INTRODUCTION AU DROIT CONSTITUTIONNEL L’étude du droit amène d’abord à se poser la question : qu’est-ce que le droit ?

« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit » (Henri Lacordaire, 45ème conférence Notre-Dame). « La loi, comme l’enfer, est souvent pavée de bonnes intentions ». Le droit permet d’organiser la vie des hommes en société. Il peut se définir comme l’ensemble des règles de conduite extérieures, définies par des hommes pour régir les rapports sociaux, et généralement sanctionnées par la contrainte publique. La sanction attachée à la règle de droit est ce qui distingue cette dernière des autres règles, telles que les règles morales et de politesse. Dans l’inconscient des hommes existe déjà l’idée vague de droit. Lorsque plusieurs êtres se retrouvent ensemble, apparaît aussitôt quelque besoin d’ordonner leurs conduites. Ces règles de conduite peuvent être éparses et informelles. Elles composent un ensemble : le Droit. Lorsque la vie en société humaine se développe, il se produit des regroupements de règles, et même de code : le code de la route, par exemple, est un ensemble de règles de droit, de règles juridiques. Même s’ils ne s’en rendent pas toujours compte, les hommes entrent en contact avec le droit : par la route ou par l’impôt, par l’achat d’un pain le matin ou d’un journal, et même par l’heure que dit la montre ou l’horloge. L’heure est fixée sur la base des fuseaux horaires que l’ordre juridique a définis. Le droit fait partie de la réalité quotidienne. L’idée de base est que le droit est un phénomène social et normatif. Dans toutes les sociétés humaines, les relations entre les hommes sont régies par des règles diverses. Ces règles imposent des contraintes. Même dans la société la plus libre, les individus sont soumis à un minimum de règles. Il y a par exemple des règles économiques concernant la production, la circulation et la répartition des richesses ; des règles qui intéressent les mœurs (pratique religieuse ou coutumière) ; des règles juridiques, qui visent à assurer l’ordre, la sécurité des personnes et des biens, l’harmonie sociale. Dans certains systèmes juridiques ou politiques, la signification du mot droit est unique. En droit anglais ou en droit japonais, le droit sert à désigner les règles gouvernant la vie des hommes en société. Dans le droit français et le droit francophone dont fait partie le droit malgache, le mot droit désigne deux ensembles qui diffèrent profondément. 1°) Au sens large, le « Droit », c’est un ensemble de règles de conduite qui, dans une société donnée, régissent les rapports entre les hommes. Ici, le droit se traduit par des règles. A cet ensemble de règles, on applique l’expression Droit objectif car le droit se définit par son objet. Ex : - en droit malgache, « les enfants doivent des aliments à leurs pères et mères et autres ascendants et réciproquement », c’est-à-dire que le père ou la mère qui n’est pas

les « droits » sont les prérogatives personnelles que le Droit objectif reconnaît à un individu ou à un groupe d’individus et dont ceux-ci peuvent se prévaloir dans leurs relations avec les autres. Il y a de nouvelles matières juridiques qui continuent à apparaître comme le droit économique. Donc. Les droits subjectifs sont différents du droit objectif et cette distinction est fondamentale. en tant que discipline scientifique. le droit du développement. . Le droit est ici envisagé du point de vue de son titulaire. Le droit de créance est un droit subjectif. dérive seulement de la règle de droit. c’est-à-dire des personnes au profit desquelles la règle objective reconnaît des prérogatives. c’est-à-dire du sujet de droit. Dans les sociétés modernes. Le droit objectif est l’ensemble des règles juridiques obligatoires applicables dans un pays. Les mots « droits subjectifs » désignent une prérogative individuelle. c’est-à-dire que pour réclamer son ou ses droits. il s’agit d’une réglementation générale et impersonnelle des rapports sociaux. Le droit réglemente la vie en société et il évolue donc avec l’évolution de la société. le droit des affaires. est une science très vaste. le droit des investissements. on donne au mot droit un caractère plus personnel et plus concret. le droit de l’informatique. Lorsqu’on parle de droit subjectif. Le droit doit réglementer de nouveaux problèmes qui apparaissent au sein de la société. C’est le droit objectif où le mot droit est pris dans son sens de règle de vie sociale. Dans cet exemple. par opposition au droit objectif. Il en est de même pour le droit de propriété. 2°) Au sens restreint. la justice privée n’est pas admise. Avec le progrès technique. il est généralement admis que la règle de droit constitue bien la base des études de la science du droit et que le droit. la diversité de la science juridique s’accentue. Il y a cependant des liens entre le droit objectif et les droits subjectifs. Cette prérogative est assortie de la sanction de l’autorité étatique. etc. Il comporte plusieurs ramifications ou branches. en invoquant.capable de subvenir à ses besoins aura le droit d’exiger de ses enfants le versement d’une pension alimentaire. On parle alors de droits subjectifs. Ex : Un créancier a le droit de réclamer la somme due par son débiteur. Ces règles sont établies par le pouvoir régulièrement en place dans le pays et sont destinées au maintien de l’ordre et de la sécurité. Grâce à cette prérogative. à « préserver les intérêts subjectifs légitimes et de réprimer les intérêts subjectifs illégitimes » (Huguette Jones). Ce sont par exemple le droit de propriété ou le droit de créance. Quoi qu’il en soit. le droit. le droit objectif est supérieur aux droits subjectifs. Le droit est envisagé du point de vue des sujets. une personne peut exiger d’une autre qu’elle fasse ou ne fasse pas quelque chose (obligation ou interdiction). alors que les mots « droit objectif » servent à désigner le droit en tant que règle. Le droit est divisé en une très grande diversité de matières juridiques. au sens subjectif. Aujourd’hui. s’il y a lieu la protection et l’aide des pouvoirs publics. On dit qu’il a un droit subjectif. l’individu doit passer par la justice de l’Etat. La question est de savoir si c’est le droit objectif ou les droits subjectifs qui doivent être pris comme base de la science du droit.

Ils en ont encore dans les rapports que tous les citoyens ont encore entre eux. Le droit français a hérité cette distinction du droit romain. d’une part. » La pérennisation de la distinction droit public-droit privé résulte aussi de l’enseignement dispensé dans les facultés de droit où la distinction a pris une importance institutionnelle. – LA DISTINCTION DU DROIT PUBLIC ET DU DROIT PRIVE La distinction droit public-droit privé que connaît le droit malgache a été reprise du droit français. Chapitre premier. le terme droit public correspond à ce que l’on appelle aujourd’hui le droit international. d’autre part. des personnes morales qui sont le plus souvent créées par l’Etat. les hommes ont des lois dans le rapport de ceux qui gouvernent. Les programmes officiels et les professeurs continuent aujourd’hui à véhiculer et à transmettre cette distinction. C’est la summa divisio ou distinction fondamentale. il y a deux aspects : le public et le privé. Montesquieu écrit : « Considérés comme vivant dans une société qui doit être maintenue. l’utilité des particuliers. correspond à peu près à notre conception actuelle du droit public général. Le droit public concerne l’état de la République. le droit privé. le droit romanogermanique est traditionnellement divisé en droit public et droit privé.Pour mettre un peu d’ordre dans toutes ces matières juridiques. » Cette division fondamentale selon laquelle le droit public concerne la république romaine et le droit privé les particuliers a traversé les siècles en connaissant bien des vicissitudes. Chez les auteurs politiques du XVIIIe siècle. employé par JeanJacques Rousseau. Cette division est moins présente au sein des systèmes juridiques anglo-saxons également nommés systèmes de « common law ». l’Etat. appliqué à Madagascar sous la colonisation.LES CRITERES DE LA DISTINCTION Le droit public et le droit privé peuvent. et c’est le droit politique. Titre Premier. notamment doctrinales. La distinction traditionnelle entre le droit public et le droit privé a été établie par le jurisconsulte romain Ulpien (178-228 après Jesus-Christ) de la manière suivante : « Dans l’étude du droit. Le terme droit politique. CRITERE ORGANIQUE Le droit public est le droit applicable à une relation juridique au sein de laquelle une personne publique est présente. en théorie. Il en est de même de Montesquieu dont l’opposition entre droit politique et droit civil correspond à la distinction faite par Ulpien entre droit public et droit privé. Les personnes publiques sont. affectées par lui à une fonction d’intérêt général et .. et c’est le droit civil. Dans L’Esprit des lois. être distingués sur la base des critères suivants : 1. mais sans jamais totalement disparaître.

Pour les personnes morales. il pose les règles applicables aux contrats conclu entre ces personnes. l’acte juridique de droit privé est passé dans l’intérêt de son auteur ou dans un autre intérêt privé. Ainsi. d’autre part les groupements d’individus dotés de la personnalité juridique. Le droit public régit encore les relations des personnes publiques entre elles. dont elles sont organisées. associations. La règle de droit privé serait. Les personnes privées sont. Le droit privé est la partie du droit qui régit les rapports entre les particuliers qu’il s’agisse de personnes physiques ou de personnes morales de droit privé. c’est-à-dire la manière dont elles sont créées. est une technique très souvent utilisée en droit public. les régions.dont il surveille étroitement le fonctionnement (par exemple les provinces autonomes. communes). La règle de droit privé est parfois impérative mais souvent elle se borne à autoriser une certaine activité. comme une personne physique. donc c’est une règle permissive. Au contraire. des lois organiques fixent le statut des provinces autonomes. Il s’applique notamment aux relations entre Etats. les communes. il règle les questions de formation (par exemple constitution de sociétés) ou de fonctionnement. que l’on appelle personnes morales. il règle les questions de filiation. des intérêts privés. non dans l’intérêt de leurs auteurs. Par exemple : sociétés commerciales. les hôpitaux publics. CRITERE TELEOLOGIQUE (par rapport à la finalité) La règle de droit public aurait pour but de promouvoir l’intérêt général. les individus que l’on appelle personnes physiques. 3. notamment en ce qui concerne la forme des règles. . et fonctionnent. etc.). les questions matrimoniales et successorales. c’est-àdire capables. La règle de droit public est généralement impérative : elle se présente sous la forme d’un ordre ou d’une interdiction. Le droit privé réglemente le statut de ces personnes. destinée à protéger des intérêts particuliers. donc dans ce cas il s’agit d’une règle interprétative. D’une manière générale. L’acte unilatéral autoritaire par lequel une personne peut en obliger juridiquement une autre. Il concerne encore les relations de l’Etat avec les autres personnes publiques créées dans son cadre (régions. ou encore à interpréter une attitude des sujets de droit comme traduisant une certaine intention. CRITERE FORMEL Le droit public est caractérisé par des techniques différentes de celles du droit privé. les universités publiques. C’est ce qu’on appelle le droit international public. les actes de droit public doivent être accomplis dans l’intérêt public. au contraire. Ainsi. d’avoir des droits et des obligations. Des ordonnances fixent le statut des communes. pour les personnes physiques. l’utilité publique. d’une part. Le droit public réglemente le statut de ces personnes. Le droit privé règle encore les relations qui s’établissent entre les personnes privées : par exemple. etc. parce qu’elle rend compte de la relation politique de subordination de l’individu à l’égard des autorités étatiques. 2.

Dans la plupart des cas.LES LIMITES DE LA DISTINCTION Plusieurs critères permettant de faire la distinction entre droit public et droit privé ne sont pas toujours déterminants. ordre des pharmaciens.). c’est-à-dire impose des commandements. c’est-à-dire ne font que donner des conseils. sous sa forme traditionnelle. les règles intéressant le droit de la famille. Ex : à Madagascar. Les volontés des particuliers n’ont pas de prise à l’égard des règles d’ordre public.Chapitre 2. Tout ce qui relève de l’organisation de l’Etat relève du droit public mais on ne peut pas prétendre que tout le droit utilisé par l’Etat soit nécessairement du droit public. A l’inverse. L’activité de l’Etat et des autres personnes publiques est dans certains cas soumise au droit privé. filiation) prennent en considération des intérêts privés mais elles intéressent aussi l’intérêt général de la société. les ordres professionnels (ordre des avocats. ordre des journalistes) utilisent des prérogatives de droit . Le droit public serait impératif alors que les règles de droit privé seraient supplétives de volonté. lorsque le droit public réglemente les libertés fondamentales (liberté d’aller et venir. Les dispositions concernant la famille (mariage. Le droit public viserait à satisfaire l’intérêt général alors que le droit privé aurait pour objet de satisfaire des intérêts particuliers. Donc. il se préoccupe de la tranquillité sociale tout en assurant la protection des intérêts privés et des droits subjectifs. liberté d’association. ce deuxième critère n’est pas décisif. l’Etat peut se comporter comme un particulier en détenant des actions dans les banques. dans les sociétés industrielles et commerciales. Les lois de droit privé protègent les intérêts particuliers mais concernent aussi l’intérêt général. Ce critère est loin d’être absolu. il laissait les individus libres de déterminer leurs relations par voie de contrat. 3) Un dernier critère consiste à soutenir que le droit public serait le droit propre à l’Etat et aux collectivités publiques et le droit privé serait le droit des particuliers. 2) Certains auteurs ont affirmé que la démarcation entre les règles de droit public et de droit privé devrait se faire en considération du but poursuivi. Mais aujourd’hui. les successions et même parfois les contrats s’imposent aux particuliers sans possibilité de les écarter. Inversement. Pour ces activités. Et. Aujourd’hui. 1) On a prétendu que le droit public se distingue du droit privé par ses caractères. les contrats utilisés sont ceux du droit privé. Toutes les lois intéressant l’ordre public et les bonnes mœurs sont généralement impératives. l’ordre public. la polygamie est interdite. Il est exact que le droit public est impératif. bien des règles de droit privé sont d’ordre public. le droit privé contenait peu de règles impératives établies par l’Etat dans l’intérêt public. Ainsi. c’est le caractère des règles juridiques qui s’imposent pour des raisons de moralité ou de sécurité impératives dans les rapports sociaux. ordre des médecins. En droit civil. liberté de réunion. Ex : le statut de la JIRAMA et ses relations avec les fournisseurs et les clients sont soumis au droit privé. etc.. divorce.

Ces ordres professionnels ne sont pas des organismes administratifs mais ils remplissent un service public et appliquent le droit public. Les autorités publiques disposent de privilèges exorbitants. collectivités locales) dans un but d’intérêt général et généralement avec des prérogatives liées avec la puissance publique et celles qui régissent les relations entre ces personnes publiques et les citoyens. Le droit public consacre la supériorité de l’Etat vis-àvis des autres personnes publiques. destinées à s’appliquer à des catégories abstraitement définies de citoyens. Cela explique les traits caractéristiques des règles de droit public. Ce sont des règles posées principalement au moyen d’une technique unilatérale et autoritaire. leurs relations avec les personnes privées. etc. 1° Distinction du droit public interne et du droit public international Le droit public interne est celui qui pour chaque Etat fixe le statut des personnes publiques. Chapitre 3. sollicité. à chaque fois. La conséquence générale est qu’il est impossible de déterminer la nature d’une règle de droit en fonction de la personne qui l’utilise. A l’intérieur du droit public sont distingués traditionnellement plusieurs matières. On désigne sous ce terme les subdivisions intérieures dans un système juridique donné. Il existe ainsi un droit public malgache.DEFINITION ET CARACTERES FONDAMENTAUX DU DROIT PUBLIC Le droit public est constitué par l’ensemble des règles régissant les rapports de droit dans lesquels interviennent des personnes publiques (Etat.. Ce sont des règles générales par vocation. et elles sont réputées en user pour le bien commun. on distingue différentes branches. c’est-à-dire un ordre de droit global qui régit un ensemble social. Par essence le droit public se rattache donc à la notion d’Etat. un droit public allemand. dont ne peuvent se prévaloir les particuliers. le droit public est un procédé de gouvernement. Chapitre 4.LES BRANCHES DU DROIT PUBLIC Au sein d’un système juridique. la supériorité des personnes publiques vis-à-vis des personnes privées.. un droit public français. elle est maintenue au moins pour des motifs pédagogiques. c’est-à-dire qui ont une force contraignante et impérative à l’égard des citoyens sans que le consentement soit. Ce caractère se reflète dans le fait que le procédé juridique type du droit public est l’ordre donné par une personne à d’autres par le biais de la loi ou du règlement ou encore que la règle de droit peut normalement faire l’objet d’une exécution forcée. Malgré la difficulté de la distinction entre droit public et droit privé. En ce sens.public. . On est en présence d’un droit profondément inégalitaire.

La constitution se caractérise par sa suprématie sur toutes les autres normes juridiques. et d’une manière générale la communauté internationale. qu’il s’agisse du droit public ou du droit privé. culture). pouvoir judiciaire. etc). Le droit fiscal détermine les conditions et le montant de la participation des sujets de droit aux budgets de l'État et des collectivités publiques. Le second bloc du droit public interne est le droit administratif. Il concerne l’organisation de la puissance publique dans ses éléments les plus élevés (parlement. le droit communautaire applicable aux pays membres de l’Union européenne. il existe des besoins sociaux qui ne peuvent être satisfaites grâce à l’initiative des particuliers (éducation. Au 19ème siècle.Le droit international public est l’ensemble ordonné des règles qui concernent les Etats et les organisations internationales. car la constitution est toujours la loi fondamentale de chaque pays. Il concerne les relations des Etats avec les autres entités internationales. Enfin le droit public comprend le droit des finances publiques. les règles relatives à la constitution de la puissance publique et à ses rapports avec les sujets ou gouvernés. son fonctionnement). il est possible de partir de deux considérations. des collectivités locales. l’enregistrement et le timbre. etc. En second lieu. Il comprend également l’étude des diverses taxes (ex :TVA) et de leurs applications. la construction européenne a généré un droit nouveau. on l’appelait droit politique. Il s’agit en premier lieu du droit constitutionnel ou droit des institutions politiques. Il peut être considéré comme le droit qui réglemente la structure de l’administration et ses agents et leurs rapports avec les particuliers. le droit constitutionnel se trouve être le fondement de tout le droit interne. LE DROIT CONSTITUTIONNEL Par certains aspects. Le droit public interne comprend trois branches principales. les impôts. etc. L'expression finances publiques désigne l'étude des règles et des opérations relatives aux deniers publics comme la loi de finances ou budget. Titre II. gouvernement. transport. En premier lieu. Par ailleurs. les finances publiques peuvent aussi être présentées comme l’ensemble des règles gouvernant les finances de l’Etat. son mode d’acquisition. le texte constitutionnel est appelé Loi fondamentale et non pas constitution. les dettes publiques. des organismes fiscaux comme les contributions directes ou indirectes. Le droit administratif peut donc être défini comme l’ensemble des normes relatives à l’ordre public et à la mise en œuvre des activités publiques destinées à satisfaire des besoins publics. L’étude des différentes taxes porte le nom de droit fiscal. les douanes. Selon le critère organique. Il concerne le pouvoir dans l’Etat (sa structure . . 2° Distinction à l’intérieur du droit public interne Le droit public interne a pour but de fixer quelles sont. En République fédérale d’Allemagne. c’est à dire les organisations internationales comme l’ONU. Pour cerner son domaine. des établissements publics et de toutes autres personnes morales de droit public. toute société a besoin d’une organisation sans laquelle la vie des individus deviendrait impossible parce que les menaces sur les personnes et les biens seraient permanentes et atteindraient un niveau intolérable. à l’intérieur d’un Etat. santé. l’Union africaine. Un système de réglementation est donc nécessaire et correspond à ce que l’on peut appeler le besoin d’ordre public.

mais aussi dans une certaine mesure leur contenu. LA NOTION DE DROIT CONSTITUTIONNEL Le Droit constitutionnel. plus précisément. décisions de justice. tout le reste du droit. il y a la structure de l’Etat. Ce sont les normes constitutionnelles qui vont définir la manière dont seront créés les autres règles juridiques (lois. c’est le droit de l’Etat. qu’il le détermine. Le droit positif. susceptible de l’édicter et de le sanctionner. tel qu'il est mis en place par un document particulièrement solennel: la Constitution. et. est l'étude de l'ensemble des règles juridiques d'organisation et de fonctionnement des pouvoirs publics ou. l’enseignement du droit constitutionnel se limitait à l’étude de la Constitution. droit du travail). Il régit des relations politiques qui ont pour enjeu essentiel la conquête et l’exercice du pouvoir dans le cadre de l’Etat. appelés gouvernés. L’EVOLUTION DU DROIT CONSTITUTIONNEL Jusqu’au début du 20ème siècle. qui est la forme actuelle de toute société humaine organisée. Comme l’a écrit Charles Cadoux. C’est d’ailleurs ce qui permet de qualifier les règles « infra-constitutionnelles » d’ « inférieures ». au moins indirectement. Vu sous cet angle. Il s’agit de l’organisation interne de l’Etat. y compris le droit constitutionnel.Le droit constitutionnel est ainsi traditionnellement et principalement une branche essentielle du droit public mais il exerce une influence considérable sur les autres branches du droit public (droit administratif. selon la formule d’André Hauriou. • D’autre part. implique la présence d’un Etat – ou. dans un ensemble. d’un pouvoir institutionnalisé. finances publiques) ainsi que sur celles du droit privé (droit civil. dans sa description la plus classique. le droit constitutionnel. Les gouvernants ont le privilège de commander et de se faire obéir par les gouvernés. Chapitre 2. Le droit constitutionnel est la branche du droit qui assure « l’encadrement juridique des phénomènes politiques ». il y a le pouvoir politique. contrats. Il est indissociable du Politique. à l’égard de leurs concitoyens. C’est par là que le droit constitutionnel conditionne. qui est le pouvoir de commandement qui appartient à certains individus. C’est le « droit de l’autorité politique ». c’est-à-dire le droit en vigueur dans un pays donné. L’épithète « constitutionnel » vient du fait que les règles essentielles de ce droit figure généralement dans un document que l’on appelle la Constitution. appelés gouvernants. l’objet d’étude du droit constitutionnel comprend deux éléments : • D’une part. Le Politique peut se définir comme la lutte pour la conquête et l’exercice du pouvoir dans les sociétés. règlements. à travers son objet propre. il peut se définir comme la branche du droit qui détermine les règles juridiques relatives à la structure de l’Etat et à l’exercice du pouvoir politique. D’après cette définition. Le droit constitutionnel est défini par Hugues Portelli comme l’ensemble des règles juridiques qui encadrent l’exercice du pouvoir politique et la compétition pour sa conquête dans l’Etat. statut juridique de l’Etat qui fixe l’organisation des pouvoirs . traités internationaux). du pouvoir politique de l'Etat. Chapitre 1. du moins.

C’est ainsi que les programmes des études de droit ont été modifiés pour faire figurer dans le titre des cours. et d’en éclairer les fondements à l’aide des grandes doctrines. Cette jurisprudence est d’une grande portée et d’une grande complexité. il existe des phénomènes politiques dont les constitutions parlent très peu mais qui jouent un rôle important dans la vie constitutionnelle. Or. La première évolution du droit constitutionnel moderne est donc l’influence de la science politique en dépassant la simple description des règles juridiques par la description du fonctionnement réel des systèmes politiques. à côté de l’expression « droit constitutionnel ». On a remarqué également qu’il y avait un décalage entre les règles contenues dans la constitution et la pratique réelle au sein des Etats. Les constitutionnalistes se sont progressivement aperçus que la simple étude du texte juridique fondamental était insuffisante pour rendre compte du droit constitutionnel. Madagascar portait le titre officiel de République démocratique mais le régime politique en vigueur n’était pas démocratique. l’art.publics. La seconde évolution du droit constitutionnel résulte des transformations qui affectent le fond de cette matière juridique. Il s’agit principalement du prodigieux développement de la justice constitutionnelle et du droit de la Constitution sanctionné par un juge. c’est-àdire les règles du droit positif. Ces cours constitutionnelles sont amenées à examiner si les lois sont conformes aux principes contenus dans la constitution. Le droit constitutionnel est bouleversé par cette évolution puisque l’existence d’un juge de la Constitution « juridicise » considérablement un droit qui auparavant était davantage régi par des accords conventionnels entre les différents pouvoirs publics. Le droit constitutionnel apparaît aujourd’hui avec sa pleine normativité. qui se trouvent dans la Constitution. des cours constitutionnelles ont été créées. celle de « science politique » ou d’ « institutions politiques ». C’est le cas à Madagascar avec la Haute cour constitutionnelle. qui occupent une place importante dans l’exercice de la démocratie et le fonctionnement des régimes politiques contemporains. c’est-à-dire de la théorie constitutionnelle. La tâche essentielle de la science du droit constitutionnel était de décrire les normes juridiques en vigueur. La science du droit constitutionnel retrouve alors un rôle essentiel : décrire et commenter cette jurisprudence des cours constitutionnelles. de 1975 à 1991. le droit pénal ou le droit commercial. L’ensemble de ces interprétations forme ce que l’on appelle la jurisprudence constitutionnelle. La description des règles constitutionnelles n’ajoutait que peu d’éléments nouveaux à la simple lecture des textes constitutionnels. .14. La constitution malgache ne consacre qu’un article. Dans de nombreux pays. Ces cours constitutionnelles ont interprété les règles constitutionnelles. C’est le cas des partis politiques. Par exemple. la vie politique a montré que les multiples crises politiques qu’a connues Madagascar étaient liées au phénomène des partis politiques. Elles contribuent à déterminer les bases des différentes branches du droit comme le droit civil. la hiérarchie des normes et les droits fondamentaux des citoyens. aux partis politiques sur les 160 articles que comprend le texte fondamental. Enfin. Il y a un écart entre le droit et les faits réels.

en Afrique et en Europe centrale et de l’Est à partir des années 90. le droit constitutionnel est un outil utile pour comprendre les mécanismes de la démocratie. Avec le processus de démocratisation engagé à Madagascar. il n’existe de « véritable constitution que libérale ». essentiellement entre les pouvoirs institués c’est-à-dire le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. appelé le constitutionnalisme. Le droit constitutionnel se prolonge par un droit politique. Il s’intéresse aussi à certains aspects du pouvoir judiciaire. Son objet s’étend également aux institutions administratives (par exemple les collectivités locales) ou aux institutions juridictionnelles (par exemple la Haute cour constitutionnelle). Il a pour objectif de concilier la liberté des citoyens et la nécessaire autorité des gouvernants. Il s’agit du droit constitutionnel substantiel. LE DROIT CONSTITUTIONNEL INSTITUTIONNEL Le droit constitutionnel régit les relations entre les pouvoirs publics. le statut des élus et des candidats aux élections. Pour cette doctrine. Chapitre 3. destinés à fixer des bornes aux pouvoirs ». LES TROIS OBJETS DU DROIT CONSTITUTIONNEL On fait aujourd’hui la distinction entre le droit constitutionnel institutionnel. qui réglemente l’activité des partis. En ce sens. Le droit constitutionnel s’intéresse ainsi à la dévolution du pouvoir. Section 2. C’est à travers les règles de droit constitutionnel que l’on va essayer de tempérer le pouvoir des gouvernants avec le besoin de liberté des citoyens. le droit constitutionnel est une technique de liberté. C’est d’abord le droit de l’Etat ou plus précisément le droit des activités internes de l’Etat. Le droit constitutionnel n’est pas établi dans le seul intérêt des gouvernants mais surtout dans celui des gouvernés. le droit électoral. Ces droits et libertés peuvent être individuels (droit au respect de la vie privée) ou collectifs (participation des travailleurs à la détermination des conditions de travail). Le droit constitutionnel a ainsi pour objet d’énoncer un certain nombre de droits dont les individus peuvent se prévaloir devant les gouvernants. Ex : les articles 9 à 40 de la Constitution malgache actuelle. Section 1. les Droits de l’Homme et la séparation des pouvoirs. . à son exercice ainsi qu’à sa transmission. qui régit la vie et l’activité des assemblées parlementaires. consacrant « les principes suprapositifs. qui fixe les règles du jeu pour la désignation des représentants. Il est élargi à des droits dérivés comme le droit parlementaire.Aujourd’hui. entre la puissance publique et les individus en conférant à ces derniers un certain nombre de droits et libertés fondamentaux. Le droit constitutionnel ne se limite pas de nos jours aux seules institutions politiques. LE DROIT CONSTITUTIONNEL DES LIBERTES Le droit constitutionnel régit les rapports entre gouvernants et gouvernés. Le droit constitutionnel a aussi un rôle important à jouer en matière d’étude des sociétés démocratiques. le droit constitutionnel des libertés et le droit constitutionnel normatif. le financement de la vie politique. le droit constitutionnel représente un vaste ensemble qui comprend plusieurs sous-branches. Cette conception du droit constitutionnel est née d’un mouvement idéologique puissant du 18ème siècle.

l’élaboration d’une loi (création d’une norme juridique) peut soulever un conflit politique (droit constitutionnel institutionnel) et porter sur une question de liberté (droit substantiel). Les élections régionales du 16 mars 2008 à Madagascar relèvent de l’actualité constitutionnelle. Par exemple. LE DROIT CONSTITUTIONNEL NORMATIF La création et le régime juridique des normes juridiques. La troisième mission a trait à la mission traditionnelle de l’université.Section 3. c’est-à-dire des règles de droit. Georges Lecuyer a publié en 1969 dans les Annales de la Faculté de Droit de Clermont-Ferrand un article intitulé : « Peut-on encore enseigner le droit constitutionnel ? » Cette difficulté vient des missions assignées à cet enseignement. au monde contemporain. » Le droit constitutionnel doit favoriser la réflexion personnelle de l’étudiant. La première de ces missions est de former l’étudiant. L’IMPORTANCE ET L’INTERET DU DROIT CONSTITUTIONNEL La difficulté d’enseigner le droit constitutionnel est reconnue par bon nombre d’auteurs. Cette matière constitue une véritable introduction au droit. afin qu’il soit à même de juger l’évolution du monde contemporain au-delà des informations fournies par les médias. Ces trois objets du droit constitutionnel sont interdépendants les uns des autres. comme citoyens. Les problèmes de droit constitutionnel ont des liens étroits avec l’actualité interne et internationale. c’est-à-dire la possibilité d’édicter des règles de droit. L’université a été et sera toujours un lieu de réflexion sur la société. La Constitution est une « norme de production des normes ». La seconde mission du droit constitutionnel est d’informer ou plus exactement de créer chez l’étudiant le réflexe de s’informer. La formation de l’étudiant passe par l’acquisition d’un vocabulaire aussi précis que possible et par la maîtrise de concepts et de mécanismes juridiques. l’étudiant devra s’informer et s’intéresser aux problèmes de son pays et aux problèmes internationaux. Comme l’écrit Claude Leclercq. donc comme êtres pensants. il lira les journaux et suivra les journaux parlés et télévisés. c’est-à-dire de l’initier au droit constitutionnel. Chapitre 4. Pour ce faire. Cela signifie que les compétences normatives. Le plan général de ce cours est basé sur le schéma classique suivant : Première partie : LA THEORIE GENERALE DES INSTITUTIONS POLITIQUES Deuxième partie : LES REGIMES POLITIQUES CONTEMPORAINS . constituent le troisième objet du droit constitutionnel. Pour compléter sa formation et le cours magistral. Il en est de même des élections législatives du 9 mars 2008 en Espagne. « le cours de droit constitutionnel se présente non seulement comme un enseignement d’introduction au droit. mais aussi comme une matière devant inciter les étudiants à la réflexion politique pour leur permettre de s’intégrer. vont puiser leur source dans la Constitution qui va consacrer leur existence.

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