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Doctrine malikite

L’authenticité de l ’Ijtihâd

Usûl Al-Fiqh

L’Imâm Mâlik et son école

Détails de quelques outils de l’Ijtihâd spécifiques à l’école malikite

Présence géographique de l’école malikite

L’authenticité de l ’Ijtihâd

Le Prophète (paix et salut sur lui) avait enseigné à Mu'âdh ibn Jabal (surnommé le mieux
connaissant du Halâl et du Harâm) avant de l’envoyer au Yémen comme messager des bonnes
valeurs de l’Islam: "Selon quoi jugeras-tu lorsque le besoin s'en présentera ? – Selon le Livre
de Dieu, avait répondu Mu'âdh. – Et si tu ne trouves pas (de solution explicite) dans le Livre
de Dieu ? – Je jugerai alors selon les Hadîths du Messager de Dieu, avait répondu Mu'âdh. –
Et si tu ne trouves pas (de solution explicite) dans les Hadîths du Messager de Dieu ? – Je ne
manquerai alors pas de faire un effort de réflexion (ijtihâd) pour formuler mon opinion, avait
répondu Mu'âdh." Sur quoi le Prophète avait manifesté son approbation en ces termes :
"Louange à Dieu qui a guidé le messager du Messager de Dieu vers ce qu'agrée le Messager
de Dieu."
Rapporté par at-Tirmidhî et Abû Dâoûd, voir aussi A'lâm ul-muwaqqi'în, tome 1 pp. 49-50.

Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « lorsque le juge a fait un effort (juridique) (ijtahada)
puis a atteint la vérité, il a deux récompenses, et s’il a fait un effort (juridique) et s’est trompé,
il a une seule récompense ».
Rapporté par Al-Bukhârî : Hadîth n° : 6805 : chapitre : « Al- i‘tisâm bi al-kitâb wa as-sunna »

On cite également pour les preuves de l'authenticité de l'Ijtihâd, les Ijtihâd des grands
compagnons comme celui de Sidna Omar (que Dieu l'agrée) lorsqu'il leva temporairement la
sanction contre le vol lors de la famine (alors que cette sanction est inscrite dans le Coran), ou
encore la compilation du Coran faite sous les ordres de Sidna Abou Bakr et celle faite sous les
ordres de Sidna Othmâne (que Dieu les agréent). Tout ceci pour l'intérêt de l'islam et des
musulmans.
Egalement:
Le fait que Sidna Omar Ibn Al-khattâb(que Dieu l’agrée) instaura (centralisa) les prières
Tarâwîh après la prière du ‘Ishâ (pendant Ramadan) en groupe dans les mosquées en disant :
« Quelle bonne innovation celle-ci ! » .Cette parole de Omar (que Dieu l’agrée) est rapportée
par Al-Bukhâri dans son Sahîh et par l’imam Mâlik dans Al-Mouwattaa (Livre 6: des prières
surérogatoires à Ramadan chapitre II Hadîth 252): c'était à l'occasion de l'instauration
(centralisation) des prières des Tarâwîh dirigées par un Imâm dans les nuits de Ramadan.
Les prières Tarâwîh sont bien un acte d’adoration et non un acte de la vie courante (‘adât)…

*On cite aussi utilement de même, l’ajout d’un appel à la prière (Azân) par le troisième Calife
Sidna ‘Uthmân Ibn ‘Affân pour le vendredi lorsque la population musulmane a augmenté
(pour alerter, informer et rappeler encore mieux les croyants à cette prière capitale) : cela a été
rapporté par Al-bukhârî dans son Sahîh :
As-sâib Ibn Yazîd (que Dieu l’agrée) rapporte : « l’appel à la prière (Azân) pour la prière du
vendredi était au début un seul appel lorsque l’imâm s’asseyait sur le Minbar , c’était le cas à
l’époque du Prophète(paix et salut sur lui) puis d’Abou Bakr puis de Omar, mais à l’époque
de Uthmân (que Dieu l’agrée) les gens sont devenus nombreux et il ajouta un troisième appel
(Azân)… »
Al-Bukhârî (912)
‫ال‬ َ َ‫ب ْب ِن يَ ِزي َد رضي هللا عنه ق‬ ِ ِ‫حديث السَّائ‬
ُ ‫ض َي هَّللا‬ِ ‫ر‬
َ ‫ر‬
َ ‫م‬‫ع‬ُ ‫و‬
َ َ ٍ ‫ر‬ ‫ك‬ْ َ ‫ب‬ ‫ي‬ ‫ب‬َ ‫أ‬ ‫و‬ َ ‫س اإْل ِ َما ُم َعلَى ْال ِم ْنبَ ِر َعلَى َع ْه ِد النَّبِ ِّي‬
ِ َ ‫صلَّى هَّللا ُ َعلَ ْي ِه َو َسلَّ َم‬ َ َ‫َكانَ النِّدَا ُء يَوْ َم ْال ُج ُم َع ِة أَ َّولُهُ إِ َذا َجل‬
‫ُّوق‬
ِ ‫ض ٌع بِالس‬ َّ ‫هَّللا‬ َ
ِ ْ‫ض َي هَّللا ُ َع ْنهُ َو َكث َر الناسُ زَ ا َد الندَا َء الثالِث َعلى الزوْ َرا ِء ' قا َل أبُو َعبْد ِ الزوْ َرا ُء َمو‬
َ َّ َ َ َّ ِّ َّ ُ ِ ‫َع ْنهُ َما فَلَ َّما َكانَ ع ُْث َمانُ َر‬
‫بِ ْال َم ِدينَ ِ•ة‬
912 ‫رواه البخاري‬
Sidna Uthmân (qui est Mujtahid comme Sidna Omar et comme les grands compagnons
connaisseurs) a donc ajouté un acte de dévotion (Al-azân) (cela est encore appliqué dans les
mosquées du Maghreb) parce que cela est utile pour la communauté et parce que cela ne va
pas à l’encontre ni du Coran ni de la Sunna, au contraire cela s’accorde avec les nobles
finalités de la religion.

Ceci dit, il est important et utile de signaler que l’Ijtihâd (effort juridique) et l'émission des
Fatwas sont réservés exclusivement aux savants Mujtahid qui maîtrisent les règles du droit
musulman, autrement c’est l’anarchie, la Fitna et l’égarement.
Ne peut faire l’Ijtihâd que celui qui a atteint le degré de savant « Mujtahid ».

Usûl Al-Fiqh

Ce terme désigne la base du droit musulman, c'est-à-dire l’ensemble des textes et des outils
qui ont permis aux savants d’émettre l’avis juridique (Fatwa) à propos des divers sujets en
question.
Les deux premières sources des Usûl Al-Fiqh - pour les quatre écoles sunnites reconnues par
la Communauté musulmane- sont le Coran et la Sunna.
Il n’est pas donné à n’importe qui d’interpréter le Coran et la Sunna. Celui qui interprète ces
textes sacrés sans avoir la science nécessaire qui permet d’en déduire les jugements, celui là
suit sa passion, s’égare et égare avec lui ceux qui le suivent.
On a précisé dans la rubrique « Conditions de la Fatwa et de l'interprétation » quelques
règles liées à la compréhension et à l’interprétation des textes sacrés.

Pour les questions et sujets nouveaux qui n'ont pas été traités par les textes traditionnels, les
quatre écoles ont eu recours à ce qu'on appelle les outils de l’Ijtihâd- l'effort juridique-.
On peut citer parmi ces outils:
*l'analogie (ou le rapprochement par rapport au texte traditionnel) « al-qiyâs »,
*le consensus « al-ijmâ' » (basé sur la célèbre parole du Prophète (paix et salut sur lui): "Ma
communauté ne peut pas avoir un consensus faux (égaré)[1]",
*l'intérêt de la communauté « Al-masâlih al-mursala »,
*la préférence personnelle en vue du bien « istihsân »
*l'opinion personnel « Ar-ra’y » (spécialité de l'école hanafite) basé sur l'interprétation «
ta’wîl ».
*la prévention de l’inconvénient « Sadd ad-darâi' ».
On reviendra sur ces outils plus loin.

L’Imâm Mâlik et son école

L’école malikite est la plus ancienne école d'exégèse coranique . Elle a été fondée par
l’Imâm Mâlik Ibn Anas[93 H/716 ap. J.-C. - 179 H./795 ap. J.-C] qui pris sa science entre
autre de : Ibn Chihâb Az-zuhrî, Abû Az-zannâd, Ibn Hourmuz, Rabî'a Ibn 'abd Ar-rahmân,
Nâfi' l'affranchi du grand compagnon Abdellah Ibn 'Umar (que Dieu l'agrée) et de Yahyâ Ibn
Sa'îd Al-Ansâri (mort en 143 H) fils d'un partisan du Prophète (paix et salut sur lui).
L'Imâm Mâlik fut un disciple direct des Successeurs des Compagnons du Prophète
Muhammad, sur lui la Grâce Divine et la Paix. Il étudia aussi auprès de Ja'far as-Sâdiq et
connut Abû Hanifah.

Le fait que l’Imâm Mâlik fut implicitement cité par le Prophète (paix et salut sur lui) et
qualifié de « Savant de Médine » dans le hadîth voir le lien suivant, suffit (à lui seul) pour
certifier que sa notoriété et sa fiabilité sont irréfutables et que sa qualité est hautement
reconnue sans aucune divergence.

Selon An-Nawawî, Mâlik eut 900 maîtres dont 300 Successeurs, les autres étant des
Successeurs des Successeurs.

Al-qâdî 'Iyâd de Ceuta(l'auteur du Shifâ) dit dans son Tartîb al-madârik: "les savants en
récits traditionnels ont dit :"Le guide des consciences après 'Umar Ibn Al-khattâb fut Zayd Ibn
Thâbit, et après lui, 'Abd Allah Ibn 'Umar. Vingt-et-un transmetteurs ont reçu leur science de
Zayd, qu'ils ont ensuite transmise à trois hommes: Ibn Chihâb,Bukayr Ibn 'Abd Allah et Abû
Az-zannâd, pour enfin parvenir à Mâlik Ibn Anas"".

Sa vie et sa science étaient à Médine, la ville du Prophète, qui était naturellement la mieux
placée en tant que dépositaire des « traditions connues » (hadîth Mashhûr). Mâlik commença
à enseigner dès l'âge de 17ans. Il choisit la Mosquée du Prophète pour tenir son cercle de
science. Plus précisément, il choisit, dans la mosquée de Médine, l'endroit où se tenait le
Calife 'Omar Ibn Al-Khattâb. C'est là que s'asseyait le Messager de Dieu (paix et bénédiction
de Dieu sur lui).

Pour un autre exposé détaillé sur la vie de l'Imâm Mâlik (que Dieu l'agrée): cliquez ici.
La qubba sur la tombe de l’Imâm Mâlik fut détruite par les Wahabbis en 1800.

Les sources juridiques de l'école de Mâlik sont bien sûr avant tout le Coran , puis la sunna,
puis le consensus des savants (ijmâ‘ ), puis les coutumes médinoises (‘amalu ahli al-Madîna)
(car les médinois "descendants des compagnons du Prophète (paix et salut sur lui)"
connaissaient mieux que quiconque la Sunna), l'effort d'interprétation personnelle (Ijtihâd),
l'opinion personnelle (ra'y) qui découle de la réflexion (fikr) (en l'absence du texte sacré), la
préférence personnelle en vue du bien (istihsân), ainsi que le raisonnement par analogie
(qiyâs), et la prévention de l’inconvénient (Sadd al-ddarâi‘). Elle s’appuie également sur
l’intérêt général « Al-masâlih Al-mursala » qui fait que cette école répond parfaitement aux
événements liés à l’évolution des temps et aux besoins de la communauté en matière de droit.
Cette diversité de méthodes et de règles juridiques est sans doute le secret de la richesse et de
la force de cette école. Et bien qu'elle soit assez scrupuleuse sur le plan de la pratique
religieuse (notamment des cinq piliers fondamentaux de l'Islam), cette école est aussi, avec
l'école hanafite, la plus ouverte et la plus souple dans son adaptation aux différentes réalités
locales et temporelles et à l'évolution du monde. Elle est donc mieux en mesure d'appréhender
les adaptations nécessaires d'une façon souple et efficace. Surtout que cette école, à la suite de
son fondateur, homme humble et scrupuleux, a une maturation fondamentale, et une intention
(niyya) tournée avant tout vers la préservation de l'unité de la Umma, préférant cultiver ce qui
réunit que de rechercher des solutions juridiques qui pourraient diviser.

De part la richesse de ses outils et des possibilités qu’elle révèle, de nouveaux avis juridiques
peuvent être émis par ceux qui ont les compétences juridiques pour répondre au mieux, loin
du fanatisme ou de l’extrémisme religieux ; aux besoins des musulmans, sans renier les
fondements généraux de l’Islam et ses valeurs d’amour, d’unité, d’entente et de paix.

L’imam Mâlik était réputé pour sa narration du Hadîth, il est considéré comme l’un des
meilleurs en la matière et des plus fiables (Al-Bukhârî lui-même confirmera plus tard la haute
fiabilité de ses chaînes). Les ouvrages de référence de l’école malikite sont, entre autres, le
Muwatta’ (la voie rendue aisée) (premier recueil de Hadîth et de Fiqh en Islam) de l’Imâm
Mâlik et la Mudawanna Al-kubrâ, un recueil des avis juridiques de Mâlik qu’a compilé son
élève Sahnûn Ibn Saïd At-tanûkhî.

Abû Zahra dans son livre sur l'Imâm Mâlik sa vie, et son époque, ses opinions et son Fiqh
déclare concernant le Muwattaa :
« l'histoire ne connaît pas de recueil de Hadîth et de Fiqh plus ancien qu'Al-Muwatta'...Aucun
auteur avant Mâlik ne devait connaître la notoriété de ce dernier avec son Muwatta', qui nous
est parvenu tel qu'il a été rédigé par son auteur. C'est pour cela que nous disons de lui qu'il est
le premier recueil de Hadîth et de Fiqh à avoir été composé »

L'Imâm Ash-Shâfi'i disait de l'Imâm Mâlik et de son Muwattaa : « L'ouvrage le plus


authentique après le Livre de Dieu est le Mouwattaa de Mâlik ». (L’imâm Ash-shâfi’ a dit
cela puisqu’il a vécu avant l’apparition des deux ouvrages authentiques Al-Bukhârî et
Muslim).
Al-Bukhârî a surnommé la chaîne de transmission citée dans le Muwatttaa : la chaîne d’or
(pour souligner sa grande authenticité) : il s’agit de Mâlik d’après Nâfi’ d’après Ibn omar…on
cite aussi comme chaîne hautement authentique du Muwattaaa : Az-zuharî d’après Sâlim
d’après Ibn Omar…

L’imâm Mâlik a rassemblé(écrit) son livre Al-Muwattaa en quarante ans, ceci à cause de
l’attention particulière qu’il portait à la qualité des transmetteurs et du contenu, et à la rigueur
et scrupule dans l’authentification des Hadîths…
Ibn ‘Abdel Al-barr rapporte selon Al-Awzâ’î : on a exposé à l’imâm Mâlik son Muwattaa en
quarante jours et il dit : « ce livre que j’ai composé en quarante ans, vous le prenez en
quarante jours, vous manquez de compréhension de ce livre ! »

Le Muwattaa contenait au début de son écriture plus de 10 000 Hadîths, puis l’Imâm Mâlik
par sa rigueur et son scrupule le réduisait chaque année jusqu’à arriver à prés de 600
hadîths…
Abû Bakr Al-Abharî a dit : « la somme de ce qu’il y a dans le Muwattaa de récits
prophétiques, de compagnons et de successeurs est de :1720 hadîths : le Musnad parmi ces
Hadîths est de 600 Hadîths, le Mursal compte 222 hadîths, et le Mawqûf (paroles attribuées
aux compagnons du Prophète) : 613 Hadîths et les paroles des successeurs : 285 récits. »
(Voir tanwîr Al-hawâlik de l’Imâm As-sayûtî : tome I page 6.)

Al-qâdî ‘Iyâd de Ceuta rapporte dans son livre Al-Madârik (2/73) pour les circonstances de
l’écriture du Muwattaa :
« Le Calife Abû Jaafar Al-Mansour Al-‘abbâsî - premier Calife de la dynastie des Abbasites-,
a dit à l’Imâm Mâlik : « O Abû ‘Abdellah ! Rassembles cette science et écris un ouvrage :
évites dans cet ouvrage les particularités(les extêmes) (shawâddh) d’Ibn Masoud, les
choses difficiles (shadâid) d’Ibn Omar et les dérogations d’Ibn Abbâs ; et cherche plutôt
le juste milieu en toute chose et ce qui fait unanimité chez les compagnons et Imâms, et
fais de cette science une science unifiée »

Beaucoup de savants anciens et contemporains se sont penchés sur l’interprétation du


Muwattaa et son commentaire. Le Muwattaa fut traduit en plusieurs langues.

Voir ici sur ce lien, les paroles de sagesse de l’Imâm Mâlik et plus de détails sur son
Muwattaa.

La Mudawanna (Al-kubrâ) (appelé aussi la mère), est la première référence de notre école
Malikite en matière de droit : c'est un recueil énorme regroupant tous les avis juridiques de
l'Imam Mâlik ( et ses maîtres ) (souvent argumentés par les Hadîths) qu'a compilé son élève
Sahnûn Ibn Saïd At-tanûkhî.
Sahnûn a rapporté le contenu de sa Mudawwana d'Ibn Al-qâsim qui a rapporté de Mâlik
La Mudawwana comporte 30200 sujets traités.

Abû Saïd Sahnoun Ibn Saïd Ibn Habib Ibn Rabia AL TANOUKHI Imam SOUHNOUN- né à
Kairouan en 777 (160 H). En 804 il se rendit pour trois ans en orient parfaire ses
connaissances. De retour à Kairouan il s'implique à répandre la doctrine de l'imam Mâlik dans
tout l'occident musulman. Son oeuvre maîtresse 'la moudawwana' y contribua largement
Nommé Cadi (Juge) de Kairouan en 849 (234 H) il occupa cette charge jusqu'à sa mort en 855
(240 H).

La deuxième référence de notre école malikite en matière de droit est Al-wâdiha fî as-sunan
wa al-Fiqh de 'Abdel Malik Ibn Habîb (elle a été notamment mise en valeur par les malikites
d'Andalousie)

La troisième référence de notre école est Al-mustakhraja de Muhammad Ibn Ahmad


Al-'atabî al-andalusî: connue sous le nom de Al-'Utbiyya: Ibn Rushd s'est référé à cet ouvrage.

La quatrième référence de notre école est Al-muwâziya de Muhammad Ibn Ibrâhîm Al-
Iskandarî connu sous le nom de Ibn Al-Muwâz : il s’ agit de l’ouvrage le plus authentique et
le plus complet selon beaucoup de savants.

Détails de quelques outils de l’Ijtihâd spécifiques à l’école


malikite [2]

En plus des outils classiques de l'ijtihâd qui sont communs entre les quatre écoles sunnites tels
l'analogie (qiyâs) ou le consensus (Ijmâ'), on cite ici quelques outils qui caractérisent
spécifiquement l'école malikite:

'Amal ahl al madîna:

L’école malikite met l’accent sur l’avis des compagnons du Prophète et sur la pratique des
médinois (‘amal ahl al madîna), ces derniers étant les descendants des compagnons du
prophète. Voir ici les détails sur la notion des pratiques des médinois

La particularité du fiqh de l'imam Malik est qu'il considère l'opinion des savants de Médine
comme l’une des sources de droit et le consensus de ces savants comme étant source de droit
avant toute autre opinion.

La philosophie de Malik est la suivante: Médine est la ville qui a accueilli le Prophète - que la
Bénédiction et la Paix soient sur lui -, où les Compagnons les plus proches du Prophète ont
vécu (Umar, Ali, Uthman, Talha, Zubayr, Sa'd, Zayd ibn Thabit, etc.) et où les sectes sont
apparues en dernier.

Pour l'imam Malik, il est donc impossible que le consensus des gens de Médine qui provient
de l'enseignement des Compagnons soit source d'erreur, puisque jadis les habitants de Médine
ont pratiqué l'Islam de la manière la plus pure et la plus conforme à la source.

D'ôù la parole de Malik: « je préfére la transmission de milliers par d'autres milliers que
d'une seule personne par une autre.» Il veut dire par là que la Pratique des Gens de Médine
est une transmission 'mutawâtir' (d'un nombre très important de personnes fiables) et est donc
supérieure à un hadith transmis seulement par une personne (fiable) à une autre (fiable)
(hadith ahad).

L’école malikite donne aussi une place importante aux coutumes de la société s’ils ne
contredisent pas la loi divine.

Al-masâlih al mursala:‫االستصالح و المصالح المرسلة‬

L’établissement des normes juridiques à partir de l'intérêt général de la société, appelé al


masâlih al mursala est valorisé dans l'école de Mâlik.
Le principe de al-masalih al-mursala correspond à tous les bénéfices non liés à un texte du
Coran ou une sunnah précise.
‫ بناء على مراعاة مصلحة مرسلة مطلقة‬،‫االستصالح عبارة عن تشريع حكم في واقعة ال نصّ فيها وال إجماع‬
La notion de masalih al mursala est souvent très proche de celle d'al-istihsan. L'imam Shatibi
écrit que la différence réside dans la nature de la règle, al-istihsan est une dérogation à une
règle établie alors qu'al-masalih al-mursala n'est pas conditionné.

Exemples :
Les Compagnons – que Dieu les agrée – ont compilé le Coran sous la forme de Livre, puis les
générations suivantes ont rajouté la vocalisation, les sommaires, index, découpages en parties
etc. parce qu'il y avait un intérêt à le faire; comme pour les minarets, les écoles… qui
n'existaient pas à l'époque du Prophète – que la Bénédiction et la Paix soient sur lui -.

Dans les cas douteux où aucune solution claire ne saurait être tirée des sources (Coran et
Sunna), le juge doit prendre sa décision tenant compte du plus grand bien public plutôt que de
son opinion personnelle.

Al-istihsan :

Ibn al-Qâçim rapporte que l'imam Malik avait l'habitude de dire que la connaissance d'al-
istihsan constituait 9/10ème de la connaissance.

al-istihsan peut être traduit par 'choix préférentiel' ou 'préférence juridique'.


Ce principe est utilisé comme une exception à une règle de manière temporaire ou particulière
quand un bénéfice est recherché (ou pour éviter une nuisance).

Il existe deux types d'al-istihsan :

-Al istihsan basé sur une analogie :


L'imam Shatibi écrit: « Al-istihsan est utilisé lorsqu'il est nécessaire de préférer une déduction
renforcée à l'analogie. Celui qui utilise al-ishtisan ne se réfère pas seulement à son inclinaison
et son goût personnel mais il se réfère à l'intention du Législateur qui se dégage de cas
similaire. Or, une question réglée par analogie (simple) pourrait entraîner une nuisance. »
L'objectif d'al-istihsan est justement d'empêcher cette nuisance.

-Al istihsan basé sur une nécessité :


Par exemple, al-istihsan est utilisé lorsqu'une personne a besoin (nécessité médicale) d'être
examinée par un docteur en se montrant nue devant lui, alors que la règle générale interdit de
se montrer nue devant une personne étrangère.
Sayyiduna Umar ibn al-Khattab – que Dieu l'agrée – a aussi suspendu l'application de la peine
légale (hadd) lors d'une famine car certaines personnes étaient poussées, par nécessité, à voler.

Sadd ad-darâi' :

'Sadd al-ddarai' est la prévention des moyens qui peuvent entraîner une nuisance.
Le principe général est que ce qui mène vers l'illicite est illicite (et ce qui mène vers le
recommandé est recommandé, vers le non-souhaitable, non-souhaitable etc.).

Par exemple, les savants considèrent qu'il est interdit de conserver du vin même si le but est
d'en faire du vinaigre, car la tentation est toujours possible.

Autres exemples:

Creuser des puits est une bonne chose mais si cela est fait au milieu d'une route non (car il y a
le risque que des gens y tombent)...

Utiliser un médicament autorisé en vu de l'ivresse qu'il procure est interdit .

Le gaspillage -même dans les choses licites- mais cela dépend de l'état matériel de la personne
concernée et de la nature de la dépense: exemple une personne qui a une famille à charge ou
des dettes n'a pas à donner tout son argent en aumône!
‫ اإلسراف‬:‫ واآلخر‬.‫ اإلضاعة‬:‫في المال منكران؛ أحدهما‬.
‫ وفي‬،‫ وإلقاء المال في البحر‬.‫ وهدم البناء من غير غرض‬،‫ تفويت مال بال فائدة يعتد بها كإحراق الثوب وتمزيقه‬:‫فاإلضاعة‬
‫ وفي أنواع الفساد ألنها فوائد محرمة شرعا ً فصارت كالمعدومة‬،‫معناه صرف المال إلى النائحة والمطرب‬.
‫ وقد يطلق على الصرف إلى المباحات في جنسها‬،‫ فقد يطلق إلرادة صرف المال إلى النائحة والمنكرات‬:‫وأما اإلسراف‬
‫ولكن مع المبالغة‬.
‫ من لم يملك إال مائة دينار مثالً ومعه عياله وأوالده وال معيشة لهم سواه‬:‫والمبالغة تختلف باإلضافة إلى األحوال فنقول‬
‫ " وال تبسطها كل البسط فتقعد ملوما ً محسوراً " نزل هذا في‬:‫فأنفق الجميع في وليمة فهو مسرف يجب منعه قال تعالى‬
‫ " وال تبذر تبذيراً إن‬:‫رجل بالمدينة• قسم جميع ماله ولم يبق شيئا ً لعياله فطولب بالنفقة فلم يقدر على شيء وقال تعالى‬
‫ " والذين إذا أنفقوا لم يسرفوا ولم يقتروا " فمن يسرف هذا‬:‫المبذرين كانوا إخوان الشياطين " وكذلك قال عز وجل‬
‫اإلسراف ينكر عليه ويجب على القاضي أن يحجر عليه؛ إال إذا كان الرجل وحده وكان له قوة في التوكل صادقة؛ فله أن‬
‫ وكذلك لو صرف‬.‫ ومن له عيال أو كان عاجزاً عن التوكل فليس له أن يتصدق بجميع ماله‬.‫ينفق جميع ماله في أبواب البر‬
‫ وفعل ذلك له ممن له مال كثير ليس بحرام ألن‬،‫جميع ماله إلى نقوش حيطانه؛ وتزيين بنيانه فهو أيضا ً إسراف محرم‬
‫ ولم تزل المساجد تزين وتنقش أبوابها وسقوفها مع أن نقش الباب والسقف ال فائدة فيه إال‬،‫التزيين من األغراض الصحيحة‬
‫ ويصير إسرافا ً باعتبار حال‬،‫ وكذلك القول في التجمل بالثياب واألطعمة فذلك مباح في جنسه‬،‫ فكذا الدور‬،‫مجرد الزينة‬
‫الرجل وثروته‬.

Il est interdit de se retrouver dans un lieu ou dans une situation qui pourrait entraîner la
survenue de quelque chose d'illicite: endroit où de l'alcool ou de la drogue est consommé, lieu
de débauche etc.

Insulter les idôles ou les symboles religieux des autres:


Allah dit dans le Coran : « N'injuriez(N'insultez pas) pas ceux qu'ils invoquent, en dehors
d'Allah ; car par agressivité, ils injurieraient Allah, dans leur ignorance. De même, Nous
avons enjolivé (aux yeux) de chaque communauté sa propre action. Ensuite, c'est vers
leur Seigneur que sera leur retour; et Il les informera de ce qu'ils oeuvraient. » Sourate
6, verset 108.
Ainsi Allah interdit dans ce verset au Prophète (paix et salut sur lui) et aux musulmans
d'insulter les idoles de pierres que les polythéistes adoraient en dehors d'Allah : car en effet
ces polythéistes vont alors insulter Allah...
Les commentateurs de ce verset : notamment le savant Ibn 'Ajîba Al-hasanî dans son Tafsîr :
« Al-Bahr Al-madîd fî tafsîr al-qurân al-majîd », Al-Bîdâwî et Al-Qurtubî dans leur Tafsîr
également nous informent :
Les malikites s'appuie sur ce verset pour justifier le principe (juridique) connue dans cette
école sous le nom de « la prévention de l'inconvénient » 'Sadd ad-darâi' c'est à dire la
prévention des moyens qui peuvent entraîner une nuisance.
Ils ajoutent : Il est devoir de délaisser une obéissance (d'Allah) (tâ'a) qui va entraîner un péché
sûr (ma'asiyya râjiha). Ce qui entraîne un mal est mal.
Ibn Al-'Arabi dit : la prévention et la sauvegarde de l'honneur par le fait de délaisser une
Sunna est devoir dans ce bas monde.
Al-qurtubî ajoutent : « Ce verset [est toujours d'actualité] et son statut reste et n'est pas
abrogé, tant que le mécréant est fort et qu'on craint qu'il insulte l'Islam ou le Prophète ou Dieu
; il est interdit donc au musulman d'insulter leur croix ou leur religion ou leurs églises (ou
leurs symboles) car cela amènera au péché [au désordre]. Insulter les idoles des mécréants ne
les fera que fuire de l'Islam et augmenter leur mécréance.
Ce verset est une preuve aussi sur le fait que même celui qui a raison et en droit, pourra
s'abstenir de demander son droit si cela provoque un mal dans la religion. Le deuxième Calife
Omar (que Dieu l'agrée) a dit dans ce sens : « Ne jugez pas entre les gens d'une même
famille(qui ont des liens de parenté entre eux) de peur [de causer] la rupture », Ibn Al-'Arabi
dit : « Si ce droit lui est dû (wâjib) il le prendra dans tous les cas, mais si ce droit est
indifférent (jâiz) (autorisé) c'est de cela qu'il était question dans ce qui a été dit » »

Attention: il y a des situations où ce principe ne s'applique plus: on n'empêchera pas -par


exemple- de planter du raisin par peur que l'on en fasse du vin et on n'interdira pas non plus
dans les habitations le voisinage entre les gens qui ne sont pas des proches parents même si
cela peut éventuellement engendrer l’adultère!

La législation(Shari'a) de nos prédécesseurs (Shar'u mâ qablanâ)


sauf celle abrogée par notre Shari'a ou celle qui la contredit.

Le dernier Messager (paix et salut sur lui) ainsi que sa communauté sont chargés par la
révélation de pratiquer la législation de ceux qui nous ont précédé, i.e. ce que notre Shari'a
stipule comme faisant partie de leur législation, mais ne stipule ni qu'il est législation pour
nous ni qu'il ne l'est pas, car si le Coran le mentionne c'est pour qu'on le prenne en compte,
comme le précise le verset coranique: "Il y a certes dans leur histoire une leçon pour des gens
doués de réflexion", et le profit de la réflexion est la mise en pratique. Un autre verset
coranique précise: "C'est ceux-là qu'Allah a guidé, prends donc leur guidance en exemple".
S'il est stipulé qu'il fait loi également pour nous, il n'y a alors pas de divergence quant à
l'obligation de le pratiquer, comme le talion(Qisâs)- par exemple- que Dieu a mentionné
comme faisant partie de la législation de nos prédécesseurs à travers le verset coranique: "et
nous y avons prescrit à leur égard: vie pour vie, oeil pour oeil, nez pour nez, oreille pour
oreille, dent pour dent, et dans les blessures le talion", et qu'il a également mentionné comme
faisant partie de notre législation à travers le verset coranique: "ô vous qui croyez, le talion
(qisâs) vous a été prescrit pour le meurtre". Mais il y a des choses qui font partie de leur
législation sans être de la notre, comme la parole de Moïse s'adressant à son peuple, que le
verset coranique suivant rapporte: "repentez vous à votre Créateur et mettez-vous à mort!", il
nous est interdit à nous musulmans de nous donner la mort, notre législation nous a épargné
les difficultés et les fardeaux, comme le précise le verset coranique suivant: "qui les décharge
des poids et des chaines qui étaient sur eux".
On peut citer comme exemples de notre pratique de la législation des prédécesseurs la
déduction de certains Shafiites du fait de se porter garant du retour d'une personne, ce qui est
connu chez eux sous le nom de la Kafâla, du récit de Jacob (paix sur lui) et de ses enfants,
relaté dans le verset coranique suivant "je ne l'enverrai pas avec vous tant que vous ne jurerez
pas par Dieu de me le ramener, à moins que l'on vous cerne de toute part"; la déduction des
hanbalites de la validité d'une longue location de service (Ijâra) de la parole du Très-Haut
relatant le récit de Moïse (paix sur lui) avec Chou'ayb (paix sur lui): "je veux te donner
comme épouse l'une de mes deux filles que voici" jusqu'à sa parole: "et si tu complètes dix
ans, libre à toi"; la déduction des malikites de l'obligation de l'i'dhâr, qui est de dire au
plaidant: "te reste t-il un argument?", du récit de Salomon (Sulaymân) (paix sur lui), avec la
huppe, dans le verset coranique: "je vais la châtier durement ou l'égorger, à moins qu'elle me
présente une justification explicite", ou leur déduction de la permission de la Ja'âla (paiement
en contrepartie de l’achèvement d'un travail) de la parole du Très-Haut: "celui qui me le
ramènera aura le chargement d'un chameau, je m'en porte garant"; et la déduction des savants
que les prodiges (choses extraordinaires) des saints sont possibles de la parole du Très-Haut
relatant l'histoire de Marie (Maryam) (paix sur elle): "il dit: ô Marie, d'où te vient ceci? Elle
dit: de chez Allâh" (elle avait les fruits de l'été en hiver et les fruits de l'hiver en été et Dieu
gratifie ses élus comme Il veut).

La coutume (Al 'ourf)

L'habitude ('âdah) est comme la coutume ('Ourf) dans son sens linguistique et terminologique.
C'est la propagation d'un concept parmi les gens, qui peut être spécifique à certains pays ou
groupes (ou époques). On jugera en fonction d'elle tant qu'elle ne contredit pas la loi
divine.
Parmi ce qui est basé sur le 'Ourf (coutume), il y a le laps de temps considéré comme long
pour les questions relatives à l'oubli dans la prière, le montant des dépenses dues à l'entretien
de l'épouse et des enfants et les formules (formulations) des serments et des contrats...
L'origine de la prise en compte du 'Ourf dans la jurisprudence islamique est la parole d'Allah
dans le Coran : "ordonne la bonne coutume", ainsi que Sa parole: "on doit aux épouses la
même chose que ce qui leur incombe envers leurs maris selon l'usage".

Ref. «Poésie (et son commentaire) dans la science des fondements du droit musulman d'après
Al-Waraqât de 'l'imam al Harameyn' al Juwayni», aux éditions Les 4 Sources,par Abdellah
Al-thaparro Al-Faransî, Paris, décembre 2010. (En arabe et français).

Murâ't Al-khilâf :

Considérer la divergence et la preuve du savant qui est divergent avec notre avis principal:par
exemple l'imâm Mâlik a utilisé l'argument de ceux qui divergent avec son opinion concernant
le statut du mariage dit Chighâr et qui considèrent que ce type de mariage est non nul, pour
dire que l'héritage demeure entre les deux personnes (s'il l'un des deux meurt), bien que ce
mariage est nul.

Présence géographique de l’école malikite

La plupart des disciples de l’Imâm Mâlik sont partis en Afrique du nord et en Espagne.
L'école malikite s’est répandue en Andalousie, au Maghreb, en Afrique subsaharienne, aux
Emirats,au Koweït, à Bahreïn, au Soudan, et au Khurâsân.
Attention : cette présence historique ne veut pas dire que les principes de l’école y sont
appliqués. Car sur le terrain actuellement, l’idéologie salafite-wahhabite est prépondérante
pour les raisons qu’on a développées dans notre rubrique des anti-doctrinaux.

Notes de bas de page:


[1] Voir Ad-dâramî (1/29) et « jam‘a al-jawâmi‘ » de l’Imam As-suyûtî (4641) : c’est parmi
les trois choses que Dieu a promis à Son Messager Sidna Muhammad (paix et salut sur lui) :
que sa communauté n’aura pas de consensus sur le faux. Ce Hadîth a été rapporté également
par At-tabarani avec une chaîne authentique remontant à Abdellah Ibn Omar, ainsi que Al-
haythamî dans "Majma' az-zawâid".
Le consensus considéré ici est celui des savants Mujtahid du Fiqh.
[2] En absence d’un texte explicite et ferme dans les sources authentiques (Coran et Sunna),
on fait recours à l'Ijtihâd : il n’y a pas d’ «Ijtihâd » en présence du texte traditionnel « nass ».