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UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL

TRAVAIL SUR LE TEXTE DE FRIEDRICH NIETZSCHE


LA GÉNÉALOGIE DE LA MORALE

PRÉSENTÉ À
M. CHRISTIAN SAINT-GERMAIN

DANS LE CADRE DU COURS


PHI 1009, INTRODUCTION À L’ÉTHIQUE

PAR
SYLVAIN ARSENEAULT
ARSS31037007

19 NOVEMBRE 2019
INTRODUCTION

Grâce à Nietzsche, ce philosophe allemand qui nous a quittés en 1900, mais dont
les œuvres sont toujours bien vivantes, nous autres, épris de sagesse, pouvons assister à un
spectacle inusité : le procès de la morale. Évidemment, nous parlons ici de la morale à
travers les yeux d’un athée, à la moustache proéminente, qui se propose de « déconstruire »
les philosophies de grands penseurs qui l’ont précédé, comme Platon, Descartes, Spinoza
ou même Kant. Selon Nietzsche, leur morale est truffée de préjugés et d’illusions. À l’instar
de Freud, Nietzsche est un philosophe soupçonneux, qui se méfie des idéaux et critique la
démocratie de son temps, issue du christianisme. Il accuse d’ailleurs ce mouvement
« d’avoir trahi la simplicité de la vie, de l’avoir vidée de son naturel, de son innocence, de
l’avoir défraîchie, empoisonnée même, sous … prétexte de vouloir améliorer l’homme »
(Bianchi, 2012, p. 123-124). C’est cette morale, toute déformée de supposés et de
tromperies, que Nietzsche place au banc des accusés.

L’enjeu de La généalogie de la morale, traité qui servira de canevas pour notre


présente dissertation, est de faire la lumière sur la question : d’où vient la morale ? Pour
Kant et Hegel, cela ne fait aucun doute : elle est d’origine divine. Pour Nietzsche, c’est
l’inverse. La morale est plutôt une invention humaine. Or, qui dit vrai ? Qui a raison ?
Notre intention, dans les pages qui suivent, n’est pas de fournir une réponse définitive à
ces interrogations. Nous préférons laisser cela à Nietzsche qui, avouons-le, possède un don
assez prononcé pour la polémique. Notre objectif comporte quatre volets distincts : en
premier lieu, présenter une vue globale de la notion de « volonté de puissance » chez
Nietzsche; en second lieu, situer brièvement le contexte historique de l’ouvrage en question
et en faire le survol; en troisième lieu, explorer la préface, ainsi que la seconde dissertation
un peu plus en détail, pour voir comment Nietzsche se sert du concept de la relation
« créancier-débiteur » pour appuyer sa prémisse; en quatrième lieu, proposer quelques
pistes de réflexion.

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LA VOLONTÉ DE PUISSANCE

Si l’on désire comprendre la philosophie de Nietzsche, il est essentiel de prendre en


considération l’importance de la notion de « volonté de puissance », chez-lui. C’est le
concept majeur de la pensée nietzschéenne, et le fil conducteur d’une grande majorité de
ses arguments. Nietzsche le développe à partir de deux sources : Schopenhauer d’une part,
l’antiquité grecque de l’autre. Arthur Schopenhauer (1788-1860), un autre philosophe
allemand contemporain de Nietzsche, eut une influence significative sur lui. En 1860,
Schopenhauer avait publié une œuvre, Le monde comme volonté et comme représentation,
dans laquelle il s’était approprié l’idée orientale que l’univers est mené par une volonté
aveugle. Nietzsche reconnaît la force de la notion et l’adapte au niveau humain. Puisque
nous faisons partie de cet univers, il est logique que nous soyons nous-mêmes mus par cette
volonté. « En étudiant les Grecs anciens, Nietzsche s’aperçoit que la force motrice de leur
civilisation est la quête de puissance, plutôt que l’utile ou l’immédiatement bénéfique »
(Strathen, p. 52).

Nietzsche en conclut que l’humanité est mue par une volonté de puissance.
L’impulsion première de toutes nos actions remonte à cette source. Elle est parfois altérée
ou détournée de son expression initiale, mais elle est toujours présente. Ce principe de
volonté de puissance s’avère fort utile à Nietzsche au moment d’analyser les motivations
humaines, puisqu’il lui permet de mettre en lumière les raisons sous-jacentes d’un
comportement donné. Pour ne nommer qu’un exemple éloquent, Nietzsche considère les
actions du christianisme : celles-ci ont l’apparence de la noblesse, mais se révèlent tout à
fait décadentes. On y prêche la compassion, l’humilité et l’amour fraternel, mais en réalité,
il ne s’agit que d’une perversion subtile de la volonté de puissance. Sous le couvert de la
tempérance et de la douceur, on cache des intentions de contrôle et d’exploitation.

Pour Nietzsche, il existe deux formes de volonté de puissance : réactive (quelqu’un


ou quelque chose nous domine) et active (nous dominons quelqu’un ou quelque chose).
C’est la seconde qui permet l’évolution des espèces (chapitre 12 de la seconde dissertation).
Dans l’analyse de certains arguments de l’ouvrage, en ce qui concerne la question qui nous
préoccupe, à savoir, d’où vient la morale, nous tâcherons de ne pas perdre de vue ce concept

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de la volonté de puissance, si crucial à l’apologie de la pensée nietzschéenne. Cela nous
aidera à mieux en saisir les subtilités et la portée de son raisonnement.

LA GÉNÉALOGIE DE LA MORALE

La position de Nietzsche sur les origines de la morale est explicitée dans son
ouvrage intitulé, La généalogie de la morale. Avant d’en explorer certains éléments
spécifiques, nous proposons un bref résumé de l’ouvrage et du contexte historique dans
lequel il fut rédigé. Ce pamphlet, que Nietzsche a mis une vingtaine de jours à écrire,
s’achève à l’été de 1887. Le texte sert de complément à un récent ouvrage : Par-delà le
Bien et le Mal (1886). Il se divise en trois dissertations, chacune questionnant et critiquant
la valeur de nos jugements moraux, à l’aide d’une méthode généalogique, au travers de
laquelle Nietzsche examine les origines, ainsi que les significations de nos concepts
moraux. L’intention du philosophe n’est pas simplement de remettre en question la valeur
de la morale elle-même. Il entend questionner la valeur de toutes ces valeurs qui définissent
la morale, ce qui n’est pas une mince affaire. Cela « nécessite d’enquêter sur ses conditions
d’apparition, et donc de procéder à une enquête généalogique » (Bianchi, p. 123).

Contexte

Alors que l’Allemagne nouvellement unifiée de l’époque de Nietzsche est marquée


d’un optimisme passionné dans l’avenir de la science, de la connaissance et du peuple
allemand, Nietzche qualifie son temps de « nihiliste ». Selon le lui, le nihilisme prend sa
source dans la modernité, un mouvement philosophique prônant l’idée d’agir en conformité
avec son temps, et non plus en fonction de valeurs en vigueur, considérées comme
« dépassées ». Pour Nietzsche, le nihilisme signifie la décadence de la civilisation. Il
considère le christianisme, le nationalisme et l’antisémitisme qui dominaient l’Allemagne
à l’époque comme des signes d’une culture dégénérée et dépourvue de valeurs positives.

Le dédain de Nietzsche envers ces fondements de la société allemande lui attire de


nombreuses critiques. Au moment d’écrire La généalogie de la morale (1887), Nietzsche
jouit d’une mauvaise réputation. On l’accuse d’avoir érigé avec ses livres « une école du
soupçon, plus encore du mépris » (Bianchi, p. 123), mais ça lui est égal. Il assume son
étiquette « d’immoraliste » et refuse de dissimuler son mépris, notamment, envers les

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faiseurs de morale. D’ailleurs, dans un ouvrage antérieur à celui qui nous intéresse,
Nietzsche leur déclare la guerre et se donne pour mission d’éclairer « jusqu’au fond l’abîme
de légèreté et de mensonge qui a porté jusqu’à présent le nom de morale » (Puissance II,
III, par. 408, 3, dans Bianchi, p. 123).

Le texte à vol d’oiseau


La première dissertation, « Bon et méchant », « Bon et mauvais », contraste ce que
Nietzsche appelle « morale des maîtres » et « morale d’esclaves ». La morale des maîtres
est celle de ceux qui étaient en santé, forts, libres, et qui percevaient leur propre bonheur
comme quelque chose de bon. À l’opposé, ils considéraient ceux qui étaient faibles, en
mauvaise santé, et esclaves comme étant « mauvais », puisque leur faiblesse était
indésirable. Quant aux esclaves, leur mentalité était à tout à l’inverse. Se sentant opprimés
par des maîtres heureux et bien nantis, ils appelaient ces maîtres « mauvais » et se
nommaient eux-mêmes « bons ».

La seconde dissertation, La « faute », la « mauvaise conscience » et ce qui leur


ressemble, traite de notions reliées à la faute, au sentiment de culpabilité, et à la mauvaise
conscience. Nietzsche retrace les origines de concepts tels que le rapport entre la culpabilité
et le châtiment, afin de démontrer qu’à l’origine, ceux-ci n’étaient pas fondés sur un
quelconque sentiment de transgression morale. La culpabilité signifiait simplement qu’une
dette était due et que la punition n’était qu’une forme d’obtention du remboursement. Ce
n’est qu’avec la montée de la morale d’esclaves que ces concepts moraux ont acquis leur
sens actuel. Nietzsche identifie la mauvaise conscience comme étant la tendance que nous
avons à nous considérer comme des pécheurs et situe les origines de celle-ci à un besoin,
avec le développement de la société, d’inhiber nos instincts animaux pour la cruauté et
l’agression et de les tourner vers nous-mêmes.

La troisième dissertation, Que signifient les idéaux ascétiques, a pour but de


confronter l’ascèse, une force puissante et paradoxale qui domine la vie contemporaine.
Simplement résumée, l’ascèse est la manière de vivre de quelqu’un qui s’impose certaines
privations, dans le but d’atteindre la perfection spirituelle. Nietzsche y voit l’expression
d’une volonté faible et malade. Incapable de faire face à sa lutte contre elle-même, la

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volonté malade considère ses instincts animaux, naturels, comme étant « péché », indignes
et ignobles. Puisqu’elle ne peut se défaire de ces instincts, elle tente du mieux qu’elle peut
de se soumettre et de s’apprivoiser. Nietzsche en conclut que l’homme, plutôt que de ne
rien vouloir, préfère le néant.

La prémisse de l’ouvrage et son but


La morale n’est pas d’origine divine. Elle n’a pas été transmise aux hommes par
Dieu, sur des tables de la Loi. Bien au contraire ! Elle a ses origines ici-bas. Elle est bien
enracinée en nous, et sa naissance remonte même à la préhistoire. Il faut restaurer la vérité
sur la morale et ses idéaux, tels qu’ils ont été définis jusqu’à présent, en remontant à la
source de ses préjugés. Il faut désacraliser la morale, en exposant sa véritable nature.

La préface : Nietzsche annonce ses couleurs

Nietzsche ouvre sa préface avec une observation : les philosophes manquent


généralement de connaissance de soi. Ironiquement, leur métier consiste à rechercher des
connaissances, mais ce sont des connaissances qui les éloignent d’eux-mêmes. Ils ne
prêtent que rarement une attention adéquate à l’expérience actuelle ou à eux-mêmes.

À la suite de ce préambule, Nietzsche introduit le sujet de son enquête : « l’origine


de nos préjugés moraux ». Les pensées qu’il exprime dans ce travail ont d’abord été
présentées il y plus d’une dizaine d’années auparavant, dans son livre, Humain, trop
humain (1876). Depuis, espère-t-il, ces pensées ont eu le temps de mûrir et de devenir plus
claires, plus fortes et plus unifiées.

D’entrée de jeu, nous avons droit à un aveu autobiographique de Nietzsche : dès


son jeune âge, le philosophe allemand a lutté avec le problème de l’origine du mal. Il
affirme que cette question fut l’objet de son premier exercice d’écriture philosophique et
résume dans ces mots la conclusion à laquelle il était arrivé : « … et quant à la ‘solution’
que je donnai alors à ce problème, la voici : je laissais, comme de juste, l’honneur à Dieu
et j’en faisais le père du mal » (Avant-propos, par. 3). Voilà une façon assez directe
d’annoncer ses couleurs ! Il n’avait que treize ans. Il n’était pas beaucoup plus âgé quand
il a commencé à se garder de telles explications d’ordre métaphysique.

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Cette méfiance de Nietzsche envers la morale et ses idéaux ne se s’est jamais
véritablement démentie tout au long de sa carrière. Dans ses œuvres, il critique non
seulement la morale de Kant mais aussi celle du christianisme, la plupart du temps avec
cynisme. Nietzsche endosse d’ailleurs la déclaration fracassante de l’un de ses
prédécesseurs, Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) : « Dieu est mort »
(Nietzsche, je connais ! p. 15). Nietzsche ne s’en cache pas. Il souhaite la chute du monde
judéo-chrétien. Si cela venait à se produire, la société pourrait enfin endosser de nouvelles
valeurs. Comme nous le soulignions, Nietzsche est drôlement doué pour la controverse.
Cela ne semble aucunement l’effrayer.

Nietzsche cherche des réponses à des phénomène terrestres ici, sur le plancher des
vaches, et non dans l’au-delà. Il se questionne sur la façon dont l’humanité s’y est prise
pour mettre au point ses concepts de bien et de mal et réfléchit quant à la valeur de ces
valeurs : nos concepts de bien et de mal ont-ils été une aide ou un obstacle à notre
développement ?

L’intérêt de Nietzsche n’a jamais été la question purement académique de l’origine


de la morale : il la poursuit, certes, mais en tant que moyen de comprendre la valeur de la
morale. Afin de comprendre la valeur de la morale, nous devons comprendre comment elle
est apparue parmi nous, plutôt que de simplement accepter ses diktats comme des vérités
incontestables. Jusqu’à présent, nous avons toujours supposé que « l’homme bon » est
supérieur à « l’homme mauvais ». Mais peut-être, suggère Nietzsche, que ce que nous
appelons « bon » est en fait un danger par lequel le présent prospère au détriment de
l’avenir. Peut-être que ce que nous appelons « mal » sera finalement d’un plus grand
avantage pour nous.

Le souhait de Nietzsche, c’est que nous puissions acquérir une perspective plus
large en voyant la morale non pas comme un absolu éternel, mais plutôt comme quelque
chose qui a évolué, souvent par accident, jamais exempt d’erreur – un peu comme l’espèce
humaine elle-même. Quand nous pourrons voir notre moralité aussi comme faisant partie
de la comédie humaine et la regarder joyeusement, nous nous serons vraiment élevés.

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Nietzsche remarque qu’il a vite renoncé à chercher l’origine de la morale « derrière
le monde », c’est-à-dire qu’il a commencé à voir l’origine non pas comme un événement,
mais comme un processus. Expliquer l’origine de la morale par un appel à Dieu, c’est
regarder « derrière le monde » ou contourner toute information factuelle que nous pourrions
récolter par la recherche historique ou anthropologique. Selon Nietzsche, au lieu d’un
modèle à la « Adam et Ève » pour expliquer l’origine de la morale, il serait avisé de faire
appel à un modèle darwinien. Selon Darwin, les humains ne descendent pas d’une
quelconque « origine » absolue, mais trouvent plutôt leur origine dans un processus
évolutif. Comme l’évolution humaine, nous pourrions voir l’évolution de notre morale
comme un processus graduel, marqué par l’accident et l’erreur, qui n’a pas de raison
motrice ou d’objectif final.

De ce point de vue, la morale ne semble plus sacrée : c’est quelque chose que l’on
peut remettre en question et critiquer. Il est logique de s’interroger sur la valeur de la
moralité si nous n’avons plus aucune garantie divine que ce que nous appelons « bon » est
en fait bon pour nous.

Le but de Nietzsche est donc d’entreprendre une telle critique et de questionner la


valeur de notre morale. Cela exige non seulement une érudition soigneuse, mais aussi un
auto-examen minutieux. Si nos jugements et nos décisions sont fondés sur un code moral,
comment pouvons-nous remettre en question ce code moral en dehors des limites de ce
même code moral ? La remarque d’ouverture de Nietzsche sur la façon dont les philosophes
sont généralement trop occupés à regarder vers l’extérieur pour se connaître est destinée à
résoudre ce problème. La difficulté de son enquête réside dans le fait qu’elle exige de lui
un tout nouveau type d’examen, un scepticisme qui remet en question, même les valeurs
sur lesquelles l’enquête est fondée.

En même temps, Nietzsche reconnaît que l’abandon total de toute forme de morale
serait dangereux. Il ne veut pas que l’humanité se retrouve dans un cul-de-sac, celui de « la
maladie mentale » qu’on appelle nihilisme, pas plus qu’il ne désire que nous éliminions la
moralité. Comme on dit, il ne faudrait pas « jeter le bébé avec l’eau sale du bain », quand-

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même ! Ce que le philosophe souhaite, au final, c’est que nous nous élevions au-dessus de
cette moralité.

Cette préface met judicieusement la table pour la suite des raisonnements de


Nietzsche. Nous entrons maintenant dans le corps principal de son argumentaire. Pour notre
présent examen, seules les deux premières dissertations seront considérées, ce qui s’avérera
amplement suffisant pour s’approprier la pensée du philosophe sur la question des origines
de la morale.

La Première dissertation : le bon, la brute et le truand

Dans cette section, Nietzsche débute par exprimer son mécontentement à l’endroit
des psychologues anglais qui ont entrepris d’expliquer les origines de la moralité. Ils
prétendent être des historiens de la morale, mais ils manquent complètement d’esprit
historique. Leurs théories suggèrent qu’à l’origine, les personnes bénéficiant des actions
non-égoïstes des autres applaudissaient ces actions et les appelaient « bonnes ». Au départ,
on considérait ce qui était bon et ce qui était utile comme une seule et même chose. Ces
généalogistes suggèrent qu’au fil du temps, nous avons oublié cette association originale
et c’est l’habitude d’appeler des actions non-égoïstes « bonnes » qui nous a amenés à
conclure qu’elles étaient, en quelque sorte, bonnes en elles-mêmes.

Nietzsche est en désaccord avec cette théorie. Il rappelle à ces psychologues qu’à
l’époque de la préhistoire, l’utilitarisme n’existe pas. Ce ne sont pas ceux qui bénéficient
des actions non-égoïstes qui définissent ce qu’est « bon ». Ce sont plutôt les « bons » eux-
mêmes, les nobles et les puissants. Ils représentent une caste supérieure, aristocrate, bien
nantie et en santé. Ils règnent en maîtres, sont remplis de joie et apprécient leur bonheur.
Ces nobles, constatant à quel point leurs conditions contrastent d’avec celles de ceux qui
sont en dessous d’eux, c’est-à-dire, les gens ordinaires, les pauvres et les faibles, en
viennent à se voir comme les « bons ». La position d’autorité de ces maîtres signifie
également qu’ils détiennent le pouvoir sur les mots, de décider ce qu’on appelle « bon » et
« mauvais ».

Afin de bien soutenir son argument, Nietzsche, qui est également philologue, fait
remarquer la similitude entre le mot allemand pour « mauvais » et les mots pour « simple »

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et « commun ». En revanche, note-t-il, dans la plupart des langues, le mot « bon » dérive
de la même racine que les mots « riches », « puissants » ou « maîtres ». En grec, Nietzsche
note que le « bien » est également associé à la « vérité ». Quant à eux, les faibles et les
pauvres sont associés au mensonge et à la lâcheté.

Nietzsche remarque également comment les termes « sombre » et « noir » sont


utilisés comme des termes négatifs, sans doute en raison des peuples aux cheveux noirs de
l’Europe qui furent envahis par des conquérants aryens blonds. Il note l’association de
« bien » avec les mots « guerre » et « guerrier ».

Nietzsche rapporte ensuite un changement historique au niveau de la langue, qui


survient au moment où la caste sacerdotale s’empare du pouvoir. Il ne fournit aucune
explication quant aux circonstances précises de cette ascension, mais à partir de ce temps,
les termes « pur » et « impur » deviennent directement associés à « bon » et à « mauvais ».
Cette « pureté », affirme Nietzsche, consiste en l’abstinence de certains aliments, de
rapports sexuels ou même de combat. En gros, il s’agit d’un renoncement à bon nombre
d’habitudes du guerrier noble. Dans un sens, ces prêtres sont très dangereux, car de
l’extérieur, ils ont l’air doux, mais leur volonté de puissance est très prononcée. Toutefois,
Nietzsche, qui ne manque pas de cynisme, remarque aussi que ce n’est qu’avec les prêtres
que les êtres humains deviennent intéressants. Avec les prêtres, l’âme humaine acquiert
deux attributs qui la distinguent des animaux : la profondeur et la méchanceté.

La caste sacerdotale se retrouve en « compétition » inégale avec la caste


aristocratique. Parce que les prêtres se sentent—et en réalité sont—impuissants devant la
brutalité de la noblesse, ils apprennent à haïr et leur haine devient plus puissante que
n’importe laquelle des vertus guerrières encensées par les nobles. C’est ici que Nietzsche
introduit une importante notion pour l’ensemble de son argumentation : « morale des
maîtres » et « morale d’esclaves ». Ces deux types de morales se sont affrontés pendant des
millénaires. Ils sont toujours en opposition, l’un avec l’autre. Pour Nietzsche, l’opposition
entre ces deux morales vaut son pesant d’or, puisqu’elle reflète clairement son concept de
volonté de puissance.

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Les prêtres, qui sont des « hommes du ressentiment », voudraient bien dominer ces
chevaliers, ces brutes en contrôle, mais ils ne peuvent rivaliser avec eux sur le plan de la
force. Ils devront prendre leur mal en patience et rivaliser d’astuces, tout aussi ingénieuses
et insidieuses les unes que les autres, en attendant de pouvoir prendre leur revanche.
Nietzsche suggère que la « révolte des esclaves dans la morale » commence lorsque le
ressentiment devient une force créatrice. La moralité des esclaves est essentiellement
négative et réactive. Elle entretient des sentiments de colère. Elle émane d’un déni de tout
ce qui est différent d’elle. Elle regarde vers l’extérieur et dit un « non » ferme aux forces
antagonistes qui s’opposent à elle et qui, dans son optique, l’oppriment.

La morale des maîtres, d’autre part, se préoccupe très peu de ce qui se situe en
dehors d’elle. Pour elle, « bas » ou « mauvais » n’est qu’une pensée qui lui vient après
coup, qui ne se remarque qu’au moment où elle prend conscience du contraste lui rappelant
sa supériorité sur les faibles. Nietzsche note que dans presque la totalité des cas, les mots
grecs anciens que l’on utilise pour décrire les basses classes sociales sont des variantes du
mot « malheureux ». Les nobles sont conscients de leur bonheur, et tout malentendu repose
sur la distance (un pathos d’éloignement) qui les séparait d’avec les classes inférieures et
sur le mépris qu’ils avaient à leur égard. Ces puissants aristocrates ne haïssaient pas les
faibles et les pauvres. Ils les considéraient simplement comme des « malheureux », dans le
sens où ils constataient leur malheur.

En revanche, celui que Nietzsche surnomme « l’homme du ressentiment » déforme


ce qu’il voit de l’homme fort, de manière à présenter le noble sous une perspective aussi
mauvaise que possible et ainsi gagner en assurance. Nietzsche remarque à quel point les
concepts de « méchant » et de « mauvais » sont différents, bien que les deux soient
considérés comme étant à l’opposé du « bien ». Il explique cette différence en démontrant
qu’il existe en réalité deux concepts très différents du « bien » à l’œuvre : le « bien » de
l’homme noble est précisément ce que l’homme du ressentiment appelle « mal ».

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Toujours selon Nietzsche, le noble est incapable de comprendre et de prendre au
sérieux tout ce qui peut s’envenimer et se construire dans l’esprit de l’homme du
ressentiment : accidents, malheurs, ennemis, etc. En laissant le ressentiment et la haine
grandir en lui, l’homme du ressentiment bouillonne de colère intérieure. Il souffre en
silence, mais il devient finalement plus rusé que l’homme noble. Cette constante couvée
de frustrations et l’obsession constante de ses ennemis engendrent la plus grande invention
du ressentiment : la méchanceté. La conception du « mauvais ennemi » est fondamentale
pour le ressentiment, au même titre que le « bon » l’est pour le noble. Tout comme le noble
développe l’idée du « mauvais » à partir d’une pensée qui lui est venue après coup, il en
est de même du concept de « bon » créé lui aussi après coup par l’homme du ressentiment
pour se démarquer. D’ailleurs, Nietzsche stipule que le concept de « justice » est une
invention de l’homme du ressentiment pour pouvoir se venger de toutes les frustrations
qu’il a dû endurer.

Tel que nous l’avons mentionné précédemment, la caste sacerdotale a patiemment


attendu avant d’avoir son heure de gloire et elle l’a obtenue de grandiose façon. Nietzsche
identifie les Juifs comme étant le plus bel exemple de la caste sacerdotale. Il les qualifie
d’haineux les plus raffinés de l’histoire de l’humanité. Avec le temps, les Juifs ont réussi à
effectuer un renversement complet dans les évaluations morales, en associant les pauvres,
les misérables et les doux avec « bon » et le noble et le puissant avec « mal ».

Ce renversement des valeurs de la part des Juifs s’effectue si subtilement, souligne


Nietzsche, que l’on ne s’aperçoit pratiquement de rien. Son triomphe s’achève avec
l’avènement du christianisme : l’amour chrétien, créé à partir de cette haine brûlante ! En
Jésus, Nietzsche voit l’entièreté des idéaux juifs et dans sa crucifixion, l’ultime appât. Il
souligne l’ingéniosité des Juifs : leurs opposants, en se ralliant à Jésus, adoptent le code
moral judéo-chrétien ! Avec le succès et la croissance que connaît le christianisme,
Nietzsche suggère que le renversement des codes moraux est maintenant complet. Ce que
l’on appelait anciennement « bon » est maintenant « mauvais » et ce que l’on appelait
autrefois « mauvais », on l’appelle maintenant « bon ». C’est la victoire des faibles sur les
forts ! David l’emporte encore sur Goliath.

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L’espace en viendrait à nous manquer, si nous devions entreprendre d’examiner
chacun des éléments, chacun des rouages dont Nietzsche se sert pour prouver son point
dans cette première dissertation de La généalogie de la morale : les concepts de « bien » et
de « mal », si cruciaux pour la morale, ont des origines terrestres. Pour Nietzsche, la
moralité est loin de remonter jusqu’à Dieu.

La Seconde dissertation : moralement (ou violemment) endettés

Cette section du livre comporte beaucoup d’éléments que nous ne pourrons


examiner ici, notre but étant de relever les arguments de Nietzsche en rapport avec le
concept « créancier et débiteur ». Nous adresserons ces passages qui traitent de concept, en
lien avec la « faute ». En ouverture de cette seconde dissertation, Nietzsche compte
présenter certaines des conditions d’émergence de notions de morale notoires, telles que la
« faute » et la « mauvaise conscience ». Ces sentiments moraux proviennent, d’après
Nietzsche, de l’ancienne notion de dette :

C’est dans cette sphère, celle du droit d’obligation, que le monde


des notions morales comme ‘faute’, ‘conscience’, ‘devoir’ ‘sainteté
du devoir’ trouve son foyer de naissance ; son commencement,
comme celui de tout ce qui est grand sur terre, a longtemps et
abondamment été arrosé de sang (Seconde dissertation, par. 6).

À une époque lointaine, remontant à la préhistoire, faire une promesse équivalait à


prêter serment. C’était très sérieux, et même dangereux. Ce n’était pas quelque chose que
l’on prenait à la légère. Selon Nietzsche, ce n’est pas naturel pour l’être humain d’être
responsable ou, dans ses mots, d’élever « un animal qui peut promettre » (chapitre 1). Tenir
une promesse exige deux choses : primo, une puissante mémoire – la volonté qu’un certain
événement ne doit pas être oublié – et secundo, une confiance en l’avenir d’avoir la capacité
de tenir sa promesse. Dans le troisième chapitre de sa seconde dissertation, Nietzsche fait
mention des « efforts » qu’ont déployés les anciens régimes allemands dans le but de
s’assurer que le peuple n’oublie pas. À travers la torture, on s’assurait de graver ou de
« brûler » la mémoire des individus. La souffrance est un moyen très efficace pour s’assurer
que l’on se souvienne d’un principe ou d’une règle. À titre d’exemple, le jeune enfant qui

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place, par inadvertance, sa main sur un rond de cuisinière allumé, a de grandes chances de
ne plus refaire cela. Il risque de s’en souvenir pour très longtemps.

Selon Nietzsche, pour que cette confiance soit acquise, nous devons nous rendre
calculables ou prévisibles et pour qu’un peuple soit prévisible, il doit partager un ensemble
commun de lois ou de coutumes qui régissent son comportement.

La société et la morale sont là pour nous rendre prévisibles, ce qui, par la suite, nous
permet de faire des promesses. Évidemment, quelqu’un d’imprévisible ne peut faire de
promesses. Ce processus a pour finalité « l’individu souverain », un homme capable de
faire des promesses, non pas parce qu’il est lié par des mœurs sociales, mais par autonomie,
parce qu’il est maître de ses propres choix. L’individu souverain est responsable. Nietzsche
appelle ce sens des responsabilités une « conscience » (par 1 et 2).

Une fois qu’il a établi ce que cela prend pour faire de l’homme un animal capable
de « promettre », donc qui peut devenir « responsable », Nietzsche a maintenant l’intention
de démontrer que certaines notions encore considérées comme des classiques
indissociables de la morale, sont en réalité issues d’actions hautement immorales. Il s’agit
du « sentiment de culpabilité » et de la « mauvaise conscience ». D’où viennent-ils ? À
quoi pense-t-on lorsqu’il est question de sentiment de culpabilité et de mauvaise
conscience ? Qui n’a pas en tête l’image du petit diable sur une épaule et du petit ange sur
l’autre ? Nietzsche, on le rappelle, est philologue, un spécialiste de l’études des langues. Il
identifie ici une similitude entre les mots allemands pour désigner « culpabilité » et
« dette ». Il suggère qu’à l’origine, la culpabilité n’avait rien à voir avec la responsabilité
ou l’immoralité. Étonnant, n’est-ce pas ? Le châtiment n’était pas infligé sur les bases de
la culpabilité d’une personne, mais simplement à titre de représailles. Le terme allemand
« shuld » signifie « faute ». Il est intéressant de noter qu’en anglais, le verbe « should »
signifie que l’on « devrait », dans le sens de « devoir ». « Shulden » signifie « dettes »
(chapitre 4).

Pour Nietzsche, les notions que l’on utilise dans les procès, par exemple, « avec
préméditation », « par imprudence », « accidentellement », « responsable » se sont
développées tardivement dans l’histoire. Idem pour l’argument de dire que le criminel

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mérite la punition, parce qu’il aurait eu le temps d’agir autrement mais ne l’a pas fait. Pour
le philosophe, quiconque désire les placer au tout début des temps fait fausse route et ne
connaît pas bien la psychologie de l’humanité primitive.

Parlant de psychologie primitive, à cette époque de la préhistoire évoquée plus haut,


un individu que ne tient pas sa promesse de rembourser s’expose à une peine servant à
« compenser » ou à « équilibrer » les choses pour la perte et le préjudice subis par cette
personne. S’engager à rembourser est si solennel, si sérieux, que l’on hypothéque parfois
ses biens, sa femme, ses enfants ou même sa propre vie (chapitre 5). Cette compensation
pouvait prendre plusieurs formes : une punition, une humiliation, une cruauté ou une
torture. Si un créancier ne pouvait pas avoir le plaisir de récupérer son argent, il pouvait au
moins avoir le plaisir de nuire à son débiteur.

Fait à noter, Athènes est devenue une démocratie, en partie en réaction contre les
conséquences imposées par les créanciers à leurs débiteurs. Aux temps bibliques, la loi du
talion, que l’on cite quand il s’agit de parler de vengeance, « œil pour œil, dent pour dent »,
a été écrit dans le bus d’éviter les abus de créanciers envers leurs débiteurs.

Exercer son droit de créancier, dit Nietzsche, c’est « accepter une invitation à la
cruauté » (chapitre 5). C’était doublement jouissif. Non seulement le créancier avait-il le
loisir de lui nuire à travers toutes sortes de moyens, mais c’était pour lui également une
façon d’être investi momentanément d’un sentiment de puissance extraordinaire. Nietzsche
donne l’exemple d’un créancier dont le rang social est bas, et qui a l’occasion de punir son
débiteur. Le temps du châtiment, il a le plaisir exquis de faire souffrir le débiteur, comme
le font régulièrement les maîtres puissants. Il a accès à un privilège qu’un individu de son
rang n’a pas l’habitude d’avoir (chapitre 5). On fait souffrir, simplement pour le plaisir de
le faire, pour dominer, humilier quelqu’un qui n’a pas de moyen de défense. Encore là,
dans ce genre de situations, nous retrouvons le concept de la « volonté de puissance » de
Nietzsche.

Nietzsche remarque que faire souffrir les autres était considéré comme une grande
joie chez les peuples anciens. Le philosophe appelle même cela un « festival ». Un festival
de la souffrance qui équilibre une dette impayée. Ironiquement, nous trouvons les origines

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de la conscience, de la culpabilité et du devoir dans la fête de la cruauté ! Quel contraste
avec notre société actuelle ! Nietzsche note un autre fait étonnant : avec la cruauté des
cultures plus anciennes, il y avait aussi beaucoup plus de gaieté. Nous en sommes venus à
voir la souffrance comme un grand argument contre la vie, bien que la création de la
souffrance ait été une fois la plus grande célébration de la vie. Nietzsche suggère que notre
répulsion contre la souffrance est, d’une part, une répulsion contre tous nos instincts et
d’autre part, une répulsion contre l’absurdité de la souffrance. Car ni les anciens ni les
chrétiens ne souffraient sans raison : il y avait toujours de la joie ou de la justification dans
la souffrance. Nietzsche suggère que nous avons inventé des dieux pour qu’il y ait une
présence tout témoin pour s’assurer qu’aucune souffrance ne soit passée inaperçue !

Au chapitre 8, Nietzsche affirme que le sentiment de la faute, de l’obligation


personnelle, tire son origine dans le rapport le plus primitif qui soit pour l’humanité :
acheteur et vendeur, créancier et débiteur. Il mentionne un fait important tout de même, au
travers de tout cela : les êtres humains se découvrent eux-mêmes en se mesurant les uns
aux autres. L’humain est le seul de tous les animaux à mesurer sa propre valeur avec celle
des autres. L’expression « faire le poids » remonte peut-être à cette époque où l’on pesait
l’argent dans les balances pour en déterminer la valeur. L’homme aime calculer. C’est dans
sa nature. Nietzsche suggère que le mot allemand « mensch » (manas) ait quelque chose à
voir avec cet amour-propre. L’homme se désigne comme « l’être qui mesure des valeurs ».
Pour l’homme, tout se paye.

Dans le chapitre 9, Nietzsche évoque ce qui ressemble au « contrat social » de


Rousseau. Il mentionne qu’un individu qui jouit des privilèges de sa communauté a une
« dette » naturelle envers elle. Tout crime contre un autre individu ou contre la
communauté est considéré comme un bris de contrat. Le criminel perd tous ses privilèges
en étant exilé (elend) hors de la communauté. Dans le chapitre suivant, Nietzsche souligne
que, plus une société est grande et puissante, plus son système pénal a tendance à être plus
clément. On juge de la richesse, de la grandeur et des ressources d’une communauté par le
« luxe » qu’elle peut s’accorder de ne pas punir un criminel.

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L’espace nous manque pour traiter en détail le reste de cette seconde dissertation
de Nietzsche. Jusqu’à maintenant, nous avons vu, au travers le concept de créancier et
débiteur, plusieurs éléments fondamentaux de son argumentaire. Nous avons vu la relation
entre le créancier et son débiteur au niveau des individus, et nous avons constaté que
l’individu est « endetté » envers la communauté. Maintenant, quelques lignes concernant
une communauté endettée, non pas envers une autre communauté, mais envers autre chose.

Nietzsche trace le développement de la mauvaise conscience en commençant par le


« sentiment d’endettement » que les premiers membres de la tribu ont dû ressentir envers
les fondateurs de celle-ci. Comme la tribu devenait de plus en plus puissante, une dette
croissante devait être payée à ces ancêtres vénérés. Avec le temps, ces ancêtres sont venus
à être adorés comme des dieux. Les membres de la tribu se demandaient constamment s’ils
présentaient assez d’offrandes à leurs dieux. Ils s’inquiétaient. Ils étaient habités par ce
sentiment constant de culpabilité, ou d’endettement. À l’instar de ces dieux, écrit
Nietzsche, le Dieu chrétien produit lui aussi un sentiment d’endettement maximum. Cette
dette ne peut pas être remboursée, et puisque c’est le cas, nous développons en nous-mêmes
les concepts de damnation éternelle. Nous sommes toutes des personnes nées avec un péché
originel irrémédiable. Le génie du christianisme est alors d’avoir Dieu (en tant que Jésus-
Christ) qui se sacrifie pour racheter tous nos péchés : Dieu, le créancier, se sacrifie lui-
même par amour pour ses débiteurs.

CONCLUSION

Nietzsche est un homme de conviction, c’est certain. Il a influencé des générations


avec ses idéologies. Dans son ouvrage, La généalogie de la morale, il réussit à rendre ses
arguments crédibles au niveau de l’usage qu’il fait de par l’étymologie des mots. Son style
original et sa prose sont uniques. C’est un athée assumé et engagé. On doit donner à César
ce qui lui revient. Peut-on dire avec certitude qu’il a raison d’affirmer que la morale n’est
pas d’origine divine ? Nous répondrons par quelques réflexions. En premier lieu, pour
adhérer aux théories de Nietzsche, il faut d’abord adhérer aux théories de Charles Darwin.
Nietzsche possède un don indéniable pour l’agencement de ses arguments, mais ceux-ci

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dépendent en très grande partie sur la théorie de l’évolution des espèces. Nous trouvons un
peu ironique qu’un auteur écrive avec autant d’autorité, mais dépende d’idée et de concepts
basés sur une théories où il existe encore beaucoup de présuppositions. N’en déplaise à
Nietzsche, ni lui, ni nous n’étions-là pour voir exactement comment les événements se sont
déroulés.

En second lieu, nous voyons dans son concept de volonté de puissance une idée qui
peut se concevoir, d’une certaine façon. Nous sommes tous mus par une volonté.
Cependant, nous trouvons que cela pose un problème d’ordre moral. Nous posons la
question : « Peut-on excuser quelqu’un qui nous traite de façon défavorable, sous prétexte
que c’est sa volonté de puissance qui l’incite à faire cela ? »

Enfin, si c’est vrai que la morale est « terrestre », et qu’elle évolue au même titre
que l’humanité, comment pouvons-nous définir un réel modèle acceptable de ce qui est
bien ou non ?

Puisque ces questions demeurent toujours en suspend pour nous, nous ne pouvons
être d’accord avec Nietzsche, car quoique cela porte à réflexion et divertit, nous ne sommes
pas convaincus pour autant.

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BIBLIOGRAPHIE

Bianchi, O. (2012), Apprendre à philosopher avec Nietzsche. Paris : Ellipses

Nietzsche, F. (1985), La généalogie de la morale. Montréal : Gallimard

Strathen, P. (1996), Nietzsche, je connais! Paris : Mallard

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