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PRINCIPES DE BASE DE LA THEORIE DE LA COMMUNICATION

La communication apparaît comme un phénomène complexe. D'abord parce qu'on


désigne, à travers ce terme des objets et des situations extrêmement divers: des moyens
techniques comme la radio, la télévision, le téléphone; des dispositifs aux finalités variées comme
l'information, la publicité, la formation; des situations d'interaction multiples comme la
conversation, la discussion, le débat...

Cette complexité renvoie aussi à la diversité des points de vue qui cherchent à en rendre
compte. Les différentes dimensions de l'objet impliquent une multiplicité de démarches pour
l'étudier: le regard du sociologue ne privilégie pas les mêmes aspects que celui du linguiste ou du
psychologue. Chaque discipline s'efforce de formaliser un niveau de la réalité qui correspond au
point de vue qui est le sien. Et cette formalisation peut se traduire par l'élaboration d'un modèle.

Dans sa forme la plus dépouillée, la communication peut être considérée comme le


résultat de la relation entre trois éléments fondamentaux: une source (homme, machine, animal...)
qui émet Lin message dont la forme et le Support peuvent varier (phrases, cris, gestes, films,
dessins...) en direction d'une cible (interlocuteur, spectateur...) qui le reçoit. Voilà une première
forme de modèle qui cherche à saisir les caractéristiques essentielles propres à toute
communication.

On parle en effet de modèle chaque fois qu'on s’efforce de dégager, à partir d'une réalité
concrète complexe et variée. les éléments fondamentaux qui la définssent et les relations entre ces
éléments. Un modèle est donc une représentation schématique d'un phénomène qui prend souvent
la forme d'une figure, d'un graphique ou d'un tableau récapitulatif. fi tente de dégager, au-delà des
apparences multiples d'un objet, ce qui constitue sa structure, son fonctionnement et sa
signification.

Mais le modèle n'est pas seulement la schématisation et le reflet de la réalité; il


traduit aussi la façon dont cette réalité est comprise et construite par l'observateur ou le
chercheur. Dans ce sens, il n'a pas seulement une portée descriptive, mais aussi explicative; il
retient les hypothèses et les mécanismes fondamentaux par lesquels le chercheur formalise et
rend compte d'un phénomène (ce petit être, par exemple, la formule mathématique qui exprime
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les relations qui unissent plusieurs facteurs définissant un phénomène physique). Un modèle peut
donc être descriptif ou théorique (ou les deux à la fois).

On peut distinguer trois grands courants dans l'étude de la communication

-un courant principalement centré sur l'information

-une approche privilégiant l'échange langagier

-une approche plus psychosociologique envisageant plutôt les acteurs de la


communication et les mécanismes psychologiques et sociaux qui les animent.

Ces courants ne correspondent pas toujours à des étapes séparées dans le temps et à une
chronologie des théories de la communication. Ils se sont parfois inter-influencé, et ils ont eux-
mêmes fait l'objet d'évolutions internes.

Après avoir présenté ces différentes approches dans leurs caractéristiques propres, nous
verrons comment aujourd'hui, on peut essayer de les confronter et de les articuler dans une vision
plus globale et plus interactionniste.

I- COMMUNICATION ET INFORMATION

Pour les premiers théoriciens, la communication se réduit au transfert d'une information


entre une source qui la détient et une cible qui la reçoit. L'action de communiquer est présentée
comme un processus linéaire et mécanique sans ancrage social.

Modèles concernant la communication interindividuel le ou la communication de masse


(ou même ayant parfois l'ambition de rendre compte des deux en un seul schéma), ils se sont
inspirés plus ou moins directement des systèmes de transmission de signaux dans les
télécommunications. On a pu dire d'eux qu'ils traduisaient une conception «télégraphique» dee la
communication.

1.Les premières formalisations

1-1- Le modèle de Shannon et Weaver

Dans ce courant de pensée, le modèle de référence est certainement celui de Shannon et


Weaver (1949) qui fut longtemps adopté comme « le » modèle communicationnel par les
chercheurs.

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Shannon était ingénieur, chargé d'étudier les problèmes de rendement des lignes
télégraphiques, lorsqu'il travailla avec un philosophe de la communication – Weaver- pour
concevoir son modèle. Sa préoccupation essentielle: qu'un signal arrive au niveau de la cible dans
l’état le plus proche possible de ce qu'il était au niveau de la source.

La communication y est présentée comme le transfert d'un message a partir d'une source
vers un destinataire sous la forme d’un signal (codé par l'émetteur et décodé par le récepteur) qui
peut être affecté, brouillé ou détonné par des phénomènes parasites appelés «bruits ».

Emetteur Récepteur
Canal
Source Source Source Source Source Source

Source

Présentée ainsi, ce qu'on appelle « communication» se réduit en définitive a la simple


transmission d'une information: source, message et cible y apparaissent comme des sones
d'entités abstraites, qui n'ont pas de réalité propre et qui ne semblent pas influer sur le processus
autrement que par leur seule présence. L'attention est focalisée sur les « bruits» dont il convient
de réduire la nuisance pour assurer une bonne communication.

Si on essaie d'appliquer ce modèle a une situation pédagogique, on dira que le professeur


est la source, le groupe des élèves la cible et le contenu du cours le message. Un certain nombre
de « bruits » peuvent gêner le cours: une mauvaise acoustique, un professeur qui articule mal, des
élèves trop éloignés de leur enseignant, un horaire mal choisi de ses élèves ont faim ou sont
fatigués en fin de journée), etc.

Améliorer la communication dans un cours reviendrait donc à améliorer les conditions


dans lesquelles se déroule ce cours, sans en changer le contenu, sans remettre en question le
savoir ou la personnalité du professeur et des élèves, sans tenir compte d’une quelconque relation
entre élèves et professeur ni considérer la dynamique du groupe ainsi constitué.

1-2-Lasswell et la communication de masse

D'autres modèles, à la même époque, ont également eu un certain retentissement. C'est


le cas, par exemple, de celui d’Harold Lasswell (1948), spécialiste des Sciences politiques qui fut

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l'un des premiers a s'intéresser à la communication de masse.

Il se présente sous la forme d’une série de questions correspondant chacune à un élément


de la communication: « Qui dit quoi, comment, à qui, avec quel effet ? »

-Qui ? (le communicateur : journaliste, entreprise médiatique...).

-Dit quoi? (le message: affiche, article de presse. discours politique...

-Comment? Par quel canaI '? (le support médiatique du message : presse. radio,
cinéma...).

-A qui? (le récepteur: auditeurs ou spectateurs, membres d'un congrès. lecteurs d'un
journal...).

-Avec quel effet? (l'influence du message sur le récepteur: il est convaincu ou ému, il
achète, il applaudit ou il vote...).

Ces cinq éléments renvoient à cinq étapes du processus de communication et chacune


d'elles requiert un mode d'analyse spécifique

a- à l'étape de l'émission, on s'intéresse aux motivations de l'acte de communiquer des


raisons pour lesquelles 011 s'adresse à un public) ;

b- celle du message fait appel a l'analyse de contenu ou a l'analyse des discours pour
dégager sa signification ;

c- celle du canal suppose une analyse du fonctionnement des ;

d- celle du récepteur entraîne une analyse des variables (de sexe. d'âge, de milieu
socioculturel.) qui composent un auditoire

e- celle de l'effet implique la question de l'influence sociale, de ses mécanismes et de ses


techniques.

L'un des intérêts essentiels de ce modèle. est donc de dépasser la simple problématique de
la transmission d'un message et d'envisager la communication comme un processus dynamique,
avec une suite d'étapes ayant chacune leur importance, leur spécificité et leur problématique.

Un autre de ses intérêts est d'avoir montré que ce processus était aussi un processus
d'influence (en mettant l’accent sur la finalité –l’effet de la communication). Cependant, Lasswell

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a tendance à généraliser à toute forme de communication les caractéristiques de la
communication persuasive.

1-3-une vision réductrice

Les deux modèles -de Shannon et Weaver, d'une part et de Lasswell d'autre part-ont le
mérite de la simplicité. C'est ce qui fut, sans doute, une des causes de leur succès. ils offrent
cependant des défauts non négligeables qui en limitent la portée.

D'abord ils présentent des situations de communication dégagées de tout contexte, faisant
des individus en présence des entités plus ou moins abstraites, coupées de leur environnement
physique et de leur milieu socioculturel. Or. L’homme est un être social qui est rattaché à des
groupes dont il a intériorisé les valeurs et les normes. Ceux dont il fait effectuent partie sont ses «
groupes d'appartenance »: sa famille, son milieu professionnel, sa classe d’âge, etc. D'autres
groupes sont pris par lui comme modèles référentiels; ce sont ses « groupes de référence » : le
milieu social auquel il aspire, le niveau professionnel qu'il rêve d'atteindre... Et c'est en grande
partie en fonction des normes et des valeurs de ces groupes qu'il perçoit les sitUations sociales
dans lesquelles il est impliqué; et cette perception retentit sur sa façon de communiquer. Ainsi,
c'est à partir des valeurs de son propre groupe qu'on perçoit le comportement d'un « étranger » et
qu'on le juge « grossier ». « indélicat », « obséquieux ». « sans-gêne »... Cela peut même
provoquer une communication agressive a son égard.

Ensuite, ces modèles sont les héritiers d'une certaine tradition psychologique -que l'on
pourrait qualifier de «behavioriste» ou «comportementale». Les relations y sont essentiellement
régies par un rapport de cause à effet et les comportements y sont répertoriés en termes de «
stimulus» et de « réponses ». La communication y est donc représentée comme un processus
linéaire (orienté, comme uni vecteur dans un seul sens); et les rôles d'émetteur et de récepteur
sont totalement différenciés.

Or c'est, là aussi. offrir une image tronquée de la réalité car il existe, de fait, une
interinfluence entre l’émetteur et le récepteur: quel orateur n'est pas influencé par les réactions de
son public ? Quelle maman ne sait pas un visage indulgent encourage un enfant qui tente
d~avouer une faute ? Etc.

En introduisant les notions de « contexte » et de « feedback » (ou rétroaction), certains


chercheurs ont tenté de corriger les défauts des premiers modèles.
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