Vous êtes sur la page 1sur 4

Méthodes d’amélioration des plantes allogames

1- Les bases de l’amélioration des espèces allogames

1-1- Les mécanismes de la fécondation croisée (l’allogamie):


L’allogamie est réalisée lorsqu’il y a nécessité d’intervention de plantes différentes pour assurer la
reproduction sexuée. En réalité tout système naturel empêchant l’autofécondation au niveau de la fleur
individuelle prédispose à l’allogamie
a) séparation des sexes dans l’espace :

- Plantes monoiques : les inflorescences ♂ et ♀ sont séparées, mais situées sur une même plante :
maïs, melon, noyer, concombre, etc.
- Plantes dioïques : les sexes sont séparés sur des plantes ♂ et des plantes ♀: chanvre, houblon,
palmier, dattier, etc.
La répartition des sexes sur des individus différents est le moyen le plus extreme et le plus sûr de l’allogamie.
Cette séparation des sexes dans l’espace empêche ou limite l’autofécondation.
b) séparation des sexes dans le temps :
Lorsque les organes sexuels n’arrivent pas à maturité en même temps sur la même fleur, on parle de
dichogamie (2 cas)
- Si la partie ♀ de la fleur est prête avant la libération des grains de pollen : protogynie :
(avocatier, etc.)
- Si la partie ♂ de la fleur est mature avant la partie ♀: protandrie :(maïs, betterave, carotte).
1-2- caractéristiques des plantes allogames
1-2-1- hétérozygotie
Les populations des plantes allogames sont généralement hétérozygotes . Cette hétérozygotie est due
au mode de reproduction (allogamie) de ces plantes. La nature hétérozygote des plantes allogames leur permet
de maintenir une certaine variabilité potentielle cachée sous forme de génotypes hétérozygotes.
L’hétérozygotie est à la base du phénomène de l’hétérosis.
1-2-2- hétérogénéité
La structure génétique des plantes allogames (mélange de génotypes) donne l’impression que leurs
populations sont hautement hétérogènes en comparaison avec des populations des plantes autogames qui sont
généralement constitués d’un seul ou d’un nombre faible de génotypes.
1-2-3- Effets de l’inbreeding
Les effets de l’inbreeding chez plantes allogames se traduisent par une diminution de vigueur
(dépression de consanguinité)

2- Méthodes d’amélioration

La structure génétique des populations allogames est différente de celle des populations autogames
Contrairement aux plantes autogames, la sélection de plantes individuelles n’est pratiquement pas utilisée
dans la création variétale chez les plantes autogames dont les variétés peuvent être hétérozygotes.
2-1- Méthodes d’amélioration des populations
2-1-1- sélection massale = sélection phénotypique
La sélection massale est la plus utilisée pour l’amélioration des plantes allogames que pour celle des
plantes autogames. Elle est la base de développement de plusieurs variétés de plantes allogames (surtout le
maïs) dans différents pays et, plus particulièrement au début de développement de l’agriculture moderne. Elle
est simple. Les plantes phénotypiquement supérieures sont récoltées au sein d’une population hétérogène et
des quantités égales de semences, à partir de chaque plante choisie, sont mélangées. Le processus est répété
aussi longtemps que la population présente une variabilité pour le caractère en question et que l’on observe
une amélioration de cette caractéristique. Il est bon de noter que :
- L’évaluation et la sélection des plantes sont basées sur le phénotype ;
- Les descendances à partir des plantes sélectionnées sont utilisées en Bulk.
La sélection massale préserve l’hétérogénéité et la variabilité dans la mesure où l’effectif des individus
reproducteurs reste suffisamment élevé pour éviter la consanguinité et limiter les risques de dérive génétique.
2-2-2- Les sélections récurrentes
Les nombreuses méthodes de sélection récurrente sont principalement utilisées pour l’amélioration
des populations. Selon un processus cumulatif, elles tendent à obtenir de nouveaux progrès en partant de la
fraction de la population améliorée au cycle précédent.
Les méthodes de sélection récurrente reposent généralement sur l’appréciation des capacités
héréditaires des individus sélectionnés, basée sur l’observation de leurs descendances. Ces descendances
peuvent être obtenues, parfois simultanément, de différentes manières :
- Par autofécondation des reproducteurs : Sélection sur familles I1
- Par inter fécondation contrôlée des reproducteurs 2 à 2 : Sélection sur familles «pleins-frères».
- Par inter fécondation en masse des reproducteurs avec identification du seul parent femelle : sélection
sur familles de « demi-frères »
A titre d’exemple une illustration de cette dernière méthode est présentée par la sélection généalogique
maternelle (figure 1) qui présente les principales caractéristiques suivantes :
- Méthode simple dont l’efficacité repose sur la qualité de l’observation des descendances.
- Durée de cycle de sélection généralement égale au double de l’intervalle de génération, pour la
sélection maternelle directe, qui n’est toutefois applicable qu’aux espèces présentant un très fort taux
de multiplication.
- La supériorité sur la sélection massale provient principalement :
- Du choix sur la descendance permettant le contrôle des aptitudes héréditaires
- De l’observation, par ces descendances, de groupes de plantes, permettant ainsi une amélioration de
la précision de la sélection et un certain contrôle de l’environnement.
3- La création de variétés « hybrides contrôlés »
L’intérêt des variétés hybrides résulte :
- Leur supériorité agronomique générale, transcription pratique du phénomène d’hétérosis, se
traduisant par des rendements élevés, des caractères de vigueur, de résistance, d’adaptation…
- Leur homogénéité qui, du moins pour les hybrides simples(F1) résultant du croisement de deux lignées
homozygotes, est pratiquement aussi bonne que celle des lignées pures.
- Leur homéostasie (moindre sensibilité aux variations du milieu) généralement supérieure à celles des
lignées pures.
- Les possibilités d’association dans un génotype hybride de caractères qui étaient séparés dans des
populations parfois très éloignées.
- L’obligation de réapprovisionnement continu en de première génération, qui représente un avantage
certain pour les obtenteurs et les multiplicateurs de variétés hybrides : la garantie génétique des
semences utilisées par les producteurs est ainsi assurée : de plus la stimulation économique de la
sélection entrainée, par le volume de semences d’origine ainsi utilisées, entretient la création variétale
qui profite finalement au producteur.

Un hybride simple (hybride F1) résultant du croisement entre deux lignées homozygotes, sa création comporte
essentiellement trois phases : la création de lignées pures, la recherche de leurs aptitudes à la combinaison, la
réalisation des hybrides.
a) La création de lignées commence par la sélection d’individus de départ, têtes de familles dans des
populations naturelles ou artificielles. Le choix de ces plantes est réalisé sur leur phénotype et également
sur le comportement de leur première descendance. Un système de consanguinisation est alors appliqué : il
s’agit généralement de l’autofécondation ou éventuellement du croisement intrafamilial frère x sœur, qui
est toute fois 3,3 fois plus lente en moyenne que l’autofécondation pour la réalisation de l’homozygotie.
Au long de cette phase de consanguinisation, le choix des futurs parents hybrides s’effectue
progressivement. Les générations de lignées successives (I1 –I2 –I3) sont conduites en sélection
généalogique : des individus choisis dans les meilleures lignées « jeunes » puis des lignées entières sont
retenues.
b) La sélection des lignées sur leur valeur hybride
Pour la détection de l’aptitude générale à la combinaison des lignées. Chaque lignée à étudier est
croisée par un testeur. L’analyse des descendances des croisements permet de repérer les lignées
ayant une bonne aptitude moyenne à transmettre des caractères favorables déterminée par les effets
génétiques de type additif.
Les lignées ayant montré une bonne aptitude générale à la combinaison sont croisées entre elles 2 à 2
au cours du test diallèle. L’étude des descendances de ces croisements permet d’apprécier l’aptitude
spécifique à la combinaison des couples de lignées. Cette aptitude particulière qui permet d’identifier
les meilleurs hybrides résulte des complémentations et interactions entre partenaires et est
principalement influencée par les effets génétiques de dominance et d’épistasie.
c) La réalisation des hybrides
L’appellation d’hybrides F1, est en principe réservée aux seuls hybrides résultant du croisement de
lignées pratiquement pures, résultant de 7 à 8 générations d’autofécondation au minimum.
Cependant dans certains cas et notamment chez les espèces légumières, le niveau d’homozygotie est
beaucoup moins important et le terme peut alors prêter à confusion.
La recherche des meilleurs hybrides trois voies ou hybrides doubles est délicate, en raison du nombre
de combinaisons possibles, même avec un petit nombre de lignées :
Par exemple avec n lignées :
n(n-1)/2 hybrides simples possibles (45 pour n=10 ; 435 pour n=30)
n(n-1) (n-2)/2 hybrides trois voies (360 pour n=10)
n(n-1)(n-2)(n-3)/8 hybrides doubles (660 pour n=10 ; 657.720 pour n=30)
4- La création des variétés synthétiques
Une variété synthètique est une population artificielle résultant de la reproduction en plusieurs
générations de panmixie d’un nombre limité de lignées, généralement non pures (non homozygotes), choisies
pour leurs qualités agronomiques propres et leur aptitude à la combinaison.
La création des variétés synthètiques est généralement envisagée lorsque :
- L’espèce ne se prête pas à la production d’hybrides contrôlés
 Soit que la castration n’est possible
 Soit que le système d’incompatibilité pollinique n’est complet
 Soit que l’on dispose pas de système de stérilité mâle
- La création de lignées homozygotes est difficile ou très longue (autofécondation difficile- espèce
polyplïde)…
- Le coût est relativement faible par rapport aux variétés hybrides
- Le niveau technologique de l’agriculteur, surtout dans les pays à agriculture moins développée, où les
agriculteurs tendent à produire leurs peopres semences pour plusieurs saisons
a)- La création des variétés synthètiques comporte plusieurs phases (figure 2)
1- Le choix phénotypiqe (sélection massale) d’indivudus de départ dans les populations naturelles
2- création éventuelle de lignées partiellement homozygotes par quelques générations d’autofécondation
(1 à 3) d’autofécondation. Cette phase de consanguinité permet une amélioration et une homogénéisation du
matériel végétal (fixation de caractères favorables et élimination de caractères défavorables).
3- Simultanément, sélection des meilleurs parents sur leur valeur propre, et leur aptitude à la synthèse de
combinaisons hybrides par des tests d’aptitude à la combinaison :
 Croisement par testeurs communs (top-cross)
 Croisement des parents en tous sens (poly cross)
 Croisement des parent 2 à 2 (diallèle)
4-croisement (en panmixie) des meilleures lignées retenues à l’issue des tests de valeur en combinaison
constitue le « polycross de départ » (génération 0 de la variété synthètique= syn 0).
Le nombre de lignées utilisées (qui peut être influencé par le degré de consanguinité de ces lignées) est
généralement compris 4 et 8 (maximum 10)
5-Mulptiplication du produit du polycross initial et production de semences commerciales par un nombre limté
de générations (entre 2 à 4) (Syn 0 Syn 1 Syn 2….). Ce nombre de générations de multiplication est fixe
pour une variété déterminée.
Le matériel de départ pour la variété durant toute sa « carrière commerciale » étant le polycross (croisement
multi-lignées) inital, réalisé à partir de lignées instables (imparfaitement homozygotes)