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LE SYMBOLE DES APOTRES

DU MÊME AUTEUR
aux ÉDITIONS SAL \TA TOR, MULHOUSE:

I.e Symbole des Apôtres :


jÉSUS-CHRls"'r
INTRODUCTION: La Foi -- L'Existence de Dieu. LE FILS DE DIEU
PREMIÈRE PARTIE:

DEUXIÈME PARTIE :
Dieu - La Providence.
Jésus-Christ - Le Fils de Dieu -
LE DIV!N MAITRE
Le Divin Maître.
TROISIÈME PARTIE : Les Souffrances du Christ - La
Passion de Jésus . SERMONS
QUATRIÈME PARTIE: La Résurrection - L'Ascension - La prononcés dans ;'église de IIUnivel"sité de Budapest
Vierge Marie.
CINQUIÈME PARTIE: Le Saint-Esprit - La Sainte Église par S. Exc. Mgl" l1HAMER TOTI-!
Catholique. Évêque de Veszprém

SIXIÈME PARTIE La Communion des Saints - La Ré- Traduits par


tfÎîSsîondes péchés - La Vie éternelle. Licencié ès Lettres

Les Dix CommandePlents de Dieu, en 2 vol.


Tome 1. - Tome II.

Le Christ et les Problèmes de notre Temps. 4' ~D iTION 13' MIL L E

tDITfONS SALV ATOR


MULHOUSE (Haute-Marne)
1947
1

NII-IIL OBSTAT LE CHRIST DE TOUJOURS


ET VHOMME D'AUJ,O URD'HUI
R. MICHEL. can., lib}'. cens . .

MES FHÈRES,

IMPRIMAI'UR
Un écrivain polonais contemporain d'une réputation
européenne (Ossendowski) se plaît à disséquer dans ses
Tornaci, II jlllii I936,
récits de voyage l'âme mystique des Orientaux. Dans
un de ses livres intitulé: « L'âme du Sahara », il trace
J. LECOUV8T, vic. gén
les impressions qu'il éprouva au cours d'un voyage en
Algérie et en Tunisie ..
Parmi les nombreux épisodes de l'ouvrage, il s'en
rencontre un infiniment triste et accablant. L'auteur
raconte la rencontre en Mrique d'un Français avec une
. i :,
prêtresse païenne qui avait déjà entendu parler de
Notre-Seigneur Jésus-Christ et même croyait en Lui.
Dans sa langue maternelle elle appelait le Christ Aissa.
« Aissa n'était pas seulement un prophète, mais aussi
un Dieu, dit la prêtresse païenne à ce Français. Celui
qüi est seulement un homme ne peut pas s'o~~lier tota··
lement _ lui-même par amour des autres - hommes.
Dieu seul en est capable. Aissa l'a fait, il est donc certain
qu'Il est Dieu et un Dieu de bonté » •

.
.
6 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST DE TOUJOURS 7
A ,ce moment l'Européen sceptique prend la parole: devant le,s yeux en nie proposant de prêcher sur
« N'y a-t-il pas eu aussi d'autres homme;) qui ont Notre-Seigneur Jésus-Christ pendant deux ans. Car
sacrifié leur vie ou leurs biens pour le bonheur des vous, mes frères, qui m'écoutez ici si assidûment et
autres? » - avec une si bienveillante attention, vous, qui vous êtes,
« Mais oui, répond la païenne. Mais ces derniers ont pour un certain nombre, imposé une heure oUr' une
eu clans l'existence des joies et des bonheurs, ils avaient demi-heure de tramway pour venir entendre ces prédi-
un foyer et une famille, ils étaient honorés et consi- catlons, vou~, n'appartenez pas à ce genre d'hommes
dérés... Aissa était tout seul... il faut qu'Il soit à.Ia foi figée, comme ce Français. Vous croyez au Christ
Dieu. » et vous aimez le Christ. Et cependant je voudrais que
Et la prêtresse païenne demanda au chrétien français vous aussi vous 'appreniez beaucoup de choses de ces
de lui parler en détail du Christ. instructions. Il ne doit pas vous être indifférent d'en-
« Apprends-moi comment 'il faut prier Aissa », tendre toujours davantage parler de Notre-Seigneur
implora la païenne. Jésus-Christ. Quel profit spirituel j'attends de ce
Et cet Européen chrétien fut obligé d'avouer : nouveau cycle de prédication qui aura pour titre :
« Je ne peux pas satisfaire à ta demande, car moi-même « Jésus-Christ JJ, c'est-à-dire pourquoi je veux consacrer
je n'en sais rien ». ' à ce sujet deux années de prédication? la réponse à.
N'est-ce pas là, mes frères, une chose infiniment cette question sera fournie par mon sermon d'aujour-
triste et désolante? Une prêtresse païenne supplie de d'hui qui servira d'introduction à toute la série. N'est-il
\ toute' son âme un chrétien européen de lui parler du pas en effet plus facile de suivre avec intérêt quelque
Christ et celui-ci est obligé d'avouer: Je ne peux pas chose, dès que l'on sait et que l'on connaît l'utilité et
t'en parler, car moi-même je ne connais pas le Christ. les résultats que l'on peut en attendre. 1

Ce fait ne serait pas si affligeant, si cette ignorance QueUe importance y a-t-il donc à ce que nous parlions
n'était qu'un cas exceptionnel. Mais malheureusement avec tant de détails de Notre-Seigneur Jésus-Christ?
on est de jour en jour obligé de constater que vit parmi C'est pour que nous croyions mieux en Lui et que nous
nous une foule d'hommes qui se nomment chrétiens, Le suivions mieux. Donc c'est chose importante l pour
en latin « christianus JJ c'est-à-dire du Christ, mais ne notre foi II pour notre 'oie.
savent que peu de choses du Christ, ne Le connaissent
et ne L'aiment que fort peu eJ; surtout ne vivent que bien I
peu selon Sa volonté. Cette nouvelle série de sermons
que je commence aujourd'hui et qui sera consacrée à POUR NOTRE FOI
expliquer la partie du Credo relative à Notre- ~igneur
Jésus-Christ a pour but de mettre fin à cette ign~rance. 1) Pourquoi ai-je l'intention de prêcher si longue-
Sans doute ce n'est pas le but principal que j'ai ment sur Notre-Seigneur Jésus-Christ? Avant tout
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST DE TOUJOURS 9

parce que la foi au Christ est le dogme fondamental, une Aujourd'hui nous vivons dans un monde où les
des bases du christianisme. L'autre base est la foi en bacilles fourmillent par millions non seulement dans
Dieu;..., C'est sur ces ' deux colonnes que_.,repose toute les rues poussiéreuses, mais aussi dans l'atmosphère
notr~ religion et comme ces deux colonnes sont iné- de la vie spirituelle. L'atmosphère de la vie moderne
branlables : la foi en Dieu et la foi au Christ, le Fils de des grandes villes est infectée par les détritus, la boue
Dieu, notre conviction religieuse est aussi solide. En et la fumée d' ess~nce; les sophismes philosophiques
effet chaque manifestation de la vie religieuse: la prière, disséminés dans le monde, la boue des tendances anti-
la fréquentation de l'église, la réception des sacrements, religieuses et les gaz empoisonnés des ouvrages anti-
l'observatîon des commandements, la vie réglée et chrétiens déversent à flots les bacilles infectieux dans
bienfaisante ... tout cela repose sur ces deux colonnes. l'atmosphère intellectuelle de la vie moderne. Toute
Est-ce que je crois en Dieu, est-ce que je crois en la vie actuelle, nos relations, nos lectures, nos distrac-
Jésus-Christ? tions sont infectées de bacilles qui s'attaquent à la
Que le Christ soit le Fils de Dieu, c'est le pivot de personne ou à la doctrine du Christ, à la foi au Christ
tout le christianisme. Que le Christ soit le Fils de Dieu, et à la morale chrétienne. Or, nous ne pouvons pas les
c'est la clé de toutes nos autres croyances: à la Sainte éviter, nous les chrétiens qui r,espirons l'air vicié
Trinité, à la sainte Vierge, à l'Église 'e t aux fins dér- actuel; chacun de nous est obligé d'entrer en lutte
nières. Que le Christ soit le Fils de Dieu, c'est la base avec eux.
des sept sacrements. En effet qu'est-ce que les sacre- Il est notoire que tous nous absorbons pour ainsi
ments? Les canaux de la grâce du Christ vivant con- dire journellement une quantité de bacilles de la tuber-
stamment au milieu dé nous. culose, mais l'homme en bonne santé ne s'en aperçoit
Au centre de tous nos dogmes se trouve Notre-Sei~ pas du tout, parce que, sans y prendre même garde, sa
gneur Jésus-Christ. C'est pourquoi nous appelons la force de constitution détruit cet ennemi perfide. Eh
conception chrétienne du monde conception christo- bien! je veux vous parler beaucoup du Christ, à vous
, centrique et celui qui ne croit pas au Christ, le Fils de mes chers et . fidèles auditeurs qui croyez avec amour
Dieu, ne peut pas être chrétien. au Christ, afin que, si la foule des tentations contre
2) « Mais nous sommes chrétiens ! », répondrez- la foi et les mœurs qui infectent les âmes se jette sur
vous peut-être. « :Ëtre chrétien » sign ifie suivre le Christ, vous, l'accroissement de votre foi et de votre amour
être un homme qui croit au Christ. Quel besoin avons- pour le Christ sache briser victorieusement leurs
nous donc d'expliquer, de prouver la divinité du Christ attaques. ,
et d'exposer en détail la volonté du Christ? Celui qui . 3) Et je veux encore vous parler beaucoup de
est chrétien croit sansr~ela inébranlablement au Christ. Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin que· nous apprenions
C'est vrai ou plutôt cela a été vrai jadis: celui qui' à Le connaître de très près et qite nous L'aimions encore
s'affirmait chrétien croyart inébranlablement au Christ. davantage.
la LE SYMBOLE DES APôTRES LE CHRIST DE TOUJOURS II

« Oh! j'ai lu assez de choses à Son sujet, » . .. Notre- Seigneur Jésus-Christ? C'est pOUT pouvoir
penseront peut-être plusieurs d'entre vous. encore mieux connaître le Père.
Non, vous n'en avez pas lu suffisamment. Bientôt Comment cela? N'ai-je pas terminé tout récemment
vous allez voir que l'homme d'aujourd'hui, même la longue série de prédications oil je n'ai parlé que du
chrétien, sait bien peu de choses du Christ. Évidemment Père du ciel. Et voici que j'affirme que nous ne ,con-
vous n'ignorez pas qu'Il est né~ à Bethléem et qu'Il est naissons pas encore Dieu suffisamment?
mort sur le Calvaire, nous le savons bien. Mais comme Certainement je l'affirme. Que de problèmes, que de
il y en a peu pour .descendre dans les profondeurs des mystères, que de questIOns restent enco're toujours
enseignements de N btre- Seigneur Jésus- Christ! Vous sur la face bénie du Père céleste 1 Personne ne peut
allez voir bientôt les sommets éblouissants et jusqu'ici connaître Dieu parfaitement pendant cette vie, mais
inexplorés de sa doctrine, les sources vivifiantes et le Christ est la photographie du Père, « le rayonnement
réchauffantes qui jaillissent de son Cœur, les traits de sa gloire et l'empreinte de son essence » (Hébreux
nouveaux qui sourient sur son visage et la force victo- l, 3). Il a dit de Lui-même: « Celui qui me voit, voit
rieuse qui de ses yeux rayonne sur notre âme ... aussi le Père » (St Jean XIV, 9). Donc mieux nous
Apprendre à connaître de plus en plus le Christ, connaissons le Christ, mieux ' nous connaissons aussi
cela veut dire que nous aimerons de plus en plus le le Père.
Christ. Nous entendons parler et nous parlons beaucoup Voilà, mes frères, quelle serait la première réponse
de Dieu; croyons-nous que nous Le connaissons parfai·· à la question posée au début du sermon : Quelle
tement? Cependant je pense que dans l'âme de ceux importance y a-t-il à dire tant de choses sur le Christ?
qui ont suivi jusqu'au bout ma série de sermons sur C'est en premier lieu à cause de notre foi.
Dieu l'image divine brille maintenant avec beaucoup Mais cette importance existe encore à cause de notre
\ plus de netteté et d'ardeur. Vle.
Je voudrais qu'il en soit de même pour le sujet que
j'entreprends aujourd'hui: « Je crois en Jésus-Christ )). II
Je voudrais qm;, lorsqu'e nous serons arrivés à la fin
- dans deux ans - nous puissions dire: « Ah! main- POUR NOTRE VIE
tenant je sais ce que c'est que d'être chrétien. Ce n'est
pas un habit de cérémonie que j'ai hérité de mes ancêtres.
Ce n'est pas -une tradition dans laquelle je suis né. 1) Nous lisons dans l'évangile de saint Jean que, lors
Mais j'embrasse le Christ" de toute l'ardeur de mon du voyage de Notre-Seigneur à Jérusalem pour la fête
âme et je Le remercie mille fois d'être moi aussi son de Pâques, dans la foule des pèlerins se trouvaient aussi
enfant, de pouvoir être aussi un chrétien ». deux païens qui cherchaient Dieu. Ceux-ci s'adres-
" \
4) Et pourquoi est-ce que je veux encore parler de sèrent à l'apôtre Philippe avec cette prière: « Seigneur,
I2 LE SYMBOLE DES APôTRES LE CHRIST DE TOUJOURS 13
nous voulons voir Jésus ». Philippe se consulta d'abord mûr? Que savons-nous de Lui? Et que j)ensons-nous, de
avec André, ensuite ils présentèrent tous deux 'la Lui? Comment Le connaissons-nous? Et comment L 'aimons-
requête à Notre-Seigneur. nous? A vr~i dire, ces deux questions n'ont qu'une seule
Nous,.,voudrions voir Jésus. Il semble qu'aujourd'hui signification : plus je connaîtrai le Christ, plus je
encore on entend pareil souhait parmi l'humanité. Que L'aimerai et Le suivrai.
de tentatives nous avons déjà faites, que de nouveaux Mais comme ils Le connaissent peu, même ceux qui
chemins nous avons suivis pour trouver une vie plus se comptent parmi ses disciples! Combien entendront
paisible; plus heureuse : tout a été inutile. Laissés à des choses nouvelles, s'ils suivent avec attention mes
nous-mêmes, nous désespérions. Nous voulions voir' prédications 1 Peut-être s'apercevront-ils d'un vide
Jésus. béant entre le Christ et leur propre vie.
Je voudrais dans mes sermons vous montrer Jésus. Pendant bien des dimanches je vais vous parler de
Le montrer ... de telle manière que celui qui L'aura Notre-Seigneur Jésus .. Christ.
vu ne puisse jamais plus se séparer de Lui. Le Christ! Quel mot réconfortant pour l' homme qui
Ah! combien ont ' vu Jésus pendant sa vie terrestre souffre! Et quel est celui qui n'a pas encore souffert?
et L'ont vu depuis; mais seulement superficiellement, Quel est celui qui n'a pas encore éprouvé le grand
seulement en passant. Ils L'ont vu, mais ne L'ont pas tragique de la vie :, être homme veut dire souffrir?
trouvé. Quel est celui qui, dans la nuit descendue sur son âme,
Judas aussi vit Jésus, pendant trois ans il fut chaque n'a pas tendu les mains vers le Christ qui a été vainqueur
jour avec Lui et pourtant il 'Le trahit. Les princes des même dans la mort?
prêtres et les scribes virent Jésus et leurs yeux s'obscur- Le Chrzst! Quel mot vivifiant pour le Pécheur? Et
cissaient de haine, quand ils L'apercevaient. Pilate Le quel est celui qui n'a jamais été victime' de la nature
vit et L'entendit, pourtant il Le livra lâchement aux humaine portée au mal? Quel est celui qui n'a jamais
valets du bourreau. Le peuple Le vit; le dimanch'e des été forcé de verser des larmes dans la nuit sombre du
Rameaux, il criait hosanna; le Vendredi·· Saint il péché? Seigneu~, ayez pitié de moi, pauvre pécheur!
réclamait sa mort. Le Christ! Quel mot consolateur pour l' homme mourant!
Tous ces hommes ont vu Jésus, mais ils ne L'ont Quel est celui qui pourrait fuir devant l'heure dernière?
pas trouvé. , Quel est celui pour qui il n'y aurait pas adoucissement
2) Nous aussi nous avons tous vu J ésus, mais L'avons- et réconfort, quand il peut baiser de ses lèvres exsangues
nous tous trouvé? A peine avons-nous ouvert la bouche le Christ attaché à la croix?
dans notre petite enfance que le premier mot que nous Le Christ! La note dominante de toute la vie chrétienne!
avons appris a été le nom de Jésus .... A l'école, elle résonne dans nos joies, elle gémit dans nos peines,
pendant des années, on nous a parlé de Jésus .... et il retèntit comme une cloche au son majestueux, ce
]1;1ais qu'est Jésus jJour nous aujourd'hui, dans notre âge ' nom béni à travers ies siècles de l'histoire du monde.
'11
(
1.

14 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST DE TOUJOURS


'j
Autrefois on gravait habituellement sur les cloches dans le Christ, ne restera pas les bras croisés à gémir
r « Vivos VOGO, mortuos plango,fulgurafrango », « j'appelle
les vivants,- je pleure les morts, je brise la foudre )). Eh
sur la disparition du « bon vieux temps » et sur la « mé-
chanceté du monde d'aujourd'hui )), mais il cherchera à
bien! appliquons ces paroles au saint nom du Christ, ,la I1lmière de la dQctrine du Christ la solution de tous les
lorsqu'il résonne , au loin au-dessus de l'humanité. problemes obscurcis par les nuages du monde actuel. Et
c( Il appelle les vivants », petits et grands, savants et c'est de ces problèmes que je voudrais parler dans mon
'".,
] ignorants, riches et pauvres; Il les appelle à la vie éter- nouveau cycle de prédications. i:,
nelle. « Il pleure les morts », il stimule, il harcelle les N'ayons donc pas peur du xx e siècle, car enfin ses
victimes du péché mortel, il les pousse vers la résur- convulsions font aussi partie du plan de la divine Provi-
rection. « Il brise la foudre )), en effet il n'y a pas de dence. Je voudrais d'abord montrer que le meilleur
tentation si forte soit-elle, d'attaque de l'enfer si serrée chrétien peut être un homme absolument moderne
soit-elle, dont la violence ne puisse être brisée par la et un enfant de son époque, seulement' comprenons
puissance du saint nom du Christ. , bien le rIlot « moderne »). N'est pas homme moderne
3) Et voici enfin la réponse proprement dite à la celui qui, d'année en année, suit toutes les modes et se
question, pourquoi je veux parler si longuement de laisse entraîner par le fleuve intellectuel de son temps;
Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est pour pouvoir mais celui qui décompose dans leurs éléments avec le
donner une réponse détaillée à cette question brûlante: prisme de l'évangile chaque nouvelle idée de son siècle,
comment ['homme d' aujourd' hui, l' homme moderne du chaque nouvel idéal, chaque nouveau genre de vie et
XXe si~cle peut-il vivre conformément à la ~)olonté du saisit courageusement chaque trésor qu'il reconnaît
Christ? comme étant de grande valeur par l'analyse spectrale
Car c'est là le problème important pour nous. Il ne des idées nouvelles. '
s'agit pas de ce que le monde a été autrefois, mais de ce Et s'il y découvre peut-être très peu d'or, mais
• ~ ,1
qu'il doit être aujourd'hui . d'autant plus de déchets et d'impuretés, le malheur ne
Il est indigne de nous de ne rêver constamment l'amènera cependant pas à se lamenter et à pousser des
qu'au « bon vieux temps)), lorsque la vie était plus facile gémissements impuissants, mais à guérir le mal avec
et plus tranquille et lorsque lès gens ,étaient soi-disant un cœur aimant et à balayer la saleté d'une main'·t erme.
meilleurs. Il ne convient pas aux forces cachées dans le Je voudrais montrAr dans cette nouvelle série d'in-
christianisme de se perdre dans des rêveries stériles, structions que celui qui se cramponne all Christ est un
mais de se lancer dans le tourbillon de notre temps et de optimiste au milieu du pessimisme désenchanté d'un mond,q
, , s'efforcer de résoudre la tâche émouvante devant corrompu et de ses ,luttes sanglantes. Celui qui marche à
laquelle la divine Providence nous place tous aujour- la suite du Clirist sait bien que « la vallée de larmes ))
, " d'hui, nous les fils d'une époque de transition qui lutte ne deviendra jamais un paradis; il sait bien que la
1
('1 avec la crise. Celui qUI sait s'enraciner profondément technique n'épuisera jamais les lois que Dieu a cachées
1.:
:1

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1
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST DE TOUJOURS 17
dans le monde, que la science n'arrivera jamais à la rieuse lança dans l'éther ses ondes parasites pour empê-
perfection, que le m31, la maladie et la mort ne dispa- cher la voix du Vicaire du Christ. Nous savons tous
raîtront jamais, qu'une paix éternelle n'existera jamais quel est celui qui voulàit troubler les paroles du Pape.
sur la terre, que la nature humaine portée au mal corn·· . Dans un journal de Vienne parut d'ailleurs une gravure
mettra toujours de nouveau les mêmes fautes et les représentant le globe terrestre sur lequel étaient indiquées
mêmes péchés, que des crises économiques et politiques les stations radio-électriques de Moscou et du Vatican
se ' produiront toujours.... Oui, tout cela, le chrétien et au-dessous se trouvait cette question : « Quel est le
ne le sait que trop... et pourtant, malgré tout cela, plus fort? »
il croit que le progrès de l'humanité, continue; non En vérité, c'est la question la plus brûlante de notre
seulement il le croit, mais de toutes ses forces il travaille époque: quel est le plus fort? Le Christ ou ses ennemis?
à instaurer de plus en plus le règne de Dieu dans le La foi ou l'athéisme? De quel côté se porte l'homme
monde et à pénétrer les âmes de la doctrine du Christ: moderne ? Vers la civilisation chrétienne ou vers le
c'est la première condition pour un véritable progrès. nouveau vandalisme?
Mes frères, quel sera dans cent ans l'aspect du monde, Tout navire, n'est-ce pas, est fier de son pavillon.
nous ne le savons pas; nous ne le savons pas, mais nous Quand une fête a lieu sur un navire, on hisse le pavillon;
voulons travailler. A nàus le travail, à Dieu de lui donner quand des vaisseaux se rencontrent en haute mer, ils se
la couronne du succès . reconnaissent à leur pavillon et quand les grosses pièces
. Voilà l'état d'âme du chrétién moderne, ce sera aussi de marine font entendre leur tomierre, le pavillon est
le noble but de ma nouvelle série' de sermons. hissé en haut du mât : reconnaître franchement ses
couleurs est une affaire d'honneur, le monde entier
doit voir qui je 'suis, à quel parti j'appartiens.
« Naître chrétien est incontestablement un grand
'*' * :\1:
bonheur et un don magnifique du ciel », écrit le comte
Étienne Széchenyi (Confessions p. 592). Est-ce que
Mes frères, il n'y a certainement jan1ais eu autant de flotte ouvertement sur le vaisseau de notre vie le pavillon
mondé à la radio que le 12 février 1931 à deux heures de la foi : de notre foi chrétienne et de notre
de l'après-midi, lorsque le Pape Pie XI se fit entendre vie chrétienne?
pour la première fois devant le microphone de la station Seigneur Jésus, de qui je veux maintenant tant parler,
du Vatican pour ~dresser au mondé entier, au vrai sens hénissez mes faibles paroles, afin que tous ceux qui les
du mot, les paroles éternelles de Notre-Seigneur Jésus- entendront, fortifiés dans la foi et dans l'amour, prennent
Christ. « Laudetur Jesus Christus! » - « Loué soit place ouvertement et courageusement dans la troupe
Jésus-Christ» telle fut la première phrase sortie du poste bienheureuse de ceux qui Vous suivent 1 Amen.
du Vatican. Mais au même moment une station mysté- /

Symb. cl. Ap. - T. II 2

-1l,
,
COMMENT DEVONS- NOUS ,REGARDER LE CHRIST? 19

enfants après une attente de plusieurs semaines. Regar-


dez les grands préparatifs dans les familles. Regardez
comm~ le monde entier sort de son ornière en cette
seule journée.... Comment peut-on poser une telle
11 question?
Moi aussi je sais tout cela, mes frères et cependant
l ,
je pose la question. Je la pose, parce que je ne puis me
COMMENT DEVONS-NOUS REGARDER contenter de cette dernière phrase: « Voyez comme le
monde sort de son ornière pendant ces vingt-quatre
LE CHRIST?
heures ».
Je sais bien quelle est la force 'mystérieuse de Noël.
Il n'y a pas d'autre fête au monde qui puisse mettre
MES FRÈRES, en branle en aussi grande foule les indifférents, ceux
qui ont perdu la foi et même ceux qui ne sont pas
chrétiens. Mais y a-t-il quelque chose derrière ces
'Mon sermon de ce jour n'est encore qu'une intro o
sentiments émouvants? , Quelque chose qui convieane
duction à Ill' nouvelle série de sermons que j'ai com- au sublime mystère de Noël? Le cadre extérieur de
mencée tout dernièrement relativement à Notre-Sei- la fête est certainément magnifique, mais le cadre
g~eur Jésus-Christ. Afin de pouvoir me rapprocher n'écrase-t-il pas l'image, l'essentiel, le contenu
davantage de la personne de Notre-Seigneur, il me faut important proprement dit? 1

tirer au clair une queqtion préalable. Je veux pendant 1. Tous regardent le Christ, mais sat1s Le voir; ils ne Le
deux ans parler du Christ, mais est-il encore actuel de voient pas, parce qu'ils ne regardent pas avec une âme
parler de Lui? droitè et sage. .
Il y en a qui répondraient avec étonnement à cette II. Avec quels yeux nous devons regarder le Christ,
question par une nouvelle question. : Comment peut-on voilà ce que je voudrais apprendre à mon cher auditoiiie '
poser pareille question? Le Christ est-il enCOFe d'actua- dans le sermon de ce jour. '
lité? Promenez-vous seulement la semaine avant Noël
dans la forêt de sapins qui se dresse sur le bord du 1
Uanube : pour Noël 1930, 4°°.000 arbres de Noël ont
été apportés au.marché de Budapest. Interrogez les mar-
Tous REGARDENT LE CHRIST, MAIS NE LE vOIfrN T PAS
chands qui comptent sur la semaine de Noël · pour
remédier au marasme des affaires de toute l'année.
1) Dans' la nuit silencieuse, les blancs flocons de
Noël est-il d'actualité? Regardez donc l'agitation des neige tombent sans bruit. La terre repose sous une
:20 LE SYMBOLE DES APÔTRES COMMENT DEVONS-N OUS REGARDER LE CHRIST? 21

pâle et étrange lumière. Minuit approche.... Les Pourquoi ne pourrait-elle pas être vraie ? Pourquo~ la
autres nuits tout dort déjà à ce moment, mais aujour;. pensée humainè s'insurge-t-elle ainsi?
d'hui dans cette nuit mystérieuse qui va du 24 au C'est parce que nous ne serions jamais arrivés de
25 décembre, les fenêtres brillent illuminées sur le nous-mêmes à y songer. Nous nous serions imaginé tout
paysage neigeux et derrière les fenêtres des hommes autrement l'arrivée de Dieu sur la terre.
joyeux attendent, en veillant, la messe de Minuit. Autrement! Mais si nous savons que Dieù ne pense
Dans cette nuit mystérieuse la puissance des pas avec notre raison, alors de quel droit osons-nous
ténèbres est brisée : partout où la vieille terre dirige imposer à Dieu ce qu'Il doit faire et comment Il doit
sa course nocturne partout de la lumihe, demeures le faire? Dieu voulait racheter non seulement les riches,
illuminées, églises illuminées, des regards brillant de les savants, les puissants, mais aussi les pauvres, les
joie. Et lorsque, à minuit sonnant, la cloche appelle simples, les faibles et c'est précisément pourquoi Il
à la messe, une merveilleuse agitation soulève est venu parmi nous pauvre, simple et faible petit
tous les fidèles dans les églises bondées et comme enfant. Non : la pauvreté et la simplicité du Petit
le flot qui brise la digue, de leurs lèvres s'échappe Enfant de Bethléem ne me troublent pas. Oui, je serais
le chant débordant de joie : « II est né le divin · troublé si le Christ était né dans la pourpre d'un palais
Enfant ». royal, car cet éclat éclipserait la majesté divine. Mais
2) C'est ce qui se passe depuis des siècles; en cette j'étable de Bethléem? En vérité: si Dieu a voulu venir
sombre et froide nuit d'hiver la vieille terre nage dans paY1'l!i nous, Il n'a pu venir autrement.
la lumière et ia chaleur... alors surgit en nous cette Mais malheureusement toude monde ne regarde pas
question; d'où jaillit donc cette force mystérieuse, cette ainsi le Christ venu parmi nous. Il y en a beaucoup
joie de Noël? La réponse ne peut être que celle-ci: parmi ceux qui fêtent Noël pour être aveugles, pour
De notre foi chrétienne. De cette foi sainte et inébran- regarder le Christ, mais sans Le voir : ils ne voient pas
lable que le Petit Enfant de Bethléem n'est pas un en Lui le Dieu venu parmi nous.
enfant comme les milliards d'enfants qui sont nés ou
naîtront sur la terre. Cet enfant est Dieu. Ce petit enfant
enveloppé de langes est le Dieu infiniment puissant.
Ce nouveau-né inconnu dans la petite étable est le Dieu
II
de Majesté.
COMMENT DEVONS-NOUS REGARDER LE CHRIST?
Jamais parole plus étonnante n'était encore sortie de
lèvres humaines. Non seulement parole étonnante,
mais parole impie, blasphème insensé, si... si elle Et maintenant je pose la grande question : Comment )
. \
n'est pas vraie. devons-nous penser dignement du Christ? Avec quels
Mais si elle est vraie? yeux devons-nous regarder le Christ? Qui sait célébrer
LE SyMBOLE DES APÔTRES . COMMENT DEVONS-NOUS REGARDER LE CHRIST? 23
22
. 1 merveilleux mystère de Noël? Qui peut c'est ia chose importante - une scène dans le cier
dlgnen;e~! t:ut cœur et à juste titre l~ beau cantique représentée devant Dieu éternellement.
chante '1 Divin Enfant»? Notre-Seigneur répond Et dans la pièce n'est-ce pas, il ne dépend pas de moi
« Il est ne e , E ,.,. 1 d' que tel rôl.e me soit attribué et je ne serai pas non plus
, Ame à la question posee: « Jn vente Je vous e lS,
LUi-me us convertissez et ne devenez comme les jugé sur le rôle que j'aurai joué, mais sur la manière dont
. vous ne vo ' , i' aurai joué le rôle qui m'aura été imposé. Le grand
SI. ) f t vous n'entrerez pomt dans le royaume
etlts
P ' . en an s,
(S Matthieu X , ,3· 'V III ) Donc celUi-la
. , seul Régisseur de l'histoire du monde, le Seigneur, répartit
des. CieUX» d venir. ,e nfant, peut conSl'd'erer d' un claIr ' les différents rôles parmi les hommes : de l'un Il fait
q Ui peut re e
1 Christ et sa doctnne.
. ' un Président des ministres, d'un autre une comtesse,
regard ~ " J'e réfléchis au désir extraordinaire de d'un troisième un bohémien et tout cela n'a pas d'im-
Et VOICI que .. , portance. Ce qui est important c'est que je joue bien le
, ur ' Que pouvaIt-Il blen entendre par la?
Notre-SeIgne . . rôle qui m'a été donné dans l'existence. Que je remplisse
, d enfants» nous, des adultes? Que voulaIt
« Devem r es ~ C' , les devoirs personnels que le rôle exige de moi et que je
, dire Notre-Seigneur r ertamement ceCI que:
donc d re'Garder le monde avec des yeux d'enfant remplis'se les commandements de Dieu que Dieu exige
ous evons b , • .
1) n t ut noUS devons Le regarder Lut avec une foz de tout homme.
et 2) que sur 0 . b) Ai-je réalisé ce qui m'a été confié ou bien ai-je
d'enfant, voulu être tout autre que ce que Dieu avait ordonné?
Me suis-je contenté de la place où je suis et me suis-je
1. Regarder le monde aveç des yeux d'enfant. efforcé de jouer dans ma propre sphère le rôle qui m'a
été assigné par Dieu ou bien peut-être ai-je toujours
etit enfant le monde entier n'est qu'un envié le bonheur des autres avec aussi peu de chance que
a) POUl' 1e P . . le vieux moine du cloître de Heisternach. Vous ne
'il prend en mams, un morceau de bOlS,
, et· tout ce qu connaissez pas l'instructive histoire de ce vieux moine,
JOu, 'e une poignée de terre, lui sert à jouer. Or
une p~upe , sfrères dit qu'il nous faut prendre auprès uh écrit poussiéreux et jauni conserve parmi les docu ·
le Chnst, m e ' . ' ments du monagtère?
'nf t une leçon de haute sagesse, Laquelle?
de 1 e . an· les événements d e a VIe quOtl lenne, 1a
l ' 'd' La vieille chronique raconte que dam un monil f;i,\re
Celle-Cl
'd que 'n quotidien, a utte, 1a socIete
1 1 ." d ans 1aque1le vivait jadis il y a fort longtemps un religieux heu! eux
ensee
P '
. u palla vie tout, abso ument tout, n ' est qu'un ,
l et satisfait au milieu de ses confrères lorsque un. jour,
J e VIS t o u te' ,. A un oiseau inconnu arriva dans le jardin du cloître et par
, " de sur l'immense scene de DIeu. Peut-etre
, , un ep.tSo
Jeu, 1 ''ont-elles un son étrange au premier moment, son chant magnifique mit en effervescence l'âme du
ces paro es . . L' ..
choses sont amSI : a vu est un Jeu zmmense. religieux. « Ah! il faut que j'attrape cet ~iseau!» fut la
ourtant 1es . . . , pensée qui traversa son esprit.
P nt l'enfance le Jeu mnocent de Bethleem
D'abor d penda . Mais l'oiseau s'envola et sortit du cloître: le moine se.,
. . d l'âge mûr le drame de la PasslOn et enfin-
ensUite ans "
LE SYMBOLE DES APÔTRES COMMENT DEVONS-NOUS REGARDER LE CHRIST? 25

précipita derrière lui. J.,'oiseau s'envola dans la forêt: 2) Par cette phrase si pleine de sens, Notre-Seigneur
le religieux courut après. Et il le poursuivit de-ci de-l~ ne demande pas seulement que nous regardions la vie avec
s'enfonçant de plus en plus dans la forêt. Souvent il des yeux d'enfant, mais bien plus que nous Le regardions
crut être sur le point de l'attraper ... Mais au dernier Lui-même aVeC une foi d'enfant ..
moment l'oiseau s'échappait de nouveau ...jusqu'à Et nous voici arrivés à la leçon la plus important€.
ce que finalement il eut disparu à ses yeux. du sermon d'aujourd'hui.
Et le pauvre homme ne put faire autrement que de Avez-vous déjà vu cette force vivante ·d'une foi à
revenir au monastère. Lorsque, presque mort de transporter les montagnes qui brille derrière les yeux
fatigue, il arriva à la porte et qu'il vit le frere portier ... d'un enfant? l'enfant n'a pas de doute contre la foi,
celui-ci lui parut être un étranger, de même les autres l'enfant n'est pas un sceptique: l'enfant croit à sa religion
pères de la maison lui parurent également des étrangers, avec conviction et certitude.
personne ne le connaissait plus : tandis qu'il avait « Oui, c'est vrai,. répondrez-vous dédaigneusement,
poursuivi l'oiseau une nouvelle génération avait rem- l'enfant peut croire avec tant d'assurance parce qu'il
placé l'ancienne. Seul le petit ruisseau était là comme ne se rend pas encore compte des difficiles mystères de la
jadis et faisait entendre son murmure près du monastère; foi et qu'il ne voit pas le sévère point d'interrogation de
mais quand 'il se fut penché et aperçut son image, lui- la vie )J.
. même ne se reconnaissait plus ... . a) Une foi d'enfant envers le Christ? Ah! dans mon
Beaucoup d'hommes ne cherchent-ils pas ainsi le , enfance je ne savais pas encore quel combat gigantesque
bonheur, mes frères? N'enviènt-ils pas, ne recherchent- se livrai.! autour du Christ. Je ne savais pas quels mystères
ils pas sans trêve le bonheur? Ne sont-ils pas toujours inexprimables étaient autour de Lui. Cet enfant qui
envieux, jaloux, inquiets du bonheur des autres? grelotte dans la crèche ce serait, le Souverain Maître de
Beaucoup d'hommes ne recherchent-ils pas avec pareille l'univers ?, _ . Quel mystère! Cet homme qui se roule
inquiétude un autre poste, un autre emploi, un autre dans la poussière et verse une sueur de sang sur le mont
grade et quand ils y sont parvenus, ne sont-ils pas obligés des Oiiviers, ce serait le Dieù Créateur? Quel mystère!
de remarquer que le trottoir de l'autre côté de la rue Ce mourant 'abandonné de tous sur une croix, ce serait
paraît toujours moins sale, mais seulement paraît; et mon Dieu? - Quel mystère! Et ce combat acharné
que l'autre rive d'un fleuve paraît toujours plus jolie, contre le Christ et sa doctrine qui fait rage constamment
mais seulement paraît. , sur la terre - quel incompréhensible mystère 1
Apprenons la sagesse auprès de l'enfance: regardons « Il est né le Divin Enfant » 'chantons-nous à Noël.
le monde avec une âme d'enfant. Jouons en enfants de Mais pourquoi?
Dieu qui de toute leur âme tiennent le rôle où les a placés Vous dites que la Vie est parmi nous, que le Seigneur
la Providence. « Si vous ne devenez comme des enfants , est au milieu de nous. l\1ais . où est act uellement le Sei-
vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux )J. gneur parmi nous? Vous dites: la Vie est parmi nous -

III
LE SYMBOLE DES APÔ11ŒS COMMENT DEVONS-NOUS ~EGARDER LE CHRIST? 27
et partout nous sentons le souffle glacé de la mort. Vous allemand aurait découvert à Jérusalem dans un tombeau
dites: l'Espérance est parmi nous - et partout ce sont les restes de Jésus. Voilà une autre attaque extrême
des visages las et désolés. Parcourez les rues bruyantes contre le Christ. L'un dit : le Christ n'a jamais existé.
et agitées ou descendez dans les profondeurs de votre L'autre répond: au contraire. J'ai même retrouvé ses
âme : est-,ce que vous y trouvez l~ Seigneur? Dans la restes~ Et entre ces deux pôles opposés des destruc-
rue vous rencontrez une foule de gens qui ne veulent ' teurs de la religion il yale camp immense de~ fidèles
rien savoir du Christ; et dans les profondeurs de votr;} du Christ. Il y en a des centaines de millions pour
âme vous rencontrez des désirs, des projets, des pensées, qui le mot le plus saint est aujourd'hui encore le nom
et des œuvres qui ne veulent rien savoir des comman- béni du Christ, qui aujourd'hui encore dans toutes les
dements du Christ. vicissitudes de l'existence puisent leur force dans Sa
Jésus-Christ est né - où êtes-Vous ô Jésus? Je croix sanglante, qui aujourd'hui encore dirigent pour
regarde la vie intérieure de bien des familles, je regarde la dernière fois leur regard de mourant vers Lui avec
la vie si extérieure de la société, des arts et des sciences, une sainte confiance.
je regarde .les ravages épouvantables des bas instincts Qu'on dise ce que l'on veut de ce petit Enfant mysté-
déchaînés, - où êtes-Vous, Jésus? rieux, le fait est que, chaque année, des centaines de
Quelle douloureuse question! Et pourtant / millions aujourd'hui encore s'agenouillent devant la
C'est bien vrai! Depuis deux mille ans la guerre crèche, qu'aujourd'hui encore des centaines de millions
contre le Christ fait rage, mais elle ne peut pas ébranler L'adorent comme le Créateur du ciel et de la terre, que
ma foi, au contraire elle la fortifie davantage. Le fait des centaines de millions chantent à travers le' monde :
que le nOlndu Christ seul brave vingt siècles ensevelis « Il est né le Divin Enfant Il.
sous le sable, que l'humanité ne peut pas passer à l'ordre Voilà de' quoi va traiter cette nouveUe série
du jour devant Lui, qu'il faut prendre parti pour ou d'instructions.
contre Lui, me montre que le Christ ne peut pas être b) Mais la plainte se fait encore davantage entendre:
un homme ordinaire. Et c'est ce qUI fera l' objet des « Ah !oui, l'enfant !Mais ou est donc lafoi de mon enfance? .
sermons qui vont suivre. Croire comme dans ma petite enfance? M'agenouiller
Aujourd'hui je vous apporte simplement lin exem ('· l, le soir devant mbn ' lit et faire ma prière les mains
Il y, a quelques dizaines d'années un protesseur pro jointes? Avec mon ancienne ferveur, avec mon ancienne
testant (Drews) fit sensation en publiant à travers le confiance? Oui, si la vie n'était pas si impitoyablement
monde une fameuse découverte: le Christ ,n'a jamais pénible/ ... Si la terre n'était pas si impitoyablement
vécu, sa personnalité n'est qu'un conte, une légt.nde. hideuse 1..; Si ma raison n'intervenait pas à chaque pas
Voilà une forme extrême d'attaque contre le Christ avec cette question : pourquoi, pourquoi? Il
Il y a quelque~ JOurs les journaux etaient pleins d'une Telle est la plainte de bien des adultes, et je viens les
,autre nouvelle d'après laquelle un autre professeur consoler Vous avez raison, mes frères, vous avçz

"
LE SYMBOLE DES APÔTRES COMMENT DEVONS .. NOUS RECARDER LE CHRIST? 29

raison. La vie est terriblement pénible et la terre est je veux atteindre par cette nouvelle série de prédications.
hideusement laide. Mais c'est justement pour que les Puisse Notre-Seigneur Jésus-Christ les bénir!
difficult~s de la vie ne vous brisent pas et pour que
la boue de la terre ne vous souille pas qu'il vous faut à
tout prix récupérer la foi de votre enfance:'Le petit
enfant aussi demande constamment : pourquoi ceci,
pourquoi cela? · Vous aussi '-·vous posez les mêmes Le I l octobre 368 de l'ère chrétienne, une catastrophe
questions. Vous posez ·des questions sur tous les pro- épouvantable frappa la ville de Nicée.
blèmes insolubles dans la foi. , Vous recherchez tout ce La magnifique cité de l'Asie Mineure était encore
qui contredit votre ancienne croyance. Pourquoi ceci, plongée dans le s?mmeil, lorsque des secousses formi-
pourquoi cela? dables ébranlèrentle sol et en quelques secondes toute la
La foi chrétienne repose sur deux colonnes: Je crois vilie était un monceau de décombres. Sous les ruines des
en Dieu et je crois en Jésus-Christ, le Fils de Dieu. J'ai cabanes comme sous les ruines des palais les hommes
consacré à la première colonne une année et demie de endormis étaient 'saisis du sommeil de la mort. Bien peu
mes instructions dominicales, à présent je veux m'attar·· purent sauver leur vie; parmi eux se trouvait le gou-
de!; encore plus auprès de la seconde. Qu'est-ce que ce verneur Caesarius qui était encore païen. Il se débattit
petit enfant de Bethléem dont chaque année à Noël durant de longues héures douloureuses sous les décom-
l'anniversaire fait sortir le monde de son cours habituel? bres, mais tandis que son corps souffrait, une résolution
Je crois en Jésus-Christ, le Fils de Dieu. Dans plusieurs extraordinaire brilla c'o mme un éclair dans son âme.
sermons successivement je répondrai à la question : Et lorsqu'il eut été dégagé, il vit clairement une nou-
Pourquoi? A quel titre croyons-nous que le Christ est velle vie : « Adieu, monde trompeur 1 Je vais chercher
Dieu? Et si nous le croyons, que s'ensuit-il? Qu'a-t-il une autre maison qui reposera sur d~s bases plus solides
enseigné, qu'a-t-Il commandé, en quoi a-t-Il donné .et ne s'écroulera jamais ». Il se fit baptiser, distribua sa
l'exemple? fortune aux pauvres et voulut désormais consacrer à
Afin qu'arrivés à la fin de cette série de sermons Dieu sa vie entière. Mais Dieu se contenta de Isa bonne
nous puissions dire : J'ai retrouvé mes anciennes intention; au bout de quelques jours Caesarius tom-
croyances, la foi confiante, ardente, vivante de mon bait malade et mourait.. .. Il mourut, alors qu'il :portait
enfance. Je vois que seul le Christ peut être encore le vêtement blanc des nouv~aux baptisés ,
le Roi du monde, le Chef de l'humanité et que, (Migne Pat. grecque XXXV, 774).
lorsque l:homme perd la foi, il devient aussitôt inquiet, Mes frères, aujourd'hui aussi la terre tremble pareil~
nerveux, malheureux, parce qu'il a perdu sa tête : lement sous nos pas et tout s'écroule autour de nous ...
le Christ. 1 . , Puisse dans l'âme de chacun de nous qui souffrons
Voilà, mes frères, clairement devant vous le but que sous les ruines d'un monde écroulé mûrir cette sainte
..
LE SYMBOLE DES APÔTRES

résolution: « Adieu, monde trompeur, vie terrestre! Tu ne
seras dans mes mains qu'un jeu, qu'un instrument, mais
non pas ma fin dernière. MÇl fin dernière est de parvenir
dans cette autre demeure qui est solide et ne sera jamais
'. III
ébranlée: de parvenir auprès de Notre-Seigneur Jésus-
Christ ». Amen.
QU'EST-CE QUE LE CHRIST?

MES FRÈRES,

Lorsque le navire s'approche du port de .Rjo de


Janeiro, le voyageur aperçoit sur une colline , de
900 mètres d'altitude une statue gigantesque. Vous
avez tous déjà entendu parler de la statue de la Liberté
à New-York ... mais il n'yen a pas beaucoup d'entre
vous pour avoir connaissance de cette statue du Christ
de 45 mètres de haut qui étend ses bras bénissants vers
la ville et le port, comme s'Il voulait les serrer tous sur
:';.... son Cœur aimant.
Cette statue exigea deux années de travail. Mainte-
nant je voudrais dans ce nouveau cycle d'instructions
, sur Notre,.Seigneur travailler également pendant deux
1
ans à uhe autre statue' du Christ : modeler avec art la
Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'âme
de mes chers auditeurs.
Les sermons' des deux dimanches précédents servaient
d'introduction à la-nouvelle série de prédications par
laquelle je poursuis l'explication du Symbole. Pendant
un an et demi j'ai prêché sur le premier article duCredo:
« Je crois en Dieu »;.je voudrais consacrer deux années
,';

32 LE SYMBOLE DES APôTRES QU'EST-CE QUE LE CHRIST? 33


'9

à l'article suivant: « Je crois en Jésus-Christ n. Et est d'une telle importance que je ne puis la résoudre
après ces sermons préliminaires nous pouvons consi- en une seconde; je voudrais montrer de toutes les
dérer la question principale et le point fondamental et manières, sous toutes les faces, quelles sont les preuves
",
. le plus important: je crois en Jésus-Christ, mais qu'est-ce qui nous permettent de dire dans notre Symbole : je
que Jésus-Christ? crois en Jésus-Christ, le Fils de Dieu.
Cette nouvelle série de sermons n'est pas moins Mon sermon d'aujourd'hui n'est qu'un aperçu
importante que la première. En effet celui qui croit général sur ce thème et fournira la réponse à ces deux
seulement au premier article du symbole n'est pas encore questions : I. Qu'est-ce que les hommes ont pensé du
chrétien. Celui qui se contente de dire: « Je crois en Christ? et II, que devons-nous penser du ChTist?
Dieu, le Père Tout-Puissant, le Créat~ur du ciel et de
,' , '
la terre n, n'est pas encore chrétien. /ltre chrétien, c'est
croire à la diivinité du C~rist. Et. s'il est d'une impor- 1
i ~'
tance capitale pour ma vie terrestre et éternelle de croire
en Dieu, il ne l'est pas moins de croire aussi que le QUE PENSAIT-ON DU CHRIST?
Christ est Dieu.
En effet si le Christ n'est pas Dieu, - ne vous en
scandalisez pas - alors le christianisme est une duperie, « Que pensez-vous du Cltrist? n (S. Matthieu XXII,
la plus effrontée duperie qui ait jamais induit en erreur 42) demanda un jour Lui-même Notre-Seigneur. Et
l'humanité et alors toute, la vie n'est qu'une énigme, depuis que, pour la première fois, a été posée cette
une douleur, une folie ou bien, selon l'expression de question, il y a 19 siècles, elle se répète constamment
l'impie Voltaire: « une mauvaise plaisanterie n. sur la terre et tout homme est obligé d'y répondre. Ce
";",,
Mais si le Christ est Dieu et si le Credo chrétien est qu'il y a précisément d'extraordinaire dans la personne
vrai, alors il faut que notre vie, nos idées, nos aspirations du Christ, c'est qu'on ne peut pas I,-'ignorer, qu'on
et la conception de la vie de toute l'humanité soient ne peut passer distraitement à côté de Lui : d'une
radicalement différentes et conformes au Christ. Et ,si façon ou d'une autre, il faut que chacun prenne
parti. .
toute l'humanité croyait à la divinité du Christ, jailli-
raient en son âme des sources si abondantes de joie de Le nuage ne peut pas faire autrement, ou bien il passe
vivre, d'ardetÎr au travail, de paix, de vérité et de charité fièrement au-dessus du sommet de la montagne ou bien
que tous les problèmes de la société humaine qui saigne il se brise contre lui. L'é~lair ne peut pas faire autrement,
par mille blessures seraient résolus d'un seul coup. ou bien il rampe au pied du récif dans la mer ou bien le
Qu'est-ce donc que Jésus- Christ? Je pose la question réduit en poussière. Il en est de même de l'homme à
et je vais y répondre non seulement aujourd'hui, mais l'égard du Christ : ou bien il se tient à ses côtés ou
encore dans les six sermons qui vont suivre. La question bien il s'insurge contre Lui. Ou bien il Le bénit ou bien

Symb , il, Ap . - T. n s

1111
,34 LE SYMBOLE DES Al"ÔTRES
QU'EST- CE QUE LE CHRIST? 35
"
il Le hait. Ou bien il est heureux avec Lui ou bien il va ni hôpitaux. Le maître païen pouvait jeter ses esclaves
à sa perte sans Lui. dans ses étangs en pâture aux poissons. Le monde païen
La grandeur surhumaine du Christ est encore mise regarda\.\ le travail comme une honte. Dans le monde
en évidence par le fait que chaque parti, chaque ten- païen rég.îaient le droit du plus fort et la vengeance ...
" '
dance spiritue!l.ie de l'humanité voudrait Lerevendiquer Le Christ'~il-t-Il été un révolutionnaire? Du fait qu'Il
pour soi. "_ a supprimé tout cela, Il a été un révolutionnaire. 'Mais
Que n'ont pas dit déjà du Christ ceux qui n'ont pas , comment l'a-t-Il supprimé: par la force de la charité
osé prononcer le mot final --'-- qu'Il est Dieu! Que le et par la mise en évidence du principe d'autorité, en cela
Christ fut un révolutionnaire ... que le Christ fut le Il a été tout autre chose qu'un révolutioimaire. '- _
premier socialiste ... que le Christ fut un communiste ... C'est vrai : le Christ a voulu une humanité nouvelle,
que le Christ fut un prophète ... qu'Il fut l'homme le Il a voulu transformer l'ancien monde. Non pas le briser
plus sage qui eût jamais vécu sur la terre ... qu'Il fut le par la force extérieure, mais transformer la vie intérieure
j'"
plus grand idéaliste ... qu'Il fut un grand professeur ... de l'homme. La doctrine du Christ n'est pas un explosif
et ainsi de suite. qui détruit et ravage, mais un levain qui soulève et
Que n'a-t-bn déjà pas dit du Christ! vivifie. Le Christ n'a pas voulu une humanité plus
1) Le Christ était-Il un révolutionnaire? L'a-t-Il été heureuse en faisant sauter l'ordre économique et social
au sens où l'on entend ce mot aujourd'hui? Au sens antérieur mais Il a voulu créer un homme meilleur et
de destructeur et de ravageur aveugle? Dans ce sens plus noble, afin qu'un tel homme mette au point un
Il ne l'a pas été. Mais' si nous donnons à ce mot une ordre social plus digne et plus juste. Nous ne pouvons
bonne signification, alors je ne fais plus d'objection. En donc appeler le Christ un révolutionnaire que si nous
effet, il est vrai qu'avec le Christ a commencé un monde appelons aussi révolutionnaire le rayon de soleil prin-
entièrement nouveau, que nous comptons avec raison tanier qui fait surgir une vie bourgeonnante et four-
les années d'après la date de sa naissance, que le Petit millante dans le cimetière de la nature hivernale.
Enfant de Bethléem a soulevé le monde hors de ses 2) D'autres viennent ensuite et disent que le Christ
.gonds; je peux appeler cela avec raison la plus grande a été (( le premier communiste ». '.
révolution de l'histoire du monde. ' Le Christ était-Il communiste? Il ne l'a certainement
Il ~ous faut seulement considérer ce que le monde pas été au sens sanglant et révolutionnaire du mot qui
• ,,j
pensaIt, avant 1e Ch' nst, sur le mariage, le mal, les aujourd'hui fait trembler le monde civilisé. Le com-
enfants, le travail, l'amour et ce que le Christ a enseigné _munisme ne reconnaît pas le droit de propriété, mais
sur tous ces points. Dans le monde païen on changeait Notre-Seigneur proclame qu'Il ne supprime pas les dix
de femmes comme de vieux habits. Dans le monde païen commandements, donc pas non plus le VIle et le xe qui
le père faisait périr son enfant comme il voulait. Le protègent la propriété privée. Le Christ n'a pas eu que
monde païen ne connaissait ni orphelinats ni hospices des disciples pauvres, mais aussi des gens à l'aise
LE SYMBOLE DES APÔTRES QU'EST-CE QUE LE CHRIST? 37
Marthe, Madeleine, Salomé, Nicodème, Zachée, Joseph veut diré : Enlève à autrui son vêtement, alors Il ne l'est
d'Arimathie. Notre-Seigneur n'a pas rêvé d'une uto- pas; mais s'il signifie que celui qiIi a deux vêtements en
pique organisation sociale où tous seraient égaux en donne un à celui qui n'en a pas, alors le Christ a été
biens, mais Il a proclamé ouvertemènt : « Il y aura communiste. Si le communisme signifie un monstre
toujours des pa~vres parmi vous» (S,Marc XIV, 7). assoiffé de sang et de meurtre, alors le Christ n'était pas
Sa prédication abonde en termes tels que salaire, communiste; mais s'il signifie le pélican qui ne pouvant
serviteur, achat et vente, prêt, intérêts, ce qui montre procurer de nourriture à ses petits, se déchire la poitrine
que le Christ reconnaissait l'ordre social basé sur la et l~s nourrit de son propre sang, alors le Chr~sta
propriété privée. été communiste.
Toutefois, si Notre-Seigneur Jésus-Christ n'était pas 3) Mais alors qu'était donc le Christ? Il n'était pas
un communiste, il ne s'ensuit pas qu'Il ait approuvé un révolutionnaire. Il n'était pas un cO,m muniste, -
en tous points la répartition actuelle des biens terrestres qu'était-Il donc? A-t-Il été peut-être un maître d'une
et les injustices de l'organisation économique. te Chn·st délicatesse et d'une sagesse sans exemple? L'homme le
n'a , pas été communiste, mais il ne permet pas l'abus meilleur qu'appelait depuis des siècles le désir brûlant
égoïste des richesses et la jouissance illicite de la propriété de l'humanité et dont la venue réunit, même après des
privée. siècles des centaines de millions d'hommes en une seule
Non seulement Il a proclamé: « Bienheureux les ~rand~ famille au jour anniversaire de sa naissance?
misériéordieux, car ils obtiendront miséricorde » Le Christ était-Il un homme, simplement un homme?
(S. Matthieu V, 3), non seulement Il a conseillé au jeune Mes frères, nous n'avons besoin que de bien con-
homme riche de distribuer sa fortune aux pauvres" mais naître l'homme pour être obligé d'avouer: Le Christ
Il a montré en termes douloureux avec quelle difficulté était plus qu'un homme. Il y a en Lui quelque chose de
les riches entreraient dans le , royaume des cieux, et mystérieux qui n'entre pas dans un cadre humain,
même clans la parabole du mauvais riche et du pauvre que l'on ne peut pas faire entrer dans des formes
La'zare, c'est le riche qui est damné, bien qu'il n'ait pas humaines. « Croyez-moi, disait Napoléon,je me connais
d'autre péché que la dureté de cœur envers les pauvres. en hommes, mais Jésus-Christ était plus qu'un homme».
Le -Christ a+I1 donc été communiste? Si le com- Avant le Christ il y avait eu des génies, à son époque
munisme signifie brigandage, alors Il n~ l'est pas; s'il au'ssi et après Lui encore, il y a eu de grands hommes;
veut dire amour généreux, alors oui. Si le communisme ' mais ils n'étaient que des hommes, car ils n'ont pas pu
veut dire: entre dans la maison d'autrui et prends-lui transformer ni renouveler spirituellement un'" seul
son pain, alors il ne l'est pas; mais si le communisme homme. Mais le Christ circule au milieu de nous depuis
signifie: «, Romps ton pain à celui qui a failll et recueille vingt siècles, ~ et des milliards et des milliards ouvrent
chez toi les malheureux sans asile» (Isaïe LVIII, 7), devant Lui la porte de leur âme et les pécheurs sont
alors le Christ a été communiste. Si le communisme devenus des saints, les méchçtnts se sont convertis, ceux
LE SYMBOLE DES APÔTRES QU'EST-CE QUE LE CHRIST? 39

qui étaient écrasés par la vie se sont redressés et ceux Soit, Il l'a dit. Mais peut-on croire si simplement
qui étaient atteints d'une maladie mortelle ont retrouvé une chose aussi inouïe? -
la force. Où sont les grands hommes célèbres qui aient N on. On ne peut pas le croire « si simplement ». Mais ,

pu consoler véritablement ne serait-ce qu'une seule celui qui fait ce qu'Il afait, celui dont le caractère, la vie
douleur? et la personnalité sont pareils aux siens peut être cru.
Et v~yez : depuis des siècles le Christ fait descendre . Dans notre sermon de dimanche prochain nous
un paume sur les âmes angoissées. Ici, à la source ouvrirons les évangiles et partout où nous lirons les
vivifiante d'énergie qui jaillit de la sainte personne du prédicatiof\s de Notre-Seigneur, nous ne pourrons nous .
Christ avec une force indomptable, faut-il preuve plus soustraire à cette impression. Ici c'est le Maître de la vie
convaincante que le Christ ne peut pas être simplement qui parle avec tant d'assurance, tant de fermeté! Voici
un homme? ce dont je vais parler dans mes trois prochains sermons.
Mais voici l'autre ques tion : Le Christ est Dieu : proclame-t-Il Lui-même; le
;" .'
Christ est Dieu : proclament ses œuvres; le Christ est
Dieu : proclame son caractère.
Mais n'en restons pas là.
II Qu'était le Christ? - demandons-nous encore.
Dieu et homme, - répondons-nous de nouveau.
QUE DEVONS-NOUS PENSER PU CHRIST?
Dieu? Comment le savez-vous? ,
Par l'enseignement de vingt siècles. Depuis vingt
siècles des milliards d'hommes ont cru à sa divinité,
1) Qu'était le Christ et qu'a-t-Il voulu? Tels sont les ils ont sacrifié et sacrifient pour Lui leurs désirs terres-
deux grands sujets de toute cette série de prédications. tres, leurs ambitions, leurs carrières, leurs succès; ils
Qu'était-ce que le Christ? « Il était le Fils de Dieu ». ont puisé auprès de Lui la force dans tous leurs combats,
Que voulait-Il? « Il voulait nous sauver ». sa disparition équivaudrait pour l'humanité à un danger.
Quelle simple réponse, quelle réponse bien connue 1 de mort, ~ Il ne peut pas être un homme ordinaire
- mais nous allons le voir, quelle inépuisable mine d'or parmi tous les autres. Le Christ est Dieu.
que cette sublime idée religieuse 1 Nietzsche a écrit ces - lignes blasphématrices au
Nous n'avons rien à craindre, nous n'avons rIen à premier chef: « Lorsqu'on entend les dimanches le son
cacher. Notre foi est aussi claire que le cristal. des cloches, on se demande : Est-ce possible? Et tout
Qu'était le Christ? cela pour un Juif crucifié il y a deux mille ans qui a
Dieu et homme. prétendu être Fils de Dieu. Mais cette prétention
Dieu? Comment le savez-vous? manque de la moindre preuve ». Le grand cynique ne
',( C'est Lui-même qui l'a dit. voyait pas qu'il se contredisait lui-même. En 'eHet s'il

I.:·~
4° LE SYMBOLE DES APÔTRES QU'EST-CE QUE LE CHRIST? 41
n'y avait pas d'autre preuve de la divinité du Christ, Si le Christ est Dieu, alors ses menaces sont d'autant
cette sonnerie des cloches après deux mille ans, comme plus redoutables. Si le Christ est Dieu, ses promesses
illti reconnaît, serait déjà une preuve suB:1sante. Peut-on sont d'autant plus consolantes. Si le Christ est Dieu,
seflgurer que son nom, si le Christ n'était qu'un homme ses exemples sont d'autant plus attirants. Et surtout :
ordinaire, pourrait braver si majestueusement le tom- [\i le Christ est Dieu, l'acceptation de la souffrance est
beau de l'histoire du monde? J'en parIerai aussi dans pour moi d'autant plus bénie et plus précieuse.
trois sermons consécutifs. Le Christ est Dieu: proclame Oui, je comprends à présent qu'avec la divinité du
l' histoire. . Christ se dresse ou tombe toute la religion chrétienne.
2) Il Y aura donc six instructions sur cette question: Je comprends alors que dès l'origine le christianisnle
le Christ était-Il Dieu? 'lit livré de sanglants combats et mené des luttes spiri-
Mais cette question est-elle donc si importante? luelles acharnées autour de ce dogme, et ait préféré voir
Certainement. C'est d'elle que dépendent toute la d'immenses territoires se détacher de son corps, plutôt
force et toute la valeur de mes sermons suivants. que d'abandonner la divinité du Christ. Je vois à
Il ne suffit pas d'appeler le Christ le Maître le plus présent pourquoi le christianisme est attaché avec une
sage du monde; il ne suffit pas de Le nommer le Maître telle ténacité à ce dogme.
le plus doux, l'homme le plus dévoué et le plus rempli , En effet, si le Christ n'est pas Dieu, alors Il peut être
d'idéal, tout cela ne suffit pas, si je n'ajoute pas : « Vous un héros de la foi, mais Il ne peut pas être le Rédemp-
êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant ». teur du monde.
Eu effet, si le Christ est réellement Dieu, alors tout , Si le Christ n'est pas Dieu, alors Il peut être rangé
ce qui est autour de Lui devient tout autre que s'Il parmi les fondateurs des autres religions, Bouddha,
n'était pas Dieu. Mahomet, Confucius et n'est qu'une unité dans un
Il est vrai que sa doctrine demeurerait aussi belle et grand nombre.
émouvante, mais s'Il n'est qu'un homme, je puis alors Si le Christ n'est pas Dieu, que devient alors ~a con-
choisir parmi ses paroles et ses enseignements et prendre solante mission : « Les péchés seront remis à ceux à qui
ce qui me plaît; par contre s'Il est Dieu, il me faut croire vous les remettrez? »
,humblement à toutes ses paroles. Si le Christ n'est pas Dieu, que deviennent ses paroles
Il est vrai que ses commandements sont encore d'une qu'Il viendra un jour juger les vivants et les morts?
, haute valeur, s'Il n'est qu'un homme. Mais s'ils tran- Oui, si le Christ n'est pas Dieu, alors il n'y a plus de
chent dans le vif, s'ils sont pénibles à observer, alors je christianisme.
cherche à les esquiver, à m'y soustraire. Mais le Christ est Dieu.
Mais si le Christ est Dieu, alors c'est Dieu qui a donné Et parce qu'Il est Dieu, nous nous agenouillons
ces commandements et il me 'faut les suivre intégrale- devant Lui dans toutes nos détresses et nous crions vers
ment et exactement, même si c'est difficile. Lui: « Seigneur, sauvez-nous; nOliS périssons ».
LE SYMBOLE DES APôTRES QU'EST-CE QUE LE CHRIST? 43
Parce qu'Il est Dieu, nous pleurons devant Lui avec Ses compagnons lui dirent l'heureuse nouvelle, mais
une âme pénitente: « Seigneur, ayez pitié de moi, parce Thomas ne les crut pas.
que je suis pécheur ». Je ne crois pas. J'ai entendu la foule lancer contre Lui
Parce qu'Il est Dieu, Il est notre Rédempteur; parce les injures et les blasphèmes. Je sais qu'Il s'est écrié
qu'Il est homme, Il est notre frère; et comme Homme- sur la croix: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez- "

Dieu, Il est notre Maître et notre Sauveur, qui nous Vous abandonné? » Je L'ai vu rendre le dernier soupit
attire tous à sa croix ... tous, nous nous agenOUIllons sur la croix. Je ne le crois pas. Je ne peux pas le croire.
devant Lui et nous faisons cette prière: Jésus, c'est pour Quel terrible et... suffocant brouillard de décembre!
Vous que je vis, Jésus c'est pour Vous que je mourrai. Jésus, La fête de cet apôtre ébranlé dans sa foi a lieu,
ie suis à vous à la vie et à la mort. chose étonnante, précisément dans les jours où notre
sainte religion met notre foi à la plus forte épreuve.
Quelques jours après la fête de saint Thomas arrive
Noël où il nous faut nous agenouiller devant un incom-
Mes frères, à l'époque de l'année où le jour est le plus préhensible mystère, devant Dieu devenu petit enfant
court et la nuit la plus longùe, le 21 décembre, la Sainte sans force et incapable de pader et il faut que nous
Église célèbre la fête de saint Thomas « l'apôtre croyons, que nous croyons que le petit Jésus de Beth-
incrédule »• . léem est Dieu Lui-même descendu parmi nouS.
Devant les habitants d'une grande ville, il n'est pas Le brouillard mortel a disparu de l'âme incrédule de
nécessaire de parler longuement de ces journées de saint Thomas, lorsque huit jours après, Notre.. Seigneur
décembre plongées dans le brouillard et si déprimantes. est apparu de nouveau et que saint Thomas s'écria tout
Ici, à Budapest, il y a beaucoup de pareilles journées: ému : « Mon Seigneur et mon Dieu. » .
le ciel est d'un gris de cendre, le brouillard épais · et Seigneur Jésus! Le monde de la foi dans l'homme
opaque, à couper au couteau, il pèse sur les pou11lons moderne tourne pour ainsi dire constamment autour
et sur l'âme, il coupe presque la respiration. du 21 décembre: que de ténèbres, que de brouillards,
Le premier Vendredi-Saint fut pour saint Thomas que de mélancolie dans notre vie, que d'attaques contre
un jour de brouillard aussi déprimant. Le Seigneur est notre religion et notre foi! Non, non, Seigneur, ne le
mort. Que de choses il avait espéré, de Lui! Quelle con- permettez pas! Répandez la lumière par les prédications ,
fiance Il avait eue en Lui! Et maintenant c'était fini .. . . qui vont. traiter de Vous. Aidez-nous à voir qui Vous êtes!
Il est mort ... Son tombeau est même scellé. Le brouil- Aidez-nous à pouvoir dire tous avec saint Thomas
lard suffocant de l'incrédulité s'étend sur l'âme de converti: Je crois en Vous, ô Christ, mon Seigneur et mon ·
saint Thomas. Dieu. Amen.
A Pâques cependant le Christ ressuscité apparut au
milieu de ses apôtres, mais Thomas n'était pas ' là.
,~ .

.' ,1 LE CHRIST EST DIEU 4S


/ nous? Nous croyons ct nous affirmons que le Christ est
Dieu, - triais pour quelles raisons ·le croyons-nous?
Nous le croyons d'abord, parce que c'est Lui qui l'a
dit de Lui-même sous bien des formes, - et c'est de
IV
cela que je vais parler dans le sermon d'aujourdihui :
du propre témoignage du Christ. .
LE CHRIST EST DIEU : Mais nous le croyons aussi parce que ses œuvres le
SES PAROLES LE PROUVENT prouvent, comme nous le montrerons dimanche pro-
", chain. Nous le croyons encore, parce que cela est mis
en lumière par tout le caractère et la personnalité du
Christ, ce sera l'objet d'un troisième sermon. Puis dans
MES FRÈRES,
trois autres instructions qui suivront nous interrogerons
l'histoire: ce qu'elle dit de la divinité du Christ. Elle est
L'apôtre .saint Pierre, dans sa seconde épître, attire extraordinaire cette foi que proclame le christianisme :
notre attentIOn sur une chose singulière. Il écrit: « Crois- le Christ est Dieu. Elle est extraordinaire, mais n'est pas
sez dans la g,râce et l~ connaiss~nce de Notre-Seigneur sans fondement. C'est ce que nous prêchons, c'est ce
~t Sauve~~ Je.su~-Chnst» (IIOsamt Pierre III, 18). C'est que nous croyons, parce que nous ne pouvons pas faire
com.me s Il dIsaIt : Il ne suffit pas que vous croyez au autrement avec notre bon sens.
Chnst. Il ~e suffit pas de savoir de Lui telle et telle Examinons donc aujourd'hui ·la première question:
chose. Mals efforcez-vous de Le connaître toujour Qu'est-ce que le Christ a dit de Lui-même? A-t-Il 'dit qu'Il
davantage, .de pénétrer toujours plus à fond dans 1: est le Fils unique du Père céleste? A-t-Il dit qu'II est
le Fils de Dieu?
contemplatlOn du Christ, car de là découlent le bonheu
et le m~lheu:, l'existence et le néant, la vie et la mort~
Je ValS
. . SUIvre .ces paroles de saint Pierre , en con sa'_ 1
, cra~t s~x I~StruCtIO~S dominicales à cette seule question:
Qu ,étatt Jesus-Chrz~t? C'est le Seigneur Lui-même qui LE CHRIST EST. LE « FILS DE L'HOMME Il
a rep?n~u le prerruer à cette question, quand Il a dit à
ses dlscIpl:s : « E~ vous, qui pensez-vous que je suis? »
Nous aUSSI nous repondons ce que saint Pierre a répondu a) Celui' qiIi ,a l'habitude de lire la Sainte Écriture
alors. au nom .d~ autres apÔtres: « Vous êtes le Christ, peut facilement se trouver arrêté par la ' première
le .~lls du DIeu vivant )) (S. Matthieu XVI, 16). ,Oui, question. A chaql.le pàge nous rencontrons en effet une
voIla ce que nous répondons, mais comment le savons- curieuse expression de Notre-Seigneur, qui semble
, contredire la divinité du Christ. Dans les quatre évan-
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU 47
giles nous entendons 82 fois sur les lèvres du Seigneur sur un point Il se distingue tres nettement de nous, les
cette curieuse expression qu'Il est le « Fils de ['homme II
....
hommes ordinaires.
« Le Fils de l'homme n'a pas où ' reposer sa tête ll ••• Jésus qui dans toute sa manière de vivre a ressemblé
« Le Fils de l'homme va souffrir ll ••• « Le Fils de aux hommes, qui a été en toutes choses (hormis le
l'homme viendra'" avec une grande p~issance et une péché)~éellement un homme, lorsqu'Il instruis~it ses .,"
grande majesté »... et ainsi de suite. apôtres relativement à sa propre personne, ne s'est
Qu'est-ce que ce « Fils de l'homme ll? Pourquoi pas rangé Lui-même parmi les hommes et ne s'est pas
Notre-Seigneur s'appelle-t-Il si fréquemment ainsi? déclaré comme l'un d'entre eux.
Pour l'homme actuel ce n'est qu'une source de diffi- . C'est une chose extraordinairement importante. En
cuItés, quand il lit que le Christ Lui-même s'est nommé parlant de Dieu, Il dit « mon Père» et toujours à propos
le Fils de l'homme. « Vous voyez, c'est Lui-même qui de Dieu Il dit « votre Père ll. C'est comme s'Il voulait
s'est regardé seulement comme un homme II pensera dire : Dieu est pour moi un Père et aussi pour vous, -
plus d'un. mais je suis Fils de Dieu tout autrement que vous.
Pourtant pas du tout. C'est pour nous que cette Lorsque les apôtres Lui demandèrent de leur apprendre
expression est peut-être incompréhensible, mais elle ne à prier. Il leur dit: « Lorsque vous priez, dites: Notre
l'était justement pas pour les Juifs qui savaient fort bien Père qui êtes dans les cieux II (S. Luc XI, 2). Vous dites:
ce qu'elle signifiait, Chacun des auditeurs · de Notre- « Notre Père ll, mais moi je ne dis pas: « Notre Père»,
Seigneur connaissait ce passage du livre de Daniel où Et dans uné autre circonstance nous L'entendons dire :
le prophète parle d'une ère nouvelle dans l'histoire du « Je monte vers mon Père et votre Père II (S. Jean XX,
monde (Daniel VII, 13)' Daniei dans une vision aperçoit 17). Et ailleurs: « C'est mon Père ... dont vous dites
venir sur les nuées du ciel, c'est-à-dire avec une puis- qu'Il est votre Dieu» (S. Jean VIII, 54).
sance divine, quelqu'un qui « ressemblait à un fils Tout cela nous fait voir que Dieu estle Père de Notre-
d'homme II et à qui toutes les nations et tous les peuples Seigneur Jésus-Christ d'une tout autre manière que
rendaient hommage, dont la puissance sera éternelle ee nous avons l'habitude de dire que Dieu <:st notre Père
dont le royaume ne sera jamais détruit. C'est ainsi que du ciel.
Daniel parle du futur Messie. Cette vision de Daniel Mais naturellement si nous n'avions que œtte con-
était fort connue chez les Juifs et quand Notre-Seigneur statation pourpreuvedela divinité du Christ, ce ne serait
se donnait à Lui-même ce nom précis de « Fils de pas du tout suffisant. Mais il y a autre chose. Prenons en
l'homme»; tout Juif savait du premier coup qu'Il faisait mains les- évangiles et nous y trouverons une foule de
par là allusion à la réalisation de la prophétie de Daniel. déclarations de Notre-Seigneur qui ne laissent pas le
b) Mais même celui qui ne connaît pas encore cette moindre doute sur le fait que le Christ s'est regardé
expression biblique empruntée au prophète Daniel peut clairement et nettement comme Dieu.
saisir par d'autres expressions de Notre-Seigneur que' Conformément au temps dont je dispose je v.ais
/.

LE SYMBOLE DES APôTRES LE CHRIST EST DIEU 49


."
seulement citer les paroles principales de Notre-Sei- (S. Jean X, 24). Et alors Notre-Seigneur élève la voix
gneur; si je 'voulais tout dire, il me faudrait lire pour et déclare avec une majesté incomparable, afin que tous
ainsi dire tout l'évangile. . les siècles et toutes les nations l'entendent: « Mon Père
et Moi Nous sommes un» (S. Jean X; 30). Notre vieille
terre n'a pas encore entendu pareille phrase. Il n'y a
II qJl'un Dieu et rien ne Lui est semblable dans le monde,
- mais moi je suis un avec Dieu. Un, non se}llement
LE CHRIST A LA MÊME NATURE QUE LE PÈRE DU CIEL
par la puissance, non seulement par la science, mais un
par la nature, un par la vie divine.
a) D'abord je vous citerai les déclarations de Notre- Et ailleurs : « Le Père est en moi et je suis dans le
Seigneur pàr lesquelles Il proclame clairemènt qu'il a Père » (S. Jean X, 8), Il affirme de Lui-même qu'Il était
la même nature que le Pere céleste. avec le Père, avant de venir sur la terre (S. Jean III, 13);
.Un jour ce sont les 72 disciples qui reviennent de leur avant que le monde existât, Il avait déjà part à la gloire
mission et annoncent au Christ avec enthousiasme que du Père (S. Jean XVII, 5), et même, « avant qu'Abraham
les mauvais esprits obéissent à l'évocation de son nom. fîtt, je suis» (S. Jean VIII, 58).
Alors, comme le chant matinal de l'alouette qui monte Et si le Christ ne s'était pas regardé comme <:Je même
vers le ciel, s'échapp~ des lèvres du Christ un hymne nature que le Père, à quel titre aurait-Il lm dire: « Celui
de lou;mge vers son Père: « Toutes choses m'ont été qui me voit voit Celui qui m'a envoyé» (S. Jean XII, 45),
données par mon Père; personne ne connaît le Fils, si ce ' et lorsque l'apôtre Philippe se toùrne vers le Christ, afin
n'est le Père, et personne ne connaît le Père, si ce n'est qu'Il lui montre le Père, de quel droit aurait-Il pu lui
le Fils et celui à qui le Fils a voulu le révéler » dire : « Philippe, celui qui me voit, voit aussi le Père.
(8. Matthieu XI, 27). A celui qui réfléchit longuement Comment peux-tu dire: Montrez.. nous le Père? Ne
"
et dans le calme sur ces paroles, il ne peut rester le crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père
moindre doute que le Christ s'est regardé Lui-même est en moi? 1) (S. Jean XIV, 9-10).
. comme de ' même nature que Dieu. Et le Christ, aux b) Continuons, mes frères. Dans ses ' paraboles aussi
derniers instants de sa vie terrestre, a renouvelé cette comme" Il parle ouvertement de sa dignité divine t
idée qu'un homme ordinaire n'a jamais exprimée èt Dans la .parabole des vignerons homicides, Il se nomme 1
~)
n'exprimera jamais raisonnablement: « Toute puissance le Fils du maître de la vigne, or sous ce terme de
m'a été donnée au c~el et sur la terre» (S. Matthi~u maître Il entend très clairement Dieu (S. Matthieu XXI).
XXVIII, 18). Au festin des noces (S. Matthieu XXII) le Christ est
Dans une autre circonstance encore on L'entoure et le fils du Roi céleste.
on Lui demande, on Le presse pour ainsi dire : « Si Une autre fois, Il demande aux Pharisiens ce qu'ils
Vous 'êtes le Christ, dites-le nous franchement n. pensent du Christ, de qui est-il fils? Ceux-ci rép(»lldent

Symb, d, Ap, - T, II 4
LE SYMBOLE DES APOTRES LE CHRIST EST DIEU

de David. Mais Notre-Seigneur leur fait cette rép~nse : Et Notre-Seigneur, lorsqu'Il le jugea bon, suspendit
David a écrit dans un de ses psaumes (Ps. CIX) que même cette loi. Les Juifs se fâchèrent et murmurèrtn!.
le futur Messie était son Seigneur. Il _est donc vrai Mais le Christ leur dit en face avec fermeté: « Le Fils
qu'il est physiquement du sang de David, mais Il est de l'homme est maître même du sabbat » (S. Matthieu
encore beaucoup plus (S. Matthieu XXII,41). XII, 8). Cette expression dans la bouche d'un homme
c) En<' outre Notre-Seigneur Jésus-Christ s'est serait une chose inouïe. Les Juifs comprirent bien que
attribué des droits qui ne se comprennent que s'Il se par là le Christ s'était affirmé Dieu.
regarde comme de même nature que Dieu. Lorsqu'Il guérit un jour de sabbat l'homme qui
Voilà par exemple l'attitude de Jésus à l'égard des était malade depuis trente-huit ans, Il motive la non-
commandements donnés par Dieu. Au cinquième chapitre observation du sabbat par le fait que son Père du ciel
de l'évangile selon saint Matthieu, Notre-Seigneur dit travaille aussi le jour du ' sabbat (dans l' œuvre de la
à plusieurs reprises : « Vous avez entendu qu'il a été conservati~n du monde), donc Lui aussi travaille
dit aux anciens : Tu ne tueras point ... Et moi je vous (S. Jean V, 17).
, dis ... » Et , de même au sujet du mariage, du serment, « Le Père ne juge personne, mais Il a donné au Fils
de la vengeance, de l'amour du prochain ... six fois le jugement tout entier... Celui , qui n'honore pas le,
Notre-Seigneur répète solennellement: « Moi, je vous Fils n'honore pas le Père qui l'a envoyé » (S. Jean V,
dis ». Ce sur quoi parle id le Christ concerne l'essentiel 22-23). Qu'est-ce que cela, sinon l'affirmation expresse
.i ' de la législation mosaïque. La loi de , Moïse a été de la divinité du Christ par sa propre bouche?
donnée par Dieu. Quel était donc le Christ, pour qui Et lorsque le Christ dit que le Père va envoyer
le Christ se prenait-Il Lui-même, pour oser amplifier en son nom le Saint-Esprit (S. Jean XIV, 26) et que
cette loi? Le Christ n'a-t-Il pas proclamé clairement le Saint-Esprit glorifiera le Christ (S. Jean XVl, 14),
",
par là qu'Il était au-dessus de la Loi, parce qu'Il ne proclame-t-Il pas ainsi des droits qui n'appar-
avait la même nature que Celui qui avait fait cette Loi: tiennent qu'à Dieu?
Dieu. En ce temps-là c'était Dieu qui parlait sur le
mont Sinaï, à présent encore c'est Dieu aussi qui parle III
sur laC,)Montagne. Pas un prophète n'a os~ "arler
ainsi: tous ont lutté pour faire observer la Loi mosaïque,
LES PROMESSES ET LES MENACES DIVINES DU CHRIST
ils ne s'imaginaient pas une Loi nouvelle. Les pro-
phètes commençaient ainsi leurs discours : « Ainsi
parle le Seigneur... » Mais le Christ commence : Continuons encore, mes frères. Le Christ s'est
« Moi je vous dis ». Quelle immense différence 1 regardé Lui-même comme Dieu, c'est ce qui résulte
C'est un fait bien connu que les Juifs observaient de ses promesses et de ses menaces. S'Il ne s'était pas
la loi du repos sabbatique avec un respect scrupuleux. regardé comme ayant la même nature que Dieu,
LE SYMBOtE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU 53
aurait-Il pu exiger pour Lui-même un tel dévouement quel titre aurait-Il promis à ceux qui Le suivraient le
sans borne et un tel amour qui n'appartiennent qu'à royaume des cieux et à quel titre aurait-Il menacé
Dieu seul? les incrédules de la damnation éternelle? « En, ~vérité
Or Il les a exigés. je vous le,_~is, lorsqu'au jour du renouvellement, le
« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, Fils de l'homme sera assis sur le trône de sa gloire,
n'est pas digne de moi; et celui qui aime son fils ou vous qui m'ave~ suivi, vous siégerez aussi sur douze
sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi )) trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël. Et
(S. Matthieu X, 37). quiconque aura quitté des maisons ou des frères ou
Y a-t-il eu déjà au monde quelqu'un qui ait osé des sœurs ou un père ou une mère ou une femme ou
. exiger des autres hommes qu'on l'aime mieux que ses des enfants ou dès champs à cause de mon nom, il
plus proches parents? recevra le centuple et po~sédera la vie éternelle »
« Je suis la voie, la vérité, la vie )) (S. Jea~ XIV, 6), (S. Matthieu XIX, 28-29). Comment un homme ose-
a-t-Il dit ailleurs. Les plus sages de l'humanité ont rait-il dire cela de lui- même? '
seulement exploré la voie, cherché la vérité et tous Mais malheur à ceux qui n'ont pas cru au Christ!
ont avoué pleins de tristesse : il est humain de se « Car le Fils de l'homme doit venir dans li gloire
i
tromper - et voici le Christ qui dit de Lui-même de son Père avec ses anges, et alors Il rendra à chacun
qu'Il est la vérité incarnée, la seule voie et la vie selon ses œuvres)) (S. Matthieu XVI, 27). Un homme
éternelle. ordinaire aurait-il osé parler ainsi?
Et ses paroles sur le jugement dernier prononcées Si le Christ ne s'est pas regardé comme un homme,
avec une si extraordinaire assurance! Le Christ dit pour qui s'est-Il donc tenu? Pour un ange? Non, pour
de Lui-même qu'Il viendra décider du sort éternel beaucoup plus. Vous n'avez qu'à lire comment après sa
de l'homme et que c'est de Lui que dépendent l'entrée tentation les anges' vinrent et Le servirent (S. Matthieu
dans la vie éternelle et la damnation. IV, II). Et lorsque saint Pierre coupe avec impétuosité
S'Il ne s'était pas regardé comme Dieu, aurait-Il l'oreille du serviteur du grand prêtre, comme N otre-
pu exiger à l'égard de sa personne une foi absolue et Seigneur lui dit d'un ton énetgiqu~ : « Penses-tu que
si rigoureuse qu'Il en fait même dépendre la vie éternelle? je ne pui~~e pas sur l'heure prier mon Père, qui me
« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; mais celui dOOl'leniitplus de douze légions d'anges? )) (S. Matthieu
qui ne croit pas au Fils ne verra pas la vie, mais la XXVI, 53). Pour qui donc se regardait le Christ? .
colère de Dieu demeure sur lui )) (S. Jean III, 36). Et maintenant nous arrivons à ses déclarations les plus
« Celui qui croit en mo), fût-il mort, vivra)) (J. Jean XI, . claires : à son affirmation formelle qu'Il est le Messie.
25), un homme raisonnable oserait-il parier ainsi de
lui-même?
Si le Christ ne s'était pas regardé comme Dieu, à ,,'
54 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU 55
ne veut pas réussir. Les faux témoins se contredisent,
t out leur plan paraît s'écrouler... lorsque finalement
IV
le grand prêtre sé lève d'un air solennel et pose la
questi,.Qn dont dépend le sort de 1'accusé : « Je t'adjure '
LE CHRIST EST LE DIEU SAUVEUR
par le Dieu vivant qe nous dire si tu es le Christ, le
,Fils de Dieu» (S. Matthieu XXVI, 63). .
Que le Christ se soit réellement regardé comme bien A .présent Il instant décisif est arrivé. Notre-Seigneur
, supérieur à un homme ordinaire, cela ressort surtout répond paisiblemènt : « Tu l'as dit », c'est-à-dire : .
de sa conscience messianique. Fréquemment Il annonce «C'est bien vrai ». Notre-Seigneur savait qu'Il se con-
qu'Il va souffrir et même qu'Il va . mourir, afin de damnait ainsi à mort, cependant Il ne refusa pas de
satisfaire par sa mort pour les péchés des hom11Jes. « Dieu répondre.
a tellement aimé le monde qu'Il a donné son Fils Cette réponse ne permet plus aucun doute. « Alors
unique, afin que quiconque croit en Lui ne- périsse le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : Il
point, mais ait la vie éternelle » (S. Jean III, 16). a blasphémé, qu'avons-nous encore besoin detémoins?
Et ailleurs : « Le Fils de l'homme est venu, non pour Vous venez d'entendre son blasphème» (S. Matthieu
être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la XXVI, 65). '
rançon d'un grand nombrè » (S. Marc X, 45). « Ceci Le Christ a été obligé de mounr, parce qu'Il s'est
est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, répandu regardé comme Dieu~
pour un grand nombre en réin~ssion des pécllés »
:110
(S. Matthieu XXVI, 28). Eh bien! où y a-t-il en ce
monde un homme pour oser prétendre que son sang
*' '*
purifie l'humanité? Le sang qui coule peut tout au Voilà, mes frères, notre première pr(!uve de la divinité
plus ta cher le vêtement et la conscience. Mais celui qui du Christ: Il était Dieu, car Il l'a dit Lui-même. Ce
peut affirmer de lui-même que son sang s'élève jusqu'au l?' est pas notre seule preuve - dimanche prochain,
trône du Très- Haut et ~fface tous les péchés commis nous allons en voir une autre, - 1 mais ceux qui nient
par _ des centaines de milliards d'hommes celui-là la divinité du Christ se trouvent dès maintenant devant
affin~e claireme~t qu'Il n'est pas un homme ~rdi~aire. un problème insoluble. Ils proclament que le Christ
La manifestation de cette conscience divine atteint n'est pas Dieu, mais qu'Il a été l'homme le meilleur, le
son point culminant par la déclaratio;" solennelle du plus sagt: de ce monde. Mais je pose cette question : le
. Christ devant le grand prêtre. Le Christ est debout Christ peut-Il être le plus grand idéaliste du 11Zonde, s'Il a
devant Caïphe, entouré de faux témoins. Ses ennemis menti? Il est évident en effet qu'Il s'est attribué des
avaient bien tout préparé, afin de revêtir leur sentence centaines de fois des prérogatives divines et qu'Il s'est
d'un simulacre de légalité, - mais leur plan infernal déclaré Lui-même Dieu. Si toutefois Il n'était qu'un
LE SYMBOLE DES APôTRES

homme ordinaire, alors après de telles paroles, après


de telles affirmations que celles qu~ nous venons
d'entendre, Il ne peut plus vraiment être un homme
idéal. '. v
Je le reconnais: nous ne comprenons pas tout dans
la vie du Christ. Nous pouvons rexaminer nous LE CHRIST EST DIEU
. pouvons suivre avec amour ses traces, finaleme~t bien
SES ŒUVRES LE PROUVliNT
des mystères, des énigmes, des problèmes y resteront.
Des m~st,ères auxquel~ il nous faut croire. Un mystère,
son arnvee dans la nUIt de Noël au milieu des concerts
MES FRÈRES,
angéliques. Un mystère, sa nai~sance de la Bienheureuse
Vier?e qui « n'a pas connu d'homme )J. Un mystère,
sa VIe et son passage parmi nous. Un mystère; ses On représente Notre-Seigneur Jésus ·· Christ sous
souffrance~. Un mystère, sa résurrection. Un mystère, bien des aspects et l'un des plus évocateurs est celui
son ascenSIOn. du Petit Jésus tenant lê globe terrestre dans sa main.
Et chosè merveilleuse : malgré tant de traits Ïtlcom - Ce contraste extraordinaire entre l'immense globe
"
préhensibles il n'y a pas une seule personnalité dans l' his- terrestre et un petit enfant sans force illustre magni- 1·,
toire du monde qui se présente en contact si étroit et si cha- fiquement cet article de notre foi : « Le Christ est le f'
leureux a,vec nous. Et si nous ne comprenons pas bien des Dieu créateur du monde et son souverain Maître )J.
choses en Lui, notre réponse ne peut pas être différente ~( Un petit enfant nous est né, un fils nous a été
de cel~e des apôtres qui ne comprirent pas non plus donné, sur ses épaules repose la puissance )J c'est avec
le Chnst, lorsqu'Il leur parla pour la première fois du ces paroles profondément significatives que commence
Sacrement de l'Autel. Le peuple infidèle L'abandonna une ' des messes de Noël.
à cause de cela. D'où vient cet enthousiasme qui nous rend si sainte
« Alors Jésus dit aux Douze: Et vous, allez-vous la nuit de Noël? C'est que jadis s'est passé quelque
~ussi. ~~ quitter? Simon Pierre Lui répondit: Seigneur, chose de grand cette nuit-là, de plus grand que ne
a qUI mons-nous? Vous avez les paroles de la vie éter- serait la création de mondes nouveaux: le Fils du Père
nelle. Et nous, nous avons cru et nous avons connu que éternel a ajouté' à sa nature divine une nature humaine,
Vous êtes le Christ, le Fils de Dieu)J (S. Jean VI, 68- 69). Dieu s'est fait homme.
Amen. . Dieu s'est fait homme? C'est incroyable! s'écrie-t-on
quand on ent~nd cela pour la première fois, et cette
exclamation involontaire est déjà un signe que l'on se
trouve en présence de quelque chose d'extraordinaire;
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU 59
en effet, c'est une idée si stupéfiante, si au-dessus pas nous soustraire à la cOIiviction, à la conclusion
de toute imagination humaine qu'il ne serait jamais finale: Celui qui afait toutes ces choses, comme le Christ,
venu à l'esprit d'un ' homme de l'inventer. ne peut pas être simplement un homrne.
Mais notr~ foi ,au Christ ne repose pas sur cet
étonnement. Ce dogme inouï, inimaginable pour
l'homme que le Christ est réellement Dieu descendu 1
parmi nous, nous est imposé par le raisonnement
, humain" par la nécessité de conclusions logiques. La
LES MIRACLES DU CHRIS'),'
vie du Christ est remplie de faits qu'il est impossible
d'expliquer par la puissance humaine, il est donc
impossible de faire passer sa vie dans le cadre d'une Je n'ai pas le temps de vous énumérer en détailles
nature purement humaine. miracles du Christ, ni même d'insister seulement sur
Dans le sermon de dimanche dernier, nous no,us les plus impressionnants, - lisez les évangiles, vous
sommes occupés des paroles de Notre-Seigneur par en rencontrerez à chaque page. Mais je juge d'autant
lesquelles Il s'est affirmé manifestement Dieu; le plus nécessaire - en présumant la connaissance des
sermon d'aujourd'hui sera consacré à examiner ses œuvres merveiIl~uses du Christ - de vous présenter
œuvres, qui nous apprennent aussi qu'Il est au-dessus quelques idées SUl; leur force probante.
de l'humanité~ Dans le dernier sermon nous avons I. Notre-Seigneur Lui-même s'est réclamé souvent et
constamment rencontré Notre-Seigneur affirmant son ouvertement de ses œuvres comme preuves de sa di'oinité.
origine divine, - mais cela n'est pas encore suffisant. Un jour, saint Jean-Baptiste envoya ses disciples
En fin de compte, le premier prophète venu aurait vers le Christ, pour Lui demander s'Il était le Messie
pu également se proclamer le Fils de Dieu; n'importe qui dev'a it venir. Le Christ les renvoya avec la réponse
quel juif prétendant au trône, n'importe quel hysté- suivante : « Rapportez à Jeau ce que vous entendez et
rique, n'importe quel visionnaire exalté aurait pu dire ce ' que vous voyez : les aveugles voient, les boiteux
la même chose de lui-même. Par contre, ne pas seule- marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent,
ment dire : je suis le Fils de Dieu, mais agir comme les morts ressuscitent» (S. Matthieu XI, l-5). Ces
agit Dieu, c'est ce que n'a pu faire personne, sinon choses extraordinaires proclament suffisamment qUI
celui qui est , réellement Fils de Di~u. je suis:
' Î Passons 'donc aujourd'hui en revue les œuvres Dans une autre circonstance, Notre-Seigneur porte
merveilleuses de Notre-Seigneur Jésus-Christ et si le jugement suivant sur l'incrédulité des villes de
nous voyons qu'Il s'est montré da~s ses œuvres sou- 'Corozaïn et de Bethsaïde : « Malh~ur à toi, Corozaïn!
verain Maître de la vie et de la mort, Chef sans limite Malheur à toi, Bethsaïde! Car si les miracles qui ont
de la nature vivante et inanimée, nous ne pourrons .été faits al,l milieu de vous, avaient été faits dans Tyr et
60 LE SYMBOLE DES APÔTRES t.E CHRIST EST DIEU 61

dans Sidon, il y a longtemps qu'elles auraient fait péni- il n'y a personne qui ose en douter. Même Rousseau
tence dans le cilice ~t la cendre» (S. Matthieu XI, 21). était obligé d'écrire :« Le sceau de la vérité que portent
Et un jour que les Juifs sont autour de Lui . dans le les évangiles est si grand, si surprenant, si inimitable
Temple et Le questionnent: « Jusques à quand tiendrez- qu'on ne pourrait pas les inventer. Personne ne nie les
Vous notre esprit en suspens? Si vous êtes le Christ, œuvres de Socrate et pourtant elles ne SOILt pas aussi
dites-le nous franchement ». Notre-Seigneur leur authentiques que les œuvres de Jésus ».
répondit: « Je vous l'ai dit et vous ne croyez pas. Les La réalité des miracles était indéniable, - on essaya
œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoi- donc de les expliquer.
gnage de moi» (S. Jean X, 25). Le Christ a-t-Il fait des miracles? dit-on. Sans doute
Des paroles cie Notre-Seigneur découle clairement qu'Il en a fait. Mais il ne faut pas pour cela une puissance
qu'Il a fait des choses extraordinaires suivant un plan divine. La suggestion. L' hypnotisme. La lecture des pensées.
déterminé; afin de légitimer sa mission divine et préci- La divination. Le spiritisme. L'occultisme, etc.
sément parce qu'Il v'oulait attester par ses œuvres sa Mais ne nous troublons pas devant ces fameuses
puissance divine, Il ne les a pas accomplies dans un explications! ,
. cercle d'amis intimes ni devant des invités ni dans des Si parmi les miracles du Christ nous ne rencontrions
séances tenues dans des chambres obscures les rideaux que des guérisons de maladies nerveuses, de p~ralysie,
baissés, pendant la nuit, ni avec une mise en scène alors on pourrait expliquer par la suggestion les œuvres
propre à surexciter lès nerfs, mais avec la plus grande ,du Christ. .
publicite, en plein jour, devant des centaines et des Certainement, vous avez aussi entendu parler de la '
milliers de spectateurs, en présence de ses enIiemis « méthode Coué» d'après laquelle certaines maladies
qui L'observaient méchamment et sans le moindre peuvent être guéries, en répetant chaque jour de vingt
geste" parole ou acte ' de sorcellerie. Tous ses gestes,' à trente fois: Je ne suis pas malade ... je ne suis pas
toutes ses paroles, toutes ses guérisons semblaient malade ... je ne suis pas malade ... Oui, vous avez entendu
chose naturelle en Lui, tout se passait avec une telle ' dire que quelques malades ont obtenu ainsi leur
conformité avec sa personnalité comme si une source guérison. Mais lisez le septième chapitre de l' évangile
salutaire jaillissait de terre. selon saint Luc où le Christ guérit le serviteur malade
2) Il me fallait évoquer ces circonstances, parce que qu'Il n'a pas même vu, - qui osera prétendre du Christ
les ennemis 'du Christ ont déjà tout tenté au cours des qu'Il a guéri avec la méthode Coué?
siècles pour se débarrasser de la force probante des Quelqu'un aurait-il essayé de re!ldre la santé par
miracles du Chist qui leur est désagréable. En effet sugg~stion au fils de l'officier royal de Capharnaüm,
si les miracles ':de l'évangile sont véritables, alors le que le Christ n'avait jamais vu, dont le Christ ignorait
Christ ,était Dieu, - il n'y a aucun doute. où il se trouvait, mais savait seulement qu'il était
Que les miracles du Christ aient eu réellement lieu, malade à la mort. Le père de l'enfant malade vient en
62 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU

sùppliant et le Christ lui dit : « Retourne dans ta Non, non, mes frères. Celui qui lit les évangiles avec
maison, ton fils vit ». Et le père rentra chez lui. Mais une âme non prévenue et sa saine raison est obligé de
avant d'être"'dans sa maison, ses s~rviteurs arrivent au .. voir dans le Christ une force surhumaine, le Maître, '
devant de lui avec grande joie et se mettent à raconter le Dieu de tou~ le monde créé.
que la veille à sept heures la maladie avait quitté son Mais je n'ai pas encore dit un mot de l'œuvre la plus
fils, donc exactement à l'heure où il avait parlé avec le grandiose, du miracle le plus étonnant de Notre-Seigneur'
Christ (S. Jean V, 46-52). Jésus-Christ : sa propre résurrection. Deux choses
Que quelqu'un essaie en ce monde de suggérer à la sont ~ertaines, : le Christ est réellement mort le Ven-
mer en fureur de calmer à l'instant même ses vagues dredi-Saint (en effet le soldat romain Lui a percé le
écumantes, comme Notre-Seigneur les a apaisées (S. cœur sur la croix) et le tombeau du Christ a été réelle-
Marc IV" 35). Que quelqu'un essaie de suggérer aux ment trouvé vide le matin de Pâques. Que ce fait ait
poissons de se précipiter en masse da~s les filets, au été un coup mortel pour les ennemis du Christ, c'est ce
point que ceux-ci se rompent presqu.e, c'est ce qu'a qu'ils ont reconnu immédiatement, et avec une, préci-
fait Notre-Seigneur (S. Luc V, I-II). pitation funeste ils se sont efforcés d'en détruire la portée
Que quelqu'un essaie aussi , de suggérer à cinq mille en achetant les soldats de garde au tombeau. Mais pour
hommes" qu'ils sont bien rassasiés avec cinq pains et nous la force probante de cet événement est immense . .
sept poissons; et même qu'avec les restes il y a de quoi Notre Seigneur a dit un jour de Lui-même: « Je suis
remplir douze corbeilles comme a fait Notre-Seigneur. , la yie ». Cette affirmation, mes frères, n'est autre chose
Que quelqu'un essaie par hypnotisme ou par qu'une absurdité inouïe ou bien une revendication de la
suggestion de guérir un aveugle-né. En effet, cette dignité divine. Oui: ou bien ceci ou bien cela. Et si nous
cécité qui est la conséquence d'une inflammation de ne connaissions de Notre-Seigneur Jésus-Christ que
t.
l'œil survenue à la naissance (blennorrhoea neona- ceci : « A souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est J!
torum) ce n'est pas par suggestion ni par aucun autre mort, a été enseveli» alors ces paroles ne seraient q\,l'une
remède que la médecine moderne peut la guérir. Mais absurdité inouïe. Mais nous connaissons encore autre
le Christ l'a guérie (S. Jean IX). chose de Lui; nous connaissons aussi la suite : « est
La science médicale actuelle ne sait comment s'en ressuscité des morts le troisième jour ». Or celui qui
tirer avec les lépreux. Mais le Christ n'a eu qu'à dire à ressuscite de la mort peut dire de lui-même: « Je suis
un de ces\" malheureux : « Je le veux, sois guéri 1 » la vie », car personne d'autre n'a pu Lui donner la vie,
(S. Matthieu VIII, 3) - et l'infortuné fut guéri. la vie fait partie de Lui, Il est' le Maître de 'la vie; Il est
Et pour finir, que quelqu'un essaie de suggérer à un Dieu.
mort que l'on porte justement au cimetière ou bien à un 3) Par la connaissance des miracles de Notre .. S'cigneur
mort qui est déjà dans la tombe depuis quatre jours:
Tu es en vie.
Jésus-Christ nous ne serons pas choqués de choses
encore plus surprenantes que ses prodiges; je veux dire
1:
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Il
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU

des paroles par lesquelles Jésus pardonnait les péchés. Un prophète? Non. Un envoyé divin? Non. II est Dieu
Qu'est-ce que le péché? Une offense faite à Dieu. revêtu d'un corps humain. Celui qui Le voit, voit le Père;
Qui peut donc pardonner le péché? Seulement celui à celui dont Il remet les péchés le Père céleste pardonne
qui a enduré l'offense: Dieu, Mais Notre-Seigneur a aussi; et celui qu~ ma,ngesa, chair et boit son sang aura
constamment proclamé qu'Il par~onnait le péché; c'est une vie pareille à la vie éternelle du Père qui est dans le
donc oU:-' bien un affreux blasphème (si la puissance ciel.
divine n'est pas derrière Lui) ou bien une nouvelle preuve
de la divinité du Christ. II
Le Christ a pardonné les péchés, nettement, ouver-
tement, je dirais presque: avec éclat, afin que ceux qui LES PROPHÉTIES DU CHRIST
l'entendaient pussent réfléchir et voir qu'Il était plus
qu'un homme. Avec quelle autorité ne dit-Il pas par
exemple lors de-la guérison du paralytique de Caphar- ' ~ais outre les miracles du Christ qu'il est impossible

naüm : « Mon fils, tes péchés te sont remis» (S. Marc d'expliquer par une puissance humaine, il y a encore
II, 5). De même à Made~eine pleurant ses péchés: les paroles du Christ prévoyant l'avenir dont la source ne
« Tes péchés te sont pardonnés» (S. Luc VII, 48). ' peut pas être non plus la science humaine.
Les Pharisiens comprirent aussitôt la portée immense Un jour Frédéric le Grand posa en société la quest,ion
de ces paroles, aussi se disaient-ils avec indignation les s'il n'existait pas une preuve rapide de la véracité des
uns aux autres: « Qui est celui-ci qui remet même les paroles du Christ. Et quelqu'un lui répondit brièvement:
péchés? » (S. Luc VII, 49). « Les Juifs, Sire!» Cet interlocuteur voulait dire: Tout
C'est pourquoi ils voulurent bien souvent lapider le ce que le Christ avait prédit sur l'abaissement des Juifs,
Christ « à cause de ses blasphèmes» : Nous vous lapi-:- leur dispersion et leur vie ultérieure dans le ~onde
dons - Lui disaient-ils - « à cause d'un blasphème, s'est réalisé à la lettre. Les paroles du Christ se sont
parce que, étant homme, Vous vous faites Dieu lj montrées totalement vraies; celui qui a vu ainsi dans
(S. Jean X, 33). Mais Notre-Seigneur ne donna pas l'avenir, il faut qu'Il soit plus qu'un homme ordinaire.
alors une~autre explication à ses paroles, au contraire Il Mais ce n'est pas tout. En effet l'interlocuteur aurait
insista davantage dans sa réponse sur ce qu'Il avait dit pu aussi répondre à Frédéric le Grand à propos de la
précédemment: « Si je ne fais pas les œuvres-de mon vérité des paroles du Christ: « Jérusalem, Sire!» Comme
Père, ne me croyez pas. Mais sije les fais, lors même que s'est réalisé exactement pour cette ville tout ce que le
vous ne voudriez pas me croire, croyez mes œuvres : - Christ ,. avait prédit à , son sujet 1
afin que vous sachiez et reconnaissiez que le Père est en Et le même aurait encor~ pu dire : « Les martyrs,
moi et que je suis dans le Père» (S. Jean X, 37-38). Sire». Comme s'est accompli littéralement au cours des
Qui le Christ est·Il donc? Un grand homme? Non. siècles ce que le Christ avait prédt de ceux qui Le

Symb, d, Ap _ - T , fi 5
LE CUJU S'!' EST DIEU
66 LE SYMBOLE DES APôTRES

'suivraient : « VOUS pleurerez et vous vous lamenterez, autant de force en nous que si elles étaient entendues
tandis que le monde se réjouira; vous serez affligés, hier pour la première fois. Tout, tout change dans le
luais votre affliction se changera en joie» (S. Jean XVI, monde; comme le visage du monde change au bout de
20). quelques siècles, _. les paroles du Christ sont vivantes
Maisil aurait pu également dire: « L'Église catholique, depuis vingt siècles et produisent une vie intense et
Sire ». « Allez, enseignez toutes les nations!» furent généreuse.
les paroles d'adieu du Christ. Mais Où y a-t-il un ho~me Oui, les miracles et les prophéties du Christ me prouvent
dans le monde qui ait osé penser à une telle chose, également que le Christ ne peut pas être simplement ~n
seulement en rêve? Que sa doctrine franchirait les homme. Il est Dieu. -
frontières de ce petit peuple juif inconnu, se répandrait
par delà les montagnes, les mers et les continents.
Enseignez tous les peuples! Vous n'aurez ni canons ni
fusils ni soldats - et pourtant vous serez vainqueurs. Mes frères, dans le canton des Grisons, dans cette
Et en réalité ils ont été vainqueurs. Tout ce que la partie sauvage et romantique de la Suisse, les sentiers
méchanceté humaine pouvait inventer a été mis en escarpés à donner le vertige ne sont pas rares, mais parmi
guerre contre l'Église. Et cependant elles restèrent eux il se trouve un passage si abrupt que les habitants
toujours vraies, ces paroles de Notre-Seigneur .: « Les depuis fort longtemps l'appellent le « mauvais ch~min »,
portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle ». « Via mala ». Sur un côté du sentier, dans le bas mugit

Mais on aurait pu encore dire: « Les paroles du Christ, le Rhin, de l'autre côté se dresse à pic une muraille de
Sire ». Quelles paroles? Eh bien! ces paroles inouïes, rochers et le voyageur croit à chaque instant qu'ils vont
ces paroles incroyables, ces paroles qui n'ont encore s'écrouler sur sa têtè; de fait plus d'un voyageur y a été
jamais sorti de lèvres humaines : « Le ciel et la terre écrasé. Et lorsque le touriste, au sortir de tant ded~ngers,
passeront, mais mes paroles ne passeront pas ». Paroles veut enfin pousser' un soupir de soulagement, au bout
incroyables - et pourtant depuis vingt siècles on les du chemin s'ouvre encore une gorge profonde ... Il faut
voit se réaliser. Depuis que Notre-Seigneur Jésus- remercier Dieu, quand on a franchi ce passage sans
Christ a prononcé ces paroles me/veilleuses, l'axe de accident. ..
l'histoire de l'humanité est bien souvent sorti de ses' Toute notre vie terrestre n'cst-elle pas une pareille
pôlesj- combien de nations ont' disparu, combien de « via mala » un pareil « mauvais chemin »? Plein de

dynasties ont surgi et · se sont évanouies, 'tombien de gouffres, de rochers abrupts, de dangers et d'accidents.
royaumes se sont élevés et se sont effondrés, combien Qui nous conduira au delà sans dommage? Qui peut
de philosophes célèbres sont venus avec leurs doctrines être pour nous un guide sûr à travers les abîmes de la
et sont tombés dans l'oubli, _. seules les parole~ de vie? Qui d'autre que le Maître et le Créateur de la vie,
Notre-Seigneur résonnent aujourd'hui encore avec Notre-Seigneur Jésus-Christ.
68 LE SYMBOLE DES APÔTRES

Quelles que soient les vicissitudes de notre existence, .


aucun malheur ne pourra nous arriver, si nous tenons
avec une foi inébranlable la main divine du Christ~
N'oublions pas une chose: n'oublions pas qu'il ne nous
servirait de rien d'entendre beaucoup parler des paroles VI
du Christ et d'admirer ses œuvres, - si nous manquions
de cette bonne volonté avec laquelle ' il nous faut faire
le dernier pas vers la foi. La vie du Christ, ses paroles, LE . CHRIST EST DIEU: SA VIE LE PROUVE
ses œuvres peuvent être mises en pleine lumière devant
nous et pourtant on peut rester sur le sol glacé de
l'incroyance.
A la fin 'de nos réflexions et de nos recherches 'n'ou- MES FRÈRES,

blions donc pas de demander la grâce de la foi. « Seigneur


Jésus, bien qu'avec ma raison je voie qu'il faut que Vous En corrélation avec la mort de Notre-Seigneur Jésus-
soyez Dieu, je ne peux pas saisir parfaitement avec mon Christ l'Évangile rapporte un épisod~ bien émouvant:
intelligence bornée et attachée à la terre Votre être , la conversion et la profession de foi du centurion païen.
intime. Je ne peux pas comprendre, mais je crois inêb"an- Ce centurion était le chef des soldats chargés de
lablement en VOU$. Je crois en Vous ici-bas sur la terre, crucifier le Christ. Cette cohorte se trouvait déjà devant
afin de pouvoir Vous contempler un joU1' dans le ciel ». le palais de Pilate, tandis que se déroulait le procès de
Amen. ,Notre-Seigneur; le centurion avait donc eu l'occasion
d'entendre les réponses de Jésus, d'observer à fond son
attitùde majestueuse, de voir son imposante supériorité
d'âme. Ensuite il ,L'àvait accompagné sur le sanglant '
chemin de la croix, il avait assisté à ses trois heures
d'agonie, il avait entendu ses dernières paroles du haut
de la croix, il avait vu comment le soleil s'était obscurci
au moment de sa mort, il avait senti ,comme la terre
avait tremblé, - et ce rude romain avait eu assez de
courage pour s'écrier avec franchise: « Gefhomme était
vraiment le Fils de Dieu,)) (S. Matthieu, xXy:'n, 54)'
Le cri du 'centurion sur le calvaire était le premier
« Credo)) entendu dans le monde. C'est sur lés lèvres
d'un païèn converti, c'est sur les lèvres d'un soldat que
LE SYMBOLE DES APÔTIŒS LE CH RIST EST DIEU 71

s'est fait entendre la première profession de foi. Or i


1
n'avait connu que les dernières heures du Çhrist, mais
cela avait suffi pour transformer son âme. Il n'avait
MYSTÉRIEUSE DUALITÉ
entendu que quelques paroles de Notre-Seigneur, mais
la majesté qui s'en dégageait avait arraché à son âme
ce cri de foi. Mais nous, nous savons beaucoup plus La première particularité que je voudrais indiquer
de choses du Christ; nous ne connaissons pas seulement dans la vie de Notre-Seigneur c'est ia mystérieuse dualité,
ses dernières heures, mais toute sa vie terrestre. Et la foule de contradictions qui ne peuvent s'expliquer
celui qui lit l'Évangile et entend les sublimes paroles autrement que par sa double nature, divine et humaine.
du Christ, celui qui voit ses miracles, son caractère et Dans une étable abandonnée vient au monde un
sa personnalité, celui qui suit avec les yeux grands petit enfant tel qu'en sont nés déjà des miliiards, -
'ouverts du centurion romain cette machination perfide mais le ciel s'entr'ouvre' au-dessus de lui et des anges
avec laquelle la méchanceté, depuis déjà vingt siècles, chantent près de sa crèche. Quel est donc cet enfant
veut à nouveau Le faire disparaître, celui qui veut chas- merveilleux?
ser de lui-même le Christ: - et ce résultat n' est jamais Quarante jours après sa naissance, sa mère Le pré-
atteint, - à celui qui observe tout cela, il est impossible sente au Temple comm,e tant d'autres enfants ont' déjà
de chasser de son âme cette conviction: le Christ était été présentés, - mais là un vieillard Le serre dans ses
vraiment le Fils de Dieu. bras et annonce avec des yeux prophétiques que de ·11
1 •

Je vais essayer maintenant, mes frères, dans le peu de ce petit enfant dépendait le sort des peuples et des ]'1

~'I
temps qui est à ma disposition, de vous présenter le nations.
caractère et la sublime personnalité de Notre-Seigneur Souffrant la faim et la soif, Il parcourt les routes de J
J~s~s- ~hrist. Ce n'est pas une tâche facile, c'est pour 1
Palestine, Il ne sait, pas où reposer sa tête, mais quand
amSI dIre une entreprise irréalisable que de tracer en il Lui semble bon, Il intervient dans la marche du m<mde,
quelques minutes le caractère du Christ. Mais je crois Il guérit aveugles et infirmes par de simples paroles et
aussi que, si l'observation des dernières heures de Jésus nourrit cinq mille hommes avec quelques pains. Quel
a suffi pour convaincre le centurion païen de la divinité est ce Christ?
du Christ, je contribuerai largement à approfondir Il est fatigué et dort profondément comme les autres
notre foi, si je fais ressortir quelques idées du trésor hommes mortels, mais ensuite Il se lève dans la barque
inépuisable de la majesté et du noble caractère que nous battue par la tempête, .Il commande aux vagues en
a révélés la personnalité de Notre-'S eigneur Jésus- fureur et aussitôt il se fait un grand calme. Quel était ce
Christ. Christ?
Au mont des Oliviers, Il est saisi d'une telle angoisse
qu'une sueur de sang coule de son visage, - quelques
l~j 1

LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU 73 irll


!
minutes plus tard Il regarde les soldats venus pour Les autorités juives dans leur haiAe L'épiaient con- il
l'arrêter et devant ses yeux étincelants toute la troupe stamment, suivaient chacune de ses démarches, Le
tombe_,à terre. Quel est ce Christ? poursuivaient de questions insidieuses, rien que pour
:i'i
,
'1

, Il meurt sur la croix, comme un malfaiteur, livré au pouvoir s'appuyer sur un mot lancé au hasard, - et
mépris du monde, - mais au même instant la terre pourtant Notre-Seigneur a pu dire avec une sublime
tremble, le soleil s'obscurcit, et le centurion païen s'écrie assurance à la face de ses plus grands ennemis : « Qui
au pied de la croix: « Celui-ci était vraiment le Fils de de vous me convaincra de péché? » (S. Jean VIII, 46).
Dieu ». , y ' a-t-il un seul homme au monde pour oser dire cela
Quel était donc ce Christ, mes frères? de lui-même? Et le silence de mort qui suivit cette
Il y a ,aussi d'autres fondateurs de religion et il y a question est la preuve la plus éclatante de la sainteté
des hommes qui mettent le Christ au même rang qu'eux: du Christ.
que Bouddha, Mahomet, Confucius ... Mais il ne faut Voyons seulement de quoi on L'accuse devant Pilate.
que lire leur vie l'une après l'autre et ensuite la vie de Car ses ennemis, au moment décisif où ils criaient avec
Jésus d'après l'Évangile, - et l'on éprouve la même rage aux oreilles de Pilate : « Crucifiez-Le », auraient
sensation que si l'on passait brusquement d'une cave certainement, en ces instants tragiques, révélé le
obscure à une lumiére éblouissante. En effet à celui ,qui moindre péché. Pilate d'ailleurs leur demande :
jette ne serait-ce que quelques regards sur le caractère, « Mais qu'a-t-Il fait de mal? » Et ses ennemis ne purent
la personnalité, la grandeur d'âme de Notre-Seigneur, que répondre : « Crucifiez-Le ». Mliis cette réponse
sautent immédiatement aux yeux deux particularités que ne réussit pas à convaincre Pilate de la culpabilité du
l'on ne pourrait jamais découvrir dans un homme ordi- Christ, c'est ce qui ressort de ses paroles pour s'excuser.
naire, et qui proclament à haute voix la divinité du Lorsque dans sa lâche i'éponse il livra cependant Jésus à
Christ. ses ennemis, il se lava les mains : « Je suis innocent
Quelles sont donc ces deux particularités évidentes qui du sang de ce juste; à vous d'en répondre » (S. Matthieu
s'imposent dans le caractère du Christ? Ce sont : XXVII, 24).
l'absence du moindre péché et la présence de tqutes les L'épouse de Pilate, ' Claudia Procula, a rendu aussi
vertus. témoignage de la sainteté de Notre-Seig~eur 'Jésus-
Christ, lorsqu'elle fit dire à son mari: « Q\f'il n'y ait
II den entre toi et ce juste» (S. Matthieu XXVII, 19).
Le ' même témoignage a été rendu par le centurion au
IL N'Y A EU DANS LE CHRIST AUCUN PÉCHÉ pied de la croix : « C~~tainement cet homme était un
iuste » (5. Luc XXIII, 47). '
1. Qu'on n'ait pu trouver dans le Christ aucun péché, Le malheureux Judas porte le même témoignage,
c'est ce que reconnaissent très nettement même ses ennemis. lui qui, après le réveil de sa conscience, jeta devant les
74 LE SYM~OLE DES APÔTRES t.E CHRIST EST DIEU 75 1

Juifs les trente pièces d'argent avec ces paroles: « J'ai De même saint Jean appelle Notre-Seigneur « le
péché en livrant le sang innocent » (S. Matthieu · Juste» (S. Jean II, 1) et il écrit de Lui: « Si vous savez
XXVII, 4). qu'Il est juste, recon:na~ssez que quiconque pratique
Vous le voyez, même ses ennemis n'ont pu trouver dans la justice est né de Lui» (1° S. Jean II, 29)' -
If! Christ un seul péché. Saint Paul dans son épître aux Hébreux affirme en
2. . Mais ses amis aussi ne trouvèrent aucun péché dans particulie~ que le Christ nous est devenu semblable
le Christ. Et ce n'est pas une preuve moins important~ en toute chose « hormis le péché» (Hébreux IV, 15)'
que la précédente. En effet un proverbe dit avec Parmi les divers témoignages des apôtres, le plus beau
justesse : « Il n'y a pas ,de grand homme pour son est peut-être celui de saint Paul, lorsqu'il dit: « Tel
valet de chambre ... » Si imposant, si aimable, si bon est le grand prêtre qu'il nous fallait, saint, innocent, sans
que quelqu'un paraisse de loin, certainement devant tache, séparé des pécheurs et élevé au-dessus des cieux»
ceux avec lesquels chaque jour il est en contact, vit, (Hébreux VII, 26). En vérité, si le Christ n'est pas
mange et dort, bien des faiblesses et des imperfections Dieu, nous sommes en présence d'un problème inso-
humaines apparaissent. chez lui, même chez les plus lubie: comment a-t-il été possible que les apôtres L'aient
grands hommes. pris pour un' Dieu?
Mais les choses ne se passent pas ainsi avec Notre- En effet ce n'est pas une chose tellement extra-
Seigneur. Ceux qui Le connurent le plus, ses apôtres, ordinaire d'être pris pour quelqu'un de grand, pour un
ne trouvèrent pas en Lui un seul défaut, une seule héros par quelqu'un qui regarde de loin, dans le champ
ombre; au contraire, ils Le regardèrent comme un de l'histoire. Et même les grands personnages de
Dieu et L'adorèrent comme Dieu. Pourtant ils ne l'histoire du monde ne doivent être regardés que de
voyaient pas seulement son attitude publique; ils loin comme les beaux sommets des montagnes; càr si
pouvaient jeter leurs regards aussi sur la vie quotidienne on 's'en approche de très près, certainement on y
du Christ et leur jugement sur le Christ, est cependant découvre une foule de petitesses, de faiblesses, de
la reconnaissance de sa sainteté. défauts et de péchés.
Lorsque saint Pierre guérit le paralytique à la porte Mais les choses ne sont pas ainsi dans le Christ.
du Temple de Jérusalem, il fit au peuple étonné le Ses apôtres ont mangé et dormi avec Lui, ils ont voyagé
reproche suivant à cause de la crucifixion du Christ : et travaillé ensemble. Ils L'ont entendu parler de ses
« Vous avez reùié le Saint et le Juste» (Actes III, 14). souffrances et de sa mort; ils L'ont vu garrotter par les
Dans sa première épître, il appelle le Christ « un soldats; saint Jean a entendu sortir de ses ~èvres sur
Agneau sans _~éfaut et sans tache» (10 S. Pierre l, 19). la croix son cri d'extrême abandon; ils virent son
Un peu plus tard il dira encore du Christ qu'il « n'a tombeau scellé, - eh bien! y a-t-il quelqu'un pour
point commis de ,péché et que dans sa bouche il ne résoudre ce problème, ' 'comment malgré son échec
s'est point trouvé de fausseté» (10 S. Pierre II, 22). complet Le regardèrent- ils encore comme Dieu?
LE SYMBOLE DES APôTRES
LE CHRI ST EST DIEU 77
que je suis doux et humble de cœur» (S. Matthieu XI,
Ce fait ne peut pas s'expliquer autrement que par la .
personnalité fascinante et attirante du Christ. 28"29)·
Mais nous n'avons encore jusqu'ici dépeint qu'une . Voilà Notre-Seigneur qui insiste de préférence sur
partie de la figure du Christ: il n'y a pas eu de péché sa douceur (Jt son humilité. ,
dans le Christ. C'était la tâche la plus aisée. Comme le Christ a été doux! Comme Il a aimé les
Nous allons nouS trouver devant un travail plus petits enfants! Comme Il a aimé ses ennemis! Il n'a
'difficile, en voulant expo'ser l'autre partie. même pas refusé le baiser du traître Judas. Avec
quelle douceur Il a regardé saint Pierre après sa chute!
Avec quel empire sur Lui-même Il a parlé au valet,
quand il L'a frappé au visage! Et comme Il a prié
III pour ses ennemis même sur sa croix! En vérité saint
Pierre a eu raison d'écrire: « le Christ, qui n'a point
TOUTES T_ES VERTUS SE TROUVENT DANS LE CHRIST commis de péché, et dans la bouche duquel il ne s'est
/
point trouvé de fausseté, lui qui, outragé, ne rendait
Qui pourrait entreprendre de décrire avec vérité point l'outrage; qui, maltraité, ne faisait point de
même seulement approximativement les vertus du menaces, mais se livrait à celui qui le jugeait injuste-
Christ? Que de recherches, que d'efforts, que d'essais ment» (10 S. Pierre II, 22-23).
a faits l'illustre Léonard de Vinci, lorsqu'il chercha un Et comme le Christ a été humble! Il se contente d'une
modGle pour la tête du Christ dans sa « Cène » ! Il n'y a crèche et d'une étable, Lui qui a créé le monde. « Les
pas d'ilrtiste qui puisse peindre le visage du Christ renards ont leurs tanières et les oiseaux "du ciel leurs
d,e rrière lequel nous regarde le Dieu éternel, -maïs nidsjmais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa
il n'y a pis non plus d'orateur qui puisse avec des tête » (S. Matthieu VIII, 20).
paroles exposer dignement la personnalité 'du Christ. Il donne aussi cet ordre à ses disciples : « Vous savez
Nous nous contenterons donc de quelques traits. que les chefs des nations leur commandent en maîtres,
Ce sera peut-être le plus facile pour nous de prendre et que les grands exercent l'empire sur enes. Il n'en
pour point de départ les paroles mêmes de Notre- sera pas ainsi parmi vous; mais quiconque veut être
Seigneur. Dans une circonstance en eHet, Il s'est grand-parmi vous, qu'il se fasse votre serviteur; et
r~~élé Lui: même en quelques paroles ,dans une majesté quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il se
sllllaccessible que l'on peut méditer pendant des heures fasse votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'homme
sur ces quelques phrases. est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner
Quelles sont ces fameuses paroles? sa vie pour la rédemption d'un grand nombre ~
« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez (S. Matthieu XX, 25 - 28 ).
SQus le fardeau et ,ie VOltS soulagerai ... Apprenez de moi Dois-je citer une marque plus étonnante encore de
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU 79
son humilité : lorsque, à la dernière Cène, Il se ceint le Christ soit Dieu? Mais ces horrimes et ces femmes
d'un linge et s'agenouille, Lui, le Fils de Dieu, devant n'ont été changés que par la 'grâce de Dieu, par une
de simples pêcheurs, pour leur laver les pieds. _ illumination, par une expérience, pal' une transfor-
Et quel amour dans le cœur du ChristI « Venez tous mation intérieure qui les a fait ~evenit , ' de pécheurs
à moi ,f'- c'est le cri d'amour qui résonne sur les des hommes surnaturels, de sorte que 'pour nous ils
lèvres du Christ. Ce n'est pas en vain que le christia- sont- maintenant presque des étrangers. Mais en Jésus
nisme est appelé « la religion de l'amour». Son dès le début, il y a eu une innocence exempte de toute
fondateur n'a pas seulement prêché l'amour, Il ne l'a passion, une pureté divine provenant de sa nature et
pas seulement réclamé de ses fidèles, mais Ill' a pratiqué en outre pas une singularité en Lui - ,comme on
Lui-même dans une telle mesure qu'elle dépasse toute le penserait peut-être - ou quelque chose d'étrange,
proportion humaine. , de séparé de l'humanité, mais cette pure divinité est
Le Christ a prêché l'a'11Wur. « Vous aimerez votre remplie d'une pure humanité qui doit pousser tous les
prochain comme vous-même)) (S. Matthieu XXII, 38). hommes vers la souffrance et la pitié, Phénomène sans
Le Christ a réclamé l'ampur à ses fideles. « Aimez- exemple et unique. Chacun a besoin du Sauveur, j
vous les uns les autres; que comme je vous ai aimés, vous or Il est le Sauveur )).
r
l'
vous aimiez aussi 'les uns, les autres. C'est à cela que En vérité, mes frères, celui qui étudie à fond les
tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous traits caractéristiques du Christ et néanmoins ne veut
avez de l'amour les uns pour les autres » (S. Jean pas croire à sa divinité, restera finalement en présence 1
')1

~
, XIII, 34-35). d'un problème totalement , insoluble. Il restera sans
Mais le Christ a pratiqué aussi l'a'11Wur. « Il n'y a pas comprendre devant cet amour pour les hommes qui ne
de plus grand amour que de donner sa vie pour ses connaît pas de limites, qui n'est ébranlé par aucune 1
amis» (S. Jean XV, 13). Sa mort sur la croix a été ingratitude et cependant est affranchi de toùte rêverie
la manifestation de cet amour incomparable. La croix sentimentale. Il r.estera sans comprendre devant cet
sanglante se dresse sur le sombre Golgotha et apprend optzmisme que rien ne peut briser ni paralyser. Il
pour la première fois à l'humanité ce que c'est que le restera sans comprendre devant ce grand amour p our
véritable amour. les pécheurs d'une âme qui s'était radicalement tenue à
Lorsqu'on considère ainsi la vie du Christ, ses paroles l'écart du péché, Elle restera incomprise cette absence
'simplel>' et pourtant incomparablement sublimes, son de tout égoïsme, de tout orgueil, et de toute soif du pouvoir
humilité et pourtant sa conscience d'être Dieu, il est malgré sa conscience d'être Dieu. Elle restera incom-
impossible' de ne pas donner raison au grand compo- prise toute la personnalité de cet homme si rempli
siteur Richard Wagner qui résùmait ainsi ses impres- ' If,
d'idéaL
sions : Il Quelqu'un pourrait-il croire que c'est parce Si l'on ne veut pas soutenir que l'on se trouve dan s
qu'il y a eu tant de martyrs et de saints qu'il faut que le Christ en face d'un problème insoluble, alors il
'~
!l

80 . LE SY1mOLE DES ' APôTRES LE CHRIST EST DIEU

ne nous' reste plus qu'à reconnaître comme saint Pierre: Choisissez 1


«Nous avons cru et nous avons connu que vous êtes
le Christ, le Fils de Dieu» (S. Jean VI, 69)' Est-Il un rêveur, un fou, un néant?
Est-Il un miracle triomphant de lumière?
Est-Il un conte du vieux temps?
Est-Il un Roi de l'éternité?
Est-Il une cible pour toutes les moqueries?
Est-Ille Fils du Dieu vivant? (Landewiesche).
Qui était le Christ? -- demandons-nous dèpuis trois
dimanches et nous n'avons pas encore donné de Certainement beaucoup d'entre vous ont lu déjà
réponse définitive. Elle est immense la littérature qui avec une âme émue un roman de Gardonyi où le vieux
s'occupe de cette question et la réponse cependant Frère Sicard va avec le jeune Frère Jean de Buda à
ne pourra jamais être telle qu'elle amène tous les l'île Sainte-Marguerite et (lui montre un homme en
hommes à l'accepter" Pour parvenir à la réponse exacte, état d'ivresse : « Regardez, lui dit-il, cet ivrogne. Il
il faut finalement la foi. Il faut la foi, il faut que ma paraît être son maître, mais en réalité c'est un esclave ».
raison ne s'incline pas seulement sous le poids des Peu après 'il aperçoit au comptoir d'un changeur des
preuves que nous avons examinées, mais fasse ellcore hommes qui semblent être leurs maîtres, mais tendent
le dernier pas. Il faut la foi pour que je dise avec l'apôtre à la dérobée leurs mains vers l'argent: « Regardez ces
saint Pierre : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu esclaves de l'argent ». Arrivent trois nobles: « Ce sont
vivant» (S. Matthieu XVI, 16) ou il faut que'je me les esclaves du luxe ». Le jeune moine prend peur.
scandalise, comme Caïphe, parce que le Christ s'est « Tout le monde est-il donc esclave? Peut-être le roi
regardé comme . Fils' de Dieu. . l'est-il aussi? » dema'nde-t-il effrayé. « Oui, répond
Il ne nous reste donc pas d'autre réponse que' celle-ci: le vieux moine, tous ' sont esclaves. Le roi est aussi
ou bien le Christ était Dieu, ainsi qu'Il l'a dit Lui- esclave; il est esclave de la nation ». « Et nous, sommes-
même ou bien Il était un génie qui a dépassé les bornes nous aussi esclaves? » demande encore le jeune homme.
de la folie, la victime de la plus formidable ' folie des « Oui, nous sommes aussi esclaves, répond le vieillard.'
grandeurs de l'histoire du monde. Mais pour regarder Nous sommes les esclaves de Dieu ».
comme exclue cette dernière possibilité, il n'est pas La vérité est donc que dans le monde chacun est
nécessaire d'être ,chrétien; il suffit de connaître les esclave. L'un est l'esclave des biens fonciers, un autre
hommes, d'être psychologue et 'nous v~rrons avec de l'argent, un troisième du luxe, un quatrième de
étonnement la personnalité du Christ, ee caractère, . , son corps, un cinquième de la femme, un sixième est
si pleinement harmonie~x, si pondéré, d'une si impo- l'esclave de la vanité... ,
sante sublimité et si plein de noblesse. Mes frères, si nous sommes tous des esclaves, si nous
/
Symb. d . Ap. T. TI 6
82 LE SYMBOLÈ DES APÔTRES

devons tous être les esclaves d'une personne ou d'une chose,


soyons donc plutôt les esclaves du plus grand des Maîtres,
du meilleur, du plus illustre, du plus saint des MaUres:
SOyONS!es heureux escla~)es de Notre-Seigneur Jésus-Ch1Ùt!
VII
Amen.

LE CHRIST E~T DIEU:


L'HISTOIRE LE PROUVE

(1)

C'est aujourd'hui la Pentecôte et la fête 'de la Pente-


côte est la fête du ,départ triomphal de l'idée chrétienne.
Aujourd'hui est sortie des lèvres apostoliques la pre-
mière prédication, et depuis, la prédication chrétienne
n'a plus jamais cessé. Aujourd'hui a été donné le
premier sermon chrétien, où saint Pierre a pris pour la
première fois la parole à Jérusalem devant une gr?nde
foule et lui a prêché le Christ,« à qui Dieu a rendu témoi-
gnage pour vous par des prodiges, des miracles et des
signes ») (Actes II, 22); « que toute la maison d'Israël
sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et
Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Actes II, 36).
Après ce sermon de saint Pierre trois mille hommes
se convertirent le jour même, .è...... ce fut la première
entrée du christianisme dans l'histoire.
Près de deux mille ans ont passé depuis et aujour-
d'hui l'histoire de ces deux mille ans nous fournit un
magnifique, témoignage de la véracité du Christ. Il a
85
LE CHRIST EST DIEU
LE SYMBOLE DES APÔTRES
dant des années ont été le plus en contact avec Lui, ont
pr?clamé nettement qu'II n'ét 't mangé, voyagé avec Lui, entendu toutes ses paroles et
nalre, mais un Dieu . , .al. pas un homme ordi-
qUl s est faIt ho . ' .
A) Le~, apôtres sont les premiers personnages de
que prouvent sa vie merveilleuse mme et c est. ce vu toutes ses œuvres.
comme nous l'avo' d et sa personnalIté
ns vu ans l ' ' l'histoire du christianisme; examinons n'importe les-
sermons. _ es trOls derniers
quels de leurs écrits, soit les évangiles, soit les Actes des
Mais maintenant je veux dans . Apôtres, ou les quatorze épîtres de saint Paul ou celles
faire parler l'histoire f troIS nouveaux sermons
,. en aveur de N S . de saint Jacques, de saint Pierre, de saint Jean, dans
esus-Chnst L'h' t" otre- elgneur
J • • 1~ Olre n a pas d touS ces écrits rayonne sans cesse leur inébranlable per-
figure aIt bravé aussi victor' e personnage dont la
~lec es, dont la personnalité ait f' . . . pOUSSI'ère de&
., 1 leusement la suasion de la divinité du Christ.
Passons brièvement en revue ce qu'ont pensé du Christ
Immenses cl'énergies s "t Il altJaIlhr des flots aussi
d..::s milliards pendant Pd ~eè les, auquel après sa mort
Irl
ses contemporains et ses apôtres.
, es SI ces . a) Saint Jean-Baptiste, le Précurseur, lorsqu'il ren-
et contre lequel la 'h ' aIent rendu hommage
, mec anceté h . . contra le Christ près du Jourdain, Le salua de ces
essaye dans un . umame aIt tout
vainement. e mcessante ré 1
vo te et essaye encore paroles : « Ecce agnus Dei !» « Voici l'Agneau de DieUi »
(S. Jean l, 29) c'est-à-dire: voici le Messie attendu
. ~st. Qu étatt le Christ?
Que dr:t l' histoire au sujet du Chr'? ' . par nouS. En effet toute la religion juive repose sur la
Ce sera le problè d
. me es troIs mst t" .
SUlvre. Dans le sermon d'au'ourd' r~c IOns qUI vont croyance que le Messie serait Dieu.
que le premier pas . 1 Q' d~
b) pour qui l'apôtre saint Jean a-t-il pris le Chri::t?
hUI nous ne ferons
.
f>oraills? II. Que dise t 1 e~t
. .. l I e 1 s ·
du Chnst ses contern- Vous connaissez les paroles sublimes par lesquelles
n es premlers siècles chrétiens? début~ l'évangile selon saint Jean: « Au commencement
était le Verbe et le Verbe était Dieu » tS. Jean l, 1).
« Et le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous »
il
.1
(S. Jean l, 14)'
Selon saint Jean nier le Christ équivaut à nier Dieu:
I~\
.
,

« Quiconque nie le Fils n'a pas non plus le Père; celui 1


(lUE DISENT, DU CHRIST SES CONTEMPORAINS?
qui confesse le Fils a aussi le Père» (JO S. Jean II, 23)' . \,1'",1,

« Vous reconnaîtrez à ceci l'esprit de Dieu: tout esprit


Dès que nous nous occupon d l ' qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu;
nous dit du Christ l'ho t ' '1 s e a questIOn : que
IS olre 1 est to t 1 et tout esprit qui ne confesse pas ce Jésus n'est pas de
soyons en premi l' '. u nature que nous
er leu surtout mtér é , . . Dieu, c'est celui de l'antéchrist» (JO S. Jean IV, 2-3)· "
e ses contemporains t . . ' ess s par 1 oplmon
dEn effet personne e prmclpalement de ses apôtres « Et voici le témoignage que Dieu nous a donné, la vie
'11
11

\
ne peut dm ' . éternelle, et que cette vie est clans son Fils Celui qui a
compétente à .cette quesf mer une reponse plus
. IOn que ces hommes qui pen-
/

86 LE SYMBOLE DES APÔTHES LE CHRIST EST DIEU

le Fils a la vie; celui qui n'a p_as le Fils de Dieu n'a pas II, 14; 10 Timothée II, 6; 10 Corinthiens l, 30). Écoutez
la vie» (10 S. Jean V, 11-12). les premières lignes de son épître aux Hébreux: « Après
Est-il possible de confesser plus clairement que le avoir à plusieurs reprises et en diverses manières parlé
Christ est Dieu? · autrefois à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces
c) Pour qU1: saint Pierre a~t-il pris le Christ? Un jour derniers temps, nous a parlé par son Fils» (Hébreux l,
le Christ Lui-même demanda à ses apôtres ce qu'ils 1-2). ·
pensaient de Lui. Et saint Pierre s'avança et au nom e) Je pourrais encore demander pour qui les autres
de tous fit cette sainte confession de foi : « Vous êtes hommes avec lesquels Il fl été en contact ont tenu le Christ.
le Christ, le Fils du Dieu vivant» (S.Matthieu XVI, I6). L'aveugle qu'Il a guéri s'agenouille devant Lui et
cl) Pour qui saint Paul a-t-il pris le Christ? Pour le L'adore (S. Jean IX, 38). Lorsqu'Il apaise la mer en
savoir, il suffit d'ouvrir au hasard ses quatorze épîtres fureur, « ceux qui étaient dans la barque, s'approchant
où il appelle le Christ plus de deux cents fois «Kyrios », de lui, l'adorèrent en disant: Vous êtes vraiment le Fils
terme qui aux yeux d'un juif équivalait à ~( Seigneur- de Dieu)) (S. Matthieu XIV, 33). Marthe s'éc~ie : « Oui,
Dieu ». Il serait obligé de rèjeter toutes les épîtres de Seigneur, je crois que Vous êtes le Christ, le Fils de
saint Paul, celui qui douterait de la divinité du Christ. Dieu, qui êtes venu en ce monde» (S. Jean XI, 27).
Il me faudrait ici évoquer tant de passages de l'apôtre Saint Thomas l'incrédule s'écrie: « Mon Seigneur et
que je n'en finirais pas avec les citations où saint Paul mon Dieu!)) (8. Jean XX, 28).
fait ressortir les marques divines du Christ. Il Lui attri- Je crois, mes frères, que les citations rapportées
bue une action divine. Il Le proclame l'unique auteUr jusqu'à présent suffisent pour montrer clairement que
du salut et affirme qu'Il a la même nature que son Père les contemporains du Christ, ses apôtres et ses autres
du ciel. · disciples L'ont regardé comme Dieu.
Il suffit- de citer parmi les plus magnifiques passages Mais je ne veux cependant pas me contenter de ce
de saint Paul ces lignes d'une beauté incomparable de que j'ai dit jusqu'ici.
son épître aux Philippiens au sujet du Christ « qui, .B) Parmi les adversaires du christianisme il y a eu
tout en étant dans la condition de Dieu, n'a pas retenu aussi des. critiques qui ont mené la lutte contre le Christ
avidement son égalité avec ,Dieu, mais s'est anéanti en Le déclarant un personnage légendaire et mythique.
lui-même, en prenant la condition d'esclave, en se Ils ont prétendu que le Christ était un homme admirable
rendant semblable aux hommes et reconnu pour homme et rempli d\déal, mais simplement un homme et que
par tous ses dehors» (Philippiens II, 6-7). « Car en lui seulement le fanatisme des siècles chrétiens en avait fait
habite corporellement toute la plénitude de la divinité » par la suite un Dieu; plus les siècles se sont éloignés de
(Colossiens II, 9). Lui, plus la légende a donné à sa personne des traits
Sans cesse saint Paul proclame que nous sommes idéalisés et c'est ainsi qu'Il est devenu Dieu.
sauvés par le ~ang du Christ (Galates III, 13; Colossiens Si c'était la vérit.é, alors tout le christianisme s'écrou-
. ' - "

'"
~ 1

88 LE SYMBOLE DES APôTRES LE CHluST EST DIEU

lerait. Mais qu'il n'en soit pas ainsi c'est ce qu'ont Saint Paul 'après sa conversion « se mit aussitôt à
suffisamment prouvé les faits que nous venong de rap- prêcher dans les synagogues que Jésus est le Fils de
porter et qui démontrent que le Christ a été tenu pour Dieu» (Actes IX, 20). « Aussitôt », donc non pas des
Dieu même par ses premiers fidèles. Pourtant il y a bien des siècles après.
choses dont je n'ai pas encore parlé. Le diacre Philippe applique au Christ les passages
Voici quelques nouveaux faits : messianiques d'Isaïe (Actes VIII, 32). .
Les tout premiers disciples du ChrIst, les apôtres et Tout l'évangile selon saint Matthieu fait voir que les
les premières communautés chrétiennes croyaient déjà prophéties messianiques de l'Ancien Testament se sont
avec la plus grande fermeté à la divinité du Christ, à sa réalisées dans le Christ.
qualité de Messie, nous en avons la preuve classique . Saint Jean, comme il le déclare lui-même, écrivit son
dans.)e discours de saint Pierre, lors de la première évangile, « afin que vous croyiez que Jésus est le Christ,
Pentecôte : « Que ,t oute la maison d'Israël sache donc le Fils de Dieu et qu'en croyant vous ayez la vie en son
avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus nom» (S. Jean XX, 3 1 ).
que vous avez crucifié·» (Actes II, 36). Voilà ce qu'affirme En vérité, il faudrait brûler les évangiles, les Actes des
saint Pierre non pas des siècles après Jésus-Christ, mais , Apôtres et le Nouveau Testament tout entier, si on
dix jours après l'ascension du Sauveur. voulait nier ce fait plus clair que le jour .: les ap'ôtres et les
Et lot:sque saint Pierre après la guérison du para- premiers chrétiens croyaient fermement (l la divl:nité du
lytique prêche dans le Temple, faisant allusion aux Christ, et ce ne sont pas les siècles postérieurs qui l'ont
souffrances de Notre-Seigneur, il dit ceci,: « Mais Dieu inventée.
a accompli de la sorte ce qu'il avait prédit par la bouche
de tous les prophètes que son Christ devait souffrir » II
(Actes III, 18). Devant les princes des prêtres, il pro-
clame .ouvertement du Christ : « Cette pierre que vous LE TÉMOIGNAGE DU CHRISTIANISME PRIMIrIF
1
" .
avez rejetée de l'édifice est devenue la pierre angulaire
et le salut n'est en aucun autre» (Actes IV, II-16). Ce que ses contemporains avaient cru du Christ, les
Au centurion Corneille saint Pierre enseigne que le premiers siècles chrétiens l'ont cru pareillement.
Christ, _« a été établi par Dieu juge des vivants et des A) Les lIites du christianisme primitif en fournissent
morts ... que tout homme qui croit en lui reçoit par son une preuve magnifique. On rendait au Christ un culte
nom la rémission de ses péchés» (Actes X, 42-43). d'ad~ration, donc Il était regardé comme Dieu par ses
Et lorsque le diacre saint Étienne est lapidé, il voit premiers fidèles, par ceux qui étaient venus du judaïsme,
Jésus debout à la droite de Dieu (Actes VII, 56) et il où l'on tenait pour le plus grand péché, pour un acte
recommande son âme à Jésus: « Seigneur Jésus, recevez d'idolâtrie le fait d'adorer quelqu'un d'autre que Dieu
mon esprit» (Actes VII, 59). seu1.
r- I 1

LE CHRIST EST DIEU


LE SYMB OLE DES APÜTREh

païen, lorsqu'il écrivait à l'empereur, ne pouvai.t pas


Les premiers chrétiens etaient surtout issus du
s'imaginer quel service il rendait par là au prédicateur
judaïsme le plus pieux, le plus religieux et voilà qu'ils
de l'église de l'université de Budapest.
osent avec la plus sainte des convictions adorer le Christ
En,...,efIet quel est le sujet de mes sermons depuis
voilà qu'ils,osent Le regarder comme Dieu. S'ils l'on~
plusie~rs semaines? La d.ivinité du Christ. Il a été
fa~t, c'est qU'ils. avaient de sérieuses raisons pour le
question de ce qu'Il se donnait pour Dieu. Mais pour
faIre. Quelles raisons? Une expérience immédiate les '
qui a-t-il été tenu par ses successeurs, son entourage
avait persuadés que le Christ ne pouvait pas être sim-
immédiat et ses premiers disciples? Serait··il vrai
plement un homme.
que la personnalité du Christ ne serait parvenue à la
La sainteté et l'ancienneté de cette adoration rendue
divinité que peu à peu, après des siècles et que peu à peu
au ~h~ist. nous sont dépeintes de façon saisissante par
la. légende L'aurait fait Dieu?
un ecnva1l1 païen du second siècle.
Et voilà qu'un écrivain païen vient à notre aide. Ce
L'empereur romain Trajan avait ordonné à Pline
gouverneur païen a vu lui-même les chrétiens se réunir
gouverneùr d'Asie Mineure, de faire des recherche~
le.s dimallches et se mettre à genoux, ·commt; nous le
sur la nature de la nouvelle religion et sur ce qu'étaient
faisons actuellement vingt siècles plus tard, et adorer
les chrétiens; il fallait s'informer soigneusement de ce
dans le Christ Dieu vivant au milieu de nous, comme
qu'ils faisaient dans leurs cérémonies sacrées et s'ils
nous le faisons actuellement vingt siècles après. Et si les
n'étaient pas des individus dangereux pour l'état.
premiers chrétiens ressuscitaient maintenant et venaient
Pline réporidit à l'empereur dans une lettre qui existe
avec nous à la messe du dimanche, ouL .. sans doute .. .
encore aujourd'hui et qui est un merveilleux éloge de
ils trouveraient bien des changements/avec leur temps .. .
nos ancêtres dans le christianisme.,
sur leurs autels il n'y avait pas de lumière ~lectrique, le
, ,La n~uvelle religion nuit réellement à la religion de prédicateur ri' était pas dans une chaire, mais assis près
. 1 etat, dit la lettre, car depuis les temples païens sont de l'autel, les églises étaient plus pauvres, les cérémonies
d~se~ts. Les chrétiens sont des gens, poursuit-il, qui se
plus simples, sur un point cependant, le prin~pal, ils ne
r~u1l1ssent de t~ès bon matin à certains jours (les
se ~eraient pas trouvés étrangers : quand retentit ra
dimanches) et « chantent les louanges du Christ comme petite clochette à l'Élévation ils ne demanderaient à
si c'était un Dieu ». personne ce qui se passe en ce moment, mais agenouillés
Tels sont les termes de la lettre de Pline. t.L es Chré- avec nous ils adoreraient le Dieu qui vient parmi nous.
tien~ « chantent les louanges du Christ, comme si c'était
Car tous pouvaient faire cette profession de foi rédigée '
un Dieu ». Nos frères, les premiers chrétiens qui étaient par ~aint( ,Athanase au IVe siècle: « Nous n'adorons pas
regardés comme des criminels par le gouverneur à les choses créées. Mais nous adorons le Maître ' des
~ause d~ l'ad~r~tion ~u Christ ne p,ensaient pas qu'un ' créatures, qui s'est fait homme, le Verbe de Dieu. Car
JOur, pres de V1l1gt Siècles plus tard, ils rendraient un SI son corps est en soi une partie de la création, il est
grand service à leurs frères dans la foi. Ce gouverneur
92 LE SYMBOJ,E DTIS APôTRES LE CHRIST EST DIEU 93

cependant devenu le corps de Dieu ... Qui serait assez sommes que' d'hier et nous envahissons tout: les villes,
fou pc'-tr dire au Seigneur : ôtez votre corps, afin: que les colonies, les palais, les prétoires, même l'armée, le
je puisse Vous adorer ». , forum, le sénat; nous ne vous laissons que vos temples,
Oui, ",mes frères, nos ancêtres dans le christianisme qui sont devenus déserts ». '
ont adoré le Christ dès l'origine, et la prière adressée Voilà comment la religion du Christ supplicié comme
partout par les premiers chrétiens rend témoignage de un malfaiteur sur ; le bois d'infamie, malgré les plus
la divinité du Christ. cruelles persécutions, a pu se propager si rapidement 'e t
B) Mais la rapide propagation et les luttes victorieuses a pu triompher : tel est le premier témoignage de
du christianisme naissant en rendent également témoi- l'histoire .e n faveur de la divinité du Chi"ist.
gnage. En effet si le Christ n'était pas Dieu, alors on
ne comprendr-ait pas que ce feu qu'Il a allumé sur la
terre se soit répandu si rapidement et ne se soit pas éteint
jusqu' aujourd'hui. '
L'âme de l'ancien paganisme était consumée par un Mes frères, il y a quelques années, en 1926, ,eut lieu
désir curieux: monter dans le ciel et ravir aux dieux le une grande fête à Rome dans les ruines du Colisée :
feu sacré, symbole de toute vie. Le Grec Eschyle dans une croix était dressée au-dessus des ruines du cirque.
un drame émouvant décrit l'inanité de cette entreprise A cette place où jadis la foule qui remplissait le cirque
désespérée. Et c'est le Christ qui a réalisé ce qui était poussait des cris de joie à la lueur vacillante des flam-
impossible pour l'homme : Il a apporté le feu du ciel beaux, sous une pluie de fleurs et aux sons des instru-
et II veut allumer cette flamme dans toutes les âmes. ments de musique, tandis que le sang de milliers de
« Allez, enseignez tous les peuples ». Personne en ce martyrs chrétiens rougissait le sable de l'arène, à cette
monde, même pas un seul audacieux conquérant, place se dressait maintenant la croix persécutée du
pas un seul prince avide de conquête n'a donné à ses Christ.
gens un tel ordre. On se prend à réfléchir ... Au cours de cette grand:ose
Et les apôtres du Christ portent le feu sacré dans solennité on est là debout dans l'arène du Colisée et
toutes les directions du monde. Aucune puissance ne les les yeux s'attachent sur la loge impériale vide et
arrête. Et pourtant que de fois on a ,essayé de les retenir! délabrée. :. on croirait voir apparaître les têtes étonnées
Tous les moyens étaient bons pour éteindre le feu sacré des empereurs morts depuis longtemps .. : leurs visages
du christianisme, - et aucun_ ,moyen ne s'est révélé apparaissent successivement, comme on peut les voir
suffisant. La torture, les bêtes 'féroces, la noyade, le dans les' antiques statues des Offices de Florence :
bûcher ... tous les supplices ont été mis en œuvre contre l'un a une petite tête ronde ~t les cheveux courts ...
les premiers chrétiens et c'est alors que Tertùllien un autre a le crâne dénudé ... un troisième des regards
pouvait écrire avec un sublime courage : « Nous ne d'oiseau de proie. Et ils regardent et s'étonnent; les
LE SYMBOLE DES APÔTHES Ll> cHiUST 1'::;'1 Dum 95
94
ruines du cirque sont envahies par une foule semblable L'empereur lit... et commence à trembler" .. et sa
àun essaim d'abeilles, partout des fleurs, un empres- figure s'altère ... la vision est disparue', - mais nous
sement solem_J. restons et nous lisons, en nous agenouillant, d'une
Et l'un des empereurs demande: « Qu'est-ce qui âme reconnaissante, - nous lisons comme une prière
se passe? » , l'inscription de l'obélisque, comme le- témoignage
« Majesté - lui dis-je - ce sont les chrétiens )). éclatant de l'histoire du monde : « Christus vincit,
« Les chrétiens? - s'écrie Néron - Est-ce que Christus regnat, Christus im!Jerat », « le Christ triomphe,
vingt siècles n'auraient pas suffi pour les faire le Christ regne, le Chrisi commanc(e )l, Amen.
disparaître? ))
Non, César, ils n'ont pas suffi. Les rôles ont m ême été
ren'{ersés. Où a .coulé à flots le sang chrétien, se dresse
maintenant triomphalement la croix du Christ persé-
cuté. L~ Christ persécuté vit aujourd'hui encore et
son royaume embrasse le monde entier, - mais où
êtes-vous, vous les empereurs Persécuteurs et qu'est-il
advenu de votre empire? Rappelez-vous , César; vous
avez fait crucifier un vieux pêcheur du nom de P ierre.
Et maintenant la plus belle église du monde porte ~~on
nom et devant Saint- Pierre se dresse un obélisque de
granit rouge d'une hauteur de vingt-cinq mètres que
vous connaissez bien. L orsqu"il n'y avait pas encore
de chrétiens dans le monde, il se trouvait devànt le
temple égyptien du dieu soleil et l'un de vos prédé-
cesseurs, Caligula, l'avait fait placer dans le cirque
où les chrétiens furent déchirés par les bêtes féroces ...
Voyez, l'obélisque est encore debout aujourd' hui,
seulement .. f,'seulement; sa pointe n'est plus telle qu'elle
était de votre temps. lVlaintenant une croix de six
mètres de haut le surmonte et dans cette croix est
enfermée une parcelle de la croix bénie du Christ ...
et sur l'obél isque on peut lire des paroles ... des
paroles dont la vérité est proclamée depuis déjà vingt
siècles ... lisez, César, car vous savez le latin ...
l LE CHRIST EST DIEU 97

t
1
!
mosaïque. Extérieurement il n'y a rien d'extraordinaire
en cet enfant. Une pauvre femme le porte dans ses
bras, un charpentier l'accompagne et tient la place de
son père, - voilà tout le cortège. Deux colombes, -
juste ce qui est nécessaire pour l'offrande. Les riches
VIII
1 offrent un agneau, mais cela dépasse leul's\ imoyens.
i Mes frères, si vous vous étiez. trouvés dans le Temple,
LE CHRIST EST DIEU: 11
. auriez-vous cru que ce petit enfant inconnu so~lèverait
L'HISTOIRE LE PROUVE 1
un jour le monde? N'auriez-vous pas souri de ce
! vieillard qui attendait depuis longtemps le Messie et
(II) 1 maintenant, illuminé par l'Esprit-Saint, contemplait
\ dans son âme toute la vie de l'enfant, ses miracles,
1
ses paroles, sa mort, son culte et dans son ravissement
,s'écriait: « Cet enfant est au monde pour la chute et
MES FRÈRES,
\ la résurrection d'un grand nombre en Israël, et pour
,~ être un signe en butte à la contrlJ;diction » (S. Luc II, 34).
Les sublimes paroles qui viennent d'être lues (dans Quelle scène incompréhensible!
l'évangile du dimanche de la Très Sainte Trinité) Voilà un vieillard vénérable avec dans les bras un
sont les paroles d'adieu du Christ se préparant à quitter \ petit enfànt inconnu; devant lui les ' parents et ils
le monde. « Allez, enseignez toutes les nations », tel 1 écoutent d'un cœur anxieux ses paroles: « ce petit enfant
est le dernier commandement de Notre-Seigneur et 1 deviendrait un jour un homme gigantesque que le
il retentit comme un écho des paroles avec lesquelles i monde bénirait et maudirait éternellement. De ses
l'Enfant- Jésus avait été salué par le vieillard Siméon petits yeux jaillirait un éclair qui attirerait les hommes
lors · de sa présentation au Temple. ou les ferait fuir. Ce petit enfant inconnu formerait
Dans les parbles d'adieu du Christ se manifeste encore
la grande pensée exprimée par Siméon au sujet de
\ ie sujet le plus actuel ' de l'histoire du monde envers
, lequel il faudrait que tout homme prît position soit
l'Enfant- Jésus à son entrée dans le monde : le sort pour soit contre ».
de l'individu et de la société, l'avenir des nations et 1 Auriez-vous cru cela de ce pauvre petit enfant? Et
de toute l'humanité sont étroitement unis avec le Christ. tout cela s'est réalisé.
Vous souvenez-vous de la scène émouvante' du vieil- tl Qu'est-ce qui s'est réalisé? Ceci, .que ce petit
lard Siméon? enfant muet, enveloppé de langes, a réellement partagé
Un petit enfant est amené au Temple de Jérusalem, en deux camps l'humanité. Qu'il est devenu pour les
pour être présenté à Dieu conformément à la Loi individus; les peuples et les royaumes une occasion de

. Symb. d. Ap . - T. II 7
LE SYMBOLE DES AP ôTRES LE CHRIS'!, EST DIEU 99
chute ou de résurrection. Que le sort de toute l'huma-
nité dépend dorénavant de Lui.
Ceci s'est réalisé littéralement dans le . passé et se
réalise'jhaintenant encore, - et c'est ce que je voudrais
démontrer dans mon sermon de ce jour. Montrer le
visage sublime de Notre-Seigneur, comment depuis
t I. L'histoire des nations.
a) Le premier peuple qui a fait opposition au Chi.,t
fut le peuple juif. Le Sauveur lui avait été envey,,,
mais il ne Le reçut pas, ~ bien plus : il Le persécuta
jusqu'à la mort. C'est en lui que se sont pour la pre-
mière fois..Jréalisé es les paroles de Siméon : « Il a 'été
des siècles Il a passé victorieusement devant les rois, établi pour la ruine d'un grand nombre ». . .
les peuples et les individus. Montrer cette double Le royaume juif a été détruit quelques dizaines
vérité: 1. Celui qui s'oppose au Christ périt et II. celui d'années ap~ès Notre-Seigneur.
qui combat sous ses drapeaux est vainqueur. Mais quelle destruction! Pendant la Grande Guerre,
nous avons vu des choses épouvantables, mais il n'y
a peut-être jamais eu choses pareilles à celles que subit
Jérusalem assiégée par les Romains. Nous ayons lu
1 des récits effroyables sur des scènes de la Grande
Guerre, mais qu'une ville ait été en même temps minée
IL EST ÉTABLI POUR LA CHUTE D'UN GRAND NOMBRIl par la peste, la famine, l'ennemi extérieur et la discorde
intestine, nous ne l'avons pas entendu dire.
~e général romain Titus assiège J émsalem (en 70).
Plus d'un millier d'années avant la naissance dt' Dans la ville, de faux Messies propagent le désordre,
Jésus··Christ, le roi David décrivait d'une âme prophé- la peste fait rage et la famine ravit la raison à beaucoup.
tique dans le Ile psaume, comment le Père donne la Finalement on ne peut plus résister, les soldats romains
domination à son Fils : « Tu es mon Fils, c'est moi qui pénètrent dans la ville; un massacre épouvantable ...
t'ai engendré aujourd'hui. Demande-moi et je te don- toute la nuit la ville brûle et des familles entières
nerai les nations en héritage, et je te ferai posséder périssent dans les flammes.
jusqu'aux extrémités de la terre. Tu les conduiras ave,; « Le 10 août 70, écrit un historien, le soleil se leva
une verge de fer, et tu les briseras comme le vase du . SUl' les ruines fumantes de la ville ». En quelques mois,
potier. Et maintenant, rois, comprenez, instmisez-vous, un million de Juifs' étaient morts. Et quelles scènes
juges de la terre. Servez le Seigneur · avec craiillte, épouvantables! 11 Y avait dans la ville une femme riche
tressaille~ devant lui avec tremblement ». ' et distinguée, &! nom de Marie; rendue à moitié folle

~
C'est ainsi que parlait le prophète David et il suffira par la faim~- elle fit rôtir son propre enfant. Des gens
de jeter quelques regards sur l'histoire : 1. sur l' histoire affamés sentirent dans la rue la viande grillée et se
des nations et 2. sur l' histoire des indi'vidus, pour que précipitèrent dans la màison : « Il y a de la viande
nous soyons convaincus de la vérité de ses paroles. grillée ici. Nous te tuons, si tu ne nous la donne s pas
,

1
/'

100 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU 101

tout de suite ». La moitié de l'enfant était encore là, la L'empereur Hadrien fait ériger sur le calvaire une
femme l'apporta, mais à ce tableau horrible même ces statue de Vénus, la déesse de l'impureté; sur le tombeau
figures bestiales furent saisies de dég~ût. ' .. du Christ, celle de Jupiter. Qu'allez-Vous devenir,
Titus aurait voulu conserver intact le magnifique ô Christ? (-
Temple, mais il n'y réussit pas. 11 fallait que fussent Sévère donne cet ordre: il n'est pas permis d'être
réalisées les paroles de Notre-Seigneur: «Il n'en restera chrétien.
pas pierre sur pierre ». Le premier mur du Temple Dioclétien, après une terrible persécution, fait frapper
est pris d'assaut ... un soldat monte sur les épaules d'un une monnaie avec cette inscription: « Nomine christia-
autre, jette par la fenêtre une torche, le cèdre très sec norum deleto», « En souvenir de la disparition du nom
prend feu et au crépitement des flammes, aux cris chrétien ". Qu' allez-Vous devenir, ô Christ?
de joie des vainqueurs se mêlaient les râles des mourants, Que va-t-il arriver? Le christianisme sort triompha-
les sanglots des prêtres qui voulaient offrir pour la lement de chacun de ces bains sanglants. Et Néron
dernière fois le sacrifice, mais qui maintenant récitent devient fou, Dioclétien est déposé de son trône de
les prières des morts. Six mille personnes périrent pourpre et meurt comme un vieillard hargneux;
dans les flammes, les escaliers étaient inondés de sang. Galère Maxime, un des 'plus cruels persécuteurs, est
Titus se précipite, pour voir au moins un instant le dévoré vivant par les vers; Maximin Daia qui s'était
Saint des Saints que personne, en dehors du grand enivré du sang chrétien finit par s'empoisonner, niais
prêtre juif, n'a jamais vu. C'est en vain: tout est enve- la dose était insuffisante, elle agit lentement, il endure
loppé d'une épaisse fumée et bientôt l'emplacement des tortures infernales, il est terrifié par des visions :
du temple est un tas de cendres. le Christ avec des yeux étincelants, lui demandant
« Il est établi pour la ruine d'un grand nombre ". compte de ses fidèles massacrés ... il pousse des hurle-
b) La seconde nation qui s'est dressée contre le Christ ments et meurt... ; Maxence périt dans le Tibre; Licinius
fut la nation romaine. Ses empereurs pendant trois tombe sous le fer de Constàntin... -l'épouse du Christ
siècles inondèrent la terre du sang chrétien. Petite reste debout, couverte de sang, mais victorieuse et
poignée de guerriers chrétiens, pourras-tu supporter toujours jeune. -,
tant dé cruauté.? Pourras-tu résister? Tu seras anéantie. « Il a été établi pour. la ruine d'un grand nombre )J.
Ton nom disparaîtra. Il y a sept ans, le 9' novembre 1924, on célébrait le
On accusa les chrétiens d'être des athées -..: or ils seizième centenaire de la consécration de la Basilique
ne rejetaient que les idoles; de manger de la chair de Latran. A l'endroit même où s'élevait le palais de
humaine, - c'était le mystère eucharistique mal Maximien, où il allait de chambre en chambre en
comptis; d'être des conspirateurs, - parce qu'ils se méditant les plus sanglantes persécutions, se dresse
réunissaient dans les catacombes. depuis seize cents ans une église, la basilique du Latran
Qu'allez-vous devenir, ô Christ? sur le fronton de laquelle est inscrit : l) Mère et tête

j
102 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU

de toutes les églises )J. Où jadis · était érigé le trône colonies sous le joug, des païens superstitieux, -
impérial se trouve aujourd'hui un trône qui ne sera parce qu'ils ont fait opp6sition au Christ.
jamais renversé, le trône du pape. Saint Léon a fait Émouvant enseignement de l' histoire : toute nation
faire · avec la statue d.c; Jupiter Capitolin la fameuse qui se ,sépare du Christ tombe dans la barbarie et le
statue de Saint··Pieire dont un pied est déjà usé par malheur.
les nombreux baisers des pieux pèlerins. 2. Cela ne s'applique pas seulement aux nations, .
Sainte Agnès, à l'âge de treize ans, est traînée de mais aussi aux individus.
force dans un mauvais lieu, mais son saint regard le Et maintenant je ne recherche plus le témoignage
transforme en église, et aujourd'hui se trouve à · cet des peuples, ni des Juifs ni des Romains ni de l'histoire:
endroit une des plus belles églises de Rome, l'église i'en appelle à nous-mêmes.
SaÏ11te-Agnès sur la Piazza Navona. On fait exécuter S'il se trouvait parmi vous, mes frères, un seul
aux· chrétiens prisonniers de pénibles travaux: on con- incroyant pour entendre en ce moment mes paroles,
struit un bain. Qui eût alors pensé que là où sous la c'est à: sa propre expérience que je ferais appel. Vous
direction de saint .Cyriaque on versait tant d~ sueurs avez réfléchi, vous avez essayé d'expliquer pourquoi,
avec un pareil mépris de la mort, s'élèverait un jour à cause de ceci, de cela, vous ne croyez pas au Christ ...
une église du vrai Dieu sous le nom de Saint-Cyriaque Dites-moi : Sans le Christ êtes-vous content? D'où
et que ce petit oratoire serait incorporé au chef-d'œuvre provient en vous dans les questions les plus graves
du plus grand génie de l'architecture, Michel-Ange, cette effroyable confusion? :Ëtes-vous si certain de
l'église Sainte-Marie-des-·Anges. Ah! s'ils avaient su, ne pas avoir d'âme? Si certain et si content qu'après la
lorsqu'ils creusaient le sol, qu'ils bâtissaient non pas mort tout soit fini? C'est facile à dire, difficile à croire.
un bain abri du péché, mais un temple de Dieu! Est-ce certain qu'après la mort il n'y aura pas de
« Il a été établi pour la chute d'un grand nombre ». jugement? Savez-vous avec tant de certitude qu'il n'y
c) Mais il n'y a pas que le peuple juif et le peuple a pas de Dieu tout-puissant et créateur? Et s'Il existe,
ro~ain pour apporter ce témoignage, toute l' histoire est-ce que ce Dieu accepte que chacun observe la loi
du inonde parle de même. ' Jetons seulement un coup morale qui lui plaît? .~
d' œil sur les cités d'Asie jadis si florissantes : Éphèse, Et ce n'est pas seulement aux incroyants que je fais
Antioche, Césarée, Nicomédie... que de savants, appel. Je fais aussi appel à nous-mêmes, à ces_ tristes
d'artistes, de saints y ont vécu ... saint Basile, saint minutt;!>. où nou~ avons commis le péché, contredit le
Grégoire, saint Jean Chrysbstome - cO,!llme ces villes Christ. Je fais appel à vous·-mêmes, Répondez-vous à
ont disparu 1 Regardons l'Afrique du 'Nord : saint vous~mêmes : n'avez-vous pas toujours ét6 près de la
Athanase, saint Cyrille, Tertullien, Clément, Origène, ruine, qua~d ! VO\lS vous êtes séparés du Christ? Le
saint Cyprien, saint Augustin - quelle vie magnifique péché vous a attirés, trompés, vous l'avez écouté, mais
alors - et aujourd'hui? des peuples barbares, des lorsqu'ensuite le remords a pénétré votre âme,
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU 10 5
n'avez-vous pas sai' SI' 1a ven ' 't'e des paroles de Les savants, les philosophes, les empereurs, les
Siméon ; II a e'te' eta
, . bl'1 pour la ruine de ceux qui soldats païens. se précipitèrent contre ces douze pêcheurs
Le contrediraient ... mais en vain. Tous les instruments de torture furent
employés contre eux - la hache s'émoussa, le glaive
II s'échappa des mains lassées du bourreau et le rocher
resta debout, l'arbre continua à croître. ~ 1

Toujours de nouvelles luttes, - mais l'Église reste


IL A ÉTÉ ÉTABLi
debout. - Le Christ ~vait dit; « Voici que je vous
POUR LA · RÉSURRECTION D'UN GRAND NOMBRE
envoie comme des brebis au milieu des loups »
(S. Matthieu X, 16), c'est-à-dire, vous aurez toujours
, Mais il y a une suite aux paroles de Siméon, _ et des ennemis. Mais Il avait encore dit: « Ne craIgnez
c e~t pour nous une grande consolation. Plaçons donc point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous
maI~te~ant en face de la ruine des adversaires du Christ donner le royaume » (S. Luc XII, 32). Des hérétiques
la vIctoIre des fidèles du Christ; considérons comment viendront bientôt qui déchireront la robe du Christ,
suivre le Christ est devenu une source de bénédictions qui l'assailleront et l'accableront de railleries - ne
pour les nations et les individus. craignez point; des bêtes féroces assoiffées de sàng
~. N~us. avons vu comment a péri la Jérusalem viendront et voudront 'arracher des âmes l'amour du
qUI aVait rejeté le Christ. « Mais alors disparaissent avec Christ - ne craignez point.
~lI,e t~utes les prop.héties et les promesses qui avaient Que n'a pas déjà enduré l'Église, mais qui l'a Jamais
ete faites aux patnarches? » N'ayez pas peur . tout vu trembler? Au XVIIIe siècle, philosophes, savants,
s'est. réalisé dans l'Eglise et tout ce qui avait disparu poètes, romanciers, orateurs, hommes politiques se
renaIt à la place. Le Dieu suivant les plans duquel sont ligués contre elle ;« A présent nous allons l'écraser »,
nous conservons une poignée de grains récoltés en été - et l'Eglise n'a pas tremblé. .
et les semons. pour que cette poignée repeuple à Que de fois la Cloche des morts a sonné pour elle!
no~veau ~~ pnntemps la terre entière, c'est ce Dieu Si elle pouvait périr un jour, il y a longtemps que cela
qUI a ChOISI parmi les Juifs douze hommes et comme aurait dû avoir lieu.
des semences printanières les a répandus à travers le Pensons seulement à Napoléon: sa puissance s'éteFl-
monde, afin qu'un peuple nouveau vienne prendre la dait de l'Espagne à la Vistule, de la Hollande à la
p:ac~ du peu~le éfu tombé dans l'infidélité; un peuple Grèce
. , il avait une foule d'alliés; ét lui, 1e demi-dieu,
.
different de 1 anCIen ; ce . dernier avait eu la Palestine fait ,cerner le pape par ses soldats. Le pape ne cramt
pour domaine, l'autre ne connaît pas de frontière' le pas. Ii i'excomIhunie. Contemplez ce vieillard que l'on
premier s'était limité à une race, l'autre renferme to~tes arrache à ses fidèles et que l'on traîne malade .de ville
les races et toutes les nations. en ville ... Ce vieillard ose s'opposer à celui devant qui
106 LE SYMBOLE DES APôTRES LE CHRIST EST DIEU ' 10?

s'effondrent rois et empereurs. Qui va ' maintenant qui ornent les devants des autels et les murs des chambres
parler en sa faveur? Qui le défendra? Celui qui a été à coucher et qui sur des millions de tombes nous adres-
établi pour la chute et pour la résurrection d'un sent un salut consolateur, toutes proclament dans le
grand nombre. monde: « Vous êtes le_Çhrist, le Fils du Dieu vivant ».
Mais le Chpst'n'a pas de soldats! Non, mais II a le feu Il n'y a pas de visage qui ait été autant de fois reproduit
- et Moscou est en flammes. Mais le Christ n'a pas de que celui du Christ. Il n'y a personne dont la vie ait été
canons !Non, mais II a les tempêtes de neige - et elles autant de fois imprimée que celle du Christ dans les
balayent l'armée de Napoléon. Le pape retourne à quatre évangiles. Il n'y li pas de livre qui ait été traduit
Rome, le peuple est transporté de joie. en autant de langues que l'évangile: toute la Sainte
Et il en a toujours été ainsi, depuis que le Christ est Écriture a été traduite en plus de deux cents langues,
apparu comme « le grand signe de contradiction pour quelques parties l'ont été en plus de quatre cents.
les méchants ». Au cours des siècles, les adversaires du Le Christ aujourd'hui encore est le centre du monde et
Christ n'ont fait que changer de nom, mais pas de le point de départ de l' histoire. On cop,naît deux époques
haine. Jadis ils s'appelaient Néron et Dioclétien, dans l'histoire : celle avant le Christ et celle après le
aujourd'hui ils sont bolchévistes et francs-maçons; Christ. Quiconque écrit une date rend un hommage
jadis c'était sur l'arène du cirque romain que brûlaient muet au Christ; même les non-chrétiens sont obligés '
les bûchers sous les martyrs' chrétiens, aujourd'hui les dé se plier à cet usage, chaque fois qu'Us écrivent une
couvents d'Espagne brûlent sur la tête des religieux - lettre; ils , sont obligés de le faire, même les journaux
et l'Église ne tremble pas, ne pâlit pas, car elle connaît qui combattent le Christ, chaque fois qu'ils mettent
la prophétie de Siméon : « Le Christ a été placé pour la date sur un numéro. Qui pourrait comprendre tout
la chute de ceux qui se jetteront contre Lui» elle connaît Cela, si le Christ avait été simplement un homme?
les derniers mots de, l'évangile de ce jour: « Voici que Qui pourrait comprendre que le nom du Christ, bien
je suis avec vous jusqu'à la fin du monde ». qu'Il n'ait été ni un général ni un conquérant célèbre,
2) Mais écoutez et voyez également, mes frères, comme mais qu'Il ait vécu pauvre et soit mort dans le mépris,
la vie parle aussi en faveur du Christ. La vie dt La com- brille d'un éclat extraordinaire à côté du pâle souvenir )~
munauté chrétienne et le sort de mon âme. d'Alexandre le Grand, de César, de Gengis-Khan, de }1
a) La_vie
, de la communauté
.
chrétienne. Solimàn, de Napoléort? Qui comprend cela, si le Christ
C'est seulement quand retentit sur ses lèvres la grande n'a été ni poète ni philosophe ni savant et pourtant les
profession de foi au Christ: « Vous , êtes le Christ, le plus grands poètes, phil9sophes et savan~,~ sont heureux
Fils de Dieu », - c'est seulement alors que se révèle la quand ils peuvent écrire sur Lui? Qui comprend ce1a~ \
sublime vérité du christianisme ... Les millions et les si le Christ n'a été"qu'un homme? Il y a eu de grands
millions de croix qui se dressent au bord des champs philosophes qui pendant leur vie ont réuni autour d'eux ' :,:
'.
et des chemins, qui surmontent les clochers des égli~es, toute une école de disciples enthousiastes, mais ils sorit ;J
"

/
108 LE SYMBOLE DES ÀPÔTRES LE CHRIST EST DIEU 1°9

morts et qu'est-il advenu de leurs écoles? Où sont les idée : il escalade un figuier et de là il voit le cortège. ,
fidèles enthousiastes de Platon, de Socrate, d'Atistote? Mais le Seigneur qui voit dans les replis les plus secrets
Où y a-t-il au~monde seulement une petite école qui de l'âme, le Seigneur qui aperçoit même la pâle flamme
porte le nom d'Auguste, de César, d'Alexandre le de bonne volonté qui couve sous une rude écorce; le
Grand? Et aujourd'hui encore six cent millions d'hom- Seigneur qui, suivant l'expression d'un saint, fait autant
mes s'appellent du nom du Christ, chrétiens. Pourtant de pas vers . nous que nous enfaisons vers lui, N otre-
Auguste, César, Alexandre le Grand pendant leur vie Seigneur Jésus-Christ a vu le désir ardent au fond de
ont été les maîtres du monde, pourtant le Christ était l'âme de Zachée, Il s'arrête au-dessous de l'arbre et
un pauvre qui a été attaché à la croix. Qui comprend à l'étonnement de la foule, Il dit: « Zachée, hâte~toi de
cela, si le Christ n'a été qu'un homme? desc~ndre, car il faut qu'aujourd'hui je loge dans ta
b) Mais ,la vérité des paroles de Si~éon, en dehors maison» (S. Luc XIX, 5)·
de la grande réalité du ,christianisme, n'est pas moir.: J'ai demandé: Qu'est-ce que le Christ pour vous?
démontrée par le sort de mon âme à moi. N'avez-vous Car aujourd'hui encore il y a parmi nous une foule de
pas déjà bien des fois senti, mes frères, quel triomphe Zachées. D'hommes qui pareillement sont poursuivis
. c'est de vivre uni au 'Christ, si vous êtes capables de , par la vie. D'hommes dont la rude enveloppe menace
répondre vous-mêmes à cette question décisive: Qu'est- d'étouffer le plus petit élan de l'âme vers la religion,
ce que le Christ pour moi? Dieu, la vie éternelle ... en qui le désir ' du Christ n'est I
Connaissez-vous l'histoire du publicain Zachée? pas encore complètement mort, - quel bonheur, si un
Qu'était-ce que ce Zachée? Un publicain. Un homme jour ils rencontrent le Christ! « Il a été établi pour la
enfoncé dans les préoccupatio~s de la vie quotidienne, résurrection d'un grand nombre ».
qui du ' matin au soir gagnait son pain en percevant les Je pense à ce qui se passerait si un jour Notre-Seigneur
taxeS, - avec des mains pas tout à fait nettes ... Il avait parcourait à midi une des rues les plus fréq~e~tées
. un bon revenu, une vie tranquille ... mais aussi son âme de la capitale. Ses fidèles enfants, ses braves dISCiples
était comme celle de millions de ses semblables : au se joindraient aussitôt à Lui avec une joie infinie, comme
fond, tout à fait au fond soupirait de temps à autre iis le font par une profession de foi publique à la pro-
le désir de pieu, de Dieu oublié. Un jour parvinrent à cession de la Fête-Dieu ou à une autre procession du
ses oreilles",p.es bruits concerpant un « nouveau pro- Saint Sacrement.'"' Mais hélas 1 combien il y aurait
phète », les miracles qu'il opérait, les choses merveil- d'indécis, de victimes du respect humain~ d'hésitants
leuses qu'il enseignait ... Et un jour arrive la nouvelle qui se hâteraient de louer une fenêtre au second étage
que le -prophète va passer par sa ville, par Jéricho; .. sur le parcours du cortège et là du haut de la fenêtre, '7'"
Un désir sans nom le saisit: il faut que je le voie. pourvu que personne de leurs connaissances l~s aper-
Mais comment faire? A cause de sa petite taille, il coive! - ils salueraient silencieusement le Chnst à son !
1
ne verra rien dans la grande foule. Mais voici une bonne passage. Ce sont ceux que l'on ne voit jamais à l'église;
110 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EsT DIEU III

ce sont ceux dont l'entourage croit qu'ils n'ont pas la Ce sont les battements dus à la Circulation du sang.
foi; ce sont ceux dont l'âme est pour ainsi dire étouffée C'est vrai. Mais il bat aussi au souvenir,-\e vos nombreux
par la précipitation de la vie, mais eri-qui, au milieu de anciens péchés et il bat encore du désir ardent du Christ
tous les succès de la terre, se fait entendre le désir du si longtemps oublié.
Christ ... car il ne peut pas vivre sans le Christ celui qui Ah! écoutez et ouvrez votre cœur et que le calme de
même une seule fois a regardé dans ses yeux bénis. votre âme brûlante et rayonnante 'de bonheur soit un
Si seulement, mes frères, vous vous rendiez compte témoignage éclatant de la véracité de Siméon, que le
que le Seigneur vous parle aussi (à vous là-haut au Christ a été établi pour la joie et la résurrection de tous
second étage, à vous qui êtes plongés dans les études phi- ceux qui se tiennent prè8 de Lui et Le serventtidèlement.
losophi.ques, dans les angoissants problèmes de l'âme, à
vous qui êtes dans les lieux de plaisir, les salles de bal ... )
c'est à vous qu'Il parle: Hâtez-vous de descendre, car
aujourd'hui il faut que je demeure dans votre maison. Mes frères, vous connaissez la mOlt épouvantable de
Seulement ne dites pas que ce n'est pas à vous que l'empereur JulielJ l'Apostat. Par le fer et le feu, il avait
s'adresse le Seigneur, parce que vous êtes si éloignés . persécuté le christianisme, il voulait que l'humanité
de Lui. Ne dites pas que vos péchés vous ont submergés . oubliât jusqu'au nom du Christ. Et lorsqu'il eut réussi
, entièrement pour toujours. ' à noyer dans le sang les communautés chrétiennes, il
Non, ne le dites pas. Écoutez seulement les paroles demanda à un chrétien avec une ironie triomphante : .'

de Zachée à' Notre-Seigneur. Zachée est descendu en « Eh bien! que fait maintenant le charpentier galiléen? ,) 1·
hâte de son arbre et il a dit sans' reprendre haleine : Le chrétien répondit par ces mots remplis d'une foi 1

« Voici, Seigneur, que je donne aux pauvres la moitié inébranlable: «Il fait ton cercueil ». En réalité, le cercueil
j:
de mes biens et si j'ai fait tort de. quelque chose à de Julien était déjà fait. Et lorsqu'il resta mourant sur
le champ de bataille il prit dans le creux de sa main un [:
quelqu'un, je lui rends le quadruple». Et Notre':Seigneur !
lui dit: «Le salut est venu aujourd'hui sur cette maison ... peu de son sang et le lança contre le ciel avec ce cri de i

car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce désespoir : Tu as vainc~, Galiléen.
qui était perdu» (S. Luc XIX, 8-10). Oui, l'histoire entière témoigne que le Christ de GaWér:
Vous jlussi réparez ce qui a été défectueux. Vous aussi a toujours été victorieux.
remettéz en ordre la maison de votre âme, - et le Mais nous ne ~oulons pas Lui rendre hommage à b
Christ entrefa chez vous. manière de l'impie Julien l'Apostat, brisé, désespéré,
« Voici que je me tiens à la porte et je frappe », dit anéanti,- mais Lui rendre hommage par cette prière d'un
de Lui-même Notre-Seigneur (Apocalypse III, 20). cœur fervent et transpol'té de bonheur Vous ites
Mes frères, ne L'entendez-vous pas frapper? N'enten- victorieux, Seigneur Jésus 1 Soyez le roi de notre âme
dez-vous pas les battements de votre cœur? Vous dites: soumise. Amen.
LE CHRIST EST DIEU

que l'homme vit seulement de pain et non pas aussi de


la parole de Dieu. Une foule d'âmes se transportent
aujourd'hui dans l'atmosphère réfrigérante d'une région
polaire où il n'y a plus ni prière ni repos du. dimanche
IX ni assistance à ta messe ni réception des sacrements ni
vi() éternelle ... ni rien autre que des fronts courbés
LE CHRIST EST DIEU: jusqu'à terre, des dos écrasés par le travail et une chasse
impitoyable après le pai~ quotidien.
L'HISTOIRE LE PROUVE
Et pourtant, mes frères ... pourtant je dis ·que pour
nous la question la plus importante est de savoir qui
(III)
était Jésus-Christ. La question du pain est importante,
les nombreux soucis de l'existence sont importants, la
question d'une place, d'ùn logement est importante ...
. MES FRÈRES,
mais n'est-il pas cent fois plus i~portant que toutes les
luttes terrestres du passé d'avoir une foi ferme et iné-
C'est déjà le sixième dimanche que nous nous occu- branlable en Jésus-Christ, dont le divin visage fait
pons de cette question : Que pensez-vous ,du Christ? rayonner depuis vingt siècles l'assurance, ·la fol'ce et
De qui est-il le Fils? l'aide nécessaires pour les luttes victorieuses du combat
Peut-être y a-t-il parmi vous quelqu'un pour dire de la vie terrestre. Tant qu'il y aura des hommes sur
avec impatience: Serait-ce là le problème le plus brûlant? la terre, cette vie sera toujours une lutte; mais que
N'auriez-vous pas de question plus importante que deviendrions-nous, si nous perdions la source d'où
celle-ci? Posez donc plutôt là question où trouverai-je jaillit seule la force victorieuse? .
de quoi payer les intérêts de mes dettes? Avec quoi Je pose donc aujourd'hui encore une fois la question:
habillerai-je mes enfants? De quoi vivrons-nous? Comment l'histoire a-t-elle montré le Christ? Tel a été
Comment pourrai-je trouver du travail? Comment le sujet des deux derniers sermons, mais que Notre-
pourrai-je arriver à une situation? Oui, ce sont Seigneur ne puisse pas avoir été simplement un homme,
des questions brûlantes. Mais qu'était-ce que le Christ qu'Il ait été bien davantage, c'est ce que dé'montre -
et pour qui L' a-t~on tenu - ah! ce n'est pas de cela ' en deht)rs des preuves apportées dans les instructions
qu'on vit. précédentes ~ une circonstance remarquable. Je ne
Ne vous scandalisez pas, si j'exprime si crûment et si sais pas si cette idée aura autant d'effet sur les autres
nettement cette pensée. Hélas! elle n'est pas inventée, que sur moi; mais pour ma part il me faut reconnaître
elle n'est pas imaginaire, mais une triste réalité. Des qu'elle a fortifié ma foi au Christ avec une puissance
milliers et des centaines de mill'! pensent de nos jours extraordinaire.

Symb. d, Ap, - T , TI Il
IIf LE SYMBOLE DES APÔTRES
LE CHRIST EST DIEU 115

Quelle est cette circonstance? Cette chose intéressante j'occupe, je fais aussi partie de l'ensemble de l'humanité
et inexplicable que depuis deux -mîlle ans nous ne pouvons et'sans moi l'histoire ne serait pas Ce qu'elle est devenue
plus oublier Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ils ne le peuvent avec moi. Sans doute, la plus grandé partie des hommes
pas ceux qui L'aiment, ils ne le peuvent pas ceux qui Le n'est qu'une toute petite pierre dans la mer immense:
haïssent:-- S'il n'a été que simplement un homme, un à peine l'eau fait-elle quelques rides. Mais il y a des
de ces milliards qui ont déjà vécu sur la terre';' alors ce ' grands hommes, des célébrités de l'histoire du monde,
fait curieux reste pour moi totalement inexplicable. des héros, des conquérants, des inventeurs, des savants,
Je l'affirme: pour moicett~ idée est d'une telle puis- des artistes qui font jaillir autour d'eux des vagues très
sance que je trouve qu'il vaut la peine de développer hautes, dont l'activité forme à la surface de l'histoire
dans mon sermon d'aujourd'hui ces trois ponts: 1. On des cercles gigantesques ... Mais qu'ils soient grands
oublie tout, seulement Il. On ne peut pas oublier le Christ,
ou petits ... la fin, le sort de chaque homme est le même:
donc III. Il est le Roi immortel de ['éternité.
Quand on descend dans les profondeurs de la mer, dans
les profondeurs de la tombe, les vagues commencent
à se calmer ... « Un instant et vous avez tout oublié, un
1 instant et vous êtes oublié de tous »' ,
C'est le sort commun à tous les hommes. C'est le sort
ON OUBLIE TOUT des bons, c'est celui des méchants. II y a eu de puissants
monarques devant lesquels les peuples de tout un con-
tinent s'inclinaient avec res,p ect, - qui les connaît
Mes frères, jé jette une pierre dans l'eau. Un clapotis
aujourd'hui? Il y a eu des hou{mes au grand cœur, pleins
se fait entendre et là 'où la pierre a touché la surface
de charité dont on disait au jour de leurs obsèques que
de l'eau des cercles se forment. Si c'est une petite pierre,
« le souvenir de leurs bienfaits vivrait éternellement ",
elle ne forme que quelques cercles, si c'est une grosse
- et aujourd'hui on ne sait plus leurs noms.
pierre que j'ai jetée, les cercles s'étendent et durent plus
Il y a eu des tyrans sanguinaires qui ont envoyé
longtemps, mais après un certain 'temps - que la pierre
des milliers de victimes à la mort, peut-être pendant
soit grosse ou petite - les oscillations cessent, l'eau
cinquante ans, peut-être pendant cent ans les pères en
redevient calme et la petite ou la grosse pierre reste
ont~ils parlé aveè effroi à leurs fils, mais ensuite? C'est
immobile au fond.
tout. Ils sont'--disparus sous les eaux; la tombe les a
Tout homme est une pierre jetée dans la mer immense
engloutis et ils sont voués à l'oubli.
de l'histoire de l'humanité. Où que nous soyons, quelles
Mais pourqu,oi vous présenter des exemples si an-
que ~oient nos occupations, notre science, nos richesses,
tiques? L'image des vieux parents est attachée au mur
notre manière de vivre, nous formons plus ou moins
dans la plupart des familles. Les enfants la regardent
de cercles à la surface. Si simple que soit le poste que
avec respect. Puis les petits-enfants arrivent dans la
..
LE CHRIST EST DIEU
II6 LE STMBOUl DES APôTRES
de nos parents i- mais seulement tant qu'ils sont en
vieille demeure, ensuite viennent' lell IArrière-petits-
vie. Qui célèbre l'anniversaire d'un mort? M:,lÎs un
enfants ... l~ ~ortrait des arrière~grands-parents a déjà
jour vint au monde un petit enfant - bien loin, dans
beaucoup pah : on le porte au grenier. Oui, on oublie
un pays perdu, dans une étable,abandonnée - il ne
tout, on oublie tout.
vécut pas longtemps sur la terre; seulement' trente-trois
" Et maintenant arrive mo~ ., grand problème, mes
ans et cependant il a tracé de tels sillons dans l'histoire
f~ères. A, cette ,loi humaine de l'oubli qui ne connaît pas
. que chaque année le jour de sa naissance est célébré
d eX,ceptlOn fait seul exception Notre-Seigneur Jésus-
- même par les non-chrétien~ - avec une solennité
Chn~t : Nous n'oublipns pas le Christ. Le Christ aujour-
rayonnante de bonheur, de ferveur, de paix et de joie.
d'hm encore est aimé d'un tel amour et aujourd'hui
, Qu'est-ce , que cet enfant? Est-ce réellement "un
encore est haï d'une telle haine que cela serait incom-
homme? 'Bien sûr - il n'y a pas de doute.
préhensible, s'Il n'était qu'un homme ordinaire, qu'un
Mais il faut qu'il y ait quelque chose de plm•.
des acteurs de l'histoire de l'humanité..
2. Nous ne célébl,"ons pas seulement le souvenir du
Christ, - le Christ vit encore aujourd'hui parmi nous.
Nous n'avons pas oublié le Christ: Il vit au mûieu de nous
II et chaque jour son ' saint nom est prononcé dans les
prières de centaines de millions d'hommes. Nous
ON N'OUBLIE PAS LE CHRIST n'avons pas oublié ses paroles; la moindre de ses paroles
retentit parmi nous, comme si elle avait été dite hier.
Où est né mon arrière-grand-père, je ne sais pas; que
A) On aime aujourd'hui' encore le Christ.
faisait mon grand-père à l'âge de douze ans, je ne sais
1. Répoùdez seulement à cette question : De quoi
pas; quelles furent les dernières paroles de ma grand-
parle Noël? De la naissance du Christ. Mais n'est-il pas
mère avant sa mort, je l'ignore ... Or tout cela a eu Heu
s~rprena~t ,qu'aucune naissance avant Lui et après Lui
n ait SUSCite une telle sensation? Pourtant des milliards
1
il y seulement de quarante à soixante ans. Mais -bù
est né le Christ il y a deux mille ans, qu' a-t-Il fait à
d'enfants sont venus au monde depuis. Des enfants de
l:âge de douze aris dans le Temple de Jérusalem, quelles
princes, de rois, d'empereurs. Mais qui se soucie d'eux?
furent ses dernières paroles sur la croix, chaque enfant
Oui, car mêmesi~c'était l'enfant du plus puissant
du catéchisme le sait. Les cœurs de centaines de millions
monarque, quelle importance cela avait-il t pour les
battent plus' fot;t, dès qu'ils prononcent son nom. Les
contemporains et pour les hommes des siècles à venir?
souffrances de centaines de millions s'adoucissent,
C'est seùlement le jour de naissance du Christ qui est
quand ils regardent vers la croix. Des centaines de
encore célébré aujourd'hui. Et nous le célébrons encore
millions reçoivent de Lui la force de remplir silen-
après sa mort. Certainement nous célébrons récipro-
cieusement, sans mot dire, leurs devoirs d'état. Il y en a"
quement chaque année l'anniversaire de nos amis et
I18 LE SYMBOLE DES APôTRES ,LE CHRIST EST DIEU

toujours eu et il yen aura toujours pour être prêts à pas l~ sec~et de perpétuer mon nom et mon amour dans
subir pour Lui le martyre. Il y en a toujours eu et il y le cœur des hommes, de faire un miracle sans l'aide de
en aura toujours pour être prêts à renoncer, pour Le la matière. Il en a été ainsi de César-, d'Alexandre le
servir, aux plus brillantes carrières mondaines. . Grand. On nous oubliera, les noms des conquérants ne
« ~coutez, ~a chère sœur - disait u~-.incroyant à resteront que comme sujets de dev~irs scolaires. Q~el
une religieuse garde-malade, en voyant avec quelle abîme entre ma misère et le royaume éternel du Chnst,
patience angélique elle soignait un malade repoussant - que l'on aime, que l'on adore et que l'on prêche dans
écoutez, ma chÙe sœur, je ne soignerais pas ce malade le monde entier! Est-ce que le Christ est mort? N'est-ce
pour cent francs par jour ». pa,s plutôt une vie éternelle? Oui, c'est la m?rt du
« Et moi pas pour deux cents francs non plus, Christ. Ce n'est pas la mort d'un homme, malS celle
répondit la religieuse, puis elle ajouta doucement : d'un Dieu ».
... mais je le soigne pour Jésus-Christ )J. Lorsque Lénine mourut, il y a quelques années, son
Eh bien! voilà ce que je ne c<;lmprends pas. Je ne corps fut embaumé' et déposé dans un mausolée érigé
comprends pas que, si le Christ n'a été qu'un homme, avec des frais considérables à Moscou, afin que l'idée
qui a vécu et qui est mort, on L'aime ainsi après deux soviétique possédât une relique où les hommes vien-
mille ans. draient en pèlerinage. Mais le corps commença bientôt
3. Ce fait que le Christ aujourd'hui encore, vingt à se décomposer, finalement il fallut l'incinérer et
sièCles après sa mort, est une réalité vivante dans des fermer le mausolée. Or Lénine est mort il y a seulement
centaines de millions de cœurs, personne au monde quelques années... ..
ne peut le comprendre, ne peut l'expliquer, sauf celui Et Notre-Seigneur Jésus-Christ est mort 11 y a
qui sait que le Christ est bien mort, mais qu'Il est éga- dix-neuf siècles ... mais allez dans le ph,ls petit village
lement Dieu et que par suite Il est encore 'vivant parmi nous. ou bien dans l'église d'une capitale, devant le tombeau
Cette perisée fit grande impression sur Napoléon du Christ, devant le Très Saint-Sacrement, à n'importe
en exil qui, à Sainte-Hélène, décl ara un jour au général quelle heure de la journée vous trouverez des gens
Bertrand: « ••• C'est ce qui m'étonne le plus e me priant en silence, adorant, selon la foi, non pas
prouve avec certitude la divinité du Christ. Moi aussi un Christ embaumé, mais un Christ vivant et résidant
j'ai pu enthousiasmer les foules qui sont -111ées po~r éternellement parmi nous... Si le Christ n'était
moi à la mort. Mais ce qui allumait en leurs cœurs le simplement qu'un homme, pourrait-on comprendre
feu sacré, c'était ma présence, l'étincelle électrique de qu'on puisse L'aimer ainsi? '
mes regards, ma voix, mes paroles. Il 'y a en moi une Et surtout. .. qu'on puisse autant Le haïr?
mystérieuse force magique qui transporte les hommes, B) On hait le Christ aujourd'hui e n c o r e . ,
mais je ·ne peux pas la communiquer à d'autres, je ne Pendant ces deux mille ans, Il a toujours eu (les ,
p eux pas la donner à mes généraux; et je ne connais ennemis et Il en a encore actuellement, qui avec une
120 LE SYMBOLE DES APôTRES LE CHRIST EST DIEU 121

haine satanique voudraient effacer son nom de la humaine: cette haine peut-elle s'expliquer, ces vingt
mémoire~des hommes, qui L'attaquent avt;c une siècles de christianisme; ses luttes, sa contiimité, sa
astuce et une violence infernales. victoire peuvent-ils s'expliquer, si le Christ n'était
Et c'est ce que je ne comprends pas non plus, si le qu'un homme mort sur une croix?
Christ n'a été qu'un homme. . « Consummatum ·est Il - « Tout est consommé », tels
1. Je ne ·comprendrais que si cette· haine qui fait fu.rent t. les derniers mots sur les lèvres , du Christ
rage depuis des siècles s'attachait à quelque tyran expirant. Et s'Il n'était qu'un homme, ~es paroles
sanguinaire de l'histoire universelle qui aurait été le proclament sa déception et sa défaite finales. Alors
bourreau de ses contemporains. Mais non; ce ne sont elles ne signifient pas que la grande œuvre de la
pas les pharaons des pyramides, ce n'est pas Néron rédemption est accomplie, mais que « Tout est fini ».
baigné dans le sang, ce ne sont pas eux qui sont haïs, - « Consummatum est » - « Tout est fini », disait pour
c'est le Christ de Nazareth qui est haï, - Et c'est ce que se tranquilliser en revenant du ,Calvaire la foule qui
je :ne saisis pas. Car si le Christ n'avait été qu"un un instant aUl'aravant avait été si épouvantée par le
,homme, sa personne serait encore l'apparition la plus tremblement de terre et l'éclipse de solèiL Maintenant
digne de respect de l'histoire. A-t-Il fait du mal à qui il ne 'faut plus avoir peur. A présent tout est ·fini.
que ce soit ? Y a-t-il quelque chose de mal que l'huma- « Consummatum est» - « Enfin c'est fini », s'écria
nité ait appris de Lui? N'a-t-Il pas proclamé le grand certainement Pilate qui ' ne pouvait plus trouver de
commandement de l'amour? Ne Lui avons-nous pas repos depuis la sentence; s'écria Hérode qui avait
entendu raconter la parabole du Bon Samaritain? Et
ce Christ peut être haï? Et l'on peut lutter contre Lui
tremblé de la peur que l'activité du Christ ne déclenchât
une révolution.
l"
avec les armes infernales d'une tschéka soviétique? « Consummatum est» - « Enfin c'est fini », s'écrièrent
Et aujourd?hui la rage des révolutionnaires espagnols avec grand soulagement les ennemis dù Christ. Il nous
n'écume-t-elle pas contre Lui? a causé suffisamment de mal et de nuits sans sommeil, -
Le Christ n'a pas été si~plement un homme. Il a à prése'n t nous pouvons dormir.
dû être bien davantage, c'est ce que démontre ce fait « Consummatum est» - « Alors c'est la fin? », disaient
curieux de l'histoire : Le Christ a été mis à mort. il en s~!lglotapt les apôtres déçus 4ans leurs espérances.
y a vingt siècles et son souvenir béni, sa force, sa sai~te Et après que le Christ a terminé sa vie par une
figure sont encore vivants aujourd'hui pour les c~n­ défaite aussi complète, expliquez-moi comment il est
taines de millions de fidèles qui L'aiment; le Christ possible qu'après vingt siècles de changements ~ans les
est mor! il y a deux mille ans et ses ennemis Le craignent institutions, les idées, les usages, les travaux de 1 huma-
encore toujours, ils cherchent encore toujours à Le nité, le Christ ne puisse pas être oublié, - ~ie~ plus
faire mourir. qu'aujourd'hui encore Il occupe une place emmente
2. Envisageons , les choses de façon purem~nt dans l'histoire du monde. Une place si éminente qu~ l,
1
1


III ,

122 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST EST DIEU ' 12 3


1

sans cesse aujourd'hui encore on se lance contre Lui grande idée. Mais, il y a quinze ans, des centaines de 1
avec une haine insondable, pour pouvoir un jour enfin mille et des millions ne sont-ils pas morts héroïquement 'II
Le tuer ... Mais pourquoi tuer de nouveau Celui qui p~!1r une grande idée etJeurs noms sont déjà recouverts
a été jadis mis à mort le Vendredi- Saint? Ce n'est de poussière et souvent nous ne savons pas où est leur
pas l'habitude d'exécuter toujours à nouveau un mort. tombeau. Si le Christ était simplement un homme, il
aurait eu inévitablement le même sort.
Combien l'histoire connaît··elle d'hommes célèbres
III qui ont fait couler des fleuves' de sang à cause de leurs
projets tyranniq'fes et que les malédictions de centaines
de mille poursuivent dans leurs tombes, - mais qui
, LE CHRlST EST LE ROI IMMORTEL DE L'ÉTERNITÉ
aujourd'hui encore leur en veut? A la mort de combien
d'hommes au grand cœur on a versé des flots de larmes,
~orsqu'on réfléchit sur ces constatations, il vient à ,- mais qui verse aujourd'hui encore une larme sur eux?
l'esprit un magnifique passage de la Sainte Écriture Il suffira peut-être de nous en référer encore une fois
et on est poussé par une force irrésistible à s'écrier à Napoléon. Dans les pays vaincus et dominés par lui,
, 1
avec saint Paul: « Au Roi des siècles, immortel, invi- son nom fut un certain temps l'objet d'une sanglante
sible, ' seul Dieu, honneur et gloire ' dans , les siècles horreur. Et actuellement? Moins de cent ans après sa
des siècles)) (I0 Timothée l, 17). Réellement le Christ mort? La troisième et ,la ' quatrième géné'ration de ceux , ,
était Dieu, car les siècles de l'histoire proclament à qùi avaient subi son joug l'admire déjà comme un ,
t,
travers le monde qu'Il est le Roi immortel des siècles. héros et va en pèlerinage à son tombeau soUs le dôme
1. Nous connaissons cette haine sans limite dont les des Invalides. Comment cet homme pouvait-il inspirer
pharisiens d'il 'y a dix: neuf siècles ont poursuivi le à ses grenadiers un tel mépris de la mort, tant qu'il
Christ, ~ et voilà que la même haine ardente fait rage
aujourd'hui encore contre la croix du Christ et l'Église.
eut le pouvoir? Et maintenant? A peine cent ans
après sa mort? Où y a-t-il un seul homme que le li
1
Nous connaissons cet amour fervent et généreux que nom de Napoléon enthousiasme pour le plus petit
les disciples du Christ ont témoigné envers leur Maître, sacrifice? Oui, le temps apaise impitoyablement toutes
il y a dix-neuf siècles, - et voilà que la même flamme les vagues qu'un homme - fût.:.il le plu~ grand - a
d'amour brûle aujourd'hui encore dans la vie généreuse soulevées sur l'océan de l'histoire du monde; mais si
de millions de cœurs. Où l'histoire du monde montre- le Christ a pu soulever des vagues qui , depuis n'ont
t:'elle un~~el personnage haï et aimé pendant, d eux jamais disparu, n'ont pas diminué et ne s:apaiseront
mille ans, en dépit de la grande loi du temps, du temps jamais, est-il besoin d'un signe plus clair pour faire
qui peu à peu, ensevelit t01,lt, oublie tout. voir qu'Il était plus qu'un homme ordinaire, - qu'Il
C'est vrai: le Christ est mort héroïquement pour une était l'Homme-Dieu, le Roi immortel des siècles.
LE CHRIST EST DIEU 12 5
12 4 LE SYMBOLE DES APÔTRES

2.Mais il me faut continuer ... le Christ est le Roi Mais celui qui lit avec une âme de bonne volonté sa
de l'éternité, mais pas en ce sens que l'on garde de vie dan~ l'évangile; celui qui écoute ses paroles qui
son nom un souvenir pareil à celui d'un défunt, mais témoignent de sa conscience' divine; celui qui regarde
en ce sens qu'aujourd'hui encore iaiUit de sa personne ses miracles et sa personnalité surhumailJe; celui qui
une source inépuisable d'énergies vitales. ' a déjà compris sa propre faiblesse et toute l'impuissance
Si le Christ n'avait été qu'un homme, qui pourrait humaine; celui qui a déjà éprouvé dans son âme toute
expliquer cet océan immense de forces morales et civili- l~ désolation et l'abandon dont le chemin de notre vie
satrices, cette puissance illimitée de charme personnel qui terrestre est si souvent traversé; celui qui a été obligé
découlent sans interruption du souvenir de cet homme ' d'implorer miséricorde au milieu des écueils du
exécuté comme un criminel il y a vingt siècles. Peuvent- péché, - ah! celui-là a plus de mille motifs de faire
ils résoudre cette énigme, ceux qui regardent le Christ cette profession de foi heureuse, triomphante et vivante:
simplement comme un homme? « Vous êtes le Christ, le Fils de Dieu ».
Dans un sermon précédent j'ai cité ces paroles du
malheureux Nietzsche : « Quand nous entendons les
dimanches le son des cloches, nous nous demandons :
!
Est-ce possible? C'est pour un Juif crucifié il y a deux
mille ans et qui a prétendu être Fils de Dieu! » En vérité,
si le Christ n'était autre qu'un malfaiteur juif attaché
Mes frères, il y a un passage émouvant de l'évangile
où nous lisons la conversation engagée entre Satan :
sur un bois d'infamie, nous serions en présence d'une le tentateur et le Christ jeûnant dans le désert. L'ange
telle énigme que l'on pourrait en perdre la raison. déchu s'approche du Christ qui jeûne depuis quarante ,
Nietzsche en est devenu fou : il entreprit une guerre jours et il fait une tentative aussi insolente qu'inouïe :
d'extermination contre le Christ, contre le Juif crucifié amener Notre-Seigneur au péché. Comme le sifRement 1

et contre sa doctrine, - mais il succomba dans cette d'un serpent, sort des es lèvres la parole tentatrice : Il
lutte. Dans la dernière lettre qu'il écrivit avant de « Je vous donnerai tout cela, si, tombant à mes pieds, 1
tomber dans la nuit de la folie, se trouve ce mot mysté- vous m'adorez» (S. Matthieu IV, 9). Mais de la bouche
rieux : « Le crucifié ». Le Christ crucifié autour de qui de Notre-Seigneur jaillit comme un éclair la réponse
le combat fait rage depuis vingt siècles, contre qui tant écrasante d'une sainte colère : « Retire-toi, Satan ».
se sont, déjà insurgés, mais qui est resté jusqu'au bout Et les anges s'approchèrent et servirent le Christ.
le Roi béni de l'éternité. Satan s'est éloigné dit Christ, mais ses' paroles ,: « Je
C'est vrai: il reste autour de Notre-Seigneur des vous donnerai tout cela, si, tombant à mes pieds, vous
m'adorez, » se répètent à travers l'histoire millénaire
il
1
traits incompréhensibles, il reste bien des problèmes.
Notre raison humaine bornée ne peut pas pénétrer com- de l'Église. L'histoire de l'Église est-elle autrt; chose
plètement le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu. qu'une lutte gigantesque autour d'une seule question:
LE SYMBOLE DES APôTRES

hommes.. pour qui tenez-vous le Christ? Qui adorez-


vous? Car chacun adore quelqu"un.
Mes frères; l'histoire nous parle ainsi : Qui adorez- l'
vous? Le Christ ou bien Satan?
Mais notre réponse sera ces paroles de saint Paul :
x
{( S'il Y a des êtres qui sont appelés dieux .. . pour nous
néanmoins il n'y · a qu'un seul Dieu, le Pè're, de qui LE VISAGE DU CHRIST
viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un ,
seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses
et par qui nous sommes» (1° Corinthiens VIII, 5-6). ' MES FRimES,
Et je m'agenouille devant le Christ, comme l'ont fait
depuis dix-neuf siècles les meilleurs de l'humanité et
Aujourd'hui je vais parler du visage de Notre-Seigneur.
je dis avec eux: Seigneur, je .s uis obligé de croire, je
Du visage du Christ? - demandez-vous peut-être
suis obligé de reconnaître que Vous ne pouvez pas être
avec étonnement. Comment étaient son regard, ses yeux,
un d'entre nous, I.In homme mortel et fini. Il faut que
ses cheveux, ses traits? Ce sera très intéressant. En effet
Vous nous soyez supérieur. Il faut que Vous soyez Dieu,
on Le représente sous tant d'aspects. Depuis deux mille
Personne n'a encore égalé votre doctrine. Les systèmes
ans, d'innombrables artistes, peintres, sculpteurs nous
philosophiques n'ont pas encore approché votre sagesse,
L'ont représenté, mais chaque image pour ainsi dire
Les tempêtes de l'histoire du monde n'ont pas fait pâlir
est différente de l'autre. A présent nous allons enfin
votre nom. Votre souvenir n'est pas caché dans la
entendre de façon authentique quel a été l'aspect de
poussière des rayons des bibliothèques, - comme
Notre-Seigneur Jésus- Christ.
celui de même les plus grands génies, - mais il continue
Non, mes frères, je ne puis pas ,le promettre.
à vivre dans les âmes de centaines de millions. Votre
Quel fut l'aspect de Notre-Seigneur, c'est ce que je
image est perpétuée non pas par de froids bustes de
ne vous dirai pas, parce que personne ne le sait de façon
marbre, - com~e celle des plus grands savants, -
authentique.
mais dans le cœur fervent et aimant de millions
Il est intéressant de réfléchir sur ce fait curieux :
d'hommes.
nous ne savons pas quels étaient l'aspect du Christ,
o Christ crucifié, tué, ' enseveli, chassé loin de nous et sa stature, son visage. Les évangélistes n'ont pas
pourtant vivant en nous, Vous ne pouvez pas être
regardé comme une chose imp9rtante ·de transmettre
'~implement un homme. Je crois que Vous êtes le Fils du
Dieu vivant. Amen. à la postérité l'aspect terrestre du Sauveur, nous i
n'avons donc pas de portrait authentique de Lui, 1;
Notre-Seigneur Lui-même n'a pas attaché d'importance
LE VISAGE DU CHRIST 12 9
128 LE SYMBOLE DES APôTRES
voulurent un jour Le précipiter du rocher,et qu'Il passa
à ce que nous sachions co~ment Il était. sur la terre :
à travers ses ennemis avec un tel regard que personne
, blond ou brun, grand ou petit.
'.
n'osa lever la main sur Lui! Et quel éclat majestueux
Pourquoi Notre-Seigneur a-t-Il voulu qu'il en fût
sur son visage au mont ' Thabor! Sur la mer en fureur!
ainsi? nous demandons-nous. Et la réponse ne peut-être
Au chevet de la jeune fille morte! Au tombeau de
que celle-ci : c'est parce que pour N?tre-Seigneu~
Lazare! EÙorsque les soldats tombèrent à terre devant
J ésus- Christ l'extérieur ne compte pas, fil la stature fil
Lui au mont des Oliviers!
le visage ni la couleur des cheveux ni le regard des yeux,
Le visage du Christ inspirait la crainte. Lorsqu'une
mais l'âme.
sainte colère L'envahissait à cause de la profflnation
Mais s'il ne nous reste pas de portrait de Notre Sei-
du Temple et qu'Il en chassait les marchands à coups
gneur Jésus-Christ, on peut cependant dessiner le
de fouet. Lorsque ses paroles éclataient comme le
visage du Christ. Les sentiments qui soulèvent l'âme
tonnerre à cause des péchés des Pharisiens: Malheur à
. se reflètent sur le visage de l'homme et celui qui connaît
vous, Pharisiens! Malheur à vous, . hypocrites!...
les'idées de Not're-Seigneu r peut aussi tracer le visage du
Son visage était plein de douceur. Lorsqu'Il caressait
Christ.
le front des petits enfants. Lorsqu'Il prononçait ces
Moi aussi je voudrais entreprendre dans le sermon
paroles éternellement mémorables:.« Venez tous à m.ai,
d'aujourd'hui de dépeindre le visage du Seigneur. Je ne
vous qui êtes fatigués et chargés et Je vous soulagera! l).
puis naturellement pas en donner un portrait détaillé à
Son visage reflétait une douloureuse tristesse. Lorsque
cause du peu de temps dont je dispose; pour la plupart.
le jeune homme riche trouva ses conseils trop ~én,ibles
des traits de son visage je ne pourrai que donner quel-
et Le quitta. Lorsque ses apôtres poltrons Le la!ss~rent
ques coups de pinceau; n;tais je vais particulièrement
tout seul au moment de son agonie. Lorsque PIerre
mettre en relief deux traits caractéristiques qui ' impres-
jura qu'il ne Le connaissait pas ... comme le visage )du
, sionne nt le plus l'âme humaine.
Christ fut empreint de douleur!
::! Mais je ne parlerai pas à présent en détail de tout cela.
Je n'en parlerai pas, afin d'avoir plus de temps pour
1 décrire deux autres traits; deux traits qui dans le vIsage
du Christ, impr<:~ionnent le plus fortement notre âme
LES TRAITS DU VISAGE DU CHRIST qui lutte et qui tombe. Notre vie puise pour ses lut~es
le plus de forces dans les traits encourageants du Chrtst,
:1 tandis que notre âme .pécheresse trouve sa seule conso,.
Le visage du Christ! Que de traits divers dans 'le lation dans le visage miséricordieux du Christ.
visage de Notre-Seignèur 1
Son vi~age était plein de noblesse. Quelle majesté
rayonnait de son visage, lorsque les hommes aveuglés
Symh. ,1. Ap . - T. TI 9
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE VISAGE DU CHRIST

tout à coup, comme un encouragement bienfaisant;


comme une pluie de consolations, des hauteurs verti-
II gineuses de la tour la cloche du matin se fait entendre.
Et il n'y a plus ni hésitation ni découragement ni tâton-
LE VISAGE ENCOURAGEANT DU CHRIST nement douloureux. Là-haut au sommet de la tour d'où
descendent les sons apaisants de la cloche~ le soleil
brille déjà de tout son éclat, tout est déjà baigné de
Il falliiit que le Rédempteur fût Dieu, afin que la lumière. Et lorsque les deux sons se réunissent, le son
valeur infinie de la satisfaction offerte par Lui pût expier puissant et assuré de la cloche et le gazouillement
P9ur tous les péchés du monde; mais Il fut aussi un timide des oiseaux, on entend une merveilleuse mélodie:
homme, afin que sa vie pût servir d'exemple à tous les la force dù surnaturel élève jusqu'à elle la nature, ~
hommes qui combattent, luttent et chancellent en comme le Christ est venu parmi nous pour nous parler
ce monde. Oh! qui pourrait mesurer cette mer immense dans notre langue, pour suivre nos chemins pierreux,
de forces, d'exemples, de consolations, d'encourage- mais finalement nous élever jusqu'à Dieu. Car si le
ments qui jaillit depuis deux mille ans du visage du Christ n'était pas venu, nous serions -'-- selon la profonde
Christ sur l'humanité qui se débat au milieu du doute, expression de Clément d'Alexandrie - comme des
qui lutte avec le découragement, combat avec la ten- volailles engraissées dans une cave obscure pour, être
tation et le péché! égorgées: elles n'ont ni jour ni lumière, elles attendent
Pourquoi Dieu a-t-Il pris ' un corps humain, une sottement leur fin. '
nature humaine? C'était pour l'ennoblir, l'élever, la Ah! le visage encourageant du Christ !
pénétrer d'aspirations éternelles. Le Christ a passé par toutes les phases d'une existence
Sur la grande ligne internationale qui va de Budapest humaine pour être en tout notre mod,èle. Il s'est fait
à Vienne et à Amsterdam, les trains du matin s'arrêtent homme, Il a mené une vie humaine, Il a passé par la
presque une heure' à Cologne. Bien des voyageurs souffrance humaine, - et Il n'a pas été abattu, Il n'a
utilisent cet arrêt pour visiter la magnifique cathédrale pas été découragé. La tentation a osé L'effieurer, la nuit
qui se trouve dans le voisinage de la gare. Il est encore de la souffrance est descendue sur Lui, ses ennemis se
très tôt ... toute la ville est dans le sommeil... mais les sont montrés sans pitié pour Lui, - et Il nous a montré
petits oiseaux qui sont cachés dans les bosquets autour comment il faut vaincre la tentation, la souffnmce,
"

de la cathédrale commencent à chanter. Et à mesure que l'hostilité. Il a été soumis à la tentation, SatanW> s'est
,'\ 'le jour avance, leur''-chànt devient plus alerte et plus approché de Lui avec les vieux appâts de la faim, de
fort; ils s'arrêtent de temps en temps .. :- puis au bout l'orgueil et de la soif du pouvoir, - et le Christ nous a
d'un instant ils recommencent de nouveau avec des montré comment il nous faut triompher de la tentation.
accents tantôt douloureux tantôt joyeux... lorsque, La nuit sans étoiles du mont des Oliviers est descendue
""' 1\

13 2 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE VISAGE DU CHRIST . 133

sur Lui, si bien que de son corps couvert d'une sueur de Le visage miséricordieux du Christ!
Rang s'est échappée cette plainte: « Mon Père, s'il est Coniprenons-le bien, Notre-Seigneur Jésus-Christ
'possible; que ce calice passe loin de moi. Cependant, • n'a rien détesté en ce monde que le péché. Le péché était ' 1
non pas comme je veux, mais comme Vous voulez » : pour Lui une chose épouvantable; mais il y avait encore Il
1

(S. Matthieu XXyI, 39), - et par là Il nous a montré )


en Lui quelque chose de plus grand: c'était l'amour Il

comment nous devons vaincre la souffrance, Tirant la (


sans mesure avec lequel Il accueillait le pécheur égaré
langue, serrant les poings, la foule de ses ennemis hurlait et repentant. A tel point que les Pharisiens disaient avec
au pied de la croix: « IVIon Père, pardonnez-leur, car ils indignation : « Cet homme accueille les pécheurs et
ne savent ce qu'ils font» (S, Luc XXIII,. 34), - et par mange"avec eux » (8. Luc XV, 2).
là Il nous a montré comment il faut vaincre nos ennemis. ' Les Pharisiens se scandalisaient de ce trait du
Voilà le visage encourageant du Christ! visage du Christ; pour nous au contraire c'est ce
pardon avec lequel le Christ recevait les pécheurs
qui est notre plus grande espérance; notre plus
grande espérance c'est cette miséricord e sans mesure
III
qu'Il a manifestée également par ses paroles et par
ses œuvres.
LE VISAGE MISÉRICORDIEUX DU CHRIST 1) Il l'a manifestée par ses paroles. « Ce ne sont pas les
bien portants qui ont besoil1 de médecin, mais les
Mais il Y a encore dans le visage du Christ Un trait malades» (8. Matthieu IX, 12), a-t-Il dit un jour. (( Le
qui L(: rapproche davantage de nous que le précédent. Fils de l'homme est venu non pour perdre des âmes,
Sans doute, il e&t vrai que sous n'importe quel angle mais pour les sauver» (S. Luc IX, 56), et «( le FÜs de
qu'on regarde le visage de Notre-Seigneur, tout en lui l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu»
nous , attire. Il s'y trouve des particularités qui nous (S. Luc XIX , 10).
remplissent de crainte et d'autres qui nous réconfortent, Le Christ s'est appliqué à Lui-même les paroles
Il y ' en a qui nous émeuvent et nous font tomber à ',' d'Isaïe par lesquelles le prophète a dépeint le ' futur
genoux~ il y en a qui nous attirent avec çonfiance sur Messie : (( ,Il ne brisera pas le roseau froissé et n'éteindra
son Cœur aimant. .. Mais savez-vous quel est le trait pas la mèche qui fume encore » (Isaïe XLII, 3).
qui nous impressionne le' plus? C'est le visage miséri- Évoquerai-je la magnifique parabole de l'Enfant
cordieux du Chn:s~; cet amour dont le Chrùt a poursuivi prodigue? Ou bien: celle du Bon Pasteur et de la brebis
les pécheurs. Avec lequel Il regardait le pécheur repen- égarée .que nous lisons dans l'évangile çle ce jour
tant ... Avec lequel Il disait à la femme adultère: Allez (Ille dimanche après la Pentecôte) ? Le pasteur ne sait
et ne péchez plus ... Avec lequel Il disait au bon larron: plus où il en est dans sa joie d'avoir retrouvé la brebis
Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis ... perdue.,. (( Il Y aura plus de joie dans le ciel pour un
l'
1

LE SYMBOLE DES APÔTRES LE VISAGE DU CHRIST 1.


'34
il .
seul pécheur qui se repent, que pour qua tre·· vingt-dix Seigneur les règles juives de convenance les plus
neuf justes » (S. Luc XV, 7). élémentaires.
Voilà comment se reflète sur le visage miséricordieux Pendant le repas entre un e femme. « Peccatrix », est-il
du Christ la grandeur de l'amour qui pardonne. écrit dans l'évangile, « une pécheresse » (S. Luc VII, 37);
z) Mais le Christ n'a pas seulement proclamé en sans doute que chacun des convives savait qu'die avait
paroles sa miséricorde, Il l'a encore mùe en pratique. la réputation d'une femme de maùvaise vie. Mais il
Il a été si miséi'icordieux en accordant le pardon que semble certain aussi que Madeleine ne voyait pas
si je voulais énumérer tous les cas, il me faudrait pour Notre-Seigneur pour la première fois . Peut -être avait-
ainsi dire "lire tout l'évangile. elle été assez souvent dans la foule qui entourait Jésus
Mais du moins je parlerai de quelques-uns de et son âme desséchée par le péché avait-elle recueilli çà
ces cas. et là quelques paroles du Sauveur, comme la terre aride
a) Une femme adultère est traînée avec grand tapage aspire la rosée: « Venez tous à moi, vous qui êtes fati gués
devant Notre-Seigneur. Comme on traîne triompha- et accablés » • •• « Je ne suis pas venu pour les justes,
lement la pécheresse tremblante : maintenant on va}a mais pour les pécheurs »... « Ce ne sont pas les bien
lapider. L'âme de Jésus est saisie d'un dégoût indicible portants qui ont besoin de médecin, mais les malades »•• •
à cause de cet épouvantable péché, mais aussi de pitié Certainement elle avait entendu assez souvent d'un cœur
devant cette femme qui se repent de sa faute. Il ne peut ~mu de telles paroles sur les lèvres de Notre-Seigneur;
pas excuser le péché, mais Il ne veut pas écraser la mais à présent elle n'en pouvait plus : "Qu'il arrive
pécheresse dont l'âme est brisée. Avec quelle finesse Il n'importe quoi, mais il faut que se produise la pénible
dit aux Pharisiens: « Que celui d'entre vous qui est sans demande de pardon. Comme son cœur devait battre, /:
péché lui jette la première pierre» (S. Jean VIII, 7). lorsqu'elle franchissait le seuil de la maison. Que va-t-il
Et quand ceux-ci se" sont éloignés honteusement, l'un arriv~r maintenant? Que va çlire le Seigneur qui sait
après l'autre, le Christ s'adresse à cette femme avec tout? Va-t-il me parler sévèrement? Me repousser?
des paroles d'une chaleur sans exemple qui guérissent Me chasser? Se montrer impitoyable?
et relèvent: « Et moi non plus je ne vous condam~lerai Ah! pauvre et malheureuse âme! Ce n'est pas le
pas. Allez et ne péchez plus» (S. Jean VIII, II). Seigneur qui est impitoyable, ce sont les hommes. Ce
Quel amour miséricordieux ' pour les pécheurs! sont les Pharisiens qui disent avec indignation: « Si cet
o visage miséricordieux du Christ! homme était prophète, il saurait quiet de quelle espèce
b) Mais elle est encore plus grande la miséricorde est la femme qui le touche et que c'est une pécheresse »
manifestée par Notre-Seigneur envers Marie-Madeleine. (S. Luc VII, 39).
Un Pharisien nommé Simon invite Jésus à un repas. Mais Jésus - à l'étonnement de tous - prend la
Il semble qu'il ait agi plutôt par vanité que par respect, " femme pécheresse sous sa protection. « Puis il dit à
car alors il n'aurait pas négligé à l'égard de N otre- Simon: Vois-tu cette femme ?.. . ses nombreux péchés
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LE SYMBOLE DES APÔTRES LE VISAGE DU CHRIST 137

lui sont pardonnés, parce qu'elle a beaucoup aimé ... Seigneur? Il regarde Pierre. Quelle douleur, qudle
Et il dit à la femme: Tes péchés te sont pardonnés » pitié, quel amour, quel pardon dans ce seul regard! -
(S. Luc VII, 44). la Sainte Écriture n'en parle pas. Elle dit seulement que
Mes frères, il nous est difficile de nous représenter l'âme de saint Pierre fut profondément émue. « Et
avec quelle douceur ces paroles coulèrent comme un le Seigneur s'étant retourné regarda Pierre ... Et étant
baume sur l'âme de cette femme qui pleurait ses péchés. sorti de la maison, Pierr.e pleura amèrement» (S. Luc
Comment? Est-ce possible? Je ne suis plus un rebut XXII, 61-62). .
de l'humanité? Mon âme n'est plus une guenille déchi- Ah! le visage miséricordieux du Christ 1
rée? Je ne suis donc plus obligée de me ,cacher devant d) Et pour finir, encore un exemple: le Christ sur
[es yeux des gens vertueux? Non. Celui qui est la sain- la c~oix. Il y a aussi au pied de la croix la Vierge Marie
teté même, la pureté même, a daigné me supporter à et on s'attendrait à ce que les dernières paroles de Jésus
ses pieds ... fussent pour sa Mère. Mais non: « Mon Père, pardon-
Il est difficile de nous représenter les sentiments de nez-leur» (S. Luc XXIII, 34)' C'est à ces ennemis
Madeleine ... C'est-à-dire, que ce n'est pas tellement forcenés ' qui viennent de Lui cracher au visage, qui
~ifficile ... En effet nous avons eu aussi déjà de tels
viennent de L'attacher à la croix et qui L'insultent
l11stants. Après les minutes agitées de la préparation encore ... c'est à ceux-là que le Père doit pardonner.
à la confession et de l'aveu de nos péchés viennent après Et le Bon Larron élève la voix: « Seigneur, souve-
la confession les instants de joie céleste : comment; nez .. vous de moi, quand vous serez dans votre
tout m'a été pardonné, me voilà rentré dans l'ordre! royaume» (S. Luc XXIII, 42). Et Notre-Seigneur
o visage miséricordieux du Christ! tourne vers lui son visage couvert de sang et de larmes
c) Mais voici un nouveau tableau : le Christ en la et lui dit d'un ton plein de miséricorde et de pardon:
« Aujourd'hui même tu seras avec moi dans le paradis»
n~it du Jeudi-Saint sort de chez le grand-prêtre qui
vle~t de L~ condamner et rencontre Pierre qui vient de Le (S. Luc XXIII) 43)· .
renier. \ Et après avoir prié pour ses ennemis et après avoir
• « Je ne connais pas cet homme », a dit avec serment
pardonné au pécheur repentant, alors seulement Il
saint Pierre seulement quelques instants auparavant. s'adresse à sa Mère pour lui faire ses adieux.
Et maintenant se présente le Christ. A quoi devrait-on o visage miséricordieux du Christ 1
s'attendre? Pierre, il y a quelques heures seulement,
a reçu pour la première fois la sainte communion; il y a
quelques heures seulement qu'il a reçu le sacerdoce, ~
est-ce que après tout cela Il ne va pas chasser du nombre Et maintenant, mes fr~res, répondez en guise d'adieu
des apôtres cet ingrat, cet indiane? Nous autres à cette question extrêmement. grave ·: Quel est l)our vous
hommes, nous aurions sûrement agtainsi ... Mais Notre~ le visage dit Christ? Quel est le visage du Christ qui vit
LE SYMBOLE DES APÔTRES

en vous? En effet, voyez, le visage du Christ vit en


chacun de nous suivant les rapports de notre âme avec
, Notre-Seigneur. Si des péchés souillent votre âme,
alors vous ne pouvez voir que le visage du Christ lançant
des éclairs. Si votre vie est ingrate et indigne du nom de
XI
chrétien, alors vous ne ,:oyez que le visage attristé du
/ Christ. Mais si vous aimez le Christ, si le Christ est tout QUE NOUS A APPORT~ LE CHRIST?
pour vous, si vous vous endormez avec Lui, si vous vous
éveillez avec Lui, si vous souffrez pour Lui, si vous
1
mourez pour Lui, alors le visage encourageant, du
Christ vous réconfortera et dans tous les découra- DIEU
gements de cette vi~ terrestre remplie par les combats
brillera devant vous le visage miséricordieux du Christ.
« Seigneur, montrez-nous votre face et nous serons MES FRÈRES,
sauvés ».
A mon oreille résonne l'appel séducteur de la
tentation, jetez sur moi un regard de réconfort. Pendant l'été de 19°7, le prince Borghèse exécuta son
Mon âme gémit sous les coups de la souffrance et de fameux voyage en automobile de Pékin à Paris. Au
la douleur, tournez vers moi votre visage encourageant. milieu de toutes sortes d'obstacles, il parcourut en
Je succombe parfois sous le dégoût de l'existence et deux mpis ce trajet gigantesque. Entre autres choses,
le découragement, - donnez-moi la force de votre il lui fallut traverser le désert triste et désolé de Gobi.
visage qui ranime. Tandis qu'il avance péniblement dans le désert, il
Et si je chancelais parfois dans cette lutte perpétuelle aperç<j>it tout à coup dans le lointain un point qui ne
et si j'avais le malheur de tomber dans le péché, - cesse de grandir, jusqu'à ce que finalement il se révèle
voyez mes larmes de repentir et regardez mon âme comme une petite maisonnette solitaire, le poste télé-
repentante avec votre visag~ de ~iséricorde et de graphique de Pang-Kiang, qui se trouve dans la
pardon ..• solitude à huit jours de marche de la plus proche
Seigneur, grmJez dans mon âme les traits bénis de votre région habitée. Le compagnon du prince saisit l'occasion 1
saznte Face, afin que dans ma vie je ne Vous soi jamais pour _télégraphier à Londres.
,1

infidCle. Seigneur, je ne serai pas un traître. Amen. L'employé chinois regarda le voyageur avec étonne-
ment, regarda ses tableaux ... s'embrouilla ... calcula ... ~
'1
et finalement prit le texte de la dépêche et inscrivit '1

dessus le chiffre 1.
Il
1
1

1
LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST?

(( Est-ce le premier télégramme d'aujourd'hui?


demanda l'Anglais. ]
Non. C'est le premier depui;; six ans qu'existe le
poste. LE CHRIST NOUS ,\ RÉVÉLÉ DIEU
Depuis six ans personne n'a encore télégraphié?
Personne ».
Mes frères, de longues caravanes épuisées de soif A) Dieu! Que de fois ce mot a été entendu et
et de · fatigue avaient passé ·devant la station tçlégra- exprimé sur des lèvres humaines! fI est le centre de
phique et personne n'avait eu l'idée de saisir cette tout, l'objet de toutes nos prières, la source de toutes
occasion d'entrer en relations avec le monde civilisé. nos espérances. Aujourd'hui nous pouvons à peine nous
Mais n'y a-t-il pas une foule d'hommes aujourd'hui ' imaginer que jadis il n'en était pas ainsi et que c'est
pour voyager de même dans le désert brûlant de la seulement Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a placé
vie? D'hommes fatigués à qui ' ne vient pas à l'esprit réellement Dieu au centre de la vie humaine.
d'entrer en contact avec Je Christ et le monde supé- Avant Jésus .. Christ, l'homme étaitentièTement .sous
rieur? Ils se traînent, la tête penchée vers la terre, les la dépendance et le joug de la ,natuTe. Examinons la vie
genoux vacillants dans le désert de la vie et ils ne des Perses, des Égyptiens, des Chaldéens, des G;recs,
soupçonnent pas qu'il y a tout près d'eux une main des Romains; elle était totalement enfermée dans le
secourable, une main secourable pour tous : la main cadre des forces de la nature. Beaucoup avaient déjà
puissante de Notre-Seigneur Jésus-Christ. essayé, avant Jésus-Christ, d'élargir ce cadre: les ascètes
Qu'y a-t-il donc dans cette main bénie? Telle sera bouddhistes, les philosophes grecs, les penseurs romains,
la question qui sera traitée dans les sermons qui vont _ mais .ils n'y réussissaient pas. Tous leurs efforts
suivre. En effet, j'ai déjà parlé de ce qu'était le ChTist. restaient attachés à cette seule idée: Homo homini Deus,
Mais que voulait-Il, pourquoi est-Il venu parmi nous, devant l'homme, l'homme est le seul être suprême,
qu'est-ce que cette pensée nouvelle et inouïe qu'Il 110norez donc des dieux créés à l'image de l'homme,
a donnée au monde, pourquoi l'humanité s'est-elle honorez l'âme de vos ancêtres, honorez l'empereur
divisée en deux camps à son sujet et pourquoi la lutte romain ... et ainsi de suite.
se poursuit-elle depuis vingt siècles? voilà les questions Il suffit de feuilleter quelques instants l'histoire de
auxquelles je voudrais répondre dans les instructions la civilisation des ~iècles antérieurs au Christ. Quelle
qui vont suivre. im~ge effroyablement déformée de la majesté et de la
Que nous a donné le Christ? - c'est ainsi que je sainteté de Dieu! Comme grimaçaient devant les
pose la question. Et la première réponse, je l'emprunte pauvres' païens, des milliers de statues d'idoles, de
précisément à l'évangile d'aujourd'hui (XVIe dimanche démons, de mauvais esprits, de dieux et de déesses!
après la Pentecôte) : le Christ nous a donné Dieu. Considérons la religion de n'importe lequel des
QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 143
142 LE SYMBOLE DES APÔTRES

peuples païens les plus civilisés, comme leur idée de parfaite de toute éternité, qu"n est le Créateur, le
Dieu est restée enfoncée dans une sphère grossière: Conservateur, la Providence et le centre du monde, de
nous t'offrons des sacrifices, mais seulement pour que qui tout provient et vers qui tout C'onverge, qui n'a
tu nous récompenses richement. La divinité;!' d'après besoin de personne, mais dont tous les hommes ont
besoin. ' '
eux, existe pour l'homme et non pas l'homme pour 1

Dieu, comme nous le croyons. On a mis au service Ce n'est pas Dieu qUt existe à cause de l'homme, mais
de l'égoïsme humain l'idée d'une divinité avec laquelle l' homme à cause de Dieu. Et si j'existe à cause de Dieu,
on peut faire de petites affaires et qui, pour chaque alors le but de ma vie sera l'accomplissement de sa volonté,
sacrifice offert et pour chaque acte de, culte, payera en - c'est la doctrine nouvelle et inédite du Christ.
monnaie terrestre sonnante. Examinons seulement quelqu~s paroles : « Je suis
B) Notre-Seigneur Jésus-Christ est alors intervenu descendu du ciel, pour faire, non ma volonté, mais la
, dans ce tableau déformé et indigne de la divinité et a volonté de celui- qui m'a envoyé » (S. Jean VI, 38).
proclamé à la place une idée de Dieu dont l'homme « Ce ne sont pas toUs ceux qui me disent: Seigneur,

n'avait pas encore jusqu'alors soupçonné la' beauté et Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux,
dont il ne pourra jamais épuiser la profondeur : Il a mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans
prêché un seul vrai Dieu en trois personnes. . les cieux» (S. Matthieu VII, 21). « Car quiconque fait
, Depuis que l'homme existe sur la terre, il a toujours la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là
cherché et connu Dieu. Mais dans cette recherche il est mon frère et ma sœur et ma mère» (S. Matthieu
s'est souvent égaré dans des chemins obscurs et cette XII, 50). C'est de Lui qu'a enseigné saint Jean: « Le
connaissance n'a toujours été qu'incomplète. L'homme monde passe, et sa concupiscence aussi; mais celui qui
n'a jamais cessé de chercher, Dieu, mais même les plus fait la volonté de Dieu demeure éternellement »
grands esprits n'ont toujours été que des chercheurs (le S. Jean II, 17).
de Dieu, - seul Notre-Seigneur Jésus-Christ a donné Lorsque ses 'disciples Lui demandèrent de leur
Dieu. apprendre à prier et que le Christ eût résumé dans le
Les plus grands esprits de l'humanité ont pu tout au «( Notre Père· » tout ce qu'Il avait le plus à cœur, que

plus s'écrier: « Nous avons trouvé le chemin qui conduit leur a-t-Il appris en premier lieu à demander? « Que
à Dieu », - mais le Christ a dit et seul le Christ pou~ait votre nom soit sanctifié. Que votre règne arrive. Que
le dire: « Je 'suis la voie ». Les plus sages de l'humanité ,votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel »
ont tout au plus découvert quelques fragments de (S. Matthieu VI, 9-ro).
vérité et de sagesse, mais lequel aurait pu dire de Iui- Ce n'est pas Dieu"'qui existe à cause de l'homme
même, comme l'a dit le Christ: « Je suis la vérité ». mais l'homme à cause de Dieu, ~ c'est la doctrin~
Qu'a donc enseigné le Christ sur Dieu? tout à fait nouvelle du Christ qui envisage 'l'existence
a) Il enseigne que le seul vrai Dieu mène une vi~ du point de vue théocentrique, c'est-à-dire fait de Dieu
LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 145
le but final de tout désir, de tout dessein et de tout le laissez tomber! Vous êtes remplis d'ondes radio-
1
effort humains. . électriques et vous ne les sentez pas.
La foi en Dieu est l'essence du christianisme. C'esl Depuis Jésus-Christ nous savons ce que veuf dire :
sur cette idée centrale de Dieu qu'est fondée toute la sans Dieu. Sans Dieu? -.:.. abandonnez tout espoir.
foi chrétit:nne, qu'est fondée toute la morale chrétienne, Sans Dieu? - pas de commandements, pas d'honnêteté,
c'est d'elle que jaillit la force qui fait aimer le Christ pas de mains nettes, pas de cœur pur, pas de respect
jusqu'au sacrifice, cette supériorité sur le monde qui pour les parents, pas de considération, pas d'autorité,
triomphe de tous les obstacles dans la vie morale, pas d'obéissance. Sans Dieu? - pas de famille, pas
c'est en elle que le chrétien plonge ses regards dans la d'amour., pas de respect mutuel; au contraire ... une
1

perspective de l'éternité, c'est elle qui fait gémir étoile tombée du soleiL.. un trou de cave moisi et
l'âme chrétienne sous le souffie de l'éternité. empesté ... un chemin sillonné par les éclairs, brumeux,
Cette vie spirituelle délicate et cependant capable allant dans les nuages ... un marais ... une nuit glacial~,
de sacrifice héroïque que fait naître le christianisme une cruauté bestiale.
ne peut s'expliquer que par notre concept de Dieu, la c) Le Christ, en plaçant Dieu au centre du monde
connaissance de ce Dieu qui peut amener à Lui et et en Le constituant fin dernière de toutes choses, a
retenir près de Lui tout ce qui intéresse l'âme humaine. indiqué aussi par là le but de la vie humaine : l' homme
En un mot, on pourrait dire que la grande leçon du n'est pas pour, la terre, mais c'est la terre q'ui est pour
Christ consiste en ce qu'elIe .a dirigé la religion de la l'homme. -
terre vers le ciel, c'est··à-dire qu'elle l'a libérée de sa Si Dieu est rééllement le centre et le but final de 1 i
tendance terrestre purement naturelle et l'a transportée toutes choses, alors il est naturel que l'homme ne vit
dans les hauteurs surnaturelles. pas pour cette terre mais qu'atteindre notre Dieu et
Ce n'est pas Dieu qui existe à cause de l'homme, ,n otre Maître est le seul but final digne de l'homme, et
mais l'homme à cause de Dieu. que servir Dieu pour atteindre ce but doit être la seule
b) Mai~ depuis la venue de Notre-Seigneur Jésus- conception de la vie terrestre. Car je ne sais pas seule-
Christ nous savons. aussi que ce n'est pas Dieu qui est ment par le Christ que Dieu m'aime, me cherche et
dans le monde,' mais le monde qui est en Dieu. m'attend, mais aussi que je dois également travailler,
Dieu remplit tout. Je suis en Dieu, Dieu m'entoure, afin de pouvoir arriver à Dieu. .
bien que je ne le sente pas. Je ne le sens pas ... je ne le Remarquez-le bien, mes frères. Parmi les apôtres
sens pas ... Est-ce que vous sentez la multitude d'ondes de Notre-Seigneur il y eut un Judas; il avait vu, entendu
électriques d'une station radiophonique? Non. Pourtant et appris de Jésus autant que les autres. Et prnifta,nt
.1
vous en êtes aussi remplis. Saisissez le fil de l'antenne les autres sont devenus les' apôtres, maIs lui est devenu
de votre appareil de radio : comme l'appareil parle
plus fort, quand vous prenez le fil en main que si vous
t
i
un Judas.
Sur le Calvaire, Notre-Seigneur a été ~mspendu

8ymh. d. '\[1 . _. T rJ 10
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LE SYMBOLE DFB APôTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 147

entre deux brigands. Tous deux étaient pareillement dé nous avoir donné une foi inébranlable en Dieu.
près de Lui, ont vu et entendu pareillement le Sauveur, Quand Il apaisa la mer en furie, Il fit c~ reproche à
et l'un s'est converti ~ l'autre est demeuré dans son 'ses apôtres: « Pourquoi avez-vous eu peur, hommes de
endurcissement. Quels exemples saisissants! Quelqu'un peu de foi? » (S. Marc IV, 40). Vous n'avez donc pas
peut se trouver pendant des années tout près de Notre- assez de confiance en Dieu! .
Seigneur et cependant se perdre, parce qu'il ne coopère Une autre fois Il dit: « Si tu peux croire, tout est
pas avec la grâce de Dieu. Dieu veut nous sauver tous, possible à celui qui croit » (S. Marc IX, 22).
mais Il attend que nous coopérions avec la grâce reçue Encore un encouragement : «Ayez foi en Dieu »
de Lui. « Celui qui vous a créés sans vous ne vous (S. Marc XI, 22).
sauvera pas sans vous », a dit un pieux auteur. Et depuis que Notre-Seigneur Jésus-Christ a parlé
ainsi, a) nous pouvons tout autrement prier Dieu et
b) nous pouvons autrement aimer Dieu.
a) Depuis que le Christ a vécu parmi nous, ne
II
pouvons-nous pas prier tout lautrement?
Si loin que l'on remonte dans l'histoire de l'humanité,
r ,ll CHRIST A RÉVÉLÉ EN Dnm LE PÈRE
. on découvre dans l'homme un effort instinctif pour
chercher des objets visibles susceptibles d'extérioriser
N otre- Seigneur Jésus-Christ a rectifié la vieille et sa vie religieuse. De là est venue la triste aberration
, exagérément terrestrè conception de Dieu par un du culte des idoles : on voulait rendre visible d'une
autre trait inconnu jusqu'alors, en nous montrant Dieu manière quelconque le Dieu invisible, afin de pouvoir se
comme notre Père du ciel. Le représenter mieux et plus facilement.
Une pensée analogue mêlée à une terrible incer- Et maintenant le Christ vient et comble le vieux
titude se trouvait aussi dans la foi religieuse des peuples désir humain dans une mesure telle qu'on n'aurait
primitifs, mais elle avait à peine plus de force que les jamais pu l'imaginer.
premiers rayons du soleil cherchant à chasser ' les Maintenant nous ne sommes plus obligés de diriger
ombres de la nuit; le soleil commença à luire avec son notre prière dans un lointain incertain vers le Dieu
plcin éclat en s'appuyant sur les paroles du Christ: invisible~ ' ma\s nous pouvons adresser nos prières à
depuis' nous saisissons dans sa plénitude ce que cela .une personnalité qui n'est pas seulement Dieu, mais
veut dire que nous puissions invoquer Dieu en ces aussi un hom1l.1e comme nous, qui a été soumise aux
termes: « Notre Père qui êtes dans les cieux ». lois humaines, qui avait un cœur humain et connaissait
En nous donnant un Père dans Dieu, Notre-Seigneur chaque pli du cœur humain. Nous pouvons parler au
nous a ouvert en même temps la source de l'espérance Christ, comme à un de nos semblables, ,mais . nous
et de la confiance: Nous pouvons remercier le Christ savons de Lui que « toute puissance Lui a été donnée
1

LE SYMBOLE DES APôTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 149


I
1

au ciel et sur la terre ». Comme il est plus facile de Lui qui, dans l'évangile d'aujourd'hui, allume dans
L O :JS élever dans nos prières par le Christ visible vers l' homme une passion nouvelle, la passion de l'amour
le Dit?u invisible 1 de Dieu et proclame comme loi suprême, comme loi
b) Mais depuis que le Christ a parlé du Père céleste, unique :« Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout .
nous pouVons vraiment m:mer Dieu d'une âme joyeuse. ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit»
Mes frères, ne déformons pas l'image divine. Sinon (S. Matthieu XXII, 37).
on pouri'ait accuser le christianisme de rendre l'homme J'aime Dieu avec ma raison, si je crois en Lui.
inquiet, craintif, morose; or y a-t~il une conception J'aime Dieu avec mon c~ur, si je Lui suis fidèle.
du monde plus joyeuse, plus ensoleillée que la nôtre? Et j'aime Dieu de toute m'on âme, si j'imprègne de
La Sainte Écriture ne cesse d'affirmer : « Servez le l'amour de Dieu' mes larmes et mes sueurs, mes projets
Seigneur avec joie» (Ps. XCIX, 2), donc non pas avec et mes désirs, mes joies et mes souffrances, toute ma vie.
crainte et froideur. « J'entrerai à l'autel de Dieu, vers Voilà le premier présent de Notre-Seigneur Jésus-
ce Dieu qui fait la joie de ma jeunesse» (Ps. XLII, 4). Christ : Il nous a révélé Dieu (it en Dieu le Père céleste.
« Vous vous réjouirez devant le Seigneur, votre Dieu »
(Lévitique XXIII, 40), donc ne craignez pas.
Si Dieu est mon Père, alo'r s disparaît cette crainte
qui s'emparait des anciens' peuples païens devant leurs
idoles. Si Dieu est: mon Père, alors Il n'est pas un Mes frères, Notre-Seigneur a voulu pendant sa vie
gendarme qui aime à réprimer la moindre contravention, terrestre nous ressembler én toutes choses - hormis le
mais Il donne plutôt la force de pouvoir 0bserver ses péché. Il nous a ressemblé dans le travail, dans les
prescriptions, - prescriptions qui assureront mon privations, dans la peine.
propre bonheur. S'Il est mon Père, alors Il ne me punira Il arriva donc un jour qu'Il s'assit fatigué au bord
jamais de' telle manière que la punition ne Le fasse d'un puits près de Sichar et demanda une gorgée d'eau
pas autant souffrir que moi. S'Il est mon Père, alors à une Samaritaine venue en puiser. La femme s'étonna
Il ne m'écartera pas de Lui, tant que la plus petite qu'un Juif demandât de l'eau à une Samaritaine, car les
étincelle de bonne volonté et d'amour pour Lui sera Juifs les excluaient de leur communauté. Et maintenant
en moi. Si Dieu est mon Père, alors Dieu est la bonté se déroule un dialogue d'une élévation sans exemple
absolue,"car Dieu ' est amour» (S. Jean IV,- 15). Si
(1 entre le "'Christ et la femme. De la gorgée d'eau qu'II
Dieu est mon Père, alors les rabbins de l'Ancièn aVh:~ demandée, le Christ dirige la conversation vers
Testament n'ont plus raison, eux qui proclamaient la source de vie éternelle qu'Il veut offrir et c'est
6I3 commandements, et parmi ceux-ci il n'1 en avait alors qu'Il prononce ces paroles d'une incomparable
qu'un pour dire: « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, sublimité: « Celui qui ,boira de l'eau que je lui donnerai
de tout ton cœur ... » Non. C'est Jésus qui a raison, n'aura plus jamais soif; au contraire l'eau que je lui
LE SYMBOLE DES APÔTRES

donnerai deviendra en lui une source d'eau jaillissant


jusqu'à la vie éternelle» (S. Jean IV, 13- 14-):
Mes frères, vous qui vous traînez, épuisés de soif
et de fatigue, dans le désert aride de l'existence, ne XII
passez pas à côté du Christ sans comprendre. La
fontaine du Christ murmure encore aujourd'hui. De
la ~ource du Christ jaillit encore aujourd'hui une e~u QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST?
vivifiante.
Seigneur Jésus, qui nous avez appris à connaître le II
Père du cieZ, faites que nous L'aimions dussi, afin que son
atfWllr devienne en nous « une source d'eau jaillissant L'AME
jusqu'à la vie éternelle ». Amen.

MES FRÈRES,

Quelle est l'essence du christianisme? Quelle est.l'idée


tout à fqit neuve, totalement originale que l'humanité
a apprise de Notre-Seigneur Jésus~Christ? C'est la
question que j'ai soulevée dans le sermon de dimanche
dernier et la première réponse a été celle-ci : le Christ
nous a donné Dieu: lIa donné à notre façon de penser
une tournure théocentrique. Depuis Lui nous savons
que Dieu est notre Père béni du ciel. Tel a été le sujet
de mon instruction il y a huit jours.
Mais à présent nous cherchons une autre réponse à
la question: que nous a donné le Christ? Le Christ nous
a donné l'âme, c'est-à-dire que depuis Lui nous savons
que chaque homme possède un joyau d'une valeur
infil!ie, une âme immortelle, appelée au bonheur
éternel.
Est-ce réellem~nt, mes frères, une révélation si sensa-
~ionnel1e? Est-ce vraiment un si grand événement que
LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 153
, le Christ ait révélé notre âme? Pourtant si dans le sermon de la signification? Certainement non. Il n'y avait qu'un
d'aujourd'hui nous arrivons à voir 1 cette vertigineuse seul homme dont la vie füt regarqée éomme précieuse :
et sublime perspective que découvre la pensée du Christ c'était le despote, le tyran puissant, -les autres millions
sur l'âme et II si ensuite nous sentons le souffle dessé- d'hommes n'existaient, ne travaillaient et ne mouraient
chant comme le vent du désert, de la pensée du monde que pour lui.
non chrétien sur l'âme, alors nous arriverons seulement Considérons les états grec et romain : la vie de
à bien ,.sentir ce que le Christ nous a donné, quand Il l'individu y avait-elle de la valeur? Aucune. Unique-
nous a donné l'âme. ment dans la mesure où elle était utile à l'état, à la
Notre première question est donc celle-ci • société. Le stoïcisme proclamait bien en théorie l'égalité
de la nature humaine et l'égalité des droits, mais cette
doctrine restait comme la froide lumière du soleil
d'hiver qui n'éveille pas la vie.
1 Mais le Christ est venu et depuis sa naissance nous
partageons le temps en deux parties: avant Jésus-Christ
QUELLE A ÉTÉ LA PENSÉE DU CHRIST AU SUJET DE r: AME ? et après Jésus-Christ.
En réalité avait-on le droit de procéder ainsi? La
Depuis Notre-Seigneur Jésus-Christ nous savons que naissance du Christ a-t-elle été vraiment un événement
tout homme a une âme immortelle qui, venue de Dieu , assez décisif dans l'histoire de l'humanité pour que l'on
sur la terre, retourne à Dieu après son pèlerinage terres- soit obligé de la prendre comme point de départ: d'une
tre pour Lui rendre compte de la vie qu'elle a menée nouvelle ère?
ici-bas; c'est donc not~e seule tâche importante et Je répondrai à cette question par le témoignage d'un
décisive que de sauver cette âme pour la vie éternelle, écrivain non catholique. H. S. T. Chamberlain écrit
car « que sert à ['homme de gagner l'univers, s'il vient à dans son livre intitulé : Les bases du XIXe siècle « La
perdre son âme? » (S. Matthieu XVI, 26). naissance du Christ est la date la plus importante '
Je pourrais résumer brièvement ainsi la doctrine que de toute ' l'histoire de l'humanité. Il n'y , ~ pas une
Notre-Seigneur a prêchée sur l'âme et par laquelle Il a bataille, pas un commencement de règne, pas un phéno-
réellement découver~ l'homme. Le Christ a découvert mène naturel, pas une découverte dont l'importance
l'homme, car c'est seulement depuis Lui que nous puisse être comparée à la courte vie terrestre du Gali-
savons ce qu'est l'homme 1) pour lui-même et 2) pour léen. C'est ce qu'assure une histoire presque deux fois
les autres hommes. millénaire, bien que nous ayons toujours à peine franchi
,1) Que sommes-nous pou~ nous-mêmes? le seuil du christianisme. Appeler cette année la pre-
a) Passons en revue l'histoire des anciens peuples mière et commencer notre ère par elle a sa profonde
orientaux: la vie de l'individu avait-elle de la valeur et signification » (l, 42)~
LE SYMBOLE DES APôTRES QUE N OUS A APP ORTÉ LE CHRIST? 155
Et pourquoi faut-il commencer avec le _Christ le mon sermon d'aujourd'hui: de même la doctrine du
début de, notre ère, il répond également : Quand on Christ ennoblit, élève et transforme en ,bénédictions
découvre une force nouvelle, il est logique de remonter les manifestations de l'âme destructrices par ailleurs.
à sa source. Quelle est cette force nouvelle que Notre- Il fallait la venue du Christ pour renverser la vieille
Seigneur Jésus-Christ a découverte et qu'Il a placée appréciation de l'homme dans la collectivité, pour
au centre de l'histoire humaine? C'est le,noble royaume proclamer la valeur personnelle de chaque homme pris
de l'âme humaine. individuellement et par là découvrir l'homme à
b) Comment? Jusqu'alors l' homme n'avait-il donc lui-même pour lui-même.
pas d'âme? Sans doute qu'il en avait une. Mais n'en Cette grande découverte eut lieu, lorsque le Christ se
savait-il peut-être rien? Il le savait... seulement. .. mit à parler au suj et de l'âme humaine de choses sublimes
seulement il ne savait pas quoi en faire, il ne pouvait ignorées jusqu'alors. Que tout homme a une âme
ni déployer ni utiliser sa force conformément à sa immortelle appelée à la vie éternelle. M ême le pauvre,
divine destination. l'infirme, l'opprimé, le faible petit enfant. Quelle que
, Peut-être qu'une comparaison pourra mettre en soit la situation que nous occupions pendant notre vie
lumière cette pensée. Depuis qu'existent la terre, l'eau terrestre, que nous soyons monarque ou paysan,
et les nuages, il y a eu aussi l'électricité. L'homme instruit ou ignorant, riche ou pauvre, une grande tâche
connaissait depuis des siècles l'électricité, mais il ' ne nous attend dans la vie : sauver notre âme.
savait quoi eri faire, parce qu'il ne la connaissait que Le seul danger de l'âme humaine, c'est le péché. Et
sous la forme' de la foudre dangeœuse qui ne pouvait afin que le péché ne l'engloutisse pas pour l'éternité,
que détruire. Mais quand un jour l'esprit humain capta le Fils de Die,u Lui-même est venu sur la terre pour
l'électricité, il transforma et facilita toute sa façon de sauver l'âme. Mes frères, quelle est donc la valeur de
vivre avec cette force jusqu'alors uniquement l'âme humaine, quelle est alors la valeur de la vie
destructive. humaine! Quelle étonnante découverte : que signifie
C'est ai!1si que le Christ a également capté les forces pour moi ma propre vie 1
de l'âme indomptées, éparses et désordonnées jusqu'alors 2. Mais quelle importance a-t-elle également ppur mon
et les a mises au service de leur destination divine. ,I l a prochain? '
transformé toute la manière de vivre de l'humanité a) Le Christ, du fait qu'Il a découvert en chaque
ancienne en mettant en relief et au centre de tout les . homme l'âme immortelle appelée à une vie éternelle,
nobles 'aspirations de l'âme: voilà la conception ch ré,· est devenu le Héraut béni de la fraternit é humaine. Tout
tienne du monde. Et de même que l'électricité sous la homme, le roi, la comtesse, le balayeur de rue, le petit
forme de la foudre tue et détruit, mais domptée et bohémien déguenillé, le riche, le pauvre, le bien portant,
apprivoisée pousse les voitures, cuitles repas, transmet le malade ... tous ont une âme appelée à la vie éternelle,
les nouvelles et transporte dans tous les coins du monde que notre Père céleste attend avec un amour anxieux.
LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 157
Nous ne savons cela que depuis le Christ. Et si le ment du bien, c'est le présent béni de Notre-Seigneur
Sauveur n'avait pas fait autre chose que d'avoir raconté Jésus-Christ. Les Stoïciens aussi connaissaient en
ia touchante parabole de l'Enfant Prodigue, celle de théorie - seulement dans l'impuissante thé crie - la
la drachme perdue et celle de la brebis égarée, Il a rait fraternité humaine; le bouddhisme proclamè' également
été déjà l ,e plus grand bienfaiteur de l'humanité. la bienveillance pour les hommes, une j;)ienveillance
b) Car savez-vous ce que nous devons à ces p3ra- purement négative, mais quelle faible lumière à éôté
boles ? Ce dont nous sommes redevables à cet enseigne- du soleil éclatant de la doctrine du Christ!
rnent fondamental du Christ, que chaque homme a une Voilà ce que pense de l'âme Notre-Seigneur Jésus·.
âme d'une valeur éternelle? Nous sommes redevables Christ.
de ce que la valeur de la vie humaine a été établie supé-
rieure à tout. Que depuis le christianisme le père n'a
plus le droit de jeter l'enfant nouveau-né du haut de la II
roche tarpéienne; que depuis le christianisme la sup-
QUEL EST L'ENSEIGNEMENT DU MONDE
pression artificielle de la vie du nouveau-né est un
NON-CHRÉTIEN SUR L'AME?
péché épouvant~ble, parce que lui aussi a une âme
immortelle; que depuis le christianisme même la pauvre
vie clouée durant des années sur un lit de malade a Comme elle est erronée, comme elle est vide, comme
encore un but, et que cette vie personne n'a le droit de elle est inerte en comparaison, la conception de l'âme
l'étouffer par la force; que depuis le christianisme les dans le monde non-chrétien!
pauvres, les infirmes, les vieillards, les malheureux sont 1. Le monde non-chrétien ou bien veut savoir davan-
soignés avec charité, car eux aussi ont une âme immor- tage sur la destinée de l'âme que ce que Notre Seigneur
telle. C'est la valeur de l'âme humaine qui est la source, de a regardé comme nécessaire de nous communiquer,
l'éclatante différence entre le christianisme et le .paganisme : et par là il s'enfonce dans les subtilités nuageuses
dans le christianisme ch~que homme a sa valeur propre, des adeptes de la transmigration des âmes; 2. ou bien il
dans le paganisme l'individu ne compte pas, il peut mou- ne veut rien savoir du tout sur l'âme et par là il s'égare
rir, il peut disparaître, seule compte la collectivité. dans le désert aride de la vie physique purement
Mais selon Notre-Seigneur Jésus-Christ, sous chaque végétative.
visage humain vit une âme immortelle, tout homme I. Il y a de nébuleux systènies philosophiques qui
porte en lui-même une valeur éternelle, nous avons jettent totalement par-dessus bord la doctrine du Christ
donc tous une valeur et nous sommes tous frères'. .Que sur l'âme. Ils prétendent que l'âme humaine après la
les hommes se donnent réciproquement le nom de mort du corps se choisit de nouveau un autre corps,
frères, que nous nous donnions mutuellement le nom c'est-à-dire qu'elle naît de nouveau. Elle recommence une
de prochain, et que nous nous souhaitions réciproque· nouvelle vie, afin d'expier les fautes de la vie précédente,
LE 3YM BOLE DES APôTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 159

et quand son nouveau corps meurt encore une fois, elle existence antérieure : l'un fut jadis le roi David, une
en choisit un autre, jusqu'à ce qu'elle soit devenue autre la reine de Saba, un troisième saint Paul ...
parfaite et reçoive alors la récofnpense : elle se fond et même lorsque, il y a quelques années, on découvrit
dans le grand esprit universel. C'est la théorie des le tombeau de Tout-Ank-Ahmon, rien qu'ici à Budapest
thtosophes sur la réincarnation. D'après les théosophes, plusieurs dames théosophes se rappelèrent tout à coup
l'homme renaît environ cinq mille fois, chaque nouvelle qu'elles avaient été autrefois épouses du grand pha-
naissance a lieu à peu près toùs les mille ans; il faut donc ,raon... Mais il est incompréhensible que celui qui
cinq millions d'années avant qu'une âme humaine « se souvient ainsi)) ait toujours été dans sa vie anté-

retourne dans le sein de l'esprit universel, le Nirvana. rieure un grand homme, un grand général, un apôtre,
Je ne parle actuellement de cette nébuleuse théorie un prince et que personne ne se rappelle avoir été
de la réincarnation que parce que' des gens qui se jadis Joseph Sobri, Rinaldo Rinaldini ou un fameux
donnent pour religieux se laissent aller à regarder avec malfaiteur, un meurtrier, un usurier, - or le but de la
faveur cette idée. Or non seulement aucune ' preuve ne réincarnation devrait être d'expier sa vie antérieure ...
l'appuie, mais au contraire elle est en contradiction avec Mais alors?
le christianisme. Ensuite, si la réincarnation existait, que pensons-nous
On ne peut pas apporter une seule preuve en faveur de la de la mort des petits enfants qui sont disparus avant
métempsychose, bien plus elle contredit toute saine d'avoir expié . quoi que ce soit de leur soi-disant vie
considération. Quelles absurdités est obligé de croire antérieure? Leur réincarnation a été inutile, s'ils n'ont
celui qui a foi en la réincarnation! Si votre âme a déjà pas avancé d'un pas vers la purification.
vécu dans le corps de centaines et de centaines d'autres Et comme il est effrayant de penser qu'il faudrait
hommes, pourquoi ne vous souvenez-vous plus de rien vivre cinq mille fois, avant d'atteindre finalement le
. de ce que vous aviez été jadis? repos! N'est-ce pas assez d'une , seule vie ' pleine
De rien! En effet ce que l'on apporte en guise de de souffrances?
preuve est fort peu de chose. On arrive dans une ville El' comme cette doctrine détruit tout l'ordre moral et
quelconque où l'on n'a encore jamais été et cependant l'importance de la vie!, Certainement si un jour chacun
elle nous semble connue,comm~ si nous y étions déjà arrive avec une ponctualité mécanique à la féli~ité finale,
allé; ou bien dans une belle promenade en forêt : c'est alors il n'y a aucune différence entre le bien et le mal,
curieux, j'atdéjà vu cela ... Mais ce n'est pas une preuve alors pourquoi accomplirai-je une action héroïque pour
de la réincarnation, c'est seulement une preuve àe la faire le bien? Alork il n'y a pas de mal, si durant la vie
faiblesse de notre mémoire: ce n'est pas cela que j'ai vu présente je m'enfonce dans un flot de péchés, il me reste
mais seulement quelque chose de semblable. encore 4.999 vies nouvelles 1
Les adeptes'" de ,la réincarnation proclament avec Non, le Christ Notre-Seigneur ne nous a pas dit cela.
amertume qu'ils se souviennent fort bien de leur n a enseigné clairement que toute mon éternité dépendra
160 LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST?

de-mon unique 'L'ie terrestre, car « la nuit vient où personne Mes frères, est-ce que le Christ n'a pas encore vécu sur
ne peut travailler» (8. Jean IX, 4). cette terre? Et n' a-t-Il pas proclamé que nous avons aussi
2. Après ce premier extrême, en vient malheureu- une âme? Comment ces hommes qui n'ont aucun souci
sement un autre; après ceux qui se laissent aveugler par d'une sérieuse conception de la vie, comment rendront-
la fausse lumière de la transmigration des âmes, viennent ils compte un jour au Dieu qui demandera compte de
ceux qui sont totalement glacés par le pôle nord de la tout? Ces hommes qui ne se composent que d'uh corps,
négation de l'âme. Vous avez une âme immortelle, qui ne se penchent que vers la terre, qui ne poursuivent 1
sauvez-la, en passant une vie vertueuse sur cette terre, , que les joies de ce monde.
tel est l'enseignement du Sauveur; et maintenant regar- Vous allez dire : Il ne faut pas voir les choses si en
dons autour de nous dans le moade .et voyons cette noir. Peut-être n'y a-t-il pas d'âmes aussi vides, aussi
multitude d'hommes qui n'ont pas d'âmes, qui sont légères.
tellement attachés à cette terre et uniquement à la vie Pas de ces âmes? Eh bien! je vais encore vous lire
présente qu'il ne leur reste même pas une minute pour quelque chose. Vous lire quelques lignes d'un petit,
penser à leur âme immortelle. Pauvres frères à la vie carnet relié en cuir rouge qui a été oublié par une dame
déserte et vide t dans un taxi, et celui qui l'a trouvé dans la voiture en a
Citerai-je un exemple de ce que devient l'homme, levé les hras au ciel de stupéfaction.
quand il oublie son âme? Je lirai quelques lignes d'un Qu'y avait-il dans ce carnet? Oh! rien de maL Rien
prospectus que distribue une grande fabrique de de vilain, rien de honteux... Voici quelques notes
parfumerie. d'une semaine :
« Madame, la mode change continuellement,
Lundi : bain sulfureux... 2 heures couturière ...
pourquoi faudrait-il que votre visage échappât à ce
3 heures tennis ... 6 heures thé. Les X dîneront chez
changement? Ce n'est pas nécessaire, car v.ous pouvez
nous.
adapter votre visage à votre costume. Vous serez ravis-'
sante dans votre robe verte ou avec votre coquet chapeau Mardi : 9 heures rendez-vous chez le coiffeur ... I I
si vous savez donner à votre visage la nuance assortie »... heures chez la modiste (mon chapeau me serre, mes
Ensuite le prospectus énumère les fards qu'il faut cheveux ne tiennent pas). Midi, au Continental, 3 heures
passer su~ le visage, dans la matinée ou le soir, à la golf.
lumière du jour ou à la lumièrè éleétrique... Le cœur Mercredi : 10 heures essayage ... II heures les A
se serre quand on lit ces lignes et on voudrait s'écrier : déjeuneront <:hez nous ... 3 heùres amener Cri-Cri au
Oui, Madame, hâtez-vous de mettre tantôt une perru- vétérinaire ... Opéra.
que jaune serin, tantôt une perruque bleu ciel, hâtez-
vous de passer sur votre visage tel ou tel fard, hâtez-'vous Jeudi: 10 heures lever ... II heures manucure ...
'... avant que le bolchévisme ne mette fin à tout cela. 3 heures chez X... 8 heures théâtre.

Symb. d. Ap, --- T,!T 11


162 LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A 'APPORTÉ LE CHRtST?

Vendredi 10 heures et demie lever ... Déjeuner à


on se trouve en présence de la mort et que l'on est obligé
la pâtisserie ... 2 heures assortir de la mousseline avec
de constater que l'on a gâché sa vie.
du Crêpe, ,Georgette ... 3 heures tennis ... 6 heures
Oui, mes j'ret'es, c'est la chose la plus épou~)alltahte.
ondulation~.. théâtre.
Samedi: 10 heures téléphoner pour le chapeau, il
me serre toujours... I I heures dentiste... Déjeuner
chez les Y ... 5 heures thé chez les Z ... 9 heures théâtre.
Voilà l~s notes d'une semaine. Il ne s'y trouve rien Et maintenant je m'arrête ét je pose un point à la fin
de mal, pas de péché, rien de vilain ... seult:ment on de mes réflexions d'aujourd'hui, - mais je ne veux
lève les bras au ciel: Seigneur Jésus, avez- Vous vraiment pas terminer mon sermon sur une impression aussi
vécu parmi nous? Vos Ievres divines éternellement vraies pénible. En eHet, si le Christ m'a fait connaître mon
ont··elles enseigné que tout dépend de cette breve vie âme immortelle, c'est pour me faire prendre mon essor
terrestre? Qué c'est elle qui décidera de notre vie et non pas me traîner lamentablement sur la terre. A
éternelle? Comment la propriétaire de ce carnet mes oreilles retentissent ces paroles de la Sainte
pourra-t-elle rendre compte de sa vie terrestre, la ' Écriture' : « Nous sommes enfants de Dieu. Or si nous
propriétaire de ce petit carnet qui n'y a pas inscrit une sommes enfants, nous sommes aussi héritiers de Dieu
seule date sainte . et sérieuse, pas une seule assistance et cohét'itiers du Christ » (Romains VIII, 16- J7).
à la messe, pas une seule confession et communion, J'ai une âme immortelle qu'attend, après les luttes de
pas un seul exercice spirituel, pas une seule visite à la vie terrestre, le Père éternel du ciel, - voilà ce que
des malades, pas une seule aumône? le Christ a enseigné.à l'humanité et par cet enseignement
Mes frères, que de petits carnets rouges vendent Il lui a donné des ailes.
les librair~s ici à Budapest! N'y inscrit-on que des Avez-vous déjà vu un oiseau au milieu des mugis-
choses de ce genre? N'y a-t-il que 'desdàtes que les sements de la tempête? Autour de lui,l'ouragan déra-
mites rongeront et que le temps effacera? Qui que cine les arbres, au-dessous de lui des branches sont
vous soyez, mes frères;. qui avez entendu cette instruc- . brisées et il chante ... il chante, car il sait que si la
tion, si dans votre carnet il ne se trouve que des notes branche sur laquelle il est posé vient à se briser, il a
de ce genre, pensez à ce roi des Perses qui fif"venir 'deux ailes.
les troil plus sages personnages de son royaume et DM es frères, aujourd'hui où autour de nous toutes
leur demanda ce qu'ils regardaient comme la chose la les digues s'effondrent, Oll au-dessus de nous pâlissent
plus néfaste sur la terre. Le premier répondit : La plus toutes les étoiles, où chaque branche casse au-dessous
néfaste, c'est la maladie. Le deuxième déclara: La plus de nous, nous, les fidèles enfants- du Christ, nous
néfaste, c'est de vieillir. Le troisième, après avoir bien savons que nous avons une âme appelée à la vie éter-
réfléchi, répondit : La chose la plus néfaste, c'est quand nelle et c'est pourquoi dans cette nuit désespérante et
LE SYMBOLE DES APÔTRES

sombre nous redressons la tête et nous disons: Seigneur,


ie Vous remercie de m'avoir donné cette foi sublime, je
Vous remercie de m'avoir donné une âme ... Car c'est sa
po:çsession qui me rend heureux même aujourd'hui ... qui . XIII
me rend heureux. Amen.
QUE NOUS A APPORTÉ LE CHR.IST?
1
III

UNE DIRECTION DE VIE

MES FRÈRES,

Tolstoï avait un admirateur enthousiaste en la


personne d'un peintre hongrois qui, dans un grand
, désir de voir le patriarche russe, vendit tous ses tableaux
et se mit en route pour atteindre le but de ses rêves
et pouvoir parler au consolateur des abandonnés qui
à chaque ligne de' ses écrits versait un baume sur les
âmes souffrantes.
Il fut obligé de voyager de longues journées pour
arriver enfin à Jasnaja Poljana et son cœur battait
précipitamment à la pènsée qu'il était arrivé dans le
voisinage du Maître. Finalement il se trouva devant la
maison où pour lui, habitait l'homme le plus éminent
du monde. Il sonna, monta timidement 'les degrés et ...
alors ... alors il se rencontra avec Tolstoï qui descendait
rapidement après .une querelle de famille, la tête dans
les mains. -Notre peintre raconte avec transport que
ce jour était le plus heureux de sa vie, qu'il avait pu
arriver chez celui dont il espérait la guérison de son cœur
166 LE SYMBOLE DES · APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST?

meurtri. Tolstoï le regarda avec étonnement, au dedans I. Quelle direction le Christ a-t-Il indiquée à l' humanité
de lui-même il en eut certainement pitié et on aurait pu et II. Qu'est-ce qui nous attend, si nous nous détournons
lire dans ses regards qu'il n'était pas très satisfait de de cette voie? C'est à ces deux questions que je voudrais
sa visite. Il écrit des livres' et est content qu'on les lise; faire réponse d~ns l'instruction d'aujourd'hui.
il ne lui déplaît pas de recevoir des messages de féli-
citations, il ne se dérobe même pas, quand on lui
demande des autographes . .Mais qu'un homme en proie
à la souffrance vienne de si loin jusqu'à Jasnaja Poljana 1
pour y chercher des consolations? Ce n'était pas la
QUELLE DIRECTION LE CHRIST A-T-IL TRACÉE
peine. Il avait déjà assez de ses propres maux et ne
A L'HUMANITÉ?
pouvait venir ' en aide aux autres.
Quand je lis cette curieuse histoire, un autre tableau
se dresse devant moi. Notre-Seigneur Jésus-Christ est A) Un maître inégalable de la peinture chrétienne,
là devant nous, devant les millions d'hommes d'aujour- Fra Angelico, a représenté dans une fresque au profond
d'hui qui luttent et combattent, qui, portant sur leurs symbolisme l'instant où après sa mort, Notre-Seigneur
épaules courbées le poids de l'existence, cherchent descend « aux enfers », suivant les termes du Cr,edo,
partout soulagement et consolation, et voilà que pour conduire près de Dieu les âmes des hommes qui
résonnent les .paroles du Sauveur : {( Venez tous à moi, jadis avaient mené une vie inspirée par la crainte de
vous qui êtes fatigués et chargés et je vous soulagerai» Dieu. Sur ce tableau on voit une lourde porte de fer
(S. Matthieu XI, 28). qui s'ouvre tout à coup et fait pénétrer une lumière
Voilà, mes frères, la troisième réponse à la question aveuglante dans le cachot, et les hommes qui L'atten-
que nous avons soulevée il y a quinze jours. daient depuis si longtemps se mettent en marche vers
Que nous a donné le Christ? - ai-je demandé alors. le Christ qui leur tend les mains d'un geste rayonnant.
Il a donné Dieu, - telle fut la première réponse. Il Tous avaient été honnêtes, bons et purs, mais ils avaient
a donné l'âme, - telle a été la seconde réponse. Mais 'vécu avant le Christ et leur vie venait seuÎement d'être
Il a donné aussi une direction à notre vie, allons-nous complétée par le Christ.
répondre dans le sermon de ce jour. Ce ne sont pas les a) Pour nous aussi, mes frères, toutes nos aspirations,
philosophes ni les savants ni les artistes ni les hommes tous nos désirs, tout notre idéal ne · se sont réalisés que
polit~ques qui ont donné une direction de vie à l'huma- lorsque le Christ est arrivé panni nous. Avant le Christ,
nité, mais uniquement le Christ qui nous a tendu les l'homme avait aussi déployé des efforts, avant le Christ
bras et avec dt:!s paroles inspirées par son amour infini, il y avait eu de la vertu sur la terre, sans le Christ
a aiguillé notre route dans une direction totalement avaient fleuri les fleurs de la bonté naturelle, mais tout
nouvelle et jusqu'alors inconnue. cela n'était que des morceaux d'une mosaïque brisée -,
/
168 LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST?

c'est seulement le Christ qui les a réunis dans l'unité pénétré la civilisation européenne d'une force victo-
étonnante d'une {mage imposante. rieuse, ce qui a été l'humus, la base, la source, l'aliment
Dans"l'antiquité avaient déjà fleuri de grandes et le gardien de cette.,civilisation, c'est ce que nous
civilisations, mais elles ne possédaient pas la force de appelons de ce seul mot : le christianisme. Le christia- ·
conquérir le monde. Babylone et l'Assyrie furent nisme a pénétré dans les empires grec et romain, a
d'immènses empires, elles édifièrent des constructions recueilli, ennobli et sauvé leurs valeurs sur le point
monumentales, on admire aujourd'hui encore leur de disparaître. Il infusa aux peuples jeunes et aux
législation et l~urs connaissances astronomiques, mais forces exubérantes des invasions barbares ses saintes
leur action, leur propagande intellectuelle n'ont pas . idées, par là il adoucit leurs .instincts précieux, mais
pu franchir les limites de l'Orient. sàuvages et amena les peuples de l'Europe à l'unité de
Le royaume des Pharaons fut aussi une grande puis- civilisation; il imposa aux arts un but beaucoup plus
sance, ses obélisques, ses pyramides et la richesse de grand, il ouvrit devant la science de nouveaux champs
ses tombeaux aujourd'hui encore, après des milliers de recherches.
d'années, nous remplissent d'étonnement, - mais, b) Et voici la question" principale d'aujourd'hui :
n'est-il pas vrai, comme cette civilisation égyptienne Quelle est donc cette voie sur laquelle le Christ ·a placé
s'est figée et est tombée en ruines? l'homme nouveau? Ou en d'autres termes: Quelle est
Faut-il parler de l'antique civilisation chinoise? l'essence, ['âme, la force vitale de cette civilisation chré-
Des trésors spirituels de l'Inde? Ces civilisations ont tienne? La philosophie peut·"être? Le style gothique ou
toutes été limitées à des domaines plus ou mÇ>ins de la Renaissance? L'agriculture ou la vie économique?'
grands et n'ont pas pu éveiller dans d'autres peuples Le commerce maritime? Oui\ tout cela appartient à la "
le désir de les suivre. civilisation occidentale, mais tout cela n'est pas l'essence,
Comme il en est tout autrement de la civilisation n'est pas l'âme de notre civilisation. Faut-il donc dire
eùropéenne! Qùe de choses cette civilisation a apportées quelle est l'âme de notre civilisation? L'âme de notre
aux peuples, non séulement à ceux d'Europe, mais à ci'vilisation est la civilisation de l'âme, c'est··à-dire ce
tO.!lS les habitants du globe. Quel progrès moral, quel corps de vérités chrétiennes qui a élargi dans l'homme
idéalisme, quel avancement dans les arts et les sciences! l'horizon terrestre et borné jusqu'à la perspective de
Mais qui a donné à cette civilisation européenne la l'éternité, et ce corps de préceptes moraux qui est de"venu
force de conquérir le monde? Est-ce l'art grec et le pour tous les peuples d'Europe une source de forces
droit romain qui en ont été les artisans indiscutables? spirituelles à l'aide desquelles ils ont triomphé des
La rhétorique grecque et la technique rom~ine qU"i en ravages et des ruines des siècles de l'histoire.
ont été sans aucun doute les fondements? Non. Elle Napoléon a dit un jour que l'Évangile n'est pas un
a utilisé tout cela, mais ce n'est pas de là qu'est sortie livre, mais une vérité vivante. Que voulait-il dire par
sa force, et tout cela n'a pas été l'essentiel. Ce qui a là? Que clans les paroles prononcées par Notre-Seigneur
LE SYMBOLE pES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 17 J
Jésus· Christ, il y a vingt siècles, circ1,lle encore à est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé »
présent une force vitale toujours nouvelle. L'homme (S. Jean IV, 34), mais toute sa vie l'a aussi montré
laissé à lui-même se perd dans la matière : nos yeux réellement.
ne regardent que la terre, nos désirs s'attachent à la b) D'autre part, les paroles et les exemples du
terre, notre horizon est borné par les limites de la terre Sauveur prouvent aussi constamment que non seule-
- maisyoici que vient le Christ et Il redresse notre ment Il n'était pas un ennemi de cette terre et de la
tête, Il' ennoblit nos désirs, Il élargit notre.-horizon. v,ie terrestre, mais qu'Il portait aux créatures de Dieu
Et à tout cela il n'y a qu'une condition: Il faut que nous vivantes ou inanimées un amour inconnu jusqu'alors.
accueillons réellement le Christ et que nous soumettions Dans son idée de Dieu il n'y a rien de l'ancienne idée
toutes les manifestations de notre vie à sa volonté. d'un Dieu sur un trône, bien loin du monde; son Dieu
B) Je sens que je touche actuellement à une idée est présent partout, remplit tout : tout est en Dieu.
qui ne peut se passer d'un commentaire assez détaillé. Et c'est précisément ce qui nous explique cette bienveil-
« Faire au Christ une place dans notre vie », « Soumettre lance fervente de Notre-Seigneur pour la nature que
au Christ les manifestations de la vie actuelle ». « Remplir peut-être aucune époque n'a su autant apprécier que
du Christ le monde actuel ... » On entend souvent for- l'époque actuelle. Pour le Christ il n'y a pas de nature
muler ces exigences de notre sainte religion. Mais « morte », ses paraboles et ses comparaisons sont une
n'est~ce · pas en contradiction avec l'idée chrétienne? apologie éternelle de cet amour que le Christ a porté
Imposer le Christ au monde actuel? Mais combien aux plus petites manifestations de la nature.
'sont-ils pour penser comme si le Christ ne s'occupait Mais où son amour fut le plus grand ce fut à l'égard
pas du monde et de la vie terrestre 1En effet, Il a toujours des hommes. .
dirigé nos regards seulement vers l'autre monde, Il Qui oserait dire que le Christ ait passé avec indiffé-:
,n'a toujours parlé que de lui, - qu'est-ce que le Christ rence à côté des événements de la vie terrestre? Qui
aurait à dire à l'homme d'aujourd'hui? oserait dire qu'Il n'ait pas eu de cœur pour notre sort
Je sens qu'il me faut répondre à cette question. Il heureux ou malheureux '? Il n'y a qu'à lir~ l'Évangile:
y en a qui pensent que le Christ s'e~t exclusivement presque chaque ~ page démontre combien le Christ a
préoccupé de l'autre monde et qu'Il n'a pas eu un pu I. souffrir avec nous et 2. se réjouir avec nous.
seul mot pour la vie terrestre, il nous faut donc regarder 1. Comme le 'visage béni de Jésus nous montre
ce qu'il y a de vrai et ce qu'il y a de 'faux dans cette qu'Il a pu prendre part à toutes les soufIrances ,de la
manière de voir. . vie, le Christ a pu souffrir avec nous.-
a) Tout d'abord, nous reconnaîtrons que le trait Le Christ aurait été insensible aux soucis terrestres?
caractéristique de Notre-Seigneur est réellement la ,vie Mais voyez comme Il aime les enfants (S. Matthieu
surnaturelle et l'amour enflammé pour le Père, céleste. XIX, I3), non seulement Il les aime, mais Il a tous les
Non seulement Il a dit de Lui-même: « Ma nourriture sentiments d'un père angoissé (S. Marc V, 36), d'une
"

172 LE SYMBOLE DES APôTRES QUE NOUS A' APPORTÉ LE CHRIST? ,


,,
173
mère délaissée (S. Luc VII, 13), Il partage les souffrances déprimé. Il a dit : « Lorsque vous jeûnez, ne prenez
d'un cœur de malade. , Avec quelle tendresse sans pas un air sombre, comme font les hypocrites ... Pour
exemple Il se comporte avec Madeleine et Pierre toi, quand tu jefmes, parfume ta tête et,lave ton visage,
rep~ntants! Souvent les évangélistes écrivent de Lui, afin qu'il ne paraisse pas aux hommesl'-que tu jeûnes,
"
qu' « Il eut . 'pitié de la foule» (8. Matthieu IX, 36; ' . mais à ton Père qui voit dans le secret» (S. Matthieu
XIV, 14. 8. Luc VII, 13). VI, 16-18). Personne n'a eu de la vie une conception
Le Christ ne se serait pas soucié des problèmes de plus haute et plus grave que Lui, et cependant Il n'a
cette terre? Voyez comme Il ne craint pas de violer pas condamné les petites joies pures de la vie. Il ne se
le sabbat, comme Il n'a pa~ peur devant l'indignation dérobait pas quand on L'invitait à un repas et ne s'in-
des Pharisiens, quand il s'agit de soulager la misère quiétait pas d'être ensuite traité par ses ennemis
humaine (8. Marc 1,23. 8. Luc XIII, 14. S. Jean V, 9). d' «ami de la bonne chère et buveur de vin» (S.Matthieu
Le Christ ne se serait pas inquiété des problèmes XI, 9). Il s'assit à la t~ble de Lévi, de Simon et de '
d'ici-bas? Remarquez avec queUe bonté sans exemple Marthe, Il se rendit aux noces de Cana, Il accomplit
Il s'adresse aux malades. « Mon fils» dit-Il au paralytique même son premier miracle, afin que la joie des convives
(8. Marc II, 5); « ma fiUe » dit-Il à la femme malade ne fût pas gâtée par le manque de vin.
(8. Marc V, 34). Il aurait été indifférent, le Christ qui Je n'aime donc pas entendre dire, comme certains
a pleuré sur la ruiI).e de Jérusalem et qui, à la vue des le prétendent ici ou là, que les disciples du Christ
assistants en pleurs au, tombeau de Lazare ' « frémit doivent être austères, avoir un regard grave et com-
intérieurement et se troubla» (S. Jean XI, 33) ? En , passé, car on n'a jamais vu sourire Notre ~Seigneur ...
vérité, le éœur du Sauveur a pu sentir, se serrer, souffrir Non. Ce Jésus qui a partagé non seulement nos
avec nous. larmes, mais ' aussi nos joies, ce Jésus qui nous a
2. Mais le cœur du Christ a pu aussi se réjouir a'Dec apporté de son Père du ciel « la bonne nouvelle» n'a
,,' nous. Et le Christ qui se réjouit avec nous nous apprend pas pu avoir un visage sombre, revêche, froid et glacial.
peut-être encore plus clairement quelle direction Il a Dans le Christ il n'y a pas trace du mal du siècle ni
donnée à cette vie terrestre. « Abstine, stlstine », telle du dégoût de la vie; le Christ n'a pas fui devant la vie,
était la maxime de l'empereur philosophé Marc-Aurèle, mais Il l'a regardée à fond avec ses yeux divins, Il l'a
« abstiens-toi et supporte ». Les Néo-platoniciens par- saisie de ses mains divines et Il a soulevé et spiritualisé
laient du corps comme de « la prison de l'âme ». Aussi toutes ses manifestations.
dans les jeûnes
( ,
du peuple élu, aussi
),
dans la rude manière Jésus ne s'est pas enfui devant le monde, mais Il n'a
de vivre de saint Jean-Baptiste on sent une certaine, pas été non plus son esclave, Jésus a vaincu le nwnde,
sombre et douloureuse mélancolie de la vie terrestre. et la direction nouvelle qu'Il a donnée à ses disciples
Notre-Seigneur ne connaît pas tout cela. Il a pratiqué , comme but de la Vle est ,aussi la source de cette
le jeûne Lui aussi, mais Il n'en a pas été abattu ni victoire civilisatrice qui depuis vingt siècles a assuré
174 LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 175
le triomphe des peuples qui ont pour baGe l'idée nous attend, si nous nous séparons du Christ. Qu'est-ce
chrétienne. 'l qui nous attend? Ce qui attend le corps quand t1 est
séparé de l'âme. _
II Dès que l'âme abandonne l'homme, il n'y a plus rien
pour en maintenir les mille parties et il n'y a plus
QU'EST- CE QUI NOUS ATTEND, d'être humain, mais une poignée de sel, de charbon,
SI NOUS NOUS ÉCAHTONS DE LA VOIE DU CHHIST? de phosphore, d'eau, de fer et dix autres sortes d'élé-
ments; de même dès que la valeur de l'âme disparaît
A) S'il en est ainsi, mes frères, s'il est vrai que c'est de la société, il n'y a plus rien pour la maintenir dans
Je christianisme qui a donné sa force à la civilisation l'unité, -:- et à la place d'une société humaine, organisée
occidentale, alors nous ne pouvons pas considérer sans et ordonnée, il reste seulement un petit tas de fabriques,
anxiété la laïcisation actuelle de la pensée humaine, de locomotives, de prisons, d'imprimeries et d'hôpitaux.
nous ne - pouvons pas considérer sans anxiété que la Qu'est-ce qui nous attend, si nous nous séparons du
force de l'idée chrétienne, la force de la foi et de la morale Christ? Nous deviendrons borgnes. Comme leur
chrétiennes l'encontre tant d'obstacles et soit si affaiblie nombre est déjà grand! Ils ne voient que le côté matériel
de nos jours. du monde, cet œil leur est resté, mais ils ne veulent
L'Occident, l'Europe, doit sa grandeur au christia- pas en même temps plonger leurs regards dans les
nisme : c'est donc une question vitale de savoir si événements extérieurs. Ils sont aveugles de l'autre œil
l'Occident restera au Christ. Car c'est un fait aussi avec lequel ils pourraient ,voir au-dessus de la terre. Et
triste qu'indéniable que depuis les temps modernes quelle en est la suite? Une douloureuse déception dans
a commencé l'infidélité au Christ des peuples jadis .J'âme de l'homme actuel: il ne voit que la lutte et ne
chrétiens et cette manifestation ne fait que se poursuivre connaît pas la victoire; il combat et n'aperçoit pas la
de nos jours. En ce moment il n'est pas question de couronne; il suit sa route et ne voit pas le but où mène
vous, mes frères, qui êtes ici, dans ,cette église, mais de cette route. Dans la société antique il y avait quelques
nos contemporains qui ne sont ni ici ni dans une autre penseurs qui s'étaient séparés de Dieu. Et aujourd'hui?
église. Les manifestations de notre vie scientifique, Aujou,rd'hui la société commence à exclure Dieu de
économique,'- culturelle et politique se dérobent de ses pensées.
plus en plus à l'influence de ' l'esprit chrétien et enCore Mais c'est en vain: la seule réalité vivante et puissante
bien davantage la technique, l'industrie, le commerce, de l'histoire du monde est aujourd'hui encore unique-
le travail, la bourse. Aujourd'hui nous naissons dans ment la force du Christ.
un monde émancipé du Christ, où se trouve une foule Et lo~sque les spectres rouges des pays en flammes
d'hommes qui Lui sortt infidèles. nous épouvantent et que nous reculons d'effroi devant
Cependant il ne peut y avoir de doute sur ce qui les bouleversements spirituels et matériels, que signifie
I
LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPOHTE L E CHRIST ? l'n
le terme de révolution, nous sommes obligés de voir qu'elle est attachée aux jondements sur lesquels elle a ,
nettement ce que sont pour nous le Christ, et l'idée été jadis édifiée. Et s'il est vrai - c'est en réalité la
chrétienne. Quoi donc? Une vie humaine paisible, vérité p'tire - que la civilisation européenne doit sa
ordonnée, ~ne garantie de civilisation. grandeur à la foi et à la morale chrétiennes, alors il est
B) Chacun prêcha la lutte contre la révolution sociale, également vrai et le danger est certain que cette civi-
mais la prêche-t-on bien? Car ce n'est pas uniquement lisation va à la ruine par suite de l'abandon de l'idée
avec des mots qu'on peut la vaincre, ce n'est pas chrétienne. De même que la civilisation romaine a
uniquement par l,a propagande et les discours qu'on été anéantie par le culte des hétaires et des histrions,
peut la combattre. Alors comment? En retournant au de même la nôtre sera aussi détruite par le culte des
Christ. En nous pénétrant du Christ. A quoi bon con- girls et des boys et les mille autres formes de légèreté
damner les révolutionnaires, si en même temps je morale.
laisse les journaux illustrés, les cinémas et les théâtres
tourner en dérision les vérités religieuses et traîner dans
la boue les lois morales? Soyons persuadés, mes frères,
que la lutte extérieure contre la révolution restera une Mes frères, en 1930, courut à travers toute la presse
,
entreprise désespérée et' fallacieuse, si nous la laissons européenne la no~velle qu'une actrice universellement
en mênie temps grandir ou si même nous combattons connue (Maria Orska) s'était suicidée. Elle possédait
l'idée chrétienne par notre propre manière de vivre. tout ce qui peut sembler nécessaire pour jouir de ' la
Ces ' chrétiens qui appliquent les lois morales suivant vie et cependant elle avait rejeté la vie.
leur goût et leur fantaisie, comment oseraient-ils Qu'est-ce que l'homme jette loin de lui? Ce qui est
prendre la parole contre les révolutionnaires? On ne déchiré, ce qui est sans valeur, ce qui est une charge !1
devrait pas avoir peur de la révolution, on ne devrait inutile?
pas avoir peur du diable, mais il faut craindre ces Se plonger jusqu'aui cou dans les jouissances de la
semblants de chrétiens. vie n'est donc pas un but suffisant pour l'existence?
'1
A Tobolsc, les soviets russes ont fermé dernièrement
une série d'églises et ils en ont transformé quelques- '
Vous voyez que non.
Alors un théâtre, un bel appartement, un auto, un
~
unes en prisons. Ce n'est pas seulement un fait bien manteau de fourrure, des voyages, des soirées ne sont
triste, mais aussi un profond symbole : autant on ferme toujours pas un but suffisant pour la vie? Vous voyez
d'églises du Christ, autant il faut bâtir de prisons pour que non.
les malfaiteurs, - autant n'est pas assez, il en faut dix Depuis la venue du Christ nous savons que le devoir
fois plus. Car n'oublions pas une loi fondamentale de principal de la vie est l'accomplissement de la volonté
l'histoire de la civilisation qui est ainsi conçue : Toute divine par une vie bonnête, le travail, l'obéissance au
institution n'est forte et ne peut rester en vie que tant devoir, le sacrifice, - la distraction n'en est que

Symb, ù. Ap . - 'r. TI 12
,

: 1
LE SYMBOLE DES APôTRES

l'assaisonnement. Seul travaille donc pour l'avenir


de l'humanité celui qui aide l'humanité aveuglée par
les cinémas;- les journaux illustrés et les distractions
mondaines à comprendre que les exploits sportifs ou XIV
les danses des messieurs et des dames du grand monde
ne doivent pas être regardés comme les manifestations
les plus hautes de l'esprit humain et que ce type QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST?
d'hommes qui se développe dans l'atmosphèrè- du luxe
le plus raffiné non seulement s'écroule devant l'inutilité
de sa propre vie, mais est aussi un ver rongeur et IV
destructeur de l'arbre social. Il s'écroule de lui-même,
car l'échelle des jouiss~mces n'a pas un nombre infini LA JOIE DE VIVRE
d'échelons; le thermomètre y atteint facilement le
,.:
point d'ébullition, après lequel arrivent le feu et M!,s FRÈRES,
l'incendie. Mais c'en est fait aussi de la société, car en
elle la seule passion de l'égoïsme éteint tout amour,
tout intérêt, toute pitié pour la misère d'autrui. Au-dessus de la grande porte d'une très vieille ville
, Seigneur Jésus, ; Vous nous avez donné une autre de l'Inde (Fathepour-Sikri) on a découvert, il n'y a
direction de vie. Vous êtes « la voie, la vérité, la vie ». pas bien longtemps, cette inscription pleine de sens,
Faites que vos peuples devenus infidèles se retrouvent rédigée en langue arabe : « Jésus - que la paix soit
grâce à Vous sur le chemin qui conduit à la vérité et à avec lui - a dit: Le monde n'est qu'un pont, passe
la vie 1 Amen. dessus, mais n'y construis pas ta demeure ».
" Cette phrase ne se trouve pas dans la Sainte Écriture.
Mais Notre-Seigneur a enséigné bien des choses qui,
suivant saint Jean (XXI, 25), n'ont pas été écrites; il
n'est donc pas impossible que l'inscription de la loin-
- ' "_._ -~._~-
taine porte de l'Inde soit réellement sortie de la bouche
du Sauveur. La pens,ée elle-même correspond tout à fait
à la Saint~ Écriture (cf. Hébreux XIII, 14). Oui;) le
monde est 'ungrand pont, ,que nous devons franchir.
A qui viendrait-il à l'esprit de rester debout sur le pont?
Ou bien à qui viendrait-il à l'idée d'y bâtir une maison?
Sur un pont chacun se dépêche de passer, pour aller

,1
180 LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 181

de l'autre côté. h plus je vois clairement la direction devons-nous servir Dieu? Il vaut mieux attendre
devant moi, plus le but est certain devant moi, plus jusqu'à ce que vienne quelqu'un pour nous instruire ». .
j'avance avec joie et ,persévérance. Lorsque Bouddha fut à l'agonie et que ses disciples lui
Que nous a donné le Christ? voilà ce que je demande demandèrent ses dernières recommandation!', il leur
p )ur la quatrième fois. Et ma réporise d'aujourd'hui dit: ( Combattez sans vous lasser ». Mais quand ils lui
sera celle-ci : Il nous a donné la joie de vivre. demandèrent : (( Maître, et pourquoi devons-nous
Cette réponse suit d'elle-même les constatations des combattre? » il ne put leur répondre que . par un
sermons précédents. Car du fait que Notre-Seigneur haussement d'épaules. Autrefois il avait dit qu'il
Jésus-Christ nous a révélé Dieu et l'âme et qu'II nous fallait combattte pour le Nirvana, mais qu'est-ce que
a fait connaître la fin sublime et éternelle de notre âme', ce Nirvana, c'est sur quoi discutent aujourd'hui encore
non seulement II a donné à notre vie terrestre une les bouddhistes.
direction sublime, mais Il nous a donné aussi courage, Au contraire celui qui a entendu le Christ sait ce
force et joie pour le combat de la vie. qu'il cherche dans la vie. Gagner la vie éternelle au prix
La vie n'est qu'un pont; pendant que vous le tra- de la fidélité à ses devoirs dans la vie terrestre, voilà le
versez, ne détournez pas un instant votre regard de but de la vie humaine.
l'autre rive, de votre fin dernière, et ce but vous C'est seulement depuis le Christ que nous savons
donnera alors la joie pour ·combattre et la force pour pourquoi nous autres hommes marchons en redressant
souffrir. le dos et la tête haute. L'animal marche à quatre pattes
Je voudrais résumer ' la leçon de mon instruction et a toujours la tête penchée vers le sol, parce que la
1 d'aujourd'hui dans cette triple idée: n9us appelons la terre est son unique patrie; mais l'homme marche debout
doctrine du Christ « une conception victorieuse du et son visage , regarde le ciel, parce que c'est là notre
monde », parce que I. elle donne un but à la vie, II. elle définitive · et .véritable patrie.
donne la joie pour combattre et III. elle donne la force Tant que le Christ n'était pas venu, l'homme ne
pour souffrir. savait pas pourquoi il vivait. Mais depuis qu'II est
venu, brille devant nous le bonheur éternel de l'union
à Dieu, que nous devons mériter par une vie terrestre
J passée sérieusement. Mais c'est justement parce que
le Christ vit au milieu de nous que nous sommes
LE CHRIST DONNE UN BUT A LA VIR responsables de la manière dont nous pas~ons cette vie
terrestre, c'est-à-dire que nous sommes responsables
Avant Notre-Seigneur Jésus-Christ les plus sages du contenu de notre vie.
de l'humanité tâtonnaient dans les ténèbres de l'incer- De même que, par une loi de l'ordre du monde
titude sur leur fin dernière. Socrate disait: «( Comment naturel, quand une étoile se détache du soleil, elle se
\

182 LE SYMBOLE DES AI'ÔTRES QUE NOUS · A APPORTÉ LE CHRIST?

glace et s'éteint, de mê me par une logique impitoyable misère et de lutte en une vie rayonnante et supérieure
de l'ordre moral l'âme qui se révolte contre Dieu et se ,lU monde.
sépare de Lui doit s'attel~dre à une nuit glaciale et C'est ,seulement depuis le Christ qu'on peut parler
sans étoile sur la route du péché. de la force morale de l'humanité. La vieille race humaine
Aussi l'homme ne peut·.il trouver le vrai bonheur a é~é rajeunie dans le Christ.
nulle part ailleurs qu'en Dieu seul et dans ;~:m âme b) Et lorsque le' Christ nous a fait comprendre que
orientée vers Dieu. nous avions une â,me appelée à la vie éternelle, Il nous
a indiqué en même temps les obligations qui en sont la
conséquence.
II Quelle conséquence?
Les paroles du Seigneur disent clairement : « Le
LE CHRIST DONNE LA JOIE POUR COMBATTUE royaume du ciel souffre violence et ce sont les violents
qui s'en emparent» (S.Matthieu XI, 12). De même ces
En nous avertissant de ne pas stationner sur le pont, autres paroles: « Je suis venu apporter non' pas la paix,
c'est-à-dire en ,n ous avertissant de la valeur sur- mais le glaive» (S. Matthieu X, 34)'
abondante pour l'éternité de la vie terrestre, le Christ Que signifient ces paroles?
Notre-Seigneur nous a fait un devoir de perfectionner L'homme se compose d'un corps et d'une âme. Si
notre âme par la lutte, mais en même temps Il nous a nous considérons l'homme simplement du point de
donné également la joie en vue de cette lutte. vue biologique, nous trouvons en lui une foule de
a) Lorsque le Christ fit connaître leur âme aux hom- traits communs, avec l'animal. La civilisation 'dépasse
mes, Il fit une découverte immeI1se pour eux. Il montra la biologie; l'histoire culturelle de l'humanité est autre
que nous devons être supérieurs à toute aut1"é créature, chose que l'ennoblissement des traits de l'animal,
car il y a en nous une force ' avec laquelle nous pouvons que la défaite de l'animal dans l'homme. Mais Notre-
vaincre tous, les désirs égoïstes de la nature, toutes Seigneur..Jésus- Christ veut davantage: Il ~eut vaincre
les forces de l'instinct, toutes les impressions, tous les l' homme dans ['homme, élever ['homme vers Dieu.
événements désagréables et tous les coups de la destinée Je ne peux pas manquer ici de vous présenter deux
terr~tre, non pas de telle sorte que nous n'en souffrions exemples qui vous montreront combien l'âme qui
pas,' mais de .telle manière que nous puissions même s'attache au · Christ devient forte et comment, pareil
les fWlployer d gagner le royaume de Dieu. au lierre attaché au chêne élancé, l'homme faible puise
Jusqu'au Christ la profondeur de l'âme humaine avait sa force dans le Christ.
été un pays inconnu. C'est Lui qui nous a montré les 'Cette année, le monde ami des arts a célébré le
saintes forces qui sommeillaient au dedans de nous, CLXXVe anniversaire de la naissance du compositeur
a vec lesquelles nous pouvons transformer \ ~ne .vie de

j
Mozart.
LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 18 5

Je vous donne lecture d'une lettre de Mozart, qu'il choses qui ne sont pas. La faute principale en est que
écrivait, à l'âge de vingt-deux ans, après la mort de sa je n'{lgis 'pas toujours, en apparence, comme je devrais
mère, le . 3 juillet 1778, à son meilleur ami; l'abbé agir. Il n'est pas vrài que je me sois vanté de manger
Bullinger: « Dieu l'a appelée à Lui, Il voulait l'avoir, de la .yiande tous les jours d'abstinence ... j'entends
je m'en suis bien rendu compte - je me suis donc la messe tous les dimanches et jours de fête, et quand
incliné devant la volonté de Dieu. Il me l'avait donnée; je peux, aussi en semaine, vous le savez bien, mon père ».
Il pouvait aussi me la prendre ... Elle s'était confessée Mais pour que personne ne regarde comme suranné
trois jours auparavant, elle a reçu la sainte communion cet exemple de Mozart, je vais vous en citer un autre,
et l'extrême-onction ... Jé ne vous demande pour le tout nouveau.
moment que le service d'ami de préparer tout douce- Un de mes auditeurs d'une grande délicatesse d'âme
ment mon pauvre père à cette tris!e nouvelle. Que et d'une grande profondeur de sentiment m'envoie de
Dieu lui donne force et courage. Mon cher ami,' je temps en temps son journal, pour que je le lise. Écoutez
ne suis pas aigri, mais depuis longtemps consolé. Par les magnifiques pensées qu'il y a inscrites sur le but
une grâce particulière de Dieu j'ai tout supporté avec de la vie.
courage et résignation. Lorsque le moment dangereux « La vie est u~ sujet que Dieu donne à l'homme, à
arriva, je ne demandai à Dieu que deux choses, une sa naissance, pour le traiter selon sa vocation. L'un en
' heureuse mort pour ma mère et ensuite pour moi la fait une tragédie, l'autre une comédie. Quelques-uns
force et le courage, et le bon Dieu m'a exaucé et m'a en font une petite nouvelle insignifiante, beaucoup un
accordé ces deux grâces dans la plus large mesure » roman compliqué. Certains en tirent un film qui se
(Das Nette Reich, 193 1 , p. 365). déroule avec une vitesse vertigineuse, des millions n'en
Et si on demande où ce jeune homme de vingt- tirent qu'une série de qates. Il y en a qui en font un
deux ans a trouvé cette remarquable force d'âme, poème, et il y en a - hélas! combien peu -: qui en
l'explication nous est fournie simplement par sa sincère font une prière. Mais mm:, je le sens, j'en forme Urt hymne
et profonde piété. Mozart sans cesse aux prises avec les qui prêche la joie, · et malgré toutes les souffrances et
IJ
soucis et la maladie, Mozart à l'activité infatigable toutes les tristesses, toutes les laideurs, toutes les
trouvait le temps d'assister à la messe, même en semaine. vilenies et toutes les horreurs, je crois inébranlablement,
Et o~ ne peut lire sans énio,tion cette lettre remplie je crois à la Beauté et\ à la Bonté éternelles que le Dieu
d'une piété enfantine qu'il écrivait, âgé de vingt- puissant et libéral a posées comme un sceau ineffaçable
cinq ans, à son père le 13 juin i781 : « Soyez sans SUl' le monde ... »
inquiétude pour le salut de mon âme, mon bon père. Voilà ce qu'écrit un de mes chers auditeurs. Dites-
Je suis un homme faible comme les autres, mais je moi, av'ant Notre-Seigneur Jésus··Christ, le plus sage
puis souhaiter pour ma consolation que tous le soient du monde aurait-Il pu penser ainsi de la vie?
aussi peu que moi. Vous croyez peut-être de moi des
186 LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTER LE CHRIST? 187

me suit pas, n'est pas digne de moi» (S.Matthieu X, 38).


Et par ces paroles Notre-Seigneur a totalement trans-
III formé l'opinion antérieure de l'humanité sur la souf-
france. La souffrance n'est plus pourrylle le coup d'un
LE CHIn ST A DONNÉ LA FORCE POUR SOUFFRIR sort aveugle, le bras pesant d'un destin inévitable, -
pour elle les larmes sont une source de bénédictions et
« Il a facile d'écrir~ celui pour qui la vie est tout en même, derrière les traits de la souffrance, se dégage la
rose » pourrait répondre tel ou tel de mes auditeurs figure bénie du Père céleste. Et depuis le chrétien sup-
qui a beaucoup à souffrir sous les coups de l'existence. porte la souffrance, parce qu'il en connaît la valeur.
« Qu'il essaye de sourire au milieu de la souffrance et Dernièrement un professeur de chirurgie (G. Perthes;
qu'il essaye de demeurer intrépide et calme devant la T übinger Naturwissenschaftl. Abh. 1. Reft. 2 Aufl.
mortl» Stuttgart 1927) a dit: « Les soucis et les angoisses peu-
Et parce qu'il y en a pour parler ainsi, je suis obligé de ' vent nuire davantage que la douleur physique, par
montrer que Notre-Seigneur n'a pas échappé non plus contre la force de leur foi a soulagé davantage beaucoup
à ces instants d'~ngoisse, mais que par ses paroles et ses d'hommes religieux que les piqûres de morphine du
exemples Il nous a donné la force a) au moment de la médecin».
souffrance, comme b) à l' heure de la mort. Qui s'en rend compte? Uniquement celui qui connaît
a) Notre-Seigneur par son propre exemple a enseigné le Christ souffrant. Oui, car Il marche devant nous;
la manière dont nous devons supporter la souffrance dans devant tout homme .q ui souffre marche notre divin
notre vie - et en cela Il a été le Souverain Maître de la frère, Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a bu le calice de
vie terrestre. Car souffrir est la destinée de l'homme, la la plus amère souffrance jusqu'à la lie, afin que dans
souffrance fait indiscutablement partie intégrante de le monde entier il n'y ait pas un homme en proie à la
l'être humain. Et il ne comprend pas la vie de cette terre souffrance à qui Il ne puisse servir d'exemple récon-
celui qui -veut fuir jusqu'au bout devant la souffrance fortant : )) Certainement le Christ a plus souffert que
" (car alors il lui faudrait sortir du monde), mais celui qui mOl ».
sait donner un sens à la souffrance. Et c'est là pr~cisément b) Mais Jésus n'a pas seulement souffert, Il est mort
que se trouve la force grandiose du Christ, qu'Il a sur la croix, et depuis, au dessus de la porte sombre et
embrassé l~, plénitude de la vie, qu'Il a prêché la vie désespérante de la mort luit l'aurore de consolation
réelle, non pas seulement ses dehors fascinants, mais de la vie éternelle. Le Christ a pris une position déter-
aussi ses sombres et mystérieuses profondeurs. minée sur la question .~~e la mort; . Il ne pourrait pas
Notre-Seigneur Jésus- Christ a dit un jour que ceux . être le vrai Maître de l'humanité, celqi qui n'aurait
qui portent la croix avec grandeur d'âme Le suivraient en rien pu nous dire de la mort.
toute assurance: « Celui qui ne prend pas sa croix et ne Mais la mort est un phénomène tout à fait habituel,
188 LE SYMBOLE DES APôTRES QUE NOUS A APPORTÉ r.E CHRIST?

une chose de tous les jours; non pas même de tous les que le défunt durant sa vie n'a jamais été aussi frais et
jours,mais de toutes les minutes, de toutes les secondes ... vivant qu'après sa"mort. Dans le prospectus d'une
Chaque jour il meurt dans le monde environ 120.000 entreprise de pompes funèbres on peut lire le tarif
hommes, chaque heure · 5.000, chaque minute 80, suivant « lisser les traits du visage d'un ''mort : trois
c'est-à-dire que chaque seconde un de nos contem- dollars ». Cela peut passer. Mais voici maintenant le
porains quitte les rangs des vivants ... De même que les véritable américanisme: « Lisser les traits du visage du
flocons de neige tombent en hiver, de même les hommes mort de manière à donner l'impression du repos et
descendent sans arrêt dans la tombe ... et celui qui est de la paix :. dix dollars ».
encore en vie n'est-il pas dans une perpétuelle anxiété? En vérité, ce n'est pas trop. Si pour dix dollars on
Chaque minute de notre vie n'est-elle pas une conces- peut réellement imprimer à la mort l'idée de paix!. ..
sion arrachée péniblement à la mort? Sages de ce monde, Si pour dix dollars on peut avoir la certitude de cette
parlez donc, instruisez-nous: que dites-vous de la mort, idée apaisante que personne en ce monde ne peut
cette terrible souveraine? Sans le Christ, l'homme ne procurer, sinon celui qui attend dans la mort l'arrivée du
peut que trembler à cette pensée et quand il représente Christ.
la mort, il grave un sombre Génie qui dirige vers le sol Et je ne pourrais peut-être pas dire de façon plus
une torche fumante . Mais l'homme qui croit au Christ suggestive ce que le Christ nous a donné, qu'en citant
prononce avec une sainte confiance ces paroles du grand de nouveau quelques lignes de la lettre écrite par Mozart
poète portuga,is,. Camoens : le 4 avril 1787, à son père gravement malade: « ••. Puisque
la mort est la vraie fin dernière de notre vie, depuis une
Quand j'aurai fait ce que je pouvais , paire d'années je me suis si familiarisé avec cette véri~
Et qu'il commencera à faire sombre devant moi, table et meilleure amie de l'homme que son image non
Doucement je viendrai me reposer, seulement n'a plus rien de terrible pour moi, mais
Je m'assoirai sur le bord de la route funèbre, énormément d'apaisant et de consolant, et je remercie
Dieu de ce qu'Il m'a donné le bonheur, de me procurer
Et tranquillement j'attends cette heure l'occ~ion (vous me comprenez) d'apprendre à la con-
Dont les braves n'ont jamais peur, naître comme la clé de notre vraie félicité ... Je ne me
Lorsque la mort sera arrivée, couche jamais, sans penser que peut-être (si jeune que
La vie aussitôt commencera. je suis) je ne verrai pas le len:demain --"- et il n'y aura
pourtant personne de tous ceux qui me connaissent,
C'est une chose bien connue qu'en Amérique les em- pour pouvoir dire que je suis grognon ou triste en
ployés des pompes funèbres non seulement mettent les société, - et je remercie tous les jours mon Créateur
morts en bière, mais encore les embellissent. Ils arrangent pour ce bonheur et je le souhaite de tout cœur à chacun
les lèvres et les traits du visage, fardent la figure, si bien de mes semblables)) (Das Neue Reich, 1931, p. 365).

Il
LE SYMBOLE DES APôTRES QUE NOUS A APPORTf: LE CHRIST?

Dirai-je encore ce que nous a donné le Christ? Il ne à l'estomac, prisonnier à Sainte-Hélène. «Jamais homme
nous a pas ôté la mort, - mais Il a ôté son aspect déses- n'a été autant haï et autant redouté »••• a remarqué un
pérant. Mozart à 31 ans regardait chaque jour en face de ses biographes.
l'effrayante réalité de la destinée htImaine, mais sa foi Voilà la route suivie par deux hommes dans la vie.
solide, qui ne connaissait pas le doute, lui a donné la Tous deux ont passé sur un pont - l'un n'a faÜ que le
victoire, la paix, le bonheur et la puissance au travail. traverser, l'autre a voulu y construire. Tous deux ont
Qu'ai-je demandé au début de mon sermon, que nous sacrifié l~ur vie entière à léurs plans, à leurs désirs -
a donné le Christ? La joù de Vl'Vre. l'un pour lui-même, ['autre pour Dieu. Et celui qui voulait
se gagner lui-même, a tout perdu, mais celui qui ne
cherchait que Dieu a tout gagné.
Mes frères, votre vie est encore dans vos mains
vous vivrez comme vous voudrez. Il y en a qui ne vivent
Mes frères, je vaist:ésumer le conte~u de mon sermon que pour le monde, il y en a qui vivent selon Dieu. Avant
dans un tableau dont les contrastes accusés proclame- de choisir, n'oubliez pas cette leçon: Celui qui a voulu se
ront d'une manière frappante la vérité de mon sujet. gagner lw:-même a tout perdu; mais celui qui a chercht Dieu
Non loin de Lyon se trouve un petit village du noin a tout gagné. Amen.
de Dardilly. Dans les dernières amiées du XVIIIe siècle,
Jean, le petit garçon d'un cultivateur de ce pays,
Mathieu Vianey, regardait souvent avec des yeux
d'admiration l'artillerie de la garnison voisine qui
traversait le village au galop de ses chevaux ... Parmi
les officiers il y avait aussi un sous-lieutenant de 27 ans,
Le fils du cultivateur devint un serviteur de Dieu, le'
curé du petit village d'Ars dont la vie pauvre, austère
et humble a été un flambeau de l'amour de Dieu et du
prochain, dont le nom -le nom du saint Curé d'Ars -
a conduit pendant sa vie des milliers d'âmes à une
vie plus noble et dont le souvenir est aujourd'hui eAcore
béni et aimé.' Le jeune sous-lieutenant est devenu
Napoléon Bonaparte 'qui, par un orgueil sans limite et
une ambition effrénée, a sacriiié ses amis, son épouse,
sa foi et inondé le sol de l'Europe du sang de millions
de soldats ... et à l'âge de 52 ans, il est mort d'un cancer
QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 193

et nous qui marchons maintenant derrière Lui, nous


savons que derrière la sombre porte de la mort nous
accueille la lumière de la vie éternelle.
xv Vasco de (Gama a doublé victorieusement le Cap des
tempêtes et -â découvert les Indes orientales avec leurs
diamants : mais le Christ Notré-Seigneur a franchi
QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? victorieusement la porte de la mort et nous a révélé la
vie éternelle qui nous attend après la mort.
Tel est le nouveau présent que nous a fait Notre-
v Seigneur et tel est aussi Je thème de mon sermon
LA VIE ÉTERNELLE
d'aujourd'hui.
Les dimanches précédents j'ai dit que le Christ nous
avait révélé Dieu et l'âme, donné ùne direction de vie
MES FRÈRES,
et la joie de vivre, mais aujourd'hui je vais traiter d'une
autre grande révélation: le Christ Notre-Seigneur nous a
décou~'ert la vie éternelle. Voyons donc 1 ce que le Chri$.(
Le point le plus méridional de l' Mrique s'appelle: enseigne sur la vie éternelle et II ce qui résulte de c(Ji
« le Cap de Bonne-Espérance )J. Il n'a pas toujours été enseignement.
appelé ainsi. Son ancien nom était « Cap des tempêtes ».
Suivant les peuplades de cette région, aucun navire 1
ne pouvait le doubler, sans faire naufrage. Mais depùis
que Vasco de Gama, qui eut le bonheur de découvrir QU'ENS!E!GNE LE CHRIST SUR LA VIE ÉTERNELLE?
les Indes orientales, réussit à passer ce cap sans dommage,
d'autres navigateurs suivirent avec confiance cette route 1. Le Christ nous a donné une claire connaissance de la

et c'est alors que le Cap des tempêtes fut nommé Cap vie éternelle. n'epuis que l'homme existe sur la terre,
de Bonne-Espérance. on a toujours eu une idée de la vie éternelle, on a tou-
L'océan de la vie humaine avait aussi un cap redou- jours cru à une continuation de la vie terrestre. Si loin
table et dangereux devant le,quel personne ne pouvait qu'on remonte dans l'histoire de l'humanité, les
passer sans faire naufrage : la mort. Les yeux vagues, doctrines religieuses, les usages funéraires, le culte des
dans un~ incompréhension désespérée, nous restions esprits des défunts montrent que la vie humaine n'était
en présence de cette question angoissante, tant que pas regardée comme détruite définitivement par la mort,
n'était pas venu Notre .. Seigneur Jésus-Christ qui le mais qu'on croyait qu'il subsistait encore quelque chose
premier a franchi victorieusement le cap des tempêtes du défunt.

Symb. d. Ap. - T. TI UI
LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ , LE CHnIST? 195
194
Mais c'est seulement Notre-Seigneur Jésus-Christ et vers lequel tout et tous se dirigent, c'est le Dieu
qui a tiré de ce pressentiment obscur- une croyance éternel. Et depuis la venue du Christ nous savons que le
claire~Il a parlé souvent avec une netteté indiscutable seul centre d'attraction et l~ seule fin dernière de notre
de la « vie éternelle » (S. Matthieu XIX, 16; XIX, 29;
XXV, 4 6 . S. Marc X, 30. 8. Jean I~I, 36; ry, 14; IV,
âme ' c'est Dieu , qui nous aime infiniment. De même
que la loi de la gravitation attire la pierre vers la terre,
l,
36; V, 24, etc.). Il a parlé du Père celeste qUl a. envoyé de même la loi de l'amour attire l'âme vers Dieu.
son Fils unique dans le monde, « afin que qUlconque C'est notre seule fin dernière. « Et la promesse que
croit en lui ne périsse point, mais ait la vie étern:lle )~ lui-même nous a faite, c'est la vie éternelle » (1° S. Jean
(8. Jean lU, 16). Il a dit de Lui-m~m~ : « Cehn .qUl II, 25). Tel est le but de l'œuvre rédemptrice du Christ
mange ma chair et boit mon sang a la VIe eternelle et Je le (Romains V, 21). Si notre âme reste fidèle à travers
ressusciterai au derniet; jour » (8. Jean VI, 54.)· Et Il a toutes les tentations, c'est à cause de « l'espérance de
promis qu'à ceux qui Le suivraient « Il donnerait une vie la vie éternelle qu'a promise dès les plus anciens temps 1 ,
éternelle» (8. Jean X, 28). le Dieu qui ne ment point » (Tite 1,2). Notre âme '1

Une vie éternelle! Une vie éternelle! Ah! quels mots demeure fidèle, afin que « justifiés par sa grâce, nous
sublimes! Qui possède une vie éternelle? Dieu seul. devenions héritiers de la vie étern~lle, selon notre
Une vie éternelle est donc autant qu'une vie divine espérance» (Tite III, 7), et que nous soyons inscrits par
W S. Jean III, 1-2). . Dieu « dans le livre de vie » (8. Luc X, 20. Apocalypse
2. Et depuis qu'ont retenti ces paroles mervetlleuses III, 5), Nous savons qu' « Il rendra à chacun selon ses
du Sauveur nous savons seulement où va notre vie. Sur œuvr::s : la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance
le pont de Passau se trouve cette inscription ': « Alles ist da,ns le bien, cherchent la"gloire, l'honneur et l'immor-
Ubergang », « Tout est un passage ». C'est certain. Nous talité » (Romains II, 6-7).
ne faisons que passer ... Mais réfléchissons, mes frères, Mais voilà que ces réflexions nous amt:llent à une li
à cette courte question: Où allons-nous? , autre question plus importante :
La terre nous emporte nuit et jour dans sa course
.J
vertigineuse, mais où ? Qui pourrait nous le di;e.? ~dis
les astronomes pensaient que nous nous preclpttlOns
vers hi"'constellation d'Hercule; actuellement ils sont II
d'avis que nous sommes attirés par un point inconnu
de la voie lactée ... Mais il est aussi possible que cette QUELLE EST LA CONSÉQUENCE DE ln... · FOI
EN LA VIE ÉTERNELLE? '
étoile incoimue de la voie la'ctée soit également attirée
par une autre étoile aussi inconnue. ~ous ne sa~on~ ~as.
M'ais nous savons une chose : le pomt central mVlslble . Qu'est-ce que le Christ nous a donné par la foi en la
:le tout le monde des étoiles autour duquel tout gravite vie éternelle? Je pourrai répondre brièvement à cette
Q~E NOtfS A APPORTÉ I:.E CHRIST? 197
196 LE SYMBOLE DES APÔTRES

question que I. Il a changé notre maniere de voir. 2. Il a artistes pauvres et âgés qui jadis ont été des stars célèbres
changé notre vie et 3. Il a changé notre mort. et dont la beauté était admirée dans le monde entier
1. Il a changé notre maniere de voir. La foi en la vie mais à présent ils ne sont plus que des vieilles femme~
éternelle-a arraché nos regards à l'horizon borné de la l'idées aux mains tremblantes, des vieillards courbés,
terre pour les diriger vers la perspective de l'éternité, presque paralysés ... et pauvres, infiniment pauvres, car
afin que nous contemplions tous les 'événements de ils ont gaspillé jour par jour leurs immense<; revenus ... 1 1

l'existence « sous l'aspect de l'éternité ~), « sub specie et main~~nant personne ne les connaît plus::. eux: dont
aeternitatis ». le n.om, il n'y a pas longtemps encore, était publié
a) Quelqu'un a fait, au sujet de la différence entre la glOrIeusement dans les cinq parties du monde.
mitsique de Mozart et de Wagner, cette remarque que la Oui, la foi en la vie éternelle a changé notre manière
musique de Wagner donne l'au-delà tel qu'on le voit de voir. Il me faut la vie éternelle et aucun bonheur
de la vie terrestre, mais la musique de Mozart montre la terrestre ne me suffit. '
l"
vie terrestre telle qu'elle est aperçue de l'autre monde. c) A Gênes dont le cimetière est orné de magnifiques
En vérité, rien ne nous est plus nécessaire actuellement tombeaux en marbre, vivait une vieille marchande de
que de voir chaque événement pénible de la vie terrestre fruits dont le seul désir était d'avoir également, après
tel qu'on le voit du haut de l'éternité, de prendre notre sa mort, un 'beau monument. Aussi pendant toute sa
essor vers les hauteurs au milieu du fardeau écrasant de vie elle économisa, ramassa, lésina mais finalement 1
1

la vie quotidienne et d'allumer le flambeau de l'éternité elle ~ut son n:onument de marbre. QueUe effrayante
1

sur les chemins ténébreux d'un monde bruyant et pensee: le frUIt de toute sa vie c'était un bloc de
p'ierre!
périssable. Seul se retroùve dans la terrible confusion 1

de la vie terrestre celui qui, au milieu du flot écumant Oui, la foi en la vie éternelle a changé ma manière
des petits événements de tous les jours, a en mains la de voir. Il me faut la vie éternelle et aucun bon!zrur l,
mesure de l'éternité que le Christ a donnée par ces terrestre ne me suffit.
paroles: « Que sert à l'homme de gagner l'unive~s, s'il 2. Mais ce~te foi en la vie éternelle a changé non pas

vient à perdre son âme? » (S. Matthie~ XVI, 26). seulement ma maniere de voir, mais aussi la directùm
Lorsque Notre-Seigneur nous eut donné son ensei- de notre , vie terrestre.
gnement sur la vie éternelle, notre horizon s'élargit a) Notre-Seigneur en effet n'a pas uniquement
considérablement, notre façon de juger les choses fut annoncé cette grande joie que nous avons un Père dans
transformée et depuis il me faut la vie éternelle et aucun le ciel, mais Il a également publié ce grand comman-
bonheur -'terrestre ne me suffit. dement que nous devons être les dignes fils du Père
b) Près de la fameuse ville du cinéma, Hollywood; céleste (S. Matthieu V, 45) : « Soyez parfaits, comme
se tr,ouve un curieux « hospice 'des pauvres». Il s'appelle votre P~re céleste est parfait» (S. Matthieu V, 48).
le « Moulin Rouge» et c'est là que sont recueillis les DepUIS, notre règle de vie est la suivante: travailler
LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 199
sans se lasser et sans fléchir pour que l'image de Dieu est le prélude de la vie ' éternelle, mais un prélude au
devienne toujours plus belle dans notre âme. sens de 'Wagner. Dans le prélude des opéras de Wagner
Qui peut entrer dans la vie éternelle? Celui qui a un on peut déjà découvriI\ tous les principaux motifs du
extrait de baptême? Non. Mais celui dans l'âme duquel sujet, en eux résonne déjà l' « éternelle mélodie ».
Dieu reconnaît ses propres traits. Le drame musical wagnérien se développe dans son
Le peintre grec, Apelle, avait coutume de dire avec · ensemble comme nous i'avons entendu résumer dans
orgueil, lorsqu'il se mettait au travail: 'cc Je travaille pour le prélude; dans la vie éternelle aussi résonneront
l'éternité ». Eh bien 1 nous pouvons le dire à bon droit, triomphalement au dedans de nous les motifs que nous
lorsque loyalement, avec le sentiment du devoir, par aurons joués en nous dans le prélude de la vie terrestre.
une vie honnête, vertueuse, dans les souffrances c) 'Vie éternelle, vie iternelle! Qui donc songe aujour-
endurées sans mot dire pour Dieu, nous traçons dans d' hui à la vie éternelle? Devant qui la vie éternelle
notre âme l'image de Dieu. a-t-elle aujourd'hui de la valeur? Elle a de la valeur, une
b) J'ai confiance dans le Dieu de miséricorde, mais place avec un bon traitement. Elles ont de la valeur,
je n'oublie pas que Notre-Seigneur Jésus-Christ a l,lne belle maison et une automobile. Ils ont de la
fait connaître sous deux aspects la vie éternelle : la valeur, les biens fonciers et le livret de caisse d'épargne. 1
félicité éternelle et la damnation éternelle. Je n'oublie pas Pour bien des hommes cela seul a de la valeur. Mais
ces paroles de saint Paul : « Le salaire du péché, c'est la parfois eux aussi frissonnent, sur leur âme passe le
mort; mais le don de Dieu, c'est la vie éternelle en souffie de l'océan vers lequel nous allons tous : oui,
Jésus-Christ Notre-Seigneur» (Romains VI, 23). Et aujourd'hui encore une place, une maison, une auto, 1·
ces autres paroles: « Ce qu'on aura semé, on le moisson- des domaines, de l'argent ... mais demain on apporte 1

nera. Celui qui sème dans sa chair moissonnera, de la déjà le cercueil et on creuse une petite fosse de deux
chair, la ' corruption : celui qui sème dans l'esprit mètres de profondeur ... Et qu'arrive-t-il alors, quelle
moissonnera, de l'esprit, la vie éternelle » (Galates est la valeur de tout cela?
VI,8). Ah! instants bénis et émouvants! Mes frères, à quel-
Et je n'oublie pas les paroles du Christ N otre- . que moment que ces pensées vous assaillent, ne fuyez
Seigneur qui nous exhorte sans cesse au renoncement pas devant elles, ne les chass~z pas! Peut-être le jour
et à la lutte spirituelle, « Entrez par la porte étroite; . des Morts devant les tombes .. . peut-être pendànt vos
car la porte large et la voie spacieuse conduisent à la vacances sur le bord de la mer, lorsque dans le calme
perdition, et nombreux sont ceux qui y passent; .car de la nuit des millions d'étoiles s'empareront de votre
elle est étroite la porte et resserrée la voie qui conduit âme, tandis que vous allez et venez sur le rivage ...
à la vie, et il en est peu qui la trouvent» (S. Matthieu peut-être près du lit d'agonie de vot're épouse, quand
VII, 13-14). ' . vous serez obligé, muet de douleur, de constater que
Ne l'oubliez donc pas, mes frères: la vie t~rrestre tout l'argent et toute la médecine ne suffisent pas ...

, 1
200 LE SYMBOLE DES APÔTRES QUE NOlJS A APPORTÉ LE CHRIST? 201

peut-être quand vous vous agiterez, sans pouvoir quement : « Qu'est-ce que l'on peut bien inventer?
trouver le sommeil, sur votre lit et que vous entendrez Ils arriveront à" trouver le moyen d'empêcher de
battre votre pouls et qu'il vous viendra à)'esprit qu'un mourir. ~. Mais moi je serai déjà morte lI. ajouta triste-
jour ses battements s'arrêteront ... seulement deux ou ment la vieille femme.
trois arrêts et on vous enterra ... Me's frères, q\:lel que Eh bien 1 mes frères, on n'a pas encore inventé le
soit le moment où vous sentirez que votre âme s'atten- moyen de ne pas mourir et on ' ne le trouvera pas, -
drit à la pensée de l'éternité, ahl n'ayez pas honte, ahl mais le Sauveur nous a montré le chemin à suivre pour
ne laissez pas passer cet instant béni sans amender vivre éternellement. Le Christ par la foi en la 'Vie éternelle
votre âmel a donné un sens à la mort.
Aux ' étalages et dans les rues des grandes villes on' La mort est la plus haute vérité de la vie. Où que
rencontre à chaque pas des livres ou des affiches portant nous regardions, où que nous allions, la mort est
en grosses lettres : « Voulez-vous vivre vieux? » partout. Où que nous soyons, la terre est au-dessous de
Eh bien 1 mais c'est ce que je veux 1 - répond le nous un grand cimetière. L'humus, la terre, la terre
passant et il lit avec curiosité la réclame. « Si vous nourricière, est issue d'une série infinie de victimes de
voulez vivre vieux, mangez beaucoup de bananes ... » la mort. A l'instant même où nous commençons de
(c Si vous voulez prolonger votre vie, faites-vous inscrire vivre, 'commence la lutte avec la mort. En vérité ce
dans notre institut qui enseigne à bien respirer... » serait une folie de vivre, de vivre ... et de ne pas compter
« Utilisez pour vos bains telles ou telles tablettes ... » avec la mort. De se réveiller le matin et de ne pas dire :
« •.. Si vous voulez prolonger votre existence, portez Peut-être est-ce, le dernier jour. De se coucher le soir et
nos talons de caoutchouc ... » Et ainsi de suite. Comme de ne pas dire: Peut-être est-ce la: dernière nuit .. .
l'homme, mes frères, prend tous les moyens pour b) « Hélas 1 ce doit être épouvantable. :Ëtre toujours
prolonger même seulement d'~ne'heure sa vie terrestre 1 préparé à la mort. Toujours vivre dans une ~rainte
Or voici le Christ qui allonge notre vie non pas d'une et un tremblement perpétuels ».
heure, non pas d'une année, - sa promesse dépasse Eh bien 1 mes frères, voici qu'arrive le grand bienfait
le cadre des calculs humains, : « Celui qui mange ma de Notre-Seigneur Jésu: Christ : certainement, être
, chair et boit mon sang a la vie éternelle 'et je le ressus- toujours prêt à mourir, mais n'être pas pour cela sombre,
citerai au dernier jour » (S. Jean VI, 54). triste, déprimé. Avoir peur, - mais non pas de la
3. Et ainsi nous arrivons au troisième changement. mort. Avoir peur d'offenser Dieu. Avoir peur de
Le Christ Notre-Seigneur en nous révélant la vie éter- souiller l'âme appelée à la vie éternelle. Avoir peu.r de
nelle n'a pas seulement changé natte manière de voir perdre la vie éternelle.
et notre vie, mais Il a aussi changé notre mort. A celui qui pense._ ainsi la pensée de la mort ne
a) Lorsque le premier des frères Montgolfier eut fait coupera pas les ailes; Celui qui pense ainsi verra dans
son ascension, une vieille femme s'écria mélancoli- la mort une compagne de voyage; c'est vrai qu'elIc
LE S~BOLE DES APôTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST?
202

fait passer sous une porte bien sombre, mais derrière Car elle sait que par l'accOl"uplissernent de ses devoirs,
, ) elle s'est acquis un droit à la vie éternelle. Elle a toujours
la porte nous attendent la lumière, le bonheur et la paix.
. Notre Seigneur a-t-Il dit: Il Vous ne mourrez pas»? été prête pour mourir et cette pensée n'a jamais arrêté
Non. Mais bien: ({ Soyez prêts» ( S. Matthieu XXIV, 44)· son ardeur au travail.
Quand on est prêt pour un grand voyage, on ne ({ Sourire devant la mort », - on ne peut pas aller
" .
s' énerve pas, on ne court pas çà et là. Seul est anxieux jusque-là. Dieu même a implanté en nous l'instinct vital
et court' de tous côtés celui dont le train est signalé, et nous tremblons à la pensée de la mort. Mais nous
et qui, à la dernière minute, doit mettre en ordre ses avons reçu du Christ la foi, la foi en la vie éternelle,
bagages. Mais celui qui a déjà tout mis en ordre, Il a effacé du visage de la mort les traits du désespoir
tout empaqueté et a pds son billet, attend tranquille- et de la peur .
ment le signal de départ. Il y a parmi mes auditeurs une bonne vieille dame
Voilà ce qu'a apporté le Christ. Avant Lui on savait qui m'a demandé un jour de venir la voir. Je n'ai pas
qu'il y a un autre monde. Mais avant Lui on disait pu le faire, je n'en avais pas le temps. ({ Mais quand je
des défunts qu'ils ({ étaient partis errer dans le pays serai gravement malade, dit-elle - alors vous viendrez
des ombres ». Aujourd'hui on dit qu'ils sont ({ entrés dans me donner les derniers sacrements? » Et il a fallu que
la vie éternelle ». N'est-il pas remarquable que l'Église je lui promette. Alors elle m'écrivit une lettre si pleine
chrétienne appelle le jour d~ la mort des saints leur de délicatesse et de gaîté d'âme que je ne puis m'em-
({ dies natalis », leur ({ jour de, naissance »? pêcher d'en lire quelques lignes. ({ Je désirerais bien
c) Mais si je pense constamment à la mort, si je vivre encore longtemps, afin de progresser toujours
dois constamment m'y préparer, il vaudrait mieux être davantage; quoique je souhaite comme une fête la fin
ermite, mettre une tête de mort près d'une cruche .d'eau de ma vie. Alors, comme vous l'avez promis, vous
et d'un morceau de pain sec et avoir constamment à viendrez me voir; seulement je vous prie de faire en
l'idée la fragilité du monde ... La pensée de la mort sorte que je sois encore en pleip.e connaissance; je
paralyse et glace l'activité humaine. désirerais tant entrer en beauté, en pleine connaissance
Oh non 1 Précisément non. J'ouvre la Sainte Écriture et de grand cœur dans l'éternité, quand le bon Dieu
et je lis quelle ' est la femme que la Sainte Écriture viendra m'appeler ... )) (1).
glorifie du nom de ({ femme forte ». Et je trouve des Mes frères, do,is-je expliquer davantage, comment
phrases merveilleuses. ' la foi en la vie éternelle a transformé notre mort et
Donc suivant la Sainte Écriture (Proverbes XXXI), a remplacé par la douceur la terreur peinte sur son
quelle est la femme forte? La ménagère, la bonne mère. visage.
de famille, l'épQuse laborieuse qui travaille, tient en
ordre lamaison,. ~oigne son ménage, élève ses enfants ... (1) Elle est morte quelques semaines après mon sermon, exacte-
Eh bien 1 et la mort? Ell(~ sourit quand la mort arrive. ment comme elle l'avait souhaité dens sa lett re .
LE SYMBOLE DEi APÔTRES QUE NOUS A APPORTÉ LE CHRIST? 205

rieuse, sans aucune opération, par un autre endroit


... ... ... et le blessé fut sauvé .
Monsieur le Major, demanda plus tard le soldat,
Que nous a donné le Christ? - telle est la question pourquoi avez-vous abandonné à trois reprises cette
que j'ai posée au . début du sermon d'aujourd'hui. dangereuse opération? '
La vie éternelle - a été la réponse. Parce que je voyais devant moi une jeune fille qui
La vie éternelle? - telle est l'interrogation qui se me retenait la main.
pose avec incertitude dans l'âme de bien des hommes ' Une jeune fille? Reconnaîtriez-voùs son portrait?
d'aujourd'hui. La vie éternelle. Ahl si tout ce que nous Mais oui.
venons d'entendre était hors de doute! Reste-t-il Le soldat sortit une image de sainte Thérèse
vraiment quelque chose de nous après notre mort? (de sainte Thérèse morte et enterrée en 1897).
Est-ce que ,quelque chose de nous échappe à la corrup- Était-ce bien elle?
tion du tombeau? ' Oui, c'était elle.
Mes frères, s'il venait à passer sur l'âme de quelqu'un Et depuis des roses fleurissent toujours dans le
d'entre vous le soufRe glacial du doute « nos morts salon de cet homme dont la vie terrestre a été sauvée
vivent-ils vraiment? » interrogez seulement ce jeune par une heureuse habitante de l'àutre monde en
Français qui vit encore actuellement à Paris et dans le possession de la vie éternelle.
salon duquel, en toute saison de l'année, des roses Seigneur Jésus, je crois que nos morts vivent. Je crois
sans cesse renouvelées fleurissent une statue de la en la vie éternelle, au bonheur éternel. Actuellement je
Petite Thérèse de Lisieux (1). Cet homme avait reçu, crois, - faites qu'un jour je la voie aussi. Que je la voie
pendant la Grande Guerre, une terrible blessure et il et que je la possède! Amen.
était à l'agonie dans une ambulance anglaise. Il y avait
peut-être encore une chance de le sauver, mais elle
était bien faible: c'était de réussir à extraire le projectile
qui se trouvait dans s,on corps à une telle place que le
toucher équivaudrait à une mort certaine. A trois
reprises on l'amena sur la table d'opération et le
major anglais qui voulait tenter cette opération déses-
pérée avait rejeté pour la trqisième fois, au dernier
il
instant, son scalpel. Et voilà que quelques jours après,
le projectile sortit de lui··même d'une manière mysté-

(1) P. LHANDE : Le bon Pasteur, Paris 1928, p. 57.


JE VOUS DONNE UN COMMANDEMENT NouvEAU 207

sur les lèvres de Notre-Seigneur Jésus-Christ ces paroles


d'une sublimité sans exemple: « C'est à cela q~e tous
connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous
XVI aimez les uns les autres» (S. Jean XIII, 35), - il Y a
près de vingt siècles que Notre-Seigneur nous a donné
ce commandement, et l'homme est encore toujours la
" JE VOUS DONNE UN COMMANDEMENT créature dans le monde qui a le moins d'amour pour
ses semblables. .
NOUVEAU: AIMEZ-VOUS LES .UNS
Cette année, septembre a été si froid que les hiron-
LES AUTRES » delles, par suite des gelé,es précoces; tombèrent par
(ST JEAN XIIl, 34)
milliers, ne pouvant prendre leur vol; et on en eut pitié,
on les ramassa et on les transporta par avion dans
les pays chauds du sud, - U!l beau geste de notre part;
Mp.8 FRÈRES;
' mais en même temps on peut voir notre prochain
tomber de froid et de faim et beaucoup qui pourraient
Dernièrement par une belle matinée d'automne, je lui venir en aide passent devant lui égoïstement.
suis allé . me promener sur la colline de Buda. Amour, amour! Le christianisme a un magnifique
Il est impossible de décrire la paix et la tranquillité qualificatif: « la religion de l'amour ». Et puisque
de la forêt qui se prépare à son long repos hivernal, maintenant je donne une série de sermons sur N otre-
lorsque les voiles blancs des toiles d'araignée flottant Seigneur Jésus-Christ, il n'est que tout naturel que je
dans l'air et couverts de gouttes de rosée brillent et consacre également une instruction à cette pensée :
scintillent comme une couronne de perles. Tout est l Pourquoi le christianisme est-il appelé la religion de.
' si calme, si paisible, si heureux, à cette hauteur ... Tout t'amour? Et II Quel présent nous a fait le Christ, en
est heureux sur cette terre, seull',homme ne l'est pas. faisant de l'amour la base de la religion?
Je m'arrête à un point de vue et à mes pieds brillent .
devant m:es yeux les blocs de pierres de la populeuse
capitale. Ici sur la hauteur t:out est tranquille, silencieux l
et heureux... Mais en bas des milliers d'hommes
livrent le dur combat del la vie et leur existence n'est POURQUOI LE CHRISTIANISME EST-IL APPELÉ
LA RELIGION DE L'AMOVR?
pas autre chose que la recherche du pain quotidien,
que le chagrin et la douleur, qu'une lutte à la vie et
à la mort, et qu'égoïsme. A) Notre-Seigneur Jésus-Christ a proclamé, sur
Ii y a déjà presque vingt siècles qu'ont été prononcées les relations réciproques des hommes, sur leur attitude,
208 LE SYMBOLE DES APÔTRES JE VOUS DONNE UN COMMANDEMENT NOYVEAU 209

leurs efforts, leurs rapports mutuels, c'est-à-dire sur (S. Matthieu VII, 1). Dorénavant que votre prière soit
l'amour, des lois dont l' humanité, _ avant le Christ, ainsi : Pardonnez-nous nos péchés, comme nous par-
n'a-vait pas eu la moindre idée et que nous autres, donnons à ceux qui nous ont"'offensés. Dorénav~nt il
hommes, regarderions peut-être comme une trans- faut que vous soyez justes, même dans les petites choses
formation radicale des lois de l'Ancien T estament, (S. Luc XVI, 10). Dorénavant il faut que vous regardiez
si Notre Seigneur ne nous avait pas dit d'avan~e: « je comme saint le mariage (S. Matthieu XIX, 1). Il faut
ne suis pas venu abolir la Loi, mais l'accomplir» que vous honoriez vos parents (S. Marc VII, 10). Et
(S. Matthieu V, 17). ainsi de suite. .
« Nous aussi nous étions autrefois insensés, indociles, Dans l'appréciation de leurs contemporains, dans
égarés - écrit saint Paul - esclaves de toutes sortes l'amour de leur prochain, même les meilleurs de
de convoitises et de jouissances, vivant dans la malignité l'humanité, avant le Christ, n'étaient arrivés qu'à une
et l'envie, dignes de haine, et nous haïssant les uns les attitude négative: ne nourrissons pas en nous-mêmes de
autres. Mais lorsque Dieu notre Sauveur a fait paraître mauvais desseins. Mais qu'est donc la doctrine de la
sa bonté et son _amour pour les hommes, il nous a Stoa, qu'est donc l'enseignement de Bouddha devant
sauvés» (Tite III, 3-5). la largeur de vues, la grandeur d'âme, l'épanouissement
En vérité, lorsque le Christ est apparu parmi nous, . de l'amour positif, actif, utile du Christ -pour
sur cette terre qui ne connaissait jusqu'alors qu'un les hommes? Que votre' amour soit généreux : « Si
droit rigide et la force brutale, ont germé les fleurs de quelqu'un veut t'obliger à faire mille ~s, fais-en avec
l'amour et de la paix. lui deux mille» (S. Matthieu V, 41). Que votre amour
La religion du Christ est précisément appelée la soit désintéressé : « Aimez vos ennemis, faites du bien
religion de l'amour, parce que le Christ, a donné au à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous
droit comme contrepoids l'amour; et c'est seulement maltraitent et vous persécutent... Car si vous aimez
dans l'équilibre de ces deux forces que peut s'épanouir ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ?»
la vie humaine. (S.Matthieu V, 44, 46). Depuis Notre-Seigneur Jésus-
B) Que nous enseigne donc le Christ sur l'amour? Il Christ, on appelle l'amour du prochain tout simplement
"
.," proclame clairement qu'Il attend de ses fidèles une « une œuvre de Samaritain», depuis que le Sauveur nous
a donné la Grande Charte de l'amour du prochain par
Il
,
justice plus parfaite que celle de nos pères (S. Matthieu
V, 20). Il est passé le temps où l'on disait œil pour œil, sa parabole du bon Samaritain.
dent pour dent, - sa loi proclame à la place : « Vous C) Et maintenant nous comprenons pourquoi le 1 Il
avez appris 'qu'il a été dit: œil pour œil, dent pour dent. christianisme s'appelle tout simplement « la religion de 1

Mais moi, je vous dis ... »(S. Matthieu V, 38). Eh bien! [' amour ».'- C'est parce que Notre-Seigneur a choisi
l'amour pour les colonnes de sa religion. La première
l" I que nous dit-Il ? Dorénavant que personne ne condamne
son prochain, afin de n'être pas soi-même condamné colonne est l'amour de Dieu que nous devons aimer III
Sym h, (] Ap - T, ri ' 14

"
Il
1
tE SYMBOLE DES APÔTRES JE VOUS DONNE UN COMMANDEMENT NOUVEAU ZII
210

« de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre nue que le christianisme est la religion de l'amour. Dans
esprit n (S. Matthieu XXII, 38); l'au:re ~olonne à côté la seco~de partie de cette instruction je ne veux donc '
de la première et qui n'est pas ~OIDS Impof.tan:e est, " plus traiter davanta~de cette vérité. C'est uii'fait admis
celle-ci: « Tu aimeras ton procham comme tOl-mCme» que le Christ a choisi l'amour comme base de sa religion.
Mais quel présent a-t-Il fait par là à l'humanité, quelle
(S. Matthieu XXII, 3)·
Selon Notre-Seigneur Jésus-Christ l'amour du pro- \ source de saintes énergies Il a Ouverte par là à la ci-vilisation
chain est donc à proprementparler la réalisation p1'at~que, humaine la plus vraie et la plus haute, voilà sur quoi les
le monnayage de l'amour de Dieu. Il ne peut pas aimer hommes n'ont pas l'habitude de raisonner clairement -
Dieu, celui qui n'aime pas son image, l'homme .. Il voilà sur quoi je voudrais maintenant parler en détail.
ne peut pas servir Dieu, celui qui ofIen~e son ~ro;halIi. AfAu cours des siècles on a bien souvent reproché
« Si donc, lorsque tu présentes ton offrande a 1 aute~, au christianisme que son Fondateur était un ennemi du
tu te souviens que ton frère a quelque chose cOl).tre t.0I, progrès humain et de la civilisation, parce qu'Il n'a fait
laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te aucune découverte industrielle, n'a inventé aucune
réconcilier avec' ton frère, puis viens présenter ton machine, n'a enseigné aucune nouvelle,' thérapeutique,
offrande n (S. Matthieu V ,2,3-24). Par contre « ce que n'a pas développé les arts.;.
vous avez fait à l'U1r de ces plus petits de mes frères, 1. Mais ceux qui parlent ainsi possèdent de la civili-

c'est à moi que vous l'~vez fait n (S.MatthieuXXV, ,40 ) . .. sation une idée bien étroite. Il y a en effet une civilisation
Mais c'est un bouleversement de tout l'Ancien , économique, une civilisation technique et ume civili-
Testament! Pourrait-on peut-être dire. Non. Ce n'est sation artistique - et de fait Notre-Seigneur ne les a pas
pas un bouleversement, mais son acc~mplisse.me,nt, 'son ellseignées aux hommes. Mais Il les a dépassées, car
perfectionnement. C'est la pensee ~x?nmee par leur base indispensable c'est la culture morale sans
saint Augustin dans le jeu de mots que VOiCI: « Consum- laquelle il n'y a ni vie humaine ni progrès - et Notre-
mentur non consumantur n, « Qu'elles (les lois de l'An- Seigneur Jésus-Christ a regardé comme la chose la plus
cien Testament) soient consommées (c'est-à-dire réali- importante de toutes d'enseigner celle-ci. Quelle est l'impor-
sées) et non pas consumées (c'est-à-dire anéanties) ».. tance de l'amour pour la civilisation?on ne peut répondre
(Enarratio in psalmum XXXI, 5)· à cette question que si l'on comprend ' nettement et
' t"
clairement ce que l'É\-angile entend sous ce mot
« l'amour n. En effet l'évangile donne à ~e terme une
signification beaucoup plus noble et plus efficace que
LA VALEUR DE L'AMOUR
dans l'usage quotidien.
" ., 2. Qu'est-ce donc que ['amour selon l'Évangile?

Ce que j'ai Lill jusqu'à présent, mes frères, vous était II est la source de l'entente réciproque de nos âmes,
Il tO. certainement connu, C'est en effet une vérité bien con- de l'échange de ses valeurs et de notre désintéressement.
',.
I
212 LE SYMBOLE DES APôTRES JE VOUS DONNE UN COMMANDEMENT NOUVEAU 21 3

L'amour est la force qui nous fait sortir'du cercle étroit et s'enivrent des phtiSl~S de la vie, mais c'est seulement
de l'égoïsme: L'amour est la puissance qui nous presse pour les préserver de la ruine et de la destruction qui les
de nous soumettre aux intérêts et aux besoins des attend autrement.
autres. L'Évangile de l'amour est donc l'Évangile de 3· Et si quelqu'un secouait la tête et allait jusqu'à
l'universalisme. prétendre gue la pensée austère du christianisme et sa
Si on comprend ainsi l'amour, on voit immédiatement conceptiod de l'amour fussent désavantageuses, parce
qu'il ne peut pas être satisfait simplement en faisant que les peuples n'ont pas besoin d'une gravité suprater-
l'aumône. Faire l'aumône est une partie de l'amour, restre ni de l'amour de la paix, maz's du rayon de soleil des
mais l'amour est encore autre chose. L'amour vivant joies de ce monde et de la force sans limite - je lui dirais,
est le désarmement absolu de l'égoïsme humain et par si quelqu'un était de cette opinion, qu'il ferait bien de
là l'unique obstacle à la barbarie qui vise à exploiter réfléchir sur les leçons du passé, sur le sort des empires
et à opprimer les autres. grec et romain.
Mais savons-nous ce que cela signifie? Que signifie y a-t-il eu une civilisation aussi baignée de soleil et de
savoir étouffer le vieil instinct humain sans cesse en lumière, aussi attirante, aussi gaie, aussi fraîche et aussi
éveil: l'égoïsme? Cela veut dire promouvoir la civilisation riche que cette civilisation grecque qui buvait à longs
la plus vraie. Car la civilisation - de quelque côté qu'on traits toutes les jouissances? Il Y en a qui, aujourd'hui
l'envisage - signifie dans tous les cas discipline : le encore, soupirent après cette « civilisation du culte de
pouvoir de maintenir dans son lit le torrent dévastateur, la beauté », comme on appelle la culture grecque.
de contenir dans la chaudière la force explosive de la Mais si ce passé revenait, comme il paraîtrait étranger
vapeur, de détourner la force destructrice de la foud~e, parmi nous! Parmi nous qui avons appris depuis le
encore plus, de contenir dans les barri ères morales les sérieux et la profondeur de la vie, qui savons aujourd'hui
forces sauvages, tumultueuses et prêtes à éclater qui sortent que la vie humaine sur la terre n'est pas le moment des
des profondeurs de la nature humaine. amusements et des dissipations, mais impose la tâche
Oui, celui qui enseigne la discipline et le renoncement d'atteindre un but sublime par un sérieux accomplis-
accomplit la plus belle œuvre culturelle. Mais celui qui sement de ses devoirs. Le "Grec souriait, .mais le but
"
,". abaisse les barrières de l'instinct devant l'indiscipline, pour lequel il vaut réellement la peine de vivre, il ne le
est l'instrument de la mort et de la ruine. Et c'est préci- voyait pas. II nous reste de magnifiques statues grecques,
sément ce' qui fait la différence èntre la civilisation mais elles n'ont pas d'yeux, elles sont toutes aveugles;
chrétienne et la civilisation profane, : cette dernière car le monde grectout entier était aveugle sur la question
flatte le fort, le puissant, le violent, celui qui écrase de la destinée humaine.
les autres, mais en secret elle les ronge et les dévore et y a-t-il eu une puissance qui ait su pratiquer la poli-
finalement elle devient leur ruine; l'idée chrétienne rend' tique de la force brutale et impitoyable comme Pan-
peut-être soucieux et effraye ceux qui brillent de santé cienne Rome? Et quelle a été la cause de la ruine de

'1
"

. j~
21 4 LE SYMBOLE DES APÔTRES JE VOUS DONNE UN COMM.'\ NDEl\o1ENT NOUVEAU 215

cette puissance sans borne? Sa. propre impuissance. Qu'est-ce que je viens de dire? ceci, que le Christ
Car c'est la force brutale qui forge pour les masses les nous a donné comme fin dernière d'atteindre la vie
chaîp.es de l'esclavage spirituel, mais les débordements éternelle et que par là Il a ouvert aux hommes une source
d'une vie effrénée sont le ver, rongeur et destructeur de abondante et puissante de joie au travail et d'amour du
l'arbre des peuples. progrès.
4. Et maintenant regardons la force de /' évangile et. Comment ce but peut-il être une source de joie au
la bonne nouvelle de l'éva11.gile. travail? demandera-t-on d'un air de doute. Arriver
L'évangile aussi prêche l'énergie, mais il la met au iusqu'à Dieu, une source de joie au travail? J'avais pensé
service du but le plus noble; ce but, c'est la civilisation jusqu'alors que la lutte pour la vie, la recherche de la
du royaume de Dieu. Plus ce but est grandiose, plus fortune, l'argent étaient la source de la joie au travail.
immense est le travail nécessaire pour l'atteindre. Mais non pas aller à Dieu.
Tandis qqe l'idée du monde affranchi du christianisme 1. Quelle erreur, mes frères! L'argent sépare les
pIiOclame et étend sans limite les droits de la person- hommes, Dieu les unit. Ce qui est un gain pour l'un
nalité, et prom<?t la conquête du monde (cela ne reste est une perte pour l'autre. L'argent ne peut pas appar-
qu'une · promesse), le . christianisme regarde cette vie tenir de façon égale à tous, mais Dieu le peut. Plus
comme trop limitée, trop brève, pour mettre sa force je donne d'argent à un autre moins ïl m'en reste, mais
exclusivement à son service. Le païen aussi croit à une plus je- donne Dieu aux autres, plus je fais connaître
vie quelconque dans un autre monde, mais seul le Dieu aux autres et plus je condùis les autres vers Dieu,
christianisme s'est élevé dans ces hauteurs d'où la vie mieux je connais Dieu moi-même et plus je me rap-
surnaturelle exerce une influence décisive SUl' l'ensemble proche aussi de Lui.
des actes et des ambitions de la vie d'ici-bas. Et l'ensei- Et c'est ainsi que le christianisme réalise ce qui paraît
gnement le plus particulier à Notre-Seigneur Jésus- impossible : chacun peut déployer sans borne sa joie
Christ est précisément celui par lequel Il a transformé au travail et son ambition, sans blesser par là les intérêts
à la lumiere de l'autre vie toute notre manière de voir tt d'un autre ni lui faire le moindre tort. Et c'est ainsi
de penser. Pour nous exprimer en d'autres termes: ' que dans le christianisme seulement se vérifie cette
depuis le Christ, l'homme a pris une valeur immense, magnifique pensée: « Vivre c'est aimer ».
mais a grandi pareillement le travail qui nous échoit Oui, le travail accompli en vue de conquérir le royaume
pour atteindr~ notre fin sublime. Le Christ nous a donné de Dieu est un travail civilisateur au sens le plus noble du
pour fin dernière d'atteindre le Dieu éternel et par là mot, parce qu'il a lieu pour des fins que personne ne
Il nous a ouvert une source inégalable de joie au travail peut imaginer plus élevées: pour une ingénieuse for-
et d'amour du progrès. mation de la personnalité immortelle, pour la connais-
B) Mais je sais bien, mes frères, qu'après ce que je sance de la vérité éternelle, pour la formation de
viens de dire plus d'un continuera à hocher la tête. l'image de Dieu dans l'âme de l'homme. L'èsprit de
21 4 LE SYMBOLE DES APÔTRES JE VOUS DONNE UN COMMAN DEMENT NOUVEAU 215

cette puissance sans borne? S3; propre impuissance. Qu'est-ce que je viens de dire? ceci, que le Christ
Car c'est la force brutale qui forge pour les masses les nous a dpnné comme fin dernière d' atteindre la vie
chaîp.es de l'esclavage spirituel, mais les débordements éternelle et que par là Il a ouvert aux hommes une soun:e
d'une vie effrénée sont le ver rongeur et destructeur de abondante et puissante de joie au travail et d'amour du
l'arbre des peuples. progrès.
4. Et maintenant regardons La force de l'évangiLe et. Comment ce but peut-il être une source de joie au
la bonne nouvelle de l'évangile. travail? demandera-t-on d'un air de doute. Arriver
L'évangile aussi prêche l'énergie, mais il la met au iusqu'à Dieu, une source de joie au travail? J'avais pensé
service du but le plus noble; ce but, c'est la civilisation jusqu'alors que la lutte pour la vie, la recherche de la
du royaume de Dieu. Plus ce but est grandiose, plus fortune, l'argent étaient la source de la joie au travail.
immense est le travail nécessaire pour l'atteindre. Mais non pas aller à Dieu.
Tandis qlJe l'idée du monde affranchi du christianisme 1. Quelle erreur, mes frères! L'argent sépare les
pliOclame et étend sans limite les droits de la person- hommes, Dieu les unit. Ce qui est un gain pour l'un
nalité, et prom~t la conquête du monde (cela ne reste est une perte pour l'autre. L'argent ne peut pas appar-
qu'une · promesse), le christianisme regarde cette vie tenir de façon égale à tous, mais Dieu le peut. Plus
comme trop limitée, trop brève, pour mettre sa force je donne d'argent à un autre moins il m'en reste, mais
exclusivement à son service. Le païen aussi croit à une plus je . donne Dieu aux autres, plus je fais connaître
vie quelconque dans un autre monde, mais seul le Dieu aux autres et plus je conduis les autres vers Dieu,
christianisme s'est éleve dans ces hauteurs d'où la vie mieux je connais Dieu moi-même et plus je me rap-
surnaturelle exerce une influence décisive sur l'ensemble proche aussi de Lui.
des actes et des ambitions de la vie d'ici-bas. Et l'ensei- Et c'est ainsi que le christianisme réalise ce qui paraît
gnement le plus particulier à Notre-Seigneur Jésus- impossible : chacun peut déployer sans borne sa joie
Christ est précisément celui par lequel Il a transformé au travail et son ambition, sans blesser par là les intérêts
à la lumière de l'autre vie toute notre manière de voir tt d'un autre ni lui faire le moindre tort. Et c'est ainsi
de penser. Pour nous exprimer en d'autres termes : . que dans le christianisme seulement se vérifie cette
depuis le Christ, l'homme a pris une valeur immense, magnifique pensée: cc Vivre c'est aimer ».
mais a grandi pareiiIement le travail qui nous échoit Oui, le travail accompli en vue de conquérir Le royaume
pouratteindr_~ notre fin sublime. Le Christ nous a donné de Dieu est un travail civilisateur au sens le plus noble du
pour fin dernière d'atteindre le Dieu éternel et par là mot, parce qu'il a lieu pour des fins que personne ne
Il nous a ouvert une source inégalable de joie au travail peut imaginer plus élevées: pour une ingénieuse for-
et d'amour du progrès. mation de la personnalité immortelle, pour la connais-
B) Mais je sais bien, mes frères, qu'après ce que je sance de la vérité éternelle, pour la formation de
viens de dire plus d'un continuera à hocher la tête. l'image de Dieu dans l'âme de l'homme. L'èsprit de
216' LE SYMBOLE DES APÔTRES JE VOUS DONNE UN COMMANDEMENT NOUVEAU 217

l'évangile n'est donc pas en contradiction avec l'œuvre 3. Mais après cela je puis exprimer la constatation
de la civilisation, mais l'élève et l'ennoblit; il l'ennoblit finale du sermon d'aujourd'hui.
en amenant dans les hauteurs des devoirs de la vie Q~e nous a donné le Christ? La bonté '- et c'est la

éternelletoute's les fibres et toutes les formes de la valeur culturelle la plus haute de l' humanité. .
vie culturelle; la fortune et le travaiL 1) La bonté? La valeur culturelle la plus' haute?
2. Du reste la vérité de cet exposé théorique se
r
demandez-vous. Mais comment peut-on parler ainsi?
trouve confirmée par cette simple constatation que la Ce qui a de la valeur, c'est la chaudière qui siffle, c'est
religion de l'évqngile a ' été réellement la source d'une l'hélice de l'avion qui bourdonne, c'est le moteur Diesel
civilisation dont l'ho'inme n'avait encore jamais atteint qui ronfle, - mais la bonté? .
la hauteur, la civilisation chrétienne. Et pourtant je le répète : cette bonté que l' homme a
Il y a dans l'évangile un tel programme divin de apprise du Christ est la plus haute valeur culturelle. Je
civilisation que depuis, l'idéal de l'homme sur terre s'êst le vois au fait que nous sommes tombés dans une exis-
totalement transformé. La technique, la machine, la tence inhumaine, bien que nous ayons une foule de
matière réduisent facilement l'homme en esclavage chaudières, d'hélices et de moteurs, - mais il n'y a pas m
et c'est la culture chrétienne qui le tire de: ses nous suffisamment de bonté. Oui, la chaudière, la machine
chaînes. et le moteur appartiennent aussi à notre vie, mais il est
C'est ainsi qu'à présent nous comprenons exactement indéniable que cette vie mécanique ne peut réaliser la
les paroles du Seigneur à cause desquelles la force noblesse de la vie humaine que si nous instillons d~abord
civilisatrice du christianisme est habituellement attaquée. dans les rouages de la machine les gouttes d'huile de
«L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a la bonté du Christ; si je caresse mon cheval et lui donne
consacré par son onction, pour porter la bonne nouvelle un morceau de sucre, si je remercie le domestique,
aux pauvres, et il m'a envoyé guérir ceux qui ont le lorsqu'il m'apporte un verre d'eau, si je félicite la
cœur brisé, annoncer aux captifs la délivrance et aux cuisinière d'avoir préparé un bon repas, si je viens en
aveugles le retour à la vue )) (S. Luc IV, J'8-19). aide au commissionnaire autant que je -le peux, si je ne
Oui, le Seigneur veut guérir tous ceux qui croient laisse pas le chauffeùr attendre,pendant des heures dans
voir, mais que les b~~ns de cette terre ont rendus la rue sous la neige, si je prends part à la douleur d'autrui,
aveugles, - les guérir 'pour qu'ils voient 'réellement, si je partage la joie des autres, si je suis sévère pour moi-
qu'ils voient leur vocation éternelle. Guérir ces malheu- même et indulgent pour autrui ... que dirai-je de plus:
reux qui se croient riches et satisfaits au milieu de leurs ,i je suis ' bon conformément à la bonté que j'ai apprise du
richesses terrestres. Guérir ces pieds agiles au travail Christ.
qui, malgré un travail écrasant, se figurent en bon état, 2) « Mais la bonté c'est de la faiblesse, direz-vous
tandis que, à la lumière de la vie éternelle, ils sont perclus peut-être. Une faiblesse qui ne convient pas à un homme
et boiteux. supérieur )).
LE SYMBOLE DES APôTRM
220

un commandement nouveau: Aimez-vous, les uns les


autres» (S. Jean XIII, 34)'
Voici résumé en une seule phrase, tout mon sermon
d aUJ·O\.i~d'hui: Le Christ Notre-Seigneur
, a .apporté
h' '[ , XVII
l'amour parmi nous et sans- l' f;lmour du C Tlst z n y a
pas de. vie vraiment humaine. -Amen.
LE CHRIST ET LE TRAVAIL

,l '
,
MES FRÈRES,

En Angleterre s'est produite, il y a quelques années,


une grande grève de mineurs et les ouvriers passaient
le temps daüs l'inaction.
Mais pas partout.
Dans le centre minier de Carf en Écosse, les ouvriers
occupèrent la période de grève à construire une église
à la Petite Thérèse de Lisieux. Une centaine d'ouvriers
creusèrent les fondations en un seul jour, deux cents
amenèrent les matériaux, puis chacun se mit à l'œuvre
pour élever les murs.
On lit cette nouvelle et on ne veut pas en croire ses
yeux : des grévistes qui bâtissent une église! Est-ce
possible? Une grève ne comporte-t-elle pas imman-
• ..1 ~
quablement des séances au cabaret et des rixes?
\:" :
il '
, '1'
Peut-on lutter pour une existence plus convenable,
plus humaine, plus juste, sans faire ,profession
d'athéisme et sans se poser en adversaire du Christ?
Voici qu'au cours de ces instructions sur Notre-
Seigneur Jésus-Christ nous arrivons aujourd'hui à
un sujet dont assurément nous ,sentons bien l'actualité
et en même temps aussi la difficulté.
222 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST ET LE TRAVAIL 223

Les dimanches précédents nous nous sommes occupés de la propriété privée? Voilà, mes frères, les questions
des vérités . fondamentales que le monde a apprises du brûlantes et actuelles que je vais traiter dans mon
Christ ee'qui constituent l'essence du christianisme : sermon d'aujourd'hui et dans ceux des dimanches
Dieu, Père céleste de l'humanité; le Christ, Fils de Dieu; suivants.
l'âme, le but de la vie terrestre, la vie éternelle, ... tels Pour pouvoir traiter la question à fond le plus .
~
sont - les" dogmes fondamentaux du christianisme. possible, je lui consacrerai plusieurs instructions. f
Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ a en ou,tre parlé Aujourd'hui je voudrais seulement répondre à la "
."
également des mànifestations de la vie terrestre. En effet première question: Quel est l'enseignement du Christ sur
Celui qui a proclamé que l'arrivée à notre fin dernière le travail? ,hr
dépendait de la manière vertueuse dont on passerait ;
:
la vie d'ici-bas, a certainement voulu remplir de son 1 ;1
esprit divin chaque fibre de notre existence terrestre.
Ii
Quel est le signe caractéristique de la vie? Le LE CHRIST A-T-IL ENSEIGNÉ QUELQUE CHOSE
mouvement, l'activité, le travail. Depuis qu~ Dieu a AU SUJE'i' DU TRAVAIL? :1

créé le premier couple humain et l'a placé dans le


paradis, « pour le. cultiver et le garder» (Genèse II, 15), Qu'est-ce que le Christ a enseigné sur le travail ;)
la vie de l'homme sur la terre est un travail incessant. je ne pourrai donner une répons~ positive 'à cett~ oj!1'
J'imagine ainsi ce que l'on verraît, si un matin nous question que dans la seconde partie de mon sermon. iJ
pouvions survoler la terre. Les sirènes des usines se '(,
Tout d'abord il me faut essayer de dissiper une idée
mettent à siffler, les machines à ronfler, les dynamos erronée. 1 1

à tourner, les chaudières à rougir, les roues à grincer ... " A) A chaque instant on entend répéter que le ~I
et au loin dans chaque partie du monde des millions christianisme ne sert qu'à l'autre monde, qu'il ne ,:
et des millions d'hommes sont au travail, pour accomplir s'occupe pas de cette terre ni des luttes de la vic :'}i
la parole de la Sainte Écriture: « L'homme est né pour terrestre, qu'il est aveugle et sourd en face du rythme il,~
le travail, comme l'oiseau pour voler» (Job V, 7). grandiose du tr~vail. Le christianisme ne se soucie que 'i;1
Toutl? la terre chante un hymne triomphal au travail, d'une bonne mort, dit-on, et non pas d'une bonne vie. if;
-wque dit le christianisme à ce sujet? Quel est l'ensei- .+
Le christianisme est incapable de donner une vive impulsion I
gnement de Jésus-Christ sur le travail et les"questions en à la civilisation ... et l'évangile ne peut pas davantage ,:'1
connexion avec le travail? Est-Il pour ou est-Il contre? régler 1:1- vie actuelle de l'homme, parce qu'il y est UI
Approuve-t-Il notre fièvre au travail ou l'interdit-Il? seulement question de soumission, de p~i:iencéet du t
Nous y pousse-t-Il ou bien le regarde-t-Il avec angoisse? désir perpétuel de la félicité · dans l'autre monde.
Que pense la religion du Christ du travail, du travailleur, L'homme moderne, l'homme à l'activité brûlante et 11
" . de la civilisation terrestre, de la richesse, du prêt et '
I,i ~jl
possédé de la fièvre d'agir a besoin' d'un autre évangile ...
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224 .LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST ET LE TRAVAIL 225

Telles sont les objections que l'on fait entendre. est tout au moins un moyen, un moyen indispensable
Et il nous faut répondre clairement à cette question : . pour,arriver à la fin dernière; c'est ainsi que le Christ a
Le Christ a-t-Il parlé à l' humanité qui travaille? Est-ce pris 'position à l'égard des manifestations de la vie
que le Christ s'est seulement adressé au. monde du travail? terrestre et leur a donné une place dans son œuvre
L'évangile sait-il donner force et directive au machi- rédemptrice. Donc, bien que la richesse, le travail, la
nisme qui conquiert le monde, au travail silencieux civilisation, la culture ne soient pas la fin dernière
des laboratoires qui explorent les mystères de l'univers, du chrétien, le Christ a eu cependant une doctrine à
àu travail technique et intellectuel, peut-il le sanctifier? ce sujet et une doctrine élevée et respectable.
En effet s'il ne le peut pas, le christianisme est Il faut donc reconnaître nettement que le Christ
perdu, le christianisme est périmé. L'homme moderne n'est pas un adversail'e, j)ar principe, de la richesse, du
veut travailler, l'homme moderne est possédé du plaisir et du travail. On pourrait appeler l'évangile
désir d'agir, de forger des plans et des projets, - que de saint Luc un hymne d'exhortation au travail.
peut-il entreprendre avec une religion qui ne peut ' « Travaillez de toutes vos forces, au prix de tous les
P'flS favoriser ses pensées les plus hautes? sacrifices, travaillez pour obtenir le royaume de Dieu x
B) Elle n'est surtout pas si simple, parce qu'il y a - tel est en résumé le contenu de l'évangile selon
dans cette objection, comme dans toute erreur en saint Luc.
général, un fragment de v~rité et ce n'est pas une tâche Mais le royaume de Dieu est le réceptacle de tous
facile de distinguer de l'erreur la vérité. les biens" Et pour pouvoir y parvenir, pour pouvoir y 'li
Qu'y a-t~il donc de vrai dans cette assertion? amener les auires, nous ne devons pas craindre le ,
Ce qui est vrai, c'est que Notre-Seigneur Jésus-Christ travail le plus énergique. Le royaume de Dieu est à "
en réalité n'est pas venu sur la terre pour régler les insti- la fois une richesse et un travail, :- une. richesse à
tutions techniques, sociales, économiques, médicales, artis- laquelle on ne peut parvenir que par le travail et un
tiques et scientifiqu.es de l'humanité. Ce n'est pas pour travail pénible. Disons-le franchement : le royaume de
cela qu'Il est venu. Il est venu pour nous racheter du Dieu est une civilisation, une civilisation véritable ln
péché et nous conduire à la vie éternelle. C'est donc éternelle, et celui qui nous pousse à sa conquête, nous
une banalité de dire que l'idée chrétienne du monde pousse au travail culturel le plus précieux.
ne regarde pas la vie terrestre comme notre fin derni ère, Mais en revanche, c'est aussi un fait que Notre-
mais la vie éternelle et c'est à l'obtenir qu'elle veut ~igneu~ n'a pas Fté un apôtre fanati que de la civili-

nous aider. sation qui voit le but unique de la vie et le, contenu
MaisNotre-Seigneur a proclamé aussi que nous devons total de l'existence humaine dans une productivité
. mériter la ;'~ie éternelle par l'observation consciencieuse perpétuelle et incessante et le travail. Oui, il faut de
des devoirs de la vie terrestre. Donc si la vie de ce monde la production, il faut des usines, il faut des progrès
n'est pas une fin dernière aux yeux du chrétien, elle techniques, il faut des ateliers, il faut des cha~ps

.. Symb. d. Ap. - T II 15
LE SYMBOLE DES APÔTRh'S LE CHRIST Er ' LE TRAVAIL

ensemencés de froment, mais ... mais (( ·l'homme ne Ee Christ a A) relevé, B) sanctifié et C) placé à sa juste
vit pas seulement de pain )) (S. Matthieu IV, 3) . valeur le travail.
c'est l'avertissement du Sauveur - l'homme ne Vlt ; A) Le Christ a relevé le travail physique de l'abais-
pas seulement des mines de charbon, de la conqu~te sement dans lequel il était tenu à cette époque. ili
l,'
des mers, de la régularisation des eaux, de la productiOn A l'époque du Christ, les Grecs et les Romains '"
de l'électricité. considéraient avec mépris le travail manuel. Et même :1
Il faut tout cela, - mais tout ccla~ par lui-même ne un des plus distingués et des plus illustres philosophes
rend pas heureux. Ai-je besoin de le prouver à l'homme grecs, Platon; affirmait que tout métier était si indigne
d'aujourd'hui? Quand a-t-on autant produit qu'actuel- d'un homme libre qu'il fallait le lui interdire et le
lement? Quand y a-t-il eu en marche autant de laisser aux esclaves. Il
~ .-
machines, de métiers, d~ moteurs, de turbines que Et voici maintenant le Christ. Sans doute, Il n'est pas "
.1
venu pour changer l'opinion courante sur le travail, - ,
de nos jours? Et l'homme est-il heureux?
mais Il l'a fait aussi par surcroît. Et si aujourd'hui on ,',i
Au Brésil, on récolte tant de café que récemment );'
on en a jeté 500.000 sacs à la mer, d'après les dernières dit partout qu' (( il n'y a pas de sot métier» et si aujour-
nouvelles on chauffe même les locomotives avec du d'hui il paraît tout naturel que (( celui qui ne travaille
pas ne doit pas manger », nous devons ce changement
j'Î
,
café. Au Canada, il pousse tant de blé qu'on en nourrit ',.
',-.
les animaux. Ailleurs il y a tant de coton que l'on radical à Notre-Seigneur Jésus-Christ. A Notre-Seigneur
coupe par milliers les cotonniers ... Jésus-Christ qui est 'venu au monde comme fils de
Voilà comme l' homme travaille et produit, - et il / charpentier; qui a enduré que ses ennemis le mon-
n'est pas __lteureux. trassent du doigt: voilà le (( fils du charpentier)) (S. Marc
VI, 3); qui a passé toute sa jeunesse à travailler dans un
atelier de charpentier;/
et quia choisi ses p"rerniers
'

II apôtres parmi les pêcheurs ... Oui, le Christ n'était pas


venu pour cela, mais Il l'a fait aussi: par son propre
QUE NOUS ENSEIGNE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRl!î~ exemple Il a relevé le travail de son avilissement à tel
SUR LE TRAVAIL? , point quettandis qu'avant Lui le travail était mép;isé
des hommes nbres, après Lui, à cause de son exemple,
Une fois arrivés à cette constatation, nous pouvons dans les familles royales chrétiennes du moyen âge,
nous tourner vers la solution positive dé la question : il était d'usage de faire apprendre un métier quelconque
Qu'a donc enseigné le Christ relativement au travail? aux enfants royaux:
Car à présent nous allons comprendre ses magnifiques Voilà le grand changement qu'a apporté le christia-
pensées; nous allons comprendre que sa doctrine nisme. Le monde qui ignore le Christ ne voit dans le
répand une triple bénédiction sur le travail de l'homme. travail qu'un grand malheur, une ,infortune, un mal
1
228 LE SYMBOLE DES APÔTRES

physique. Mais selon le christianisme, le travail n'est


pas pour nous un Châtiment de Dieu, - car déjà avant
le péché l'homme devait travailler - mais le travail
est unè.,lloi de la nature humaine, une loi honorable,
,
1
LE CHRIST ET LE TRAVAIL

qu'est obligé de porter tout homme qui veut marcher


sur les traces du Christ. « Si quelqu'un veut venir
après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il . porte sa
croix chaque jour et , me suive» (S. LUl ) IX, 23).
car par lui nous ressemblons à Dieu qui a créé le monde Eh bien 1 quelle est la croix que crmque matin,
et qui travaille inlassablement à la conservation du peut-être malgré nous, peut-être à contre-,cœur, novs
monde et à Notre-Seigneur Jésus- Christ qui, pour sommes obligés de prendre toujours de nouveau sur
racheter le monde, a accompli de durs travaux et nos épaules? / C'est, n'est-ce pas, la croix du travail
versé son sang. quotidien. Creuser dans la mine, soulever un sac,
Si le Créateur n'a pas repoussé le travail et si Notre- chauffer une chaudière, diriger un bureau, remplir
Seigneur Jésus··Christ n'a pas boudé devant le travail, mon devoir de juge, de professeur, d'ingénieur, de
alors il n'y a pas d'homme au monde qui soit obligé d'en prêtre, faire la cuisine, mettre en ordre l'appa~tement,
avoir honte, il n'y a pas d'homme sur la terre qui, sans soigner les enfants... tout cela est aussi fatigant et
le travail, ait le droit de vivre. Que vous soyez riche difficile pour le chrétien que pour le non chrétien.
ou pauvre, fort ou faible, homme ou femme, instruit Mais si le chrétien accomplit tout cela, les yeux levés
ou ignorant, garçon ou fille, industriel ou journalier, vers le Christ et avec empressement à réaliser la volonté
si vous ' ne travaillez , pas - avec votre intelligence ou
de vos mains - vous n'êtes pas un homme. Car au
de Dieu, alors son travail s'élève jusqu'à porter la croix
à la suite du Christ, donc devient un service divin. 1\
perfectionnement de notre dignité d'homme appartient Oui, nous sommes persuadés que notre travail
le développement de notre intelligence, de notre accompli dans cet état d'âme est une prière, car le
énergie et de notre volonté, ce qui équivaut pour nous travail fébrile de conquête dont la flamme brûle dans
au travail physique ou intellectuel. l'homme d'aujourd'hui a reçu son approbation, sa
B) Mais par là j'indique la seconde bénédiction du « Grande Charte » dans les paroles toutes-puissantes de
Sauveur : le Christ a sanctifié le travail. Dieu. Dans ces paroles que le Seigneur adressa au
La source de ce grand changement, c'est que le premier couple humain : « Faisons l'homme à notre
Christ n'a pas seulement ennobli le travail, mais l'a image et à notre ressemblance, et qu'il com~ande aux
sanctifié et l'a élevé directement à la dignité de service poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux animaux
divin. domestiques et à toute la terre, et aux reptiles qui
Depuis la venue du Christ le travail exige autant de rampent sur la terre ... Et Dieu les bénit et /leur dit:
sueurs, autant de fatigues, autant de peines et d'efforts Croissez, multipliez-vous, remplissez la terre et sou-
qu'auparavant, - mais l'âme qui anime le corps de mettez-h » (Genèse J, 26-28).
l'ouvrier n'est plus si faible. Depuis le Christ le travail Ce n'est d0l!è pas une exagération, quand nous
est devenu une partie de la croix; une partie de la croix disons que le travail que l'homme accomplit sur l'ordre
23° LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHJ.US'f ET LE TRAVAIL 23 1
de Dieu, pour remplir la volonté divine, est un office
divin.
C) Et voici la troisième bénédiction donnée au travail TIl
par le Seigneur: le Christ a aussi donni au travail sa
iuste valeur. LE C HRI ST ET L'OU'lIUER

Le travail - inutile de le nier - a toujours été


pénible et reste toujours comme un fardeau écrasant A) Mais s'il en est réellement ainsi que nous venons'
sur l'humanité. Presque chaque' langue emploie pour de le dire, mes frères, alors nous ne' pouvons pas retenir
signifier le « travail » le même mot qui veut dire un soupir douloureux. Si le travail de l'homme pris dans
« souffrance » ou « douleur ». Le latin « labor » ne veut ce sens élevé doit tant au Christ, si depuis le Christ
pas seulement dire « travail », mais aussi « souffrance ». seulement nous 'savons véritablement respecter ' et
Si d'une part le globe tout entier est rempli du bruit apprécier justement le travail, pourquoi donc une partie
du travail, le travail n'est cependant d'autre part qu'un des ouvriers voit-elle dans le Christ son ennemi?
effort amer à la sueur de son visage, - alors le Seigneur Oùi, c'est notre blessure la plus sensible, notre
nous a réellement fait un présent béni, 10rsqu~Il nous problème le plus , angoissant : le détachement de nos
a appris à apprécier exactement le travail. ~ 1 fn~res les ouvriers à l'égard du Christ « le fils du
L'anèien paganisme rejetait le travail, le paganisme charpentier Il. ,.
moderne le divinise et fait du travail une fin en soi, Je pose la question et ne sais que répondre. Je con-
~
"
mais l'idée chrétienne tient le milieu entre les deux state la triste réalité et je ne puis pas admettre qu'elle soit l,
extrêmes : elle honore le travail, mais elle ne voit en justifiée. .
lui qu'un moyen et non pas la fin dernière de l'homme. Pourquoi la grande masse des ouvriers s'est-elle il
).

« Mais aujourd'hui que le monde entier chante sans détachée du Christ? N'est~ce pas Lui qui a donné la
cesse l'hymne au travail, aujourd'hui on aperçoit première loi de défense ouvrière, lorsqu'Il a proclamé
l'insuffisance du christianisme » dira-t-on peut-être. au monde: « L'ouvrier mérite son salaire Il (S. Luc X,
Non, ce n'est pas l'insuffisance, mais sa force et ses 7)? N'est-ce pas sa religion qui enseigne que retenir
avantages. Car c'est précisément cette manière de voir à l'ouvrier son, salaire est un péché qui crie jusqu'au
qui préserve l'homme d' ~tre réduit par le travail au ciel ?
rôle de bête de somme qui traîne son joug, les traits B) « Elle l'enseigne, elle l'enseigne!... répondra-t-on,
décomposés et grimaçant de colère, elle nous rappelle ' mais c'est seulement imprimé dans le catéchisme, et dans
la valeur pour la vie éternelle de notre vie.de travail. la vie il n'y a rien de cela. Retenir le salaire? Mais ne
Ne voit-on pas partout dans le monde que 'là où on a savez-vous pas pour quel salaire de famine les capita-
fait du travail une idole, l'homme est tombé au rang listes font travailler? Et il faut encore s'estimer heureux
des bêtes de somme sans âme? . de trouver de l'occlUpation ... Nous ne sommes pas contre

,1
23 2 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRTST ET LF TRAVATl. 233
le Christ, mais contre le christianisme qui entend la Mais si une parfaite justice n'existera jamais sur terre,
doctrine du Christ de telle manière qu'il protège lecapi·- l'Église travaille pout que du moins il n'y ait plus une
talisme et peut voir sans mot dire une exploitation aussi aussi grand~ injustice que celle d'aujourd'hui. Que
éhontée »". fait donc le christianisme? Il ne peut pas changer le
Mes frères, ce sont de dures paroles, mais qui pourrait monde, mais il s'efforce de changer les hommes qui
en être étonné? Celui qui connaît la détresse inhumaine comp~sent le monde. Et si actuellement le capitalisme
dans laquelle se débattent des millions de travailleurs, se livre à de tels excès, ne dites pas: le christianisme a
rie peut pas s'étonner du nombre des mécontents, bien fait faillite, mais : comme tes hommes sont encore bien peu
qu'il sache que ces derniers n'ont pas raison et se trom-; chrétiens! Travaillons donc à ce qu'ils le deviennent.
pent grandement. Car voici la grande idée du christianisme: il ne peut pas
Ils se trompent en croyant que le christianisme canoniser le capitalisme, - mais des capitalistes il veut
regarde sans mot dire les excès éhontés du capitalisme. faire des saints.
Le Pontife Romain n'a-t-il pas publié il y a quarante ans
(189I) l'encyclique « Rerum novarum» contre les injus- '*' '*'
ticessociales? Et le Pontife Romain ne vient-il pas '( Faire des capitalistes des samts? A-t-on déjà vu
d'insister à nouveau et plus fortement encore sur la pareil prodige dans le monde? »
justice sociale dans sa .récente encyclique « Quadrage- Oui, on l'a vu, mes frères, et si on voyait la doctrine
simo anno » (1931)? du Christ suivie par un plus grand nombre, le problème
Ils se trompent, en croyant que le christianisme couvre le plus angoissant de l'humanité actuelle serait résolu.
les excès du capitalisme. Sans doute, il défend le bon Cette semaine ;'l été célébré le septième centenaire de
droit de la propriété privée, car la suppression de la la mort d'une « sainte capitaliste», sainte Élisabeth de
propriété privée serait un coup mortel pour la joie au Hongrie. Une fille de roi qui aurait pu se plonger dans
travail. Mais il ne défend pas, au contraire il flagelle har- toutes les jouissances de la terre, une grande propriétaire
diment l'usure et les abus qui accompagnent la richesse. riche, jeune et belle qui habitait dans un château magni-
Il faut le principe lui-même, il est nécessaire; sans fique, - mais que l'amour du Christ, qui brûlait dans
propriété privée l'humanité civilisée ne pourrait pas son âme, a préservée de tous les dangers de la richesse
vivre. Mais l'homme peut tout gâter, peut abuser de terrestre et a transformée eri bienfàitrice éternellement
tout, - aussi de la propriété privée. Cette terre malgré bénie de l'humanité souffrante.
toutes les institutions ne sera jamais un paradis; nous Seigneur Jésus, remplissez--nous tous, ,riches et pauvres,
attendons la justice parfaite dans le royaume éternel ouvrièrs et patrons de l'esprit de sainte Élisabeth et vos
du Christ : « Mais nous att~ndons, selon sa promesse, enfants qui luttent, combattent et peinent retrouveront la
de nouveaux cieux et un e nouvelle terre où habite la paix. Amen.
justice» (Ile S. Pierre III, 13).
LE CHRIST ET LA RICHESSE Z35 1
mot, ne s'attaque à aucune classe de la société, ne pro-
clame pas que «( les riches iront en enfer », que « les
capitalistes ~oivent disparaître », qu'il ne doit plus y
XVIII avoir de maîtres, - non., Il ne dit pas un mot de tout
cela... Il sc ,lève doucement, silencieusement, Lui,
le Fils de Dieu, le Seigneur tout-puissant, le Créateur
LE CHRIST ET LA RICHESSE , du monde, et s'agenouillant devant de simples pêcheurs
Il leur -lave les pieds.
L'émouvante leçon du lavement des pieds doit illu- "
(1)
miner comme un éclair même l'obscurité du ciel
européen actuel chargé de nuages. Car savez-vous ce que ,/1
veut dire par là le Christ?
MES FRÈRES,
Il nous dit à peu près ceci: il est impossible de sup-
primer les différences de classes parmi les hommes. 11
Les habitants du petit village bavarois d'Oberam- Autant d'hommes autant de têtes, - non seulement par
mergau, firent, au XVIIe siècle, pendant une terrible la naissance, mais aussi par la capacité. Toujours il y
épidémie de peste, le vœu de représenter la Passion aura sur terre des savants et des ignorants, des forts et
chaque dix ans, si le fléau disparaissait. Au cours de des faibles, des bien portants et des malades, des riches
l'été 1930, de tous les points du monde des milliers , et des pauvres, des patrons et des ouvriers. Et je n'ai
et des milliers de spectateurs vinrent assister d'une âme pas le droit d'exciter les classes les unes contre les autres,
émue aux pieuses représentations de la Passion de Notre- de semer la haine, de ruiner l'autorité, mais ... mais je
Seigneur Jésus-Christ. Et savez-vous quelle est la scène dois pénétrer les supérieurs, les plus forts, les plus
qui fait la plus profonde impression sur le spectateur instruits, les plus riches, de cette idée qu'ils doivent
qui se préoccupe des problèmes sociaux actuels? Ce travailler par la pratique d'un amour charitable à com-
n'est pas le chemin de la croix ni le crucifiement ni la blér le gouffre entre les classe$ sociales.
mort du Christ.. . Oh! tout cela est bien émouvant, Le HIs de Dieu lavant les pieds des hommes! Quel point '
'mais la partie la plus cultivée du public est le plus d'exclamation dans le monde actuel en effervescence
émue par le lavement des pieds à la Cène. devant l'impossibilité de résoudre le problème social!
, LorsqueJe Sauveur se lève de table, par son geste Ce ri'est pas le progrès technique qui r':soudra la ques-
muet, calme, doux, le lavement des pieds, Il accomplit tion sociale, ce n'est .{las non plus de meilleures insti- '
~MJ itablement une révolution, Il ~enverse toutes le!; idées tutions économiques et financières (il en faut aussi)
qu'avait eues jusqu'alors l'humanité sur la considération, mais la solution définitive pourra seulement se ren-
la puissance, la grandeur ... , Le Sauveur ne dit pas un contrer, lorsque le maître lavera les pieds de son servi-
LE SYMBOLE DES APôTRES LE ~BRIST ET LA RICHESSE 237
teur, c'est-à-dire lorsque le symbolisme de l'exemple A) Regardons donc de pLus près ce que le Christ a
du Christ nous amènera à l'ennoblissement de notre vie enseigné sur la propriété privée, la richesse, les biens de ce
quotidienne, de notre conduite, de notre manière d'agir monde.
et de notre façon de parler. L'attitude du Sauveur èn face de la richesse est
Voilà le sujet, le sujet difficile et d'une importance particulièrement mise en relief dans la scène du Jeune
vitale que nous avons commencé à traiter dimanche homme riche et dans le Sermon sur la montagne.
dernier et que je voudrais continuer aujourd'hui. a) Un jour, un jeune homme riche, tout feu et flamme,
, L'hostilité entre le travail et le capital, la richesse et la distingpé et actif, se trouva devant le Christ et d'un ton
misère, la fortune et la pauvreté fait trembler le monde plein d'enthousiasme il dit au Sauveur: « Bon Maître,
entier aujourd'hui. Que nous enseigne le Christ sur le que dois-je faire pour atteindre la vie éternelle? » Notre
travail? - j'en ai parlé dimanche dernier. Quelle est son Seigneur lui fit d'abord cette réponse : (c Si tu veux
attitude à l'égard de la propriété privée, des biens de cetté entrer dans la vie éternelle, garde les commandements ».
terr~, de la richesse et de la pauvreté? C'est ce dont je vais Mais le jeune homme répondit: « J'ai observé toutes
parler aujourd'hui et la fois prochaine. Voyons donc ces choses dès mon enfance; que me manque-t-il
1 Qu'est-ce que le Christ nous enseigne sur la richesse? et encore? »
II Quelle est la conséquence de cet enseignement? A présent Notre-Seigneur regarde profondément le
jeune homme. Il voit que ce jeune homme riche a soif
d'un degré plus haut de perfection, que celui où arrivent
l les hommes ordinaires et maintenant Il lui fait cette
réponse: cc Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que
QUE NOUS ENSEIGNE LE CHRIST A PROPOS tu as, donne .. le aux pauvres, et tu auras un trésor dans
DE LA RICHESSE? le ciel, puis viens et suis-moi ».
Mais c'était trop pour le jeune homme, il n'était 'pas
J'ai attiré un jour l'attention sur ce fait curieux que les capable d'un tel sacrifice, il préféra quitter le divin Maître.
conceptions du monde les plus diverses s'efforcent de Et de la , bouche du Sauveur, après l'avoir regardé
revendiquer pour elles-mêmes Notre-Seigneur Jésus~ tristement s'éloigner, s'échappe cette plainte: cc Qu'il
Christ. Sa personnalité est d'une telle grandeur surhu- .~st difficile à ceux qui ont les biens de ce monde d'entrer
maine que chaque tendance voudrait se l'annexer. Il dans le royaume des cieux! »
y en a eu pciu~ appeler le Christ « ,le premier commu,·' Les disciples sont effrayés: ils n'avaient pas compté
niste », parce que le Christ a réellement prononcé cette là-dessus. Les riches ne sont-ils pas heureux? Ne
menace : «Malheur à vous, riches! » (S. Luc VI, 24) sont-ils pas les enfants chéris de Dieu qui les comble
Il y en a eu pour vouloir voir en Lui le Rédempteur des biens terrestres?
,social bu en termes plus crus: « le premier socialiste »). Et Jésus ne retire rien, Il ajoute !llême avec plus de
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST ET LA RICHESSH

force: « Mes petits enfants, qu'il est difficile à ceux qui


se, confient dans les richesses, d'entrer dans le royaume
de Dieu! » (S: Marc X, 34).
,
"
tressaillez de joie, car voici que votre récompense est
grande dans le ciel » (S. Luc VI, 20-23).
Voilà les idées du Sermon sur la montagne.
Les apôtres à présent sont tout à fait déconcertés. B) Celui qui lit superficiellement ces importantes
Mais alors, s'il en est ainsi, qui donc sera sauvé? Certai- déclarations de Notre-Seigneur Jésus-Christ, s'en
nement ce jeune homme riche se range parmi les scandalisera peut-être, parce qu'il y â'perçoit une con-
meilleurs. Alors aucun ne sera sauvé? damnation de notre travail terrestre fébrile. Mais celui
Mais Notre-Seigneur poursuit et ses paroles sont qui réfléchit à fond sur le sens de ces paroles et y ajoute
comme l'huile versée sur les flots en fureur. Le Sauveur les,déclarations faites ailleurs par le divin Maître s'aper-
montre un moyen de salut: le riche aussi sera sauvé, si, çoit que non seulement le Christ n'a pas condamné la
. conscient de sa faiblesse, il s'attache à Dieu, s'i! s'efforce civilisation, mais que de l'enseignement du Christ sur la
vertueusement de réaliser avec sa fortune les plans richesse découle à proprement parler la seule force civili- ~
divins, car ' alors la grâce divine ainsi reçue devient le satrice véritable digne de l' homme.
contrepoids de la force de l'or qui entraîne vers la terre.
1
",
a) En effet les paroles du Sauveur servent de contre-
« Pour les hommes c'est impossible, mais tout est pos- poids à la nature humaine si exagérément inclinée vers
sible à Dieu n. la terre et la matière et l'élèveu't du cercle égoïste des
C'est ainsi que prend fin la scène entre le jeune instincts terrestres vers le cercle des intérêts de Dieu
homme riche et Notre-Seigneur Jésus-Christ. et de l'âme.
b) Mais pour mieux comprendre encore la pensée du Quelle est donc la source la plus effrayante de toute
Sauveur à l'égard de la richesse, passons en revue les la méchanceté et 'de toute l'insensibilité humaines dans
idées du Sermon sU?' la montagne. le monde? Qu'e~t-ce qui sépare les amis, les parents,
Le Sermon sur la montagne.proclame avec une clarté les frères et sœurs et fait un enfer de la vie de ceux qui se
indiscutable les idées du Christ sur la valeur de la • tiennent de plus près? L'égoïsme. Et c'est à lui que les
pauvreté et du renoncement volontaires. Voici ce que paroles du Christ donnent précisément le coup mortel.
dit le Sauveur dans son Sermon sur la montagne: Car ses importantes paroles ne signifient pas autre chose
« Heureux, vous qui êtes pauvres, car le royaume des qu'une affirmation courageuse - ce dont du reste il est
cieux est à vous! Heureux vo:us qui avez faim mainte- assez désagréable de parler - que le culte de Mammon
nant, car vous serez rassasiés 1Heureux, v~us qui pleurez ne pourra être brisé, que les excès du capitalisme ne
maintenant~ car vous serez dans la joie! Heureux, pourront être supprimés que quand la tyrannie de la
serez-vous, lorsque' les hommes vous haïront, vous cupidite 'pourra être refrénée chez l'individu; ' et que
repousseront de leur société, vous chargeront d'oppro- même le millionnaire peut être un chrétien qui ne '3e
bres et rejetteront votre nom comme infâme, à cause du soumet pas à l'empire de l'argent et que le prolétaire
Fils de l'homme. Réjouissez-vous en ce jour-là et le plus pauvre peut être un esclave de la richesse.
· LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST ET LA RICHESSE

Les paroles du Christ montrent clairement que curieuse expression! Pourtant il ne fautpas se choquer
personne n'est obligé de partager ses biens, que chacun du travail de cette maison qui tire profit des détritus
peut se ramasser une fortune, mais elles montrent aussi ménagers, - car c'est une occupation parfaitement
pourquoi la grande richesse-est un danger pour ['âme honnête.- Mais certainement il faut se scandaliser et
humaine. C'est parce que l'homme met aisémen,t dans la s'indigner de ce que tant de gens aujourd'hui font de
richesse tout son espoir, toute sa confiance, tous ses l'argent avec des ordures, - des ordure~- morales.
désirs, tous ses efforts et perd sa confiance en Dieu. Combien de fois on encaisse des 5°.000 schillings pour
C'est parce que pour l'homme la terre devient facilement des images, des films, des livres, des pièces de théâtre qui '
son unique but et la vie de cette terre son unique désir. répandent la boue morale! C'est contre eux que sont
L'argent devient ,aisément son dieu; mais dans l'âme de lancées les paroles foudroyantes du Sauveur.
celui dont l'argent est le dieu, qui a l'argent pour dieu, « Malheur à vous, les riches!» (S. Luc VI, 24). Malheur
I~ vrai ,D ieu ne peut trouver place. - à vous, qui êtes possédés du démon de l'argent et qui,
b) Et si nous comprenons ainsi les idées du Christ, pour de l'argent, foulez aux pieds la morale, la fidélité,
nous ne resterons pas à secouer la tête devant ses paroles l'amitié, la patrie, la foi! Malhèur à vous, qui êtes capa-
qui font l'effet d'un coup de foudre: «( Malheur à vous, bles de laisser vos ouvriers dans une misère inhumaine
les riches! » (S. Luc VI, 24) - c'est ainsi qu'a parlé un et de payer votre luxe en réduisant leurs salaires!
jour le divin Maître. Malheur à vous qui achetez tout à prix d'argent: le
On a souvent abusé de ces paroles du Sauveur. Ils en plaisir, la volupté, la vertu, l'innocence/- et qui pouvez
abusent ceux qui les interprètent dans le sens du com- jeter à la rue sans sourciller, comme un citron pressé,
munisme, comme si le Christ s'était déclaré contre toute des cœurs humains brisés et des âmes humaines tom-
propriété privée. bées dans la boue! Malheur à vous qui vouS" êtes gorgés ,
Il n'en est pas question. « Malheur à vous, les riches!» d'argem, qui avez tout gâté avec l'argent, qui avez
- telles 's ont les paroles foudroyantes du Sauveur. attiré au péché avec l'argent! Non seulement l'argent
Mais toute la manière d'enseigner du Christ montre vous a rendus sans cœur, mais il vous a rendus aussi
clairement à quels hommes Il pense. aveugles et sourds; et voici que l'on entend la parole
Certainement vous avez tous entendu parler d'une inouïe, afin que vous aussi vous trembliez-: « Il est plus
curieuse particularité de la grande ville: l'adjudication aisé qu'ml chameau passe par le trou d'une aiguille
des détritus ménagers. Pour le droit de ramasser les qu'il ne l'est à un riche d'entrer dans le royaume des ,
détritus à Vienne, par exemple, une maison verse chaque cieux» (S. Matthieu XIX, 24).
année 50~OOO schillings à cette ville et en retour elle Voilà comment il faut entendre les paroles du Sauveur
a le droit de disposer des déchets, ferraille, débris de et non pas comme s'Il avait condamné toute richesse et .
verre et objets semblables et de faire de l'argent avec ces voué tous les riches à la damnation. En effet, Il a eu
ordures. Faire de ['argent avec des ordures! - quelle Lui-même de, disciples riches : Marthe et Marie,

Symb. d, Al>, 'l', il


LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST ET LA RICHESSE 243
Salomé, Nicodème, Joseph d'Arimathie. Un de ses donne uniquement comme l'évangile des pauvres, des
amis le~ plus chers, qu'Il a ressuscité des morts, était ajjligés et des faibles et qu'il n'a pas un mot d'encoura-·
le riche Lazare. C'est chez lui que Notre-Seigneur gement pour l'homme fort, ami du travail; qui verse
s'arrêtait et se reposait fréquemmen,t. Et c'est de grand ses sueurs pour l' ~uvre de la civilisation. ,
cœur qu'il descendit aussi dans la maison ~âu riche Si c'était vrai, cela signifierait aux yeux de F'homme
, Zachée. Le Christ n'a pas condamné le riche qui sait moderne la non··valeur et la mort du chTisti,anisme.
plàcer le salut éternel de son âme au-dessus de l'argent, Mais il n'en est pas ainsi, c'est ce que démontre ce
qui est miséricordieux~ comme est miséricordieux le qui a été dit précédemment.
Père céleste, qui, lorsqu'il secourt un pauvre et un Pourtant, si le Christ en réalité non seulement n'est
abandonné, secourt le Christ, dont les mains sont pures, pas l'ennemi d'une activité terrestre fébrile, mais
' les yeux compatissants, le cœur généreux, - Il ne attend de chaque individu l'a:ccomplissement le plus
condamne pas celui-là. minutieux de ses devoirs d'état, comment s'est formée
l'idée que l'évangile ne s'adresserait qu'aux faibles,
II aux ' malades et aux tombés et ne concernerait pas une
race forte, aimant le travail et pleine de santé. « L'évan-
QUELLE EST LA CONSÉQUENCE DE L'ENSEIGNEMENT gile est fait pour les enfants et les femmes, non pas pour
DU SAUVEUR? les travailleurs et les forts )1. D'où vient cette idée
dangereuse?
Mais de tout ce que nous venons d'entendre de la a) De paroles mal comprises de l'évangile. En effet,
doctrine du Sauveur sur la propriété et sur la richesse, Notre-Seigneur a dit réellement des cl::oses comme
découlent de sérieuses conséquences. Et bien que je celle-ci : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont
ne puisse développer complètement cet enseignement besoin du médecin, mais les malades; je ne suis pas
du Christ que dans le sermon suivant, je ne veux venu appeler les justes à la pénitence, mais les pécheurs»
cependant pas manquer d'en indiquer dès aujourd'hui (S. Luc V, 31). Et Il a caractérisé ainsi sa propre acti-
quelques traits. vité : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les
A) En particulier je veux faire ressortir le manque ' lépreux ~ont guéris, les sourds entendent, les morts
de base et de respect de certaines tendances philoso- ressuscitent, et l' évangil~ est annoncé aux pauvres »
phiques et ,des attaques de certains philosophes, si (S. Matthieu XI, 5). _
l'on, comprend bien l'enseignement du divin Maître. Mais après un petit instant de réflexion peut-on
Je pense ici à ces philosophes à la plume habile - interpréter ces paroles dans le sens indiqué tout à
hélas! -.:::' qui s'attaquent -avec rage au christianisme, l'heure? Exi aucune manière.
parce que, - d'après eux, - il est l'ennemi de la En . effet, mettons-nous nous-mêqles au rang des
. richesse, du bien-être, de la gaieté, de la force et se bien portants, des jeunes et forts, des riches, des
tE SYMBOLE DES APÔTRES LE ' CHRIST ET LA RICHESSE 245
heureux et demandons-nous: Aurait-on pu réellement le début se met à parler de la caducité et de la fragilité
s'attendre à ce que le Christ s'adressât à nous en premier du :Zonde, de l'inutilité des biens de cette terre. Le Christ
lieu ~t nous prêchât à nous en premier lieu l'évangile? proclame .~ussi qu~ la force, la santé, la jeun~se, la
A nous qui pour le moment ne manquons de rien? joie au travail, l'ambition... que tout cela a de la
A nous qui avons tout sur cette terre? Est-ce que nous valeur, mais seulement si ... si par elles nous n'acquérons
~urions davantage droit au Christ que les faibles, les pas des biens purement périssables. L'évangile est
pauvres, les malades, les malheureux? Rien que cette donc en réaHté l'évangile du travail, mais d'un travail
pensée, n'est-ce pas, est déjà une injustice . . qui Ttnd immortel l' homme mortel. Celui qui vit confor-
b) Mais si nous faisons encore cette réflexion qu'un . mément à l'évangile, tant qu'il est encore jeune; bien
jour la décrépitude s'emparera de tous ces jeunes gens portant, capable de travailler et plein du désir d'agir,
pleins de forces. Que ' chacun de ces heureux peut verra de plu§ en plus clairement, au cours de la fuite
devenir un malheureux. Que chacun de ces forts peut des années, qu'il accomplit un . travail sur lequel ne
devenir un faible. Personne ne reste sur la terre jeune peut rien le temps qui ronge tout : la conquête du
et fort; et lorsqu'il entre dans le groupe des fatigués, ' royaume éternel des âmes. L'évangile ne nous prêche
des faibles, des malades, des déçus, de ceux qui pleurent donc pas une amertume qui écarte du monde, une
et qui meurent, alors il commence à voir que le Christ sombre inaction; l'évangile veut aussi que nous soyons
a apporté un évangile vraiment moderne, actuel, qui jeunès, forts, actifs et travailleurs, :- non pas d'abord
en premier lieu a été réellement prêché aux faibles et pour conquérir des richesses, qui nous quitteront
aux pauvres. Quand au cours des années 'le monde tôt ou tard, mais celles qui resteront pour la vie
commence à glisser de nos mains, quand les obligations, éternelle.
les espérances et les joies de ce monde commencent à B) Et ici nous arrivons à une autre leçon magnifique :
s'écouler, ce n'est pas la douleur désespérante d'un L'humanité qui sans réserve let totalement, ferait sien
passé terrible qui s'empare du chrétien, mais la joie l'évangile et le mettrait visiblement en pratique suppri-
confiante d'un autre monde promis par l'évangile. merait par le fait même les disputes et les heurts entre
Sans dbute, il est déjà bien tard pour vouloir travailler les classes sociales.
seulement alors pour l'autre monde qui dure éternel- a) Chose remarquable, le paganisme déjà a'vait aussi
.lement;-' Alors nos forces nous ont déjà quittés. Dieu pressenti la nécessité de l'égalité sociale que. le Christ a
attend de notre jeunesse le travail en vue' de la patrie . proclamée au monde en lavant les pieds q.e ses apôtres,
éternelle de l'âme. Il attend que nous fassions pour et, bien que rarement, une fois du moins par an, aux
Lui des sacrifices, lorsque nous sommes obligés d'aban- ' Saturnales, les Romains servaient leurs esélaves.
donner le péché, et non pas lorsque le péché nous quit- Mais de ce qui n'était qu'une exception d'un jour,
téra dans un âge avancé. . de la délicatesse de pensée, de l'amour ingénieux et
c) Et pour que nous puissions le faire, l'évangile dès attentif du prochain, Notre-Seigneur Jésus-Christ a
LE SYMBOLE DES APôTRES LE CHRIST ET LA RICHESSE 247
fait le fondement de son royaume. Je dois ~trerefon­ conviction religieuse. De cette conviction qui a poussé
naissant envers celui qui me sert --- non pas seulement saint Paul à un travait' inlassable: « L'amour du Christ
par un pourboire (car on ne peut pas récompenser nous presse» (lIO Corinthiens V, 14). C'est en cela
avecr~ela un travail fait avec âme); celui qui a fait pour que c;lIlsiste la profondeur religieuse de l'action sociale.
moi 1 n'importe quel travail, qu'il ait 'nettoyé mes C'est seulement l'idée religieuse qui nous fait découvrir ,

chaussures ou balayé ma rue ou tissé l'étoffe de mon dans l'homme le plus pauvre et le plus déchu l'âme
" vêtement ou extrait de la mine le charbon qui chauffe immortelle; c'est elle qui nous avertit d'être social
ma chambre... a droit à ma reconnaissance, à mon et patient envers notre entourage immédiat, en domp-
respect, à mon amour, - ah! s'il en était ainsi, y tant nos passions. L'idée religieuse protège encore
aurait-il encore le danger social? l'action sociale du danger qui du reste surgit très faci-
b~ Et quand on considère l'action charitable que l'on lement : de devenir des phrases, de la poudre aux
nomme justement l' ~ huile sociale » dans les rouages yeux, une parade.
de la vie économique, c'est déjà l'idée sociale elle-même;
si je me familiarise avec la misère de mon prochain, si
:110 "" *
je m'oublie moi··même 'pour servir mon prochain, cette
pensée est' déjà le fruit le plus caractéristique de l'état , Mes frères, dans une nouvelle de TolstOÏ, une com-
d'âme 'de la religion chrétienne. Nous reconnaissons que tesse parle ainsi des domestiques ': « N'est-ce pas vrai-
la technique actuelle, l'action sociale, la protection de ment curieux que ces filles vident nos cuvettes et
la jeunesse, les associations, les syndicats et les insti- secouent nos lits; pour que nous puissions jouer du
tutions dè bienfaisance sont les produits de l'époque Chopin ! » C'est certainement curieux. Et celui qui
moderne. Mais la force motrice de toute activité sociale ne s'en étonné pas, celui qui trouve cela tout naturel,
est encore uniquement l'esprit du Christ, dont le celui qui ne s'efforce pas de répondre au travail de
berceau était à Bethléem, et par suite ' tout succèR son prochain par la charité ingénieuse ' et attentive du ,

dans l'action sociale ne , peut germer qu'en terrain Christ lavant les' pieds de ses apôtres, celui-là ne doit
religieux. pas s'étonner, si un jour le bolchevisme arrive, démolit
Elles ont droit au plus grand respect les associations le piano et brûle les partitions de Chopin.
et les institutions sociales de toute sorte qui versent :Ëtre chrétien ne signifie donc pas regarder oisivement
sur la lutte des classes, provoquée par la misère, l'huile le ciel? Attendre avec force soupirs le royaume des
adoucissante du bon Samaritain; mais chacun doit cieux? Attendre, les bras croisés que les alouettes tom-
reconnaître que celui qui veut véritablement atteindre bent toutes rôties? '
l'âme de celui qui souffre, celui qui veut être l'appui Pas du tout. S'il en était ainsi, la foi chrétienne serait
des faibles, le défenseur dr s menacés, le redresseur des alors réellèment l'ennemie du progrès ' et de l'allure
tombés, doit d'abord être lui-même pénétré\d'une forte accélérée du travail humain.
LE SYMBOLE DE!! APÔTMtI

Mais précisément il n'en est pas ainsi. Le Lon


chrétien prie, se confesse, communie, jeûne et va à la
messe - oui, il fait tout cela; mais de plus il refrène
sévèrement en lui la dureté de cœur, l'impatience, la XIX
paresse et l'égoïsme, il est aimable et indulgent pour
les autres, sévère pour lui-même et par-dessus tout il
l'emplit ses devoirs de toutes ses forces là où l'a placé LE CHRIST ET LA RICHESSE
sa vocation terrestre. Quel que soit le nombre de ses
prières, si quelqu'un est capricieux, indiscipliné, ne ,I I
sait rien pardonner et oublier - certainement ce n'est
pas un chrétien. Et si quelqu'un communie tous les
jours, mais néglige son devoir et se montre insuppor-
MES FRÈRES,
table et égoïste - il n'est pas chrétien.
Mais nous, mes frères, nous voulons être des chré-
tiens, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ le demande: La fameuse « Association russe des sans-Dieu »
des hommès, qu'ils soient riches ou pauvres, instruits publie à Moscou un périodique où parut dernièrement
ou ignorants, simples ou distingués, peu importe, une gravure portant ce titre : « le paravent )J.
mais qui, par-dessus tout, soient sévères pour eux-mêmes, Au milieu se dresse un grand Christ aux yeux
bien disciplinés, sérieux, compatissants envers leur prochain, · sombres et inquiétants, d'un geste apaisant Il tend la
indulgents et serviàbles: main vers la gauche où se presse un groupe de mal-
Et si le difficile probteme de la question sociale est heureux : de~ femmes amaigries, des enfants réduits par
résolu U7I jour, seule l'humanité chrétùnlle et vivant la faim à l'état de squelettes, des paysans courbés par
chrétiennement .pourra apporter la solution. Amen. le travail, des ouvriers salis par l'huile et le charbon ...
Et le Christ semble dire à ces malheureux : « Bénissez
vos souffrances; ne vous révoltez pas contre vos
~xploiteurs; ne vous efforcez pas de pr~curer à vos
enfants une existence meilleure, plus humaine. La vie
est courte et vous recevrez votre salaire dans l'éternité.
Prenez patience >>. ••• Mais derrière l'image du Christ
se trouve un bourgeois ventru (que la foule 'ne voit
pas à cause du Christ); ses doigts sont o~nés de bagues·
en diamants, il a le visage bouffi et des .yeux avides, il
tient en mains une corde qu'il passe autour du cou d'un
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST ET LA RICHESSE

prolétaire sans défense. Mais la foule ne voit pas formaliser, si le camp des malheureux laisse échapper
tout cela, parce que le Christ cache cette scène aux des plaintes injustifiées.
malheureux."" Et au-dessous de cette image affreuse On entend souvent sur les lèvres des pauvres cette
est inscrit : « Le Paravent ». plainte amère: « L'Église n'est que du côté des riches.
Le Christ, un paravent! En quoise soucie-t-elle des pauvres? Car si elle s'en '
Mes frères, devant cette illustration révoltante, il occupait, elle ne regarderait pas sans mot dire notre
ne suffit pas de s'indigner et de protester. Non. Il vaut détresse. .. »
mieux réfléchir avec humilité et faire notre examen Pour la chaire chrétienne d'aujourd'hui il y a à
de conscience, - et c'est ce que je voudrais faire dans peine une question plus importante et plus difficile
mon sermon d'aujourd'hui. que celle-là. Examif\ons donc maintenant plus à fond
Que nous enseigne Notre Seigneur Jésus-Christ sur la question que j'avais soulevée dans mon sermon de
la richesse, la fortune, la pauvreté, les biens de cette dimanche dernier: 1 Ce que le Christ pense de la richesse,
terre? Y a-t-il du vrai dans cette image blasphématrice, II ce qu'en pense le christianisme, et III ce que pense le
qui représente le Christ comme un paravent placé christianisme de l'organisation économique du monde '
devant les ouvriers par un capitalisme sans cœur? Et actuel.
_si ces ré~olutionnaires n'ont pas raison, sont-ils alors
dans le vrai ceux qui contemplent avec indifférence le 1
sort inhumain de millions et de millions de travailleurs
et croient qu'on peut nager dans le luxe et pérorer sur QU'EST-CE QUE LE CHRIST PENSE DE LA RICHESSE?
le christianisme, tandis que notre prochain languit et
meurt dans des trous sans air ... Qui donc a raison; le ' Voyons donc ce que le Christ pense de la richesse.
bolchevisme ou le cl;lpitalisme? ' De quel côté est le Est-il vrai -- comme prétendent certaines tendances _
Christ : est-ce du .côté de ceux qui avec une avidité que le Christ condamne la richesse et précipite les
féroce veulent tout acéaparer ou bien du côté de ceux riches 'en enfer?
qui, par une révolution brutale, veulent tout prendre A) Pour pouvoir donner la réponse, il nous faut
aux autres? C'est cette question que j'ai traitée dimanche d'abord voir clairement qu'est-ce que la richesse, qu'est-ce
dernier. Mais j'ai déjà remarqué que j'en parlerais que la fortune, qu'est-ce qu'un riche?
encore aujourd'hui et que je développerais à nouveau Ce qui est nécessai!e pour vivre n'est pat la richesse,
les idées p~écéd~mment exposées; en effet la question mais l'indispensable moyen d'existence. La richesse
est d'une telle importance vitale et décisive pour la commence là où les biens sont amassés pour eux-mêmes
société actuelle qu'on n'en peut pas suffisamment - comme une fin dernière -, c'est donc ce qui n'est
parler. pas nécessaire pour vivre conformément à sa situation.
La misère est si effroyable qu'on ne peut pas se Sije gagne quelque ?hose et qu'il me faille le dépenser
, LE SYlVIBOLl! DES APôTRES LE CHRIST ET LA RICHESSE 253
pour vivre, ce n'est pas une richesse. On ne peut donc b) Mais en retour il est indéniable que si le Christ
appeler riche un homme que s'il peut vivre tranquil- n'a pas cond~mné les' riches, II a cependant insisté
lement, sans être obligé de travailler pour assurer son dans cette parabole, èomme en maintes 1tutres circon-
entretien. stances, sur les dangers de la richesse, ainsi que je l'ai
Et sous le nom d'entretien on n'entend pas seulement démontré en détail dans la dernière instruction, ' par
la nourriture et l'habillement strictement nécessaires, exemple qUilnd lIa dit: « Qu'il est difficile à ceux qui
mais tout ce que renferme en lui-même le concept de sont riches d'entrer dans le royaume de Dieu! » (S. Luc
vie « humaine ». Je ne suis pas un « homme)) du fait que XVIII, 24). « En vérité je vous le dis, un riche entrera
je prends des aliments, mais du fait que j'ai une activité difficilement dans le royaume des cieux » (S. Matthieu
intellectuelle et également des besoins intellectuels. XIX, 23)' 1
B) Malgré tout, nous demandons maintenant ce que II y a surtout une exclamation foudroyante de Notre-
le Christ pense de la richesse. Seigneur que l'on peut facilement mal interpréter et qui
Nous avons cherché la dernière fois la réponse à fréquemment déjà a été mal interprétée. Et il y a égale-
cette question dans l'histoire- du jeune homme riche ment une autre affirmation qui a été aUssi mal comprise
de l'évangile et dans les paroles du Sermon sur la de beaucoup.
montagne. Aujourd'hui je vais chercher la répomle « Malheu'! à vous, les riches!» (S: Luc VI, 24) - a-t-Il
dans ,la parabole du Mauvais riche et du pauvre Lazare dit un jour et « Bienheureux les pauvres ! )) (S. Luc VI,
(S. Luc XVI, 19-31). 1/ 20) - a-t-Il dit une autre fois . Les premières paroles
Pour gagner du temps, je ne raconterai pas la parabole sont une menace terrible et épouvantable; mais les
elle-même, car vous connaissez fort bien l'histoire de autres sont une affirmation pour ainsi dire incroyable.
ce riche sans cœur qui ne donnait même pas les restes au Est-ce que le Sauveur veut en réalité condamner tous
pauvre Lazare et qui a été damné pour cela aprèss amort. ceux qui sont riches et proclame-t-Il bienheureux tous les
a) Remàrquons-le bien, mes frères : le rche est pauvres? Ce serait d'une part une . sévérité incom-
damné, non pas parce qu'il était riche; mais pace qu'il préhensible, et d'autre part cette doctrine rendrait
était sans cœur: Que la richesse fût un péché, que la impossible tout progrès humain et la vie sociale. En
propriété privée fût une injustice et un vol, Notre- effet qui travaillerait, qui sacrifierait sa tranquillité au
Seigneur ne l'a pas dit dans cette parabole ni nulle part travail, si ce qu'il gagne ne peut rester sa propriété?
ailleurs. II y avait à côté des apôtres pêcheurs etp auvres Qui serait économe, s'il ne peut pas compter sur ce
des disciples" rich<;s : Marthe et Marie, Lazare, Joseph qu'il aurait mis de côté, dans ses vieux jours? Qu'ad-
d'Arimathie, Nicodème, Simon le Pharisien, etc. Et si viendrait-il de la société sans l'existence de la propriété
le Christ avait condamné toute richesse, il est ~ûr privée?
qu'II n'aurait pas accepté d'invitation à/dîner de la part Mais il n'en est pas du tout question. Il n'est pas du
de ses disciples riches. tout question que le Christ ait pris position contre la
254 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST ET LA RICHESSE 255
propriété. « Malheur à vous, les riches! » - a-t-Il dit. d'un grand danger. En effet une grande fortune peut
Mais qu'a-t-Il entendu· par ce mot de « riches » ? s'attacher à l'âme du riche comme le sarment sauvage
Ceux qui voient dans la richesse le contenu de la vie, après l'arbre de la forêt vierge et de même que le gui
le but de la: vie; ceux qui croient que leurs biens ter- suce .la\. sève vivifiante du tronc et le fait' sécher, de
restres satisfont également tous les besoins de l'âme; même la grande richesse peut aussi étouffer toutes les
ceux qui ont faim et soif d'argent et pour lesquels il est ambitions de l'âme pour s'élever. Et lorsque pareil riche
leur seule pensée, leur seul but, leur dieu. Et quels sont promène ses regards sur ses trésors, ses lèvres laissent
les « pauvres » que le Christ a nommés « bienheureux» ? échapper ce~ paroles de satisfaction orgueilleuse: « Mon
Ce sont ceux dont l'âme n'est pas remplie des biens âme, tu as de grands biens en réserve pour heaucoup
terrestres, ceux qui devant les jouissances et le bien-être d'années; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère»
de cette terre gardent précieusement leur liberté, (S. Luc XII, 19). C'est à de pareils riches que
soupirent et travaillent pour introduire dans leur vie s'appliquent les malédictions du Sauveur et c'est d'eux
une valeur véritable: ceux qui du fond de leur âme ont qu'Il a dit qu'il leur sera difficile d'entrer dans le
faim et soif de la vérité. royaume des cieux.
Donc lorsque le Christ parle des « riches » et des Mais en retour s'ensuit-il que les pauvres entreront
« pauvres », des « rassasiés » et des « affamés )l, des 1 sans plus dans le royaume du ciel? Quelqu'un peut-être
« pacifiques » et des « mécontents )l, Il ne pense pas répondrait affirmativement, car Notre-Seigneur a dit:
seulement aux richesses et aux travaux de cette terre, {( bienheureux les pauvres ». Seulement Il ne l'a 'pas dit
mais avant tout aux biens éternels, au travail déployé cnce sens. Il a dit: « Bienheureux les pauvres en esprit)l,
pour les conquérir qui donne à la vie terrestre son seul cc qui ne veut pas dire bienheureux les gens bornés a
sens vraiment digne. Celui qui sait cela ne pensera pas à et les ignorants, mais bienheureux ceux - qu'ils
faire à l'évangile le r~proche de prêcher un fatalisme soient riches ou non - dont : le cœur ne s'attache pas
impuissant et sans force et d'étouffer dans l'homme aux richesses de la terre, d~nt les regards, les désirs,
la joie au travail par les cris de ' malédiction .du les efforts ne s'attachent pas uniquement à l'argent et
Christ. toujo, 'ITS à l'argent, ceux - que la voie de leur pèle-
c) Mais si nous examinons davantage la pensée de rinage, terrestre soit aplanie ou raboteuse - qui ne
Jésus sur les richesses de cette terre, nous constaterons . détourhent pas les yeux du but éternel.
'que dans cette question il y a une immense différence Devant Dieu, le riche ne vaut pas plus que le pauvre,
entre l' opinion'-du Christ et celle du monde. Le monde - chose consolante. Mais en résulte-t-il que les pauvres
s'incline devant les' riches, les flatte, se soumet et l'emportent même sur ies riches? Oui. Ils ont, pour ainsi
s'agenouille ,devant eux; en revanche selonJe Christ, la dire, l'avantage de la position qui consiste en ce qu'ils
richesse ne donne absolument à personne un privilege, ne sont pas exposés au danger ·pernicieux pour l'âme
devant Dieu; elle est même plutôt une charge et;la source de la richesse. Et c'est dans ce sens que le Sauveur . a
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST ET LA RICHESSE 257

dit : « Bienheureux les pauvres, parce que le royaume gnement ,du Christ? Et la réponse doit €tre absolument
de Dieu leur appartient » (S. Luc VI, 20). affirmative. ' 1

Si à présent nous soulevons la question de savoir si le A) Mais cette fidélité l'a entraîné dans une guerre
Christ a condamné tous les riches, notre réponse ne se:a inimaginable avec l'égoïsme, la cupidité et la méchanceté
pas difIicile. Le Christ n'a pas parlé contre le droit de ' de l'homme. L'homme a toujours été égoïste et cupide et
propriété. Il ne condamne p~s l'esprit d'économie qui il l'est encore aujourd'hui, - mais on n'a pas le droit
pense à l'avenir ni l'acquisition honnête de la richesse, d'en faire le reproche au christianisme; au christianisme
Il ne condamne pas tous les riches, mais seulement qui depuis vingt: siècles s'c:;fforce d'adoucir cet égoïsme
... seulement celui dont la main est morte. du moins autant qu'il est possible. L'inégalité actuelle
Quel est le riche dont la main est morte? C'est celui dans la répartition de la richesse et le manque de cœur
autour duquel s'amoncellent les richesses, mais qui ne d'une partie des -riches sont extrêmement éloignés de
sait quoi en faire. Il a la main morte, le riche qui, avec l'idée chrétienne, mais on ne peut pas en rendre respon-
sa fortune, ne poursuit qu'une fin terrestre, des biens sable le christianisme, qui a toujours indiqué en termes .
terrestres, que la mort lui arrachera. Elle est morte, cette courageux cette plaie douloureuse.
main qui ne travaille que pour la mort et la tombe. Le Tous ceux qui sont avantagés par la fortune doivent
Christ proteste réellement contre une telle richesse et une 1 secourir les pauvres, c'est ce que nous a appris Notre-
pareille vie. Car il ve4t extraire de ces trésors terrestres Seigneur Jésus-Christ par sa parabole du bon Sama-
ds valeurs éternelles et jeter dans tous nos travaux une ritain. Mais faire l'aumône n'est pas l'essentiel de
semence qui germera dans l'éternité. la pensée chrétienne; c'est seulement le dernier moyen
Que demande donc le Christ à la richesse? Que notre de venir en aide. L'essentiel c'est le travail. Celui qui ne '
âme ne s'attache pas à l'argent, qu'il ne devienne pas travaille pas ne doit pas manger, - c'est vrai; que le
notre dieu, que nous ne ~oyons pas présomptueux ni paresseux meure de faim; mais en revanche nous ne.
orgueilleux, - c'est la première chose. Et pour la pouvons pas parler du royaume du Christ sur la terre, tant
seconde : que nous fassions avec notre argent autant de qu'un homme qui veut travailler honn€tement, ne trouve
bien que nous le pouvons. pas de travail et est obligé de mourir de faim.
B) Ne dites pas que c'est de l'excitation, que c'est
un langage trop sévère. Un langage trop sévère? Non.
II Le christianisme a toujours parlé ainsi; il a toujours osé
l'
" parler ainsi.' ,
QUE PENSE LE CHRISTIANISME DE LA RICHESSE? a) Écoutez seulement ce qu'écrit saint Paul à l'évêque
d'Éphèse, Timothée. (i Commande aux riches de ce monde»
Ici il me' faut répondre à une autre question' : le (1° Timothée VI, 17) ... telles sontIes paroles de l'apôtre.
christianisme -est-il toujours resté fidèle à cet ensei- Voilà un langage un peu fort : « Commande aux riches ».

Syrnb, d. Ap , - T, II 17
LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST ET LA RICHESSE 259
Comme si ceux-ci étaient habitués à obéir! Chacun et soient prompts à d011ner. En effet qu'est--ce qui fait
S
,.mcl'me d evant eux, d evant l'argent s'ouvrent / toutes les ressembler le plus l'homme au Dieu bienfaisant et
portes du plaisir, de la puissance et des honneurs, - miséricordieux? Uniquement l'imitation de la géné-
mai~toi, serviteur de Dieu, commande· leur. rosité ùe Dieu.
Et que commander? « De n'être pas hautains, de ne pas Voilà le langage sévère de l'::tpôtre. Saint Paul était-il
mettre leur espérance dans des richesses incertaines ». pour cela un communiste? Pas du tout. Il n'a pas con-
Certainement ce n'est pas un ordre facile, du moins il damné la propriété privée ni même la richesse et la
n'était pas facile à cette époque où l'argent et les biens fortu ne, mais l'usurier cupide et sans cœur, l'homme
se trouvaient si solidement dans les mains des hommes c( qui court après la richesse » (1°' Timothée VI, 9) et
que les ancêtres pouvaient assurer le sort de leurs . l'usage éhonté de la richesse.
descendants. Et aujourd'hui? Aujourd'hui il semble b) Est-ce que le christianisme est resté fidèle à l'ensei-
qu'il serait assez facile même pour le riche de ne pas gnement du Christ? Écoutez seulement les paroles
trop s'y fier. Car actuellement se réalisent de jour en jour remarquables, mais en même temps combien sévères .
devant nous ces paroles de l'apôtre: «Ne mettez pas votre / adressées aux riches par saint 'Jean Chrysostome, il y a
espérance dans des richesses incertaines». Aujourd'hui, quim:e siècles. ~aroles que personne peut-être ne com-
qu'arrive un krach, une catastrophe boursière, une baisse prendra mieux que l'humanité actuelle.
du change, un éclair dans un ciel serein, - et celui qui Voici ce qu'il dit aux riches sans cœur: cc Vous vous
était extrêmement riche la veille, peut aller mendier régalez, et le Christ n'a pas mangé autant qu'il était
aujourd'hui. nécessaire. Vous mangez des pâtisseries délicieuses,
Dernièrement quelques millionnaires américains Lui n'avait pas de pain sec. Vous buvez du vin de
faisaient une croisière sur un transatlantique, ils se Tharoset vous ne Lui donnez même pas un verre d'eau
distrayaient, jouaient et dansaient, comme il est d'usage fraîche, à Lui qui a soif. Vous reposez sur un lit bien doux
sur de tels navires de luxe. Ils écoutaient la radio qui aux couvertures multicolores et Lui meurt de froid ...
tout à coup leur apporta cette nouvelle: cc Krach Et je ne parle pas de ceux qui invitent à leurs tables des
gigantesque à la bourse de New-York ». Ces financiers femmes de mauvaise vie (je ne parle pas à ceux-là,
si joyeux auparavant pâlirent, leur cœur s'arrêta, toute tout comme je n'ai pas l'habitude de parler aux chiens);
leur gaieté disparut ... Quand ils étaient montés sur le je ne parle pas non plus de ceux qui se sont enrichis
bateau, ils étaient millionnaires et à présent toute leur injustement, qui garnissent l'estomac des .Iétrangers
fortune était ,disparue ... cc Commande aux riches de ce (c'est-à-dire des flatteurs), car je n'ai rien à faire avec
monde de ne pas mettre leur espérance da~s des richesses eux, p~ plus qu'avec les porcs et les loups; je parle à
incertaines ». ceux qui jouissent de leurs propres richesses, mais n'y
Mais le commandement de l'apôtre dit encore: font pas participer les autres et utilisent pour eux seuls
... qu'ils fassent du bien, deviennent riches en bonnes œuvres l'héritage paternel. Ceux-là COlnmettent un péché .••
LE SYMBOLE lilRS APÔTRES
LE CHRIST ET LA RICHESSE 261

Vous tremblez à cause de mes paroles? Eh bien! trem-


la Providence. La seule norme de la prospérité de
blez aussi à cause de vos actes» (In Math. 48 homo
l'homme c'est son mérite, comme le dit l'apôtre saint
78, 79)· . Paul : « ~Celui qui .ne travaille pas ne doit pas manger»
c) L'Église est-elle demeurée fidèle à la doctrine du (11 0 Ti~~thée III, 8~ lo). Mais celui qui veut travailler,
Christ? Lisez seulement la courageuse lettre circulaire
celui qui ne désire pas passer dans la paresse et l'oisiveté
publiée par les évêques hongrois le 14 octobre 1931 sur cette
les jours de sa vie, mais observer l'ordre imposé par
question et dont je vais vous lire ce passage :
Dieu comme Loi de l'humanité de manger son pain à
« Dieu a donné les biens de ce monde à toute l'humanité
la sueur de son visage, celui qui revendique ce droit et
pour les utiliser et nonpas les adorer, et très certainement
ce devoir dans un système économique imparfait
l'homme ne fait pas son service et va à sa perte, quand,
qui met à la place de la volonté divine l'égoïsme indi-
au lieu de servir Dieu et d'user de tous les biens créés
,t , viduel, on n'a pas le droit de l'en priver injustement. Et
selon les desseins divins, il fait des créatures ses idoles
ouand 'on voit aujourd'hui des milliers et des millions
et cherche en elles le bonheur plutôt qu'en Dieu.
d'hommes tendre vainement les mains vers le pain
Les peuples aujourd'hui encore font de l'or une idole
quotidien, car c'est à eux que s'appliquent ces paroles
et adorent les biens de cette terre, ils leur subordonnent
amères du prophète: (( Il y en a qui demandent du pain
toute leur vie, comme si elles étaient la fin dernière
et ,personne ne leur en donne» (Ecclésiastique IV, 4-),
de leur existence. Ils méritent le châtiment, parce qu'ils
alors il faut rappeler aux riches leur devoir, donner du
ne cherchent pas le bonheur ici-bas àans l'accomplis-
travail et du pain est une Loi divine, mais si le sens de
sement de la volonté divine, mais ils tremblent en servant
J'humanité dict ée par la crainte de Dieu vient à diminuer .
des images trompeuses, ils · s'envient réciproquement
dans l'âme des riches, alors l'.É tat a le devoir de prendre
l'idole de leur cœur, ils sont donc incapables de vivre
des mesures et de faire des lois qui aient pour résultat
en frères, car Hs ne comprennent même pas leur langage de donner du·-travail à ceux qui veulent travailler et du
et encore moins le sens de leurs griefs. pain à ceux qui ont faim »).
Le Bon Dieu assigne les biens de la terre à tous sans
Quelles vraies, q~elles sages et quelles courageuses
distinction, Il n'a pas créé des riches et des pauvres,
paroles!
maiS\., seulement des hommes auxquels s'applique
C) Demandons donc maintenant : Que pense le
indistinctement l'acte de donation que Dieu, après la
christianisme des biens de cette terre? Veut-il des fideles
création de l'homme, a résumé en ces termes: « Rem-
riches ou de pauvres Lazares?
plissez la terre et soumettez-la» (Genèse l, 28). E~l Ni l'un ni l'autre. Car dans chacun de ces états il voit
conformité avec cette loi du Père céleste, chacun a drott
un grand danger pour le salut de l'âme.
aux biens de la terre et aux moyens d'existence et il agit
Le riche qui a tout à profusion arrive facilement à
contre sa loi sainte celui qui, avec une âme égoïste,
penser qu'il n'a pas besoin de rien, pas même de Dieu.
exclut son prochain des jouissances que lui a départies
rI en arrive à vivre, comme s'il existait seul sur la terre.
262 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRIST ET LA RI<Zll~E

Aussi le Sauveur a-t-Il dit dans sa parabole du semeur


que la semence, c'est-à-dire la parole de Dieu, est
étouffée « par les richesses et les plaisirs de 'la vie l) III
(S. Luc IV, ' 14).
Mais en retour la grande misère est aussi un dànger QUE PENSE LE CHRISTIANISME
pour le salut de l'âme. La misère matérielle est la com- DE L'ORDRE ÉCONOMIQUE ACTUEL?
pagne la plus affreuse ,du péché. On ne peut pas prier
avec un estomac torturé par la fai'm. Un corps qui
languit d~ns la boue ne demeure que difficilement une A) Le monde s'épuise dans une lutte à la vie et à la
âme pure. Il ne peut pas mener une vie chrétienne celui mort entre le capitalisme et le bolchevisme et quel
à qui la misère ne permet pas de mener une vie humaine. que soit le parti auquel il se rattache, il va à la ruine.
," Seul le Christ peut apporter le remède; Lui qui a prononcé
Pour pouvoir être un chrétien, il faut d'abord être un
homme; comment peut-on attendre de celui qui ne peut la mémorable parabole du Mauvais riche et du pauvre
même pas être un homme à cause de son affreUse Lazare, et qui nous apprend qu'il y aura toujours des
misère, qu'il soit davantage, qu'il soit un chrétien? riches et des pauvres en ce monde, mais malheur aux
Si le capitalisme avide, si le prolétariat en haillons ne riches qui auront manifesté une avarice impitoyable et
sont pas notre idéal, quel est-il donc ? auront été injustes.
C'est celui qu'exprime l'écrivain sacré de l'Ancien Notre-Seigneur ne parle que de la damnation éter-
Testament, quand il adresse au Seigneur cette prière : nelle qui attend les riches sans cœur, car c'est le châti-
« Ne me donnez ni la pauvreté ni la richesse, donnez- ment suprême du péché; mais la terreur universelle
moi seulement ce qui m'est nécessaire pour ma nour- actuelle imprime déjà la crainte du châtiment terrestre
riture » (Proverbes XXX, 8). C'est ce qu'exprime sur les visages: en effet, serions-nous obligés de trem-
saint Paul par ces paroles: « Nous n'avons rien apporté bler aujourd'hui devant le bolchevisme qui balaye tout,
dans le monde, et sans aucun doute nous n'en pouvons qui noie dans des fleuves de sang les innocents et les
rien emporter. Si donc nous avons de quoi nous nourrir coupables, si l'humanité avait eu assez de force pour ,
et nous couvrir, nous serons satisfaits. Ceux qui veulent mettre en pratique les idées sociales renfermées dans
être riehes tombent daQs la tentation, dans le piège et l'évangile? '
dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui B) Car non seulement nous ne le nions pas, mais nous
plongent les hommes dans la ruin~ et la perdition » proclamons ouvertement dans le monde que la répar-
(1 0 Timothée VI, 7-9). tition actuelle de la richesse et de la pauvreté ne correspond
Et ici nous arrivons à la troisième questlOn du sermon pa~ du tout aux idées toujours professées par le
d:aujourd'hui. christianisme.
Ah! elle n'est pas vraie l'image blasphématoirç de
LE SYMBOLE DES APôTRES LE CHRIST ET LA RICHESSE

Moscou qui fait du Christ un paravent derrière lequel tienne. « Oh 1 Sappho, noble et fidèle amiè - peut-on
,! se dissimulent des exploiteurs sans âme. lire sur le tombeau d'une chienne - si mon âme
Il ne peut pas être l'idéal chrétien, l'ordre social n'accompagne pas ton âme dans le pays inconnu, je
et économique dont la cime brille au soleil du bien-être n'ai pas besoin du ciel ll. Je pense qu'une personne
comme la pointe des pyramides d'Égypte aux rayoils pareille n'a pas besoin d'avoir pèur du ciel.
d~l soleiIlevarit, mais dont la base est baignée des larmes,
des sueurs et du sang de millions d'hommes. La justice
et la nécessité de la propriété privée sont reconnues
' par l'idée chrétienne mais en même temps les paroles
du Sauveur nous mettent en garde contre le terrible Mes frères, il m'a fallu vous dire aujourd'hui des
danger du capitalisme dégénéré. « Nul ne peut servir vérités amères, mais ce ne sont pas mes paroles à moi.
deux maîtres... Vous ne pouvez servir Dieu et Ce sont celles de saint Paul, de saint Jean Chrysostome,
Mammon )} (S. Matthieu VI, 24). de l'épiscopat hongrois, de Léon XIII et de Pie XI.
Qui sert Mammon? Qu'est-ce que ce Mammon qu'il Et pour résumer toute la suite des idées du sermon
faut regarder, selon les pm'oles de Notre-Seigneur, comme d'aujourd'hui, il me suffit de citer deux faits qui
un danger terrible? ç'est l'effort brutal qui partout et proclament plus éloquemment que toutes les paroles
toujours ne voit que l'argent et le profit, qui partout et quelle solution attend cet angoissant problbne san.ç le
toujours ne veut extirper que de l'argent, devant Christ et avec le Christ.
lequel il n'y a ni sainteté ni moralité, ni honnêteté ni Sans le Christ?
pitié ni larmes ni détresse ni justice ni bonté ni bien Voyez donc le gaspillage insensé des riches du grand
commun ni dignité humaine ... ni rien au monde que monde. Aujourd'hui que le monde est rempli d'enfants
,'0 l'argent, l'argent. Ahl oui, il n'y a pas là une seule trace mal nourris et d'hommes qui souffrent du froid,
de christianisme. ' aujourd'hui sur la terre au milieu de nous vivent des
' l
Dans le cimetière parisien (Asnières) des chiens il hommes qui - comme je le lisais récetnment dans un
1 ri se trouve des monuments dont la valeur suffirait à article sur San Francisco - organisent dans un hôtel
nourrir vingt famille~ pauvres, on ne petit pas accorder un repas de mille dollars pa~ tête. Tandis qu'en Europe
pareille chose avec l'idée chrétienne. Et tandis que, à et en Amérique des millions de chômeurs ,souffrent la
Paris et dans sa banlieue, des centaines et des centaines faim, il y a des hommes à qui leur conscience permet
de milliers d'hommes souffrent du froid et""de la faim, de manger un menu rf0nt le premier plat représentait
maintes tombes de chiens en plein hiver sont ornées un château construit en tartines de caviar et en pâté
de fleurs fraîches )d ont la valeùr pourrait nourrir de foie, dans ses fossés coulait le met'leur whisky, le
cinquante hommes transis de froid, _. non on ne peut dernier plat consistait en un village ~uisse construit ,
pas faire accorr" ~r pareilIe chose avec la charité ch ré- avec les pâtisseries les plus exquises et dont la fontaine,

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266 LE SYMBOLE DES APÔTRES

laissait couler un ruis::,eau de champagne ... Voilà la


solution de la misèl-e sociale sans le Christ 1
Et avec le Christ?
Récemment nous avons' célébré le septième centenaire
de la mort de la grande sainte de l'amour du prochain,
sainte Élisabeth de Hongrie. Elle aussi était a~sez riche
,pour pouvoir prendre part à un repas de mille dollars.
Elle -aussi avait un château, du haut duquel elle aurait A LA SUITE D U CI'iRItliT
pù-regarder paisiblement la marche du monde, com~e
ces millionnaires américains. Mais savez-vous en quoi (1)
elle s'est différenciée d'eux? En ce qu'elle a appartenu
au Christ et a pris ' au sérieux la doctrine du Christ.
Aussi n'a-t-elle pas fait, de repas à mille dollars, afin
de pouvoir donner davantage aux pauvres. Mais ce
n'était pas encore assez pour elle. Sainte Élisabeth est
descendue volontairement de son château de la Wart- Au musée des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg il y
burg dans la profonde vallée de la souffrance, de la avait un magnifique tableau du célèbre peintre-russe
mortification et de l'humiliation, pour s'élever ensuite Neterow, « La Sainte Russie »•. Un mur entier était
vers les hauteurs de l'amour de Dieu et du prochain occupé par cette œuvre monumentale. Le tableau
et c'est par là qu'elle a résolu la question sociale de son représentait un paysage russe bien typique avec ses
époque, par la douce et silencieuse victoire de l'amour collines, son ruisseau et ses routes se perdant dans le
du Christ e~ de la justice. lointain, sur le bord des chemins des péupliers, ici
Seigneur Jésus, actuellement fait rage autour de nous et là une cabane de paysans, une chapelle, un clocher ...
la ' lutte terrible du probteme social sans solution sur la et partout une foule de gens.
terre. Prenez notre main faible et malade et conduisez ce Au premier plan on voyait une église à la porte
monde en révolution dans le royaume de la, paix et du grande ouverte et sur le seuil le Christ en manteau blanc
bonheur en suivant vos tnSeig12ements. Amen. et e~Rrassant de son regard le paysage immense
l ,
et ces masses d'hommes qui se portent tous vers Lui.
Un groupe est déjà parvenu jusqu'à Lui et s'agenouille;
d'autres tendent seulement les ' bras vers Lui, mais sur
leur visage brille l'éclat de la félicité supraterrestre que
le Sauveur donne à ceux qui Le suivent... De ce
"
tableau se dégageait un si puissant attrait que les
LE SYMBOLE DES APÔTHES A LA SUITE DU CI-IRUST

visiteurs du musée restaient penàant des heures silen- Pourquoi veut-on voler de Paris à Tokio sans escale?
cieusement devant lui. Pourquoi les maisons à cinquante-huit ét~es de
Qu'ai-je dit à l'instant, mes frères? « Sur le visage New-York ne sont-elles plus assez hautes;-' pourquoi
de ces hommes brille l'éclat du bonheur surnaturel faut-il maintenant en construire de septante à quatre-
que le Sauveur donne à ceux qui Le suivent». Mais ce vingts étages? Pourquoi construit-on chaque jour
<

n'est pas cela qu'Il a promis 1 Il n'a pas promis le des moteurs plus puissants ,et des machines de plus en
.'" bonheur à ses disciples. Il a promis « la croix ». « Si plus étonnantes? Pourquoi veut-on voler toujours plus
quelqu'un .veut venir après moi, qu'il se renonce haut dans les airs et descendre toujours plus bas au
lui-même, qu'il porte sa croix chaque jour et qu'il me fond de la mer? Pourquoi cette agitation perpétuelle :
suive» (S. Luc IX, 23), a dit Notre-Seigneur. Et je toujours davantage, de plus en plus haut, de plus en'
répète encore ~t j'affirme à nouveau que le bonheur plus vite, de plus én plus grand? Oui, c'est aussi parce
accompagne la pénible imitation du Christ, et même que le gain du pain quotidien, la lutte pour' la vie, le
que suivre le Christ est le plus grand et le seul vrai besoin de se faire vàloir nous y poussent.
bonheur,. Que veut dire suivre le Christ, pourquoi et Mais ce n'est pas seulement pour cela.
comment faut··il suivre.le Christ et comment serons- L'explication définitive, c'est l'inquiétude de ['âme
nous véritablement heureux si nous suivons le Christ, humaine ,qui vient de Dieu. C'est ce que saint Paul a
- voilà les questions qui nous occuperon,t pendant les exprimé en ces termes : « Aussi longtemps que nous
trois sermons suivants. habitons dans ce corps, nous sommes loin du Seigneur )}
Aujour<i'hui examinons tout d'abord cette question: (II o Corinthiens V, 6). è'est ce que le grand converti
hollandais Verkade qui nous est venu du protestan-
tisme a donné pour titre à son beau livre : « L'inquié-
1 tude vers Dieu? )} C'est elle qui brise la grille de. fer du
cac00t où nous enferme la matière; en effèt, nous
POURQUOI DEVONS- NOUS SUIVRE LE CHRIST? autre& hommes nous sommes ici sur la terre, comme
l'oiseau dans 1l.m e cage. Avez-vous déjà remarqué que
A) Quand on Icohsidère les luttes héroïques que livre les oiseaux, quand ils ne peuvent plus se délivrer, se
l'humanité pour conquérir le monde et répandre la civi- posent de préférence sur les plus hauts barreaux de
, 1 lisation, on arrive à cette curieuse constatation que la cage : en effet, ils ne sont pas nés pour être captifs.
.1
même derrière les sacrifices et les tentatives inutiles et Nous autres hommes, nous sommes ici sur la terre,
sans 1"aleur en apparence se révèlent de profondes comme les naufragés quela tempête a poussés en pleine
aspirations de l'âme humaine. mer, mais ' nos yeux sont constamment dirigés vers le
Pourquoi, par exemple, Nobile a-t-il entrepris sa lointain où est réellement notre place.
croisière au pôle Nord qui coûta tant de victimes ?' B) Et voici que maintenant le Christ se dresse devant'
LE SYMBOLE DES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST

'nous et promet à ceux qui Le suivront de briser en « Je suis le Bon Pasteur. Le Bon Pasteur donne sa vie
eux les' liens étroits de la matière. Suivre le Christ, pour ses brebis )) (S. Jean X, II). .
c'est le moteur le plus puissant. Suivre le Christ, c'est Le èhristianisme a été si profondément touché de
- 1
la hauteur la plus vertigineuse. Suivre le Christ, c'est cette comparaison qu'il l'a représentée dans une foule
la profondeur la plus hardie. de tableaux et de statues, et même la plus ancienne
En effet le Christ n'a pas besoin de disciples pour statue du Christ qui nous soit restée Le représente
admirer ses p~roles ni d'auditeurs pour L'applaudir. comme « le Bon Pasteur )). Certainement, vous avez
Il faut au Christ des hommes qui Le suivent, qui marchent tous vu cette consolante image : le Christ fait paître
à sa suite, qui Le suivent sur le chemin de la croix, chemin beaucoup de brebis, mais l'une d'elles s'est embarrassée
1'aboteux, rocailleux, .pénible et sanglant, mais au bout dans un épais buisson d'épines, le Sauveur se penche
duquel les attend le bonheur de l'âme qui a trouvé en Dieu sur elle avec amour et porte dans ses bras la brebis
son repos. gémissante.
Le sens lé plus profond et la plus haute signification Quelle consolante image pour nous! Combien d'âmes
de la vie, de la naissance, de la passion et de la mort du pleurant leurs péchés ont prié déjà devant elle :
Christ, c'est que par Lui nous pouvons' devenir des Seigneur je suis votre enfant infidèle qui saigne au milieu
hommes nouveau,x, nous pouvons être complètement des épines. Oh! relevez-moi vers Vous 8fin que je
transformés. Écoutons seulement ces paroles de saint puisse être de nouveau votre brebis pure et fidèle et
Paul: « Quiconque est en Jésus-Christ, est une nouvelle que je puisse Vous suivre à nouveau.
créature; les choses anciennes sont passées, voyez, tout C) Ils ont tort ceux qui se laissent aller à l'angoisse,
est devenu nouveau. Tout cela vient de Dieu qui nous a comme si suivre le Christ éloignait notre âme de Dieu.
réconciliés avec Lui par le Christ » (Ilo Corinthiens Dieu et mon âme, - voilà les deux pôles de la religion
V, 17-18). chrétienne. Déjà sur la terre, il faut que mon âme vive
Par le Christ nous naissons à ' une vie nouvelle. de Dieu, afin qu'elle puisse trouver Dieu dans la vie
Et en quoi consiste cette vie nouvelle? A vivre en éternelle. Dieu et mon âme! Que personne ne mette
union intime avec le Christ, « être uni au Christ »' de mur entre ces deux réalités.
(Romains VI, 5), « vivre dans le Christ» (Colossiens II, 6), Mais le Christ n'est-Il pas un mur, n'est-Il pas un
« demeurer dans le Seigneur )) (Philippiens IV; 2), obstacle entre mon âme et Dieu? - demandera-t-on avec
ou en d'autres termes: « suivre le Christ )). « J'ai angoisse. N'est-ce pas un obstacle que nous autres
.
"
été crucifié , avec le Christ, et si je vis, ce n'est plus chrétiens nous pensons le plus souvent à Notre-Seigneur
moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi )) Jésus-Christ, quand nous parlons de Dieu.
(Galates II, 20). Oh! pas du toutS- D'abord parce' que nous savons
'" Une des affirmations les plus significatives de NotTe- , bien que le Christ est véritablement Dieu, la seconde
Seigneur Jésus-Christ est celle où Il dit de Lui-même: ' personne divine et que si nous nous adressons le plus i
.1

LE SYMBOLE DES APôTRES A LA SUITE DU CHRIST 273


" souvent à Lui, c'est seulement parce qu'Il est le Dieu Et voici que se présente la seconde question : il
incarné, le Dieu visible, qui est apparu parmi nous. faut que nous suivions le Christ, mais qu'est-ce que
Mais la sainte religion catholique prend soin avec une suivre le Christ, comment devons-nous suivre le Christ?
infinie délicatesse que la figure visible et terrestre du
Christ ne devienne pas un obstacle entre Dieu et l'âme,
en ne s'en tenant pas uniquement-'au Christ, mais en Tl
,priant par Lui le Père céleste et en ajoutant à la fin
de ses prières : « Per Dominum nostrum Jesum COMMENT DEVONS-NOUS SUIVRE LE CHRIST?
Christum, Filium tuum ... Par Notre-Seigneur Jésus-
Christ, votre Fils, qui vit et règne avec .Vous dans On annonça un jour à Alexandre le Grand qu'un de
l'unité du Saint-Esprit pendant les siècles des ses soldats s'était conduit très lâchement devant
siècles ». l'ennemi.
Oh 1 personne ne peu~ se scandaliser de ce que Quel est ton nom? - demanda le monarque au
-'i"
nous suivions le Christ et nous confions en Lui, soldat tout tremblant.
lorsque nous cherchons Dieu et nous portons vers Alexandre - répondit l'homme.
Dieu. Alexandre ? -,-lui dit l'empereur. Sais-tu que ce nom
En effet le Christ nous a précédés en tout et nous a est aussi le mien? Alors change de nom ou bien de
.1 d<mné l'exemple en tout. Il a vécu à une époque bien conçluite. '
l'
connue de l'histoire, sur cette terre, toute sa vie n'a Mes frères, à combien de nous Notre-Seigneur
été qu'une seule prière, que l'accomplissement de la Jésus-Christ pourrait faire ce reproche: Quoi? Tu te
sainte volonté du Père céleste; jamais pendant sa vie dis chrétien et pourtant c'est ainsi que tu vis? Change
Il ne s'est écarté un seul instant ni d'un seul pas de cette de nom: ou bien de manière de vivre.
;.1 sainte volonté. Même au moment de sa mort Il n'a pas Le christianisme n'est pas simplement un nom, mais
,
prié pour Lui, Il n'a pas demandé pardon pour Lui, une manière de vivre. Suivre le Christ, ce n'est donc
mais pour les autres. Outre l'amour de Dieu, toute sa pas être inscrit dans le registre des baptêmeS', mais
vie a été consacrée à l'amour des hommes, à la douceur, ' lutter pour le perfectionnement ,de notre âme.
"1 au pardon, à l'amour attentif et secourable ... et c'est Lui A) Comptons avec ce fait : celui qui veut marcher
qui a dit aux hommes: « Venez tous à moi» (S. Matthieu sur les traces dit Seigneur, n'aura pas un chemin facile.
XI, 28), mais « si quelqu'un veut venir après moi, qu'il En effet, suivre le Christ équivaut à être en lutte conti-
se renonce'- lui-même, qu'il porte'-'sa croix chaque nuelle avec les bas instincts de la nature humaine
jour et me suive» (S. Luc IX, 23). Voilà pourquoi nous portée au péché. Suivre le Christ équivaut à être
suivons le Christ. Voilà pourquoi il faut que nous perpétuellement sur la brèche devant les tentations du
suivîons le Christ. corps, du monde et de l'âme pécheresse. Suivre le

SYlllh. cl. Ap, _.- '1' . TT


:'~1 18
,
LE SYMBOLE DES ApÔTRES
A LA SUITE DU CHRIST 275

Christ équivaut à ne jamais détourner de Lui nos regards pas ainsi. Mais, quand tu aimerais ton ami, tes distrac-
et à puiser dans la vue du Christ la force pour une tions, tes lectures, tes occupations, tes connaissances,
vigilance in cessante~" C'est-à-dire que suivre le Christ tes affaires. etc. autant que la prunelle de tes yeux et
équivaut à accomplir à la lettre les graves avertissements quand ils seraient aussi uilis que ta main avec ton
du Sauveur: « Veillez e! priez, afin que vous n'entriez corps, s'ils conduisent au péché, s'ils sont u'll obstacle
point en tentation. L'esprit est prompt, mais la chair à la conquête de la vie éternelle, abandonne- les. Et
est faible» (S. Matthieu XXVI, .p). Voilà ce que dit ,quand il en résulterait une grande perte matérielle et
un jour Notre-Seigneur. Et une autre fois: « Quiconque quand ta sensualité, en rompant une liaison coupabl~,
met la main à la charrue et regarde en arrière, n'est pas gémirait, comme si on tranchait dans le vif, .- qu'im-
propre au royaume de Dieu» (8. Luc IX, 62). porte! Car « que sert à l'homme de gagner l'univers,
Quelle simple pensée et quel profond enseignement s'il vient à perdre son âme? » (S.Màtthieu XVI, 26).
elle renferme! Le cultivateur laboure la terre. Ses yeux Voilà ce que c'est que suivre le Christ, selon,
regardent continuellement en avant, pour que le soc Notre-Seigneur Lui-:même.
conserve la ligne droi.te et que lè labour soit régulier. C) Et que le christianisme ait si bien compri~ et
S'il regardait constamment derrière l.ui, le sillon serait proclamé que pour atteindre la vie' éternelle aucun
en zigzag; un pareil ouvrier ne peut pas travailler. sacrifi.ce n'est de trop, saint Paul en a donné un exemple
Mais dans le champ du Seigneur aussi, seul peut saisissant que comprend facilement surtout l'homme
être un bon ouvrier, celui dont les yeux, les mains, d'aujourd'hui, le jeune homme d'aujourd'hui ami du
l'intelligence et la volonté sont sans cesse appliqués sport. L'apôtre parle en effet du lutteur qui par un
au travail réclamé pour l'âme. Avec un demi travail, entraînement persévérant et de longue durée, 'et de
en regardant en avant et en arrière, en servant tantôt nombreuses privations se prépare à un grand concours
Dieu, tantôt le péché, personne ne fait de progrès. pour remporter la victoire. Voilà ce qu'il écrit dans
B) Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ a encore donné une de ses épîtres aux Corinthiens : (( Ne le savez-
des ' règles plus sévères sur la manière de Le suivre. vous pas? Dans les courses du stade, tous courent,
Il a enseigné que pour atteindre notre but tternel aucun' mais un seul emporte le prix. Courez de mê~e, afin
sacrifice n'était superflu. Quel que soit l'obstacle sur de le remporter. Quiconque veut lutter, s'abstient de
ma route, il faut que je m'en débarrasse. « Si ton œil tout : eux, pour une couronne périssable; nous - pour
'" droit te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi; une impérissable~ Pour moi, je cours, mais pas à l'aven..
car il, vaut mieux pour toi qu'un seul de tes membres ture » (1° Corinthiens IX, 24-26). / '
périss'ë' et que ton corps tout entier ne soit pas jeté La viè- du chrétien est donc - selon saint Paul -
dans l'enfer » (S. Matthieu V, 29-3o):V Comment? un grand concours. Et si ceux qui luttent sur le terrain
' II
A-t-on le droit de se crever un œil? ' A-t-on le droit de ~e se plaignent pas des sacrifices imposés durant
se couper la main? Non. Le Seigneur ne l'entendait : 1 entrainement et du déploiement . final de forces 1
LE SYMBOLE DES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST

pendant le .concours, mais c'est la seule manière de aucun régime social, ni dans le capitalirme ni avec le
remporter le prix ' et ce prix n'est qu'une couronne communisme, ni au pôle Nord ni à l'fquateur, une
périssable, est-ce que je pourrais reculer de peur devant vie humaine ne consistera jamais à manger, à boire et
les chemins raboteux à la suite du Christ, ,où chacun à s'amuser.
recevra le premier prix, d' une durée éternelle et ,.qui Une telle conception de la vie ne reçoit évidemment
ne se Hétrira jamais? pas l'approbation du christianisme. \
"',
B) Mais le christianisme favorise d'autant plus
l'autre conception de la vie, la seule appréciation de
la vie digne de l'homme. Le Christ ne nie pas que
SUIVRE LE CHRIST, EST-CE RENIER LE MONDE? l'homme se compose aussi d'un corps, donc qu'il vit
aussi de pain; mais cependant c'est Lui qui a dit :
Mais à ' propos des paroles de saint Paul que je (c L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute

viens de citer, il me faut en venir à une opinion fort parole qui sort de la bouche de Diem (S.Matthieu IV,4).
répandue, mais erronée. On entend dire bien souvent C'est~à-dire : autant la valeur de notre âme est supé-
,',: que suivre le ,Christ, c'est-à-dire mener une vie chré- rieure à celle de notre corps, autant il est plus important
tienne sérieuse, c'est rendre la vie humaine morose, dans l'appréciation de la vie, d'avoir devant les yeux de
mélancolique, désagréable. « Le christianisme n'a rien l'esp1'l't la victoire de l'âme.
de bon pour l'existence. Le christianisme rend notre Le but vérîtable de la vie consiste à s'élever là où
regard plus sombre, l'humeur insupportable. Le l'homme participe à la vie divine. Je m'élève jusque-lil,
christianisme est , la négation de la vie ». - Je pose si je règle ma volonté sur la volonté de Dieu et alors se
.0·1'
maintenant cette question : Qu'y a-t-il de vrai dans réalisent ces paroles du Christ : « Le royaume de Dieu
.. ' , cette objection?
',: est au milieu de vous» (8. Luc XVII, 21).
A) Tout d'abord il nous faut reconnaître une chose. « Pourquoi donc vit l'homme? )) nous l'entendons
i'
1 Lé christianisme en réalité n'a pas un seul mot d'encou- souvent aujourd'hui, cette question amère. Voilà ce
ragement pour une vie qui limite purement à cette terre que chacun aimerait savoir. Et quit peut donner une ,
tous les efforts et toutes les ambitions de l'homme. réponse apaisante? Uniquement le christianisme.
r
~ , C'est vrai. Le christianisme ne veut pas favoriser cette « Car le royaume de Dieu, ce n'est pas le manger et le
1,: vie-là . . Car savez-vous quelles choses épouvantables
'r boire, mais la justice, la paix et la joie dans l'Esprit-
résulte;.'aient de cette maxime: « bois, mange, amuse-toi, Saint. Celui qui sert le Christ de cette manière est
car c'est le but de la vie ))? Savez-vous ce qui en résul- agréable à Dieu» (Romains XIV, 17-18).
terait ?Que la plupart des hommes n'atteindraient pas C) Le Christ ne dit pas que les chrétiens n'ont pàs
le but de la vie. Toute autre créature atteint son but" le droit de se soucier du monde, - au contraire - de i
seul précisément l'homme ne l'atteindrait pas. Car sous' conquérir le monde entier; seulement ils ne doiventl
/

LE SYMBOLE DES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST

pas conquérir le monde audétrimènt de leur âme. livre de Job que « la vie de J1homme sur la terre est un
Reconnaissons donc que les chemins qui mènei"1t vers combat )) (Job VII, 1), celui-là ne fera pas au christia-
le Chris~, sont des chemins raboteux, mais ajoutons nisme le reproche d'être l'ennemi de la vie de cette
aussitôt : Suivre le Christ n' fJst pas s'enfuir11u monde. terre, de l'homme et du corps hu~~'ain. Non. Suivre le
Les chemins raboteux à la suite du Christ! C'est vrai, le Christ exige réellement de l'empire sur soi-même,
Christ est mort pour nous et a payé la rançon pour nous, abnégation et renoncement, c'est ,une discipline qui
mais pour que moi aussi je participe aux mérites du n'abaisse pas, mais élève, comme la technique humaine
Christ, pour que le sang du Christ me purifie aussi, ma régularise soigneusement et enferme entre deux digues
bonne volonté et ma coopération sont nécessaires. Si le torrent, la vapeur dans la chaudière et l'électricité
le Christ faisait défaut, - mes efforts seraient vains. Mais dans le fil métallique, - 'tout cela nOI1 pas pour les
si ma coopération manquait, - alors ' le Christ ,aurait détruire, mais pour pouvoir mieux s'en servir.
vécu et serait mort inutilement pour moi. S'il n'y a pas Oui, le christianisme demande que nous soyons sur
de source je mourrai de soif. Mais si abondamment nos gardes à l' égard de notre corps et que nous ne lui
que jaillisse la source, si je ne me penche pas sur elle et donnions pas tout ce que réclame l'instinct aveugle.
si je n'y puise pas, je mourrai quand mênie de soif. Cependant il ne voit pas dans le corps un ennemi,
C'est ainsi que je comprends les efforts pour suivre mai!> ce que voyait en lui saint François d'Assise, lorsqu'il
le Christ. L'homme est encore resté un homme après appelait d'une manière si expressive son propre corps
le Christ; au dedans de nous, au dedans des chrétiens « frère âne )). Donc un frère et non un ennemi, mais
pourtant rachetés, sont restées les anciennes passions : seulement « un âne », qu'il faut tenir en bride.
, sont restés la faim, la soif, l'instinct de conservation Voilà la force incompréhensible qui se dégage à la
et de préservation, sont restés le tempérament, le désir suite du Christ. Des hommes très riches vivent ici-bas
de savoir, sont restés les instincts et leurs sauvages sur la terre; ils vivent pour l'argent, les jouissances, le
exigences. Mais en quoi consiste alors la rédemption? pouvoir... ils vivent pour toutes sortes de choses,
En ceci que toutes ces choses sont, il est vrai, restées mais pas pour le Christ; on tremble d'angoisse autour
en nous, mais nous ne sommes plus leun esclaves imj'Juis- . de leur lit de mort, des milliers défilent à leurs obsèques,
sants, si nous voulons - si nous voulons - nous - mais quelques années après personne ne sait plus
pourrons avec l'aide du Christ en devenir les maîtres. rien d'eux. Par contre, il y a sept cents ans, mourait
Ce combat pour nous en rendre maîtres , nous , une femme lIe vingt-quatre ans, sainte Élisabeth de
l'appelons l'imitation du ,Christ et à la fin de cette Hongrie; devant son lit de mort, selon la légende, se
, 1 lutte nous attend « la couronne de justice» (IlO Timothée tenait seulement un jeune lépreux que sainte Élisabeth
IV, 8). avait longtemps soigné, - mais aujourd'hui encore son
Celui qui considère ainsi l'idée chrétienne de renon- souvenir rayonne 'jusqu'à nous, au bout de sept
\., cement et de mortification, celui qui reconnaît avec le cents ans.
1 Y
/

280 LE SYMBOLE DES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST

« Voici donc ce que je dis et ce que je déclare dans le Seulement ne buvons pas aux sources empoisonnées.
Seigneur; c'est que vous ne vous conduisiez plus comme Seulement ne mangeons pas les baies el!lpoisonnées
les païens, qui suivent la vanité de leurs pensées. Ils ont si tentantes. Seulement ne nous écartons 'ni à droite
l'intelligence obscurcie et sont éloignés de la vie de ni à gauche de la route royale que nous a indiquée le
Dieu» (Éphésiens IV, 17-18). « Je vous prie donc ins- Christ. « Comme elle est étroite la porte et resserrée la
tamment : ayez une conduite digne de la vocation à voie qui conduit à la vie, et ils sont bien peu ceu:.." qui
laquelle vous avez été appelés » (Éphésiens IV, 1). 'la ,trouvent/ » (S. Matthieu VII, 14) - 's'est écrié un
« Ne"'savez-vous pas que votre corps est le temple du jour le Sauveur.
Saint-Esprit qui est en vous, que vous .avez reçu de Seigneur Jésus / Aidez-nous tous à suivre la vou
1
'1 Dieu et que vpus n'êtes plùs à vous-mêmes? Car vous étroite, à passer par la pOTte étroite et à arriver ait/si
avez été rachetés à grand prix. Glorifiez donc Dieu jusqu'à Vous / Amen.
et portez Dieu dans votre corps» (1° Corinthiens VI,
19-20). '
Voilà la magnifique pensée que suggère suivre le
Christ : Glorifiez et portez Dieu dans votre vie.

Mes frères, lorsque le peuple juif, délivré de la


servitude d'Égypte, au cours de son voyage dans le
désert vers la Terre Promise, fut arrivé à la frontière
du pays des Edomites, Moïse envoya des messagers
au roi d'Edom et lui demanda libre passage pour son
l ',
peuple. Il disait au roi : « Laisse-nous de grâce passer
par ton pays; nous ne tr~verserons ni les champs ni
,\ les vignes et nous ne boirons pas l'eau des puits, mais
nous suivr~ns la route royale, sans nous détourner à
~ 1 droite ou à gauche, jusq~'à ce que nous ayons franchi
ton territoire » (Nombres XX, 17).
Voilà une image instructive de la manière dont nous
devons traverser le désert de la vie pour aller dans la
Terre Promise, le royaume éternel du Père céleste. '
A LA SUITE DP CHRIST

et étendant les bras semblait redire ses mémorables


paroles: « Et moi, quand j'aurai été élevé ~de l~ terre,
j'attirerai tout à moi)) (S. Jean XII, 32). 'Par-dessus
ies immenses territoires des pays, des océans, des
XXI
mon~gnes, des vallées, a glissé l'énergie électrique du
poste' italien à ondes courtes et actionnant l'usine
A LA SUITE DU CHRIST électrique brésilienne, elle a plongé la statue du Christ
dans des flots de lumière.
On songe avec étonnement à ce nouvel exploit de
(II) la science et involontairement vient à notre esprit le
parallèle: la sainte figure du Christ Notre-Seigneur ne
rayonne-t-elle pas de même jusqu'à nous à travers vingt
'1 MES FRÈRES, siècles? Ce que Marconi a réalisé est incontestablement
un grand exploit technique: projeter à 8.000 kilomètres
de distance la lumière d'un réflecteur sur la statue du
Il Y a quelques semaines, au.soir du I2 o~to~re I9,3 I , Christ. Mais qu'est-ce en 'c omparaison de la force
les habitants de Rio de JaneIro furent temoms d un bénie de Notre-Seigneur Jésus.·Christ, qui aujourd'hui
spectacle incomparable. Au -dessus de la .ville se encore, au bout de deux mille ans et sur les points les
dresse une montagne de 900 mètres d'altitude, le plus lointains du globe, répand une énergie qui éclaire,
Corcovado· et c'est au sommet de cette montagne fortifie et excite à Le suivre. « Venez à moi, vous tous
qu'au bou~ de deux années de tra'v~il ,on érig~~ un.e qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et je vous
statue colossale du Christ et ce SOIr-la on celebrait soulagerai)) (S.Matthieu XI, 28) - elle retentit depuis
l'inauguration du monument, après avoir triomphé de vingt siècles, cette parole du Christ et des milliards et
difficultés techniques inouïes. des milliards d'âmes humaines réconciliées, apaisées,
Des évêques, des hommes politiques, des diplomates soulagées rendent témoignage de sa vérité.
et une foule immense d'environ 200.000 personnes, Voilà ' donc la continuation du sujet commencé
entouraient la statue, et exactement au début de la dimanche dernier : A la suite du Christ. Et puisque
cérémonie, à Rome, donc à 8.000 kilomètres de là, dans la précédente instruction nous avons déjà examiné
Marconi, le génial inventeur, tourna un simple bouton la question pourquoi nous devons suivre le Christ,
électrique et au tp.ême instant au milieu des clameurs aujourd'hui nous pouvons consacrer le sermon tout
de la multitude émerveillée la gigantesque statue du entier à la question de la manière de suivre le Chn·st. Et
Christ se trouva baignée dans les flots de lumière d'un tout ce que je vais dire, je puis le résumer en une seule ,
réflecteur et le Christ rayonnant dans la nuit sombre phrase, une phrase renfermant trois idées : Suivre le
LE SYMBOLn lJES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST

Christ se mamfeste l Non pas seulement en pm·oles. B) Quel avertissement pour tant d'hommo d'aujour-
et non pas seulement dans le cœur, lIT mais principalement d'hui! Il est possible qu'ils remplissent extél ieurement
II d'abord dans notre vie. tout ce que prescrit notre sainte religion dans l'intérêt
de notre âme... mais les Pharisiens aussi" faisaient
tout cela, ils faisaient même , davantage qu'il n'était
l
prescrit et cela ne les a pas conduits au salut, parce
qu'en eux-mêmes ils n'étaient pas ce qu'ils paraissaieilt
SUIVRE LE CHRIST NE SE MANIFESTE PAS au dehors et parce que faisait défaut en eux le véritable
DANS LES PAROLF..s
amou.r de Dieu. Car N otre-Seigneur a dit encore :
« Je vous le dis, si votre justice ne surpasse pas celle
A) De la doctrine de Notre-Seigneur se dégage à des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez point
chaque pas cet avertissement que Le suivre véritablement dans le royaume des cieux)) (S. Matthieu V, 20). _
ne consist~ nullement dans les choses extérieures. Nous Il ne suit donc pas le Christ celui qui fait ses prières,
savons bien· que le Sauveur a sévèrement condamné se confesse, communie, assiste à la messe et observe le
ceux qui extérieurement observent les prescriptions jeûne -- tout cela est nécessaire, mais n'est pas suffisant
.,
I ~.
'de la religion, mais dont la manière de vivre et le en soi; pour s1;!ivre vraiment le Christ il faut aussi une
i.,
dedans dè l'âme démentent la piété apparente. C'était transformation intérieure de l'homme tout entier, poUr
aux anciens Pharisiens qu'Il parlait, niais certainement que ces manifestations extérieures soient la révélation
Il dirait de même de ceux d'aujourd'hui : <1 Ils font de la foi et de l'amour vivant au dedans de nous.
toutes leurs actions pour être vus des hommes Il Dieu disait dans l'Ancien Testament : « Que te
(S. Matthieu XXIII, 5). « Malheur à vous, scribes et ferai-je, Ephraïm, que te ferai-je, Juda? Votre piété
..,, pharisiens hypocrites, parce que vous nettoyez le est comme une nuée du matin, comme une rosée qui
dehors de la coupe et du plat, tandis que le dedans est passe de bonne hèure... Car je veux la piété et non
rempli de rapine et d'intempérance Il ' (S. M!1tthieu les sacrifices Il (Osée VI; 4-6).
XXIII, 25). « Malheur à vous ... parce ' que VOliS res- , , Mes frères, que de reproches justifiés pourrait faire
semblez à ( des sépulcres blanchis, qui au dehors aujourd'hui encore sur ce point Notre-Seigneur ! Des
paraissent beaux, mais au dedans sont pleins cl' osse- reproches à ceux qui se mettent pieusement à genoux à
ments de morts et de toute sorte de pourriture 1) l'église,' mais sont de mauvaise humeur et insuppor-
(s. Matthieu XXIII, 27). tables à la maison. Des reproches à ceux qui, en con-,
Comme elle s'exprime clairement dans ces ddrer- fession, demandent bien souvent le pardon de leurs
paroles la pensée du divin Maître: on n'a pas le droit péchés, 'mais veulent si difficilement pardonner aux
Î.,
," , de se contenter d'une observation purement extérieure autres. A ceux qui, dans la sainte communion, reçoivent
des commandements. fré quemment sur leur langue le corps sacré du Sauveur,

1; '
, LE SYMBOLE DES APÔTRES
A LA SUITE DU c n mST

mais avec la même langue peuvent déchirer, injurier, brille pas dans notre âme, mais si peut··être pendant
condamner leur prochain ... des mois et des années nous sommes obligés de nous
« Ce ne sont pas tous ceux qui me disent: Seigneur, traîner dans la nuit sOinbre de la sécheresse spirituelle,
Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux, - qu'importe, nous nous traînerons~- Sans dpute,
mais bien celui qui fait la volonté de mon Père qui est notre âme qui lutte a le droit de prier 'pour que le
dans les cieux )) ' (S. Matthieu VII, 21 )'- Sei2'neur l'élève sur les hauteurs où, après avoir été
o •
Sui'Ure le Christ ne se prouve donc pas seulement dans battue par la tempête elle trouvera le calme et la parx
les paroles. du cœur dans la sensation réchauffante de la présence
de Dieu, - mais si le Seigneur préfère mettre à
II l'épreuve notre humilité, notre patience et notre
fidélité, dans les combats de l'âme, rappelons-nous ces
SUIVRE LE CHRIST NE SE MANIFESTE PAS SEULEMENT paroles du Christ: « Ne pensez pas que je sois venu
DANS LE CŒUR apporter la, paix sur la terre, je suis venu apporter,
non la paix, mais le glaive )) (8. Matthieu X, 34).
Mais suivre le Christ ne se manifeste pas en premi.ere B) Et si j'ai dû d' abord adresser des paroles sévères
ligne dans le cœur et les sentiments. et des reproches contre une piété se perdant dans les
A) Assurément, l'âme religieuse a aussi des instants détails extérieurs, je 'vais adresser quelques mots de
ravissants, où elle goûte pour ainsi dire à l'avance la réconfort à c~ux de nos frères d'une piété véritable et
douceur de la vie éternelle. On peut vivre dans son aux prises pourtant avec la sécheresse spirituelle. En
âme des minutes de fervent enthousiasme durant les- effet, il y en a pour se plaindre douloureusement que
quelles - comme les trois apôtres sur le mont Thabor depuis des anné~s ils s'efforcent par un sérieux travail
- on voit pour ainsi dire le ciel ouvert et on adore le spirituel de se rapprocher du Christ, mais c'est comme
Seigneur dans l'éclat de sa gloire. s'ils étaient encore plus loin de Lui. Maintenant leur
Mais ne nous trompons pas. Ces fleurs chaudes et inquiétu~e est plus grande, maintenant leur angoisse
odoriférantes d'une vie pieuse ne s'ouvrent pas infail- est plus forte, mailltenant leurs péchés sont plus
liblement sur les traces du Christ et ne sont pas des nombreux ...
signes absolument certains de la pureté de notre vie Pourtant, il n'en est rien.
religieuse:eLe Sauveur n'a appelé que trois apôtres aux Mes frères, autrefois, lorsque vous négligiez votre
heures bienheureuses du Thabor, Il n'y a pas fait âme, vous ne remarquiez pas les toiles d'araignée- ni ,
participer les neuf autres. Et les neuf autres furent les taches de boue qui se trouvaient dans les coins, mais
pourtant obligés de persévérer comme les trois pre- à présent votre délicatesse morale est choquée par la
miers. Si sUr les routes de notre vie de prière et d'abné- légère couche de poussière qui, autrement , eüt été
gation la , lumière intime et consolante du Thabor ne à peine visible. /1
288 LE SYMBOLE DES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST

Il peut se faire en réalité que la route de , votre âme cérémonies de la messe dominicale bercent notre âme
passe durant des années à travers un Sahara aride où des mélodies bénies du bonheur céleste, - mais après
l '
tout fatigue et rien ne plaît ... mais, n'est-ce pas, vous ... après-nous sortons de l'église et arrivent la vie,les
savez déjà maintenant que suivre le Christ n'est pas jours de la semaine, la foule des soucis, des tentations
une affaire de sentiment et ne se traduit pas dans les et des combats: c'est maintenant qu'il faut rester fidèle,
mouvemènts du cœur. c'est maintenant qu'il fau't tenir. C'est cela suivre le
Et si les visions ravissantes du Thabor et ces instants Christ : passer du dimanche au jour de semaine, du
de consolation chaleureuse nous font défaut, comme calme de l'église au vacarme de la rue, de la paix de
elles ont fait défaut à neuf apôtres, notre fidélité ne l'autel à la lutte de la vie, du Thabor à Jérusalem.
doit pas fléchir. Car ce ne sont pas les sensations de Lorsque, à la fin de la messe du dimanche, le prêtre
ferveur qui indiqu~ntque l'on suit le Christ, mais c'est nous renvoie en disant : « Ife miss a est », « allez, ' la
la persévérance, la fidélité, l'humilité, la justice, messe est finie », alors, après avoir ramassé pour toute
l'indulgence ... en un mot: c'est porter la croix sans se la semaine, force, fidélité et joie pour porter la croix,
décourager. Actuellement la route passe dans le Sahara, marchons au-devant des combats de la nouvelle
actuellement cette route, c'est le chemin de la croix, semame.
mais regardez le bout, apercevez au terme du chemin Me voici arrivé à la troisième partie de la réponse:
de la croix le glorieux matin de Pâques. Nous suivons Suivre le Christ se montre non pas par les paroles ni
donc réellement le Christ comme l'écrit l'apôtre : par le cœur ou les sentiments, mais - par notre vie.
« C'est pourquoi nous ne perdons pas courage ... Car
notre légère affliction du moment présent produit
pour nous au delà de toute mesure, un poids éternel
de gloire» (lIO Corinthiens IV, 16-17).
III

Car ceux-là même qui ont reçu les consolations du' SUIVRE LE CHRIST DANS NOTRE VIE

Thabor n'om pas eu le droit d'y « dresser des tentes »,


bien que saint Pierre eût aimé à s'assurer longtemps Suivre vraiment le Christ ne se manifeste donc pas
cet instant de bonheur. Non. Le Sauveur leur dit: seulement par des paroles ni en premier li~u par le
Levez-vous et allons. Où aller? Il l'avait dit déjà qùel- cœur et la tendresse des sentiments, mais surtout et
ques jours auparavant: à Jérusalem. Et qu'y a··t-il à avant tout. par notre vie: par notre .vxe qui se porte vers
Jérusalem? 'JLes souffrances et la mort sangl"ante du le Christ et qui observe ses commandements même au prix
Christ. Ah! c'est donc cela suivre le Christ. Le Thabor des plus grands sacrifices. Car pour être un véritable
"7" même pour ceux qui y participent - ne dure que disciple du Christ, cela dépend si : A) vouS êtes pres
quelques minutes, mais après arrive Jérusalem, arrive du Christ, B) si vous vous efforcez d'amener les autres
la vie, le chemin pierreu.x. la so ffrance. Les sublimes près du Christ.

Symb. d. Ap. - T. II 19
LE SYMBOLE DES APÔTRES' A LA SUITE DU CHRIST

A) Il Y a deux signes qui indiquent si vous êtes près du aussi je me poserai fréquemment cette question et si
Christ: a) la manière dont vous livrez le combat de le Christ ne faisait pas cela à présent, s'Il n'allait pas
la vie et b) la manière dont vous supportez les souf- dans cette compagnie, s'Il ne regardait pas ce film, s'Il
frances de la vie. ne lisait pas ce livre, s'il ne supportait pas cet1:e conver-
a) Suivre le Christ, c'est la force dans nos luttes. sation, moi non plus je, ne peux pas le faire, car « je
L'âme baptisée est comme une prairie au printemps; suis un disciple du Christ ». Oui, celui qui vit ainsi a
silencieuse, d'un calme mystérieux, pleine de semences compris ce que veut dire suivre le Christ. ,
et de racines de fleurs magnifiques - mais elle a besoin Il l'a compris Windhorst, le chef du parti catholique
des vivifiants rayons de soleil, pour que tout en elle allemand; alors qu'il était encore ministre de la justice
surgisse à la vie. au Hanovre, une femme vint le trouver et lui demanda
Mon âme aussi est pleine de possibilités de vie de lui accorder le divorce, parce qu'elle ne pouvait plus
divine, mais elle a besoin pour arriver à la floraison rester davantage avec son mari; tous les soirs il rentrait
de la chaleur vivifiante de l'imitation du Christ. Cette ivre à la maison ' et faisait un tapage épouvantable.
floraison, cette maturité spirituelle, ce modelage de la Windhorst demanda : Et vous, ma bonne dame, que
figure du Christ ne s'obtiennent que par la lutte. Suivre faites vous alors?
le Christ veut donc dire être en lutte perpétuelle - - Naturellement, moi non plus, je ne me tais pas!
avec qui? Avec les exigences présomptueuses de nos - Bien, je vois, madame, qu'il vous manque un
propres passions, avec les multiples tentations du monde meuble.
qui donne le mauvais exemple et pousse sans cesse au - Lequel?
mal. Suivre le Christ, c'est pénétrer toutes les mani- ~ Un prie-Dieu. Procurez··vous un prie-Dieu et
f*tations de la vie, tous les instants de ma vie person- quand ,votre mari rentrera le soir en état d'ivresset
nelle, familiale, sociale et religieuse de la pensée du parlez plutôt avec le Bon Dieu qu'avec votre mari.
Christ. Voilà le chemin pénible, raboteux, mais royal Oui, celui qui vit ainsi, a compris ce que c'est q'!le
de l'imitation du Christ. suivre le Christ.
Jadis, il fallait confesser le Christ par la mort du Citerai-je encore un autre exemple? Tout derilière-
martyre, aujourd'hui il faut apporter le témoignage de ment une auto stationnait dans une rue de Budapest,
sa vic, - et je n'oserais pas décider lequel est le plus c'était la voiture d'un professeur de chirurgie très connu.
pénible.~' Cependant c'est le se,c ond devoir qui se L'auto n'avait rien-d' extraordiriaire ,sauf une curieuse
trouve devant nous. , insçription. A l'avant où l'on place ordinairement
Vous citerai-je quelques exemples de chrétiens qui toute sorte' - de figurines superstitieuses, pour être
ont su suivre le Christ? Il l'a su saint Vincent de Paul présci'vé des accidents, il y avait une petite plaque
qui avant d'agir se posait toujours cette question : portant ces mots: « Nous sommes catholiques. En cas
« Que ferait maintenant le Christ à ma place? » Moi ' d'accident, prière d'appeler un prêtre »,
LE SYMBOLE DES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST 293

Oui, ils s'entendent à suivre le Christ, ceux qui luttent si facilement sur le compte des autres? Ai-je perdu ma
selon la pensée du Christ, ceux qui vivent conformément fortune '? Seigneur quelle leçon voulez- Vous me donner?
aux lois du Christ et veulent mourir fortifiés de la Jusqu'à présent l'appât du gain n'a-t-il pas été unique-
force du Christ. ment le but, le désir, l'effort, le travail de ma .,vie?
b) Suivre le Christ n'est pas seulement une force N'avez-vous pas voulu maintenant élever mes regards
dans la lutte, mais aussi une consolation dans la souffrance. vers l'éternité? Avez-vous fait du bien et récolté l'ingra,.
Quel courage, quelle clarté pénètrent dans notre âme, titude? Et maintenant avez-vous perdu vos amis et
même dans les ténèbres des minutes de souffrances, voulez-vous vous mettre à l'écart? Non. Mais
quand nous tournons nos yeux vers le Christ souffrant demandez: Seigneur, quelle leçon voulez- Vous me donner?
pour nousl N'ai-je pas cherché pour mes bienfaits de façon exagérée
Il y a une scène"de la Pàssion du Sauveur que peintres la gratitude et la reconnaissance des hommes? Mais
et sculpteurs, au cours des siècles, ont représentée avec maintenant Vous 'm 'avez appris à faire le bien à cause
prédilection, des centaines et des centaines de fois : de Vous et à attendre <;le Vous la récompense ... Comme
{( Le Christ au mont des Olim'ers ». Le Christ à l'agonie il est consolant dans la souffrance de suivre le Christ!
est agenouillé, versant une sueur de sang; dans le calme Et même si beaucoup de nos questions restaient sans
de la nuit, au jardin 'd e Gethsémani. Plus loin, à la réponse - car elles peuvent Je rester - disons alors
porte s'avance déjà . un groupe de soldats conduit par avec humilité, comme le Christ versant une sueur de
Judas ... mais le Sauveur ne voit rien de tout cela: sang (( Mon Père, non pas comme je veux, mais comme
ses yeux pleins de souffrance ne regardent que l'ange Vous voulez» (S.Matthieu XXVI, 39).
qui Lui présente le calice du réconfort. ' B) Mais suivre le Christ est encore autre chose.
Pourquoi les peintres aiment-ils autant cette scène? Suivre le Christ n'est pas seulement s'efforcer de
Peut-être ressentent-ils instinctivement la force incom- s'approcher de Lui. C'est encore: s'efforcer d'amener
parablement consolante qui s'en dégage pour l'homme les autres pres du Christ. .
souffrant. Les rigueurs de l'existence, les amertumes, En effet, si je suis vraiment chrétien, c'est-à-dire
l~ incom'préhensiap.~, l~rp.échanceté humaine ~'abi1ttent un homme pénétré de la pensée du Christ, je ne me '
sur vous, mais ... n'y faites pas attention, mes frères, contente pasrde posséder pour moi seul ce trésor, mais
ne ' 'éherchez pas qui vous les a causées . .'. Tournez . je m'efforce - suivant le commandement du Seigneur
seulement vos yeux vers l'ange consolateur et demandez: -- d'être une lumière (S. Matthieu V, 14) qui éclaire le
(( Seigneur, que voulez-Vous de moi par , ce~.te épreuve?», monde, d'être comme une ville bâtie sur la montagne et
:Ëtes-vous calomnié? N'écumez pas de rage contre le qui montre leur direction aux hommes. Plus je sens
calomniateur, mais demandez : Seigneur, quelle leçon intimement la joie d'appartenir au Christ, plus doit
.. /
voulez- Vous ainsi me donner? Ne serait-ce pas de faire s'allumer fortement en moi le feu sacré de travailler à .
dorénavant _moi aussi plus attention à ne pas bavarder gagner aussi les autres au Christ, mon prochain, ma 1
294 LE SYMBOLE -DES APÔTRES A LA &UITE DU CHRIST 295
famille, mes enfants, mon mari ... de gagner ce monde
inquiet, glacé, prêt à périr de faim ... de le gagner non
pas par des sermons importuns, non pas par des
reproches perpétuels, mais par l'exemple toujours Mes frères, je vous ai parlé de suivre te Christ, je
plus attirant de ma propre ' vie souriante, gaie, har- vous ai parlé de la voie souvent p~nible, mais royale,
monieuse. de la croix.
Voulez-vous, mes frères, devenir de vrais disciples Après telle ou telle prédication on entend cette
du Christ? Voulez-vous devenir de bons chrétiens? réflexion: Cest beau .. ; très beau ... mais dans le monde
Je le veux, je le veux ... seulement dites ce que je dois actuel, c'est irréalisable. « Il faut que nous vivions
faire! chastes jusqu'au mariage, parce que le Christ le
Eh bien! mes frères, vous serez de bons chrétiens, si... demande,» ... c'est beau, très beau, mais irréalisable.
f
si vous êtes une lumiere, si pâle que soit le rayon de « Dan;' le mariage on n'a le droit de vivre que selon
lumière qui éclaire les autres sur le chemin qui conduit les desseins de Dieu» « on n'a pas le droit de frauder
vers Dieu ... si vous êtes une source de chaleur, si faible ni de tromper », « il faut être doux, pacifique et indul-
que soit le foyer près duquel se raniment les épaves gent» .. , c'est beau, très beau ... mais irréalisable. On
de la vie ... si vous êtes un ruisseau, même un ruisselet ·ne peut pas suivre le Christ.
qui coule doucement, et dont les eaux rafraîchissent' le· Ah! ne dites pas qu'on ne peut pas. Dites que c'est
voyageur... si vous êtes la douceur qui fait tendre difficile. C'est vrai, il est difficile de vivre selon la morale
réciproquement la main à d'anciens ennemis ... si vous chrétienne, mais... mpù c'est seul méritoire.
êtes un chêne auprès duquel vos frères reprendront Si ...
courage dans les tempêtes de la tentation... si vous Si nous ne voulons pas qu'il nous arrive ce qui est
êtes un grain de blé semé dans l'âme d'autrui pour y arrivé aux blanches colombes dans le conte d'une
faire mûrir des pensées de vie éternelle ... si vous êtes écrivain -hongroise ...
un flambeau dont la flamme -brûle au service de Dieu et Un jour, les blanches colombes qui vivaient dans une
de la vie quotidienne, si vous êtes un lac dont les eaux ferme résolurent de fonder une ACH, c'est-à-dire
cristallines reflètent l'image de Dieu. Si vous êtes tout l'Amicale des Colombes Hongroises. La fondatrice de
cela, alors, même apres vingt siècles, l'zmage du Christ l'association, dès la première réunion générale, se leva
resplendira dans votre âme, alors 'vous êtes des disciples et prit la parole : « Chères camarades, la fondation de
du Christ - vous êtes bons chrétzens. cette association est l'aube d'une ère nouvelle. Nous
en avons assez de manger t(lUjours la même nourriture,
de loger au colombier .çt de picorer des grains de blé.
Nous ne sommes pas ~ne classe inférieure à celles des
volailles. Et si celles-ci peuvent aller sur les tas de
LE SYMBOLE DES APôTRES

fumier, pourquoi ne pourrions-nous pas y aller? Et


si les porcs ont le droit de se vautrer dans les mares,
pourquoi n'en aurions-nous pas le droit? Pourquoi
parle-t-on depuis que le monde existe de la p,,~reté de XXII
la colombe? Nous, les colombes conscienter '&t orga-
nisées, nous savons que cette pureté de la coI6".;'e n'est
qu'un préjugé, un reste des té~èbres du moyen âge, A LA SUITE DU GHRIST
qui nous prive d'une foule de j,ouissances. Mais dès
aujourd'hui ne nous soucions plus de cette idée rétro- (III)
grade et réactionnaire, allons de l'avant... Nous
chercherons notre nourriture sur les fumiers. Et nous
nous plongerons dans les mares ... » MES FRf;RES,
Des roucoulements unanimes d'approbation suivirent
'. ce discours enflammé et toutes les colombes se dirigèrent
derrière leur entraîneuse - vers le bourbier ... Un écrivain pédagogique allemand universellemen.t
Dans quel état les coloml)es insensées en sortirent- connu (Foerster) raconte une histoire ravissante sur le
elles, je ne vous le dirai pas ... premier clerc d'un cabin~t d'avoué très important.
Mais s'il y avait quelqu'un d'assez fou pour imiter Ce premier clerc reçut un jour de son patron une
ces colombes, séduit par l'attrait de belles paroles; carte postale de Florence à l'occasion de Noël. La carte
qu'il se souvienne de la leçon du sermon d'aujourd'hui: représentait la naissance du Christ d'après un peintre
Suivre le Christ est difficile... diffuile... maiS seulméri- ancien. Sur la droite de l'image des bergers étaient
toire. Amen. agenouillés écoutant pieusement le joxeux message
de l'ange, de l'autre côté on voyait la Sainte Famille
auréolée de lumière, tout autour les balcons des maisons
et les colonnades étaient remplis d'anges, uniquement
d'anges en jubilation. Cette gravure exhalait tant
d'attraits et de ferveur que le premier clerc se mit à
réfléchir: Il ne s'était pas représenté ainsi le christia- .
nisme. Mortification ... renonce~ent ... perpétuelle tris-
tesse;'-~oilà ce qu'il pensait du christianisme. '
Il prit donc la belle image et la plaça sur son bureau,
entre l;agenda et le pèse~lettres. Il la regarda si souvent
pendant la journée que le soir, après s'être couché,
LE SYMBOLE DES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST 299
l'image se présentait clairement devant lui ... Comme si deux: dimanches et dont je veux encore parler aujour-
c'était aujourd'hui le soir de Noël... Dans l'air planait d'hui, leçon précisément contenue dans ce petit récit.
quelque chose de suave, de doux, de joyeux ... tout était Dans quel déplorable et glacial abandon se trouve
rempli d'anges qui souriaient .. . Et alors une idée lui l'homme en qui le Christ n'est pas encore né aujourd'hui,
traversa l'esprit : la naissance du Christ signi!ie pour et dans quel océan de lumière passe sa vie celui qui sans
cette terre laide et amère autre chose que ce que j'ai réselyes se range parmi les disciples du Christ. Ce sera
pensé jusqu'ici. Même pour ma propre vie . .Qu'a été donc lépondre entièrement aux saintes dispositions des
jusqu'à présent ma vie de précipitation et de fatigue? jours qui précèdent Noël, si dans le sermon de ce jour
Elle était comme le calendrier de mon bureau; chaque 1) nous cherchons la raison pour laquelle tant d' hommes ne
jour j'en arrache une feuille, le calendrier devient de comprennent pas et ne suivent pas encore le Christ aujour-
plus en plus mince et finalement s'en va dans la corbeille 'd' hui; pourtant II) que de joie et de bonheur on trouve à
à papier. Hélas'! comme ma vie entière jusqu'ici lui a suivre le Chrùt quand on sait III) comment ilfaut suivre
terriblement ressemblé !Mais maintenant les anges, en le Christ.
chantant, mlont crié dans les oreilles: Oui, renonceIl).ent,
abnégation, mais pas pour dégrader l'humanité, uni- t
quement .pour donner plus de valeur à l' homme qui vit
avec le Christ. POURQUOI NE COMPREND-ON PAS LE CHRIST?
Et dans l'âme de cet homme accablé de tracas le
Christ naissait à présent réellement. Le lendemain, la Beaucoup parmi)es hommes d'aujourd'hui ne com-
machine à écrire faisait le même bruit dans son bureau prennent pas encore les idées du Petit Enfant de
qu'auparavant, les plaideurs venaient aussi nombreux, Bethléem, parce que, s'ils les comprenaient, il leur
les dossiers s'entassaient de même, - mais le Christ faudrait y apercevoir leur propre condamnation.
vivait dans son âme et ses nerfs étaient plus calmes, ses A) Le Petit Enfant de Bethléem, l'humble Petit
ordres étaient donnés sur un ton plus ai'mable, il Enfant, cond<1 mne l'orgueil et l'ambition effrénée de
trouvait même le temps de demander au saute-·ruisseau beaucoup d' hommes. .
si sa mère malade était guérie. Le bureau poussiéreux Le premier péché de l'homme fut l'orgueil.
et maussade.~était rempli d'anges souriants ... « Vous sere~r comme des Dieux» - insinua à nos pre-
Mes frères, si je vous ai raconté cette petite histoire, miers parents le tentateur dans le paradis terrestre. Et
c'est que j'avais deux raisons d'en faire l'introduction combien d'âmes depuis sont tombées par l'orgueil: « Je
de mon sermon d'aujourd'hui. Dans quelques jours ce veux prendre la place de Dieu ». Non pas peut-être en
sera réellement Noël et ces jours-là la poste transporte tant que principe théorique formel, mais par ma vie.
des milliers de cartes de Noël avec des anges qui sou- Je m'impose à moi-même les règles morales et que
~~ent. De cet usage se dégage la leçon dont j'ai déjà parlé m'importe si Dieu le permet ou ~on.
300 LE SYMBOLE DES APôTRES A LA SUITE DU CHRIST 3°1
« VOUS serez comme des Dieux. » La science deviendra B) Mais ils ne comprennent pas et ne suivent .pas le
votre Dieu, vous n'aurez qu'à tout savoir - et à ne Christ, parce que le Petit Enfant de Bethléem condamne
. .
croIre en nen. aussi la vie superficielle et extérieure de bêlaucoup. Plus
Toujours savoir davantage. C'est uniquement ce qu'il l'âme est pauvre, aride~- plus elle se jette sur le monde
faut à l'homme. Nous l'avons cru. Nous avons couru extérieur et veut remplacer le paradis intérieur perdu
après. Et quelle amère déception! Ne soyez pas choqués, par un paradis artificiel. Mais quelle valeur peuvent
si je vous parle ainsi, mais c'est la vérité. Plus l'homme avoir les bijoux, les soieries, les velours, les autos, les
possède de connaissances, plus · il peut devenir un parures et le luxe pour ceux dont l'âme est rongée par
malfaiteur dangereux ... si.:. si à côté de sa science il ne le péché et dévorée par le feu de l'inquiétude? Dans
présente pas autant de bonté morale. sa pauvrèté de Bethléem, le Petit Jésus prêche au
La science suffit-elle pour le bonheur? Eh bien! monde: devant Dieu, ni les pierreries ni les autos ni les
dites-moi quel est le plus grand malfaiteur du monde? habits ni la nobless~ ancestrale nlont de valeur, mais
Satan, n'est-ce pas, qui jadis, sous le nom de Lucifer, l'âme, uniquement l'âme. Non pas ce que vous afJeZ,
était la créature la plus savante, la plus sage de l'univers: mais ce que vous êtes.
l~ chef des anges. . Quelle tragédie que l'homme ne veuille pas encore
La science suffit-elle pour le bonheur? Voyez donc comprendre la leçon merveilleuse de la sainte nuit de
les criminels célèbres, - ce sont toujours des hommes Bethléem! Qu'il ne veuille pas comprendre que suivre
adroits et très instruits. le Christ n'est pas affaire de sentimentalité personnelle,
La science suffit-elle pour le bonheur? Voyez les n'est pas une promenade dans des sentiers bordés de
journaux: quels crimes affreux pour une seule journée! l'oses, mais que suivre véritablement le Christ, c'est
Pourtant jamais il n'y a eu autant d'écoles, autant projeter ses rayons sur toutes les manifestations de la
d'imprimeries, autant de bibl;( "hèques, autant de vie quotidienne individuelle, sociale et pratique. Qu'il
laboratoires qu'aujourd'hui pour .épandre la .science ne veuille pas comprendre que plus la vie humaine, la
dans l'humanité. vie juridique et sociale s'écartent des lois du Christ,
La science suffit-elle pour le bonheur? Comme les moins il reste de respect pour les lois humaines et moins
peuples sont~~ versés dans la chimie, la physique, la trouvent d'appui les institutions humaines. Qu'il ne
technique - mais si la bonté morale ne vient pas s'y veuille pas comprendre que la paix ne peut être donnée
ajouter, ils se servent de leurs immenses connaissances « aux hommes de bonne volonté » que si auparavant ils
pour se massacrer dans les guerres. rendent « gloire à Dieu dans les hauteurs ». ., .
Vous le voyez, beaucoup d'hommes ne veulent pas Actuellement on veut tout réorganiser, on réorganise
comprendre ni sùivre le Christ, parce que l'humble les oanques, on réorganise l'agriculture, on réorganise
Petit Enfant de Bethléem condamne l'orgueil, l'égoïsme, le commerce, - seulement on a oublié la réorganisation
l'ambition, l'avidité. la plus importante : ramener à Dieu l'âme humaine
A LA SU ITE DU CHRIST
1
3°2 LE SYMBOLE DES APÔTRES

malade. Car dIes restent toujours vraies les paroles de - Quoi donc? - demande le père.
Lenau: « Sans Dieu la vie est lugubre ». Pourquoi ces --.-:.. La porte n'a pas de loquet et le monsieur ne peut
~paroles restent-elles vraies? Parce'-- que, sans Dieu, pas entrer.
l'ordre social et économique n'est qu'un édifice qui ~on fils - répondit le père -, ce qui te paraît faire
s'élance dans les airs et manque de fondations et parce défaut, répond tout à fait à la réalité. Ce monsieur c'est
que l'homme dans son propre monde étroit et égocen- le Bon Dieu. La porte s'ouvre dam. le cœur de l'homme.
trique ne trouve jamais la tranquillité et la paix. Dieu Le loquet est à l'intérieur. Pour que Notre-Seigneur
est le pôle de l'univers qui seul peut maintenir l'axe du puisse y entrer, il faut ouvrir la porte du dedans.
monde, voilà ce que nous enseigne le Christ. Le monde Oui, mes frères, c'est de l'intérieur qu'il faut ouvrir
ne se suffit pas à lui-même, contrairement à ce que se la porte au Sauveur. Et celui qui le fait et laisse entrer
figure l'homme stupéfié par les progrès scientifiques et à le Christ dans son âme y verra briller la clarté, le bonheur
l'homme le monde en lui-même ne suffit pas. et l'amour de la nuit de Noël.
En effet l'homme se dit en grec dv6pw7toç, ce qui Pourquoi Jésus est-Il venu?
signifie: celui qui regarde en haut. On comprend alors A) Pour nous apprendre une vie digne de l'homme et
qu'il ne puisse pas être heureux celui qui ne cherche B) pour nous donner la force d'atteindre à cette hauteur
le bonheur que sur la terre, tandis que la foi chrétienne prodigieuse.
qui élève nos regards en haut, nous rend déjà heureux, A) Le Christ est venu, pour nous apprendre une vie
même sur cette terre: dzgne de l'homme.
Comment nous rend-elle heureux? « Une vie digne de l' homme! » Quelle expression bien
connue! Où l'avons-nous déjà lue? « Une vie digne de
l'homme »... Ah oui 1 Sur ces affiches criardes avec
lesquelles, avant les élections, les candidats veulent
II
s'assurer les voix des citoyens. « Travailleurs, malheu-
COMMENT TROUVE-T- ON LE BONHEUR
reux, affamés, voulez-vous une vie plus humaine?
EN SUIVANT LE CHRIST? Voulez-vous ne plus supporter davantage d'être régis
par la caste des grands propriétaires? Votez seulement
« Me voici à la porte et je frappe » (Apocalypse III, pour X, y».
20), dit Notre-Seigneur dans l'Apocalypse. Un artiste Mes frères, que les affamés veuillent sortir d~la misère,
a traduit ces paroles sur la toile. Sur l'image le Christ que l'on désire des places, des moyens d'existence, du.
se tient devant la porte et lève la main pour frapper. pain et un logement, c' est to~t naturel. Mais est-ce là
Le petit garçon dti peintre contemplait le tableau et lui « la vie digne de l'homme? » Et les riches que l'on envie,
~: . mènent-ils véritablement « une vie digne de l'homme» ?
- Papa, il manque quelque chose. Il faut bien plus que l'argent, le pain, le chauf-
LE SYMBOLE DES APôTRES A LA SUITE DU CHRIST

fage. Il en faut aussi, mais il faut encore bien autre de la vie quotidienne, imposer notre dignité humaine,
chose. ne jamais oublier la fin dernière de notre vie terrestre
a) « Une vie digne de l'homme» signifie d'abord une devenir le maître des mauvais instincts de la natur~
vie dont on connaît le but. Peut-il' vivre d'une manière humaine, -- voilà ce qu'a enseigné le Christ, Lui seul
digne de l'homme celui qui, la tête penchée vers la terre, nous a donc enseigné « une vie digne de l'homme ».
traîne sa vie, jour par jour, année par année, - mais ne C'est pourquoi nous pouvons dire, depuis ,Notre-Sei-
sait pas pourquoi tout cela existe et ce qui l'attend après gneur Jésus-Christ, que bien des hommes pauvres et
cette vie. simples mènent une vie plus humaine dans leurs
b) Ensuite « une vie digne de l'homme» veut dire que cabanes que n'importe quel riche dans sa somptueuse
la partie la meilleure de notre moi doit l'emporter en nous; demeure. 1 \ ',-

que d'une main ferme nous maintenons' les puissances B) Mais Notre-Seigneur Jésus- Christ n'a pas seule-
ténèbreuses qui nous guettent, que nous domptons nos ment fait luire devant nous la sublimité grandiose
passions; que nous sommes aimables, indulgents, d'une vie réellement digne de l'homme, Il nous a aussi
prompts à pardonner, que nous ne rendons pas le mal, donné la force de l'atteindre. C'est précisément l'essentiel '
que nous, déposons sur la fièvre de la colère naissante pour suivre le Christ. L'essentiel, c'est de s'élever ,

la pansement de la douceur ... Oui, c'est cela la vie inlassablement de la platitude de la vie du corps avec 1

1 I
digne de l'homme et c'est elle que le Christ nous a ses instincts jusqu'aux hauteurs vivifiantes de l'âme qui ,

enseignée. triomphe de la matière.


è) En outre, la « vie digne de l'homme» signifie que Si je voulais prendre une comparaison tout à fait
nous ne nous écroulons pas a7Jec amertume sous les coups du moderne, je dirais que suivre le Christ est une asCension
sort, que nous n'endurons pas le malheur avec une continuelle, et même une ascension dans les hauts sommets.
résignation bestiale, mais que nous faisons de chaque Cette intéressante comparaison est utilisée par le Rituel,
épreuve un degré sur lequel nous montons de plus en le livre liturgique où on trouve des prières et des béné-
plus haut vers la vie « plus humaine » de l'abnégation dictions de toute' sorte pour les diverses circonstances
et du renoncement. de la vie. Ce Rituel s'accroît sans cesse, à mesure oue
Qui ne voit que c'est là la vérItable vie digne de de nouveaux instruments et de nouveaux genres d'e;is-
l'homme? Qui ne voit que celui qui donne cela à l'huma- tence rendent nécessaires qe nouvelles bénédiction3.
nité, lui donne davantage que ce que peut lui donner Il s'y trouve des bénédictions :spéciales pour le~-auto­
n'importe ~ quelle invention du monde? En effet la mobiles;" le télégraphe, les navires, les machines, les
science nous aide à triompher des forces de la nature, locomotives, les avions. Il y a quelques semaines,ce
mais une tâche encore plus grande nous attend, livre s'est accru d'une nouvelle formule de bénédiction:
« prière pour les ascensionnistes '». C'est justement dans
dompter notre propre nature et ainsi devenir réellement
des hommes. Au milieu des luttes et des tentations cette formule que se trouve l'intéressante comparaison

Symb. d, Ail , - T, TI 20
LE SYMBOLE DES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST

dont je vous ai parlé précédemment. Voici les termes et apu contempler sa beauté, celui-lànepeutplusjamais
de eette bénédiction. être malheureux.
« No~ vous prions, Seigneur, de daigner bénir ces Comment devons-nous suivre le Christ?
cordes, ces bâtons, ces pics et tous les autres outils qui a) Aimez le Christ. Aimez le Seigneur Jésus. Songez
sont ici, afin que ceux qui s'en serviront entre les gorges . souvent à Lui. Conversez avec Lui. Demandez-Lui
et lèS rochers, dans la glace, la neige et la tempête soient de vous instruire. Posez-vous fréquemment cette ques-
préservés de tout malheur et de tout accident, atteignent tion: Que ferait en ce moment Jésus à ma place? C'est
heureusement les cimes et puissent revenir aussi heureu- . cela suivre vraiment le Christ. Peut-être sommes-nous
sement auprès de leurs proches. Par Jésus-Christ obligés de dire avec saint Augustin qui s'était converti
Notre-Seigneur. Amen. après une vie de péché: « Oh! pourquoi Vous ai-je aimé
« Prions. Par l'intercession de saint Bernard que Vous si tard? 'n Qu'importe. Du moins maintenant, appro-
avez donné comme patron aux habitants des Alpes et chez-vous, pour que vous ne soyez pas obligés de dire
aux voyageurs, protégez, Seigneur, vos serviteurs et à la dernière minutè : ~( Oh 1pourquoi ai-je appris si tard
accordez-leur, tandis qu'ils grimpent au sommet des à Vous aimer? »
montagnes, de pouvoir parvenir à la montagne qui est On peut lire dans un poète allemand les fignes sui-
le ' Christ. Amen ». vantes, qui expriment poétiquement la sublimité de
he Christ est une 'montagne, la dernière cime de notre l'âme humaine:
pémvle et fatigante excursion en cette vie. Quelle magni·,
fique pensée! Comme elle exprime bien ce que c'est que Oui, je sais mon origine
• suivre le Christ. Insatiable comme la flamme,
Voyons donc, comment il nous faut envisager cette . Je brûle et me consume.
2.%!ension, comment nous parviendrons à cette montagne Tout ce que je touche devient lumière,
qui est le Christ. Tout ce que je laisse devient chru:bon :
Sûrement je suis Une flamme.
III. 11/
Oui, je suis une flamme, mon âme est une flamme
ardente, une étincelle échappée de l'océan de flammes de
COMMENT NOUS FAUT-IL SUIVRE LE CHRIS!' [
la divinité. Si je suis une étincelle, il faut que je brûle.
Si je suis une flamme, il faut que je flambe. Que je
Les Grecs croyaient que celui qui avait vu seulement flamboye d'une flamme pure et sainte. Que ma flamme
une fois la statue de Zeus par Phidias, ne pouvait pl.us s'élance vers le ciel, ,vers l'éternelle patrie, vers Dieu.
être malheureux. Ce n'est qu'une légende; mais c'est · « Je suis venu apporter le feu sur la terre et que dés.i~~-je,
~ne sainte vérité que celui qui a connu un jour le Christ sinon qu'il soit allumé?_» (S. Luc XII, 49).
LE SYMBOLE DES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST

Seigneur Jésus, Vous voyez que ma flamme est encore c) JIIlarchez sur les traces du Christ surtout en portant
fumeuse - purifiez-la Seigneur; Vous voyez qu'elle la croix. .
brûle à peine -:-" attisez-la. Personne ne peut être un disciple du Christ, s'il ne
Mais quand aimons-nous le Christ? Quand nous le porte pas de grand cœur la croix. .
disons? Non. Mais quand nous marchons sur ses Comment peut-on porter la croix? Thomas à KempIS
traces. , a écr.i t : La croix se trouve partout, elle t'attend pour se
b) Marchez sur les"traces du Christ. Le Christ s'est mettre sur tes épaules. Tu peux aller partout, tu ne
fait homme, pour nous racheter et nous donner ' pourras jamais" échapper à la croix. Car en quelque
l'exemple d'une bonne vie. Le Christ nous a instruits endroit que tu ailles, tu la portes partout avec toi et
aussi. Il noùs a aussi donné de sublimes règles de vie; en quelque endroit que tu sois, tu dois partout la
mais Il savait la faiblesse de la volonté humaine et supporter avec patience. Le Sauveur crucifié se trouve
combien nous nous plaindrions de la difficulté de ses devant toi sur tous tes chemins. Demande-Lui la
commandements. Il a voulu marcher Lui-même devant réponse à toutes tes 'questions. Dépos.e entre ses mains
nous sur la route de la vertu. Il n'a pas fait comme les toutes tes souffrances: Seigneur, je veux Vous suivre.
Pharisiens, qui imposaient aux autres des prescriptions Es-tu fatigué? Le Christ l'a été aussi. Es-tu triste?
pénibles, mais ne remuaient pas eux-mêmes le petit Le Christ l'a été aussi. Tu fais tant de bien et tu n'es
doigt. Oh non! le Christ Lui-même invoque son propre pas aimé ? Il n'en a pas été différemment du Christ.
exemple: « Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous De combien de malentendus, de combien de douleurs
dites bien, car je le suis» (S. Jean XIII, 13)' Cl Prenez tu as été victime! Peux-tu' alors murmurer '? Ne veux-tu
sur vous mon joug et recevez mes leçons, car je suis pas devenir semblable au Seigneur? Ne veux-tu pas
doux et humple de cœur; et vous trouverez le repos de faire cette prière avec saint Augustin: « Je vous en
vos âmes. Car mon joug est doux et mon fardeau supplie, Seigneur Jésus, que tout soit amer pour moi,
léger» (S. Matthieu XI, 29-30). soyez seulement plein de douceur pour moi. Car Vous
Comme homme : Il donne ['exemple,. comme Dieu : êtes la suavité incompréhensible qui communique à
Il donne la force. Non seulement Il attire, mais Il fortifie tout sa douceur ».
aussi. Celui qui a aimé un jour le Christ, sent qu'il doit Voyez: . mes frères : la souffrance existe dano le
marcher derrière Lui. Zachée monte sur l'arbre, rien monde. L'incroyant aussi souffre, mais en grinçant des
queVpour voir Jésus. Matthieu quitte son bureau rien dents; le fidèle aussi souffre, - mais il regarde la croix.
que pour voir le Christ. Pierre se jette dans la mer, Il y a en Nouvelle-Guinée un port magnifique: une
uniquement pour voir Jésüs. Celui qui a vu une fois splendide chaîne de montagnes et un rivage grandiose
le Petit Enfant de Bethléem ne peut plus l'oublier. le bordent ... mais le capitaine du navire ne voit rien
Ah! s'il en était ainsi! ,Si seulement je ne pouvais plus de tout cela, car la mer est pleine de récifs et il est,
jamais ni en aucune circonstance oublier le Christ 1 obligé de regarder constamment une grande croix'

11
LE SYMBOLE DES APÔTRES A LA SUITE DU CHRIST

tracée en blanc sur la côte; c'est là qu'il doit diriger C'est de bien remplir le rôle que Vous m'àvez donné,
le bateau, sinon il est perdu. Saisissez-vous la grande sur la terre. C'est de croire en Vous avec une foi
leçon? Regardons toujours vers le Christ, pour naviguer inébranlable. Je suis pécheur, mais faites que je rede-
en sécurité parmi les dangereux écueils de la vie et pouvoir vienne V:otre enfant bien pur. Que je sois une goutte
aborder tranquillement un four sur le rivage de l'éternelle d e Vous, I ,.
ocean Immense de b onté. Que Je . ~.
SOIS une
patrie, où nous attend la récompense de toutes nos fatigues. étincelle de Votre amour qui enflamme l'univers. Que
Voilà ce que c'est que suivre le Christ. je sois un écho, Votre écho, ô Verbe incarné. Que je
sois Votre disciple, ô divin Maître. Que je sois Votre
enfant, ô Dieu de bonté, pour que, apres l'ascension
* * 4(0 fatigante, mais encourageante d'une vie pleine de sacrifices
et de fidèle persévérance, je puisse parvenir victorieu-
Mes .frères, encore quelques jours et ce sera Noël. sement sur la montagne qui est Vous-même, Seigneur.
Petites filles et petits garçons, frères et sœurs, qui se Amen.
sont peut-être querellés bien souvent durant toute
l'année, rapprochent maintenant chaque soir leurs
petites chaises du fourneau bien chaud et regardent
tranquillement les flocons de neige qui tombent dans
la rue : « Encore quatre jours et le Petit Jésus viendra ».
, Ensuite ils se penchent sur une feuille de papier
et avec un grand crayon qu'ils serrent dans leur main
ils écrivent, ils écrivent. La maman leur demande :
'1. Qu'est-ce que tu écris, mon chéri? ))

« Une lettre au Petit Jésus, pour Lui dire ce qu'Il


doi~ m'apporter à Noël », répond l'enfant.
Dites-moi, mes frères, n'avez· vous pas jadis aussi,
écrit une lettre de ce genre?
Ne voulez-vous pas en écrire une maintenant encore?
Ne riez pas. Ne riez' pas, parce que vous êtes une
. « grande personne )). Écoutez seulement la lettre que
vous devriez écrire :
« Cher Petit Jésus, je ne suis plus un enfant, mais
permettez que je puisse toujours rester Votre enfant.
Savez-Vous ce que je Vous demande pour Noël?

_ _ _--1,1
A L'ENFANT JÉSUS

à l'écoute cette nuit, entendez-vous ma voix? Prions,


-"frères hongrois qui veillez en ce moment quelque part
dans le monde, sur les pentes de l'Hargita, au pied
XXIII du L6mnic, sur le bord du Vag, dans la .steppe de
Bacsk, sur le 'pont d'un navire au long cours, où que
vous soyez dans le monde, frères ho~grois, je m'adresse
A L'ENFANT JÉSUS à chacun de vous. :Ëntendez-vous ma voix? Prions.
Les hommes ne peuvent pas parler, lorsque les anges
chantent. Laissons-les chanter joyeusement le Gloria,
MES FRÈRES, mais nous, gardons le - silence, que notre cœur seul
batte, notre cœur reconnaissant. En ce moment on
ne peut pas parler, on ne peut que remercier et
En cette nuit bénie où résonne le chant céleste des démander.
anges, en cette nuit mystérieuse, il ne convient pas aux 1. Nous vous remercions, Petit Jésus.
hommes de parler. Maintenant on ne peut pas parler, a) Nous vous -remercions de cette nuit bénie dont la
mais -seulement prier. brillante étoile a répandu pour la première fois sa
Venez donc, mes frères, vous tous qui êtes ici devant lumière sur notre triste route où nous tâtonnions dans
moi, dans cette église et vous qui en ce moment entendez les ténèbres. Car ce que nous savons de Dieu, de
ma voix, au loin dans le monde, venez, agenouillons- nous-mêmes et de notre vie, c'est la lumière de cette
nous par la pensée devant la crèche de Bethléem. nuit qui nous l'a appris. Qu'est-ce que Dieu, le Dieu
Comme il est émouvant rien que de penser que des qui a créé le monde par sa toute-puissance et qui aime '
milliers et des dizaines de mille de cœurs humains l'homme avec un cœur de père, c'est par Vous que
s'attendrissent et s'échauffent en cette nuit, dès que nous le savons, Petit Jésus et c'est Vous que nous
ma voix sort de cette église pour courir dans l'éther remercions. D'où sommes-nous venus sur la terre et
calme et silencieux et appeler à la prière tous ceux qui où s'ouvrira notre vie après le tombeau, c'est de Vous
veillent dans les prairies et les forêts, les montagnes que nous le savons, Petit Jésus et nous Vous remercions:
et les vallées, les villes et les villages. b) Mais nous Vous remercions non pas tant de ce
Mes frères, entendez-vous ma voix? - que nous avons entendu de Vous, que de ce que
Prions. ' nous avons reçu de Vous; non pas tant de ce que Vou~
Mes frères, dans vos maisons épa rses et isolées de nous avez appris que de ce que Vous avez sacrifié pour
la grande plaine hongroise, dans vos petites chambres nous.
à la campagne, à la ville, dans les forêts, les champs Que peut valoir notre âme, si souvent négligée,
et les montagnes, Vous tous, frères hongrois qui êtes souillée de tant de poussière, si facilement livrée à
LE SYMBOLE DES APÔTRES A L'ENFANT JÉSUS

la corruption du péché et à la mort, que peut-elle fardeau qui est léger. Mais regardez autour de Vous,
vidoir, po~r 'que' Vous, le Fils de Dieu, Vous n'ayez , Petit Enfant de Béthléem, regardez autour de 'Vous
pas craint de descendre dans une froide étable, par une deux mille ans après votre naissance et plaignez-nous.
nuit glacée de décembre? Nous Vous remercions, Ah! comme il y en a beaucoup qui n'ont pas encore
Seigneur, d'être venu parmi no~s et nous Vous remer- entendu parler. de Vous! Et même parmi ceux que l'on
cions de ce que Vous avez fait pour nous. nomme vos fidèles et qui s'appellent "'eux-mêmes
Nous Vous remercions pour chaque instant des chrétiens, même aussi parmi eux, combien il y en a
trente-trois années de votre vie terrestre. Nous Vous dont la vie désordonnée, égoïste, frivolè et immo-
remercions pour votre séjour parmi nous. Nous Vous rale dément leur nom de chrétiens ... Et nous en
remercions pour chaque goutte de sueur , que Vous voyons la conséquence, nous la voyons eL nous en
avez versée pour nous. Pour les soufflets que Vous avez gémissons.
endurés à notre place; pour les railleries, les crachats, b) Petit Jésus, c'est Vous qui avez dit: « C'est à
la couronne d'épines, les roses sanglantes de vos cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples,
saintes plaies, le chemin de la croix et la mort affreuse, si vous vous aimez les uns les autres» (S. Jean XIII, 35),
par laquelle Vous nous avez rachetés ... Cher Petit et aujourd'hui pourtant dans le cœur des peuples et
Jésus, en cette nuit sainte et bénie nous Vous remercions des individus brûlé la haine insondable d'un bûcher
pour tout cela. , ' infernal, et nous ne' savons pas quand éclatera de la
II. Mais nous ne sel'ions pas des hommes, des bouche des canons une nouvelle guerre parmi les
hommes qui souffrent et qui luttent, si no,us ne Vous peuples épouvantés ou quand se déchaînera dans des
·demandions pas aussi quelque chose. fleuves de sang une lutte , ' fratricide er)tre les classes
Ne soyez pas fâché, Petit Jésus, si même en cette sociales. Parmi nous que d'égoïsme, d'indifférence, de
. nuit bénie nous Vous demandons l'aumône, en exposant rancune, de ' haine, de colère et de gnerre!
notre indigence à grands cris et si les âmes angoissées c) Petit Jésus, Vous avez dit : « Je vous laisse la
de l'humanité à bout de forces iinplorent de Vous la paix, je vous donne ma paix; je ne la donne pas comme
paix. la donne le monde» (S. Jean XIV, 27). C'est ce que
a) Seigneur, nous ,croyons ce que le prqphète Isaïe Vous avez dit jadis, mais où est la paix p,lrmi nous, qui
a prédit de Vous, que . dans votre royaume habiteraient donc aujourd'hui mène une vie paisible, calme et
paisiblement ensemble le loup avec l'agneau, la pan- heureuse? Nous n'avons pas la paix en nous, parce
thère avec le chevreau (Isaïe XI, 6), et que les épées que nous n'avons pas mis d'ordre dans la forêt
seraient ,forgées en socs de charrue et les lances en vierge de nos caprices et de nos instincts q~i nous
faucilles (Isaïe II, 4). Oui, nous croyons que cette paix 1 poussent au péché et nous n'avons pas la paix avec
bénie fleurirait sur la terre, si les hommes se mettaient les autres, tant que nous n'aurons pas la paix dans
volontairement sous votre joug qui est doux et votre nbtre 'âme.
LE SYMBOLE DES APÔTRES
A L'ENFANT JÉSUS

Dans la nuit de Bethléem deux chœurs se" .,ont fait


de votre cha,mbre et les mains jointes pour la prière,
entendre : celui des anges dans le ciel et celui des j'une âm e emue et d 'un cœur repentant, dites après
bergers de bonne, volonté sur la terre. Ce chant des moi:
cœurs purs et des âmes de bonne 'yolonté a proclamé
Oh! Petit Jésus, aimez-nous. Oh! Petit Jésus, secourez-
la gloire de Dieu et la paix pour les hommes. Mais
~ous .. O~! Petit Jésus de Bethléem, ne nous abandonnez
actuellement il y en a peu parmi nous pour avoir le Jmnms, Jamais. Amen
cœur pur et l'âme de bonne volonté et c'est pourquoi
nous ne rendons pas « gloire à Dieu »; et parce que
nous ne rendons pas gloire à Dieu, nous n'avons pas
encore « la paix pour les hommes ».
En effet encore toujours nous n'avons de chrétien
que le nom, mais pas la vie, aussi nous débattons-:-
no~s dans les affres d'une tragique agonie, aussi
l'insuccès accompagne-t-il tous nos efforts et chaque
route nouvelle commencée avec espoir aboutit-elle à
une' impasse.
Petit Jésus, nous Vous demandons d'être à Vous de
plus en plus et de mieux en mieux. Nous Vous demandons
de faire luire aujourd'hui la lumière de Noël dans cette
nuit glaciale et sans étoile qui s'est abattue sur l'huma-
- - -,-
nité et de faire entendre à tous les hommes sur les
lèvres des anges, de leur faire entendre, comprendre et
réaliser dans leur vie votre saint message: « Ne craignez
point, car je vous annonce une nouvelle qui sera , '

pour tout le peuple une grande joie : il vous est né


aujourd'hui un -Sauveur» (S. Luc II, Il) .

.. • ..
Mes frères, vous tous qui venez de m'écouter
partout dans le monde en cette nuit où résonne le chant
des anges, agenouillez-vous paisiblement dans le silence
LE MAITRE Dl,l LA VIE

autres et moi, ' nous sommes des animaux sauvages et


des monstres," mais toi, tu es l'homme ... Aie pitié de
moi. Rien que ton regard m'aurait guéri ... » C'est ainsi
que gémissait dans sa souffrance le grand malade
XXIV et u'n instant après il se levait guéri.
Telle est la légende de Selma Lagerlôf.
LE MAITRE DE LA VIE Vous êtes cet homme,. Vous seul, Seigneur, pouvez
nous secourir, secourir l'humanité, aux mains crispées,
au visage ravagé, à l'âme malade. Notre vie est malade,
mais Vous êtes le Maître de la vie, et si nous marchons
MES FRÈRES,
derrière Vous, nous serons certainement guéris.
Seigneur, Vous êtes le Maître de la vie. Apprenez-nous
L'illustre écrivaiJ), Selma Lagerlof, raconte une donc dans le sermon d'aujourd'hui 1 comme la vie serait
légende pleine de sens chrétien: « le voile de Véronique». facile et heureuse avec Vous et Il comme la vie est pénible
L'empereur Tibère gît affreusement malade dans et insupportable sans Vous.
l'île de Capri; il a la lèpre, personne ne peut le soulager.
Sa vieille et fidèle nourrice, Faustine, essaie un dernier
moyen: elle part en Palestine, pour. aller trouver Jésus. 1
Elle arrive juste au moment où le Christ marche au
Golgotha en portant sa croix. Saisie de compassion, LA VIE AVEC LE CHRIST
elle tend au Sauveur son voile ... et sur le voile restent ·
i~primés les traits du visage ensanglanté du Christ et A) Lorsque nous parlons du Christ, comme du
elle rapporte le voile à son maître agonisant. Et lorsque Maître de la vie, il nous faut avant tout, mes frè res,
l'impérial malade aperçoit le visage du Christ couvert voir clairement que le Christ ne peut devenir Maître
de sang et de sueur et ses yeux qui paraissent vivants de la vie que pour ceux qui sont réellement chrétiens.
et brûler comme un feu ... il regarde longuement le a) Et ici, je suis - malheureusement - obligé de
voile et s'exclame douloureusement : . « Est-ce un mettre . en é-vidence un fait qu'on sera surpris
homme? .... Faustine, po:urquoi as-tu laissé mourir cet d'apprendre : Même parmi ceux qui s'appellent « chré-
homme? Il m'aurait guéri ... » Puis l'emJ;ereur se lève, tiens» du nom du Christ, beaucoup vivent sans le Christ.
s'agenouille devant l'image sanglante du Christ et se Comment est-ce possible? Il est certain', que le
met à dire: « C'est toi l'homme': C'est toi que je n'espé- christianisme n'est pas une forme extérieure, mais
rais jamais voir ». Il montre son propre visage ravagé une force intérieure qui transforme la vie. Notre- .
et ses mains décharnées et il continue : « Tous les Seigneur l'a affirmé, quand ' Il a dit · à Nicodème :
32 0 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE MAITRE DE LA . VIE 3 21
(( En vérité, en vérité je te le dis, nul, s'il ne renaît de désirs, toutes leurs demandes, ils Lui tournent immé-
l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume --diatement le dos, parce que - disent-ils - la religion
de Dieu» (S. Jean III, 5). Saint Paulliaffirme également, ne-sert de rien.
quand il parle (( d'une nouvelle créature )) (Ilo Corin- Eh bien! nôus devons leur dire clairement que le
thiens V, 17). Enfin saint Pierre déclare: (( vous avez .Christ n'a pas fondé une compagnie d'assuranèe contre
été rendas participants de la nature divine )) (lIO S. Pierre les accidents et qu'Il n'a pa~ promis à ses disciples
l, 4). l'exemption de tout malheur. Nous sommes obligés
Mais que voyons-nous par contre dans la vie de de dire ce que saint Paul a déclaré aux Romains: (( Le
nombreux chrétiens? Ceci, que pour eux le christia- royaume de Dieu, ce .n 'est pas le manger et le boire, mais
nisme n'est pas un fleuve de sang qui du cœur se répand la justice et la paix et la joie dans l'Esprit-Saint )) i

dans le corps entier, et que chez eux la religion et la vie (Romains XIV, 17). 1

ne sonr pas à l'unisRon, comme il faudrait, mais que B) Mais de quel droit pouvons-nous dire alors
tou tes deux végètent, sans se connaître mutuellement. qu'avec le Christ la vie est facile et heureuse? En quoi
Ils vont à l'église, ils récitent des prières, ils assistent le Christ devient-Il lè Maître de la vie?
aussi à la messe, ils observent même le vendredi - a) En ce qu'Il donne à ses disciples fermeté intérieure,
mais après? .. après, dans leur vie familiale, dans leurs confiance en soi, fo rce d'âme et tranquillité. De même
conversations, leurs projets, leurs travaux, dans leur
manière de vivre, ils ne se distinguent en rien des non-
que le marin trouve sa route sur la mer, s'il regarde vers
le ciel, de même nous trouvons notre route sur la mer
~
chrétiens. (( La religion est une chose, les affaires en sont de la vie, si nous regardons vers le Christ. C'est notre
une autre )) entend-on sur les lèvres de certains. Cela sainte conviction que nous avons un bon Père dans le
me rappelle un légionnaire romain qui priait Hermès ciel, sans la permission duquel un seul de nos cheveux
de l'aSSister dans un larcin, pour qu'il pût avec l'objet ne tombe de notre tête; nous savons que tout travail .f:
volé faire un sacrifice à Zeus. Mes frères, à la première
parole, à la première rencontre, au premier geste, il
accompli selon la volonté de Dieu et que toute souffrance
supportée pour Dieu brilleront un jour comme des perles

faudrait qu'on reconnût si nous sommes chrétiens ou , dans la couronne de gloire de la vie éternelle; c'est notre
non. sainte croyance que notre vie, lorsque nous paraîtrons
Ce sera pour le moment ma première constatation. devant Dieu; après avoir rempli consciencieusement
b) Mais il me faut encore mettre en relief une autre notre vocation terrestre si insignifiante soit~ elle, abou-
vérité. Lorsque nous disons que le Christ est le Maître tira au royaume de bonheur de son Cœur aimant -
de la vie, nous ne voulons pas du tout prétendre que le tout cela donne à notre vie une douce tranquillité~ un
fidèle disciple du Christ verra se réaliser tous ses désirs joyeux état d'âme, èourage et force. Et parce que nous
en ce monde. Il y en a qui s'imaginent suivre le Christ av~ns appris tout cela du Christ, nous L'appelons
et si le Christ ne réalise pas toutes leurs idées, tous leurs (( Maître de la vie »).

Symb. d. Ap . - T. :U · 21
322 LE SYMB C'Œ DES APÔTRES LE MAITRE DE LA VIE

b) « Nous vivons à une époque catastrophique », , Com~ent peut-on vivre jusqu'à un âge aussi avancé?
entendons-nous constamment répéter avec des lamen- - -demandait-on dernièrement à un vieillard de 86 ans.
tati~ns de désespoir. Et si c'est la ~érité, cela n'a rien Et voici sa réponse :
d'extraordinaire sur cette terre. La terre ~ et nous n'y Dès que vous vieillissez, ne mangez que la moitié de
pouvons rien - n'est pas un petit paradis où l'on peut ' ce que vous mangiez auparavant, mais dormez le double
vivre bourgeoisement, mais une « vallée de larmes », . de temps, buvez trois fois plus d'eau et souriez quatre
un entraînement en vue de la vie éternelle et un champ fois davantage.
de bataille. Et celui qui connaît l'histoire, sait que sur Oui, sans doute: souriez quatre fois plus. Si c'était
la terre il y a toujours eu plus de combats que de paix, toujours facile! Mais qui peut sourire de bon cœur au
et que ce n'est pas seulement l'homme d'aujourd'hui milieu des luttes pénibles de la vie? Qui peut sourire
qui peut se plaindre de vivre à une ,époque pleine de paisiblement, alors que la mort, la faux levée, se tient
catastrophes, mais qu'ils pouvaient avoir autant le droit déjà devant lui? Qui le peut? Seul, celui qui durant
de gémir, ceux de nos ancêtres qui ont vécu lors de la toute sa vie a voulu suivre le Christ, le divin Maître.
destruction de l'empire romain, au moment de l'invasion Ne voyons-nous pas quel dommage et quelle perte
des Barbares ou des Tartai'es ou bien pendant les c'est pour nous, hommes d'aujourd'hui, que l'allure
guerres de la Réforme et de la Contre-Réforme, lors de fébrile de la vie pour les uns, les jouissances de l'exis-
la Révolution française, etc. Mes frères, les disciples du tence'pour les autres, qui nous écartent si loin du Christ,
Christ ne se .lamentent donc pas et ne s'éCroulent pas, le Maître de la vie?
mais ils se rendent compte davantage que dans les plans C) Pourtant - et c'est une nouvelle constatation -
de la divine Providence il y a place pour la guerre et lès personne ne peut se débarrasser du Christ, tous cherchent
combats, afin que l' homme ne s'amollisse pas dans la douceur le Christ,
d'une longue paix, ne s'enorgueillisse pas et ne s'attache pas a) Ils Le cherchent, ses fidèles; les âmes qui ont soif
irrémédiablement aux joies passagères de la vie sensible. de Lui, q~i, avec un amour prêt au sacrifice, avec abné-
En effet c'est ce qui nous attendrait dans un bien-être, gation et renoncement, marchent à sa suite sur des
une paix et un repos continuels. Au contraire dans la chemins souvent raboteux et couverts de leur sueur,'
lutte nous apprenons à faire la différence entre l'or et Mais vous aussi vous Le che1'chez, âmes de notre temps,
le clinquant, entre les valeurs véritables et éternelles assaïllies par le doute et qui avancez en tâtonnant, qui avez,
de l'âme et les fumées de l'instabilité terrestre: Pendant déjà essayé toutes les philosophies ·humaines, qui avez
li -paix, on érige beaucoup d'idoles et c'est seulement déjà goûté à tous les systèmes et cherchezCencore
le feu de la détresse qui les réduit en cendres. Notre toujours\- l'âme inquiète et inapaisée, la lumière qui
époque de catastrophes n'est-elle pas aussi le crépus.cule donne la seule tranquillité véritable, vous cherchez celui
de pareilles idoles? Qui la traversera victorieusement qui a dit de Lui-même: « Je suis la voie, la vérité et la
jusqu'au bout? Seulement le vrai disciple de Notre Vle ».
S(:'igneur Jéslls: Christ. '
:1
LE SYMBOLE DES APÔTHES LB MAITRE DE 'lA VIE .
/.

Vous aussi vous Le cherchez, vous les victimes des fit ses a?ieux en ces termes : « Ma chère Marguerite, :1
jouissances frivoles, qui avez été vaincues par la terre, j'ai terminé ma vie; la balance est prête». Ensuite il prit ~
, le sang, l'or, la vie des sens, vous Le cherchez, lorsque, en main-1a Bible qui était toujours à côté de lui, la pressa 1

après des journées de paresse et des nuits de plaisirs, sur son cœur et la montrant dit d'une voix parfaitement
pleure ~u dedans de vous la douloureuse nostalgie de perceptible: « C'est la seule chose qui soitAraie ». Qui
votre âme inassouvie. ne sent sous ces paroles cette éternellement belle
Vous Le cherchez vous aussi, vous les éprouvés, les expression de saint Paul ': « Personne ne peut poser un
épuisés, les brisés de la vie, vous; cherchez Celui qui a dit autre fondement que celui qui est déjà posé, c'.e st-à-dire
de Lui-même: « Venez tous à moi, vous qui êtes fatigués Jésus-Christ» (10 Corinthiens III, II). Et qui n 'y
et chargés et je vous soulagerai» (S.Matthieu XI, 28). retrouve PllS ces paroles de Notre-Seigneur: « Je suis
Ah! mes frères, si seulement l'homme moderne . la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en
avait le temps de songer un peu aussi à lui-même, de se moi, et en qui je demeure, porte beaucoup' de fruits;
parler un peu à lui-même, de jeter un peu les yeux sur car sans moi vous ne pouvez rien faire. Si queiqu'un
la masse des pr,oblèmes restés sans solution dans sa vie, ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le
- certainement il trouverait le Christ. sarment et il sèche; puis on le ramasse, on le jette au
b) Il Le trouverait, comme L'a trouvé saint Augustin, feü et il brûle » (S. Jean XV, 5-6).
après bien des égarements. Savez-vous comment il En vérité, celui qui regarde l'histoire à la lumière de
nomme le premier pas vers sa conversion? « C'est alors ces réflexions ne peut manquer de s'apercevoit que sur
que pour la première fois j'ai tourné mes regàrds au la route des peuples" beaucoup de rameaux brisés et
dedans de moi-même ». Et comment est-il arrivé à coupés ont péri : des hommes et des institutions, des ,
cette démarche? D'abord il lui fallut éprouver en conceptions du monde et des entreprises qui peut-être
lui-même, dans son corps et dans son âme ce que veut étaient aussi des initiatives , hardies et de grands pas,
dire être un homme, être un homme qui soupire mais sur de faux c:hemins. « Grandes passus extra
après la vérité, la paix et une réponse; être un homme ~'iam », comme dit saint Augustin.
jeté çà et là par les vagues des passions, de la colère et de Cette constatation de saint Augustin dirige notre.
l'inquiétU:de et venir à bout de cette destinée humaine attention sur la seconde partie du sujet que nous traitons
avec comme aliment la pauvre philosophie du paganisme aujourd'hui: Comme elle est pénible et insupportable la vie
Il lui fallut d'abord fixer ses yeux sur le vide béant d'un sans le Christ!
monde qui ne connaissait pas le Christ, pour ensuite
pouvoir apprécier la force lumineuse qui jaillissait des
yeux du Christ.
Lisez, seulement le récit d~sderniers instants de
,S'trindbe1'g, lorsqu'il appela sa fine auprès de lui et lui

r
1

LE MAITRE DE LA VIE
1

B) Est-ce une exagération de soutenir que ['homme


d' aujourd~hui a essayé ,de vivre et de s'organiser sans le
II ChTist? « La religion est un concept suranné dont on n'a
plus besoin actuellement » a-t-on pensé et on a agi en ,
LA VIE SANS LE CHRIST
conséquence. La richesse et la science - voilà ce 'qui est
important et non p~s la religion et la morale. Pourquoi
A) A Berlin se trollve une attraction bien intéres- , ferais-je cette prière (l Donnez-nous aujourd'hui ),lotre
sa~lte : le Planetarium., pain quotidien », lorsque des navires gigantesques
Qu'est-ce que cette attraction? amènent par-dessus l'océan le blé du Canada et que des
On y voit la voûte céleste. Le soleil descend lentement, locomotives monstrueuses nous apportent le pain de
dispataît derrière un rideau , et dans J'obscurité qui chaque jour. Le travail est le moyen de production et non
tombe brille au~ dessus de la tête des spectateurs tout , pas la prière. '
le ciel étoilé. La grande Ourse,... les Pléiades .. . Orion ... Auj<.mrd'hui pourtant nous en sommes arrivés à ce
Voici l'étoile polaire ... Ll/. lune s,e lève et parcourt que le travail sans pri.ère est devenu une semence sans
le ciel aVeC une paisible majesté. Ensuite se montrent moisson. L'homme actuel produit une quantité de biens
les planètes qui décrivent leurs ellipses ... Les specta- matériels; beaucoup plus que jamais auparavant, -
teurs ne peuvent contenir leur admirlltiqn sous l'impres- mais avec tous ces biens il n'e,s t pas devenu plus heu-
sion de ce spectacle captivant ... On sent pom ainsi dire reux. L'incertitude si déprimante pour les nerfs con-
tout près de soi le souffiedu Dieu tout-puissant. cernant la marche du monde, avec laquelle nous nous
La séance est finie. La foule se précipite dans la rue, couchons actuellement chaque soir et nous levons
dans la rue bruyante de la grande ville, mais à ce chaque matin, cette incertitude mortelle nous amène à
moment-là disparaît aq.ssi de son âme la pensée de Dieu. la conviction que Dieu, le Christ, la foi et la Teligion sont
Ah! Seigneur, comme Vous vous êtes éloigné de nous, des réalités avec lesquelles il faut compter même dans la vie
les hommes d'aujourd'hui! Ou plutôt, comme nous nous économique. Le simple progrès matériel ne fait que
sommes éloignés de Vous! Les milliards d'étoiles Vous séparer, ne fait que créer des désaccords, accroître les '
connaissent et Vous rendent hommage; mais le monde luttes de classes et c'est pourquoi, sans le Christ"Je
des hommes, où Vous rend-il hommage? Sur les clo- chemin de la société humaine la COI1duit au chaos, à
chers de nos églises il y a encore la croix, dans telle ou l'anarchie, à la révolution. Aujourd'hui nous sommes
telle salle de classe il y a encore le crucifix, dans certains déià arrivés au point que celui qui n'a pas le Christ ne
sanctuaires domestiqv.es il y est aussi ... Mais après. Où possède rien, 'quand il aurait toutes les autres choses.
voyons-nous, Seigneur, vos traces? Qui pense à,-Vous Nous en sommes arrivés au point que se sont réalisées
\ dans le tumulte des rues? Qui se soucie de vos comman- mot pour mot ces paroles de la Sainte Écriture : « Tu
dements clans le tourbillon de la vie? dis : je suis riche, j'ai acquis de grands biens, je n'ai
LE SYMBOLE DES APÔTRES U: MArfRE DE I. A VIE

, besoin de rien; et tu ne sais pas que tu es un dernièrement par un des plus illustres médecins améri-
malheureux, un misérable, pauvre, aveugle -.et nu » cains, le Dr Charl~s H. May,') ors du congrès des méde-
(Apocalypse III, l7). , cins américains, 's ur la connexion entr~~_ les maladies
L'homme ne peut être ni heureux ni bon, sans le mentales et la civilisation moderne avec son dévelop-
Christ.' pement industriel qui ne laisse plus un instant de repos ':
C) Quand on voyage en chemin de fer et que l'on « Actuellement, dans les hôpitaux des États-Unis, un
regarde par la portière on voit courir des fils sans fin lit sur deux est occupé par un aliéné, un déséquilibré,
SUl" de grands poteaux de fer; ce sont les lignes de courant un idiot, un névropathe ou un sénile. La cause : notre
à haute tension d'une centrale électrique. De cet~e centrale vie fébrile. Elle ruine la raison, la force et l'intelligence.
se répandent ' dans des centaines et des centaines de L'allure précipitée actuelle éveille en beaucoup d;hom-
petits villages et dans les villes, les usines, les ateliers mes le désir de se procurer enfin le repos, au prix de
et les appartements, la lumière, la chaieur' et la force. n'importe quel moyen» (Cf. Shônere Zukunft, 1931,
Mais si en route le fil se rompt à une place quelconque, novembre, p . 24).
l'obscurité, le froid et l'immobilité se répandent sur Comme elles sont encore vraies aujourd'hui ces lignes
toute la région. sublimes écrites jadis par sainte Catherine de Sienne :
La personne sacrée de Notre-Seigneur Jésus-Christ est « Voulez-,vous que je vous dise brièvement ce qu'est
la centrale qui éclaire, réchauffe, vivifie et encourage au Dieu?' Il ne trouve pas la paix, celui qui s'est séparé de
travail l'âme humaine. Par , les fils invisibles de la vie Lui». Quelle profonde pensée, quelle sainte clairvoyance!
religieuse, des centaines de millions de cœurs reçoivent 'Etes-vous inquiets, êtes-vous troublés? Vous l'êtes,
de Lui la lumière de la foi, la chaleur de la vie de l'âme parce que vous n'avez pas Dieu.
et la force motrice de la grâce ... mais hélas! dans Mais à présent je retourne la question. Si nous avons
beaucoup d'âmes modernes le courant est coupé. Les un Dieu, alors se déverse sur notre âme une paix
uns l'ont coupé eux-mêmes, chez les autres il a été inébranlable. Et c'est pourquoi la vie avec le Christ est
coupé exprès par ceux qui veulent révolutionner le heureuse et facile. Et c'est pourquoi elle est pénible et
monde. Car c'est un fait bien connu qu'au commen- insupportable' _,sam le Christ.
cement d'une révolution, les insurgés coupent tout
d'abord
r -
le courant. Depuis des siècles, des mains scélé-
rates coupent les fils qui unissent l'âme de l'homm~ à
la centrale qui fait mouvoir le monde entier, à Dieu,
et alors on s'étonne encore que l'insécurité d'une nuit Mes frères, certainement il n'yen a pas beaucoup
sombre descende aujourd'hui sur nous ~t que nous parmi vous pour connaître cette loi antique et vénérable
cherchions désespérément sur un sol glacé une issue? du canton suisse du Tessin en vertu de laquelle tout acte :
N'est-elle pas effrayante, cette déclaration faite officiel doit commencer par ces mots: « Nel nome deI !
LE SYMBOLE DES APÔTRES
LE MAITRE DE LA VIE

Signore JI (u Au hom du Seigneur »). Récemment il se plus nombi'eux sortir de la cave glacée de l'athéisme
trouva aussi. là-bas des hommes offusqués par ce bel et vers la lumière réchauffante de la présence de Dieu.
séculaire usage et ils déposèrent une proposition au t
La vie est pénible à nous aussi, mais le Christ est « le f
gouvernement ' icantonal en vue de supprimer ",cette Maître de la vie )) et nous supportons la vie « au nom du
coutume. Le 1er novembre 1931, jour de la '"Jl"oussaint, Seigneur », parce que continuellement retentissent à
le Grand Conseil prescrivit un plébiscite pour que le nos oreilles ces paroles du Psalmiste :
peuple décidât s'il voulait continuer à mettre en tête
des actes officiels le nom de Dieu, ce qui en d'autres Ri le Seigneur n'édifie pas la maison,
termes équivalait à lui demander s'il voulait continuer En vain travaillent ceux qui la bâtissent.
à manifester son attachement à la religion par cette Si le Seigneur ne garde pas la ville,
marque extérieure. Et savez-vous comment se répar- En vain les sentinelles veillent à sa garde.
tirent les 24.000 suffrages exprimés? Il Y eut 7.000 voix
contre et 17.000 pour vouloir conserver ce bel usage des. Mes freres, tous -ensemble, nous voulons faire de notre,
ancêtres, et depuis les documents commencent toujours âme un voile de V honique, dans lequel nous imprimerons
comme précédemment par ces mots: « Ne! nome deI de maniere ineffaçable le visage béni de Notre-Seigneur
SiO'nore
_ b », « Au nom du Seigneur ». Jésus-Christ, le Maître de la vie. Amen.
Mes frères, dans notre siècle de désespoir qui com-
~ence à s'emparer de l'humanité actuelle; à notre
époque où des philosophes pessimistes veulent nous
familiariser avec l'idée fatale du « Déclin de l'Occident»,
les fidèles du Christ relèvent maintenant la tête avec
confiance « au nom du Seigneur ». Nous aussi nous
apercevons des signes de ruine, nous aussi nous sommes
effrayés par l'abaissement du niveau moral, mais ce
n'est qu'un cô!é du tableau. Sur l'autre côté nous
découvrons des signes encourageants. Nous voyons des
adultes qui jadis erraient à l'aventure sans le Christ et
maintenant ont retrouvé le Maître de la vie, - nous le
voyon~ et nous nous en réjouissons. Nous voyons les
rangs de notre jeunesse s'ouvrir à un nombre croissant
de courageux fidèles, partisans de la pQ1reté chrétienne,
- nous les voyons et nous en réjouissons. Dans nos
églises bondées nous voyons des hommes de plus en
SANS LE CHRIST? 333
bravaient orgueilleusernent, si bien qu'ils 'ne purent
plus se comprendre mutuellement.
:xxv N'est-ce pas aussi notre malheur que les hommes,
les peuples, les races, les pays ne se comprennent plus
réciproquement? Les hommes de Ba~l, séparés de
SANS LE CHRIST? Dieu, ne se comprenaient plus, à cause de la confusion
des langues; mais les hommes d'aujourd'hui qui se
sont séparés du Christ, à cause de leur égoïsme effréné,
MES FnÈRES, à cause de leur insondable cupidité, à cause de leur
haineuse lutte de classes, ne se comprennent pas non
Aujourd'hui je poursuis le sujet que j'ai commencé plus, Nous avons la science, l'industrie, le commerce
dimanche dernier. Je le poursuis avec le onzième et malgré cela ia confusion qui s'est àbattue sur nous
chapitre de la Genèse Dll il est question de la construc- nous montre que pour une vie humaine paisible il faut
tion de la tour de Babel, lorsque les hommes se dirent encore autre chose que tout cela, et que l'homme
les uns aux autres : « Venez, façonnons des briques devient malhe~reux, s'il vend le droit d'aînesse de
et cuisons-les au' feu ... Construisons-nom, une ville et son âme pour le plat de lentilles des biens matériels.
une tour dont le sommet atteigne le ciel, et faisons-nous . Il nous manque la santé de l'âme, une réorganisation
un nom célèbre» (Genèse XI, 3 ~4). de l'âme. Par nous~mêmes nous en sommes incapables.
Mes frères, à qui ne viendrait-il pas à l'idée que ces Le baron de Münchhausen pouvait s'élever de terre
orgueilleuses paroles ressemblent de façon effrayante en se cramponnant à ses pf(~pres cheveux - mais
à celles de beaucoup d'hommes d'aujourd'hui. Actuel- ceci n'arrive que dans les contes. Tant que n,'est pas
lement encore beaucoup se rengorgent avec orgueil, réalisé l'assainissement de l'âme, nous ne pouvons pas
parce que, au cours des dernières dizaines d'années, par des dispositions purement économiques nous sortir
l'humanité s'est enrichie d'autant de nouvelles inven- du marasme de la crise économique.
tions scientifiques que peuvent en montrer tous les Le sort de la tour de Babel, est devant nos yeux
siècles pa~és réunis. Et c'est la vérité. Mais il est comme un exemple frappant - et je voudrais déve-
également vrai que nous n'avons pas le repos, que lopper dans le sermon de ce jour cette leçon, pour fai re
notre vie n'est pas peureuse. suite aux sermons précédents: l Nous aussi nous avons
~t pourquoi? Que lisons-nous dans la Sainte Écri-
voulu bâtir sans le Ch1ist, mais II sans le Christ il n'y a
ture? Pourquoi l'orgueilleuse tour de Babel qui devàit pas de vie paisible _et digne de l'homme.
arriver jusqu'au ciel n'a-t-elle pas été terminée? Parce
ql1e Dieu . a brouillé le langage des hommes qui Le

1
334 LE SYMBOLE DES APÔTRES SANS I.E CHRIST? 335
Il nous arrive comme à «l'apprenti sorcier» de Gœthe
qui avait évoqué étourdiment les esprits, mais ne
1 pouvait plus les renvoyer.
L~ï' science a fabriqué des machines de plus en plus
Nous AVONS BAT! SANS LE CHRIST
nouvelles, de plus en plus rapides, de plus en plus 1 ~
, \ puissantes. La chimie et la physique ont dompté les 1

A) Un jour les Pharisiens s'avancèrent si audacieu- forces naturelles et les ont mises entre les mains de
sement contre Notre-Seigneur que le Sauveur leur l'homme. Mais quel est cet homme qui a en mains ces
répondit par ces paroles menaçantes : « Je m'en vais machines, ces moteurs et ces inventions d'une puissance '
et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché » de plus en plus monstrueuse ? Quel est-il cet homme?
(S. Jean VIII, 21). Un être jeté çà et là par le déchaînement d'instincts
Terrible menace dans la bouche du Seigneur. J'ai bestiaux, - à moins que le Christ ne le tienne en bride.
tout essayé avec vous, - mais vous êtes restés endurcis. N'est-ce donc pas une manière d'agir insensée que
Je vous ai enseignés, - et vous avez dénaturé et mal de mettre entre les mains d'un homme des forces de
interprété mes paroles, vous vous en êtes moqué et plus en plus dangereuses et de négligér de fortifier en
vous avez bouché vos oreilles. Je pourrais faire tomber même temps et dans la même mesure son âme? Quand
la foudre sur vous, entr'ouvrir la terre sous vos pieds... on construit un moteur plus fort pour une auto, n'est-il
je ne le fais pas. Je ne fais pas autre chose que m'éloigner pas élémentaire d'installer en même temps des freins
de vous en silence, - mais vous périrez de cet abandon. meilleurs et plus robustes? Mais nous ne faisons que
Ces paroles qeNotre-Seigneurne se réalisent-elles pas d'accroître la puissance des moteurs, des dynamos, des
mot pour mot dans le monde actuel ? Elles se réalisent hélicèS entre les mains de l'homme, - et nous oublions
dans cette humanité qui tourne le dos au èhrist et aux de fortifier dans l'âme humaine la crainte de Dieu, le
lois morales, mais tôt ou tard dans ces âmes abandonnées sentiment de la responsabilité, l' honnêteté, l'accomplis-
pleure le désir du Christ; elles se réalisent également sement consciencieux' du devoir, et i' amour de Dieu.
en ces hommes qui se préparaient à organiser leur vie Regardons seulement autour de nous ce qui se passe
en dehors du Christ, mais qui à présent sont obligés dans le mOI\pe actuel et nous ne serons pas obligés
de voir que toutes leurs routes aboutissent à une impasse de chercher longuement pour avoir la claire certitude
où ils tâtonnent follement. que tout n'est que mot à effet, illusion, fantasmagorie,
B) Depuis des siècles on a bâti la société humaine château de cartes, tant que chacu~ ne s'efforce pas de
actuelle en dehors du Christ, mais aujourd'hui on devenir lui-même meilleur, plus noble; plus pur, plus
commeiice déjà à voir que l'humanité par ses efforts chrétien. Ne voyol1s-nous pas que tout s'écroule :
exclusivement techniques et scientifiques s'est engagée civilisatiop, cultur~; richesse et ~ie humaine, tant que
dans une impasse où elle a du mal à trouver une issue. les intérêts égoïstes à l'affüt dans l'homme, la soif du
334 LE SYMBOLE DES APÔTRES SANS LE CHRIST? 335
Il nous arrive comme à «l'apprenti sorcier)) de Gœthe
qui avait évoqué étourdiment les esprits, mais ne
J pouvait p~us les renvoyer.
L:r' science a fabriqué des machines de plus en plus
Nous AVONS BATI SAN'S LE CHRIST
nouvelles, de plus en plus rapides, de plus en plus
puissantes. La chimie et la physique ont dompté les
A) Un jour les P harisiens s'avancèrent si auda~ieu- \ forces naturelles et les ont mises entre les mains de
sement contre Notre-Seigneur que le Sauveur leur l'homme. Mais quel est cet homme qui a en mains ces
répondit par ces paroles menaçantes : « Je m'en vais machines, ces moteurs et ces inventions d'une puissance .
et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché )) de plus en plus monstrueuse? Quel est-il cet homme?
(S. Jean VIII, 21). Un être jeté çà et là par le déchaînement d'instincts
Terrible menace dans la bouche du Seigneur. J'ai bestiaux, - à·moins que le Christ ne le tienne en bride.
tout essayé avec vous, - mais vous êtes restés endurcis. N'est-ce donc pas une manière d'agir insensée que
Je voUs ai enseignés, - et vous avez dénaturé et mal de mettre entre les main~ d'un homme des forces de
interprété mes paroles, vous vous en êtes moqué et plus en plus dangereuses et de négligér de fortifier en
vous avez bouché vos oreilles. Je pourrais faire tomber même temps et dans la même mesure son âme? Quand
la foudre sur vous, entr'ouvrir la terre sous vos pieds ... on construit un moteur plus fort pour une auto, n'est-il
je ne le fais pas. Je ne fais pas autre chose que m'éloigner pas élémentaire d'installer en même temps des freins
de vous en silence, - mais vous périrez de cet abandon. meilleurs et plus robustes? Mais nous ne faisons que
Ces paroles qeNotre-Seigneurne se réalisent-elles pas d'accroître la puissance des moteurs, des dynamos, des
mot pour mot dans le monde actuel? Elles se réalisent hélicèS entre les mains de l'homme, - et nous oublions
dans cette humanité qui ' tourne le dos au Christ et aux de fortifier dans l'âme humaine la crainte de Dieu, le
lois morales, mais tôt ou tard dans ces âmes abandonnées sentiment de la responsabilité, l' honnêteté, l'accomplis-
pleure le désir du Christ; elles se réalisent également sement consciencieux' du devoir, et l'amour de Dieu.
en ces hommes qui se préparaient à organiser leur ' vie Regardons seulement autour de nous ce qui se passe
en dehors du Christ, mais qui à présent sont obligés dans le mon,de actuel et nous ne serons pas obligés
de voir que toutes leurs routes aboutissent à une impasse de chercher longuement pour avoir la claire certitude
où ils tâtonnent follement. que tout n'est que mot ~ effet, illu,sion, fantasmagorie,
B) Depuis des siècles on a bâti la société humaine .château de cartes, tant que chacun ne s'efforce pas de
actuelle en dehors du Christ, mais aujourd'hui on devenir lui-même meilleur, plus noble; plus pur, plus
commence déjà à voir que l'humanité par ses efforts chrétien. Ne voyol1s-nous pas que tout s'écroule :
exclusivement techniques et scientifiques s'est engagée civilisatiop, cultur~; richesse et ~ie humaine, tant que
dans une impasse où elle a du mal à trouver une issue. les intérêts égoïstes à l'affùt dans l'homme, la soif du . 1
1
LE SYMBOLE DF.5 APÔTRES SÀNS LE CHRIST? 337
pouvoir et du plaisir ne trouvent pas leur contrepoids monde sans le Christ est un monde sans morale, B) Uil
dans la culture de l'âme, dans le Christ. Ne voyons- monde sans ordre et C) un monde sans repos.
nous pas que notre système politique et économique, A) Le monde sans le Christ est un monde sans mOl·ale.
scientifique et technique sombre dans'"-i.lll chaos funeste, La liberté cl'une vie sans morale n'est attirante qu 'à ses
tant que chacun ne s'efforce pas, à la place même où l'a <:J.ébuts, elle n'étourdit qu'au commencement et même
mis sa vocation, de devenir plus humain, plus généreux, alors seulement les natures vulgaires. Seules elles
plus patient, plus détaché, plus désintéressé, _ .plus croient s'être débarrassées d'un fardeau, lorsqu'elles
chrétien. La grande faillite actuelle, comme les ruines ont rejeté les tables de pierre des dix commandements.
de la tour de Babel, nous donne cette dernière leçon Mais comme il leur faut vite s'apercevoir que, sans des
qu'il ne peut y avoir de progrès véritable, sans accrois- lois qui nous lient intérieurement et règlent nos
sement de la bonté du cœur, qu'il ne peut y avoir de chemins, la vie est vide et sans valeur. Elle est vide,
vraie civili~ation, sans la culture de l'âme, c'est-à··dire parce qu'elle s'est engagée sur une fausse route.
qu'il ne peut y avoir de vie humaine sans le Christ. Vivre humainement équivaut à remplir un devoir. Plus
Mais nous sommes encore chrétiens. Nous vivons la vie est vide, moins une tâche se tro~"e devant elle.
encore dans la lumière (l'un passé chrétien deux fois « Le temps n'est pas loin, écrit un philosophe espagnol
millénaire, mais ce qu'est pour nous le Christ, seul peut (José Ortega y Gasset), où du globe terrestre tout
le comprenqre le peuple à qui les tyrans ont ôté la entier s'élèvera, comme les hurlements de chiens
religion. Quelle nuit terrible: naître, souffrir et mourir innombrables, un cri vers les étoiles et on demandera
sans que le Christ se tienne près de notre berceau, de une puissance qui commande et prescrive le travail
notre lit de malade et de notre cercueil! Quelle chose quotidien et le devoir ».
affreuse que de vivre sans le Christ! n semble, mes frères , que ce temps soit déjà arrivé.
Qui ne sent que l'axe du monde e5t sorti de son pôle?
Qui ne sent que l'humanité actuelle va à l'aventure
sans chemin, sans but, sans patrie. depuis qu'elle a
II perdu le contact avec Dieu? L ' âme qui a soif de Dieu
chyrche partout un « remplaçant de Dieu .» et c'est
SANS LE CHRIST NOUS PÉRISSÔNS pourquoi elle se jette, avec la soif d'un homme souhai-
tant la mort, sur la science, l'argent, le plaisir, l'art,
IVIais je sens, mes frères, qu'il ne suffit pas d'affirmer les cigaréttes, le champagne, la danse, les cabarets, la
morphine, la cocaïne . .. sur tout, comme les papillons 1
tout cela, - il faut encore le prouver. Je poserai donc l,
cette question : En est-il réellement ainsi? Le monde nocturnes sur la lumière trompeuse ... )

sans le Christ va-t-il réellement à la ruine? Et ma réponse Et la fin!


sera celle-ci : OuiJ il va à la ruine, parce que ·: A) le La fin, ç'est gue même après un déluge de sensations

Sym h. ri . Ap . - 'J' . fI 22
1

,l
LE SYMBOLE DES APôTRES , SANS LE CHRIST?

travailler tranquillement, quand on peut bâtir, créer, l'écroulement journalier de l'histoire moderne ' la plus
tirer des plans et réussir, alors une fumée de satisfacti011 récente, ne se rendrait pas compte que tout chancelle
et de suffisance enveloppe notre cerveau et l'homme et s'effondre, parce que nous avons construit sur
essaie toujours de nouveau la tragique entreprise : Je des bases trop faibles. Reconnaissons·le : nous nous
me suffis ~l moi.·mêllle. Je n'ai pas besoin d'un Rédemp- sommes trompés, quand nous avons cru que la vie
teur, je n'ai pas besoin du Christ. . pouvait ~'édifier uniquement sur l'homme, sur les
Ce n'est que depuis peu de t~mps que nous Vivons soi-disant « droits de l'homme ». L'homme s'est révélé
à une époque aussi malheureuse, - et actuelle.ment trop faible pour cette tâche et ils ,se sont révélés insuf-
précisément nous en gémissons. Quand y a-t-Il eu fisant,s ces « droits de l'homme» qui ne proviennent pas
dans le monde autant de chercheurs et de savants que des droits « de Dieu » et que le Christ n'a pas ennoblis.
de nos jours? Quand a··t-on écrit autant de livre~, M;is lorsque l'égoïsme besÙal s'est déchaîné et lancé
quand a-t .. on eu autant d'instruction, quand a-t-on fal: sûr. nous, avec « la lutte de tous contre tous », du moins
autant de découvertes dans le domaine de la nature? avons-·nous vu enfin la sainte vérité du vieil avertis-
. 1
Et pourtant : quel désordre dans toutes 1es questIOns. sement du Christ: «Celui qui n'est pas avec moi est
Nous avons le téléphone qui rapproche entre eux les contre moi» (S. , Luc XI, 23). Constatons que le monde
chefs des peuples, comme jamais auparavant: nou~ sans le Christ est un monde en désordre.
avons les chemins de fer, l'aviation, la radiO qUI C) Et pour finir: Le monde sans le Christ est un monde
devraient ,servir à nous rapprocher . mutuellement, sans repos.
_ et jamais QOus n'avons été si loin les uns des autres. En 1926, pour prendre part au Congrès Eucharistique
Jamais les chefs d'État n'ont tenu autant de con~é. de Chicago, j'ai fait le voyage d'Amérique sur un des
rences , mais les différends, les divisions et les conflIts
. plus grands navires du monde, l'Olym,pic, de 46 mille
deviennent de plus en plus effrayants. JamaiS une tonneaux. Je n'ai pas besoin de vous parler en détail
production matérielle aussi gigantesque n'a affiué sur du luxe inouï 'lui règne à bord d'un transatlantique
la terre, jamais les matières premières nécessaires au si gigantesque. Le nombre des p3ssagers est de trois
travail n'ont été entassées en telle quantité, en certains mille, celui' de l'équipage est de huit cents. Il n'y a
pays les greniers à grains n'ont encore jamais été aussi pas d'hôtel de grande ville, même le plus m,?derne,
remplis, et cependant - partout le chômage et la pour pouvoir rivaliser en confort avec ce~ navire.
misère ,sont immenses. Salons, '- fumoirs, , piscines, biQliothèques, journaux
Ne voyons-nous donc pas, mes frères, que lorsque paraissant chaque jour... Ce paquebot à sept étages
nous nous écartons du Christ, nous nous écartons des offre un confort incomparable et les passagers y trouvent
his naturelles de la communauté humaine, du progrès à se distraire toute la journée ... Un jour on nous
et du développement humain. montra les machines ... ces machines colossales qui avec
Il faudrait qu'il soit aveugle, celui qui, devant . un bruit et un- vacarme incessants poussent le navire
LE SYMBOLE DES APôTRES SANS LE CHRIST?

à une vitesse de quarante kilomètres à l'heure ven seulement . cela, mais encore de pratiquer récipro-
l'Amérique. Et en bas, au-dessous de la ligne de flot- quement la justice. Avec le Christ qui a proclamé le
taison, dans les profondeurs du navire je vis les machi- premier que nous s~mmes tous frères : patrons __,et
nistes à demi-nus dans une chaleur infernale, le visage ouvriers, ,petits et grands, forts et faibles, instruits ct
cramoisi ... je vis aussi les dortoirs où sont entassés d'une ignorants. Avec le Christ dont l'apôtre écrit: « Portez
manière inhumaine les stewards si élégants dans les les .fardeaux -les uns des autres, et vous accomplirez
salles à manger... et tous les problèmes non résolus ainsi la loi du Christ» (Galates VI, 2).
de la vie actuelle, raffinée jusqu'à en mourir, surgirent En effet, reconnaissons-le, en dépit de tous les
devant moi. raisonnements, en dépit de toutes les explications, il
Que peut-on y faire, mes frères? Que peut-on y faire? reste. toujours dans la question un point brùlant :
Supprimer, anéantir tout le luxe dans le monde? Mais Pourquoi, pourquoi? Pourquoi y a-t-il des riches et des
s'il n'y avait pas autant de voyageurs, il y aurait aussi pauv,res ? Pourquoi y en a-t-il pour jouir d'un heureux
moins de travail et moins de salaire. Par contre, si nous 1 sort et d'autres qui baignent chaque nuit de leurs
maintenons encore le niveau actuel de civilisation, il larmes leur oreiller? Pourquoi? Aucune philosophie,
exige de terribles sacrifices : le sang et la sueur de nos aucune conception du monde ne peut donner de
frères. Que faire? Qui résoudra te problème angoissant réponse satisfaisante, sauf l'idée chrétienne, le royaume
des riches et des pauvres? Qui donnera la réponse? du Christ.
Qui ramènera la paix dans les âmes agitées? Qui Le royaume du Christ est un royaume qui invite les
sauvera la civilisation, sans fui sacrifier . l' humanité? riches à la justice et à la bienfaisance méritoire, qu i
Du reste, y a-t-il une solution au problème le plus donne aux pauvres la force de porter leur croix de façon
brûlant de notre époque, la question sociale? En effet, méritoire.
comme les choses vont à présent, elles ne sont pas en Le royaume du Christ est un royaume où la vie
ordre, le problème n'est pas eaxctement résolu, - familiale est sacrée et l'enfant appelé une « bénédiction
nous le sentons. Mais la sùppression de la propriété de Dieu 1). ' .,

privée n'est pas non plus une solution, car elle pura- te royaume du Christ est un royaume où chaque
lyserait l'activité humaine et alourdirait les mains des travailleur reçoit un juste salaire et chaque scélérat son
travailleurs; le bolchévisme n'est pas une solution, car châtiment.
les instincts sauvages déchaînés rejettent la civilisation Le royaume du Christ est un royaume où chacun
humaine des siècles en arrière... Y a-t-il donc une est pur dans son cœur, dans ses désirs, dans ses actes.
solution? Le royaume du Christ est un royaume où la vertu
Il y en a une ~ mais seulement près du Christ. Près du s'avance hardiment la tête haute et où le péché cache
Christ qui nous a donné à tous le commandement de sa honte dans l'obscurité d'une cave moisie.
nous aimer, de nous aider les uns les autres. Non Le royaume du Christ est un royaume où ... mais
SANS LE CHRIST? 345
344 LE SYMBOLE DES APÔTRES

la route royale; que seul~ la foi surnaturelie donne la


pourquoi en dire davantage? Comme nous en sommes
solution des problèmes de cette terre; et que nous devons
loin, comme nous en sommes loin, nous lamentons-nous.
d'abord relever. silencieusement au'- fond de notre
Oh l,ou,i , nous en sommes bien loin. Ne soupirons pas,
. âme le sanctuaire de la foi en Dieu et que c'est alors
mes freres, de ce que nous en sommes si loin, mais
seulement que nous pourrons soutenir victorieusement
travaillons pour. que l'esprit du Christ se développe
la lutte avec les forces ténébreuses de l'égoïsme, de
dava~tage ~arml n~us et prions pour que le royaume
l' envie ~et de la lâcheté. En revanche, si les combats de
de DIeu arnve parmI nons, parmi, nous pauvres hommes
la vie ensevelissent sous les décombres dans notre âme
qui luttons presque à l'agonie, et qùe sa sainte volonté
le sanctuaire d'où sort la réalisation de nos aspirations
arrive sur la terre comme au ciel.
vers un autre monde plus noble et plus haut, alors ne
Car. tant que ce royaume n'est pas arrivé, il n'y a pas
nous étonnons pas qu'à notre firmament s'éteignent ,1
de p~IX pour nous. Le Christ a .été crucifié jadis et
les étoilés qui règlent la culture, la civilisation et la vie , i
depUIs Il continue à être de nouveau crucifié, - et ,1
pourtant toute la vie humaine L'appelle, parce qu'il n'y a humaines. 1

Certes que de grànds mots cletoute sorte montent 1

pas.un ~eul problertte de la vie qui puisse être résolu de façon


commè des fusées devant l'hmuanité actuelle! Mots à
satzsfmsante sans Lui.
eftet . qui promettent amélioration, repos, bien-être,
* * paix et moyens d'existence, et finalement tous se brisent
comme une pièce d'artifice avec grand fracas, et après,
Mes frères, le gouvernement italien entreprend
l'ol;Jscurité devient encore plus grande.
actuellement des fouilles importantes à Rome' et dans
Mais aujourd'hui nous avons dépassé tout cela. Nous
les env~rom;, pour faire reparaître à la lumière du jour
savons que rien ne peut remplir le vide de notre vie,
les anCIens monuments ensevelis au cours des siècles.
Dans une de ces fouilles, on a rencontré dernièrement, sinon la Vérité éternelle absolue.
Il nous faut un Dieu qui nous parle et auquel nous
sous une grande autostrade et une ligne de chemin de
fer, un très ancien ,temple païen, un templep;ithagoricien !llûssions parler. ,
Il nous faut un Dieu qui .ait trœvaillé et souffert jJour
dont les fidèles av~~ent assigné pour but à leur activité
110US et nous fasse supp01'ter la vie en travaillant et en
le renouvellement moral intégral de la société.
Qui ne saisirait le symbolisme profond de cette décou- souffrant pour Lui.
Il faut un Dieu auprès duquel l~OUSpulsslOns nous
verte : un temple sous une grande voie de communication!
réfugier dans notre détresse et devant lequel nous puissions
Dans une confusion désespérée l'hum;nité actuelle
nous humilier avec reconnaissance dans la prospérité.
cherche une issue, seulement voici le mal: elIene creuse
Il faut un Dieu qui nous donne des commandements
pas assez profondément pour découvrir le sanctuaire
et auquel nous puissions obéir.
caché sous les décombres au fond de l'âme. Nous
Que dirai-je de plus? Il nOus faut NotTe-Seigneur]ésus-
oublions qu'il faut que !e templcsupporte la charge de
Christ. Amen.
LE SYMBOLE DES APÔTRES
LE CHRISTIAN ISME A- T- IL fA IT FAILLITE?

Beaucoup de ceux qui l'estent de glace ~evant L~.i,


349
\\
Et pour pouvoir y répondre, nous ne devons pas seraient des disciples fervents de Notre-SeIgneur, s tls
fermer les yeux devant d"ux faits douloureux. . Le connaissaient mieux. . .
A) D'abord nous ne devons pas fermer les yeux Beaucoup perdent la foi, parce qu'ils ne con.naissent
devant la -triste réalité que même parmi ceux qui sont pas la doctrine du Christ, le christianisme, malS seule.-
chrétiens de naissance, sont inscrits dans les registres ment les disciples du Christ, la chrétienté. .Ceux-.cI,
de baptême .et n'ont jamais abandonné ouvertement malheureusement, restent certainement plus ou mOlllS
\

la foi chrétienne, que même parmi ceux-là il y en a derrière leur Maître. Mais ne vous refroidissez pas, à
beaucoup qui ont perdu la foi, ne se soucient pas de la foi u cause de leur faiblesse, à l'égard du Christ et des vérités
et surtout ne vivent pas selon les prescriptions de la foi. chrétiennes. Ne vous rangez pas parmi ceux dont parle 1
a) Le nombre des chrétiens est grand, mais - Shakespeare qui apprécient davantage la poussi.ère de
malheureusement - comme il y en a peu parmi eux pour l'or que l'or lui-même, lorsqu'il est un pe~ pOUSSIéreux!
l'êt1'e devant Dieu. NIes frères ne vous scandalisez pas des faiblesses et des
Quand un païen chinois ou africain arrive dans une défauts de~ chrétiens, - ils sont aussi des hommes. Du
grande ville de l'Europe dite chrétienne et regarde moins .ne vous en choquez pas au point d'y briser votre
autour de lui, sent-il le soufRe pénétrant et transfor·. foi au Christ. . .
mateur du christianisme? Est-ce que dans l'ensemble Telle personne, à l'ilme sensible, vient se plamd.r~ :
de notre vie publique, dans ses manifestations, dans le « Chez vous tout n'est qu'obligation, dogme, affaIre
programme des thçâtres et des cinémas, dans les revues de raison ». 'Ce sont ceux qui n'ont jamais contemplé
illustrées, sur les plages, dans les banques e't les bureaux, la masse de sentiments qui brûlent dans les profondeurs
dans lel? usines et les hôpitaux ... se reflète la lumière de du cœur du Christ.
l'idée chrétienne? L'idée que nous nous faisons du Un autre arrive, un homme positif, et gémit :«. Chez
mariage, l'idée que nous nous faisons de l'honnêteté vous tout n'est qu'attendrissement, extase, sentImen-
dans les affaires et dans le plaisir, toutes ces idées talité ». Ce sont ceux qui ne connaissent pas l'édifice de
sont-elles conformes à la pensée chrétienne? notre foi élevé avec une logique inébranlable. ,.
Combien sont-ils dans notre pays pour être chrétiens! Un troisième survient: « Je ne veux pas être chretIen,
Mais comme ils disparaissent, lorsqu'on les cherche parce que l'idée du Juge éter~el et la pensée de la dam-
vainement, dans les listes d'abonnements aux journaux nation ne me laissent pas un 1l1stant de repos ». Ce sont
chrétiens,~' dans les listes des œuvres de charité chré . · ceux qui ne savent pas que le Christ n' ~st pas s~ulement
tienne, dans les rangs des électeurs des partis chrétiens, un Juge' sévère, mais aussi un « amI ~e~ ~echeurs »
parmi les participants aux manifestàtions chrétiennes. et qu'Il est venu pour « chercher ce qUI etaIt perd~ ».
b) Quelle est donc la cause de cette dou~oureus c Enfin se présente un quatrième: « J ~ ne ~eux pas etre 1
indifférence? C'est que ces hommes sont incapables d l! chrétien, parce que les chrétiens dont Je VOIS les œuvres
se faire une image exacte de Notre-Seigneur J ésus··Christ.
LE CHRISTIANISME A-T-IL FAIT FAILLITE? 347

Cette question il nous faut la regarder résolument


en face.
En effet, il est hors de doute que l'humaDité actuelle
s~uffl'e d'un vice organique essentiel, que réellement
XXVI
il y a autour de nous quelque chose qui a fait faillite.
Il est clair'qu'une pierre fondamentale s'est détachée de
LE CHRISTIANISME A-T-IL FAIT FAILLITE? l' édi.fi~e de l'ordre social actuel, que quelque chose
d'important, d'essentiel fait défaut à la vie de l'huma-
nité actuelle qui souffre, cherche sa route, languit dans
la misère et va à la révolutîon. Mais que lui manque-t-il .
MES FRÈRES, et en quoi a-t-elle fait faillite, telle est la question que je
soulève dans le sermon de ce jour. Est-ce le christia-
nisme qui a fait faillite ou bien l'humanité en voulant
L'histoire rapporte de saint Louis qu'au lieu de son s'organiser en dehors du christianisme? Notre détresse
nom de « Louis, Roi de France », il prenait de préfé- vient-elle de ce que nous sommes chrétiens ou bien de
rence celui de « Louis de Poissy»; c'était en effet d~ns ce que nous ne le sommes justement pas? Et dès le
cette ville qu'il avait été baptisé et en prenant ce sur- début de mon sermon je donne la réponse : Si nous
nom, le roi voulait proclamer combien il était fier du sommes malades, c'est parce que nous ne sommes pas
christianisme. chrétiens.
~tre . chrétien! - sommeS-110US heureux de l'être Co~ment peut-on prouver cette affirmation?
par la naissance? Et nous, les hommes d'aujourd'hui, 1. D'abord en montrant combien le monde actuel est peu
avons-nous raison de nous réjouir d'être chrétiens? chrétien, mais alors nous ne serons pas étonnés du
L'ange de Noël disait autrefois : « Ne craignez pas, résultat, II. Sans le Christ nous ne pouvons aboutir à
voici que je vous annonce une nouvelle qui sera pour nen.
tout le peuple une grande joie : Il vous est né aujour-
d'hui un Sauveur» (S. Luc II, IO- II). Mais actuelle- 1
ment le Christ est-Il encore réellement une joie, . une
valeur pour l'humanité? Est-ce que saint Paul pourrait COMME LE MONDE ACTUEL EST PEU CHRÉTIEN i
aujourd'hui encore dire du Christ: « Jésus-Christ est le
même hier et ~ujourd'hui; il le sera éternellement » . U~ monde avec le Christ ou un monde sans le Christ.
(HébreuxXIII,8). Ou bien ont-ils raison, ceux qui nous Un monde avec Dieu ou un monde sans Dieu. Tel est
jettent à la face: Aujourd'hui le christianisme s'enfonce le problème le plus profond et le plus brûlant de
dans la nuit, aujourd'hui le chrisianisme a faitt faillite. l'époque actuelle.
LE SYMBOLE DES APôTRES LE CHRISTIANISME A-T-IL FAIT FAILLITE? 35 1
dans le monde et dont j'entends les paroles orgueilleuses contre Dieu et la religion (SchOnere Zukunjt, 10 novem-
ne montrent pas dans leur vie ce que c'est que le chris- bre 1931, p. 106).
tianisme». Pourtant, mes frères, n'avez-vous pas entendu Ce sont ces abominations qui viennent d'abord à
des milliers de fois: vraiment ce n'est pas du christia- l'esprit .
nisme? N'avez'-vous pas entendu aussi des milliers de .b) l\1ais ne croyons pas que cette guerre satanique
fois cette exhortation : Suivez le Seigneur dans votre s'arrête aux frontières de la 'Russie. A peine y-a-t-il
vie et ne confessez pas uniquement en paroles votre foi? en Eurqpe un pays où ne soit menée lenCieusement ou
A quoi servirait-il de glorifier Dieu par nos lèvres, si hardimentlalutte ouverte co, el, ~tre ~;x t on se frotte
notre cœur démentait nos paroles? pour ainsi dire les Ë ycen- on ', upe à peine le croire,
Voilà la première triste réalité : même ceux qui se lorsqu'on lit qu'en urope paraissent 59 revues uriique-
, ts. "
reconnaissent chrétiens sont souvent bien loin de l'idéal ment pour ' enfan et Jeunes gens, qUl poursUlvent
du Christ. ouvertement une:propagande antireligieuse. Mes frères,
B) Mais voici une autre constatation encore plus vous pour qui le nom de Dieu est sacré, n'êtes-vous pas
douloureuse, encore plus émouvante: à côté des indiffé- indignés profondément devant une telle nouvelle? Et
rents, il y a aujourd'hui des ennemis déclarés de Dieu, l'athéisme n'est plus la doctrine livresque des anciens
des hommes en révolte ouverte contre Dieu. En ce moment demi-savants, il n'est plus le pédantisme des philosophes
je ne pense pas à notre pays où, Dieu soit loué, la guerre de cour à la manière de Voltaire, il n'est plus le combat
à Pieu est empêchée par la loi civile. Mais je pense à amer des désespérés à la manière de Nietzsche, mais
d'autres contrées de l'Europe où la propagande des c'est un immense mouvement politique qui menace de
sans-Dieu qui minent les bases de la vie humaine et de balayer la vie humaine.
J'ordre social poursuit ses menées sans entraves. Et lorsque nous lisons d'une part jour par jour les
a) Sans doute, je pense tout d'abord au fleuve de nouvelles effrayantes relatives à cette pei-sécution, nous
sang de la Russie bolchéviste où, depuis le début de la voyons d'àutre part journellement que la vie de ceux
domination des soviets jusqu'en 1930, 31 évêques, qui se nomment chrétiens est souvent en contradiction
156o . prêtre-s, 7.000 .religieux et religieuses ont été formelle avec la doctrine du Christ, alors nous pouvons
exécutés sans jugement; où un journal antireligieux, le répondre à la question : Le christianisme a-t,·il fait
(( Besbosnik )) paraît avec un tirage de' 4°°.000 exem- faillite?
plaires; IOÙ les instituteurs de Moscou donnent ·à leurs Non, ce n'est pas le christianisme qU1: a fait faillite,
élèves la tâche d'aller dans les églises, espionner ceux mais elle est arrivée au bord de l'abîme, l' humanité qui a
qui y prient 'et de les dénoncer ... ils reçoivent une' voulu vivre sans le christianisme. Car de même que les
récompense spéciale, ceux qui dénoncent leurs propres Juifs, depuis la mort du Christ, sont devenus un peuple
parents; où dans les cinémas, les cabarets, les gravures, errant et sans patrie, de même l'humanité qui tue en elle
les lIvres, des processions sacrilèges, tout est permis le Christ deviendra une perpétuelle errante, dans le
35 2 LE SYMBOLE DES APÔTRES LE CHRISTIANISME A-T-IL l'AIT FAILLITE? 353
domaine de la pensée et de la volonté, dans le grand pour 1919, mais pour toujours et pour tous qu'il s'y
labyrinthe de la vie. trouve une vérité appréciable : si nous avions suivi le
Christ, nous serions heureux; mais parce que nous ne
TI L'avons pas suivi, nous srnnmes"'malheu n u 'l.
A) Le christianisme est la religion de la pai,'C, de la joie
SANS LE CHRIST NOUS N'ARRIVERONS A RIEN et du bonheur, - et à présent il n'y a nulle part la jJaix
sur la terre. lVIais nous ne l'avons pas, parce que nous
Savez-vous qui a exprimé tout récemment avec une ne so'mmes pas suffisamment chrétiens. Ce n'est donc
concision claSSIque cette pensée que sans le Christ pas le christianisme qui a fait faillite.
nous n'arriveron~ à rien? C'est un orateur ànglais, le a) Le Christ est le « Prince de ia pai;';C », à sa naissance
I I novembre 193L les anges ont annoncé la paix aux hommes de honne
Dans toute l'Angleterre, on a célébré ce jour anni- volonté et Il nous a fait cette promesse: « Je VO.llS laisse
versaire de l'armistice, avec une piété touchante, .à la paix, je vous donne ma paix; je ne la donne pas comme
l'égard des soldats morts il la guerre. Dans les rues de la donne le monde » (S. Jean XIV, 27), et son salut
Londres et des grandes villes on vendit au bénéfice des préféré à ses apôtres était: « Pax vobis », « la paix soit
invalides de guerre des coquelicots; devant les gares et avec vous ».
les églises étaient installées des tombes militaires avec Nous (serions réellement chrétiens et nous verrIOns
leurs petites croix de bois vermoulues et couvertes de comme le monde serait tout autre au.tour de nous, si
mousse et ' les passants y déposaient par milliers les nous réalisions ces belles paroles de saint Paul ; « Que
coquelicots. Mais lorsque l'horloge du Parlement, la votre charité soit sans hypocrisie; ayez le mal en horreur,
1
Big Ben eut sonné I I heures, un coup de canon éclata attachez-vous au bien. Quant à l'amour fraternel, soyez 1

et à ce signal la capitale et toute l'Angleterre s'immo- pleins d'affection les uns pour les autres, vous prévenant
II· bilisèrent deux minutes. 'Les autos s'arrêtèrent, les d'honneur les uns les autres; pour ce qui est du zèle,
machines s'arrêtèrent et le tumulte de la circulation se ne soyez pas nonchalants : c'est le Seigneur que vous
changea en un silence de tombe qui prit fin sur un nou- servez. Soyez pleins de la joie que donne l'espérance,
veau coup de canon. . patients dans l'affliction, assidus à la prière ... Réjouissez-
Dans toute l'Angleterre on a tenu des réunions pour vous avec ceux qui sont dans la joie et pleurez avec ceux
la paix, et dans l'une d'el1~s furent prononcées les qui pleurent. :.. S'il est possible, autant qu'il dépend
paroles suivantes: '( Si le monde en 1919 avait suivi les de vous, soyez en paix avec tous les hommes.'.. Que
enseignements du Christ, aujourd'hui chacun serait riche chacun soit soumis aux autorités supérieures. Il n'y a
et ' heureux ». ., point, d'autorité qui ne vienne de Dieu; mais celles qui
Il vaut la peine de réfléchir sur ces paroles. D'y existent ont été instituées par Lui ... Ne soyez en dette
réfléchir et de les amplifier. Car ce n'est pas seulement avec personne,' si ce n'est de l'amour mutuel, car celui

Symb. d. Ap. - T. II 23
354 . LE SYMBOLE DES APôTRES . LE CHRlST1ANISME A-T-IL FAIT FAILLITE? 355
qui aime son prochain a accompli la loi ... Marchons Vous croyez donc en Dieu? demanda l'hôtelier.
. , ? '
honnêtement; ne nous laissons pas aller aux excès de la Naturellement. Et vous aUSSI, n est-ce pas.
table et du vin, à la luxure et à l'impudicité, aux •Nbn, monsieur, moi pas.
querelles et auxjalol sie~', m?Ïs revêtez-vous.du S"; ,!?-c1lr Alçrs? Alors donnez··moi donc une quittance. .
Jésus-Christ» (ROll ains XII et XIII). Et il avait raison. Car sans le Christ, sans la fOl en
Où en sommes-nous sur ce point? Dieu, on ,ne peut avoir de certitude véritable ni de
Mais alors ne disons pas que le christianisme a fait confiance ~ssurée, par suite il n'y a pas d'existence
faillite . vraiment humaine possible:
b) l ,a liberté a toujours été un idéal cher à l'humanité: Strindbelg aussi qui avait expérimenté en lui-mê~n~
1
pour le réaliser il a été versé, au cours de l'histoire, la barbarie de la confusion morale moderne fut oblIge
finale~ent de reconnaître: « Il m'est arrivé comme au
tant de sang, qu'il existe à peine un idéal qui en ait
exigé davantage. Mais la seule liberté qui en soit marin qui se confie à la mer, pour d{couvrir une nou- I
digne et qui soit digne de l'homme est celle qui est velle terre, et chaque fois que je croyais avoir ~c co~r;~~t
enracinée dans le respect et l'observation des lois une île inconnue, en la regardant de plus pres, c etaIt
inscrites dans notre nature ainsi que des lois révélées. toujours notre vieille Bible »).
Autrement il n'y a pas de liberté individuelle ou sociale B) Qu'est-ce que le Christ peut dire aux hommes
imaginable. d'aujourd'hui? telle est la question posée par beaucoup.
Est-il donc étonnant si la liberté effrénée du monde Rien, erltend-on souvent comme réponse. Il n'y a q~le
actuel a pour suite la ruine de la liberté individuelle et la machine, le chemin de fer, l'auto, le sous-mann
sociale? Si le navire n'obéit pas au pilote, alors il pour pouvoir encore parler à l'homme d'aujourd'hui.
obéit à la tempête. Mais c'est ainsi qu 'il fait naufrage. - mais le Christ?
Dans l'abbaye de Pannonhalma, un dessin représente a) Pourtant comme il n'en est pas ainsi 1 Pourtant,
.:
J- un tonneau dont les cercles ont été enlevés et au-dessous eomme l'homme d'aujourd'hui souhaite ardemment , par
\

on peut lire cette inscription : « Libertate periit », « il a delà la science, qttelque chose d'el/core plus haut! 1
pé·ri par la liberté )). Cela s'applique à "l'individu, à la Il Y a quelques années parut un livre d'un auteur
,
famille, au pays et à la société: sans le Christ la' société italien. Cet écrivain s'appelle Papini. Lui-même pendant
tout entière se' désagrège, se décompose et fait explosion. des années avait cherché sur les routes de l'athi isme
Le sénateur français Renaud avait loué pour un mois le plus amer,et de, la haine du Ch.rist l'h~rmoni.e de
un appartement dans un hôtel parisien et versé cent cin- la vie. Et lorsqu'après tous ces ,essaIS, un Vide aff~eux
quante francs à l'avance. L'hôtelier lui demanda s'il resta ouvert dans son âme, il se ·retira pendant qumze
I ~'
. ,
devait lui donner une quittance . mois dans la solitude, et là il trouva le Christ jusqu'alors
renié et avec le ·Christ l'équilibre de l'âme. Et c'est là
·
), Ce n'est pas nécessaire, répondit le sénateur. C'est
"
assez que Dieu nous voit. qu'il ~crivit son livre Storia di Christo.

1
356 LE SYMBOJ.E DES APÔTRES LE CHRISTIANISME A-T-IL FAIT FAILLITE? ' 357

01" que voyons-nous? Il n'y a pas de roman sensa- jetterai le filet» (S, Luc V, 5). Et ils prirent une énorme
tionnel qui ait trouvé sur le marché mondial une quantité de poissons.
, ', vente pareille à celle du livre de cet écrivain converti Mes frères, ne sentez-vous pas comme l'humanité
au Christ. Ce geste était une sorte d'explosion instinctive actuelle aussi travaille avec désespoir dans la nuit
de l'humanité aux prises avec une détresse indicible, sombre? Comme !es muscles se crispent, comme la
qui, comme ,le noyé après un fétu de paille, se cram- sueur coule, comme les sirènes des usines , sifflent,
ponnait au Christ, 'comme à son unique, ultime et mme les avions sillonnent les airs, comme les dynamos
suprêm~ secours. En effet savez-vous comment le fleuve ' èhantent et pourtant, pourtant ... où est le résultat de
de vie religieuse qui sort du Christ et revient au Christ nos travaux? « Seigneur nous avons travaillé toute la
régularise la vie humaine? Comme le Gulfstream nuit, mais sans Vous; et sans Vous nous ne sommes
régularise la température des rivages devant lesquels il arrivés à rien ».
coule. Celui dont l'âme n'est ni pénétrée ni ' régu- Sans le Christ, nous avons voulu rendre notre cœur
:" larisée par la vie chrétienne ou bien se consumera heureux, car nous ne savions pas quelle chose étrange
'.,
,1
:, , dans les hauts-fourneaux d'une sensualité effrénée est le cœur humain. Comme ses désirs sont mesquins et
"

ou bien périra de froid au pôle nord des vains immenses! Si vous lui jetez une bagatelle, il s'en
1
raisonnements. rassasiera; mais si vous lui donnez le monde
b) N'est-il pas vrai, mes frères, qu'une bonne ména- entier, il ne lui suffira pas. Nous voyons donc que le
gère, quand elle va faire ses achats, s'efforce d'acheter cœur humain n'est apaisé par rien sinon par le Christ.
les marchandises des marques les meilleures et les Voici le Christ devant moi comme un haut sommet
plus connues. Eh bien! nous avons vu que la Sèule couvert de neige et Il m'attire, m'appelle, me fortifie.
marque qui mérite conjiance dans les questions relatives C'est par Lui que je deviens un homme. Et tant que
au monde et à la vie, c'est la sainte croix du Christ. Il faut l'homme vivra sur la terre, il aura toujours besoin du
des aliments et il faut de l'argent pour vivre, mais ni Christ, parce qu'il faut toujours un bras robuste pour
le retirer de l'abîme, il faut un cœur miséricordieux

.
un estomac plein n~ une bourse bien garnie ne sont la
solution du problème de l'existence. pour effacer ses péchés.'
Il est écrit dans l'évangile de saint Luc que les .. •
apôtres allèrent pêcher toute une nuit, mais Notre-
Seigneur n'était pas avec eux. Et c'est en vain qu'ils Telle est la foi ferme, vivante et vivifiante en Notre-
firent tous leurs efforts, en vain qu'ils jetèrent à maintes Seigneur Jésus-Christ. Il n'y a là ni sentimentalité fémi-
reprises le filet; leur travail fut infructueux. A l'aube nine ni sentimentalisme vague et nébuleux ni lâcheté
le Seigrleur apparut et dit à Pierre de repartir pêcher: craignant et fuyant le monde, mais une force qui
« :Maître, répondit saint Pierre, toute la nuit nous avons triomphe du monde, un esprit de sacrifice qui triomphe
travaillé sans rien prendre; mais, sur votre parole, je du péché et un ébn qui donne...s!~ 1:1 joie à la vie. Car
1

\;
\J.,

,l'
LE SYMliOLE DES APÔTRES

chaque fois que je pz:ononce avec ferveur et conviction


ce dogme encourageallt : « Je crois en Jésus-Christ »,
j'aperçois SOU!! ces paroles les tréson immens(.'fO du
monde surnaturel que suggèrent les mots de Fils de TABLE DES MATIERES
Dieu, Sauveur, Bon Pasteur, Sainte Vierge, Bethléem,
Nazareth, ThabOl:, Golgotha, Noël, Vendredi-Saint,
Pâques. '
Ma foi n'est pas un sentiment changeant, n'est pas
un état d'espr,i t ondoyant, un emballement subjectif et
urt penchant à voir la vie en rose, oh non! Mais ma foi 1. - L6 Christ de toujours ~t l'homme d'au ..
s'adresse à l'Homme-Dieu dont l'existence est attestée jourd'hui. . . . . . . . . . 5
par l'histoire, au Christ qui a réellement vécu, souffert, II. -- Comment devons-nous regarder le Christ? 18
est mort, mais est ressuscité et devant qui je m'age- III. Qu'est-ce que le Christ? 1 31
nouille en faisant cette prière : IV. - Le Christ est D leu· ' 8es paroles 0
prouvent. 44
Seigneur, j'avais soif et je voulais apaiser Îlla soif
V. ~ Le Christ est Dieu ses œuvres le
dans une eau bourbeuse, mais à présent je viens à
prouvent.
Vous d'où jaillisserttles eaux de la vie éternelle.
VI. - Le Christ est Dieu : sa vie le prouve. •
Seigneur, j'étais fatigué et je me penchais au bord
VII. - Le Christ est Dieu: l'histoire le "prouve (1).
du chemin vers le marais pour m'y baigner, mais à
VIII. - Le Christ est Die~: l'histoire le prouve (II)
présent c'est à Vous que j'apporte mon âme épuisée. 112
IX. - Le Christ est Dieu: l'histoire le prouve(IlI)
Seigneur, j'ai cherché à saisir le fruit empoisonné 127
~ ", X. - Le visage du Christ. . . . • ' . '
et la fleur du marais, mais maintenant je sais que Vous
,:.t" , êtes la seule Beauté et le Bonheur éternel.
XI. - Que nous a apporté le Christ? (1) DIeu
XII. - Que nous a apporté le Christ? (II) L'âme.
139
15 1
1
," Jésus, Notre Maître et Notre Sauveur, passez devant
,r ' . , XIII. - Que nous a apport~ le Christ? (III) Une
l, nos rangs, devant les rangs de ,vos enfants aveuglés et direction de vIe. . . 165
'j1, -. mourant de soif, afin que nous puissions tous Vous
" XIV. - Que nous a apporté le Christ? (IV) Lajoie
regarder dans les yeux et boire dans votre main, car de vivre • • • . .... 179
pour celui qui a regardé même une seule fois dans vos , ' ? (V)' La vie
XV. - Que nous a apporté le Ch, nst
yeux bénis, chaque lueur du monde séducteur deV1~ent une éternelle • . .
nuit affreuse ... chaque plaisir coupable du monde devient XVI - . Je vous donne un commandement nou-
" veau : Aimez-vous les uns les autres» 206
une eau bourbeuse e( moisie pour celui qui a pu boire, même
XVII . ..;.... Le Christ et le Travail. • '; • • 221
une seule fois, à la source vivifiante de Votre Tres Saint
XVIII. - Le Christ et la Richesse (1) 234
Cœur. Amen.

· TABLE DES MATIÈRES

XIX. Le Christ et la Richesse (II)


XX. - A la suite du Christ (1).
XXI. - A la suite du Christ (II)
XXII. - A la suite du Christ (III)
XXIII. - A l'Enfant Jésus .
XXIV. Le Maître de la vie.
XXV. Sans le Christ?
XXVI. Le ch.ristianisme a-t-il fait faillite? •

J.'

, .,
"

Impdmé par leB 1!;tabliBsements Cagterman, S.A., Tournai (Belgique)


l'rinted Vn Belu ,,,,,, - ·IU. 41.