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TEXTES À COMMENTER

POÉSIE XXe s.

G. Apollinaire, Alcools.

Le Pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine


Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l’heure


Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face


Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure


Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante


L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure


Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines


Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure


Les jours s’en vont je demeure
Marie
Apollinaire, Marie
Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C’est la maclotte qui sautille Il faut remarquer la présence des strophes « quantil » des
Toute les cloches sonneront strophes de 5 vers, strophes qui se caractérisent par la
Quand donc reviendrez-vous Marie musicalité des vers.

Les masques sont silencieux La musique est l’idée fondamentale du poème, la


Et la musique est si lointaine présence de la musique inscrit une ambiance de fête, cette
Qu’elle semble venir des cieux ambiance musicale se termine dans le premier vers du
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à premièr quantil, « quand donc reviendrez-vous Marie ».
peine L’amour constitue l’un des axes essentiels de cette poème,
Et mon mal est délicieux le poème s’inscrit donc dans la tradition de l’élégiaque,
même dans la tradition lyrique. Le nom de Marie apparait
Les brebis s’en vont dans la neige dans d’autres poètes qui traitent la thématique de l’amour
Flocons de laine et ceux d’argent perdu, Apollinaire ne fait aucune description physique de
Des soldats passent et que n’ai-je la femme, donc de quelle Marie parle-t-il ?
>homophonie
Un cœur à moi ce cœur changeant Les cheveux apparaissent ici comme un terme de
Changeant et puis encor que sais-je comparaison, comment interpréter cette comparaison ?
On a une comparaison et une métaphore des cheveux,
Sais-je où s’en iront tes cheveux comment les interpréter ?
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s’en iront tes cheveux L’automne est une image poétique qui est bien chargé
Et tes mains feuilles de l’automne d’une signification précise, peut faire évoquer la
Que jonchent aussi nos aveux nostalgie, la tristesse, l’automne est un mot autarcique ;
les cheveux aussi montrent le mouvement, l’agitation.
Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras Apollinaire n’est pas du tout en paix, il est en constante
Le fleuve est pareil à ma peine agitation par la perte de son amour, c’est l’idée de la
Il s’écoule et ne tarit pas nostalgie à travers l’automne, et les cheveux transmettre
Quand donc finira la semaine >> quand l’idée de l’agitation.
est-ce que finira la peine ? Le livre ancien
c’est une métaphore, c’est le livre de son Un signe de modernité dans le poème est celle l’absence
amour. des signes de ponctuation, c’est caractéristique de la
poésie de la poésie de Apollinaire, mais dans cette
absence de ponctuation on peut ajouter d’autres signes de
modernité :

1. La superposition originale et inédite que l’auteur fait


entre des images bien différentes qui confèrent au poème
un caractère hétérogène, dans le premier et le seconde il
parle de musique et d’amour et le troisième : il traite des
soldats, les brebis… des images qui ne ressemblent aux
antérieures.

2. Dans la dernière strophe l’auteur changer l’espace et


même le temps, il est maintenant à Paris quand avant il
donnait l’impression d’être en Wallonne, car le troisième
axe du poème c’est le temps et plus précisément le
écoulement du temps
Zone

À la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes


La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n’es pas antique ô Christianisme


L’Européen le plus moderne c’est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D’entrer dans une église et de t’y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d’aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J’ai vu ce matin une jolie rue dont j’ai oublié le nom


Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J’aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l’avenue des Ternes

Voilà la jeune rue et tu n’es encore qu’un petit enfant


Ta mère ne t’habille que de bleu et de blanc
Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize
Vous n’aimez rien tant que les pompes de l’Église
Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir en cachette
Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège
Tandis qu’éternelle et adorable profondeur améthyste
Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ
C’est le beau lys que tous nous cultivons
C’est la torche aux cheveux roux que n’éteint pas le vent
C’est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère
C’est l’arbre toujours touffu de toutes les prières
C’est la double potence de l’honneur et de l’éternité
C’est l’étoile à six branches
C’est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche
C’est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
Il détient le record du monde pour la hauteur

Pupille Christ de l’œil


Vingtième pupille des siècle il sait y faire
Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l’air
Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder
Ils disent qu’il imite Simon Mage en Judée
Ils crient s’il sait voler qu’on l’appelle voleur
Les anges voltigent autour du joli voltigeur
Icare Enoch Elie Apollonius de Thyane
Flottent autour du premier aéroplane
Ils s’écartent parfois pour laisser passer ceux que
transporte la Sainte-Eucharistie
Ces prêtre qui montent éternellement élevant l’hostie
L’avion se pose enfin sans refermer les ailes
Le ciel s’emplit alors de millions d’hirondelles
A tire-d’aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux
D’Afrique arrivent les ibis les flamants les marabouts
L’oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes
Plane tenant dans les serres le crâne d’Adam la première tête
L’aigle fond de l’horizon en poussant un grand cri
Et d’Amérique vient le petit colibri
De Chine sont venus les pihis longs et souples
Qui n’ont qu’une seule aile et qui volent par couple
Puis voici la colombe esprit immaculé
Qu’escortent l’oiseau-lyre et le paon ocellé
Le phénix ce bûcher qui soi-même s’engendre
Un instant voile tout de son ardente cendre
Les sirènes laissant les périlleux détroits
Arrivent en chantant bellement toutes trois
Et tous aigle phénix et pihis de la Chine
Fraternisent avec la volante machine

Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule


Des troupeaux d’autobus mugissants près de toi roulent
L’angoisse de l’amour te serre le gosier
Comme si tu ne devais jamais plus être aimé
Si tu vivais dans l’ancien temps tu entrerais dans un monastère
Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prière
Tu te moques de toi et comme le feu de l’Enfer ton rire pétille
Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie
C’est un tableau pendu dans un sombre musée
Et quelquefois tu vas le regarder de près

Aujourd’hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées


C’était et je voudrais ne pas m’en souvenir c’était au déclin de la beauté

Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m’a regardé à Chartres


Le sang de votre Sacré Cœur m’a inondé à Montmartre
Je suis malade d’ouïr les paroles bienheureuses
L’amour dont je souffre est une maladie honteuse
Et l’image qui te possède te fait survivre dans l’insomnie et dans l’angoisse
C’est toujours près de toi cette image qui passe

Maintenant tu es au bord de la Méditerranée


Sous les citronniers qui sont en fleur toute l’année
Avec tes amis tu te promènes en barque
L’un est Nissard il y a un Mentonasque et deux Turbiasques
Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs
Et parmi les algues nagent les poissons images du Sauveur

Tu es dans le jardin d’une auberge aux environs de Prague


Tu te sens tout heureux une rose est sur la table
Et tu observes au lieux d’écrire ton conte en prose
La cétoine qui dort dans le cœur de la rose

Épouvanté tu te vois dessiné dans les agates de Saint-Vit


Tu étais triste à mourir le jour où tu t’y vis
Tu ressembles au Lazare affolé par le jour
Les aiguilles de l’horloge du quartier juif vont à rebours
Et tu recules aussi dans ta vie lentement
En montant au Hradchin et le soir en écoutant
Dans les tavernes chanter des chansons tchèques

Te voici à Marseille au milieu des Pastèques

Te voici à Coblence à l’hôtel du Géant

Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon

Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves belle et qui est laide
Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde
On y loue des chambres en latin Cubicula locanda
Je m’en souviens j’y ai passé trois jours et autant à Gouda

Tu es à Paris chez le juge d’instruction


Comme un criminel on te met en état d’arrestation

Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages


Avant de t’apercevoir du mensonge et de l’âge
Tu as souffert de l’amour à vingt et à trente ans
J’ai vécu comme un fou et j’ai perdu mon temps
Tu n’oses plus regarder tes mains et à tous moments je voudrais sangloter
Sur toi sur celle que j’aime sur tout ce qui t’a épouvanté

Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres émigrants


Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent des enfants
Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare
Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages
Ils espèrent gagner de l’argent dans l’Argentine
Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune
Une famille transporte un édredon rouge comme vous transportez votre cœur
Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels
Quelques-uns de ces émigrants restent ici et se logent
Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges
Je les ai vus souvent le soir ils prennent l’air dans la rue
Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs
Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque
Elles restent assises exsangues au fond des boutiques
Tu es debout devant le zinc d’un bar crapuleux
Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux

Tu es la nuit dans un grand restaurant

Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant
Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant

Elle est la fille d’un sergent de ville de Jersey

Ses mains que je n’avais pas vues sont dures et gercées

J’ai une pitié immense pour les coutures de son ventre

J’humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible ma bouche

Tu es seul le matin va venir


Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues

La nuit s’éloigne ainsi qu’une belle Métive


C’est Ferdine la fausse ou Léa l’attentive

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie


Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie

Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied


Dormir parmi tes fétiches d’Océanie et de Guinée
Ils sont des Christ d’une autre forme et d’une autre croyance
Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances

Adieu Adieu

Soleil cou coupé


P.Valéry, Album des vers anciens.

La Fileuse

Assise, la fileuse au bleu de la croisée


Où le jardin mélodieux se dodeline ;
Le rouet ancien qui ronfle l'a grisée.

Lasse, ayant bu l'azur, de filer la câline


Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s'incline.

Un arbuste et l'air pur font une source vive


Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l'oisive.

Une tige, où le vent vagabond se repose,


Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet sa rose.

Mais la dormeuse file une laine isolée ;


Mystérieusement l'ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.

Le songe se dévide avec une paresse


Angélique, et sans cesse, aux doux fuseau crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse...

Derrière tant de fleurs, l'azur se dissimule,


Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,


Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir... Tu es éteinte

Au bleu de la croisée où tu filais la laine.


Breton, Union Libre

Ma femme à la chevelure de feu de bois


Aux pensées d'éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles de dernière grandeur
Aux dents d'empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d'ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d'hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d'écriture d'enfant
Aux sourcils de bord de nid d'hirondelle
Ma femme aux tempes d'ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d'allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d'as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d'écume de mer et d'écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d'horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d'initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d'orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d'or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d'éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d'oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d'un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d'amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d'ornithorynque
Ma femme au sexe d'algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d'aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d'eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d'eau de niveau d'air de terre et de feu.

Breton, Nadja [Récit]

Le texte appartient au récit de Breton (Nadja), la femme protagoniste de


l’histoire qui nous est raconté, mais c’est une histoire, est-ce qu’il suit le
canoniques des récits ? En effet on peut constater le mélange entre
discours du récit et récit de réflexion, de pensée.

C’est pourquoi l’œuvre est considérée comme le résumé des idées réalistes,
c’est donc un texte qu’on peut situer entre le manifeste (surréaliste) et la
fiction, le récit. On trouve des idées essentielles contenues dans le
manifeste du mouvement, l’une constitue le sujet central de ce texte : une
rencontre hasardeuse, l’une des idées du mouvement surréaliste. C’est la
rencontre par hasard d’un narrateur auto diégétique (« je me trouvais rue
Lafayette ») et d’une femme (Nadja). Le nomme de Nadja signifie espérance
> une autre idée clé du surréalisme, puisque les surréalistes considèrent les
femmes comme des êtres mystérieux avec la capacité de mettre l’écrivain
en contact avec le monde du rêve, la femme est douée d’un pouvoir
extraordinaire, la femme représente pour les réalistes une espérance

La rencontre par hasard a lieu à Paris, donc encore un autre signe


caractéristique du mouvement, car c’est l’expression du mythe de Paris, un
lieu magique où tout peut se passer de manière tout à fait arbitraire. Le
surréaliste Breton arrive à accorder au réel un pouvoir du fantastique, le
fantastique est montré par le personnage féminin, le cadre spatiale est bien
réelle, tous les espaces cités par Breton possèdent un référence dans la
réalité de Paris, c’est ainsi comme il va créer cette fantastique, à parti du
réel.

Rue la Fayette el l’Opéra marquent l’itinéraire du personnage, ce


personnage qui erre dans Paris doit nous rappeler un poète de l’esprit
moderne que fait la même chose dans son poème : « Zone » > Apollinaire.

Le surréalisme hérite donc dans certains aspects de la poétique de l’esprit


moderne. Lieux réel, qui sont marqués et chargés de parler d’une certaine
idéologie, dans la rue Lafayette, Breton prend plutôt la forme du journal
intime, et il dit se trouver rue Lafayette mais après être devant la librairie
Humaniste, il introduit des descriptions très spécifiques mais qui s’opposent
complètement aux descriptions formels des romans traditionnels, au lieu
d’employer la description exagéré, il va la remplacer par une image (voir la
photo), c’est aussi un signe bien surréaliste : le fait de jouer sur le texte et
sur l’image. Car reproduire l’image dans un texte littéraire c’est montrer le
désir de montrer l’entrée du surréalisme comme mouvement artistique. Un
discours descriptif incomplète et complété avec des images, mais aussi un
discours chargé de signification : « Trotsky, journal humanité », le journal
« l’humanité » était l’organe de diffusion du parti communiste, et Trotski l’un
des plus grands idéologues du parti communiste, l’un des plus importants
dirigeants de l’International Communiste, cette intertextualité charge le texte
d’idéologie, il est en train de dire qu’il partage les idées de Trotski.

Le 4 octobre dernier, à la fin d´un de ces après-midi tout à fait désoeuvrés et très
mornes, comme j´ai le secret d´en passer, je me trouvais rue Lafayette : après m´être
arrêté quelques minutes devant la vitrine de la librairie de l´Humanité et avoir fait l
´acquisition du dernier ouvrage de Trotsky, sans but je poursuivais ma route dans la
direction de l´Opéra. Les bureaux, les ateliers commençaient à se vider, du haut en
bas des maisons des portes se fermaient, des gens sur le trottoir se serraient la main,
il commençait tout de même à y avoir plus de monde.
La librairie de l´Humanité

J´observais sans le vouloir des visages, des accoutrements, des allures. Allons, ce n
´étaient pas encore ceux-là qu´on trouverait prêts à faire la Révolution (cartier des
bourgeoises, cartier très riche, un des lieux plus riches de l’époque, donc il montre
son opposition idéologique face aux bourgeoises).

Je venais de traverser ce carrefour dont j´oublie ou ignore le nom, là, devant une
église. Tout à coup, alors qu´elle est peut-être encore à dix pas de moi, venant en
sens inverse, je vois une jeune femme (apparition), très pauvrement vêtue, qui, elle
aussi, me voit ou m´a vu. Elle va la tête haute, contrairement à tous les autres
passants. (L’auteur marque la différence de cette femme avec tous les autres du
quartier) Si frêle qu´elle se pose à peine en marchant. Un sourire imperceptible erre
peut-être sur son visage. Curieusement fardée, comme quelqu´un qui, ayant
commencé par les yeux, n´a pas eu le temps de finir, mais le bord des yeux si noir
pour une blonde. Le bord, nullement la paupière (un tel éclat s´obtient et s´obtient
seulement si l´on ne passe avec soin le crayon que sous la paupière). Il est
intéressant de noter, à ce propos, que Blanche Derval, dans le rôle de Solange,
même vue de très près, ne paraissait en rien maquillée. Est-ce à dire que ce qui est
très faiblement permis dans la rue mais est recommandé au théâtre ne vaut à mes
yeux qu´autant qu´il est passé outre à ce qui est défendu dans un cas, ordonné dans
l´autre ? Peut-être. Je n´avais jamais vu de tels yeux. Sans hésitation j´adresse la
parole à l´inconnue, tout en m´attendant, j´en conviens du reste, au pire. Elle sourit,
mais très mystérieusement, et, dirai-je, comme en connaissance de cause, bien qu
´alors je n´en puisse rien croire. Elle se rend, prétend-elle, chez un coiffeur du
boulevard Magenta (je dis : prétend-elle, parce que sur l´instant j´en doute et qu´elle
devait reconnaître par la suite qu´elle allait sans but aucun). Elle m´entretient bien
avec une certaine insistance de difficultés d´argent qu´elle éprouve, mais ceci,
semble-t-il, plutôt en manière d´excuse et pour expliquer l´assez grand dénuement de
sa mise. Nous nous arrêtons à la terrasse d´un café proche de la gare du Nord. Je la
regarde mieux. Que peut-il bien passer de si extraordinaire dans ces yeux ? Que s´y
mire-t-il à la fois obscurément de détresse et lumineusement d´orgueil ?

La rencontre de la femme est montrée comme une apparition, il va le décrire, mais


non une description toute à fait ordinaire, on insiste sur les yeux, c’est la thématique
du regard, la description de cette femme ressemble à la description de la Fanfarlo,
« la femme est horreur parce qu’elle est naturelle ». Breton montre ainsi son goût
pour l’artificiel
Quant au style, au discours on doit signaler la dominance du discours idéologique ou
abstrait, il introduit l’emploi des modalisateurs, voir par exemple des expression come
« peut-être », des expressions interrogatifs, c’est-à-dire que le narrateur n’arrive pas
à imposer ses opinions, parce qu’il doute, il n’est pas sûre, en définitive le récit est un
récit de quête du moi, l’auteur se recherche tel comme Proust.

L. Aragon, La Diane française.

La Rose et le réséda.

Celui qui croyait au ciel


Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda
J. PRÉVERT, Paroles.

Le rue de Buci maintenant

Prévert voit la rue maintenant, aujourd’hui, c’est après la guerre, il voit


maintenant la rue après la guerre et il compare cette rue avec la rue avant la
guerre, la vie de la rue maintenant et la vie de la rue avant la guerre. La rue de
Buci nous apparait comme un espace complètement dégradé par rapport à une
autre fois, elle est devenue un « corridor de mort », le malheur qui est venu
envahir cet espace est accentué par l’emploi de l’anaphore et la répétition, c’est
pour intensifier l’horreur de la guerre dans la rue, pour donner de l’importance.
«les chiens maigres» pour exemplifier la faim de la population, le vocabulaire
employé montre l’incertitude de le personnage face au devenir. Cette horreur,
cette rue morte s’oppose aux activités d’avant, la quotidienneté s’est arrêtée, la
vie quotidienne des citoyens s’est arrêtée. Le malheur comme sujet central est
accentué avec le concept du silence. Prévert joue dans tout le poème avec le
contraste entre cette rue et la rue antérieure avec des aliments, avec bruits,
avec gaieté… Prévert accorde aussi un grand contraste avec la nourriture
avec les halles pleins de oranges, fruits… que maintenant sont vides, sans vie.
Le personnage de la jolie fille s’affirme comme le personnage de la jeunesse,
de la liberté, une jolie fille qui est venu pour triompher contre le malheur, contre
l’obscur, le silence et l’horreur, c’est le futur face au passée

Où est-il parti
le petit monde fou du dimanche matin
Qui donc a baissé cet épouvantable rideau de poussière et de fer sur cette rue
cette rue autrefois si heureuse et si fière d’être rue
comme une fille heureuse et fière d’être nue.
Pauvre rue
te voilà maintenant abandonnée dans le quartier
abandonné lui-même dans la ville dépeuplée. Pauvre rue
morne corridor menant d’un point mort à un autre point mort
tes chiens maigres et seuls et ton gros mutilé de guerre
qui a tellement maigri lui aussi
et qui passe dans sa petite voiture mécanique
traversant au hasard sans savoir où aller
s’arrêtant n’importe où sans même savoir où c’est
il s’était fait une raison d’homme
une fois l’autre guerre finie
une raison avec sa voiture
une raison avec ses deux jambes arrachées
et il avait ses petites habitudes
on lui disait bonjour il connaissait tout le monde
et tout le monde le connaissait.
Et il roulait
il s’arrêtait pour boire un verre il oubliait il plaisantait
et puis il allait déjeuner
et voilà qu’encore une fois tout a encore recommencé
et il roule lentement dans sa rue
et il ne la reconnaît plus
et elle ne le reconnaît plus non plus
et la misère debout fait la queue aux portes du malheur
aux portes de l’ennui > métaphore qu’exprime la tragédie des habitants de la rue
et la rue est vide et triste
abandonnée comme une vieille boîte au lait
et elle se tait.
Pauvre rue qui ne veut plus qui ne peut plus rien dire > concept du silence
pauvre rue dépareillée et sous-alimentée
on t’a retiré le pain de la bouche
on t’a arraché les ovaires
on t’a coupé l’herbe sous le pied
on t’a rentré tes chansons dans la gorge
on t’a enlevé ta gaîté
et le diamant de ton rire s’est brisé les dents
sur le rideau de fer de la connerie et de la haine
et les gosses du quartier ne sortent plus de chez le boulanger souriants en mangeant
la pesée
au Cours des Halles les sanguines
les petits soleils de Valence > métaphore oranges
ne roulent plus dans les balances
dans les filets des ménagères
abandonnant sur le trottoir
leurs jolies robes de papier
avec des toréadors et de belles cigarières
imprimées de toutes les couleurs
et puis des noms de villes étrangères
pour faire rêver les étrangers.
Et toi citron jaune
toi qui trônais comme un seigneur au milieu de tes Portugaises vertes
tu étais l’astre de la misère
la lumière du repas de midi et demi.
Où es-tu maintenant
citron jaune qui venais des autres pays
et toi vieille cloche qui vendais des crayons
et qui trouvais dans le vin rouge et dans tes rêves sous les ponts
d’extraordinaires balivernes des histoires d’un autre monde
de prodigieuses choses sans nom
où es-tu
où sont tes crayons…
Et vous marchandes à la sauvette
où sont vos lacets vos oignons
où est le bleu de la lessive
où sont les aiguilles et le fil et les épingles de sûreté.
Et vous filles des quatre saisons
vous êtes là encore bien sûr
mais le cœur n’y est plus
le cœur de ce quartier
le cœur de ces artères
le cœur de cette rue
et vous vendez de mauvaises herbes
et vous avez beaucoup changé.
Vos cris n’ont plus la même musique
dans votre voix quelque chose est brisé…
Et toi jolie fille
qui te promenais
et qui vivais
autour et alentour de la rue de Buci
toi qui grandissais dans ce paysage
toi qui te promenais tous les matins
avec ton chien
avec ton pain
et puis qui es partie
maintenant tu es revenue
et toi non plus tu ne reconnais plus ta rue.
La rue où tu marchais le dimanche matin
avec ton chien
et puis ton pain
tu venais à peine de te réveiller
tes yeux étaient grands ouverts
et brillaient
et tu paraissais nue sous ta robe légère
et tu souriais
heureuse qu’on te regarde
et d’être regardée
devinée désirée
caressée du regard par ta rue tout entière
par ta rue de Buci
qui fronçait le sourcil
qui haussait les épaules
qui faisait celle qui est en colère
et te montrait du doigt
et te traitait de tous les noms
Si ce n’est pas une honte
à son âge
avez-vous déjà vu ça…
et parlait d’en parler à ton père
ta rue de Buci
qui faisait l’indignée
celle qui était en colère
mais dans le fond
heureuse et fière
de ta beauté éblouissante
de ta provocante jeunesse
de ta merveilleuse pauvreté
de ta merveilleuse liberté.

Prévert apparait comme défenseur de la liberté, des problèmes de son temps, avec
une écriture qui n’est pas compliquée, et ce poème preuve que dans cette époque la
poésie se libère autant que se libèrent les romans, le poète fuit tout modèle préétabli
F. Ponge, Le Parti pris des choses

Le pain

La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi


panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition sous la main les
Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train
d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée
en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement
articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un
regard pour la mollesse ignoble sous-jacente. Ce lâche et froid sous-sol que l'on
nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme
des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces
fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la
masse en devient friable… Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche
moins objet de respect que de consommation.

L’originalité de ce poète est montrée d’abord dans la lecture. Ponge joue avec les mots
d’une telle manière que le lecteur doit faire un travail très grand pour arriver aux idées
plus importantes. L’art réside dans l’imagination du lecteur, le lecteur est invité à
partager la rêverie du poète, Ponge transforme le réel, transforme l’image du pain,
c’est capacité de faire cette transformation l’expression de l’art, de passer de la vision
à l’écriture, ici réside l’art. L’intérêt de Ponge réside dans cette transformation radicale
du réel faite sur des objets qui sont très quotidiennes et auxquels les poètes
antérieures ne sont pas arrêtées, c’est la valoriser ces objets. Les lecteurs sont aussi
invités à participer au voyage imaginaire de Ponge. Ponge fait la représentation du
pain comme une espèce de micro-univers et comment une mase amorphe devient un
objet, une chose. C’est comme la vie : une naissance d’une mase amorphe qui se
forme et se consomme, («la masse en devient friable»). Tout le poème c’est l’évolution
d’une vie : la naissance et la mort.

Dans la dernière phrase Ponge introduit un autre élément, après friable il ajoute sans
transition, la phrase « brisons-là », qui rompe avec tout l’imagination antérieur, le pain
c’est seulement pour le manger, non pour rêver et l’observer, c’est ainsi comme le
poète finit avec l’imaginaire et nous rend au réel. Et le pain considérée comme objet de
respect c’est une référence à la culture religieuse, Ponge est en train de dire qu’il ne
croit pas au respect que la religion a pour l’objet du pain
Y. BONNEFOY, Du mouvement et de l´immobilité de Douve.

Aux arbres

Vous qui vous êtes effacés sur son passage,


Qui avez refermé sur elle vos chemins,
Impassibles garants que Douve même morte
Sera lumière encore n'étant rien.

Vous fibreuse matière et densité,


Arbres proches de moi quand elle s'est jetée
Dans la barque des morts et la bouche serrée
Sur l'obole de faim, de froid et de silence.

J'entends à travers vous quel dialogue elle tente


Avec les chiens, avec l'informe nautonier,
Et je vous appartiens par son cheminement
À travers tant de nuit et malgré tout ce fleuve.

Le tonnerre profond qui roule sur vos branches,


Les fêtes qu'il enflamme au sommet de l'été
Signifient qu'elle lie sa fortune à la mienne
Dans la médiation de votre austérité.

Philippe Jaccottet, Airs

« Fruits »

Dans les chambres des vergers


Ce sont des globes suspendus
Que la course du temps colore
Des lampes que le temps allume
Et dont la lumière est parfum
On respire sous chaque branche
Le fouet odorant de la hâte
Ce sont des perles parmi l’herbe
De nacre à mesure plus rose
Que les brumes sont moins lointaines
Des pendeloques plus pesantes
Que moins de linge elles ornent
Comme ils dorment longtemps
Sous les mille paupières vertes !
Et comme la chaleur
Par la hâte avivée
Leur fait le regard avide !
L’absence des signes de pontoation nous permet d’inscrire ce poème dans une
poésie moderne, tel comme l’a fait Apollinaire, le poème aussi nous montre un
signe de modernité à travers l’emploi du vers libre, 17 vers non rimées, qui sont
hétérométriques, c’est-à-dire les vers n’ont pas les mêmes syllabes, Jaccottet à la
différence de Ponge se sert de la disposition poétique, c’est-à-dire les mots sont
écrits sous la page pour construire des vers qui seulement les voyant on peut dire
que c’est un poème, mais après du point de vue formel s’est écrit d’une manière
complètement libre, le vers plus utilisé est le vers octosyllabe, l’auteur alterne trois
types de vers, l’heptasyllabe qu’on va trouver aussi dans le dernier vers, ce qui
montre Jaccottet c’est qu’il ferme l’importance du poème dans ces deux vers.
C’est une manière de conférer une structure fermée au texte, et le troisième type
du vers est un hexasyllabe. Dans ce texte l’auteur montre l’attention qu’il porte
aux infimes éclaircies du visible, les choses simples, il faut donc signaler que sur
ce point, l’auteur s’inscrit dans une tendance de la poésie naturelle qui consiste à
parler des choses apparentement banales, il parle des fruits par métaphore, il
n’utilise pas la nomination, il crée un espace qui permet au regard de constater le
tout, l’espace de bergers provoque une sensation de joie, la joie qu’il reçoit par
l’observation des choses.
Dans ce terrain des arbres de fruitiers, il observe des fruits, mais sans les
nommer, ils sont des « globes », il décrit aussi la naissance des fruits et la
maturité des fruits, on assiste au processus de la vie des fruits, un processus qui
se réalise en peu de temps selon l’auteur

Ce poème configure un espace ou se produisent des métamorphoses par le


temps, dès la naissance des fruits jusqu’à sa maturité.