est ce travail d’artisanat qu’il a appris depuis des lustres. Vous voulez qu’il fasse quoi d’autre pour se
nourrir ? Proposez-lui alors un autre métier. Moi Yamyélé, je connais ces gens-là : leurs grandes familles
sont dispersées au Burkina et en CI : Bobo, Sidéradougou, Loropéni, Gaoua, etc. Ce sont des gens honnêtes
et leur arrière grand-père était le forgeron de Samory Touré et c’est lui qui faisait les fusils qui ont permis
la supériorité de l’armée de Samory. En plus, ils ont un côté de tradipraticien et on peut citer des gens
comme les Bassiriki de Bobo, etc. Ils font aussi du bronze. Vous parlez des choses sans les savoir en réalité.

Ils vendent leurs armes pour vivre et même eux ne les vendent pas sans que le client ne présente une
autorisation d’achat d’arme de traite délivrée par l’autorité compétente. Pour les armes modernes, on peut
s’adresser à des structures à Ouaga et Bobo qui appartiennent aux fils de cette même grande famille.

Ce sont les jeunes délinquants utilisent leurs armes à d’autres fins. Regardez par exemple la jeunesse que
nous avons aujourd’hui :

Une jeunesse pagailleuse, irrespectueuse et inconsciente surtout dans Ouaga là ? Une jeunesse qui ne que
fait mimer ce qu’elle n’est pas !

Une jeunesse qui est entrain de perdre sa jeunesse dans les maquis avec le tabac, la drogue, le pastis
frelatté, le guin et l’epéron frelattés. Une jeunesse impolie, paresseuse et fainéante qui a fait du vol un
métier !

Regardez cette jeunesse-là dans tous les carrefours : elle est posée avec un petit fourneau de thé entrain de
critiquer et rigoler aux éclats des passants. C’est simplement une jeunesse qui s’est massacrée l’avenir.
En plus, elle attend tout du pouvoir. Sa seule parole : ’’Y a pas de travail !!’’ ; et vos grands parents au
village ? Ils ne cultivent pas eux ? Cultiver c’est pas travail ? Tampiiba !! Babôgôdewn !!!!

Regardez à la télé, les jeunes qui animent certaines émissions : ils sont avec des cheveux tressés ou avec
des dreadlook de rasta, habillés à moitié. Regardez les danseurs et danseuses avec leurs jeux de rein
provocateurs de prostitution. Quels exemples ces chimpanzés donnent ? Que peut-on attendre de ces gens-
là ? Absolument rien !!!!!

Par Yamyélé, militant de l’ODP/MT (aujourd’hui CDP) l’oublié du CDP.

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^ Le 6 septembre 2007 à 16:36, par Pascal En réponse à : > Marché des armes au Burkina : Qui
fabrique ? qui vend ? qui achète ?

"Par Yamyélé, militant de l’ODP/MT (aujourd’hui CDP) l’oublié du CDP" mon frere pourquoi
t’affabuler de ce titre toujours, bats toi en homme et tu te refferra surface au CDP, mais un petit
conseil les forums sur internet surtout sur ce site ne sont pas un endroit indiqué pour y faire un
terrain de combat.
Fraternellement.

Répondre à ce message

^ Le 6 septembre 2007 à 20:19, par Taka En réponse à : > Marché des armes au Burkina : Qui
fabrique ? qui vend ? qui achète ?

Mr Yamyele,

Un peu de respect dans vos ecrits quand meme ’’ ......Tampiiba !! Babôgôdewn !!!!’’ de injures...??? on
dit souvent que nos ecrits se rapportent a nous-memes. Retenez bien la citation de Nicolas Boileau,
elle est tres importante et bien instructive : « Avant donc que d’écrire, apprenez à penser. »

A bon entendeur salut !

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2. Le 7 septembre 2007 à 15:25, par Yamyélé En réponse à : > Marché des armes au Burkina : Qui
fabrique ? qui vend ? qui achète ?

Bon, Taka et Pascal, excusez-moi pour les injures, c’est que mon coeur ’’était levé’’. Je ne suis pas non plus
un philosophe pour comprendre Boileau, Charles de Secondat (Chateaubriant), Montesquieu et tous les
autres. Mais entre nous, regardez la jeunesse des maquis, celà ne vous décourage pas vous ? Il faut les
moraliser !!!!!

Vous êtes vraiment décidés à attaquer Yamyélé de toute part ? Eh bien continuez, et le prendrai congé de
vous sur ce site pour allez sur un autre. Vous serez tous découragés quelques instants après, je suis sûr !!!

Vive le CDP, et ODP !!!! Hoyéééé !!!! ODP !!! Hoyéééé !!!!!

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