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Lidia Becker

10 La protohistoire médiévale des langues


romanes
Abstract : La contribution traite les interprétations de la protohistoire des langues
   

romanes (Diez, Meyer-Lübke, Schuchardt, Muller, Lausberg, Hall, Lüdtke, Wright,


Banniard, Herman, Dardel, Buchi, Schweickard, Kramer, Vàrvaro). Les approches de
la sociolinguistique historique se concentrent sur la diglossie : le latin est mort au

moment où le peuple ne pouvait plus comprendre les textes lus à haute voix. Ce sont
Henri-F. Muller, Helmut Lüdtke, Roger Wright, Michel Banniard, Marc Van Uytfanghe
et Marieke Van Acker qui ont développé cette idée. Du côté des latinistes, c’est James
N. Adams qui a définitivement écarté l’idée d’un latin uniforme, parce qu’il a démon-
tré la présence de variations régionales dès le début du latin écrit jusqu’au commen-
cement du Moyen Âge sur la base d’un vaste corpus d’inscriptions, tableaux de bois,
tabulae defixionum, ostraca, papyrus et naturellement de textes littéraires. La conti-
nuité lexicale entre le latin régional et les futurs idiomes romans existe, mais on ne
doit pas faire une rétroprojection des faits romans sur l’époque latine. Les sciences
historiques mettent en garde contre la théorie des catastrophes selon laquelle les
grandes migrations germaniques seraient l’événement clé dans la transition de l’Anti-
quité au Moyen Âge. Les historiens plaident toujours plus pour une continuité et pour
une transformation : il n’y a pas de rupture. De nouvelles perspectives sont envisagées

dans la conclusion de l’article. La romanistique doit mettre en relation les analyses


lexicologiques avec celles de l’histoire des choses, et toute recherche doit être mesu-
rée aux études des sciences historiques.

Keywords : protohistoire des langues romanes, sociolinguistique historique, latin


   

vulgaire/tardif, transition au Moyen Âge, perspectives de la linguistique romane


médiévale

1 Introduction
La formation des langues romanes dudit « latin vulgaire » constitue l’enjeu principal
       

de la romanistique dès ses débuts comme discipline scientifique. Déjà François


Raynouard se consacre à la quête de « la langue romane primitive » (Raynouard 1816,
       

II) qu’il identifie à l’ancien occitan, la langue de la poésie des troubadours : « […] il a
     

existé, il y a plus de dix siècles, une langue qui, née du latin corrompu, a servi de type
commun à ces langages [français, espagnol, portugais, italien] » (Raynouard 1821, II).
   

Cependant, suite à cela, la recherche sur la protohistoire des langues romanes s’est
avérée difficile pour des raisons objectives : d’un côté les romanistes peuvent certes

recourir à une documentation abondante de la langue latine standard, qui fournit une
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base solide pour l’étude des origines des langues romanes. De l’autre côté, la docu-
mentation de la langue latine d’immédiat, c.-à-d. la source directe des idiomes
romans, n’est que fragmentaire. Dès l’antiquité tardive jusqu’au passage à l’écrit des
langues romanes, seules des conclusions indirectes sur le langage de l’immédiat
peuvent être tirées des textes écrits en latin.1 C’était justement le manque de sources
directes qui a engendré une multitude d’interprétations du clivage évident entre les
textes latins tardifs et les textes romans depuis leur fixation graphique systématique.
Une présentation de « la protohistoire médiévale des langues romanes » doit donc
       

résumer l’histoire de la recherche romanistique dans ses grandes lignes.


La présente contribution propose de synthétiser quelques questions choisies de la
recherche romanistique et d’analyser les lignes générales du développement histo-
rique fondamentales à l’évolution langagière.2 La présentation des notions et des
méthodes, qui se manifestent en rétrospective comme ‘précurseurs’ de la recherche
actuelle sur la protohistoire des langues romanes, sera suivie par un bref aperçu des
analyses de James N. Adams sur le latin tardif ainsi que par un chapitre sur quelques
dernières recherches historiques importantes pour l’historiographie linguistique.
Dans la conclusion, nous proposerons des pistes pour un traitement adéquat du sujet
en question et signalerons des desiderata.

1 Pour des sources du latin tardif et médiéval du domaine de l’immédiat cf. Díaz y Díaz (21962), Pisani
(1960), Iliescu / Slusanski (1991), Stotz (2004, vol. 5), Kramer (2007), Kropp (2008). Frank/Hartmann

(1997) proposent un inventaire détaillé des premiers témoignages écrits des langues romanes à partir
de la fin du VIIIe siècle jusqu’à 1250. Selig/Frank/Hartmann (1993) réunissent des contributions sur ce
sujet. Pour le rôle des noms de lieu et de personne comme témoignage du changement linguistique cf.
Kremer (1988) et Dahmen et al. (2008).

2 Pour le changement linguistique interne cf. Maiden et al. (2011), la première histoire comparée des

langues romanes publiée en anglais (Maiden et al. 2011, XVII) : à côté des « innovations » et « chan-
               

gements » au niveau des structures linguistiques, toujours au coeur de la recherche en philologie


   

romane, ce recueil examine aussi la « persistance » et la « continuité » des traits linguistiques latins.
               

Plusieurs contributions analysent l’évolution linguistique à partir du stade synchronique du latin à


travers les stades médiévaux (p.ex. « ancien siennois », « ancien occitan » / « ancien provençal »,
                 

« ancien portugais », etc.) jusqu’aux nombreux parlers et langues romanes modernes dans la tradi-
   

tion de la grammaire historique ou de l’histoire linguistique interne. L’objectif encourageant d’une


intégration des perspectives internes et externes dans l’histoire des langues romanes (Maiden et al.  

2011, XX) annoncé dans l’introduction n’a été que partiellement atteint. Dans leur argumentation,
Loporcaro (2011, 69s.), Salvi (2011, 381), Pountain (2011) et Stefenelli (2011) s’appuient entre autres
sur des données de sociolinguistique historique. Seul Manoliu (2011) ajoute une liste des sources
primaires.
La protohistoire médiévale des langues romanes 263

2 Interprétations de la protohistoire des langues


romanes

2.1 « La langue romane primitive » et la méthode de la


     

reconstruction comparative

L’idée d’une protolangue uniforme romane, « la langue romane primitive » de        

Raynouard (1816, II), indépendamment du fait qu’il entende par là l’ancien occitan,
n’était pas adopté par Diez (1836). En effet, ce dernier parle de manière différenciée
des mots « ancien romans » « après la mort de la langue des Romains » ainsi que
             

du « moyen latin », selon lui « un agrégat d’éléments romans et germaniques sans


         

aucun principe de formation »,3 et il traite les unes après les autres les six langues

romanes (italien, valaque, espagnol, portugais, provençal et français) dans les chapi-
tres correspondants dédiés aux phénomènes grammaticaux (Diez 1836, 22s.). Hugo
Schuchardt critique explicitement l’avis de Raynouard sur la « domination d’une    

langue romane générale » (Schuchardt 1866, vol. 1, 102).


     

En revanche, pour Wilhelm Meyer-Lübke la période commune dans le développe-


ment précoce des langues romanes, qu’il identifie avec la « langue populaire lati-    

ne » ou le « latin vulgaire », est devenue une nécessité pour des considérations


         

méthodologiques, car il applique la méthode de la reconstruction comparative, intro-


duite dans les études indo-européennes par August Schleicher en 1861 et développée
par les néogrammairiens, à la famille linguistique romane. Dans le cas de l’indo-
européen, une langue non attestée, les formes reconstruites marquées par un asté-
risque représentaient la seule possibilité de retenir des étapes précédentes de l’évolu-
tion linguistique. La comparaison de plusieurs formes romanes qui avaient apparem-
ment un étymon commun, toutefois non identifiable dans la documentation latine,
semblait indiquer qu’il y ait eu une forme de la protolangue romane commune, mais
également non attestée, et uniquement descriptible par l’application de la méthode de
reconstruction. Cette forme de langage plutôt uniforme et identifiée à l’usage oral
aurait existée parallèlement à la langue écrite latine de manière ininterrompue.
Ferdinand Lot exprime dans le titre de son étude À quelle époque a‑t‑on cessé de parler
latin ? (1931) une des questions primordiales à la romanistique dans les premières

décennies du XXe siècle – moment où le roman parlé prend la place du latin parlé.4

Pour la plupart des adeptes de la reconstruction comparative, dont Meyer-Lübke

3 Traduction des citations par l’auteure.


4 Selon Lot (1931, 99) à partir du Ve siècle « il y avait deux langues, celle du peuple, parlée par
   

l’immense majorité de l’Empire, celle de l’aristocratie ». Certains latinistes croient encore pouvoir

distinguer « locuteurs natifs » du latin sur la base des sources écrites. Selon Burton (2011, 486), « la
           

plupart des textes en latin antérieurs au VIe siècle ont été rédigés par des locuteurs natifs résidant sur
le territoire de l’empire romain ; après cette date, un plus grand pourcentage de textes chrétiens est dû

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comme représentant le plus important, les débuts du « latin vulgaire », la langue      

primitive romane, auraient eu lieu à l’époque du latin tardif, entre le IIe/IIIe et le


Ve siècles apr. J.-C. (Meyer-Lübke 1904–1906, 455–463). Cette datation se base sur des
   

caractéristiques intralinguistiques, surtout phonologiques.


Dans la deuxième moitié du XXe siècle, surtout Heinrich Lausberg et Robert A.
Hall Jr., ont développé la méthode de la reconstruction néogrammairienne et l’ont
complétée par l’approche structuraliste. Lausberg suit la logique de la « langue    

parlée romane », « successeur du latin vulgaire » (Lausberg 1969, vol. 1, 75) et justifie
           

son approche comme suit : « La linguistique romane fait abstraction des différentes
     

langues romanes et du latin pour se former une image de la romanité ; cette abstrac-  

tion du second degré est la tâche fondamentale de la linguistique romane » (Laus-    

berg 1969, vol. 1, 37). Par le terme « latin vulgaire », il entend non seulement « la
           

langue familiaire de l’homme du peuple », mais aussi « la langue quotidienne des      

personnes cultivées » et il suppose « une continuité avec les langues romanes »,


         

puisque leurs caractéristiques correspondaient en grande partie avec la documenta-


tion antique (Lausberg 1969, vol. 1, 67). Dans son ouvrage de base de trois volumes 

Romanische Sprachwissenschaft (31967–1972), il s’occupe de la reconstruction des


phénomènes romans communs, p.ex. sur le plan phonologique (Lausberg 1972,
vol. 3, 110s.) des systèmes protoromans de qualités (Lausberg 1972, vol. 3, 144) et des
   

résultats de l’harmonisation, c’est-à-dire la transformation de la voyelle accentuée


par des sons suivants (Lausberg 1972, vol. 3, 167s.).  

Le représentant le plus connu de la reconstruction comparative dans la romanis-


tique nord-américaine, Robert A. Hall Jr., propose un modèle de reconstruction à
plusieurs niveaux et stades en se détournant de la période prolongée du « latin    

vulgaire » uniforme. Selon ce modèle, le « proto-gallo-roman » et le « proto-ibero-ro-


               

man » descendent du « protoroman occidental » ; le « protoroman occidental » et le


                   

« proto-italo-roman » sont issus du « proto-italo-roman occidental », équivalent au


           

« latin vulgaire » traditionnel, cette dernière forme provient à côté du « protoroman


         

oriental » du « protoroman continental » et finalement du « protoroman » avec d’au-


                   

tres branches entre des niveaux et stades particuliers. L’hypothèse d’une diversifica-
tion régionale assez précoce, à partir de 250–200 av. J.-C., rend compte du caractère
innovateur de la théorie de Hall. Par la méthode de la « reconstruction purement    

comparative » en combinaison avec des conceptions structuralistes, il vise à une


   

description détaillée du « Proto-Romance comme système linguistique » : il compte


       

avec un système de flection nominale qui offrait au moins deux nombres, deux
genres, cinq cas (nominatif, accusatif, génitif, datif et vocatif) et de flection verbale
avec trois personnes, deux nombres, deux radicaux et au moins trois temps, en outre
différentes formes non-finies appartenant à chaque radical (Hall 1950, 234). Nonobs-

à des auteurs dont le latin n’était pas la langue maternelle, même si beaucoup d’entre eux le
maîtrisaient parfaitement ».  
La protohistoire médiévale des langues romanes 265

tant la correspondance des nombreux traits reconstruits avec la documentation latine,


Hall postule des différences majeures entre le « latin classique » et le « protoroman »,              

dont le premier, selon lui, n’est pas un ancêtre direct du second, mais une « langue-    

sœur » (Hall 1950, 234s.). Dans une publication postérieure (Hall 1960), il essaye de
   

reconstruire des structures syntaxiques du « protoroman ». Son travail de trois volu-      

mes Comparative Romance Grammar (1974–1983) se concentre avant tout sur les
domaines de la phonologie et de la morphologie.
Dans la romanistique actuelle, la méthode de reconstruction comparative est
représentée par Robert de Dardel, qui distingue le latin oral relativement uniforme
de « la langue mère historique des parlers romans » et du « protoroman » reconstruit
               

comme une abstraction linguistique, avec un caractère cependant systémique (Dardel


1996a, 90s. ; Dardel 1996b, 45). Il suit l’approche traditionnelle de la recherche

comparative avec la notion des « deux normes parallèles », une norme orale ainsi      

qu’une norme « plus ou moins exclusive d’un niveau de langue élitaire ou savant »
     

(Dardel 1992, 86s.). Pour situer le phénomène de la latinisation tardive (« la latinisa-  

tion secondaire ») dans le cadre de sa théorie, il présuppose de plus une troisième


« norme mi-classique », « à mi-chemin d’une norme franchement classique et de la


       

norme du niveau inférieur » (Dardel 1992, 90). Dardel (1996b, 161) attire l’attention sur
   

la reconstruction des traits syntaxiques du « protoroman », longtemps négligés dans      

la tradition comparative. Avec Jakob Wüest, il justifie les différences profondes entre
le « protoroman » et le latin écrit par « un processus sociolinguistique, la semicréoli-
           

sation » (Dardel 1996b, 47 ; Dardel/Wüest 1993). Johannes Kramer (1999) rejette la


     

comparaison de la formation des langues romanes avec la créolisation en reprenant


des arguments linguistiques internes et extralinguistiques et reproche à Dardel « qu’il    

ne veut simplement pas prendre notice des exemples attestés par les monuments
latins » (Kramer 2009a, 422 ; cf. aussi Herman 2001, 716).
     

Actuellement, la méthode de la reconstruction comparative connaît une renais-


sance avec le projet du Dictionnaire Étymologique Roman (DÉRom) lancé par Éva
Buchi (Nancy) et Wolfgang Schweickard (Sarrebruck) en 2008. Dans le cadre de ce
projet, environ 500 lexèmes romans « héréditaires » sont analysés selon les critères        

phonologiques, sémantiques, stratigraphiques et variationnelles (DÉRom (ed.), Pré-


sentation). Dans le DÉRom, à l’instar du REW de Meyer-Lübke, des étymons communs
au « protoroman » sont reconstruits tout en tenant compte de la transcription phono-
       

logique (p.ex. */’anim‑a/, */’dɔrm‑i‑/, */ro’tʊnd‑u/) et leurs correspondances sont  

mentionnées dans toutes les langues romanes. La méthode de la chronologie relative


s’applique aussi, cf. les variantes reconstruites pour */ro’tʊnd‑u/ : « type archaïque      

originel */ro’tʊnd-u/ », « type archaïque métathésé */to’rʊnd-u/ », « type aphérésé


           

*/’tʊnd-u/ » et « type dissimilé */re’tʊnd-u/ » (DÉRom (ed.), */ro’tʊnd‑u/).5


           

5 Cf. l’analyse de la méthodologie du DÉRom par Heidemeier (2011).


266 Lidia Becker

2.2 Approches de la sociolinguistique historique

La reconstruction comparative d’un « protoroman » uniforme a été critiquée très tôt


       

dans la romanistique. Outre Schuchardt (1866–1868), qui est considéré, entre autres,
comme un des fondateurs de la sociolinguistique (Morpurgo Davies 1996, 389), il
convient de nommer les représentants de la géographie linguistique6 Jules Gilliéron
(1891), Matteo Bartoli (1925) et Gerhard Rohlfs (1971) ainsi que la « Columbia    

school » de Henri-François Muller (1929). Schuhardt s’est fixé pour objectif de déter-
   

miner les traits du « latin vulgaire » par le travail philologique sur les sources.7 Bartoli
       

et Rohlfs examinent les différences diatopiques, « aréales » pour montrer l’évolution


       

du latin aux différentes langues romanes. Yakov Malkiel (1976, 64) souligne les
concordances « polygénétiques » accidentelles entre la recherche de la géographie
       

linguistique en mettant l’accent sur la lexicologie en Europe et les approches sociolin-


guistiques aux États-Unis.
Tandis que Schuchardt, les représentants des méthodes de la géographie linguis-
tique et Hall présupposent une diversification précoce du latin en tenant compte des
spécificités du sarde et du roumain, Muller postule une base commune aux langues
romanes, maintenue jusqu’au IXe siècle. L’innovation de sa thèse, cependant criti-
quée à plusieurs reprises (cf. Bonfante 21999, 137–140), réside en l’explication de
l’uniformité linguistique par des facteurs principalement extralinguistiques, sociohis-
toriques comme la foi chrétienne commune et les contacts entre les provinces de
l’ancien Empire Romain. Selon Muller, c’est la réforme carolingienne qui était respon-
sable de la scission entre le latin et le roman. L’évaluation des témoignages écrits
médiévaux comme les reproductions fidèles de la langue parlée par Muller et ses
élèves explique leur refus de la reconstruction comparative néogrammairienne.
Helmut Lüdtke a probablement été le premier romaniste à indiquer l’importance
de la compréhension du latin lu à haute voix et à appliquer le terme « diglossie » à la        

situation linguistique précarolingienne. Selon lui, le latin est mort au moment où le


peuple ne pouvait plus comprendre les textes lus à haute voix (Lüdtke 1964, 4).8 La
mesure la plus importante de la réforme carolingienne consisterait en une uniformisa-
tion de la « langue de lecture » (« Lesesprache », Lüdtke 1964, 18), mettant fin à la
           

situation diglossique avec le latin spontané ou le roman comme la langue parlée et le


latin écrit.
Rogert Wright, un représentant moderne de la sociolinguistique historique,
concentre ses recherches sur les conséquences de la réforme carolingienne en France
et en Espagne (Wright 1982). Il suit Muller en ce qui concerne la période d’uniformité

6 Grassi (2001) s’occupe de l’histoire et des méthodes de la géographie linguistique.


7 Pour l’évaluation de la contribution scientifique de Schuchardt cf. Vàrvaro (1980, 91–99) et Morpur-
go Davies (1996, 387–391).
8 Michael Richter (1983, 440) change en accord avec cette thèse la formulation de Lot sur la fin du latin
parlé : « À quelle époque a-t-on cessé de comprendre le latin en Gaule ? ».
         
La protohistoire médiévale des langues romanes 267

plus longue durant l’évolution du latin aux langues romanes, et justifie son adhésion
en invoquant le critère sociolinguistique de la conscience linguistique. Selon Wright
(1982, 50, 170), les textes composés au haut Moyen Âge auraient été lus de manière
spontanée en variétés régionales orales selon le principe logographique, p.ex. saecu-
lum et placuit sur la Péninsule Iberique auraient été réalisés avant l’introduction de la
réforme carolingienne comme [ˈsjeglo] et [ˈploɣo]. Tout pendant que les locuteurs
estimaient parler et écrire une seule et même langue, il ne peut être question de « lan-    

gues romanes » (Wright 2011, 62). Les nouvelles pratiques de la lecture à haute voix
   

introduites par la renaissance carolingienne (litterae, la réalisation de chaque graphe


latin avec un son correspondant selon les règles de la prononciation du latin clas-
sique, p.ex. saeculum comme [ˈsɛkulum] et placuit comme [ˈplakuit]) auraient favorisé
la prise de conscience croissante du clivage entre le latin reformé des lettrés et les
idiomes romans parlés. Dans l’étape suivante, selon le principe phonographique, les
parlers romans qui avaient participé à la réforme, auraient été transférés à l’écrit de
manière successive par l’attribution d’un graphe latin à chaque son roman. Par
conséquent, il parle de l’invention d’une nouvelle prononciation « latine » et une        

nouvelle écriture « romane » (Wright 1982, 262 ; cf. les critiques de Berschin/Berschin
         

1987 ; Herman 1996, 369, note 5 ; Posner 1996, 153s.). Wright (1982, 261s.) propose des
     

datations différentes pour la fin de la phase monolingue « protoromane » ou du latin        

tardif dans la Gallo-Romania (env. 800 apr. J.-C.) et Ibero-Romania (1080) en raison
des effets de la réforme carolingienne. Après deux courtes phases de transition, deux
langues, le latin et le roman, se distinguent dans la Gallo-Romania (depuis env. 1000)
et dans l’Ibéro-Romania (depuis env. 1228) (Wright 2011, 63).
Un autre représentant de la sociolinguistique historique, dite « rétrospective »,      

Michel Banniard, introduit plusieurs innovations méthodologiques. Il prend comme


point de départ un changement lent du « latin parlé » au « roman archaïque ou pro-            

toroman » jusqu’au IXe siècle au plus tôt (Banniard 22005, 8). Sur la base des phéno-
   

mènes phonologiques et morphosyntaxiques, à un degré moindre des phénomènes


lexicaux dans les témoignages écrits médiévaux, il distingue différentes modalités
du « protoroman », à savoir le « protoitalien », le « protofrançais », le « protoespa-
                     

gnol », le « protoroumain », le « protoafricain », etc. Il remplace la dichotomie concep-


             

tuelle entre le latin écrit et le roman parlé par un « continuum variationnel » ou bien        

un « diasystème »,9 entre autres avec une différenciation entre le « latin parlé culti-
         

vé » et le « latin parlé populaire » à l’intérieur de la variété conceptionnelle « latin


               

parlé » (Banniard 22005, 20s.). En outre, Banniard analyse les pratiques communicati-
   

ves « horizontales » entre les « litterati » (« lettrés latinophones ») et les « illiterati »


                         

(« déjà romanophones ») ainsi que les voies de la communication « verticale » entre


           

les deux groupes (Banniard 1992, 16 ; 2005, 26ss.). La fin de la « communication      

9 Le terme « diasystème » a été amené par Weinreich (1954), a été introduit dans la romanistique par
       

Coseriu (1970) et a été appliqué au latin par Renzi (1980, 87).


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verticale » réussite, « la transmission d’un message (religieux) en latin d’un style


       

simple prononcé sans apprêt (sermo humilis ou rusticus) à l’intention d’un public
d’illettrés (illitterati) » (Banniard 22005, 37), signifierait la fin du latin parlé et le début
   

de la diglossie entre le latin et les langues romanes. En ce qui concerne la périodisa-


tion, Banniard parle de manière différenciée des « isoglosses diachroniques » pour        

des phénomènes linguistiques particuliers comme le « développement des tournures    

prépositionnelles », la « réfection des démonstratifs », la « création de l’article défini


           

(VIIIe–XIIe s.) », etc. (Banniard 2003, 552). Les isoglosses diachroniques s’accumulent

et la « communication verticale » entre le lettrés latinophones et les illettrés analpha-


       

bètes se brouille autour de 750–800 en « France d’oïl », 800–850 en « France d’oc »,            

850–900 en « Espagne mozarabe », 900–950 en Italie septentrionale et centrale et


     

autour de 750–800 (avec un point d’interrogation) en Afrique (Banniard 22005, 37). Les
thèses de Banniard, surtout la notion de la « communication verticale » entre les « lit-            

terati » et « illitterati », ont été favorablement accueillies par la plupart des spécialistes
         

(cf. Wright 1993 ; Kramer 1998b ; Selig 2008a ; Koch/Oesterreicher 2008, 2577–2580).
     

Cependant, quelques voix critiques se sont également élevées (cf. O’Donnell 1995 ;  

Gimeno Menéndez 2004 ; 2006).  

Parmi les chercheurs qui ont contribué à côté de Banniard à la « recherche en    

communication » récente, il faut nommer Michael Richter (1983) et Marc Van Uytfan-
   

ghe (1984 ; 1985 ; 1987). Van Uytfanghe applique le terme de la diglossie, en référence
   

à Lüdtke, à la période précarolingienne, toutefois avec une précision importante, dans


le sens d’une utilisation fonctionnelle différente de deux variétés d’une langue (la
variété écrite codifiée vs. la variété parlée) et pas de deux langues (le latin vs. le
roman) (Van Uytfanghe 1984, 599 ; cf. aussi Selig 2008a, 23s. ; Koch/Oesterreicher    

2008, 2578s.).
József Herman (1996, 365s.), un des meilleurs experts de la problématique du « la-    

tin vulgaire », observe de manière critique, en référence aux recherches de Van


Uytfanghe et Banniard, que les énonciations métalinguistiques dans la documenta-


tion du haut Moyen Âge sont uniquement transmises dans des manuscrits tardifs et
qu’elles ne reflètent en aucune façon la situation linguistique contemporaine. En
revanche, il plaide pour la recherche des témoignages contemporains indirects, qui
décriraient les pratiques communicatives de manière fiable. Selon Herman (1996,
372), c’est le texte Admonitio Generalis composé en 789 apr. J.-C., qui témoigne, déjà
avant la réforme carolingienne, du manque de compréhension des textes religieux
fondamentaux par le peuple et par une partie du clergé en France. Il met les pro-
blèmes de compréhension du latin lu à haute voix en rapport avec la chute des
voyelles finales et le processus des changements phonologiques suivant à ce phéno-
mène dans les langues gallo-romanes au VIIe–VIIIe siècles (Herman 1996, 376–378).
Pour l’Italo- et Iberoromania, il date la prise de conscience des différences linguisti-
ques à l’égard du latin du Xe siècle. La date la plus tardive serait due à une plus
grande proximité entre les systèmes linguistiques correspondantes (Herman 1996,
378–380).
La protohistoire médiévale des langues romanes 269

En 2005, Helmut Lüdtke présente son opus magnum d’ampleur encyclopédique


avec le sous-titre « une histoire de la communication linguistique ». Dans cette œuvre,
     

il réunit les découvertes les plus récentes dans les domaines de la théorie du change-
ment linguistique, de la recherche en communication, de l’acquisition des langues, en
linguistique de contact, en linguistique textuelle, en pragmatique linguistique, etc.
qu’il met en relation avec les données de la grammaire historique. La présentation est
complétée par une analyse des facteurs historiques, géographiques et sociaux de
l’acculturation linguistique. Il développe ses idées concernant les pratiques de la
lecture à haute voix, la distinction entre les textes destinés à la lecture et les textes
protocolaires ainsi que les conséquences de la réforme carolingienne en appliquant
les concepts de Banniard et Van Uytfanghe (cf. Lüdtke 22009, 578–681). À côté des
langues romanes majeures, il traite de manière systématique les parlers mineurs
comme le sarde, le sicilien, l’aragonais, l’asturien, etc. La notion du « tabou linguisti-
   

que » proposée par Lüdtke (des phénomènes courants dans la langue d’immédiat
   

communicatif et exclus dans la langue écrite, comme en allemand « rauf », « run-          

ter », « rein », « rönchen ») contribue à une meilleure compréhension des conventions


             

médiévales de l’écriture, restées largement libres de l’influence de la langue d’immé-


diat (Lüdtke 22009, 590–593).
Certaines réactions critiques à l’égard de l’actualisation du vénérable REW dans
le cadre du projet DÉRom montrent que la discussion scientifique sur l’émergence des
langues romanes n’est en rien terminée. Ainsi, Vàrvaro (2011a, 302) reproche aux
responsables du projet un emploi irréfléchi du concept du « protoroman », dans un
     

sens opposé à la complexité naturelle de la langue. Bien que Vàrvaro (2011a, 299) ne
refuse pas catégoriquement la méthode de la reconstruction, il plaide pour son
imbrication continue avec la documentation historique, le contexte socioculturel et
le spectre complexe des variétés linguistiques (Vàrvaro 1972–1973 ; Vàrvaro 1980,  

293ss.). Buchi/Schweickard rejettent cependant cette critique en mentionnant que la


reconstruction de la variation interne au latin est un objectif central au projet (Buchi/
Schweickard 2011a, 308).10

3 L’importance des recherches de James N. Adams


sur le latin tardif pour la romanistique
L’investigation sur les changements linguistiques dans l’antiquité tardive et le Moyen
Âge constitue l’objet d’étude des philologies romane et latine de façon équitable,
parce que « le fait que la langue a changé son nom de latin en français, espagnol, etc.
   

ne devrait pas masquer le fait que l’étude des langues romanes et l’étude du latin

10 Pour la continuation du débat, cf. Vàrvaro (2011b) ; Buchi/Schweickard (2011b) ; Kramer (2011).
   
270 Lidia Becker

répresentent essentiellement le même domaine de recherche » (Wright 2011, 79). Les    

intérêts fondamentalement différents ont conduit à un développement divergent des


deux disciplines à la suite des travaux pionniers de la fin du XIXe siècle (Kramer
2009b, 3). Dans la philologie latine, c’est la concentration exclusive des romanistes
sur les « tendences tardives et vulgaires du latin conduisant aux langues roma-
   

nes » (Stefenelli 2003, 533) qui a suscité des critiques (cf. Mohrmann 21961, 145).
   

James N. Adams a créé un pont entre les deux disciplines et a sensiblement


amélioré la situation de départ pour les études romanistiques avec ses recherches à
grande échelle sur la situation linguistique dans l’antiquité (cf. Wright 2010, 190). Son
étude sur les langues en contact avec le latin et sur le bilinguisme dans les territoires
romains (Adams 2003) fournit des analyses des phénomènes du contact précoce entre
le latin et les parlers celtiques, hispaniques et germaniques. Adams estime que
l’influence du contact linguistique sur la formation des langues romanes était faible,
à l’exception du vocabulaire (Adams 2003, 526 ; Adams 2007, 406–421). Les romanis-

tes ont obtenu des résultats comparables depuis les années 1970 (cf. Pfister 1978 ;  

Schmitt 1982 ; Felixberger 2003 ; Loporcaro 2009, 36–39).11


   

Avec sa dernière étude sur la variation diatopique du latin tardif, Adams (2007) a
définitivement écarté la thèse traditionnelle ex uno plures, c’est-à-dire la formation de
plusieurs langues romanes à partir d’un latin uniforme. Particulièrement dans la
philologie romane, l’existence de dialectes latins est supposée déjà très tôt : elle est  

évoquée pour la première fois par Schuchardt (1866, vol. 1, 101). L’idée de certaines

différences diatopiques, ensuite supprimées par une profonde influence du latin


standard dans le domaine de la distance, prévaut dans la philologie latine. Cepen-
dant, une variation diatopique était présumée au plus tôt depuis l’époque impériale
(Mohrmann 21961, 146). Une réflexion sur la diversification régionale du latin est
restée depuis plus de cent ans un desideratum de la philologie classique (Kramer
2009a, 416). Adams est parvenu à démontrer la présence de variations régionales dès
les débuts du latin écrit sur la base d’un vaste corpus d’inscriptions, tabulae defixio-
num, tableaux de bois, papyri, ostraca et de textes littéraires : on doit abandonner  

l’idée que la langue latine était monolithique jusqu’à une date très tradive, quand
quelques évents catastrophiques auraient provoqué une scission, ou qu’une diversifi-
cation régionale du latin existait au plus tôt depuis l’époque imperiale. Au contraire,
la variété régionale existait dans la langue latine dès les premières attestations, bien
que les attestations soient peu nombreuses (Adams 2007, 725).
Adams répond de façon contrastée à la question de la continuité du latin régional
dans les langues romanes formulée par Vàrvaro comme « Ammettiamo senz’altro che
   

11 Lorenzo (2009, 311) considère comme insoutenables plusieurs acceptations antérieures relatives à  

l’influence du substrat au niveau phonétique, envisage cependant une influence possible des langues
préromaines dans le domaine de la phonétique. Kremer met en garde devant les « afirmaciones ‹ defini-
       

tivas › » concernant l’intégration germanique-romanique : « En general, las influencias germánicas en


           

la constitución de la Iberoromania actual son difíciles de calificar y de cuantificar » (Kremer 2004, 133s.).
   
La protohistoire médiévale des langues romanes 271

lo studioso dimostri la variazione regionale del latino : c’è una continuità tra tale

variazione latina e la variazione romanza ? Questa mi pare, dal punto di vista del

romanista, la domanda fondamentale » (Vàrvaro 2009, 607). Au niveau du vocabu-


   

laire, Adams observe « la présence de quelques exemples remarquables de continuité


   

entre la latinité, parfois de date ancienne, et la période romane » (Adams 2007, 698).    

Naturellement quelques innovations ont eu lieu localement, mais en général « la    

continuité régionale lexicale a été forte » (Adams 2007, 701). De toute façon, Adams
   

met en garde contre une rétroprojection de la distribution régionale d’un lexème


roman sur l’époque latine : « on doit prendre garde de ne pas supposer que la distribu-
   

tion géographique romane d’un mot représente nécéssairement la même distribution


dans la période de l’Empire romaine, beaucoup de siècles avant les témoignages des
langues romanes comme telles » (Adams 2007, 352 ; cf. aussi Vàrvaro 1991, 46 ; Herman
     

1990, 89). La situation au niveau morphosyntaxique est, en revanche, difficile à


évaluer, car certaines caractéristiques dites romanes pourraient déjà avoir été formées
en latin d’immédiat communicatif, sans avoir laissées de traces dans la langue écrite
(Adams 2011, 280). Selon Adams (2011, 282 ; 2007, 728), une description détaillée des

changements morphosyntaxiques n’est pas réalisable ; en outre, l’origine des langues


romanes ne peut être exclusivement recherchée en latin ancien. Une précision de la


question de l’influence du substrat, qui pourrait avoir été neutralisée après la mort de
la langue substrat correspondante, est également importante (Adams 2007, 368).

4 La recherche historique sur la transition de


l’Antiquité tardive au haut Moyen Âge
Les discussions sur les facteurs extralinguistiques du changement linguistique et la
périodisation se déroulent parallèlement au discours dans les sciences historiques et
devraient être conciliées avec ce dernier, mais ceci n’a lieu que dans de rares cas.
Souvent, les notions et les arguments utilisés, même dans les représentations actuel-
les, de l’histoire linguistique de la Romania, sont depuis longtemps obsolètes dans la
science historique. Même la datation traditionnelle au début de l’époque médiévale
autour de 500 apr. J.-C., qui est acceptée par la plupart des médiévistes (cf. Goetz 2003
avec le titre Europa im frühen Mittelalter : 500–1050 et Fouracre 2005b avec le premier

volume de The new Cambridge medieval history, c. 500–c. 700), ne reste en aucun cas
incontestée (cf. Collins 32010 avec le titre Early medieval Europe, 300–1000). En effet,
Goetz souligne « le caractère symbolique » de la datation conventionnelle : il s’agit,
         

en effet, d’un processus de mutation dont le noyau est à situer entre le IIIe et le
VIIIe siècle. « Vers 500 » est donc une date conventionnelle sur laquelle la plupart des
         

chercheurs s’est mis d’accord, bien que sans raisons impératives (Goetz 2003, 20).
Lüdtke résume les principaux arguments extralinguistiques, qui se sont établis dans
l’historiographie romanistique, de manière claire et concise. Si l’on considère le
272 Lidia Becker

problème d’une manière déductive, plusieurs bouleversements peuvent être considé-


rés comme facteurs externes pour l’abandon de la diglossie :12 politiquement, la  

division de l’empire romain d’Occident en états séparés, la perte de l’Afrique septen-


trionale et de l’Espagne en faveur des Arabes et la réunion de Romans et Germains
dans l’Empire carolingien ; économiquement, la dégradation du réseau des routes

romaines et l’affaiblissement des échanges commerciaux ; sociologiquement, la tran-  

sition de l’esclavage au féodalisme ; culturellement, la dissolution des écoles rhétori-  

ques et la baisse du niveau d’éducation ; réligieusement, l’introduction et la victoire  

définitive du christianisme (Lüdtke 1964, 6). Certains de ces développements, surtout


dans le domaine de l’histoire culturelle, seront examinés ci-après.
La « désagrégation » linguistique de la Romania est souvent considérée comme
       

conséquence de la fragmentation politique de l’Empire Romain autour du Ve et


VIe siècles. À cet égard, certains manuels, même actuels, tiennent le phénomène

des « invasions germaniques » pour responsable de la chute de l’Empire romain et


       

donc du changement linguistique accéléré depuis le Ve siècle :  

« Pero, cuando en siglo V (476) el Imperio Romano de Occidente se desmorona y esos lazos políticos

se rompen, las distinas regiones van a vivir más o menos aisladas e independientes unas de otras
dentro de los límites de las nuevas organizaciones estatales de los bárbaros y, en consecuencia, el
latín vulgar de las diferentes partes de la Romania quedará abandonado a sus propias tendencias y
las diferencias lingüísticas se irán acentuando cada vez más hasta dar lugar a las nuevas lenguas
romances. La importancia de las invasiones germánicas […] está […] en que fueron el elemento
desencadenante de la fragmentación lingüística de la Romania » (Cano 2007, 82).    

« Une première question fondamentale concerne le passage du latin aux langues romanes,

la ‹ fragmentation de la Romania › : il s’agit de savoir quand, comment et pourquoi le latin s’est


       

transformé en un nombre considérable de langues-filles, différenciées dans l’espace. Nous


sommes en face d’un phénomène de changement linguistique qui pourrait, justement, avoir été
accéléré […] » (Gleßgen 22012, 332).
   

La « théorie des catastrophes » concernant l’effondrement de l’Empire romain par les


       

grandes migrations avec la contribution déterminante des Germains a été diffusée dans
l’historiographie déjà depuis la Renaissance. Dans les premières études de la philologie
romane, cette théorie a été mise en évidence avec la dichotomie de l’Antiquité tardive
« romaine » et le Moyen Âge « germain » (cf. Gauß 2009, 102s.) : les langues romanes
               

ont été jugées comme successeurs du « latin corrompu » (Raynouard 1821, II) par suite        

des « invasions barbares ».13


     

Dans la recherche historique actuelle, on analyse autant le phénomène des « in-    

vasions barbares » que le « déclin » de l’Antiquité de manière nuancée. Il est vrai que
           

12 Avec le latin spontané/le roman comme la langue parlée et le latin comme la langue écrite.
13 Cano (2007, 82) souligne en revanche conformément à l’état actuel de la recherche que la « germa-    

nización de la Romania » a joué un rôle moindre au niveau des structures linguistiques.


   
La protohistoire médiévale des langues romanes 273

l’époque de la migration des peuples a connu des phases d’accélération et de brutalité,


qui ont presque anéanti certaines régions comme la Gascogne et quelques parties de la
Provence. Cependant, ce phénomène équivaut plutôt à une transformation structurelle
langagière qu’à un événement catastrophique (Schmale 2000, 41). Entre les pôles de la
rupture et de la continuité pour cerner le rapport entre l’Antiquité et le Moyen Âge, la
plupart des médiévistes optent pour la thèse de la continuité. De plus, on ne parle plus
de « rupture » ou de « continuité », mais du rapport entre tradition et changement
             

dans la « transformation » de l’Antiquité ou la « transformation du monde romain » au


               

Moyen Âge (Goetz/Reimitz 2001, 211), voire des « tranformations » (Goetz 2003, 19) au
       

pluriel. La synthèse des éléments romains, chrétiens et germaniques avait commencé


déjà dans l’Antiquité tardive et non pas au Moyen Âge (Goetz/Reimitz 2001, 211), dont,
entre autres, les lexèmes chrétiens et germaniques dans le lexique du latin tardif sont
une preuve évidente (voir les exemples chez Burton 2011 et Adams 2003, 278s., 447–
450). Conformément à quelques tendances actuelles de l’historiographie romanistique,
Goetz et Reimitz constatent que la transition de l’Antiquité au Moyen Âge a été un
processus langagier de longue durée, sans que certains phénomènes puissent être
définis comme déterminants : selon l’état actuel des connaissances on doit chercher la

source de changements plutôt dans le ‹ temps › que dans la dominance politique et


       

culturelle des Germains (autrefois trop accentuée) (Goetz/Reimitz 2001, 211).


Si les « invasions barbares » ne sont plus conçues comme l’événement clé dans la
       

transition de l’Antiquité tardive au haut Moyen Âge, mais seulement comme un


facteur d’influence parmi d’autres (cf. aussi Fouracre 2005a, 2), ou même comme « le    

résultat de la fin de l’Empire romain d’Occident » (Halsall 2005, 37), ce phénomène ne


   

peut donc être considéré comme la cause du changement linguistique (cf. Stotz 2002,
vol. 1, 5). Aussi bien Stotz que Lüdtke (cf. aussi Kramer 1999) citent parmi les principa-

les principaux moteurs du changement linguistique le recul de l’éducation ; ce phéno-  

mène est souvent considéré, notamment par Mohrmann (21961, 149) et Janson (2006,
86), comme la cause immédiate du recul de l’écriture. Cette argumentation, qui touche
directement l’évolution linguistique interne, devrait également être mise en relation
avec la recherche médiéviste actuelle. En effet, les médiévistes estiment le domaine de
l’éducation, qui avait été patronnée dans l’Antiquité tardive par les autorités publi-
ques, tout du moins sous la forme d’un enseignement élémentaire (Gerberding 2005,
33), et maintenue par les couvents à partir du VIe siècle (Verger 1995, 1582s.),
comme « un problème de continuité difficile » (Goetz/Reimitz 2001, 213). La majorité
       

des médiévistes, surtout dans l’espace germanophone, soutient la conception du net


recul de l’écriture au haut Moyen Âge (cf. Bihrer 22004, 321).
Il reste que depuis les années 80 du XXe siècle, une série d’études a tenté de
modérer la dichotomie rigide entre les clercs lettrés et les laïcs analphabètes. Franz
Bäuml plaide pour que les compétences individuelles limitées des laïcs dans le
domaine de la lecture et de l’écriture ne soient pas identifiées à la fonction de
l’éducation dans la société médiévale (Bäuml 1980, 238–239). McKitterick (1989, 211–
270) a essayé de détecter l’existence d’une culture de l’écriture largement répandue
274 Lidia Becker

dans une tradition ininterrompue au sein de la société carolingienne du VIIIe siècle.


Cette thèse a été appliqué à la société mérovingienne (Vezin 1996 ; cf. aussi Banniard

22005, 36) et lombarde (Everett 2000). Par ailleurs, une continuité de la tradition

éducative impériale dans le royaume wisigoth (cf. Gimeno Menéndez 2004, chapitre
5.2) a été prouvée. Certains médiévistes ont, en outre, supposé un emploi de l’écriture
latine dans la vie quotidienne des VIIIe et IXe siècles plus fréquent que jusqu’à présent
admise (Garrison 1999).
Tout en tenant compte des résultats récents de la recherche, Goetz fait un bilan
plutôt réaliste à l’égard de l’éducation et l’écriture médiévales : « Récemment, on     

caractérise de plus en plus et à juste titre le haut Moyen Âge comme société orale, car
la forte majorité de la population ne savait ni lire ni écrire, et même si on ne doit pas
sous-estimer une certaine culture dans les cercles de la haute noblesse, l’éducation
était restrainte au clergé ou au moins à la transmission dans les écoles ecclésiastiques.
On ne doit pas mettre en doute les résultats et l’importance de la culture écrite pour la
société du haut Moyen Âge, mais la restriction de l’écriture à une élite intellectuelle
avait des conséquences pour les contenus des œuvres écrites (en première ligne de
caractère théologique), pour la paléographie (renoncement à une cursive) et pour la
langue écrite (normalement latine) » (Goetz 2003, 33).

5 Conclusion et perspectives
Les interprétations et datations de la transition du latin aux langues romanes présen-
tées jusqu’ici constituent une sélection nécessairement subjective d’études et de
citations, qui ne peuvent que démontrer certaines tendances dans l’histoire de la
recherche romanistique exceptionnellement riche en tradition. La synthèse déjà forte-
ment comprimée des argumentations et approches méthodologiques choisies ne peut
être préssée dans une typologie ou un tableau synoptique. En fin de compte, il y a
assez de preuves pour que, d’un côté, les représentants de la méthode traditionnelle
de reconstruction se soient montrés compréhensifs face à la diversité des variétés
diatopiques et diaphasiques, ainsi que face au contexte socioculturel du latin et, de
l’autre côté, que les représentants des approches philologiques et sociolinguistiques
soient évidemment dépendants des critères intralinguistiques et, en partie, de la
reconstruction des phénomènes linguistiques. Ainsi, Meyer-Lübke (1890, 6) reconnut
que le « latin vulgaire » incluait aussi « le langage familier des personnes cultivées ».
             

Bien que Hall (1960) ait même présenté un bref texte « protoroman », il ne suppose en
     

rien l’uniformité absolue du « protoroman », parce que « aucune langue, existante ou


         

reconstruite, n’a jamais été absolument uniforme » (Hall 1960, 203).


   

La conscience du caractère conventionnel des datations et du changement lin-


guistique constante en tout temps, correspondant tout à fait aux points de vue de la
recherche actuelle, a également été mentionnée de façon anticipée, notamment par
Schuchardt (1866, vol. 1, 1) : « La langue populaire romaine n’a pas été brusquement
       
La protohistoire médiévale des langues romanes 275

substituée par les idiomes romans, mais elle s’est dissoute en eux. Pour notre objectif
pratique nous fixons comme limite l’année 700 apr. J.-C., plus ou moins arbitraire-
ment, mais pas sans raison » et chez Rohlfs (1966, 18) : « Une limite précise entre le
         

latin vulgaire et le roman ne se laisse pas tracer. Le passage est graduel et impercep-
tible ».

Tout du moins, les méthodes de travail des dits romanistes permettent de dégager
quelques lignes générales du développement de la recherche sur la formation des
langues romanes. D’abord, la conception dualiste du « latin vulgaire » ou le « roman            

primitif » parlé, relativement uniforme, opposé à la langue écrite totalement diffé-


   

rente des lettrés, a été déterminante. Une série d’études a été effectuée dans le

domaine de la phonologie historique avec l’application de la méthode de reconstruc-


tion comparative. Le monumental REW représente le seul essai d’évaluer de manière
systématique le lexique panroman. Les recherches sur la géographie linguistique ont

aiguisé ensuite la conscience générale pour les différences diatopiques du « latin    

vulgaire » et ont favorisé l’introduction du changement lexico-sémantique dans le


   

domaine d’étude des romanistes. Les avancées dans les domaines de la philologie de
l’édition et, en particulier, de la sociolinguistique historique ont apporté des nouvel-
les conceptions du contexte socioculturel des langues romanes en voie de formation.
Les tendances plus récentes concernent, entre autres, les essais de tenir compte du
continuum complexe des variétés linguistiques ou bien du diasystème du latin,
indépendamment des approches méthodologiques (avec des résultats différents, cf.
Vàrvaro 1973 ; Coseriu 1978 ; Van Uytfanghe 1984 ; Dardel 1996b, 43–48 ; Banniard
       

22005 ; Buchi/Schweickard 2011a, 308), de briser la dichotomie stricte entre le latin


écrit et le roman parlé et de donner une nouvelle définition du concept de la « diglos-    

sie » à l’égard du protohistoire des langues romanes (également avec des résultats
   

différents, cf. Wright 1982 ;14 Van Uytfanghe 1984 ; Banniard 1992 ; Gimeno Menéndez
     

2004 ; Lüdtke 22009 ; Moos 2008 avec les contributions de Banniard, Koch et Van
   

Uytfanghe ; Van Acker et al. 2008 ; Van Acker 2010 offre un aperçu des recherches)
     

ainsi que de décrire les pratiques communicatives du haut Moyen Âge (Richter 1983 ;  

Van Uytfanghe 1985 ; Banniard 1992 ; Lüdtke 2009 ; Moos 2008 ; Garrison et al.
         

2013).15 Les essais de datation évoluent vers des périodes langagières tenant compte
des phases de transition et des différences régionales et abandonnant la fixation
d’une limite précise comme « 600 apr. J.-C. » (Wright 1982 ; Banniard 1992 ; Herman
           

1996 ; Gimeno Menéndez 2004).


Malgré les progrès significatifs de la linguistique historique, certains aspects des


thèses récentes sont condamnés à rester sur un niveau d’abstraction élevé. La comple-
xité des diasystèmes historiques peut tout à fait être présupposée, mais celle-ci ne

14 Depuis 2002, Wright combine les méthodes philologiques avec les connaissances de la sociolin-
guistique moderne dans le domaine de ladite « sociophilology ».      

15 Le rapport entre la langue et l’identité passe au premier plan de la recherche, cf. le recueil de Pohl/
Zeller (2012) comportant les contributions de Banniard, Richter, Wright, etc.
276 Lidia Becker

peut pas être analysée dans son ensemble comme l’état de la langue moderne avec
des méthodes scientifiques comparables (cf. Lebsanft 2003, 485 ; Schrott/Völker  

2005, 3–6 ; Tuten/Tejedo-Herrero 2011, 287s.). P.ex., il y a lieu de s’interroger si on


sera en mesure de définir les caractéristiques distinctives du « latin parlé cultivée »      

par rapport au « latin parlé populaire ». Face à un autre problème central, relatif aux
     

insuffisances de la documentation disponible, l’historiographie romanistique de-


vrait « partir toujours d’une philologie éditoriale théoriquement fondée » (Lebsanft
       

2003, 483 ; cf. aussi Berschin/Berschin 1987, 8–15).


Depuis Schuchardt, qui entendait par le terme « latin vulgaire » la « lingua roma-            

na rustica » et, avec une anticipation révolutionnaire de la linguistique variationnelle


   

moderne, « non pas une seule langue, mais une somme de niveaux linguistiques et de
   

dialectes depuis la période des premiers documents romains jusqu’aux premiers


témoignages écrits romans » (Schuchardt 1866, vol. 1, VIIIs.),16 le contenu sémantique      

correspondant a été enrichi et peut inclure les composantes suivantes : diastratique  

(« latin vulgaire » au sens strict originel, correspondant à « latin populaire » moins


             

péjoratif), diachronique (« latin tardif »), diatopique (« latin régional »), de concep-        

tion médiale (« latin parlé ») et diaphasique (« latin spontané ») (cf. Seidl 2003, 528 ;
         

Stefenelli 2003, 530 ; Kramer 2009b, 4). L’extrait du système variationnel de la langue

latine, qui englobe plusieurs caractéristiques des futures langues romanes, pourrait
être exprimé le mieux dans sa totalité par le terme « langue de l’immédiat communi-    

catif » (Koch 2003 ; Koch/Oesterreicher 2008, 2577s. ; Lüdtke 22009, 45). Les termes
       

« latin tardif », « latin parlé », « latin populaire », etc. à côté de « langue de l’immé-
                   

diat » correspondent ainsi aux variétés concrètes de la langue latine. Cependant, par
   

le terme « latin vulgaire », on désigne dans la romanistique aussi un sous-ensemble


     

des « isoglosses diachroniques » déterminé par « l’étude du langage populaire latin


           

sous le point de vue de la continuité dans les langues romanes » (Kramer 2009b, 20).    

Il s’agit uniquement d’une sélection de caractéristiques des variétés linguistiques


historiques. Stefenelli (2003, 531) propose pour ce « sous-ensemble spécial » le ter-        

me « latin vulgaire proto-roman », (« protoromanisches Vulgärlatein »). Toutefois,


         

le terme « protoroman » est réservé dans la recherche actuelle principalement aux


       

caractéristiques linguistiques reconstruites avec les méthodes de la linguistique


comparée, qui ont pu être désignées également par « latin vulgaire » dans des études        

précédentes. Pour l’avenir, il faudrait donc absolument préciser l’utilisation du


terme « latin vulgaire » comme équivalent à : 1) une variété linguistique historique
         

(plus recommandable comme « latin populaire », « latin parlé », « latin spontané »,                  

etc. ainsi que « langue de l’immédiat »), 2) certaines caractéristiques des variétés
     

historiques, qui se perpétuent dans les langues romanes ou 3) caractéristiques recon-


struites (plus recommandable comme « protoroman »).      

16 Pour l’histoire du terme « latin vulgaire », voir Kramer (2009b) et Lüdtke (22009, 31–47).
     
La protohistoire médiévale des langues romanes 277

La conception d’une évolution linguistique unilinéaire du latin aux langues


romanes avec des représentations schématiques sous la forme d’ « arbres généalogi-    

ques » n’est plus appropriée (cf. Grassi 2001, 207s. ; Lüdtke 22009, 394–397 ; Adams
       

2007, 728). Certes, de nombreux éléments, surtout au niveau du lexique, peuvent être
retracés jusqu’au latin régional à l’époque de la république naissante (Adams 2007,
698–701). Néanmoins, il est tout aussi juste d’affirmer qu’une grande partie des
caractéristiques morphosyntaxiques, qui confère aux langues romanes leur caractère
essentiel, ne s’est développée qu’à partir du haut Moyen Âge. Enfin, le changement
linguistique semble être « arbitraire, non-téléologique et multidirectionnel » (Wright
       

1982, 49) selon les standards d’aujourd’hui.


En ce qui concerne la périodisation de l’histoire linguistique, la limite tradition-
nelle entre le latin et les langues romanes autour de 500–600 apr. J.-C.17 reste
praticable. La conscience, qu’il s’agit d’une convention simplement appuyée sur
d’autres conventions dans la discipline historique et la philologie latine,18 ne doit
également pas faire défaut. En effet, cette césure ne se justifie ni par des critères
intralinguistiques, ni par des arguments extralinguistiques. Dans la documentation
écrite, aucunes lignes communes simultanées de développement à tous les niveaux
linguistiques, et encore moins dans toutes les langues romanes ne peuvent être
retracées. À l’égard de la phonologie et de la morphosyntaxe, des analyses sur corpus
de données apparaissent comme un desideratum. Il est vraisemblable que celles-ci
n’apporteront pas de connaissances révolutionnaires, mais elles affineront les
conceptions existantes des stades précoces du développement des langues romanes
(sur l’importance des corpus historiques pour la historiographie linguistique cf. Selig
2008b). Cependant, dans ce cas, une prudence particulière est également de mise, car
un tel corpus devrait suivre les principes d’édition modernes, englober toutes les
traditions discursives et être statistiquement représentatif. Si la distribution statis-
tique d’une certaine caractéristique linguistique dans les textes latins tardifs ou
médiévaux était examinée, il faudrait élaborer un système complexe d’annotation,
p.ex. avec commentaires, indiquant si le futur périphrastique est déjà grammaticalisé
dans chaque cas concret (cf. Adams 2007, 729s.). Au préalable, des questions fonda-
mentales et ardues, doivent être posées, p.ex. quelles sont les caractéristiques enco-
re « latines » et déjà « romanes » et dans quelle mesure l’infiltration plus forte d’élé-
               

ments de l’immédiat communicatif à l’écrit (cf. Adams 2011, 260–263) reflète la


dynamique réelle de la langue de l’immédiat. Enfin, il faut appliquer la constatation

17 Dans les introductions aux études en philologie romane, la période entre la fin du Ve et le VIIIe
siècles est souvent citée comme déterminante pour la naissance des langues romanes (cf. Elcock 51975,
225 ; Gauger et al. 1981, 107 ; Cano 2007, 82s. ; 107 ; Roegiest 22009, 120, etc.).
         

18 Cf. Mohrmann (21961, 151), Burton (2011, 486) et Stotz (2002, vol. 1, 5–8). Le Thesaurus Linguae

Latinae saisit l’ensemble des écrits latins jusqu’aux environs des années 200 apr. J.-C., la limite entre le
latin classique et le latin tardif. Pour les textes latins entre 200 et 600 apr. J.-C., seuls les lexèmes
considérés pertinents ont été extraits (Bayerische Akademie der Wissenschaften online s. d.).
278 Lidia Becker

d’Adams sur des évaluations statistiques d’ « erreurs d’orthographe » dans l’Antiquité        

tardive à la situation linguistique au haut Moyen Âge, parce que « l’étude des fautes    

d’orthographe dans les inscriptions peut facilement dégénérer en l’étude de la varia-


tion de la littéralité » (Adams 2007, 676).    

En revanche, l’analyse du vocabulaire permet d’élaborer une chronologie nette-


ment plus fiable, particulièrement en relation avec l’histoire des objets correspon-
dants : « C’est seulement dans le vocabulaire qu’on peut trouver des changements
     

soudains qui permettent le classement d’un texte dans une période déterminée. Le
vocabulaire correspond immédiatement aux changements culturels, scientifiques,
religieux et sociaux. Au moment où développements scientifiques ont lieu, on crée de
nouveaux termes, et ces termes trouvent acceptance dans les cercles scientifiques et
au-delà » (Adams 2011, 262). Selon Adams (2007, 724), au niveau lexical, le VIe siècle

pourrait effectivement marquer le début de l’époque romane précoce, au moins pour


la Gallo- et Italoromania. L’importance du lexique pour la périodisation a déjà été
reconnu par Diez, qui proposait dans sa grammaire de longues listes de mots latins
populaires (« vocabula rustica, vulgaria, sordida ») (Diez 1836, 6ss.) et de « mots
       

anciens romans » « de la latinité moyenne » (Diez 1836, 21ss.).


         

Dans le domaine de la lexicologie historique, des desiderata significatifs doivent


être recensés. Jusqu’à présent, l’accent des études romanistiques a été mis exclusi-
vement sur l’analyse des lexèmes, qui se sont maintenus dans les langues romanes
modernes. Les représentants de la méthode de la reconstruction comparative se sont
consacrés à la recherche dudit « vocabulaire héréditaire » (cf. REW et DÉRom). Dans
       

le contexte de la géographie linguistique, les particularités régionales du change-


ment lexico-sémantique ont été examinées.19 Toutefois, le vocabulaire du haut
Moyen Âge n’a pas été considéré dans sa largeur, écarté par les romanistes en raison
de son appartenance à l’ « écriture » médiévale. La discipline relativement restreinte
       

de la philologie du latin médiéval n’a pu jusqu’à présent maîtriser un lexique com-


plet : « Un dictionnaire complet ou même maniable du vocabulaire latin médiéval
     

n’existe pas et n’est pas encore en vue, quoique toutes les disciplines du Moyen Âge
le considèrent très nécessaire » (Kindermann 1998, 45). Le travail de Du Cange et al.
     

(1883–1887), qui avait été complété et publié entre le XVIIe et le XIXe siècles et qui
sera désormais numérisé par l’École nationale des chartes, reste encore le plus riche
lexique du latin médiéval. De même, la romanistique devrait certainement être
intéressée à mettre en relation les analyses lexicologiques avec celles de l’histoire
des « choses » en apportant une contribution à la recherche variée du haut Moyen
     

Âge.20 C’est la situation linguistique concrète du haut Moyen Âge et non pas

19 Stefenelli (1992, 88–97) cite quelques caractéristiques du latin régional dans le vocabulaire des
langues romanes modernes.
20 Stotz (2002, vol. 1) fournit une introduction dans le domaine « Wörter und Sachen » (‹ mots et
           

choses ›) pour le latin médiéval. Des initiatives de recherche comme le Glossar der altromanischen

Berufs- und Standesbezeichnungen, qui accueille explicitement les désignations de métier et d’état dans
La protohistoire médiévale des langues romanes 279

le « protoroman » abstrait ou la recherche rétrospective et téléologique des origines


       

des langues standard modernes (pour la critique de cette position de la historiogra-


phie linguistique traditionnelle voir Vàrvaro 1972, 48s. ; Lebsanft 2003, 485–487 ;    

Wilhelm 2003, 223ss. ; Oesterreicher 2007, 13–21 ; Selig 2011, 256–258), qui devrait
   

s’avancer comme l’objet central des recherches linguistiques et culturelles en roma-


nistique.21
Les critères sociolinguistiques ne semblent pas moins légitimes que l’évolution
interne quant à la périodisation. La prise de conscience de la différence entre le latin
et les langues romanes, constatée au plus tard dans la documentation du concile de
Tours (813) et dans les Serments de Strasbourg (842) (selon Herman 1996 déjà dans la
deuxième moitié du VIIIe siècle), témoigne d’une transformation profonde de la
conscience langagière. Lüdtke (22009, 681–683) souligne, cependant, qu’il ne s’agit
pas de la différence entre les désignations des langues latinus vs. romanus (cf. Kramer
1998a), mais de la suppression de la distinction du statut entre lingua (le latin) et
sermo (les idiomes vernaculaires). Avant le IXe siècle, la désignation lingua avait été
réservée uniquement au latin, la langue de culture, suite à la réforme carolingienne
et, comme équivalent à la lingua teudisca, celle-ci a été élargie au vernaculaire roman.
En outre, on ne devrait pas sous-estimer le rôle de la langue francique pour la prise de
la conscience du vernaculaire roman dans l’Empire carolingien (cf. Banniard 1991 ;  

McKitterick 1991, 141).


L’ensemble des arguments extralinguistiques dans la recherche romanistique
devrait constamment être mesuré aux études pertinentes des sciences historiques. Un
aperçu des ouvrages de référence médiévistes a démontré que le « déclin » abrupt de        

l’Empire romain à cause des « invasions germaniques » ne peut justifier ni la limite


       

temporelle entre le latin et les langues romanes ou entre le latin tardif et le latin
médiéval, ni la dynamique linguistique « accélérée ». Bien que le recul de l’éducation
     

et de l’écriture maintienne sans aucun doute son importance pour la description de


l’histoire culturelle et linguistique du haut Moyen Âge, on devrait éviter de donner
trop de poids à la dichotomie « clercs lettrés » vs. « laïcs analphabètes ». Des études
             

sur le rapport complexe entre l’oralité et l’écriture, comme deux composants de la


communication au haut Moyen Âge, loin de la réduction à la communication « encore    

orale » et « déjà écrite », restent un desideratum (Goetz 2003, 358s.).


         

La réponse à la question de savoir si l’évolution linguistique, p.ex. dans la


Péninsule ibérique ou dans la Galloromania septentrionale, s’est déroulée plus rapi-
dement entre 500 et 800 qu’entre 800 et 1100, reste incertaine et pourrait être
approchée de manière différenciée uniquement sur la base de corpus textuels plus
larges. L’impression d’une distance significative entre les langues romanes modernes

les documents composés en latin médiéval et dans les langues romanes vernaculaires des origines à
1300 environ (Kremer 1984, 105), restent une exception.
21 Cf. un essai d’évaluation linguistique et culturelle des documents du haut Moyen Âge de Becker
(2009, 117–128).
280 Lidia Becker

et le latin classique ne devrait pas être transféré sur les stades médiévaux du dévelop-
pement linguistique, qui présentent une majeure continuité au niveau morphosynta-
xique (cf. Maiden 2011 ; Salvi 2011, 380).

Pour terminer, il convient de noter que toute interprétation de l’histoire linguis-


tique sur la base d’un petit nombre de facteurs est de plus en plus dépassée. Pour la
transition de l’Antiquité au Moyen Âge, il faut prendre en considération « un réseau    

de facteurs étendu » (Goetz 2003, 19). Le niveau déclinant de l’éducation de la majo-


   

rité de la population comme le facteur majeur dans le déclin des forces normalisantes
et, par conséquent, dans la « désagrégation » de la Romania ne reflète certainement
       

qu’une partie des processus transformatifs. D’autres influences possibles sur la lan-
gue de l’immédiat et la langue de la distance devraient donc être prises en compte et
analysées plus en profondeur selon la documentation disponible et à la lumière des
spécificités régionales respectives. Il pourrait s’agir de phénomènes médiévaux glo-
baux ayant des conséquences sur le changement linguistique comme le rapport
changeant entre la fragmentation et la consolidation politique ; l’exercice du pouvoir  

significatif au-dessous du niveau de la royauté et de ses institutions ; la formation de  

paroisses rurales et de « couvents de la noblesse » ; la consolidation du modèle de


       

trois ordres (les « oratores », les « bellatores » et les « laboratores ») ; la forme agraire
                     

de la société, du pouvoir et de l’économie ainsi que l’essor démographique des villes


au seuil du bas Moyen Âge (Goetz 2003, 22–33).

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