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Fiche n°24

L'ANAMNESE AVANT TOUT

L’anamnèse, du grec anamnêsis – action de rappeler à la mémoire – est l’ensemble des


renseignements fournis au médecin par le malade ou son entourage sur l’histoire d’une
maladie ou les circonstances qui l’ont précédée.

L’anamnèse est souvent faite au tout début de l’entrevue, après que le patient ait expliqué le
motif de sa venue (son motif de consultation). Il s'agit du premier temps du recueil
sémiologique, nécessaire à une bonne démarche diagnostique. C'est donc un temps important
de toute consultation médicale, qu’elle soit faite en cabinet libéral ou à l’hôpital, par un médecin
généraliste ou un spécialiste. L’étudiant effectuant ses premiers stages d’externe apprend
d’ailleurs très vite ce temps de l’observation, qu’il note sur le dossier entre les antécédents et
l’examen clinique.

Comme dans les autres spécialités, mais peut-être même plus en médecine générale,
l’anamnèse est essentielle : elle doit essayer d’être centrée sur le patient plus que sur la seule
maladie (voir fiche n°8 : Modèle biomédical versus holiste) afin d’intégrer le problème
biomédical dans la vie du patient [24].

Au terme de l’échange, le médecin généraliste confronte les données recueillies avec ses
connaissances et son expérience. Il est alors en mesure de formuler une hypothèse
diagnostique. C’est ensuite la rigueur de sa démarche clinique qui permettra de vérifier cette
hypothèse. Des études montrent que cette première hypothèse, émise à la fin d'un
interrogatoire bien mené, est confirmée dans 75% des cas [81].

Discussion
Le titre de la fiche "L’anamnèse avant tout" est un peu provocateur. Il a simplement pour but
de signifier l’importance de ce temps qui, s’il est mal conduit ou escamoté, risque d’entraîner
le médecin sur des pistes erronées.

Il importe au praticien, pendant ce temps consacré au recueil d’informations, d’être dans une
attitude d’écoute active. Des études montrent que le médecin interrompt souvent son patient
après une durée moyenne d’expression de celui-ci de 22 secondes, alors que la durée
spontanée moyenne est de 92 secondes [82].

L’anamnèse se déroule généralement au bureau du médecin. Il arrive qu’elle se poursuive


ensuite lors de l’examen clinique, mais il semble important que les informations essentielles
pour formuler les hypothèses aient été recueillies avant que patient et médecin ne se lèvent
pour rejoindre la table d’examen.
Braun explique qu’il lui est arrivé de poursuivre l’anamnèse en réalisant l’examen clinique :
c’est ce qu’il nomme la "conduite diagnostique parallèle". Ceci concernait surtout des cas
compliqués où les plaintes étaient multiples et où il ne parvenait pas à faire de lien entre elles.
L’examen clinique était de ce fait également "décousu", le médecin ne sachant plus
exactement ce qu’il cherchait [22]. On sent bien là que c’est ce qui menace le médecin si
l’anamnèse au bureau n’a l’a pas conduit à formuler des hypothèses dans sa démarche
diagnostique.

La genèse d’une hypothèse semble assez aisée quand le symptôme présenté entre dans un
cadre nosologique appris à la faculté. Cela devient plus complexe quand ce que décrit le
patient ne correspond à aucun tableau appris : c’est sans doute dans ces cas-là qu’il est encore
plus essentiel de rester assis au bureau pour parler avec le patient afin d’essayer de
comprendre les codes que celui-ci utilise (voir fiche n°22 : De la sémiologie à la sémiotique).
Il est d’autant plus important pour le médecin généraliste de privilégier ce temps de
conversation initial avec le patient, qu’il est amené à prendre en charge en moyenne 2,2
problèmes de santé différents lors de la même consultation (voir fiche n°21 : L'offre du malade).
Soigner cet échange lui permettra donc de bien recueillir les attentes et de cerner au mieux
les différents problèmes qu’il aura à gérer.

Illustration
Monsieur P., 57 ans, a pris rendez-vous pour "une douleur de l'estomac". Il n'a pas
d'antécédent particulier, consulte rarement, son dossier ne montre que des vaccinations à jour.
La douleur à type de pesanteur est apparue il y a 3 semaines. Le médecin le questionne sur
la prise éventuelle de médicament, son alimentation récente, sa prise de café, de tabac et
d'alcool, et lui demande de passer dans la salle de soin pour être examiné. Le ventre est
souple, la douleur est reproduite à la palpation de l'épigastre. Le médecin lui demande alors
s'il n'est pas constipé et s'il n'aurait pas de nausée. La tension artérielle est normale, pas de
signe d'anémie. Le patient se rhabille. Le médecin, en se lavant les mains, questionne sur une
éventuelle période de stress. Mr P. ne se sent pas particulièrement stressé mais parle d'une
charge de travail importante en ce moment avec de la pression entre collègues sur les
chantiers. Le médecin se rassoit à son bureau. Un peu perplexe devant ce premier épisode
d'épigastralgies n'imposant pas de fibroscopie immédiate mais semblant inquiéter le patient, il
fait préciser ces douleurs récentes et inhabituelles, au moment de prescrire un inhibiteur de la
pompe à protons. Il arrive à mettre en évidence qu’elles sont malgré tout ressenties lors des
efforts au travail. Finalement, il propose au patient de tester de la trinitrine et fait un courrier à
son correspondant cardiologue. Le patient est d'accord mais avant de partir voudrait
s'entretenir d'un autre problème. Il souffre depuis un certain temps de besoins impérieux
d'uriner, nécessitant de pousser en fin de miction. Le médecin, un peu dépité, recule dans son
fauteuil et…reprend son interrogatoire : alors vous arrive-t-il de vous lever la nuit pour uriner ?

Pour aller plus loin


Anvik T. Is the first idea a good idea? Exercer 1997; numéro spécial recherche :14.

Braun RN. Pratique, Critique et Enseignement de la médecine générale. Paris : Payot, 1979
: 512 p. (p. 152-62 et p. 233-47).

Concepts en médecine générale, tentative de rédaction d’un corpus théorique propre à la discipline. Thèse de médecine - 2013