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N o 1 HERMES JANVIER 1936

DEUXIÈME

SÉRIE

IL A ETE TIRE DU NUMERO

UN

25

EXEMPLAIRES

SERIE

DEUXIEME

DE

LA

D'HERMES

SUR PAPIER

FEATHERWEIGHT RESER~

VES AUX AMIS

D'HERMES.

HERMES

REVUE TRIMESTRIELLE SOUS LA DIRECTIO:~ DE RENE BAERT ET DE MARC. EEMANS

COMITE DE REDACTION :

J. Capuano, C. Goemans, J. Masui, H. Michaux ; A. Rolland de Renéville, E. Vauthier.

NOTEDES EDITEURS

Les tentatives faites pou.r situer l'une par rapport à l'autre, la poésie et la métaphysique, ne paraissent pas avoir donné des résul~ tats absolument convaincants. Bien que, à l'une et à l'autre, on ait voulu assigner des missions différe.ntes ·et déterminées, i! ne semble pas que les poètes ni les métaphysiciens en aient tenu grand compte. Ceux qui, parmi les poètes, requièrent taujours l'attention, se préoc~ cupent essentiellement de contróler la connaissance à laquelle in- troduit la poésie ; nombreux, d'autre part, parmi les métaphysiciens que l'on écoute, ceux qui s'inquiètent de leur propre pouvoir. On ne peut nier r attrait qu'exerce sur lè poèf;e la profandeur métaphy- sique, mais pas davantage semble~t-il, la tenlation du métaphysicien devant la réalité poétique.

Pourtant, si la Métaphysique est la science de la Finalité, du Mon- de, de la Causalité et, plus loin, de la Connaissance; si la Poésie se fonde sur une intuition particulière de soi et une perception in~ tuitive du monde: on en pourrait condure que la Poésie et la Mé~ taphysique devraient se repousser comme deux póles portant des forces de même signe. Et, par exemple, la « poésie métaphysique » serait un non-sens.

-4-

M ais cette vue est fort étroite. On peut ne pas se laisser intimider par une définition, avoir raison contre elle.

Quoi qu 'il en soit, nous avons cru que ces problèrnes déjà an~ ciens méritaient qu'on les reprit un jour ou l'autre, et nous avons

demandé à certains de nos

collaborateurs de vouloir y penser. C 'est

Ie fruit de leurs réflexions que nous livr.ons aujourd'hui à nos lee~

teurs avec l'espoir qu'ils y prendront autant dïntérêt que nous en

avons pris nous~mêmes.

I.

Pour le reste, ce numéro est

composé d'articles divers se rat~

tachant aux préoccupations générales qui

revue.

font

tobjet

de

notre

POêTES METAPHYSICIENS ET METAPHYSICIENS POêTES

Le problème des rapports entre la métaphysique et la poésie souf~

entre

deux terminelogies oppösées ; terminelogies utiles, indispensables même ou chaque discipline trouve des avantages immédiats non sans y sacrifier parfois 1' essentie! de son efficacité. Les frères ju~ meaux se séparent, leurs adhérents se départagent, accentuant eneere les divergences, et c'est seulement chez quelques hérétiques des deux croyances que se peut discerner eneare aisément ce qui les unit: là les rapports sont plus v,isibles, rnains définitivement trans~ roués en discipline stricte aux lois fortement établies. Maïs les grands systèmes métaphysiques laisseraient transparaî~ tre aussi, pour peu qu'on les interrogeät sous cette lumière, l'aspi~ ration initiale qui est à !'origine de leur êlaboration. Ces grands systèmes ne s'efforcent~ils pas tous en réalité de démontrer pour leurs auteurs Ie bien-fondé de certaines tendances intellectuelles ou affectives, données immédiates, essentiellement personnelles, s'orga~ nisant auteur d'un noyau central plus résistant qui régit le ton dominant d'une métaphysique et détermine en quelque sorte la clef sur laquelle elle se joue. Ces clefs, des méthodes d 'observation scientifique les définissent et les dassent sans préjuger de leurs origines profondes, mais la forme d'un système philosophique à quelque degré de neutralité qu'elle parvienne, garde l'empreinte de ces tendances premières, qu'il s'agisse de les justifier, de les discipliner, de Jutter contre elles,

fre plus que tout autre d 'une différenciation qui va croissant

-u-

I

de leur assurer une liberté plus complète ou de bätir sur leur esclava~ ge une liberté plus essentielle. Et n'est~il pas possible dès lors d'envisage:.: dans toute métaphy~ sique un substrat humain, personnel, dont l'importance n'est assurément pas en raison de la valeur même du système élaboré maïs dont !'étude et la compréhension permettraient de projeter certaines lumières essentielles sur des zones communes à la construc~ tion métaphysique et à d'autres créations de !'esprit.

Si cette justification d'une tendance profonde est bien à !'origine de toutes les philosophies, si Ie penseur bätit véritableme.nt à !'image de son désir, est~ce trahir un système que d'y chercher sous les lois qu'il formule, les traces de cette aspiration mystérieuse qui dicte au métaphysicien la forme de son expression ? n'y découvrirons~nous pas les raisons de la sélection qu'il opère - inconsciemment sans doute- parmi les éléments de sa représentation du monde lorsqu'il définit ses matériaux et s'efforce de les choisir parmi les plus denses et les plus transparents ?

La

« vérité » d'un système est~elle plus essenhelle que Ie mauve~

ment intérieur qui aniroe !'apparente rigidité des Iogiques les plus strictes et incline Ie cours sinueux des plus patientes dialectiques? Qu'en restera~t~il un jour de plus précieux que quelques vocables chargés d'un éclat nouveau ou d'une densité accrue, éléments d'un espoir dans la chaîne éternelle des mythes, seul jeu ou la vie hu~ maine puisse encore assurer sa survie, abîmes creusés par Pascal, cercles de feu dont s 'éblouit Ia vision intellectuelle d'un Nietzsche, enchaînement géométrique ou ruse la soif d'éternité d'un Spinoza? Et dès lors, elle nous paraît bien moins longue, cette route qui sépare Ie penseur qui n'a pas eraint de trahir son plus secret espoir et Ie poète auquel répugne à la fois l'impressionnisme pur et les éta~ pes de Ia pensée discursive. Che"z lui, Ie lyrisme préserve ce mouvement initia!, maïs ici Ie com~ bat avec l'expression, au lieu de tendre à un effacement du draroe individuel au profit de l'universel, s'affirme dans sa plénitude, tous les éléments de la Jutte sont conviés à jouer Ie grand jeu dans leur elimat total. La fête est Ià sous nos yeux, toute parée, qui se déroule, se fixe et se déroule à nouveau dans Ie mystère des masques et les mille réfractions des lumières complices ; les rythmes naissent, insis~ tent, obsèdent, les secrets s'accumulent, les confidences s'échappent. Le tourment de l'intelligence et l'insatisfaction du creur jamais comblé ont renoncé à trouver une paix dont ils savent que seul un

-7-

f

I

t.

e 'léments. ' pas de concepts rassu~ . f ce qui était désormais mo ~

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dont si longtemps le t eo o~

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de spectres fraternels.

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.

qui se bornerait à trouver h

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d'un

monde

qui

la

pure

jouïssance

est ebque

ou

1' étreinte de son rêve.

Etienne VAUTHIER.

TRAHERNE'S POEMS OF FELIClTY Edited Erom t h e MS . by H.I. A t

TRAHERNE'S POEMS OF FELIClTY

Edited Erom t h e MS . by H.I.

A t

B e ll

MCMX

th e

Clarendon

Press

(EXTRACTS)

THE SALUTATION.

These little Limbs, These Eys & Hands wch here I find This panting Heart wherwith my Lif~begins ; Where have ye been 7 Bebind What Curtain were ye from me hid so long r Where was, in what Abyss, my new~madeTo~gue?

When silent I So many thousand y ears

Beneath the Dust did in a

H

0

W

ow could I

r

S m i 1 e s

c h a T

or

I

~

os

ears,

Lips, or Hands,or Eys,or Bars

e I com ye Treasures web I now receiv.

I that so long

perceiv?

~as. Nothing from Eternity, Dxd little think such Joys as Ear & Tongue T o edebrat or see :

~=~:~oundsto ~ear,such Hands to feel, such Peet, ys & ObJects, on the Ground to meet.

POEMES DE THOMAS TRAHERNE

( F RA G ME N T S)

s iècle,

( i/ est mort en 1671:), date de trente-cinq ans. C'est Eertram D obell q ui üouPa

;e

La

découverte

des

poèmes

souvent

de

que

Thomas

ses

Tra herne,

de

écriva in

du

XV J.le

manuscrit. O n dit

ceuvres

prose sont supérieures

à

ses

reuv res p oétiques. Q uelle que soit la perfection de sa prose, elle ne vaut pas plus

q

ue la g lo rieuse impe rfec t ion de ses ve rs sa ns artif ice. Le sujet de T ra herne, c'est

t

e ntrée d e l' ä me,

de

la

pa u v re äme

q ui

n'était rien, d ans Ie corps magnifique,

i mmense, et d ans l'u n ivers . 11 c h a nt e u n état

les sens sont fondu s avec l'es prit et oü l' ame t out est bon et sans tac he.

p ré-a d amique, oü t ou t est p ur eté, o ü

possède tout, voit tout et trouve q ue

J. W .

LA SALUTATION

Ces membres ténus, Ces yeux, ces mains qu'ici je trouve, Ce creur palpitant, principe de ma vie, Ou étiez~vous ? Derrière Quel rideau fûtes~vous cachés de moi si longtemps 7 Ou était, dans quel abîme, ma langue nouvellement formée ?

Moi dans Ie silence, Pendant tant de milHers et de milliers d'années ·Qui gisais dans un chaos sous la poussière, Comment pouvais~je percevoir Sourires, larmes, lèvres, mains, yeux, oreilles 1 Bénis soyez~vous, trésors que maintenant je reçois.

Moi qui durant si longtemps Etais néant depuis 1' éternité , Pensais bien peu que je célèbrerais ou verrais De telles joies qu'oreille ou langue, Entendrais de tels sons, toucherais de telles mains, de tels pieds, Rencontrerais de tels yeux, de tels objets sur cette terre.

lû-

New hurnisht Joys ! Which finest Gold & Pearl excell !

Such sacred Treasures are the Limbs of Boys

In which a

Soul doth dweil :

Their organized Joints & azure Veins More W ealth include than the dead World conteins.

From dost I rise And out of Nothing now awake;

These brighter Regions wch salute mine Eys

A

The Earth, the Seas, the Light, the Iofty Skies, The Sun & Stars are mine ; if these I prize.

take :

gift from

God I

A Stranger here

Strange things doth meet, strange Glory see, Strange Treasures lodg'd in this fair World appear, Strange all & New to me:

But that they mine should he who Nothing was, T h a t Strangest is of all ; yet hrought to pass.

WONDER

How Iike an Angel came I down ! How bright are all things bere !

When first among his W orks I did appear

0 how their Glory did me crown !

The World resembied his

E

t e r

n i t y

,

In which my Soul did walk ; And evry thing that I did see Did with me talk.

The Skies in their Magnificence, The Iovly lively Air,

Oh how divine, how soft, how sweet, how fair ! The stars did entertain my Sense ; And all the Works of God so bright & pure, So rich & great, did seem,

11

-

Joies nouvellement fourbies, Plus belles que l'or Ie plus affiné et la perle, Quels trésors sont les membres des enfants Dans lesquels une äme réside ; Leurs jointures organisées et leurs veines d'azu~ Enferment plus de richesse que le monde sans vte.

De Ia poussière je surgis, Et du néant maintenant m'éveille. Les plus hautes régions que saluent mes yeux, Je les accepte comme don de Dieu ; La terre, les mers, la lumière, les hauts Cleux, Le Soleil et les Etoiles, sont miens, si je les loue.

.

Un étranger ici Rencontre d'étranges choses, voit une gloire étrange, D'étranges trésors logés dans ce monde si beau, Etranges tous et nouveaux pour moi. Mais qu'ils soient miens, à moi qui n'étais rie~, C'est cela Ie plus étrange, et pourtant cela a lieu.

L'ETONNEMENT (Le Miracle)

Je suis descendu comme un ange ! Que les choses sont hrillantes ici I Quand d'abord parmi ses reuvres j'apparus,

0 comme par leur gloire je fus couronné. Le monde ressemhlait à son éternité Ou mon äme se promenait Et toute chose que je voyais S'entretenait avec moi.

Les cieux dans leur magnificence, Le Iisse air léger,

0 c'était divin, et doux, et tendre et beau. Les étoiles accueillaient mon sens, Et toutes les reuvres de Dieu semblaient Si hrillantes et pures,

12- As if they ever must endure In my Esteem. A Nativ Health & Innocence
12- As if they ever must endure In my Esteem. A Nativ Health & Innocence

12-

As if they ever must endure

In my Esteem.

A Nativ Health & Innocence

Within my Bones did grow,

And while my God did all his Glories show

I felt a vigor in my Sense

That was all SPIRIT : I within did flow With Seas of Life like Wine ;

'

I nothing in the W orld did know But 't was Divine.

The streets seem'd paved wth golden Stones, The Boys & Girls all mine ; T o me how did their lovly faces shine ! The Sons of men all Holy ones, In Joy & Beauty, then appear'd to me ; And evry Thing I found (While like an Angel I did see) Adorn'd the Ground.

1.

(While like an Angel I did see) Adorn'd the Ground. 1. I Rich Diamonds, & Pearl,

I

Rich Diamonds, & Pearl, & Gold Might evry where he seen ; . Rare Colors, yellow, blew, red, white, & green Mine Eys on evry side behold:

All that I saw, a Wonder did appear, ·Amazement was my Bliss :

That & my Wealth met evry where.

No Joy to this!

Curs' d, ill~devis'd Proprieties With Envy, Avarice,

And Fraud, (those Fiends that spoil ev'n Paradise) Were not the Object of mine Eys ; Nor Hedges, Ditches, Limits, narrow Bounds:

I dreamt not ought of those,

But in surveying all mens Grounds

I found Repose.

-13-

Si riches et grandes,

Comme si elles devaient durer éternellement

Dans l'idée que d'elles je me fais.

Une santé et une innocence originelies

A l'intérieur de mes os croissaient,

Et tandis que mon Dieu montrait toutes ses gloires,

Je sentais une vigueur dans mon sens

Qui était tout entier Esprit ; à l'intérieur, je coulais

En vagues de vie semblables au vin ;

Je ne connaissais rien dans Ie monde

Qui ne fût" céleste.

Les rues semblaient pavées de pierres d'or, Les eDfants et les petites filles étaient à moi ; Comme leurs figures aimables pour moi brillaient ; Les fils des hommes, tous comme des saints, En joie et en beauté alors m'apparaissaient, Et toutes les choses que je découvrais (Tandis qu'avec des yeux d'ange je regardais) Etaient pour Ie sol un ornement.

De riches diamants et la perle et I'or Pouvaient être vus partout ; Des couleurs rares, jaune, bleu, rouge, blanc, et vert Etaient découvertes par mes yeux de tous cötés ; Tout ce que je voyais m'apparaissait comme un miracle, L'étonnement constituait ma béatitude. Cela et ma richesse allaient à la rencontre l'un de l'autre partout. QueUe joie auprès de ceci ne s'anéantirait pas.

Les propriétés maudites, mal inventées Accompagnées de I'envie, de la cupidité Et du vol (ces ennemis qui gätent même Ie Paradis) N'étaient pas présentes à mes yeux ; Ni les haies, les fossés, les hornes étroites. Ma pensée ne s'y arrêtait pas un instant Maïs la vue que j'avais sur tous les terrains des hommes Me donnait Ie repos.

-16-

R.efined, subtil, piercing, quick & pure ; And as they do the sprightly Winds exceed, Are worthy Jonger to endure :

They far out~shoot the Reach of Grosser Air, Which with such Excellence may not compare.

The

E a s t

was once my Joy ; & so the Skies

And Stars at first I thought ; the West was mine :

Then Praises from the Mountains did arise As well as Vapors : Evry Vine

Did bear me Fruit; the Fields my Gardens were; My larger Store~house all the Hemisphere.

T o Infancy, 0

THE RETURN

Lord, again I com,

That I my Manbood may improv :

My early Tutor is the Womb;

I still my Cradle lov.

'Tis strange that I should Wisest he, When least I could an Error see.

Till I gain strength against T emptation, I Perceiv it safest to abide An Infant still ; & therfore fly (A lowly State may hide A man from Danger) to the Womb That I may New~born become.

THE PRJEPARATIVE.

My Body being dead, my Limbs unknown; Before I skill'd to prize Those living Stars, mine Eys; Before or T ongue or Cheeks I eaU'd mine own, Before I knew these Hands were mine,

-17-

Affinés, subtils, perçants, vifs et purs. Et de même qu'ils surpassent en légèreté les vents,

t dignes d'avoir une durée bien plus grande.

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loin au~delà de tout ce qu ' attemt . un arr . p us

I

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1en

I

our

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Qui avec telle excellence ne se peut comparer.

a Des cieux et des étoiles ; l'occident était mien ; Alors des louanges s'élevaient des montagnes

_ Portait pour moi ses fruits ; les champs e.ta1ent mes Jardms Tout l'hémisphère était mon grand magasm.

Comme des vapeurs ; toute vigne

. L'onent . · . ·_ta e t

1

utrefois ma J"oie ' · et d'abord ainsi j'avais la pensée

.

.

.

LE RETOUR.

Seigneur, je retourne à l'enfance Afin de perfectionner ma virilité. Mon premier tuteur est Ie sein. J'aime encore mon berceau. C'est étrange que j'ai été Ie plus sage, Au moment OU je pouvais Ie moins découvrir rerreur.

Tant que je n'aurai pas gagné de force contre la tentati~n . Je vois que Ie plus prudent est de rester un enfant ; et c est pourqu01 je vole

(Une condition humbie dérobe parfois Un homme au danger) vers le sein, Afin de devenir encore un nouveau~né.

LES PREPARATIPS.

Lorsque mon corps était mort, et mes membres inconnus de moi, Avant que j'eusse appris à estimer Ces étoiles vivantes que sont mes yeux, Avant d'appeler miennes ma langue ou mes joues, Avant de savoir que ces mains étaient miennes,

-18-

Or that my Sinews did my Memhers join ; When neither Nostril, Foot, nor Ear, As yet could he discern'd, or did appear ; I was within

A House I knew not, newly cloath'd wth Skin.

Then was my Soul my only All to me,

A living endless Ey,

Scarce bounded with the Sky,

Whose Power, & Act, & Essence was to see :

I was an inward sphere of Light, Or an interminabie Orb of Sight, Exceeding that wch makes the Days,

A

v i t a I

Sun that shed abroad his Rays :

All

Life, all Sense,

A naked, simple, pure lntelligence.

I then no Thirst nor Hunger did perceiv ; No dire Necessity Nor Want was knowntome:

Without disturbance then I did recciv The tru Ideas of all Things, The Hony did enjoy without the Stings. A meditating inward Ey Gazing at Quiet did within me ly ; And all things fair Delighted me that was to he their Heir.

For Si g h t inherits Beauty; Hearing, Sounds; The N o s t r i 1, sweet Perfumes, All Tastes have secret Rooms

Within the

the

T

o n g u e ;

T

o u

c h i n

g

feeleth

Wounds Of Pain or Pleasure ; and yet I Forgat the rest, & was all Sight or Ey, Unhody'd & devoid of Care, Just as in Hev'n the Holy Angels are :

For Simple Sense

Is Lord of all created Excellence.

-19-

Ou que mes tendons joignaient mes membres, Quand les narines, ni Ie pied, ni l'oreille Ne pouvaient être distinguées, ou n'étaient pas apparues,

J' étais l'habitant

. D'une chambre que je ne connatssats pas, nouvellement revetu[e de peau.

Alors mon äme était pour moi mon seul tout, Un ceil vivant éternel,

A peine limité par Ie ciel

Dont 'la faculté et l'acte et I'essence étaient de votr.

.

_

.

J'étais une sphère interne de lumière Ou un orbe infini de vue, Surpassant l'orbe qui fait Ie jour, Un soleil vital qui répandait ses rayons,

T oute vie, tout sens,

Une nue, simple, pure intelligence.

Je ne sentais alors ni faim, ni soif;

Aucune nécessité cruelle, Ni besoin n'étaient connus de moi; Sans être troublé, alors je recevais

Les vraies idées de toutes les choses

Et jouissais du miel sans être blessé par l'abeille,

Un reil intérieur, méditatif Regardant immobile, gisait à l'intérieur de moi Et toutes les choses belles Etaient mes délices, à moi qui devais être leur héritier.

Car Ia vie est l'héritière de la beauté, l'oreille des sons, La narine des doux parfums,

T ous les goûts ont des chambres secrètes

A l'intérieur de la langue ; Ie toucher sent des blessures

De peine ou de plaisir, et pourtant moi J'oubliais Ie reste et étais toute vue ou tout regard, Désincarné et libre de souci, Tout comme dans Ie ciel sont les saints anges,

Car Ie pur Sens Est seigneur de toute excellence créée.

14-

Por Property its seH was mine, And Hedges, Ornaments :

Walls, Houses, Coffers, & their rich Contents To make me Rich combine. Cloaths, costly Jewels, Laces, I esteem'd My Wealth by others worn; Por me they all to wear them seem'd, When I was born.

INNOCENCE

Th at ProsPect The ancient Light of

Into my Soul : I was an

A little

was the Gate of Hev'n;

E d e n

did convey

there,

A d a m

A d a m

in a Sphere

there my ravisht Sense

Was entertain'd in Paradise ; And had a Sight of Innocence Which was to me heyond all Price.

Of Joys : 0

t ha

t

D

a

y

An Antepast of Heven sure ! Por I on Earth did reign:

Within, without me, all was pure :

I must becom a Child again.

AN INPANT~EY

A simple Light from all contagion free,

A Beam that's purely Spiritual, an Ey

That's altogether Virgin, Things doth see Ev'n like unto the Deity :

That is, it shineth in an hevenly Sense, And round about (unmov'd) its Light dispence.

The visiv Rays are Beams of Light indeed,

-15-

Car la propriété elle~même était mienne Et les haies devenaient des ornements :

Les murs des maisons, les coffres et leurs riches contenus, S'unissent à seule fin de me faire riche. Les vêtements, les joyaux précieux, les dentelles, je les voyais Comme ma propre richesse portée par d'autres, Et tous semblaient les porter pour moi Dans Ie moment de ma naissance.

INNOCENCE (fragment)

Ce spectacle était la porte du ciel ; ce jour Apportait 1'antique lumière d'Eden Dans mon áme. J' étais là un Adam Un petit Adam en sa sphère

De joies. 0 là mon sens ravi Etait accueilli en Paradis Et avait une vue de l'innocence Qui pour moi était au~delà de tout prix.

Un avant~goût du ciel, à coup sitr ! Car sur toute la terre j'étais roi. En moi, hors de moi, tout était pur Je dois devenir un enfant de nouveau.

ENFANCE DU REGARD.

Une lumière pure, libre de toute corruption, Un rayon qui est ahsolument spirituel, un reil Qui est tout à fait vierge, voit les choses Tout à fait comme la .divinité, C'est à dire que son éclat brille dans un sens céleste, Et tout à 1'en tour il dispense (sans se mouvoir) sa lumière.

Les regards sont de vrais rayons de lumière

-20-

Pure nativ Powers that Corruption loath, Did, like the fairest Glass Or spotless polisht Brafs, Themselvs soon in their Object's Image cloath:

Divine Impressions, when they came, Did quickly enter & my Soul enflame. 'Tis not the Object, but the Light, That maketh Hev'n: 'Tis a clearer Sight. Felicity

Appears to none but them that purely see.

THE RAPTURE.

Sweet Infancy ! Hevenly Fire ! 0

0

Sacred Light !

How fair & bright ! How Great am I Whom the whol World doth magnify !

0

hevenly Joy!

0

Great & Sacred Blessedness

Which I possess I So great a Joy Who did into my Arms convey 1

From God abov Being sent, the Gift doth me enflame To prais bis Name; The Stars do mov, The Sun doth sbine, to shew bis Lov.

0

how Divine

Am I ! T o all tbis Sacred W ealth, Tbis Life & Health, Who rais'd ? Who mine Did make the same ! What hand divine !

-

21

-

Les pures facultés originelies qui détestent la corruption Se vêtaient comme Ie plus beau verre Ou 1'airain poli et sans tache, Vite, de l'image de leur objet ; . Les impressions divines, quand ~lles venat~nt Pénétraient aussitöt et enflammatent mon ame,

Ce n ' est pas 1'objet,

Qui fait Ie eiel ; c'est une vue plus claire.

La Félicité N'apparaît qu'à ceux dont Ie regard est pur.

mais la lumière

LE RAVISSEMENT.

Douce enfance

0 fen divin, ö lumière sacrée,

Combien belle et briltante Combien je suis grande, Moi dont Ie monde entier chante la louange !

0

joie céleste

0

béatitude grande et sacrée

Qui est en ma possession, Une joie si grande Qui 1'a amenée dans mes bras ?

Dien qui est au ciel M'ayant envoyée

A louer son nom ;

Les étoiles se meuvent, Le soleil brille, pour montrer son amour.

ici, ce don m'enflamme

0 combien divine

Je suis. A cette richesse sacrée

A cette vie et à cette santé

Qui donc m'a élevée? Qui a fait mien Tout cela ? QueUe main divine 1

Traduit de l'anglais par Jean Wahl.

QUELQUES THEMES DE POESJE METAPHYSIQUE DANS LES LITTERATURES MUSULMANES

Une partie de la poésie arabe et la plus grande partie de la poésie persane sont d'inspiration métaphysique et mystique. Les çoufis se sont servis de la poésie pour exprimer les « réalités » et leurs « états » spirituels, ou pour exciter et provoquer ces derniers. Cela non seulement parce qu'ils étaient poètes, maïs parce que la poésie leur semblait sans doute un des meilleurs moyens de communication. Ils se sont servis, comme les mystiques chrétiens, du symbolisme éro~ tique et bachique. Ils oot même utilisé des vers très profanes. Les thèmes métaphysiques traités sont ceux qui sont communs à teute pensée humaine, et spécialement ceux que la civilisation isla~ mique tenait à la fois de la pensée grecque (platenisme et néoplato~ nisme surtout), de la pensée hindoue, de la tradition judéo~christia~

no~coranique. Nous allons en examiner quelques~uns.

L'INQUIETUDE METAPHYSIQUE. D'abord l'inquiétude métaphysique, mêlée plus ou moins selon les uns ou les autres, d'angoisse oude scepticisme, voire chez Khayyam, par exemple, ou l'hindo~persan Faizi, d'une sorte de nihilisme qui est surtout une affirmation de I'Absolu à travers la négation achar~ née de toutes les représentations que prétendent en donner les hommes.

Oü g-a-t-il un homme instruit, dit Hafi z, connaissant le langage du lis, afiri de lui demander pourquoi il est parti et pourquoi il est revenu ?

Et Selman de Sàvè :

Je pense que le lis est un enfant des fées , noble et doué d ' une haute éloquence. ll possèdc une langue (ses pétales). mais il ne lui est pas permis de nous parler du mystère éternel.

ne lui est pas permis de nous parler du mystère éternel. -23- Que v1en · per

-23-

Que v1en ·

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d

·

t f";,.e l'homme dans ce monde ou il semble écrasé et Attar ? Les sphères célestes tournent~elles « pour

a.u.

de

eman de terre • pour une poignee . de vemes . et de peau » .

7

t dix foi.! plus grand que notre globe . 11 faut trente mille

du

zodiaque

revienne à

sa place premtere.

qui

h

··

L

e

7

g l o

b

e

I

peut sav oir dan s que

•t ·

d

u, se

Maint B.$fre est een

·

é

ur

ann es po

t

qu un

stgne grain de pavot sur t

e

rrestre est comme un

.

d

1 ·1

d'or tournent ainsi dans les neuf are es vou ees ·

but ces mtllters

e

so et s

C est

.

I'

espn ·t qui cloonera la réponse. L'impermanence _ . de tout ce _ nous~mêmes neus cbsede mals nous force a

t

de

.

.

_

ue nous voyons e

q

· l'Etre touj·ours durable et à Ie conna1tre pour nous hberer.

concev01r

LA GNOSE. L'UNIFICATION.

Un poète a

dit :

connaisseurs ont des

d

es

·1

at es

yeu:x qui

voient ce

voient pas

er

c

h

ez

1

Les cceurs

rl

d

yeux ouve

savent pas;

que

ne

es et des Iangues quî prient avec un secret que les anges e , ux-meme!l h

e

s

les

ne

Seigneur des mondes.

qui volent sans plumes et sen ,

vont se me .

·

Ia gnose aboutit à l'unification. L'initié « réalise »

e t de Oieu et que tout retourne à Oieu, que tout existant

de I'Existence Véritable. Son SIRR. , son . , « secret »

d

C

ette v01e

·

e •t re

que tout v1en

tJent . son

(A TMAN, fine pointe

tt

en te comme_ 1~

d'eau dans la mer. Les formules , surtout les formules poetl~

) se perd alors dans la V

1~ue que. 1eu

est en tout, sont plus ou moins imagées, plus ou moms techmques,

gou ques e ou extatiques, qui prodament que tout est en

t

lus ou moins approximatives, parient plus ou moins correctement

~'infusion, d'union, d'unification, sans

expression parfaite d'une réalité ineffable. Nasireddia at~Tousi dira dans un quatram :

prétendre donner teute une

.

L'Etre en

réalité

est

Ie Premier, l'Unique.

Tout

Ie

reste

est conjectural

et

imaginaire,

toute

chose autre

que

lui

qui

se

présente

aux

regards est comme

Ie seconde image vue par l'ceil qui louche.

Vois seulement UN ; dis seulement Un ; connais seulement Un dit Chabistari dans Ie JARDIN DE LA ROSE quitourne tout en~

tier auteur de cette idée. Les créatures sont les reflets des Attributs divins et des Beaux Noms . L'homme , pont entre Ie monde sensible et Ie monde des ldées,

reflète !'ensemble des Noms.

Le non-étre est Ie miroir, le monde est Ie reflet et l'Homme

Est comme l'ceil réfléchi de la

En eet ceil Son reil voit son propre reil. Le monde est un homme et I'homme est un monde.

personne invisible

r

-24-

« Moi » et « Toi » sont des accide nts de l'existence véritable L 'Eternel et le temporel ne sont pas séparés l'un de l'autre, Car dans eet Etre, ce non-être a son être. Le premier est tout en tout, l'autre est comme l'oiseau Anqa. Le monde est comme un point qui en tourbillonnant parait un cercle.

Et la grande épopée d'Attar, Ie LANGAGE DES OISEAUX, raconte, avec force récits, anecdotes, réflexions et discours, Ie voya.

Simourg.

Anéantis, réduits en suie, comme Ie Phénix , ils retrouvent, dans la

lumière de la Majesté, une nouvelle existence purifiée de tout élé- ment terrestre.

Au ssi longtemps qulls marchaient, ils discouraient. Quand il s fur e nt arri vé s , tout di s cours ce s sa . 11 n'y eut plus geurs ; Ie chemin même cessa d'ex ister.

Jalaleddin ar~Roumi, dans Ie MASNAVI , expose

aussi la théorie

ni guide, ni voya-

ge des

oiseaux guidés

par Ia

Huppe

vers Ie

suprême

du macrocosme, de l'unité de l'existence et de l'identification.

C e qui est premier en pensée est dernier en acte. E x térieurem ent tu es Ie microcosme, maïs en réalité tu es Ie macrocosme. Le Bien-aimé est tout en tout, !'amant seutement te voile.

L e

v in est ivre de

moi, non moi de lui.

« Tu demandes ou est Leïla, dit un vers célèbre, et Leïla s'irradie en toi ». Et un autre: « Ne dis pas que sa demeure est à l'orient du Nejd; tout Ie Nejd est pour Elle une demeure ».

CONNAISSANCE ET AMOUR. Les çoufis discutent la question de savoir si la connaissance est supérieure à l'amour , ou Ie contraire. Leurs théoriciens inclinent à penser que tous deux sont inséparables. C'est naturellement sur !'amour que les poètes ont pu se donner Ie plus librement carrière. lis emploieront toutes les comparaisons empruntées à !'amour humain et à l'ivresse. Le Bien~Aimé, c'est Dieu, tyran délicieux plein de tendresse et de coquetterie, qui se donne et se reprend, affole et console, mais est taujours Ie principe et la fin. Le Vin ( 1) qui fait perdre la raison, c'est !'Amour éternel qui a enivré les creurs «avant la création de la vigne » et qui a « aimé Ie premier» .

C e n'est pas aujourd'hui

que te cce ur de Hafiz brûle de désir. De foute éternité,

it porte te stigmate, comme la tulipe d e Chira z .

L'Amour est auteur du monde. L'Amour va de l'Etre à l'Etre en

et

plus grand poè te mystique arabe, cf. HERMES , n• II et IV. (première série) .

( 1)

Sur Ie s ymbolism e

amoure ux

bachique

chez Omar

lbn

al

Fàridh, Je

-

25

-

. la beauté du monde. Le Pur Amour. l'Amour uni-

sant a travers nt les principaux thèmes de

pas

ficateur . Te s so

1

1

·t·

.

ml m e

' t la cause

L Amour es

un trésor cac h e. '

dit

1

a

J'ai voulu etre

1

.

• apprécié et J a1

.

D1eu

}'amour.

se

1'

tion

son ren

ce

essentie em

contemp e

.

é

et 1 , am a nt

se 1 e tt

re

ansons .

Ul, .

.

malS

est

.

d

11

pr alm odUtt . nt mi

U

e

ent que

.11

' e

avec lequel camroenee

1

a poesJe.

et finale de toute existence. « J'étais h'

.

.

ne h

c

L

lVlDl . 't. e dans un hadits attribue . au Prop ete.

d'

.'

.

.

cree

SOl-meme.

.

d '

IS

t. m

· »

Aussitót

.

chante al~Maghribi ,

'

guent

. L ' univers de la mamfesta-

1

devient cent

11 n'y avait

mille volumes.

.

que

Lui ;

il

n'y

Ie retour à la

Un seu a eneare .

a

.

anifesté lution

mvo

.

L'évolution se termme S

ource .

.

m

1'

1homm •

d

ur Ie

mo nde pour y

vo ir sa

propre image. I/ a plante sa

I/ a jeté

un regar

s

Ie terrain d 'ea u

et d 'arg ile d' Adam.

tente

d

ans

f

.

hante Ha lZ.

Et Lahi)Ï

.

·

commentant Chabistan, clte :

c

' Ad

I

.

.

d e ses

Nom s. D ans cette fi g ure i/ retrou ve

I/ a fait du

v isage d

 

am

e mrrorr

sa propre im age.

My stère indicible, dit al~Maghribi :

d "

L e Roi d eseen

il

re v ètit

d

d e vint

d

e nten u

maison.

ciel.

P

u

me n

rt

d"a t nt

.

d

.

ren

1

.

n y

tróne de sa majesté ; et,

u C elur qur

.

.

est

au -

d r

b

ait

de

d e

la ric hes se

roi

que lui.

-~

t

qu t

se

Jama is on n avat•

vint comme mendiant dans sa propre

de la pauvreté et

de e a mo ntre r sa ric hesse.

ve ·tement d'un . pauvre a m I

t lle mervet

une

L

e

.

e 1oyau

ne

ersonne

pur

peut

.

e

d

1re

11

,

cette . per I e umque . t . se

cammen

que

que q u un

·t·

mit à bouillonn er et dev int terre e

ourquoi

Ie

Bien-Aimé

qui

d

sans

-

e pourquot.

est

1

d'

m n P vêtement de camment et u

camm e nt ni pourq.uot a pu s e r eve rr

. YOUSOUF ET ZOULAIKHA. sur

es

Jami , ddanfs.lsodnepJoa:~et de la femme de Putiphar, expose lon~

u guement Ie processus créateur :

amours

Is

. d

ences

.

, .

ne se manifestalf qu a elle-

_ L a B ea ut é abs~lu~, ~~~:isd~ -~~;it r:~~::~a:on vi~age. Jamais [ e p e i g ne n:ava ~t

me me

tirai/Ié sa chevelure. Son re tl tg norart la .p .

. elle-mêmc au jeu d'amour.

cha ntw.t a

Auc un mtrOtr 1

a vee

sa rose

.

.

.

oudrc du Khol. Jamais ross ignol n a vart

a v ee·

lle-mé me sa

e

beauté et

jdu ait

vo is iné

Elle se

admirée comme toute . . idée à

.

Mais toute beauté tend à

ec . I alr . em .

Elle

être

se

a

ous

I

.

U

commumquer.

n

ané de la beauté éternelle Jallht sur t

1

d

ans

1

e

miroir des êtres et

terre et les cieux.

chantèrent ses louanges.

se révè a

Tou s le s a tom es d e l'univ e rs

d ev inr e n t autant d e :~:~ir:o~~!é:aun: z : h;::: ;~

as pect de l'éternelle s plendeur . Un e parcelle de son

rendit f o u d ' a mour I e rossi~ nol. Son ard e ur se co;~un~q~= :t~nua h a r

r e nt se brûl e r mille phal e n es. 11 e mbra s a I e ~o e r ~ .· t

eaux.

.

fl

mbeau vin ·

sortit

d es

dont pch a qu e c h e v e >u

C'est

à

elle que

fut redev abie de son c arme

er a

'1 . 11 . · . l . es -26- -27- T e lle es

'1 .

11

.

·

.

l

.

es

-26-

-27-

T e lle es t la b e aut é qui transparait à trav e rs Ze

C'est d 'elle seule qu'au fond

est épt"is tout cce ur amo.ureux qu'il s'en rende compte ou non

la beauté /'amour éman e d 'Elle s'il se manifeste en toi

trésor et l'écrin. C'est un sujet illimité qu'aucun génie ne peut traiter dignement.

Bornons~nous à aimer et à soufft"ir en silence, car sans cela nous ne sommes que néant.

Elle est à la foi.! Ie

De même que

attacha Ie cceur de Mejnoun

ho es étonnantes, une gazelle s

c d

nt

e

re.

h nné

et

les

paupléres. Son

voilée qui fait des signes

terram ·

d

e päturage es f

deu

f

t

x

eux

Parmt

$etns et

avec de~

t

en re

1

~

v oile des beautés terrestres et ravit tous les cce urs

dot{lts temts

l

e ve

I

e

Etonnante chose, une praide entre

m ontre à quel point peut servir Ie symbolisme pro~

les clichés traditionnels.

I'

Cet exemp e

tous

f ane avec Le dédain de la part de I'Aimé ne change pas . a_mour.

. L'Amoureux ne renonce pas à son amour, dtsatt Naçrabadi. et

.

il récitait :

S 'il

y

a des

gens qui ont pu se défaire d e leur amour, moi

je

n'ai pu guérir

.

.

.

.

I

L'amour est plus nécessaire que tout.

Le cceur exempt du mal d 'amo ur n'est pas un cceur.

Le corps pt"ivé de la p e ine d 'amour n'est qu'eau et liman.

C 'est l'inquiétude d'amour qui donne à I'un ivers C'est Ie vertige d'amo ur qui fait tourner les sphéres.

Et lbn al Faridh :

Il n'a pas

un

mou ve ment perpétuel.

de mon amour pour Uila .

Et pourtan

t

t

ou

ce que je peux obtenir d'elle, ce sont des espotrs trrealt sab e~

me disant · · « Ceci vaut mieux

pour tot . que . sept .

t

qui pas$ent comme des éclairs.

Le maître Jounayd racontait: Sari as-Saqati me .remit un jour un

cents

véc u ici~bas celui qui a véc u sa ns ivresse

p as

de raison

qui n'est

et celui~là n'a

pas mort d e ce tte i vresse.

pap1er en

histoires ou sentences élevées ». Sur ce papier étatt ecnt ces vers

L'amour profane est une préparation ; la beauté des choses est un

pont vers la Beauté absolue. En réalité c ' est toujours

!'on aime même quand on s'attarde au x autres, même quand l'ceil

intérieur n 'est pas libéré de l'illusion de la multiplicité.

celle~ci que

En toute chose

Je Te vois dans tout ce qui

Je cours vers les souffles du zéphyr pour me distraire,

mais mon regard n'aspire qu 'au visage de celui auquel ils ont pris leur parfum ». L'Amour parfait est désintéressé. Le service d'amour n'est pas inspiré par l'attrait des récompenses ni la crainte des chätiments.

La sainte Rabi'a, à qui remonte- à travers Joinville- I'apologue de la femme qui veut éteindre 1' enfer et ineendier Ie para dis, disait :

« Je t'aime de deux amours: amour de mon bonheur et Amour dont

» Chibli chantait : «La récompense de celui qui aime

n'est pas autre chose que !'amour».

» disait Ibn al Fàridh , Ie « sultan des

amoureux ». Et Jalaleddin ar~Roumi: « Celui~là boira Ie vin pur de l'union qui aura mis en oubli ce monde et les récompenses de l'autre ». Qochayri, !'auteur d'un des plus fameux traités de çoufis~ me, cite ce vers profane en l'appliquant au pur Amour :

«Je n 'ai aimé que Toi seul, s'écrie Ibn al Fàridh

étrangère je n 'ai considéré que

est beau

tu es digne

« Prends~Ie pur, ce vin

Les gens ont ét é ivres par les coupes servies est venae de l'Echanson.

à

la ronde et mo i, mon ivresse

(de Mejnoun Leïla) :

L'amour n ' est

vrai qu e quand l e cceur es t

coll é aux e ntr~illes, qu ~ nd Ie corp~

est épuisé au point de n'avoir plus de voix, quand la passiOn ne latsse plus que

des yeux pour pleurer et pour contempler.

Cet amour est transformateur et unificateur. Il est Ie moyen par

excellence de la réalisation métaphysique.

Tant que la dualit é continu e, dit ]ami, l' é l oi gn e m e nt p e r s ist e; l' à m e pd son~iére se consumc dans la séparation. Lorsque ['amant a posé le pied dans la vote de J'union, il n'y a plus de place que pour l'Un sans plus .

Et ailleurs :

Si

tu

toi~méme

veux

être libre, sois captif de !'amour

Seul !'amour te délivrera d e

C'est la seule voie conduisant à la védté.

De même 1' excentrique derviche Abousaïd :

Je lui dis : Pourquoi te

pares~tu ainsi ?

Ell e me dit : Pour moi ~m ê m e.

Car je suis à la fois I'amour, !'amant et l'aimée ; Je suis Ie miroir, la beauté et I' ceil.

Le haut amour, chante Wahchi dans CHIRIN ET FERHAD, c'est sortir de soi~même. Sa preuve est la mort de la volonté propre.

Si

l'Aimé te

dit :

« va

au

feu », cours~y et sois content;

prends la

toi, il

fournaise

dans

pour une roseraie

ta pensée den d'autre que I'Aimé.

Quelle que soit la forme qui se

présente à

n'Y a

De Hosayn ibn Mansour al-Hallàj: (2)

A ce propos, Arousi, commentateur de Qochayri cite ce .ghazal

du grand théosophe Mohyieddin Ibn Arabi :

(2) Sur le cas~limite d'al-Hallàj, cf. les ouvrages de M . Louis M assignon.

t' 10 n -28- 29- Nous sommes deux esprits infondus en un corps. Aussi Me
t' 10 n
t'
10 n

-28-

29-

Nous

sommes deux esprits infondus en un corps. Aussi Me voir, c'est Le voir, et Le voir, c'est nous v.oir.

Je

suis devenu

Ce/ui

que

faime

et Celui que

faime est devenu

moi.

Chibli s'extasiait à ce vers:

't"

st un délaissement et ton amour une haine. Ton union est sépara~

peut s'entendre de différentes . façons, , .

ou b1en •. de 1etat ' . .

de

1

'h

om~

.

.

T on amrre e

De Nouri:

Lorsque je disparais Il apparait, et quand Il apparait 11 me fait disparaitre.

Arousi et Ghazali, n'hésitent pas à eroprunter à la poésie libertine ce distique qui passe pour un des plus réussis métriquement de la poésie arabe :

Le verre est si fin et le vin si limpide.! Gomment les disèinguer! la difficil-e affaire I C'est comme sïl n'y avait que du vin et pas de verre, comme s'il n'y avait que du verre et pas de vin.

Et Ie commentateur scrupuleux de Qochayri ajoute :

« L'amant et l'aimé deviennent un. Ne comprends pourtant pas cela de travers. N'imagine pas que le serviteur ait pénètré dans la substance divine ou que la Vérité (qu'elle soit exaltée) pénètre dans la substance de l'esclave de façon à former un seul être. Le néant est loin de l'Existence, le mortel de l'Eternel. Et Allah sait

mieux que nous ce qu'il en est au juste ». 11 rapproche cette idée du

» et du hadits

hadits sacré: «Je suis l'ouïe avec laquelle il entend

inspiré de l'Evangile du jugement : « J'étais affamé et vous m'avez

»

L'INSTANT. LA FORCE MAGIQUE ET LA VALEUR METAPHYSIQUE DE LA MUSIQUE ET DE LA POESIE.

- Quand on est parvenu à eet état, tout devient d'un prix inesti~

mable, en même temps que parfaitement relatif. Rien ne compte à cöté de la Réalité, et tout est précieux comme route vers elle. moyen de la saisir, reflet de sa beauté ou don de son caprice. Tout devient

un appel: Ie chant d'un rossignol, Ie cri d'un corbeau, l'aboiement

rose, Ie visage d 'un éphèbe, la voix d'une

chanteuse, Ie martèlement d'une feuille d'or, les poèmes et les mu~ siques. Dans le poème d'Attar, un bûcheron estime son fagot à son poids d'or parce qu'il a été touché par la main du roi. C'est dans l'IN~ STANT que s'éprouve I'éternel. Quel äge as~tu, demande~t~n au fou de Leïla ? - 1040 ans, répond Mejnoun :

d'un chien , la vue d'une

J'ai vécu mille années lorsque, pendant un instant, Leïla m'a montré son visage.

Le çoufi est Ie fils de !'instant et l'instant est tranchant comme un sabre, dit Qochayri. Ces instants ont une telle plénitude qu'ils entrainent parfois !'extase, I'évanouissement, la mort même, symbole

et ta paix est guerre.

Cela, commen

d

t

te Ghazali

ées

q

ui

'

et comporte des sens superposes. 11 peut s ag1r

exactes ou erron

a - son Seigneur : il voit que sa connrussance n est son obéissance . qu'hypocrisie, que son amour est 1m~

. arfait et son désir insattable. p Pendant la nuit qui précéda sa mort. le même Chibli ne cessa de

qu 1gnora

me par rappor nee

séduit et déçoit, -

du bas~mon e,

répèter le splendide distique :

.

La marson que

sera no t re pr

.

.

.

tu habites n'a pas besoin d'autre flambeau.

Ton v1sage espere

eu

ve le 1 ·our ou les gens se chargerent tous de preuves.

Roudbari croisa un jour l'enterrement d'un jeune homme qui était

mort d'avoir entenduce vers:

Grandé est la prétention d'un esclave qui désice te voir. Est-ce qu'un ceil n'a

pas assez de voir celui qui fa vu ?

De même Jalaleddin se contente de la poussière qu'ont touchée les pieds de l'être aimé, et Lamartine de l'air respir~ p~r sa poitrine. On pourrait multiplier les exemples et les vanat10ns sur les effets

·de certains vers. C'est que la Poésie et la Musique sont la voix de l'autre monde, Ie souvenir du Pacte fait entre Dieu et les ämes dans les reins fAdam, l'appel de la consumante réalité. Comme le dit Jalaleddin ar~Roumi, fondateur des Mevlévis, mu~

siciens et danseurs :

Le gémissement de la flûte et Ie tonnerre du tambour ressemblent à la terrible

trompette du jugement.

nous avons appris nos mélodies de cell:s des

sphéres qui tournent. Le chant des sphères dans leurs révolutions célestes est ce que les hommes chantent avec la voix et avec le Iuth Comme nous sommes tous fils d'Adam, nous avons tous entendu ces mélodies au paradis. Bien que la terre et !'eau aient jeté sur nous leur voile, nous retenons

de faibles réminiscences de ces chants célestes L'audition des chants et les concerts sont la nourriture des amants, car ils leur rappeilent leur primitive union avec Dieu (3). Emile DERMENGHEM

Les

philosophes

disent

que

(3)

Nous avons laissé de cöté dans ces notes sommaires non seulement de nom~

mais eneare de nombreux poètes

importants tels que Saadi, Khayyam, Maari, Ibn Arabi, Avicenne, Nabolosi, les.

poètes turcs, andalous, rousulmans des Indes

breux thèmes métaphysique ou

philosophiques,

. -3 1 - propre du terme, ne se séparait pas de la partie intégrante.

.

-3 1 -

propre du terme, ne se séparait pas de la

partie intégrante. L'erreur des occultistes était à son sens d'employer en dehors de la Poésie les propriétés infinies de la Parole. Toutefois

r s'adressait de préférence . aux . littérateurs qui sans remords

Poésie, mais en faisait

sa ngueu usent du Jangage pour leurs tnstes Jeux :

« Banalité 1 et c'est vous la masse et la majorité, ö confrères, autrement que

de

féli~tedu coup de vent si c'est de votre cöté qu'il décharge en dernier lieu mon

haussement d 'é paules. Non , vous

tention et malentendu, de détacher d'un Art des opérations qui lui sont intégrales

et fondamentales pour les accomplir à tort, isolément, c'est encore une vénéra- tion, maladroite. Vous en e[facez jusqu'au sens intégral et sacré » (2).

me

auvres Kabbalistes tantöt bafoués par une anecdote maligne

ne

vous contenfez pas,

( 1) :

et

je

CONSIDERATIONS SUR

MALLARME (*)

comme eux par inat-

Et l'on conçoit l'indulgence de Mallarmé pour les Kabbalistes lorsque l'on constate à quel point ses idées persennelles furent près des Ieurs. Les deux articles inédits que Ie Dr. Bonniot publia dans la N.R.F. de janvier 1929, et qui furent écrits à vingt-cinq ans d'in- tervalk prouvent d'une manière impressionnante que l'unique préoccupation de Mallarmé resta durant toute sa vie intellectuelle Ie problème du langage. Et les conclusions auxquelles il parvint sont. d'après les rares indications qu'il nous a laissées, celles de la Kabbale elle-même. On .sait que d'après cette tradition, l'ordre successif des Iettres présenterait un résumé du système sidéral, et symboliserait particulièrement les signes du Zodiaque. En outre chaque lettre de l'alphabet constituerait une puissance dont Ie nombre et la forme seraient capables de réagir sur les forces du cosmos auxquelles ils correspondent. Ecoutons Mallarmé :

«A vee ses vingt-quatre signes cette Littérature exactement dénommée les Lettres, ainsi que par de multiples fusions en la figure de phrase, puis le vers, système agencé comme un spirituel zodiaque, implique sa doctrine propre, ab- straite, ésotérique comme quelque théologie

Le long et mystérieux labeur du poète d'lgitur n'eut pas d'autre objet que Ie pouvoir de la parole. Un de ses amis, Ie poète Viélé- Griffin, me conta sur ce point une anecdote significative : .: Vous savez, me dit-il, que Mallarmé avait constitué un grand nombre d~ petites fiches dont la teneur intrigua au plus haut point ses contem- porains. 11 opposait un silence absolu aux questions qu'on lui adres- sait à eet égard, et donna l'ordre qu'elles fussent brûlées après sa mort. Tout ce que je puis dire, c'est que pendant un temps de ma vie ou je travaillais avec Mallarmé à la traduetion du Ten o'clock de Whistler, j'entrais un jour chez lui, et Ie trouvais assis à son bureau, tenant une de ces fiches minuscules. 11 garda quelques instants Ie silence et murmura, comme s'il se parlait à lui-même: «Je n'ose même plus leur écrire cela, car je leur en livre encore trop ». Placé près de lui, je lus sur la fiche ce mot unique: « que1 ». 11 ]a rep]aça

parmi

ses

papiers, et je n'eus pas l'occasion d'en savoir davan-

tage ».

Cette vénération épouvantée d'un mot, si abstrait soit-i], révè]e à nos yeux les justes pressentiments de celui qui ]a manifeste. Encore que dans Ie cas de Mallarmé nous ne devions parler de pressenti- ment, mais de connaissance. 11 est en effet temps de révéler que les recherches mystérieuses du grand poète appartiennent à un domaine singulièrement plus élevé que celui de I' art. 11 concevait la Littérature en tant que Doctrine, et pensait fortement que la magie, au sens

(•)

Ces

fragments

périence Poétique.

sent extralts d'un cnvrage en préparation, intitulé: J'Ex-

La Kabbale avance encore que chaque lettre est à la fois Ie point de départ et Ie point d'arrivée de mille correspondances. PareiJle- ment Mallarmé reconnaitra que chaque signe alphabéti~ue représen- te un moyen d'action et une sythèse, ce qu'il nomme dans Ia

Musique et les Lettres, en deux mots : action, reflet:

( 1) Allusion

sans

doute

aux

démêlés

qu' eurent

à

soutenir

en

1893,

les

Rose-Croix,

spécialement

Joseph

Péladan

et

Stanislas

de Guaita, accusés

d'a-

volr tué !'abbé

BeulJan par

(2)

N .

R.

F . Janvier

1929.

envoûtement

(Note du Dr. E. Bonniot) .

-32- 33- < Un homme peut advenir s'il a recréé par lui-méme, pris soin de

-32-

-32- 33- < Un homme peut advenir s'il a recréé par lui-méme, pris soin de conserve

33-

< Un homme peut advenir s'il a recréé par lui-méme, pris soin de conserve 11 de son débarras strictement une piété aux vingt-quatre lettres comme elles se sont, par Ie miracle de l'infinité, fixées en quelque langue la sienne, puis un sens pour leurs symétries, action, reflet, jusqu'à une transfiguration en Ie terme surnaturel,

qu'est Ie vers; il possèdera, ce civilisé édénique, au-dessus d 'autre bien, l'élément

de félicité, une doctrine en méme temps qu ' une contrée ».

Enfin au cours des Divagations Ie poète ne s'est par fait faute de préciser ses premières suggestions :

<Je dis qu'ex iste entre les vieux procédés et Ie sortilège, que restera la poésie, une parité secrète, je l'énonce ici, et peut-être personnellement me suis-je complu à Ie marquer par des essais, dans une mesure qui a outrepassé l'aptitude à en jouir consentie par mes contemporains ».

à en jouir consentie par mes contemporains ». La foi que Mallarmé portait dans Ie pouvoir

La foi que Mallarmé portait dans Ie pouvoir créateur de la parole devait Ie conduire à de singulières tentatives. Lorsqu'il eut assigné à son art Ia mission de situer Ie monde sensible sur un plan essentie!. et par conséquent de Ie ramener précisément à la limite de !'être e du non~être, il tenta d' en projeter les représentations dans de formules qui les engendraient et les niaient du même coup. 11 appa rait que sa méthode fut de nommer un objet, et par conséquent d'e poser l'existence, pour simultanément l'abolir par l'adjonction d'u mot négateur :

Sur aucun bouquetier de cristal obscurci.

mot négateur : Sur aucun bouquetier de cristal obscurci. L'esprit se glace merveilleusement au contact des

L'esprit se glace merveilleusement au contact des images qu'il construisit de cette manière et que je nommerai images de vacuité:

Au voile qui la ceint absente avec frissons Celle son ombre

.

(Tombeau de Baudelaire).

Parfois plusieurs vers déroulent une réalité insaisissable, du fait que les termes qui la créent la dévorent à la fois :

Aboli bibelot d'inanité sonore Car Ie M aitre est aUé puiser des pleurs au Styx Avec ce seul objet dont Ie néant s'honore.

C'est en tant que synonyme d'absolu qu'il nous montre «I'espace à soi pareil qu'il s'accroisse ou se nie ». Enfin il s'applique dans telle pièce de circonstance à suggérer les polarités auxquelles i1 échappe:

Vertige ! voici que frissonne L'espace comme un grand baiser

Qui fou de naitre pour personne

Ne peut jaillir ni s'apaiser.

(Eventail)

Un vers lui suffit à réunir les deux termes d'existence et de non~

existence:

Musicienne du Silence.

Et de son affirmation même. les valeurs positives et les valeurs négatives cessent de s'opposer:

Ma faim qui d'aucun fruit ici ne se régale Trou ve en leur docte manque une saveur égale.

nul, vacant, vide » sont les

habituels qualificatifs des objets qu'il tire au jour. IJ instaure un monde dont on ne peut affirmer qu'il existe, mais dont la présence

ne se peut nier :

Les mots « absent, manque, aucun,

Une rose dans les ténèbres.

Les développements d'lgitur semblent constituer la contre par~ tie sur Ie plan humain, du problème situé par Edgar Poe dans les régions planétaires au cours d'Euréka. Le personnage d'lgitur, héros de la conquête logique, est baptisé du vocable qui marque la condusion d'un raisonnement. Muré dans un .chäteau dont les fondations, les matériaux, et la structure sont celles de son propre esprit, il m~dite sur la possibilité d 'é galer sa conscience à celle de !'auteur du monde . S'il y parvenait , il aurait la possibilité de faire retourner, par Ie jeu de sa pensée, Ie monde à la Nuit originelle. L'Acte aurait lieu, et Ie Drame recevrait son accomplissem'ent. Seul Ie retrait volontaire d 'une conscience infinie a pu laisser place au hasard, c'est~à~dire à l'univers. L'homme qui se meut dans Ie monde ainsi engendré par Ie retrait de la conscience divine n 'a d'autre espoir d'assister à la fin de sa damnation que d'égaler sa conscience à celle qui l'a mis au jour, de sorte qu'il puisse tenter, par sa pensée et sa parole, de nier Ie hasard , et de forcer l'univers à s'évanouir dans l'absolu :

Je profè re la parole, pour la replonger dans son inanité.

t ton ve . I -34- L'identité d'essence que Stéphane Mallarmé suppose entre I conscience

t

ton ve

.

I

-34-

L'identité d'essence que Stéphane Mallarmé suppose entre I conscience humaine et la conscience divine se reconnait aux passage qui font véritablement écho à l'affirmation d'Edgar Poe:

un nou uel uniuers [e ra explosion dans l'e xiste nce, e t s'abimeca dans le non-être, à chaque soupit: du cc:eur de la Diuinitê.

«

Et

maintenant,

ce

cc:eur

diuin

-

quel

est-il?

C'EST

NOT RE

PROPR
PROPR

CCEUR (1) ».

Le poète d'/gitur s'interroge sur Ie bruit rythmique du balander qui marque les divisions du Temps dont la Nuit est affectée. Il en reconnait finalement !'origine :

« Tandis

que deuant et derrière se prolonge le

mensonge exploré de tinfini

35-

avait tenu écartées. Le premier mouvement caractérise une aspira-

• La recherche de la conscience absolue, et celle de I mconsctence

Ie domaine de la couleur, à la recherche du noir sans défaut . ~a eculeur bla~che,

tota e, corres

du

• !Ie refuse les rayons lumineux, peut ftgurer analogtque- 1

a

, correspond à 1incons-

cience totale dans la nuit de laquelle l'univers se dissipe. N'être rien, et être tout, ces deux tendances représentent les

d 'un mëme tourment dont la nature humaine est affectée, 1 et

que

aspec s

es

en

ment

rs ]' 1 ·nfini

tandis que Ie second tend au néant.

.

Po ndent dans

blanc parfait, et à celle

ce

I

qu e

1

a

co

nsc

Ol ·re

ience que nul objet n entame plus.

.

qui absorbe . tous les rayons,

,

Et a , I ·· mverse

cou eur n

t

'

I

on

p

eut nommer Ie tourment de l'infini. · Elles constituent ,

ténèbres de toutes mes apparitions réunies, à présent que le temps a cessé et n

)

les diuise plus. retombées en un lourd somme, massif (lors du bruit d'abord 'en tendu} dans le vide duquel fente nds les pulsations de mon propre cc:eur ».

Et dans la deuxième ébauche de la sortie de la chambre :

« L'ombce n'entendit dans ce lieu d'autre bruit qu'u n battement régulier qu'ell reeonnut étre celui de son propee cc:eur ; elle Ie reconnut, et gênée de la cectit'ude •

parfaite de soi, elle tenta d'y écluipper, et de rentrer en elle, en son opadté

termes antinomiques et cependant communs du dilemme d Ha~let, dont Ja silhouette se profile au fond des contrées mentales ou la

poésie de Stéphane Mallarmé nous permet d'accéder.

A. ROLLAND DE RENEVILLE.

Ainsi clone l'homme possède en lui la vertu de rompre les digue~ qui s'opposent à I'envahissement du flot nocturne. Sa vie mentale

assiégée par Ie rythme

échapper aux cadres de I'espace et du temps, pour se reconnaitre ombre au sein de la Nuit absolue : lgitur, couché sur la cendre de

astres , boit la goutte de néant qui manque à la m er.

pendulaire de son sang , doit finalement

L' a bsoIu ne saurait être abordé par la conscience humaine don la réalité n ' est que l'effet du mutuel empiètement que !'esprit

son objet se font supporter. Seule une conscience infinie peut Ie concevoir pour cette raison qu'elle participe à son essence- qu'elle se confond avec lui. Le suïcide philosophique d'lgitur ne signifie rie

d'autre que Ie consentement auquel il se résout de laisser sa cons- cience éclater aux approches de l'absolu. La conscience humain ne peut s'identifier avec la conscience absolue que par un renforce' ment de son centre, dont !'éclat peu à peu dévore les zones d'ombres qui Ie limitaient, et ne connait d'autre objet que lui-même; ou à !'inverse par I'obscuration de son foyer au profit des ombres mar~ ginales de l'esprit , qui reprennent sur lui les régions dont il les

et

(1)

Euréka.

POESJE ET MÉTAPHYSIQUE A Arsène Soreil, bien amicalement, M. D. On m'excusera de présenter aux

POESJE ET MÉTAPHYSIQUE

A

Arsène Soreil, bien amicalement,

M. D.

On m'excusera de présenter aux lecteurs d 'Hermès, à propos des rapports entre la poésie et la métaphysique, quelques réflexions qui me paraissent foncièrement inadéquates et incomplètes. Je dirai

même que rien de clair pour !'esprit ne peut paraison.

Plaçons~nous par exemple sur Ie terrain neutre de Ja pure des~ cription de la connaissance métaphysique ou de la « connaissance » poétique ( 1), là oû les notions de subjectif et d'objectif perdent leurs significations respectives pour coïncider avec Ie flux de Ja c.ontemplation unifiante, nous serons contraints de constater que

surgir d 'une telle com~

analyse est inapparent. lei comme là, il n 'y a pour

ainsi _dire po~n.t de place pour une réflexion : d'une part, Je regard

et simple,

s .~st 1de~:JfJ~.a 1 obJet, et sa connaissance s'est élevée à un degré d 1mmatenaht~ en acte ou une dissociation quelconque n'est plus concevable; d autre part , Ie poète, en proie à la création, a déversé son idée factive du poème - ce mot étant pris au sens large _ avec un tel élan dans Ie don de soi que tout son esprit a passé, ou pres~ que, en plénitude, du coté de la chose faite qui l'a capté tout entier. L'acte réflexe de connaissance de la connaissance n'est parfaitement possible que là ou Ie connaître se porte vers un objet lesté de ma~

1 axe de cette

d.u m~taph?'~~cJ_en p~rcourant la sphère de l'intelligible pur

-37-

tière ou incluant une relation étroite à celie-ei : une réflexion sur l'agir technique est ainsi possible, disons même nécessaire, s'il est vrai que Ia technique implique un contröle et une référence à !'agent qui la manie ; pareillement, une réflexion sur la connaissance mathé- matique ou sur la connaissance physique est capable de revenir sur soi, dans J'acte même de connaître, parce que l'objet, comportant relation spatiale ou matérielle, est incapable d 'absorber ment la spiritualité de la pensée (2) . Sans doute, la poésie, comme tout art, comporte~t~elle une tech-

exhaustive~

De plus ,

cette technique, quelle que soit l'importance qu'on lui attribue, fait corps avec Ie poème : elle ne peut en être dissociée qu'arbitrairement ou par abstraction, car elle se réfère, instrumentalement et inten~ tionnellement, à l'ceuvre. Maïs précisément parce qu 'elle est porée au poème et qu'elle ne disparait pas, une fois la «connaissance» poétique atteinte, comme un vulgaire échafaudage, ou comme un outil indifféremment destiné à un nombre indéterminé de produc~ tions, elle mérite une place à part, sui generis, dans !'ensemble des signes et des industries diverses qu e l'homme utilise constamment. Ce n'est ultérieurement, de façon conséquente, et même uniquement conséquente, que nous pouvons l'atteindre par réflexion: une tech~ nique antécédente, inv en tée « pour les b es oins de la ca u s e », con~ serve taujours un relent d'artifice qui donne au poème un air fabri~ qué, et gauchit l'acte créateur qui a présidé à sa naissance. Prise comme moyen de faire éclater la substance. poétique incluse dans telle ou telle ceuvre, la technique est créée par Ie poète e'n même temps qHe l' ceuvre elle-méme: elle manifeste Ie revers subjectif de

nique qui peut, et doit , donn er

prise à la r é fle xion

( 3).

incor~

l'objet poétique qu'elle dégage et dont elle est foncièrement indiscer~ nable. Nous sommes ici en plein cceur du mystère de la poésie contre 1equel nous viendrons buter si souvent au cours de cette brève étude :

il me semble, en effet, que la technique poétique , si obscure et si difficile à pénétrer, doit être identifiée à !'image ou, en général, à ·rappareil sensible qui accompagne nécessairement l'acte spirituel

et, au sens fort, s 'exhibe. Cette

par quoi la beauté poétique s'exprime

collusion, ou plutöt cette imbibation réciproque du matériel et du

 

(2)

R ema rqu ons

ici

qu 'i l s'agit

d'une

c apaci té

de

droit.

En

fait,

i1

est

pos-

( 1) .Le.

terme

< connaissance » appliqué

à

la

poésie

me

p a rait

singuliè-

sibie

que l'absorption

d e

l' esp ri t

par Ie sujet

traité soi t telle

qu e l'introspection

ment eqUivoqu e. IJ Y a là un vé ritable nid d'obscurit és que seule une étude ap-

profondie

pourrait

contribuer

à

dissiper.

(psychologique)

ne

(3)

fication.

Nous

devienne null e.

d ési gnons

év id emment

pas

par technique les

moyens

de

versi-

-38-

spirituel constitue ontologiquement Ie mystère propre à la poésie - et à I'art. Inséparables et inséparés (humainement), il nous est impossible - du rnains dans I'état actuel de Ia recherche - d'en saisir les conditions précises de réalisation. De soi, I'activité poéti~ que n 'implique pas l'intervention d 'un élément matériel, mais simple~ ment production transcendentale d 'un terme transeendentaL Ceci nous reporte, comme l'a vigoureusement souligné Maritain dans Frontières de la Poésie, vers la réalité et la notion les plus impéné~ trables qui soient (en leur constitutiE propre) : celles de création. Nous saisissons là des analogies admirablement éclairantes, mais qui placent Ia poésie sous une lumière trop drue pour nos pauvres yeux~ Nous concevons néanmoins que Ie poète est un créateur dont l'idée factive est grosse de beauté, et qui fait - partiellement - surgir du non~être sa technique et son objet. En détachant !'image de son

support naturel et en disposant, dans un certain ordre nouveau, les éléments, empruntés au réel, dont la synthèse constituera l'objet poétique ( 4) , il fait office de créa teur limité par les conditions· psycho~ontologiques de sa structure d'animal raisonnable, astreint à se servir de ses sens pour atteindre à l'immatériel. L'indivisibilité de la technique poétique et de 1' ob jet poétique ti ent à ces eaus es pro~ fondes : l'obéissance du poète à I'inspiration créatrice et qui se veut telle Ie plus intégralement possible, et la nécessité de passer par Ie circuit du sens pour appréhender Ie suprasensible. Maïs n ' y a ~ t~ il pas plus eneare ? Oui, car ces causes peuvent bien expliquer la constance de cette liaison, elles n'arrivent pas à déterminer sa né- cessité interne. Celle~ci dérive, en dernière analyse, de l'acte créateur considéré en lwi~même. Prise du cóté de son prototype et de son analogue suprême la création impligue relation de la puissance nécessairement conjuguée à l'acte, avec I'Acte pur, car l:Acte en

tant que tel ne peut créer que l'acte taraudé de puissance :

perfection même l'y contraint en quelque sorte. Prise du cóté de. son analogue humain, la création impliquera a fortiori la même nécessité interne de liaison de la puissance à l'acte. Nous tenons Ià

un pourquoi métaphysique dont les modalités nous échappent. 11 est clair que des recherches empiriologiques entreprises sur un plan

sa'

- la poésie n 'est pas uniquement subjective. La po ésie peut d égag er d'un donné qu e lconque sa b eau t é i m plicite et inapp a rent e. 11 faudrait à nou vea u une étude. spéciale de la subjectivité et de J'objectiv ité de l'expérience poétique de la beauté pour élucider ce point.

-

(4)

11

est

bi en

e ntendu

pour

ce

pa s sage

et

pour

ce

qui

suivr a

que

la. po~t:i ue,

q

.

f'

.

.

d

.

-39-

1'

a t

tenté

.

1

(di te

en mettre en relief les diverses faces,

I' esthétique

contemporaine

ainst

• c

.

.b que

ontrt ueron de ces a recherches et la multitude des

. es pour en unifier les résu I tats

I' e . t a t de dtsperston . f

hypo~

d .

eno~

thèses contra ffsance dictotres e

tent

1

msu

t

d

d

la me tap

cause

.

.

eur ormu pe ' nétration. e Nous devons, semble~t~il, en .

1

1' ·cart

beaucoup trop grand encore, qm

ans h . e de ' 1' art et r esthétique sCienttftque, . . . et

d ystque

e

d

e e a - celui de la morale: la connatssance .

. sa pratique et l' acuité de la vertu de . t plus loin que toute dissertation métaphystque h '

ar l'autre. Joignons~y ltmposst 'b'l ttte ' . d

Le cas

e

e

1 . l' une art qui p en épuise le contenu.

11 . 1

l'unificatwn

une setence

exa

t subor

m tntmen

ctement para

.

onnee a

re de 1' acte mor al. Une casuistique ou une p enomeno~ .

~

t'

etat .

xhaustive de I' art

d'.

.

1

hénoménologique, scientifique, critique,. que neus

ou tout au moins Ie gout, que son t

t la pratique

'

sur Ia str~~tu . tion artistique comblerent certainement nombre de

et en particulier de

eqm t .bre tel entre Jes connaissances

lacunes, . . ma suppose un

logie de l msptra

1'

une exp tea ton e

en avOir, e

t serait une véritable réussite. Neus ne pensons pas tou e~

essence

~~isev:~~e:xisteune antinomie insoluble entre l'ab.str~itet Ie co~cr~t

de la poésie et ses conditions d extstence. 11 s agtt

peur la résoudre

'

une

h

·

intuitwn metap ystque

.

.

épaulée par une intuition poétique, vécu.es -t~utes_deux co;.me r

et

réferees

hé~

a leur

·

o. jet.

r

o

b .

je

une

t

.

procimsant avec

quement par

·

fatre mtervemr. . .

de conscience directeurs,

·gnant des structures

intelligibles, l'autre les ·

a

tt

et

leur tonalité esthétique propre, et se détermmant reetpro une sorte de va~et~vient oii l'équilibre serait maintenu ~ar

- 't

longue digression n'était pas

11

inutile . Elle soultgn~ la. dtfft.~

com

me terroe . . objecttf, . smt

La poes~e mcl.ut

une

parf:Ute

qu elle

:

saisir la poésie en e e~meme, sot

comme vie capable de produire ce

d'éléments

simplicité ou une fusion

terme.

tellement

devient rebelle à toute analyse . 11 est bien entendu , d ~u~re ~a-rt, q lè double cas que neus envisageons ici est pris à la ltmt:e. tdeale de sa réalisation, dans ce qu'il est convenu d'appeler la poeste pure ou la métaphysique pure. Que poésie et métaphysique op.posent I_eur

une analyse qui se dé~elopperatt paral~ele~

simplicité essentielle à

ment à leur efflorescence , je serai assez porte peur ~a part a e~ chercher la raison, au moins partielle, dans ce fait qu elles constt~

deux

des dons et, en paussant plus loin encore, ,des

tuent toutes

participations à !'Esprit de Dieu. Je sais bien qu'on accusera dor~

leur processus

 

un sens e

11

e

t

ranse

.

.

l'umte

 

.

1

synt · h e ' t' tqu

11 y

 

transmatene . ·

·

 

·

sa souverame

.

étymo ogtque

I

est passee, - en

.

en sorte que

1

a

La simplicité

 

··

·

que,

 

n en

'·t ere,

 

sur

 

l

·

·

· mon sens

tci,

 

a

tionnel,

 
 

plan que lui,

(6)

   

-40-

gueil ou de folie imaginaire une telle conception, qu'on aura au préa- lable soigneusement durcie et isolée des réalisations concrètes qui en modifient la ligne. Rien de plus conforme cependant à la vieill doctrine aristotélicienne de !'intellect agent. 11 est clair par ailleurs que sans une profonde et constante humilité Ie métaphysicien et Ie poète ne pourront jamais supporter Ie poids écrasant de pareille délégation. C'est pour ce motif que l'humilité est la véritable voie d'accès au mystère ontologique ( 5) et que la poésie ne nous semble jamais plus proche ·de son type pur que là ou elle se dissimule à elle~même et s'essore spontanément, dans une ingénuité puérile qui transcende infiniment les fausses macérations de l'orgueil et les brutales explosions de la présomption. J'irai même jusqu'à soutenir que tout homme nait métaphysicien et poète, mais que les contrainte sociales, et plus eneare un certain goût multiforme et dépravé pour la matière, conséquence de notre composition ontologique, son capables de provoquer une véritable cécité métaphysique ou poéti- que. Enfin. il est extrêmement remarquable que métaphysique et poésie tendent sans cesse à se tran1:ïmuer en valeurs religieuses. Pre- nons par exemple trois doctrines aussi distinctes que possible les unes des autres : Ie thomisme, l'idéalisme de M. Brunschvicg et Ie matérialisme marxiste ; chacune tend, selon des lignes diverses, à des degrés différents, et en vertu de conceptions distin~tes de la nature, vers des exigences proprement religieuses. Que leur con- trainte soit effective ou non, que leur valeur de vérité soit authenti- que ou non, peu importe ici. I1 nous suffit de constater un fait, et un fait indépendant de toute influence chrétienne, du moins en son origine la plus lointaine, puisqu'un système aussi fortement rationnel que celui du « païen » Aristote débo'uche, lui aussi, à son t~rme, sur un état de contemplation de l'univers analogue à la vision divine. De même, ii est incontestable que les grands poètes ont aspiré à une religion : c'est ce qui trace une différence de classe entre un Musset et un Vigny, une Mallarmé et un Rimbaud, un Valéry et un Claudel, par exemple; c'est aussi pourquoi une société imbibée de rationalisme et centrée sur une conception résolument amétaphy- sique de l'homme et du monde, s'est avérée et s'avérera toujours, à chaque moment de l'histoire, incapable de produire un seul poète. Somme toute, ce qui caractérise en commun métaphysique et poésie, c'est la