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Le Mag Banquiers, militaires, islamistes, ils sont recherchés

par les services de sécurité et demandés par la justice.


Pourquoi fuient-ils ? Où se cachent-ils ? UN DOSSIER DE
Comment vivent-ils ? TelQuel fait le point. LA REDACTION

L
eurs histoires ne se ressem- Planqués, ils ne peuvent rentrer au pays
blent pas. Leurs parcours et sans risquer de gros ennuis. Peut-être,
leurs profils non plus. Mais ils oui, peut-être que l’un d’eux finira un
partagent un point commun : jour par connaître le sort de Mandari…
ils sont considérés comme des Certains sont de hauts commis de l’Etat,
ennemis de l’Etat. Sur la liste puissants managers ou richissimes hommes
des dix, nous avons pris le par- d’affaires. D’autres, moins connus, sont mi-
ti de retenir le nom de Hicham litaires, islamistes ou présumés terroristes.
Mandari. Bien qu’il soit mort, son cas est Quasiment tous ont des démêlés avec la
emblématique et l’affaire, toujours irré- justice. Une justice qu’ils redoutent et qu’ils
solue, reste d’actualité. Karim Mejjati a fuient pour la simple raison qu’ils ne
lui aussi passé l’arme à gauche. De son vi- croient pas en son indépendance. C’est ce
vant, le terroriste avait donné du fil à re- qu’ils ne cessent de répéter… quand ils
tordre à toutes les polices du monde. Les osent briser la loi du silence. Le reste du
huit autres sont actuellement en fuite, ac- temps, ils se taisent et restent terrés dans
tivement recherchés par les services ma- leur exil où ils vivent parfois dans la misè-
rocains ou réclamés par la justice. re, souvent dans le grand luxe. I

LES DERNIERS
36 TELQUEL 13 AU 19 MARS 2010
FUGITIFS TELQUEL 13 AU 19 MARS 2010 37
Le Mag EN COUVERTURE
LES DERNIERS FUGITIFS

khalid oudghiri Mohamed Maghrawi


Le banquier traqué Le prédicateur obsédé EN FUITE DEPUIS 2008
LOCALISÉ À LA MECQUE
’affaire Khalid Oudghiri re- plaignant, Abdelkrim e cheikh salafiste de Mar- faveur, il a pris les devants, se ren- POURSUIVI POUR ATTEINTE

L monte à mai 2007. Débar-


qué en force de la
présidence d’Attijariwafa
bank, la filiale bancaire de l’ONA
qu’il a lui-même propulsée en
Boufettas, frère d’un ex-
ministre sous Hassan II,
l’accuse de lui avoir forcé
la main, du temps où il
était le patron d’Attijari-
EN FUITE DEPUIS 2008
LOCALISÉ À PARIS, MONTRÉAL
RECHERCHÉ POUR COMPLICITÉ DE CORRUPTION

due forme contre Khalid Oudghi-


C rakech prêchait la bonne
parole depuis plus de tren-
te ans. Il dirigeait l’Asso-
ciation pour l’appel au Coran et à
la Sunna, une organisation qui
dant en Arabie Saoudite, où il a
ses habitudes : c’est là-bas qu’il a
décroché sa tazkia, sorte de certi-
ficat d’aptitude à l’enseignement
islamique. Entre-temps, la justice
AU CODE DE LA FAMILLE

gnant de ne plus pouvoir quitter le


territoire”, nous confie un de ses
proches. Dans le royaume wahha-
première position avec un talent wafa bank, pour vendre ri. Contraint de quitter son poste compte des milliers de fidèles marocaine se saisit de l’affaire en bite, Maghrawi a rapidement
que lui reconnaissent unanime- un terrain à Marrakech. à la banque saoudienne, l’hom- dans le royaume. Tout allait bien ouvrant une enquête approfondie (re)trouvé ses marques : il en-
ment ses pairs, l’homme s’exile Boufettas déclare même me bascule littéralement dans la dans le meilleur des mondes au sujet de “la qualité du dénom- seigne le Coran et le hadith à La
en Arabie Saoudite où il prend avoir versé au banquier clandestinité. Il ne s’est pas pré- quand, en septembre 2008, le pré- mé Mohamed Ben Abderrahman Mecque, avec la bénédiction des
les rênes de Bank Al Jazira. Parti un pot-de-vin de 37 mil- senté au procès qui a démarré dicateur lance une véritable bom- Maghrawi l’habilitant à prononcer autorités saoudiennes. “Elles ont
se faire oublier, le banquier n’au- lions de dirhams, contre début 2010. Il est aujourd’hui of- be en déclarant licite le mariage sa fatwa”. Le site Internet où même contacté des officiels maro-
ra pas le temps de souffler. une remise de 20% sur ficiellement poursuivi par contu- d’une fillette de neuf ans. La fat- Maghrawi émet fatwa sur fatwa cains pour leur demander de
Quelques mois après sa prise de ses arriérés de crédits, qui mace pour complicité de wa de trop. Car l’affaire provoque, est alors fermé, de même que le mettre fin à la cabale contre le
fonction au royaume hachémite, se montaient à plus de corruption et risque de 2 à 5 ans logiquement, un tohu-bohu mé- siège de son Association. Seul cheikh”, ajoute notre source. En
il se retrouve au centre d’un 170 millions de dirhams. de réclusion criminelle. Vivant diatique. Quelques jours plus message laissé à l’adresse des fi- tout cas, Maghrawi continue
scandale juridico-financier de L’affaire est confiée au cé- aujourd’hui entre la France et le tard, un avocat rbati porte plainte dèles du cheikh : “L’Association Maghrawi n’a jamais remis les d’être très actif sur son site Inter-
haut vol. Une plainte est dépo- lèbre Jamal Serhane, connu pour d’une année d’instruction. Mais Canada, Oudghiri se fait discret, contre Maghrawi pour “atteinte ferme ses portes momentané- pieds au Maroc. “Il a pensé un net. Il est toujours en contact
sée contre lui au Maroc, avec avoir instruit les plus grands bien avant de transmettre son ne laissant rien filtrer de ses pro- au Code de la famille et aux droits ment. Réouverture prochaine”. temps revenir au pays, pour récu- avec ses séides au Maroc via son
pour chefs d’accusation escro- scandales politico-financiers du rapport de quelque 500 pages, le jets. “Il se tait”, résument ses de l’enfant et incitation au viol”. Puis le temps passe. Dix-huit mois pérer femmes et enfants et repar- portail Internet, qui a fait peau
querie, vol, usage de faux et tra- pays. Le juge a rendu sa copie le juge avait lancé un mandat d’ar- proches. Mais pour combien Mais le cheikh est déjà bien loin. plus tard, l’Association n’a tou- tir en Arabie Saoudite. Mais il a neuve et affiche plusieurs milliers
fic d’influence. La totale ! Le 23 novembre 2009, après plus rêt international en bonne et de temps encore ? I Sentant le vent tourner en sa dé- jours pas rouvert ses portes et vite abandonné cette idée, crai- de visites au compteur. I

hicham basri hicham bouchti


Le fils chéri du vizir Le merda qui en disait trop
’enfant choyé de l’ancien re Driss Basri battait son out a commencé en 2002 foulée, avoir été contacté par la “Ali Lmrabet m’a longtemps

L ministre de l’Intérieur a
pris soin de quitter le Ma-
roc juste avant que l’affaire
Bouznika Bay, un projet touris-
tique dont il était actionnaire,
plein en ce printemps
2004. Le père s’était lui-
même exilé en France,
quelques semaines
avant que ses anciens
EN FUITE DEPUIS 2003
LOCALISÉ À GENÈVE, PARIS
RECHERCHÉ POUR DÉTOURNEMENT ET CORRUPTION

trer au pays. Un séjour


T quand, employé au service
d’information des Forces
auxiliaires, le jeune Oujdi
dénonce la corruption de ses supé-
rieurs. La réaction ne se fait pas at-
DST marocaine qui veut le faire
venir à Paris. “Ils voulaient des
informations à charge contre Ali
Lmrabet”, affirme Bouchti. Il porte
plainte auprès de la police espa-
EN FUITE DEPUIS 2009
LOCALISÉ À MELILIA
TRAQUÉ PAR TOUS LES
SERVICES MAROCAINS
manipulé, j’ai trahi mon pays
mais aujourd’hui je suis
gracié”. Dans les faits, Hicham
Bouchti ne sera libéré qu’en
2008. Il restera en résidence
ne devienne un sujet récurrent lieutenants ne soient in- éclair qui n’a pas dépas- tendre : il est condamné pour gnole. Mais, en juin, il accepte un surveillée. Jusqu’à ce qu’il dé-
de la presse marocaine. Mais carcérés. Il y est resté sé les 72 heures. C’est la divulgation d’informations clas- rendez-vous à Melilia “car les ser- cide de rejoindre à nouveau
c’est son autre société (Consoli- pendant plusieurs mois, dernière fois qu’il a remis sées et falsification de documents. vices marocains menaçaient de l’Espagne. En mai 2009, il se
daire, prestataire régulier de la se retrouvant à un mo- les pieds sur le sol maro- Après avoir purgé une peine de 2 s’en prendre à ma famille”. Il aurait déguise en femme pour se fau-
commune urbaine de Casablan- ment donné, ironie du cain. Depuis, il vit en exil. ans de prison, il demande (et ob- été aussitôt embarqué pour se re- filer à Melilia. D’abord réfugié
ca) qui lui vaut des démêlés sort, en situation irrégu- Volontairement, et peut- tient) l’asile politique en Espagne. trouver au siège de la DST à Tema- dans le Centre de séjour des
avec la justice marocaine. Il a lière. Au plus fort de sa même définitivement. Réfugié à Madrid, il est contacté ra. Peu après, jure-t-il, on l’aurait immigrants, il est forcé de plier
même fait l’objet, au début de la détresse, Si Driss n’a ja- Installé entre la France et par les services secrets espagnols emmené à la préfecture de Oujda bagage en juin. Depuis, le fugi-
fameuse affaire Slimani - Laâfo- mais oublié son fils la Suisse, le jeune qua- pour fournir des informations sur pour rencontrer le roi en visite tif “sans-abri” craint d’être ex-
ra, d’un mandat d’arrêt interna- aîné : “C’est à moi qu’ils dra, toujours célibataire, les radicaux islamistes. En février dans la région. “Il m’a reproché pulsé vers le Maroc, voire
tional. Ce qui l’a obligé à en veulent, pourquoi travaille pour son propre 2006, il est cité dans un article de d’avoir évoqué la famille royale”. enlevé à nouveau par les ser-
abandonner son luxueux appar- s’en prennent-ils à mon fils ?”, ré- de des suites d’un cancer en sep- compte. Son affaire s’est plutôt Ali Lmrabet dans El Mundo, où il Bouchti ment, se contredit, se ré- vices du royaume. “Je préfère
tement parisien pour s’installer pétait-il à tous ses interlocu- tembre 2007, le royaume lui ré- tassée mais Hicham, dixit ses balance des informations sur les tracte, retourne plusieurs fois sa dans l’un des meilleurs salons du mourir en Espagne que revenir au
en Suisse, afin de ne pas courir teurs. Hicham, on l’aura serve toutefois des obsèques proches, “n’a pas forcément techniques de répression des isla- veste. Plus personne ne le prend prestigieux Hilton à Rabat. Il fait Maroc”, déclare-t-il à qui veut bien
le risque d’être extradé. Il faut compris, était la corde sensible officielles. Le fils Hicham obtient confiance et préfère ne pas mistes mais aussi…au sujet de la au sérieux. Ce qui ne l’empêche face à un parterre de journalistes l’entendre. Demain, il est capable
dire que la cabale contre son pè- de Driss. Quand Basri père décè- alors une dérogation pour ren- prendre de risques”. I famille royale. Il déclare, dans la pas de se retrouver, en juillet 2006, marocains, auxquels il explique : d’affirmer l’exact contraire. I

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LES DERNIERS FUGITIFS

moulay zine zahidi abdelkrim moutii


Celui par qui le scandale arrive Le vétéran de la Chabiba Islamiya
ngénieur de formation, plu- avait déjà quitté la ’homme s’est fait connaître par se réfugier quelque part dans ses contacts au Maroc.

I sieurs fois ministre sous Has-


san II, Moulay Zine Zahidi ne
pensait pas finir sa carrière de
haut commis de l’Etat en fugitif
professionnel. Condamné par
banque, la situation désas-
treuse du CIH se transfor-
me en l’un des plus grands
scandales politico-finan-
ciers du royaume. Une
EN FUITE DEPUIS 2000
LOCALISÉ À MADRID
CONDAMNÉ POUR DILAPIDATION DE DENIERS PUBLICS

tion quotidienne de la banque. “Je


L dès le début des années
1960 pour avoir fondé, avec
quelques disciples, la Chabi-
ba islamiya, première organisa-
tion politique islamiste. Il est
l’arrière pays avant de s’évader en
direction de Riyad, en Arabie
Saoudite. Comment a-t-il pu quit-
ter le pays alors qu’il était officiel-
lement accusé d’homicide
EN FUITE DEPUIS 1975
LOCALISÉ À TRIPOLI
RECHERCHÉ POUR LE MEURTRE
DE OMAR BENJELLOUN
Son âge avancé et sa
maladie faciliteraient-ils
un retour au bercail ?
“Il sait que les socia-
listes ne lâcheront ja-
contumace à 10 ans de prison en commission parlementaire ne faisais qu’appliquer des devenu célèbre suite au meurtre, volontaire ? Pourquoi le Maroc mais l’affaire. A moins
2007, l’homme vient de voir sa pei- est constituée pour enquê- consignes venues d’en haut”, affir- en décembre 1975, du leader so- n’a-t-il pas réclamé son extradi- d’une grâce royale, qu’il
ne doublée en appel à l’issue du ter sur la situation de la me Zahidi, qui conserve des cialiste Omar Benjelloun. Dénon- tion, malgré la solidité des rela- a d’ailleurs régulière-
retentissant procès du Crédit im- banque de 1985 à 2000. preuves matérielles de l’interven- cé par les siens, Moutiî est alors tions entre les royaumes ment demandée, il est
mobilier et hôtelier (CIH). Les faits Quelques mois plus tard, la tion de personnalités de premier désigné comme le commanditaire wahhabite et chérifien ? Mystère. condamné à rester éter-
remontent à 1994. Moulay Zine Za- commission rend sa copie : rang dans certains dossiers de principal de cet assassinat poli- Toujours est-il que Moutiî arrive, nellement à l’étranger.
hidi, alors ministre du Commerce, un rapport accablant de crédit. Exilé en Espagne, mais se tique. Etrangement, sa condam- quelques années plus tard, à ral- Il y a pourtant cru pen-
est nommé président de la banque plusieurs centaines de rendant régulièrement au Portu- nation à la peine capitale lier la Libye pour s’y installer défi- dant les premières an-
semi-publique. Sa mission : net- pages, qui révèle une dila- gal, le vieil homme (75 ans) se n’intervient qu’en 1979, au mo- nitivement. “Il a profité des nées du règne de
toyer les comptes de cet établisse- pidation à grande échelle. cache car, comme il l'a souvent ment où il se trouve déjà en exil tensions qui existaient entre Has- Mohammed VI, surtout
ment qui croule sous le poids de Zahidi est épinglé. Alors que plu- son épouse). Pour sa défense, l’an- confié aux médias, il craint pour en Arabie Saoudite. Immédiate- san II et Mouammar Kadhafi pour au lendemain de la
plus de 14 milliards de dirhams de sieurs de ses anciens collabora- cien homme du régime accorde sa vie. Aux dernières nouvelles, il ment après le meurtre de Benjel- s’assurer une sorte de protection. création de l’IER. Mais
créances impayées, pour la plupart teurs sont appelés à comparaître une interview explosive au défunt prépare un livre explosif sur “son loun, en effet, le leader islamiste, Aujourd’hui, il a réussi à se faire ordres de Moutiî avant de “re- au fil du temps, il s’est résigné à
nées de prêts accordés à des entre- devant la justice, le “patron” opte Le Journal où il fait des révélations calvaire”, mais aussi sur “une car- qui a bénéficié de plusieurs com- oublier et fait presque partie du naître” aujourd’hui comme mili- passer le restant de ses jours à Tri-
preneurs proches du régime. Du- pour l’exil en Espagne, pays dont il fracassantes : népotisme et clien- rière brisée par le silence cou- plicités, s’est évaporé dans la na- décor”, explique un ancien de la tant du PJD. Méfiant, Moutiî a poli et à y être probablement en-
rant l’été 2000, alors que Zahidi détient d’ailleurs la nationalité (via télisme pesaient lourd dans la ges- pable de ses pairs”. I ture. En fait, il avait commencé Chabiba, qui a servi sous les considérablement réduit, depuis, terré”, nous confie notre source. I

mohamed guerbouzi ahmed rami


Un “homme de bien” à Londres… Putschiste et antisémite
aites attention, plu- combattants marocains (GICM), l est assurément l’un des Rami affirme avoir transité

“F sieurs éléments des


services secrets sur-
veillent l’homme et
s’approcher de lui pourrait vous
attirer des ennuis !”. C’est le
premier responsable des atten-
tats du 16 mai 2003 à Casablan-
ca. Son nom est associé à
plusieurs cellules terroristes in-
ternationales. Rabat va jusqu’à
EN FUITE DEPUIS 2003
LOCALISÉ À LONDRES
SOUPÇONNÉ DE TERRORISME

Son entourage parle


I plus anciens exilés poli-
tiques marocains. L’un des
plus controversés aussi. En-
fant de Tafraout, Ahmed Rami
est un officier de l’armée qui a
par Paris. A Stockholm, où il
est installé depuis 1973, ce
condamné à mort par contu-
mace ne perd pas son temps.
L’asile politique en poche, il
EN FUITE DEPUIS 1973
LOCALISÉ À STOCKHOLM
CONDAMNÉ POUR PARTICIPATION AU PUTSCH DE SKHIRAT

avec le général Dlimi, en


conseil que l’on fournit habituel- l’accuser d’avoir été en contact d’un “homme de bien” commencé (dans le civil) en en- se fait animateur radio et Suède en décembre 1982,
lement à tout journaliste dési- direct avec Oussama Ben Laden qui continue à hanter les seignant l’arabe à Casablanca. met en place sa propre sta- soit un mois avant l’acci-
rant entrer en contact avec le et son bras droit Ayman Al Zawa- mosquées londoniennes Affecté à l’école d’Ahermoumou, tion en 1987. Radio Islam de- dent de Marrakech qui
plus célèbre des prédicateurs hiri. Et d’avoir sillonné le mon- et à fréquenter les mi- il affirme dans ses mémoires vient vite la voix d’une coûtera la vie à cet ancien
marocains. L’homme, jadis épié de, surtout l’Europe, pour lieux des immigrés d’ori- avoir pris part au coup d’Etat de croisade contre le régime de homme fort du régime de
pour ses prêches incendiaires, embrigader de futurs terro- gine maghrébine. Issu Skhirat, en juillet 1971. Proche Hassan II, mais surtout Hassan II. Entre men-
est aujourd’hui étroitement sur- ristes. En plus du Maroc, les ser- lui-même d’une fratrie d’Oufkir qui l’avait initialement contre les juifs. Malgré les songes éhontés et vérités
veillé par la police britannique. vices espagnols et français nombreuse, Mohamed pris sous son aile, l’ancien lieute- procès et les condamnations invérifiables, ou par-
La raison ? Ce natif de Larache s’intéressent toujours à son cas mier à être évoqué et la presse Guerbouzi, 44 ans, a six en- nant des blindés va errer au Ma- en Suède, Ahmed Rami, au- tielles, Rami, marié à une
est condamné au Maroc, par et à ses (présumées) connec- britannique le remet au devant fants. Il vit de petits commerces roc pendant un an, entre 1972 et toproclamé défenseur de l’is- citoyenne russe depuis
contumace, à 20 ans de prison et tions avec des cellules isla- de la scène. N’ayant pas la et boucle les fins de mois grâce 1973, avant de pouvoir rejoindre lam et de la justice dans le continue de revendiquer l’éti- une dizaine d’années, continue
Rabat ne cesse de demander son mistes en Europe. Mohamed langue dans la poche, connu au régime de solidarité britan- la Suède dans des circonstances monde, ne lâche pas prise. L’avè- quette d’opposant politique. Il de se livrer à son sport favori :
extradition. Citoyen britannique Guerbouzi, lui, a toujours nié pour son tempérament de bagar- nique et des allocations versées qu’il a toujours passées sous si- nement d’Internet lui permet affirme même avoir échappé à enchaîner les écrits vindicatifs
depuis 1994, Mohamed Guer- toute relation avec Al Qaïda. En reur, il arrache des excuses offi- à son épouse. Surveillé, mais lence. Via l’Algérie et la Lybie ? d’élargir son audience et de tirer une tentative de kidnapping par sur le Maroc officiel et, affirme-t-
bouzi est présenté comme le pa- juillet 2005, après les attentats cielles à la BBC, au Mirror et libre, son destin peut basculer Les versions se contredisent. sur tout ce qui bouge. Affabula- les services marocains, dès 1975. il, “les complots sionistes en Suè-
tron du Groupe islamique des de Londres, son nom est le pre- gagne un procès contre The Sun. à tout moment. I Dans de nombreux écrits, Ahmed teur et populiste, notre homme Il dit aussi avoir eu des contacts de et dans le monde”. I

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LES DERNIERS FUGITIFS

hicham mandari
Le faux fils de Hassan II
ans la nuit du 4 au 5 août appartements privés de même fini, près de deux

D 2004, dans le sombre par-


king d’une station bal-
néaire du sud de
l’Espagne, le corps de Hicham
Mandari gît, inanimé, dans une
Hassan II. Documents dont
il s’est toujours servi com-
SORTI DE L’ANONYMAT EN 1999
ASSASSINÉ À MARBELLA EN 2004
me instrument de chantage ACCUSÉ D’AVOIR VOLÉ DES DOCU-
à l’image de cette lettre ou-
verte menaçante à l’adresse
MENTS SECRETS AU PALAIS ROYAL
années plus tard, par
identifier son assassin pré-
sumé : un certain Hamid
Bouhadi, alias Aït Mana
Hacham, détenu depuis
mare de sang. Mort d’une balle de Hassan II, publiée en janvier 2005 dans une pri-
dans la nuque, tirée à bout por- juin 1999 sous forme d’en- son française pour une
tant. Cette exécution digne des cart publicitaire dans les co- tentative d'homicide. Un
films de mafia est à l’image de la lonnes du Washington Post. coupable idéal pour un cri-
vie de l’ancien ennemi public nu- Usurpateur d’identité, il a me quasi parfait. L’affaire
méro 1 du royaume. Le nom de Hi- souvent prétendu être le fils Mandari est alors officiel-
cham Mandari est associé à de de Hassan II et de sa courti- lement close, sans avoir li-
nombreuses affaires, aussi rocam- sane préférée Farida Cher- vré tous ses secrets. Qui
bolesques les unes que les autres. kaoui. Mandari s’est était à l’origine de son
Il y a d’abord l’histoire des vrais - également présenté sous l’identité banquier Othman Bejelloun. Mal- contrat d’assassinat ? Quel a été le
faux dinars bahreïnis (350 millions du prince Moulay Hicham, comme frat de haut vol, il s’est fait une niveau d’implication des services
d’euros) qui lui a valu un séjour lors d’un barrage policier où il a longue liste d’ennemis qui ont marocains ? Quels documents dé-
carcéral en Floride, aux Etats-Unis, été interpellé. Maître chanteur tous, un jour ou l’autre, souhaité tenait-il vraiment au point de don-
avant d’être extradé en France. professionnel, Mandari a été par sa disparition… L’exécution du jeu- ner des sueurs froides au régime
Mais il y a, surtout, les documents ailleurs impliqué dans une affaire ne homme, en 2004, n’a surpris pendant de longues années ? On
et les chèques dérobés dans les d’extorsion de fonds impliquant le personne. La police espagnole a ne le saura peut-être jamais. I

karim mejjati
Le terroriste bourgeois
u départ, Karim Mejjati plosifs. Mais son nom ne pris au piège dans la loca-

A est un pur produit de la


jeunesse dorée casablan-
caise. Né en 1969, il est le
fils d’un grand commerçant maro-
cain et d’une mère française. Le
commence véritablement
à circuler qu’au lendemain
des attentats du 16 mai à
SORTI DE L’ANONYMAT EN 2003
TUÉ EN ARABIE SAOUDITE EN 2005
ACCUSÉ D’ACTES TERRORISTES
Casablanca. Il en serait mê- EN ESPAGNE ET AU MAROC
me l’un des principaux ins-
lité d’Al Qassim (320 km
de Ryad) et refuse de se li-
vrer aux autorités saou-
diennes. La suite : trois
jours d’affrontements et
petit Mejjati grandit dans les tigateurs. Karim Mejjati, d’échanges de tirs, avant
beaux quartiers de la métropole et dont le profil ne ressemble que Abdelkrim Mejjati, en
fait ses études au lycée Lyautey. à aucun autre terroriste, compagnie de son fils aî-
Plus tard, il tombe fou amoureux devient célèbre du jour au né, ne soit finalement
de son professeur devenue son lendemain. Le grand public abattu. Par la suite, son
épouse, Fatiha Mejjati. Nous demande de ses nouvelles épouse Fatiha rentrera au
sommes alors au milieu des an- et les services de police le Maroc en compagnie de
nées 1990. Le couple se radicalise traquent. Difficile quand on leur fils Ilias. La veuve Me-
peu à peu et finit par adopter les sait que le “beau gosse” change ticipant à la planification des at- jjati, qui n’a jamais caché sa fasci-
thèses jihadistes, en vogue à fréquemment de tête et se dépla- tentats d’Atocha de mars 2004. A nation pour le jihad, a affirmé
l’époque. Karim, qui se fait désor- ce assez facilement en Europe et ce stade, il est déjà catalogué com- avoir été séquestrée et torturée
mais appeler Abdelkrim, multiplie ailleurs. En novembre 2003, Mejja- me l’un des terroristes les plus par les services marocains. Elle a
les voyages initiatiques au Cache- ti refait surface en Arabie saoudite dangereux de la planète, recher- même intenté un procès au gou-
mire, en Iran, au Pakistan et où il commet un attentat à la voi- ché par au moins quatre pays. Me- vernement, mais la Cour d’appel
ailleurs. Il apprend entre autres le ture piégée. Deux ans plus tard, il jjati est localisé quelques mois de Rabat l’a déboutée pour
maniement des armes et des ex- frappe au cœur de Madrid en par- plus tard en Arabie Saoudite. Il est “manque de preuves”. I

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