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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Macroéconomie 1 (2/6)

Le modèle de croissance à taux d’épargne endogène


(Cass-Koopmans-Ramsey)

Olivier Loisel

ensae

Automne 2014

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Cass, Koopmans, Ramsey

“Modèle de Cass-Koopmans-Ramsey” ≡ modèle issu des contributions


de Ramsey (1928), Cass (1965) et Koopmans (1965).

Franck P. Ramsey : mathématicien, logicien et économiste anglais, né à


Cambridge en 1903, mort à Londres en 1930.

David Cass : économiste américain, né en 1937 à Honolulu, mort en 2008 à


Philadelphie, professeur à l’Université de Pennsylvanie à partir de 1974.

Tjalling C. Koopmans : économiste néerlandais et américain, né en 1910 à


’s-Graveland, mort en 1985 à New Haven, professeur à l’Université de Yale à
partir de 1955, co-lauréat (avec Leonid V. Kantorovich) du prix de la Banque
de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel en 1975 “for
their contributions to the theory of optimum allocation of resources”.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Motivation

Le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey endogénéise le taux d’épargne du


modèle de Solow-Swan.

Cette endogénéisation permet une analyse positive et normative plus fine, en


particulier de l’effet de politiques économiques.

Les principales prédictions du modèle de Solow-Swan concernant


les déterminants de la croissance de long terme,
la convergence conditionnelle,
la possibilité d’inefficience dynamique,
sont-elles affectées par ce changement ?

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Bien, agents privés, marchés

Un seul type de bien, utilisé pour


la consommation,
l’investissement.

Deux sortes d’agents privés :


des ménages,
des entreprises.

Quatre marchés :
marché des biens,
marché du travail,
marché du capital,
marché des prêts.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Origine de l’offre et de la demande sur chaque marché

Marché des biens :


offre des entreprises,
demande des ménages.

Marché du travail :
offre des ménages,
demande des entreprises.

Marché du capital :
offre des ménages,
demande des entreprises.

Marché des prêts :


offre des ménages,
demande des ménages.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Marchés en concurrence pure et parfaite

Ces quatre marchés sont supposés être en concurrence pure et parfaite,


c’est-à-dire qu’ils satisfont les cinq conditions suivantes :
1 atomicité du marché,
2 homogénéité des produits,
3 transparence du marché,
4 libre entrée et libre sortie,
5 libre circulation des facteurs de production.

La condition d’atomicité dit que l’offre ou la demande de chaque agent est


négligeable par rapport à l’offre ou la demande totale, et implique qu’aucun
agent ne peut, isolément, influencer le prix.

Dans le chapitre 4, nous considérerons des marchés qui ne sont pas en


concurrence pure et parfaite parce qu’ils ne satisfont pas la condition
d’atomicité du marché.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Variables exogènes

Ni flux ni stocks :
temps continu, indicé par t,
prix des biens ≡ numéraire = 1,
(grand) nombre d’entreprises I .

Flux :
offre de travail = 1 par tête.

Stocks :
capital agrégé initial K0 > 0,
population Lt = L0 e nt , où L0 > 0 et n ≥ 0,
paramètre de productivité At = A0 e gt , où A0 > 0 et g ≥ 0.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Variables endogènes

Prix :
coût réel d’usage du capital zt ,
salaire réel wt ,
taux d’intérêt réel rt .

Quantités − flux :
production Yi,t de l’entreprise i,
demande de travail Ni,t de l’entreprise i,
production agrégée Yt ≡ ∑Ii =1 Yi,t ,
demande de travail agrégée Nt ≡ ∑Ii =1 Ni,t ,
consommation agrégée Ct .

Quantités − stocks :
capital Ki,t de l’entreprise i (sauf en t = 0),
capital agrégé Kt ≡ ∑Ii =1 Ki,t (sauf en t = 0),
montant réel agrégé des actifs Bt .
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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Equilibres partiel et général

Equilibre partiel ≡ situation où l’offre est égale à la demande sur un seul
marché.

Equilibre général ≡ situation où l’offre est égale à la demande sur tous les
marchés.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Conditions d’équilibre général

Chaque agent privé résout son problème d’optimisation : du fait que tous les
marchés sont en concurrence pure et parfaite,
à chaque date t ≥ 0, chaque entreprise i choisit (Yi,t , Ki,t , Ni,t ), en
fonction des prix (zt , wt , rt ) qu’elle considère comme donnés, de façon
à maximiser son profit instantané,
à la date 0, le ménage représentatif choisit ( Ct Bt
Lt , Lt )t ≥0 , en fonction des
prix (zt , wt , rt )t ≥0 qu’il considère comme donnés, de façon à maximiser
son utilité intertemporelle (en anticipation parfaite) sous contraintes.

Les prix sont tels que chaque marché est équilibré à chaque date t ≥ 0 :
zt et rt équilibrent les marchés du capital et des prêts : Bt = Kt ,
wt équilibre le marché du travail : Nt = Lt .

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Plan du chapitre

1 Introduction

2 Conditions d’équilibre

3 Détermination de l’équilibre

4 Optimalité de l’équilibre

5 Conclusion

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Conditions d’équilibre

1 Introduction

2 Conditions d’équilibre
Comportement des entreprises
Comportement des ménages
Equilibre des marchés

3 Détermination de l’équilibre

4 Optimalité de l’équilibre

5 Conclusion

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Problème d’optimisation des entreprises

Production de chaque entreprise i : Yi,t = F (Ki,t , At Ni,t ), où la fonction


de production F satisfait les mêmes propriétés qu’au chapitre 1.

Chaque entreprise loue à chaque date le stock de capital qu’elle souhaite


utiliser, et il n’y a pas de coût d’ajustement du capital (en particulier
l’investissement est réversible).

Donc, à chaque date t, l’entreprise i choisit Ki,t et Ni,t de façon à


maximiser son profit instantané

F (Ki,t , At Ni,t ) − zt Ki,t − wt Ni,t

en considérant zt et wt comme donnés.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Conditions du premier ordre

En notant Fj la dérivée partielle de F par rapport à son j ième argument pour


j ∈ {1, 2}, on obtient les conditions du premier ordre

F1 (Ki,t , At Ni,t )= zt ,
At F2 (Ki,t , At Ni,t ) = wt .

En utilisant ces conditions et le théorème d’Euler appliqué à la fonction F


homogène de degré un, on obtient que le profit instantané est nul quels que
soient Ki,t et Ni,t :

F (Ki,t , At Ni,t ) − Ki,t F1 (Ki,t , At Ni,t ) − At Ni,t F2 (Ki,t , At Ni,t ) = 0


=⇒ F (Ki,t , At Ni,t ) − zt Ki,t − wt Ni,t = 0.

Leonhard P. Euler : mathématicien et physicien suisse, né en 1707 à Bâle,


mort en 1783 à Saint-Pétersbourg.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Utilité intertemporelle des ménages

Ménage représentatif à durée de vie infinie (ou bien lignée dynastique


dont les générations sont liées par héritage et altruisme).

A la date 0, son utilité intertemporelle est


Z +∞ Z +∞
U0 ≡ e −ρt Lt u (ct )dt = L0 e −(ρ−n)t u (ct )dt
0 0

où
ct ≡ Ct
Lt est la consommation par tête,
ρ est le taux de préférence pour le présent (ρ > 0),
u est la fonction d’utilité instantanée.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Propriétés de la fonction d’utilité instantanée

1 u : R+ → R (u peut prendre des valeurs négatives car elle est de nature


ordinale, pas cardinale),

2 u est strictement croissante : ∀x ∈ R+ , u 0 (x ) > 0,

3 u est strictement concave (ce qui traduit une préférence pour lisser la
consommation dans le temps) : ∀x ∈ R+ , u 00 (x ) < 0,

4 u satisfait les conditions d’Inada (1963) : lim u 0 (x ) = +∞ et


x →0
lim u 0 (x ) = 0.
x →+∞

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Stricte concavité
  de u et lissage de la consommation
u(ct) 

u(c) 
u(c‐e) +  u(c+e) 

0  c ‐ e  c  c + e ct 

1
Cas 1 : ct = c. Cas 2 : Proba[ct = c − e] = Proba[ct = c + e] = 2 avec 0 < e < c.
On a u (c ) > 12 u (c − e) + 12 u (c + e).

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Actifs des ménages

Chaque ménage peut détenir deux types d’actifs :


prêts aux autres ménages (nuls à l’équilibre),
titres de propriété sur le capital.

A l’équilibre, les ménages doivent être indifférents entre ces deux types
d’actifs, donc

rt ≡ taux d’intérêt réel sur les prêts aux ménages


= taux de rendement réel des titres de propriété

(si c’était une inégalité stricte, tous les ménages souhaiteraient prêter et
aucun ne souhaiterait emprunter, ou vice-versa).

Bt ≡ montant total des actifs en unités de bien.

bt ≡ B t
Lt montant total des actifs en unités de bien par personne.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Contrainte budgétaire des ménages I

La contrainte budgétaire instantanée du ménage représentatif est


·
Bt = rt Bt + wt Lt − Ct .

Elle se réécrit, en grandeurs par tête,


·
bt = (rt − n )bt + wt − ct .

Rt
En réarrangeant les termes et en multipliant par e − 0 (rτ −n)d τ , on obtient
·
  R
t Rt
bt − (rt − n ) bt e − 0 (rτ −n)d τ = (wt − ct ) e − 0 (rτ −n)d τ .

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Contrainte budgétaire des ménages II

Puis, en intégrant entre 0 et T ,


RT Z T Rt
bT e − 0 (rτ −n )d τ
− b0 = ( wt − ct ) e − 0 (rτ −n )d τ dt.
0

En passant à la limite T → +∞ et en réarrangeant les termes, on obtient la


contrainte budgétaire intertemporelle
Z +∞ Rt Z +∞ Rt
ct e − 0 (rτ −n )d τ dt ≤ b0 + wt e − 0 (rτ −n )d τ dt
0 0

(valeur actualisée à la date 0 des consommations futures ≤ richesse à la


date 0 + valeur actualisée à la date 0 des revenus salariaux futurs)
h RT i
si et seulement si lim bT e − 0 (rτ −n)d τ ≥ 0.
T →+∞

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Contrainte de solvabilité des ménages

La condition h RT i
lim bT e − 0 (rτ −n )d τ
≥0
T →+∞
est la contrainte de solvabilité des ménages.

Elle impose que la valeur actualisée à la date 0 du montant total d’actifs à


long terme doit être positive ou nulle.

Elle implique qu’à long terme, la dette totale (−BT lorsque BT < 0) ne
peut pas croı̂tre à un taux plus élevé que le taux d’intérêt (rT ).

Elle élimine la possibilité de montage financier où chaque emprunt serait


remboursé au moyen d’un nouvel emprunt (“jeu de Ponzi”).

Carlo P. G. G. T. Ponzi : escroc italo-américain, né en 1882 à Lugo, mort


en 1949 à Rio de Janeiro.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Problème d’optimisation des ménages

Pour (rt , wt )t ≥0 et b0 donnés,


 Z +∞ 
−(ρ−n)t
max L0 e u (ct )dt
(ct )t ≥0 ,(bt )t >0 0

sous les contraintes

1 ∀t ≥ 0, ct ≥ 0 (contrainte de positivité de la consommation),


·
2 ∀t ≥ 0, bt = (rt − n)bt + wt − ct (contrainte budgétaire instantanée),
h Rt i
3 lim bt e − 0 (rτ −n)d τ ≥ 0 (contrainte de solvabilité).
t →+∞

Problème difficile car intertemporel.

Parabole de Robinson Crusoé et des grains de blé.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Application de la théorie du contrôle optimal I

Comme vu dans l’introduction générale, la théorie du contrôle optimal


permet de décomposer ce problème en des problèmes instantanés.

On définit le hamiltonien associé au problème d’optimisation des ménages


par
H (ct , bt , λt , t ) ≡ u (ct ) + λt [(rt − n ) bt + wt − ct ] ,

où λt représente la valeur, mesurée en unités d’utilité à la date t, d’une


augmentation du revenu à la date t d’une unité de bien.

On appelle
bt la variable d’état,
ct la variable de contrôle,
λt la co-variable d’état.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Application de la théorie du contrôle optimal II

[(ct )t ≥0 , (bt )t >0 ] est une solution du problème d’optimisation du ménage si


et seulement s’il existe (λt )t ≥0 tel que

1 ∀t ≥ 0, ct ≥ 0 et λt ≥ 0 (contraintes de positivité),

2 ∀t ≥ 0, ∂∂cHt (ct , bt , λt , t ) = 0 (condition du premier ordre sur la


variable de contrôle),
·
3 ∀t ≥ 0, λt = (ρ − n) λt − ∂∂bHt (ct , bt , λt , t ) = (ρ − rt ) λt (condition
d’évolution de la co-variable d’état),
·
4 ∀t ≥ 0, bt = (rt − n)bt + wt − ct (contrainte budgétaire instantanée),
h i
5 lim bt λt e −(ρ−n)t = 0 (condition de transversalité).
t →+∞

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Existence et unicité de la solution

On montre en trois étapes qu’il existe une unique solution :

1 montrer que c0 est fini (du fait que, à l’équilibre, c0 ≤ Y


L0 < + ∞),
0

2 utiliser les trois premières conditions pour obtenir ct et λt en fonction


de c0 ,
3 utiliser les deux dernières conditions pour obtenir (bt )t >0 et c0 (via la
contrainte budgétaire intertemporelle saturée).

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Equation d’Euler I

La deuxième condition implique λt = u 0 (ct ).

En utilisant la troisième condition, on obtient alors


·
u 0 ( ct )
= ρ − rt
u 0 ( ct )

puis l’équation d’Euler (ou “règle de Ramsey d’épargne optimale”, ou


“règle de Keynes-Ramsey”) :

·
−u 00 (ct )ct −1
 
ct
= (rt − ρ) .
ct u 0 ( ct )

John M. Keynes : économiste anglais, né en 1883 à Cambridge, mort en


1946 à Firle.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Equation d’Euler II
·
Il y a croissance de la consommation par tête ( cctt > 0) si et seulement si le
taux d’intérêt est supérieur au taux de préférence pour le présent (rt > ρ).

Cette croissance est d’autant plus importante que l’élasticité de


substitution intertemporelle σ(ct ) est élevée, où

−u 00 (ct )ct −1
 
σ ( ct ) ≡ > 0.
u 0 ( ct )

L’inverse de σ (ct ) est égal à l’opposé de l’élasticité de l’utilité marginale


u 0 (ct ) par rapport à ct ,
−d ln[u 0 (ct )] −u 00 (ct )ct
= ,
d ln(ct ) u 0 (ct )
qui mesure la courbure de u au point ct et est aussi appelé “coefficient
d’aversion relative pour le risque”.
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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Cas de préférences exponentielles ou de Stone-Geary

Le TD 2 étudie le cas où les préférences sont exponentielles :


1
u (ct ) ≡ −αe − α ct ,

où α > 0, ainsi que le cas où elles sont de Stone-Geary :

( ct − c ) 1 − θ − 1
u ( ct ) ≡
1−θ

pour ct > c, avec θ ∈ R+∗ r {1}, où c > 0 représente le niveau de


consommation de subsistance.

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Cas d’une élasticité de subst. intertemporelle constante I


(
c 1− θ −1
Forme fonctionnelle u (ct ) = t1−θ pour θ ∈ R+∗ r {1} ,
u (ct ) = ln(ct ) pour θ = 1.

L’élasticité de substitution intertemporelle est constante : σ(ct ) = 1θ (on


parle de cas CRRA pour “Constant Relative Risk Aversion”).
·
rt −ρ
La condition d’Euler devient cctt = θ et s’intègre pour donner
rτ − ρ
Rt
ct = c0 e 0 ( θ ) d τ .

En remplaçant ct par cette expression dans la contrainte budgétaire


intertemporelle (saturée), on obtient alors
R +∞ Rt
b0 + 0 wt e − 0 (rτ −n)d τ dt
c0 = R .
+∞ 0t [( rτ θ−ρ )−(rτ −n)]d τ
R
e 0 dt

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Cas d’une élasticité de subst. intertemporelle constante II

Effets d’une hausse de (rt )t ≥0 sur c0 à (wt )t ≥0 donné :

effet de revenu négatif (terme −rτ au numérateur), via la baisse de


la valeur actualisée des revenus salariaux futurs,
effet de substitution négatif (terme rθτ au dénominateur), via
l’équation d’Euler,
effet de revenu positif (terme −rτ au dénominateur), via la hausse
du taux d’actualisation des consommations futures.

L’effet total est négatif lorsque θ ≤ 1 :

lorsque θ = 1, les deux derniers effets se compensent exactement,


lorsque θ < 1, le deuxième effet domine le troisième, car l’élasticité de
substitution intertemporelle est élevée (faible concavité de u).

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Condition de transversalité

·
En intégrant l’équation différentielle λt = (ρ − rt ) λt , on obtient
Rt
λt = λ0 e − 0 (rτ − ρ )d τ

où λ0 = u 0 (c0 ) > 0 car c0 est fini.

h i
La condition de transversalité lim bt λt e −(ρ−n)t = 0 se réécrit donc
t →+∞
h Rt i
lim bt e − 0 (rτ −n )d τ =0
t →+∞

(valeur actualisée à la date 0 du montant total d’actifs à long terme = 0).

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Conditions de transversalité et contrainte de solvabilité

La condition de transversalité implique la contrainte de solvabilité :


h Rt i h Rt i
lim bt e − 0 (rτ −n)d τ = 0 =⇒ lim bt e − 0 (rτ −n)d τ ≥ 0.
t →+∞ t →+∞

La contrainte de solvabilité empêche les ménages d’avoir une dette totale


(−Bt > 0) croissant éternellement à un taux supérieur ou égal à rt .

La condition de transversalité indique qu’il n’est pas optimal pour les


ménages d’avoir un montant total d’actifs (Bt > 0) croissant éternellement
à un taux supérieur ou égal à rt .

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Coût d’usage du capital et taux d’intérêt réel

On suppose que le capital se déprécie au taux δ, comme au chapitre 1.

A la date t, un ménage peut en particulier


louer entre t et t + dt une unité de bien comme capital aux entreprises,
prêter entre t et t + dt cette unité de bien aux autres ménages.

A la date t + dt, la première option lui rapporte zt dt − δdt unités de bien,


la seconde rt dt unités de bien.

A l’équilibre, le ménage doit être indifférent entre ces deux options, donc

rt = zt − δ

(si rt > zt − δ, alors tous les ménages souhaiteraient prêter et aucun ne


souhaiterait emprunter ; si rt < zt − δ, alors tous les ménages souhaiteraient
emprunter et aucun ne souhaiterait prêter).

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 33 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Equilibre des marchés

A l’équilibre, le ménage représentatif ne fait ni prêt ni emprunt, donc tous


ses actifs sont des titres de propriété sur le capital :

Bt = Kt .

Sur le marché du travail, la demande est égale à l’offre :

Nt = Lt .

Sur le marché des biens, la variation du stock de capital est égale à l’épargne
moins la dépréciation du capital :
·
Kt = Yt − Ct − δKt .

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 34 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Détermination de l’équilibre

1 Introduction

2 Conditions d’équilibre

3 Détermination de l’équilibre
Conditions d’équilibre sur κt et γt
Etat régulier
Convergence vers l’état régulier

4 Optimalité de l’équilibre

5 Conclusion

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Conditions d’équilibre sur κt et γt I

En notant f (x ) ≡ F (x, 1) pour tout x > 0 et en dérivant F (Ki,t , At Ni,t ) =


K
At Ni,t f ( At Ni,t ) par rapport à Ki,t , on obtient
i,t
 
0 Ki,t
F1 (Ki,t , At Ni,t ) = f .
At Ni,t

On en déduit, en utilisant la condition du premier ordre


K Kt
F1 (Ki,t , At Ni,t ) = zt , que Ni,t ne dépend pas de i et vaut donc Nt
.
i,t

Par conséquent,
 
I I I Ki,t
Yt ≡ ∑ = Y∑i =1 i,t t i,t ∑i =1 i,t Ni,t t
i =1 i,t
F ( K , A N ) = N F , A
   
I Kt Kt
= ∑i =1 Ni,t F , At = Nt F , At = F (Kt , At Nt ).
Nt Nt

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Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Conditions d’équilibre sur κt et γt II


K
En dérivant F (Ki,t , At Ni,t ) = At Ni,t f ( At Ni,t ) par rapport à Ki,t et Ni,t , on
i,t
obtient
 
Ki,t
F1 (Ki,t , At Ni,t ) = f 0 ,
At Ni,t
    
Ki,t Ki,t 0 Ki,t
At F2 (Ki,t , At Ni,t ) = At f − f .
At Ni,t At Ni,t At Ni,t

K Kt
En utilisant Ni,t = N t
, Nt = Lt , κt ≡ AKt Lt t et rt = zt − δ, on peut alors
i,t
réécrire les conditions du premier ordre du problème d’optimisation des
entreprises comme
rt = f 0 (κt ) − δ (“taux d’intérêt réel = productivité marginale du
capital − taux de dépréciation du capital”),
wt = At [f (κt ) − κt f 0 (κt )].

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 37 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Conditions d’équilibre sur κt et γt III

Ces dernières conditions permettent de réécrire la contrainte budgétaire


instantanée des ménages comme
·
bt = f 0 (κt ) − δ − n bt + At f (κt ) − κt f 0 (κt ) − ct .
   

En utilisant Bt = Kt , on obtient bt = At κt et donc

·
κt = f (κt ) − γt − (n + g + δ) κt

où γt ≡ Actt = ACt Lt t est la consommation par unité de travail efficace.

Cette équation différentielle s’interprète comme “variation du stock de


capital = épargne − dilution − dépréciation” (par unité de travail efficace)
et implique l’équilibre sur le marché des biens.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 38 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Conditions d’équilibre sur κt et γt IV

Le résultat selon lequel cette équation différentielle implique l’équilibre sur le


marché des biens est une conséquence de la loi de Walras.

Loi de Walras : sur l’ensemble des marchés, la somme des demandes nettes
pondérées par les prix est égale à zéro.

Corollaire de la loi de Walras : dans une économie à N marchés, si N − 1


marchés sont en équilibre, alors le N ième marché est également en équilibre.

La loi de Walras implique donc qu’une condition d’équilibre de marché est


redondante − par exemple ici la condition d’équilibre sur le marché des biens.

Léon Walras : économiste français, né à Evreux en 1834, mort à Clarens en


1910.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 39 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Conditions d’équilibre sur κt et γt V

En utilisant bt = κt A0 e gt , A0 > 0 et rt = f 0 (κt ) − δ, on peut réécrire la


condition de transversalité comme
n Rt 0 (κ
o
lim κt e − 0 [f τ )−(n +g + δ )]d τ = 0.
t →+∞

On considère dorénavant une élasticité de substitution intertemporelle


constante, égale à 1θ .

En utilisant rt = f 0 (κt ) − δ et γt ≡ Actt , on peut alors réécrire l’équation


d’Euler comme
·
γt 1 0 
= f (κt ) − δ − ρ − θg .
γt θ

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 40 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Conditions d’équilibre sur κt et γt VI

(κt )t ≥0 et (γt )t ≥0 sont donc déterminés par deux équations différentielles,


une condition initiale et une condition terminale :
·
κt = f (κt ) − γt − (n + g + δ) κt ,
·
γt 1 0 
= f (κt ) − δ − ρ − θg ,
γt θ
K0
κ0 = ,
A0 L0
n Rt 0 o
lim κt e − 0 [f (κτ )−(n+g +δ)]d τ = 0.
t →+∞

Les autres variables endogènes sont déterminées résiduellement, à partir de


(κt )t ≥0 et (γt )t ≥0 , par les autres conditions d’équilibre.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 41 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Etat régulier I

Etat régulier ≡ situation dans laquelle κ0 est tel que toutes les quantités
sont non nulles et croissent à taux constants.
·
L’équation différentielle en γt implique que κt est constant à l’état régulier.
·
L’équation différentielle en κt implique alors que γt est constant à l’état
régulier.

Donc, à l’état régulier,


κt et γt sont constants,
kt ≡ K Ct
Lt = At κt et ct ≡ Lt = At γt croissent au taux g ,
t

yt ≡ Y t
Lt = At f (κt ) croı̂t au taux g ,
le taux d’épargne YtY−tCt = 1 − f (γκt ) est constant,
t

comme dans le modèle de Solow-Swan.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 42 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Etat régulier II

· ·
En remplaçant κt par 0 dans l’équation différentielle en κt , on obtient

γt = f (κt ) − (n + g + δ) κt ,

qui correspond à une courbe en cloche dans le plan (κt , γt ).

· ·
En remplaçant γt par 0 dans l’équation différentielle en γt , on obtient

f 0 (κt ) = δ + ρ + θg ,

qui correspond à une droite verticale dans le plan (κt , γt ).

Le point d’intersection de cette courbe et cette droite correspond à la


valeur de (κt , γt ) à l’état régulier, notée (κ ∗ , γ∗ ).

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 43 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Etat  régulier III

γt 

γ*  


0  κ*  κor κt 

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 44 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Etat régulier IV

La valeur κor de κt maximisant la courbe en cloche est définie par

f 0 (κor ) = n + g + δ

(règle d’or d’accumulation du capital du modèle de Solow-Swan).

Les conditions κ0 > 0 et


n Rt 0 (κ ∗ )−(n +g +δ )]d τ
o
lim κ0 e − 0 [f =0
t →+∞

impliquent f 0 (κ ∗ ) > n + g + δ = f 0 (κor ) et donc κ ∗ < κor , comme


apparent sur le graphique précédent.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 45 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Etat régulier V

On n’a pas κ ∗ > κor , donc pas d’inefficience dynamique (due à une
sur-accumulation du capital), du fait du comportement optimisateur des
ménages.

On a κ ∗ < κor et non κ ∗ = κor car les ménages sont suffisamment


impatients pour que ρ − n > (1 − θ ) g : lorsque κt > κ ∗ , une baisse de
l’épargne augmente la composante de court terme de l’utilité intertemporelle
plus qu’elle réduit sa composante de long terme.

L’équation f 0 (κ ∗ ) = δ + ρ + θg est appelée “règle d’or modifiée”.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 46 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Etat régulier VI

En dérivant f 0 (κ ∗ ) = δ + ρ + θg et γ∗ = f (κ ∗ ) − (n + g + δ) κ ∗ par
rapport à ρ, θ, g , δ ou n, on obtient que
κ ∗ est strictement décroissant en ρ, θ, g , δ, et constant en n,
γ∗ est strictement décroissant en ρ, θ, g , δ, n.

Ces décroissances sont illustrées par le graphique précédent :


une hausse de n déplace la courbe en cloche vers le bas,
une hausse de ρ ou θ déplace la droite verticale vers la gauche,
une hausse de g ou δ fait les deux à la fois.

Interprétation de l’effet d’une hausse de θ sur κ ∗ :

θ ↑ ⇒ élasticité de substitution intertemporelle ↓ ⇒ rt ↑


·
pour faire accepter cctt = g aux ménages ⇒ f 0 (κt ) ↑ ⇒ κt ↓.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 47 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Convergence vers l’état régulier I

·
L’équation différentielle en κt implique que
au-dessous de la courbe en cloche, κt croı̂t dans le temps,
au-dessus de la courbe en cloche, κt décroı̂t dans le temps.

·
L’équation différentielle en γt implique que
à gauche de la droite verticale, γt croı̂t dans le temps,
à droite de la droite verticale, γt décroı̂t dans le temps.

Le système d’équations différentielles admet donc un bras stable et un bras


instable dans le plan (κt , γt ).

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 48 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Convergence vers l’état régulier II


 
Diagramme des phases : forme générale des trajectoires
γt 


0  κ*  κt

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 49 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Convergence vers l’état régulier III

Au voisinage de l’état régulier, le bras stable (resp. instable) correspond au


vecteur propre associé à la valeur propre négative (resp. positive) de la
matrice M du système d’équations différentielles log-linéarisé
·
ln( κκ∗t ) ln( κκ∗t )
   
ln( γγ∗t )
= M ln( γγ∗t )
.
(2×2)

Le bras stable est l’unique sentier, appelé “sentier-selle”, le long duquel


(κt , γt ) peut converger vers (κ ∗ , γ∗ ).

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 50 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Convergence vers l’état régulier IV

κ0 > 0 étant donné, trois cas sont envisageables pour γ0 :

1 γ0 est tel que (κ0 , γ0 ) est sur le sentier-selle :


(κt , γt ) converge vers (κ ∗ , γ∗ ) ;
les quatre conditions d’équilibre sont satisfaites.

2 γ0 est tel que (κ0 , γ0 ) est au-dessous du sentier-selle (point P1 ) :


(κt , γt ) croise la droite verticale puis converge vers le point Q1 ;
au voisinage de Q1 , κt > κor , donc f 0 (κt ) < f 0 (κor ) = n + g + δ,
donc la condition de transversalité n’est pas satisfaite :
n Rt 0 o
lim κt e − 0 [f (κτ )−(n+g +δ)]d τ > 0
t →+∞

(les ménages pourraient augmenter leur utilité en épargnant moins).

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 51 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Convergence vers l’état régulier V


  Diagramme des phases : trajectoires pour un κ0 donné
γt 
Q2 


P2 
γ0 
P1 


0  κ0  κ*  Q1 κt

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 52 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Convergence vers l’état régulier VI

3 γ0 est tel que (κ0 , γ0 ) est au-dessus du sentier-selle (point P2 ) :

(κt , γt ) croise la courbe en cloche puis atteint le point Q2 en un temps


··
fini car κt < 0 dans le quadrant en haut à gauche ;
·
en effet, en dérivant κt = f (κt ) − γt − (n + g + δ) κt , on obtient
·· · · ·
κt = [f 0 (κt ) − (n + g + δ)] κt − γt avec, dans ce quadrant, κt < 0,
·
γt > 0 et f 0 (κt ) > f 0 (κor ) = n + g + δ ;
à la date où le point Q2 est atteint, γt devient instantanément nul (car
·
Yt = 0), donc l’équation différentielle en γt n’est pas satisfaite.

Donc l’unique trajectoire d’équilibre (c’est-à-dire l’unique trajectoire


satisfaisant les quatre conditions d’équilibre) est le sentier-selle.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 53 / 68


Introduction Conditions d’équilibre Détermination de l’équilibre

Convergence vers l’état régulier VII

Le modèle prédit donc une convergence conditionnelle des ln(yt ) entre les
pays, comme le modèle de Solow-Swan.

Il s’agit ici de la convergence à long terme des ln(yt ) entre les pays ayant
des y0 différents mais les mêmes paramètres
de technologie A0 , g , f (.),
d’évolution du capital et du travail n, δ,
de préférence ρ, θ.

On admet que, pour κ0 < κ ∗ ,


le taux d’épargne peut croı̂tre ou décroı̂tre dans le temps,
le taux de croissance décroı̂t toujours dans le temps,
donc une économie croı̂t d’autant plus vite qu’elle est plus éloignée de son
sentier d’état régulier, comme dans le modèle de Solow-Swan.

Le TD 2 étudie la vitesse de convergence au voisinage de l’état régulier,


ainsi que la trajectoire de l’économie suite à une baisse permanente de ρ.
Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 54 / 68
Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité de l’équilibre

1 Introduction

2 Conditions d’équilibre

3 Détermination de l’équilibre

4 Optimalité de l’équilibre

5 Conclusion

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 55 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel I

Équilibre de marché (ou décentralisé) ≡ équilibre obtenu lorsque


les agents sont en interaction sur des marchés,
chaque agent résout son propre problème d’optimisation,
les marchés sont à l’équilibre.

Équilibre concurrentiel ≡ équilibre de marché lorsque tous les marchés


sont en concurrence pure et parfaite (comme c’est le cas dans le modèle de
Cass-Koopmans-Ramsey).

Donc un équilibre concurrentiel est un équilibre obtenu lorsque


les agents sont en interaction sur des marchés en conc. pure et parfaite,
chaque agent résout son propre problème d’optimisation, choisissant les
quantités et considérant les prix comme donnés,
les prix sont tels que les marchés sont à l’équilibre.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 56 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel II

Modèle à agent représentatif ≡ modèle dans lequel seul un type d’agent,


appelé agent représentatif, a une fonction d’utilité (comme le modèle de
Cass-Koopmans-Ramsey, dans lequel seuls les ménages ont une fonction
d’utilité).

Dans les modèles à agent représentatif, l’équilibre de marché est dit


socialement optimal si et seulement s’il coı̈ncide avec l’allocation choisie
par le planificateur omniscient, omnipotent et bienveillant (noté
P OOB ), aussi appelée “équilibre centralisé”.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 57 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel III

Le P OOB , qui est un personnage fictif, choisit toutes les quantités, sous les
contraintes
de positivité,
de technologie,
de ressources,
de façon à maximiser l’utilité de l’agent représentatif.

Puisque l’équilibre de marché satisfait ces trois contraintes, la valeur prise


par la fonction d’utilité de l’agent représentatif avec le P OOB est
nécessairement supérieure ou égale à la valeur qu’elle prend à l’équilibre de
marché.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 58 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel IV

Problème d’optimisation du P OOB : pour κ0 > 0 donné,


 Z +∞ 
max L0 e −(ρ−n)t u (ct )dt
( ct ) t ≥ 0 , ( κ t ) t > 0 0

sous les contraintes

1 ∀t ≥ 0, ct ≥ 0 (contrainte de positivité de la consommation),


2 ∀t > 0, κt ≥ 0 (contrainte de positivité du capital),
·
3 ∀t ≥ 0, κt = f (κt ) − A0cet gt − (n + g + δ)κt (contrainte de ressources).

On résout ce problème d’optimisation dynamique en appliquant la théorie du


contrôle optimal, comme vu dans l’introduction générale.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 59 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel V

Hamiltonien associé au problème d’optimisation du P OOB :


 
p p p ct
H ( ct , κ t , λ t , t ) ≡ u ( ct ) + λ t f ( κ t ) − − (n + g + δ )κ t
A0 e gt

où λpt représente la valeur, mesurée en unités d’utilité à la date t, d’une


augmentation d’une unité de bien des ressources à la date t.

On obtient alors les conditions d’optimalité suivantes :

λpt = A0 e gt u 0 (ct ) (cond. du premier ordre sur la variable de contrôle),


·
λpt = [ρ + g + δ − f 0 (κt )] λpt (cond. d’évol. de la co-variable d’état),
·
κt = f (κt ) − A cet gt − (n + g + δ) κt (contrainte de ressources),
0
h i
p −(ρ−n)t
lim κt λt e = 0 (condition de transversalité).
t →+∞

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 60 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel VI

On en déduit, par des calculs similaires aux précédents,


· ·
κt = f (κt ) − γt − (n + g + δ) κt (équation différentielle en κt ),
·
·
γt
γt = [f 0 (κt ) − δ − ρ − θg ] (équation différentielle en γt ),
1
θ
n Rt 0 o
lim κt e − 0 [f (κτ )−(n+g +δ)]d τ = 0 (condition de transversalité).
t →+∞

Ces trois conditions et la condition κ0 = AK0 L0 0 sont identiques aux quatre


conditions d’équilibre concurrentiel sur (κt )t ≥0 et (γt )t ≥0 : l’équilibre
concurrentiel est donc socialement optimal.

Par conséquent, il n’y a aucun rôle à jouer pour une politique économique
dans ce modèle.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 61 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel VII

L’optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel dans ce modèle est une


conséquence du premier théorème du bien-être.

Selon ce théorème, si
1 il n’y a pas d’externalité,
2 les marchés sont en concurrence pure et parfaite,
3 les marchés sont “complets” (≡ avec offre et demande > 0),
4 le nombre d’agents est fini,
alors l’équilibre concurrentiel est un optimum de Pareto.

Optimum de Pareto ≡ situation dans laquelle on ne peut pas augmenter le


bien-être d’un agent sans diminuer celui d’un autre agent (“déshabiller
Pierre pour habiller Paul”).

Vilfredo Pareto : sociologue et économiste italien, né en 1848 à Paris, mort


en 1923 à Céligny.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 62 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel VIII

Ce théorème formalise le concept de “main invisible” de Smith (1776), selon


lequel des actions guidées uniquement par l’intérêt personnel de chacun
peuvent contribuer à la richesse et au bien-être de tous :

“But the annual revenue of every society is always precisely equal to the
exchangeable value of the whole annual produce of its industry, or rather is
precisely the same thing with that exchangeable value. As every individual,
therefore, endeavours as much as he can both to employ his capital in the support
of domestic industry, and so to direct that industry that its produce may be of the
greatest value; every individual necessarily labours to render the annual revenue of
the society as great as he can. He generally, indeed, neither intends to promote
the public interest, nor knows how much he is promoting it.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 63 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel IX

By preferring the support of domestic to that of foreign industry, he intends only


his own security; and by directing that industry in such a manner as its produce
may be of the greatest value, he intends only his own gain, and he is in this, as in
many other cases, led by an invisible hand to promote an end which was no part of
his intention. Nor is it always the worse for the society that it was no part of it.
By pursuing his own interest he frequently promotes that of the society more
effectually than when he really intends to promote it. I have never known much
good done by those who affected to trade for the public good. It is an affectation,
indeed, not very common among merchants, and very few words need be employed
in dissuading them from it.”

Adam Smith : philosophe et économiste écossais, né en 1723 à Kirkcaldy,


mort en 1790 à Londres.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 64 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Optimalité sociale de l’équilibre concurrentiel X

Dans les modèles à agent représentatif, comme le modèle de Cass-


Koopmans-Ramsey,
il existe un unique optimum de Pareto symétrique,
cet optimum de Pareto correspond à l’allocation qui maximise le bien-
être de l’agent représentatif (i.e. l’allocation choisie par le P OOB ).

Les quatre conditions d’application du théorème sont remplies dans le


modèle de Cass-Koopmans-Ramsey (présent chapitre), mais pas dans
le modèle avec apprentissage par la pratique (chapitre 3, condition 1),
le modèle avec variété des biens (chapitre 4, condition 2),
le modèle à générations imbriquées (chapitre 6, condition 4).

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 65 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Conclusion

1 Introduction

2 Conditions d’équilibre

3 Détermination de l’équilibre

4 Optimalité de l’équilibre

5 Conclusion

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 66 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Principales prédictions du modèle

Comme dans le modèle de Solow-Swan, à long terme,


la croissance est uniquement due au progrès technique,
l’effet de l’accumulation du capital sur la croissance disparaı̂t à cause
de la décroissance de la productivité marginale du capital,
il y a convergence conditionnelle des niveaux de production par tête (en
logarithme) entre les pays.

L’équilibre concurrentiel est socialement optimal ; en particulier, il ne peut


pas y avoir d’inefficience dynamique due à une sur-accumulation du capital.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 67 / 68


Optimalité de l’équilibre Conclusion

Principale limite du modèle

Le taux de progrès technique g est exogène. S’il était endogène,


y aurait-il des politiques économiques capables de l’influencer ?
quel rôle devraient-elles jouer ?

,→ Les chapitres 3 et 4 (“théories de la croissance endogène”)


endogénéisent le taux de progrès technique.

Olivier Loisel, Ensae Macroéconomie 1 (2/6) : le modèle de Cass-Koopmans-Ramsey Automne 2014 68 / 68