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THESE

Pour obtenir le grade de

DOCTEUR
DE
L’ECOLE NATIONALE DES PONTS ET CHAUSSEES

Spécialité : GEOTECHNIQUE

MODELISATION NUMERIQUE DES SOUTENEMENTS


D’EXCAVATION

Présentée par

Phuong Duy NGUYEN

Soutenue le 23 Décembre 2003


Devant le jury composé de :

MM. I. SHAHROUR Rapporteur


J.-P. RAJOT Rapporteur
R. FRANK Examinateur
P. SCHMITT Examinateur
E. BOURGEOIS Examinateur
J.-P. MAGNAN Directeur de thèse

Laboratoire Central des Ponts et Chaussées, 58 Boulevard Lefebvre, 75732 Paris Cedex 15
Je tiens à remercier vivement tous ceux qui m’ont permis de réaliser ce travail
de thèse.

Ma profonde gratitude s’adresse tout particulièrement à mon directeur de


thèse, monsieur Jean-Pierre Magnan, pour la confiance qu’il m’a accordée
et l’appui qu’il a témoigné à mon travail, à monsieur Emmanuel Bourgeois,
pour les orientations indiquées, les conseils et encouragements prodigués et
pour l’aide immense apportée tout au long de ce travail, à monsieur Luc
Delattre, à qui revient l’initiation, les conseils précieux et le suivi durant ces
trois années.

J’adresse mes remerciements les plus sincères à Monsieur Isam Shahrour,


Monsieur Jean-Pierre Rajot, pour avoir accepté la lourde tâche d’être les
rapporteurs de mon mémoire, et à Monsieur Pierre Schmitt, Monsieur Roger
Frank pour m’avoir fait l’honneur de participer au jury de ma thèse.

Je remercie Monsieur le directeur du LCPC ainsi que la direction scientifique.

Mes remerciements s’adressent également à toutes les personnes de la


division MSRGI et du LCPC qui m’ont cordialement accueilli parmi eux.

Nguyen Phuong Duy, le 23 décembre 2003.


Résumé
__________________________________________________________________________________________

Modélisation numérique des soutènements d’excavation

Résumé

L’analyse des interactions entre les soutènements, les sols et les structures avoisinantes
nécessite d’améliorer les techniques de simulation numérique, notamment la méthode
des éléments finis appliquée à la modélisation des soutènements. Dans ce contexte, ce
travail de thèse a pour objet d’améliorer la prise en compte :
- du phasage de construction des ouvrages réels,
- des couplages hydromécaniques,
- et des tirants d’ancrage.
Nous avons étudié successivement ces différents aspects avant de confronter les
techniques de simulation retenues à des mesures sur des ouvrages réels instrumentés.

L’utilisation de modélisations couplées réalisées avec le module CSNL du progiciel de


calcul par éléments finis CESAR-LCPC (module en développement) auquel on a
apporté quelques modifications mineures, se montre efficace pour analyser le
comportement de la fouille expérimentale de Rotterdam-Pernis, du quai en eau
profonde du port de Calais et du quai Osaka du port du havre. On présente également
une analyse tridimensionnelle découplée du comportement de la trémie Pasteur
(Rouen).

Numerical modelling of retaining structures

Abstract
The analysis of the interactions between the retaining walls structure, the grounds and
the neighbouring structures requires to improve the techniques of numerical
simulation, notably the finite element method applied to retaining structures. In this
context, this work aims at improving the numerical modelling of the construction
sequence, the hydromechanical coupling and the role played by anchoring ties. We
approach these various aspects successively, before comparing the results of the
proposed methods of simulation with measures carried out on real monitored works.

Coupled calculations with the CSNL module of CESAR-LCPC, prove to be efficient


to analyse the behaviour of the Rotterdam-Pernis sheet pile wall test, the deep water
quay of the harbour of Calais and the quay Osaka of the Havre harbour. We also
present a three-dimensional analysis (uncoupled) of the Pasteur underpass, in Rouen.
Introduction générale
__________________________________________________________________________________________

INTRODUCTION GENERALE

L’analyse des interactions entre les ouvrages de génie civil et les sols, et entre les
ouvrages, est une préoccupation de plus en plus forte dans le domaine de la
géotechnique, en particulier en milieu urbain lors de la construction d'ouvrages
souterrains complexes à proximité de bâtiments existants ou de l'exécution de fouilles
à proximité d’immeubles.

En effet, le développement de l’utilisation de l'espace et du sous-sol urbains favorise la


superposition et l’imbrication d’ouvrages divers correspondant à des fonctions variées.
Il apporte des avantages économiques et sociaux importants, mais son coût est élevé,
en raison des contraintes spécifiques au milieu urbain, en particulier la nécessité de
limiter les impacts des travaux sur les ouvrages existants. Ce coût justifie que l’on
cherche à améliorer les méthodes de conception et de justification des ouvrages.

Les méthodes actuelles, pour la plupart issues de l’expérience acquise sur des ouvrages
isolés, reposent le plus souvent sur une analyse de la résistance des ouvrages vis-à-vis
de la rupture. L’analyse du comportement des ouvrages au cours de leur construction
et en service, et celle de leurs impacts sur les structures avoisinantes, reste limitée à
certains types d’ouvrages et manque encore de précision. Il en résulte que les impacts
de la mise en place d’un ouvrage sur les structures qui l’entourent (les déplacements
provoqués par la réalisation d’un soutènement d’excavation par exemple) restent à
l’heure actuelle difficiles à quantifier.

Dans ce qui suit, on s'intéresse plus particulièrement aux soutènements d'excavation.


Des travaux récents (Delattre, 1999) ont permis de faire le point sur le comportement
de ces ouvrages, et notamment d'acquérir des données expérimentales sur le
comportement d'un certain nombre d'ouvrages réels au cours des différentes étapes,
souvent complexes, de leur construction. On dispose ainsi de cas pour lesquels les
déplacements, les efforts de flexion dans la paroi et la mobilisation des tirants
d'ancrage sont bien documentés, et pour lesquels les conditions géotechniques sont
décrites de manière relativement précise. Ces exemples de comportement observé
fournissent des éléments pour valider des méthodes de calcul. Par ailleurs, Delattre
(1999) a également proposé une synthèse des méthodes disponibles pour analyser le
comportement des soutènements, et mis en évidence certaines faiblesses des
techniques de modélisation numérique par éléments finis. Ces techniques semblent

3
Modélisation numérique des soutènements d’excavation
__________________________________________________________________________________________

néanmoins constituer l'une des approches les plus prometteuses pour pouvoir calculer
les déplacements induits par la réalisation d'une fouille dans le massif de terrain
soutenu. On cherchera donc à traiter les principales difficultés qui, comme pour
d'autres méthodes de calcul, sont liées à la prise en compte dans les calculs des effets
de l'eau, d'une part, et du rôle joué par les tirants d'ancrage, d'autre part.

Dans ce contexte, on se propose de faire progresser la simulation numérique par


éléments finis pour améliorer la prise en compte de la complexité réelle des ouvrages,
notamment du phasage de construction, et pour pouvoir estimer les impacts des
travaux sur les ouvrages existants. On cherchera à valider la démarche de modélisation
proposée en confrontant les résultats numériques à des mesures réalisées sur des
ouvrages réels.

En pratique, ce mémoire est composé de trois parties.

La première partie est consacrée à la prise en compte des couplages hydromécaniques


dans les calculs par éléments finis, c'est-à-dire du rôle de l'eau. Le chapitre 1 présente
les différentes manifestations de ces couplages dans la réalisation d'un soutènement
d'excavation, et rappelle la formulation mathématique des problèmes de couplage.
Compte tenu de la relative complexité de mise en œuvre des calculs couplés, on
examine dans le chapitre 2 la possibilité de prendre en compte le rôle de l'eau dans une
approche simplifiée, qui se ramène à un calcul mécanique classique. On discute
l'intérêt de cette approche et ses limites : en particulier, elle ne permet pas de prendre
en compte de manière satisfaisante les déformations plastiques dans le sol, au moins
dans l'état actuel du module MCNL du code de calcul par éléments finis que nous
avons utilisé, CÉSAR-LCPC. À partir du chapitre 3, on prend donc le parti de résoudre
le problème en prenant en compte complètement le couplage hydromécanique. On
utilise pour cela le module de calcul CSNL de CÉSAR-LCPC. Comme l'utilisation de
calculs couplés est relativement moins courante que celle des calculs mécaniques
classiques, on donne une présentation détaillée des précautions à prendre, des étapes
de la constitution des jeux de données, et de la démarche que l'on a suivie pour
s'assurer que le programme de calcul utilisé permettait effectivement de modéliser les
travaux de réalisation d'un soutènement en présence d'eau. On mentionne également
les adaptations qui ont été apportées au code de calcul. Le chapitre 4 propose deux
exemples de mise en œuvre des calculs couplés pour la modélisation d'ouvrages
expérimentaux réels relativement simples, pour lesquels on dispose d'une bonne
description du site et qui ont fait l'objet d'une instrumentation. Il s'agit de la fouille
expérimentale de Rotterdam-Pernis, et de la modélisation tridimensionnelle d'une
barrette de fondation de grandes dimensions réalisée à Hong-Kong.

La deuxième partie de ce mémoire est consacrée à la prise en compte des tirants


d'ancrage. Le chapitre 5 discute la modélisation numérique d'un essai d'arrachement
d'un tirant en condition tridimensionnelle, puis aborde le comportement d'un panneau
de paroi moulée retenu par un tirant, en discutant dans les deux cas l'influence de l'eau

4
Introduction générale
__________________________________________________________________________________________

sur la réponse calculée. En dernier lieu, on propose pour la prise en compte d'un lit de
tirants dans une modélisation en déformation plane un modèle inspiré de celui de
Chaoui (1992), en vérifiant que les résultats bidimensionnels restent comparables à
ceux d'un calcul tridimensionnel.

La troisième partie est consacrée à la modélisation de trois ouvrages de soutènement


réels instrumentés. Les deux premiers sont le quai en eau profonde du port de Calais et
le quai Osaka du port du Havre (chapitre 6). Il s'agit de deux ouvrages dont le phasage
de construction est complexe, et dont le comportement est conditionné par les
mouvements de nappe de part et d'autre de la paroi et par la mobilisation des tirants
d'ancrage. Ces deux simulations permettent de tirer parti des instrumentations soignées
dont ces ouvrages ont fait l'objet [voir par exemple Delattre (1999), Delattre et al.
(1999), Delattre et Mespoulhe (1999)] pour mettre en évidence le bon accord entre les
simulations numériques et les mesures effectuées sur les ouvrages. Le dernier exemple
est celui de la trémie Pasteur, à Rouen (chapitre 7), qui a été instrumentée par le LCPC
et Solétanche Bachy (Duca, 2001). Il s'agit d'une analyse tridimensionnelle
(découplée) qui met en évidence les effets de la géométrie tridimensionnelle de
l'ouvrage et de la procédure de construction.

5
Sommaire
__________________________________________________________________________________________

Sommaire

NOTATIONS PRINCIPALES............................................................................................................. 1

INTRODUCTION GÉNÉRALE.......................................................................................................... 3

Partie 1 : Prise en compte du couplage hydromécanique dans les calculs de


soutènement

CHAPITRE I

EFFETS DU COUPLAGE HYDROMÉCANIQUE DANS LES CALCULS DE


SOUTÈNEMENT.................................................................................................................................. 7

I.1. INTRODUCTION ...................................................................................................................... 7

I.2. PHASAGE DES TRAVAUX ET PROCÉDÉS DE CONSTRUCTION COURANTS......... 8


I.2.1. CONSOLIDATION.................................................................................................................... 8
I.2.2. RABATTEMENT DE NAPPE...................................................................................................... 9
I.2.3. EXCAVATION ......................................................................................................................... 9
I.2.4. EXEMPLE D'EXCAVATION SOUS L’EAU - EXPÉRIMENTATION DE ROTTERDAM PERNIS ....... 10
I.2.5. CAS DU QUAI D’OSAKA AU PORT DU HAVRE ...................................................................... 11
I.2.6. SYNTHÈSE ............................................................................................................................ 14
I.3. MODÉLISATION DE LA CONSOLIDATION.................................................................... 14
I.3.1. FORMULATION DES PROBLÈMES COUPLÉS .......................................................................... 14
I.3.1.1. Principe des contraintes effectives de Terzaghi .............................................................. 14
I.3.1.2. Comportement du sol....................................................................................................... 14
I.3.1.3. Formulation de l’équation d’équilibre mécanique.......................................................... 15
I.3.1.4. Conservation de la masse d’eau...................................................................................... 16
I.3.1.5. Loi de Darcy .................................................................................................................... 17
I.3.1.6. Conditions initiales et conditions aux limites.................................................................. 17
I.3.2. DÉCOUPLAGE DES PROBLÈMES MÉCANIQUE ET HYDRAULIQUE .......................................... 19
I.3.2.1. Problème à court terme ................................................................................................... 19
I.3.2.1.1. Solution découplée à court terme en élasticité ......................................................... 20
I.3.2.1.2. Modules élastiques en condition non drainée........................................................... 21
I.3.2.1.3. Déformations plastiques à court terme ..................................................................... 21
I.3.2.2. Découplage du problème à long terme............................................................................ 22
Modélisation numérique des soutènements d’excavation
__________________________________________________________________________________________

I.3.2.3. Découplage en régime transitoire ................................................................................... 23


I.4. CONCLUSION......................................................................................................................... 26

CHAPITRE II

SIMULATION DÉCOUPLÉE DES PHASES DE TRAVAUX DANS LE CAS ÉLASTIQUE... 27

II.1. INTRODUCTION .................................................................................................................... 27

II.2. SIMULATION DÉCOUPLÉE DES PHASES DE TRAVAUX DANS LE CAS


ÉLASTIQUE – EXEMPLES UNIDIMENSIONNELS ................................................................... 27
II.2.1. RABATTEMENT DE LA NAPPE .............................................................................................. 28
II.2.1.1. Position du problème ................................................................................................... 28
II.2.1.2. Résolution analytique du problème.............................................................................. 29
II.2.1.2.1. Situation initiale des champs de contraintes et de pression...................................... 29
II.2.1.2.2. Situation finale ......................................................................................................... 30
II.2.1.3. Résolution numérique découplée ................................................................................. 33
II.2.1.3.1. Modèle de calcul numérique .................................................................................... 33
II.2.1.3.2. Modélisation du changement de la pression............................................................. 34
II.2.1.3.3. Modélisation de l’effet de changement de poids volumique.................................... 35
II.2.1.3.4. Prise en compte des contraintes initiales.................................................................. 35
II.2.1.3.5. Résultats de calcul numérique.................................................................................. 36
II.2.2. EFFET D’UN ÉCOULEMENT VERTICAL PERMANENT ............................................................. 37
II.2.2.1. Position du problème ................................................................................................... 37
II.2.2.2. Résolution analytique du problème.............................................................................. 38
II.2.2.3. Forces d’écoulement, facteur déstabilisateur.............................................................. 40
II.2.2.4. Résolution numérique découplée du problème ............................................................ 40
II.2.3. EXCAVATION ET L’ÉVOLUTION DE LA PRESSION DANS LE TEMPS ....................................... 42
II.2.3.1. Position du problème ................................................................................................... 42
II.2.3.2. Résolution analytique du problème.............................................................................. 42
II.2.3.2.1. Situation initiale des champs de contrainte et de pression ....................................... 42
II.2.3.2.2. Situation à court terme ............................................................................................. 42
II.2.3.2.3. Situation à long terme............................................................................................... 45
II.2.3.2.4. Problème transitoire - évolution du champ de pression ........................................... 45
II.2.3.3. Résolution numérique découplée du problème ............................................................ 49
II.2.3.4. Confrontation à la solution analytique ........................................................................ 50
II.2.4. CONCLUSIONS - REMARQUES .............................................................................................. 51
II.3. APPLICATION AU CHARGEMENT DES REVÊTEMENTS DE TUNNEL DUS AUX
VARIATIONS DE PRESSION D’EAU ............................................................................................ 52
II.3.1. INTRODUCTION .................................................................................................................... 52
II.3.2. POSITION DU PROBLÈME ...................................................................................................... 53
II.3.2.1. Formulation du problème à court terme...................................................................... 53
II.3.2.2. Problème à long terme................................................................................................. 54
II.3.3. MODÉLISATION NUMÉRIQUE DÉCOUPLÉE ........................................................................... 54
II.3.4. RÉSULTATS DU CALCUL DES EFFORTS INDUITS DANS LE REVÊTEMENT .............................. 56
II.3.5. APPLICATION DIRECTE DE LA CHARGE HYDRAULIQUE ET OPTION EFD ............................. 60
II.3.5.1. Comparaison avec l’application d’une pression hydrostatique .................................. 60
II.3.5.2. Comparaison avec la modélisation des effets différés liés au fluage........................... 60
II.3.5.3. Confrontation des résultats.......................................................................................... 62
II.3.6. CAS DU REVÊTEMENT SEMI-PERMÉABLE............................................................................. 64
Sommaire
__________________________________________________________________________________________

II.3.7. INFLUENCE DU TAUX DE DÉCONFINEMENT ......................................................................... 65


II.3.8. CONCLUSION - PERSPECTIVES ............................................................................................. 67
II.4. APPROCHE SIMPLIFIÉE DE LA RÉPARATION DES REVÊTEMENTS DE
TUNNEL .............................................................................................................................................. 68
II.4.1. POSITION DU PROBLÈME ...................................................................................................... 68
II.4.2. MODÉLISATION NUMÉRIQUE DÉCOUPLÉE EN BIDIMENSIONNEL ......................................... 69
II.4.2.1. Construction du jeu de données ................................................................................... 69
II.4.2.2. Résultats de calcul ....................................................................................................... 70
II.4.2.3. Influence du taux de déconfinement............................................................................. 72
II.4.2.4. Conclusions - remarques ............................................................................................. 73
II.4.3. MODÉLISATION TRIDIMENSIONNELLE ................................................................................. 73
II.4.3.1. Construction du jeu de données ................................................................................... 73
II.4.3.2. Influence de la longueur de la zone en réparation L/D ............................................... 76
II.4.4. CONCLUSIONS ET REMARQUES ............................................................................................ 77
II.5. CONCLUSION......................................................................................................................... 77

CHAPITRE III

PRISE EN COMPTE DE L'EAU : CALCULS COUPLÉS ............................................................ 79

III.1. INTRODUCTION .................................................................................................................... 79

III.2. PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT DU CODE CÉSAR-LCPC .................................... 80

III.3. MODÉLISATION D’EXCAVATION AVEC MPNL........................................................... 81

III.4. MODULE DE CONSOLIDATION DES SOLS NON-LINÉAIRES (CSNL)..................... 81

III.5. MODIFICATIONS APPORTÉES À CSNL .......................................................................... 84


III.5.1. INITIALISATION DES CONTRAINTES ..................................................................................... 84
III.5.2. OPTION « NAP ».................................................................................................................. 85
III.5.3. EXPLOITATION DES RÉSULTATS – OPTION SRE .................................................................. 86
III.5.4. PROGRAMMATION ............................................................................................................... 86
III.6. EXEMPLES DE VALIDATION............................................................................................. 87
III.6.1. CAS DE CALCUL UNIDIMENSIONNEL.................................................................................... 87
III.6.1.1. Position du problème ................................................................................................... 88
III.6.1.2. Maillage et enchaînement des calculs ......................................................................... 89
III.6.1.3. Modélisation du rabattement de la nappe.................................................................... 89
III.6.1.4. Modélisation de l’excavation ....................................................................................... 90
III.6.1.5. Choix du pas de temps ................................................................................................. 90
III.6.1.6. Résultats des calculs .................................................................................................... 91
III.6.1.7. Excavation sous la nappe............................................................................................. 95
III.6.1.8. Modélisation de la remontée de la nappe .................................................................... 96
III.6.1.9. Conclusion ................................................................................................................... 97
III.6.2. EXEMPLE DE CALCUL COUPLÉ EN CONDITIONS BIDIMENSIONNELLES ................................ 97
III.6.2.1. Position du problème ................................................................................................... 97
III.6.2.2. Description du modèle de calcul numérique................................................................ 98
III.6.2.3. Description des étapes de calcul.................................................................................. 99
III.6.2.4. Résultats des calculs .................................................................................................. 100
Modélisation numérique des soutènements d’excavation
__________________________________________________________________________________________

III.7. CONCLUSIONS..................................................................................................................... 103

CHAPITRE IV

MODÉLISATIONS NUMÉRIQUES COUPLÉES D'OUVRAGES DE SOUTÈNEMENT


EXPÉRIMENTAUX ......................................................................................................................... 105

IV.1. INTRODUCTION .................................................................................................................. 105

IV.2. MODÉLISATION NUMÉRIQUE DU COMPORTEMENT DE LA FOUILLE


EXPÉRIMENTALE DE ROTTERDAM-PERNIS........................................................................ 105
IV.2.1. DESCRIPTION DU SITE ET DE L’OUVRAGE .......................................................................... 106
IV.2.1.1. Géotechnique ............................................................................................................. 106
IV.2.1.2. Ouvrage ..................................................................................................................... 108
IV.2.1.3. Phasage d’excavation ................................................................................................ 110
IV.2.2. MODÉLISATION COUPLÉE À L’AIDE DU MODULE CSNL.................................................... 111
IV.2.2.1. Modèle et maillage..................................................................................................... 111
IV.2.2.2. Caractéristiques des sols ........................................................................................... 112
IV.2.2.3. Mise en œuvre de la modélisation numérique............................................................ 115
IV.2.2.4. Prise en compte de l’évolution du problème dans le temps ....................................... 117
IV.2.2.5. Résultats des calculs .................................................................................................. 118
IV.2.2.5.1. Déroulement des calculs ...................................................................................... 118
IV.2.2.5.2. Cinématique des déplacements de l’ouvrage ........................................................ 119
IV.2.2.5.3. Variation de la pression dans le massif ................................................................. 121
IV.2.3. CONFRONTATION AVEC LES DONNÉES EXPÉRIMENTALES................................................. 123
IV.2.3.1. Déplacements de la paroi Arbed AZ13 du rideau nord ............................................. 123
IV.2.3.2. Déplacements de la paroi Hoesch L607K du rideau sud........................................... 129
IV.2.3.3. Pression de terre et de l’eau sur la paroi AZ13......................................................... 132
IV.2.4. MODÉLISATION NUMÉRIQUE DÉCOUPLÉE AVEC MCNL ................................................... 136
IV.2.4.1. Modèle numérique utilisé........................................................................................... 137
IV.2.4.2. Mise en œuvre de la modélisation numérique avec MCNL........................................ 137
IV.2.4.3. Résultats et confrontation .......................................................................................... 138
IV.2.4.4. Synthèses .................................................................................................................... 143
IV.2.5. CONCLUSION ..................................................................................................................... 144
IV.3. MODÉLISATION COUPLÉE DE LA MISE EN PLACE D’UN PANNEAU DE PAROI
MOULÉE ........................................................................................................................................... 144
IV.3.1. DESCRIPTION DU SITE ET DE L’OUVRAGE .......................................................................... 145
IV.3.1.1. Site et conditions géotechniques ................................................................................ 145
IV.3.1.2. Détail de la construction............................................................................................ 147
IV.3.2. MODÉLISATION TRIDIMENSIONNELLE ............................................................................... 147
IV.3.2.1. Paramètres du modèle de calcul................................................................................ 148
IV.3.2.2. Étapes de calcul ......................................................................................................... 148
IV.3.3. RÉSULTATS ET CONFRONTATION AUX MESURES............................................................... 150
IV.3.3.1. Contraintes totales horizontales dans le sol .............................................................. 150
IV.3.3.2. Déplacements latéraux dans le sol............................................................................. 151
IV.3.4. SYNTHÈSES ET PERSPECTIVES ........................................................................................... 152
IV.4. CONCLUSIONS..................................................................................................................... 153
Sommaire
__________________________________________________________________________________________

Partie 2 : Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation


numérique couplée

CHAPITRE V

INTERACTION SOL-TIRANT ET MODÉLISATIONS NUMÉRIQUES COUPLÉES .......... 155

V.1. INTRODUCTION .................................................................................................................. 155

V.2. POSITION DU PROBLÈME................................................................................................ 156

V.3. MODÉLISATION TRIDIMENSIONNELLE COUPLÉE D’UN ESSAI


D’ARRACHEMENT......................................................................................................................... 158
V.3.1. CARACTÉRISTIQUES DES MATÉRIAUX ............................................................................... 158
V.3.2. CONSTITUTION DU MAILLAGE ........................................................................................... 159
V.3.3. CHOIX DES CARACTÉRISTIQUES DE L’INTERFACE ............................................................. 160
V.3.3.1. Modes de déformation de l’interface ......................................................................... 160
V.3.3.2. Adhérence des éléments d’interface, résistance d’arrachement limite...................... 160
V.3.3.3. Épaisseur et module d’élasticité des éléments d’interface ........................................ 161
V.3.4. DÉROULEMENT DU CALCUL .............................................................................................. 161
V.3.5. RÉSULTATS DES CALCULS TRIDIMENSIONNELS................................................................. 161
V.3.6. UTILISATION DU MODÈLE DE PLAQUE ÉQUIVALENTE ....................................................... 164
V.4. MODÉLISATION COUPLÉE D’UN PANNEAU ANCRÉ ............................................... 167
V.4.1. CONSTITUTION DU MODÈLE TRIDIMENSIONNEL ................................................................ 167
V.4.2. DÉROULEMENT DU CALCUL .............................................................................................. 168
V.4.3. RÉSULTATS DU CALCUL TRIDIMENSIONNEL ...................................................................... 169
V.5. MODÉLISATION BIDIMENSIONNELLE........................................................................ 173
V.5.1. CONSTITUTION DU MAILLAGE ........................................................................................... 173
V.5.2. DÉFINITION DES PARAMÈTRES ÉQUIVALENTS ................................................................... 174
V.5.2.1. Plaque équivalente..................................................................................................... 174
V.5.2.2. Éléments d’interface .................................................................................................. 175
V.5.3. RÉSULTATS DES CALCULS ................................................................................................. 176
V.5.4. COMPARAISON AVEC LES RÉSULTATS TRIDIMENSIONNELS .............................................. 176
V.5.4.1. Déplacements de la tête du tirant .............................................................................. 176
V.5.4.2. Efforts dans le tirant .................................................................................................. 178
V.6. CONCLUSION....................................................................................................................... 180

Partie 3 : Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés

CHAPITRE VI

MODÉLISATION NUMÉRIQUE COUPLÉE DE LA CONSTRUCTION DE DEUX


OUVRAGES PORTUAIRES ........................................................................................................... 181

VI.1. INTRODUCTION .................................................................................................................. 181


Modélisation numérique des soutènements d’excavation
__________________________________________________________________________________________

VI.2. QUAI EN EAU PROFONDE DU PORT DE CALAIS....................................................... 181


VI.2.1. PRÉSENTATION DE L’OUVRAGE ......................................................................................... 182
VI.2.1.1. Contexte géotechnique ............................................................................................... 182
VI.2.1.2. Hydrologie du site...................................................................................................... 183
VI.2.1.3. Description de l’ouvrage ........................................................................................... 183
VI.2.1.4. Phasage de construction ............................................................................................ 184
VI.2.1.5. Instrumentation et suivi de chantier........................................................................... 186
VI.2.2. MODÉLISATION NUMÉRIQUE ............................................................................................. 187
VI.2.2.1. Modèle et maillage..................................................................................................... 187
VI.2.2.2. Conditions aux limites................................................................................................ 188
VI.2.2.3. Caractéristiques mécaniques utilisées pour la modélisation numérique................... 188
VI.2.2.4. Prise en compte du phasage de la construction......................................................... 192
VI.2.3. RÉSULTATS DES CALCULS ................................................................................................. 194
VI.2.3.1. Déplacements de la paroi .......................................................................................... 195
VI.2.3.2. Déplacements du rideau d’ancrage ........................................................................... 200
VI.2.3.3. Moment de flexion dans le voile en paroi moulée...................................................... 201
VI.2.3.4. Efforts dans les tirants ............................................................................................... 203
VI.2.4. CONCLUSION ..................................................................................................................... 209
VI.3. QUAI OSAKA AU PORT DU HAVRE ............................................................................... 210
VI.3.1. PRÉSENTATION DU SITE ..................................................................................................... 211
VI.3.1.1. Conditions géotechniques .......................................................................................... 211
VI.3.1.2. Hydrologie du site...................................................................................................... 211
VI.3.2. OUVRAGE .......................................................................................................................... 212
VI.3.2.1. Description................................................................................................................. 212
VI.3.2.2. Phasage de construction ............................................................................................ 213
VI.3.2.3. Instrumentation et suivi de chantier........................................................................... 216
VI.3.3. MODÉLISATION NUMÉRIQUE ............................................................................................. 219
VI.3.3.1. Modèle et maillage..................................................................................................... 219
VI.3.3.2. Conditions aux limites................................................................................................ 220
VI.3.3.3. Caractéristiques mécaniques utilisées pour la modélisation numérique................... 220
VI.3.3.4. Prise en compte du phasage de la construction......................................................... 222
VI.3.4. RÉSULTATS DE CALCULS ................................................................................................... 224
VI.3.4.1. Le frottement négatif à l’interface sol-paroi du au rabattement de nappe ................ 224
VI.3.4.2. Déplacements de la paroi .......................................................................................... 226
VI.3.4.3. Efforts dans les tirants ............................................................................................... 229
VI.3.4.4. Déplacements du massif de sol et du rideau d’ancrage............................................. 234
VI.3.5. SYNTHÈSE .......................................................................................................................... 235
VI.4. CONCLUSIONS..................................................................................................................... 236

CHAPITRE VII

MODÉLISATION TRIDIMENSIONNELLE DE LA "TRÉMIE PASTEUR" (ROUEN)........ 237

VII.1. INTRODUCTION .................................................................................................................. 237

VII.2. OUVRAGE ET INSTRUMENTATION .............................................................................. 237


VII.2.1. L’OUVRAGE ET SON SITE................................................................................................ 237
VII.2.2. PLAN D’INSTRUMENTATION........................................................................................... 240
VII.2.3. CONDITIONS GÉOTECHNIQUES ET HYDROLOGIQUES DU SITE ........................................ 240
Sommaire
__________________________________________________________________________________________

VII.3. MODÉLISATION NUMÉRIQUE TRIDIMENSIONNELLE........................................... 241


VII.3.1. MODÈLE ET MAILLAGE .................................................................................................. 241
VII.3.2. CARACTÉRISTIQUES MÉCANIQUES UTILISÉES DANS LES CALCULS ................................ 242
VII.3.2.1. Massif de sol .............................................................................................................. 242
VII.3.2.2. Éléments de structure................................................................................................. 243
VII.3.3. PHASAGE DE CONSTRUCTION......................................................................................... 244
VII.4. DÉROULEMENT ET RÉSULTATS DE CALCUL ........................................................... 244
VII.4.1. DÉFORMATIONS DE L’ENSEMBLE DE L’OUVRAGE ......................................................... 245
VII.4.2. EFFORTS DANS LES BUTONS........................................................................................... 247
VII.4.3. DÉPLACEMENT DE LA PAROI LE LONG DE L’OUVRAGE .................................................. 249
VII.4.4. INFLUENCE DE LA MÉTHODE DE CONSTRUCTION........................................................... 250
VII.5. CALCUL BIDIMENSIONNEL ............................................................................................ 253
VII.5.1. MODÈLE ET MAILLAGE BIDIMENSIONNEL...................................................................... 254
VII.5.2. CARACTÉRISTIQUES MÉCANIQUES UTILISÉES DANS LES CALCULS ................................ 254
VII.5.3. PHASAGE DE CONSTRUCTION......................................................................................... 254
VII.5.4. DÉROULEMENT DE CALCUL, RÉSULTATS ....................................................................... 255
VII.6. CONFRONTATION DES RÉSULTATS DE CALCULS AUX MESURES .................... 257

VII.7. CONCLUSION....................................................................................................................... 259

CONCLUSION GÉNÉRALE .......................................................................................................... 261

BIBLIOGRAPHIES.......................................................................................................................... 265

ANNEXES.......................................................................................................................................... 271
Notations principales
__________________________________________________________________________________________

NOTATIONS PRINCIPALES

σ tenseur des contraintes totales


σ’ tenseur des contraintes effectives
p pression interstitielle
h charge hydraulique
σ°, p° champs de contraintes et de pressions initiaux
σ°+, p°+ champs de contraintes et de pressions à court terme
σ∝, p∝ champs de contraintes et de pressions à long terme
ε tenseur des déformations totales
εp tenseur des déformations plastiques
ξ vecteur déplacement
Co tenseur des modules élastiques
f surface de charge dans l’espace des contraintes effectives
g potentiel plastique
dλ multiplicateur plastique
γ poids volumique saturé du sol
γ’ poids volumique déjaugé du sol
γw poids volumique de fluide
γfa poids volumique apparent du fluide égal à γw n
γsa poids volumique apparent du squelette égal à γs(1 - n)
n porosité
ρw masse volumique du fluide
v vitesse apparente du fluide

1
Modélisation numérique des soutènements d’excavation
__________________________________________________________________________________________

aw compressibilité du fluide
Kw module de compression du fluide
k tenseur de la perméabilité
t temps
Tc temps caractéristique du problème de consolidation
cm coefficient de consolidation
φw variation du volume d’échange de fluide
λo premier coefficient de Lamé drainé
λ premier coefficient de Lamé modifié (non drainé) : λ = λo + Kw/n
µ module de cisaillement
E, ν module d’Young et coefficient de Poisson en condition drainée
Eu, νu module d’Young et coefficient de Poisson en condition non drainée
K, G modules de compression et de cisaillement en condition drainée
Ku, Gu modules de compression et de cisaillement en condition non drainée
c’ cohésion effective en condition drainée
ϕ’ angle de frottement effectif
ψ angle de dilatance
Eoed module oedométrique
EM module pressiométrique de Ménard
qs résistance latérale unitaire sol-tirant le long du tirant

2
Modélisation numérique des soutènements d’excavation
__________________________________________________________________________________________

Chapitre I

Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de


soutènement

I.1. INTRODUCTION
La description du comportement des sols, pour la modélisation d’ouvrages de
géotechnique réels, passe nécessairement par la prise en compte des phénomènes de
consolidation (ou de couplage hydromécanique), c’est-à-dire par la prise en compte de
l’influence de la présence d’eau dans les sols sur leur déformabilité.

La principale caractéristique des problèmes de consolidation est que les déplacements


dépendent du temps même si les chargements et les conditions aux limites sont
maintenus constants à partir d'un instant initial. Bien que les outils théoriques et
numériques nécessaires soient disponibles, la prise en compte de ces phénomènes dans
la modélisation numérique des ouvrages reste rare : les exemples dans la littérature
concernent des modèles physiques et quelques rares ouvrages réels [notamment dans
Atwa (1996)], mais ces résultats ne permettent pas de se faire une idée générale de
l'influence de l’eau sur le comportement des ouvrages de géotechnique au cours de
leur construction et en service.

En pratique, les simulations numériques par éléments finis courantes ne prennent le


plus souvent pas explicitement en compte les phénomènes de consolidation, et se
limitent à l'analyse, traditionnelle en mécanique des sols, des situations à court terme
et à long terme. Trois raisons permettent d'expliquer cette pratique :
• d'une part, la préparation des données se trouve nettement simplifiée si l'on occulte
les couplages ; par ailleurs, la description de l'évolution dans le temps des
déplacements, des contraintes et des pressions interstitielles dépend de manière
cruciale de la perméabilité des différentes couches de sol, dont la valeur est
rarement déterminée avec précision dans le contexte d'un projet réel ;
• d'autre part, le nombre d'inconnues du problème numérique est sensiblement
diminué, la taille de la matrice à inverser aussi et les calculs sont nettement plus

7
Chapitre 1. Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de soutènement
__________________________________________________________________________________________

rapides, la différence restant suffisante, même avec les outils de calcul modernes,
pour justifier que l'on s'en tienne à des calculs sans couplage le plus souvent
possible ;
• enfin, les calculs élastiques ou élastoplastiques découplés fournissent une solution
qui ne dépend pas du temps, ce qui simplifie évidemment l'exploitation des
résultats.

Dans ce chapitre, on se propose de préciser quelles sont les opérations couramment


réalisées dans le cadre de la construction des soutènements, quels effets elles peuvent
avoir sur la pression d’eau dans le sol, et comment ces opérations peuvent être prises
en compte dans les simulations numériques. On discutera d’abord la formulation
générale des problèmes couplés, puis la possibilité de découpler le calcul du champ de
pression et le calcul des déformations du sol.

I.2. PHASAGE DES TRAVAUX ET PROCEDES DE CONSTRUCTION COURANTS


Cette première section donne une description rapide de quelques situations courantes,
dans lesquelles les phénomènes de consolidation se manifestent et pour lesquelles il est
nécessaire de pouvoir proposer une technique de modélisation numérique.
I.2.1. Consolidation
La manifestation la plus simple du phénomène de consolidation correspond au
problème d'une couche saturée soumise "instantanément" à une surcharge verticale,
par exemple le poids d'un remblai construit sur cette couche. Il se produit, à court
terme, une augmentation uniforme de la pression interstitielle dans la couche, et, si la
couche est drainée, la pression interstitielle évolue pour revenir à une distribution
hydrostatique (figure I.1). À mesure que le fluide est expulsé de la couche et que les
surpressions induites par le chargement se dissipent, la couche se tasse
progressivement. Ce problème, évidemment très simple, met en lumière les
caractéristiques des phénomènes de consolidation : existence d'une situation à court
terme, suivie d'une évolution du champ de charge hydraulique qui s'accompagne de
déformations progressives du sol. Ce problème présente l'avantage de se prêter (dans
le cas unidimensionnel), à une résolution analytique permettant de quantifier la vitesse
du phénomène et les tassements à long terme.

Chargement « instantané »

∆σ, ∆σ’, ∆u ∆σ’↑, ∆u↓ ∆u=0, ∆σ’final


zone comprimée l’eau s’écoule

a. Déformation à volume b. Phase transitoire c. Nouvel état d’équilibre


constant
Figure I.1 Trois phases de la réponse d’un massif de sols à l’application d’une surcharge verticale

8
Partie 1. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

I.2.2. Rabattement de nappe


Un autre exemple très simple où se manifeste le couplage entre le fluide et les
déformations du sol correspond au rabattement de la nappe. Considérons par exemple
une couche horizontale de sol saturé, la nappe étant initialement au niveau du terrain
naturel. Un des procédés souvent mis en œuvre dans les travaux de génie civil, en
particulier pour améliorer la stabilité d'une fouille réalisée à proximité, consiste à
rabattre la nappe, c'est-à-dire à abaisser son niveau de plusieurs mètres. Le rabattement
induit un tassement de la couche.

Le champ de pression stabilisé à long terme ne correspond pas en général à un état


d’équilibre hydrostatique : le pompage pour rabattre la nappe induit donc un
écoulement du fluide à travers le sol. Par ailleurs, dans le cas d'un sol granulaire, on
peut considérer en première approximation que le niveau final de la nappe sépare une
zone saturée d'une zone non saturée (dans laquelle l'air a remplacé l'eau dans les
pores) ; il y a donc lieu de prendre en compte la variation du poids volumique du sol
situé au-dessus de la nappe.

Opération de rabattement Equilibre stationnaire


T.N.
∆γ≠0 Sol déjaugé

∆σ, ∆u σfinale, ufinal, σ’finale

a. Nouvelle condition limite b. Nouvel état d’équilibre

Figure I.2 : Réponse d’un massif de sol après le rabattement de la nappe

I.2.3. Excavation
La réalisation des ouvrages de soutènement, des tunnels et, plus généralement, des
ouvrages souterrains passe par l'excavation, en général par étapes, de zones de terrain.
Cette opération s'accompagne d'une décompression du terrain autour de la zone
excavée et d'une diminution du poids du système étudié. Dans les calculs sans
couplage, on modélise en général cette étape en imposant sur le contour de la zone
excavée une densité surfacique d'efforts déduite de l'état de contraintes avant
excavation et calculée de manière à annuler le vecteur contrainte sur cette surface. Il
conviendra dans la suite de préciser dans quelle mesure ce procédé peut s'adapter
lorsque l'on veut prendre en compte les effets de l'eau.

Le phasage de construction d'un ouvrage réel est en général nettement plus complexe
que les exemples précédents peuvent le laisser penser. La réalisation des ouvrages de
soutènement est souvent un enchaînement de différentes étapes qui sollicitent un

9
Chapitre 1. Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de soutènement
__________________________________________________________________________________________

volume limité de terrain et posent des problèmes de nature différente du point de vue
de l’interaction entre les comportements mécanique et hydraulique. On présente ici
rapidement le phasage des travaux réalisés dans le cas de deux ouvrages réels, qui
seront étudiés de manière détaillée dans la suite (chapitres IV et VI) : un exemple
d'excavation sous la nappe lors de la réalisation d’une fouille expérimentale à
Rotterdam et la construction du quai d'Osaka (dans le port du Havre).
I.2.4. Exemple d'excavation sous l’eau - expérimentation de Rotterdam Pernis
L’ouvrage est une fouille expérimentale, creusée dans des argiles molles et des
tourbes, soutenue par des rideaux de palplanches. Dans le cadre d’un concours de
prévision lancé en mars et avril 1999, les travaux sont réalisés et instrumentés en
collaboration entre le CUR (Centre hollandais de recherche en génie civil et de
réglementation) et l’Université de technologie de Delft. L’ouvrage et les travaux sont
présentés en détail par Kort (2002).

Les rideaux expérimentaux sont constitués de palplanches Arbed AZ13 pour le rideau
nord et de palplanches Hoesch L607K pour le rideau sud. Ces palplanches descendent
à la cote -18,00 m dans un massif constitué de sable, d’argile limoneuse, de limons et
de tourbe. Les rideaux sont butonnés en tête à la cote +0,75 m. Les butons sont
constitués d’une poutre métallique de forte inertie fixée aux rideaux par l’intermédiaire
de profilés métalliques.

L’expérimentation est réalisée en quatre étapes illustrées sur la figure I.3. Les étapes 1
à 3 constituent une expérimentation à court terme dans laquelle l’excavation est
réalisée en conditions non drainées. L’étape 4 consiste à suivre l’évolution à long
terme des rideaux.

Figure I.3. Phasage de l’expérimentation de Rotterdam-Pernis

• La première étape consiste à réaliser une première excavation jusqu’au niveau -4,0
m en rabattant en même temps le niveau de la nappe dans l’enceinte des parois. Les
matériels assurant l’excavation sont placés le plus loin possible vers l’ouest et l’est
de l’ouvrage, de façon à ne pas charger les parois AZ13 et L607K.
• Dans la deuxième étape, on laisse remonter la nappe à son niveau initial (-1,5 m)
dans la fouille avant de poursuivre l’excavation sous l’eau jusqu’au niveau -7,0 m.
• La troisième étape consiste à abaisser la nappe au niveau -5,0 m dans la fouille.
Cette opération est réalisée en 5 phases. Les niveaux intermédiaires sont -2,5 m ;
-3,5 m ; -4,0 m et -4,5 m.

10
Partie 1. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

• La quatrième étape consiste à maintenir le niveau de la nappe à -5,0 m pendant six


mois ; au cours de cette période, on mesure l’évolution des déplacements.
I.2.5. Cas du quai d’Osaka au Port du Havre
Le quai d’Osaka borde à l’ouest, sur une longueur de 485 mètres environ, le bassin du
Pacifique du Port Rapide Aval du Havre, bassin réalisé dans les années 1980.

Le site est constitué de deux formations, une formation sableuse (sables flandriens)
fins homométriques surmontant une formation argileuse raide (argile des Flandres),
mise en place à l’Eocène. La description détaillée de l’ouvrage et des travaux est
donnée par Delattre (1999).

L’ouvrage est un soutènement à usage de quai. La solution technique adoptée est


constituée d’un écran de soutènement réalisé en partie en paroi moulée dans le sol, en
partie en béton coffré, ancré par un système passif comprenant deux nappes de tirants
et un rideau de palplanches servant de massif d’ancrage (figure I.4). Dans les chapitres
suivants, on modélisera le comportement de cet ouvrage en respectant le phasage de la
construction, réalisée en dix étapes :

Etape 1 Première étape : La cote des terre-


+9,50
+8,00 pleins est ramenée à +8,00 CM
dans la zone d’emprise du quai.
La paroi moulée est réalisée à
partir de cette plate-forme. Son
épaisseur est 1,50 m, pour une
-14,00
-19,00 profondeur de 35 m (jusqu’à la
Couche de sol imperméable cote –27,00 CM).
-27,00
Le niveau initial de la nappe
supérieure est estimé à +6,50 CM.

Etape 2 La nappe est rabattue de part et


+9,50 +9,00
+8,00 d’autre du quai au moyen d’un
réseau de puits de rabattement, de
-2,40
façon à pouvoir excaver à sec de
-8,20
chaque côté de l’ouvrage. Les
Puits de -14,00 Puits de
niveaux de la nappe ne sont donc
rabattement
-19,00
rabattement pas les mêmes en aval et en amont
Couche de sol imperméable de la paroi.
-27,00

11
Chapitre 1. Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de soutènement
__________________________________________________________________________________________

Etape 3 Les terrains sont excavés jusqu'au


+9,50 +9,00
+8,00 niveau +1,00 CM devant le quai.
+1,00 La largeur de cette excavation est
-2,40
limitée à quelques mètres. Cette
-8,20
excavation permet la réalisation de
Puits de -14,00 Puits de la poutre de couronnement du quai.
rabattement rabattement
-19,00
Couche de sol imperméable

-27,00

Etape 4 La poutre de couronnement du


+9,50 +9,00
+8,00 quai est construite. Cette poutre
+1,00 prolonge la paroi moulée en
-2,40
hauteur, sur 1,50 m. Elle constitue
-8,20
par ailleurs le voile d’accostage du
Puits de -14,00 Puits de
quai entre les cotes +1,00 et +9,50
rabattement
-19,00
rabattement CM.
Couche de sol imperméable

-27,00

Etape 5 Les terrains situés derrière l’écran


+9,50 +9,00 de soutènement sont terrassés
42 m
² jusqu’au niveau de pose de la
-2,50 -1,60
-5,50 nappe inférieure de tirants. Cette
-6,00
fouille est raccordée au niveau
Puits de -14,00 Puits de initial des terre-pleins par un talus
rabattement
-19,00
rabattement de pente 1 pour 1.
Couche de sol imperméable La nappe est remontée des deux
-27,00 cotés de la paroi à –6,00 CM en
amont et à –1,60 CM en aval.

Etape 6 Les tirants de la nappe inférieure


+9,50 +9,00 sont mis en place, ainsi que le
42 m
² contre-rideau d’ancrage. Le niveau
-2,50 -1,60
-4,50
-5,50
de la nappe ne varie pas.
-6,00

Puits de -14,00 Puits de


rabattement rabattement
-19,00
Couche de sol imperméable

-27,00

12
Partie 1. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Etape 7 Les terrains situés derrière le quai


+9,50 +9,00
sont remblayés jusqu’au niveau
+4,00
-1,60
prévu pour la pose des tirants de la
-4,50 nappe supérieure. Ces tirants sont
-5,50
-6,00
mis en place ensuite. Il n’y a pas
Puits de -14,00 Puits de de mouvement de la nappe dans
rabattement rabattement
-19,00 cette étape de travaux.
Couche de sol imperméable

-27,00

Etape 8 Remblaiement jusqu’au niveau


+9,50 +9,00
prévu pour la réalisation de la voie
-1,60
de grue. Le rabattement de la
-4,50
-5,50 nappe est arrêté.
-6,00

Puits de -14,00 Puits de


rabattement rabattement
-19,00
Couche de sol imperméable

-27,00

+9,50
Etape 9
+9,00
Les fondations de la voie de grue
+8,90
5,00 arrière sont réalisées et les terre-
-1,00 pleins sont remblayés jusqu’à la
-4,50
-4,00 cote +8,90 CM.
-10,00
Puits de -14,00 Puits de
rabattement rabattemen
-19,00
Couche de sol imperméable

-27,00

Etape 10 Les apparaux (voie de grue,


+9,50 +8,90
5,00 bollards, échelles, défenses
3,40 5,64
d’accostage, etc.) sont mis en place
-4,50
et le quai est dragué. Le niveau
-10,00 14,50 cote de
-14,00 dragage
d’eau devant le quai est alors
-
-19,00 variable avec la marée.
Couche de sol imperméable

-27,00

Figure I.4. Phasage de la construction du quai Osaka au Port du Havre

13
Chapitre 1. Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de soutènement
__________________________________________________________________________________________

I.2.6. Synthèse
Le déroulement du chantier est en général décrit comme la succession de phases de
terrassement, de construction, etc. Il est naturel de simuler le phasage des travaux par
l'enchaînement de calculs, la difficulté étant de bien préciser quelle(s) phase(s) des
travaux sont associées à chaque étape de calcul, et quels chargements il faut appliquer
pour simuler correctement ces phases de travaux.

Après avoir présenté les phénomènes que l’on souhaite étudier, on aborde maintenant
les principes sur lesquels repose leur modélisation mathématique.

I.3. MODELISATION DE LA CONSOLIDATION


Le terme de consolidation désigne l’interaction entre le comportement mécanique du
squelette solide du sol et le comportement hydraulique du fluide remplissant ses pores.
C’est donc un phénomène de couplage hydromécanique. Dans la suite, on se limite au
cas de sols saturés ou quasi-saturés. Le cas des sols non saturés est en effet
sensiblement plus complexe : la description de leur comportement ne fait pas encore
l’objet d’un véritable consensus, et sa prise en compte dans les calculs par éléments
finis fait encore l’objet de développements (voir par exemple Kormi, 2003).

Du point de vue mathématique, les problèmes de consolidation se formulent comme


un ensemble d'équations aux dérivées partielles portant sur des fonctions dépendant
des variables d'espace et du temps, avec des conditions aux limites hydrauliques et
mécaniques et une condition initiale décrivant l'état du système étudié au début de
l'intervalle de temps étudié.
I.3.1. Formulation des problèmes couplés
Dans tout ce qui suit, on se préoccupe seulement d’évolutions quasi-statiques.
I.3.1.1. Principe des contraintes effectives de Terzaghi
L’analyse du couplage hydromécanique repose sur le principe de Terzaghi, qui
combine les effets des contraintes dans le sol et de la pression du fluide interstitiel. En
adoptant la convention de signe de la mécanique des milieux continus (contraintes de
compression négatives), on définit un « tenseur des contraintes effectives » σ’ par :
σ’ = σ + p1 (I.1)

où σ est le tenseur des contraintes totales et p la pression de l’eau dans les pores.
I.3.1.2. Comportement du sol
L’évolution des déformations dans le sol est gouvernée par le tenseur des contraintes
effectives σ’. Dans le cas d’un sol élastique linéaire, la loi de comportement s’écrit :
σ’ - σ’o = Co : ε (I.2)

14
Partie 1. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

où σ’o désigne la contrainte effective initiale, Co le tenseur des modules élastiques et ε


la déformation élastique.

Dans le cas d’un sol élastoplastique, la déformation ε sera remplacée par ε - εp où ε est
le tenseur des déformation totale et εp est le tenseur des déformations plastiques. La loi
de comportement s’écrit alors :
σ’ - σ’o = Co : (ε - εp) (I.3)

On désigne par f la surface de charge dans l’espace des contraintes effectives, qui
définit le domaine à l’intérieur duquel il n’y a pas d’évolution des déformations
plastiques.

∂f
Si : f(σ’) < 0 , ou si : f(σ’) = 0 et dσ ' ≤ 0 ,
∂σ '
il n’y a pas de déformations plastiques ;
∂f
et si f(σ’) =0 et dσ ' > 0 ,
∂σ '
il peut y avoir une évolution des déformations plastiques suivant la loi d’écoulement
qui s’écrit, dans le cas associé :
∂f
d ε = dλ
p
, dλ ≥ 0 (I.4)
∂σ '

Le scalaire dλ, appelé multiplicateur plastique, est déterminé en écrivant la condition


de cohérence f& (σ ' ) = 0 .

Dans le cas d’une loi non associée, on introduit un potentiel plastique g, différent de la
fonction de charge f, et qui permet d’écrire la loi d’écoulement sous la forme :
∂g
d ε = dλ
p
, dλ ≥ 0
∂σ '

I.3.1.3. Formulation de l’équation d’équilibre mécanique


L’équilibre mécanique du sol s’écrit, en termes de contraintes totales :
div σ - γ ez = 0 (I.5)

où γ désigne le poids volumique global du sol saturé. En introduisant le tenseur des


contraintes effectives, l’équation précédente peut aussi s’écrire :
div σ’ - γ ez – grad p = 0

où le champ des pressions d’eau n’est en général pas une donnée mais une inconnue
du problème. En introduisant le poids volumique déjaugé du terrain, défini par :
γ’ = γ - γw

15
Chapitre 1. Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de soutènement
__________________________________________________________________________________________

et en remplaçant la pression d’eau p par la charge hydraulique h définie par :


h = p/γw + z

l’équation d’équilibre peut encore s’écrire :


div σ’ - γ’ez - γw grad h = 0 (I.6)

Cette équation d’équilibre mécanique doit être complétée par les relations qui
décrivent les mouvements de l’eau dans le sol. Il s’agit de la loi de conservation de la
masse d’eau et de la loi de Darcy.
I.3.1.4. Conservation de la masse d’eau
L’équation de conservation de la masse d’eau s’écrit :
∂ ( nρ w )
+ ρ w div(v) = 0
∂t
où n désigne la porosité du sol, ρw la masse volumique du fluide et v sa vitesse
« apparente », définie comme le débit volumique par unité de surface ; cette vitesse
n’est donc pas égale à la vitesse des particules d’eau, le rapport entre les deux étant la
porosité du sol.

On peut réécrire la relation précédente sous la forme :


∂n n ∂ρ w
+ + divv = 0
∂t ρ w ∂t

ou encore :
∂n n ∂ρ w ∂p
+ + divv = 0
∂t ρ w ∂p ∂t

En mécanique des sols, on fait en général l’hypothèse que le solide constituant le


squelette du sol est incompressible, ce qui permet d’écrire que la variation du volume
occupé par l’eau, donc la variation de porosité, est égale à la variation du volume
global, donnée par la trace du tenseur des déformations. Par ailleurs, en désignant par
Kw le module de compression du fluide et aw la compressibilité de fluide définis par :
1 1 ∂ρ w
aw = = , l’équation précédente devient :
K w ρ w ∂p
∂ (tr ε ) n ∂p
+ + divv = 0 (I.7)
∂t K w ∂t

L’équation de conservation écrite sous cette forme s’interprète donc de la manière


suivante : le flux d’eau sortant d’un volume de sol (terme div v) est lié soit à
l’augmentation du volume global donc du volume des pores [terme ∂(trε)/∂t], soit à
une augmentation de pression du fluide, qui entraîne une augmentation de la masse
volumique du fluide (terme n/Kw∂p/∂t).

16
Partie 1. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

I.3.1.5. Loi de Darcy


Cette loi relie linéairement la vitesse v du fluide dans le sol au gradient de la charge
hydraulique :
v = - k grad h (I.8)
où k est le tenseur de la perméabilité du terrain. Ce tenseur permet de généraliser en
trois dimensions une loi expérimentale établie initialement par Darcy en conditions
unidimensionnelles.

La perméabilité varie sur plusieurs ordres de grandeur selon les formations


géologiques, de 10-2 m/s pour les graviers ou des sables grossiers à 10-9 m/s voire
moins pour des argiles. Elle dépend notamment de la porosité du sol et des conditions
de contact de l’eau avec les particules.

Il faut noter que les effets d’anisotropie sont parfois beaucoup plus marqués pour la
perméabilité que pour les autres caractéristiques des sols, et que la mesure en place ou
en laboratoire de la perméabilité n’est pas plus précise ni plus facile que celle des
paramètres mécaniques classiques. Cependant, la perméabilité gouverne directement le
temps caractéristique de l’évolution des déformations du sol. Elle joue donc un rôle
très important dans l’analyse du comportement et la prévision des déplacements des
ouvrages en régime transitoire.
I.3.1.6. Conditions initiales et conditions aux limites
Le problème couplé se ramène à un ensemble d’équations aux dérivées partielles dont
la solution évolue dans le temps. Il est donc nécessaire de connaître l’état initial du
système au début de l’intervalle de temps d’étude. Cet état, avant chargement, doit être
caractérisé par la donnée des champs de contraintes σ° et de pression p° .

Le champ de contraintes σ° est en équilibre avec le poids volumique : divσ° = γ ez.


Dans de nombreuses situations, le fluide est au repos avant chargement. La charge
hydraulique est donc uniforme, et le champ de contraintes effectives est en équilibre
avec le poids volumique déjaugé :
divσ°’ = γ’ez

Par ailleurs, il est nécessaire de définir les conditions aux limites mécaniques et
hydrauliques sur les frontières du domaine étudié :
• les conditions aux limites mécaniques consistent à imposer pour chacune des trois
directions de l’espace, la composante correspondante du déplacement ou du
vecteur contrainte totale σ.n sur la frontière ∂Ω du domaine étudié :
i=1, 2, 3 ∂Ω = STi ∪ Sξi STi ∩ Sξi = ∅
(σ.n).ei = Ti d
sur STi
ξ.ei = ξi d
sur Sξi

17
Chapitre 1. Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de soutènement
__________________________________________________________________________________________

• les conditions aux limites hydrauliques donnent la valeur en tout point du flux
d’eau (composante normale de v) à travers une partie Sv donnée de la frontière ∂Ω
du domaine ou la valeur de la pression sur le complément Sp de cette frontière :
∂Ω = Sp ∪ Sv Sp ∩ Sv = ∅ ;
p = p sur Sp ; v.n = vd sur Sv
d

En résumé, un problème couplé se ramène au système d’équations aux dérivées


partielles et de conditions aux limites récapitulé dans le tableau ci-dessous :

Nature Formulation
Équations aux dérivées partielles :
Équation d’équilibre div σ - γ ez = 0 (ou div σ’ - γ’ez - γw grad h = 0)
Loi de comportement σ’ - σ’o = Co : (ε - ε p)
∂f
d ε = dλ
p
, dλ ≥ 0 et f& = 0 si dλ > 0
∂σ '
Conservation de la masse
Loi Darcy div v + ∂(trε)/∂ t + n/Kw ∂ p/∂ t = 0
v = - k grad h
Conditions aux limites :
Conditions mécaniques i=1, 2, 3 ∂Ω = STi ∪ Sξi STi ∩ Sξi = ∅
(σ n)ei = Tid sur STi
ξ.ei = ξid sur Sξi

Conditions hydrauliques ∂Ω = Sp ∪ Sv Sp ∩ Sv = ∅ ;
p = pd sur Sp ; v.n = vd sur Sv
État initial :
Champ de contraintes σ° divσ° = γ ez
(divσ°’ = γ’ez si le fluide est initialement au repos)

La principale caractéristique d’un problème couplé résiste dans le fait que la solution
dépend du temps, et que les problèmes hydraulique et mécanique ne peuvent pas, en
général, se résoudre indépendamment. Cependant, l’utilisation des logiciels de calcul
numérique couplés est souvent très lourde car le couplage conduit à agrandir la taille
des matrices de calcul, et intègre une dimension supplémentaire, celle du temps, ce qui
multiplie les calculs à mener. C’est aussi la raison principale pour laquelle la prise en
compte des effets hydrauliques dans les calculs reste encore très limitée en pratique,
malgré le développement des outils théorique et numérique au cours des dernières
années.

Dans ce contexte, on se propose de discuter dans quelles conditions et par quels


moyens on peut obtenir une approximation de la solution par découplage des
problèmes hydraulique et mécanique. L’idée est de proposer une solution simple et
praticable pour les calculs du phasage de la construction des ouvrages.

18
Partie 1. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

I.3.2. Découplage des problèmes mécanique et hydraulique


L’équation d’équilibre (I.6) fait apparaît le terme -γw grad h, qui peut être considéré
comme une force volumique due à la variation de la charge hydraulique dans le
massif. On peut donc découpler les problèmes mécanique et hydraulique si l’on
parvient à déterminer la pression ou la charge indépendamment du problème
mécanique : il suffit de reporter le champ de pression dans le problème mécanique, à
travers l’équation d’équilibre. La difficulté réside dans le fait que la détermination du
champ de pression indépendamment du problème en déformation n’est en général pas
∂ (tr ε )
possible, à cause de la présence du terme dans l’équation (I.7) de conservation
∂t
de la masse de fluide.

Il importe de voir que l’on peut distinguer deux sortes de chargement :


• les chargements de type « hydraulique », qui correspondent au cas où l’écoulement
est provoqué par une variation des conditions aux limites hydrauliques
(mouvement de la nappe par installation de drains dans le sol par exemple) ;
• les chargements de type mécanique, qui correspondent à la situation dans laquelle
une sollicitation mécanique induit une déformation volumique du sol, qui entraîne
une modification du champ de charge hydraulique mettant en mouvement le fluide.

La différence principale entre ces deux situations est la suivante : dans le premier cas,
le champ de pression est connu juste après le chargement, alors que, dans le second, la
variation de pression induite par le chargement mécanique est inconnue. Le problème
à résoudre est donc plus complexe dans le cas d’un chargement mécanique, en raison
du fait que la variation instantanée du champ de pression est inconnue.

Dans la modélisation de la construction des ouvrages en génie civil, on représente les


étapes de construction par une succession de chargements mécaniques instantanés sur
une partie de la frontière du domaine étudié et on distingue trois situations :
• la situation à « court terme », correspond à la réponse « instantanée » du massif
considéré, c’est-à-dire au bout d’un intervalle de temps très court comparé au
temps caractéristique de l’évolution du champ de pression. Comme on vient de le
voir, cette situation se caractérise par le fait que la pression présente une
discontinuité vis-à-vis du temps ;
• la situation « à long terme » correspond à un régime permanent, dans lequel la
déformation du sol et le champ de pression atteignent, au bout d’un temps
suffisamment grand, une valeur asymptotique qui ne dépend pas du temps ;
• la situation transitoire correspond à la situation intermédiaire entre ces deux
situations. On s’intéresse à cette situation par exemple dans le cas où le phasage de
travaux ne permet pas d’atteindre le régime permanent entre deux phases données.
I.3.2.1. Problème à court terme
L’idée du calcul à court terme consiste à considérer que l’intervalle de temps auquel
on s’intéresse est suffisamment court pour qu’il n’y ait pas eu de mouvement de fluide

19
Chapitre 1. Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de soutènement
__________________________________________________________________________________________

à travers le sol (la perméabilité du sol n’est pas infinie, il faut donc du temps pour que
l’eau se déplace). Cet état correspond donc à une évolution non drainée. Autrement dit,
l’intervalle de temps δ t à la fin duquel on recherche les champs inconnus est tel que,
pour tout volume élémentaire dV, on a :
δt
⎡ ⎤
∫ ⎢⎣ ∫ divv⎥⎦dt = 0
0 dV

On déduit de cette condition que l’on a une liaison entre la variation de pression et la
déformation volumique à court terme :
tr(ε) + n/Kw δp = 0

Dans la mesure où les particules du sol sont incompressibles, et où l’eau ne peut pas
s’échapper, la variation de volume du sol à court terme est donc en relation linéaire
avec la variation de pression. Il est alors important de noter que la compressibilité du
sol reflète celle de l’eau, qui est peu compressible sous les niveaux de chargement
classiques en mécanique des sols mais qui n’est pas nulle : on n’écrira donc pas trε = 0
car la relation précédente donnerait δp = 0, ce qui est faux.

I.3.2.1.1. Solution découplée à court terme en élasticité


On se place d’abord dans le cas élastique linéaire. En admettant qu’il n’y a pas de
modification instantanée des forces de volumes, le problème se formule de la manière
suivante :
div δσ = 0
δσ’ = Co : ε
tr(δε) + n/Kw δp = 0 ,
δσ.n = T
avec les conditions aux limites sur le vecteur-contrainte ainsi que les conditions aux
limites portant sur les déplacements.

La relation entre la variation de pression et la déformation volumique instantanée


permet d’éliminer la variation de pression δp au profit de la déformation volumique
tr(ε). On obtient l’ensemble d’équations suivant :
div δσ = 0
δσ = δσ’ - δp 1 = Co : ε - δp 1 = (Co + Kw/n 1⊗1) : ε (I.9)
δσ.n = T

qui constitue un problème mécanique bien posé en contraintes totales où la pression


n’intervient pas directement. Il est donc possible de déterminer les déplacements à
court terme, et de calculer ensuite la variation de la pression à court terme donnée par :
δp = -Kw/n tr(ε)

20
Partie 1. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

I.3.2.1.2. Modules élastiques en condition non drainée


Par souci d’alléger les notations, on a représenté jusqu’ici les modules d’élasticité par
un tenseur noté Co. Pour un comportement élastique isotrope, caractérisé en conditions
drainées par les coefficients de Lamé λo et µ, l’équation (I.9) reliant les contraintes
totales et les déformations à court terme peut s’écrire :
δσ = (λo + Kw/n)tr(ε)1 + 2µ ε = λ tr(ε)1 + 2µ ε

avec λ = λo + Kw/n. Autrement dit, en conditions non drainées, les contraintes totales
se calculent avec le même module de cisaillement µ qu’en conditions drainées mais
avec un coefficient de Lamé λ modifié. On peut aussi définir un module d’Young non
drainé Eu et un coefficient de Poisson non drainé νu par :
Kw Kw
1+ 3 (1 − 2ν ) ν+ (1 + ν )(1 − 2ν )
Eu = E nE et νu = nE
K K
1 + 2 w (1 + ν )(1 − 2ν ) 1 + 2 w (1 + ν )(1 − 2ν )
nE nE

où E et ν désignent les caractéristiques élastiques du sol en conditions drainées. On


notera que, pour un sol nettement plus compressible que l’eau (Kw>>E), Eu tend vers
3E
et νu vers 0,5.
2

Si l’on préfère caractériser le comportement à l’aide des modules de compression K et


de cisaillement G, on a les relations suivantes entre les modules en conditions non
drainées et drainées :
Ku = K + Kw/n
Gu = G = µ

Quelle que soit la représentation employée, le comportement élastique apparent du sol


à court terme est presque incompressible, ce qui pose des problèmes numériques (la
matrice de rigidité globale est singulière pour ν = 0,5). Il peut être adroit de diminuer
la valeur de Kw dans cette phase de calcul pour contourner cette difficulté.

I.3.2.1.3. Déformations plastiques à court terme


Considérons maintenant le problème du calcul des déformations plastiques à court
terme. Le problème posé est un problème d’élastoplasticité en contraintes totales, qui
peut se formuler de la manière suivante :
div δσ = 0
δσ = δσ’ - δp1 = Co : (ε - εp) - δp1 = (Co + Kw/n 1⊗1) : ε - Co : ε p
δεp = dλ ∂f/∂σ’
δσ.n = T ainsi que les conditions aux limites portant sur les déplacements.

21
Chapitre 1. Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de soutènement
__________________________________________________________________________________________

La pression n’a pas complètement disparu : elle figure encore dans la règle
d’écoulement et dans le calcul du critère de plasticité.

Le problème peut se traiter au moyen des algorithmes habituels, à condition de gérer :


• le fait que le tenseur d’élasticité utilisé pour calculer la matrice de rigidité est
différent de celui qui sert au calcul de l’incrément de déformation plastique lors de
la projection sur le critère. Dans l’état actuel du logiciel CESAR-LCPC, cette
opération n’est pas prévue dans le module MCNL ;
• le fait que le critère doit être vérifié avec le tenseur de contraintes effectives σ’ et
non le tenseur de contraintes totales σ. Il faut alors connaître la valeur de la
pression pour calculer correctement le critère.

Le traitement découplé du problème en élastoplasticité peut donc être envisagé, en


recherchant la variation de pression à court terme de manière itérative (comme les
déformations plastiques). Cela n’est pas possible actuellement avec le module MCNL
de CESAR-LCPC.
I.3.2.2. Découplage du problème à long terme
On se place maintenant dans une situation à long terme, c’est-à-dire au bout d’un
temps suffisamment grand pour que le squelette du sol soit à nouveau immobile et
l’écoulement du fluide permanent.

Dans ce cas, deux des termes figurant dans l’équation de conservation de la masse
fluide (I.7) disparaissent. L’équation de conservation d’eau, la loi de Darcy et les
conditions aux limites hydrauliques fournissent un problème mathématiquement bien
posé permettant de déterminer la valeur asymptotique du champ de pression :
div v = 0
v = - k grad h
∂Ω = Sp ∪ Sv et Sp ∩ Sv = ∅ ; p = pd sur Sp ; v.n = vd sur Sv

Le champ de pression à long terme peut donc être déterminé indépendamment des
champs de contraintes et de déformations : on a découplé le problème hydraulique, de
manière rigoureuse du point de vue mathématique. De plus, la détermination du champ
de pression est un problème classique du point de vue mathématique et généralement
assez facile avec la plupart des codes de calcul par éléments finis.

La deuxième étape du raisonnement consiste à reporter le champ de pression ainsi


obtenu dans le problème mécanique. On a donc à résoudre le système suivant en
contraintes effectives :
div σ’ - γ’ez - γw grad h = 0
σ’ - σ’o = Co : (ε - εp)
d ε = dλ ∂f , dλ > 0
p
∂σ '
∂Ω = STi ∪ Sξi et STi ∩ Sξi = ∅ ; (σ’.n).ei = Tid+p sur STi ; ξ.ei = ξid sur Sξi

22
Partie 1. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

La seule difficulté tient au fait que l’évolution des déformations plastiques dépend en
général de l’histoire du chargement, c’est-à-dire de l’histoire des contraintes. Or le
trajet de contraintes effectives suivi ici n’est pas nécessairement simple : à court terme,
un chargement mécanique peut induire une augmentation de la pression du fluide
susceptible de conduire à des déformations plastiques dont le problème mécanique ci-
dessus ne rend pas compte. Il en va différemment en élasticité, puisque les
déformations dépendent seulement de la valeur finale des contraintes effectives et pas
du trajet de chargement suivi.

La procédure proposée ci-dessus pour découpler le problème à long terme, qui consiste
à introduire dans le calcul un chargement volumique égal à -γw grad h et à corriger, si
nécessaire, les conditions aux limites en contraintes, donne un résultat exact dans le
cas élastique. En revanche, elle peut induire une erreur plus ou moins importante dans
le cas élastoplastique, car elle conduit à négliger les déformations plastiques qui
peuvent se produire à court terme ou en régime transitoire.
I.3.2.3. Découplage en régime transitoire
Le découplage des problèmes hydraulique et mécanique à long terme est relativement
facile. La principale limite de cette démarche réside dans le fait que l’on ne prend pas
en compte les déformations plastiques qui peuvent se produire à court terme. La
démarche est un peu différente si l’on cherche à découpler le problème en régime
transitoire. L’idée consiste à découpler le problème hydraulique en supprimant
simplement le terme de couplage dans l’équation de conservation de la masse d’eau, ce
qui conduit au problème suivant :
∂(trε)/∂t + n/Kw∂p/∂t + divv = 0
v = -k grad h
∂Ω = Sp ∪ Sv et Sp ∩ Sv = ∅ ; p = pd sur Sp ; v.n = vd sur Sv

Autrement dit, pour le problème hydraulique, on considère que le sol ne déforme pas
et que l’échange de fluide d’eau ne dépend que de la variation de la pression. Le
problème obtenu est un problème de diffusion, donc la solution dépend du temps et
peut se résoudre numériquement à l’aide des modules de diffusion du logiciel CESAR-
LCPC par exemple.

Une fois obtenue la variation de la pression à l’instant t, on résout le problème


mécanique dans lequel on a reporté le champ de pression, comme on l’a fait pour le
problème à long terme. La validité de cette procédure est évidemment sujette aux
mêmes limites que pour le problème à long terme : elle ne permet pas, dans le cas d’un
matériau élastoplastique, de prendre en compte les déformations plastiques qui
peuvent se produire à court terme.

Par ailleurs, le découplage du problème en pression à long terme repose sur une
hypothèse physique claire, à savoir que les déformations et la pression finissent par se
stabiliser. En revanche, le découplage auquel on a procédé en régime transitoire est

23
Chapitre 1. Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de soutènement
__________________________________________________________________________________________

arbitraire et change radicalement la physique du problème. Il en résulte que


l’approximation du champ de la pression ainsi obtenue peut être assez mauvaise, au
moins pour ce qui concerne la vitesse d’évolution du champ de pression.

Pour préciser ce point, définissons la variation du volume d’échange de fluide φw à un


moment t (0 < t < Tc) par :
φw = n/Kw δp + trε (I.10)

En éliminant le vecteur de vitesse apparente v entre l’équation de conservation de la


masse fluide et la loi de Darcy, on obtient alors :
∂φw/∂t = div(k grad h)

En supposant que la perméabilité est homogène et isotrope, on peut déduire :


∂φw/∂t = k/γw ∆(δp) (I.11)

On applique deux fois l’opérateur divergence aux deux membres de l’équation du


comportement élastique en contraintes totales :
δσ = λo tr(ε)1 + 2µ ε - δp1

ainsi qu’aux deux membres de (I.10) et, en admettant div(δσ) = 0, on obtient :


(λo + 2µ)∆(trε) = ∆(δp)
∆(trε) = ∆(φw) – n/Kw∆(δp)

qui donne, en éliminant ∆(trε) :


K λ + 2µ
∆(δp ) = w o ∆(φ w )
n λ + 2µ

Il reste à utiliser cette équation dans (I.11) pour faire apparaître une équation de champ
relative à la seule variable δφw :
∂(φw)/∂t = cm ∆(φw) (I.12)

où l’on a posé :
K w λ o + 2µ
cm = k
nγ w λ + 2 µ
qui porte le nom de coefficient de consolidation et s’exprime en [L2T-1]. En général, le
fluide est bien moins compressible que le sol (Kw>>λo), compte tenu de l’expression
λ=λo + Kw/n, le coefficient de consolidation tend vers la valeur de :
k
cm = (λ o + 2 µ )
γw

L’écriture de l’équation de diffusion sous la forme (I.12) se révèle très avantageuse


dans la résolution des problèmes d’évolution. On reviendra sur ce point plus en détail
au deuxième chapitre.

24
Partie 1. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

L’écriture de l’équation de diffusion (I.11) sous la forme (I.12) permet d’identifier le


temps caractéristique Tc du phénomène de diffusion de la masse fluide. Celui-ci
apparaît en cherchant la forme adimensionnelle de (I.12). Soit L une longueur
caractéristique du problème : on pose χi = xi/L, ∆’ = ∑i∂²/∂χi² et τ = t/Tc , l’équation
(I.12) prend maintenant la forme suivante :
∂ (φ w ) ⎛ Tc ⎞
= ⎜ c m 2 ⎟∆' (φ w )
∂τ ⎝ L ⎠

Cette expression permet de montrer que le temps caractéristique de phénomène de


diffusion de la masse fluide est donné par Tc = L²/cm . On en conclut que la vitesse du
phénomène est liée à la perméabilité et à la compressibilité du sol, et en particulier que
les surpressions se dissipent plus vite dans un sol plus raide.

Dans l’approche découplée du régime transitoire, on a négligé la déformation


volumique, ce qui revient à considérer que le sol est incompressible pendant le régime
transitoire. Cette approche nous a conduit à un problème qui peut se formuler, en
termes de charge hydraulique, de la manière suivante :
nγ w ∂h
+ divv = 0
K w ∂t
v = -k grad h
∂Ω = Sp ∪ Sv et Sp ∩ Sv = ∅ ; h = hd sur Sp ; v.n = vd sur Sv

En reportant dans la conservation de masse, on obtient :


∂h kK w
= ∆(h)
∂t nγ w

et le temps caractéristique du problème de diffusion est alors donné par :


2 nγ w
Tc ' = L
kK w

qui est évidemment différent du temps Tc et ne dépend que des caractéristiques


hydrauliques du sol. On ne prend donc pas en compte la compressibilité du sol, ce qui
conduit à une erreur très significative sur l’échelle de temps caractéristique de
l’évolution de la pression. Dans ce cas particulier, on peut corriger l’erreur commise
en modifiant de manière appropriée l’échelle de temps à travers le coefficient du terme
(∂h/∂t) dans l’équation de conservation de masse. Cependant, il est difficile
d’appliquer ce même processus de correction dans un problème quelconque dans la
mesure où l’on ne sait pas évaluer le rapport entre les temps caractéristiques des
problèmes couplé et découplé.

25
Chapitre 1. Effets du couplage hydromécanique dans les calculs de soutènement
__________________________________________________________________________________________

I.4. CONCLUSION
La description du comportement des ouvrages réels en géotechnique par des
simulations numériques passe nécessairement par la prise en compte du rôle de l’eau
dans les sols.

La résolution du problème fait appel à des formulations du problème mécanique


(équation d’équilibre, loi de comportement…) et du problème hydraulique
(conservation de masse d’eau, loi Darcy,…) qui ne peuvent pas en principe être
résolues séparément. C’est donc un problème couplé pour lequel les calculs
numériques sont souvent très lourds et coûteux et difficiles à mettre en œuvre en
pratique.

Dans ce chapitre, après une partie consacrée à la description physique et théorique du


problème, nous avons examiné la possibilité de découpler les problèmes hydraulique et
mécanique dans les situations à court terme, à long terme et en régime transitoire. On a
montré qu’à court terme et à long terme, le problème est mathématiquement bien posé
et peut être résolu à l’aide d’un logiciel de calcul classique dans le cas élastique. En
revanche, la procédure proposée peut induire une erreur plus ou moins importante dans
le cas élastoplastique, car elle conduit à négliger les déformations plastiques qui se
produisent à court terme.

En régime transitoire, le découplage peut conduire à des erreurs sur l’échelle de temps
du problème hydraulique en diffusion. Il est donc recommandé d’utiliser avec
prudence de cette approche découplée.

26
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Chapitre II

Simulation découplée des phases de travaux dans le cas


élastique

II.1. INTRODUCTION
Dans ce chapitre, en limitant l’étude au domaine élastique, on présente quelques
exemples d’application de la procédure de calcul découplée présentée dans le chapitre
précédent. On commence d’abord par des exemples simples unidimensionnels, on
s’intéresse ensuite aux cas plus complexes pour étudier les chargements différés sur le
soutènement des tunnels (en conditions bidimensionnelles) et l’effet de la réparation
d’une partie du soutènement (en conditions tridimensionnelles). Le but est de
démontrer comment cette procédure découplée peut être mise en œuvre.

II.2. SIMULATION DECOUPLEE DES PHASES DE TRAVAUX DANS LE CAS


ELASTIQUE – EXEMPLES UNIDIMENSIONNELS
On présente ici quelques exemples d’application de l’approche découplée précédente
pour simuler les phases de travaux les plus souvent rencontrées lors de la construction
des ouvrages de soutènement. On considère d’abord des problèmes unidimensionnels
pour lesquels une solution analytique peut être trouvée sans difficulté. On montre
ensuite comment retrouver cette solution analytique par une voie numérique avec le
module MCNL de CESAR-LCPC.

On s’intéressera d'abord à la modélisation des situations à court et à long terme, puis à


la phase transitoire. Le but est de proposer, pour chacune des phases de travaux
courantes dans le domaine des soutènements, une technique de simulation numérique
(éventuellement plusieurs), en exposant clairement la technique de simulation
numérique retenue et en précisant les limites de validité de l’approche proposée.

27
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

II.2.1. Rabattement de la nappe


Un des aspects importants du comportement des ouvrages de soutènement pendant
leur construction est l’effet des mouvements de la nappe phréatique. Ces mouvements
peuvent avoir une origine naturelle : ils peuvent être liés à la variation du niveau d’une
rivière voisine ; ils peuvent aussi être une conséquence d’opérations de pompage d’eau
souterraine (pour l’irrigation, par exemple) ou une disposition destinée à faciliter la
réalisation de travaux (il est courant d’abaisser le niveau de la nappe lorsque l’on
réalise une tranchée ou une excavation pour améliorer leur stabilité).
II.2.1.1. Position du problème
On considère une couche de sol horizontale, d’épaisseur D, qui repose sur un
substratum rigide et imperméable. Dans la configuration initiale, la couche est
entièrement saturée. Le niveau de la nappe est confondu avec la face supérieure de la
couche : la pression du fluide est égale à la pression atmosphérique sur le plan z = D.

On suppose que la nappe est “ rabattue ”, c’est à dire que le niveau de la surface sur
laquelle la pression du fluide est égale à la pression atmosphérique est abaissé à la cote
z = H (avec H < D). Au-dessous du niveau de la nappe, le sol est toujours saturé ; au-
dessus de ce niveau, l’espace poreux est occupé par de l’air et non plus par de l’eau.
Dans ce qui suit, on définit la charge hydraulique par h = p/γw + z, où p désigne la
pression de fluide et γw le poids volumique de l’eau. Les charges hydrauliques initiales
et finales sont donc celles représentées sur la figure II.1.

Dans la réalité, il existe une zone non saturée au-dessus du niveau de la nappe, dans
laquelle l’espace poreux n’est pas occupé par un seul fluide (l’air ou l’eau), mais où les
deux fluides coexistent. L’existence de cette zone non saturée est due au fait que le
fluide remonte au-dessus du niveau de la nappe par capillarité.

Le comportement mécanique de cette zone ne peut être décrit par la théorie des sols
saturés considérée ici. Mais, d’une part, l’étendue de cette zone dépend du sol
considéré (les effets de capillarité sont quasiment négligeables dans un sable propre)
et, d’autre part, la zone non saturée est en fait scindée en deux zones : une zone dans
laquelle le degré de saturation est très élevé (supérieur à 95%), et dont le
comportement peut être considéré en première approximation comme voisin de celui
du milieu saturé, et une zone où le degré de saturation est beaucoup plus faible, avec
une zone de transition d’extension très réduite, dans laquelle le degré de saturation
chute brutalement.

Nous ferons ici l’hypothèse que l’approximation consistant à négliger l’étendue de la


zone non saturée permet d’obtenir une estimation raisonnable du tassement de la
couche résultant du rabattement de la nappe.

28
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Situation initiale Situation finale


z=D h=D
Sol non saturé
z=H h=H
z
Couche de sol
Saturée d’eau
x

z=0 h=D h=H

Substratum rigide imperméable


Figure II.1. Rabattement de la nappe

II.2.1.2. Résolution analytique du problème


La résolution analytique du problème consiste à étudier les champs de contraintes et de
pression dans les situations initiale et finale du problème ainsi que le tassement du sol.
Il est à noter que l’on ne précise pas comment on passe de la situation initiale à la
situation finale : on ne peut donc pas étudier le régime transitoire.

II.2.1.2.1. Situation initiale des champs de contraintes et de pression


On suppose que, dans la situation initiale, le squelette et le fluide sont au repos.
L’équation de conservation de masse de fluide se réduit à divv = 0, et on déduit alors
de la loi de Darcy que le champ de pression du fluide initiale po vérifie :
grad po - γw ez = 0

La surface libre de la nappe est au sommet de la couche (z = D), la pression du fluide


y est donc nulle, on obtient immédiatement :
p° = (D – z)γw

D’autre part, on fait l’hypothèse que la direction verticale est une direction principale
du champ de contraintes initial, et qu’il présente une symétrie de révolution autour de
cette direction :
σ° = σ°z ez⊗ ez + σ°x (ex⊗ ex + ey⊗ ey)

L’équation d’équilibre s’écrit :


divσ° - γ ez = 0

où γ = γ sa + γ fa désigne le poids volumique de la couche de sol saturée d’eau, égal à


la somme des poids volumiques partiels γ fa = γwn du fluide et γ sa = γs(1 – n) du
squelette (n est la porosité). La condition mécanique sur la limite supérieure de la
couche (surface libre) s’écrit :
σ°.ez = 0 sur le plan z = D

29
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

Compte tenu de cette condition à la limite, la projection de l’équation d’équilibre sur la


direction verticale donne immédiatement la contrainte verticale σ°z dans la couche :
σ°z = - γ (D – z)

et la contrainte horizontale σ°x dans la couche est donnée par :


σ°x = Ko σ°’z - p° = Ko(σ°z + p°) - p°

où Ko est le coefficient de poussée des terres au repos. On trouve donc :


σ°x = Koσ°z - (1 - Ko) p° = [Ko - (1 - Ko) γw/γ] σ°z
II.2.1.2.2. Situation finale
On se place maintenant dans la situation “ à long terme ” en supposant qu’au bout d’un
temps suffisamment long, on parvient à nouveau à une situation où le fluide et le
squelette sont immobiles. La vitesse du fluide est nulle, et on obtient le champ de
pression par la loi de Darcy. On prendra garde au fait que, désormais, le fluide saturant
n’est plus le même dans les zones au-dessus et au-dessous de la nappe, c’est à dire
pour 0 < z < H et pour H < z < D. Considérant la masse volumique de l’air comme
négligeable, et en écrivant que la pression des deux fluides est nulle p∝ = 0 au niveau
du toit de la nappe z = H, on obtient :
p∝ = 0 pour H < z < D

p = (H – z) γw pour 0 < z < H

Les hypothèses précédentes permettent de découpler le problème hydraulique du


problème mécanique et de calculer le champ de pression p indépendamment du champ
de contraintes σ. Il s’agit maintenant de résoudre le problème mécanique, dans lequel
le champ de pression est connu, et où ξ et ε sont respectivement le champ de
déplacements et de déformations du squelette.

L’équation d’équilibre s’écrit :


div σ - γ ez = 0

et la loi de comportement :
σ - σo = λo trε 1 + 2µ ε - (p - p°) 1 ;

avec les conditions aux limites suivantes :


ξ=0 sur le plan z = 0
σ.ez = 0 sur le plan z = D

Il est important de rappeler que le poids volumique du milieu poreux est différent au-
dessous et au-dessus de la nappe :
γ = γs (1-n) pour H < z < D
γ = γ a + γ a = γs (1 – n) + γw n
s f
pour 0 < z < H

30
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Compte tenu des symétries que présente la géométrie du problème, il est raisonnable
de supposer que le déplacement est vertical et ne dépend que de la coordonnée
verticale z :
ξ = ξ(z) ez

Le champ de déformations s’écrit donc :


ε = ε(z) ez⊗ ez avec ε(z) = ∂ξ(z)/∂z

d’où l’on conclut que le champ de contraintes σ est de même forme que le champ de
contraintes initial σ° :
σ = σz(z) ez⊗ ez + σx(z) (ex⊗ ex + ey⊗ ey)

La projection de l’équation d’équilibre sur la verticale, compte tenu des conditions aux
limites et de la continuité de la contrainte verticale sur le plan z = H donne :
∂σz/∂z = γ sa d’où σz = - γ sa (D – z) H<z<D
∂σz/∂z = γ a + γ a d’où σz = - γ a (D – H) - (γ a + γ a) (H – z)
s f s s f
0<z<H

La loi de comportement s’écrit alors :


σz - σz° = (λo + 2µ)ε - (p - p°).

À partir des champs de pression initial et final, on obtient :


p∝ - p° = - (D – z) γw H<z<D
p∝ - p° = (H – z) γw - (D – z) γw = - (D – H) γw 0<z<H

on obtient par ailleurs, ainsi à partir des champs de contraintes initial et final :
σz - σ°z = - γ sa (D – z) + (γ sa + γ fa) (D – z) = γ fa (D – z) H<z<D
σz - σ°z = - (γ a + γ a) (H – D) +γ a (D – H) = γ a (D – H) 0 < z < H
s f s f

ce qui donne ,pour la contrainte effective verticale :


σz’ - σ°z’ = - (1 - n) γw (D – z) H<z<D
σz’ - σ°z’ = - (1 - n) γw (D – H) 0<z<H

et finalement :
1
ε = −(1 − n)γ w ( D − z) H<z<D
λ o + 2µ
1
ε = −(1 − n)γ w (D − H ) 0<z<H
λ o + 2µ

On détermine pour finir la contrainte effective horizontale :


λo
σx’ - σ°x’ = − (1 − n)γ w (D − z) H<z<D
λ o + 2µ
λo
σx’ - σ°x’ = − (1 − n)γ w (D − H ) 0<z<H
λ o + 2µ

31
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

Le diagramme des contraintes et des pressions dans la couche de sol est présenté sur la
figure II.2.

Z Champ de pression Contraintes totales Contraintes effectives


p∝ - p σz - σz° σ’z - σ’z°
o

Z=D
- γsa (D-z)
- γsa (D-z)
- γ (D-z)
Z=H

γw (D-z)

-(γ-γw)(H-z)-γsa(D-H)
γw(H-z)
- γ (H-z) - γsa (D-H)
Z=0

γwH γwD -(γ - γw)(D-z)

Z Champ de déformations Contraintes totales Contraintes effectives


ε σx - σx° σ’x - σ’x°

Z=D
(1-n)(D-z)γw+σ°x
-(1- n)(D-z)γw/(λo+2µ) - γsa (D-z)Ko

Z=H

-(D-z)[Ko(γ-γw)+γw ]
- Ko(γ - γw)(D-z)

Z=0 (1-n)(D-H)γw+σ°x

-(1-n)(D-H)γw/(λo+2µ) -Ko[(γ-γw)(H-z)-γsa (D-H)]

champ final champ initial différence final – initial

Figure II.2. Diagramme des contraintes et des pressions dans la couche de sol

On note que la déformation dans la direction verticale est négative, et donc le


rabattement de la nappe se traduit par un tassement de la couche de sol.

Le champ de déplacement s’obtient en intégrant la déformation verticale. Compte tenu


de la condition limite et de la continuité de ξ en z = H, on obtient :
1
ξ = − (1 − n)γ w (2 D − z ) z H<z<D
2(λ o + 2 µ )
1
ξ = − (1 − n)γ w z( D − H ) 0<z<H
λ o + 2µ

ce qui conduit finalement à la valeur suivante du tassement de la surface de la couche :

32
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

1
ξ(z = D) = − (1 − n)γ w (D 2 − H 2 )
2(λ o + 2 µ )

II.2.1.3. Résolution numérique découplée


Dans cette section, on montre comment il est possible de résoudre le problème
numériquement dans CESAR-LCPC. On montre aussi que, suivant l’option choisie
dans le jeu de données, on peut obtenir comme résultat du calcul l’état final des
contraintes effectives ou totales.

II.2.1.3.1. Modèle de calcul numérique


Le module MCNL calcule les valeurs aux nœuds du maillage des différentes
composantes du déplacement entre une configuration (géométrique) de référence
correspondant à une situation initiale et la configuration actuelle, qui résulte des
chargements appliqués sur la structure entre la situation initiale et la situation actuelle.
Le module fournit comme résultat principal les déplacements des nœuds et comme
résultats complémentaires la valeur des contraintes.

Le champ de déplacement ξ est associé à la variation du champ de contraintes


effectives δσ’ = σ’ - σ’° par la loi de comportement. Dans le cas du rabattement de la
nappe, le problème se présente de la manière suivante :

situation initiale situation finale


div σ° - γ ez = 0 div σ - (1 – n)γs ez = 0 pour z > H
σ° ez = 0 en z = D div σ - γ ez = 0 pour z < H
p° = (D – z) γw ξ=0 en z = 0
σ ez = 0 en z = D
p=0 pour H < z < D
p = (H – z)γw pour 0 < z < H

Le problème à résoudre se formule donc en termes de variations de contraintes totales


et effectives de la manière suivante :

Problème en contraintes totales Problème en contraintes effectives


div δσ - nγw ez = 0 pour z > H div δσ’ – (1 – n)γw ez = 0 pour z > H
div δσ = 0 pour z < H div δσ’ = 0 pour z < H
δσ = λo trε 1 + 2µε - δp1 δσ’ = λo trε 1 + 2µε
ξ=0 en z = 0 ξ=0 en z = 0
δσ n = 0 en z = D δσ’ n = 0 en z = D

En contraintes effectives, la résolution du problème est très simple : il suffit d’ajouter


un chargement de type « poids volumique » égal à (1 - n)γw sur la partie supérieure du
massif.

33
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

En contraintes totales, le problème posé est défini par une densité de forces
volumiques nγw s’exerçant sur la partie au-dessus de la nappe due à un changement du
poids volumique de sol, et par l’écart δp entre les valeurs actuelles et initiales du
champ de pression. Ces deux contributions doivent être prises en compte dans la
modélisation numérique.

II.2.1.3.2. Modélisation du changement de la pression


Diverses situations (prise en compte d’une variation du champ de température dans un
matériau thermoélastique, modélisation d’une pression de gonflement, mais aussi
calcul de déplacements élastiques associés à un chargement et des déformations
plastiques données par exemple) conduisent à résoudre des problèmes du type de celui
posé par la prise en compte de la variation du champ de pression, de la forme :
div δσ + f = 0
δσ = Aε + τ

où τ désigne un champ de tenseur donné, f le champ de forces volumiques s’exerçant


sur la structure étudiée et où l’on suppose pour simplifier qu’il n’y a pas d’efforts
imposés sur le bord du domaine étudié (cette hypothèse est en fait essentielle ; si elle
n’est pas vérifiée, le raisonnement est plus compliqué). On montre sans peine que pour
tout champ de vitesses virtuelles û, on a :
∫ ε : A : εˆ dV = ∫ f .û dV − ∫ τ : εˆ dV
Le premier terme définit une forme bilinéaire (vis-à-vis des champs de déplacement
réel ξ et virtuel û), tandis que le membre de droite est linéaire vis-à-vis de û. Cette
démarche permet, dans le cadre de la méthode des éléments finis, de se ramener à un
système d’équations du type :
K.U = F + Fτ

où U est le vecteur des déplacements nodaux et où dans le membre de droite figurent


deux termes associés respectivement à la densité volumique d’efforts extérieurs f et au
champ de contraintes donné τ. La prise en compte du tenseur τ (donc celle de la
variation de pression dans le problème du rabattement) se traduit alors par un terme
complémentaire dans le vecteur des forces nodales, analogue au terme dû aux
chargements volumiques, et appelé dans le manuel de CESAR-LCPC « chargement de
contraintes initiales ». Cette prise en compte s’effectue au moyen de l’option SIG du
module utilisé pour définir les chargements, c’est-à-dire le module CHAR. Diverses
valeurs de l’indicateur IOPT permettent de prendre en compte diverses formes pour le
tenseur τ. Dans le cas d’un chargement associé à une variation du champ de pression
interstitielle on prendra IOPT = 4. Il reste à préciser quel champ de contraintes on
souhaite récupérer à l’issue du calcul : selon les cas, on peut souhaiter obtenir le
champ directement déduit des inconnues principales, égal à Aε ou le champ δσ obtenu
en cumulant le champ précédent avec le champ donné τ. Dans le cas étudié ici (c’est-à-
dire avec τ = - δp1), le premier de ces tenseurs est égal à δσ + δp1 et représente donc
la variation des contraintes effectives, tandis que le deuxième donne la variation du

34
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

champ de contraintes totales. L’option SIG permet d’obtenir le premier tenseur


(variation des contraintes effectives) en donnant la valeur 2 à l’indicateur ICAL, et le
deuxième tenseur (variation des contraintes totales) en lui donnant la valeur 1.

II.2.1.3.3. Modélisation de l’effet de changement de poids volumique


Le rabattement de la nappe fait apparaître deux zones séparées par la surface de la
nappe dont les poids volumiques sont différents. La première correspond à la couche
de sol saturé située au-dessous de la nappe avec le poids volumique γ = γs(1–n) + γwn,
et la deuxième correspond à la couche de sol non saturée situé au-dessus de la nappe
avec le poids volumique γ = γs(1-n). Le chargement appliqué sur la structure entre la
situation initiale et la situation actuelle est donc une force volumique γwn (analogue à
un poids volumique) dirigée vers le haut s’exerçant sur la partie supérieure (désaturée)
de la couche. La prise en compte de cette densité de force volumique se fait dans
CESAR-LCPC au moyen de l’option POI du module CHAR. Cette opération n’appelle
aucun commentaire particulier, à part le fait qu’il est nécessaire de prévoir dans le
maillage une limite entre les groupes d’éléments au niveau z = H.

Il existe une autre solution pour prendre en compte cette force volumique sans définir
deux groupes d’éléments dans le maillage. Cette solution consiste à utiliser l’option de
chargement SIG du module CHAR pour appliquer dans la zone de sol désaturé une
force volumique γwn. On réalise cette opération en adoptant les valeurs de IOPT=3 et
ICAL=2. Les données sont les suivantes :
Option : Chargement volumique (SIG)
Nombre de couche : 2
Cote-1, PV, Kox, Koz : 8 0 0,5 0,5
Cote-2, PV, Kox, Koz : 10 3 0,5 0,5

II.2.1.3.4. Prise en compte des contraintes initiales


La simulation ci-dessus conduit à calculer l’incrément des contraintes entre les
situations initiale et finale (après rabattement). En pratique, il est intéressant de
pouvoir exploiter les contraintes totales et pas seulement leur variation entre les deux
situations. C’est à nouveau l’option SIG du module CHAR qui permet de cumuler
l’incrément de contraintes avec un champ de contraintes total initial. Pour un champ de
contraintes initial géostatique, l’indicateur IOPT sera pris égal à 3. Pour cette opération
de cumul, l’indicateur ICAL prend cette fois la valeur 0.

Le logiciel CESAR-LCPC permet sans difficulté d’obtenir la valeur finale du champ


de contraintes effectives. Il suffit de cumuler la variation des contraintes effectives
(option SIG avec IOPT=3 et ICAL=2) avec les contraintes effectives initiales (option
SIG avec IOPT=3 et ICAL=0, avec un gradient de contrainte effective verticale égal
au poids déjaugé et un rapport de la contrainte horizontale sur la contrainte verticale
égal à Ko). Rappelons cependant que, dans le cas général, le problème ne se formule
pas nécessairement en contraintes effectives, dans la mesure où les conditions aux
limites hydrauliques ne s’y prêtent pas forcément : sur une surface imperméable mais

35
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

libre de contraintes totales, la gestion des conditions aux limites sur σ’ peut être
délicate.

II.2.1.3.5. Résultats de calcul numérique


On présente dans cette section le résultat numérique pour les valeurs suivantes des
différents paramètres :
• épaisseur de la couche de sol D = 10 m,
• coefficient de pression des terres au repos Ko = 0,5.
• porosité n = 0,3 ;
• module d’Young drainé E = 100 MPa,
• coefficient de Poisson ν = 0,3 ;
• poids volumique du fluide γw = 10 kN/m3.

La figure II.3 représente les contraintes verticales effectives et totales finales en


fonction de la profondeur ; la figure II.4 donne le déplacement vertical.

10
Z(m) Cont. totale
Cont. effective

Contrainte verticale suivante z (kPa)


0
-200 -175 -150 -125 -100 -75 -50 -25 0
Figure II.3. Diagramme de contraintes totales et effectives verticales suivant la hauteur z

36
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

10
Z(m) Deplacement vertical

Deplacement vertical suivant z (m)


0
-0.001 -0.0008 -0.0006 -0.0004 -0.0002 0
Figure II.4. Déplacements verticaux suivant la hauteur z de la couche de sol

Ces résultats correspondent parfaitement à la solution analytique donnée en II.2.1.2.2.


II.2.2. Effet d’un écoulement vertical permanent
On regarde maintenant une situation un peu différente, dans laquelle, après
rabattement de la nappe, une condition d’écoulement est volontairement imposée.
Cette situation peut correspondre à une opération de pompage permanent pour
assécher le fond d’une excavation dans une couche de sol alimentée par une rivière par
exemple.
II.2.2.1. Position du problème
On considère une couche de sol, supposée élastique linéaire isotrope, initialement
horizontale, d’épaisseur D, qui repose sur un substratum rigide. Dans la configuration
initiale, la couche est entièrement saturée et submergée. Le niveau de la nappe est
supposé supérieur au niveau du terrain naturel : la pression du fluide est égale à la
pression atmosphérique sur le plan z = H.

On suppose ensuite que le niveau de la surface sur laquelle la pression du fluide est
égale à la pression atmosphérique est abaissé à la surface de la couche de sol z = D (D
< H). Au dessous du niveau de la nappe, le sol est toujours saturé ; une condition
d’écoulement est créée en imposant une charge hydraulique égale à h = D + d au
niveau z = 0 (D + d ≤ H et d ≥ 0 ).

37
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

Situation initiale Situation finale


z=H h=H

z=D h=D
z

Couche de sol Couche de sol


Saturée d’eau x Saturée d’eau

z=0 h=H h=D+d

Substratum rigide
Figure II.5. Situation d’écoulement vertical permanent

II.2.2.2. Résolution analytique du problème


On peut facilement trouver la solution analytique du problème en suivant la démarche
présentée dans l’exemple précédent. La seule différence réside dans la détermination
du champ de pression à « long terme ».

À « long terme », le squelette est à nouveau immobile mais il existe un écoulement


permanent qui se traduit par un gradient de charge hydraulique. L’équation de
conservation de la masse d’eau s’écrit :
divv = 0

En utilisant la loi de Darcy : γwv = k(-gradp + γwez), on parvient à :


div(k gradp) = 0

Considérant la condition limite du fluide à la surface libre (z = D) et à la base de la


couche (z = 0), le champ de pression à long terme est donné par :
p = (1 – z/D)(D +d)γw

La variation de la pression dans la couche de sol est déterminée par :


p - p° = (1–z/D) (D+d) γw - (H–z) γw = - γw[(H-D-d) + z.d/D]

La variation de contrainte totale verticale est obtenue par intégration de l’équation


d’équilibre :
σz - σ°z = - γ(D – z) + γ (D – z) + (H – D) γw = γw (H – D)

La variation de contrainte effective verticale est donc donnée par :


σz’ - σ°z’ = γw d (D – z)/D

et l’on obtient finalement le champ de déformations :


ε = γw d(D – z)/D(λo + 2 µ)

ainsi que la variation de contrainte effective horizontale :

38
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

σx’ - σ°x’ = λo γw d(D – z)/D(λo + 2 µ)

Le diagramme des contraintes et des pressions dans la couche de sol peut être
représenté de la manière suivante :

Z Champ de pression Contraintes totales Contraintes effectives


p∝ - p σz - σz° σ’z - σ’z°
o

Z=H

- γw (H-D)
Z=D
- γ(D-z)-γw(H-D) -(γ-γw)(D-z)
γw(H - z)

γw(D+d)(1-z/D) - γ (D-z)

Z=0
γw(D+d) γwH
- [γ-γw(D+d)/D](D-z)

Z Champ de déformations Contraintes totales Contraintes effectives


ε σx - σx° σ’x - σ’x°

Z=H
(H–z)γw

Z=D
-Ko(γ-γw)(D-z)

-(D-z)Ko(γ-γw)+(H-z)γw

Z=0 ∆σx’- ∆p +σ°x

d(D–z)γw/D(λo+2µ) - Ko[γ-γw(D+d)/D](D-z)

champ final champ initial différence final – initial

Figure II.6. Diagramme de contraintes et pression du problème d’écoulement

La déformation dans la direction verticale est positive et le rabattement de la nappe


avec une condition d’écoulement permanent se traduisent donc par un gonflement de
la couche de sol. Il est intéressant de noter que si d est nul, il n’y a pas de déformation
(ε = 0) : la baisse du niveau d’eau au-dessus de la couche sans une condition
d’écoulement imposée ne produit aucune déformation.

Pour le champ de déplacement, on obtient :


ξ = γw d z(D – z/2)/D(λo + 2 µ)

ce qui conduit finalement à la valeur suivante du gonflement à la surface de la couche :

39
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

ξ(z = D) = γw d D/2(λo + 2 µ)

II.2.2.3. Forces d’écoulement, facteur déstabilisateur


L’équation d’équilibre s’écrite en contraintes effectives :
div δσ’ – γwgradh = 0 ;

Les conditions aux limites s’écrivent :


ξ=0 au niveau de z = 0
σ ez = 0 au niveau de z = D

La formulation du problème en contraintes effectives fait apparaître une densité de


forces de volume - γwgradh dues à l’écoulement. Dans le cas où un régime
d’écoulement permanent existe, cette force est souvent identifiée comme un facteur de
déstabilisateur (Atwa, 1996). En comparant la solution du problème avec le cas où la
charge hydraulique à l’état actuel est hydrostatique (d = 0), on voit bien que le
gonflement de la couche de sol est lié au gradient de charge imposé, donc aux forces
d’écoulement.
II.2.2.4. Résolution numérique découplée du problème
On considère une couche de sol caractérisée par :
• une épaisseur D = 10m ;
• une porosité n = 0,3 ;
• un comportement élastique avec un module d’Young drainé E = 100 MPa et un
coefficient de Poisson ν = 0,3 ;
• le poids volumique du fluide γw = 10 kN/m3.

La nappe est rabattue de h = H = 12 m au niveau h = D = 10 m en maintenant la


charge hydraulique à z = 0 égale à : h = D + d = 12m. On trouve un gonflement en
surface de :
ξ(z = D) = 7,4286.10-4 m

Les contraintes effectives verticale et horizontale (en kPa) sont données par :
σz’ - σ°z’ = 0,2 γw(D – z)
σx’ - σ°x’ = 0,0857γw(D – z)

ainsi que les contraintes totales :


σz - σ°z = 2 γw
σx - σ°x = 0,1143 γw z + 8,57

Le calcul numérique est réalisé en contraintes totales avec le module MCNL en


configuration bidimensionnelle, en considérant que le sol est élastique. Trois
ensembles de chargement sont à distinguer. Le premier correspond au déchargement
de la couche de sol due à une perte de la hauteur d’eau au-dessus de la surface de

40
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

terrain. Le deuxième rend compte du changement de la pression interstitielle due au


rabattement de la nappe. Le troisième réalise l’initialisation du champ de contraintes
en absence de toute déformation.

10
Z(m) Contrainte totale

Contraintes verticales suivant z (kPa)


0
-200 -180 -160 -140 -120 -100 -80 -60 -40 -20 0
Figure II.7. Contraintes totales verticales suivant la coordonnée z (situation finale)

10
Z(m) Deplacement vertical

Deplacement vertical suivant z (m)


0
0 0.0001 0.0002 0.0003 0.0004 0.0005 0.0006 0.0007 0.0008
Figure II.8. Déplacement vertical suivant la coordonnée z (situation finale)

Les figures II.7 et II.8 représentent le diagramme de contraintes totales verticales et de


déplacement suivant une coupe verticale. Ces résultats de calcul correspondent
parfaitement à la solution analytique.

41
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

II.2.3. Excavation et l’évolution de la pression dans le temps


Dans les deux exemples précédents, on a traité deux types de problèmes souvent
rencontrés dans la construction des ouvrages de soutènement : le rabattement de la
nappe et l’effet d’un écoulement. Il est indispensable d’ajouter à cela l’effet de
l’excavation et de regarder le problème de l’évolution de la pression hydraulique en
fonction du temps. On regardera le problème en trois situations : à court terme, à long
terme et en transitoire. La solution analytique du problème est recherchée et elle est
confrontée à la solution numérique découplée.
II.2.3.1. Position du problème
On considère une couche de sol élastique linéaire isotrope, initialement horizontale,
d’épaisseur H, qui repose sur un substratum supposé rigide et imperméable.

Situation initiale Situation finale


z=H h=H

z=D h=D
z
Couche de sol
Saturée d’eau
Couche de sol
x Saturée d’eau

z=0 h=H h=H

Substratum rigide imperméable


Figure II.9. Situations avant et après l’excavation

On vient ensuite excaver le massif en abaissant le niveau de la nappe en même temps


jusqu’au niveau z = D. Ce cas d’étude correspond au comportement du fond d’une
excavation au-dessus d’une couche qui maintient la charge hydraulique h = H sur le
plan z = 0.
II.2.3.2. Résolution analytique du problème
Par souci de validation du modèle numérique découplé pour résoudre le problème,
dans ce paragraphe, on développe la solution analytique complète pour les trois
situations considérées : à court terme, à long terme et en situation transitoire.

II.2.3.2.1. Situation initiale des champs de contrainte et de pression


On montre comme en II.2.1.2 que les champs de pressions et de contraintes sont
donnés par :
p° = (H – z) γw
σ°z = - γ (H – z) ; σ°x = [Ko - (1 - Ko) γw/γ] σ°z
II.2.3.2.2. Situation à court terme
On se place maintenant à court terme, c’est-à-dire après un intervalle de temps
suffisamment court après l’excavation pour que le sol soit en condition non drainée.

42
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

En désignant par σo+ et po+, respectivement les champs de contraintes (totales) et de


pression dans la couche de sol à court terme, la formulation du problème consiste à
écrire l’équation d’équilibre :
div σ - γ ez = 0

et la loi de comportement :
σo+ - σo = λo trε 1 + 2µε - (po+ - p°) 1 (II.1)

ainsi que les conditions aux limites mécaniques aux niveaux z = 0 et z = D.

Comme l’échange de fluide n’a pas encore lieu dans la couche de sol, on peut écrire :
po+ - p° = -Kw/n trε (II.2)

et donc :
σo+ - σo = (Kw/n + λo)trε 1 + 2µε

Cette expression fait apparaître le coefficient non drainé de Lamé λ = λo + Kw/n, où


Kw est le module de compressibilité de fluide et n est la porosité du sol (voir la section
I.3.1, chapitre I) :
σo+ - σo = λ trε 1 + 2µε (II.3)

Il nous reste à établir les conditions aux limites mécaniques :


ξ=0 sur le plan z = 0
σn=0 sur le contour d’excavation z = D

Compte tenu des symétries du problème, il est raisonnable de supposer que le champ
de déplacement est invariant par translation dans le plan horizontal et dirigé selon la
direction verticale :
ξ = ξ(z) ez

Le champ de déformations s’écrit donc :


ε = ε(z) ez⊗ ez avec ε(z) = ∂ξ(z)/∂z

et ainsi, le champ de contraintes σ prend la forme :


σ = σz ez⊗ ez + σx (ex⊗ ex + ey⊗ ey)

La projection de l’équation d’équilibre sur la verticale donne :


∂σz/∂z = γ ez d’où σz°+ = - γ (D – z)

En introduisant ce champ de contraintes dans la loi de comportement (II.3) on obtient :


σzo+ - σz° = (λ + 2µ)ε = γ (H – D)

d’où le champ de déformations à court terme :

43
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

1
ε nd = γ ( H − D)
λ + 2µ

et la contrainte sur la direction horizontale :


λ
σxo+ - σ°x = γ ( H − D)
λ + 2µ

La déformation dans la direction verticale est positive. À court terme, l’excavation


jusqu’au niveau z = D se traduit donc par un gonflement de la couche de sol.

Compte tenu de la condition limite de ξ en z = 0, on obtient la valeur suivante du


déplacement à la surface de la couche :
( H − D)
ξ(z =D) = γ D
(λ + 2 µ )

Le diagramme des contraintes et des déformations dans la couche de sol peut se


représenter de la manière suivante :

Z Contraintes totales Contraintes totales Champ de déformations


σz - σz°
o+
σx - σx°
o+
ε

Z=H
(Ko-(1-Ko)γw/γ)σ°z
γ (H-D)/(λ+2µ)
Z=D
γ (H - z)
γ (H-D)λ/(λ+2µ)+σ°x
γ(D - z)

Z=0
γD γH

champ actuel champ initial différence actuel – initial

Figure II.10. Diagramme des contraintes et des déformations dans la couche de sol à court terme

On a donc résolu le problème mécanique indépendamment du champ de pression. On


calcule ensuite le champ de pression à court terme en utilisant l’équation (II.2) :
1
po+ = -Kw/n γ ( H − D) + γw (H – z)
λ + 2µ

On constate que, à court terme, l’excavation de la couche de sol jusqu’au niveau z = D


conduit à des déformations volumiques positives trε ≥ 0 dans le sol et une variation de
pression négative. La pression va ensuite évoluer dans le temps jusqu’à un état
permanent sous l’effet de l’écoulement.

44
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

II.2.3.2.3. Situation à long terme


On se place maintenant à long terme, c’est-à-dire qu’on suppose qu’au bout d’un
temps suffisamment long, on parvient à nouveau à une situation où le squelette du sol
est immobile et l’écoulement du fluide est permanent.

On calcule la pression à long terme comme en II.2.2.2 :


p∝ = (1 – z/D)H γw

La résolution du problème mécanique est analogue à celle du II.2.2.2 et donne :


σz∝ - σz° = γ (H – D) ; p∝ - po = (1 – H/D) γw z ;
( H − D)
γ ( H − D) − γ w z
ε∝ = D ;
λ o + 2µ

et le déplacement vertical à la surface de la couche vaut :


γ D( H − D)
ξ∝ (z =D) = (γ − w )
2 (λ o + 2 µ )

II.2.3.2.4. Problème transitoire - évolution du champ de pression


On s’intéresse maintenant à l’évolution du champ de pression interstitielle et des
déformations dans le temps. Le problème de l’évolution de la pression hydraulique en
tenant en compte des déformations du sol dans le cas unidimensionnel est un problème
classique et la solution peut être trouvée dans de nombreux ouvrages. La particularité
du problème qu’on pose ici réside dans le fait qu’à l’état final, le champ de pression
n’est pas hydrostatique mais correspond à un écoulement permanent.

Le problème posé se formule de la manière suivante :


div σ - γ ez = 0 (équation d’équilibre)
δσ = λo tr(ε)1 + 2µ ε - δp1 (loi de comportement)
∂(trε)/∂t + n/Kw∂p/∂t + divv = 0 (conservation de masse d’eau)
v = -k grad h (loi de Darcy)

auquel on ajoute les conditions aux limites mécaniques :


ξ=0 sur le plan z = 0
σn=0 sur le contour d’excavation z = D

ainsi que les conditions limites hydrauliques :


h=H sur le plan z = 0
h=D sur le contour d’excavation z = D

Dans la section I.3.2.3 du chapitre I, on a montré que l’équation de diffusion peut se


mettre sous la forme :

45
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

∂φ w
= c m ∆(φ w )
∂t

où l’on a posé :
K w λ o + 2µ
cm = k (coefficient de consolidation)
nγ w λ + 2 µ

Dans le problème unidimensionnel étudié ici, il résulte de l’équation d’équilibre que


l’on a :
δσz = σz - σz° = γ(H – D) ∀z

et la loi de comportement donne alors :


δσz = (λo + 2µ)ε - δp

ce qui conduit à :
γ ( H − D ) + δp
ε=
λ o + 2µ

En reportant dans l’équation de diffusion écrite avec φw, on obtient :


∂ (δp)
= c m ∆(δp )
∂t

Il s’agit d’intégrer cette équation différentielle avec la condition initiale à court terme
(t = 0+) :
K γ ( H − D)
δp(t = 0 + ) = p 0 + − p 0 = − w
n λ + 2µ

et les conditions aux limites :


δp (z = D) = D - H
δp (z = 0) = 0

Il sera commode d’utiliser les grandeurs adimensionnelles suivantes :


P = δp/δpo+ ; τ = t/Tc et χ = z/D

On rappelle que Tc est le temps caractéristique du problème, défini par : Tc = D²/cm.

On pose encore :
γ w n (λ + 2 µ )
P∝ = δp∝/δpo+(z/D) = χ = aχ
γK w

Il est facile de voir que l’on a :


∂ (P∝) /∂τ = ∂ 2(P∝)/∂χ2 = 0

46
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

On pose enfin :
P = Q + P∝

Le problème d’évolution prend finalement la forme suivante :


∂ (Q) /∂τ = ∂ 2(Q)/∂χ2 (II.4)
Q (χ = 1, t > 0) = 0 (II.5)
Q (χ = 0, t > 0) = 0 (II.6)
Q (χ , t = 0+) = 1 – aχ (II.7)

On cherche des solutions particulières de (II.4) de la forme f(χ).g(τ) avec :


f (χ) = A cos(αχ) + B sin(αχ) (II.8)
g (τ) = exp(-α2τ) (II.9)

En tenant compte des conditions (II.5) et (II.6), on a :


A = 0 et α = kπ

La construction de la solution (II.8), (II.9) sous forme de série donne :


[ ]

Q( χ , τ ) = ∑ Bk sin (π .kχ ) exp − π 2 k 2τ
k =1

On détermine les coefficients Bk à l’aide de la condition initiale (II.7), en multipliant


les deux termes de l’égalité par sin(k’πχ) et en intégrant sur [0, 1]. En utilisant les trois
identités suivantes :
1

∫ sin(kπχ ). sin(k ' πχ )dχ = 0


0
si k ≠ k’

=½ si k = k’ ,
1
1 − (−1) k

∫ sin(kπχ )dχ =
0

1
(−1) k +1
∫ χ sin(kπχ )dχ =
0

on trouve :
Bk =
{
2 1 − (−1) k + a(−1) k }

Finalement, la pression hydraulique est donnée par :


δp( z, t ) ∞ 2{1 − (−1) k + a(−1) k } ⎛ z⎞ ⎛ 2 2 t ⎞ z
o+
= ∑ kπ
sin ⎜

π .k ⎟
D⎠
exp⎜
⎜ − π k ⎟⎟ + a ( )
p k =1 ⎝ Tc ⎠ D

47
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

1
t=0.00
t=0.005
0.9 t=0.010
t=0.050
t=0.070
0.8 t=0.100
t=0.300
t=1.000
0.7

0.6
Hauteur z/H

0.5

0.4

0.3

0.2

0.1

0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
Pression delta p/p0+
Figure II.11. Solution analytique en pression δp/δpo+ en fonction de la hauteur z

1
t=0.00
t=0.005
0.9 t=0.010
t=0.050
t=0.070
0.8 t=0.100
t=0.300
t=1.000
0.7

0.6
Hauteur z/H

0.5

0.4

0.3

0.2

0.1

0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3
Deformation verticale x 10
−4

Figure II.12. Solution analytique en déformation verticale εz en fonction de la hauteur z

En reportant ce champ de pression dans le problème mécanique, on obtient les


déformations dues à la variation de la pression :
( p − p o+ )
ε=
λ o + 2µ

Les figures (II.11) et (II.12) présentent la solution analytique sous forme du rapport
δp(z,t)/δp0+ et l’évolution des déformations correspondantes dans le temps et la
profondeur z.

48
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Il est intéressant de noter qu’à l’état final, les déformations sont données par :
Kw / n ( H − D)
γ ( H − D) − γ w z
λ + 2µ D
ε= .
λ o + 2µ

Ce champ de déformations doit être cumulé avec les déformations calculées à court
terme, ce qui nous conduit à :
εfn = εnd + ε

soit :
( H − D)
γ ( H − D) − γ w z
εfn = D
λ o + 2µ

Finalement, on obtient la valeur suivante du déplacement à la surface de la couche :


γ ( H − D) D
ξ(z =D) = (γ − w )
2 (λ o + 2 µ )

On retrouve donc la solution découplée à long terme calculée dans la section


(II.2.3.2.3).
II.2.3.3. Résolution numérique découplée du problème
Les calculs numériques sont réalisés pour une couche de sol caractérisée par :
• une épaisseur H = 12 m et D = 10 m après l’excavation ;
• une porosité n = 0,2 ;
• un coefficient de pression des terres au repos Ko = 0,5 ;
• des caractéristiques du sol en condition drainés E = 100 MPa et ν = 0,3 ;
• un module de compression de fluide Kw = 2000 MPa ;
• le poids volumique du fluide γw = 10 kN/m3 ;
• la perméabilité du sol est supposée égale à 10-5 m/s.

Le calcul numérique est réalisé avec le module MCNL en configuration


bidimensionnelle, en considérant que le sol est élastique. Le calcul est réalisé en
contraintes totales. Le chargement considéré est constitué par le poids propre de la
couche de sol, les efforts d’excavation et la variation de la pression hydraulique.

Les calculs numériques sont réalisés en cinq étapes successives :


• La première étape est une initialisation de l’état de contraintes dans le massif à
l’aide de l’option SIG du module CHAR.
• La deuxième étape simule la réponse à court terme de la couche de sol sous les
efforts d’excavation. Le calcul est réalisé en utilisant les caractéristiques à court

49
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

terme de la couche de sol à l’aide du module MCNL. Les résultats sont ensuite
stockés pour utilisation dans l’étape de calcul suivante.
• La troisième étape permet de calculer le champ de surpression généré à court terme
à partir du champ de déplacements issu du calcul à court terme. Cette opération est
réalisée à l’aide d’un utilitaire écrit en Fortran spécialement pour ce but.
• La quatrième étape est un calcul de diffusion pour chercher l’évolution du champ
de pression dans le temps. Cette étape est réalisée à l’aide du module DTLI avec un
champ de charge hydraulique initiale correspondant à celui généré à court terme
par les efforts d’excavation. À chaque pas de temps, le champ de charge
hydraulique est stocké à l’aide de l’option STK pour être utilisé dans le calcul des
déplacements.
• Dans la cinquième étape, ce champ de charge hydraulique est introduit dans le
calcul mécanique pour déterminer les déplacements à l’instant étudié. Le calcul est
réalisé avec des caractéristiques à long terme du sol.

Il est important de noter que, dans le calcul de diffusion réalisé dans le but de
déterminer le champ de pression hydraulique en état transitoire, le coefficient S du
terme ∂h/∂t dans l’équation de conservation de la masse d’eau est corrigé pour obtenir
le bon temps caractéristique : Tc = D²/cm (voir I.3.2.3 – chapitre I).

On prend :
nγ w λ + 2 µ
S = k/cm =
K w λ 0 + 2µ

II.2.3.4. Confrontation à la solution analytique


Les résultats des calculs à court terme et à long terme sont rapportés dans le tableau
II.1. On constate une assez bonne concordance avec la solution analytique.

Tableau II.1 : Confrontation des résultats avec la solution analytique


Court terme Long terme
Analytique Numérique Analytique Numérique
Temps caractéristique Tc (s) 744 744
Déplacement ξ(z = D) (m)
-5 -5
3,947.10 3,943.10 0,00223 0,00221
Pression hydraulique δp (kPa) 39,469 39,430 20,000 20,000
Contrainte verticale δσz (z = 0) 40,000 40,000 40,000 40,000
Contrainte horizontale δσx (z = 0) 39,696 39,681 39,699 39,681

Les figures II.13 et II.14 présentent respectivement l’évolution de la pression δp (sur le


plan z = 4,5 m) et des déplacements à la surface de la couche de sol résultant du calcul
numérique découplé en régime transitoire. La confrontation avec la solution analytique
montre que l’erreur est acceptable dans ce cas d’étude.

50
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

-5
Cal. Decouple
Sol. Analytique

Variation de la pression (kPa)


-10

-15

-20
Plan etudie z=4.5m
-25

-30

-35

-40
Temps d evolution (s)
-45
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900
Figure II.13 : Confrontation des résultats de calcul de la variation de la pression sur le plan z=4,5m
en régime transitoire

0.0025
Cal. Decouple
Sol. Analytique
Deplacement a la surface (m)

0.002

0.0015

0.001

0.0005

Temps d evolution (s)


0
0 100 200 300 400 500 600 700 800 900
Figure II.14 : Confrontation des résultats de calcul des déplacements à la surface en régime
transitoire

II.2.4. Conclusions - remarques


Ces études, à travers des exemples simples en conditions unidimensionnelles simulant
les phases de travaux les plus souvent rencontrées ont montré comment il est possible
de prendre en compte les effets hydrauliques par une procédure découplée. Ces effets
peuvent être les mouvements de la nappe (II.2.1), l’effet de forces d’écoulement

51
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

(II.2.2), la combinaison d’une excavation et d’une condition de pompage en fond de


fouille (II.2.3).

Limitée au comportement élastique du sol, la confrontation des résultats numériques à


la solution analytique s’avère satisfaisante. On présente dans la suite des applications
de la procédure découplée à des problèmes plus réalistes.

II.3. APPLICATION AU CHARGEMENT DES REVETEMENTS DE TUNNEL DUS


AUX VARIATIONS DE PRESSION D’EAU
Dans la partie précédente, on a regardé l’application des calculs découplés dans des
cas simples, unidimensionnels pour simuler des phases de construction couramment
rencontrées dans les ouvrages géotechniques. Dans cette partie, on étudie une
application plus complexe de ce processus de calcul au cas du chargement sur le
revêtement d’un tunnel dû à la variation de la pression hydraulique liée à l’excavation.

II.3.1. Introduction
Le dimensionnement des revêtements de tunnels repose sur l’estimation des efforts qui
s’exercent sur eux. L’une des approches couramment utilisées est la méthode du solide
composite. Elle repose sur une modélisation mécanique du revêtement et du terrain
comme des milieux continus et permet de tenir compte des particularités géométriques
et géotechniques de l’ouvrage ainsi que des différentes phases de réalisation. En
pratique, elle est souvent utilisée en considérant une coupe en section transversale du
tunnel et du terrain encaissant. Le caractère tridimensionnel du processus de
creusement du tunnel est introduit dans cette représentation bidimensionnelle au
moyen de la méthode convergence-confinement (Panet, 1995) qui permet de simuler
l’avancement du front par l’intermédiaire d’un paramètre adimensionnel λ
caractérisant les efforts d’excavation à appliquer sur le bord de la galerie dans les
différentes phases de calcul.

Cette approche doit être complétée par une étude du comportement différé du massif à
long terme autour du tunnel. En pratique, la prise en compte de l’évolution à long
terme des efforts dans le revêtement du tunnel est cependant peu courante. Cette
évolution dépend de l’évolution des matériaux constituant le revêtement, du fluage des
terrains, des phénomènes de gonflement (dans certaines roches) et de l’évolution du
régime hydraulique. On s’intéresse ici plus particulièrement à ce dernier phénomène.

Parmi les études sur le sujet, on pourra se reporter à Atwa (1996), qui a réalisé des
calculs couplés pour étudier l’évolution des tassements de surface à long terme due à
la consolidation autour des tunnels, en s’intéressant particulièrement à l’influence de la
perméabilité du revêtement. Benamar (1996) a pris en compte les couplages
hydromécaniques pour étudier le lien entre la vitesse d’avancement du front de taille et
les contraintes calculées dans le revêtement à la fin de la construction.

52
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

On discute dans la suite les sollicitations dans le revêtement induites par les évolutions
de la pression du fluide dans le massif, et au moyen de les prendre en compte dans un
calcul numérique découplé. Les résultats obtenus sont comparés avec les méthodes
couramment utilisées pour prendre en compte la charge d’eau dans le calcul des
sollicitations imposées au revêtement.
II.3.2. Position du problème
On considère un tunnel creusé dans un massif saturé. La construction est modélisée en
deux étapes :
• l’excavation du tunnel, que l’on simulera en appliquant sur le contour de la zone
excavée un déconfinement total (ce qui correspond au cas où le revêtement serait
mis en place loin derrière le front de taille) ;
• la pose du revêtement proprement dite. Compte tenu du choix fait à l’étape
précédente pour le taux de déconfinement, le revêtement n’est pas chargé à l’issue
de la construction (on néglige son poids propre).

À l’issue de la construction, il règne dans le terrain un champ de pression interstitielle


qui résulte du déconfinement lié à l’excavation, donc différent de la pression
hydrostatique initiale. À long terme, on suppose en première analyse que la pression
redevient hydrostatique, et on se propose de calculer les efforts dans le revêtement du
tunnel.
état initial à court terme à long terme

Contour d'excavation Contour d'excavation Contour d'excavation

Chargement

Contour après déformation Revêtement

Figure II.15. Etats initial, à court terme et à long terme

Dans la suite, on ne s’intéresse qu’à la situation à court terme, immédiatement après


l’excavation, et à la situation à long terme, après rétablissement de la pression
hydrostatique. L’analyse est conduite en supposant que le terrain encaissant peut être
modélisé comme un milieu élastique.
II.3.2.1. Formulation du problème à court terme
On suppose qu’il règne initialement dans le massif de sol un champ de contraintes
géostatique σo et un champ de pression po hydrostatique. On étudie tout d’abord la
situation immédiatement après l’excavation (t=0+), en considérant que le creusement
o+
est suffisamment rapide pour que l’évolution du terrain soit non drainée. On note σ
o+
et p les champs de contraintes et de pression à court terme dans le massif. On

53
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

o+ o+
désigne par δσ = σ - σo et δp = p - po les variations du champ de contraintes et de
pression entre cette configuration et la configuration initiale. La formulation du
problème est la suivante :
div δσ = 0 (équation d’équilibre)
δσ = (λo + Kw/n)tr(ε)1 + 2µ ε (loi de comportement)
δp = -Kw/n trε (conservation de la masse d’eau en
conditions non drainées)
à laquelle on ajoute les conditions aux limites mécaniques :
ξ=0 sur le plan z = 0
δσ n = -σ n
o
sur le contour de l’excavation

L’excavation du tunnel cause une perturbation des champs de contraintes et de


déformations, qui se traduit par une perturbation du champ de pression hydraulique. Le
problème peut être résolu numériquement avec des caractéristiques mécaniques non
drainées. Cette perturbation de la pression se dissipe ensuite au cours du temps après la
pose du revêtement ; jusqu’au rétablissement de l’état hydrostatique.
II.3.2.2. Problème à long terme
L’évolution de la surpression se traduit par une redistribution des contraintes dans le
massif entre la situation à court terme après l’excavation et la situation à long terme.
La prise en compte de la variation de la pression du fluide dans un milieu poreux
élastique est analogue à la prise en compte d’une variation de température dans un
milieu thermoélastique ; elle passe par la définition d’un champ de forces volumiques
associées à la variation de pression entre les instants considérés. Cette variation est
égale à -δp si l’on suppose que, à long terme, la pression revient à sa valeur initiale
hydrostatique (en réalité, si le revêtement n’est pas imperméable, le champ de pression
atteint un état stationnaire qui ne coïncide pas avec l’état hydrostatique de départ, mais
que l’on peut obtenir au moyen d’un calcul hydraulique découplé).

Comme on l’a montré dans la section II.2, le logiciel CESAR-LCPC dispose d’une
option permettant de prendre en compte ce type de chargement dans un calcul
découplé, dans lequel le comportement élastique linéaire est cette fois décrit par les
modules drainés :
δσ = λo tr(ε)1 + 2µ ε -δp1 (loi de comportement)

Le rétablissement de la pression se traduit par une déformation du terrain, qui est


gênée par la présence du revêtement du tunnel, plus rigide que lui. Il en résulte une
mise en charge du revêtement, qui est l’objet des discussions qui suivent.
II.3.3. Modélisation numérique découplée
Les calculs ont été réalisés en configuration bidimensionnelle. Dans le but d’étudier
l’influence de la géométrie du tunnel sur la redistribution du chargement sur le
revêtement due à la variation de la pression, deux maillages ont été considérés : le

54
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

premier contient un tunnel circulaire et le deuxième contient un tunnel non circulaire.


Le diamètre du tunnel est de 10 m et l’axe se trouve à une profondeur de 25 m.

Figure II.16. Maillage utilisé pour le calcul Figure II.17. Maillage utilisé pour le calcul
numérique (cas d’un tunnel circulaire) numérique (cas d’un tunnel non circulaire)

Les caractéristiques mécaniques et hydrauliques utilisées pour les calculs sont


présentées dans le tableau II.2.

Tableau II.2. Caractéristiques mécaniques utilisés pour les calculs numériques


Court terme Long terme
Module d’Young (kPa) 115238,10 100000
Coefficient de Poisson 0,498 0,3
Poids volumique du sol γ (kN/m3) 20
Poids volumique de l’eau γw (kN/m3) 10
Module de compressibilité de l’eau (MPa) 2000
Porosité de la couche de sol 0,2

On récapitule rapidement la marche à suivre pour réaliser la simulation décrite ci-


dessus avec CESAR-LCPC. Partant d’un maillage comptant trois groupes (intérieur du
tunnel, revêtement, terrain), on enchaîne les trois étapes suivantes :
• la première étape consiste à chercher l’état des contraintes et des déplacements à
court terme. On réalise un calcul non drainé, avec le module MCNL, en adoptant
pour le terrain un comportement élastique linéaire isotrope avec des paramètres
« non drainés », l’intérieur du tunnel étant constitué d’éléments auxquels on
attribue un module nul. Le chargement imposé est un chargement surface de type
forces d’excavation (option LAM du module CHAR), avec un taux de
déconfinement égal à 1 ;
• la deuxième étape consiste à relire le fichier de résultats issu du calcul précédent
pour calculer la pression aux nœuds du maillage. Ce calcul nécessite le
développement d’un code spécifique très simple, qui génère un fichier contenant
les écarts de pression entre la situation initiale et la situation à court terme, au
format des fichiers de résultats des calculs hydrauliques effectués avec les modules
LINE, DTLI ou NSAT) ;
• la troisième étape consiste à calculer les déplacements induits par la variation de la
pression à long terme, à l’aide d’un calcul mécanique (avec le module MCNL),
dans lequel le chargement est un champ de pression de fluide (option SIG du

55
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

module CHAR avec les indicateurs ICAL et IOPT mis à 2 et 4 respectivement). Ce


calcul utilise des paramètres mécaniques drainés.

La procédure décrite ici, particulièrement simple, ne prend en compte aucune


initialisation des contraintes, en raison de la linéarité du comportement. Une telle
initialisation est bien sûr très facile à réaliser ; la gestion des champs de pression à
entrer comme données du calcul doit être adaptée en conséquence. En revanche,
comme l’on a évoqué dans la section II.2, la prise en compte d’un comportement
élastoplastique dans un calcul découplé est plus délicate. Il est alors nécessaire de
réaliser un calcul couplé, à l’aide du module CSNL de CESAR-LCPC par exemple,
mais la mise en œuvre est moins simple que celle d’un calcul découplé.
II.3.4. Résultats du calcul des efforts induits dans le revêtement
Les figures II.18 et II.19 montrent le champ de pression à court terme calculé avec la
procédure précédente, pour un champ de contraintes initiales dans le massif
géostatique avec un coefficient de poussée des terres au repos de Ko=0,5 pour un
tunnel circulaire et non circulaire. On montre que la variation de pression ne varie pas
de manière simple sur le bord de l’excavation (à noter que la charge hydraulique
initiale est uniforme et prend la valeur h = 50 m).

A A

C C

Figure II.18. Distribution de la charge Figure II.19. Distribution de la charge


hydraulique à court terme due à l’excavation hydraulique à court terme due à l’excavation
(cas d’un tunnel circulaire) (cas d’un tunnel non circulaire)

Note : Il est intéressant de remarquer que, dans le cas où la pression initiale du sol sur
le contour de la cavité est uniforme (Ko = 1), le chargement d’excavation n’induit
aucune variation de volume et donc pas de variation de la pression.

Les figures II.20 et II.21 montrent la distribution de la charge hydraulique à court


terme calculée par la solution découplée sur la coupe EF à 0,5 mètres du contour
d’excavation. Une comparaison avec une solution couplée (à l’aide d’un module de
calcul de la consolidation linéaire CSLI du logiciel CESAR-LCPC) donne une

56
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

concordance parfaite dans le cas d’un tunnel circulaire et moins bonne dans le cas d’un
tunnel non circulaire.

50
E decouple-MCNL
45 couple-CSLI
Hauteur z suivante la coupe EF
40

35

30

25

20

15

10

5
F Charges hydrauliques dans la couche de sol (m)
0
47 48 49 50 51 52 53
Figure II.20. Distribution de la charge hydraulique à court terme sur la coupe EF
(cas d’un tunnel circulaire)

50
decouple-MCNL
E couple-CSLI
45
Hauteur z suivante la coupe EF

40

35

30

25

20

15

10

5
F Charges hydrauliques dans la couche de sol (m)
0
40 45 50 55 60 65 70 75
Figure II.21. Distribution de la charge hydraulique à court terme sur la coupe EF
(cas d’un tunnel non circulaire)

Les figures II.22 et II.23 présentent la contrainte normale à long terme sur le
revêtement dans le cas des tunnels circulaire et non circulaire. Cette correction due à

57
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

l’effet hydraulique à long terme est de 55 kPa pour une contrainte effective horizontale
initiale de l’ordre de 125 kPa (à 25m de profondeur pour Ko=0,5).

0
Distance de la tete du contour (m)
A
2

decouple-MCNL
8 couple-CSLI

10

12

14
C
Chargement sur le revetement (kPa)
16
-80 -60 -40 -20 0 20 40 60 80
Figure II.22. Contrainte normale sur le revêtement due à la variation de la pression
(cas du tunnel circulaire)

0
A
2
Position sur le contour (m)

decouple-MCNL
8 couple-CSLI

10

12

14
C
Chargement sur le revetement (kPa)
16
-80 -60 -40 -20 0 20 40 60 80
Figure II.23. Contrainte normale sur le revêtement due à la variation de la pression
(cas du tunnel non circulaire)

58
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Les figures II.24 et II.25 présentent le déplacement vertical de la surface du massif dû


à la variation de la pression interstitielle à long terme dans les cas des tunnels
circulaire et du tunnel non circulaire.

0.0015
V (m) decouple-MCNL
couple-CSLI
0.001 Deplacement a la surface (m)

0.0005

-0.0005

-0.001

Distance de l excavation (m)


-0.0015
0 20 40 60 80 100
Figure II.24. Déplacement vertical de la surface du massif (cas du tunnel circulaire).

0.0015
V (m) decouple-MCNL
couple-CSLI
Deplacement a la surface (m)

0.001

0.0005

-0.0005

-0.001

Distance de l excavation (m)


-0.0015
0 20 40 60 80 100
Figure II.25. Déplacement vertical de la surface du massif (cas du tunnel non circulaire)

Sur les figures II.22, II.23, II.24 et II.25, on peut constater que la solution découplée
présentée dans le paragraphe précédent donne une concordance parfaite avec les
résultats issus d’un calcul couplé (avec le module de calcul CSLI du logiciel CESAR-

59
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

LCPC) dans le cas du tunnel circulaire. Dans le cas du tunnel non circulaire, la
concordance est moins satisfaisante.
II.3.5. Application directe de la charge hydraulique et option EFD

II.3.5.1. Comparaison avec l’application d’une pression hydrostatique


Une façon simple de prendre en compte l’effet différé de l’évolution du champ de
pression est d’appliquer une pression hydrostatique supplé-mentaire sur le revêtement.
Cette pression est simulée dans CESAR par l’option PHS appliquée sur le revêtement
du béton. Sur les figures II.28 à II.31, on compare le chargement sur le revêtement et
les déplacements à la surface obtenus par cette méthode avec ceux donnés par
l’approche précédente.

Contour du γw.z
revêtement

Figure II.26. Chargement de type hydrostatique

On voit que l’application d’une pression de type hydrostatique conduit à surestimer le


chargement sur le revêtement et les déplacements à la surface du massif.
II.3.5.2. Comparaison avec la modélisation des effets différés liés au fluage
Une autre possibilité consiste à utiliser l’option EFD proposée dans CESAR ; cette
option permet de définir une densité volumique de forces associée à la différence entre
la variation de contraintes induites par le déconfinement dans un massif élastique de
caractéristiques (E1, ν1) et la variation de contraintes qu’aurait provoquée le même
déconfinement dans un massif de caractéristiques différents (E2, ν2). Dans cette partie,
on montre comment utiliser cette technique pour simuler l’effet de l’eau.

Dans cette modélisation (qui correspond à un comportement viscoélastique linéaire),


l’évolution du module d’Young et du coefficient de Poisson de (E1,ν1) à (E2,ν2) se
traduit par une force volumique agissant sur le massif à long terme. La figure II.27
montre la relation entre la déformation différée et la force volumique due à cette
variation des caractéristiques mécaniques.

60
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

E1 εd : déformation différée
fd : chargement équivalent
εd
fd E2

ε
ε1 ε2
Figure II.27. Principe du calcul de chargement de type “effet différé”

Dans le cas qui nous intéresse, les valeurs de (E1,ν1) correspondent à des
caractéristiques « non drainées » et (E2,ν2) correspondent à des caractéristiques
« drainées » ; on va montrer que la force volumique à prendre en compte correspond
exactement à la variation de la pression interstitielle dans le massif à long terme.

La loi de comportement du sol à court terme s’écrit :


σ0+ - σo = λ trεnd 1 + 2µεnd

en supposant que l’état de la pression à long terme redevient hydrostatique (p∝ - po=0),
le comportement à long terme s’écrit :
σ∝ - σo = λo trεdr 1 + 2µεdr .

On pose, δσ = σ∝ - σ0+ et εd = εdr - εnd ;


et l’on a :
δσ = λo trεd 1 + 2µ εd + (λo - λ) trεnd 1 ;
δσ = λo trεd 1 + 2µ εd – Kw/n trεnd 1 ;

soit :
δσ = λo trεd 1 + 2µ εd + fd 1;

Cette équation montre que la déformation εd entre les situations à court terme et à long
terme est due à une contrainte fd correspondant à la variation de pression à court
terme :
fd = -Kw/n trεnd = δp.

Cette contrainte peut être calculée à partir de l’état de contrainte σ0+ à court terme et
des caractéristique de sol (E1, ν1) et (E2, ν2) avec :
fd = tr(σ0+ - σo)(E2 – E1) / E1

et ensuite prise en compte comme une force volumique (option EFD de CESAR –
LCPC).

61
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

Les résultats présentés dans les figures II.28 à II.31 montrent que le calcul avec le
chargement EFD associé à la variation de contraintes issue du calcul initial (avec les
modules non drainés), appliqué au massif de caractéristiques drainées, mais en tenant
compte de la présence du béton, donne exactement les mêmes résultats que les calculs
couplé et découplé présentés ci-dessus. On voit donc que le module EFD, conçu pour
traiter des problèmes de viscoélasticité linéaire, peut être utilisé pour traiter des effets
différés liés aux évolutions du régime hydraulique, à condition de définir les modules à
court et long terme respectivement comme les modules « non drainés » et « drainés »
du milieu poreux.

Cette prise en compte simplifiée de l’effet différé est très simple à mettre en œuvre,
cependant, elle n’est valable que dans le cas où le revêtement du tunnel est supposé
parfaitement imperméable et donc le champ de pression à long terme peut revenir à
l’état hydrostatique. En outre, ce calcul ne permet pas d’évaluer directement l’état de
la pression à court terme.
II.3.5.3. Confrontation des résultats
On présente sur les figures II.28 à II.31 une comparaison des résultats des différents
moyens utilisés pour prendre en compte cet effet hydraulique : le calcul découplé
(§II.3.4), le calcul avec l’application d’une pression hydrostatique sur le revêtement
(§II.3.5.1), le calcul avec l’utilisation de l’option EFD (§II.3.5.2), et le calcul avec
prise en compte du couplage (avec le module CSLI de CESAR-LCPC par exemple).

0
A
2
Position sur le contour (m)

decouple-MCNL
4 couple-CSLI
option EFD
option PHS
6

10

12

14
C
Chargement sur le revetement (kPa)
16
-100 -50 0 50 100 150 200 250 300
Figure II.28. Contrainte normale sur le revêtement due à la variation de la pression
(cas de tunnel circulaire).

62
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

0
A
2

Position sur le contour (m)


decouple-MCNL
4 couple-CSLI
option EFD
option PHS
6

10

12

14
C
Chargement sur le revetement (kPa)
16
-100 -50 0 50 100 150 200 250 300
Figure II.29. Contrainte normale sur le revêtement due à la variation de la pression
(cas d’un tunnel non circulaire)

0.0015
V (m)
0.001
Deplacement a la surface (m)

0.0005

-0.0005

-0.001
decouple-MCNL
-0.0015 couple-CSLI
option EFD
-0.002 option PHS

-0.0025

-0.003
Distance de l excavation (m)
-0.0035
0 20 40 60 80 100
Figure II.30. Déplacement vertical de la surface du massif (cas de tunnel circulaire).

63
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

0.0015
V (m)
0.001

Deplacement a la surface (m)


0.0005

-0.0005

-0.001
decouple-MCNL
-0.0015 couple-CSLI
option EFD
-0.002 option PHS

-0.0025

-0.003
Distance de l excavation (m)
-0.0035
0 20 40 60 80 100
Figure II.31. Déplacement vertical de la surface du massif (cas d’un tunnel non circulaire)

II.3.6. Cas du revêtement semi-perméable


Jusque là, on a considéré que le revêtement du tunnel est parfaitement imperméable,
de sorte que le champ de pression hydraulique à long terme peut être considéré comme
hydrostatique. En réalité, il peut arriver que le revêtement ne soit pas imperméable. Le
tunnel constitue donc dans ce cas un drain permanent et le champ de pression à long
terme atteint un état stationnaire qui n’est pas hydrostatique. La prise en compte de cet
effet dans le calcul découplé se réalise en rajoutant un calcul de diffusion pour
déterminer le champ de pression à long terme en fonction de la perméabilité du
revêtement.

Les figures II.32 et II.33 montrent les déplacements à la surface du massif ainsi que la
contrainte normale sur le revêtement due à la variation de la pression interstitielle à
long terme pour différentes perméabilités du revêtement. La perméabilité a une
influence primordiale sur des déplacements, mais il n’en est pas de même pour le
chargement sur le revêtement.

64
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

0.002
V (m)

Deplacement a la surface (m)


0

-0.002

-0.004
impermeable
K=1E-9 m/s
K=1E-8 m/s
K=1E-7 m/s
-0.006

Distance de l excavation (m)


-0.008
0 20 40 60 80 100
Figure II.32. Déplacement vertical de la surface du massif (cas du tunnel circulaire) en fonction de la
perméabilité du revêtement (m/s).

0
A
2
Position sur le contour (m)

impermeable
8 K=1E-9 m/s
K=1E-8 m/s
10 K=1E-7 m/s

12

14
C
Chargement sur le revetement (kPa)
16
-80 -60 -40 -20 0 20 40 60 80
Figure II.33. Contrainte normale sur le revêtement (cas du tunnel circulaire) en fonction de la
perméabilité du revêtement (m/s).

II.3.7. Influence du taux de déconfinement


Le caractère tridimensionnel du processus de creusement du tunnel est introduit dans
la configuration bidimensionnelle au moyen du taux de déconfinement λ définissant

65
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

les efforts d’excavation à appliquer sur le bord de la galerie en fonction du degré


d’avancement du front de taille (Panet, 1995).
Avant l’arrivée du front de taille, l’état des contraintes dans le massif correspond à
l’état naturel initial et le taux de déconfinement λ est nul. Au fur et à mesure que le
front approche de la section étudiée, le taux de déconfinement augmente jusqu’à la
valeur λ = 1, obtenue à une certaine distance après le passage du front.

Avancement

σR = σ ο σR = (1−λ)σο σR = 0
λ=0 0< λ <1 λ=1

Figure II.34. Variation du taux de déconfinement

Dans la situation intermédiaire 0<λ<1, la perturbation du champ de déformations et de


pression à court terme est calculée en appliquant sur le contour de l’excavation un
déconfinement partiel donné par λσ°. Le chargement sur le revêtement est ensuite
calculé en appliquant un chargement correspondant au reste du déconfinement des
efforts (1 - λ)σ° puis les efforts dus à la variation du champ de la pression interstitielle
présentés ci-dessus.

Dans l’analyse précédente, on a supposé que le déconfinement est total (λ = 1) avant la


mise en place du revêtement. On discute ici l’influence du paramètre λ.

La figure II.35 présente une comparaison des résultats du chargement sur le


revêtement issus des calculs avec prise en compte de la variation de pression à long
terme (AVP) pour λ = 1 et λ = 0,5 et sans prise en compte de la variation de la
pression à long terme (SVP) avec λ = 0,5. On voit bien que le calcul sans prise en
compte de la variation de pression sous-estime le chargement sur le revêtement. La
figure II.36 montre l’influence de la variation du taux de déconfinement sur le
chargement du revêtement dans les calculs avec prise en compte de la variation de
pression à long terme. Plus le taux de déconfinement est petit, plus le chargement sur
le revêtement à long terme lié à la variation de pression est petit, et le chargement à
long terme lié au déconfinement est grand, et donc le chargement total est grand.

66
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

0
A
2

Position sur le contour (m)


4

6
lamda=1.0-AVP
8 lamda=0.5-AVP
lamda=0.5-SVP
10

12

14
C
Chargement sur le revetement (kPa)
16
-150 -100 -50 0 50 100 150 200 250
Figure II.35. Contrainte normale sur le revêtement (kPa) avec (AVP) et sans (SVP) prise en compte
de la variation de la pression.

0
A
2
Position sur le contour (m)

6
lamda=1.0
lamda=0.9
8 lamda=0.7
lamda=0.5
10

12

14
C
Chargement sur le revetement (kPa)
16
-150 -100 -50 0 50 100 150 200 250
Figure II.36. Contrainte normale sur le revêtement (kPa) en fonction du taux de déconfinement.

II.3.8. Conclusion - perspectives


L’évolution à long terme du champ de pression autour d’un tunnel induit un
chargement différé sur le revêtement. Dans cette section, on a montré comment il est
possible de le prendre en compte simplement dans les calculs découplés.

67
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

Du point de vue des efforts obtenus, l’exemple de calcul donne une correction du
chargement due à l’effet hydraulique à long terme de 55 kPa pour une contrainte
initiale σ’h de l’ordre de 125 kPa. Par ailleurs, une comparaison du chargement sur le
contour du revêtement et des déplacements à la surface montre que l’estimation
calculée en appliquant de manière forfaitaire une pression hydrostatique sur le
revêtement peut surestimer le chargement sur le revêtement ainsi que les déplacements
à la surface du massif. Il est donc nécessaire de prendre en compte la variation de la
pression hydraulique à long terme.

La comparaison avec le module EFD, conçu pour traiter des problèmes de


viscoélasticité linéaire, montre que ce module peut être utilisé pour traiter des effets
différés liés aux évolutions du régime hydraulique dans le cas des revêtements
parfaitement imperméables.

Enfin, la démarche pour prendre en compte la variation de pression dans les calculs
découplés est simple à mettre en œuvre, même pour des problèmes complexes.

II.4. APPROCHE SIMPLIFIEE DE LA REPARATION DES REVETEMENTS DE


TUNNEL
On s’intéresse ici au problème de la réparation du revêtement de tunnel. Dans cette
étude, le processus de réparation d’une partie du revêtement de tunnel est simulé par
des calculs numériques découplés en condition bi- et tridimensionnelle. L’influence de
la variation de la pression est prise en compte à l’aide de l’option EFD du logiciel
CESAR-LCPC.
II.4.1. Position du problème
La réparation des tunnels revêtus nécessite parfois une démolition du revêtement sur
toute son épaisseur et sur une longueur variable. La démolition et la remise en état du
revêtement engendrent une redistribution des contraintes dans le revêtement. Cette
redistribution est le résultat d’un processus complexe, et le problème nécessite une
étude tridimensionnelle. Dans cette partie du travail, on montre comment il est
possible d’utiliser des calculs mécaniques simples en bidimensionnel et en
tridimensionnel pour prendre en compte la contribution du champ de pression à cette
redistribution de contraintes.

Le sol est supposé saturé, la nappe est à la surface du massif, le revêtement du tunnel
est parfaitement imperméable. Le calcul est réalisé en deux phases : on détermine
d’abord l’état de contraintes et le chargement sur le revêtement avant la réparation.
On modélise ensuite la destruction du revêtement, qui cause une perturbation des
champs de contraintes et de pression ; puis la mise en charge du nouveau revêtement
sous l’effet du retour à une pression hydrostatique dans le massif.

68
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

II.4.2. Modélisation numérique découplée en bidimensionnel

II.4.2.1. Construction du jeu de données


La modélisation bidimensionnelle est réalisée en considérant une coupe transversale
du tunnel. L’état initial des contraintes dans le massif est supposé géostatique avec
K0=0,5. Le calcul se réalise en cinq étapes : les trois premières modélisent la
construction et les deux dernières la réparation.

• La première étape simule l’excavation


dans le massif. On calcule l’état de
contraintes et déformations à court terme
en utilisant les caractéristiques « non
drainées » du terrain immédiatement après
l’ouverture du tunnel. Le caractère
tridimensionnel du phasage d’exécution et
de la vitesse d’excavation du tunnel est
introduit au moyen du taux de
déconfinement λ1 = 0,5.

• La deuxième étape simule la mise en


chargement du revêtement après le
bétonnage : On applique le reste du
déconfinement (taux de déconfinement
égal à 1-λ1). Le calcul est à nouveau
conduit avec les paramètres non drainés.

• Les deux premières étapes créent une


perturbation de la charge hydraulique. On
suppose que cette surpression redevient
hydrostatique à long terme. La troisième
étape calcule la redistribution des
contraintes et les déplacements qui en
résultent à l’aide de l’option EFD du
logiciel CESAR-LCPC (voir paragraphe
précédent). Ce calcul est réalisé avec les
caractéristiques drainées.

69
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

• La quatrième étape simule la démolition


du revêtement en appliquant des forces de
déconfinement à l'extrados du revêtement
démoli. Le champ de contraintes utilisé
pour calculer les charges correspondantes
est issu de la troisième étape. Le caractère
tridimensionnel (l’influence de la longueur
de revêtement détruite) est introduit au
moyen du paramètre λ2. Dans un premier
temps, le paramètre λ2 est pris égal à 1,0.

• La cinquième étape modélise la mise en


place du nouveau revêtement et l’effet de
la variation de la pression. Le calcul est
similaire à l’étape 3. À l’issue de cette
étape de calcul, on détermine l’état de
contraintes final dans le massif ainsi que
le chargement final sur le nouveau
revêtement.

Le massif est supposé élastique avec les caractéristiques mécaniques suivantes :

Tableau II.3. Caractéristiques mécaniques et hydrauliques utilisées pour les calculs numériques
Caractéristiques du terrain Valeurs
Module d’Young du sol en conditions drainées E (MPa) 100
Coefficient de Poisson en conditions drainées ν 0,3
Porosité n (%) 0,2
Module de compression du fluide Kw (MPa) 2000
Poids volumique du sol γ (kN/m3) 20
Poids volumique de l’eau γw (kN/m3) 10
Module d’Young non drainé du sol End (MPa) 115,24
Coefficient de Poisson en conditions non drainées νnd 0,4981
Module d’Young du béton Eb (MPa) 10000
Coefficient de Poisson du béton 0,2

II.4.2.2. Résultats de calcul


Après la démolition du revêtement pour la réparation, on constate une modification
des contraintes dans le massif. En effet, les efforts de déconfinement (1-λ1)σ° doivent
être supportés par le sol autour de l’excavation. Les figures II.37 et II.38 présentent
l’évolution des contraintes moyennes dans le massif autours de l’excavation avant et
après la destruction du revêtement. On constate que la démolition sur toute l’épaisseur
du revêtement cause une variation du champ de contraintes dans le massif.

70
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Figure II.37. Isovaleurs des contraintes Figure II.38. Isovaleurs des contraintes
moyennes dans le massif avant la destruction moyennes dans le massif après la destruction
locale du revêtement locale du revêtement

Cette variation du champ de contraintes engendre une perturbation du champ de


pression dans le massif qui ensuite redevient hydrostatique. Le chargement sur le
nouveau revêtement n’est dû qu’au retour de la pression à une distribution
hydrostatique ; il est beaucoup moins important qu’avant la réparation. Notons que,
dans un calcul classique (sans prise en compte des effets hydrauliques), le chargement
s’exerçant sur la partie du revêtement qui a été réparée serait nul.

Contour excavation
16
Avant ouverture
S(m) Etat final
14

12

10

2
Contraintes normales sur le revetement (kPa)
0
-250 -200 -150 -100 -50 0 50
Figure II.39. Distribution ddes contraintes normales (kPa) sur le contour du revêtement avant la
démolition ainsi qu’à l’état final

71
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

Tassements
0
V(m) Apres ouverture a court terme
Etat final

-0.002

-0.004

-0.006

-0.008

Deplacement a la surface (m)


-0.01
0 10 20 30 40 50
Figure II.40. Déplacement à la surface du massif après la démolition locale du revêtement (à court
terme) et à l’état final

Les figures II.39 et II.40 montrent respectivement la variation de la pression sur le


revêtement en béton avant et après la réparation ainsi que les déplacements à la surface
causés par les travaux de réparation.
II.4.2.3. Influence du taux de déconfinement

16
S(m)
14

12
Contour excavation

10
Avant reparation
Apres, lamda=1.
8 Apres, lamda=.5
Apres, lamda=.0
6

2
Pression sur le revetement (kPa)
0
-250 -200 -150 -100 -50 0 50 100
Figure II.41. Distribution des contraintes normales (kPa) dans le revêtement sur le contour
d’excavation (λ2 varié de 0 à 1)

72
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Pour prendre en compte le fait que la zone réparée a une longueur finie, on introduit un
taux de déconfinement partiel λ2 pour simuler l’étape de démolition du revêtement
existant. Plus la valeur du taux de déconfinement (Panet, 1995) associé à la démolition
du revêtement λ2 est proche de 1, plus la perturbation de la pression est importante. Le
chargement final sur le nouveau revêtement sera donc plus important. Ceci est montré
par les résultats des calculs sur la figure II-43, le paramètre λ2 variant de 1 à 0. On
constate sur la figure II.41 une diminution de la pression sur le nouveau revêtement
quand λ2 varie de 1 à 0.
II.4.2.4. Conclusions - remarques
Les calculs qui précèdent montrent comment il est possible d’utiliser un calcul
mécanique simple pour prendre en compte l’effet de l’eau dans un problème
complexe, celui de la réparation du soutènement des tunnels.

Le chargement sur le revêtement du tunnel avant la réparation résulte des efforts de


déconfinement correspondant au paramètre (1-λ1) et de l’effet des forces volumiques
dues à la variation de la pression hydraulique dans le massif. Suite à la démolition
locale du revêtement, ce chargement est reporté sur le sol autour de l’excavation et les
parties du revêtement adjacentes. Ceci cause une perturbation du champ de la pression
hydraulique dans le massif. Après la pose du nouveau revêtement, la pression revient à
un état hydrostatique. Le chargement final sur le revêtement réparé traduit l’effet des
forces volumiques dues à cette variation de la pression hydraulique. La prise en
compte de ce phénomène dans le calcul numérique montre que le chargement sur le
nouveau revêtement après réparation est moins important qu’avant la réparation.

Cependant, le calcul bidimensionnel ne donne pas la variation du chargement sur la


partie du revêtement qui n’a pas été réparée. De plus, la détermination du paramètre λ2
est délicate.
II.4.3. Modélisation tridimensionnelle
On a vu dans la partie précédente que la destruction locale du revêtement et sa
reconstruction engendrent une perturbation des champs de contraintes et de pression,
et une redistribution du chargement entre le sol et le revêtement. Dans les calculs
bidimensionnels, le caractère tridimensionnel du problème est pris en compte au
moyen des paramètres λ1 et λ2, dont la détermination n'est pas simple. Il est donc
intéressant d’utiliser une modélisation tridimensionnelle pour analyser le problème.
II.4.3.1. Construction du jeu de données
Le calcul tridimensionnel est pris en compte en utilisant le maillage représenté sur la
figure II.44. Les caractéristiques du massif et du béton sont les mêmes que celles
utilisées dans les calculs bidimensionnels. Le revêtement est supposé parfaitement
imperméable.

73
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

La démolition du revêtement sera réalisée sur une longueur L = 10m, donc avec un
paramètre L/D = 1. Dans un deuxième temps, on fera varier ce paramètre pour voir son
influence sur la redistribution des contraintes et des pressions dans le massif.

Figure II.42. Maillage pour les calculs tridimensionnels

Les calculs sont réalisés en cinq étapes pour simuler les différents états avant et après
la réparation (voir aussi le paragraphe précédent) :
• Les trois premières étapes sont destinées à déterminer le chargement sur le
revêtement avant la réparation, qui résulte du déconfinement (1-λ)σ° et du
rétablissement d’une pression hydrostatique dans le massif. Dans ce calcul, le taux
de déconfinement λ est supposé égal à 0,5.
• Les deux dernières étapes simulent l’effet de la démolition locale du revêtement et
de sa reconstruction. Le chargement final sur le nouveau revêtement est le résultat
de l’effet de la variation de la pression hydraulique, qui redevient hydrostatique à
long terme.

Les résultats confirment ceux des calculs bidimensionnels. On voit de plus une
augmentation des contraintes finales dans le revêtement autour de la zone réparée.
Cette augmentation se concentre près de la réparation et diminue quand on s’éloigne.
Ainsi, on constate une diminution considérable de l’état de contraintes dans le nouveau
revêtement, ainsi qu’une augmentation des contraintes dans le revêtement non réparé
et une forte concentration des contraintes à la frontière entre les deux parties (figures
II.43 et II.44).

74
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Figure II.43. Distribution des contraintes Figure II.44. Distribution des contraintes
moyennes sur le revêtement avant la destruction moyennes sur le revêtement après la réparation
du revêtement du revêtement

Les deux figures II.45 et II.46 présentent la redistribution des contraintes normales sur
le revêtement après la réparation, par rapport à l’état d’avant la réparation sur les deux
coupes AB et EF respectivement. On constate bien une augmentation de l’état de
contraintes dans la partie non réparée et une diminution dans la partie du nouveau
revêtement.

Contraintes normales
50
S (kPa) Apres la reparation L/D=1
Avant la reparation L/D=1
0

-50

-100
Partie reparee Partie non reparee
-150

-200

-250

-300

-350
Contrainte normale sur le revetement coupe EF(m)
-400
-6 -4 -2 0 2 4 6 8 10
Figure II.45. Distribution des contraintes normales sur la coupe longitudinale EF

75
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

Contraintes normales
250
Apres la reparation L/D=1
S (kPa) Avant la reparation L/D=1
200

150

100
Partie reparee Partie non reparee
50

-50

Contrainte normale sur le revetement coupe AB(m)


-100
-6 -4 -2 0 2 4 6 8 10
Figure II.46. Distribution des contraintes normales sur la coupe longitudinale AB

II.4.3.2. Influence de la longueur de la zone en réparation L/D


Dans cette partie du travail, on cherche à analyser l’influence de la longueur de la zone
en réparation, caractérisée par le rapport de la longueur de revêtement réparé sur le
diamètre du tunnel L/D. Quatre valeurs de L ont été adoptées : L = 2,5m ; L = 10m et L
= 15m correspondant à L/D valant : 0,25; 1,0 et 1,5.
Contraintes normales
150
S (kPa) Avant la reparation L/D=1,0
100 Apres la reparation L/D=1,5
Apres la reparation L/D=1,0
50 Apres la reparation L/D=0,25

-50
-100
Partie reparee Partie non reparee
-150

-200
-250

-300

-350
Contrainte normale sur le revetement coupe EF(m)
-400
-8 -6 -4 -2 0 2 4 6 8 10
Figure II.47. Distribution des contraintes normales sur la coupe longitudinale EF avec L/D : 0,25 ;
1,0 et 1,5

76
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Contraintes normales
250
Avant la reparation L/D=1,0
S (kPa) Apres la reparation L/D=1,5
200 Apres la reparation L/D=1,0
Apres la reparation L/D=0,25

150

100
Partie reparee Partie non reparee
50

-50

Contrainte normale sur le revetement coupe AB(m)


-100
-8 -6 -4 -2 0 2 4 6 8 10
Figure II.48. Distribution des contraintes normales sur la coupe longitudinale AB avec L/D : 0,25 ;
1,0 et 1,5

Les résultats sont présentés sous forme des courbes de variation des contraintes
normales sur les deux coupes longitudinales AB et EF (définies sur les figures II.43 et
II.44). On constate qu’une augmentation de la longueur réparée conduit logiquement à
une augmentation du chargement sur la partie de revêtement non réparée (figures II.47
et II.48).
II.4.4. Conclusions et remarques
Le problème des chargements différés sur le soutènement des tunnels, et des effets de
la réparation d’une partie du revêtement, sont des problèmes d’un grand intérêt
pratique mais relativement peu abordés en raison de leur complexité. On a essayé de
proposer ici une première approche simplifiée de ces problèmes, qui montre que la
modélisation numérique peut permettre de fournir des éléments de réflexion
intéressants.

L’étude présentée ici avait pour but d’illustrer les applications possibles des calculs
découplés pour la prise en compte du couplage hydromécanique : elle est donc
incomplète. Le problème reste ouvert et pourrait notamment justifier une approche
tridimensionnelle couplée complète, qui n’a pas été entreprise dans le cadre de ce
travail, qui s’intéresse plutôt aux soutènements d’excavation, comme on le verra dans
les chapitres suivants.

II.5. CONCLUSION
Avant de mettre en œuvre des modélisations couplée dans les chapitres qui suivent,
nous nous sommes attachés à montrer comment la procédure de calcul découplée peut

77
Chapitre II. Simulation découplée des phases de travaux dans le cas élastique
__________________________________________________________________________________________

être mise en œuvre et à retrouver la solution analytique de quelques problèmes


unidimensionnels en élasticité.

La confrontation des résultats numériques avec la solution analytique s’avère


satisfaisante, et la mise en œuvre pratique avec CESAR-LCPC que nous avons décrite
en détail, s’avère très simple.

En dernier lieu, on s’est attaché à mettre en œuvre cette approche découplée pour
étudier les chargements différés sur le soutènement des tunnels et l’effet de la
réparation d’une partie du soutènement. Les résultats montrent que les variations de la
pression de l’eau dans le sol jouent un rôle très important sur la redistribution des
contraintes, mais l’approche reste limitée au cas élastique, ce qui n’est pas
complètement satisfaisant.

Dans la suite de ce mémoire, on choisit donc de prendre en compte de manière


explicite le couplage hydromécanique, en utilisant le module spécifique de CESAR-
LCPC consacré à ce type de problème, à savoir le module CSNL.

78
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Chapitre III

Prise en compte de l’eau : calculs couplés

III.1. INTRODUCTION
Les ouvrages de soutènement sont souvent construits dans des terrains en partie ou
totalement baignés par des nappes d’eau. La présence de cette eau modifie le
comportement de l’ouvrage pendant les phases de travaux et conduit à prendre en
compte l’effet du temps sur la réponse de l’ouvrage.

Dans la pratique, l’effet des variations de la pression dues à l’excavation est souvent
pris en compte dans le calcul de manière simplifiée en distinguant trois situations : à
court terme, à long terme et en régime transitoire. Cependant, dans le chapitre
précédent, on a rappelé que cette approche ne permet pas de déterminer correctement
les déformations plastiques liées aux chargements à court terme et peut conduire à des
erreurs dans la détermination du champ de pression hydraulique instantanément après
le chargement. Par ailleurs, l’application de l’approche simplifiée est délicate pour
résoudre le problème en situation transitoire. Dans la réalité, on s’intéresse souvent à
ce qui se passe entre les phases de construction et dans la plupart des cas en situation
transitoire. De plus, les chargements à considérer pour l’analyse des ouvrages de
soutènement ne sont pas instantanés et les durées à considérer pour l’application de ces
chargements sont davantage de l’ordre de l’heure à la semaine que de la fraction de
seconde. Ceci met en question, dans certains cas, l’hypothèse d’un comportement
« non drainé » régnant dans le sol pendant la construction de l’ouvrage.

Dans ce contexte, nous avons choisi de réaliser des calculs couplés. Ce chapitre
présente le module de consolidation non linéaire (CSNL) de CESAR-LCPC, et les
adaptations que nous lui avons apportées en vue de faciliter la modélisation des
ouvrages de soutènement.

79
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

III.2. PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT DU CODE CESAR-LCPC


Le progiciel CÉSAR-LCPC est un code de calcul général pour la résolution par la
méthode des éléments finis de problèmes appartenant à diverses catégories (problèmes
mécaniques, thermiques, problèmes couplés hydromécaniques, etc...).

L’organisation générale du code est décrite sur la figure III.1. La préparation des
données est réalisée indépendamment du solveur au moyen d’un préprocesseur (MAX
dans la version 3 de CESAR-LCPC et CLEO à partir de la version 4).

Préparation du Préparation
maillage et du des tableaux LINE
jeux de calcul
Coordonnées
COOR des noeuds MCNL
MAX Mécanique
TCNL
ELEM Eléments
autres

COND Conditions DTLI


aux limites
CESAR NSAT Hydraulique

CHAR Chargement autres

CSLI
CSNL
Couplage
Exploitation MPLI
PEGGY graphique
des résultats MPNL

Figure III.1 : Organisation de CESAR-LCPC

Le calcul lui-même repose sur l’exécution de différents modules relatifs à la


description du maillage et aux données concernant les caractéristiques physiques des
matériaux (modules COOR et ELEM), aux conditions aux limites (module COND),
aux chargements imposés (module CHAR) ; le dernier module correspond au calcul
proprement dit : il dépend du type de problème physique étudié (voir figure III.1).
Parmi les modules disponibles, le module MCNL permet de traiter les problèmes
élastoplastiques sans couplage hydromécanique; deux modules sont disponibles pour
les calculs avec couplage hydromécanique dans le domaine élastoplastique : les

80
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

modules MPNL et CSNL, dont les fonctionnalités sont un peu différentes. Dans un
premier temps, les calculs ont été effectués avec le module MPNL.

III.3. MODELISATION D’EXCAVATION AVEC MPNL


Le premier calcul consiste à modéliser un problème unidimensionnel pour lequel une
solution analytique peut être facilement trouvée (voir annexe III.2). Dans cet exemple,
la nappe est d’abord rabattue et on réalise ensuite une excavation. La modélisation
comporte donc deux calculs successifs pour simuler le mouvement de la nappe et
l’excavation du massif. Les résultats des calculs par rapport à la solution analytique
sont satisfaisants.

Un deuxième calcul bidimensionnel avec MPNL a été réalisé. Dans ce calcul, on rabat
d’abord la nappe phréatique avant de réaliser la première phase d’excavation, la nappe
est ensuite remontée avant la deuxième phase d’excavation sous la nappe. Le même
calcul a aussi été réalisé avec MCNL (voir III.6.2).

Les calculs effectués montrent certaines limites pour la modélisation des phases
d’exécution des travaux. En pratique, l’utilisation de MPNL pose un certain nombre de
difficultés pour reprendre un état de contraintes d’une étape de calcul à la suivante et
pour simuler une excavation (l’option correspondante LAM semblant ne pas
fonctionner correctement). Une voie possible serait de compléter le module MPNL
pour surmonter ces difficultés. Dans la suite, on préfère utiliser un deuxième module,
le module d’analyse de la consolidation CSNL de CESAR-LCPC en l’adaptant pour
pouvoir simuler les différentes phases de construction d’une paroi moulée dans un
massif saturé en prenant en compte la présence d’eau dans le terrain.

III.4. MODULE DE CONSOLIDATION DES SOLS NON-LINEAIRES (CSNL)


Le module CSNL du logiciel CÉSAR-LCPC permet la résolution des problèmes de
consolidation en conditions uni-, bi- et tridimensionnelles, en utilisant des modèles
élastoplastiques tels que Cam-Clay (implanté par Dang et Magnan, 1977), Mélanie
(Mouratidis et Magnan, 1983 ; Kattan, 1990 ; Akou, 1995) ou les autres modèles de
comportement élastoplastique disponibles dans CÉSAR.

La résolution des équations de la consolidation se fait dans CSNL sous forme de deux
processus itératifs emboîtés, associés respectivement à l'intégration des équations au
cours du temps et aux itérations de plasticité. La description de l’algorithme donnée ici
est tirée de Kattan (1990).

Après discrétisation de l'espace et intégration dans le temps par la méthode de


Galerkin, on obtient le système matriciel suivant à résoudre :
⎡ RG − α CG ⎤ ⎡ ∆u (∆t ) ⎤ ⎡0 3 2α C G ⎤ ⎡ u (t ) ⎤ ⎡ 1 2 F (t ) ⎤
⎢− α C T − α 2 [E + 2 3∆t K ]⎥ ⎢∆H (∆t ) α ⎥ =⎢0 α 2 ∆t K ⎥ ⎢ H (t ) α ⎥ + ⎢− α 3∆t Q(t ) ⎥
⎣ G G G ⎦⎣ ⎦ ⎣ G ⎦⎣ ⎦ ⎣ ⎦
⎡ F (t + ∆t ) ⎤ ⎡ Fσ o' (t + ∆t )−3 2 Fσ ' (t )⎤
+⎢ ⎥+⎢ ⎥
⎣− 2 3α ∆t Q(t + ∆t ) ⎦ ⎣ 0 ⎦

81
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

avec : RG matrice globale de rigidité ;


CG matrice globale de couplage ;
KG matrice globale de perméabilité ;
∆t incrément de temps ;
EG matrice globale de compressibilité ;
F vecteur des forces nodales ;
Q vecteur des débits nodaux imposés.

En utilisant les notations du code "CÉSAR-LCPC", l'équation matricielle ci-dessus


s'écrit :

KN.VDUM = KM.VUM + A.VFM (t) + B.VFM (t + ∆t) + VRES (t)

avec :
⎡ R − α CG ⎤ ⎡0 3 2α C G ⎤
KN = ⎢ G T et KM = ⎢
⎣− α C G − α [E G + 2 3∆t K G ]⎥⎦
2 ⎥
⎣0 α ∆t K G ⎦
2

⎡ ∆u (∆t ) ⎤ Vecteur des incréments des déplacements et des


VDUM = ⎢ ⎥
⎣∆H (∆t ) α ⎦
charges

⎡ u (t ) ⎤
VUM = ⎢ ⎥ Vecteur des déplacements et des charges à l'instant t
⎣ H (t ) α ⎦

⎡ F (t )⎤
VFM (t )= ⎢ ⎥ Vecteur du chargement à l'instant t
⎣Q(t )⎦

⎡ F (t + ∆t )⎤
VFM (t + ∆t )= ⎢ ⎥ Vecteur du chargement à l'instant t+∆t
⎣Q(t + ∆t )⎦

⎡ F ' (t + ∆t )−3 2 Fσ ' (t )⎤ Vecteur résidu ou vecteur des forces


VRES = ⎢ σ o ⎥ nodales dues aux contraintes effectives
⎣ 0 ⎦
élastoplastiques corrigées

⎡1 2 I 0 ⎤ ⎡I 0 ⎤
A= ⎢ B=⎢
⎣ 0 − α 3∆t ⎥⎦ ⎥
⎣0 − 2 3α ∆t ⎦

I : matrice unité.

82
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Lecture des données et initialisation des paramètres

Constitution du chargement à l'instant t o

Augmentation du chargement

Calcul de la matrice KN

Calcul du produit KM.VUM

Constitution du second membre partiel


VDUM = K M.VUM + A.VFM(t) + B.VFM(t + ∆ t)

Constitution du second membre partiel


VDUM = VDUM + VRES

Prise en compte des conditions aux limites

Triangularisation de la matrice KN

Résolution et calcul de VDUM


Calcul des contraintes et gradients VTRAV associés à VDUM

Cumul des contraintes et des déplacements


VCOEL = VCOEL + VTRAV
VUM = VUM + VDUM

Calcul de Fσ par intégration des contraintes


Calcul de F∆σo= VRES

Test de convergence
non
VRES VDUM = VRES
TOL
VFM

VRES = F∆σ - 3/2 Fσ


o

t=t+∆ t

Impression des résultats à l'instant t


Impression des résultats complémentaires à l'instant t

FIN

Figure III.2. Structure d'ensemble du module CSNL (Kattan, 1990)

83
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

La résolution de ces équations se fait suivant l'algorithme de la figure III.2 : on obtient


les déplacements u, v et les charges hydrauliques h au temps (t + ∆t), qui permettent
de calculer les autres inconnues du problème, les contraintes et les gradients.

Le module de consolidation des sols élastoplastiques quasi-saturés utilise les familles


d’éléments de CÉSAR-LCPC 41 et 42 respectivement pour un calcul bidimensionnel
ou tridimensionnel. Les éléments des familles 41 et 42 sont respectivement des
éléments à 3 et 4 degrés de liberté par nœud.

Le module CSNL n’est disponible qu’en version en développement dans le logiciel


CÉSAR-LCPC, et son utilisation est encore peu courante. À titre indicatif, on trouvera
dans l’annexe III.1 la description des données nécessaires pour réaliser des calculs
avec ce module.

III.5. MODIFICATIONS APPORTEES A CSNL


On a mis en œuvre le module CSNL sur les mêmes exemples que le module MPNL.
Ce travail a permis de montrer que le module CSNL est relativement simple à
employer, mais que quelques modifications étaient nécessaires pour simplifier la
modélisation des soutènements :
• L’option LAM fonctionne correctement, mais le choix retenu pour définir l’état de
contraintes initial s’avère peu pratique pour enchaîner des étapes de calcul
successives. Une modification a été apportée au code pour permettre d’initialiser
les contraintes à partir du résultat d’un calcul précédent.
• La modélisation de l’effet à long terme d’une modification du niveau de la nappe
peut être effectuée simplement en définissant des champs de forces de volume
ad hoc. On a donc implanté une option permettant de définir simplement un
chargement associé à une variation de la nappe. Ce point est présenté en détail dans
la suite.
• En dernier lieu, on propose une modification du code permettant (si l’utilisateur le
souhaite) d’exploiter les résultats en contraintes effectives et en pressions plutôt
qu’en contraintes totales et en charges hydrauliques.
Les modifications apportées au code sont décrites de manière plus détaillée dans les
paragraphes suivants.
III.5.1. Initialisation des contraintes
Pour pouvoir effectuer plusieurs calculs successifs (correspondant à différentes étapes
d’excavation par exemple), une fonction permettant d’actualiser les vecteurs VPRESZ
et VINIT après la reprise des résultats du calcul précédent a été ajoutée dans le
sous-programme EXCSNL. Cette modification très simple consiste à mettre les
vecteurs de contrainte et de pression issus de la reprise des résultats du calcul
précédent dans les vecteurs VPRESZ et VINIT.

84
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

III.5.2. Option « NAP »


Cette option a été introduite pour faciliter la simulation des changements du niveau de
la nappe. Elle repose sur la donnée des charges hydrauliques initiale et finale. Les
données à fournir prennent la forme suivante :

NAP (Mot-clé)
* M1
M1 – indicateur définissant le champ de charge
hydraulique avant le mouvement.
* Si M1 = 0 : lecture des charges dans le jeu de données :
donnée de :
** (H1(I), I=1, NNT)
H1 : Vecteur des charges hydrauliques nodales
initiales.
NNT : Nombre total de nœuds du maillage.
* Si M1 = 1 : lecture de charges dans un fichier de
reprise :
** NOMF1
NOMF1 : Nom du fichier sur lequel est lue la charge
hydraulique initiale. Ce fichier est crée par l’option
STH du module CSNL ou l’option STK d’un calcul en
diffusion.
Le format de ce fichier est : (H1(I), I=1, NNT)
H1 : Vecteur des charges hydrauliques nodales initiales.
NNT : Nombre total de nœuds du maillage.

* Si M1 = 2 : définition du niveau de nappe initial (charge


hydraulique uniforme partout) :
** H1
H1 : Niveau de la nappe initiale hydrostatique.
* M2
M2 – indicateur définissant le champ de charge
hydraulique après le mouvement.
* Si M2 = 0 - lecture dans le jeu de données :
** (H2(I), I=1, NNT)
H2 : Vecteur des charges hydrauliques nodales
finales.
NNT : Nombre total de nœuds du maillage.
* Si M2 = 1 – lecture dans le fichier de reprise :
** NOMF2
NOMF2 : Nom du fichier sur lequel est lue la charge
hydraulique finale. Ce fichier est créé par l’option STH
du module CSNL ou l’option STK d’un calcul en diffusion.
Le format de ce fichier est : (H2(I), I=1, NNT)
H2 : Vecteur des charges hydrauliques nodales finales.
NNT : Nombre de nœuds total du maillage.
* Si M2 = 2 – par définition le niveau de la nappe :
** H2
H2 : Niveau de la nappe finale hydrostatique.

85
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

III.5.3. Exploitation des résultats – option SRE


Cette option du module CSNL (Annexe III.1) permet de préciser les résultats à stocker
en vue de leur exploitation graphique. Elle permet de spécifier les pas de temps pour
lesquels on souhaite stocker les résultats.
Selon la valeur de l’indicateur ISRC, sont stockées les valeurs nodales de l’inconnue
principale et éventuellement les résultats complémentaires aux pas de temps spécifiés
dans le tableau KSRE. Si cette option n’est pas utilisée, il est prévu de stocker les
déplacements, les contraintes totales et la charge hydraulique à chaque pas de temps.
Cette option a été complétée pour pouvoir, suivant la valeur de l’indicateur KSRE,
stocker soit les champs de contraintes effectives et pressions, soit les champs de
contraintes totales et charges hydrauliques. L’intérêt de cette modification est que,
dans le même fichier de résultats, on peut stocker pour l’exploitation graphique et pour
le calcul des forces de déconfinement des champs de contraintes totales ou effectives,
ainsi que de la pression ou la charge hydraulique suivant le pas de temps choisi.

Les données de l’option sont les suivantes :


SRE (Mot-clé)
* (KSRE(I), I=1, NPAS1)
KSRE : Tableau d’indicateurs spécifiant pour chaque pas de
temps si l’on désire ou non stocker les résultats ;
KSRE (I + 1) = 0 : Aucun stockage au pas de temps I.
KSRE (I + 1) = 1 ou 2 : Stockage au pas de temps I des
résultats désignés par l’indicateur ISRC.
Si KSRE (I + 1) = 1 et ISRC =1, les résultats
complémentaires stockés sont les contraintes totales
et la charge hydraulique ;
Si KSRE (I + 1) = 2 et ISRC = 1, les résultats
complémentaires stockés sont les contraintes
effectives et la pression.
I = 1 : Pas de temps initial.
NPAS1 : Nombre total des pas de temps +1 (égal à NPAS + 1)
* ISRC
ISRC : Indicateur du niveau de stockage souhaité :
= 0 stockage de l’inconnue principale.
= 1 stockage de l’inconnue principale et des résultats
complémentaires.

III.5.4. Programmation
La figure III.3 montre l’organigramme fonctionnel des sous-programmes dans le
module d’exécution de CSNL (EXCSNL) ainsi que les niveaux où les modifications
ont été effectuées.

86
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Fonctions Sous-programmes EXCSNL Interventions

Lecture des données du CSNL LECSNL Adaptation nécessaire pour


les gros maillages
Calcul des fonctions d'interpolation INTEGR Ajout de l'option NAP

Prise en compte des CL au t0+ PECSNL


Stockage de la charge imposée pour
éviter un éventuel écrasement lors de
Contraintes initiales aux
points de Gauss CONTR la reprise (par RPCSNL)

Initialisation des paramètres Actualisation de la charge


ou lecture des reprises
INIPLA ou
RPCSNL si reprise

Assemblage de la matrice KN ASSEM Acctualisation les vecteurs initiaux


de contraintes et pressions
Calcul du coef. de pénalisation PECSNL

Constitution du 2ème membre MULNS


Boucle sur les pas de temps

Prise en compte des CL PECSNL


Les sous-programmes
appelés par le calcul
Triangulation de matrice KN SOLO
Interventions
RESOLO
Boucle sur les itérations

Résolution effectuées

CONTR Note :
Contraintes incrémentales
Les modifications sont réalisées en
considérant que l'initialisation se
Contraintes corrigées et
du vecteur résidu RESDW réalise avec les champs de contraintes
effectives et de pressions (SIG et INP).
Test de convergence CONVCP

Convergence obtenue TEMP = TEMP + DT

Contraintes aux noeuds CONTR


Intervention sur le niveau de stockage,
Stockage des résultats pour l'option SRE, le choix de KSRE
exploitation graphique
SOCSNL

Stockage pour reprise RPCSNL

Figure III.3. Organigramme fonctionnel du module CSNL et interventions effectuées

III.6. EXEMPLES DE VALIDATION

III.6.1. Cas de calcul unidimensionnel


On présente ici un exemple unidimensionnel de mise en œuvre de CSNL, pour une
situation dans laquelle le phasage d’exécution est lié à des mouvements de la nappe.
La solution analytique est donnée en annexe III.2.

87
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

Le but est de faciliter la prise en main de CSNL pour un nouvel utilisateur souhaitant
réaliser des calculs phasés avec ce module.
III.6.1.1. Position du problème
On considère une couche de sol horizontale, d’épaisseur D = 10 m, qui repose sur un
substratum rigide et imperméable. Dans la configuration initiale, que nous prendrons
comme référence pour les déplacements, la couche est entièrement saturée. Le niveau
de la nappe est confondu avec la face supérieure de la couche : la pression du fluide est
égale à la pression atmosphérique sur le plan z =D. On suppose que les travaux
d’excavation sont réalisés en quatre étapes :

Etape 1 Etape 2 Etape 3 Etape 4


10

Sol saturé Sol saturé


Sol saturé Sol saturé

Figure III.4. Phasage d’excavation dans l’exemple de validation unidimensionnel

La première étape consiste à rabattre la nappe jusqu’au niveau d’excavation, c’est à


dire que le niveau de la surface sur laquelle la pression du fluide est égale à la pression
atmosphérique (z = D) est abaissé au niveau z = 8 m. Au-dessous du niveau de la
nappe, le sol est toujours saturé ; au-dessus de ce niveau, l’espace poreux est occupé
par de l’air et non plus par de l’eau. Dans la deuxième étape, le massif est ensuite
excavé jusqu’au niveau z=8 m. La troisième étape consiste à rabattre la nappe du
niveau z=8 m au niveau z=6 m. Enfin, dans la dernière étape, la couche de sol est
excavée au niveau final z=6 m. On se propose aussi d’effectuer un deuxième calcul,
dans lequel la deuxième phase d’excavation se réalise en maintenant le niveau de la
nappe au niveau z=8 m (excavation sous l’eau).

Un modèle simple (élasticité linéaire isotrope avec un critère de Mohr-Coulomb) a été


adopté pour décrire le comportement du massif. Les caractéristiques mécaniques et
hydrauliques sont les suivantes :

88
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Tableau III.1. Caractéristiques mécaniques et hydrauliques du sol


Caractéristiques du terrain Valeurs
Module d’Young en conditions drainées E’ (MPa) 100
Coefficient de Poisson en conditions drainées ν’ 0,3
Cohésion effective en conditions drainées c’ (kPa) 30
Angle de frottement effectif ϕ’ (en conditions drainées) (degrés) 30
Angle de dilatance ψ (degrés) 30
Poids volumique de sols γ (kN/m3) 20
Poids volumique de l’eau γw (kN/m3) 10
Porosité n (%) 20
Module de compression du fluide Kw (GPa) 2

III.6.1.2. Maillage et enchaînement des calculs


La modélisation est réalisée avec le module couplé hydro-mécanique CSNL, avec les
caractéristiques mécaniques et hydrauliques présentées dans le tableau III.1. Les
différentes phases d’exécution sont simulées successivement par un enchaînement des
calculs. Le maillage utilisé est composé de 40 éléments quadratiques de massif à 8
nœuds répartis en trois groupes correspondant aux zones situées en dessus et en
dessous des différents niveaux de la nappe.
III.6.1.3. Modélisation du rabattement de la nappe
Le rabattement de la nappe se traduit par une variation de la pression correspondant à
la perte de la hauteur d’eau (H - D) et par un changement du poids volumique dans la
zone au-dessus de la nappe.

Champ de pression
L’effet de la variation de pression peut
Z +
p -p
o
être simulé très facilement grâce à
l’option NAP en donnant les niveaux de
Z=D
la nappe avant et après le rabattement.
Le rabattement de la nappe fait aussi
Z=H apparaître deux zones séparées par la
γw (D - z) surface de la nappe, dont les poids
volumiques sont différents. La première
γw (H - z) correspond à la couche de sol saturé
située au-dessous de la nappe, de poids
Z=0
volumique γ = γs(1–n) + γwn, et la
γw H γw D deuxième correspond à la couche de sol
« non saturé » située au-dessus de la
Figure III.5. Diagramme de pression dans la nappe, de poids volumique γ = γs(1–n)
couche de sol
où n est la porosité du sol.

89
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

La modélisation de l’effet de ce changement de poids volumique peut se faire à l’aide


de l’option POI ou de l’option SIG. Elle consiste à appliquer dans la zone au-dessus de
la nappe une force volumique orientée vers le haut γwn.

Il est intéressant de noter qu’il existe une autre solution aussi simple pour simuler la
variation de la pression. Cette solution consiste à imposer des conditions sur la charge
correspondant aux mouvements de la nappe. Précisément, dans ce cas de calcul, on
impose des conditions sur les deux niveaux : z = D ; z = H. Cette solution est la plus
pratique dans le cas de remontée de la nappe au-dessus de la surface de sol et surtout
pour simuler une variation de la nappe qui se localise dans une partie du maillage
(entre deux parois par exemple).
III.6.1.4. Modélisation de l’excavation
La réalisation d’une excavation dans un massif de sol se traduit par l’enlèvement d’une
partie du matériau présent initialement. La technique utilisée dans le code de calcul
CÉSAR-LCPC pour simuler l’excavation consiste, d’une part, à annuler le module
d’Young du matériau et, d’autre part, à appliquer des forces de surface sur le contour
de la zone à excaver. En d’autres termes, dans le cas d’un déconfinement total, cela
revient à appliquer, sur le bord de l’excavation, des forces de surface opposées à celles
exercées par le matériau enlevé sur le matériau restant.

Dans CÉSAR-LCPC, les forces de déconfinement sont calculées par l’option LAM, à
partir de la description des facettes du contour, et de la donnée d’un état de contrainte
géostatique, ou de la lecture sur fichier de l’état de contraintes issu du dernier calcul
effectué. Dans le deuxième cas, suivant le choix de l’indicateur KSRE de l’option
SRE, les forces de déconfinement peuvent être calculées à partir du champ de
contraintes totales ou effectives stocké dans le fichier de résultats, ce qui facilite la
simulation de l’excavation sous la nappe dans le cas où la charge hydraulique est
hydrostatique.

Dans le cas général, la modélisation de l’excavation sous la nappe se réalise en


appliquant sur le contour de l’excavation des forces de déconfinement calculées par
l’option LAM, à partir du champ de contraintes totales. L’existence de la nappe d’eau
dans la zone excavée est prise en compte au moyen d’une pression hydrostatique
(option PHS) appliquée sur le contour.
III.6.1.5. Choix du pas de temps
La précision des calculs couplés dépend beaucoup, dans certains cas, du choix de
l’intervalle de temps. Suivant Nasri et Magnan (1997), un chargement instantané et des
pas de temps trop faibles peuvent conduire à une durée des calculs inacceptable, mais
surtout à des pertes de précision importantes sur les déplacements, les charges et les
contraintes. Ce phénomène se manifeste par des oscillations temporelles et spatiales
des résultats autour d’une valeur moyenne pour des temps proches de l’état initial de
chargement. Ces oscillations s’atténuent progressivement au cours du temps. Le
phénomène n’a cependant guère d’influence sur l’évolution des pressions et des

90
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

déformations au-delà d’une période initiale très courte par rapport au temps
caractéristique d’évolution des pressions.

Ces problèmes d’oscillation sont liés à la fois au schéma d’intégration dans le temps,
aux fonctions d’interpolation des éléments finis (type d’éléments) et à la modélisation
réalisée (finesse du maillage, paramètres du massif de sol...). Ils disparaissent lorsque
les pas de temps appliqués sont relativement grands.

Cependant, un intervalle de temps de calcul trop grand peut violer le critère de stabilité
du schéma d’intégration utilisé. D’autre part, si l’on veut que la solution numérique
soit représentative du régime transitoire, l’intervalle de temps doit être nécessairement
inférieur au temps caractéristique. En pratique, suivant Dangla et Coussy (1992),
l’expérience montre qu’un schéma numérique décrit correctement un processus de
diffusion pur avec un pas ∆t égal au temps caractéristique divisé par 10.
Il existerait donc deux valeurs ∆tmin et ∆tmax telles que l’on puisse éviter les
oscillations numériques et l’instabilité du schéma si le pas de temps ∆t choisi vérifie
les conditions ∆tmin ≤ ∆t ≤ ∆tmax.
Les valeurs de ∆tmin ont été mises en évidence, pour différents types d’éléments finis
par plusieurs auteurs (par exemple Nasri et Magnan, 1997) suivant des études
numériques et des analyses théoriques des schémas de résolution dans des cas
simplifiés.
Dans notre cas d’étude, l’intervalle des pas de temps ne fait pas l’objet d’une étude
paramétrique particulière, nous constatons néanmoins qu’avec les maillages considérés
un premier pas de temps de l’ordre ∆t=0,5s pour représenter le chargement instantané
est acceptable.
III.6.1.6. Résultats des calculs
En choisissant l’indicateur KSRE convenable de l’option SRE du module CSNL, on a
la possibilité de présenter les résultats des différentes étapes de calcul sous forme de la
variation des contraintes effectives, des contraintes totales et de la pression suivant la
hauteur de la couche de sol dans une coupe verticale.

91
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

Les figures III.6 et III.7 présentent la distribution des contraintes totales verticales et
horizontales suivant la profondeur de la couche de sol, issue quatre étapes de calcul.

10
Z Initial
9 Etape1
Etape2
Etape3
8 Etape4
7

1
Contrainte totale verticale (kPa)
0
-200 -150 -100 -50 0
Figure III.6. Contraintes totales verticales suivant la hauteur de la couche de sol

10
Z Initial
9 Etape1
Etape2
Etape3
8 Etape4
7

1
Contrainte totale horizontale (kPa)
0
-160 -140 -120 -100 -80 -60 -40 -20 0
Figure III.7. Contraintes totales horizontales suivant la hauteur de la couche de sol

92
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Les figures III.8 et III.9 présentent respectivement la contrainte effective verticale et la


contrainte effective horizontale pour les différentes étapes de calcul.

10
Z Initial
Etape1
Etape2
Etape3
8 Etape4

Contrainte effective verticale (kPa)


0
-120 -100 -80 -60 -40 -20 0
Figure III.8. Contraintes effectives verticales suivant la hauteur de la couche de sol

10
Z Initial
Etape1
Etape2
Etape3
8 Etape4

Contrainte effective horizontale (kPa)


0
-60 -50 -40 -30 -20 -10 0
Figure III.9. Contraintes effectives horizontales suivant la hauteur de la couche de sol

93
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

La figure III.10 présente la distribution de la pression hydraulique et la figure III.11


donne les déplacements verticaux.

10
Z Initial
Etape1
Exc. court terme
Etape2
8 Etape3
Exc. court terme
Etape4
6

Pression hydraulique (kPa)


0
-40 -20 0 20 40 60 80 100
Figure III.10. Pressions hydrauliques suivant la hauteur dans la couche de sol

10
Z Initial
Etape1
Etape2
Etape3
8 Etape4

Deplacement vetical sur la coupe AB (m)


0
-0.001 -0.0005 0 0.0005 0.001 0.0015 0.002
Figure III.11. Déplacement vertical suivant la hauteur dans la couche de sol

La confrontation des résultats numériques avec la solution analytique (annexe III.2)


présente une parfaite concordance.

94
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

III.6.1.7. Excavation sous la nappe


L’option SRE avec l’indicateur KSRE égal à 2 pour le dernier pas de temps permet de
stocker dans le fichier de résultats des contraintes effectives. En considérant que la
charge hydraulique est hydrostatique, la modélisation de l’excavation sous la nappe
peut être effectuée à l’aide de l’option LAM à partir de ce fichier de résultats.

Les figures III.12 et III.13 présentent les contraintes effectives et les déplacements à
court terme et à long terme pour une excavation avec rabattement de la nappe et sans
rabattement de la nappe (excavation sous l’eau). Les résultats montrent qu’à long
terme l’état des contraintes et des déplacements est identique ; cependant, à court
terme, les déplacements sont moins importants dans le cas de l’excavation avec
rabattement de la nappe.

En faisant référence aux figures III.8 et III.11, ceci est expliqué par le fait que le
rabattement de la nappe avant l’excavation cause des déplacements négatifs
(tassement), ce qui diminue les déplacement à court terme lors de l’excavation
(gonflement).

10
Z Exca. avec rabat. nappe - court terme
Exca. avec rabat. nappe - long terme
Exca. sans rabat. nappe - court terme
Exca. sans rabat. nappe - long terme
8 Avant l excavation

Contrainte effective vetical sur la coupe AB (m)


0
-100 -90 -80 -70 -60 -50 -40 -30 -20 -10 0
Figure III.12. Contrainte effective verticale à court terme et à long terme de la deuxième phase
d’excavation avec et sans rabattement de la nappe

95
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

8
Exca. avec rabat. nappe - court terme
Z Exca. avec rabat. nappe - long terme
7 Exca. sans rabat. nappe - court terme
Exca. sans rabat. nappe - long terme
6

1
Deplacement vetical sur la coupe AB (m)
0
-0.001 -0.0005 0 0.0005 0.001 0.0015 0.002
Figure III.13. Déplacement vertical à court terme et à long terme de la deuxième phase d’excavation
avec et sans rabattement de la nappe

La confrontation des résultats avec la solution analytique (annexe III.2) montre aussi
une parfaite concordance.
III.6.1.8. Modélisation de la remontée de la nappe
Un deuxième calcul unidimensionnel a été aussi mené, dans lequel on modifie
légèrement le phasage d’excavation. Les deux premières étapes sont identiques à
l’exemple présenté ci-dessus. La troisième étape consiste à laisser remonter la nappe
du niveau z=8m au niveau z=10m. Enfin, dans la dernière étape, la couche de sol est
excavée sous la nappe au niveau final z=6m.

Etape 1 Etape 2 Etape 3 Etape 4


D

Sol saturé Sol saturé


Sol saturé Sol saturé

Figure III.14. Phasage d’excavation dans l’exemple de calcul de rehaussement de la nappe

Les caractéristiques mécaniques et hydrauliques sont identiques à l’exemple précédent.


Une confrontation des résultats numériques avec la solution analytique montrée dans
l’annexe III.2 présente une concordance parfaite.

96
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

III.6.1.9. Conclusion
Cet exemple unidimensionnel montre comment il est possible de modéliser le phasage
des travaux et les mouvements de la nappe avec le module CSNL du logiciel CESAR-
LCPC. La comparaison avec la solution analytique (présentée dans l’annexe III.2)
montre une parfaite concordance.
III.6.2. Exemple de calcul couplé en conditions bidimensionnelles

III.6.2.1. Position du problème


La réalisation des ouvrages de soutènement, des palplanches et des parois moulées
passe par l'excavation, en général par étapes, de différentes zones de terrain,
accompagnée de mouvements de la nappe. On présente ici un exemple d’exécution
d’une paroi moulée associée à des mouvements de la nappe, et on montre comment
modéliser les phases de travaux en configuration bidimensionnelle.

Les travaux d’excavation sont réalisés en cinq phases successives, représentées sur la
figure III.15 :

Phase 1: Mise en place des parois Phase 2/3: Excavation avec rabattement

Sol saturé Sol saturé

Phase 4: Remontée du niveau de la nappe Phase 5: excavation sous la nappe

Sol saturé Sol saturé

Figure III.15. Exemple de validation bidimensionnel, phasage de travaux

• phase 1 : mise en place des parois,


• phase 2 : rabattement de la nappe jusqu’au niveau prévu pour l’excavation,
• phase 3 : première excavation,
• phase 4 : remontée de la nappe au-dessus de la surface d’excavation,
• phase 5 : excavation sous la nappe jusqu’au niveau final.

97
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

III.6.2.2. Description du modèle de calcul numérique


On considère une couche de sol d’épaisseur H = 70 m qui repose sur un substratum
rigide. À l’état initial, la nappe est au niveau de la surface du massif de sol. Elle est
ensuite rabattue au niveau H - 7,5 m avant la première phase d’excavation jusqu’à ce
même niveau. La nappe est ensuite remontée à H - 2 m avant la deuxième phase
d’excavation jusqu’au niveau final H - 15 m en maintenant la surface de la nappe au
niveau H - 2 m. La longueur des parois est supposée égale à 25 m. L’excavation fait
40 m de largeur, la largeur totale du maillage est de 200 m.

Le massif est modélisé par une loi de comportement élastoplastique avec un critère de
Mohr-Coulomb. Les caractéristiques mécaniques sont identiques à celles figurant dans
le tableau II.1. Le coefficient de perméabilité vaut 10-5 m/s. Le maillage utilisé pour le
calcul est constitué de 7 groupes pour un total de 3160 éléments de massif de type
quadrilatère à 8 nœuds. La figure III.16 montre le maillage utilisé pour le calcul
numérique, et la figure III.17 présente la constitution des groupes d’éléments.

3160 éléments Q8

Figure III.16. Maillage utilisé pour le calcul numérique couplé

Groupe 1 Groupe 4 Groupe 6

Groupe 5 Groupe 2

Groupe 7
Groupe 3

Figure III.17. Constitution des groupes


d éléments finis

Dans ce modèle, les parois sont en béton, supposé élastique linéaire de module
d’Young E= 10 000 MPa, de coefficient de perméabilité égal à 10-10 m/s et de
coefficient de Poisson ν= 0,2. On néglige les effets d’installation (contraintes
résiduelles dans les parois, remaniement du sol, dégradations des propriétés
mécaniques, déformée initiale des parois...). Les parois sont donc supposées en place
et en équilibre avec l’état de contraintes initial du massif de sol.

98
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

III.6.2.3. Description des étapes de calcul


Le calcul est réalisé par un enchaînement de cinq étapes :
• Étape 0 – Initialisation des contraintes et de la pression interstitielle
L’état initial est simulé par un champ de contraintes effectives géostatique avec
γ’ = 10 kN/m3 (option SIG du module CHAR avec ICAL=0 et IOPT=3) et un champ
de pression hydrostatique γw = 10 kN/m3 (option INP).

• Étape 1 – Rabattement de la nappe


La première étape du calcul consiste à simuler le rabattement de la nappe du niveau
initial au niveau H - 7,5 m. Cette opération a été simulée simplement à l’aide de
l’option NAP. La variation du poids volumique dans la zone située au-dessus de la
nappe est simulée par l’option de chargement SIG en définissant le niveau de la nappe
et la densité de forces volumiques correspondant à cette variation.

• Étape 2 – Première phase d’excavation


Après le rabattement de la nappe, la fouille est excavée jusqu’au niveau H - 7,5 m. La
modélisation de cette excavation se réalise par l’option de chargement LAM. Les
forces de déconfinement sont calculées à partir de la lecture sur fichier de l’état de
contrainte issu du calcul effectué à l’étape 1.

• Étape 3 – Remontée de la nappe


La nappe est ensuite remontée au niveau H-2 m. La simulation numérique de cette
étape est identique à l’étape 1 ; on signale cependant que la force volumique due à la
variation du poids volumique du sol (la zone à l’extérieure de la fouille) à appliquer
dans l’option SIG est de signe négatif. Dans la fouille, l’effet de remontée de la nappe
se traduit par une pression hydrostatique PHS sur le contour de l’excavation.

• Étape 4 – Deuxième phase d’excavation


La deuxième phase d’excavation consiste à excaver la fouille sous la nappe jusqu’au
niveau H-15 m. Comme à l’étape 2, cette phase d’excavation est modélisée par
l’option LAM pour calculer les forces de surface appliquées sur le contour de
l’excavation à partir du champ de contraintes totales issu de la lecture du fichier des
résultats de l’étape 3. La pression hydraulique due à l’existence de la nappe dans la
zone excavée est simulée par l’option PHS (pression hydrostatique).

Si l’excavation est réalisée longtemps après la correction de la nappe, on peut


considérer la pression dans le massif comme hydrostatique et l’excavation peut être
simulée simplement en appliquant sur le contour des forces de déconfinement
calculées à partir d’un champ de contraintes effectives (on rappelle, que grâce à
l’option SRE, on peut stocker dans le fichier de résultats, suivant le choix de
l’indicateur KSRE, le champ de contraintes effectives au dernier pas de temps).

99
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

III.6.2.4. Résultats des calculs


On présente ici les résultats des calculs en termes de pression interstitielle et de
contraintes effectives verticales, suivant la profondeur dans le massif de sol derrière la
paroi et dans le sol au-dessous de la fouille d’excavation (coupe AB et CD – figure
III.18).

Coupe CD
Coupe AB
Paroi

Sol saturé

Figure III.18. Position des coupes suivant lesquelles les contraintes et pressions sont tracées

Les figures III.19 et III.20 présentent la distribution de la pression dans le massif de


sol sur les deux coupes verticales considérées de part et d’autre du soutènement
(coupes AB et CD). On constate que la pression correspond bien au niveau de la nappe
après chaque phase de construction. La simulation des mouvements de la nappe
s’avère satisfaisante.

70
Niv. nap. 68.0 Initial
Etape 1
Niv. nap. 62.5 Etape 2
60
Etape 3
Hauteur de la couche (m)

Etape 4
50

40

30

20

10

Pression dans le massif de sol (kPa)


0
0 100 200 300 400 500 600 700
Figure III.19. Pressions dans le massif de sol suivant la coupe CD

100
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

70
Niv. nap. 68.0 Initial
Etape 1
Niv. nap. 62.5 Etape 2
60
Etape 3

Hauteur de la couche (m)


Etape 4
50

40

30

20

10

Pression au dessous d’excavation (kPa)


0
0 100 200 300 400 500 600 700
Figure III.20. Pressions dans le sol au-dessous de la fouille suivant la coupe AB

En ce qui concerne les contraintes effectives (figures III.21 et III.22), après la première
étape de calcul, le rabattement de la nappe conduit à une diminution des contraintes
effectives (signe négatif) à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur de la zone excavée. Cette
diminution de contraintes effectives se traduit par des tassements à la surface du
massif.

La deuxième étape du calcul, consistant à simuler la première phase d’excavation


jusqu’au niveau 62,5 m se traduit par une augmentation (δσ >0) des contraintes
effectives au-dessous de la zone excavée.

Dans la troisième étape du calcul, la nappe est remontée au niveau 68,0 m, générant
une diminution des contraintes effectives verticales à l’extérieur de la fouille (au-
dessous de la nappe). Il est intéressant de noter qu’à l’intérieur de la fouille, la
remontée de la nappe entraîne une diminution des contraintes effectives, alors que ce
ne serait pas le cas dans un problème unidimensionnel comme celui traité au III.6.1.

Finalement, la quatrième étape simulant la deuxième phase d’excavation au niveau


55,0 m est marquée par une augmentation des contraintes effectives (δσ’z > 0) à
l’intérieur de la zone excavée, ce qui conduit à des déplacements positifs (gonflement)
au fond de fouille.

101
Chapitre III : Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

70
Initial
Etape 1
Niv. exc. 62.5 Etape 2
60
Etape 3

Hauteur de la couche (m)


Niv. exc. 55.0 Etape 4
50

40

30

20

10

Contrainte eff. dans le massif (kPa)


0
0 -100 -200 -300 -400 -500 -600 -700 -800
Figure III.21. Contraintes effectives verticales dans le massif suivant la coupe CD

70
Initial
Etape 1
Niv. exc. 62.5 Etape 2
60
Etape 3
Hauteur de la couche (m)

Niv. exc. 55.0 Etape 4


50

40

30

20

10

Contrainte eff. au dessous d’excavation (kPa)


0
0 -100 -200 -300 -400 -500 -600 -700 -800
Figure III.22. Contraintes effectives dans le sol au-dessous de la fouille suivant la coupe AB

La figure III.23 montre les développements des points plastiques dans le massif de sol
après l’étape finale de calcul. On constate une concentration des déformations
plastiques au fond d’excavation et devant les parois.

102
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Nappe d'eau

Fond d'excavation

Sol saturé

Figure III.23. Distribution des points plastiques dans le massif après l’étape de calcul finale

III.7. CONCLUSIONS
La modélisation des ouvrages de soutènement réels passe nécessairement par la prise
en compte du phasage de construction et du couplage hydromécanique. Parmi les
modules de calcul disponibles dans le logiciel CÉSAR-LCPC, deux ont été
spécialement développés pour réaliser des calculs couplés. Il s’agit du module MPNL
et du module CSNL.

Après avoir réalisé deux exemples simples de calcul en conditions uni- et


bidimensionnelles, on a constaté que le module de calcul MPNL pose certaines
difficultés, principalement pour reprendre un état de contraintes d’une étape de calcul
à la suivante et pour simuler l’excavation.

On a alors préféré utiliser le module d’analyse de la consolidation CSNL en l’adaptant


pour pouvoir simuler les différentes phases de construction d’un ouvrage de
soutènement dans un massif saturé en prenant en compte la présence d’eau dans le
terrain. Les adaptations consistent à faciliter : l’initialisation de l’état de contraintes et
de pressions en reprise des résultats des étapes de calcul, la modélisation de
mouvement de la nappe, et en dernier lieu l’exploitation des résultats.

Suite à ces quelques modifications dans le module CSNL, il est maintenant possible
d’effectuer simplement un enchaînement de plusieurs calculs pour prendre en compte
des phases d’excavation associées à des modifications de la nappe lors de la
construction des ouvrages de soutènement.

À travers quelques exemples simples en conditions uni- et bidimensionnelles, on a


montré comment ce type de calcul peut être préparé et les exploitations possibles. Les
résultats des calculs s’avèrent satisfaisants. Il nous reste maintenant à valider les
calculs avec des résultats de mesures sur des ouvrages réels.

103
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Chapitre IV

Modélisations numériques couplées d’ouvrages de


soutènement expérimentaux
IV.1. INTRODUCTION
La prise en compte des effets de l’eau dans les calculs numériques à l’aide du module
couplé CSNL a été présentée dans le chapitre précédent à travers des exemples de
calculs simples aux conditions uni- et bidimensionnelles. Cependant, la validation des
modèles de calcul nécessite la confrontation à des ouvrages réels. D’une part, cela
permet de construire des modèles qui respectent la géométrie réelle et les phases de
construction des ouvrages et, d’autre part, cela donne l’occasion de confronter les
résultats des calculs à des mesures expérimentales.

Dans ce chapitre, on a choisi de modéliser à l’aide du module CSNL le comportement


en cours de construction de deux ouvrages dans lesquels les effets hydrauliques sont
très marqués. Ces ouvrages font l’objet d’une instrumentation, dont la présentation est
tirée de la littérature.

En premier lieu, on s’intéresse à une excavation sous la nappe lors de


l’expérimentation réalisée par le CUR à Rotterdam-Pernis (Pays-Bas). Le projet
consiste à instrumenter et observer le comportement de rideaux de palplanches
expérimentaux au cours de différentes phases d’excavation associées à des
mouvements de la nappe. Afin de vérifier l’intérêt du traitement couplé pour la
modélisation des ouvrages de soutènement, on compare les résultats des calculs couplé
et découplé.

On s’intéresse ensuite au comportement d’un massif de sol autour d’un panneau de


paroi moulée en cours de construction. Il s’agit de la réalisation d’une tranchée de 40
mètres de profondeur, soutenue par de la bentonite puis du bétonnage en place un
panneau en béton armé. On propose une modélisation en configuration
tridimensionnelle, dont le but est de discuter comment on peut simuler la mise en place
de la paroi moulée et l’état de contraintes dans le massif à la fin de la construction.

IV.2. MODELISATION NUMERIQUE DU COMPORTEMENT DE LA FOUILLE


EXPERIMENTALE DE ROTTERDAM-PERNIS
L’ouvrage est une fouille expérimentale creusée dans des argiles molles et des tourbes
et soutenue par des rideaux de palplanches. Les travaux ont été réalisés et suivis par le
CUR (Centre hollandais de recherche en génie civil et de réglementation) en
coopération avec l’Université de Technologie de Delft. Le but de cette
expérimentation est de vérifier le fonctionnement du système de mesures

105
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

(déplacements, pressions de l’eau et de sols dans le massif, moment de flexion dans le


rideau…), de discuter l’influence sur la rigidité du rideau du glissement et de la
rotation dans les serrures des palplanches, et enfin d’analyser le comportement de
l’ouvrage durant les différentes phases de construction associées à des mouvements
d’eau dans le terrain à court terme et à long terme. Pendant sa construction, l’ouvrage
a été instrumenté et observé de telle sorte qu’il offre tous les éléments nécessaires pour
valider les méthodes de calcul pour ce type d’ouvrage. À cette occasion, un concours
de prévision de comportement d’ouvrage pour les trois premières étapes de
construction a été lancé en mars 1999. Ce concours a enregistré au total 23 prévisions,
dont la plupart sont effectuées par la méthode des éléments finis ou par celle des
coefficients de réaction.

L’étude numérique présentée ici n’a pas été réalisée dans le contexte de ce concours de
prévision, dans la mesure où tous les résultats d’observation sont publiés (Kort, 2002).
Cependant, elle permet de valider le modèle de calcul couplé, notamment la prise en
compte des phases de construction et des mouvements de la nappe. De plus, le choix
des paramètres pour les calculs numériques est tiré du dossier géotechnique sans
modification ou correction majeure.

Après une brève présentation du site de construction et un rappel des caractéristiques


de l’ouvrage, on propose deux modélisations numériques : une modélisation simplifiée
découplée avec le module mécanique MCNL et une solution couplée complète avec le
module CSNL. Pour chacune, on présente les hypothèses de calcul et les étapes de la
modélisation, les résultats obtenus ainsi qu’une confrontation avec les mesures.
IV.2.1. Description du site et de l’ouvrage
Le site se situe à côté de Pernis, dans la banlieue ouest de Rotterdam. C’est sur un
terrain d’environ 20×50 mètres dans Pernisserpark que l’expérimentation a été menée.
IV.2.1.1. Géotechnique
Avant l’installation de l’ouvrage expérimental, une campagne d’investigation en place
et des essais en laboratoire ont été réalisés pour identifier les couches de sols. La
lithologie du site comporte cinq couches :
• le « substratum » est constitué par une couche de sable, d’épaisseur non reconnue,
dont le toit se situe à la cote -17,50 ;
• cet horizon sableux est surmonté par une série de sols mous de 16 m d’épaisseur
qui se décompose en :
ƒ une couche d’argile sablo-limoneuse de 7 m d’épaisseur, entre les niveaux
-17,50 m et -10,50 m ;
ƒ une couche de tourbe et d’argile tourbeuse de 4,75 m d’épaisseur, entre les
niveaux -10,50 m et -5,75 m ;
ƒ une couche d’argile sablo-limoneuse de 4,25 m d’épaisseur, entre -5,75 et
-1,50 m;
• des remblais de sable ont été mis en place sur le site, sur une épaisseur d’environ 1
mètre (pour rendre le site accessible aux engins).

106
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Les essais pour déterminer les caractéristiques mécaniques des couches de sols sont,
d’une part, des essais en laboratoire : triaxiaux, oedométriques et d’autre part, des
essais en place : pressiomètre Ménard, cône pressiométrique, scissomètres.

Les caractéristiques mécaniques du sol extraites de la thèse de D.A. Kort (2002) sont
rapportées dans le tableau IV.1 pour les essais triaxiaux, dans le tableau IV.2 pour les
essais oedométriques et dans le tableau IV.3 pour les essais au pressiomètre Ménard.

Tableau IV.1. Caractéristiques mécaniques du sol – Essais triaxiaux CU


Niv. Sup. Niv. Inf. γ c’ ϕ’ Eu50
3
Couches de sols (m) (m) (kN/m ) (kPa) (deg) (kPa)
Sable de remblai -0,60 -1,50 17,00 - 35,0 -
Argile limoneuse à la surface -1,50 -2,50 16,75 16,1 20,3 3200
Argile limoneuse sableuse -2,50 -5,75 16,75 18,3 16,0 3700
Tourbe -5,75 -9,00 10,10 14,3 22,7 2650
Tourbe très argileuse -9,00 -10,50 11,40 21,8 15,7 3200
Argile organique -10,50 -12,50 13,90 8,7 16,7 5200
Argile légèrement sableuse -12,50 -17,00 16,34 15,1 16,8 8200
Sable limoneux -17,00 20,00 11,5 38,3 -

Tableau IV.2. Caractéristiques mécaniques du sol – Essais œdométriques


Niv. Sup. Niv. Inf. Cs Eoed k
Couches de sols (m) (m) (kPa) (m/s)
Sable de remblai -0,60 -1,50 - - -
Argile limoneuse à la surface -1,50 -2,50 0,01 5600 6,3.10-10
Argile limoneuse sableuse -2,50 -5,75 0,01 8600 5,7.10-10
Tourbe -5,75 -9,00 1,02 1000 1,1.10-9
Tourbe très argileuse -9,00 -10,50 0,69 1300 9,1.10-10
Argile organique -10,50 -12,50 0,03 1200 2,6.10-10
Argile légèrement sableuse -12,50 -17,00 0,04 2000 2,5.10-10
Sable limoneux -17,00 0,17 - 3,4.10-10

Tableau IV.3. Caractéristiques mécaniques du sol – Pressiomètre Ménard


Niv. Sup. Niv. Inf. pl EM EMmoyen
Couches de sols (m) (m) (kPa) (kPa) (kPa)
Sable de remblai -0,60 -1,50 - - -
Argile limoneuse à la surface -1,50 -2,50 480 1800-2400 2100
Argile limoneuse sableuse -2,50 -5,75 240 1300-2100 1825
Tourbe -5,75 -9,00 140 900 900
Tourbe très argileuse -9,00 -10,50 140 800-1300 1050
Argile organique -10,50 -12,50 100 600 600
Argile légèrement sableuse -12,50 -17,00 710 600-5900 4400
Sable limoneux -17,00 1450 8300-8900 8600

107
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

IV.2.1.2. Ouvrage
L’ouvrage est constitué d’une enceinte rectangulaire en palplanches métalliques,
butonnée en tête au-dessus du niveau du terrain naturel, à l’abri de laquelle le terrain
est excavé. Les dimensions en plan de cette fouille sont de 12,25×13,60 mètres. Les
grands côtés constituent les rideaux de palplanches testés tandis que les petits côtés
sont des murs de garde (figure IV.1).

Figure IV.1. Fouille expérimentale de Rotterdam-Pernis (Pays-Bas)

Des dispositions ont été prises pour que cette fouille rectangulaire reproduise le
comportement d’un ouvrage plan. Ces dispositions consistent en deux rideaux de puits
remplis de bentonite dont la fonction est d’isoler les bords latéraux de la fouille. Ainsi
le massif sur ces bords ne peut se trouver en appui sur les angles de la fouille.

108
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Figure IV.2. Vue générale de l’expérimentation après la rupture de l’AZ13 (31 janvier 2000)
- Extrait de la thèse de D.A. Kort (2002)

Les rideaux expérimentaux sont constitués de palplanches Arbed AZ13 pour le rideau
nord et de palplanches Hoesch L607K pour le rideau sud (figure IV.3).

Figure IV.3 : Sections des palplanche AZ13 et L607K et position des jauges de mesures

Ces deux rideaux de palplanches sont descendus à la cote -18,00 m et sont butonnés à
la cote +0,75 m. Le butonnage est constitué de profilés métalliques fixés, à une
extrémité, à une lierne disposée horizontalement le long du rideau de palplanches et, à
l’autre extrémité, à une poutre métallique de forte inertie supposée infiniment rigide.

109
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

Les caractéristiques des palplanches des rideaux expérimentaux sont données dans le
tableau IV.4.

Tableau IV.4. Caractéristiques des rideaux de palplanches


Type b h S M W I Nuance
(mm) (mm) (mm²/m) (kg/m²) (mm3/m) (cm4/m)
AZ13 670 303 13700 107 1300 19700 S240GP
L607K 600 435 24400 192 3220 70030 S390GP

Les notations adoptées sont les suivantes :


b : largeur des palplanches ; M : masse de l’écran, par mètre carré ;
h : largeur de l’emprise de l’écran ; W : module d’inertie de l’écran, par mètre ;
S : surface de l’écran, par mètre ; I : inertie de l’écran, par mètre.

Le plan de l’instrumentation installée sur le site comporte :


• 10 inclinomètres solidarisés à quatre palplanches ;
• 2 inclinomètres installés derrière chaque écran testé ;
• 9 piézomètres électriques à 1,50 m derrière les parois expérimentales ;
• 19 points de contrôle de tassement à la surface de terrain de deux côtés de
l’ouvrage ;
• de nombreux autres instruments électriques installés dans le fond de fouille pour
contrôler les mouvements et la pression dans cette zone.
IV.2.1.3. Phasage d’excavation
Pour une description plus détaillée du phasage de l’expérimentation, on peut se
rapporter à la thèse de D.A. Kort (2002). L’expérimentation est réalisée en trois
parties : la première forme une expérimentation en condition à court terme, la
deuxième consiste dans l’application d’une surcharge du côté des palplanches AZ13 et
la troisième est un suivi à long terme.

Les phases de travaux peuvent être résumées de la façon suivante :


• trois mois avant tous les travaux, une couche de sable a été mise en place jusqu’au
niveau -0,5 m ;
• la première phase consiste à réaliser une première excavation jusqu’au niveau -4 m,
en rabattant en même temps le niveau de la nappe dans l’enceinte des parois. Les
matériels d’excavation sont placés le plus loin possible vers l’ouest et l’est de
l’ouvrage de façon à éviter l’effet de surcharge sur les parois AZ13 et L607K ;
• dans la deuxième phase, la nappe est remontée au niveau initial -1,5 m dans la
fouille avant de réaliser la deuxième excavation jusqu’au niveau -7 m (excavation
sous l’eau) ;
• la troisième phase consiste à abaisser la nappe au niveau -5 m dans la fouille. Cette
opération est réalisée en cinq étapes. Les niveaux intermédiaires sont -2,5 m ; -3,5
m ; -4 m et -4,5 m.

110
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

La figure IV.4 illustre les trois premières phases (1 à 3) formant la première partie de
l’expérimentation, qui faisaient l’objet du concours de prévision.

Figure IV.4. Phasage de l’expérimentation à court terme

Après la troisième étape, on a constaté que le chargement n’était pas suffisant pour
provoquer la rupture du rideau. Il a été décidé de poursuivre l’expérimentation par
plusieurs étapes d’incrément de chargement sur le rideau AZ13. Dans l’étude
numérique présentée dans la suite, on ne s’intéresse qu’aux deux premières phases de
mise en surcharge derrière le rideau AZ13 et au comportement de l’ouvrage à long
terme :
• dans la quatrième phase, on laisse monter le niveau d’eau dans la fouille jusqu’au
niveau -1,50 m avant de mettre en place un remblai de dimension 9×9 m derrière le
rideau AZ13 jusqu’au niveau +1,00 m ;
• le niveau d’eau dans l’enceinte de la fouille est abaissé à nouveau au niveau
-5,00 m dans la cinquième phase ;
• et enfin, dernière phase, on mesure l’évolution des déplacements des parois
pendant six mois.

IV.2.2. Modélisation couplée à l’aide du module CSNL


En premier lieu, les calculs sont réalisés par un processus couplé complet en utilisant
le module CSNL du logiciel CÉSAR-LCPC, qui a été adapté pour pouvoir modéliser
l’enchaînement de plusieurs étapes de calcul en prenant en compte l’influence des
mouvements de la nappe (Chapitre III).
IV.2.2.1. Modèle et maillage
On simplifie souvent le maillage des fouilles d’excavation en ne prenant en compte
que la moitié de l’excavation pour des raisons de symétrie. Toutefois, sur le site
expérimental, les deux rideaux n’ont pas les mêmes caractéristiques mécaniques et il
est donc nécessaire de tenir compte des deux rideaux dans la modélisation.

Le maillage d’éléments finis est composé de 850 éléments quadrangulaires à 8 nœuds


et 2057 éléments triangulaires à 6 nœuds répartis en 16 groupes pour un total de 6782
nœuds (figure IV.5).

111
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

AZ13 L607K

Figure IV.5. Schéma du maillage de calcul

IV.2.2.2. Caractéristiques des sols


Le comportement du massif de sol est décrit au moyen du modèle élastoplastique à
critère de Mohr-Coulomb, qui comporte cinq paramètres :
E’, module d’Young drainé ;
ν, coefficient de Poisson ;
c’, cohésion effective ;
ϕ’, ψ, angle de frottement interne effectif et angle de dilatance.

Pour simplifier, le modèle numérique utilisé compte seulement 6 couches de sols. Les
paramètres du modèle de calcul sont déduits des résultats des investigations en place et
des essais de laboratoire présentés dans la section IV.2.1.1.

Massif de sol
Le choix des paramètres de sol utilisés pour les calculs numériques (en particulier le
module élastique) a souvent une influence très importante sur les résultats.

Dans le cadre du concours de prévision du comportement de cette fouille


expérimentale, les paramètres de sol utilisés par les auteurs qui ont mis en œuvre la
méthode des éléments finis sont très différents (Kort, 2002). En analysant les résultats
et en les confrontant aux mesures, Kort arrive à deux conclusions intéressantes :
• les paramètres à utiliser pour la modélisation doivent être adaptés au choix du
modèle de comportement de sols. Ceci veut dire implicitement que le choix du type
d’essai dépend du modèle de sol et vice versa ;
• l’utilisation d’un modèle de comportement sophistiqué ne garantit pas
automatiquement une meilleure qualité des résultats. Plus le modèle est avancé,
plus l’utilisation est délicate et nécessite de l’expérience et du savoir-faire qui ne
peut s’acquérir qu’en pratiquant des calculs sur des ouvrages similaires.

Par ailleurs, selon Mestat (2002), la compatibilité du module élastique choisi avec la
loi de comportement utilisée signifie que, pour les modèles élastiques ou
élastoplastiques, toute mesure de E doit être faite dans ce que « l’utilisateur du
modèle » a défini comme étant le domaine élastique. Dans ce contexte, le module

112
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

tangent à l’origine Eo est généralement utilisé pour déterminer le module d’Young,


associé au modèle élastoplastique parfait de Mohr-Coulomb.

Pour déterminer les modules élastiques des couches de sols, nous avons utilisé les
courbes de comportement à l’appareil triaxial fournies par l’université Delft dans le
cadre du concours de prévision. Nous avons appliqué la méthode des moindres carrés
aux modules de déformation initiale. Le module vaut alors :
N

∑q ε
i =1
i i
où N est le nombre de points expérimentaux (qi,εi)
E= N correspondant à un niveau de déformation inférieur à une
∑ (ε
i =1
i )2 certaine valeur (ici 1%).

Par ailleurs, on peut aussi évaluer le module élastique des sols à partir des résultats
d’essais pressiométriques réalisés sur le site ou à partir des essais oedométriques. Cette
évaluation fait appel à la corrélation proposée par Dauvisis et Ménard (1964) entre le
module pressiométrique du sol et son module oedométrique :
EM
E oed =
α

Le module oedométrique et le module d’élasticité sont reliés par :


E (1 − ν )
E oed =
(1 + ν )(1 − 2ν )

L’application de ces expressions a été faite avec une valeur de α=0,33 et un coefficient
de Poisson ν=0,2. Les valeurs des modules d’élasticité des sols obtenues de cette façon
sont présentées dans le tableau IV.5 ainsi que sur la figure IV.6.

Tableau IV.5. Détermination du module d’élasticité E (kPa) à partir des essais


Triaxial Oedomètre Pressiomètre
Couches de sols Eu Eo’ Eoed E’ EM E’
Sable 20000 17300 - - - -
Argile limono-sableuse 6660 5330 7600 6840 2100 5727
Tourbe 2925 2340 1150 1035 960 2618
Argile organique 3650 2920 1200 1080 600 1636
Argile sableuse 8200 7320 2000 1800 4400 12000
Sable limoneux - 22500 - - 8600 19359

Les résultats des essais triaxiaux, oedomètriques et pressiomètriques sont ainsi


rapportés dans l’annexe IV de ce mémoire.

113
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

25000

20000

15000
Triaxiaux
10000 Oedomètres
Pressiomètres
5000

0
Argile Tourbe Argile Argile Sable
limoneuse organique sableuse limoneux

Figure IV.6. Illustration de la variabilité des valeurs du module d’élasticité déduites des essais

On notera que les données utilisées dans les calculs sont celles déduites des essais
triaxiaux, les autres valeurs étant indiquées à titre de comparaison.

Enfin, les paramètres mécaniques et hydrauliques utilisés pour le calcul sont


rassemblés dans le tableau IV.6.

Tableau IV.6. Valeurs des caractéristiques mécaniques utilisées pour le calcul numérique
Couches γ’ c’ ϕ’ E’ ν kv
de sols (kN/m3) (kPa) (degré) (kPa) (m/s)
Sable 17,00 5 35,0 17300 0,3 1,0.10-5
Argile limo-sableuse 6,75 17,2 18,15 5330 0,2 6,0.10-10
Tourbe 2,3 14,9 18,37 2340 0,2 1,0.10-9
Argile organique 3,90 8,70 16,70 2920 0,2 3,0.10-10
Argile sableuse 6,34 15,05 16,83 7320 0,2 3,0.10-10
Sable limoneux 10,00 11,5 38,3 26000 0,3 3,0.10-10

Écrans et butons
Les butons sont constitués de poutres métalliques de forte inertie ; ils sont donc
supposés infiniment rigides. Deux solutions ont été étudiées pour simuler les appuis, la
première consiste à imposer un déplacement horizontal nul pour les deux points
d’appui. La deuxième solution consiste à considérer les butons comme des éléments de
massif ayant une grande rigidité. L’inconvénient de la deuxième solution est qu’elle
peut générer un moment de fléchissant non nul en tête de paroi. On a donc adopté la
première solution.

Les écrans de palplanches sont modélisés par des éléments de massif. Le matériau est
supposé élastique linéaire isotrope ; le module E est calculé en faisant l’hypothèse de
la conservation des rigidités en flexion.

L’inertie des palplanches AZ13 est égale à 19700 cm4/m, ce qui conduit à un produit
d’inertie égal à 41 370 kN.m².

114
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

Pour les palplanches L607K l’inertie égale à 70030 cm4/m a été réduite de 20% à 30%
conformément aux prescriptions de l’EUROCODE 3 Partie 5 pour tenir compte du
glissement dans les serrures. Cette corrélation tient compte du fait que la rigidité de la
paroi composée des doubles palplanches en section U est inférieure à celle d’une
section unique. En pratique, elle vise à prendre en compte différents facteurs :
• résistance de cisaillement du sol contre la palplanche ;
• supports latéraux ;
• supports transversaux ou poutre de couronnement ;
• particules de sols dans la serrure ;
• fixation des serrures pendant l’excavation ;
• lubrification dans les serrures ;
• rectitude des palplanches et phasage de l’installation.

Dans notre calcul, les palplanches AZ13 et L607K ont été modélisées comme des
écrans d’épaisseur uniforme h=300 mm et h=435 mm, respectivement, de module
éq éq
d’élasticité équivalent égal à E AZ 13 = 18467,3 MN/m et E L 607 K = 13574,6 MN/m. Le

module équivalent est donné par E éq = EI/Ieq, où Ieq est l’inertie équivalente de la
section d’écran considérée.

Tableau IV.7. Caractéristiques mécaniques des palplanches utilisées pour le calcul numérique
Palplanche b h hequiv EI Iéquiv βI Eéquiv
(m) (m) (m) (kNm²) (m4) (kPa)
AZ13 0,67 0,303 0,3 41370 0,00225 1,0 18467300
L607K 0,6 0,435 0,44 147260 0,00710 0,6-0,8 13574600

IV.2.2.3. Mise en œuvre de la modélisation numérique


Les calculs numériques avec CSNL ont été réalisés en neuf étapes pour représenter les
différentes phases de travaux de réalisation et les mesures d’observation de
l’ouvrage :

• Initialisation (Étape 0)
Cette première étape de calcul consiste à reconstituer l’état de contraintes effectives
et de pression existant dans le massif avant travaux. En négligeant l’effet de
l’installation des palplanches, l’initialisation des contraintes effectives dans le
massif se fait à l’aide de l’option SIG (indicateur ICAL=0 et IOPT=3) en
représentant fidèlement l’état de contraintes effectives déterminé par les rapports
d’essais in situ (tableau IV.8).

• Mise en place de la couche de sable de protection (Étape de calcul 1)


Une couche de sable d’un mètre d’épaisseur a été mise en place trois mois avant
tous les travaux. L’effet de cette opération est simulé à l’aide de l’option POI pour
calculer le chargement dû au poids volumique. Les conditions aux limites de charge
hydraulique sont imposées au niveau -1,50 mètre correspondant au toit de la nappe.

115
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

L’observation sur place constate un tassement en moyen de 0,016 mètres à la


surface du massif (CUR, 1999). Les calculs ont abouti à des résultats à peu près
identiques (0,012 m à l’intérieur et 0,017 m à l’extérieur de l’enceinte) avec une
surpression interstitielle moyenne de 16,50 kPa dans le massif après environ 90
jours. Il est à noter que les mesures des déplacements sont initialisées à zéro après
cette phase de travaux.

Tableau IV.8. État de contraintes initial


Couches de sols Niveau z (modèle) σov’ ∆σo’/∆z γ’ Ko
(m) (m) (kPa) (kN/m3)
Sable sup. -0,5 30 0,00 - - 0,427
Argile limoneuse -1,5 29 0,00 13,40 6,75 0,357
Argile limoneuse (n.c.) -2,5 28 -32,40 13,60 6,75 0,357
Tourbe -5,75 24,75 -46,00 3,60 0,30 0,234
Tourbe argileuse -9 21,5 -49,60 0,80 0,80 0,234
Argile organique -10,5 20 -50,40 7,20 3,90 0,392
Argile sableuse -16,1 14,4 -81,00 1,40 2,30 0,392
Argile silteuse -17 13,5 -82,40 4,00 8,00 0,392
Argile sableuse -17,5 13 -86,40 5,00 10,00 0,380
Sable limoneux -18 12,5 -91,40

• Rabattement de la nappe et excavation sans eau (Étape de calcul 2)


Dans cette troisième étape de calcul, on simule l’excavation du niveau -1,5 m au
niveau -4,0 m. Dans l’enceinte des parois, le sol et l’eau ont été retirés ensemble.
Cette phase d’exécution est modélisée avec l’option de chargement LAM calculant
les forces de déconfinement à appliquer sur le contour de l’excavation à partir d’un
champ de contraintes totales, résultant du calcul précédent (indicateur KSRE=1
dans l’option SRE). La simulation de la variation de la pression dans le massif due
au rabattement de la nappe consiste à imposer des conditions aux limites
correspondant à la variation de la charge hydraulique, qui est nulle à la surface de
l’excavation. On impose aussi une condition limite de charge hydraulique constante
à la surface libre de la nappe à l’extérieur de la fouille.

• Remontée de la nappe (Étape de calcul 3)


Le toit de la nappe est ensuite remonté du niveau -4,0 m au niveau initial -1,5 m
dans l’enceinte des parois. Cette phase d’exécution est simulée en imposant des
conditions aux limites correspondant à cette variation de la charge hydraulique sur
le fond de fouille pour simuler la variation de la pression dans le sol. On applique
aussi, sur les parois et sur le fond de fouille, des forces surfaciques de type PHS
dues à la remontée de l’eau.

• Excavation sous la nappe (Étape de calcul 4)


L’excavation est simulée en appliquant des forces de déconfinement calculées à
partir d’un champ de contraintes totales, issu de la lecture des résultats de l’étape
précédente (indicateur KSRE=1 dans l’option SRE). On combine dans ce cas

116
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

l’option de charge LAM avec l’option de chargement PHS qui simule le champ de
pression hydrostatique. Il est important de noter que, dans cette opération de
travaux, le niveau de la nappe est maintenu à -1,5 m. Une charge hydraulique
correspondante est imposée à la surface de l’excavation pour tenir compte de cette
condition.

Il est intéressant de noter que, si l’excavation était réalisée longtemps après la


modification du niveau de la nappe, on peut considérer la pression dans le massif
comme hydrostatique et l’excavation peut être simulée en calculant les forces de
surfaces qui sont appliquées sur le contour de l’excavation à partir du champ de
contraintes effectives, issu de la lecture des résultats de l’étape de calcul précédente
(indicateur KSRE=2 dans l’option SRE).

• Rabattement de la nappe à -5,0 m (Étape de calcul 5)


Cette opération de rabattement de la nappe dans l’enceinte de la fouille se traduit
par des forces surfaciques appliquées sur les parois et le fond de fouille (simulées
par l’option PHS) mais aussi par une variation de la pression d’eau dans le sol.
Cette variation de la pression hydraulique est modélisée dans CSNL en imposant
des variations de la charge hydraulique sur le fond de fouille.

• Remontée de la nappe au niveau -1,5 m (Étape de calcul 6)


La nappe est ensuite remontée à nouveau au niveau –1,5 m. La simulation de cette
opération est identique à celle de l’étape 3 ci-dessus.

• Mise en surcharge de la paroi AZ13 (Étape de calcul 7)


La paroi AZ13 est mise en surcharge par un remblaiement jusqu’au niveau 1,0 m
(1,5 mètres d’épaisseur) étendue sur une surface de 9 mètres derrière la paroi. Cette
surcharge est modélisée à l’aide de l’option PUR (pression uniforme). On notera
que le poids volumique du remblai est pris égal à 17 kN/m3.

• Rabattement de la nappe à –5,0 m et calcul à long terme (Étape de calcul 8)


Cette étape de calcul est identique à la cinquième étape de calcul. Il n’y a pas de
chargement nouveau ni de variation des conditions aux limites et on laisse les
pressions évoluer dans le sol.
IV.2.2.4. Prise en compte de l’évolution du problème dans le temps
Les phases 1 à 3 des travaux forment une expérimentation « à court terme » et la phase
6 est une expérimentation « à long terme ». La prise en compte du temps dans les
calculs se fait simplement en utilisant les caractéristiques hydrauliques présentées dans
les tableaux IV.4 et IV.6 et en respectant le planning de la réalisation des phases de
travaux présenté dans le tableau IV.9, extrait du document fourni par l’Université
Technique de Delft et de la thèse de D.A. Kort (2002).

Il est important de noter que les opérations des travaux ont commencé à 7 heures du
matin et que les mesures sont effectuées à 17 heures (Kort, 2002). Par ailleurs, pour

117
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

certaines phases de construction, le temps d’évolution n’est pas calculé du début à la


fin de l’opération mais jusqu’au moment où l’on effectue les mesures (par exemple, la
phase 5) ou au moment où une autre opération est réalisée (par exemple, la phase 2).

Tableau IV.9. Phasage de l’expérimentation (extrait du document de l’Université Technique de Delft)


N° Activités de l’expérimentation Date Temps
Début Fin d’évolution
0 Mise en place du remblai de sable 3 mois
Initialisation des mesures 13/04/99
1 Excavation à sec au niveau -4,0m 13/04/99 15/04/99 58h
2 Remontée la nappe dans la fouille à -1,5m 16/04/99 17/04/99 82h
3 Excavation sous la nappe au niveau -7,0m 19/04/99 22/04/99 82h
4 Baisse de la nappe jusqu’au niveau -5,0m 23/04/99 11/05/99 442h
5 Montée de la nappe dans la fouille à -1,5m 17/05/99 18/05/99 82h
6 Remblaiement derrière la paroi AZ13 19/05/99 20/05/99 188h
7 Baisse de la nappe jusqu’au niveau -5,0m 21/05/99 26/05/99 130h
8 Évolution du problème à long terme 26/05/99 11/08/99 3 mois

IV.2.2.5. Résultats des calculs

IV.2.2.5.1. Déroulement des calculs


Pour le modèle de Mohr-Coulomb utilisé, les calculs se sont déroulés sans problème
particulier. Une bonne convergence a été obtenue après chaque étape de calcul. Les
figures IV.7 à IV.10 présentent la distribution des points plastiques dans le massif de
sol après les étapes de calcul 2, 4, 5 et 8, respectivement.

Figure IV.7. Zone plastique générée dans le Figure IV.8. Zone plastique générée dans le
massif après l’excavation sans eau (calcul 2) massif après l’excavation sous l’eau (calcul 4)

Figure IV.9. Zone plastique générée dans le Figure IV.10. Zone plastique générée dans le
massif après rabattement de la nappe (calcul 5) massif après l’évolution à long terme (calcul 8)

118
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

On constate que les déformations plastiques commencent à se développer dans des


zones très limitées qui se concentrent au fond de fouille et au voisinage immédiat des
rideaux (calculs 2 et 4). Dans les étapes suivantes, les zones plastiques s’étendent
derrière le rideau. On remarque aussi que la zone plastique derrière la palplanche
AZ13 (à gauche sur les figures) est plus étendue à cause d’une rigidité moins
importante.

IV.2.2.5.2. Cinématique des déplacements de l’ouvrage


La figure IV.11 présente la cinématique des déplacements de l’ouvrage après l’étape
de calcul numéro 5 (rabattement de la nappe après l’excavation sous l’eau). On
constate sur cette figure que les déplacements ne sont pas identiques pour les deux
rideaux. Le rideau AZ13, ayant un produit d’inertie (EI) moins important par rapport à
celui du rideau L607K (41370 kNm²/m contre 147260 kNm²/m) subit des
déplacements latéraux plus importants sous l’effet de l’excavation et du rabattement
dans la fouille.

Contour déformé
0,1
Contour initial

Figure IV.11. Cinématique des déplacements de l’ouvrage après l’étape de calcul 5

Les figures IV.12 et IV.13 présentent les déplacements latéraux du rideau AZ13 et du
rideau L607K, respectivement, après les étapes de calcul 2, 4, 5 et 8 (à court terme).

Les figures IV.14 et IV.15 présentent les moments fléchissants du rideau AZ13 et du
rideau L607K, respectivement, après les étapes de calcul 2, 4, 5 et 8 (en conditions de
court terme). On constate clairement, sur les trois premières étapes de calcul,
l’influence du produit d’inertie (EI) sur les déplacements du rideau. Une inertie plus
importante conduit à des déplacements moins importants mais à un moment
fléchissant plus élevé (rideau L607K).

On peut aussi constater que, pour les deux premières étapes de calcul (excavation à sec
et excavation sous nappe), les déplacements et les moments varient relativement peu.
Cependant, le rabattement de la nappe (étape de calcul 5) génère une augmentation
importante des déplacements ainsi que du moment dans les parois.

119
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Calcul 2
30 Calcul 4
Calcul 5
Calcul 8
28

26 Niv. Nap.
25.5 m
24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements (m) - paroi AZ13
12
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18
Figure IV.12. Déplacements horizontaux du rideau AZ13 après les étapes de calcul 2, 4, 5, 8

32
Z (m) Calcul 2
30 Calcul 4
Calcul 5
Calcul 8
28

26 Niv. Nap.
25.5 m
24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements (m) - paroi L607K
12
-0.18 -0.16 -0.14 -0.12 -0.1 -0.08 -0.06 -0.04 -0.02 0
Figure IV.13. Déplacements horizontaux du rideau L607K après les étapes de calcul 2, 4, 5, 8

120
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

20
Calcul 2
Calcul 4

Distance du pied de l ecran (m)


18
Calcul 5
Calcul 8
16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-150 -100 -50 0 50 100 150 200 250 300
Figure IV.14. Moment fléchissant du rideau AZ13 après les étapes de calcul 2, 4, 5, 8

20
Calcul 2
Calcul 4
Distance du pied de l ecran (m)

18
Calcul 5
Calcul 8
16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi L607K
0
-300 -250 -200 -150 -100 -50 0 50 100 150
Figure IV.15. Moment fléchissant du rideau L607K après les étapes de calcul 2, 4, 5, 8

IV.2.2.5.3. Variation de la pression dans le massif


La figure IV.16 présente la variation de la pression hydraulique dans le massif de sol
après les étapes de calculs 3, 4, 5 et 6. Sur la figure IV.17, on montre les champs de
pression hydraulique à court terme et 3 mois après (étape de calcul 8 simulant le
rabattement de la nappe au niveau –5,0 m). On constate nettement l’évolution de la
pression au cours du temps.

121
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

1 -1,5 m
2 -4,0 m
3
4 -10,5 m
5
6
-17,0 m
7
8
9
10
11 11

Etape de calcul 3 : Remontée de la nappe du -4,0 à -1,5

1 -1,5 m
2
3 -7,0 m
4 -10,5 m
5

6 -17,0 m
7
8
9
10

Etape de calcul 4 : Excavation sous la nappe (nappe = -1,5)

1 -1,5 m
2
-5,75 m
3
4
5 -12,5 m
6 -17,0 m
7
8
9
10

Etape de calcul 5 : Rabattement de la nappe à -5,0 m

1
2 Equipotentielles
3 pression (kPa)
4
1 : p = 0.
5
3 : p = 60.
6 5 : p = 120.
7
7 : p = 180.
8
9 : p = 240.
9
10
11 : p = 300.

Etape de calcul 6 : Remontée de la nappe au 1,5 m

Figure IV.16. Distribution de la pression hydraulique après les étapes de calcul 3, 4, 5 et 6

122
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

1 1 -1,5 m
2
2
3 -4,0 m
3
4 3 3 4
5 4 5 -10,5 m
6 5
6
6
7 -17,0 m
8
9
10
11 11

Etape de calcul 8 : Rabattement de la nappe à -5,0 m (court terme)

2 Equipotentielles
3 pression (kPa)
4
1 : p = 0.
5
3 : p = 60.
6 5 : p = 120.
7
7 : p = 180.
8
9
9 : p = 240.
10 11 : p = 300.
11

Etape de calcul 8 : Rabattement de la nappe à -5,0 m (3 mois après)

Figure IV.17. Variation de la pression hydraulique à court terme et 3 mois après résultante de l’étape
de calcul numéro 8

IV.2.3. Confrontation avec les données expérimentales


Dans cette partie, les résultats des calculs réalisés à l’aide du module couplé CSNL
sont confrontés avec les mesures (extraites de la thèse de Kort, 2002) de déplacements
latéraux des parois et de moments fléchissants, ainsi qu’avec les pressions latérales des
terres et de l’eau pour les différentes étapes de construction.
IV.2.3.1. Déplacements de la paroi Arbed AZ13 du rideau nord
Les mesures de déplacements dans les parois (Kort, 2002) sont effectuées au moyen
des tubes inclinométriques installés dans les parois, en supposant que les déplacements
au pied de la paroi sont nuls.

On regarde d’abord les déplacements latéraux et le moment fléchissant de la paroi


AZ13 du rideau nord. Les figures IV.18 à IV.23 montrent les courbes de déplacements
et de moment fléchissant de la paroi AZ13 après les trois premières phases de

123
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

construction. Les figures IV.24 et IV.25 présentent les résultats du calcul après la mise
en place de la surcharge derrière la paroi AZ13 et les figures IV.26 et IV.27 les
résultats relatifs à l’évolution à long terme.

32
Z (m) Calcul 2
30 Mes. 15/04

28
Niv. Excav.
26 26.5 m

24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi AZ13
12
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12
Figure IV.18. Déplacements latéraux du rideau AZ13 – Excavation à sec - Calcul 2.

20
Calcul 2
Mes. 15/04
Distance du pied de l ecran (m)

18

16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-100 -50 0 50 100 150 200 250
Figure IV.19. Moment fléchissant du rideau AZ13 – Excavation à sec – Calcul 2

124
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Calcul 4
30 Mes. 22/04

28

26

24 Niv. Excav.
23.5 m
22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi AZ13
12
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12
Figure IV.20. Déplacements latéraux du rideau AZ13 – Excavation sous l’eau – Calcul 4

20
Calcul 4
Mes. 22/04
Distance du pied de l ecran (m)

18

16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-100 -50 0 50 100 150 200 250
Figure IV.21. Moment fléchissant du rideau AZ13 – Excavation sous l’eau – Calcul 4

125
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Calcul 5
30 Mes. 11/05

28

26 Niv. Nap.
25.5 m
24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi AZ13
12
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12
Figure IV.22. Déplacements latéraux du rideau AZ13 – Abaissement de la nappe – Calcul 5.

20
Calcul 5
Mes. 11/05
Distance du pied de l ecran (m)

18

16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-100 -50 0 50 100 150 200 250
Figure IV.23. Moment fléchissant du rideau AZ13 – Abaissement de la nappe – Calcul 5.

126
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Calcul 8
30 Mes. 26/05

28

26 Niv. Nap.
25.5 m
24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi AZ13
12
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18
Figure IV.24. Déplacements horizontaux du rideau AZ13 – Mise en surcharge – Calcul 8

20
Calcul 8
Mes. 26/05
Distance du pied de l ecran (m)

18

16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-150 -100 -50 0 50 100 150 200 250 300
Figure IV.25. Moment fléchissant du rideau AZ13 – Mise en surcharge – Calcul 8

127
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Calcul a long terme
30 Mes. 11/08

28

26 Niv. Nap.
25.5 m
24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi AZ13
12
0 0.04 0.08 0.12 0.16 0.2 0.24
Figure IV.26. Déplacements latéraux du rideau AZ13 – Évolution à long terme.

20
Calcul long terme
Mes. 11/08
Distance du pied de l ecran (m)

18

16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-200 -100 0 100 200 300 400
Figure IV.27. Moment fléchissant du rideau AZ13 – Évolution à long terme.

La confrontation des déplacements calculés de la paroi AZ13 aux mesures révèle une
parfaite concordance pour toutes les étapes de construction jusqu’à long terme.
Cependant, les moments de fléchissant au pied de la paroi pour les trois dernières
étapes de calcul semblent légèrement surestimés (calculs 5 et 8).

128
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

IV.2.3.2. Déplacements de la paroi Hoesch L607K du rideau sud


Les figures IV.28 à IV.33 présentent les déplacements et les moments fléchissants de
la paroi sud L607K issus des étapes de calculs 2, 4 et 5 et les comparent aux mesures
(comportement supposé à court terme). On constate aussi une bonne concordance.

32
Z (m) Calcul 2
30 Mes. 15/04

28
Niv. Excav.
26 26.5 m

24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi L607K
12
-0.1 -0.08 -0.06 -0.04 -0.02 0
Figure IV.28. Déplacements latéraux du rideau L607K – Excavation à sec – Calcul 2.

20
Calcul 2
Mes. 15/04
Distance du pied de l ecran (m)

18

16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi L607K
0
-400 -350 -300 -250 -200 -150 -100 -50 0 50 100
Figure IV.29. Moment fléchissant du rideau L607K – Excavation à sec – Calcul 2.

129
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Calcul 4
30 Mes. 22/04

28

26

24 Niv. Excav.
23.5 m
22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi L607K
12
-0.1 -0.08 -0.06 -0.04 -0.02 0
Figure IV.30. Déplacements latéraux du rideau L607K – Excavation sous l’eau – Calcul 4.

20
Calcul 4
Mes. 11/05
Distance du pied de l ecran (m)

18

16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi L607K
0
-400 -350 -300 -250 -200 -150 -100 -50 0 50 100
Figure IV.31. Moment fléchissant du rideau L607K – Excavation sous l’eau – Calcul 4.

130
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Calcul 5
30 Mes. 11/05

28

26 Niv. Nap.
25.5 m
24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi L607K
12
-0.1 -0.08 -0.06 -0.04 -0.02 0
Figure IV.32. Déplacements latéraux du rideau L607K – Abaissement de la nappe – Calcul 5

20
Calcul 5
Mes. 11/05
Distance du pied de l ecran (m)

18

16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi L607K
0
-400 -350 -300 -250 -200 -150 -100 -50 0 50 100
Figure IV.33. Moment fléchissant du rideau L607K – Abaissement de la nappe – Calcul 5.

Cependant, après l’application de la surcharge derrière la paroi AZ13, les mesures


témoignent de la poursuite du déplacement du rideau L607K, alors que les résultats
des calculs montrent un déplacement limité de cet écran. Les figures IV.34 et IV.35
présentent les résultats de calcul de la paroi L607K après cette étape de calcul. On
constate une sous-estimation de l’ordre de 20% des déplacements latéraux ainsi que
des moments de flexion.

131
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Calcul 8
30 Mes.26/05

28

26 Niv. Nap.
25.5 m
24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi L607K
12
-0.1 -0.08 -0.06 -0.04 -0.02 0
Figure IV.34. Déplacements latéraux du rideau L607K – Mise en surcharge – Calcul 8.

20
Calcul 8
Mes. 26/05
Distance du pied de l ecran (m)

18

16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi L607K
0
-400 -350 -300 -250 -200 -150 -100 -50 0 50 100
Figure IV.35. Moment fléchissant du rideau L607K – Mise en surcharge – Calcul 8.

IV.2.3.3. Pression de terre et de l’eau sur la paroi AZ13


Les figures IV.36 à IV.43 comparent les résultats des calculs et les mesures de la
pression latérale des terres et de la pression hydraulique sur la paroi nord du rideau
AZ13 à l’état initial, et après les étapes de calcul 2, 4 et 5. Sur les figures, les valeurs
positives et négatives se rapportent à la position devant et derrière la paroi
respectivement.

132
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

30
Initial
Z (m) Initial
Mes. 13/04
25

20

Paroi AZ13
15

10
Terre Fouille

Contraintes totales (kPa) - paroi AZ13


0
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
Figure IV.36. Contraintes totales latérales sur le rideau AZ13 – État initial.

30
Initial
Z (m) Initial
Mes. 13/04
25

20
Paroi AZ13

15

10
Terre Fouille

Pression hydraulique (kPa) - paroi AZ13


0
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
Figure IV.37. Pression hydraulique sur le rideau AZ13 – État initial.

133
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

30
Calcul 2
Z (m) Calcul 2
Exca. 26.5 Mes. 15/04
25

20

Paroi AZ13
15

10
Terre Fouille

Contraintes totales (kPa) - paroi AZ13


0
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
Figure IV.38. Contraintes totales latérales sur le rideau AZ13 – Excavation à sec - Calcul 2.

30
Calcul 2
Z (m) Calcul 2
Nap. 26.5 Mes. 15/04
25

20
Paroi AZ13

15

10
Terre Fouille

Pression hydraulique (kPa) - paroi AZ13


0
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
Figure IV.39. Pression hydraulique sur le rideau AZ13 – Excavation à sec – Calcul 2

Les résultats des calculs correspondent bien aux mesures après chaque opération de
travaux. Après l’excavation à sec, les contraintes latérales (totales) du sol et la pression
de l’eau diminuent convenablement au niveau de l’excavation (figures IV.38 et IV.39).

La nappe est ensuite remontée au niveau -1,5 m (z=26,5 m dans le modèle). Après
l’excavation sous la nappe, la pression est hydrostatique au-dessus du niveau
d’excavation à z=23,5 m (figures IV.40 et IV.41).

134
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

30
Nap. 29.0 Calcul 4
Z (m) Calcul 4
Mes. 22/04
25
Exc. 23.5

20

Paroi AZ13
15

10
Terre Fouille

Contraintes totales (kPa) - paroi AZ13


0
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
Figure IV.40. Contraintes totales latérales sur le rideau AZ13 – Excavation sous l’eau - Calcul 4.

30
Nap. 29.0 Calcul 4
Z (m) Calcul 4
Mes. 22/04
25
Exc. 23.5

20
Paroi AZ13

15

10
Terre Fouille

Pression hydraulique (kPa) - paroi AZ13


0
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
Figure IV.41. Pression hydraulique sur le rideau AZ13 – Excavation sous l’eau – Calcul 4

Et enfin, le rabattement de la nappe au niveau z=24,75 m se traduit par une baisse des
contraintes totales et de la pression du côté de la fouille (figures IV.42 et IV.43).

135
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

30
Calcul 5
Z (m) Calcul 5
Mes. 11/05
25
Exc. 23.5

20

Paroi AZ13
15

10
Terre Fouille

Contraintes totales (kPa) - paroi AZ13


0
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
Figure IV.42. Contraintes totales latérales sur le rideau AZ13 - Abaissement de la nappe -Calcul 5

30
Calcul 5
Z (m) Calcul 5
Mes. 11/05
25 Nap. 24.75

20
Paroi AZ13

15

10
Terre Fouille

Pression hydraulique (kPa) - paroi AZ13


0
-400 -300 -200 -100 0 100 200 300 400
Figure IV.43. Pression hydraulique sur le rideau AZ13 – Abaissement de la nappe – Calcul 5

IV.2.4. Modélisation numérique découplée avec MCNL


Dans un deuxième temps, on réalise une modélisation numérique simplifiée par un
processus découplé au moyen du module de calcul MCNL. Cette technique consiste à
modéliser les quatre premières étapes des travaux par des calculs à court terme en
utilisant des caractéristiques non drainées et un calcul à long terme en utilisant des
caractéristiques drainées pour la cinquième étape (rabattement de la nappe après le

136
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

remblaiement derrière le rideau AZ 13). Dans la dernière étape, l’effet de la variation


de la pression de l’état à court terme à l’état à long terme est simulé par l’option EFD
utilisée pour modéliser les effets différés (Chapitre II). On notera que l’utilisation de
EFD est limitée au domaine élastique.
IV.2.4.1. Modèle numérique utilisé
Dans ces calculs, on utilise le même maillage et la même configuration que pour les
calculs avec le module CSNL présentés ci-dessus. Le sol est considéré comme
élastique avec les caractéristiques mécaniques à court terme et à long terme présentées
dans le tableau IV.10.

Tableau IV.10. Caractéristiques mécaniques utilisées pour les calculs élastiques avec MCNL
Niv. Sup. γ K° Eu νu E’ ν’
(m NAP) (kN/m3) (kPa) (kPa)
Sable -0,50 17,00 0,73 17300 0,3 17300 0,3
Argile limon-sableuse -1,50 16,75 0,74 6660 0,499 5320 0,2
Tourbe -5,75 12,3 0,96 2925 0,499 2340 0,2
Argile organique -10,50 13,90 0,83 3650 0,499 2930 0,2
Argile sableuse -12,50 16,34 0,80 9150 0,499 7320 0,2
Sable limoneux -17,50 20,00 0,69 28400 0,499 26000 0,3

IV.2.4.2. Mise en œuvre de la modélisation numérique avec MCNL


Plus simples que les calculs effectués avec le module CSNL, les calculs numériques
avec MCNL pour simuler les différentes phases de construction de l’ouvrage, ont été
réalisés en sept étapes. L’enchaînement des calculs à court terme et à long terme
nécessite de mener tous les calculs en contraintes totales.

• Initialisation
L’état de contraintes totales dans le massif est initialisé simplement à l’aide de l’option
de chargement SIG (la couche de sable de protection est simulé comme géostatique).

• Excavation sans eau avec rabattement de la nappe – Étape de calcul 1


Dans cette étape, le sol et l’eau sont excavés jusqu’au niveau -4 m. La modélisation est
réalisée au moyen de l’option de chargement LAM pour calculer les forces de
déconfinement. Le calcul simplifié ne prend pas en compte la variation de la pression
dans le sol due au rabattement de la nappe.

• Remontée de la nappe – Étape de calcul 2


La remontée de la nappe dans la zone entre les parois est simulée en appliquant des
forces surfaciques de type PHS sur les parois et sur le fond de fouille.

• Excavation sous la nappe – Étape de calcul 3

137
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

L’excavation sous la nappe est simulée par l’option LAM pour calculer les forces de
surfaces appliquées sur le contour d’excavation à partir du champ de contraintes
totales issu de la lecture des résultats de l’étape précédente. On simule l’existence de la
nappe dans la fouille par l’option de chargement PHS.

• Rabattement de la nappe – Étape de calcul 4


La nappe est rabattue du niveau -1,5 m au niveau –5,0 m. La simulation de cette étape
est identique à celle de l’étape de calcul 2 mais avec des forces surfaciques de signe
inversé.

• Remontée de la nappe et mise en surcharge du rideau AZ13 – Étape de calcul 5


La remontée de la nappe est simulée comme pour l’étape 2. La surcharge derrière le
rideau AZ13 est simulée à l’aide de l’option PUR sur une longueur de 9 mètres
derrière le rideau (γremb = 17 kN/m3 et épaisseur égale à 1,50 m).

• Rabattement de la nappe – Étape de calcul 6


L’abaissement de la nappe jusqu’au niveau –5,0 m est simulé comme dans l’étape de
calcul 4.

• Évolution à long terme – Étape de calcul 7


Enfin, la dernière étape de calcul modélise l’évolution de la pression à long terme.
Cette variation est simulée par l’option EFD utilisée pour modéliser les effets différés
entre la situation à court terme et à long terme. Cette option consiste à définir une
densité volumique de forces associée à la différence entre l’état de contraintes à court
terme (Eu, νu) et l’état de contraintes qu’aurait provoqué le même chargement mais à
long terme (E’, ν). La simulation de la variation de la pression hydraulique consiste à
appliquer dans la zone au dessous de la surface d’excavation des forces volumiques au
moyen de l’option SIG (ICAL=2 et IOPT=4). Cette force volumique est la différence
entre le champ de pression hydraulique à long terme (calculé par le module
d’écoulement DTLI) et le champ de pression initiale.
IV.2.4.3. Résultats et confrontation
Sur les figures IV.44 à IV.53, on présente la comparaison des résultats des calculs
couplés avec CSNL et des calculs simplifiés avec MCNL concernant les déplacements
et les moments fléchissant de la paroi AZ13.

Après les deux premières phases de construction, les calculs simplifiés, bien qu’ils ne
tiennent pas compte de l’évolution de la pression hydraulique dans le temps et du
comportement élastoplastique du sol, donnent des résultats assez proches des mesures
pour les déplacements (figures IV.44 et IV.46). Concernant les moments, les résultats
sont moins satisfaisants par rapport aux calculs couplés (figures IV.45 et IV.47).

Pour les phases de construction suivantes (rabattement de la nappe, mise en surcharge


derrière la paroi AZ13, effet à long terme), les calculs simplifiés représentent

138
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

beaucoup moins bien le comportement de l’ouvrage. Les résultats sous-estiment les


déplacements latéraux et les moments.

Au fur et à mesure de l’avancement des travaux (pour les étapes de calcul à court
terme), les déplacements de l’ouvrage sont sous-estimés, et la variation de la pression
à prendre en compte à long terme (calcul 7) est aussi sous-estimée. Ceci explique la
qualité insuffisante des résultats de calcul à long terme.

32
Z (m) Csnl 2
30 Mcnl 1
Mes. 15/04
28
Niv. Excav.
26 26.5 m

24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi AZ13
12
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12
Figure IV.44. Déplacements latéraux du rideau AZ13 – Excavation à sec

20
Csnl 2
Mcnl 1
Distance du pied de l ecran (m)

18
Mes. 15/04
16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-100 -50 0 50 100 150 200 250
Figure IV.45. Moment fléchissant dans le rideau AZ13 – Excavation à sec

139
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Calcul 4
30 Mcnl 2
Mes. 22/04
28

26

24 Niv. Excav.
23.5 m
22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi AZ13
12
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12
Figure IV.46. Déplacements latéraux du rideau AZ13 – Excavation sous l’eau

20
Csnl 4
Mcnl 3
Distance du pied de l ecran (m)

18
Mes. 22/04
16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-100 -50 0 50 100 150 200 250
Figure IV.47. Moment fléchissant dans le rideau AZ13 – Excavation sous l’eau

140
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Csnl 5
30 Mcnl 4
Mes. 11/05
28

26 Niv. Nap.
25.5 m
24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi AZ13
12
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12
Figure IV.48. Déplacements latéraux du rideau AZ13 – Rabattement de la nappe

20
Csnl 5
Mcnl 4
Distance du pied de l ecran (m)

18
Mes. 11/05
16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-100 -50 0 50 100 150 200 250
Figure IV.49. Moment fléchissant dans le rideau AZ13 – Rabattement de la nappe

141
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Csnl 8
30 Mcnl 6
Mes. 26/05
28

26 Niv. Nap.
25.5 m
24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi AZ13
12
0 0.02 0.04 0.06 0.08 0.1 0.12 0.14 0.16 0.18
Figure IV.50. Déplacements latéraux du rideau AZ13 – Surcharge derrière AZ 13

20
Csnl 8
Mcnl 6
Distance du pied de l ecran (m)

18
Mes. 26/05
16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-150 -100 -50 0 50 100 150 200 250 300
Figure IV.51. Moment fléchissant dans le rideau AZ13 – Surcharge derrière AZ 13

142
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

32
Z (m) Csnl - long terme
30 Mcnl - long terme
Mes. 11/08
28

26 Niv. Nap.
25.5 m
24

22

20

18

16
Cote de la fouille
14
Deplacements horizontaux (m) - paroi AZ13
12
0 0.04 0.08 0.12 0.16 0.2 0.24
Figure IV.52. Déplacements latéraux du rideau AZ13 – Rabattement de la nappe à long terme

20
Csnl-long terme
Mcnl-long terme
Distance du pied de l ecran (m)

18
Mes. 11/08
16

14

12

10

6
Cote de la fouille
4

2
Moment flechissant (kNm/m) - paroi AZ13
0
-200 -100 0 100 200 300 400
Figure IV.53. Moment fléchissant dans le rideau AZ13 – Rabattement de la nappe à long terme

IV.2.4.4. Synthèses
Les calculs simplifiés, réalisés à l’aide du module mécanique MCNL en négligeant
l’effet de la variation de la pression hydraulique à court terme et en supposant un
comportement non drainé dans le sol durant les travaux, s’avèrent insuffisants pour
reproduire le comportement réel de l’ouvrage. Malgré des déplacements de la paroi
proches des mesures pour les deux premières phases de travaux, la confrontation des

143
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

résultats révèle les limites de cette approche. On voit donc la nécessité d’utiliser des
calculs couplés complets pour modéliser le comportement de l’ouvrage durant les
différentes phases de construction associées à des mouvements de la nappe.
IV.2.5. Conclusion
L’expérimentation de Rotterdam-Pernis fournit l’occasion de confronter la
modélisation numérique par élément finis à des mesures sur ouvrage, au cours de
travaux s’accompagnant de variations du niveau de la nappe.

La simulation des différentes étapes de construction de cet ouvrage au moyen du


module CSNL de CÉSAR-LCPC en utilisant un modèle de comportement élasto-
plastique de Mohr-Coulomb s’avère satisfaisante pour les différentes phases de
réalisation concernant les déplacements des parois, les moments de flexion, les
pressions latérales de sol et les pressions hydrauliques. Il est intéressant de noter que,
même si les calculs ne sont pas réalisés dans le contexte du concours de prévision
lancé par l’université Delft, les paramètres utilisés reflètent fidèlement les données de
la campagne d’investigation et permettent d’avoir des bons résultats.

Les résultats montrent que les mouvements de la nappe et l’évolution du problème


dans le temps ont une influence primordiale sur les déplacements latéraux des parois.
Une confrontation des résultats montre aussi que les calculs numériques couplés
(module CSNL) donnent des meilleurs résultats qu’un calcul simplifié avec des
processus découplés (module MCNL). Malgré des résultats en accord avec les mesures
pour les deux premières étapes de construction, les calculs simplifiés montrent vite
leurs limites. Il est donc nécessaire de procéder à des calculs couplés pour simuler ce
type de travaux, ou d’améliorer sensiblement la prise en compte de l’eau dans les
calculs découplés.

IV.3. MODELISATION COUPLEE DE LA MISE EN PLACE D’UN PANNEAU DE


PAROI MOULEE
On s’intéresse ici à la construction d’un panneau de paroi moulée expérimental de
section rectangulaire (2,8 m de long et 0,8 m de large) de 40 m de hauteur. Ce panneau
exécuté dans des sols sédimentaires a fait l’objet d’une instrumentation réalisée par
l’équipe géotechnique dirigée par Ng C.W.W. à l’Université des Sciences et de la
Technologie de Hong Kong en 1998. Le comportement du massif durant les phases
d’excavation et de bétonnage a été observé, instrumenté et mesuré. Les pressions
latérales mesurées juste après le bétonnage vérifient la théorie d’une pression
bilinéaire proposée par Ling et al. (1994).

Dans cette partie du travail, on a réalisé des calculs numériques couplés


tridimensionnels par la méthode des éléments finis au moyen du module CSNL dans le
but d’étudier comment il est possible de simuler le comportement de ce panneau de
paroi moulée. Après une brève présentation du site de la construction et un rappel des

144
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

caractéristiques des sols, on présente les hypothèses du calcul et les étapes de la


modélisation, les résultats obtenus ainsi qu’une confrontation avec les mesures.

Figure IV.54. Situation du site de l’expérimentation

IV.3.1. Description du site et de l’ouvrage

IV.3.1.1. Site et conditions géotechniques


Le site se situe à Kowloon, région à l’extrémité de Hong Kong, à l’est de la piste de
l’ancien aéroport international de Kai Tak. Il est entouré par le laboratoire central des
travaux publics et la baie de Kowloon, comme le montre la figure IV.54. Les figures
IV.55 et IV.56 présentent respectivement la section verticale de l’excavation
expérimentale et le plan d’instrumentation.

Le site est situé dans une zone bâtie gagnée sur la mer et la surface du sol est à 4,50 m
environ au-dessus du niveau de la mer, considéré comme le niveau de référence
(principal datum ou PD). Le niveau de la nappe est à 3 m environ au-dessous de la
surface du terrain.

145
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

La lithologie du site se décompose en 4 couches de sols :


• une couche de matériaux de remblai d’environ 6 m d’épaisseur,
• une couche de dépôt marin d’environ 10 m d’épaisseur,
• une couche d’alluvions de l’âge Quaternaire, d’environ 12 m d’épaisseur,
• et enfin une couche de granite altéré d’environ 12 m d’épaisseur reposant sur des
granites sains.

Les caractéristiques mécaniques du sol ont été évaluées principalement par des essais
de pénétration standard (SPTs) et par l’interpolation des conditions géotechniques dans
cette région de Kowloon. Elles sont rassemblées dans le tableau IV.11, extrait du
travail réalisé par Ng et al. (1998).

Tableau IV.11. Caractéristiques mécaniques des sols


Niv. Sup. Niv. Inf. γ c’ ϕ’ G
Couches de sol (m) PD* (m) PD* (kN/m3) (kPa) (degré) (MPa)
Matériau de remblai +4,50 -1,50 18,0 0,0 28,0 12
Dépôt marin -1,50 -11,50 18,0 0,0 28,0 12
Alluvions quaternaires -11,50 -23,50 20,0 0,0 33,0 10-32
Granite altéré -23,50 -35,50 20,0 0,0 39,0 >32
Granite sain -35.50 inconnu 20,0 0,0 45,0
*
PD : Principal Datum – Niveau de la mer - Considéré comme le niveau de référence

Figure IV.55. Lithologie du site Figure IV.56. Plan d’instrumentation

146
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

IV.3.1.2. Détail de la construction


L’excavation pour la réalisation du panneau de la paroi a été réalisée au moyen d’une
benne à câble. La dimension de l’excavation est de 2,8×0,8 m en plan et de 39,7 m en
profondeur. Durant la construction, la tranchée a été temporairement soutenue par de
la bentonite (γb = 10,8 kN/m3). Après avoir atteint la profondeur prévue à 39,7 m
environ, les cages d’armatures ont été installées dans la tranchée et le bétonnage a été
réalisé avec une vitesse de 10,32 m/h (soit 23,12m3/h). Le béton frais a un poids
volumique de 23,20 kN/m3. Pendant le bétonnage, la température moyenne dans la
tranchée est de 27,6°C. La procédure de construction du panneau est identique à celle
d’un panneau de paroi moulée typique.
IV.3.2. Modélisation tridimensionnelle
On choisit d’utiliser un modèle tridimensionnel pour étudier le comportement du
massif de sol adjacent. Le but de ces calculs est aussi d’étudier l’effet de l’installation
d’un panneau de la paroi en prenant en compte le phénomène de consolidation dans le
massif.

La mise en place des écrans de soutènement fait généralement appel à une succession
d’opérations. Ainsi, la réalisation d’un panneau de paroi moulée comprend trois
principales étapes : une phase d’excavation pendant laquelle le sol est soutenu par une
boue de bentonite, une phase de bétonnage, durant laquelle le béton fluide se substitue
à la boue et une phase de prise du béton.

En première approximation, si l’on néglige les phénomènes les plus complexes comme
les transferts d’eau entre la boue et le terrain, puis entre le béton et le terrain, ou les
déformations liées à la prise du béton, les techniques classiques de modélisation
numérique par la méthode des éléments finis permettent de simuler ces différentes
phases de travaux. Ainsi, le creusement sous boue peut être simulé avec les mêmes
moyens qu’une excavation classique, une pression hydrostatique correspondant à la
pression de boue étant appliquée sur le bord de l’excavation (Ng et al., 1998).

La mise en place du béton liquide est simulée en substituant le champ des pressions
appliquées par le béton liquide au champ des pressions appliquées par la boue (Ling et
al.,1994 ; Gourvenec et al., 1999).

Par ailleurs, pour cette modélisation tridimensionnelle au moyen du module CSNL, il a


été nécessaire de réaliser une modification du programme pour pouvoir réaliser des
calculs avec des maillages plus grands en conditions tridimensionnelles. Il s’agit de
rajouter un processus de découpage du vecteur VPLAS dans le sous-programme
BLCSNL.

147
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

IV.3.2.1. Paramètres du modèle de calcul


7125 noeuds
1480 éléments
Par symétrie, on a adopté un maillage qui
représente le quart du panneau étudié.

Le maillage est décomposé en 6 couches


de sols et comporte 13 groupes d’éléments
dont 1300 sont des hexaèdres à 27 nœuds
et 180 sont des pentaèdres à 15 nœuds
pour un total de 1480 éléments et 7125
nœuds. La figure IV.57 montre le schéma
du maillage utilisé.

Pour décrire le comportement du sol, on a


utilisé le modèle élastoplatique de Mohr-
Coulomb. Les modules élastiques dans les
couches de sols sont déterminés à partir du
module de cisaillement par la formule :
E = 2(1 + ν)G

Le coefficient de Poisson a été pris égal à z


ν = 0,3. y
x Zone excavée
Figure IV.57. Maillage du modèle numérique

Les caractéristiques mécaniques utilisées pour le calcul et les paramètres du modèle


sont présentés dans le tableau IV.12.

Tableau IV.12. Caractéristiques des sols utilisées dans les calculs


Z (m) γ ϕ' c' G Ko E' ν
3
(kN/m ) (degré) (kPa) (kPa) (kPa)
Remblais 6,0 18,0 28,0 0,0 11660 0,53 30300 0,3
Dépôt marin 15,0 18,0 28,0 0,0 11660 0,53 30300 0,3
Alluvions I 22,0 20,0 33,0 0,0 11660 0,46 30300 0,3
Alluvions II 27,8 20,0 33,0 0,0 32300 0,46 84060 0,3
Granite dégradé 39,7 20,0 39,0 0,0 108000 0,392 94860 0,3
Granite sain 20,0 45,0 0,0

IV.3.2.2. Étapes de calcul


Les calculs ont été réalisés en trois étapes successives au moyen du module CSNL du
logiciel CESAR-LCPC :

148
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

• La première étape sert à initialiser les contraintes et les pressions dans le massif
avant construction. Cet état initial est simulé à partir des poids volumiques des
différentes couche de sol (présentés dans le tableau IV.12) et du niveau supérieur
de la nappe hydraulique à l’aide de l’option SIG (indicateur ICAL = 0 et
IOPT = 3) et de l’option INP.
• La deuxième étape modélise l’excavation et l’effet de la pression de la bentonite
dans la tranchée. Ce calcul se réalise en utilisant l’option LAM pour calculer les
forces de déconfinement à partir de la lecture du fichier de résultats de l’étape de
calcul précédente et de l’option PHS pour simuler la pression de bentonite.
• Dans la troisième étape de calcul, on simule le bétonnage (mise en place du béton
frais à la place de la bentonite soutenant la tranchée).

En se basant sur des observations expérimentales et des considérations théoriques, Ng


(1992) et Lings (1994) ont proposé une théorie qu’ils appellent enveloppe bilinéaire de
pression (bilinear pressure envelope) pour déterminer la pression à l’interface sol-paroi
à l’issue du bétonnage des panneaux de la paroi moulée. Cette théorie est illustrée par
la figure IV.58 sous forme de diagramme de pression en fonction de la profondeur.

Figure IV.58. Modélisation de la mise en place du béton frais (Ling et al., 1994)

L’équation théorique bilinéaire est la suivante :


⎧ γ cz z ≤ hc
σh = ⎨
⎩(γ c − γ b )hc + γ b z z > hc

dans laquelle, σh, γb, γc sont respectivement la contrainte totale horizontale, le poids
volumique de la bentonite et celui du béton. D’après Ng (Ng et al., 1999), la
profondeur hc, appelée la profondeur critique, est déterminée suivant le type de ciment
utilisé, la vitesse et la température du bétonnage ainsi que la dimension de la tranchée.
Suivant les instructions proposées dans le rapport CIRIA 108 (Clear et al., 1985), la
hauteur critique proposée par Ng (Ng et al., 1999) pour le cas d’étude à Kowloon est

149
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

de 6,03 mètres, ce qui est bien inférieur à la valeur donnée par la théorie de Lings
(hc = H/3 = 13 m).

Dans le cadre des études réalisées par le LCPC, Duca (Duca, 2001 ; Delattre et Duca,
2002), dans l’étude de la paroi moulée sur le site de la trémie Pasteur à Rouen est
arrivé à la même observation : la hauteur hc observée est égale à 3,5 m au lieu de 5 m
suivant Lings.

Dans notre calcul numérique, la pression latérale à la profondeur h à l’issue du


bétonnage est donc donnée par la formule : p = γc hc + γb (h – hc), pour une profondeur
hc de 6,03 mètres.
IV.3.3. Résultats et confrontation aux mesures

IV.3.3.1. Contraintes totales horizontales dans le sol


Les figures IV.59 et IV.60 montrent les contraintes totales horizontales à l’interface
sol-paroi issues des résultats des calculs et les pressions mesurées sur place. Par
rapport à l’état initial géostatique, l’excavation de la tranchée conduit à une diminution
de la contrainte dans le sol (figure IV.59). La confrontation aux mesures des pressions
à l’interface sol-paroi s’avère satisfaisante. Le bétonnage de la paroi est ensuit simulé
en remplaçant la pression de bentonite par la pression de béton fluide. Par rapport à
l’état initial, ce champ de pression total s’avère plus grand. Ceci est conforme à la
théorie de Lings et al. (1994). Les mesures montrent que la profondeur hc choisie est
satisfaisante (figure IV.60).

45
Z(m) Etat Ini.
Cal. Exca.
40 Mes. Exca.

35

30

25

20
Tranchee
15

10

5
Contraintes horizontales a 2,3m (m)
0
-700 -600 -500 -400 -300 -200 -100 0 100
Figure IV.59. Pressions totales latérales sur le bord de la tranchée suivant la profondeur – après
l’excavation

150
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

45
Z(m) Etat Ini.
Cal. Bent.
40 Mes. Bent.

35

30

25

20
Tranchee
15

10

5
Contraintes horizontales a 2,3m (m)
0
-700 -600 -500 -400 -300 -200 -100 0 100
Figure IV.60. Pressions totales latérales sur le bord de la tranchée suivant la profondeur – après le
bétonnage

IV.3.3.2. Déplacements latéraux dans le sol


Les figures IV.61 et IV.62 comparent les résultats des calculs avec les mesures en
termes de déplacement latéral après l’excavation et le bétonnage à 2,30 mètres du
volume du panneau de paroi moulée.

45
Z(m) Cal. Excav.
Mes. Excav.
40

35

30

25

20
Tranchee
15

10

5
Deplacement horizontale a 2,3m (m)
0
-0.012 -0.01 -0.008 -0.006 -0.004 -0.002 0 0.002 0.004
Figure IV.61. Déplacements latéraux à 2,3 m de la tranchée après l’excavation – Comparaison aux
mesures.

151
Chapitre IV : Modélisation numérique couplée d’ouvrages de soutènement expérimentaux
__________________________________________________________________________________________

45
Z(m) Cal. Beton.
Mes. Beton.
40

35

30

25

20
Tranchee
15

10

5
Deplacement horizontale a 2,3m (m)
0
-0.012 -0.01 -0.008 -0.006 -0.004 -0.002 0 0.002 0.004
Figure IV.62. Déplacements latéraux à 2,3 m de la tranchée après le bétonnage – Comparaison aux
mesures.

Après l’excavation de la tranchée, le sol se déplace vers la tranchée. Les calculs


donnent l’ordre de grandeur des déplacements dans le sol (figure IV.61). Dans l’étape
suivante, la bentonite dans la tranchée est remplacée par le béton frais. Les
déplacements du sol changent de signe et se dirigent vers le massif. On constate que la
cinématique des déplacements calculés correspond qualitativement à celle mesurée.
IV.3.4. Synthèses et perspectives
En se basant sur la théorie de la pression bilinéaire, on a étudié le comportement du sol
autour d’un panneau de paroi moulée durant sa construction. Les résultats des calculs
permettent d’avoir une idée grossière de la cinématique et de l’ordre de grandeur des
déplacements.

Un des paramètres importants est la hauteur critique de l’enveloppe de pression due à


la mise en place du béton frais.

Enfin, les calculs montrent aussi que le module CSNL permet de réaliser des calculs
en conditions tridimensionnelles à un coût acceptable (la durée totale des calculs est de
l’ordre de 45 minutes sur une machine Sun à vitesse 750 MHz, comparable
approximativement à un P-IV 2,1 GHz).

Il faut noter que la différence des contraintes totales entre la situation après le
bétonnage et la situation initiale est relativement faible, considérant par ailleurs la
précision en général faible que l’on a sur la valeur initiale de Ko. Ceci peut justifier les
calculs d’excavation dans lesquels on néglige la perturbation du champ de contraintes
due à la construction du panneau.

152
Partie I. Prise en compte du couplage hydromécanique
__________________________________________________________________________________________

IV.4. CONCLUSIONS
La validation des modèles de calcul numérique nécessite leur confrontation à des
ouvrages réels instrumentés, dans lesquels les conditions géométriques et
géotechniques ainsi que le phasage de construction sont les causes des principales
difficultés. La comparaison est d’autant plus intéressante dans les cas où les phases de
construction sont associées à des mouvements de la nappe ou à des conditions
hydrauliques variables durant les travaux.

À cet égard, l’expérimentation de Rotterdam-Pernis constitue un exemple tout à fait


remarquable. La simulation des différentes étapes de construction s’accompagnant des
mouvements de la nappe de cet ouvrage à l’aide du module CSNL de CÉSAR-LCPC,
en utilisant un modèle de comportement élasto-plastique de Mohr-Coulomb s’avère
satisfaisante pour les différentes phases de la réalisation de l’ouvrage, pour ce qui
concerne les déplacements des parois, les moments de flexion, les pressions latérales
de sol et les pressions hydrauliques.

Les résultats montrent aussi que les mouvements de la nappe et l’évolution du


problème dans le temps ont une influence primordiale sur les déplacements latéraux
des parois. La confrontation des résultats montre que les calculs numériques couplés
(module CSNL) donnent de meilleurs résultats qu’un calcul simplifié avec des
processus découplés (module MCNL).

Tous ces résultats encouragent à utiliser davantage les calculs numériques couplés
dans l’analyse des ouvrages de soutènement d’excavation.

Enfin, en se basant sur la théorie de la pression bilinéaire, on a montré comment il est


possible de simuler le comportement d’un panneau de paroi moulée durant sa
construction. Les résultats des calculs couplés en conditions tridimensionnelles
permettent d’avoir une idée grossière de la cinématique et de l’ordre de grandeur des
déplacements.

153
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

Chapitre V

Interaction sol-tirant et modélisations numériques


couplées

V.1. INTRODUCTION
L’utilisation des tirants d’ancrage pour renforcer les parois de soutènement est une
technique très répandue en pratique. On trouve souvent ce type de renforcement dans
les ouvrages souterrains en zone urbaine (parkings souterrains, par exemple), ainsi que
dans les grands ouvrages maritimes ou portuaires. Ces renforcements, forés et scellés
ou mis en place par un processus de déblai et remblai, travaillent principalement en
traction afin de réduire les déplacements de la paroi de soutènement et contribuent à sa
stabilisation. Le mécanisme fondamental est de répartir une partie de la pression du sol
sur la paroi dans le massif au moyen d’un contre-rideau (palplanches ou plaques
encastrées dans le massif) ou tout simplement à travers le frottement sol-tirant.

L’utilisation des méthodes numériques et notamment de la méthode des éléments finis


pour calculer les ouvrages de soutènement a connu une considérable progression ces
dernières années. Cependant, la modélisation numérique des tirants d’ancrage pose
deux problèmes. D’abord, la prise en compte de l’interaction sol-tirant suppose de
décrire le frottement entre le sol et le tirant. Cette description est encore plus délicate
dans le cas de calculs couplés (peu d’auteurs ont proposé des méthodes de
modélisation numérique qui intègrent une analyse des effets de l’eau). Deuxièmement,
le comportement des tirants d’ancrage présente un caractère tridimensionnel marqué,
alors que, dans la pratique, confronté à la lourdeur et la complexité géométrique du
maillage, le modélisateur utilise en général des modèles bidimensionnels. En effet, les
ancrages, de faibles dimensions par rapport à la structure, nécessitent un raffinement
important du maillage et donc une augmentation considérable de la taille du modèle
numérique.

155
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

Dans cette partie, nous recherchons un moyen de prendre en compte l’interaction sol-
tirant dans les calculs couplés, tout en tenant compte du caractère tridimensionnel du
problème.

On propose d’abord de généraliser aux calculs couplés l’approche proposée (en


condition tridimensionnelle) par Chaoui (1992). A cette occasion, on discute
l’influence de la vitesse au cours d’un essai d’arrachement

On revient ensuite au cas bidimensionnel ; on compare sur un exemple simple


l’influence d’un tirant sur le mouvement d’une paroi, dans le cadre de modélisations
couplées bi- et tri-dimensionnelles.

V.2. POSITION DU PROBLEME


La modélisation numérique, particulièrement avec la méthode des éléments finis, de
l’interaction sol-tirant a fait l’objet de plusieurs études présentées dans la littérature.
En général, les tirants d’ancrage actifs forés et scellés sont modélisés par un ressort
(Day et Potts, 1991) ou un élément de type barre (Stroh et Breth, 1976), de raideur
prise égale à celle de l’armature du tirant, reliant le point de fixation du tirant à la paroi
à un point d’ancrage (rideau d’ancrage ou simplement zone de scellement). La
précontrainte éventuelle des tirants est introduite par le biais de forces appliquées,
d’une part, à l’écran, d’autre part, au point de scellement. Concernant la prise en
compte de l’eau, Dluzewski (2002) a proposé d’utiliser des éléments de barre dans un
modèle couplé pour simuler le comportement des tirants. Malgré une certaine
simplicité, l’inconvénient de tous ces modèles est que le scellement et son interaction
avec le terrain ne sont pas modélisés. Or, les résultats expérimentaux disponibles dans
la littérature montrent que l’interaction sol-tirant et la distribution des efforts sont très
complexes dans les tirants d’ancrage, particulièrement pour les tirants de type passif
(Delattre, 2000).

Pour prendre en compte l’interaction avec le sol encaissant et les tirants passifs
travaillant en frottement, une première approche possible consiste à utiliser une
technique d’homogénéisation : le sol est alors considéré comme un matériau
homogène, anisotrope ayant des propriétés macroscopiques « équivalentes » à celles
du matériau hétérogène (Al Hallak, 1999). Cette approche présente un inconvénient
majeur, elle ne s’applique qu’à des structures où les renforcements sont identiques,
suffisamment nombreux et disposés de manière régulière (type Terre Armée ou sol
cloué), ce qui n’est pas toujours le cas des tirants d’ancrage.

Une autre approche, appelée approche discrète, consiste à traiter l’ouvrage comme un
matériau hétérogène, chaque tirant étant discrétisé dans l’analyse. L’avantage de cette
méthode est la possibilité d’avoir des résultats de calcul détaillés en relation directe
avec le comportement de chaque tirant tout en tenant compte de l’interaction de ce

156
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

dernier avec le reste de l’ouvrage. Cette approche permet aussi d’introduire des
descriptions plus ou moins complexes de l’interaction sol-tirant.

De manière générale, l’analyse discrète d’un ouvrage renforcé devrait être traitée en
conditions tridimensionnelles. Dans ce cas, la modélisation du tirant obéit aux
principes généraux de la modélisation des interactions sol structure : elle se traite en
modélisant le sol et les tirants, l’interface entre les deux étant décrit à l’aide d’éléments
de contact spécifiques d’épaisseur nulle (Sellali, 1999), d’éléments de contact de type
frottement-décollement (Chaoui, 1992) ou à critère orienté (Frank et al., 1980) ou plus
simplement par des éléments de faible épaisseur auxquels on attribue des
caractéristiques mécaniques réduites (Schweiger, 1994). Le choix des caractéristiques
de l’interface et de son comportement, qui dépendent de paramètres multiples
(caractéristiques du sol et du renforcement, orientation de renforcement, dilatance du
sol,…) est le plus souvent largement empirique.

Cependant, à cause de la lourdeur des calculs tridimensionnels, d’une part, et de la


complexité géométrique des ouvrages réels, d’autre part, la plupart des analyses
conduites jusqu’à présent ont été faites en conditions bidimensionnelles. Deux
approches sont couramment utilisées :
• la première approche consiste à étudier la section située à mi-distance entre deux
tirants, pour laquelle la condition de déformations planes est réalisée. L’interaction
entre le sol et la rangée verticale de renforcements est modélisée conceptuellement
par une zone d’interface appelée « conceptual shear zone », ce qui revient à placer
les renforcements hors de la section étudiée et à utiliser une sorte de fonction de
transfert de charge pour modéliser l’interaction le long de la section verticale
(Naylor, 1978). Cette méthode permet de maintenir la continuité verticale du sol
mais conduit à une discontinuité horizontale et une discontinuité verticale du tirant.
Cependant, ces fonctions de transfert de charge ne sont pas disponibles dans le
logiciel CESAR-LCPC ;

• le modèle de la plaque équivalente consiste à remplacer un lit de tirants par une


nappe continue équivalente. Cette hypothèse permet de maintenir une continuité
horizontale du tirant mais introduit une discontinuité des déplacements de part et
d’autre du lit de tirants (l’utilisateur de CESAR-LCPC est plus habitué à ce
concept).

Pour une étude bibliographique plus détaillée, on peut se reporter aux travaux de
Benhamida (1998) qui a fait une analyse complète de ces différentes approches. En
résumé, les travaux réalisés par plusieurs auteurs ont montré que le modèle de la
plaque équivalente peut donner de bons résultats mais ont aussi mis en évidence
certaines faiblesses et précautions à suivre. Saiba (1989) a montré que le glissement
relatif sol-inclusion joue un rôle fondamental mais parallèlement la continuité du sol
de part et d’autre des tirants doit être assurée. Ceci est particulièrement vrai dans le cas
des clous et tirants inclinés où l’interface sol-tirants peut favoriser artificiellement,
dans le calcul, le glissement sous forme des blocs. Unterreiner (1994) a consacré

157
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

beaucoup d’attention à la détermination des paramètres de calcul à partir des résultats


des essais en laboratoire et in situ. Enfin, Benhamida (1998) a montré que le modèle
de la plaque équivalente, du fait de ses limites, doit être utilisé avec précaution, en
portant attention notamment à la détermination des paramètres équivalents et à la
continuité du sol de part et d’autre des tirants. Il a aussi montré que la complexification
des modèles et notamment des lois de comportement, avec parallèlement la
multiplication de paramètres difficiles ou impossibles à déterminer, ne donne pas
forcément de meilleurs résultats que les modèles simples.

En conclusion, pour une modélisation bidimensionnelle des tirants d’ancrage à l’aide


du module couplé hydromécanique CSNL de logiciel CÉSAR-LCPC, on se propose
d’utiliser la solution de la plaque équivalente, qui semble la plus adaptée. L’interaction
sol-tirants sera modélisée par une couche d’éléments de faible épaisseur adoptant une
loi élastique parfaitement plastique avec un critère de Mohr-Coulomb. On se
préoccupe aussi de maintenir la continuité des déplacements dans le massif de part et
d’autre de la plaque équivalente.

V.3. MODELISATION TRIDIMENSIONNELLE COUPLEE D’UN ESSAI


D’ARRACHEMENT
Dans le but d’illustrer la mise en œuvre du module CSNL pour le problème des tirants,
on se propose de modéliser un essai d’arrachement d’un tirant dans un massif de sol.
Le but est en particulier de discuter l’influence de la vitesse d’arrachement (qu’on ne
peut pas prendre en compte dans un calcul découplé). Le modèle représente une boîte
d’essai de dimension 1×1×2 mètres remplie de sol saturé dans lequel est enfoncé un
tirant horizontal de longueur 1,50 m. Par raison de symétrie, le maillage ne contient
qu’une moitié de la structure étudiée.
V.3.1. Caractéristiques des matériaux
Pour cette étude, le choix des caractéristiques des matériaux a été fait à partir d’un
essai réalisé in situ (expérimentation n°1, projet Clouterre, C.E.B.T.P) dans un sol
constitué de sable de Fontainebleau (Chaoui, 1992).

Tableau V.1. Caractéristiques mécaniques utilisées pour les calculs tridimensionnels


Caractéristiques Sol Tirant Contact
Poids volumique (kN/m3) 18 18 18
Module d’Young (MPa) 25 2,1.104 25
Coefficient de Poisson 0,3 0,2 0,3
Cohésion (kPa) 3 - 80
Angle de frottement interne (degré) 33 - 0
Angle de dilatance (degré) 33 - 0
Coefficient de pression des terres au repos Kx, Ky 0,5 - 0,5
Coefficient de perméabilité (m/s) 10-4 - 10-4

Dans le modèle, une loi de comportement élastoplastique avec un critère de Mohr-


Coulomb est adoptée pour modéliser le comportement du sol. Le tirant est une barre

158
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

d’acier de diamètre φ = 25 mm, qui est représentée par des éléments de massif avec
une loi de comportement élastique, linéaire, isotrope. Le contact sol-tirant est simulé
par une couche d’éléments de faible épaisseur (1 mm) obéissant à une loi de
comportement élastique parfaitement plastique avec un critère de Mohr-Coulomb.

Concernant les paramètres hydrologiques, nous adoptons pour le sable de


Fontainebleau une perméabilité isotrope (kx = ky = 10-4 m/s), une porosité de n = 0,2 et
un module de compression de l’eau de Kw = 2 GPa.
V.3.2. Constitution du maillage
Le maillage utilisé pour le calcul est constitué de 3380 éléments (3292 pentaèdres à 15
nœuds et 88 hexaèdres à 20 nœuds) et comporte 9964 nœuds. Les éléments sont
partagés en trois groupes représentant le massif, le tirant et l’interface sol-tirant. Le
maillage pour le calcul tridimensionnel et l’assemblage des groupes d’éléments sont
représentés sur la figure V.1.

9964 noeuds
3380 éléments Sols

Tirant

Interface y
x

Figure V.1. Maillage et groupes d’éléments pour le calcul 3D d’un essai d’arrachement

Les conditions aux limites consistent à bloquer :


• les déplacements horizontaux sur les quatre faces verticales, sauf sur la section du
tirant et de l’interface située sur la face avant (la section du tirant est destinée à être
chargée par une contrainte normale de traction uniforme) ;
• les déplacements verticaux sur la base.

On impose aussi une charge hydraulique nulle à la surface supérieure du modèle.

159
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

V.3.3. Choix des caractéristiques de l’interface

V.3.3.1. Modes de déformation de l’interface


On admettra dans la suite que, pour les
σn
tirants d’ancrage en situation de service Corps B : sol

τ < τm ax
normal, la contrainte latérale reste toujours F P1

en compression, et on modélise l’interface P2 Corps A : tirant

par des éléments de sol obéissant à une loi a. Mode adhérence

élastique parfaitement plastique, avec un Corps B : sol


σn

critère de Mohr-Coulomb. F P1 τ ≥ τm ax

P2 Corps A : tirant

Considérons deux corps A (tirant) et B (sol) b. Mode glissem ent


en contact et prenons σn et τ comme
composantes du vecteur de contrainte Corps B : sol σ n <0
caractérisant l’action du corps A et B. La loi P1

de Mohr-Coulomb permet de définir une P2 Corps A : tirant

valeur : τmax = c + σn tanφ ; les valeurs c. Mode décollem ent


relatives de τ et τmax définissent alors le
mode de déformation de l’interface. Figure V.2. Modes de déformation de
l’interface

• si la contrainte normale est de compression et τ est inférieur à τmax, il n’y a pas de


déplacement relatif entre les corps A et B à l’interface : il y a adhérence parfaite ;
• si la contrainte normale est de compression et τ atteint la valeur τmax, il y a
glissement relatif (mais les déplacements normaux sont continus) ;
• si la contrainte normale devient nulle, il peut y avoir décollement.
V.3.3.2. Adhérence des éléments d’interface, résistance d’arrachement limite
Pour les inclusions linéaires, il a été montré que le frottement latéral unitaire qs était
pratiquement indépendant de la profondeur (Schlosser et Guilloux, 1981 ; Cartier et
Gigan, 1983) ; la diminution du coefficient de frottement apparent avec la profondeur,
résultant de la diminution de la dilatance, est compensée par l’augmentation de la
contrainte normale verticale. La détermination des paramètres des éléments d’interface
se fait donc en se basant sur l’hypothèse que la résistance limite est déterminée
uniquement en termes de cohésion en prenant un angle de frottement nul (Benhamida,
1998), ce qui nous conduit à choisi pour les éléments représentant l’interface
cinterface = qs (ϕ = 0).

Suivant les recommandations Clouterre (1991), il est raisonnable de proposer une


résistance latérale unitaire sol-tirant le long du tirant qs = 80 kPa pour le sable de
Fontainebleau (Benhamida, 1998). L’effort d’arrachement théorique ainsi peut être
calculé par la formule :
Tc = qs .π.φclou .L a où φtirant - le diamètre du tirant,
La - la longueur active du tirant,

160
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

d’où l’effort de traction maximal théorique Tc = 9,42 kN.


V.3.3.3. Épaisseur et module d’élasticité des éléments d’interface
Pour assurer la continuité des déplacements des nœuds de part et d’autre de l’interface,
l’épaisseur des éléments de contact doit être très petite devant leur longueur, mais non
nulle afin d’éviter les singularités numériques (Benhamida, 1998).

En ce qui concerne le module élastique des éléments d’interface, pour la continuité des
déplacements dans le sol et le tirant dans le domaine élastique (τ ≤ τmax), il a été
recommandé d’attribuer à la couche d’interface le même module élastique qu’au sol
(Chaoui, 1992 ; Benhamida, 1998).

V.3.4. Déroulement du calcul


On initialise d’abord les contraintes effectives et les pressions à l’aide de l’option SIG
du module CHAR et de l’option INP du module CSNL.

Le tirant est ensuite chargé à plusieurs reprises par un effort de traction dont la valeur
augmente progressivement jusqu’à atteindre l’effort d’arrachement. Ces chargements
ont été simulés au moyen de l’option PUR (pression uniforme répartie) appliquée sur
la section en tête du tirant.

Deux types de chargement ont été étudiés :


• un chargement dit « rapide », dans lequel la charge est régulièrement augmentée à
chaque pas de temps (figure V.6). ;
• un chargement « lent », dans lequel on attend la stabilisation de la charge
hydraulique avant d’augmenter la charge (figure V.6). La durée de calcul pour le
deuxième type de chargement est estimée à 3 heures environ, ce qui est assez
important vu le modèle de calcul.
V.3.5. Résultats des calculs tridimensionnels
Les résultats de calcul montrent que l’effort d’arrachement du tirant est en bon accord
avec la valeur théorique à la rupture, pour laquelle la zone plastique s’étend sur toute
la longueur du tirant, la contrainte tangentielle au contact sol-tirant égale à la valeur
limite partout. Autrement dit, il y a glissement sur toute la longueur du tirant.

Les figures V.3 et V.4 montrent le développement des zones plastifiées dans le sol
pour un effort de traction de T=1,88 kN et de Tmax = 9,42 kN, respectivement. En effet,
les déformations plastiques commencent à se développer à la tête du tirant et
s’étendent ensuite sur toute la longueur du tirant et dans le sol.

161
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

efforce de traction
Force d'arrachement
Tc = 1,88 kN
Tmax = 9,42 kN

z z

y y
x x

Figure V.3. Points plastiques dans le sol pour un Figure V.4. Points plastiques dans le sol à
chargement Ft = 1,88 kN (0,2Tmax) l’arrachement Ft = Tc = 9,42 kN

La figure V.5 présente deux courbes effort-déplacements pour les chargements


présentés ci-dessus (figure V.6). Pour le chargement lent, les déplacements sont tracés
après stabilisation des déplacements pour chaque incrément.

10
T(kN) Tmax

4 charge 1
charge 2

Deplacement de la tete du tirant (m)


0
0 0.0002 0.0004 0.0006 0.0008 0.001 0.0012 0.0014
Figure V.5. Déplacement de la tête du tirant dans les deux configurations de chargement

162
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

1
CFT charge 1
charge 2
0.9

0.8

0.7

0.6

0.5

0.4

0.3

0.2
Temps de chargement (heures)
0.1
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90
Figure V.6. Configuration du chargement en fonction du temps (heures)

Dans le premier cas de charge (rapide), pour chaque niveau de chargement, les
déplacements à la tête du tirant sont moins importants. La vitesse d’application des
forces d’arrachement semble avoir une influence importante sur la résistance du tirant.
En effet, le sol autour du tirant a tendance à se dilater, ce qui provoque une diminution
de pression qui tend à « retenir » le tirant. Plus l’arrachement est rapide et plus cet
effet est important : le déplacement calculé de la tête du tirant est donc plus faible,
pour la même force appliquée, lorsque la traction est rapide.

Une situation intermédiaire entre ces deux configurations, correspondant à un


troisième cas de chargement, a été étudiée. Dans ce calcul, le tirant est sollicité
instantanément et continûment comme dans le premier cas de charge sauf pour le
troisième et septième incréments pour lesquels le chargement est arrêté et on laisse la
pression évoluer dans le temps. La figure V.7 présente les déplacements de la tête du
tirant pour ce calcul. On constate que le troisième et septième incréments sont marqués
par des déplacements qui évoluent dans le temps pour rejoindre la courbe
correspondant au déplacement à chargement « lent » avant de revenir à la courbe du
chargement « rapide » lorsque le chargement redevient continu.

Cet exemple de calcul, utilisant un modèle assez simple, nous permet de mettre en
évidence un aspect intéressant du comportement sol-tirant dans le milieu saturé qui
serait difficile à prendre en compte dans les calculs mécaniques découplés. Il confirme
donc l’intérêt des calculs couplés pour la prise en compte de l’interaction sol-tirant.

163
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

10
T(kN) Tmax

charge 1
4 charge 2
charge 3

Deplacement de la tete du tirant (m)


0
0 0.0002 0.0004 0.0006 0.0008 0.001 0.0012 0.0014
Figure V.7. Déplacement de la tête du tirant pour la troisième configuration de chargement

1
CFT charge 1
charge 2
0.9 charge 3

0.8

0.7

0.6

0.5

0.4

0.3

0.2
Temps de chargement (heures)
0.1
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90
Figure V.8. Configuration du chargement en fonction du temps (heures)

V.3.6. Utilisation du modèle de plaque équivalente


Les utilisateurs des codes de calcul par éléments finis sont habitués à l’hypothèse de la
plaque équivalente pour modéliser en conditions bidimensionnelles des ouvrages
renforcés par inclusions. Plusieurs études ont été consacrées à ce sujet. On peut citer,
pour les travaux réalisés avec CÉSAR-LCPC, Chaoui (1992), Unterreiner (1994) ou
Benhamida (1998). Ils ont démontré que le calcul bidimensionnel en déformations

164
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

planes avec l’approche de la plaque équivalente peut donner des résultats satisfaisants
à condition de prendre certaines précautions pour choisir les paramètres mécaniques de
l’interface sol-inclusion, et pour assurer la continuité de part et d’autre de la plaque.

En effet, les conditions correspondant à l’hypothèse d’un calcul en déformations


planes sont les suivantes :
• le déplacement Uy est nul en tout point, ce qui signifie physiquement qu’un point
M situé initialement dans une section verticale (y = yo) reste dans sa section.
• les déplacements Ux et Uz sont fonction uniquement des deux coordonnées x et z,
∂U x ∂U z
ce qui s’écrit : = ≡ 0.
∂y ∂y

Pour les calculs en déformations planes, Naylor (1978) a mis au point un modèle
bidimensionnel avec fonction de transfert de charge appelé « Slipping Strip
Analysis », qui consiste à considérer une section (S-S) située à mi-distance entre deux
rangées verticales de clous (figure V.9). Des fonctions de transfert de charge,
représentées par des ressorts non linéaires de rigidité normale et tangentielle sont
introduites explicitement afin de rendre compte de l’interaction des tirants équivalents
avec le massif de sol.

section C-C section S-S


z y

représentation
du clou représentation x
de la plaque
équivalente
déplacement du sol déplacement
calculé avec la fonction réel du sol
de transfert de charge déplacement
équivalent du sol
calcul avec plaque
équivalente

déplacement déplacement
relatif sol-clou relatif sol-clou

déplacement
équivalent du clou
déplacement calcul avec plaque
du clou en 3D équivalente

Zone à fort gradient Zone où le sol est à peu près


de déformation en déformation planes
dUx/dy>>0 dUx/dy = 0
Figure V.9. Vue de dessus des déformations d’un mur en sol cloué (d’après Unterreiner, 1994)

Cependant, Unterreiner (1994) a montré que la méthode de la plaque équivalente peut


tout à fait remplacer la méthode de la fonction de transfert de charge. La méthode de la
plaque équivalente consiste à remplacer une rangée de clous horizontale par une

165
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

plaque équivalente, pour laquelle un module élastique équivalent est adopté en


établissant l’égalité des rigidités en traction et éventuellement en flexion (Unterreiner,
1994). Dans ce cas, le transfert des contraintes de l’inclusion aux sols à travers le
frottement sol-clou n’est pas le même dans la configuration 2D et 3D, les surfaces de
contact étant différentes. Dans la pratique, le frottement latéral τ le long du clou est
calculé en dérivant l’effort axial comme suit :
dF
τ= .
dx

Chaoui (1992) a montré que l’application d’un même chargement (effort de traction)
au clou (modèle 3D) et à la plaque (modèle 2D) ne sollicite pas le sol de la même
façon. Par exemple, si l’on applique un effort de traction de 15 kN à la plaque et au
clou, de surface latérales respectives 5m² et 0,5m², les contraintes moyennes de
cisaillement sont respectivement 3kPa (pour la plaque) et 30kPa (pour le clou). Ces
contraintes sont transférées au sol sur toute la surface de contact horizontale dans le
cas 2D et sur la surface de contact correspondant au contour du clou dans le cas 3D.
Les déformations du sol sont donc différentes dans le calcul 2D et dans le calcul 3D
(voir figure V.10) : on s’efforcera de choisir les paramètres de l’interface pour que les
déplacements calculés en 2D correspondent à la moyenne des déplacements 3D. La
procédure permettant de choisir les paramètres d’interface est détaillée sur un exemple
dans la suite : on s’intéresse aux déformations d’un panneau retenu par un lit de tirants
d’ancrage.

déplacements 3D

déplacements 2D
plaque équivalente
x

Figure V.10. Représentation des déplacements en 2D et 3D

166
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

V.4. MODELISATION COUPLEE D’UN PANNEAU ANCRE


On se propose d’examiner l’interaction sol-tirant dans un ouvrage en réalisant un
calcul couplé dans lequel un panneau associé à un tirant est soumis à un effort de
traction (ou à un déconfinement dû à une excavation).

On discute ensuite la prise en compte des effets tridimensionnels dans un calcul


bidimensionnel dans lequel le lit de tirant est remplacé par une plaque équivalente, le
frottement sol-plaque étant traité par deux bandes d’éléments dont on précisera les
caractéristiques mécaniques, et la continuité du déplacement du sol de part et d’autre
de la plaque étant assurée par des éléments spéciaux (éléments de relation linéaire de
CÉSAR-LCPC).
V.4.1. Constitution du modèle tridimensionnel
Le modèle tridimensionnel simule un panneau en béton d’une épaisseur de 2,5 cm et
d’une largeur 1 m, ancré à deux tirants (le modèle se limite entre les axes des deux
tirants). Le chargement appliqué sur ce panneau est une contrainte de traction.

Le maillage pour le calcul contient 6792 éléments (6600 pentaèdres à 15 nœuds et 192
hexaèdres à 20 nœuds) pour un total de 19657 nœuds répartis en quatre groupes (figure
V.11).

Massif de sol Interface sol-tirant

z
Tirants

Panneau rigide y
x
Figure V.11. Maillage utilisé pour le calcul tridimensionnel

Les conditions aux limites consistent à bloquer les déplacements horizontaux sur les
faces latérales, les déplacements verticaux sur la base et à imposer une charge
hydraulique nulle à la surface supérieure du modèle.

167
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

Les caractéristiques mécaniques utilisées dans le calcul sont les mêmes que dans le
tableau V.1. Le panneau est présenté par une loi élastique isotrope ayant un module
d’élasticité E = 30.000 MPa et un coefficient de Poisson ν = 0,2.
V.4.2. Déroulement du calcul
On initialise d’abord les contraintes et la pression (comme en V.3.4). Le panneau est
ensuite chargé par une pression uniforme dont la valeur augmente progressivement
jusqu’à atteindre la rupture.

Deux configurations de chargement sont étudiées, une « rapide » (un pas de temps
pour un incrément de charge) et une « lente », dans laquelle chaque incrément de
charge est suivi par un calcul d’évolution de la pression dans le temps sans incrément
de charge.

Une bonne convergence est obtenue après chaque incrément de charge. Une rupture
dans le sol est constatée pour la pression sur le panneau de l’ordre de 5 kPa.

Pour la deuxième configuration de chargement, le calcul prend un temps considérable


d’environ 5 heures 30 minutes sur une machine Sun à 750 MHz. Par comparaison,
cette vitesse correspond approximativement à un PC équipé d’un processeur Intel P-IV
à 2,1 GHz.

Pression sur le panneau Pression sur le panneau


f=2,0 kN/m² f = 4,0 kN/m²

y
x

Figure V.12. Points plastiques dans le sol pour Figure V.13. Points plastiques dans le sol pour
un chargement ft = 2,0 kPa un chargement ft = 4,0 kPa

Les figures V.12 et V.13 présentent les points plastiques dans le sol pour des charges
de 2,0 et 4,0 kPa. Contrairement au modèle d’essai d’arrachement présenté
précédemment, on constate que les déformations plastiques commencent à apparaître
au point d’ancrage du tirant dans le sol et se propagent ensuite le long du tirant et dans
le sol derrière le tirant jusqu’à la rupture dans le massif.

168
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

V.4.3. Résultats du calcul tridimensionnel


La figure V.14 présente les déformations du modèle de calcul pour un chargement sur
le panneau ft = 3,0 kPa. Le sol se décomprime derrière le panneau et se tasse à la
surface. Cette décompression est la plus importante juste derrière le panneau.

Chargement sur le panneau


ft = 3,0 kN/m²

y
x

Figure V.14. Déformation du modèle après le calcul pour une pression ft = 3,0 kPa

Les figures V.15 et V.16 présentent l’évolution des efforts dans les tirants et des
déplacements de la tête du tirant en fonction du chargement appliqué en conditions
« rapide » et « lente ». On constate une rupture nette dans le sol à un effort dans le
tirant de l’ordre de 1 kN (très inférieur à la limite d’arrachement). Cet effort
correspond à un chargement de 4 kPa sur le panneau.

On note que l’influence de la vitesse d’application de la charge semble moins


importante que pour l’essai d’arrachement présenté dans la partie précédente, ce qui
peut être dû au fait qu’il y a moins de concentration des déformations plastiques autour
du tirant.

169
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

1.2
F(kN) chargement rapide
chargement lent

Effort dans le tirant (kN)


1

0.8

0.6

0.4

0.2

Pression appliquee sur le panneau (kN/m2)


0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3 3.5 4 4.5
Figure V.15. Rapport entre la pression sur le panneau et l’effort dans le tirant

1.2
Rapide
Lent
Effort dans le tirant (kN)

0.8

0.6

0.4

0.2

Deplacement horizontal de la tete du tirant (m)


0
0 7e-05 0.00014 0.00021 0.00028 0.00035 0.00042
Figure V.16. Déplacement de la tête du tirant dans les deux configurations de chargement

Les figures IV.17 et IV.18 présentent les déplacements horizontaux dans le sol dans la
direction parallèle au tirant, suivant les droites horizontale et verticale perpendiculaires
à l’axe du tirant (z = 0,5 m ; y = 1,0 m), pour différentes distances au panneau (x =
0,1 ; x = 0,5 et x = 1,0 m). On constate une variation le long du tirant des
déplacements relatifs sol-tirant :
• dans la zone située immédiatement derrière le panneau, le sol se déplace plus que
le tirant (x = 0,1 m). Dans cette zone, le tirant empêche les déplacements du sol.

170
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

• à la distance x = 0,5 mètres, les déplacements du sol et du tirant sont à peu près
égaux ;
• dans la zone plus loin du panneau, le tirant se déplace plus que le sol et l’on
retrouve la discontinuité des déplacements. L’effet d’ancrage du tirant consiste
donc à transmettre des efforts à une zone plus éloignée de la sollicitation grâce au
frottement mobilisé le long du tirant.

1
Z(m) x=.1
x=.5
x=1.
0.8

0.6
Tirant

0.4

0.2

Deplacement horizontal (mm)


0
0.09 0.1 0.11 0.12 0.13 0.14 0.15 0.16 0.17 0.18 0.19
Figure V.17. Déplacements dans le sol suivant des droites verticales, perpendiculaires au tirant

1
Tirant x=.1
x=.5
x=1.
Largueur du modele Y (m)

0.8

0.6
Ft=3kN/m2

0.4

0.2

Tirant Deplacement horizontal (mm)


0
0.1 0.12 0.14 0.16 0.18 0.2
Figure V.18. Déplacements dans le sol suivant des lignes horizontales perpendiculaires au tirant

171
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

Ce comportement explique la distribution des efforts le long du tirant représentée sur


la figure V.19, dans laquelle l’effort maximal dans le tirant ne se trouve pas en tête
comme dans l’essai d’arrachement. Cette distribution des efforts le long du tirant
correspond bien à celle observée lors des expérimentations du projet Clouterre
(Benhamida, 1998) ou sur le quai d’Osaka du port du Havre (Delattre, 1999).

0.8
rapide 3D
Ft(kN)
0.7

0.6

0.5

0.4

0.3
Tete du tirant
0.2

0.1
Distance du panneau (m)
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6
Figure V.19. Distribution des efforts de traction le long du tirant calculée avec ft = 3,0 kPa

5
rapide 3D
Contrainte tangentielle xz

-5

-10
Tete du tirant

-15

-20 Distance du panneau (m)


0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6
Figure V.20. Contraintes tangentielles τxz le long de l’interface sol-tirant – calcul à ft = 3,0 kPa

172
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

La décompression dans le sol derrière le panneau conduit à un frottement négatif qui


diminue les efforts dans le tirant près du panneau (figure V.20). Sur la figure V.20, on
constate aussi que la distribution des contraintes tangentielles le long de l’interface est
marquée par un changement de signe à une distance du panneau de 0,4 à 0,5 m.

V.5. MODELISATION BIDIMENSIONNELLE


Dans cette partie, on réalise des calculs en configuration bidimensionnelle dans
lesquels le tirant est remplacé par une plaque équivalente d’épaisseur d = 25 mm.
V.5.1. Constitution du maillage

Figure V.21. Maillage de calcul bidimensionnel avec la plaque équivalente

Le maillage est constitué de 1099 éléments (91 quadrilatères à 8 nœuds, 947 triangles
à 6 nœuds et 91 éléments de relation linéaire) pour un total de 2240 nœuds
(figure V.21). Ce maillage a été construit de façon à avoir deux couches d’éléments
d’interface symétriques par rapport à l’axe de la plaque équivalente pour faciliter
l’introduction des éléments de relation linéaire.

La continuité du sol de part et


d’autre de la plaque équivalent est
assurée au moyen des éléments de
éléments
de massif
éléments
relation linéaire
relation linéaire (famille 9 de
plaque CESAR-LCPC). Ces éléments
équivalente relient les nœuds opposés dans le
sol, de part et d’autre de deux
couches d’éléments d’interface afin
éléments éléments
d’imposer les mêmes déplacements
relation linéaire d'interface à ces nœuds. Ils sont introduits dans
le maillage au moyen d’un
programme en Fortran créé
spécialement pour cette fin. Cet
Figure V.22. Éléments de relation linéaire utilitaire est présenté dans l’annexe.

173
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

V.5.2. Définition des paramètres équivalents


Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, la modélisation en conditions
bidimensionnelles revient à homogénéiser la structure de sol renforcé dans la direction
horizontale. Le frottement sol-tirant a été représenté au moyen de deux couches
d’éléments d’interface d’épaisseur de 1 mm, au-dessus et en dessous de la plaque
équivalente. Ils sont caractérisés par un comportement élastique parfaitement plastique
à critère de Mohr Coulomb permettant de transférer un effort de la plaque au sol. Un
point très important est le problème de la détermination des caractéristiques de la
plaque équivalente.
V.5.2.1. Plaque équivalente
Les caractéristiques de la plaque équivalente (module élastique Eeq et épaisseur deq)
ont été calculés par Chaoui (1992) en établissant l’égalité des rigidités en traction et en
flexion entre le tirant réel et la plaque équivalente. Ces conditions d’égalité permettent
d’obtenir explicitement Eeq et deq en fonction des caractéristiques des tirants (module
d’Young Etirant et diamètre φtirant) :
3
deq = .φtirant
2
πφ
Eeq = tirant E tirant
2 3

Cependant, Unterreiner (1994) a mis en cause l’hypothèse d’une égalité entre les
rigidités en flexion pour le cas d’un essai d’arrachement de tirant et propose de prendre
en considération uniquement l’égalité entre les rigidités en traction. En prenant pour la
plaque équivalente une épaisseur deq égale au diamètre du tirant φtirant, il obtient une
équivalence du module d’élastique :
π.φ tirant
Eeq = E tirant
4

Cette solution a été adoptée dans les calculs présentés ici pour calculer les paramètres
de la plaque équivalente.

Il est à noter que, dans les modèles numériques pour calculer des ouvrages réels, en
vraie grandeur, la dimension des tirants est souvent très petite par rapport à celle de
l’ouvrage. Le raffinement du maillage dans la zone avoisinante du tirant augmente
considérablement la lourdeur du calcul. Le modélisateur est conduit à choisir une
valeur de deq différente du diamètre réel φtirant (en général légèrement plus grande).
Dans ce cas, on peut déterminer l’équivalence du module élastique par :
π(φ tirant )
2
Eeq = E tirant
4deq

174
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

V.5.2.2. Éléments d’interface


La modélisation des renforcements par une plaque équivalente conduit à une
augmentation de la surface de contact sol-tirant (2La au lieu de πφtirantLa dans le cas
tridimensionnel). En établissant l’égalité des efforts résistants, on obtient
immédiatement l’équation :
1
c eq = πφ tirant c interface
2Sh

où ceq désigne la cohésion équivalente de l’interface sol-tirant en dans le modèle


bidimensionnel, cinterface la cohésion à l’interface dans le cas tridimensionnel et Sh est
l’espacement horizontal des tirants (égal à 1 m dans le cas étudié ici).

En ce qui concerne le module élastique, Chaoui (1992) a montré que l’application d’un
même chargement (effort de traction) au clou (modèle 3D) et à la plaque (modèle 2D)
ne sollicite pas le sol de la même façon. Le transfert de charge entre le sol et le tirant
se fait sur toute la surface de contact horizontale dans le cas 2D et sur la surface de
contact correspondante au contour du clou dans le cas 3D. Ceci peut conduire à une
surestimation des efforts dans le tirant. Dans les calculs qui suivent, nous proposons
d’utiliser un module élastique équivalent à l’interface en établissant l’égalité de la
rigidité en cisaillement du contact en écrivant l’équation :
πφ tirant Sh
Geq;interface = Ginterface
2
pour E=2G(1+ν), ceci nous conduit à :
πφtirant Sh
Eeq;interface = Einterface .
2

Dans cette formule, Eeq;interface désigne le module élastique équivalent à l’interface dans
le calcul bidimensionnel, Einterface le module élastique de l’interface dans le calcul
tridimensionnel (qui est le module élastique du sol).

En résumé, les caractéristiques mécaniques utilisées dans le calcul sont présentées


dans le tableau ci-dessous :

Tableau V.2. Caractéristiques mécaniques utilisées pour les calculs bidimensionnels


Caractéristiques Sol Plaque Contact
équivalente
Poids volumique (kN/m3) 18 18 18
Module d’Young (MPa) 25 41,213 0,098
Coefficient de Poisson 0,3 0,2 0,3
Cohésion (kPa) 3 - 3,14
Angle de frottement interne (degré) 33 - 0
Angle de dilatance (degré) 33 - 0
Coefficient de pression des terres au repos Kx, Ky 0,5 - 0,5
Coefficient de perméabilité (m/s) 10-4 - 10-4

175
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

V.5.3. Résultats des calculs


Comme dans les calculs en conditions tridimensionnelles, on applique le chargement
sur le panneau par une pression uniforme en plusieurs incréments. La figure V.23
présente les déformations du modèle de calcul pour un chargement ft = 3 kPa. On
constate une bonne concordance avec l’allure des déplacements du calcul
tridimensionnel.

Figure V.23. Déformation du modèle résultant du calcul avec un chargement uniforme


f = 3,0 kPa² appliqué sur le panneau

Les figures V.24 et V.25 présentent le développement des points plastiques dans le sol
pour les chargements ft = 2 kPa et ft = 4 kPa, respectivement. Par rapport aux résultats
du calcul tridimensionnel, les déformations plastiques semblent moins importantes.

Figure V.24. Points plastiques dans le modèle Figure V.25. Points plastiques dans le modèle
sous une pression f = 2,0 kPa sous une pression f = 4,0 kPa

V.5.4. Comparaison avec les résultats tridimensionnels

V.5.4.1. Déplacements de la tête du tirant


La figure V.26 compare les déplacements de la tête du tirant résultant des calculs en
conditions bi- et tridimensionnelles. On peut constater que les déplacements en
conditions bidimensionnelles au même niveau de chargement sont plus faibles que
ceux en conditions tridimensionnelles. Le calcul bidimensionnel semble sous-estimer
les déplacements de la tête du tirant.

176
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

5
cal. 2D
cal. 3D

4 Pression sur le panneau (kN/m2)

Deplacement de la tete du tirant (m)


0
0 0.0001 0.0002 0.0003 0.0004 0.0005 0.0006
Figure V.26. Déplacement de la tête du tirant, comparaison des calculs bi- et tridimensionnels

5
rapide 2D
lent 2D
Pression sur le panneau (kN/m2)

Deplacement de la tete du tirant (m)


0
0 0.0001 0.0002 0.0003 0.0004 0.0005 0.0006
Figure V.27. Déplacement de la tête du tirant, comparaison des calculs bidimensionnels dans les
deux cas de chargement rapide et lent

La figure V.27 montre les déplacements de la tête du tirant issus des calculs
bidimensionnels pour les chargements « rapide » et « lent ». L’influence de la vitesse
d’application du chargement semble ici aussi beaucoup moins importante que dans
l’essai d’arrachement.

177
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

V.5.4.2. Efforts dans le tirant


La figure V.28 montre les efforts dans le tirant sous l’effet du chargement appliqué sur
le panneau. La figure V.29 présente les déplacements de la tête du tirant.

1.6
rapide 2D
F(kN) rapide 3D
1.4
Effort dans le tirant

1.2

0.8

0.6

0.4

0.2
Pression appliquee sur le panneau (kN/m2)
0
0 1 2 3 4 5
Figure V.28. Efforts dans le tirant suivant la pression appliquée au panneau

1.6
rapide 2D
F(kN) rapide 3D
1.4

1.2

0.8

0.6

0.4

0.2
Deplacement de la tete du tirant (m)
0
0 0.0001 0.0002 0.0003 0.0004 0.0005 0.0006
Figure V.29. Déplacement Vx de la tête du tirant, suivant les efforts dans le tirant

On peut constater que le même chargement appliqué sur le panneau génère un effort
dans le tirant plus important dans le calcul bidimensionnel. Cependant, pour le même
effort dans le tirant (l’intégration sur toute la longueur), le déplacement de la tête du

178
Partie II. Prise en compte de l’interaction sol-tirant dans la modélisation numérique couplée
__________________________________________________________________________________________

tirant est moins important en conditions bidimensionnelles. Ce résultat correspond


bien au résultat de l’essai d’arrachement présenté par Chaoui (1992), dans lequel le
chargement est appliqué directement à la tête du tirant.

En effet, en remplaçant les tirants par une plaque équivalente dans le calcul en
conditions bidimensionnelles, l’ouvrage renforcé semble plus rigide que dans le calcul
tridimensionnel.

0.8
rapide 2D
F(kN/m) rapide 3D
0.7

0.6

0.5

0.4

0.3

0.2

Distance de la tete du tirant (m)


0.1
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6
Figure V.30. Distribution des efforts le long du tirant – chargement rapide avec f = 3,0 kPa

0.8
lent 2D
F(kN/m) lent 3D
0.7

0.6

0.5

0.4

0.3

0.2

Distance de la tete du tirant (m)


0.1
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6
Figure V.31. Distribution des efforts le long du tirant – chargement lent avec f = 3,0 kPa

179
Chapitre V. Interaction sol tirants et modélisations couplées
__________________________________________________________________________________________

Enfin, les figures V.30 et V.31 présentent les distributions des efforts le long du tirant
en conditions bi- et tridimensionnelles. On constate que le calcul bidimensionnel
produit une zone d’effort maximal décalée vers l’arrière du tirant, avec des valeurs
plus importantes.

V.6. CONCLUSION
Les résultats de calcul montrent que les procédés de modélisation de l’interaction sol-
tirant proposés dans la littérature peuvent être mis en œuvre dans un calcul couplé avec
le module CSNL, et que l’on obtient des résultats intéressants : on peut par exemple
mettre en évidence l’influence de la vitesse de chargement sur le comportement de
l’ouvrage en général.

Cependant, on a constaté que la modélisation bidimensionnelle réalisée en remplaçant


les tirants par une plaque équivalente sous-estime les déplacements et surestime les
efforts dans les tirants par rapport aux résultats tridimensionnels. Le modèle de plaque
équivalente doit donc être utilisé avec prudence.

La modélisation du modèle de panneau d’ancrage permet de mieux comprendre le


comportement du renforcement ainsi que l’interaction sol-tirant. Les résultats montrent
que la distribution des efforts le long de renforcement est très complexe.

180
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Chapitre VI

Modélisation numérique couplée de la construction de


deux ouvrages portuaires

VI.1. INTRODUCTION
Dans les parties précédentes, trois aspects du comportement des ouvrages de
soutènement en construction ont été étudiés séparément par des modélisations
numériques : le phasage de construction, le couplage hydromécanique, l’interaction
sol-tirant. Ces approches permettent d’étudier le problème facette par facette. Elles
doivent cependant être complétées par une application à des ouvrages réels. Ainsi,
d’une part, les techniques de modélisation sont confrontées aux modalités réelles de
réalisation des ouvrages et, d’autre part, les résultats du calcul peuvent être comparés
au comportement observé des ouvrages. Dans ce contexte, cette partie du mémoire
présente des modélisations numériques de la construction de deux ouvrages de
soutènement réels au moyen du module couplé CSNL du logiciel CESAR-LCPC. Ces
modélisations tentent de tenir compte le mieux possible des différents phénomènes en
jeu.

Il s’agit de deux ouvrages de soutènement de type portuaire : le quai en eau profonde


du port de Calais et le quai d’Osaka du port du Havre. Ces ouvrages ont fait l’objet
d’instrumentations et de suivis de chantier (Delattre, 1999) et offrent pour cette raison
tous les ingrédients nécessaires à la validation des modèles numériques.

VI.2. QUAI EN EAU PROFONDE DU PORT DE CALAIS


On s’intéresse en premier lieu au comportement en cours de construction du quai en
eau profonde du Port de Calais. Construit à la fin des années 1980, l’ouvrage est
constitué d’une paroi en béton armé retenue en tête par deux lits de tirants. Pendant sa
construction, il a été instrumenté pour suivre ses déformations et ses déplacements.
Une étude détaillée des propriétés physiques et mécaniques des sols a également été
réalisée, de sorte que l’on dispose tous les éléments nécessaires à la mise en œuvre et à
la validation d’une modélisation par la méthode des éléments finis.

181
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

VI.2.1. Présentation de l’ouvrage


L’extension du port de Calais vers l’Est a comporté, entre 1989 et 1991, le creusement
d’une nouvelle darse de 1000 m de longueur et 200 m de largeur environ, recevant au
sud un quai de service d’une longueur de 200 m et au nord un quai commercial d’une
longueur de 725 m.

Ce dernier ouvrage est constitué d’un écran de soutènement en béton armé, réalisé
pour la partie inférieure par la technique de la paroi moulée dans le sol et pour la partie
supérieure en béton coffré. L’écran est fiché dans l’argile des Flandres et ancré par
deux nappes de tirants passifs reliées à un rideau de palplanches formant le massif
d’ancrage.

La hauteur libre totale de l’ouvrage (24 m), et le chargement qu’il reçoit (outillage et
surcharges pondérales sur les terres-pleins) en font un ouvrage important sur le plan du
génie civil. De plus, les différentes phases de la construction de l’ouvrage associent
des opérations de remblaiement derrière l’ouvrage et de dragage devant l’ouvrage,
ainsi qu’un rabattement temporaire de la nappe phréatique et constituent autant
d’étapes intéressantes du point de vue de l’interaction sol-structure. Dans le but de
suivre l’évolution des déformations au cours de la construction et de la mise en
service, et d’analyser le dimensionnement de l’écran de soutènement, l’ouvrage a été
équipé de nombreux dispositifs de mesure (inclinomètres, extensomètres, capteurs de
contraintes, plots de suivi topographique), qui ont fait l’objet de relevés pour toutes les
phases essentielles de la construction et de la mise en service.
VI.2.1.1. Contexte géotechnique
Les sols rencontrés sur le site du quai de Calais ont fait l’objet de trois campagnes de
reconnaissance :
• une reconnaissance préalable aux études de conception de l’ouvrage, exécutée par
le LRPC de Lille (rapport 84.401 36/2 du 2 mai 1985), comprenant un sondage
carotté (SC1a) et deux profils pressiométriques (PR2 et PR3) ;
• une étude spécifique de l’argile des Flandres, également réalisée par LRPC de
Lille (rapport sans référence du 17 décembre 1987), sur la base de deux sondages
carottés (SC1 et SC2b) ;
• une reconnaissance complémentaire, menée dans le cadre de l’instrumentation de
l’ouvrage par l’Entreprise Solétanche ;

D’autres reconnaissances, réalisées aux environs immédiats du site, peuvent par


ailleurs contribuer à préciser certains aspects des caractéristiques des sols.

D’un point de vue géotechnique, le site est constitué de deux formations :


• les sables flandriens régnant de la surface du sol, variable aux environs de +5,00
Cote Marine (CM) jusqu’à une profondeur de –21,00 à –22,50 CM. Ces sables
sont des sables fins homométriques, mis en place lors des mouvements du niveau
de la mer au quaternaire.

182
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

• L’argile des Flandres est présente en dessous de la cote –21,00 à 22,50 CM, avec
une épaisseur non reconnue. C’est une argile raide, mise en place à l’Eocène.

L’ensemble est baigné par une nappe phréatique, dont le toit s’établit aux environs du
niveau de mi-marée (+4,00 à +5,00 CM).

Le tableau VI.1 rassemble les valeurs des paramètres des sols tirées de l’ensemble des
essais.

Tableau VI.1. Caractéristiques géotechniques des couches de sol, d’après Delattre et al. (1999)
Couches Niveau Épaisseur γsat γd c’ ϕ’ cu EM
3 3
de sol d’assise (m) kN/m kN/m (kPa) (degrés) (kPa) (MPa)
(CM)
Remblai -4,50 9,5-10,0 20,25 16,50 0-6 37,5-41 - 20-35
Sables -21,00 16,50 20,25 16,50 0-6 37,5-41 - 20-40
flandriens
Argile des - - 20 15,60 20-50 20-22 150-250 20-60
Flandres

VI.2.1.2. Hydrologie du site


Avant son aménagement, le site était abrité des variations du niveau de la mer par une
digue d’enclôture. Le nouveau bassin est par contre soumis aux conditions de marée :
le niveau de marée haute de vives eaux extrême peut s’établir aux environs de + 8,00
CM et le niveau de marée basse de vives eaux extrêmes aux environs de + 0,30 CM.

Durant les différentes opérations de construction (mars 1989 à novembre 1989), la


nappe phréatique a été rabattue au niveau -8,00 pour remonter ensuite à -5,00 puis
-1,60 CM.
VI.2.1.3. Description de l’ouvrage
L’ouvrage est un écran de soutènement de 24 m de hauteur libre, à l’usage de quai. Ses
principales caractéristiques vis à vis de l’exploitation sont les suivantes :
• couronnement à la cote marine + 9,00 ;
• hauteur libre : 24 m ;
• surcharge admissible sur les terres-pleins : pression de 40 kPa uniformément
répartie sur une bande de 25 m au bord du quai, pression de 150 kPa
uniformément répartie au delà ;
• efforts d’amarrage : traction en tête de l’ouvrage de 50 kN/m ;
• descente de charge des outillages de débarquement des navires : 900 kNm/m en
tête de l’ouvrage.

La solution technique adoptée est une variante d’entreprise (CITRA et Solétanche)


constituée d’un écran de soutènement réalisé en partie en paroi moulée dans le sol, en

183
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

partie en béton coffré, ancré par un système passif comprenant deux nappes de tirants
et un rideau de palplanches servant de massif d’ancrage (figure VI.1).

+9,00
TERRE - PLEIN
+4,50
+4,00
tirant/2m D66 R 70 T 45
+0,30
REMBLAI
-1,50
-4,50 tirant/m D90 R 105 T 45
-5,50
-6,50
-12,50 cote dragage
-15,00 cote calcul
SABLES FLANDRIENS
1,33

-21,00

ARGILE DES FLANDRES

-29,00
Figure VI.1. Coupe type du quai, d’après Neveu et al. (1994)

VI.2.1.4. Phasage de construction


La construction a été réalisée en neuf étapes, décrites ci-dessous.

Phase 1 :
Une plate-forme a été réalisée à la cote
-4,50 CM, la nappe phréatique étant
rabattue à –8,00 CM. A partir de cette
plate-forme, la paroi moulée (épaisseur
1,33 m) a été coulée. Son pied atteint la
cote –29,00 CM, environ 8 m sous
l’interface entre les sables en place et
l’argile des Flandres sous-jacente. Elle a
été recépée à la cote –5,50 CM.

Phase 2 :
La paroi moulée a été prolongée entre
-5,50 et +7,00 CM par une
superstructure en béton armé coffré. En
même temps, la nappe de tirants
inférieure de diamètre 90 mm et de
longueur 42 m ainsi que le rideau
d’ancrage arrière ont été mis en place.

184
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Phase 3 :
Les remblais de sable sont réalisés
jusqu’au niveau de la nappe des tirants
supérieurs à la cote +4,00 CM et suivant
une pente de 7 degrés. La nappe des
tirants supérieurs est mise en place
ensuite. Il s’agit de tirants passifs de
diamètre 55 mm, de nuance T45 et
espacés de 2 m. Elle est ancrée au même
rideau de palplanches que la nappe
inférieure.

Phase 4 :
Le terrain est remblayé derrière la paroi
jusqu’à la cote +7,00 CM, tandis que
l’écran est couronné à la cote +9,00 CM
par une poutre longitudinale.

Une piste de chantier est mise en place


20 m en arrière de l’écran.

Phase 5 :
Une nouvelle opération de remblaiement
est réalisée jusqu’à la cote +8,70 CM.

La nappe remonte à la cote –5,00 CM.

Phase 6 :
Le quai est dragué à la cote –10,50 CM
côté bassin.

185
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Phase 7 :
Le quai est dragué à la cote –13,40 CM
côté bassin.

Phase 8 :
Le rabattement de la nappe est arrêté. La
nappe remonte à la cote –1,60 CM dans
le terrain et –0,60 CM dans le bassin.

Phase 9 :
Le bassin est mis en eau. Le niveau
d’eau est variable dans le bassin (+0,30
à +8,00 CM) et la nappe trouve une
position d’équilibre en arrière de la
paroi (+5,00 CM).

Figure VI.2. Phasage de construction de l’ouvrage

VI.2.1.5. Instrumentation et suivi de chantier


Les appareils de mesure mis en place (figure VI.3) sont :
• quatre inclinomètres dans la paroi moulée et sa superstructure, descendant sous le
pied de la paroi moulée (à -45 CM) ;
• deux inclinomètres solidarisés avec le rideau d’ancrage, descendant jusqu’à -24
CM ;
• un inclinomètre intermédiaire entre la paroi et son rideau d’ancrage, descendant
jusqu’à la cote -36 CM ;
• des couples d’extensomètres à corde vibrante sur les tirants d’ancrage, un couple
étant placé à proximité de la paroi, l’autre à proximité du rideau d’ancrage. Six
tirants de la nappe inférieure et huit tirants de la nappe supérieure ont ainsi été
équipés ;

186
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

• des triplets d’extensomètres à corde vibrante mis en place dans la paroi moulée,
sur dix niveaux. Pour chaque niveau, un extensomètre est placé au centre de
gravité de la section de béton armé, tandis que les deux autres sont placés aux
bords de la section ;
• des embases en tête de la paroi permettant la mesure de l’inclinaison de l’ouvrage
à l’aide de nivelles ;
• des plots de visée topographique en tête de paroi ;
• un système de mesure de la butée se développant dans le sol devant l’ouvrage ;
• des piézomètres installés dans le massif de sol en arrière de l’ouvrage.

Tubes inclinométriques (paroi)


Embases
inclinométriques Repères topographiques Tubes inclinométriques (rideau)

REMBLAI

Extensomètres à corde vibrante


Paroi moulée
e = 1,33 m

Tubes inclinométriques (remblai)


Capteurs de
contraintes biaxiaux Extensomètres à corde vibrante

ARGILE DES FLANDRES

Figure VI.3. Schéma d’instrumentation de l’ouvrage, d’après Pincent et al. (1991)

Les différents appareils de mesure mis en place ont fait l’objet d’une dizaine de relevés
au cours de la construction de l’ouvrage et à sa mise en service, sur une période
débutant au mois de mars 1989 et se terminant au mois de mars 1991.
VI.2.2. Modélisation numérique
Le modèle numérique a été construit pour permettre de représenter le mieux possible
toutes les phases de la construction, les particularités géométriques et géotechniques
ainsi que les conditions de service du quai en eau profonde de Calais.
VI.2.2.1. Modèle et maillage
Les calculs ont été réalisés en configuration bidimensionnelle pour une hauteur totale
du terrain de 50 m et une longueur totale de 200 m dont 70 m devant et 128,5 m
derrière la paroi.

187
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Figure VI.4. Maillage du modèle de calcul

Le maillage est constitué de 7481 triangles à six nœuds (T6), 465 quadrilatères à 8
nœuds (Q8) et 488 éléments de relation linéaire (RL) pour une totalité de 8434
éléments et 16553 nœuds. La complexité du phasage des travaux et la diversité des
natures d’opérations nécessite de définir 31 groupes d’éléments, dont 4 groupes sont
introduits pour traiter l’interface entre les tirants et le sol.
VI.2.2.2. Conditions aux limites
Sur les bords latéraux, le déplacement normal est nul et le cisaillement est nul
(condition de type « contact lisse ») tandis que, pour le bord inférieur, les deux
composants du déplacement sont imposées nulles (condition de type « appuis fixes »).

Les conditions aux limites hydrauliques consistent à imposer la charge sur le toit de la
nappe et sur une partie des limites verticales. Elles varient d’un calcul à l’autre selon
que la nappe est rabattue ou remonte lors de la phase de travaux étudiée.
VI.2.2.3. Caractéristiques mécaniques utilisées pour la modélisation numérique
Massif de sols :
Le comportement du sol est modélisé par une loi élastoplastique avec un critère de
Mohr-Coulomb. Les paramètres de résistance en conditions drainées c’, ϕ’ et les poids
volumiques sont tirés du tableau VI.1 récapitulant les résultats des campagnes d’essais.

Concernant les caractéristiques élastiques de l’argile des Flandres, nous nous sommes
basés sur une étude réalisée par Josseaume (1998). Cette étude comporte des essais in
situ et en laboratoire de l’argile présente aux ports de Calais et de Dunkerque. Les
essais réalisés en laboratoire à l’appareil triaxial ont permis à Josseaume (1998) de
proposer pour le module tangent à l’origine E’0 et pour le module sécant à 50 % du
déviateur à la rupture E’50 les valeurs suivantes (ces modules correspondent à une
condition drainée) :
E’0 = 56,5 MPa,
E’50 = 26 MPa.

Le module de cisaillement initial horizontal de l’argile a, par ailleurs, été évalué à


partir de résultats d’essais au pressiomètre autoforeur :
Ghh = 88 MPa.

188
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

A partir de la relation entre le module de cisaillement et le module


E
d’élasticité : G = et en adoptant pour le coefficient de Poisson la valeur
2( 1 + ν )
ν’hh=0,03 et pour le rapport d’anisotropie n =E’v/E’h=0,55, Josseaume a montré que
l’on peut estimer à partir des essais au pressiomètre autoforeur, le module d’Young
horizontal E’hh=180 MPa et le module d’Young vertical E’v>100 MPa. Ces valeurs
sont bien supérieures à celles évaluées à partir des essais triaxiaux.

Le tableau VI.2 présente les paramètres de comportement de l’argile des Flandres à


Calais et à Dunkerque, d’après Josseaume (1998).

Tableau VI.2. Paramètres de comportement de l’argile des Flandres à Dunkerque et à Calais,


d’après Josseaume (1998)
Paramètres Valeurs
Coefficient de pression 0,9≤ Ko ≤1,1
des terres au repos
Rapport d’anisotropie n=E’v/E’h=0,55
Coefficients de Poisson ν’hh = 0,03
ν’vh = 0,17
Module de cisaillement Ghh=Go=88Mpa
horizontal
Module de déformation E’ho=180 MPa
drainé (PAF) E’vo≥ 100 Mpa
Modules de déformation E’50=26 MPa
verticale drainés (triaxial) E’o=56,5 MPa
Paramètres de résistance c’≤ 30 kPa
au cisaillement drainée ϕ’ = 23 degrés
Cohésion non drainée 200kPa≤ cu ≤300kPa
Pression de 2,8 ≤σ’p≤ 3,2 (MPa)
préconsolidation
Indice de compression 0,29 ≤Cc≤ 0,34
Indice de gonflement 0,10 ≤Cs≤ 0,12

En adoptant un module élastique de l’argile égale à E’o = 56,5 MPa, les déplacements
horizontaux de la couche d’argile (au-dessous de la paroi) sont surestimés par rapport
aux mesures, comme l’a montré Luc Delattre (1999) : ceci nous conduit à adopter pour
la couche d’argile des Flandres un module d’élasticité de l’argile égal à E’=120 MPa.

En ce qui concerne les sables flandriens, le comportement mécanique a été étudié en


laboratoire sur la base d’essais de cisaillement à la boîte, qui n’ont pas permis de
procéder à une évaluation de ses caractéristiques élastiques.

189
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Les caractéristiques élastiques des sables sont évaluées à partir des résultats d’essais
pressiométriques réalisés sur le site. Cette évaluation fait appel à la corrélation
proposée par Dauvisis et Ménard (1964) entre le module pressiométrique du sol et son
module oedométrique :
EM
E oed = .
α
Cette corrélation est proposée avec une valeur de α égale à 0,3 dans l’étude de Delattre
(1999).

La relation existant par ailleurs entre le module oedométrique et le module


d’élasticité :
E( 1 − ν )
E oed =
( 1 + ν )( 1 − 2ν )

conduit à un module oedométrique compris entre 1,11 E et 1,34 E pour un coefficient


de Poisson compris entre 0,2 et 0,3.

Le module pressiométrique des sables, en place aussi bien qu’en remblai, de l’ordre de
30 MPa, conduit à un module d’élasticité de l’ordre de 75 MPa.

Eléments de structure :
La paroi moulée, le rideau de palplanches ainsi que les tirants sont modélisés par des
éléments de massif dont le comportement est supposé élastique linéaire.

En respectant la géométrie réelle, le module d’élasticité considéré pour le béton de la


paroi moulée est un module moyen entre le module instantané estimé par la
formule : E i = 110003 f c 28 et le module différé estimé par : Ed = Ei/3 (valeur
considérée traditionnellement dans la pratique du calcul des écrans en paroi moulée).

Par contre, la géométrie des rideaux de palplanches n’est pas respectée dans le modèle.
On introduit donc dans le modèle un module équivalent respectant la rigidité de
flexion du rideau réel. On prend E pe I pe = E p I p , où Ep et Epe désignent respectivement le
module d’élasticité des palplanches et le module équivalent, et Ip et Ipe désignent
respectivement l’inertie du rideau réel et l’inertie du rideau modélisé.

Les lits de tirants d’ancrage sont modélisés dans la configuration bidimensionnelle par
deux plaques équivalentes. Chaoui (1992), dans son analyse numérique, a proposé de
calculer les caractéristiques de la plaque équivalente (module élastique Eeq et épaisseur
φeq) en établissant l’égalité des rigidités en traction et en flexion entre l’ancrage réel et
la plaque équivalente. Ces conditions d’égalité permettent d’obtenir explicitement Eeq
et φeq en fonction des caractéristiques des tirants (Etirant et φtirant) :
3 πφ tirant
φ eq = .φ tirant et E eq = E tirant
2 2. 3

190
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Cependant, Unterreiner (1994) met en cause l’hypothèse d’une égalité entre les
rigidités en flexion pour le cas d’un essai d’arrachement de tirant et propose de prendre
en considération uniquement l’égalité entre les rigidités en traction. En prenant pour la
plaque équivalente une épaisseur φeq égale au diamètre du tirant φtirant, il obtient un
module d’élasticité équivalent :
π.φ tirant
E eq = .E tirant
4e t

où et est l’espacement horizontal entre les tirants. Cette solution a été adoptée dans
notre étude pour calculer les paramètres de la plaque équivalente (pour plus de détails,
on peut se rapporter au chapitre V). Pour faciliter la construction du modèle de
maillage, on utilise une épaisseur de la plaque équivalente φeq égale à 0,1 m ; le
module élastique équivalent de la plaque est donc donné par :
1 π .(φ tirant )
2
E eq = E tirant
φ eq et 4

Conditions hydrauliques :
Une nappe phréatique règne dans le terrain : elle se trouve initialement à environ +4,00
à +5,00 CM (Delattre, 1999). Pendant les travaux et pour la période du début mars
1989 jusqu’en novembre 1989, cette nappe phréatique a été rabattue au niveau -8,00.
À la fin des travaux le rabattement s’est arrêté, la nappe est remontée au niveau -5,00
et ensuite à -1,60 CM pour finalement se stabiliser autour du niveau +5,00 CM.

En absence d’essais hydrologiques plus détaillés, on adopte pour la perméabilité de


l’argile des Flandres la valeur de 10-9 m/s et celle des sables flandriens la valeur de
10-4 m/s.

Les éléments de relation linéaire et les interfaces :


Des éléments de relation linéaire (famille 9) ont été utilisés pour maintenir la
continuité de part et d’autre de la plaque équivalente. Ils sont mis en service dans les
troisième et quatrième étapes de calcul simulant les opérations de remblaiement
derrière la paroi après la mise en place des tirants (troisième et quatrième phases de
construction de la figure VI.2).

L’interface sol-tirant est modélisée par une fine couche de matériau de caractéristiques
identiques à celles du sol, mais dont le critère de rupture est « orienté » parallèlement
aux tirants (voir détails dans le chapitre V). La détermination des paramètres des
éléments d’interface se fait donc en utilisant l’hypothèse que la résistance limite de
ceux ci est déterminée uniquement en terme d’adhésion en prenant un angle de
frottement nul (Benhamida, 1998), ce qui nous conduit à opter une adhérence des
éléments d’interface cinterface = qse, où qse est le frottement mobilisable équivalent
calculé par :
π .φ tirant (φtirant désigne le diamètre du tirant et et l’espacement
q se = qs
2et horizontal).

191
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Les propriétés adoptées pour la modélisation du comportement du sol et des éléments


de structure sont récapitulées dans le tableau VI.3 :

Tableau VI.3. Caractéristiques géotechniques utilisées dans le modèle


Couches de sols γ p° K° E ν ϕ’ c’ ψ
3
(kN/m ) (kPa) (MPa) (degrés) (kPa) (deg)
Tirant supérieur - - - 3590 0,2 - - -
Tirant inférieur - - - 13353 0,2 - - -
Paroi moulée - - - 22000 0,2 - - -
Interface sup./remblai - - - 75 0,3 0 4,0 0
Interface inf./remblai - - - 75 0,3 0 5,5 0
Rideau de palplanches - - - 22000 0,2 - - -
Remblais 20,00 - 0,5 75 0,3 30 0 30
Sables flandriens 20,25 - 0,5 75 0,3 40 6 40
Argile des Flandres 20,0 - 0,9 120 0,2 23 40 23

VI.2.2.4. Prise en compte du phasage de la construction


Le phasage de construction du quai a été simulé par un enchaînement de neuf étapes
de calcul :
• La première étape de calcul a pour but de créer un état initial de contraintes et de
pressions (la nappe phréatique se situe au niveau +5 CM) régnant dans le massif
avant toutes opérations de travaux. Cette étape a été réalisée à l’aide de l’option
SIG du module CHAR et de l’option INP du module CSNL.
• La deuxième étape de calcul simule le rabattement de la nappe au niveau -8,00
CM en imposant des conditions limites hydrauliques adéquates à la surface libre.
Le changement du poids volumique de la partie du sol au-dessous et au-dessus de
la nappe est pris en compte avec l’option POI du module CHAR.
• Dans la troisième étape de calcul, on simule la réalisation de la plate-forme de
travail au niveau –4,50 CM avec l’option LAM.
• La quatrième étape de calcul consiste à modéliser la mise en place de la paroi, du
rideau d’ancrage et du premier lit de tirants (en activant le module élastique et le
poids volumique de ces groupes d’éléments) ainsi on simule la réalisation de la
première phase de remblaiement derrière la paroi (à l’aide de l’option POI du
module CHAR). Dans cette étape de calcul, deux groupes d’éléments de relation
linéaire (famille 9) ont aussi été ajoutés pour maintenir la continuité des
déplacements de part et l’autre de la « plaque équivalente » qui représente le lit de
tirants.

Note : Par souci de simplicité, dans le calcul numérique, on considère que le remblai
est mis en place en une seule fois jusqu’au niveau prévu en admettant que le sol prend
pleinement les valeurs des caractéristiques mécaniques au moment de l’application du
chargement. En pratique, le remblaiement doit être conduit couche par couche avec un

192
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

processus de compactage rigoureux. La simplicité de la modélisation peut donc


conduire à une sous-estimation de la pression sur la paroi (qui tend vers la pression
active de Rankine – figure VI.5), à cause des déformations propres du massif de
remblai sous son poids volumique (gêné par la plaque équivalente et son point fixe à
la paroi). Une solution est alors proposée pour réduire cet effet, en réduisant les
caractéristiques de résistance du massif de remblai (on diminue l’angle de frottement
du remblai pour obtenir une pression sur la paroi correspondant à Ko).

8
Distance de la plate-forme (m)

7
Phi 30
6 Repos
Active
5

4
Ka
3
Ko
2

1
Pression horizontale du sol sur la paroi (kPa)
0
-90 -80 -70 -60 -50 -40 -30 -20 -10 0
Figure VI.5. Distribution de la pression du remblai sur la paroi calculée avec ϕ’ = 30 degrés

8
Distance de la plate-forme (m)

7
Phi 20
6 Repos
Active
5

4
Ka
3
Ko
2

1
Pression horizontale du sol sur la paroi (kPa)
0
-90 -80 -70 -60 -50 -40 -30 -20 -10 0
Figure VI.6. Distribution de la pression du remblai sur la paroi calculée avec ϕ’ = 20 degrés

193
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Il est important de noter que cette solution pour simuler la mise en place du remblai
donne des résultats identiques à celle dans laquelle on applique directement la pression
des terres au repos sur la paroi et sur la base de la plate-forme (figure VI.6). Il est
cependant regrettable que l’on ne dispose pas de données de mesures de cette pression
des terres sur la paroi.

• La mise en place du deuxième lit de tirants et des relations linéaires associées,


suivie de la deuxième phase de remblaiement jusqu’à la cote +7,00 CM et la
réalisation de la piste de chantier (l’option POI), sont simulées dans la cinquième
étape de calcul.
• Dans la sixième étape de calcul, les remblais sont montés jusqu’au niveau final à
8,70 CM derrière la paroi ; en même temps, la nappe d’eau dans le terrain est
remontée au niveau -4,50 CM. Cette remontée de la nappe est simulée en imposant
une charge hydraulique constante à la nouvelle surface de la nappe et une variation
de la charge hydraulique correspondante à la surface actuelle. Comme dans la
deuxième étape, le changement du poids volumique est simulé avec l’option POI.
• La septième étape simule la première phase de dragage devant le quai jusqu’au
niveau –10,50 CM. C’est une opération d’excavation sous l’eau. Les forces
d’excavation sont donc calculées à l’aide de l’option LAM à partir de la lecture du
fichier de résultats de l’étape de calcul précédente en précisant au niveau de la
sortie des résultats en contraintes totales et charges (indicateur KSRE=1 dans
l’option SRE). La pression d’eau devant la paroi est ensuite simulée à l’aide de
l’option PHS.
• La huitième étape simule la deuxième phase de dragage devant le quai jusqu’au
niveau final à –13,40 CM.
• La neuvième étape de calcul modélise la mise en eau du bassin : côté bassin, le
niveau de l’eau s’élève à 1,10 CM ; derrière la paroi, le niveau de la nappe est à
5,20 CM (valeurs correspondant aux mesures réalisés en octobre 1990).
• Et enfin, la dernière étape modélise la mise en service de l’ouvrage avec
l’application d’une charge uniforme de 40 kPa répartie sur une bande de 25m au
bord du quai, et une pression uniforme égale à 150 kPa au-delà.

VI.2.3. Résultats des calculs


Pour le modèle de Mohr-Coulomb utilisé, les calculs se sont déroulés sans problème
particulier. Une bonne convergence a été obtenue après chaque étape de calcul. La
figure VI.7 présente le développement des zones plastiques dans le massif après la
huitième étape de calcul. On constate une forte concentration des déplacements
plastiques derrière la paroi et autour des tirants.

194
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

y
ARGILE DES FLANDRES
x
Figure VI.7. Zone plastique générée dans le massif après la huitième étape de calcul

Tableau VI.4. Mesures disponibles pour les différentes phases de travaux


Date de Phase de Mesures Remblai-déblais Niveaux nappe Étape
mesure travaux Inclin. Extens. amont aval amont Aval calcul*
03/07/89 1 initial initial -4,50 -4,50 -8,00 -8,00 1,2,3
04/08/89 2,3 oui oui +4,00 -4,50 -8,00 -8,00 4
31/08/89 4 oui oui +7,00 -4,50 -8,00 -8,00 5
25/09/89 5 oui oui +8,50 -4,50 -5,00 -5,00 6
23/11/89 6 oui oui +8,50 -10,50 -5,00 -5,00 7
7 non non +8,50 -13,40 -5,00 -5,00 8
08/02/90 8 oui oui +8,50 -13,40 -1,60 -0,60 -
08/10/90 9 oui oui +9,00 -13,40 +5,23 +1,10 9
14/03/91 surcharge oui oui +9,00 -13,40 +5,10 +7,90 10
(*) la dernière colonne indique les étapes de calcul correspondantes

Dans la suite, on présente les différents résultats des calculs : déplacements de la paroi,
du rideau d’ancrage, moment de flexion dans la paroi, tensions dans les tirants. Les
résultats de calculs sont comparés avec les valeurs mesurées.

Le tableau VI.4 présente une liste des mesures tirées du rapport de Delattre et
Mespoulhe (1999).
VI.2.3.1. Déplacements de la paroi
Le plan d’instrumentation de l’ouvrage comporte quatre inclinomètres installés dans
l’écran de soutènement, deux au droit du rideau d’ancrage et un dernier entre l’écran et
le rideau (figure VI.8).

195
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Légende :
Correspondance entre le numéro des
inclinomètres et le numéro des panneaux :
Inclinomètre 1 : M85D,
Inclinomètre 2 : M85G,
Inclinomètre 3 : M89D,
Inclinomètre 4 : M89G,
Inclinomètre 5 : M85A,
Inclinomètre 6 : M89A,
Inclinomètre 7 : M89M.

On note les directions de mesure A


perpendiculaire au mur et B parallèle au mur.
Figure VI.8. Schéma d’implantation des inclinomètres, d’après Simecsol

On observe que les déplacements mesurés par les inclinomètres sont relativement
homogènes, exception faite de l’inclinomètre 4, qui donne toujours des déplacements
plus élevés que les autres inclinomètres (Delattre et al., 1999). La confrontation des
résultats de calcul a été faite donc avec une fourchette constituée par les mesures des
trois premiers inclinomètres. Ces mesures ont été jugées plus fiables et confirmées par
des données des suivis topographiques.

Les déplacements de la paroi ont été initialisés à zéro après la deuxième étape de
calcul pour tenir compte de l’initialisation des mesures des inclinomètres dans la paroi
après la phase 2 de travaux, c’est à dire après la réalisation de la plate-forme de travail
au niveau +4,5 CM, le rabattement du niveau de la nappe au niveau –8,00 CM et la
mise en place de la paroi moulée.

Les figures VI.9 et VI.10 comparent les résultats des quatrième et cinquième étapes de
calcul avec les mesures. Ces deux étapes correspondent aux opérations de
remblaiement derrière la paroi jusqu’aux niveaux +4,00 CM et +7,00 CM,
respectivement. On constate une très bonne concordance, surtout pour la quatrième
étape de calcul dans laquelle la paroi travaille comme une poutre retenue au niveau de
la nappe de tirant inférieure. Pour l’étape de calcul 5, le chargement du remblai se
traduit par une augmentation de la poussée latérale du terrain situé sous le niveau
d’ancrage et donc des déplacements de la paroi vers le bassin à ce niveau (z=30m -
figure VI.10). Les déplacements sont fortement diminués au niveau de la nappe de
tirants inférieure (z=41,5m), qui joue bien son rôle d’ancrage de l’écran.

196
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

60
Z(m) Mesure 04/08/89

50

Tir. inf.
40
Bassin

30

20
mes. min.
mes. max.
calcul 4
10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
-0.035 -0.03 -0.025 -0.02 -0.015 -0.01 -0.005 0
Figure VI.9. Déplacements horizontaux de la paroi après la phase de construction 3

60
Z(m) Mesure 31/08/89
Tir. sup.
50

Tir. inf.
40
Bassin

30

20
mes. min.
mes. max.
calcul 5
10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
-0.035 -0.03 -0.025 -0.02 -0.015 -0.01 -0.005 0
Figure VI.10. Déplacements horizontaux de la paroi après la phase de construction 4

197
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

60
Z(m) Mesure 25/09/89
Tir. sup.
50

Tir. inf.
40
Bassin

30

20
mes. min.
mes. max.
calcul 6
10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
-0.035 -0.03 -0.025 -0.02 -0.015 -0.01 -0.005 0
Figure VI.11. Déplacements horizontaux de la paroi après la phase de construction 5

60
Z(m) Mesure 23/11/89
Tir. sup.
50

Tir. inf.
40

mes. min.
30 mes. max.
calcul 7

20
Bassin

10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
-0.035 -0.03 -0.025 -0.02 -0.015 -0.01 -0.005 0
Figure VI.12. Déplacements horizontaux de la paroi après la phase de construction 6

198
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

60
Z(m) Mesure 08/10/90
Tir. sup.
50

mes. min. Tir. inf.


40 mes. max.
calcul 9

30

20
Bassin

10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
-0.08 -0.07 -0.06 -0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0
Figure VI.13. Déplacements horizontaux de la paroi après la phase de construction 9

60
Z(m) Mesure 14/03/91
Tir. sup.
50

Tir. inf.
40
mes. min.
mes. max.
calcul 10
30

20
Bassin

10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
-0.08 -0.07 -0.06 -0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0
Figure VI.14. Déplacements horizontaux de la paroi après la mise en service

Les figures VI.11 à VI.14 présentent les résultats des calculs pour les phases de
travaux 6, 7, 9 et 10 (en service) respectivement. On voit que les résultats sont bien
encadrés par la fourchette des mesures. Il faut noter aussi que les déplacements sont
légèrement surestimés par le calcul dans la zone située au-dessous de la paroi
(z<25m), c’est à dire dans la couche d’argile des Flandres. Cette différence peut être
due à une sous-estimation des caractéristiques mécaniques de cette couche.

199
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

VI.2.3.2. Déplacements du rideau d’ancrage


D’autres inclinomètres ont été installés au droit du rideau d’ancrage jusqu’au niveau
-24,0 CM (figure VI.3 et VI.8). Ces inclinomètres ont fait l’objet de relevés de mesure
à partir de la quatrième phase de construction de l’ouvrage. Les déplacements sont
donc remis à zéro après la troisième étape de calcul.

55
Z(m) calcul 7
mes.23/11/89
50

45 Tir. sup.
Tir. inf.
40

35

30
Bassin
25

Deplacement horizontal du rideau (m)


20
-0.03 -0.025 -0.02 -0.015 -0.01 -0.005 0
Figure VI.15 : Déplacements horizontaux du rideau après la phase de construction 6

55
Z(m) calcul 9
mes.08/10/90
50

45 Tir. sup.
Tir. inf.
40

35

30
Bassin
25

Deplacement horizontal du rideau (m)


20
-0.03 -0.025 -0.02 -0.015 -0.01 -0.005 0
Figure VI.16 : Déplacements horizontaux du rideau après la phase de construction 9

200
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Les figures VI.15 et VI.16 montrent la comparaison des résultats de calcul avec les
relevés de mesures après les sixième et huitième phases de construction. On constate
une assez bonne concordance dans la forme générale des courbes. Les calculs rendent
compte de manière satisfaisante du fonctionnement de la paroi et de l’ancrage.
VI.2.3.3. Moment de flexion dans le voile en paroi moulée
Pour mesurer les déformations du voile en paroi moulée (la partie inférieure de –29,0 à
–5,5 CM) de la paroi, une autre technique ont été utilisée. Il s’agit des extensomètres à
corde vibrante mis en place à différents niveaux du voile, lors de son bétonnage. Le
dispositif expérimental est décrit en détail dans le rapport de Delattre (1999). Chaque
niveau sur la hauteur du voile comporte trois extensomètres : un extensomètre est
placé à proximité du centre de la section de béton armé, tandis que les deux autres sont
placés respectivement à proximité de la fibre la plus comprimée et de la fibre la plus
tendue.

Au total, ce sont vingt séries de mesures qui ont été faites sur les extensomètres et qui
peuvent être rassemblées en trois ensembles en fonction des sollicitations subies par le
voile.
• Première phase : test de fonctionnement des extensomètres par un chargement
externe appliqué au voile.
• Deuxième phase : entre le 27 avril 1989 et le 27 juin 1989, réalisation de la
superstructure en béton coffré.
• Troisième phase : après le 27 juin 1989, différentes phases de remblai, déblai et
remontée de la nappe, conduisant à des sollicitations complexes dans le voile de
paroi moulée.

Ces mesures peuvent être interprétées en termes de déformation d’effort normal et de


déformation angulaire de flexion. Si l’on considère qu’une section est soumise au
torseur d’efforts (M, N) et qu’elle reste plane au cours de la déformation, la
déformation en chaque point est régie par l’équation suivante :
N M.s max
ε= +
ES EI
ε = ε N + y' '.s max

ε étant la déformation, εN la déformation issue de l’effort normal, y’’ la déformation


angulaire issue du moment fléchissant, E le module du béton (E = 20 GPa), I l’inertie
de la section, S la surface de la section et smax la distance du point considéré au
barycentre de la section.

Les déformations d’effort normal εN peuvent être considérées comme les valeurs des
mesures effectuées sur les extensomètres intermédiaires, qui sont situés très près du
centre de gravité de la section. Ces déformations peuvent aussi être déduites des
mesures relatives aux extensomètres latéraux à l’aide de l’expression ci-dessus.

201
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

L’expression de y’’ (déformations angulaires) est alors résolue en considérant


successivement chaque niveau (TP-C pour la paire constituée des extensomètres côté
terre-plein et central, TP-B pour la paire constituée des extensomètres côté terre-plein
et côté bassin, C-B pour la paire constituée des extensomètres central et côté bassin).

25
Tir. inf.
Distance du pied de la paroi (m)

20
23/11/89
Mesure
Calcul 7
15

10

Bassin
5

Moment de flexion de la paroi (kNm/m)


0
-800 -600 -400 -200 0 200 400 600 800
Figure VI.17. Moment de flexion du voile de paroi moulée – après la phase de construction 6

25
Tir. inf.
Distance du pied de la paroi (m)

20
08/10/90
Mesure
Calcul 9
15

10

Bassin
5

Moment de flexion de la paroi (kNm/m)


0
-800 -600 -400 -200 0 200 400 600 800
Figure VI.18. Moment de flexion du voile de paroi moulée – après la phase de construction 9

Les figures VI.17 et VI.18 comparent les résultats de calculs aux mesures,
respectivement après les sixième et neuvième phases de construction (les valeurs

202
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

positives correspondent à des raccourcissements côté terre-plein). On constate que les


calculs arrivent à reproduire la tendance des déformations angulaires mesurées.
Cependant, par rapport aux déplacements, ces résultats sont moins satisfaisants.
VI.2.3.4. Efforts dans les tirants
Le comportement de l’ouvrage a été observé aussi par la mesure des efforts dans les
deux lits de tirants d’ancrage. Dans chacune des sections instrumentées (panneaux M
85 et M 89), trois tirants du lit inférieur et quatre du lit supérieur ont été équipés d’un
couple d’extensomètres à corde vibrante permettant de déterminer l’effort de traction
auquel ils sont soumis à proximité de la paroi, d’une part, et près du rideau d’ancrage,
d’autre part.

Les extensomètres du lit inférieur ont été installés et initialisés avant la troisième phase
de travaux, tendis que ceux du lit supérieur ont été installés et initialisés avant la
quatrième phase de travaux. En tout, 13 séries de mesures ont été réalisées entre le 27
juin 1989 et le 15 mars 1991 (Delattre et Mespoulhe, 1999).

Figure VI.19. Exemples d’efforts mesurés dans les tirants de la nappe inférieure, côté paroi
(d’après Delattre et al., 1999)

203
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

450
F(kN) calcul4
400 mesure-max
mesure-min
350

300

250

200

150

100

50

0
Longueur du tirant inferieur (m)
-50
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.20. Efforts calculés dans les tirants de la nappe inférieure – confrontation avec les
mesures après la phase 3 de la construction

450
F(kN) calcul5
400 mesure-max
mesure-min
350

300

250

200

150

100

50

0
Longueur du tirant superieur (m)
-50
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.21. Efforts calculés dans les tirants de la nappe supérieure – confrontation avec les
mesures après la phase 4 de la construction

204
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

450
F(kN) calcul5
400 mesure-max
mesure-min
350

300

250

200

150

100

50

0
Longueur du tirant inferieur (m)
-50
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.22. Efforts calculés dans les tirants de la nappe inférieure – confrontation avec les
mesures après la phase 4 de la construction

500
F(kN) calcul6
mesure-max
mesure-min
400

300

200

100

Longueur du tirant superieur (m)


-100
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.23. Efforts calculés dans les tirants de la nappe supérieure – confrontation avec les
mesures après la phase 5 de la construction

205
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

500
F(kN) calcul6
mesure-max
mesure-min
400

300

200

100

Longueur du tirant inferieur (m)


-100
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.24. Efforts calculés dans les tirants de la nappe inférieure – confrontation avec les
mesures après la phase 5 de la construction

600
F(kN) calcul7
mesure-val. max.
500 mesure-val. min.

400

300

200

100

Distance a la paroi (m)


-100
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.25. Efforts calculés dans les tirants de la nappe supérieure – confrontation avec les
mesures après la phase 6 de la construction

206
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

700
calcul7
F(kN) mesure-val. max.
600 mesure-val. min.

500

400

300

200

100

0
Distance a la paroi (m)
-100
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.26. Efforts calculés dans les tirants de la nappe inférieure – confrontation avec les
mesures après la phase 6 de la construction

800
F(kN) calcul9
mesure-max
700 mesure-min

600

500

400

300

200

100
Longueur du tirant superieur (m)
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.27. Efforts calculés dans les tirants de la nappe supérieure – confrontation avec les
mesures après la phase 9 de la construction

207
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

1400
F(kN) calcul9
mesure-max
1200 mesure-min

1000

800

600

400

200

Longueur du tirant inferieur (m)


0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.28. Efforts calculés dans les tirants de la nappe inférieure – confrontation avec les
mesures après la phase 9 de la construction

Les figures VI.20 à VI.28 présentent la distribution des efforts calculés dans les tirants
de la nappe supérieure et inférieure et la confrontation à des résultats de mesure après
les phases de construction 3, 4, 5, 6 et 9. Dans l’ensemble, on constate que les forces
calculées pour les tirants sont surestimées. L’interprétation précise de cette différence
est délicate : elle résulte vraisemblablement de l’approximation consistant à remplacer
les tirants par une plaque équivalente, et il est donc difficile de la corriger dans le
cadre d’une modélisation bidimensionnelle.

On note clairement sur la figure VI.20 que la tension est beaucoup plus forte à la tête
du tirant et moins forte dans la partie d’ancrage.

Une simulation de cette même étape de calcul utilisant un module élastique équivalent
de la couche d’interface (la rigidité équivalente de la couche d’interface plus faible que
celle du sol) donne une distribution beaucoup plus proche des mesures le long du tirant
(figure VI.29). Cette remarque constitue une piste pour améliorer les valeurs calculées
pour les efforts ; mais le choix de la valeur réelle de la rigidité qu’il faut donner à la
couche d’interface n’est pas possible a priori.

208
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

200
F(kN) calcul4
180 mesure-max
mesure-min
160

140

120

100

80

60

40

20
Longueur du tirant inferieur (m)
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.29. Efforts calculés dans les tirants de la nappe inférieure – après la phase de
construction 3 avec le module élastique de l’interface équivalent

En dernier lieu, il faut noter que les résultats des mesures, malgré une remarquable
homogénéité dans l’évolution de la tension mesurée (figure VI.19), se limitent à deux
extrémités des tirants, ce qui rend difficile une interprétation complète de l’interaction
sol-tirant. Dans le cas de l’expérimentation du quai d’Osaka, la distribution de la
tension le long du tirant est très complexe (Delattre, 1999).
VI.2.4. Conclusion
Ayant fait l’objet d’une instrumentation complète et soignée, la construction du quai
en eau profonde de Calais offre une occasion de tester les méthodes de calcul
notamment par éléments finis.

En profitant de toutes ces données, le calcul numérique, réalisé au moyen du module


couplé CSNL du logiciel CESAR-LCPC, a été mené en essayant de tenir en compte
des divers problèmes : le couplage hydromécanique, l’effet des mouvements de la
nappe, le phasage de construction, l’interaction sol-tirants d’ancrage.

Dans l’ensemble, les résultats sont en bon accord avec les mesures, surtout pour les
déplacements de la paroi et de l’ouvrage en général.

Le modèle numérique, en tenant en compte avec soin de tout le phasage des travaux,
permet d’interpréter le comportement de l’ouvrage durant la construction et en service
ainsi que d’expliquer certains mouvements de la paroi.

L’utilisation du module couplé CSNL pour ce type de calcul semble assez


satisfaisante. Cette application, bien qu’elle demande beaucoup d’attention, éclaire, à

209
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

travers des étapes successives de calcul l’échange relatif entre les contraintes
effectives et la pression dans le massif autour de la zone de construction ainsi que le
comportement hydromécanique du massif. Cette étude confirme que l’on dispose d’un
outil performant et utilisable pour des études théoriques et, à l’occasion, des études de
cas réels.

Par ailleurs, cette étude numérique confirme l’importance du choix des paramètres
adoptés dans le calcul. Ils doivent être choisis avec beaucoup d’attention à partir des
résultats d’essais en laboratoire et in situ. Néanmoins, nous avons obtenu des résultats
satisfaisants sans procéder à des calages a posteriori des paramètres.

Enfin, la simulation de l’interaction sol-tirant reste à améliorer, notamment pour le


choix des paramètres de la couche d’interface dans le modèle de calcul. Ce problème
nécessite une étude plus approfondie au niveau expérimental et numérique.

VI.3. QUAI OSAKA AU PORT DU HAVRE


La construction d’un ouvrage de soutènement d’excavation se traduit souvent par une
succession de travaux et de phénomènes d’origine diverse : mouvement de la nappe
phréatique, phasage de construction, effet à long terme, interaction entre les différents
éléments, etc. La construction du quai Osaka au port du Havre en est un exemple
remarquable.

Construit au début des années 1990 dans le cadre de l’aménagement du bassin du


Pacifique, dernière étape de la réalisation du Port Rapide Aval du Havre, cet ouvrage
est constitué d’un écran de soutènement en béton armé, réalisé par la technique de la
paroi moulée dans le sol et couronné à la partie supérieure d’une poutre longitudinale
et d’un voile d’accostage. Lors de la réalisation de l’ouvrage entre septembre 1992 et
octobre 1993 par l’entreprise Solétanche, l’ouvrage a été instrumenté et équipé avec de
nombreux dispositifs de mesure (inclinomètres, extensomètres, plots de suivi
topographique), lesquels ont fait l’objet de relevés pour toutes les phases essentielles
de la construction et de la mise en service. Les données ont été ensuite analysées en
faisant ressortir les principaux aspects du comportement de l’ouvrage et ont été
présentées dans le rapport établi par Luc Delattre (1999).

Comme dans le cas du port de Calais, cette modélisation numérique à l’aide du module
couplé CSNL du logiciel CESAR-LCPC tente de tenir compte au mieux des différents
phénomènes en jeu : phasage de construction, mouvement de la nappe, couplage
hydromécanique, interaction sol-tirant. La comparaison des résultats obtenus avec le
comportement observé permet d’évaluer les différents aspects de la modélisation.

210
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

VI.3.1. Présentation du site

VI.3.1.1. Conditions géotechniques


La lithologie du site a été établie à l’issue de la lecture de la carte géologique de la
région du Havre et complétée par des études géotechniques réalisées sur le site
(Delattre, 1999). Ces études ont permis de préciser, d’une part, l’extension et
l’épaisseur de chaque couche de sol et, d’autre part, les caractéristiques mécaniques
des sols, surtout en ce qui concerne la série sablo-limoneuse qui s’étend au-dessus des
graviers de fond. Elles n’ont pas en revanche permis de préciser les caractéristiques
des couches de base, qui sont les graviers de fond et les argiles de Villerville. Les
propriétés de ces matériaux font donc l’objet d’estimations. Le tableau VI.5 présente
les caractéristiques géotechniques des couches de sol.

Tableau VI.5. Caractéristiques géotechniques des couches de sol


Couches Niveau Épaisseur γ c’ ϕ’ cu EM pl
3
d’assise (m) kN/m kPa (degrés) kPa MPa MPa
Remblais 7,20 2,30 19 0 30 - 15 1,5
Sables limoneux -4,80 12,00 18 0 40 - 10 1,1
Sables coquilliers -13,80 9,00 19 0 40 - 25 1,9
Limons -18,50 4,70 18 0 40 60 10 1,1
Argile -19,35 0,85 18 - - 60 10 2,7
Graviers de fond -26,00 6,65 21 0 45 - 20 2,7
Argile de Villerville -70,00 44,00 - - - - - -

VI.3.1.2. Hydrologie du site


Les conditions hydrologiques du site comprennent les conditions de marée et les
nappes dans les terre-pleins.

Les conditions de marée peuvent être résumées aux niveaux extrêmes du plan d’eau.
Ces niveaux sont les suivants :
• Plus haute mer observée : +9,20 CM,
• Haute mer de vive eau d’équinoxe : +8,30 CM,
• Haute mer moyenne de morte eau : +6,15 CM,
• Plus basse haute mer de morte eau : +5,85 CM,
• Plus haute basse mer de morte eau : +3,20 CM,
• Basse mer de vive eau d’équinoxe : +0,30 CM.

Les horizons superficiels présents dans le port du Havre sont baignés par deux nappes
séparées par les couches d’argile et de limon. La nappe inférieure règne au sein des
graves de fond. Elle est plus ou moins amortie et légèrement déphasée par rapport à la
marée. En pratique, cette nappe est généralement considérée comme étant corrélée à la
marée. La nappe supérieure est une nappe libre baignant les sables et les remblais.

211
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Cette nappe peut être caractérisée par son toit, lequel s’établit aux environs de + 6,50
CM à distance du plan d’eau.
VI.3.2. Ouvrage

VI.3.2.1. Description
L’ouvrage est un écran de soutènement de 24 m de hauteur libre, couronné à la cote
+9,50 CM et dragué à la cote –14,50 CM, destiné à l’accueil de navires porte-
conteneur (figure VI.30).

L’écran de soutènement est une paroi moulée dans le sol, d’épaisseur 1,50 m et de 35
m de hauteur totale, couronnée en tête à la cote +9,50 CM par une poutre
longitudinale. Il est ancré à un contre-rideau par l’intermédiaire de deux nappes de
tirants passifs. Le contre-rideau d’ancrage est constitué de palplanches PU25 de
nuance E43 tandis que les tirants d’ancrage sont, pour la nappe supérieure, des barres
en acier de diamètre 75 mm et de nuance T45 et, pour la nappe inférieure, des barres
en acier de diamètre 100 mm et de nuance T45. L’espacement horizontal de ces tirants
est égal à 1,20 m.

+9,50 Voie de grue Voie de grue


(arrière) (avant)
5,00
Remblai de sable

-5,00 -4,50 -5,50


-10,00
-14,00 Sable coquillers -14,50

-19,00 Limons -18,00


Argile blanche
-26,00 Graves -27,00

Argile de Villerville

Figure VI.30. Coupe type du quai Osaka au Port du Havre

Les charges considérées dans le dimensionnement de l’ouvrage sont, d’une part, des
surcharges uniformément réparties sur les terre-pleins (40 kPa entre la voie de grue
arrière et une parallèle au bord du quai située à 3 m en arrière de la magistrale et 60kPa
sur toute la partie située en arrière de la voie de grue arrière) et, d’autre part, la
descente de charge des portiques de transbordement des conteneurs et les efforts
d’amarrage sur quai (42 kN/m).

212
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

VI.3.2.2. Phasage de construction


L’ouvrage a été réalisé à partir de terre-pleins établis à la cote +9,50 CM. Le phasage
de la construction est décrit sur la figure VI.31.

Phase 1 La cote des terre-pleins est


+9,50 ramenée à +8,00 CM dans
+8,00
la zone d’emprise du quai.
La paroi moulée est réalisée
à partir de cette plate-forme.
Son épaisseur est 1,50 m,
-14,00 pour une profondeur atteinte
-19,00
Couche de sol imperméable
de 35 m (jusqu’à la cote
-27,00 CM).
-27,00 Le niveau initial de la nappe
supérieure est estimé à
+6,50 CM.

Phase 2 La nappe est rabattue de


+9,50 +9,00 part et d’autre du quai au
+8,00
moyen d’un réseau de puits
-2,40 de rabattement de façon à
-8,20 pouvoir excaver à sec de
chaque côté de l’ouvrage.
Puits de -14,00 Puits de
rabattement rabattement Les niveaux de la nappe ne
-19,00
Couche de sol imperméable
sont donc pas les mêmes en
aval et à l’amont de la paroi.
-27,00

Phase 3 Les terrains sont excavés


+9,50 +9,00 jusqu'au niveau +1,00 CM
+8,00
+1,00 devant le quai. La largeur de
-2,40 cette excavation est limitée
-8,20 à quelques mètres. Cette
excavation permet la
Puits de -14,00 Puits de
rabattement rabattement réalisation du masque
-19,00
Couche de sol imperméable
d’accostage et de la poutre
de couronnement du quai.
-27,00

213
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Phase 4 La poutre de couronnement


+9,50 +9,00 et la superstructure du quai
+8,00
+1,00 sont construites. Cette
-2,40 poutre prolonge la paroi
-8,20 moulée en hauteur, sur
1,50 m. Elle constitue par
Puits de -14,00 Puits de
rabattement rabattement ailleurs le voile d’accostage
-19,00
Couche de sol imperméable
du quai entre les cotes
+1,00 et +9,50 CM.
-27,00

Phase 5 Les terrains situés derrière


+9,50 +9,00 l’écran de soutènement sont
42 m
²
terrassés jusqu’au niveau de
-2,50 -1,60
pose de la nappe inférieure
-5,50
-6,00 de tirants. Cette fouille est
raccordée au niveau initial
Puits de -14,00 Puits de
rabattement rabattement des terre-pleins par un talus
-19,00
Couche de sol imperméable
de pente 1 pour 1.
La nappe est remontée de
-27,00 part et d’autre de la paroi à
–6,00 en amont et à –1,60
en aval.

Phase 6 Les tirants de la nappe


+9,50 +9,00 inférieure sont mis en place,
42 m
²
ainsi que le contre-rideau
-2,50 -1,60 d’ancrage. Le niveau de la
-4,50
-5,50
-6,00 nappe est maintenu
constant.
Puits de -14,00 Puits de
rabattement rabattement
-19,00
Couche de sol imperméable

-27,00

214
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Phase 7 Les terrains situés derrière


+9,50 +9,00 le soutènement sont
+4,00 remblayés jusqu’au niveau
-1,60 prévu pour la pose des
-4,50
-5,50
-6,00 tirants de la nappe
supérieure. Ces tirants sont
Puits de -14,00 Puits de
rabattement rabattement mis en place ensuite. Il n’y
-19,00
Couche de sol imperméable
avait pas de mouvement de
la nappe dans cette étape de
-27,00 travaux.

Phase 8 Remblaiement jusqu’au


+9,50 +9,00 niveau prévu pour la
réalisation de la voie de
-1,60 grue. Le rabattement de la
-4,50
-5,50
-6,00 nappe est arrêté.
Puits de -14,00 Puits de
rabattement rabattement
-19,00
Couche de sol imperméable

-27,00

+9,50
Phase 9 Les fondations de la voie de
+8,90 +9,00
5,00 grue arrière sont réalisées et
-1,00 les terre-pleins sont
-4,00
-4,50 remblayés jusqu’à la cote
-10,00 +8,90 CM.
Puits de -14,00 Puits de
rabattement rabattemen
-19,00
Couche de sol imperméable

-27,00

+9,50
Phase 10 Les apparaux (voie de grue,
+8,90
5,00 bollards, échelles, défenses
3,40 5,64 d’accostage, etc.) sont mis
-4,50 en place et le quai est
-10,00 dragué. Le niveau d’eau
-14,00
-14,50 cote de draga devant le quai est alors
-19,00 variable avec la marée.
Couche de sol imperméable

-27,00

215
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Phase 11 Finition des terre-pleins et


mise en service de
l’ouvrage.
Figure VI.31. Phasage de construction de l’ouvrage du quai Osaka au port du Havre

VI.3.2.3. Instrumentation et suivi de chantier


Le comportement de l’ouvrage a été observé par le biais d’appareils de mesure
intégrés à sa structure lors de la construction. Les différents moyens de mesure (tubes
inclinomètres, extensomètres, piézomètres et repères topographiques) mis en place
visent essentiellement la mesure du déplacement et des déformations des éléments de
structure de l’ouvrage : déformations de la paroi moulée, des tirants d’ancrage et du
contre-rideau d’ancrage.

Figure VI.32. Schéma d’instrumentation de l’ouvrage, d’après Delattre (1999)

Des relevés de mesure ont été effectués pour chacune des principales phases de
construction de l’ouvrage : à l’issue de l’excavation devant le quai (phase 3), de la
réalisation de la poutre de couronnement (phase 4), de l’excavation derrière l’écran
(phase 5), du remblaiement derrière l’écran après pose des tirants (phases 7 à 9), du
dragage devant le quai (phase 10) et de la mise en service de l’ouvrage (phase11).

216
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Les résultats des mesures, surtout concernant les mesures inclinométriques témoignent
d’un nombre important de défaillances. Par ailleurs, les inclinomètres ne sont, dans
leur ensemble, pas scellés en pied dans une couche qui ne se déforme pas.
L’interprétation en termes de déplacements des relevés inclinométriques n’est alors
pas possible (Delattre, 1999). La réponse des extensomètres installés sur les tirants
s’est avérée satisfaisante, malgré une dégradation sensible et continue avec le temps.

Malgré toutes ces difficultés, la redondance initialement prévue dans l’instrumentation


de l’ouvrage a permis de disposer d’un ensemble de données suffisant pour rendre
compte du comportement de l’ouvrage. La figure VI.33 illustre la description du
comportement de l’ouvrage analysé par Delattre (1999) :

• L’excavation devant la paroi moulée (phase 3) conduit cette dernière à travailler


en console. Le moment de flexion maximal à laquelle elle est soumise est de 340
kNm compte tenu d’un module E =20 GPa. Cette flexion maximale est atteinte au
voisinage de –8,00 CM.

• La réalisation de la poutre de couronnement (phase 4) conduit à appliquer un


moment de flexion additionnel en tête de la paroi. La paroi continue donc à
travailler en console, le moment de flexion maximal dans la paroi étant de l’ordre
de 560 kNm et se situant également aux environ de –8,00 CM.

• L’excavation jusqu’à la cote –5,00 CM derrière la paroi (phase 5) conduit toujours


cette dernière à travailler en console, la console étant cependant inversée. Son
déplacement vers la fouille, mesuré en tête de la paroi est de 65 mm par rapport à
la situation précédente (par l’interprétation du suivi topographique). Du point de
vue des déformations, le sens de la console étant inversé par rapport à la phase 4,
une flexion négative se développe en dessous de –12,00 CM. La valeur maximale
du moment de flexion est de 280 kNm environ au niveau –21,00 CM. La partie
supérieure de la paroi est pour sa part toujours soumise à une flexion positive due
au poids de la poutre de couronnement.

• Le remblaiement derrière la paroi (phase 7) conduit à des déplacements mesurés


en tête, vers le bassin, de l’ordre de 30 mm. Les déplacements cumulés restent
donc négatifs, vers les terre-pleins, de l’ordre de 35 mm. Ces remblaiements ne
modifient que très peu la flexion de la paroi. On observe toutefois, sous l’action de
la mobilisation de la nappe inférieure des tirants et de la butée devant le quai, une
augmentation de la flexion positive qui préexistait entre –3,00 et –12,00 CM.
L’effort de traction mobilisé dans la nappe inférieure de tirants à l’issue de ces
remblaiements est de l’ordre de 100 kN dans chaque tirant.

• Les remblaiements derrière la paroi à la cote +8,90 CM ne conduisent pas à une


modification sensible du comportement de l’ouvrage, à l’échelle de la précision
des mesures.

217
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Phase 3 Phase 4 Phase 5


U=-65mm

M>0

-8,00 CM -8,00 CM -8,00 CM

Mmax = 340 kN/m Mmax = 560 kN/m -12,00 CM

M<0
Bassin

Phase 7 Phase 10 Phase 11


U=-35mm U=100mm

F=200kN F=300kN
-3,00 CM

M>0 F=200kN F=300kN


F=100kN

-12,00 CM

M<0 Bassin

Figure VI.33. Mouvements de la paroi observés et analysés par Delattre (1999)

• Les dragages devant l’ouvrage entraînent un déplacement en tête de l’ouvrage,


vers le bassin, d’environ 100 mm. Ce mouvement de la paroi entraîne, par ailleurs,
une décompression latérale du massif de sol soutenu. Mesurée 20 m en arrière de
la paroi, cette décompression a intéressé de façon à peu près homogène tous les
sols meubles situés au-dessus de –18,00 CM. Elle se traduit en surface, à 20 m
derrière le quai, par un déplacement horizontal de l’ordre de 30 mm vers le bassin.
La cinématique de la paroi, par ailleurs, est complètement modifiée. Ainsi, du

218
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

point de vue de ses déformations, on observe nettement les moments sur appuis au
droit des tirants de la nappe inférieure (-5,00 CM) et en partie inférieure de l’écran
(-24,00 CM), tandis que des moments entre appuis se développent au voisinage de
0,00 et entre –9,00 et –18,00 CM. Ces flexions restent toutefois faibles. Cette
faible mobilisation de la structure se retrouve au niveau des tensions dans les
ancrages, qui augmentent à 200 kN/tirant, tant pour les tirants de la nappe
supérieure que pour les tirants de la nappe inférieure. On observe par ailleurs une
modification du profil de tension dans les ancrages, la tension maximale étant
atteinte aux environs de la mi-distance entre la paroi et le rideau d’ancrage.

• Six mois après la mise en service de l’ouvrage (phase 11), on observe simplement
que la mobilisation de la structure a augmenté, sans que sa cinématique soit
modifiée. Ainsi, la flexion en travée a augmenté, tandis que les efforts dans les
tirants ont été portés à 300 kN/tirant et que la déformation latérale du massif de sol
soutenu s’est accentuée, générant un déplacement horizontal supplémentaire de 10
mm à la surface du terre-plein.
VI.3.3. Modélisation numérique
Dans le cas du quai d’Osaka, comme d’ailleurs pour la plupart des ouvrages de
soutènement d’excavation, les terrains sont en partie baignés par des nappes d’eau en
équilibre hydrostatique ou en écoulement. La prise en compte de la nappe nécessite
une analyse couplée complète hydromécanique. Les calculs d’analyse du
comportement de cet ouvrage durant les différentes phases de sa construction ont été
menés à l’aide du module couplé CSNL du logiciel CESAR-LCPC. La complexité des
conditions hydrauliques et géotechniques, du phasage des travaux et des mouvements
des nappes phréatiques rendent le modèle numérique très complexe. Pour représenter
les 10 phases de construction, on a réalisé au total 10 calculs enchaînés.
VI.3.3.1. Modèle et maillage
Les calculs ont été réalisés en configuration bidimensionnelle pour une hauteur totale
du terrain de 46,50 m et une longueur totale de 200 m dont 68,50 m devant et 130 m
derrière la paroi. Le maillage est constitué de 5704 triangles à six nœuds (T6), 529
quadrilatères à 8 nœuds (Q8) et 340 éléments de la relation linéaire (RL) pour une
totalité de 6573 éléments et 13200 nœuds. La complexité du phasage des travaux
(opérations de mouvement de la nappe à l’amont et à l’aval de la paroi, opérations
d’excavation et de remblaiement) a nécessité la constitution du maillage en 32 groupes
d’éléments, dont 4 groupes d’éléments de relations linéaires (famille 9) dont
l’activation se réalise au fur et à mesure des étapes de travaux.

La figure VI.34 présente le schéma du maillage utilisé pour les calculs numériques :

219
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Figure VI.34. Maillage du modèle de calcul

VI.3.3.2. Conditions aux limites


Sur les bords latéraux, le déplacement normal est nul et le cisaillement est nul
(condition de type « contact lisse ») tandis que, pour le bord inférieur, les deux
composantes du déplacement sont imposées nulles (condition de type « appuis
fixes »).

Les conditions aux limites hydrauliques consistent à imposer la charge sur le toit de la
nappe et sur une partie des limites verticales. Elles varient d’un calcul à l’autre selon
que la nappe est rabattue ou remonte lors de la phase de travaux étudiée.
VI.3.3.3. Caractéristiques mécaniques utilisées pour la modélisation numérique
Massif
Le comportement du sol est modélisé par une loi élastoplastique utilisant un critère de
Mohr-Coulomb. Les paramètres de résistance en conditions drainées c’, ϕ’ et les poids
volumiques sont tirés du tableau VI.5 récapitulant des paramètres mécaniques des sols.

Les caractéristiques élastiques des sables sont évaluées à partir des résultats d’essais
pressiométriques réalisés sur le site. Cette évaluation fait appel à la corrélation
proposée par Dauvisis et Ménard (1964) entre le module pressiométrique du sol et son
module oedométrique :
EM
E oed = .
α

Cette corrélation tient compte d’une valeur de α égale à 0,3 dans l’étude de Delattre
(1999). La relation existant par ailleurs entre le module oedométrique et le module
d’élasticité :
E( 1 − ν )
E oed =
( 1 + ν )( 1 − 2ν )

conduit à un module oedométrique compris entre 1,11 E et 1,34 E pour un coefficient


de Poisson compris entre 0,2 et 0,3.

Le module pressiométrique des sables limoneux, en place aussi bien qu’en remblai, de
l’ordre de 12 MPa, conduit à un module de Young de l’ordre de 30 MPa dans cette

220
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

couche de sols. Pour la couche de sables coquilliers, le module pressiométrique de


l’ordre de 25 kPa conduit à adopter un module de Young de l’ordre de 75 kPa.

Eléments de structure
La paroi moulée, les rideaux de palplanche ainsi que les tirants sont modélisés par des
éléments de massif caractérisés par un comportement élastique linéaire.

En respectant la géométrie réelle, le module d’élasticité de la paroi est un module


moyen entre le module instantané estimé par la formule : E i = 110003 f c 28 et le module
différé estimé par : Ed = Ei/3 (de la même façon que pour les calculs du quai en eau
profonde du port de Calais).

La géométrie des rideaux de palplanches n’est pas respectée dans le modèle. On


introduit donc dans le modèle un module équivalent respectant la rigidité en flexion du
rideau réel. On prend donc E pe I pe = E p I p où Ep et Epe désignent respectivement le
module d’élasticité des palplanches et le module équivalent, et Ip et Ipe désignent
respectivement l’inertie du rideau réel et l’inertie du rideau modélisé.

Dans le modèle, les lits des tirants d’ancrage sont simulés dans la configuration
bidimensionnelle par deux plaques équivalentes comme dans le cas d’étude du quai en
eau profond du port de Calais. Le module élastique de la plaque équivalente en
utilisant une épaisseur φeq = 0,1 m est déterminé par :
1 π .(φ tirant ) 2
E eq = .E tirant
φ eq et 4

Les nappes
Les conditions hydrauliques du site de construction se caractérisent par l’existence de
deux nappes séparées par les couches d’argile et limons. La nappe inférieure est plus
ou moins amortie et légèrement déphasée par rapport à la marée. Dans les calculs,
cette nappe est supposée inchangée et se trouve au niveau de la charge hydraulique
régnante initialement dans le massif. La nappe supérieure est une nappe libre baignant
les sables et les remblais. Cette nappe peut être caractérisée par son toit et est associée
aux opérations de travaux.

Cette hypothèse permet de simplifier les calculs. L’opération de rabattement de la


nappe de part et d’autre de la paroi au moyen d’un réseau de puits (phases de
construction n°2, n°5, n°9…) se traduit par une modification de la nappe supérieure.
L’effet de cette opération se limite au niveau inférieur de la couche de limons. Dans la
couche de limons et d’argile, la charge hydraulique varie linéairement entre les deux
nappes.

En absence d’essais hydrologiques plus détaillés, on adopte pour la perméabilité de


l’argile blanche et des limons la valeur de 10-7 m/s et pour celle de l’argile de
Villerville, une valeur de 10-9 m/s.

221
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

Les éléments de relation linéaire et les interfaces


L’interface sol-tirants est modélisée par une fine couche de matériau de
caractéristiques identiques à celles du sol, mais dont le critère de rupture est « orienté »
parallèlement aux tirants. La détermination des paramètres des éléments d’interface se
fait en supposant que leur résistance limite est déterminée uniquement en terme
d’adhésion en prenant un angle de frottement nul (Benhamida, 1998). Ceci nous
conduit à choisir une adhérence des éléments d’interface cinterface = qse, pour qse est le
frottement mobilisable équivalent calculé par la formule :
π.φ tirant
qse = qs
2e t

dans laquelle φtirant désigne le diamètre des tirants et et leur espacement horizontal.

Des éléments de relation linéaire (famille 9) ont été utilisés pour maintenir la
continuité de déplacements de part et d’autre de la plaque équivalente. Ils sont activés
dans les septième et huitième étapes de calcul simulant les opérations de remblaiement
derrière la paroi après la mise en place des tirants (septième et huitième phases de
construction).

L’ensemble des propriétés adoptées pour la modélisation du comportement du sol et


des éléments de structure est présenté dans le tableau VI.6.

Tableau VI.6. Caractéristiques géotechniques utilisées dans le modèle


Couches γ’ p° K° E ν ϕ’ c’ ψ
3
(kN/m ) (kPa) (MPa) (degrés) (kPa) (degrés)
Tirant supérieur - - - 11172 0,2 - - -
Tirant inférieur - - - 19782 0,2 - - -
Paroi moulée - - - 22000 0,2 - - -
Interface sup/remblai - - - 30 0,2 0 4 0
Interface inf/remblai - - - 30 0,2 0 6 0
Rideau de palplanches - - - 14000 0,2 - - -
Remblais 19 - 0,5 30 0,3 30 0 30
Sables limoneux 8 - 0,5 30 0,27 40 0 40
Sables coquilliers 9 - 0,5 75 0,25 40 0 40
Limons 8 - 0,5 30 0,25 40 0 40
Argile 8 - 0,5 30 0,25 20 60 40
Graviers de fond 11 - 0,5 120 0,25 40 0 40
Argile de Villerville - - 0,5 300 0,2 20 200 40

VI.3.3.4. Prise en compte du phasage de la construction


Le phasage des travaux est pris en compte au moyen d’un enchaînement d’étapes de
calcul. Les dix phases de la construction de l’ouvrage sont simulées par dix étapes de
calcul successives :

222
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

• L’initialisation du calcul a pour but de créer l’état de contraintes et de pressions


initial (la nappe phréatique se situe au niveau +6,50 CM) régnant dans le massif
après la mise en place des puits de rabattement à l’aval de l’ouvrage. Cette étape a
été réalisée à l’aide de l’option SIG du module CHAR et de l’option INP du
module CSNL.
• La première étape de calcul simule la réalisation de la plate-forme de travail au
niveau +8,00 CM dans l’emprise du quai à l’aide de l’option LAM.
• Dans la deuxième étape de calcul, on simule le rabattement de la nappe jusqu’au
niveau –8,20 CM côté terre-plein et jusqu’au niveau –2,40 CM côté du bassin en
imposant des conditions limites hydrauliques adéquates à la surface libre. Le
changement du poids volumique du sol au-dessous et au-dessus de la nappe est
pris en compte avec l’option POI du module CHAR. La mise en place de la paroi
moulée est simulée (une augmentation du poids volumique a également été
considérée avec POI).
• La troisième étape de calcul consiste à modéliser l’excavation jusqu’au niveau
+1,00 CM devant le quai. Cette opération est simulée par l’option LAM du
module CHAR.
• La quatrième étape de calcul modélise la mise en place de la poutre de
couronnement. Ce chargement est simulé grâce à l’option POI.
• Le terrassement jusqu’au niveau de pose de la nappe inférieure de tirants à la cote
–5,50 CM derrière la paroi côté terre-plein est modélisé dans la cinquième étape
de calcul.
• Dans la sixième étape de calcul, la nappe phréatique est ramenée au niveau –6,00
CM côté terre-plein et au niveau –1,60 CM côté du bassin.
• La septième étape simule la première phase de remblaiement derrière la paroi
jusqu’au niveau +5,00 CM ainsi que la mise en place du premier lit de tirants. Ce
remblaiement est simulé à l’aide de l’option POI en réduisant la limite élastique du
massif de remblai (voir aussi le cas d’étude du quai de Calais). Deux groupes
d’éléments de relation linéaire (famille 9) ont également été activés dans cette
étape de calcul pour maintenir la continuité des déplacements de part et l’autre de
la « plaque équivalente » qui représente le lit de tirants.
• La huitième étape simule la deuxième phase de remblaiement jusqu’à la cote
+9,00 CM ainsi que la mise en place du deuxième lit de tirants en maintenant la
continuité par des relations linéaires.
• La neuvième étape de calcul modélise le dragage devant le quai jusqu’au niveau
-14,50 CM. C’est une opération d’excavation sous l’eau ; les forces d’excavation
sont donc calculées à l’aide de l’option LAM à partir de la lecture du fichier de
résultats de l’étape de calcul précédente en précisant au niveau de la sortie des
résultats en contraintes totales (indicateur KSRE=1 dans l’option SRE). La
pression de l’eau devant la paroi est simulée avec l’option PHS.
• La dixième étape est la mise en eau devant le quai : côté bassin, le niveau de l’eau
s’élève à 6,00 CM ; derrière la paroi, le niveau de la nappe est à 6,50 CM (valeurs
correspondant aux mesures réalisés en octobre 1993).

223
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

VI.3.4. Résultats de calculs


Pour le modèle de Mohr-Coulomb utilisé, les calculs se sont déroulés sans problème
particulier. Une bonne convergence a été obtenue après chaque étape de calcul.

La figure VI.35 présente le développement des zones plastiques dans le massif après la
dixième étape de calcul. On constate une forte concentration des déformations
plastiques derrière la paroi et autour des tirants.

.0001018
.0506739
.0911315

Figure VI.35. Zone plastique générée dans le massif après la dixième étape de calcul

Dans la suite, on présente les déplacements de la paroi, du rideau d’ancrage, du massif


de sol et les tensions dans les tirants obtenus par le calcul. Les résultats des calculs de
la tension dans les tirants sont ensuite comparés avec les valeurs mesurées. Le tableau
VI.7 présente une liste des mesures tirées du rapport de Delattre et al. (1999).

Tableau VI.7. Mesures disponibles pour les différentes phases de travaux – la dernière colonne
indique les étapes de calcul correspondantes
Date de Phases Mesures Remblais-deblais Niveaux nappe Étape
mesure de Inclino. Extens. amont aval amont Aval de
travaux paroi Tir. calcul
15/10/92 1,2 initial +8,00 +8,00 -8,20 -2,40 0,1,2
18/11/92 3 non - +8,00 +1,00 -8,20 -2,40 3
23/12/92 4 non - +8,00 +1,00 -8,20 -2,40 4
- non - -5,50 +1,00 -8,20 -2,40 5
18/03/93 5 oui initial -5,50 +1,00 -6,00 -1,60 6
21/04/93 7 oui oui +5,00 +1,00 -6,00 -1,60 7
- non non +8,90 +1,00 -6,00 -1,60 8
11/06/93 9 oui oui +8,90 +1,00 -4,00 -1,60 9
13/10/93 10 oui oui +9,00 -14,50 +3,40 +4,00 -
28/04/94 service oui oui +9,50 -14,50 +6,00 +6,50 10

VI.3.4.1. Le frottement négatif à l’interface sol-paroi du au rabattement de nappe


Le rabattement de la nappe de part et d’autre de la paroi dans la phase de construction
n° 2 se traduit par un tassement du massif. Ce tassement n’est pas homogène d’un côté
à l’autre de la paroi à cause de la différence de niveau de la nappe. De plus, ce
tassement conduit à un frottement négatif à l’interface sol-paroi ayant pour
conséquence une diminution des contraintes effectives verticales auprès de l’interface.
Ce phénomène peut être démontré clairement sur la figure VI.36 en traçant la
distribution des contraintes effectives sur une coupe horizontale au niveau +1,00 CM
(correspondant niveau au z=38 m dans le modèle). Sur la figure VI.37, la distribution

224
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

des contraintes effectives est tracée au niveau (-21,00 CM), qui se situe dans la couche
de graviers de fond, au-dessous de la formation d’argile limoneuse. Le modèle
considère que l’effet du rabattement de la nappe n’intervient pas au-dessous de cette
couche. On constate à ce niveau une augmentation des contraintes effectives auprès de
l’interface. En conclusion, dans cette phase de travaux la paroi moulée travaille
comme une poutre, encastrée plus ou moins en partie inférieure et sollicitée le long par
le tassement des couches de sol supérieures (au dessus du niveau –19,0 CM) et donc
enfoncée aux couches de sols inférieures (graves et argile de Villerville).
-70
Contrainte effective verticale(kPa)

Cont. eff.
-80

-90
Limite de la plate-forme
de travaux au +8,0 CM
-100

-110

-120
Paroi
-130

-140
Longueur du modele numerique (m)
-150
0 50 100 150 200
Figure VI.36. Distribution des contraintes effectives sur la coupe horizontale
au niveau +1,00 CM

-220
Contrainte effective verticale(kPa)

Cont. eff.
-225

-230
Paroi

-235

-240

-245

-250

-255

-260 Limite de la plate-forme


de travaux au +8,0 CM
-265
Longueur du modele numerique (m)
-270
0 50 100 150 200
Figure VI.37. Distribution des contraintes effectives sur la coupe horizontale
au niveau –21,00 CM

225
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

VI.3.4.2. Déplacements de la paroi


L’inclinométrie est la partie la plus décevante de l’expérimentation. De nombreux
relevés inclinométriques sont marqués par un signal de forme sinusoïdale qui ne
saurait être représentatif du comportement de l’ouvrage et qui témoignent d’une
défaillance de l’instrumentation (Delattre, 1999). Par ailleurs, le suivi topographique
montre des déplacements en tête de la paroi qui confirment ces défauts de relevés
inclinométriques. Dans cette partie du travail, on se contente donc de décrire les
mouvements de la paroi en comparaison avec le comportement observé par Delattre
(1999) et rappelé dans la section VI.3.2.3.

En général, les déplacements de la paroi résultant du calcul sont sous-estimés par


rapport aux données du suivi topographique de la tête de la paroi. Cette erreur
systématique est peut-être due au fait qu’on a considéré dans le modèle des
déplacements nuls dans la couche d’argile de Villerville.

Après la phase 2, la nappe est rabattue de part et d’autre de la paroi, mais pas au même
niveau. Le massif a donc tassé sous l’effet de la variation de la pression hydraulique.
Ce tassement différentiel de part et d’autre de la paroi ainsi que le différentiel des
pressions d’eau s’appliquant à la paroi conduisent à une déformation de la paroi vers le
côté où le sol est le plus sollicité (côté terrain). Les mesures de déplacements de la
paroi étaient initialisés après le rabattement, les déplacements calculés sont également
mis à zéro après cette étape.

La figure VI.38 présente les déplacements de la paroi calculés pour les phases de
travaux n° 3 et 4. On constate que l’excavation devant la paroi (phase 3) conduit à des
déplacements de la paroi vers la fouille. La paroi travaille en console et fléchit aux
environs du niveau –5,0 CM (z = 32 m dans le modèle). Le déchargement du sol au-
dessous de la zone excavée conduit également à un déplacement de la paroi vers la
fouille au niveau z = 25 m (du modèle). La réalisation du couronnement en béton
coffré (phase 4) sollicite la paroi par un moment de flexion additionnel en tête et donc
conduit à davantage de déplacements vers le bassin (figure VI.38).

226
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

45
Z(m) phase 3
phase 4
40

35

30

25

20

15
Remblai Bassin
10

5
Deplacement horizontal de la paroi (m)
0
-0.018-0.014 -0.01 -0.006-0.002 0.002 0.006 0.01 0.014 0.018
Figure VI.38. Déplacements horizontaux de la paroi après les phases de construction 3 et 4

L’excavation derrière la paroi (phase 5) se traduit par un déchargement derrière la


paroi et donc un mouvement vers les terre-pleins. La remontée de la nappe à –6,00 CM
(z=31,5 m dans le modèle) côté terre-plein et à –1,60 CM côté bassin (phase 6)
accentue ce mouvement vers le terre-plein (figure VI.39).

45
Z(m) phase 5
phase 6
40

35

30

25

20

15
Remblai Bassin
10

5
Deplacement horizontal de la paroi (m)
0
-0.018-0.014 -0.01 -0.006-0.002 0.002 0.006 0.01 0.014 0.018
Figure VI.39. Déplacements horizontaux de la paroi après les phases de construction 5 et 6

227
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

45
Z(m) phase 7
Tir.sup. phase 8
40

35
Tir.inf.
30

25

20

15
Remblai Bassin
10

5
Deplacement horizontal de la paroi (m)
0
-0.018-0.014 -0.01 -0.006-0.002 0.002 0.006 0.01 0.014 0.018
Figure VI.40. Déplacements horizontaux de la paroi après les phases de construction 7 et 8

45
Z(m) phase 9
Tir.sup. phase 10
40

35
Tir.inf.
30

25

20

15
Remblai Bassin
10

5
Deplacement horizontal de la paroi (m)
0
-0.018-0.014-0.01-0.006-0.0020.002 0.006 0.01 0.014 0.018 0.022
Figure VI.41. Déplacements horizontaux de la paroi après les phases de construction 9 et 10

Le remblaiement derrière la paroi jusqu’au niveau +5,00 CM (phase 7), se traduit par
une poussée des terres dans la partie supérieure de la paroi, au-dessus du niveau –5,50
CM (z=31,5m) mais aussi par une poussée latérale dans les couches de sols situées au-
dessous (< -5,50 CM). Cette poussée latérale dépend de l’angle de frottement du
remblai et du coefficient de Poisson les sols sous-jacents et explique l’important
déplacement de la paroi vers le bassin au niveau z=25 m (figure VI.40). Sur cette

228
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

figure, on constate aussi nettement l’effet d’ancrage de la nappe de tirants inférieure


sur la paroi (z=32 m).

La deuxième phase de remblaiement derrière la paroi jusqu’au niveau 9,0 CM (phase


de construction n° 8) se traduit davantage par un accroissement des pressions sur
l’ouvrage dans les couches de sols sous-jacentes (niveau z=25 m - figure VI.40).

Enfin, le dragage devant le quai jusqu’au niveau –14,50 CM et la remontée de la nappe


(phase de construction n°9 et n°10) entraîne un grand déplacement de la paroi vers le
bassin. On constate sur la figure VI.41 que le déplacement maximal ne se trouve pas à
la tête de la paroi mais aux alentours de –6,0 CM. Ce déplacement explique la
décompression du massif de sol derrière la paroi et son mouvement vers le bassin
comme montré dans la section § VI.3.4.4.

En conclusion, les cinématiques de déplacements correspondent bien au comportement


de l’ouvrage observé par Delattre (1999). Cependant, les déplacements de la paroi,
résultants des différentes étapes de calcul sont en général sous-estimés par rapport aux
relevés du suivi topographique à la tête de la paroi.
VI.3.4.3. Efforts dans les tirants
Le comportement de l’ouvrage a également été observé par la mesure des efforts dans
les lits de tirants d’ancrage à partir des septième et huitième étapes de la construction,
respectivement, pour la nappe inférieure et pour la nappe supérieure.

Les extensomètres à cordes vibrantes disposés par paires ou par triplets le long des
tirants permettent de réaliser ces mesures. Les sections instrumentées le long des
tirants sont les sections situées à 1 ; 3 ; 7 ; 13,80 ; 20,60 ; 27,40 ; 34,40 et 41,00 mètres
du point d’attache du tirant à la paroi moulée. Pour chacun des profils instrumentés, ce
sont un tirant de la nappe inférieure et un tirant de la nappe supérieure qui ont été
équipés (figure VI.42).

Figure VI.42. Vue en plan de l’implantation des extensomètres sur les tirants d’après SIMECSOL

229
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

La figure VI.43 présente les efforts normaux dans les tirants de la nappe inférieure
après la septième phase de construction (1ère remblaiement derrière la paroi). La
comparaison avec les mesures montre que le calcul surestime les efforts dans les
tirants, surtout vers le point d’accrochage avec la paroi. Cependant, la distribution des
efforts le long de tirant est bien caractérisée par une valeur maximale vers la paroi
conformément aux observations.

250
T(kN) calcul 7
mesure
200

150

Paroi moulee
100

50

-50

Distance du rideau d’ancrage (m)


-100
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.43. Distribution des efforts dans des tirants inférieurs après la phase 7 de construction

Les figures VI.44 et VI.45 montrent les efforts normaux le long des tirants des nappes
supérieure et inférieure respectivement après la neuvième étape de la construction
(2ème remblaiement derrière la paroi). On constate par rapport aux mesures une légère
sous-estimation des efforts dans les tirants supérieurs et une surestimation dans les
tirants inférieurs.

Après la dixième phase de construction (remontée de la nappe et dragage devant le


quai), on constate une forte augmentation des tensions dans le lit de tirants inférieurs.
Par rapport aux mesures, les résultats des calculs présentés sur les figures VI.46 et
VI.47 montrent une surestimation des efforts dans les tirants inférieurs, surtout au
point d’accrochage avec la paroi et un accord satisfaisant pour les tirants supérieurs.
Ce phénomène montre un défaut du modèle de calcul, qui ne représente pas
correctement la distribution des efforts entre les deux lit de tirants.

230
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

200
calcul 8
T(kN) mesure

150

Paroi moulee
100

50

Distance du rideau d’ancrage (m)


-50
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.44. Distribution des efforts dans les tirants supérieurs après la phase 9 de construction

300
T(kN) calcul 8
mesure
250

200

150 Paroi moulee

100

50

-50
Distance du rideau d’ancrage (m)
-100
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.45. Distribution des efforts dans les tirants inférieurs après la phase 9 de construction

231
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

300
T(kN) calcul 10
mesure
250

Paroi moulee
200

150

100

50

Distance du rideau d’ancrage (m)


0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.46. Distribution des efforts dans les tirants supérieurs après la phase 10 de construction

500
T(kN) calcul 10
450 mesure

400

Paroi moulee
350

300

250

200

150

100

50
Distance du rideau d’ancrage (m)
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.47. Distribution des efforts dans les tirants inférieurs après la phase 10 de construction

232
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Enfin, on peut remarquer que, dans le cas où le remblai est réalisé derrière la paroi et
où on excave devant la paroi, l’interaction sol-tirant n’est peut être pas identique. Par
ailleurs, la simulation de chaque phase de remblaiement, par simplification, est réalisée
en une seule fois alors que, dans la réalité, le remblai est mis en place par couches
d’épaisseur limitée. La sollicitation des tirants ne doit donc pas être aussi brutale.
Enfin, la configuration bidimensionnelle conduit, dans la simulation de remblaiement,
à appliquer sur la plaque équivalente la totalité du chargement du poids volumique,
alors que, dans la configuration tridimensionnelle, seule une partie de ce chargement
est appliquée aux tirants. Ceci explique en partie la surestimation de la tension dans les
tirants à l’intersection avec la paroi.

Les figures VI.48 et VI.49 présentent les accroissements des efforts normaux dans les
tirants entre les neuvième et dixième étapes de calcul. Cette partie des efforts
correspond donc au chargement dû à l’excavation devant le quai. On constate un bon
accord entre les mesures et les résultats de calcul.

240
T(kN) calcul 10
mesure
220

200

180

Paroi moulee
160

140

120

100

80
Distance du rideau d’ancrage (m)
60
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.48. Accroissement des efforts dans les tirants supérieurs entre les phases 9 et 10 de
construction

233
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

220
T(kN) calcul 10
200 mesure

180

160

Paroi moulee
140

120

100

80

60

40
Distance du rideau d’ancrage (m)
20
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Figure VI.49. Accroissement des efforts dans les tirants inférieurs entre les phases 9 et 10 de
construction

VI.3.4.4. Déplacements du massif de sol et du rideau d’ancrage


D’autres inclinomètres ont été installés au droit du rideau d’ancrage et dans le massif
de sol, à mi-distance entre la paroi et le rideau. Ils sont descendus au niveau -20,0 et
-30,0 CM et initialisés après la phase n° 9 de la construction. Pour ces inclinomètres,
les relevés de mesure ont été effectuées à partir de la phase de construction n° 10 et
après la mise en service (six mois après). Les figures VI.50 et VI.51 montrent les
déplacements horizontaux suivant une coupe verticale au droit du rideau d’ancrage et à
mi-distance de la paroi au rideau après la phase de construction n°10.

Les résultats montrent que le dragage devant la paroi entraîne une décompression dans
le massif de sol et donc un déplacement vers le bassin. Une comparaison avec les
relevés des inclinomètres montre que les résultats de calcul sous-estiment les
déplacements horizontaux dans le massif de sol.

234
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

45
Z(m) phase 10
mesure
40

35

30

25

20

15
Bassin
10

5
Deplacement horizontal du rido (m)
0
0 0.005 0.01 0.015 0.02 0.025 0.03
Figure VI.50. Déplacement horizontal du massif de sol après la phase de construction n°10

45
Z(m) phase 10
mesure
40 Tir. Sup.

35 Tir. Inf.

30
Rideau

25

20

15
Bassin
10

5
Deplacement horizontal du rido (m)
0
0 0.005 0.01 0.015 0.02 0.025 0.03
Figure VI.51. Déplacement horizontal du rideau d’ancrage après la phase de construction n°10

VI.3.5. Synthèse
La construction du quai d’Osaka du port du Havre est un exemple remarquable au plan
du génie civil, compte tenu de toutes les complexités géométriques, géotechniques et
hydrauliques ainsi que du phasage de la construction. Durant les diverses phases de la
construction, l’ouvrage a été instrumenté et suivi avec soin. Les données recueillies ont

235
Chapitre VI. Modélisation de deux ouvrages portuaires
__________________________________________________________________________________________

permis de faire une description du comportement de l’ouvrage après chaque étape des
travaux ainsi qu’après la mise en service de l’ouvrage.

L’étude numérique décrite dans cette partie de travail, réalisée à l’aide du module de
calcul couplé CSNL du logiciel CESAR-LCPC, a permis de prendre en compte les
différents facteurs considérés comme influençant directement le comportement de
l’ouvrage. Les cinématiques des déplacements de la paroi, résultant des calculs,
approchent relativement bien les cinématiques observées.

Enfin, la simulation de l’interaction sol-tirant reste à améliorer. Ce problème nécessite


une étude plus approfondie au niveau expérimental et numérique.

VI.4. CONCLUSIONS
Ayant fait l’objet d’une instrumentation complète et soignée, la construction du quai
en eau profonde de Calais et celle du quai Osaka du port du Havre offrent l’occasion
de tester les méthodes de calcul, notamment par éléments finis. Ces ouvrages, par leur
taille et les chargements qu’ils reçoivent, sont des ouvrages importants sur le plan du
génie civil. De plus, les différentes phases de construction de ces ouvrages associent
des opérations de déblai, de remblai derrière la paroi, de dragage devant la paroi et
alternativement des mouvements temporaires de la nappe phréatique, et constituent
autant d’étapes intéressantes du point de vue de l’interaction sol-structure.

À l’aide du module couplé CSNL du logiciel CESAR-LCPC, les calculs numériques


ont été réalisés en essayant de tenir compte de toutes les phases de construction
associées à des mouvements de la nappe ainsi qu’à l’évolution de la pression
hydraulique dans le massif de sol. Pour tenir compte de l’interaction sol-tirant, un
modèle de plaque équivalente, inspiré de l’étude réalisée par Benhamida (1998) et
adapté pour les calculs couplés a été utilisé. Des éléments de relation linéaire (famille
9) ont été ainsi introduits pour maintenir la continuité des déplacements de part et
d’autre de la plaque équivalente.

Dans l’ensemble, les résultats des calculs sont en bon accord avec les mesures, surtout
pour les déplacements de la paroi et de l’ouvrage en général dans le cas du port de
Calais. Les modèles numériques, malgré certaines simplifications, permettent de
reproduire le comportement global des ouvrages.

Cependant, la simulation de la mise en place du remblai derrière la paroi, d’une part, et


de l’interaction sol-tirant, d’autre part, reste à améliorer. Ces problèmes nécessitent des
études plus approfondies au niveau expérimental et numérique.

236
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Chapitre VII

Modélisation tridimensionnelle de la « Trémie Pasteur »


(Rouen)

VII.1. INTRODUCTION
La trémie Pasteur est un ouvrage souterrain d’une longueur totale d’environ 320 m,
donc 158 m en tranchée couverte dans la zone centrale et 165 m en tranchée ouverte
aux deux extrémités. L’ouvrage présente un comportement tridimensionnel aussi bien
dans la phase de construction, durant laquelle différents éléments de structure se
mobilisent au fur et à mesure de l’avancement des travaux, qu’en service.
L’expérimentation réalisée pendant la construction de la « Trémie Pasteur » a permis
d’approfondir les connaissances sur le comportement de l’ouvrage et son
environnement et de valider les capteurs de pression totale qui ont été mis en œuvre
(Duca, 2001). Elle fournit aussi une occasion de valider des modèles de calcul pour ce
type d’ouvrage. On se propose ici de réaliser une modélisation numérique
tridimensionnelle pour simuler les phases de construction, discuter les effets
tridimensionnels sur le comportement de l’ouvrage, l’influence de la dalle de
couverture et de la méthode de réalisation.

VII.2. OUVRAGE ET INSTRUMENTATION


Le projet de la « Trémie Pasteur » consiste en un aménagement souterrain de l’artère
routière du Quai Gaston Boulet, sur la rive droite de la Seine, de façon à libérer le
niveau de surface pour la réalisation d’une ligne de transport en commun en site
propre. On présente brièvement ici l’ouvrage et les instrumentations réalisées par
l’entreprise Solétanche en collaboration avec LCPC et le CER de Rouen. Pour une
description plus détaillée, on peut se rapporter à Duca (2001).
VII.2.1. L’ouvrage et son site
Sur toute la longueur de la zone couverte, la voie routière est réalisée à l’intérieur
d’une « trémie » de protection en béton armé comportant :
• un radier en béton armé d’épaisseur variant entre 0,45 m (aux deux extrémités
de l’ouvrage) et 0,70 m (dans la zone centrale) ;
• deux murs de soutènement parallèles en paroi moulée encadrant la voie de
circulation ; leur hauteur est comprise entre 5 m et 16 m, tandis que leur
épaisseur varie de 0,60 m à 0,80 m (entre les extrémités et la zone centrale) ;
• une dalle de béton coulée en place dans la partie couverte, d’une épaisseur de
0,50 m environ.

237
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

Figure VII.1. Vue en plan et profil en long de la zone instrumentée

238
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Dans la partie couverte, la chaussée est quasiment horizontale. Dans la partie ouverte,
elle suit la pente longitudinale imposée à l’artère routière (3,8% maximum), qui
détermine la variation de la hauteur libre de la paroi et de la profondeur de son point
d’appui (au niveau du radier).

Dans la zone instrumentée, le projet comporte des panneaux de parois moulées


présentant une épaisseur de 0,80 m et une profondeur (en dessous de la cote de
recépage) de 15,55 m. Elles sont équipées de cages d’armatures préfabriquées à base
de barres φ25 en acier Fe E 500 MPa espacées de 0,50 m.

Pendant l’excavation du sol entre les parois et jusqu’à la mise en service du radier, les
parois sont soutenues provisoirement par des butons fixés entre les panneaux situés en
vis-à-vis. Les butons sont des tubes en acier à section circulaire (diamètre extérieur de
410 mm et diamètre intérieur de 387 mm).

La construction de l’ouvrage suit un processus dit « du haut vers le bas ». Le phasage


de l’exécution de l’ouvrage est le suivant :
1. réalisation des parois moulées ;
2. couronnement des parois moulées par une poutre en béton coffré ;
3. mise en place de la dalle de couverture en béton coulé en place (à l’intersection
avec la rue Dumont d’Urville)
4. pré-terrassement jusqu’au-dessous de la cote des butons ;
5. mise en place des butons ;
6. terrassement jusqu’à la cote de fondation du radier ;
7. bétonnage du radier ;
8. dépose des butons après durcissement du radier en béton.

Butons D = 0.41

1,00

1 - 1,50

Pré-excavation

10,74 m

Figure VII.2. Coupe transversale de l’ouvrage à la mise en place des butons

239
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

En pratique, les butons ont été mis en place au fur et à mesure de l’avancement de la
pré-excavation réalisée par passes d’environ 3 mètres de longueur. Le phasage du
processus de pré-excavation alterne dans la direction horizontale le long de la paroi
dans le but de limiter la zone excavée avant la mise en place des butons à une longueur
de trois panneaux. Après la mise en place des butons instrumentés, l’excavation se
poursuit le long de l’ouvrage en se limitant toujours à une longueur de trois panneaux.
VII.2.2. Plan d’instrumentation
L’essentiel de l’équipement de mesure est installé dans le panneau sud S81. D’autres
équipements ont été aussi placés dans les panneaux S80, S82, N80, N81, N82. Les
mesures réalisées sont les suivantes :
• un suivi des pressions appliquées par le sol sur la paroi (panneau S81) ;
• un suivi inclinométrique du déplacement de la paroi en fonction de la
profondeur (panneaux S81, S82, N81, N82) ;
• un suivi des déformations longitudinales des butons (au niveau des panneaux
80, 81, 82) ;
• des mesures de convergence entre les panneaux de la paroi moulée en vis-à-vis
(panneaux 80, 81, 82) ;
• un suivi des déplacements dans le massif derrière la paroi.
VII.2.3. Conditions géotechniques et hydrologiques du site
L’ouvrage est installé dans une zone alluvionnaire de la Seine. Une étude
géotechnique préliminaire, basée sur une campagne d’investigations réalisée le long du
tracé, a permis d’identifier la structure lithologique du site au-dessous de la chaussée
existante :
• remblais sableux et limoneux comportant des débris divers (environ 1,9 m
d’épaisseur).
• argile limoneuse, grise, organique et tourbeuse (environ 5 m d’épaisseur) ;
• limons argileux et sableux présentant une épaisseur d’environ 6,1 m ;
• graves sablo-limoneuses d’une épaisseur de 2,2 m ;
• substratum de marnes sableuses grises à blanches calcaires, à partir de la
profondeur d’environ 15,80 m ;

Tableau VII.1. Caractéristiques géotechniques des sols (d’après Duca, 2001)


Niveau γ ϕ ϕ’ cu c’ α EM pl
3
Couche d’assise (kN/m ) (deg) (deg) (kPa) (kPa) MPa MPa
Terrain naturel 5,79
Corps de chaussée 5,19 24,0 - - - - 0,33 - -
Remblais sableux 3,29 20,5 0 27 55 10 0,33 4,9 0,32
Argile limoneuse -1,71 16,0 0 20 21 0 0,66 2,4 0,12
Limons argileux -7,81 19,5 0 25 40 0 0,50 4,5 0,43
Graves sablo- -10,01 22,0 35 35 0 0 0,33 22,0 3,04
limoneuses
Marnes sableuses - 22,0 0 25 300 100 0,50 96,8 >5

240
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

L’hydrologie du site se caractérise par la proximité de la Seine (à environ 200 m) et


l’existence de différentes nappes aquifères régnant dans différentes couches non
argileuses, qui sont plus ou moins en interconnexion entre elles et soumises à l’effet
des marées.

VII.3. MODELISATION NUMERIQUE TRIDIMENSIONNELLE


La réalisation des ouvrages se traduit par une succession de différentes phases des
travaux sollicitant à chaque étape une partie de l’ouvrage et un volume de sol limité.
Le comportement de l’ouvrage géotechnique pendant sa construction présente donc un
caractère tridimensionnel. Ces effets sont particulièrement accentués dans le cas de
l’ouvrage étudié, à cause de la profondeur variable du radier et de l’existence d’une
dalle de couverture.

La modélisation numérique des ouvrages en géotechnique, en particulier par la


méthode des éléments finis, est un outil fiable pour analyser le comportement des
ouvrages et l’interaction avec le massif encaissant. Cependant, compte tenu de la
lourdeur du calcul, de la complexité du maillage à élaborer, des chargements à
appliquer ainsi que de la durée des calculs et de l’exploitation des résultats, l’ingénieur
est le plus souvent conduit à ramener son problème tridimensionnel à un modèle
bidimensionnel. Plusieurs auteurs ont développé des techniques pour prendre en
compte des aspects tridimensionnels dans les modèles bidimensionnels. Une fois
obtenus les bons paramètres, ces modèles bidimensionnels conduisent fréquemment à
des valeurs de déplacements satisfaisantes par rapport aux mesures et à une estimation
de la redistribution des contraintes (Mestat, 2002). Mais un tel modèle ne peut être
représentatif du comportement réel de l’ouvrage si les effets tridimensionnels ne sont
pas pris en compte correctement. Dans ce contexte, on se propose de mener un calcul
tridimensionnel pour simuler le comportement de la trémie Pasteur pendant sa
construction.
VII.3.1. Modèle et maillage
Le modèle de calcul correspond à la partie de l’ouvrage où la paroi a une épaisseur et
une profondeur constantes de 0,80 m et 15,5 m respectivement. La zone étudiée, d’une
longueur 50 mètres, comporte deux parties : l’une est couverte par une dalle de béton
armé ; l’autre partie est une tranchée non couverte. Ces deux parties se séparent par le
tympan Ouest. Par symétrie, le modèle se réduit à la moitié de l’ouvrage comportant la
paroi Sud. Il s’étend sur 40 mètres derrière la paroi.

Le maillage pour le calcul contient 4080 éléments dont 2008 hexaèdres à 20 nœuds,
2056 pentaèdres à 15 nœuds et 16 éléments de poutres pour une totalité de 15483
nœuds (figure VII.3). Treize groupes d’éléments sont nécessaires pour prendre en
compte la complexité des conditions géotechniques, de la géométrie et du phasage de
la construction.

241
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

La paroi moulée, le radier et la dalle de couverture ont été représentés par des éléments
de massif, tandis que les butons ont été modélisés par des éléments de poutre à deux
nœuds. D’après le plan de construction de l’ouvrage (Duca, 2001), on a considéré la
ligne des butons comme parallèle à la fondation du radier à une distance d’environ
3,50 mètres.

z
x y

première excavation

deuxième excavation

Figure VII.3 : Assemblage du maillage de calcul

Sur les bords latéraux du modèle, le déplacement normal est nul et le cisaillement est
nul (condition de type « contact lisse ») tandis que, pour le bord inférieur, les deux
composantes du déplacement sont imposées nulles (condition de type
« encastrement »).
VII.3.2. Caractéristiques mécaniques utilisées dans les calculs

VII.3.2.1. Massif de sol


Le comportement du sol est modélisé par une loi élastoplastique avec un critère de
Mohr-Coulomb. Les paramètres de résistance en conditions drainées c’, ϕ’ et les poids
volumiques sont tirés du tableau VII.1 récapitulant les résultats des campagnes
d’essais.

242
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Les caractéristiques élastiques des couches de sols sont évaluées à partir des résultats
d’essais pressiométriques réalisés sur le site. Cette évaluation fait appel à la corrélation
entre le module pressiométrique EM du sol et son module d’Young E : E= EM .
α

La valeur de α retenue provient des essais de laboratoire pour différentes couches de


sols (tableau VII.1). Il convient de noter que, dans les calculs, les couches d’argile
limoneuse tourbeuse et de limon argileux et sableux sont prises en compte avec un
module d’Young non drainé.
VII.3.2.2. Éléments de structure
La paroi moulée, le radier et la dalle de couverture sont modélisés par des éléments de
massif dont le comportement est supposé élastique linéaire. En respectant la géométrie
réelle, le module d’élasticité de la paroi est pris égal au module estimé par la
formule : Ei = 110003 fc 28 = 33400 MPa.

Les propriétés adoptées pour la modélisation du comportement du sol et des éléments


de structure sont récapitulées dans le tableau VII.2 :

Tableau VII.2. Caractéristiques physiques et géotechniques utilisés dans les calculs


γ Ko ϕ’ cu c’ α EM E
3
Couche (kN/m ) (degrés) (kPa) (kPa) (MPa) (MPa)
Paroi moulée, dalle 24,0 - - - - - - 33400
Radier sous la 24,0 - - - - - - 33400
chaussée
Corps de chaussée 24,0 - - - - - - -
Remblais sableux 20,5 0,5 27 55 10 0,33 4,9 13,4
Argile limoneuse 16,0 0,5 20 21 0 0,66 2,4 3,6
Limons argileux 19,5 0,5 25 40 0 0,50 4,5 9,0
Graves sablo- 22,0 0,5 35 0 0 0,33 22,0 50,4
limoneuses
Marnes sableuses 22,0 0,5 25 300 100 0,50 96,8 200

Le plan d’instrumentation pendant la construction de l’ouvrage prévoit des mesures de


convergence d’une paroi à l’autre, au niveau des butons (sur les trois panneaux
instrumentés). Les mesures ont montré une discordance importante entre la rigidité
théorique et mesurée des butons. Ce phénomène a été expliqué par un effet de
poinçonnement local (2 mm environ ont été constatés) au niveau du contact buton-
paroi et éventuellement par la flexion des butons (Duca, 2001). En s’appuyant sur les
mesures d’efforts axiaux et de convergence d’une extrémité à l’autre des butons, Duca
a montré que la raideur des butons, définie par k=∆N/∆y, a une valeur expérimentale
6,6 fois plus faible que la valeur théorique (Dans cette formule, ∆N désigne la
variation de l’effort axial dans les butons et ∆y le raccourcissement des butons). Les

243
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

caractéristiques mécaniques adoptées pour les éléments de poutres simulant les butons
sont celles figurant dans le tableau VII.3 :

Tableau VII.3. Caractéristiques mécaniques et physiques utilisés pour les butons


Caractéristiques γ D d S I E
mécaniques (kN/m3) (m) (m) (m²) (m4) (MPa)
Butons réels 78,50 0,410 0,387 0,014 0,00028 210000
Élément de poutre 78,50 0,410 0,387 0,014 0,00028 34000

VII.3.3. Phasage de construction


Pour simplifier, l’excavation devant la paroi a été prise en compte dans le calcul en
trois étapes : une pré-excavation jusqu’au niveau des butons avec 50% des forces de
déconfinement, l’application de 50% des forces de déconfinement après la mise en
place des butons, et ensuite une excavation jusqu’à la cote de la fondation du radier.

La réalisation complète de l’ouvrage est donc simulée par une série de six étapes de
calcul successives :
• On réalise d’abord une initialisation de l’état de contraintes dans le massif (on
suppose que la mise en place de la paroi moulée ne perturbe pas l’état de
contraintes).
• La première étape de calcul simule la mise en place de la dalle de béton armé
dans la zone couverte. Cette mise en place se réalise avant l’excavation du sol
devant la paroi.
• La deuxième et la troisième étapes simulent la phase de pré-excavation et la
mise en place des butons. Cette phase de travaux est simulée à l’aide de l’option
LAM calculant des forces de déconfinement à appliquer sur le contour de
l’excavation. Le phasage de la pré-excavation a été pris en compte simplement
en utilisant un taux de déconfinement λ = 0,5 dans la troisième étape de calcul
(sans les butons), et un coefficient 1 - λ = 0,5 dans la quatrième étape de calcul
(avec les butons).
• La quatrième étape simule l’excavation devant la paroi jusqu’à la cote de la
fondation du radier. Elle est marquée par la présence des butons entre les deux
parois.
• La cinquième étape modélise la mise en place du radier en béton en activant le
poids volumique de ce groupe d’éléments.
• Et enfin, la sixième étape simule la dépose des butons en appliquant sur la
paroi, au niveau des butons, les forces nodales (option SOL) correspondant aux
valeurs des forces dans les butons.

VII.4. DEROULEMENT ET RESULTATS DE CALCUL


Pour le modèle de Mohr-Coulomb utilisé pour le sol, les calculs se sont déroulés sans
problème particulier. Une bonne convergence a été obtenue après chaque étape de
calcul.

244
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

La figure VII.4 présente le développement des zones plastiques dans le massif après la
sixième étape de calcul (dépose des butons). On constate que la zone plastifiée se
concentre dans le sol devant la paroi (au niveau du fond de fouille), avec un
déplacement important du fond d’excavation.

Les résultats montrent que la déformation plastique maximale atteint une valeur de
l’ordre de 4,5 % au niveau de la fondation du radier (fond d’excavation) à l’intérieur
des parois (figure VII.4).

Zones plastiques

x y

Figure VII.4. Zones plastiques dans le massif de sol après l’excavation jusqu’à la fondation

VII.4.1. Déformations de l’ensemble de l’ouvrage


La figure VII.5 montre les déformations de la paroi moulée après la deuxième étape de
calcul, c’est à dire après la première phase de la pré-excavation pour la mise en place
des butons. On obtient des déplacements presque nuls en tête de la paroi dans la zone
de contact avec la dalle de couverture. Dans la zone ouverte, les déplacements varient
le long de l’ouvrage. Dans la zone couverte, la paroi travaille comme une poutre
appuyée sur deux points rigides, la couche de marne et la dalle de couverture. Le
déplacement maximal de la paroi dans cette partie se trouve comme on pourrait s’y
attendre à mi-profondeur de la paroi. Dans la zone ouverte, la paroi travaille comme
une console, encastrée plus ou moins dans la couche de marne. Le déplacement
maximal se trouve donc en tête de la paroi.

245
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

Déformation de la paroi après


la deuxième étape de calcul

Tympan Ouest

x y

Figure VII.5. Déformations de la paroi moulée après la deuxième étape de calcul

Sur la figure VII.6, on montre les déformations de la paroi après la quatrième étape de
calcul, c’est à dire après l’excavation jusqu’à la fondation du radier. On constate que la
paroi travaille comme une console ancrée en pied dans la couche de marne sableuse et
appuyée sur les butons dans la partie libre. L’effet des butons réduit fortement les
déplacements à la tête de la paroi. La variation des déplacements de la tête de la paroi
le long de l’ouvrage devient moins importante.

Déformation de la paroi après


la quatrième étape de calcul
Dalle de
couverture

x y

Figure VII.6. Déformations de la paroi moulée après la quatrième étape de calcul

La figure VII.7 présente les déformations de l’ensemble de l’ouvrage dues à la dépose


des butons (on fait la différence entre les déplacements obtenus après et avant la
dépose). On observe des déplacements de la paroi très faibles au niveau de la dalle de
couverture et une variation des déplacements le long de l’ouvrage.

246
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

Déformation de l'ouvrage après


la sixième étape de calcul

x y
Figure VII.7. Déformations de l’ensemble de l’ouvrage dues à la dépose des butons

VII.4.2. Efforts dans les butons


Les efforts dans les butons ont été mesurés à l’aide de jauges de déformation installées
sur les butons correspondant aux panneaux 80, 81, 82. Chaque buton est équipé de huit
jauges, quatre pour chaque extrémité. Les jauges de déformation sont installées à
l’extérieur du buton dans une même section transversale. Cependant, les mesures
montrent la défaillance d’une grande partie des jauges de déformations (Duca, 2001).

Dans le modèle de calcul, pour simplifier, les butons ont été simulés par des éléments
de poutre à deux nœuds, en adoptant une rigidité équivalente déduite de la raideur
constatée expérimentalement.

La figure VII.8 présente les résultats des efforts dans les butons (numérotés de 1 à 16
le long de la paroi) après les troisième, quatrième et cinquième étapes de calcul. On
constate une variation assez importante (50% pour étape 3 et 180% pour étape 4) des
efforts dans les butons le long de l’ouvrage. Dans la zone ouverte, moins l’excavation
est profonde, moins les efforts dans les butons sont importants. Dans la zone couverte,
le chargement sur la paroi est en partie supporté par la dalle de couverture. Les
déplacements de la paroi sont donc moins importants et les efforts dans les butons
proches de cette zone sont aussi moins importants.

247
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

0
F(kN) etape 3
-50 etape 4
etape 5
-100

-150

-200
zone ouverte
-250

Typan Ouest
-300

-350

-400

-450
Numerotation des butons
-500
0 2 4 6 8 10 12 14 16
Figure VII.8. Efforts dans les butons après
les étapes de calcul 3, 4 et 5

Après la troisième étape de calcul, les efforts dans les butons des panneaux 80, 81, 82
(n° 10, 9 et 8 respectivement dans la figure VII.8) sont respectivement de 78,57 kN ;
80,86 kN et 80,04 kN. Ces résultats semblent sous-estimés par rapport aux mesures.
Ceci peut mettre en cause la simulation de la mise en place des butons, et notamment
la valeur du taux de déconfinement adoptée. Cependant, il est important de noter la
qualité inégale des mesures. On constate un facteur de 10 dans les différentes mesures
du buton numéro 80 et un facteur de 3 entre les butons numéro 81 et numéro 80. Des
efforts de traction ont aussi été mesurés dans le buton 80.

Après la quatrième étape de calcul, les efforts calculés présentent toujours une forte
variation le long de l’ouvrage. On constate que l’excavation jusqu’à la fondation du
radier provoque une augmentation importante des efforts dans les butons dans la zone
ouverte. La variation est beaucoup moins importante dans la zone couverte à cause de
la dalle de couverture.

Après la cinquième étape, la mise en place du radier augmente encore sensiblement les
efforts dans les butons. En fait, la mise en place du radier se traduit par l’application
d’une pression sur le fond de l’excavation. Les parois pivotent en partie supérieure, ce
qui augmente le chargement sur les butons.

La figure VII.9 représente la variation de l’effort dans le buton du panneau 81 (n° 9 du


modèle numérique) entre les étapes de calcul numéro 3 et 4 (excavation jusqu’à la
fondation du radier). Ce résultat est bien encadré par les moyennes de mesure après
cette phase de travaux à court terme (12 jours) et à long terme (22 jours).

248
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

1
calcul 3D
mes. ct
mes. lt
0.8

chargement
0.6

0.4

0.2

Effort normal dans le buton No 9


0
-400 -350 -300 -250 -200 -150 -100 -50 0
Figure VII.9. Variations d’effort dans le buton n° 9 (panneau N-S 81) entre les étapes 3 et 4

VII.4.3. Déplacement de la paroi le long de l’ouvrage


Les déplacements horizontaux de la tête de la paroi résultant des calculs numéros 2, 3,
4, 5 et 6 ont été tracés le long de l’ouvrage sur les figures VII.10 et VII.11. On constate
une variation très importante des déplacements suivant la profondeur d’excavation du
radier ; l’influence de la dalle de couverture est aussi très claire.

0.0035
etape 2
etape 3
0.003
Deplacement horizontal Ux(m)

0.0025
Typan Ouest

0.002

0.0015
zone ouverte
0.001

0.0005

0
Distance de l’extremite du modele (m)
-0.0005
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Figure VII.10. Déplacements horizontaux en tête, le long de la paroi après les étapes de calcul 2, 3

249
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

0.012
etape 4
etape 5
etape 6

Deplacement horizontal Ux(m)


0.01

Typan Ouest
0.008

0.006

0.004
zone ouverte
0.002

Distance de l’extremite du modele (m)


-0.002
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Figure VII.11. Déplacements horizontaux en tête, le long de la paroi après les étapes de calcul 4, 5
et 6

Après la sixième étape de calcul, la zone où l’on constate le déplacement le plus


important de la paroi se trouve autour du panneau n° 83 (y ≈ 20 m). Il faut noter que ce
point se situe non loin de la zone instrumentée (les panneaux 80, 81, 82 se situent dans
la zone y ∈ [22 : 31] mètres).
VII.4.4. Influence de la méthode de construction
On a bien constaté dans la partie précédente que la mise en place de la dalle de
couverture avant l’excavation empêche les déplacements de la paroi vers la tranchée
dans la zone couverte et donc modifie la distribution des déplacements de la paroi le
long de l’ouvrage. Pour voir plus clairement cette influence, on se propose de réaliser
un autre calcul, dans lequel la dalle de couverture est mise en place juste avant la
dépose des butons. Les étapes de calculs dans ce cas sont donc les suivantes :
• On réalise d’abord une initialisation de l’état de contraintes dans le massif.
• La première et la deuxième étapes simulent la phase de pré-excavation et la
mise en place des butons. La prise en compte du phasage de pré-excavation est
réalisée à l’aide d’un coefficient de déconfinement identique à celui des calculs
précédents.
• La troisième étape simule l’excavation devant la paroi jusqu’à la cote de la
fondation du radier. Elle est marquée par la présence des butons entre les deux
parois.
• La quatrième étape modélise la mise en place du radier en béton en activant le
poids volumique de ce groupe d’éléments.
• La cinquième étape de calcul simule la mise en place de la dalle de béton armé
dans la zone couverte.

250
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

• Enfin, la sixième étape simule la dépose des butons en appliquant sur la paroi,
au niveau des butons, les forces nodales (option SOL) correspondant aux
valeurs des forces dans les butons.

Sur les figures VII.12 et VII.13, les déplacements de la tête de la paroi sont tracés le
long de l’ouvrage. Contrairement aux calculs précédents, les déplacements
horizontaux de la paroi avant la dépose des butons ne sont pas influencés par la mise
en place de la dalle de couverture. On constate donc, après les quatre premières étapes
de travaux (terrassement jusqu’à la fondation du radier), que les déplacements varient
fortement le long de l’ouvrage selon la profondeur d’excavation.

La sixième étape de calcul (dépose des butons) est marquée par une redistribution des
déplacements de la tête de la paroi. Dans la zone de la dalle de couverture, les
déplacements sont très faibles. Dans la zone ouverte, les parois continuent à se
déplacer vers la fouille.

0.005
etape 1
etape 2
Deplacement horizontal Ux(m)

0.0045
zone ouverte
0.004

0.0035

0.003
Typan Ouest

0.0025

0.002

Distance de l’extremite du modele (m)


0.0015
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Figure VII.12. Déplacement horizontal de la tête, le long de la paroi après les étapes de calcul 1, 2
(la dalle est mise en place après)

251
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

0.012
etape 3
etape 4
0.011 etape 6

Deplacement horizontal Ux(m)


0.01

0.009

0.008
zone ouverte

Typan Ouest
0.007

0.006

0.005
Distance de l’extremite du modele (m)
0.004
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Figure VII.13. Déplacement horizontal de la tête, le long de la paroi après les étapes de calcul 3, 4
et 6 (la dalle est mise en place après)

En comparant aux résultats de la modélisation précédente où la dalle a été mise en


place avant la pré-excavation, on remarque un changement important dans le
comportement de l’ouvrage. À l’étape de pré-excavation (sans les butons), les
déplacements dans les deux simulations numériques sont très proches dans la zone où
l’influence de la dalle est supposé minime (y < 20 m). Dans la direction parallèle à
l’axe de l’ouvrage, en conditions tridimensionnelles, on voit comment réagit l’ouvrage
ainsi que l’influence spatiale sur les déplacements de la paroi. La mise en place de la
dalle avant la pré-excavation se traduit par une partie bloquée et une mobilisation plus
importante dans la partie libre de la paroi, ceci explique les déplacements plus
importants de la paroi (la zone y < 20 m) dans la première modélisation après les
étapes de calcul 3, 4 et 5.

Cependant, les efforts dans les butons ne sont plus les mêmes dans les deux
modélisations. Le buton le plus sollicité dans la deuxième modélisation se trouve
évidemment à l’extrême droite du modèle (y = 50 m – figure VII.14). Dans la dernière
étape de calcul (dépose des butons), ce changement des efforts dans les butons modifie
les efforts appliqués sur la paroi. On constate donc dans la deuxième modélisation que
le déplacement maximal de la paroi se trouve plus à droite, conformément à la
distribution des efforts dans les butons (figure VII.15).

252
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

0
F(kN) etape 2
-50 etape 3
etape 4
-100

-150

Typan Ouest
-200
zone ouverte
-250

-300

-350

-400

-450

-500
Numerotation des butons
-550
0 2 4 6 8 10 12 14 16
Figure VII.14. Efforts dans les butons après l’étape de calcul 2, 3 et 4 dans le cas où la dalle est
mise en place après l’excavation

0.012
dal. avant
dal. apres
Deplacement horizontal Ux(m)

0.01

0.008
Apres la depose des butons
Typan Ouest

0.006

0.004
zone ouverte
0.002

Distance de l’extremite du modele (m)


-0.002
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Figure VII.15. Déplacement horizontal de la tête, le long de la paroi après l’étape de calcul 6 avec
la mise en place de la dalle avant et après

VII.5. CALCUL BIDIMENSIONNEL


On a constaté dans la partie précédente une influence non négligeable des effets
tridimensionnels sur le comportement de l’ouvrage (le long de la paroi). À titre de
comparaison, on réalise dans cette partie un calcul bidimensionnel en reprenant les

253
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

paramètres géométriques et physiques de la configuration tridimensionnelle présentée


ci-dessus.
VII.5.1. Modèle et maillage bidimensionnel
Construit à partir du maillage tridimensionnel, le modèle bidimensionnel comporte la
paroi sud et a une largeur de 40,0 m derrière la paroi et 5,37 m devant la paroi.

Figure VII.16. Maillage pour les calculs bidimensionnels

Le maillage contient 2027 éléments dont 78 quadrilatères à 8 nœuds, 1948 triangles à


6 nœuds et 1 élément de poutre à deux nœuds pour une totalité de 4233 nœuds. Douze
groupes d’éléments sont à définir.

Sur les bords latéraux du modèle, le déplacement normal est nul et le cisaillement est
nul (condition de type « contact lisse ») tandis que, pour le bord inférieur, les deux
composantes du déplacement sont imposées nulles (condition de type « appuis
fixes »).
VII.5.2. Caractéristiques mécaniques utilisées dans les calculs
Le comportement du sol est modélisé par une loi élastoplastique avec un critère de
Mohr-Coulomb. Les caractéristiques mécaniques et physiques des couches de sols
ainsi de la paroi et du radier sont les mêmes que dans les calculs tridimensionnels (Ces
paramètres sont présentés dans le tableau VII.2 ci-dessus).

Le seul paramètre changé est le module d’élasticité des butons. Dans la configuration
bidimensionnelle, l’espacement des butons a été pris en compte en calculant le module
élastique équivalent par la formule E2D = E3D/e, dans laquelle, e est l’espacement entre
les butons. Cet espacement est pris égal à 3,10 m.
VII.5.3. Phasage de construction
Les calculs bidimensionnels ont été réalisés en six étapes. Dans ces calculs la dalle de
couverture n’a pas été prise en compte :
• La première étape est une initialisation de l’état de contraintes dans le massif.

254
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

• La deuxième et la troisième étapes simulent la pré-excavation et la mise en


place des butons le long de l’ouvrage. Cette étape se réalise en appliquant des
forces de déconfinement partielles. Comme dans les calculs tridimensionnels, le
phasage d’excavation dans la direction horizontale le long de la paroi a été pris
en compte simplement en utilisant un coefficient de déconfinement λ = 0,5
dans l’étape de calcul 2 (sans les butons) et avec un coefficient correspondant à
1-λ = 0,5 dans l’étape de calcul 3 (après la mise en place des butons).
• La quatrième étape simule l’excavation devant la paroi jusqu’à la cote de la
fondation du radier.
• La cinquième étape modélise la mise en place du radier en béton en appliquant
le poids volumique de ce groupe d’éléments.
• Et enfin, la sixième étape simule la dépose des butons en désactivant la raideur
des butons et en appliquant sur la paroi au niveau des butons, les forces nodales
correspondant aux valeurs des forces dans les butons.
VII.5.4. Déroulement de calcul, résultats
Pour le modèle de Mohr-Coulomb utilisé pour le sol, les calculs se sont déroulés sans
problème particulier. Une bonne convergence a été obtenue après chaque étape de
calcul.

La figure VII.17 présente le développement des zones plastiques dans le sol autour de
la paroi. On retrouve une concentration de la zone plastique au fond de l’excavation
devant la paroi.

y
x

Figure VII.17. Zones plastiques dans le massif du sol après la sixième étape de calcul

Les figures VII.18 et VII.19 présentent respectivement les résultats des calculs
tridimensionnel et bidimensionnel des déformations de la paroi. On constate que, pour
les mêmes conditions géométriques et géotechniques, les calculs bidimensionnels
surestiment les déplacements par rapport aux calculs tridimensionnels. Un écart de
l’ordre de 25 % pour les deux premières étapes de calcul et de l’ordre de 12,50 % pour
les étapes de calcul 3 et 4 ont été observés. Pour la dernière étape de calcul, l’absence
de la dalle de couverture dans les calculs bidimensionnels conduit à une surestimation

255
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

de l’ordre de 35 %. Cependant, la cinématique des déformations de la paroi n’est pas


très différente entre ces deux configurations.

25
calcul 2
Z(m) calcul 3
calcul 4
calcul 5
20 Butons calcul 6
Paroi

15

10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
0 0.002 0.004 0.006 0.008 0.01 0.012 0.014
Figure VII.18. Déplacement horizontal de la paroi au point d’instrumentation (panneau 82) :
résultats des calculs tridimensionnels

25
cal. 2D 1
Z(m) cal. 2D 2
cal. 2D 3
cal. 2D 4
20 Butons cal. 2D 5
Paroi

15

10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
0 0.002 0.004 0.006 0.008 0.01 0.012 0.014 0.016
Figure VII.19. Déplacement horizontal de la paroi au point d’instrumentation (panneau 82) :
résultats des calculs bidimensionnels

256
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

VII.6. CONFRONTATION DES RESULTATS DE CALCULS AUX MESURES


On présente ici une comparaison des résultats des calculs tridimensionnels et des
mesures.

Après la mise en place de l’instrumentation, les déformations de la paroi ont été


suivies après chaque étape de travaux grâce à des inclinomètres installés dans les
panneaux numéros 81 et 82. L’initialisation des mesures a été réalisée après la
réalisation de la poutre de couronnement.

Le tableau VII.4 présente le calendrier des mesures de déformations effectuées sur la


paroi avec les phases de travaux et les étapes de calcul correspondantes.
Tableau VII.4. Phases de mesure des déformations des butons et de la paroi (d’après Duca, 2001)
Date Description de la phase des travaux Déformation de Étape de calcul
la paroi
17 avril Exécution de la poutre de couronnement mesure initiale Initialisation-0
Mise en place de la dalle de couverture calcul 1
16 mai Pré-terrassement et mise en place des mesure 1 calcul 2 et 3
butons instrumentés
17 mai Excavation jusqu’à la cote de fondation mesure 2,3 calcul 4
du radier
8 juin Mise en œuvre du radier entre les deux mesure 4 calcul 5
parois
20 juin Dépose des butons mesure 5
26 juil. 5 semaines après la fin des travaux mesure 6 calcul 6

Les figures VII.20 à VII.23 comparent les déplacements de la paroi résultant des
calculs tridimensionnels et les valeurs mesurées au point d’instrumentation (panneau
82). On constate une très bonne concordance. La légère sous-estimation observée
après l’étape de calcul 4 peut éventuellement être attribuée à l’application forfaitaire
des forces de déconfinement dans la première phase de pré-excavation jusqu’au niveau
des butons (λ = 0,5 avant et après la mise en place des butons) dans la simulation
numérique.

Cependant, une modélisation plus précise de la pré-excavation sera difficile


empiriquement. Un calcul prenant en compte précisément tout le phasage d’excavation
et la mise en place des butons alternativement serait possible, à condition de connaître
tous les détails des travaux.

257
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

25
calcul 1
Z(m) calcul 2
mesure 1
20 Butons

Paroi
15

10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
0 0.0005 0.001 0.0015 0.002 0.0025 0.003 0.0035 0.004
Figure VII.20 : Confrontation des résultats de calcul après la troisième étape de calcul 3D

25
calcul 4
Z(m) mesure 2

20 Butons
Paroi

15

10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
0 0.001 0.002 0.003 0.004 0.005 0.006 0.007 0.008 0.009
Figure VII.21. Comparaison des calculs et des mesures après la quatrième étape de calcul 3D

258
Partie III. Modélisation numérique d’ouvrages réels instrumentés
__________________________________________________________________________________________

25
calcul 5
Z(m) mesure 4

20 Butons

Paroi
15

10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
0 0.001 0.002 0.003 0.004 0.005 0.006 0.007 0.008 0.009
Figure VII.22. Comparaison des calculs et des mesures après la cinquième étape de calcul 3D

25
calcul 6
Z(m) mesure 6

20
Paroi

15

10

Deplacement horizontal de la paroi (m)


0
0 0.002 0.004 0.006 0.008 0.01 0.012
Figure VII.23. Comparaison des calculs et des mesures après la sixième étape de calcul 3D

Enfin, la cinématique des déplacements de la paroi s’avère satisfaisante et correspond


bien aux résultats de mesure.

VII.7. CONCLUSION
L’instrumentation réalisée pendant la construction de la « Trémie Pasteur » a fourni
une occasion de valider des modèles de calcul pour ce type d’ouvrage. On a réalisé une

259
Chapitre VII. Modélisation tridimensionnelle de la Trémie Pasteur
__________________________________________________________________________________________

modélisation numérique tridimensionnelle des phases de construction pour discuter


notamment des effets tridimensionnels de ce type d’ouvrages, dans lesquels la
profondeur d’excavation est variable le long de la paroi. Un autre but de cette étude est
aussi d’analyser l’influence de la mise en place de la dalle de couverture.

Malgré certaines simplifications, les résultats des calculs numériques de


l’expérimentation s’avèrent satisfaisants. Ils permettent d’analyser le comportement
tridimensionnel de l’ouvrage avec un coût de temps raisonnable (le temps total pour
les six étapes de calcul est estimé à environ 120 minutes sur une machine Sun à 750
MHz, qui correspond approximativement à un PC équipé d’un processeur Intel P4 à
2,1 GHz).

La prise en compte de la dalle de couverture a une grande influence sur les efforts dans
les butons ainsi que sur les déformations de la paroi le long de l’ouvrage. Une
confrontation de deux procédures de construction où la dalle de couverture est mise en
place avant et après les excavations montre l’importance de la prise en compte de la
dalle de couverture sur le comportement de l’ouvrage. De plus, une confrontation avec
les résultats des calculs bidimensionnels (mêmes conditions géométriques et
géotechniques) met en évidence l’influence des effets tridimensionnels sur les résultats
des calculs numériques de ce type d’ouvrages.

Finalement, les résultats de calculs, utilisant des paramètres mécaniques et physiques


des essais in situ et au laboratoire des sols sans corrections postérieures présente un
très bon accord avec les mesures.

260
Conclusion générale
__________________________________________________________________________________________

CONCLUSION GENERALE

Contrairement à la plupart des autres méthodes de calcul des ouvrages, la modélisation


par éléments finis présente l'avantage de permettre d'analyser les déplacements induits
par la construction d'un ouvrage dans le terrain environnant, et par là, d'estimer
l'impact des travaux sur les ouvrages voisins. Cependant, la mise en œuvre pratique de
la méthode suppose de bien analyser au préalable les phénomènes qui ont une
influence significative sur le comportement des ouvrages réels et, bien entendu, de
disposer de moyens de calcul performants.

Pour ce qui concerne les soutènements d'excavation, il est clair que la première
condition pour réaliser une simulation réaliste est, comme pour tout autre ouvrage de
géotechnique, de bien connaître les conditions géotechniques, et si l'on veut obtenir
des informations quantitatives ou semi-quantitatives, de disposer de reconnaissances
approfondies. On s'attend également à ce que la façon dont les travaux sont exécutés
ait une influence importante sur les déplacements induits, comme l'illustre par exemple
l'étude d'une fouille circulaire proposée par Marten et al. (2003). Par ailleurs, les
travaux de Delattre (1999) avaient montré qu'il est également nécessaire de rendre
compte, d'une part, des effets des variations de la nappe au cours des travaux, et plus
généralement du rôle de l'eau, et, d'autre part, de l'influence des tirants d'ancrage sur le
comportement d'un soutènement.

Dans ce travail, on a abordé ces différents aspects successivement, avant de chercher à


valider les méthodes de simulation proposées en les confrontant à des mesures sur des
ouvrages réels instrumentés.

Dans la première partie, on s'est intéressé aux phénomènes de consolidation dans les
sols élastoplastiques. La formulation des problèmes est relativement classique, mais,
en pratique, la résolution de problèmes complètement couplés demeure relativement
peu courante, et, à ce titre, continue à paraître délicate. La principale caractéristique
d'un problème couplé réside dans le fait que la solution dépend du temps, et que les
déplacements ne peuvent pas, dans le cas général, se calculer indépendamment du
champ des pressions interstitielles. Dans certains cas particuliers favorables, on peut
envisager de se ramener à une résolution découplée, mais la procédure proposée,
valide en élasticité à long terme comme à court terme, ne l'est plus dans le cas, le plus
courant en géotechnique, où des déformations plastiques peuvent se produire dans le

261
Modélisation numérique des soutènements d’excavation
__________________________________________________________________________________________

sol : dans ce cas, on risque de sous-estimer les déformations plastiques qui peuvent se
produire à court terme (en conditions non drainées), ce qui entraîne une erreur que l'on
ne peut pas corriger dans la suite du calcul.

Pour autant, une approche découplée présente l'avantage d'être extrêmement simple à
mettre en œuvre, et nous avons montré qu'elle permet d'aborder, si l'on se contente
d'un calcul élastique en première analyse, des phénomènes complexes, comme la
redistribution des contraintes sur le revêtement d'un tunnel lors d'une réparation
partielle.

Sans développements spécifiques pour la prise en compte des déformations plastiques


à court terme, le calcul n'est donc pas correct. Pour traiter les problèmes
élastoplastiques, nous avons choisi d'utiliser le module de calcul couplé CSNL
(développé spécifiquement pour les problèmes de consolidation non linéaire). Nous
avons réalisé quelques adaptations pour pouvoir simuler les différentes phases de
construction d'un ouvrage de soutènement. Ces adaptations consistent à faciliter
l'initialisation de l'état de contraintes et de pression lors de l'enchaînement des calculs,
à introduire une option permettant de gérer simplement des mouvements de la nappe,
et à proposer des options supplémentaires pour l'exploitation graphique des résultats.
Par ailleurs, nous avons porté une attention particulière à la présentation de quelques
exemples simples illustrant la préparation des calculs et les exploitations possibles.

L'utilisation de calculs couplés se montre très efficace pour simuler le comportement


du rideau expérimental de Rotterdam-Pernis, qui constitue un très bon exemple
d'ouvrage de soutènement pour lequel les étapes d'excavation associent des
mouvements complexes du niveau de la nappe. La comparaison des calculs avec les
mesures est très satisfaisante pour ce qui concerne les déplacements des parois, les
moments de flexion, les pressions latérales du sol et les pressions interstitielles. Les
résultats montrent aussi que les mouvements de la nappe et l'évolution du problème
dans le temps ont une influence primordiale sur les déplacements des parois. Par
ailleurs, les résultats obtenus avec CSNL sont bien meilleurs que ceux obtenus avec un
calcul découplé.

On a également abordé au chapitre 4 la question de la modélisation de la mise en place


d'un panneau de paroi moulée, et de la perturbation du champ de contraintes qui en
résulte dans le sol. La mise en place du panneau est simulée en utilisant la théorie de la
pression bilinéaire. Les résultats des calculs couplés tridimensionnels donnent une idée
grossière de la cinématique et de l'ordre de grandeur des déplacements. De plus, la
différence de contraintes totales entre la situation après le bétonnage et la situation
initiale est relativement faible, ce qui peut justifier des calculs d'excavation dans
lesquels on néglige la perturbation du champ de contraintes due à la construction du
panneau.

262
Conclusion générale
__________________________________________________________________________________________

Pour ce qui concerne la prise en compte de l'interaction sol-tirant, l'étude en conditions


bi- et tridimensionnelles d'un essai d'arrachement montre que les procédés de
modélisation proposés dans la littérature peuvent être mis en œuvre dans des calculs
couplés avec le module CSNL. Les résultats s'avèrent intéressants : on peut par
exemple mettre en évidence l'influence de la vitesse de sollicitation sur le
comportement général de l'ouvrage. Cependant, on note que la modélisation
bidimensionnelle réalisée en remplaçant un lit de tirants par une plaque équivalente
sous-estime les déplacements et surestime les efforts dans les tirants par rapport aux
calculs tridimensionnels. Le modèle de plaque équivalente doit donc être utilisé avec
précaution (ou tout au moins, les résultats obtenus doivent être interprétés avec
prudence).

La dernière partie du mémoire concerne la modélisation d'ouvrages réels. Ayant fait


l'objet d'une instrumentation complète et soignée au cours de leur construction,
accompagnée d'une bonne caractérisation géotechnique du site, le quai en eau
profonde du port de Calais et le quai Osaka du port du Havre offrent l'occasion de
tester les procédés de simulation numérique par éléments finis. La modélisation de ces
ouvrages regroupe les trois principaux aspects étudiés auparavant : le phasage de
construction, le couplage hydromécanique et l'interaction sol-tirants.

Dans l'ensemble, les résultats de calcul sont en bon accord avec les mesures, surtout
pour les déplacements de la paroi et la cinématique de l'ouvrage, en particulier dans le
cas du port de Calais. Les modèles numériques, malgré certaines simplifications,
permettent de reproduire globalement le comportement des ouvrages. Ces études
confirment que le module CSNL de CESAR-LCPC constitue un outil performant et
utilisable pour des études théoriques, et, à l'occasion, pour des études de cas réels.

Par ailleurs, ces études numériques confirment l'importance du choix des paramètres
adoptés dans le calcul. Ils doivent être choisis avec beaucoup d'attention à partir des
résultats d'essais en laboratoire et in situ. Néanmoins, nous avons obtenu des résultats
satisfaisants sans procéder à des calages a posteriori des paramètres.

Enfin, il faut signaler que la simulation du remblaiement derrière la paroi et celle de


l'interaction sol-tirant restent à améliorer. Ces problèmes nécessitent des études plus
approfondies au niveau expérimental et numérique.

En dernier lieu, on a présenté un exemple de modélisation tridimensionnelle d'un


ouvrage réel, la trémie Pasteur, à Rouen. Cet ouvrage, instrumenté par le LCPC et
Solétanche-Bachy au cours de sa construction, met en évidence une difficulté
supplémentaire pour la modélisation des soutènements : la prise en compte des
dispositifs d'appui. Nous n'avons pas approfondi ce point, mais nous avons prêté une
attention particulière aux effets tridimensionnels liés à la géométrie de l'ouvrage
(présence de la dalle de couverture et profondeur d'excavation variable). Malgré
certaines simplifications, les résultats des calculs numériques sont proches des
déplacements mesurés. La comparaison avec une modélisation en déformation plane

263
Modélisation numérique des soutènements d’excavation
__________________________________________________________________________________________

met clairement en évidence l'influence des effets tridimensionnels pour un ouvrage de


ce type : la prise en compte de la dalle de couverture modifie évidemment de manière
très importante les déplacements de la paroi et les efforts dans les butons. Il est
intéressant de souligner que les calculs ont été conduits avec des paramètres
mécaniques tirés des essais in situ et en laboratoire disponibles, sans correction
particulière pour retrouver les valeurs des mesures.

En conclusion, le travail présenté ici propose un certain nombre de techniques de


simulation pour modéliser par éléments finis le comportement d'ouvrages de
soutènement complexes. Nous avons choisi de privilégier une approche couplée pour
la prise en compte du rôle de l'eau, ce qui conduit à des temps de préparation,
d'exécution et de dépouillement des calculs relativement importants, mais les résultats
obtenus en confrontant les calculs à des mesures sur des ouvrages réels confirment la
validité de ce choix. Moyennant quelques adaptations apportées au code, la prise en
compte de phasages de travaux complexes ne pose plus de difficultés particulières.
Pour ce qui concerne la modélisation des tirants d'ancrage, on peut dire que l'approche
utilisée permet de reproduire qualitativement le comportement des ouvrages
instrumentés étudiés, même si le doute demeure sur la qualité de l'estimation des
efforts dans le tirant. Ce point pourra faire l'objet de discussions ultérieures. De
manière générale, les résultats de calcul sont en accord satisfaisant avec les mesures.

Par ailleurs, la discussion a fait apparaître deux problèmes qui ne faisaient pas partie
des objectifs de ce travail proprement dit : d'une part, l'analyse des mesures effectuées
sur la trémie Pasteur confirme que le fonctionnement des butons est extrêmement
complexe, bien que la géométrie de la fouille et la disposition des butons soient
relativement simples. Cette question constitue un point important pour faire progresser
les simulations numériques dans le futur.

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270
ANNEXES

271
_____________________
Annexes
Chapitre III. Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

Annexe III.1

Constitution du jeu de données du module CSNL


Cette partie récapitule les données nécessaires pour le module CSNL. Cette
présentation ne tient pas compte des adaptations apportées pour la version utilisée dans
le cadre de ce travail de thèse, décrites dans la section III.4.

Données propres à “ CSNL ”

CSNL (mot clé)

• MEXE
indicateur d’impression
MEXE = 0 : impression du nombre de pas de temps
= 1 : impression
- du pas de temps
- des fonctions portant sur le paramètre (si l’option LIM est
utilisée)
- des fonctions de chargement (si l’option CFT est utilisée)
= 2 : impression de la solution à chaque pas de temps

• NITER TOL
NITER nombre d’itérations maximal par pas de temps
TOL tolérance relative sur la convergence

• NPAS1
nombre des pas de temps sur lequel on étudie le problème plus 1 ( pas de temps
initial)
•t0
∆t (I) avec i = 1 à (NPAS1 - 1)
t0 origine du temps
∆t (I) série des valeurs des pas de temps successifs

273
_____________________
Annexes
Annexe III.1. Constitution du jeu de données du CSNL
__________________________________________________________________________________________

L’introduction des autres données du module de « CSNL » est structurée en options


annoncées par mots-clés de trois lettres :

Options

INP initialisation de la pression au temps t0


INH initialisation des charges hydrauliques au temps t0
INU initialisation des déplacements au temps t0
INI initialisation complète au temps t0 des valeurs nodales principales
et secondaires à partir des résultats d’un calcul antérieur stockés
avec l’option STK
NDP annulation des déplacements lors d’une reprise, option à placer dans
le fichier de données après les options INI, INU, INH
LIM données des fonctions du temps relatives aux conditions aux limites
(en déplacement et charge hydraulique) définies dans COND
CFT données des fonctions du temps relatives aux chargements définies
dans CHAR
STK stockage global des résultats en vue d’une reprise de calcul
STH stockage des charges hydrauliques en vue d’une reprise de calcul
STU stockage des déplacements en vue d’une reprise de calcul
SRE stockage des résultats en vue de leur l’exploitation graphique

Description des différentes options

1/ Option « INP »

Cette option permet de définir la pression a l’état initial, au temps t0.

INP
PRESS0
NG
(KNUM(I), I = 1, NG)
(KNUM(I), PRESSB(I), PRESSH(I), YMIN(I), YMAX(I), I = 1, NG)

Avec :
PRESS0 pression de référence (imposée par défaut dans tous les groupes)
NG nombre de groupes où l’on souhaite redéfinir la pression
KNUM(I) définition des numéros de ces groupes
PRESSB(I) pression à la base du groupe
PRESSH(I) pression à la surface du groupe
YMIN(I) coordonnée verticale de la base du groupe
YMAX(I) coordonnée verticale de la surface du groupe

274
_____________________
Annexes
Chapitre III. Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

2/ Option “ INH ”

Cette option est omise si les charges hydrauliques nodales initiales sont nulles en tout
nœud à l’instant initial t0.

Les données de l’option sont les suivantes :

M2 = 0 lecture dans le jeu de données


=1 initialisation à une même valeur en tout nœud
=2 lecture d’un fichier de reprise, créé par l’option STH
=3 définition d’une nappe hydrostatique, HNAP
si VCORG < HNAP ===> la charge vaut HNAP
si VCORG > HNAP ===> la charge est égale à VCORG
=4 définition de deux niveaux de nappe HNAP1 et HNAP2
si VCORG < HNAP1 ===> la charge vaut HNAP1
si HNAP1 < VCORG < HNAP2 ===> la charge vaut HNAP2

INH
0
NNT valeurs numériques de H

INH
1
valeur de la charge

INH
2
nom du fichier

INH
3
HNAP : cote de la nappe

INH
4
HNAP1 (cote de la nappe basse) HNAP2 (cote de la nappe haute)
HMIP1 (HMIP1 = HNAP1)

3/ Option “ INU ”

Cette option est omise si les déplacements nodaux initiaux sont nuls en tout nœud à
l’instant initial t0.

275
_____________________
Annexes
Annexe III.1. Constitution du jeu de données du CSNL
__________________________________________________________________________________________

Les données de l’option sont les suivantes :

M2 = 0 lecture dans le jeu de données


=1 lecture d’un fichier de reprise, créé par l’option STU
=2 initialisation de tous les nœuds à une même valeur de u et v

INU
0
NNT × NDIM valeurs numériques de U(I) (tableau des déplacements initiaux)

INU
1
NOMFU

INU
2
UI VI

4/ Option « INI »
Les données de l’option « INI » sont les suivantes :

NOMF : nom du fichier sur lequel sont lues les valeurs initiales des paramètres.

INI
nom du fichier

5/ Option « NDP »

Le mot-clé « NDP » permet d’annuler les déplacements au temps t0 lors d’une reprise.
Si le fichier de données contient les mots-clé « INI » ou « INU », le mot-clé « NDP »
doit être placé après ces deux derniers dans le fichier.

NDP

6/ Option « LIM »

Cette option est omise quand les conditions aux limites restent les mêmes pendant tout
le calcul.

Les données de l’option LIM sont les suivantes :

276
_____________________
Annexes
Chapitre III. Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

((KCOND (i), j = 1, NPAS1)) Pour i = 1, NCOND (le nombre des conditions


((VCOND (i), j = 1, NPAS1)) aux limites déclarées avec un mot-clé « COND »)

KCOND : tableau d’indicateurs spécifiant si, au pas de temps j, les conditions aux
limites déclarées sous le i-ème mot-clé « COND » sont supprimées ou non.

KCOND (j+1) = 0 si la condition est supprimée au pas de temps j


KCOND (j+1) = 1 sinon

VCOND : tableau des fonctions multiplicatives des conditions aux limites

VCOND (j+1) : multiplicateur au pas de temps j des conditions aux limites déclarées
sous le mot-clé « COND »

LIM

Pour chaque mot clé « COND » :


NPAS1 valeurs de 0 ou 1
NPAS1 valeurs des multiplicateurs

7/ Option « CFT »

Cette option est omise si le jeu de données ne comporte pas de chargement. Sinon,
pour chacun des chargements “ i ” introduits à l’aide du module CHAR, on va lire une
fonction du temps fi(t), telle que le chargement global à l’instant “ t ” soit défini par :
NCHAR
Chargement (t )= ∑ chargement(i)• f (t )
i =1
i

NCHAR : le nombre de mots-clés “ CHAR ” présents dans le jeu de données.

Par défaut, les fonctions fi(t) sont initialisées à la valeur 1.

Par exemple :
NCHAR = 2 et NPAS1 =4

CFT
f1(t0), f1(t1), f1(t2), f1(t3)
f2(t0), f2(t1), f2(t2), f2(t3)

Exemple :

Si l’on veut réaliser deux calculs successifs, le premier simulant l’excavation partielle
d’un tunnel (de 0 % à 30 %) et le deuxième simulant la poursuite de l’excavation, c’est

277
_____________________
Annexes
Annexe III.1. Constitution du jeu de données du CSNL
__________________________________________________________________________________________

à dire de 30 % à 100 % et la mise en place du revêtement, la définition du chargement


et du CFT peut se fait comme suit :

dans le premier calcul :

CHAR
LAM

CFT
0 0.1 0.2 0.3

dans le deuxième calcul (reprise)

CHAR
LAM

CHAR
POI (pour la mise en place du revêtement)

CFT
0.3 0.7 0.8 1.
0. 1. 1. 1.

8/ Options « STK », « STH », « STU »

Ces options permettent de stocker sur fichiers les résultats de calcul du dernier pas de
temps en vue de l’initialisation d’autres calculs avec le module « CSNL » (reprise).
Selon le mot-clé mis dans le fichier de données STK ou STH ou STU, on stocke
respectivement les résultats de façon globale, en termes de charges hydrauliques ou de
déplacements,
STK
NOMF
STH
NOMFH
STU
NOMFU

9/ Option SRE
Cette option permet de spécifier les pas de temps pour lesquels on souhaite stocker les
résultats de calcul en vue de leur exploitation graphique et le niveau de stockage
désiré.

278
_____________________
Annexes
Chapitre III. Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

Selon l’indicateur ISRC, sont stockées les valeurs nodales de l’inconnue principale et
éventuellement les résultats complémentaires aux pas de temps spécifiés dans le
tableau KSRE.

Les données de l’option « SRE » sont les suivantes :

KSRE : tableau de NPAS1 indicateurs spécifiant pour chaque pas de temps si


l’on désire ou non stocker les résultats.

KSRE (I+1) = 0 aucun stockage au pas de temps I


= 1 stockage au pas de temps I des résultats désignés par
l’indicateur ISRC

ISRC : indicateur du niveau de stockage pour l’ensemble de pas de temps


= 0 stockage de l’inconnue principale
= 1 stockage de l’inconnue principale et des résultats
complémentaires

SRE
NPAS1 valeurs 0 ou 1 (KSRE)
une valeur 0 ou 1 (ISRC)

279
_____________________
Annexes
Chapitre III. Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

Annexe III.2
Exemple de calcul couplé phasé en conditions
unidimensionnelles
Cette annexe présente un exemple simple de calcul couplé phasé qui permet de vérifier
partiellement le fonctionnement du module CSNL.

On considère une couche de sol horizontale, d’épaisseur D, qui repose sur un


substratum rigide et imperméable. Dans la configuration initiale prise comme
référence pour les déplacements, la couche est entièrement saturée. Le niveau de la
nappe est confondu avec la surface supérieure de la couche : la pression du fluide est
égale à la pression atmosphérique sur le plan z =D. Les caractéristiques mécaniques et
hydrauliques sont les mêmes que dans le tableau III.1. Le module de Biot vaut
M = Kw/n = 10000 MPa (Tableau 1).

Tableau 1. Caractéristiques mécaniques et hydrauliques du sol


Caractéristiques du terrain Valeurs
Module d’Young drainé E’ (kPa) 100
Coefficient de Poisson drainé ν’ 0,3
Cohésion effective c’ (kPa) 30
Angle de frottement interne ϕ’ (degrés) 30
Angle de dilatance ψ (degrés) 30
Porosité n 0,2
Module de compression du fluide Kw (GPa) 2
Module de Biot M = Kw /n (MPa) 10000

Deux phasages des travaux sont étudiées dans la suite. Dans le premier, on suppose
que les travaux d’excavation sont réalisés en quatre étapes :

Etape 1 Etape 2 Etape 3 Etape 4


H
D

Sol saturé Sol saturé


Sol saturé Sol saturé

Figure 1. Phasage d’excavation de la première configuration

281
_____________________
Annexes
Annexe III.2. Exemple de calcul couplé phasé en conditions unidimensionnelles
__________________________________________________________________________________________

La première étape consiste à rabattre la nappe jusqu’au niveau d’excavation, c’est à


dire que le niveau de la surface sur laquelle la pression du fluide est égale à la pression
atmosphérique est abaissé au niveau z =D = 8m. Au-dessous du niveau de la nappe, le
sol est toujours saturé ; au-dessus de ce niveau, l’espace poreux est occupé par de l’air
et non plus par de l’eau. Dans la deuxième étape, le massif est ensuite excavé jusqu’au
niveau z=8m. La troisième étape consiste à rabaisser à nouveau la nappe du niveau z =
8m au niveau z = 6m. Enfin, la dernière étape, la couche de sol est excavée au niveau
final z = 6m (figure 1). On se propose aussi d’effectuer un calcul dans lequel la
deuxième phase d’excavation se réalise en maintenant le niveau de la nappe à z=8m
(excavation sous l’eau).

Dans le deuxième cas, le phasage d’excavation a été légèrement modifié. Les deux
premières étapes sont identiques à l’exemple présenté ci-dessus. La troisième étape
consiste à laisser remonter la nappe du niveau z=8m au niveau z=10m. Enfin, dans la
dernière étape, la couche de sol est excavée sous la nappe au niveau final z=6m
(figure 2).

Etape 1 Etape 2 Etape 3a Etape 4a


D

Sol saturé Sol saturé


Sol saturé Sol saturé

Figure 2. Phasage d’excavation dans l’exemple de calcul de rehaussement de la nappe

1. SOLUTION ANALYTIQUE

1.2. Rabattement de la nappe


L’effet de rabattement de la nappe se traduit par un changement du poids volumique
du sol dans la zone au-dessus de la nappe :
γ = γs (1 – n) pour D < z < H
γ = γs (1 – n) + γw n pour 0 < z < D

et une variation de la pression de l’eau correspondant à :


δp = - γw z pour D < z < H
δp = - γw (H – D) pour 0 < z < D

On note avec le symbole δ les variations des différentes contraintes :

282
_____________________
Annexes
Chapitre III. Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

δσz = σz - σz° ; δσz’ = σz’ - σz°’


δσx = σx - σx° ; δσx’ = σx’ - σx°’

Dans ce cas, la solution analytique est facile à obtenir (voir modélisation des
mouvements de la nappe phréatique avec le module MCNL – paragraphe II.1.1) et on
a pour les contraintes totales verticales :
δσz = γw n(D – z) H<z<D
δσz = γw n(D – H) 0<z<H

et pour les contraintes effectives verticales :


δσz’ = - (1 - n) γw (D – z) H<z<D
δσz’ = - (1 - n) γw (D – H) 0<z<H

et l’on obtient finalement le champ de déformations :


1
ε = −(1 − n)γ w ( D − z) H<z<D
λ o + 2µ
1
ε = −(1 − n)γ w (D − H ) 0<z<H
λ o + 2µ
ainsi que la contrainte dans la direction horizontale :
λo
δσx’ = − (1 − n)γ w (D − z) H<z<D
λ o + 2µ
λo
δσx’ = − (1 − n)γ w (D − H ) 0<z<H
λ o + 2µ

Le déplacement vertical dans le massif est calculé par :


1
ξ = − (1 − n)γ w (2 D − z ) z H<z<D
2(λ o + 2 µ )

1
ξ = − (1 − n)γ w z( D − H ) 0<z<H
λ o + 2µ

Finalement, le tassement à la surface de la couche est égal à :


1
ξ(z = D) = − (1 − n)γ w (D 2 − H 2 )
2(λ o + 2 µ )

1.2. Excavation
La couche de sol est ensuite excavée jusqu’au niveau z = D, ce qui cause une variation
de contrainte totale verticale dans le massif égale à :
δσz = γs (1-n)(H – D)

L’équation d’équilibre du problème s’écrit :


div σ - γ ez = 0 au dessus du niveau z = D

283
_____________________
Annexes
Annexe III.2. Exemple de calcul couplé phasé en conditions unidimensionnelles
__________________________________________________________________________________________

la loi de comportement s’écrit :


δσ = λo trε 1 + 2 µε - δp 1 ;

À court terme, aucun échange de fluide n’a lieu, la surpression interstitielle est
exprimée par :
δp = Kw/n trε

En remplaçant (19) dans (18) on obtient :


δσ = (λo + Kw/n)trε 1 + 2 µε = λ trε 1 + 2 µε

Dans cette formule, λ désigne le coefficient de Lamé « non drainé », qui est calculé à
partir de coefficient de Lamé « drainé » λo. Pour le problème unidimensionnel, cela
devient :
δσz = (λ + 2µ)ε

On obtient donc les déformations unidimensionnelles :


1
ε = (1 − n)γ s ( H − D)
λ + 2µ

ainsi que les déplacements à la surface de l’excavation :


1
ξ = (1 − n)γ s ( H − D) D
λ + 2µ

L’état des contraintes dans le massif est calculé par :


λ o + 2µ
δσ z ' = (1 − n)γ s ( H − D)
λ + 2µ

λo
δσ x ' = (1 − n)γ s ( H − D)
λ + 2µ

et donc la surpression interstitielle vaut :


Kw 1
δp = − (1 − n)γ s ( H − D)
n λ + 2µ

Cette surpression interstitielle se dissipe dans le temps jusqu’au rétablissement d’une


pression hydrostatique. Cet effet de variation de la pression peut être calculé de
manière similaire à l’effet de la variation de la pression dans (1.1).

1.3. Remontée de la nappe


L’effet de remontée de la nappe se traduit par une variation de la pression interstitielle
dans le massif correspondant à :

284
_____________________
Annexes
Chapitre III. Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

δp = γw z pour D<z<H
δp = γw (H – D) pour 0<z<D

et une variation de la contrainte totale dans le massif :


δσz = - γw(D – H) 0<z<H

ainsi que les contraintes effectives verticales :


δσz’ = - γw (D – H) + γw (D – H) = 0 0<z<H

et l’on obtient finalement le champ de déformations :


ε =0 0<z<H

ainsi la contrainte sur la direction horizontale :


δσx’ = 0 0<z<H

Le déplacement vertical dans le massif est donc nul. Il n’y a pas de mouvement de sol
à la surface.
ξ =0 0<z<H

2. APPLICATION NUMERIQUE
Pour le calcul, on a adopté les caractéristiques données dans le tableau 1, les valeurs
γ=20kN/m3 et γw=10 kN/m3 pour le poids volumique du sol et de l’eau respectivement,
et les valeurs suivantes pour les paramètres géométriques : H =10m ; D1=8m, D2=6m.
Le coefficient de pression des terres au repos est pris égal à Ko=0,5.

Les tableaux 2 et 3 présentent les résultats analytiques et les comparent avec des
calculs numériques exécutés avec le module CSNL (modifié).

285
_____________________
Annexes
Annexe III.2. Exemple de calcul couplé phasé en conditions unidimensionnelles
__________________________________________________________________________________________

Tableau 2 : Comparaison des résultats numériques avec CSNL, premier cas d’étude unidimensionnel (étapes 1, 2ct, 2lt)
Étape 1 Étape 2 – court terme Étape 2 - long terme
Paramètres Analytique CSNL Analytique CSNL Analytique CSNL
Contraintes totales (kPa) σz -194,000 -193,998 -160,000 -159,652 -160,000 -159,999
σx -136,000 -135,999 -102,258 -101,737 -121,429 -121,428
Contraintes effectives (kPa) σ’z -114,000 -114,005 -113,548 -113,852 -80,000 -80,001
σ’x -56,000 -56,002 -55,807 -55,937 -41,429 -41,429
Déformation verticale ε -0,000104 3,354E-06 0,000253
Déplacements (m) à z = 8m ξz -0,000832 -0,000832 -0,000805 -0,000797 0,0011886 0,001189
La pression (kPa) p 80,000 80,000 46,452 45,800 80,000 80,000

Tableau 2 : Comparaison des résultats numériques avec CSNL, premier cas d’étude unidimensionnel (étapes 3, 4ct, 4lt)
Étape 3 Étape 4 – court terme Étape 4 - long terme
Paramètres Analytique CSNL Analytique CSNL Analytique CSNL
Contraintes totales (kPa) σz -154,000 -153,999 -120,000 -118,998 -120 -119,997
σx -107,429 -107,428 -73,687 -72,515 -92,857 -92,853
Contraintes effectives (kPa) σ’z -94,000 -93,999 -93,548 -93,852 -60,000 -59,989
σ’x -47,429 -47,428 -47,235023 -47,367 -32,857 -32,853
-6
Déformation verticale ε -0,000104 3,35484.10 0,000249
Déplacements (m) à z=6m ξz 0,000267 0,000267 0,000288 0,000301 0,001783 0,001784
Pression interstitielle (kPa) p 60,000 60,000 26,452 25,146 60,00 60,00

286
_____________________
Annexes
Chapitre III. Prise en compte de l’eau : calculs couplés
__________________________________________________________________________________________

Tableau 3 : Comparaison des résultats numériques avec CSNL, deuxième cas d’étude unidimensionnel (étapes 3a, 4a-ct, 4a-lt)
Étape 3a Étape 4a – court terme Étape 4a - long terme
Paramètres Analytique CSNL Analytique CSNL Analytique CSNL
Contraintes totales (kPa) σz -180,000 -180,019 -160,000 -159,796 -160,000 -160,016
σx -141,429 -141,437 -121,580 -121,376 -132,857 -132,862
Contraintes effectives (kPa) σ’z -80,000 -79,939 -79,734 -79,924 -60,000 -60,011
σ’x -41,429 -41,403 -41,315 -41,396 -32,857 -32,862
Déformation verticale ε 0,000 0,000147
Déplacements (m) à z=6m ξz 0,0008914 0,0008915 0,0009033 0,000926 0,001783 0,001784
Pression interstitielle (kPa) p 100,0 100,0 80,266 80,061 100,000 100,005

287
_____________________
Annexes
Annexe III.2. Exemple de calcul couplé phasé en conditions unidimensionnelles
__________________________________________________________________________________________

288
_____________________
Annexes
Chapitre IV. Modélisations numériques couplées d’ouvrages de soutènement
__________________________________________________________________________________________

Annexe IV

Expérimentation de Rotterdam-Pernis

Résultats des essais

287
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Annexes
Chapitre V. Interaction sol-tirant et modélisations numériques couplées
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ANNEXE V : UTILISATION DES ELEMENTS DE RELATION LINEAIRE POUR


MAINTENIR LA CONTINUITE DE PART ET D’AUTRE DU TIRANT

Les éléments de relation linéaire « RL » (famille 9 de CESAR-LCPC) sont des


éléments permettant d’imposer des relations linéaires entre degrés de liberté d’un
problème numérique. Ces degrés de liberté sont les valeurs nodales des inconnues
principales du problème, qui sont les composantes du déplacement et la charge
hydraulique pour le module CSNL. Les éléments de relation linéaire permettent
d’imposer une liaison entre les degrés de liberté de N nœuds du maillage, de la forme :
N

∑ a .U
i =1
i
i
j =0

avec :
N : nombre de nœuds de l’élément considéré.
ai : coefficient de la relation linéaire
Ui j : j-ème degré de liberté du i-ème nœud de l’élément (1 ≤ j ≤ 6)

Dans l’état actuel du logiciel CESAR-LCPC, le seul moyen d’introduire ces éléments
dans le maillage de calcul en utilisant le progiciel MAX était d’utiliser des motifs
prédéfinis de type Terre Armée ou de sol renforcé ou d’introduire ces éléments lors de
l’assemblage de sous-maillage. Il était donc utile de créer un outil permettant de
rajouter, au besoin, des éléments de relation linéaire dans un maillage créé
classiquement par le progiciel MAX.

Cette préoccupation nous a conduit à la création du programme utilitaire ELEMRL.


Écrit en Fortran, cet outil permet de rajouter des éléments RL soit en indiquant des
numéros de nœuds, soit en définissant les deux bords où les paramètres identiques
doivent être imposés. Dans le deuxième cas, le maillage doit être préparé de tel sorte
que les deux bords aient le même nombre de nœuds. Dans le cas des ouvrages de
soutènement renforcés par des tirants, ces deux bords correspondent aux deux limites
de contact sol-tirant de part et d’autre du tirant. Les relations linéaires sont imposées
par couple de nœuds appartenant à l’un et l’autre bords.

Le déroulement du programme ELEMRL consiste à effectuer trois opérations : la


première est la lecture du fichier de maillage en binaire créé avec le progiciel MAX, la
deuxième consiste à repérer les nœuds concernés et à constituer des éléments de
relation linéaire, et la dernière étape sert à reconstituer le nouveau maillage en
rajoutant des éléments de type RL.

L’outil a été testé et s’avère simple et pratique à utiliser.

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Annexe V : Interaction sol tirants et modélisations couplées
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Structure d'ensemble du programme ELEMRL

Lecture du maillage
sous-programme LECMAIL

Choix du type d'introduction

Saisie des bords par de deux lignes droites Saisie des numéros des noeuds
sous-programme SAISI

Constitution des lignes droites

Recherche des noeuds correspondants

Classement par ordre


sous-programme CLASSE

Modification des tableaux de


connectivité KNTE et KPNTE
sous-programme ADDELEM

Recrée le fichier de maillage


sous-programme WRIMAIL

FIN

NB : La description des tableaux KNTE et KPNTE se trouve dans la description de la


base de données de CESAR-LCPC (voir le manuel de programmation de code).

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