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Sommaire

Préface.......................................................................................................................................................................................................................1
Présentation du projet ASARA ..................................................................................................................................................................................2
Présentation du recueil de capitalisation................................................................................................................................................................3
Abréviation et Acronymes .........................................................................................................................................................................................7
Comment lire les codes couleurs du recueil ? ........................................................................................................................................................8
Chapitre I - Amélioration de la disponibilité alimentaire
« Du champ à la cuillère » : l’amélioration de la production d’igname ...............................................................................................................11
pour combler le déficit alimentaire des ménages à faible revenu agricole
D'une innovation à une pratique paysanne améliorée : cas de la culture de manioc ......................................................................................15
sur « billon amélioré » dans le Sud de Madagascar
La relance de la culture de mil dans les zones semi-arides du Grand Sud Malagasy.......................................................................................21
La patate douce vietnamienne : « Disponibilité ininterrompue dans l'alimentation des ménages vulnérables »............................................25
Chapitre II - Augmentation de la production
« La mise en place de blocs agroécologiques dans les zones semi-arides de Madagascar » : .......................................................................30
expérience multi acteurs pour le changement d’échelle dans la diffusion de techniques agroécologiques.
Les bas-fonds drainés dans le littoral Sud-Est de Madagascar : « une possibilité d'exploiter de nouvelles parcelles rizicoles »...................35
L’OCT : mode opératoire efficient combinant l'amélioration des infrastructures agricoles collectives ...........................................................39
et l’accès individuel au petit matériel de production
"L'adaptation des normes semencières à un contexte régional” : .....................................................................................................................44
cas du système de semence de qualité déclarée dans l'Androy et l'Anosy
"L'herbe à élephant Relaza” : une opportunité d'amélioration de la production des petites exploitations agricoles familiales ....................49
Intégration des MMAV dans le réseau de santé animale dans le Sud de Madagascar ....................................................................................52
Modèle et place des boutiques d'intrants dans le dispositif de production agricole dans le Sud....................................................................56
Chapiitre III - Développement des chaînes de valeur et augmentation du revenu
Autonomiser les plates formes comme structure de pilotage et promotion d'une chaine de valeur ...............................................................62
Amélioration de la qualité des produits agricoles pour favoriser l'accès aux marchés : ..................................................................................67
cas des unités mobiles de collecte et d’extraction de miel
Expérimentation et diffusion de la variété de pomme de terre Bandy Akama dans le district de Betroka .....................................................70
Technique améliorée d'élevage de poulet gasy en Androy et Anosy : une réponse à la décapitalisation des cheptels ..................................74
Technique améliorée d'élevage de poulet gasy à Vangaindrano : ......................................................................................................................80
vers une autonomisation financière des femmes chefs de ménages
Amélioration du revenu des éleveurs de caprins grâce à une combinaison d'actions structurées..................................................................82
Chapitre IV - Amélioration de l'accès aux financements : crédit et subvention
Crédit Avec Éducation: retour d'expériences et conseils pratiques pour en améliorer l'impact positif ...........................................................90
sur les conditions de vie des femnes chefs de ménages
Efficacité et efficience des services financiers aux petits producteurs: ............................................................................................................95
subvention de petit matériel agricole via des boutiques d'intrants
Collecte des apports bénéficiaires en numéraires via le réseau des caisses IMF pour améliorer la traçabilité des versements...............100
Appui à la filière pèche dans la région Anosy (FDAR) ........................................................................................................................................105
Chapitre V- Genre et Gouvernance
Coordination locale des projets d’appui au développement pour une meilleure pérennisation des actions...............................................112
Accès des femmes rurales à la propriété foncière en vue de leur autonomisation.........................................................................................116
Préface
En 2018, l'Union européenne (UE) et la République de Madagascar célèbrent 
le 60ème anniversaire de leur  partenariat. La République de Madagascar se trouvait
en effet, en 1958, parmi les premiers pays tiers avec lesquels l’UE a établi un
cadre contractuel – l’accord entre la Communauté économique européenne (CEE)
et les 16 Etats Africains et Malgaches Associés (EAMA). Au fil des années, ce 
partenariat s'est diversifié, consolidé et approfondi. Il couvre aujourd'hui des 
aspects aussi bien politiques qu'économiques, commerciaux et de coopération.

La coopération au développement constitue un pilier central de l'engagement de
l'UE à Madagascar. Elle constitue également l’outil principal pour soutenir 
le pays dans ses efforts de lutte contre la pauvreté et d'amélioration de la gouver-
nance. Elle s’appuie sur des instruments divers comme le 11ème Fonds Européen
de Développement, doté d'un budget initial de 518 million d'euros, mais aussi 
M. Antonio Sanchez-Benedito
le Plan d’Investissement extérieur et les lignes budgétaires spécifiques ainsi que
Ambassadeur, Chef de Délégation de l’UE  les prêts concessionnels de la Banque européenne d’investissement. À ces aides
auprès de la République de Madagascar  s’ajoutent les financements de l’UE aux programmes verticaux dont bénéficie 
et de l’Union des Comores Madagascar, comme le Fonds global pour l’éducation et l’alliance GAVI pour la
vaccination, ou encore l'aide humanitaire à travers ECHO.

La sécurité alimentaire, et plus largement le développement rural, constituent 
de longue date l'un des principaux secteurs de concentration de l'aide au dévelop-
pement de l'UE à Madagascar. Contribuer à réduire l'insécurité alimentaire, 
à améliorer la situation nutritionnelle des ménages, à augmenter la production
agricole et à développer les chaines de valeur inclusives à travers la diffusion 
d'innovations et le renforcement des capacités des producteurs sont autant de 
domaines prioritaires dans lesquels l'UE a soutenu ses partenaires ces dernières
années, en particulier dans les régions les plus vulnérables du pays, telles que
celles du Sud.

Le projet ASARA (financé à hauteur de 36 millions d'euros dans le cadre du 10ème
FED), à travers de nombreuses actions, souvent innovantes, a contribué à l’amélio-
ration de la sécurité alimentaire et à l’augmentation des revenus des ménages 
ruraux en tachant de prendre en compte les problématiques importantes des trois
régions du Sud et du Sud-Est de Madagascar, qui se trouvent de plus en plus 
fragilisées par les effets du changement climatique. Les interventions des opéra-
teurs du projet ASARA ont permis d'obtenir des résultats tangibles en matière
d'amélioration de la disponibilité en matériels végétal et animal résilients, d'accès
à l’eau agricole, d'augmentation de la productivité agricole et de l’élevage, de 
renforcement de la capacité d’investissement, de développement de chaines de 
valeur plus favorables aux producteurs, de diffusion de l’agro-écologie ou encore
de promotion de l'égalité de genre.

Pour autant, les changements à l’échelle de territoires aussi vastes ne peuvent se
faire qu’à travers des interventions intégrées qui s’inscrivent dans la durée, ce qui
nécessitent la mobilisation de tous les acteurs du développement.

Le présent recueil, fruit d'un travail de capitalisation d'une dizaine d'opérateurs du
projet ASARA, constitue un outil de diffusion de certaines expériences et bonnes
pratiques qui, nous l'espérons, seront utiles aux acteurs du développement rural à
Madagascar. L'UE s'attachera en particulier à valoriser ce travail dans le cadre
du programme AFAFI SUD (financé à hauteur de 30 millions d'euros dans le cadre
du 11ème FED), qui interviendra dès 2018 dans la continuité du projet ASARA.

Je vous invite donc à découvrir ces expériences et bonnes pratiques, à les partager 
et à en tirer le meilleur profit pour continuer à semer les graines d'un développement
rural inclusif et durable.

Bonne lecture !
Présentation du projet ASARA

L
es régions Androy, Anosy et Atsimo Atsinanana comptent 
parmi les régions les plus pauvres deMadagascar, enregistrant
une proportion importante de ménages agricoles en situa-
tion ou à risque d’insécurité alimentaire. L’Union Européenne, 
à travers le projet ASARA, est intervenue entre décembre 2012 et 
décembre 2018 au niveau de ces trois régions pour contribuer à 
réduire la pauvreté des populations rurales et leur vulnérabilité aux
chocs climatiques et environnementaux. Les populations dans la
zone d’influence de Fort-Dauphin et de son port, en particulier
100.000 ménages agricoles, ont été ciblés par ce projet, doté d'un
budget de 36 millions €.

L'intervention du projet ASARA s'est articulée autour de 6 axes : 
- La promotion et la diffusion des innovations dans des Champs
Écoles Paysans (CEP) en accompagnement des paysans relais
favorisant la diversification et l’adaptation de variétés 
culturales et zootechniques adaptées 
- Le développement et le renforcement des services d'appui 
à l'agriculture avec de nombreux prestataires intervenant dans
la formation, les services vétérinaires et phytosanitaires, 
l’outillage agricole, le stockage, etc.
- Le développement de la production agricole commerciale, 
pour les filières « phares » ciblées sur les demandes, comme le
ricin, le miel, le haricot sec et le caprins, en partenariat avec les
privés 
- La réhabilitation d'infrastructures productives rurales 
(transport, irrigation, stockage, aménagements antiérosifs, et
pistes) réalisés par des entreprises locales, avec l’approche
HIMO pour les pistes
- L’extension des réseaux de microfinance à travers l’augmenta-
tion des points de services de proximité, l’accroissement du  2. Le développement de la finance rurale :
volume de financement à l'agriculture, la professionnalisation • 3 opérateurs mettent en place et/ou opérationnalisent
des institutions de microfinance et l’amélioration de la gouvernance le Fonds de Développement Agricole dans chacune des
- L’opérationnalisation du FDA dans les 3 régions d’intervention. régions : 
- Androy : AFDI
L’exper tise de 13 opérateurs aux compétences af firmées  - Anosy : CARE
et variées a été sollicitée pour l’exécution des différentes activités - Atsimo Atsinanana : CRS
du projet, notamment :  •CECAM développe les services financiers en Anosy et
dans le district de Vangaindrano
1. L’appui à la production : 7 opérateurs principaux sont inter- •Fivoy développe les services financiers en Androy et dans
venus sur 8 districts et 1 opérateur a mis en œuvre une action le district de Betroka
transversale d’appui au Ministère de la Présidence en charge de 
l'Agriculture et de l'Elevage dans le secteur de la santé animale 3. Le soutien aux chaînes de valeur, par la GIZ
• Androy :
4. Les infrastructures routières, par des entreprises de travaux
- Ambovombe : GRET et CTAS
avec l’assistance technique de Louis Berger et de EGIS Inframad. 
- Bekily : AIM et Manambina
- Beloha : CRS
L’Unité de suivi et de coordination du projet (USCP) a été chargée
- Tsihombe : AVSF
du suivi et de la coordination du projet ASARA ainsi que de l’appui
• Anosy :
aux opérateurs. 
- Amboasary : AVSF et FAFAFI
- Betroka : ADRA et Manambina
De nombreuses ressources (Atlas, guides et manuels, films, pho-
- Taolagnaro : WHH et EFA
tos…) sont disponibles sur le site internet du projet Amélioration de
• Vangaindrano : Fiantso et ses partenaires Haona Soa,
la Sécurité Alimentaire et Augmentation des Revenus Agricoles
Cedii et Tandavanala
(ASARA) et du projet Actions Intégrées pour la Nutrition et l’Alimentation
• Anosy, Atsimo Atsinanana et Androy pour le soutien  (AINA) pour découvrir les actions, résultats et expériences de ces 
à l’harmonisation de la santé animale : AVSF interventions : http://asara-aina.eu
Pré s entation du recueil de capitalisation
La capitalisation est un processus qui s’inscrit dans la recherche d’amélioration d’une expérience
ou d’une pratique. Le projet ASARA s’inscrit dans cette logique. Les opérateurs du projet ontainsi décidé de
capitaliser certaines expériences et bonnes pratiquesconstatées au cours de l’exécution de ce projet, et ce
pourdeux raisons essentielles : la conservation du/des savoirs acquis, et la construction collective du/des savoirs
en vue d'une large diffusion.
Les opérateurs du projet ASARA sont des organisations ayant des expertises variées et de longue date dans le
développement rural à Madagascar ou dans d’autres pays, et pour certains dans les régions Anosy,
Androy, et Atsimo Atsinanana. Dans ce sens, ils ont eu à exécuter ou adapter des expériences ayant fait leurs
preuves dans d’autres contextes, ou tester des innovations aux titres d’une expérience. Ainsi, aux termes des
cinq années de mise en œuvre du projet ASARA (2012 – 2018), les opérateurs ont réalisé la capitalisation de
leurs expériences et bonnes pratiques, sous le pilotage, la coordination de l’Unité de Suivi et de Coordination
du Projet (USCP) et l’appui d’une consultante externe mobilisée par l’USCP.
L’experte a été chargée d’animer la concertation entre les intervenants et a assuré le cadrage du contenu et de
la forme des produits de capitalisation. Son intervention a démarré en octobre 2017 et s’est achevée en mai
2018.
Dans le cadre de cet exercice, les définitions suivantes ont été retenues :

« La capitalisation est un processus d’acquisition, de collecte, d’organisation et d’analyse d’informations


relatives à une expérience donnée, en vue d’en tirer des leçons et de les partager en utilisant des
supports adaptés » (IED 2007, P.9).

« La capitalisation de pratiques analyse et confronte plusieurs actions, les siennes et celles des autres,
alors que dans la capitalisation d’expériences, on procède généralement à l’introspection d’une
expérience à travers le vécu des différents acteurs d’une même expérience » (A. Gueye-Girardet, 2015) »

Les thématiques relèvent des principaux domaines d’intervention du projet ASARA, à savoir :
i) l’appui à la production,
ii) le développement de la finance rurale, et
iii) le soutien aux chaînes de valeur.Certaines actions mises en œuvre, entre autres la
microfinance, le stockage et les aménagements, sont toutefois peu mises en valeur
dans ce document.

Les principaux critères retenus pour sélectionner les thématiques ont été :
- L’existence de résultats :
i) quantitatifs,
ii) et/ou qualitatifs) attribuables directement à l’expérience ou la pratique,
- La transposabilité de ces résultats dans le sens où les résultats ne seront pas altérés dans un contexte
similaire ou proche des conditions de mise en œuvre,
- La transférabilité des résultats ou un partage sans condition particulière
- L’existence de leçons à tirer ou leçons apprises

Le document de capitalisation de chaque opérateur a été élaboré et présenté sous la forme d’une fiche
d’expérience, d’une fiche de pratique ou d’une fiche méthodologique selon le cas. Au total, 22 fiches ont été
élaborées. Chaque opérateura mûri ses connaissances au cours des ateliers, discussions avec les groupes-
cibles et a ainsi rédigé progressivement chaque fiche, avec l'appui de l'experte. Ce processus de capitalisation
a été mis en œuvre sur une période de 6 mois (octobre 2017 – mars 2018).

Les fiches sont assemblées sous la forme d’un recueil. Douze opérateurs y ont mis à disposition leurs
savoirs. Dans l’ordre alphabétique, ce sont ADRA, AFDI, AIM, AVSF, CARE, CECAM, CRS, CTAS, FIANTSO, GIZ, GRET,
et WHH.
Pré s entation du recueil de capitalisation
Ce recueil est présenté selon la mission du projet ASARA : « Amélioration de la sécurité alimentaire et
augmentation du Revenu ». Ainsi, le recueil est subdivisé en cinq chapitres distincts, au sein desquels ont été
groupées les thématiques, selon l’ordre suivant :

Chapitre I : Amélioration de la disponibilté alimentaire


L’amélioration de la disponibilité alimentaire relève de la promotion et de la diffusion des innovations techniques
afin de réduire la période de soudure, par l’introduction de cultures vivrières à cycle court, adaptées au
changement climatique, et de matériel végétal amélioré. Une amélioration des itinéraires techniques, en passant
par des paysans-relais et/ou des groupements de paysans, permet aussi d’augmenter la productivité et donc la
disponibilité alimentaire chez les ménages ruraux ciblés.

Les thématiques suivantes ont été choisies pour faire partie de ce recueil :

1. « Du champ à la cuillère » : l’amélioration de la production d’igname pour combler le déficit


alimentaire des ménages à faible revenu agricole
2. D'une innovation à une pratique paysanne améliorée : cas de la culture de manioc sur
« billon amélioré » dans le Sud de Madagascar
3. La patate douce vietnamienne : disponibilité ininterrompue dans l'alimentation des
ménages vulnérables
4. La relance de la culture de mil dans les zones semi-arides du Grand Sud Malagasy

La réduction des pertes post récolte ou de capture a été également traitée par le projet ASARA (stockage,
conservation, transformation) mais ne fait pas l’objet de fiche de capitalisation. Deux Guides ont été produits
et disponibles sur ce sujet : le « Guide de stockage des céréales et légumineuses » et le « Manuel technique de
diminution des pertes post capture de la filière Poisson dans le sud ».

Chapitre II : Augmentation de la production

L’augmentation de la production contribue également à l’amélioration de la disponibilité alimentaire, mais relève


davantage de l’accès à l’alimentation, à travers le développement et la structuration des services aux agriculteurs
et éleveurs, la construction ou la réhabilitation d’infrastructures rurales, et notamment les aménagements
agricoles,et l’amélioration de l’alimentation du bétail. Sept expériences et bonnes pratiques sont documentés
et mises en exergue dans ce second chapitre, à savoir :

5. La mise en place de blocs agroécologiques dans les zones semi-arides de Madagascar :


expérience multi acteurs pour le changement d’échelle dans la diffusion de techniques
agroécologiques.
6. Les bas-fonds drainés dans le littoral Sud-Est de Madagascar : une possibilité d'exploiter
de nouvelles parcelles rizicoles
7. L’OCT : mode opératoire efficient combinant l'amélioration des infrastructures agricoles
collectives et l’accès individuel au petit matériel de production
8. Adaptation des normes semencières à un contexte régional : cas du système de
semence de qualité déclarée dans l'Androy et l'Anosy
9. L’Herbe à Éléphant "Relaza” : une opportunité d’amélioration de la production des
petites exploitations agricoles familiales
10. Intégration des MMAV dans le réseau de santé animale dans le Sud de Madagascar
11. Modèle et place des boutiques d'intrants dans le dispositif de production agricole dans
le Sud

Environ 300 kms de pistes rurales ont été réhabilitées au cours de l’exécution du projet ASARA,contribuant à la
réduction du temps et coût de transport, et à l’augmentation des flux commerciaux en production agricole, mais
ce volet n’a pas été traité dans ce recueil
Pré s entation du recueil de capitalisation

Chapitre III : Développement des chaînes de valeur,


augmentation du revenu

L’accès au marché vise à stimuler l’intérêt et l’investissement des agriculteurs et éleveurs, des petites
exploitations familiales. Quatre filières, dont le ricin, le miel, le caprin et le haricot sec sont considérées comme
phares et ont fait l’objet d’un appui conséquent du projet, aboutissant à des partenariats entre les producteurs
et les opérateurs du secteur privé. Outre ces chaines de valeur, de nombreuses spéculations contribuent à
l’augmentation des revenus des producteurs et ont également été promues (dont le poulet, caprin, pomme de
terre).L’augmentation du revenu des agro-éleveurs, par la reconquête du petit élevage (poulet gasy et caprin) et
la diffusion de la pomme terre – spéculation longtemps l’apanage des hauts-plateaux du centre – est aussi
sélectionnée comme thématiques dans ce recueil.

Cinq expériences et bonnes pratiques sont documentés dans ce troisième chapitre, à savoir :

12. Autonomiser les plates formes comme structure de pilotage et promotion d'une chaine
de valeur
13. Amélioration de la qualité des produits agricoles pour favoriser l'accès aux marchés :
cas des unités mobiles de collecte et d’extraction de miel
14. Mécanisme de l'introduction et de diffusion de la variété de pomme de terre Bandy
Akama dans le district de Betroka
15. Technique améliorée d'élevage de poulet gasy : une réponse à la décapitalisation des
cheptels, et vers une autonomisation financière des femmes chefs de ménages
16. Amélioration du revenu des éleveurs de caprins grâce à une combinaison d'actions
structurées

Chapitre IV : Amélioration de l’accès aux financements :


crédit et subvention

L’extension du réseau de microfinance contribue à l’accès au financement des petites exploitations agricoles
familiales surtout dans les zones peu ou mal desservies en infrastructures structurantes (routière, communi-
cation, etc.). 39 nouveaux points de services ont été créés au cours de ce projet. Des produits financiers, comme
le crédit avec éducation (CAE) destinées aux femmes chefs de ménages, ont permis le développement des
commerces de produits agricoles.

La finance rurale a également fait l’objet du soutien du projet ASARA à travers la mise en place des FDA des
régions Androy et Atsimo Atsinanana et à l’opérationnalisation du FDA Anosy créé en 2009. Des subventions
octroyées par le FDA ont contribué à financer de l’appui conseil aux producteurs, du matériel agricole, d’élevage
et de pêche artisanale, de petites infrastructures productives, de la recherche appliquée ainsi que des projets
portés par les organisations de producteurs.

17. Crédit Avec Éducation : retour d’expérience et conseils pratiques pour en améliorer
l’impact positif sur les conditions de vie des femmes chefs de ménages
18. Efficacité et efficience des services financiers aux petits producteurs : subvention de
matériels agricoles via des boutiques d’intrants
19. Collecte des apports bénéficiaires en numéraires via le réseau des caisses IMF pour
améliorer la traçabilité des versements
20. Appui au secteur pêche à travers le fonds de développement agricole dans la région
Anosy
Pré s entation du recueil de capitalisation

Chapitre V : Genre et gouvernance

Les questions transversales, telles que le Genre et la Gouvernance rapportées dans ce document, ont été
également intégrées aux approches opérationnelles du projet ASARA, et ont fait l’objet de deux expériences
conduites dans le district de Vangaindrano, dont la proportion élevée des femmes chefs de ménages très
vulnérables, est particulièrement importante.

21. Coordination locale des projets d’appui au développement pour une meilleure
pérennisation des actions
22. Plaidoyer pour l’accès des femmes chefs de ménages à la terre, en vue de leur
autonomisation

À l’instar de l’étendue des secteurs d’activités et de la diversité des acteurs concernés par la sécurité
alimentaire, ce recueil s’adresse aussi à un large panel d’utilisateurs. Toutefois, il cible prioritairement :

• les services publics en charge du secteur de l’agriculture, de l’élevage et de la


pêche et
• les organisations non gouvernementales mettant ou projetant de mettre en œuvre
des projets dans ces secteurs et celles actives dans le plaidoyer et le lobby pour
la mise à l’échelle de ces acquis,
• les entreprises privées pour augmenter l’investissementdans ces secteurs, et
• les étudiants pour leur orientation professionnelle et la recherche académique.

« La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur
permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. » (Définition de la Conférence mondiale de
l'alimentation de 1996)
Abréviations et Acronymes
AC Agent Communautaire FIDA Fonds International pour le Développement de l’Agriculture
AC Association de crédit (CAE) FIFAMANOR Fiompiana Fambolena Malagasy Norveziana
ACN Agent Communautaire Nutrition FOAC Formation sur l’Organisation de l’Association de Crédit
ACSA Agent Communautaire de Santé Animale FOFIFA Foibe Fikarohana ho an’ny Fampandrosoana ny Ambanivohitra
ACT Argent Contre Travail (Centre National de Recherche pour le Développement Rural)
ADRA Adventist Development and Relief Agency GCV Grenier Communautaire Villageois
AFAFI -SUD Appui au Financement de l'Agriculture et aux Filières GIZ Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit
Inclusives (dans le Sud) GPS Groupement de Producteurs de Semences
AFDI Agriculteurs Français et Développement International GRC Gestion des risques et de catastrophes
AG Assemblée Générale GRET Groupe de Recherche et d’étude Technologique
AGR Activité Génératrice de Revenu GS Groupe de solidarité
AIM Action Intercoopération Madagascar GSDM Groupement Semi-Direct de Madagascar
AINA Actions Intégrées pour la Nutrition et l’Alimentation HIMO Haute Intensité de Main d’œuvre
ANCOS Agence Nationale de Contrôle Officiel des Semences ICRISAT Institut International de Recherches sur les Tropiques
et Plants Semi-Arides
AROPA Appui au Renforcement des Organisations IMF Institution de microfinance
Profession-nelles et aux services Agricoles (Projet) MMAV Mpiompy Mpanampy ny Asa Veterinera
ASARA Amélioration de la Sécurité Alimentaire et Augmentation MPAE Ministère auprès de la Présidence en charge
des Revenus Agricoles de l’Agriculture et de l’élevage
AUE Association des Usagers de l’Eau OCDE Organisation de Coopération et de Développement
AVSF Agronomes et Vétérinaires Sans Frontière Économique
BI Boutique d’intrants OCT Outils Contre Travail
BIF Birao Ifoton’ny Fananan-tany (ou Guichet Foncier) ONG Organisation Non gouvernementale
BVPI Bassin versant et Périmètres Irrigués (Programme) ONN Office National de Nutrition
CAE Crédit Avec Éducation ONVDM Ordre Nationale des Docteurs Vétérinaires
CAEM Centre d’Accueil des Enfants Malnutris de Madagascar
CECAM Caisse d’Épargne et de Crédits Agricoles Mutuels PAC Programme d’Action Communautaire
CEE Communauté économique européenne PAM Programme Alimentaire Mondial
CEF Compte à l’Exploitation Familiale PL Paysan Leader
CEP Champs École Paysan PMS Paysan Multiplicateur de Semences
CIRAD Centre International de Recherches PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
pour le Développement PRA Poulet de Race Améliorée
CIRAE Circonscription de l’Agriculture et de l’Élevage PRL Poulet de Race Locale
CMS Centre Multiplicateur de Semences PSAEP Programme Sectoriel Agriculture Élevage et Pêche
COMESA Common Market for Eastern and Southern Africa PTA Poulailler Traditionnel Amélioré
CROA Comité Régional d’Orientation et d’Allocation (FDA) RES Réseau d'Épidémio-Surveillance
CRS Catholic Relief Service RRC Réduction de risque de catastrophe
CSA Centre de Service Agricole SAD Service d’Animation du Développement
CTAS Centre Technique Agroécologique du Sud SADC Southern African Development Community
CTD Collectivité Territoriale décentralisée SDMAD Semis Direct de Madagascar
CUMA Culture Maraîchère SLC Service Local de Concertation
DOIT Développement Organisationnel Institutionnel et Technique SQD Semences de Qualité Déclarée
DPV Direction de protection des végétaux SREL Service Régional de l’Élevage
DR Direction Régionale (FDA) STD Service Technique Déconcentré
DRAE Direction Régionale de l’Agriculture et de l’élevage TMOS Technicien de Maitrise d’Ouvrage et de Suivi
DRHP Direction Régionale de ressources halieutiques et de la pêche UC Unité de collecte
EAMA États Africains et Malgaches Associés UE Union Européenne
ECHO European Commission Humanitarian Aid Head Office UPR Unité de Production de Reproducteurs
EF Éleveur-Formateur URL Unité de Recherche Langoustière
EL Éleveur Leader USCP Unité de Suivi et de Coordination du Projet (ASARA)
FAFAFI Fanentanana Fambolena Fiompiana VCT Vivres Contre Travail
FAO Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation VSLA Village Saving and Loan Association
FDA Fonds de Développement Agricole WHH Welt hunger hilfe
FFH Freedom From Hunger (ONG)
Comment lire les codes couleurs du recueil ?
Amélioration
de la disponibilité alimentaire

L’amélioration de la disponibilité alimentaire relève de la promotion et de la diffusion des


innovations techniques afin de réduire la période de soudure, par l’introduction de cultures
vivrières à maturation rapide, adaptées au changement climatique, et de matériel végétal
amélioré. Une amélioration des itinéraires techniques, en passant par des paysans-relais
et/ou des groupements de paysans, permet aussi d’augmenter la productivité et donc la
disponibilité alimentaire chez les ménages ruraux ciblés.
A m él i or at i on d e l ’a ccè s à l’ al i me nt at i on A mé li o ra ti o n d e la d i spo ni bi l i té al i me nt ai r e

« Du champ à la cuillère »: 
L’introductionde l’igname domestiquée à Bekily 
pour combler le déficit alimentaire des ménages 
à faible revenu agricole

L ’introduction et la promotion de la
c u l t u r e  d ’ i g n a m e  c o n s t i t u e n t  u n e 
démarche permettantd’améliorer la disponibi-
lité d’une alimentation de qualité pour les ménages 
ruraux pendant les premiers mois de la période de soudure,
L’introduction d’une nouvelle spéculation agricole, et son adoption,
dépendent de plusieurs déterminants qui ne pourraient être
connus à l’avance. Cela pourrait être le niveau de rendement,
la facilité de production, la conservation aisée, le goût, la
simplicité du mode de cuisson, ou une combinaison de
entre octobre et décembre. En effet, la récolte est généralement tous ces paramètres.Pour l’igname, l’expérimentation
assurée en juillet et août, et sa facilité de conservation jusqu’à  menée a tenté de mettre en lumière tous ces facteurs,
4 mois permet aux ménages de Bekilyde disposer d’une source d’où un ensemble d’actions allant de la production à
d’alimentation même au mois de décembre. L’igname est une  sa valorisation en tant qu’aliment de base.
espèce qui s’adapte au stress hydrique, etrépond bien au contexte
agro-climatique de la zone cristalline de Bekily. Grâce à ses qualités L’expérience a été conduite par AIM avec son
agronomiques – rendement élevé et rusticité – et gustatives, l’igname partenaire local,l’Association Manambina,dans
offre aux producteurs une possibilité relativement aisée d’intensifi - le cadre de la mise en œuvre du projet ASARA
cation de la production et de diversification alimentaire. L’igname est dans le District de Bekily. A différents stades de
normalement préparée en pépinière entre les mois d’août et septembre cette expérience, les deux partenaires ont fait
et mise en terre entre octobre et décembre. Face à l’efficacité de sa  appelaux expertises et savoir-faire d’autres 
diffusion auprès des producteurs, elle offre un revenu supplémentaire acteurspour faciliter la diffusion de la culture
aux producteurs de semence, leurpermettant ensuite d’acquérir d’autres - et l’adoption du produit dans la consomma-
denrées nécessaires à la diversification de l’alimentation. tion quotidienne des ménages.

1.Cinq mois de déficit chronique en aliment de base à combler chaque année


Selon l’étude menée par le Projet d’appui caractérisée par une période de soudure
au renforcement des organisations profes- qui dure environ 5 mois entre octobre et
sionnelles et aux services agricoles 1 en mars. Cette période est appelée souvent le
2010, 94% de la population du District de « Kere », durant laquelle les aliments se font
Bekily tire son revenu des activités agri- rares, et leur prix sur le marché augmente
coles. Le revenu moyen annuel par individu de l’ordre de 50 à 100%. Les ménages 
est de 363.546Ar toujours selon cette ne disposent ni de stock de nourritures ni
étude. Comparé au revenu moyen national d’argent pour s’en procurer et procèdent
par individu de l’enquête périodique auprès progressivement à une décapitalisation–
des ménages2 en 2010 (EPM, 2010) qui est comme la vente de volaille, de bétail, etc.
1.388.000Ar, le District de Bekily est classé Les biens sont ainsi vendus à très bas prix
parmi les districts les plus pauvres (27% du ou troqués contre une quantité de vivres,
revenu national moyen). Les ménages ru- pour subvenir à leur besoin alimentaire. 
raux du District de Bekily affectent 59% de
leur revenu à la consommation alimentaire, Photo 1: Figue de barbarie servant Les principales stratégies de survie sont la
d'alimentation alternative pour les
ce qui est également un autre indicateur de paysans en période de soudure cueillette de fruits de cactus, la réduction
l’insécurité alimentaire dans ce District.  du nombre de repas pouvant aller jusqu’à
agricoles rudimentaires et souvent en mau- un seul repas par jour,et de la quantité de
Cette insécurité alimentaire dans le District vais état, par un choix mal éclairé des spécu- nourriture par convive. A noter que les fruits
de Bekily est chronique, s’expliquant par une lations agricoles adaptées au contexte de cactus (ou « figue de barbarie » ) sont
très faible disponibilité des produits agricoles agro-climatique et pédoclimatique local, et abondants dans la zone, mais l’apport 
alimentaires. Cette situation est engendrée, enfin par la dégénérescence et l’insuffisance calorique est très faible avec 44 Kcal pour
entre autres, par une faible production vi- des semences utilisées.  100 g de fruit. Dans les cas extrêmes où il
vrière due surtout à une faiblesse et une irré- n’y a plus rien à vendre, les enfants pren-
gularité de la pluviométrie, par des pratiques Les conséquences en sont une sous- nent un repas par jour tandis que les adultes
culturales inadéquates et l’utilisation d’outils alimentation voire une pénurie récurrente s’en privent totalement.

1
AROPA, « Situation de référence du Programme PARECAM », Ministère de l’Agriculture, 2010.
2
« Enquête périodique auprès des ménages », INSTAT, 2010.

11
A m él i or at i on d e l a d is pon ib i li t é a li m en ta i re

2. Une approche multi-acteurs basée sur la recherche-action et la participation


Habituellement, le manioc et la patate douce
constituent les principaux aliments de 
base des ménages ruraux de Bekily. Le 
manioc enregistre un cycle de production
long et la patate douce se conserve difficile-
ment. Par ailleurs, ces deux spéculations
sont plussensibles au déficit pluviométrique
surtout durant la période de végétation, ré-
duisant ainsi leur rendement, voire annihi-
lant une éventuelle récolte. 

La zone cristalline de Bekily présente cepen-
dant un fort ensoleillement, et une faiblesse
et une irrégularité des pluies. Une spéculation
pouvant s’adapter plus aisément à ces condi-
tions agro-climatiques serait une bonne alter-
native pour renforcer et diversifier les
pro  ductions agricoles servant d’alimentation
de base.La culture d’igname a été ainsi 
choisie à cause de sa mise en culture très 
précoce vers le mois d’octobre avant les pre -
m
  ières pluies, et de sa faible exigence en
entretien et en eau. En plus, un pied d’igname
peut rendre 12 à 35 kg au moment de la 
récolte, contre 5 à 7 kg/pied pour le manioc
cultivé traditionnellement, et 10 à 15 kg/pied
Photo 2: Cartographie des Communes d'expérimentation de la culture d'igname pour le manioc cultivé en « basket compost ». 

Fort de ce premier constat comparatif, des 
expérimentations de son adaptabilité pédo -
climatique et culinaire ont été conduites 
durant l’année 2014. Les expérimentations se
sont déroulées dans les communes de Bekily,
d’Antsakaomaro, de Beteza,d’Ambatosoala,
deBeraketa, de Manakompy, de  Belindo et
de Tanandava. Ces communes représentent
les 5 zones agroécologiques du district de Be-
kily (Zones Est, Ouest, Sud, Nord, et Centre).
S’ensuit une analyse des résultats des expéri-
mentations pour déterminer les meilleures
conditions de culture et les itinéraires tech-
niques optimaux pour sa production.

Les résultats finaux ont été repris et répli-
qués à travers des démonstrations tech-
niques sur des parcelles dédiées. Cette
seconde étape dura toute l’année 2015
afin depouvoir maitriser les itinéraires tech-
Photo 3: Production d'igname au cours de la récolte 2015
niques, le traitement post récolte en vue En 2016, ont commencé la diffusion à travers paysans expérimentateurs, les paysans
d’une meilleure conservation. Quant à son des champs écoles paysans et la vulgarisation l e a d e r s ,  l e s  p ay s a n s  fo r m a te u r s , l e s 
utilisation dans l’alimentation, AIM a fait de l’igname. Cette année a été aussi marquée producteurs de semences,les structures 
appel à l’Office National de la Nutrition par l’intensification de la production des  spé c ia l isées en nutrition et en vente 
(ONN) au cours de cette même année pour- semences d’igname, la vulgarisation de sa  d’intrants agricoles, les agents communau-
définir les différentes recettes à base culture et la promotion de sa consommation. taires, la Direction Régionale de l’Agricul-
d’igname. Des démonstrations culinaires ture et de l’Elevage de l’Androy (DRAE), le
ont ainsi été organisées dans les 19 com- Ces actions ont été entreprises en collabo- Centre de Service Agricole Mavitriky (CSA),
munes du district de Bekily.  ration avec différentes entités dontles  l’ONN, etc.

1
Source : https://www.lanutrition.fr/bien-dans-son-assiette/aliments/fruits/figue-de-barbarie/les-caracteristiques-de-la-figue-de-barbarie, 15/03/18.

12
A mé li o ra t io n d e la d i spo ni bi l i té al i me nt ai r e

Figure 1: Démarche méthodologique de l'expérience

Du point de vue agronomique, la culture ble aux autres cultures de tubercules et des plus de 50 ans, selon les traditions orales re-


d’igname a été introduite avec un paquet légumineuses.  cueillies, et constitue une culture vivrière
technique plus performant, générant un ren- pouvant compléter le manioc et la patate
dement élevé. L’apport de matière orga- Une des préconditions connues pour cette  douce. En outre, la variété  Diascoreaalata,
nique en quantité suffisante dans le sol expérimentation est la relative connaissance moins exigeante en eau, et dont la produc-
(basket compost) etle paillage des pieds de l’igname par la population locale. La tion est techniquement abordable aux 
d’igname font partie de ce paquet technique consommation d’igname est déjà dans les regards des conditions socio-économiques
préconisé.  L’utilisation de claie a été  habitudes alimentaires de la population. des cibles, a fait l’objet du choix de la réintro-
promue pour le stockage. Il faut noter que Elle est une variété connue et exploitée  duction et domestication dans les exploi -
ce paquet technique est également applica- anciennement sous sa forme sauvage, il y a tations paysannes.

3. Effectivité du schéma organisationnel et une amélioration progressive


de l’alimentation des ménages ruraux cible
Partant d’une expérimentation au niveau de
6 communes de Bekily avec 2 paysans 
expérimentateurs par commune, soit 12 
expérimentateurs au total, l’adoption de la
culture d’igname a actuellement atteint un
niveau significatif. Plus de 2.000 ménages
ruraux et 14 paysans producteurs de 
semences (PMS) ont intégré la culture
d’igname dans leur système de production
durant la grande saison agricole 2017/
2018.

Le schéma opérationnel ci-après résume Figure 2: Schéma opérationnel


l’effectivité de la démarche organisation- et organisationnel de l'expérience
nelle de cette expérimentation : 

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Répartis dans 5 Communes, les PMS ont 3.000 kg ont été vendus à des projets de
produit plus de 5.000 kg de semences du- développement ou projets humanitaires 
rant la période de récolte en juillet et août intervenant dans la zone. Le reste de la 
2017. Elles ont été mises en terre à partir production a été écoulé sur le marché local
du mois d’octobre à décembre 2017par à travers des ventes directes entre PMS et
plus de 2.000 paysans adoptants. Le nom- paysans et auprès des boutiques d’intrants.
bre de pieds d’igname cultivés par ménage Le revenu de cette vente est estimé à
varie entre 10 et 500 pieds, avec une 4.500.000Ar pour les14 PMS soit 500.000 Ar
moyenne de 35 pieds par ménage. Les nou- par producteurs. Pour ces PMS, ce revenu
veaux adoptants préfèrent démarrer par un permettrait d’acquérir 285kg de riz blanc
nombre de pieds moins nombreux, tandis soit une consommation de 120 jours pour
que les initiateurs augmentent leur taille un ménage de 6 personnes.
d’exploitation d’une campagne à une autre,
d’où cette variation du nombre de pied Aux termes de cette expérience, deux 
plantés par ménage.La production totale paramètres ont été consistants pour 
d’igname,prévue pour la campagne 2017- ex p l i qu e r  l ’ a d o p t i o n  d e  l a  c u l t u r e
2018, est estimée à environ 1.200 T, soit d’igname par les agriculteurs du district
environ 600 kg/ménage. Cela permettrait à de Bekily: 
un ménage de producteur de 6 personnes,
composé de 2 adultes et 4 enfants, de se • Le premier est le niveau élevé de ren-
nourrir au moins pendant 125 jours, à rai- dement de l’igname, comparé surtout
son de 1,6 kg/repas pour 3 repas par jour, à celui du manioc ; Photo 4: Un pied d'igname récolté
par un paysan du Bekily
permettant de combler 80% de la période
de soudure. Selon les enquêtes menées par • La deuxième est le goût très apprécié des agriculteurs à cultiver ce tubercule.
l’équipe du projet, en décembre 2017 et de l’igname dans les différentes pré- L’igname est même suggérée dans les 
janvier 2018, auprès des ménages produc- parations culinaires salées ou sucrées recettes pour prévenir la malnutrition chez
teurs d’igname, ces derniers ne souffrent pour l’alimentation humaine. les enfants en bas âge : une recette à base
pas encore de disette en cette période de de farine d’igname, mélangée avec de la 
soudure.  L a  c o l l a b o r a t i o n  ave c  l ’ O N N ,  p o u r  l a  farine de légumes séchées (carotte, cour-
recherche de recette d’igname et les  gettes…), et d’arachide. Cette recette est 
Sur les 5.000 kg de semences d’igname démonstrations culinaires réalisées, a actuellement utilisée par les Centres 
produites par les PM Sen 2017, environ contribué au processus de prise de décision d’Accueil des Enfants et des Mères (CAEM).

4. Leçons apprises
Avant l’expérimentation, la population à Bekily considérait l’igname comme
Aux termes de cette expérience, 
l’aliment des pauvres. Sa culture intéressait peu les paysans, et sa consom-
il a été conclu que : 
mation était très rare. Avec l’appui de l’Association Manambina, un effort de
- La diffusion d’une innovation auprès des ménages ruraux- sensibilisation conséquent a dû être considéré pour que les ménages accep-
nécessite au moins 3 années afin de mener à bien toute la tent de faire évoluer leurs habitudes alimentaires, et démarrent les expéri-
démarche, allant de tests expérimentaux jusqu’à l’adoption mentations en milieu paysan.
effective d’une spéculation agricole par les ménages ruraux.
- La diffusion d’une innovation appelle une approche systé- L’implication des Centres d’Accueil des Enfants et des Mères (CAEM) dans
l’éducation nutritionnelle et l’utilisation de l’igname dans la farine nutrition-
mique et multi-acteurs, étant donné la multitude des 
nelle pour la prévention de la malnutrition a suscité l’intérêt des femmes à
acteurs concernés à chaque étape (expérimentation / 
pratiquer sa culture. En effet, actuellement l’igname est très prisée dans
démonstration / diffusion, agriculture et nutrition) et le 
l’alimentation des enfants en bas âge et cela a démultiplié l’adoption de
système social, organisationnel et éco nomique dans lequel
l’igname auprès des femmes agricultrices.
cet ensemble d’acteurs s’insèrent
- La  disponibilité locale  de semences de qualité doit être  Actuellement, de leurs propres initiatives, certains paysans expérimentent
assurée, à travers la formation de PMS de proximité.  des techniques apprises lors de l’expérience avec d’autres tubercules et 
L’appui des services techniques déconcentrés de l’État, est légumineuses pour améliorer le rendement. Il s’agit, entre autres, de la 
pour cela déterminant. pratique de l’association de culture tubercule/légumineuse, et de l’utilisa-
tion du basket compost combinée avec la technique du buttage.

Mots-Clés :  Igname domestiquée, itinéraire technique améliorée, agriculture familiale, adapation au changement climatique, zone semi-aride, rendement
Auteurs :  - ANDRIAMAHARAVO Solofo, Coordonnateur Régional.
- RAZAFINDRAHAGA Franck, Chargé de Programmes.

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A m él i or at i on d e l ’a ccè s à l’ al i me nt at i on A mé li o ra ti o n d e la d i spo ni bi l i té al i me nt ai r e

D'une innovation à une pratique 
paysanne améliorée : 
Cas de la culture de manioc sur « billon amélioré » 
dans le Sud de Madagascar

Le manioc est une culture phare du Agronomes et Vétérinaires Sans


Sud, zone semi-aride de Madagascar, Frontières (AVSF) a introduit une
à cause de sa résistance à une technique innovante sur la culture de
température élevée et à la sécheresse. manioc : le « basket compost ». Cette
Avec la patate douce et le maïs, le technique promeut l’apport en ma-
manioc constitue la base de la ration tière organique riche au niveau de
journalière de la population locale. chaque pied de manioc favorisant
Dans la zone du bas Mandrare, la ainsi la multiplication des rende-
culture de manioc est principalement ments par 8 ou plus, pouvant attein-
une culture vivrière, mais elle dre 35 T/ha .Bien que cette
pourrait être en partie une culture de technique ait fait ses preuves dans
rente dans la zone du haut Mandrare. plusieurs régions de Madagascar, elle
Les rendements ont progressivement n’a été pas adoptéepar les paysans
décliné pour atteindre 6 à 4T/ha. d’Amboasary Atsimo. En effet, l’utili-
En outre, les ménages sont contraints sation de la technique du « basket
de vendre le manioc aux collecteurs compost » s'avère inappropriée du Photo 1: Jeune plant de manioc,
à des prix très bas de 50 Ar le kg fait de la rareté de ressources locales Amboasary Atsimo
au moment de la récolte, nécessaires à sa fabrication notam-
pour se procurer d’autres biens ment la main d’œuvre, les biomasse- en œuvre par AVSF en partenariat
de consommation. Ainsi, la plupart set les outils. À la suite d’une avec Fanentanana-Fambolena-Fiom-
des ménages ne peuvent assurer un approche de recherche-action menée piana (FAFAFI), et financé par
stock suffisant pour l’alimentation avec les paysans, leurs groupements l’Union Européenne, a accompagné
pendant la période de soudure s’en sont appropriés et ont fait évo- la démarche d’adaptation et d’appro-
annuelle, s’étalant de décembre à luer cette innovation vers une pra- priation de cette technique innovante,
mai, et se nourrit de raketa mena tique paysanne améliorée : le « billon adoptée par 289 paysans dans 10
(fruit du cactus) et autres aliments amélioré ». Le projet ZOLOKE, dans communes du district d’Amboasary
de disette. le cadre du programme ASARA, mis Atsimo, de la Région Anosy.

1. La culture du manioc à Amboasary Atsimo : une pratique traditionnelle


peu contributive à la sécurité alimentaire des ménages
Une dizaine de Communes du District 
Le district d’Amboasary-Atsimo recouvre ii) le climat tropical sub-semi-aride et
d’Amboasary Sud a bénéficié de l’interven- une surface de plus de 12 000 Km2 et chaud pour le reste de la moitié sud, et 
tion du projet ZOLOKE, porté par l’ONG peut se diviser en quatre zones géogra- iii) le climat tropical sub-semi-humide et
AVSF. Situé à plus de 700 km au Sud de la phiques distinctes :  chaud au niveau de la moitié nord de la
Capitale, accessible uniquement par des i)  zone littorale sud-ouest (sable roux, grès zone (R. Dufournet, 1972). 
pistes en mauvais état, le district d’Amboa- ; zone sèche), 
sary Atsimo et ses communes  restent  au- ii)  zone sédimentaire centrale (sols riches La pluviométrie reste stable au cours des
jourd’hui très enclavés avec un déve lop pe ment en limons, zone irriguée),  dernières années mais comprise entre
agricole lent et difficile.  iii) zone volcanique de l’Androy au nord- 300 et 550 mm depuis 10 ans. La princi-
ouest (diversité des sols, présence pale contrainte se traduit en une mauvaise
d’eau),  répartition des pluies dans le temps et 
Des diagnostics agraires ont permis d’éta-
iv) zone cristalline, nord-est (sol pauvre, l’espace. Les décalages et la difficulté de
blir une typologie des systèmes de produc-
prépondérance de l’élevage).  prévision de la saison des pluies a d’impor-
tion dans la diversité géographique du
tante conséquences pour les cultures 
district selon 4 principaux systèmes de  Le district est soumis à un gradient clima- (absence de germination /croissance/
production distincts. D’autres sous-caracté- tique qui permet de distinguer trois climats : fructification par manque de pluies, 
ristiques distinctifs sont possibles à l’inté- i)  le climat tropical semi-aride et chaud au asphyxie des cultures de contre saison par
rieur des principaux systèmes établis. sud-ouest,  inondation des parcelles, …).

1
Sondage de rendement effectué par la CIR AGRI et CSA Amboasary Atsimo_ Août 2016.

15
A m él i or at i on d e l a d is pon ib i li t é a li m en ta i re

Tableau1: Systèmes principaux de production le district d'Amboasary Atsimo

TYPE 1 :  TYPE 2 :  TYPE 3 :  TYPE 4 : 


Système  Très petits  Petits agriculteurs -  Petits paysans,  Polyculture 
de production agriculteurs très  éleveurs  polyculture -  et grands élevages 
vulnérables de volailles polyélevage de ruminants

Variable de quelques ares
Surface exploitée Moins de 0.5 ha De 0.5 à 3 ha De 3 à 11 ha
à 3 ha
Vivrière, rente, utilisation
Vivrière, rente, utilisation
Type de culture Vivrière, manuelle Vivrière, manuelle de la charrue (location ou
de la charrue (propriétaire) 
propriétaire) ou manuelle
Familiale, entraide 
Main d’œuvre Familiale et entraide Familiale et entraide Familiale et entraide
et salarié
Consommation du mé- Consommation 
Destination culture Consommation du ménage Consommation du ménage
nage, vente du ménage, vente

Un seul repas, consomma- Un seul repas, consomma-
Stratégie en période  Un seul repas, consommation de Deux repas, 
tion de fruit de cactus et tion de fruit de cactus et
de soudure fruit de cactus et vente d’animaux vente de capital
vente de terre et d’animaux vente d’animaux

Maintien Absence d’autres Possibilité de présence 


Absence due à une forte d’un espèces due à une de cheptel, variable selon Zébu (entre 20 à 130
décapitalisation lors des cheptel forte décapitalisa- les cas : Zébu (10 têtes têtes), paire de bœuf de
Cheptel
dernières périodes de sou- de volaille tion lors des  max), paire de bœuf de trait, caprin, ovin, porcin et
dure (1 à 15 dernières périodes trait, caprin, ovin, porcin volailles
têtes) de soudure et/ou volailles

Activité  Pêche, mains d’œuvre Mains d’œuvre pour exploitation Mains d’œuvre pour exploi- Pêche, mains d’œuvre


complémentaire pour exploitation sisal sisal tation sisal pour exploitation sisal

Source : Diagnostics agraires projet ZOLOKE_ASARA, AVSF


Malgré cette diversité de systèmes de pro- fonction de la fertilité du sol. Habituelle- La plantation des boutures s’échelonne 
duction, les terres arables à disposition et ment, la plantation se fait par bouture sur du mois d’août au mois de décembre, 
exploitées par les ménages sont des tanety des billons alignés ou isolés. Par manque et la récolte de juillet à décembre. Le rende-
caractérisés par des sols de collines, ferrali- ou vétusté de matériel, la plupart des agri- ment moyen en culture traditionnelleest de
tiques, érodés et lessivés. Le manioc y est culteurs ne labourent pas la parcelle mais 4 à 6 t/Ha. En pratique traditionnelle, un
planté de façon traditionnelle en monocul- passent tout de suite à la confection de ménage composé de 7 personnes dont 
ture ou associé à d’autres spéculations billons. Cette activité se fait manuellement 3 mains d’œuvre familiale, cultive en
comme le maïs. Cette association permet avec des outils simples comme la bèche. La moyenne 82 ares de manioc soit une pro-
d’améliorer la gestion des sols et de réduire main d’œuvre nécessaire à la culture de duction annuelle de 3,4T.
les risques liés à la monoculture.Bien que le manioc en butte traditionnelle est de 68
prix du manioc soit faible, le maniocest sys- hj/ha de la préparation du sol, au buttage,à Les problèmes principaux de cette culture,
tématiquement cultivé par les paysans du la plantation, au sarclage et à la récolte. qui affectent négativement le volumede pro-
district d’Amboasary Atsimo car une produc- Pour des raisons de tabou ou de manque duction, sont 
tion est assurée même en cas de sèche- de connaissances, les transferts de fertilité
i) le manque de fertilité du sol, 
resse.  La stratégie des paysans est donc entre agriculture et élevage ne sont que 
de s’assurer un minimum d’alimentation, des faits exceptionnels.Les variétés de  ii) l’incertitude des pluieset 
en cas de choc climatique sévère.  manioc cultivées sont locales et autopro- iii) l’attaque des viroses.La mosaïque et
duites, de cycle long allant de 10 à 12 mois, la maladie fongique (pozy) affectent
La culture de manioc est bi ou trisannuelle et qui sont habituellement conservées au la culture en particulier durant la 
suivie de jachère de 2 à 3 ans, variable en champ. saison sèche, dans cette zone.

2
Enquête AVSF_ District AmboasaryAtsimo_Novembre 2017

16
A mé li o ra t io n d e la d i spo ni bi l i té al i me nt ai r e

2. D'une pratique traditionnelle à une innovation technique :


l’expérience « basket compost »
À titre expérimental, 32 paysans du district paysans-relais3. Le paysan-relai a bénéficié Le paysan-relai expérimente sur sa propre
d’Amboasary Atsimo ont été appuyés pour d’un appui technique et de boutures de  parcelle, transmet les innovations et accom-
mettre en place des parcelles individuelles manioc par AVSF, mais sans apportd’autre pagne ses pairs dans l’adoption de la nou-
de démonstrationdu « basket compost » sur matériel important pouvant biaiser le prin- velle pratique.Ces paysans-relais ont été
une surface totale de 3,15ha. Ce sont des cipe de reproductibilité de l’innovation. accompagnés par les techniciens d’AVSF
durant deux grandes campagnes agricoles
(2014-2015 et 2015-2016).

La technique consiste à concentrer de la 
matière organique riche ou composte au 
niveau de chaque pied de manioc. Pour cela,
le producteur doit préparer, deux mois avant
la date de plantation des boutures, des trous
d’environ 60cm de côté et de profondeur, en
y introduisant les matières pour la formation
d’un composte. La composition du composte
recommandée est une propor tion de 
matières végétales vertes, de matières végé-
tales sèches, du fumier de parc à zébu, et de
cendre et de l’eau pour déclencher la 
décomposition. Le temps de décomposition
prévu est, au moins, de deux mois dans le
cas où il n’y aurait pas d’apport régulier en
eau.Cette pratique permet de i) fertiliser le
sol sur une période maximale de deux ans, 

ii)  ameublir le sol, 
iii) maintenir l’humidité, 
Photo 2: Parcelle de manioc en basket compost
iv) concentrer des éléments riches pour
la croissance du manioc et ainsi avoir
En termes de rendement, sur la campagne suivie, le rendement a été multiplié par 7 (tableau
des rendements meilleurs, 
ci-dessous), obtenu certainement par l’amélioration de fertilité du sol, et le maintien de 
l’humidité – alimentée par quelques précipitations – au niveau des pieds de manioc. v) faciliter la récolte.

Sur les parcelles d’expérimentation, chaque
paysan relais a produit environs 250 pieds • La disponibilité de main d’œuvre : Comme à dos et/ou par brouette. Il faut noter que
en « basket compost », soit une surface pour la technique traditionnelle, la confec- 2 ares de parcelles nécessiteraient 1 char-
moyenne de 25 ares, les pieds de manioc tion des trous se fait avec des bèches  rette de fumier, l’équivalent de 200kg.
étant espacés de 1m les uns des autres.Au et demande ainsi beaucoup de main Enfin,les matières végétales deviennent
cours de l’année suivant cette expérience, d’œuvre, estimée 1800 h/j par ha pour rares à causedes défrichements des 
la disponibilité alimentaire des paysans  assurer la trouaison, la fertilisation, la forêts, l’accroissement des surfaces agri-
appuyés était de 8T soit l’équivalent de la plantation, le sarclage,larécolte , soit 26 coles et la rareté des parcelles en friche.
nourriture de plus de 12 mois d’un ménage fois plus que la technique traditionnelle. La distance estimée à parcourir pour le
avec les rendements moyens obtenus . Cette technique s’avère aussi gourmande transport de biomasse varie de 2 à 5 km.
en main d’œuvre nécessaire à la collecte
Cependant, moins de 10% des paysans • Le chevauchement des activités cultu-
et remplissage des trous et au transport
avaient adopté la technique du basket com- rales : Les activités de trouaison, de 
de la matière organique.
post (surface moyenne d’adoption : 2 ares) collecte et d’enfouissement de la bio -
à la fin de l’année 2016 aux vues des nom- • L'accès à la matière organique (matière masse,qui doivent se réaliser deux mois
breuses contraintes auxquelles ils étaient- verte, herbe sèche et fumier) : En effet, les avant la plantation afin d’assurer un 
confrontés pour sa mise en place.  parcelles sont, en général, loin du village bon dégrée de décomposition, se chevau-
et des parcs à zébus. Le transport de fu- chent avec les activités de récolte des 
Les contraintes majeures de cette tech- mier est ardupour les ménages qui ne dis- cultures de grande saison et de contre
nique ont été analysées par les paysans posent pas de charrette et doiventle faire saison.
lors du bilan de campagne. Il s’agirait de : 

3
L a méthodologie de diffusion par paysans-relais est basé sur le principe de l’horizontalité de la transmission et par la démonstration in situ.
Sur la base d’une estimation de la consommation moyenne par ménage de 7 personnes d’environ 3 kg/jour de manioc

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A m él i or at i on d e l a d is pon ib i li t é a li m en ta i re
En conclusion, la technique de « basket Tableau 2: Comparaison du rendement entre technique traditionnelle
compost » semble plus adaptée aux zones et basket compost
sédimentaires et volcaniques ayant de 
ressources forestières à disposition et de
savanes arborées. Par ailleurs, l’innovation
introduite estplus adaptée aux ménages de
Rendement (T/ha)
typologie 4, ayant accès à des moyens de
transport (charrette et bœuf) et à une main
d’œuvre salariale dans la zone d’inter -
Manioc sur billons 
vention.  5 t/ha
(pratique traditionnelle)

Manioc sur Basket Compost 
35 t/ha
(pratique innovante)

3. D'une innovation technique à une pratique paysanne innovante :


l’expérience du « billon amélioré »
À la suite des difficultés identifiées par les
L’approche de diffusion par des groupe- débats entre eux. Ainsi, l’équipe du projet ne
paysans-relais en lien à la technique de«
ments paysans consiste en un accompagne- se concentre plus sur les paysans relais et
basket compost », AVSF a continué à recher-
ment à une réflexion collective et à la mise travaille (formation, accompagnement, etc.)
cher de solutions pour améliorer la produc-
en œuvre de réponse collective à une  directement au niveau des producteurs 
tivité mais, cette fois-ci, à travers des problématique parfois individuelle. Elle  regroupés suivant leurs affinités et/ou les
groupements paysans. Dans cette option, il participe à l’émergence ou l’adoption de groupes de discussions et d’échanges exis-
s’agit d’améliorer l’organisation collective nouvelles pratiques, non seulement à  tants. Les itinéraires techniques sont
des paysans pour résoudre les problèmes travers un transfert de compétences tech- construits conjointement et expérimentés
individuels, en plus du transfert des com - niques et mais aussi organisationnelles. Le au niveau de ces groupes. Cette approche
pétences techniques. projet accompagne des groupes locaux sur contribue à stimuler l’habitude de recher-
la conception et l’intégration de change- cher ensemble des solutions aux problèmes
Pour cette nouvelle approche, les paysans ments techniques dans leurs systèmes de et éviter de rester dans une situation 
se sont regroupés en 144 Groupements (en production communs.  d’attente par rapport aux appuis des projets. 
intégrant les paysans-relais de l’expérience
précédente), et ont mené une recherche 
Il s’agit de consolider les groupes comme En outre, la démarche repose sur le principe
action appuyée par le projet orienté vers des producteurs innovateurs en dynamisant d’une participation volontaire sans contre-
l’évolution et l’adaptation de l’innovation et en facilitant les processus d’échanges et partie financière ou matérielle. 
aux ressources locales. 

Ainsi, la technique dorénavant dénommée 
Les propositions des groupements  « Billon Amélioré » reprend le principe de
ont été les suivantes : concentration de composte au niveau de
> Selon la technique traditionnelle :
- Valoriser les déchets et rejets des  chaque pied de manioc et introduit la tech-
la confection des billons se fait avec
aliments des zébus, mélangés à la  nique de culture traditionnelle en billon ma-
des bèches et demande beaucoup de
fumure pour faire du composte, nuel ou avec charrue.
main d’œuvre (262h/j par ha de prépa-
- Utiliser le composte mûr dans les ration du sol, le buttage,la collecte de
Pour démontrer cette nouvelle technique,
billons traditionnels, biomasse, la plantation, et le sarclage)
50 groupements ont exploité 6ha de par-
- Utiliser le composte mûr dans les celles pendant la campagne agricole 
> Selon la  technique « m écanisé »  :
billons traditionnels améliorés avec de 2016-2017. L’accompagnement par le
La création de billon peut se faire par
l’utilisation d’une charrue, projet a consisté en une formation tech-
charrue, et permet de réduire considé-
nique et une subvention en bouture.
- Acquérir du matériel commun (charrue, rément le temps de travail et la péni -
charrette, brouette)pour faciliter la pré- bilité 
Selon la possibilité des ménages, la prépa-
paration du sol et le transport  ration du sol et la plantation se sont faites
de deux techniques différentes : 

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Enquête AVSF, District Amboasary Atsimo_ Novembre 2017

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Les contraintes précédemment mention-
nées ont pu être surmontées, à travers une
meilleure organisation collective : 

- Un apport commun de matériels – à
partager – pour surmonter le manque
de mains d’œuvre. Ces matériels ont
été, dans un premier temps, subven-
tionnés par le projet, puis gérés collecti-
vement pour assurer leur entretien et
renouvellement, par le paiement de 
cotisation par les membres du groupe-
ment. Ils ont pu s’outiller à long terme.

- La collecte directe des résidus, rejets et
fumiers des parcs à zébus assure le 
volume de biomasse nécessaire. A titre
de rappel, le volume de biomasse est
de 200kg de fumier  pour une parcelle
de 2 ares, ce qui représente un volume
identiqueà celui préconisé pour le 
« basket compost ». L’accès à la matière Photo 3: Parcelle de manioc en "billon amélioré"
organique est donc ainsi facilité. 

- L’élaboration de composte dans des Table 3: Comparaison du rendement entre billon traditionnel et billon amélioré


fosses à proximité des parcelles a per-
mis d’alléger la charge de travail liée au
chevauchement des activités agricoles Rendement (T/ha)
notamment au moment de la prépa -
ration de la parcelle et de la récolte. 
Manioc sur billons 
Au moment de la récolte, le rendement 5 t/ha
moyen a été de 19t/ha (Tableau 3), soit (pratique traditionnelle)
trois fois plus que le rendement obtenu par
la pratique traditionnelle. Pour une surface
Manioc sur Billon Amélioré 
moyenne exploitée de 19 ares, chaque  19 t/ha
producteur a obtenu une disponibilité  (pratique paysanne innovante)
alimentaire annuelle de 3,6 T.

A l’issue de cette campagne, le projet a évalué à 38% le taux d’adoption compost. On observe que l’adoption d’une innovation ne dépend pas 
de la technique, un taux bien meilleur par rapport au basket compost. Ce seulement d’une nouvelle combinaison des facteurs de production et son
taux d’adoption du billon amélioré, plus élevé, ne peut pas s’expliquer à impact sur les revenus. D’autres facteurs organisationnels comme la
partir des indicateurs de productivité, car en effet le billon amélioré enre- charge de travail, l’accès et la disponibilité des ressources et bien d’autres
gistre des valeurs inférieures de productivité que la technique de basket encore pourraient être déterminants. 

Tableau 4: Comparaison des facteurs déterminants à l'adoption d'une technique innovante


(billon traditionnel, basket compost et billon amélioré)

Manioc sur Billon  Manioc sur Basket  Manioc sur Billon 


Traditionnel Compost Amélioré
Surface moyenne 
80 2 19
(ares/ménage)
Rendement (T/ha) 5 35 19
Production moyenne 
4 0,7 3,61
par ménage T/an
Main d’œuvre (h/j) 68 1800 262

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A m él i or at i on d e l a d is pon ib i li t é a li m en ta i re

4. Leçons tirées
L’élément fondamental pour la réussite 
Facteurs clés de la réussite de la technique innovante demeure la motivation au changement. Dans
ce cas-ci, il se traduit par la participation volon-
taire des paysans à l’adoption d’une nouvelle
technique, en passant en premier lieu par son
expérimentation et la validation de l’expérience. 

La démarche d’accompagnement, à travers un
groupement de paysans, a été beaucoup plus
prometteuse que l’individualité. Les échanges
de bonnes pratiques entre pairs ont été essen-
tiels à la mise en place de solutions adaptées,
qui ont pris en compte les facteurs contrai-
gnants au regard des participants. De cette
manière, il a été démontré que les itinéraires
techniques peuvent être toujours adaptés au
contexte qui prévaut.

Par ailleurs, la place du technicien animateur a
été aussi la clé du changementcar il s’est posi-
tionné comme un animateur-technicien, capa-
ble de fournir des informations techniques ou
des éléments d’aide à la décision, mais surtout
d’accompagner le groupe dans la réflexion et la
Photo 4: Récolte de manioc sur billon amélioré recherche de solutions adaptées à leur réalité.

Difficultés rencontrées
Effet pervers de l’assistanat aux paysans : Les pay- Inégalités socio-économiques entre les  Manioc, image associée à une stratégie
sans ont pris l’habitude de recevoir des indemnités membres d’un groupe : Les membres des de survie : La culture de manioc consti-
en échange à leur participation à des réunions ou groupes ne disposent pas souvent des mêmes tue une stra tégie de survie pour les pay-
des formations, même s’ils sont les bénéficiaires  ressources,rendant laborieuse l’adoption de la sans les plus vulnérables. Ces ménages
directes de ces activités. De telles pratiques sont cou- nouvelle technique pour les moins nantis. De ce n’ont pas la possibilité d’investir et de
rantes dans le Sud de Madagascar et ont constitué qui précède, la mobilisation des contributions prendre le risque d’adopter de nouvelles
un facteur limitant à l’approche promue par AVSF pour l’acquisition du matériel commun est  pratiques, sans une démonstration de la
pour l’apprentissage et ensuite l’adoption de la  inégale parmi les membres et l’utilisation en est preuve de la réussite. Le temps de 
technique. En effet, AVSF a promu une démarche vo- affectée : ceux qui ont contribués le plus à démonstration dans les champs écoles
lontaire de la part des groupements paysans et ne les l’achat de matériel commun bénéficient de pour convaincre du profit d’une telle 
ont pas indemnisés pour se former afin d’améliorer l’usage routinier voire exclusif du matériel. Pour pratique est à prendre en considération
leur technique agricole, et en conséquence la produc- éviter ces difficultés, l’origine de la création du dans la démarche et l’approche. 
tivité et son incidence sur la disponi bilité alimentaire groupe (cohésion sociale, membre d’une même
de chaque paysan. lignée…) est la clé de la réussite.

Pérennisation
La pérennisation des résultats positifs ou des acquis de la démarche de Dans le cas des groupements les plus avancés, un accompa-
recherche-action dépend fortement d’une solide structuration des grou- gnement en gestion basé sur les calculs des coûts et béné-
pements, de  l’organisation, de la mobi lisation des ressources, et de la fices des tech n iques expérimentées et la mise en place 
gouvernance qui en découle.La réussite du processus est dépendante de d’un « compte à l’exploitation familiale » ou CEF s’avère né-
la structure des relations sociales au sein du groupe. cessaire.

Conclusion
Cette expérience montre que l’innovation n’est pas la finalité, mais plutôt nouveaux problèmes. Le changement n’est pas le produit
un processus social et interactif dans un environnement particulier et sys- d’une simple dif fusion/adoption, mais un processus à 
témique. La démarche d’’appropriation d’une innovation doit toujours tenir plusieurs dimensions avec de multiples interactions au cours
compte des besoins et des stratégies adaptées à l’agriculture paysanne. duquel les paysans ne sont pas des récepteurs passifs des 
innovations. Ce processus doit mettre un place un espace de
Cette expérience a démontré que des pratiques promues ne répondent dialogue et de réflexion avec les paysans pour engager une
pas toujours aux problèmes des paysans et,a contrario, leur posent de démarche de recherche active de solutions. 

Mots Clés :  Manioc, innovation, adaptation, appropriation, compost, rendement, recherche-action, approche "groupement"
Auteurs :  - REROLLE Julia, Assistant Technique Transversal
- ANDRIAMAMPIONONA Lôla Rakotoanadahy, Assistant Technique Suivi-évaluation

20
A mé l i or at i on d e l a d i sp oni bi l i t é al i me nt ai r e

La relance de la culture du mil 
dans les zones semi-arides
du Grand Sud de Madagascar
Les régions semi-arides
du Sud Malagasy reçoivent régulièrement moins de
400mm de pluies par an. Cette faible pluviométrie, combinée à des
vents desséchants, n’est pas favorable à la plupart des cultures de céréales, 
en particulier la culture de maïs, pourtant pratiquée traditionnellement et largement par les
paysans de l’Androy. Une des céréales les plus tolérantes au manque d’eau est le mil. Sa culture, 
existante puis en nette régression, a été relancée dans le Sud avec l’introduction de nouvelles variétés, 
auprès des petites exploitations agricoles familiales.

Au fil des essais expérimentaux avec les paysans et des collaborations avec la recherche internationale, des 
variétés appréciées par les paysans ont pu être identifiées. Elles ont été ensuite multipliées, mises à disposition
des paysans et diffusées plus largement. Aujourd’hui, le mil apparait comme une culture pouvant à la fois 
fortement contribuer à l’alimentation quotidienne des ménages et à l’augmentation de leur revenu. 

La culture de cette céréale pourrait apporter une solution à la principale
contrainte aux cultures céréalières en région Androy et celles qui
présentent un contexte similaire. 

1. Un besoin en céréale alimentaire


nécessitant une réponse adéquate
compte tenu de la variabilité climatique
La culture de céréale alimentaire, principalement le
maïs, représente 25% des surfaces emblavées dans
la Région Androy 1 . Cependant, le maïs a des exi-
gences en eau relativement supérieures aux condi-
tions locales moyennes.

Les sorghos et mils sont, en revanche, des céréales
adaptées aux zones semi-arides, avec un besoin en
eau 25 à 40% inférieurs à ceux du maïs. Ils consti-
tuent des cultures de référence dans les autres par-
ties du monde exposée aux contraintes climatiques
similaires à celles de l’Androy. Par le passé, ces cul-
tures étaient d’ailleurs pratiquées dans le grand Sud,
mais ont régressé au fil du temps, jusqu’à devenir
très marginales.

Les essais de relance de la culture de sorgho se sont Photo 1: Le mil Bevaoke est très résistant à la sècheresse.


heurtés à des problèmes d’attaques d’insectes et Une seule pluie permet d’avoir ce résultat selon Relatsae
d’oiseaux, pour lesquels aucune solution à grande Gabriel, un producteur du Fokontany Erakoke.
échelle n’a été trouvée. Les essais de relance du mil
ont débutéen 2005, dans le cadre d’un programme-
mis en œuvrepar le Gret (Professionnels du dévelop-
pement solidaire)2 , en ciblant les paysans des zones
les plus aridesde l’Androy, 

1
Serge B., Fidy R. 2017. Mission d’appui aux structures productrices de semences.
2
Programme Objectif Sud dont l’une des activités principales futde diversifier les cultures pratiquées par les exploitants agricoles. 

21
Am é li o ra ti o n d e l a d i spo ni bi l it é al im e nt ai r e

2. Une démarche expérimentale participative et multi-acteurs


Les premières expérimentations sur le mil
ont commencé en 2005 avec les variétés
Souna MAU et Souna III. La diffusiondes
techniques de culture de ces deux variétés
auprès des agriculteurs a été accompagnée
de diffusion de modes de préparations culi-
naires au niveau de dix (10) Communes
dans le District d’Ambovombe. Par la suite,
une douzaine de variété sont été testées en
Station, par le Gret, en collaboration avec
l’Organisation Mondiale pour l’Alimentation
(FAO) à Madagascar et le Centre National
de Recherches pour le Développement
Rural (FOFIFA). En 2012, sept autres varié-
tés furent encore mises à l’essai dans le
cadre d’un partenariat entre le Gret, le FO-
FIFA et le centre sahélien de l’Institut Inter-
national de Recherches sur les Tropiques
Semi-Arides (ICRISAT). Après s’être d’abord
orientés vers le choix des variétés à longs
épis, les paysans confrontés aux problèmes
des attaques d’oiseaux manifestèrent une
préférence pour les variétés « à barbes ». La
variété ICMV 221Wbrfut introduite en ré-
ponse à cette préférence en 2015. Très peu
attaquée par les oiseaux et les insectes,
avec un cycle de culture aussi court que
celui des maïs locaux, cette variété de mil a
séduit rapidement un groupe de paysans re-
lais. Le CTAS (Centre Technique Agroécolo-
gique du Sud) a collaboré avec les paysans
relais pour la sensibilisation et la diffusion
de ces variétés de mil dans le cadre de plu- Photo 2: Mission de l'ANCOS, du CTAS, du GRET en Inde dans la banque
sieurs projets agricoles. Aussi, le mil fut de semences de l’ICRISAT
aussi promu dans des projets de nutrition,
par la diffusion de recettes améliorées pour critères établis par les paysans, et leur per-
les femmes enceintes et allaitantes ainsi Présentement, les variétés les plus  mettre une meilleure appropriation de la
que les enfants en bas âges. diffusées sont les variétés :  production de semences. Une quinzaine 
de personnes ont pu bénéficier de ces 
Actuellement, le CTAS1 pilote le dispositif  i)   Saretsako (dérivée deSosat C88), appuis, notamment les agents de la DRAE
semencier, s’appuyant notamment sur le (Direction Régionale de l’Agriculture et de
ii)    Besomotse (dérivé de l’ICMV 221
Centre de Production de Semences d’Agna- l’Élevage), les équipes techniques de CTAS
rafaly  (CPSA)   dont il gère les activités. De Wbr), et
et des représentants des paysans. 
nouvelles variétés de mils plus riches d’un iii) Bevaoke (variété locale tradition-
point de vue nutritionnel (en Fer, Zinc,et  nelle). Ces variétés sont enregis- L e  C TA S  a  é g a l e m e n t  é t é  é q u i p é  d e
Calcium), proposées par l’ICRISAT y sont  machines pour réaliser le battage et le 
trées dans le registre régional, dont
encore testées avec l’appui du FOFIFA de- décorticage du mil afin de réduire ses coûts
la production de semences est inté-
puis 2016. de production de semences et de com -
grée dans le système SQD. Au CPSA,
mencer à s’investir sur les questions de
Ces nouvelles variétés ont été identifiées à des travaux de croisement sont transformation. En effet, le mil est une cul-
la suite d’une mission conjointe de l’ANCOS conduits entre la variété locale à ture dont les grains peuvent être réduits en
(Agence National de Contrôle Officiel des forte aristation et la variété Beso- farine et utilisés pour denombreux usages
Semences et plants), du FOFIFA, du CTAS  motse pour obtenirune variété à agro-industriels. Cette plante combine donc
et du Gretau centre ICRISAT de Patancheru, longues barbes et cycle court. des intérêts de sécurité alimentaires et un
en Inde et en collaborations avec leur cen- fort potentiel pour la transformation, en
tre Sahélien. A l’issue de cette mission,  conséquence la création de valeur ajoutée.
11 variétés de mils ont pu être introduits  d’aider le CTAS et les autorités à concevoir Des premières expériences d’utilisation de
de l’Inde et 14 autres venant du centre et mettre en place des méthodes de sélec- farine de mil en substitution de farine de riz
Niger. Le CIRAD (Centre International de  tion par ticipative. Ces appuis devront  ou de blé dans les produits locaux de
Recherches pour le Développement) a  permettre, à la fois, d’améliorer les per  for - consommation courante ont déjà confirmé
apporté un appui technique en 2017 afin  m ances des variétés de mil suivant les cet intérêt.

3
Un centre de 80ha, au bord de la rivière Mandrare,doté de structures d’irrigations. 

22
A mé l i or at i on d e l a d i sp oni bi l i t é al i me nt ai r e

3. Une céréale ayant


rapidement séduit
les consommateurs
et les producteurs
Les épisodes climatiques de sécheresse en
2014-20154 ont révélé de manière specta-
culaire les différences de performance
entre les cultures de mil et de maïs, les pre-
mières ayant pu fournir des récoltes tandis
que les seconds n’ont pas pu parvenir au
bout de leur cycle de production. Ce constat
Photo 3: "Même nos enfants en bas âge peuvent manger du mil et nous n’achetons
a encouragé l’adoption du mil pour lesquels
plus de riz. Lors des funérailles, nous préparons du mil pour la communauté »
300ha ont été emblavés, par environ 500
ménages, en 2017.
4. Des caractéristiques variétales répondant aux
La diffusion du mil fut très largement favo - contraintes des paysans et une multitude d’usage
risée par une production de semences 
rendue possible par les activités de projets
possible des dérivés rendant possible l’adoption
d’appui à la filière semences financés par et la diffusion de la culture du mil
l’Union Européenne. Les trois variétés de L’attaque des oiseaux était le principal  des variétés à barbes, ce problème semble
mil enregistrées au registre et maintenues facteur limitant la culture du mil. Pour y résolu. La forte précocité des variétés est un
par le CTAS, sont actuellement protégées faire face, les paysans devaient recourir au deuxième facteur expliquant leur succès.
des risques d’extinction avec la mise  gardiennage de leurs parcelles, un travail
en place du système SQD dans la région  pénible et/ou coûteux. Depuis l’introduction La mise en place du système SQD avec les
Androy et Anosy. services techniques déconcentrés de l’État,
en partenariat avec la FAO, a permis la pro-
La production de semences de mil par les duction et le maintien des semences de
PMS (paysans multiplicateurs de semences) qualité. En plus de ces activités, l’appui aux
est passée de 10,5 tonnes en 2014 à plus producteurs de semences et aux boutiques
de 70 tonnes en 2017. Cette quantité  de ventes de semences furent les piliers de
de semences permet d’emblaver une cette stratégie de relance de la culture de
super ficie de plus de 20.000ha pour une mil.La production massive des semences
peut se faire localement avec les paysans
production de 5 000 tonnes de grains. Sur
multiplicateurs de semences, en s’assurant
la base dela consommation annuelle de
d’un marché pour l’échange de ce grainau-
maïs dans la région Androy, cette quantité Photo 4: Poulailler confectionné tant pour les producteurs de semence que
permettrait de nourrir environ 35.000 indivi- avec des tiges du mil les producteurs de grains alimentaires.
dus pendant une année entière.
Parmi les avantages du mil retenus par les agriculteurs, ont été relevés :
Les adultes apprécient les préparations 
à base de mil, tout comme les enfants, en (i)   Une meilleure résistance à la séche- « Besomotse » et Saretsako » sont les
raison de son goût et de la consistance de ressecomparée au maïs et au sorgho. plus connues. Les paysans peuvent
ses bouillies.Sa cuisson rapide exige, par L e  m i l  p e u t  p r o d u i r e à  p a r t i r  d e cultiver le mil trois fois par an si les
ailleurs, peu de bois de chauffe, une écono- 200mm de pluies, au lieu de 400mm pluies sont suffisantes et bien repar-
pour le sorgho et 500 à 600mm pour ties au cours de l’année ;
mie appréciée également en raison de la 
le maïs. Le rendement de mil varie (iv) La facilité de stockage de leurs chan-
rareté de combustible dans la zone.
de300 à 1.200kg à l’hectare suivan- delles ou grains. Une fois séchées, les
tles conditions de production ; chandelles peuvent être suspendues à
Dès 2015, afin de réduire le coût, le mil
était consommé lors des évènements funé- (ii) Un coût peu élevé de production.La des arbres ou des piquets et peuvent
raires, signe du succès decette culture  dose de semences au semis est faible, se conserver jusqu’à six mois ;
les traitements et le sarclage requis (v) Le mil augmentede volume à la cuisson
auprès de la population locale.
sont moins nombreux comparés aux comparé aux autres céréales. Pour un
autres céréales. Troisà quatre kilogram- repas, un ménage de six personnes
En lien à la transformation du mil, l’unité de
mesde semences de mil suffisent pour consomme quatre gobelets de riz ou
battage du CTAS permet uneproduction
emblaver un hectare, contre cinqà six cinq gobelets de maïs contre trois à
journalière d’au moins 1,5tonnes de grains, kilogrammespour le sorgho et jusqu’à
soit plus de 350 tonnes par an. quatre gobelets pour le mil ;
15kg pour le maïs. Le mil ne requiert
(vi) L’utilité des tiges de mil.La possibilité
généralement qu’un seul sarclage
d’utiliser les tiges de mil comme com-
jusqu’à la maturation ;
bustible.Les tiges lignifiées peuvent
(iii) La précocité du mil avec les variétés être utilisées pour la confectiondes
de trois mois. Les variétés locales  poulaillers et des clôtures.

23
Am é li o ra ti o n d e l a d i spo ni bi l it é al im e nt ai r e

5. Un cadre règlementaire favorisant et une réponse directe


aux besoins des paysans comme déterminants de la réussite de cette expérience
Le recours au « dispositif paysans à paysans »
est une des clés du succès de la diffusion
du mil. Leur implication dans les phases de
sélection et d’expérimentation a été déter-
minante. Leur appréciation porte à la fois
sur les données techniques de production,
mais aussi sur les propriétés culinaires 
ou l’utilisation des tiges (combustible et
constructions).

L’ouverture de la législation semencière
pour la production de semences a été aus-
sidécisive. Elle a permis la production locale
des semences de mil et leur accessibilité
aux petites exploitations agricoles.

Aux regards des expériences dans les 
autres pays présentant des contextes simi-
laires au grand Sud de Madagascar, le travail
sur la mécanisation – au cours de la trans-

Photo 5: Battage manuel du mil

certaines conditions, être le facteur de
maintien de la production et d’augmenta-
tion des surfaces cultivées par les petits
producteurs agricoles. 

En lien à l’alimentation humaine, la farine
de mil pourrait être une bonne alternative
au maïs, et plus particulièrement dans les
farines infantiles et dans les industries
agroalimentaires, lorsque les conditions de
production des autres céréales habituelles
ne sont pas aisées aux regards des condi-
tions climatiques qui prévalent. À ce stade,
la production de mil est efficiente comparée
à la production d’autres céréales. 
Photo 6: Décorticage et battage mécanique du mil
Dans le Sud malagasy, et probablement
formation – mérited’être renforcé, étant La poursuite vers la transformation et la dans des contextes similaires, le mil estes-
donné que le battage et le décor t icage  production de farineest indispensable pour sentiel pour la sécurité alimentaire tout en
m a n u e l s  d u  m i l  s o n t  d e s  t â c h e s  augmenter le revenu des producteurs. combinant un potentiel intéressant pour la
pénibles. L’augmentation de revenu pourrait, sous génération de revenus.

Mots Clés : Mil, céréale alimentaire, zone aride, relance agricole, système de semence de qualité déclarée, semences améliorées, Sud malagasy
Auteurs : - RANAIVOhARIMANANA Tolotra (CTAS)
- LhERITEAU Fabrice (Gret)
- RAMARAkOTO ketamalala (ANCOS)
- RAkOTOMAMONjy Siméon (FOFIFA)

24
A mé li o ra ti o n d e   la  d i spo ni bi l i té   al i me nt ai r e 

La variété Vietnamienne de patate douce :
disponibilité ininterrompue 
dans l'alimentation des ménages vulnérables

La patate douce est un complé-
ment dans l’alimentation des mé-
1. Environ cinq mois de déficit alimentaire à combler
nages ruraux dans la partie chez les ménages ruraux du district de Fort-Dauphin

L
Sud-Sud-Est de Madagascar, dans
es ménages du littoral Sud-Est sont soudure située entre les mois de janvier à
le district de Fort-Dauphin, au
généralement confrontés à une longue mars. La variété « La Réunion », de 3 mois
même titre que le manioc. Prati-
période de soudure variant de trois (3) contre 4 à 5 mois pour les variétés locales
quement, elle remplace 
à six (6) mois selon les communes. Les com- usuelles, est déjà cultivée par la population.
au moins une des rations journa-
lières de riz, aliment de base des munes du littoral en sont les plus touchées Elle permet d’étager les récoltes, pour avoir
Malagasy. La plantation de patate avec une moyenne de 5 mois dans l’année un complément alimentaire sur de plus
douce figure comme une stratégie répartie en 2 périodes dont une entre les longues périodes.
pour atténuer l’insuffisance voire mois de janvier-mars et une autre entre les
l’absence du riz dans l’alimenta- mois d’août-octobre. Ces périodes corres- La recherche-action sur la patate douce vise
tion des ménages ruraux, et rares pondent aux mois où les réserves alimen- à rendre disponible un complément alimen-
sont les paysans qui ne la culti- taires des ménages, principalement le riz taire, issu de l’agriculture familiale, au profit
vent. La patate douce est donc  issu de l’agriculture familiale, sont épuisées des ménages ruraux qui sont confrontés à
répandue, mais son rendement est et pendant lesquelles  ceux ayant une acti- une longue période de soudure annuelle,
faible, la variété locale ne produit vité génératrice de revenu doit acheter de la afin que la durée et les effets de ce manque
qu’une seule fois dans l’année.  nourriture. Pour ceux qui n’en ont pas, la de nourriture soit durablement atténués. 
La production ne couvre pas  chasse, de la cueillette et de la pêche sont
suffisamment les besoins de  les alternatives courantes. Les tubercules Après un diagnostic initial en Août 2014,
complément des ménages, ayant comme la patate douce et le manioc sont trois variétés à maturation rapide et non
donc peu d’effets sur l’atténuation usuellement utilisés comme complément photopériodiques ont été testées dans les
de la période de soudure.  alimentaire, en remplacement du riz, pour trois axes du Sud-Sud-Est du pays (Manante-
ces ménages ruraux. Leur cultivation est nina, Ranomafana, et Ranopiso). Il s’agit des
L’introduction et la diffusion de la courante, et il est donc essentiel pour ces variétés ayant été déjà introduites à Farafan-
variété de patate douce vietna- ménages de disposer de ces deux cultures gana (littoral Sud-Est), à savoir la Bora (chair
mienne ont confirmé les résultats vivrières dans leur exploitation.  orange), la Naveto, et la Vietnamienne. Le
prometteurs de cette variété dans choix de ces 3 variétés est motivé par le 
le district de Farafangana, sur le La culture de patate douce demeure clas- fait que la côte littorale Est de Fort-Dauphin
même littoral Est mais plus au sique tant sur la technique, culture en bute, présente des caractéristiques pédoclima-
Nord de Fort-Dauphin. Un gain  que sur les variétés, généralement locale et tiques similaires à celle de Farafangana.
de productivité significatif par  photosensible –Tsirenala, La Réunion – qui Malheureusement, les attaques de rava-
campagne et trois à cinq récoltes ne tubérisent qu’une seule fois dans  geurs notamment des insectes foliaires ont
par an ont fait de cette variété une l’année. Cette variété a un cycle long de plus eu raison des variétés Bora et Naveto. La
des solutions viables en termes de de 5 mois dont la récolte est étagée entre le vietnamienne a, en revanche, bien résisté à
disponibilité alimentaire pour les mois d’août et le mois de décembre. Ainsi, ces attaques, et la décision de sa production
ménages ruraux. La vietnamienne la population ne dispose pas de ce complé- et sa diffusion dans les petites exploitations
peut aussi être une source de  ment alimentaire au cours de la période de familiales ont commencé ainsi. 
revenu non négligeable surtout
pour les femmes chefs de mé-
nages, qui ne disposent pas de 2. Les caractéristiques de la patate douce vietnamienne
parcelles agricoles étendues ou par rapport aux variétés habituelles
exploitent les petites parcelles
mises à leur disposition de  La patate douce vietnamienne est une patate
manière temporaire.  douce ayant un cycle de trois mois et n’est
pas photosensible. Elle peut donc tubériser
La zone agroécologique permet- toute au long de l’année. 
tant un meilleur développement
de cette variété est connue aux La plantation se fait idéalement en butte 
termes de cette recherche-action, alignée écartée de 25 cm l’une de l’autre.
et l’intensification de sa diffusion Elle peut se faire également sans butte, sur
devrait s’ensuivre. Quelques une plate-bande bien préparée. Dans ce cas,
points d’atten tion, comme le le matériel végétal nécessaire est de 25 kg de
risque de croisement des variétés lianes pour un are.
et l’utilisation de fumier orga-
nique, sont à noter pour maintenir Toutefois comme toute patate douce, il faut
le niveau de résultat atteint ou plus un sol léger, bien drainé et sans excès
encore l’améliorer. d’azote. La vietnamienne peut aussi se déve- Photo 1: La patate douce vietnamienne

25
A m él i or at i on  d e  l a  d is pon ib i li t é  a li m en ta i re  

lopper en zone sableuse, à une altitude  Tableau 1: Comparaison de la vietnamienne à la variété locale
inférieure à 10m. Sa culture sur cette zone 
nécessite, toutefois, une fumure organique  Variété locale Variété vietnamienne
5t par hectare au minimum.  Port Rampantes Érigée
Cycle Plus de 5 mois Moins de 3 mois
Elle présente aussi un certain nombre d’avan-
tages comparé aux variétés habituelles comme
Exigence en sol Alluvionnaire et tanety riche (bas de pente)
le montre le tableau ci-dessous. Exigence en eau Faible à moyen Forte
Altitude 0 à 900m 0 à 1700 m
Outre les caractéristiques majeures liés à la Production en sol alluvionnaire 5 à 12t/ha 20 à 30t/ha
non photosensibilité et la durée de maturation,
Production en sol de bas de pente 3 à 7 t/ha 7 à 15t/ha
la vietnamienne peut être cultivée à une 
altitude beaucoup plus élevée et son potentiel Stress par rapport aux adventices Faible à moyen Forte
de production est compris entre 15t à 30t à Exigence en fertilisation organique Faible Faible à moyen (5t/ha)
l’hectare selon la fertilité du sol. A l’exception Toute l’année mais besoin d’eau au
du littoral Est, elle demande quand même de mois de septembre 
l’eau pour la période sèche, généralement de Période d’installation Mars-avril
à décembre, sauf pour le 
Septembre à Décembre.  Par ailleurs, il a été littoral Est
observé que la patate douce vietnamienne est
bien adaptée à une pluviométrie moyenne à Échelonné à partir du
Récolte Échelonné à partir du 70ème jour
élevée. 5ème mois

3. Démarche d’introduction et de diffusion de la patate douce vietnamienne
La variété vietnamienne a été introduite entre les mois d’Octobre Tableau 2: Nombre de paysans adoptant la vietnamienne
et Novembre 2015 Nombres 
Communes Remarques 
- Des parcelles d’essais ont été directement installées à partir de paysans
Novembre 2015 ; les lianes provenaient de Farafangana. Après Manantenina 180 La variété vietnamienne est en train 
des visites échanges, le choix des agriculteurs (de l’axe littoral de supplanter les autres variétés 
Ampasimena 11
surtout) s’est tourné sur la patate douce vietnamienne. à Manantenina Une forte demande 
Laboakoho 11 est déjà ressentie dans les autres 
- L’installation des pépinières de patate douce vietnamienne :
après l’essai, des lianes provenant de Farafangana ont été  Mahatalaky 75 communes du district de Fort-Dauphin.
installées sur 0.151 ha de 21 agriculteurs. Ces parcelles ont été
concentrées au niveau des champs écoles paysans (CEP). Des L’intérêt majeur de la plantation de cette variété est plutôt orienté sur l’augmen-
doutes ont été ressentis lors de l’installation des pépinières horstation de la production annuelle plutôt que le rendement. En effet, avec une 
saison habituelle (au mois de novembre) mais elles ont été  surface moyenne de 0.02 ha par ménage, la production moyenne enregistrée
estompées après observation du développement végétatif de la par une famille est0,3 t avec les variétés traditionnelles. En revanche, une famille
variété. peut récolter entre trois et cinq fois par an avec la vietnamienne, multipliant ainsi
proportionnellement le volume de production. Pour les familles disposant d’une
- La diffusion de la variété : Les pépinières se sont multipliées petite parcelle, la vietnamienne permet de la valoriser et la faire produire toute
spontanément sur l’axe littoral. En fait, la production de lianes au long de l’année. Au cours des enquêtes menées lors de la diffusion, un ren-
est devenue une activité génératrice de revenu car elle est  dement moyen de 15 tonnes par hectare a été enregistré. 
vendue. La sècheresse au mois de 2015 et 2016 était une 
opportunité pour la diffusion de la nouvelle variété car les  Les lianes ont été partagées spontanément entre les paysans au cours de la 
variétés locales n’ont pas été conservées (ne pouvant pas se  période de diffusion et il n’est pas aisé de les quantifier totalement. L’on estime
développer hors saison). La diffusion de cette variété a été  cependant qu’au moins 900 paysans auraient cultivé la vietnamienne sur
surtout spontanée et se faisait sous forme de tache d’huile qui se 0,02ha en moyenne. Avec trois récoltes annuelles par an, une production de 
transmettait de bouche à oreille, mais surtout grace à des visites 810 tonnes de patate douce vietnamienne seraient disponibles dans ces petites
échanges intra/intercommunales entamées durant le projet. exploitations familiales, soit environ 900Kg par famille. 

Photo 3: Plate-bande de la vietnamienne 
Photo 2: Tubercule de la vietnamienne à partir du 70ème jour sur le CEP d'Ampasamasay, Commune de Manantenina

26
A mé li o ra ti o n d e   la  d i spo ni bi l i té   al i me nt ai r e 
La disponibilité continue de la patate douce a Tableau 3: Comparaison entre le riz paddy et la patate douce, 
changé l’habitude alimentaire des agriculteurs. production d'1HA
Cette disponibilité continue d’aliment d’appoint
allège la période de soudure de moitié. Éléments de comparaison Riz paddy  Patate douce

Les lianes ont été partagées spontanément Production moyenne en t/ha  2.5 15


entre les paysans au cours de la période de  Coût de la production (HJ de travaux, Semences, 
diffusion et il n’est pas aisé de les quantifier  800 000 1 000 000
Intrants) en Ar/ha 
totalement. L’on estime cependant qu’au
moins 900 paysans auraient cultivé la vietna- Prix/Kg (Ar) 600 600
mienne sur 0,02ha en moyenne. Avec trois ré- Valeur de la production/ha (Ar) 1 500 000 9 000 000
coltes annuelles par an, une production de
810 tonnes de patate douce vietnamienne se- Bénéfice brute/ha (Ar) 700 000 8 000 000
raient disponibles dans ces petites exploita-
tions familiales, soit environ 900Kg par famille.  Les engouements crées par cette nouvelle Dans la plupart des cas, les paysans n’ont
variété ont été tels que des volsdes lianes, pas l’habitude d’apporter du fumier orga-
La disponibilité continue de la patate douce a sur pépinière ou sur parcelles de production, nique pour cette plantation, alors que le fer-
changé l’habitude alimentaire des agriculteurs. ont été rapportés par les paysans. Mais la tilisant permet de multiplier significativement
Cette disponibilité continue d’aliment d’appoint quantité volée sur pieds reste encore mi- le rendement. 
allège la période de soudure de moitié. nime. Toutefois, ces incidents peuvent être
considéréscomme un moyen de diffuser la Dans une logique de territorialité, il est aussi
En respectant l’itinéraire technique pour la variété, mais demeure un problème éthique intéressant de concentrer la diffusion de la
plantation de la patate douce vietnamienne,
à ne pas négliger au sein de la communauté. variété sur l’axe littoral Est à cause d’un
cette spéculation pourrait rapporter jusqu’à 
meilleur développement végétatif dû à 
11 fois plus, comparé au riz, le principal aliment
de base des Malagasys. Des éléments de com- Dans les pratiques habituelles, les croise- un microclimat favorable. D’emblée, les 
paraison sommaire, de ces deux spéculations, ments entre variété se font dans les petites communes de Manantenina, Analamary, 
ont été détaillés par l’équipe de WHH. exploitations agricoles soit par inadvertance, Soavary, Ampasimena, Iaboakoho et Mahata-
soit pour compléter le manque de matériel laky pourront être les zones de diffusion et de
La patate douce, non consommée par
végétal au cours de la phase de production, production de la patate douce vietnamienne. 
les ménages producteurs, est vendue
600Ar le kilogramme, les lianes sont éga- soit intentionnel pour avoir des caractéris-
lement vendues selon un prix négocié tiques appréciées de deux ou trois variétés Pour soutenir cette dynamique de diffusion,
entre le vendeur et l’acheteur. Elle cons - distinctes, ou la combinaison de tous ces il sera judicieux de multiplier les visites-
titue ainsi une diversification des sources cas. Les deux premières raisons sont cepen- échanges entre agriculteurs de ces zones
de revenu. Aux regards des pratiques dant récurrentes. Il s’avère donc nécessaire agroécologiques, et les animations de masse
d a n s  l a  z o n e  d e  d i f f u s i o n  d e  c et te  d’encadrer les producteurs de lianes pour afin de faire connaitre au maximum de 
variété, les femmes chefs de ménages, éviter ses croisements au risque de perdre paysans les impacts positifs de cette variété
ne disposant généralement pas de terres les qualités de production et d’adaptation de de patate douce sur la disponibilité alimen-
agricoles étendues, ont profité de cette la variété vietnamienne. taire et le revenu des ménages ruraux.
expérience. Les membres de leur famille
ne donnent pas généralement de par-
celles agricoles importantes à celles-ci et
le laissent cultiver uniquement pour les
spéculations annuelles. Cultiver la patate
douce vietna mienne leur a donc permis
de générer un revenu non négligeable
avec la vente de liane et le surplus de
production qui n’est pas autoconsommé.  

Tout au long de la phase de diffusion, la
non sensibilité à des facteurs externes,
généralement d’origine naturelle, a été
largement observée pour cette variété.
En effet, aucune information sur l’effet
néfaste de la faible pluviométrie, du fort
ensoleillement, ou d’attaque d’insectes
ou autres agents nuisibles à la culture,
n’ont été rapporté par les équipes de
suivi ou les paysans contrairement aux
variétés habituelles. Photo 4: Séance de dégustation de la patate douce avec les paysans de Mahatalaky,
Commune de Mahatalaky

Mots Clés :  Patate douce, variété vietnamienne, agriculture familiale, itineraire technique améliorée, zone littoral, disponibilité
Auteurs :  - DANIEL Meijering, Chef de projet (WHH), 
- RAMIANDRISOA Anthony Sismondy,  Chef de projet  Adjoint (WHH) 
- RARIVO Ravoatra, Expert  en aménagement Bassin Versant et lutte anti-érosive (ONG EFA/WHH)

27
Augmentation 
de la production

L’augmentation de la production contribue également à l’amélioration de la disponibilité
alimentaire, mais relève davantage de l’accès à l’alimentation, à travers le développement
et la structuration des services aux agriculteurs et éleveurs, la construction ou la 
réhabilitation d’infrastructures rurales, et notamment les aménagements agricoles,
et l’amélioration de l’alimentation du bétail. Sept expériences et bonnes pratiques sont 
documentés et mises en exergue dans ce second chapitre.
A ug me nt at i on  d e  l a  pr od uc ti on

« La mise en place de blocs agroécologiques 
dans les zones semi-arides de Madagascar » :
expérience multi-acteurs pour le changement d’échelle 
dans la diffusion de techniques agroécologiques.

Les zones semi-arides du 1. La necessité des pratiques agroécologiques
Grand Sud Malagasy sont 
exposées à des risques de 
dégradation importants des
sols notamment en raison de
multiples facteurs d’érosion
comme des sols fragiles, des
vents violents, des pluies rares
mais parfois intenses. Ces 
facteurs sont de nature à 
compromettre sévèrement la
production agricole s’ils ne
sont pas fortement atténués.
Photo 1: Les tamariniers inclinés par le vent témoignent de la puissance 
Par ailleurs, la faible disponibi- et de la fréquence 
lité, voire l’absence, d’intrants La déforestation de la zone semi-aride du de surface des sols en pente, entraînant 
et de moyens d’irrigation font Grand Sud a connu un fort accroissement occasionnellement des glissements de ter-
depuis une vingtaine d’années1. Le district rain et des coupures de routes.
que les solutions agroécolo- d’Ambovombe ne compte plus aujourd’hui
giques sont les seules pratiques que de rares petites forêts abritant des tom- Ces facteurs, à eux seuls, permettent d’expli -
à pouvoir assurer une disponi- beaux et bénéficiant, à ce titre, de tabous. quer l’appauvrissement croissant des
Quelques arbres isolés tels que les tamari- sols,et en conséquence laissés en jachère.
bilité alimentaire par l’agri - niers ont également survécu. L’ensemble du Pour limiter ces dégradations et inverser la
culture. terroir a, cependant, été défriché et seules tendance, des solutions simples d’aggra -
quelques lignes de cactus tenant lieu de  dation des terres existent : i) la fixation des
délimitation entre parcelles protègent encore sols par des plantes pérennes, et ii) la mise
Après avoir expérimenté un partiellement les sols de l’érosion pluviale. en place de brise-vent.
certain nombre de solutions
Des vents secs soufflant avec force toute La préservation de la partie superficielle
techniques avec les paysans, le l’année mais sur tout durant la saison des sols, la plus riche en éléments fertiles
Gret (Professionnel du dévelop- FAOSA2, d’août à octobre, emportent la par- pour les cultures, n’est cependant pas suffi-
pement solidaire), le CTAS tie superficielle des sols sableux, creusent sante pour assurer une production agricole
les parcelles et provoquent la formation de satisfaisante. Les cultures sont soumises à
Centre Technique Agroécolo- dunes. Les pluies sont rares mais parfois  plusieurs facteurs limitant l’expression de
gique du Sud), et le GSDM intenses, et charrient également les horizons leur potentiel : 
(Professionnel de l’agro- i) le dessèchement des sols par les vents son de leur coût prohibitif ou de l’impossi-
écologie) ont mis en place plu- secs et le soleil,  bilité d’y recourir. L’absence de commerce
sieurs dispositifs de diffusion. ii) la perte des éléments fertiles par lessi- organisé et la rareté de sources d’eau
vage ou par l’épuisement à la suite de pour les cultures irriguées sur la majeure
Celui ayant donné les résultats partie du territoire du Sud constituent des
la répétition des cycles de culture, et 
les plus spectaculaires repose facteurs limitants pour l’accès aux res-
iii) les attaques d’insectes et d’oiseaux. sources normatives par les petits produc-
sur la constitution de blocsde L’usage d’intrants utilisés dans les mo- teurs. Une des alternatives est l’usage de
parcelles contiguës et aména- dèles d’agriculture normative, comme pratiques agroécologiques con sistant à
gés sur plusieurs hectares :  les semences hydrides, les engrais et recourir à des écosystèmes pour régé -
pesticides, et l’irrigation, est hors de nérer la fertilité des sols et protéger les
les blocs agroécologiques. portée des populations locales en rai- cultures.

1
 En Androy, de 1990 à 2005, le taux annuel de déforestation avoisinait 0,66 %. Les forêts d’épineux constituaient 95 % du couvert forestier de l’Androy en 2005 (381.803 ha)
mais leurs superficies ne couvrent cependant que 21% de la région.
2
FAOSA signifie “saison des vents”

30
A ug me nt at i on  d e  l a  pr od uc ti on

2. Les techniques testéees/diffusées
Plusieurs ensembles de techniques 
ont été testés par une soixantaine
de paysans partenaires, répartis
entre les districts d’Ambovombe,
de Tsihombe et d’Amboasary 
Atsimo de 2005 à 2017 dans diffé-
rents contextes agroécologiques.
Seul un faible nombre d’entre elles
ont été approuvées par les paysans.
Certaines innovations ont été
adaptéesgrâce à des techniques 
proposées par les paysans 
eux-mêmes. Les trois principales, 
jugées reproductibles en milieu
paysan Malagasy, seront 
présentées ci-après : Photo 2: Une parcelle-type d'aménagement agroécologique

1. La technique d’agroforesterie
2. Les plantes couvrantes 
La technique d’agroforesterie – ayant incon- Le principal itinéraire technique pratiqué
testablement remporté la plus forte adhé- Certaines légumineuses alimentaires 
par les paysans consiste à planter des
présentent l’avantage de produire à la
sion – est l’utilisation du pois d’Angole bandes de pois d’Angole, souvent sur deux
fois des graines destinées à la consom-
(Cajanuscajan var indica), un arbuste parti- (2) lignes en quinconce à espacés de 
mation humaine et une importante 
culièrement résistant au manque d’eau,  cinquante centimètres (50 cm). Ces bandes
biomasse protégeant les sols contre
vivant trois à quatre années et fournissant sont séparées de dix mètres (10m) la 
l’érosion et l’ensoleil lement, tout en 
un ensemble de services utiles :  première année puis de vingt mètres (20m) restituant de la matière organique 
la secondeannée, ce qui équivaut à la  améliorant la fertilité des sols. Parmi
i.    Production de nourriture :  Deux suppression d’une bande sur deux. En  ces légumineuses, certaines variétés 
récoltes de grains sont possibles troisième année, les bandes sont rem - locales de niébé (Vignaunguiculata)
chaque année, en ver t sous placés progressivement par semis. sont très couvrantes. Les pois de Lima
forme de grain frais ou en sec, de (Konoke, Phaseoluslunatus) sélec -
juin à novembre D’autres pratiques, telles que la plantation tionnés avec l’appui du GSDM et du 
ii.  Production de bois de chauffe : d’arbres en bordure de parcelle contre le FOFIFA (Centre National de Recherche
Le pois d’Angole peut être recepé sens des vents dominants, ont séduit les pour le Développement Rural) sont,
tous les ans paysans bien qu’ils aient été réticents au pour leur part, davantage appréciés
iii. Protection des cultures contre le début à cause de certaines croyances. Des pour leur cycle de vie de trois  (3) ans.
vent : Le pois d’Angole est géné- jeunes plants d’arbres utiles – cultivés en L’utilisation de ces plantes extrê -
ralement planté en haies sépa- pépinières – sontdistribués aux paysans  mement résistantes à la sécheresse 
rées de 10 à 20 mètres. Dans qui les plantent tous les deux mètres, les  garantit une production alimentaire et
ces couloirs, les autres cultures, arrosent si nécessaire avec l’appui des une protection des sols sans qu’il soit 
principalement vivrières, peuvent techniciens pour l’acheminement d’eau, et nécessaire de ressemer à la deuxième
être pratiquées en bénéficiant les laissent ensuite pousser en veillant à les et troisième année. 
d’une protection contre les vents protéger contre les animaux en divagation.
secs. L’avantage de ces cultures, réduisant
Les essences les plus efficaces et appré-
les risques d’échec et les besoins en 
iv. Restauration de la fertilité des ciées sont : le varo (pour son bois), l’acacia
semences, est évident pour de nombreux
sols : Les paysans ont observé (pour le bois et l’apiculture), l’anacardier
paysans.
qu’une parcelle dégradée pouvait (pour ses fruits).
être reprise en culture après 2 ou
3 années de culture de pois d’An-
gole en plein champ.
v. Fourrage : Les feuilles peuvent
être consommées par les rumi-
nantsaprès les récoltes.

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Au g me nt at i on  d e  l a  pr od uct i on

3. Les bandes fourrageres antierosives

Les sols sableux sont facilement emportés par ruissellement
suivant les pentes des parcelles. Un des moyens pour remé-
dier à cette fragilité et de favoriser l’infiltration des eaux plu-
viales, est d’utiliser des bandes fourragères plantées
perpendiculairement aux pentes. Le brachiaria (brizantha et
marandu), une céréale pluriannuelle particulièrement résis-
tante à la sécheresse, a été testée avec succès. Des effets de
terrassement sont nets au bout trois ou quatre saisons, tout
en garantissant une source pérenne de fourrage appétée par
les animaux. 

Deux méthodes existent pour la mise en place de ces aména-
gements : le semis par graines ou le bouturage.

3. Les premiers dispositifs de diffusion
Les premiers dispositifs de diffusion des
techniques testées avec succès se sont
construits à partir d’une logique « paysans
à paysans ». Les raisons justifiant ce choix
sont documentées pour d’autres contextes
et  s ’ a p p l i qu e n t  p a r t i c u l i è r e m e n t  e n 
Androy-Anosy : meilleure crédibilité des
agents de diffusion, capacité de diffusion
plus large qu’avec des techniciens car 
ils sont présent de façon permanente au-
près des bénéficiaires, for tes compé-
t e n c e s  p r a t i q u e s ,  p é r e n n i t é  d e  l a
présence et renforcement de capacité
mieux assurés, bonne capacité d’écoute
et de réflexion permettant de contribuer
for tement à la conception même des 
innovations.

Le dispositif des paysans relais, mis en
place par le Gret et transféré au CTAS, 
repose sur la sélection de paysans ayant
testé avec succès un cer tain nombre 
de techniques, à savoir la formation aux
techniques d’animation, l’équipement 
en suppor ts didactiques en malgache 
(des posters plastifiés) et en vélos, et l’or- Photo 3: Paysans-relais au cours d'une animation villageoise
ganisation devisites échanges accompa- Entre 2011 et 2017, plus de 80 paysans  tions par an au profit d’une centaine de pay-
gnées de distributions de petites quantités relais ont été formés et appuyés par une sans. De bons résultats ont été observés
de semences, en nature ou sous forme de équipe d’une demi-douzaine de techni - pour la diffusion des techniques exposée,
bons d’achats pour faciliter la mise en pra- c  iens. Chacun de ces paysans relais a en en particulier l’utilisation du pois d’Angole,
tique. moyenne animé une vingtaine de forma - pratiqué par environ quinze mille ménages.

32
A ug me nt at i on  d e  l a  pr od uc ti on

Le concept de blocs agroécologiques
Un bloc agroécologique est un aménage-
ment physique et biologique collectif d’un
s eul  ten a n t,  c on s ti tués  de p a rc el l es
contiguës de familles paysannes volon-
taires, issues d’un à plusieurs fokontanys.
D’une superficie initiale minimum de dix
(10) hectares, le bloc présente une forte 
diversité biologique étagée à vocation nutri-
tionnelle, productive et environnementale.
Les plantes rampantes jusqu’aux grands ar-
bres sont associées dans le bloc pour créer
un effet « oasis » protecteur contre les 
érosions éoliennes et pluviales.

Le concept émane du constat qu’un certain
nombre de pratiques ont un impact plus fort
lorsqu’elles sont mises en œuvre à large
échelle, notamment les techniques de 
protection des sols contre l’érosion. La  Photo 4: Vue aérienne de bande de pois d'Angole au niveau d'un bloc
maîtrise du ruissellement est plus efficace
lorsqu’elle est appliquée à l’échelle d’un Partant de zones déjà bien sensibilisées par nées à collaborer pour planifier l’aménage-
bassin versant que sur une simple parcelle. les actions des paysans relais, l’idée fut ment d’un ensemble de 10 ha de parcelles
Pour obtenir un effet écosystème, il faut donc de travailler à l’échelle de fokontany contiguës. La première année, 14 blocs 
pouvoir intervenir à l’échelle de plusieurs ou groupe de fokontanys. A l’aide d’images furent animés, puis leur nombre fut porté 
exploitations.  satellites, les communautés ont été ame- à 27 l’année suivante.

4. Un concept convaincant et approprié pour les paysans
En trois ans, les superficies plantées en ment 10% en 2015. Tous ces chiffres mon- une montée en puissance de la culture du
pois d’Angole ont presque triplé tandis que trent que la dynamique de plantation du mil à barbe qui couvrait 255 hectares en
le nombre de ménages concernés a qua- pois d’Angole dans la zone littorale de l’An- avril 2017 soit un an seulement après sa ré-
druplé. En août 2017, la zone d’emprise droy est réelle et que la densification spon- introduction dans l’Androy par le Gret et le
des blocs était de 4975 ha. Les cultures de tanée au sein de la zone d’emprise des CTAS. Actuellement la superficie moyenne
pois d’Angole couvraient 26% de cette zone blocs entre avril 2015 et août 2017 est pro- aménagée par bloc est d’environ 50ha.
d’emprise contre 17% en 2016 et seule- metteuse. De plus, elle s’accompagne par
Le niveau d’adoption des techniques est
assez variable d’un bloc à l’autre en raison
d’une multitude de facteurs dont 

i) des conditions différentes de climats, 
ii) des quantités de semences plus ou
moins importantes mises à disposi-
tion des bénéficiaires, 
iii) des systèmes d’exploitation agricole
plus ou moins liés à l’élevage et la
pêche. Globalement, les résultats
sont plutôt satisfaisants, d’autant
qu’environ 30% de ménages ont pra-
tiqué certaines techniques par simple
effet tâche d’huile, sans avoir reçu
d’appui ni des techniciens, ni des 
paysans relais. Cette dynamique
spontanée est la marque d’une réelle
appropriation des innovations dont on
peut espérer qu’elles parviennent à
Photo 5: Cartographie des blocs agroécologiques mis en place  diffuser naturellement au cours des
dans le cadre du projet ASARA années à venir.

33
Au g me nt at i on  d e  l a  pr od uct i on

5. De nombreux facteurs associés 
et complémentaires pour la réussite 
de la diffusion 6. Une expérience à consolider, ouvrant
Durant deux des trois années d’expérimentation, la zone  sur une perspective de mise à l’échelle
d’intervention a été victime du phénomène El Niño se manifestant
par l’irrégularité de pluie combinée à une hausse sévère de la Le bon fonctionnement du modèle incite à poursuivre la dynamique
température. La production agricole en était sévèrement affectée. d’extension en travaillant sur les zones périphériques des blocs agroé-
Paradoxalement, ces évènements ont permis de révéler avec cologiques formés. Néanmoins, une densification des pratiques à 
d’autant plus de contraste la différence d’efficacité entre les itiné- l’intérieur des zones d’emprise doit également être soutenue. Il en est
raires techniques traditionnels et les pratiques innovantes diffu- ainsi de l’utilisation des bandes fourragère encore trop peu généra -
sées. La résistance au manque d’eau et les effets protecteurs des lisée en comparaison des bénéfices apportés. Elle nécessite un appui
brises vents de bois d’Angole sont apparus avec acuité et évi- renforcé notamment en semences et boutures, en sensibilisation, et
dence par les paysans. L’appui des paysans-relais a été décisif en formation. En outre, certaines techniques, telles que l’utilisation de
pour la sensibilisation des populations aux techniques diffusées.  nouvelles variétés précoces de dolique ou de légumineuses nouvelle-
ment introduites comme les pois chiches, récemment validées par les
Diverses compétences essentielles sont également apparues paysans relais pourront étoffer le paquet technologique diffusé. 
comme des clés de réussite. La connaissance de la culture et des
us et coutumes par les agents du Gret et CTAS, ainsi que le  L’expérience mérite parallèlement d’être répliquée sur d’autres districts,
recours à un cadre assez âgé et respecté dans toutes les phases comme à Tsihombe ou Amboasary Atsimo où le système devrait produire
préparatoires, notamment au cours des réunions publiques, a été des résultats comparables car les écosystèmes sont relativement 
essentielle. Il s’est avéré stratégique de connaître les limites  similaires.
géographiques des lignages ainsi que leurs relations pour 
prévenir des conflits sociaux ou jalousies de tous ordres.  Du point de vue des thématiques, il est important d’utiliser la dyna-
mique des communautés engagées dans les activités des blocs pour
Une bonne planification a été également nécessaire pour que les les accompagner dans des activités liées à la diversification nutrition-
semences et les plants puissent être livrés à temps au moment nelle et la santé, au conseil à l’exploitation agricole familiale pour la
des semis. Le sérieux de l’équipe et la bonne coordination avec la gestion de leurs moyens et ressources à disposition. La mise en place
gestion des stocks de semences a donc été un facteur de réus- et la consolidation des blocs apporteraient un effet de synergie 
site. L’équipe en charge des activités sur les blocs comprenait un permettrait de lutter plus efficacement contre l’insécurité alimentaire. 
assistant technique expatrié confirmé, un cadre Antandroy socio-
anthropologue expérimenté, un jeune ingénieur des hautes terres Une dernière direction intéressante à mentionner porte sur la consti-
et quelques techniciens de la région sollicités ponctuellement, tution de filières pour assurer des débouchés aux espèces nouvelle-
ainsi que l’ensemble de l’équipe du CTAS pour la gestion des  ment cultivées et mettre en place des unités de transformation au
semences. Cette diversité culturelle, se traduisant aussi par une niveau des chefs lieu des districts. Les cultures de pois d’Angole et de
diversité de compétences managériales et techniques, a rendu pois de Lima peuvent, par exemple, être commercialisées sous forme
les activités efficaces et a contribué à éviter nombre de dysfonc- de pois cassés emballés. Les cultures de mil, qui s’insèrent très bien
tionnement qui auraient pu compromettre la réussite des acti - dans la dynamique des blocs agroécologiques, pourraient être 
vités, tels qu’un mauvais dimensionnement de l’activité, des utilisées pour la production de farine à usage industriel ou pour les
maladresses de communication avec les communautés ou un  plats traditionnels (mokary,boko-boko…), la production de son pour
retard dans la livraison des semences ou des plants. l’élevage, ou entrer dans la confection de multiples produits (savons,
alcools…). La production centralisée au niveau de blocs devrait 
Enfin, le facteur temps a aussi été particulièrement important : le favoriser l’émergence de dispositifs organisés et gérés à terme par les
temps pour identifier et former des paysans relais, le temps pour paysans pour ces filières d’avenir.
former des équipes bien intégrées et techniquement compé-
tentes, le temps pour intégrer le dispositif dans un système 
efficace de fourniture de semences.

Mots Clés :  Agroécologie, zone semi-aride, approche "paysan à paysan", bloc agroécologique, pois d'Angole
Auteurs :  - LhERITEAU Fabrice (Gret),
- RANAIVOhARIMANANA Tolotra (CTAS), 
- RATRIMO Adrien (CTAS), 
- MAhARETSE Jérémie (Gret)

34
Au gm e nt at i on d e l a p r od uct i on

Les bas-fonds drainés : 
une opportunité d’augmentation 
et de mise en valeur des terres agricoles inexploitées

Les parcelles agricoles sont assez 1. Multiples facteurs contraignant le développement 
rares sur la partie extrême du 
Sud-Est Malagasy, caractérisée par
des petites exploitations agricoles familiales
une région montagneuse prolongée Une démographie galopante face à un ac- bandes de sables très pauvres et ne donnant
de petites vallées étriquées et du croissement lent des terres agricoles.  qu’une production médiocre en culture 
front sableux de l’Océan Indien. La zone littorale Sud-Est, allant de Farafan- vivrière. En réponse, les paysans ayant accès
Ces petites vallées, dénommées gana à Taolagnaro, abrite les agriculteurs les à de la main d’œuvre et un moyen financier
aussi des bas-fonds, sont rarement plus pauvres de Madagascar avec un taux tentent d’aménager les espaces « marginaux »
ou peu exploitées pour l’agriculture d’insécurité alimentaire élevée. Ce taux y est disposant de l’eau en adoptant leur propre
du fait d’une absence de maitrise très accentué car les zones propices aux  technique. Toutefois, tous les agriculteurs ne
d’eau : trop sèche ou trop inondée cultures vivrières ne suffisent pas à la popu- disposent pas de tels moyens d’où l’exploita-
pour les saisons agricoles habi- lation, habituée à consommer du manioc et tion des zones forestières souvent fertiles
tuelles. Avec des aménagements du riz comme aliment de base. En effet, un mais avec une pratique nuisible à l’écosys-
hydroagricoles adéquats, les  ménage agricole de 8 personnes possède tème et au maintien de la biodiversité. Est
bas-fonds sont cependant une  environ 0,1 ha de rizière, sans aucune possi- mentionnée ici, à titre d’exemple, la tech-
opportunité d’accès à la terre  bilité d’extension. Pourtant,des espaces  nique « sur brûlis », le riz étant la principale
agricole pour les paysans environ- potentiellement cultivables existent mais  spéculation, objet de cette pratique agricole.
nants et offrent aussi une alterna- ils ne sont pas exploités faute de moyens  Avec un rendement moyen de 800 kg/ha,
tive à l’exploitation forestière et de technicité adéquats, par manque de  une famille ne peut disposer de nourriture
incontrôlée. L’aménagement des volonté de la par t des paysans et des  que 27  jours par an, le reste étant comblé
bas-fonds a été testé dans cette services publics, voire du secteur privé, et à par le manioc et la patate douce. L’aména -
zone entre 2015 et 2017 dans le cadre cause des problèmes fonciers, etc. gement d’un bas-fonds à vocation rizicole
du projet ASARA par Welthunger- peut être une bonne alternative à l’exploi -
hilfe (WHH), sur les notes d’expé- Un faible volume de production rizicole. Sur la tation forestière et la pratique de « sur brulis »
rience de la société Semis Direct zone côtière Sud Est, l’espace cultivable est si ces bas-fonds se localisent à proximité des
de Madagascar (SDMAD) dans les rare : il y a des dizaines de kilomètre de forêts protégées.
régions de Vatovavy Fitovinany et
Atsimo Atsinanana, situées sur le
même littoral et plus au Nord de la
Région Anosy. La reproductibilité
2. Une opportunité de la nature à saisir : 
de cette expérience est confirmée les bas-fonds à drainer et à aménager 
par les quatre sites aménagés et les La bande côtière, située entre l’Océan Indien sur le flanc Est du pays et le début des montagnes,
résultats démontrant un début comprend des milliers d’hectare de petits bas-fonds dont la superficie varie de quelques 
d’amélioration de la productivité et dizaines à plusieurs centaines d’hectare. La plupart ne sont pas cultivés à cause d’une forte 
du mode d’exploitation des  toxicité ferreuse. Les petits bassins versants qui les entourent ne donnent pas de ressources en
bas-fonds par les paysans.  eau suffisantes pour permettre leur irrigation.

Photo 1: État initial d'un bas-fonds à Andranomanga, Commune Rurale d’Iaboakoho, 
District de Fort-Dauphin, Région Anosy

1
À raison de 3kg de paddy par jour pour une famille de 8 personnes

35
A u gm en t at io n de  la  p ro d uct i on

Toutefois, ces bas-fonds sont également une Encadré 1: Définition et élément de fonctionnement d'un bas-fonds
zone de cueillette, surtout des matières pre-
mières pour l’artisanat, de pâturage en pé- Les bas-fonds sont les fonds plats ou concave des vallons ou petites vallées. Ils constituent
riode sèche et quelques fois de pêche. Leurs souvent des axes de convergences des eaux de surface et des nappes phréatiques. Les
potentialités ne sont donc pas seulement cul- sols sont engorgés ou submergés pendant une période plus ou moins longue de l’année.
Les bas-fonds sont ainsi caractérisés par un lit mineur peu marquant voire inexistant. Ils se
turales au niveau du système de production
distinguent des marais au sens strict qui, faute d’exutoire sont engorgés en permanence.
des paysans du Sud-Est.
Les bas-fonds se différencient généralement par la présence d’une concentration de 
Deux conditions préalables doivent être prio- matière organique souvent tourbeux. Cependant, il n’y pas de sol spécifique de bas-fonds
ritairement réunies et vérifiées pour aména- car suivant leur évolution, toute la gamme de texture de sol peut s’y rencontrer. 
ger un bas-fonds. La principale est l’existence
d’un exutoire et d’une pente permettant de L’alimentation en eau des bas-fonds est multiple : pluie, ruissellement, nappes phréatiques,
faire évacuer l’excédent d’eau. La disponibi- remontées capillaires ou éventuellement des sources. Les écoulements peuvent être 
lité d’une main d’œuvre conséquente est la superficiels ou en profondeur. Son fonctionnement dépend de plusieurs paramètres dont
seconde condition car le travail se fait ma- le climat, la taille et la forme des bassins versants, la végétation, et reste très complexe. 
nuellement. À titre de référence, il faudrait en La hauteur et le calendrier des inondations, la vitesse des crues et surtout l’existence d’un
exutoire (après drainage) déterminent la faisabilité d’un aménagement de drainage et 
moyenne 300 homme-jours de travail pour
de mise en culture.
drainer un bas-fonds d’un hectare. 

D’autres conditions comme le retour rapide 3. Une reproduction et adaptation de l’expérience
sur investissement doit être considéré.Si la
valeur actuelle d’une journée de travail par
d’aménagement des bas-fonds des régions 
HIMO est de 5.000 Ar, l’équivalent de 1.3€, le de Vatovavy Fitovinany et d’Atsimo Atsinanana 
coût moyen par ha est de 1.500.000 Ar ou L’expérience des bas-fonds drainés provien- En plus, de a volonté d’étendre les superfi-
390€ou l’équivalent de 1.5t de paddy vendu nent de la région de Vatovavy Fitovinany et cies agricoles exploitées était ressentie de la
localement. Cette quantité peut être récu - celle d’Atsimo Atsinanana où la société Semis part des bénéficiaires. Plusieurs réunions 
pérer dès la première année de mise en valeur Direct de Madagascar (SDMAD) dans le relatives aux règles de gestion des périmètres
si les coûts de la préparation et de la défriche cadre du projet BVPI/SEHP en partenariat et de partage non approprié de terrain ont été
ne sont pas considérés. Théoriquement, un avec le Programme Alimentaire Mondial alors entreprises pour prévenir les éventuels
projet de drainage ayant un retour sur inves- (PAM) a réussi à drainer 1.250 ha de marais conflits fonciers et sociaux.
tissement de plus de 3 ans n’est pas un projet entre 2007 et 2008. Les résultats, surtout la
viable, dans le cas du Sud-Est, où les proprié- hausse de production de riz, obtenus de ces Pour le cas de Mahatalaky, 3 fokontany sont
taires sont des petits producteurs agricoles.  périmètres étaient palpables dès la première concernés par l’aménagement : Mahatalaky,
mise en valeur en grande saison rizicole. Les TsiharoaAmbondro et Tsiharoa Ampasy. Pour 
Ensuite, viennent la clarification du statut des travaux ont permis à la fois de faire nourrir la Iaboakoho, un seul fokontany (Iaboakoho)a 
terres composant le périmètre à drainer et les population pendant 3 à 4 mois de travaux et bénéficié de l’aménagement.Pour les deux cas,
questions d’organisations des futurs exploi- de béné ficier d’une récolte dès la première il a fallu 19.185 Homme – Jours de travail. Une
tantsavant et après les travaux d’aména - année. journée de travail équivaut à 5 h de travail. La
gement.Pendant l’étude de faisabilité contribution des futurs usagers est une journée
technique, social et économique, il est impor- L’ONG WHH, à son tour, a recensé 22 marais de travail non payé, une fois par semaine.
tant de s’interroger sur le statut des terres – de type bas-fonds sur la bande côtière 
le bas-fonds en l’occurrence – et l’organisa- Sud-Est de la Région Anosy. Ces bas-fonds Après les travaux, les paysans exploitants les
tion des usagers du périmètre à drainer.  représentent 133 ha de surface à drainer. deux bas-fonds, et membres de facto de l’AUE,
En effet, le bas-fonds étant très difficile à  Deux des bas-fonds ont été étudiés et rete- ont été formés sur les techniques culturales
travailler depuis plusieurs dizaines d’années, nus pour être aménagés. La principale de bas-fonds drainés. Ces pratiques sont 
il est probable qu’il appartienne au domaine contrainte était surtout d’ordre budgétaire, notamment i) la préparation du sol par déca-
de l’État ou ont été partiellement en usufruits car les fonds disponibles ne permettaient  page et brûlis superficiel, ii) le semis direct à
par les paysans environnants. Les éventuels de drainer qu’une super ficie totale de  sec en poquet,iii) le sarclage et contrôle des
litiges fonciers doivent donc être détectés 120 ha.Les périmètres ayant fait l’objet de  adventices, variété Primavera, S70, ou Tsipala
avant l’aménagement. En outre, comme tout demandes auprès de CSA ou des COBA ont (paille longue). Les membres du bureau de
aménagement, les périmètres drains néces- été priorisés, dans l’optique que l’infrastruc- l’AUE ont été également formés sur la mise en
sitent des entretiens et une protection. Ces ture réhabilitée soit gérée par une associa- place de batardeau permettant de remonter
activités sont confiées aux usagers, par la  tion motivée et capable de s’organiser et de le niveau de l’eau dans le drain pour permettre
réglementation en vigueur, qui s’organisent  gérer correctement l’infrastructure. Les  une irrigation par épandage latéral.
habituellement autour d’une AUE2. En l’absence travaux ont été réalisés par Haute Intensité
d’une motivation et de signe de cohésion  de Main d’œuvre (HIMO) en Argent Contre Enfin, un manuel de gestion, d’entretien et de pro -
sociale, l’aménagement ne peut être viable. Travail (ACT).  tection du périmètre a été octroyé à l’AUE concerné.

2
Association d’Usagers de drains ou de l’eau

36
A ug me nt at i on  d e  l a pr od uc ti o n

Tableau 1: Principales caractéristiques des bas-fonds retenus pour être aménagés

Surface mise
Longueur 
Nom  Mode mise en valeur Coût  Coût  Surface mise
Année  Surface du drain
Périmètre Commune en œuvre avant  du drainage du drainage en valeur
de drainage drainé (ha) principal
drainé des travaux drainage (Ar) (Ar/ha) 2017 (ha)
(km)
(ha)

Bekotraky Mahatalaky 2015 ACT 20 120 6.136 54.540.000 454.500 80

Iaboakoho Iaboakoho 2015 ACT 0,5 13 1.377 7.975.000 613.462 13

Photo 3: Bas-fonds d'Andranomanga en cours de drainage Photo 3: Drain du bas-fonds réalisé

4. Un changement radical du paysage exploité et une meilleure gestion 
de la conduite de culture pour une meilleure productivité
Une transformation du milieu. En modifiant
les flux hydriques dans lesbas-fonds avec 
une alternance des conditions d’inondation
en saison de culture (anaérobie) et d’assec 
en contre saison, les caractéristiques 
physico-chimiques du sol (tourbeux) sont
observées par l’état de la végétation 3
cultivée notamment le riz.

Sur l’aspect environnemental, le riz étant
prioritaire, le paysage herbacé à base 
de cypéracées a été transformé en zones
productives. L’écosystème faunistique et
floristique est, certes,modifié mais trouve
rapidement un équilibre au bout d’une 
saison de culture. En effet, les conduites 
de culture, par le travail du sol, l’apport de
fumure organique via l’amélioration de la
structure du sol conditionnent cette trans-
formation du milieu.

Photo 4: Drain du bas-fonds de Bekotraky à Mahatalaky en cours de réalisation

3
Verdure de l’exploitation, thalage bien développé

37
A u gm en t at io n de  la  p ro d uct i on

Photo 5: Drain du bas-fonds de Bekotraky à Mahatalaky, réalisé et long de 6km

Des gains de productivité en riziculture. Le Table 2: Comparaison des caractéristiques des bas-fonds avant et après
gain en riz supplémentaire est de 50% à drainage
100% pour les zones où la culture de riz
n’a pas été possible avant l’aménagement. Avant drainage Après drainage
Le rendement moyen rizicole dans le 
bas-fonds de Mahatalaky était de 1t/ha - Profonde à raison de 1m de profon- - Sèche à humide, 
avant l’aménagement, contre 2,5 t  après deur, 10cm de profondeur, 
aménagement (sondage de rendement  - partie des rizières, la plus fertile, - La partie supérieure des rizières
par les équipes du projet).Le gain n’est pas Rizière flotte et se déplace hors des  est stable même en cas d’inon -
uniquementen termes de rendement mais parcelles   dation
aussi en nombre de saison rizicole. Avant - Les parcelles restent inondées  - L’eau de pluie se retire au bout de
l’aménagement, un périmètre de 20 ha, 2 à 4 semaines après la pluie 2 heures.
situé sur la partie haute du bas-fonds a été
Mode de  Piétinage, labour et repiquage 
exploité pour le cas de Mahatalaky, et  Impossible à piétiner et à labourer
production aisément réalisés 
uniquement pendant la « petite » saison 
rizicole. L’aménagement a rendu une super- Superficie  20 ha pourMahatalaky 120 ha pourMahatalaky
ficie de 60ha additionnelle, au milieu du
cultivable  0,5 ha pourIaboakoho 13 ha pourIaboakoho
bas-fonds, exploitable en petite saison. Le
nombre de riziculteurs ont également  En cas d’inondation, 25 à 50% de par-
augmenté comme l’est particulièrement le
celles peuvent produire, le reste flotte Environ 1/15 des graines produites
cas de la Commune d’Iaboakoho, enregis- Production
et se déplace.  Sur cette production, sont vides
trant plus de 35 nouveaux ménages béné-
1/3 des graines sont vides.
ficiaires. Logiquement, la période de soudure
alimentaire de ces ménages exploitants  Période  La production assure l’alimentation de La production assure l’alimentation
les bas-fonds drainés ont été réduite à  de soudure base durant 2 mois de base pendant 5 à 6 mois
3 mois.

5. Les effets induits positifs et négatifs non anticipés
Des recours au feu ont été nécessaires au démarrage à cause des Les zébus disposent de pâturage en contre saison.Étant secs,les
difficultés de mise en valeur. En effet, les types de végétation typiques zébus peuvent, en effet, parcourir sans difficulté le bas-fond drainés
du bas-fonds d’Iaboakoho (majoritairement des « Fandrana » fortement durant la petite saison rizicole. 
lignifiés et avec un enracinement très important) sont difficiles à 
enlever. Il y a également le fait que le rendement enregistré est  Le maraichage est une activité alternative de mise en valeur des
encore reproché faible (1t/ha), à cause du sol encore peu évolué bas-fonds drainés. Les petsaï, tomate, carotte, concombre sont 
alors que les coûts des travaux d’installation des cultures élevées.  des spéculations observées dans le bas-fonds de Bekotraky. La pro-
duction est essentiellement vendue et est estimée à 500.000 Ar 
L’aval des bas-fonds peut être sur drainé. Observé sur la partie avale par saison par ménage. Chaque ménage fait 1 à 2 saisons de 
de Bekotrakydevenue trop sèche, elle exige une irrigation pour  maraichage par an dans le bas-fond drainé, soit 500.000 à 1.000.000Ar
permettre une riziculture. de revenu additionnel. 

Mots Clés : Infrastructures hydroagricoles, bas-fonds, drainage, valorisation, riziculture irriguée, HIMO, culture maraichère, rendement, argent contre travail
Auteurs :  - DANIEL Meijering, Chef de projet (WHH), 
- RAMIANDRISOA Anthony Sismondy,  Chef de projet  Adjoint (WHH) 
- RARIVO Ravoatra, Expert  en aménagement Bassin Versant et lutte anti-érosive (ONG EFA/WHH)

38
Au gm e nt at i on d e l a p r od uct i on

L’OCT: 
Une approche efficiente combinant 
l'amélioration des infrastructures agricoles collectives 
et l’accès individuel au petit matériel de production

L’Outil Contre Travail (OCT) est un e démarche et des équipements agricoles sont four nis contre les


d’exécution des travaux à haute intensité de main travaux HIMO d’aménagement hydroagricole, ce
d’œuvre (HIMO). Les travaux HIMO puisent leur qui permet aux exploitants agricoles i) de bénéficier
essence dans le déploiement d’une main d’œuvre collectivement d’une meilleure maitrise d’eau des
issue des populations vulnérables, de faible qualification – parcelles rizicoles et ii) d’améliorer la productivité de
pour une durée déterminée et relativement courte – leurs propres parcelles au cours de l’exploitation.
contre une rémunération pouvant répondre à leurs
besoins immédiats. De l’argent liquide, des produits Au cours de cette expérience, l’ONG AIM a conclu
de première nécessité ou de l’alimentation sont les un partenariat avec l’Association Manambina. Cette
rémunérations usuelles. Les travaux concernent la organisation locale dispose d’une solide expérience
plupart du temps des infrastructures de production dans la mobilisation et l’organisati on commu -
ou de service, dont l’usage est collectif. Les mains nautaire et connaît très bien le con texte socio-
d’œuvre, recrutées temporairement, peuvent faire culturel de Bekily. Elle a joué un rôle important dans
partie des usagers directs ou indirects de ces infra- l’infor mation et la sensibilisation des pay sans
structures collectives. L’ONG Acti on Interco - concernant l’approche HIMO/OCT, contribuant 
opération Madagascar (AIM) a testé une autre forme à la réussite de cette expérience et sa possibilité de
de rémunération durant le projet ASARA : des matériels reproduction dans un contexte similaire.

1. Des investissements conséquents en aménagement hydroagricole tardant


à être valorisés par les petits producteurs agricoles
Dans le district de Bekily, Région Androy, des jours de travail. L’exécution de ces travaux
zones de production agricole pour lesquelles est parfois confiée aux exploitants agricoles i) la facilitation de l’accès des produc-
des aménagements hydrauliques permet- eux-mêmes par le système de l’approche teurs aux intrants et petits matériels
tant d’avoir une bonne maitrise d’eau, ont Haute Intensité de Main d’œuvre ou HIMO. agricoles, et 
été identifiés.De tels aménagements consis- ii) un travail d’accompagnement des
tent généralement à réhabiliter ou construire Une fois les travaux d’aménagements hydro- paysans par des pratiques agricoles
des ouvrages hydroagricoles comme le  agricoles finis, le potentiel des parcelles  améliorées. 
barrage, le dessableur, le répartiteur, les  irriguées et/ou drainées n’est pas exploité
canaux d’irrigation et/ou de drainage, etc. rapidement par les propriétaires pour 
Ces travaux, une fois exécutés conformé- Cette mise en valeur pourrait, à termes,
plusieurs raisons dont les principales sont :
ment au cahier des charges, permettent de avoir un impact positif sur la productivité et
contrôler ou d’alimenter les superficies irri- le volume de production des paysans, et en
i) l’insuffisance de la main d’œuvre, 
gables pour leurs besoins en eau, ou au conséquence sur le niveau de disponibilité
ii) l’absence ou la vétusté de matériels alimentaire des ménages ruraux touchés
contraire de drainer l’excédent d’eau pour
et équipements, et  par ces travaux. 
pouvoir travailler les parcelles. La réhabili -
tation ou la construction des ouvrages sont iii) la mauvaise qualité des intrants 
souvent confiées à des entreprises de génie agricoles.  Pour atteindre le potentiel exploitable des
civil, à la suite d’une étude de faisabilité surfaces irriguées, de la volonté et de la 
technique et financière détaillée. En revanche, Ainsi, une nouvelle alternative de rémuné - patience de la part des paysans sont cepen-
les travaux de réhabilitation ou création des ration de la main d’œuvre a été testée avec dant nécessaires, car les résultats optimaux
canaux d’irrigation peuvent se faire avec de l’Outil Contre Travail ou OCT. L’objectif étant ne seront obtenus qu’au fur et à mesure de
la main d’œuvre peu qualifiée, et ces travaux d’accélérer la mise en valeur des périmètres l’exploitation effective des parcelles, soit au
sont souvent estimés en nombre d’homme- agricoles nouvellement aménagés par :  bout de deux à trois cycles d’exploitation.   

39
A u gm en t at io n de la p ro d uct i on

2. L’expérience : différer les réponses aux besoins immédiats de nourriture


et de liquidité et investir sur des facteurs de production
Des points ou bons d’outils comme rémuné- boutiques d’intrants et les Paysans Multi - Deux préconditions essentielles ont été 
ration à la fin des travaux. L’approche OCT plicateurs de Semences (PMS). Les bons réunies pour pouvoir enclencher cette 
consiste à payer les mains d’œuvre HIMO d’outils sont, en effet, échangés auprès des démarche. En premier lieu, les travaux HIMO
sous la forme de points ou bons d’outils, boutiques d’intrants, lesquelles ont aussi sont des pratiques connues par la population
selon le nombre d’homme-jours travaillés, à des contacts directs avec les PMS. cible, mais sont habituellementrémunérés
la fin des travaux de creusement ou de redi- en argent liquide ou en vivres. Les bénéfi-
mensionnement des canaux d’irrigation ou Les boutiques d’intrants proches des zones ciaires connaissent les procéduresde recru-
de drainage.  touchées par les travaux ont été impliquées tement et l’organisation de la main d’œuvre
dans cette démarche : elles sont les points mais le mode de rémunération change l’état
La rémunération est l’équivalent de 3.500 Ar de « distribution » des outils et des intrants d’esprit des producteurs, et ils doivent y être
par jour travaillé. Un homme-jour travaillé agricoles, en contrepartie des bons d’outils préparés. L’adaptation a donc été nécessaire
équivaut à 5 heures de travail. Le montant obtenus à la fin des travaux HIMO. Les outils par les producteurs, mais également par AIM.
du bon est la somme des jours travaillés, qui et intrants agricoles dans ces boutiques
sera ensuite valorisée par l’équivalent de la sont réputés de meilleure qualité que ceux En second lieu, l’implication des personnes
valeur de l’outil et/ou de l’intrant souhaité achetés habituellement par les paysans sur influentes et les décideurs de la Commune
(engrais, semence, produit phytosanitaire, le marché local. concernée (Autorités locales et tradition-
etc.), selon le prix de vente sur le marché nelles, représentants des diverses entités 
local. Le bon  ne peut être échangé contre Outre l’intention de familiariser les paysans locales, etc.) conditionne également cette
de l’argent liquide afin que l’accès à des  aux boutiques d’intrants et les services et nouvelle démarche. Leur adhésion facilite la
outils et des intrants de qualité soient garantis. produits qu’ils proposent, déjà mentionnée diffusion des informations, mais au-delà leur
Il est attendu que les outils obtenus par les plus haut, le but poursuivi est de sensibiliser autorité est un élément-clé dans l’acceptation
bénéficiaires de l’OCT servent directement et les paysansà utiliser une partie de leur revenu que les besoins immédiats ne seront pas 
individuellement à l’exploitation des par- dans l’investissement en équipements  satisfaits de suite et qu’il s’agit de différer de
celles agricoles nouvellement irriguées et/ou productifs.   3 à 4 mois le résultat souvent obtenu par les
drainées après les travaux d’aménagement.   pratiques d’HIMO précédentes. L’autorité 
En plus des outils et intrants acquis par les locale est également déterminante dans la
Familiariser les paysans avec les services petits exploitants agricoles, des parcelles gestion éventuelle des conflits sociaux géné-
d’extension agricole de proximité. En outre, d’apprentissage ont été mises en place afin rés par ce travail collectif et les aménage-
l’approche OCT est promue pour que les  de diffuserdes techniques agricoles améliorées ments à faire. En cas de prise de décision ou
petits producteurs agricoles se familiarisent permettant une amélioration du rendement. de positionnement contraire à la démarche
avec les services de proximité destinés à  Des activités de sensibilisation complètent de la part de ces décideurs locaux, cette 
développer l’agriculture familiale comme les l’approche.    expérimentation n’aurait pas pu avoir lieu.     

3. La démarche expérimentale
L’idée d’aménagement hydroagricole débute par une demande  Durant deux semaines, trois réunions sont organisées : 
signée par des petits producteurs agricoles auprès d’AIM, qui com-
mande une étude de faisabilité technique et financière détaillée des • 1ère réunion : 
travaux nécessaires en vue d’une maitrise d’eau d’un périmètre 
agricole. Les travaux à exécuter en HIMO (débroussaillage, reboi - Information du projet d’aménagement auprès des décideurs locaux
sement des berges, creusement des canaux…) sont identifiés au et représentants des opérateurs intervenant dans la Commune ; 
cours de cette étude.  information sur la démarche choisie pour l’exécuter.

Une unité dénommée « cellule de projet », constituée des décideurs
L’ensemble des travaux d’aménagement pourrait être une réhabili-
locaux et chefs traditionnels, est mise en place à ce stade. Elle est
tation ou une nouvelle construction des divers ouvrages hydrau- vouée à disparaitre une fois les travaux réalisés. Ses principales
liques. Dans certains cas, une association des usagers de l’eau tâches sont :
(AUE) existe mais aucune n’est formalisée selon la règlementation
-  Le recensement des paysans 
en vigueur. Pour d’autres, l’assemblée des demandeurs constituera
souhaitant participer à l’HIMO et à l’identification 
la future AUE.   et la détermination des besoins en outils de chaque main
d’œuvre, en collaboration avec l’Association Manambina,
Phase de préparation 
- La conduite du recrutement des 
travailleurs, avec le bureau de l’AUE,
Une fois ces informations connues et les travaux techniquement et
financièrement faisables, la préparation consiste en une campagne - L’organisation du chantier HIMO, 
en collaboration avec le bureau de l’AUE,
d’information, de communication et d’instruction aux acteurs locaux
concernés. - Le suivi permanent des travaux HIMO avec l’Agent 
Surveillant de chantier.

40
Au gm e nt at i on d e l a p r od uct i on

• 2ème réunion :  • 3ème réunion : Plus élargie et dont l’objet est la sensibili-


Information auprès des membres de l’AUE sur :  sation sur les intérêts de l’OCT, et les organisations néces-
saires. La liste des participants aux travaux HIMO est ensuite
i) la tenue et le contenu de la première réunion avec les décideurs 
établie par l’AUE en concertation avec les chefs traditionnels
locaux, 
et le chef de fokontany, suivant les critères et condition -
ii) la présentation du projet de réhabilitation,  nalités fixés auparavant.
ii) Les méthodes, intérêts, conditions pour la recherche de partici -
Les critères suivants, en équilibrant autant que possible le
pation des bénéficiaires à chaque type des travaux, iv) les risques
nombre d’hommes et de femmes, sont appliqués dans le 
encourus et latents notamment la prédation des terres.
processus de recrutement :
-   Si une AUE existe :une procédure de redynamisation, de
mise à jour de la liste des membres, de renforcement de -  Être un résidant dans les fokontany bénéficiaires
la capacité organisationnelle et l’appui à la formalisation directs des travaux ;
sont engagés. 
-  Être âgé de 18 ans et plus ;
-   Si une AUE n’existe pas encore : le processus de mise en
- Un(e) représentant(e) par ménage bénéficiaire, 
place démarre par une assemblée générale des deman-
afin de permettre aux autres mains d’œuvre de 
deurs, propriétaires/utilisateurs des terrains concernés
l’exploitation de se consacrer à d’autres travaux
par l’aménagement. 
aux champs.
Cette première réunion consiste en une constitution du noyau dur dont
Le nombre d’homme-jour sera ensuite divisé par le nombre
la première mission est d’établir une liste des adhérents à l’organisation.
de personne de plus de 18 ans voulant participer aux 
Une assemblée constitutive est ensuite tenue avec les membres, le 
travaux HIMO pour définir le nombre de jour de travail par
statut et le règlement intérieur y sont débattus et adoptés. L’élection du personne.
bureau et des organes opérationnels notamment la police de l’eau est
effectuée à ce stade, assistéepar les autorités communales et du  L’identification des besoins en outils et/ou intrants souhai-
fokontany, un technicien animateur d’AIM et de l’Association Manambina tés par chaque travailleur se fait avant le démarrage des 
jouant le rôle d’animateurs des échanges et de secrétaire.  travaux, limitant ainsi l’inadéquation entre le besoin et la 
solution offerte. L’échantillond’outils et leurs prix de vente
Lorsque le dossier administratif de l’AUE est déposé auprès du District ont été fixés et exposés en permanence dans la boutique
pour l’obtention d’un récépissé, le renforcement de la capacité organisa- d’intrants. Les bénéficiaires ont été invités et incités à s’y
tionnelle peut démarrer. renseigner avant de fixer le besoin exact. 

Phase d’exécution des travaux HIMO L’organisation des travaux est présentée dans le tableau ci-dessous :

Une convention est établie et signée entre Organisation 
l’AUE et l’opérateur AIM pour marquer le Activités Personnel – clé
début des travaux HIMO.
d’appartenance
La commande des outils, selon les besoins • Responsable Technique, • AIM
Encadrement technique des
prioritaires des bénéficiaires, a été effectuée • Ingénieur de contrôle  • Bureau d’étude chargé 
travaux
par la boutique d’intrants.  et le technicien surveillant du contrôle des travaux
En général, un chantier HIMO dure une quin-
Organisation et encadrement
zaine de jour, mais en fonction des critères • Chef d’équipe • AUE
de l’équipe de réalisation
cités plus haut et de l’organisation locale
pour une meilleure équité entre les béné - Organisation  • AUE
ficiaires, chaque participant peut réaliser • Membres 
et gestion des travaux HIMO • Cellule de projet
jusqu’à 10 jours de travail effectif.
• Technicien Animateur • AIM
Vérification des réalisations
• Membres  • Cellule de projet
Établissement 
• Responsable Technique • AIM
des bons d’outils

Distribution des bons d’outils • Responsable Technique • Association Manambina

Approvisionnement et distri -
• Détenteur/Gérant • Boutique d’Intrants
bution des outils agricoles

Suivi, accompagnement et 
• Technicien Animateur • AIM
encadrement dans l’utilisation
• Membres de bureau • AUE
des matériels agricoles
Photo 1: Travaux HIMO à Manaravolo
41
A u gm en t at io n de la p ro d uct i on

A la fin du chantier, le projet vérifie la qualité des travaux et établit ainsi
les bons d’outils de chaque travailleur, à partir des fiches de présence.
La distribution des bons d’outils est réalisée par l’Association Manam-
bina, environ 2 semaines après la vérification. Entre temps, la 
Boutique d’intrants s’approvisionne en outils et intrants souhaités par les
participants et suivant la liste établie avant le démarrage du chantier.

Concernant les dates d’échange des bons, le gérant de la boutique
d’intrants en fait une annonce officielle par voie d’affichage. Il est à
noter que les outils et intrants constituentune commande spéciale au
niveau d’une BI, et l’échange des bons d’outils se fait en fonction de
l’arrivée des articles. Les échanges des bons d’outils durent environ
une semaine.

Une fois que les travailleurs ont obtenus leurs outils/intrants respec-
tifs, le boutiquier dresse une liste des récipiendaires et les articles
échangés. Ensuite, il l’envoie au projet pour vérification et paiement.
Dépendant du nombre et de la valeur marchande des articles, le 
boutiquierpeut demander le paiement par tranche (souvent en deux Photo 2: Modèle de bons d'outils échangés
tranches), ou en totalité.  dans une boutique d'intrants

Phase de valorisation des parcelles individuelles
La mise en place de parcelles d’apprentis- Au cours de la préparation du site d’appren- nouvelles techniques agricoles pour qu’un
sage des techniques de Système de Rizicul- tissage, des matériels et intrants spécifiques maximum d’apprenants y participe. Le 
ture Améliorée (SRA) est recommandée par comme des sarcleuses, cordes de repiquage nombre de parcelles d’apprentissage 
la Direction Régionale de l’Agriculture et de et de semences de qualité de riz sont mis à dépend du nombre d’apprenants, à raison
l’Élevage de l’Androy auprès des usagers de disposition des apprenants, en complément de 25 personnes au maximum par parcelle. 
nouveaux périmètres irrigués, et est discutée de leurs matériels individuels comme 
dès la phase d’étude préalable. Ces parcelles l’angady et/ou la charrue pour le labour. Au Sachant que la majorité des paysans dans
d’apprentissage sont mises en place après cours du cycle d’apprentissage, ils s’orga - le District de Bekily expriment toujours une
la réception provisoire des travaux, période à nisent pour la gestion des matériels et des réticence aux nouvelles techniques avant
laquelle la fonctionnalité du barrage est  intrants.  d’avoir constaté les résultats positifs obte-
testée et l’identification des parcelles conve- nus par leurs pairs. De ce fait, le projet s’est
nables à un apprentissage est facilitée. La formation se fait en cascade, les PL sont basé sur un effet de levier produit par les
formés par le technicien agricole en pré- paysans apprentis pour entraîner les autres
Le choix des parcelles se base  sence des animateurs d’AIM sur le site. Ces à adopter le SRA.
sur les critères suivants : derniers assistent ensuite les PL à former
leurs pairs. Ce cycle d’apprentissage dure L’Association Manambina a mobilisé 2 
•  Être accessible, visible et irrigable une année soit durant deux campagnes  experts en socio-organisation et en mobili -
même en période d’étiage ; agricoles.  sation communautaire. Le coût de la mobili-
•  Appartenir à un membre dynamique sation des experts se situent entre 200.000
de l’AUE qui accepte de devenir un L’adhésion au site d’apprentissage est  à 300.000Ar par étape et pour laquelle la
Paysan Leader (PL). libre mais les paysans sont sensibilisés de durée effective de travail est de deux à trois
l’avantage de se former et d’apprendre de jours.  

4. Des parcelles nouvellement irriguées plus rapidement exploitées


C o m m e  l e  m o n t r e  l e s  c a r te s  Cette expérience a permis :
ci-dessous, l’expérience OCT a été
réalisée au niveau de quatre péri- - L’aménagement de 205 ha de rizière (dont une extension de 100 ha de nouvelles parcelles), ce qui
mètres rizicoles situés dans le  représente une production moyenne de plus de 100 Tonnes de riz supplémentaires pour la 
District de Bekily :  campagne agricole de 2017-2018 ;

-  Manaravolo, Commune de - La création ou réhabilitation de 11,823 km de canaux d’irrigation ;
Vohimanga pour 120 ha - L’équipement de 515 petits exploitants agricoles en outils agricoles et de semences améliorées. Parmi
-  Mahazoarivo, Commune ces exploitants agricoles, 219 sont des femmes dont environ 30% sont des cheffes de ménages ;
Beraketa pour 45 ha - Concernant les outils et intrants distribués, 1.192 petits matériels agricoles dont 110 charrues et 
-  A na r a b e  I I,  C om m un e 965 angady, 3.611 kg de semences dont 3.025 kg de riz et le reste pour les cultures de contre 
d’Ankaranabo pour 20 ha saison sur rizière. Réalisé et distribué entre décembre 2015 et avril 2017, l’OCT équivaut à une subven-
-  Ankonatsy, Commune de tion de 38.800.000Ar, injectée directement dans l’économie locale en tant qu’équipements productifs
et intrants agricoles de bonne qualité pouvant améliorer la productivité  des parcelles exploitées.
Maroviro pour 20 ha

42
A u gm en t at io n de la p ro d uct i on

Photo 3: Cartographie des périmètres irrigués Photo 4: Rizière exploitée après les travaux à Manaravolo
avec l'expérience HIMO/OCT
La réception provisoire de ces 4 périmètres a L a  p ro d u c t i o n  r i z i c o l e  a  é v i d e m m e n t  teindre 156.000 Ariary/are/campagne pour
été réalisée entre décembre 2016 et avril augmenté après les aménagements hydro- un ménage 1 . Cependant, le revenu généré 
2017. Les parcelles nouvellement aménagées agricoles. Comme le cas d’Anarabe II, aucune dépend des spéculations cultivées et de la 
sont d’abord cultivées par du maniocafin de exploitation n’a été faite avant la campagne superficie de la culture. Notons que les légumes
rendre le sol plus meuble et également de 2015-2016, période de réception des travaux, comme la carotte, le chou ou la pomme de terre
l’aplanir. La culture de riz débute au cours de alors que ce périmètre est actuellement  valent plus que les brèdes ou feuilles vertes.
la campagne suivante. La grande saison est exploité à 100%. 
généralement consacrée à la riziculture, la  L’OCT a par ailleurs contribué à limiter la circu-
culture de manioc et de maïs, et la saison  En termes de revenu, la pratique de la culture lation d’argent liquide et ainsi atténuer les
intermédiaire pour les cultures maraichères maraichère en contre saison, sur rizière, peut risques d’insécurité qui prévalent déjà dans la
(carotte, pomme de terre, choux, salade…).  générer un revenu supplémentaire pouvant at- zone d’expérimentation.

5. Leçons apprises
L’importance du capital confiance que les Le rôle prépondérant des membres des  2017-2018 avec sérénité, grâce aux semences
bénéficiaires accordent à l’association  bureaux des AUE dans le contrôle de l’utilisation et outils agricoles obtenus de l’HIMO/OCT.
locale. L’existence d’une association locale, des outils. La sècheresse récurrente entrainant
connaissant le contexte socio-culturel local, une situation de famine est à l’origine de déca- Une meilleure visibilité des boutiques 
est importante dans l’expérimentation de pitalisation des ménages pendant les périodes d’intrants.Le choix de distribuerles outils, 
cette nouvelle démarche. Sa connaissance de soudure : vente de bétails, de matériels  intrants et semences à traversles boutiques
du contexte a permis d’économiser un agricoles, de semences, voire des ustensiles de d’intrants a permis aux gérants de ces bou-
temps précieux dans l’établissement d’un cuisine. Le risque que les ménages bénéfi- tiques de sensibiliser les travailleurs à appli-
contact et d’une relation de confiance avec ciaires de l’approche HIMO/OCT vont vendre les quer les nouvelles techniques agricoles
les paysans et les décideurs locaux. Même matériels agricoles n’est donc pas négligeable.  apprises et diffusées au cours de cette expé-
si les pratiques HIMO rémunérées exis- rience. Le nombre d’adoptants des innovations
taient dans la zone d’intervention, le but Dans la présente expérience, les membres techniques agricoles est actuellement de 7255
visé par ces pratiques, généralement des bureaux des AUE, en plus de leurs producteurs (selon les données du rapport 2017).
admis par les travailleurs, est de répondre tâches habituelles, se sont également res-
à  u n  b e s o i n  i m m é d i a t  d e  l i q u i d i t é  e t  ponsabilisés dans le contrôle de l’utilisation Un fonctionnement effectif des AUE. La capa-
d’alimentation. L’OCT décale, en revanche, effective des outils. Cette prise de responsa- cité de valorisation optimale des infrastruc-
la réponse à ce besoin par un investisse- bilité a porté ses fruits, ce qui a permis à  tures a augmenté considérablement l’intérêt
ment permettant aux paysans de se pren- l’expérience d’atteindre l’objectif escompté. des producteurs vis à vis de leur AUE. A cela
dre en charge sur une plus longue durée, s’ajoute le contact continu entre membres de
générant des réticences au commence- La disponibilité de semences et d’intrants malgré bureau (dans leur rôle de contrôle et autres)
ment. Certes, les deux approches peuvent les effets néfastes de la sècheresse en début de et simples membres. Les AUE de ces périmè-
créer des infrastructures productives, mais campagne agricole. Malgré la perte de semence tres ont, de manière spontanée, adopté des
l’OCT tente en plus de maximiser la mise à la suite d’une sécheresse relativement prolongée organisations pratiques comme la collecte de
en valeur des périmètres aménagés au  en début de l’année 2017, les paysans bénéfi- cotisation, la gestion de l’eau, et les menus
profit des exploitants.  ciaires ont pu entamer la grande campagne entretiens des infrastructures. 

1
Selon les données collectées par l’équipe ASARA, le revenu généré par les CUMA en contre saison sur une parcelle de 100 m² est de 156.000Ar. Les spéculations-types 
sont des carottes, du chou, du gros oignon, et du petsay pour 20m2 de platebande chacune.
Mots Clés :  Infrastructures hydroagricoles, petits matériels agricoles, intrants, semences, HIMO, bons d'outils, riziculture irriguée, culture maraichère, outil contre travail,
boutiques d'intrants
Auteurs :  - RAHARISOAVELOHANTA Linà, Directrice Exécutive
- ANDRIAMAHARAVO Solofo, Coordonnateur Régional.
- RAZAFINDRAHAGA Franck, Chargé de Programmes.

43
A u gm en t at io n de  la  p ro d uct i on

L'adaptation des normes semencières 
à un contexte régional  : 
cas du système de semences de qualité 
déclarée (SDQ) développé en Androy et Anosy

Le Grand Sud Malagasy est réputé pour 1. Les limites du cadre légal en vigueur

L
ses conditions particulièrement diffi-
a région Androy et une partie de la  n La première fut la difficulté à faire
ciles pour la production agricole  produire les semences localement.
région Anosy, régulièrement confron-
et a fortiori des semences, soumises  tées à des épisodes de sécheresse, Le fonctionnement du secteur 
à des exigences juridiques particulières. doivent faire face de manière chronique  semencier conventionnel nécessite
Le climat sec, les sols pauvres, la faible à un problème de pénurie de semences un dispositif pérenne d’approvi-
disponibilité des parcelles et les  agricoles. Les paysans, habitués à resse- sionnement. Cependant, cette 
mer les grains issus de la récolte précé- a c t i v i t é  n ’ e s t  p a s  c o n s i d é r é e
difficultés de transports sont autant
d e n te  s o n t ,  e n  e f fet ,  d é p o u r v u s  d e comme rentable par les opérateurs
d’éléments qui s’ajoutant aux privés, et apparaît inapplicable
semences de qualité lorsque les récoltes
contraintes des normes qui ont  n’ont pas été suffisantes pour leurs be- pour des groupes de producteurs
lourdement pesé sur la production de soins alimentaires, ou dans les situations locaux, en raison de normes de
semences. Leur manque de disponibilité où il a fallu ressemer au-delà de leurs  production trop contraignantes-
a affecté l’agriculture dans son ensemble.  capacités en cas de début de saison  telles que i) le nombre de contrôles
défavorable. Sans réserve suffisante, ils au cours de la production, ii) les
De 2011 à 2017, le Gret (Professionnel doivent se tourner vers les seules graines d i s t a n c e s  d ’ i s o l e m e n t  d e s 
du développement solidaire), le CTAS à  l e u r  d i s p o s i t i o n  :  a u  n i v e a u  d e s  parcelles de production, iii) les 
(Centre Technique Agroécologique  marchés locaux. Ses graines sont souvent exigences sur les semences mères,
de mauvaise qualité et ne correspondant et iv) les précédents culturaux.
du Sud), le FOFIFA (Centre National 
p a s  n é c e s s a i r e m e n t  a u x  v a r i é t é s 
de Recherche pour le Développement
adaptées au contexte local lorsqu’elles n La seconde contrainte fut l’in-
Rural), l’ANCOS (Agence Nationale  proviennent d’autres régions.  adaptation des variétés diffusées
de Contrôle Officiel des Semences  par rappor t aux conditions de 
et Plants) et la FAO (Organisation pour Pour faire face à ces situations, les  productions locales. Leur besoin en
l’Agriculture et l’Alimentation) ont  actions d’urgence et de développement intrants (pesticides, irrigation, 
ont travaillé sur la mise à disposition de  engrais) étant impossible à satis-
collaboré à la mise en place d’un 
semences améliorées, de variétés suppo- faire par les producteurs locaux, les
système de production locale de semences
s é e s  p e r fo r m a n te s  et  a d a p t é e s  a u potentialités de ces variétés ne
de variétés adaptées au contexte  contexte,soit à travers des distributions  p o u v a i e n t  g é n é r a l e m e n t  p a s 
régional, préservant des exigences  ou par l’appui à des producteurs de  s’exprimer. Les variétés locales,
de qualité minimum. Ce système repose semences, et la mise en place d’un sys- pour leur part, n’étant pas inscrites
sur l’adaptation de normes officielles tème de production. Ces expériences  sur le catalogue national, ne pouvaient
ont cependant rapidement montré leurs pas faire l’objet de production de
aux contraintes du milieu, 
limitespour deux raisons principales : semences.
objet de la présente fiche.

44
Au gm e nt at i on d e l a pr od uct i on

Pour pallier cette seconde contrainte, deux tion.Le défi à relever fut donc de deux
pistes de solutions ont été identifiées:  sor tes : i) concevoir et légaliser de 
nouvelles normes permettant d’enre-
v L a  va l o r i s a t i o n  d e s  va r i é t é s  d i te s  g i s t r e r  d e s  va r i é t é s  r a p i d e m e n t  – 
« l o c a l e s » ,  l e s  p l u s  p e r fo r m a n te s ,  locales ou introduites –, ii) permettre 
adaptées aux contextes et largement  aux paysans locaux de produire les 
utilisées par les paysans. Cependant, semences avec des normes de produc-
ces ressour-ces locales ne pouvaient pas tion et de contrôle répondant à leurs
être commercialisées sans un travail contraintes. 
préalable d’amélioration et de caracté-
risation, en vue d’une reconnaissance  Pour cela, le Gret et la FAO ont, d’abord, 
légale. initié une démarche basée sur le système 
Semences de Qualité Déclarée » de la FAO
v L’introduction des variétés en provenance à partir de 2011, formalisant un cadre
d’autres pays aux conditions pédoclima- conceptuel pour l’application de normes 
tique similaires, mais nécessitant aussi
locales, et basé sur la concertation.
un travail d’adaptation et d’homologa-

2. En quoi consiste la mise en place de nouvelles
v Les taux de germination minimum requis
(60 à 80 % selon les espèces), ainsi
normes semencières adaptées au contexte ? que les taux d’humidité maximum des 
semences (12 à 14 % selon les epèces).
Les lois semencières nationales sont  et présentent souvent une importanteva-
établies suivant le modèle OCDE (zone du v Les distances d’isolement requises
riabilité dont découle une forte capacité
COMESA et de la SADC). Comme leur nom entre les champs des producteurs de 
de résilience. Cette variabilité est un
l ’ i n d i q u e ,  e l l e s  s o n t  d ’ a p p l i c a t i o n  semences et celles de champs voisins
atout, mais s’oppose aussi malheureu-
générale sur l’ensemble du pays, sans pouvant les contaminer (20 à 100 m
sement à une exigence d’homogénéité et
tenir compte de spécificités régionales selon les espèces).
de stabilité nécessaires à la reconnais-
parfois contraignantes, notamment dans sance des variétés. Diversité et homogé-
l e s  z o n e s  d ’ i n s é c u r i t é  a l i m e n t a i r e  v Le nombre de générations possibles à
néité forment ainsi une équation peu
chronique. Une solution fut de concevoir partir de semences de base, sans que
évidente à résoudre. Un travail de réfle-
une couche réglementaire complémen- les semences ne perdent leur qualité 
xion fut donc engagé pour réviser les
taire, permettant une adaptation des (2 à 4 selon les espèces)
normes standardssur les critères de dis-
n o r m e s  g é n é r a l e s  a u x  c o n t r a i n t e s  tinction, de stabilité et d’homogénéité
spécifiques de zones délimitées. v Le nombre de contrôles au minimum
(DHS) des variétés, revues pour être 
acceptable pour limiter les coûts de cette
applicables auxvariétéslocales. 
Concrètement, les variétés locales avec opération (1 à 2 selon les espèces)
l e u r s  p a r t i c u l a r i t é s  c o mp l exe s  s o n t  Ensuite, il a été nécessaire d’adapter les
reconnues et valorisées. Elles résultent Enfin,il a fallu former les techniciens, 
normes de production et de contrôle des
généralement de multiples brassages  paysans et contrôleurs à ces nouvelles 
semences, pour chaque espèce : 
règles.

45
A ug me n ta ti o n d e  la  p ro du ct i on

3. Les principales étapes du processus
Les étapes clés du processus mis en place techniciens du CTAS et du Gret. Ce travail les procédures d’inscription des variétés. 
furent, d’abord, de recueillir les attentes de bureau fut enrichi par des rencontres Concrètement, plusieurs voies ont été défi-
des acteurs de la filière. Le Gret a, dans un sur le terrain et des échanges avec les  nies en fonction du type de plante concerné. 
premier temps, réuni les producteurs de paysans. Après un atelier d’une semaine,
semences avec qui il avait travaillé pour l e s  r é s u l t a t s  f u r e n t  p r é s e n t é s  a u x  • Les variétés issues de la recherche natio-
leur demander les évolutions souhaitées partenaires locaux pour approbation. Un nale et inscrites au cataloguepeuvent faire
sur les normes. Leur témoignage filmé fut programme scientifique de recherche sur l’objet d’une simple « transcription » dans le
présenté à un comité de pilotage de projet certains éléments techniques a dû être mis registre régional. 
p our les sensi b i li ser à ces attentes. en œuvre pour trancher sur cer taines 
Quelques idées clés s’endégageaient :i) la questions liées aux associations culturales • Pour les variétés locales, le modèle stan-
volonté de produire de semences des  par exemple. Les échanges au sujet de ces dard consiste à homogénéiser les res-
variétés « locales », et ii) de pouvoir cultiver normes ont duré environ trois ans. sources phytogénétiques par « sélection
sur le même champ des semences et  conservatrice », identifier leurs caractères
des cultures alimentaires (associations  En même temps, la FAO appuya la forma- distinctifs puis vérifier la stabilité de ces ca-
culturales), ainsi que iii)la volonté d’une  li sati on d’un comi té consulta ti f pour  ractères. Le FOFIFA et l’ANCOS sont forte-
réduction des distances d'isolement. l’inscription des variétés, dont le rôle  ment mobilisés dans cette procédure et
principal était de valider l’existence des  travaillent en parallèle. La procédure a pris
Viennent  ensuite l a forma li sa tion de variétés qui seraient cultivées suivant les au moins 2 années. Cependant,au cours
normes techniques prenant en compte les nouvelles normes. Composé de représ de cette phase, la production de semences
demandes paysannes, tout en respectant entants du Ministère en charge de l’agri- peut être appliquée avec l’allègement de
les exigences de qualité attendues par les culture, des directeurs régionaux de ce  certaines règles. Cette souplesse a éviter
autorités par un groupe de travail constitué Ministère, de représentants des produc- de priver les populations locales de se-
des autorités nationales (ANCOS), de repré- teurs de semences, de l’ANCOS, du FOFIFA, mences des variétés qu’ils affectionnent
sentants de la recherche (FOFIFA) et de de la FAO et du Gret, ce comité a défini  pour de raisons procédurales. 

Photo 1 : Cycle d'enregistrement des variétés (liste A : variétés issues de processus de sélection conventionnels, 
liste B : variétés locales)

46
Au gm e nt at i on de  l a p r od uct i on

La dernière étape fut de former les produc- en charge de l’agriculture ont été ainsi  en associations et le président doit veiller 


teurs et contrôleurs, et d’appliquer le  formés en salle et sur le terrain. Ils sont à la bonne connaissance des règles de 
système sur un réseau d’au moins 300 mandatés par l’ANCOS pour effectuer les production par les membres. Plus les 
producteurs des districts d’Ambovombe et contrôles de production de semences sur membres ont de mauvais résultats, plus
Amboasary Atsimo, en vue de fournir des les champs des producteurs. En général, leur association est contrôlée. 
semences pour au moins 20.000 ménages un seul contrôle par variété par cycle de
par an.La formation des paysans produc- production, sur 1/5 des parcelles, a été re- En outre, la plupart des producteurs de se-
teur s de semences et des agents de tenu. Ils effectuent également des prélève- mences sont liés à un organisme assurant
contrôle a été conduite par l’ANCOS durant ments dans les stocks des semences et la collecte et la commercialisation des 
des sessions d’environ une semaine et  envoient les échantillons au laboratoire de semences. Dans ce cas-ci, il s’agit essen-
répétées deux fois par an. Trois à quatre l’ANCOS à Antananarivo pour analyse. Les tiellement du CTAS avec son réseau d’environ
techniciens de chaque direction régionale producteurs, pour leur part, sont organisés 300 producteurs et de 140 boutiques.

4. L’aboutissement à un système réglementaire plus performant
En l’espace de quelques années, une  En août 2017, trente-sept (37) variétés  disposera de moyens de fonctionnement. 
cinquantaine de variétés jusque-là exclues locales étaient caractérisées, et inscrites Toutes ces variétés figurent dans un 
des circuits de commercialisation formels au registre.Ces variétés ont été proposées registre régional. Les fiches variétales, qui
(faute d’existence juridique) sont entrées par le CTAS, qui doit en assurer la mainte- décrivent les plantes enregistrées sont
dans le système des semences de qualité nance.Ellessont désormais protégées des é g a l e m e n t  a c c e s s i b l e s  s u r  i n te r n e t
déclarée des régions Androy et Anosy.  risques d’extinction, tant que cette structure (www.semencesdusud.com/ASARA/SDQ).

Photo 3 : Registre régional des espèces concernées 
par le SQD des régions Androy et Anosy
Photo 2: Fiche variétale
niveaux relativement ambitieux, permettant
Ce système qui permet donc à la fois la où les législations semencières sont dans de subvenir aux besoins d’environ 20.000
préservation de la biodiversité des plantes la même impasse qu’avaient connue les ménages annuellement. Il met à leur dispo-
à usage agricole et l’appui au développe- populations du Sud Malagasy. sition des semences de qualité, issues 
ment est également cité en référence  majoritairement des variétés locales, dont
dans une publication internationale sur le  Le CTAS, ONG Malagasy créée en 2013, a ils ont besoin à des tarifs accessibles. Les
« Droit aux semences1 ». Il offre un modèle pu grâce aux normes établies propulser sa volumes de semences produites sont 
transposable à d’autres régions du monde production de semences certifiées à des passés de 137t en 2015 à 238t en 2017. 

1
“Le droit aux semences, un droit essentiel pour les paysan-nes-s ! », coordination Sud, mai 2017.

47
A ug me nt a ti on  d e  l a  pr od u ct io n

Un des résultats ultimes de cette réglemen- d’eau et qui tient lieu de culture de réfé- largement et réduire considérablement


tation est, enfin, d’avoir permis une large rence dans les zones les plus arides  l’exposition des exploitants agricoles 
diffusion de variétés performantes et adap- du globe, a pu ainsi commencer àdiffuser aux aléas climatiques. 
tées au contexte du Sud de Madagascar,
même si elles étaient peu connues sur
l’ensemble de la zone d’insécurité alimen-
taire. Pour Honorine, paysanne relais du
district d’Ambovombe, cette avancée se 
résume ainsi : « Avec le pois d’Angole, le
pois de Lima et le mil, nous avons de quoi
manger même quand la famine sévit 
autour de nous et pouvons même aider
d’autres personnes de notre village ».

La culture du pois d’Angole, s’est, en effet,
dif fusée très rapidement grâce à une 
production massive de semences. En
quelques années, le nombre de parcelles
cultivées en pois d’Angole a atteint le seuil
des 15.000. Le même processus est 
engagé avec des variétés de pois de Lima
extrêmement résistantes à la sécheresse
et dont la saveur est localement appréciée,
ainsi qu’avec une variété de mil résistante
a u x  a t t a q u e s  d ’ o i s e a u x  g r â c e  à  d e s  Photo 4: Cette variété de mil à barbes particulièrement résistante aux conditions
« barbes » piquantes. Le mil, céréale la plus de sècheresse et aux attaques d'oiseaux fait partie des variétés dont les semences
résistante aux contraintes de manque
sont désormais accessibles en Androy.

4. L’importance de la concertation et la co-construction des normes
Le système SQD avec les normes semen- togénétiques locales en des délais de des centres de recherche internationaux
cières appliquées aujourd’hui dans deux temps relativement courts, et a permis la sont actuellement en cours d’intégration
régions du Grand Sud Malagasysemble  mise en place d’une filière semences per- dans le système (une cinquantaine d’ac-
relativement satisfaisant en termes formante. Des structures permettant le cessions).
d’adaptation et de prise en compte des  maintien et le développement de ce sys-
attentes et contraintes paysannes. Il  tème sont en place pour lui permettre Néanmoins, le processus s’est heurté à de
apporte des solutions à l’épineuse ques- d’évoluer encore. Un grand nombre de res- nombreuses reprises à des blocages liés 
tion de l’homologation de ressources phy- sources phyto-    génétiques fournies par à des perceptions différentes sur les ques-
tions réglementaires entre dif férents 
acteurs. Les stratégies de négociations se
sont avérées être un élément déterminant
pour avancer dans la construction du 
système. La formalisation méthodique de
collaborations étroites entre autorités, 
centres de recherche nationaux-interna -
tionaux, ONG a été essentielle pour faire
aboutir une démarche de longue haleine.
Près de six années d’engagement ont été
nécessaires.

Mots-clés : Semences améliorées, normes nationales,
normes régionales, caractérisation, recherche, 
coopération internationale, service technique 
déconcentré 

Auteurs :  Fabrice Lheriteau (Gret), 
Photo 5: Des femmes récoltant une variété de pois d'Angole enregistrées dans le Tolotra Ranaivoharimanana (CTAS), 
SQD Androy et Anosy. La diffusion de cette variété a eu un impact fort Ketamalala Ramarakoto (ANCOS), 
sur la sécurité alimentaire des ménages vulnérables. Siméon Rakotomamonjy (FOFIFA)

48
Au gm e nt at i on d e l a p r od uct i on

L’herbe à éléphant « Relaza » : 
une opportunité d’amélioration de la production 
des petites exploitations agricoles familiales
Les fourrages sont essentiels en mêm e temps pour l’agriculture et l’élevag e. Habitués à un 
élevage extensif, les agro-éleveurs laissent les animaux en divagation, de pâturage en pâturage,
sur des terres de plus en plus dénudées et appauvries à cause des feux de brousse ou exploitées
comme terres agricoles. Cultiver des plantes fourragères est une expérience testée en région
Anosy par quelques agro-éleveurs motivés et qui ont décidé de changer de pratiques, dans le but
d’améliorer d’abord l’alimentation animale, ensuite la qualité des fumures organiques, et enfin
pour lutter contre l’érosion et l’appauvrissement des sols. L’expérience a produit des résultats 
significatifs sur ces trois aspects, et méritent une reproduction à une échelle plus étendue. 

1.  Des petites exploitations agricoles peu productives s’expliquant, entre autres, 
par un manque de fourrages
Le faible rendement dans l’agriculture et l’élevage dans le District de Fort- - L’insuffisance ou la très faible utilisation de fertilisant, notam-
Dauphin est causé par des pratiques d’agro-élevage n’accordant que peu ment la fumure organique dans l’agriculture. La fumure de
d’importance à l’alimentation animale et à la protection des sols.   parc à bovin est le fertilisant le plus courant alors que les
agro-éleveurs en produisent peu et de moindre qualité. Les
Après le diagnostic de la problématique en matière de production agricole ateliers d’élevage de bovin sont rudimentaires, ne permettant
dans le district de Fort-Dauphin, réalisé en Juillet 2014, une analyse en  pas d’amasser des fumures : les bovins sont souvent laissés
laboratoire des différents types de fumure organique disponibles au  en divagation pour une majeure partie de la journée pour 
niveau des agriculteurs a été effectuée. Les résultats ont été obtenus en éviter de collecter des fourrages et alimenter le bétail dans un
juillet 2016. étable. Ainsi, les agriculteurs n’utilisent guère de fumures 
organiques pour cultiver du riz, du manioc ou de la patate
Une amélioration de la fumure de parc est proposée à la suite des  douce, la conséquence est bien évidemment un rendement
résultats ci-contre. Une prospection de plantes fourragères, auprès de  faible et donc un volume de production correspondant.
FIFAMANOR, a été entamée. L’introduction d’une plante fourragère,
l’herbe à éléphant Relaza, a été choisie pour résoudre ces trois probléma- - L’insuffisance de fourrage en saison sèche. A cause de la 
tiques. Les expériences de WHH, dans la diffusion de l’herbe à éléphant, réduction du volume des précipitations en saison sèche et les
au Rwanda ont été aussi déterminantes dans ce choix.  pratiques de feux de brousse, le fourrage se fait rare en 
saison sèche. Étant nécessaire à l’alimentation bovine, une
Tableau 1: Résultats d'analyse des fumures de parc, Juil- nette réduction de la production laitière est observée, durant
let 2014 cette saison, sur l’Axe Fort Dauphin – Ranopiso, à cause de la
rareté des plantes fourragères. 
Type MS1 % N2 %
Compost ASARA Manantenina 38,85 3,03 - Un appauvrissement progressif des terres agricoles, 
dénudées et sans protection. Deux types d’érosion sont 
Poudrette de parc Manantenina 85,17 1,62 observés : l’érosion hydrique qui est observé surtout pour
Poudrette de parc Ranomafana 61.73 1,63 l’axe du littoral Est – de Fort-Dauphin vers Ranomafana ; et
pour l’axe du Sud – de Fort-Dauphin vers Ranopiso, l’érosion
Poudrette de parc Ranopiso 34,51 2,94 est surtout éolienne. La productivité agricole et les terres 
Poudrette de parc Manambaro 25,65 2,07 exploitables diminuent avec l’appauvrissement du sol. 

2. Le choix de l’herbe à éléphant Relaza
L’herbe à éléphant (Pennisetumpurpureum) est une
plante fourragère. Elle est une graminée tropicale 
Production annuelles Apport nutritif
pluriannuelle. Elle est à croissance rapide et est la plus Variété UFL  UFL/Kg  MAT % PDIE g/Kg  PDIN g/kg 
répandue à Madagascar. Il en existe 3 variétés à  MS (t/ha)
(Milliers/ha) MS MS MS MS
savoir : le Kizozi, la Relaza, et le cala. Pour le district de
Taolagnaro, le choix s’est porté sur la Relaza, à cause Kizozi 8-65 5,6 - 46 0,71 15,1 99 108
de son potentiel en biomasse estimé à plus de 30t par
hectare. Cala 6,5 - 80 4,5 - 56 0,7 17,4 99 123
Relaza 8 - 85 5,6 – 59 0,7 15,4 90 108
Des éléments de comparaison de la Relaza par rapport
aux autres variétés de la même espèce sont présen- LMS : Matière sèche MAT : Matière Azotée Totale
tées dans le tableau ci-contre, selon FIFAMANOR : UFL :  Unité fourragère Laitière PDIE, PDIN : Protéines Dissoutes Intestinales

1
Matière Sèche
2
Azote

49
A ug me nt at i on d e l a pr od uct i on

La Relaza a le plus fort taux de matière sèche La Relaza est une plante tropicale. En d’autres
par rapport aux 2 autres variétés, Kizozi et termes, elle est adaptée à une région chaude
Cala. Par rapport aux autres plantes locales  et pluvieuse. Elle pousse sur un sol à PH 
habituellement consommées par les zébus compris entre 4.5 à 8.2, et de ce fait supporte
(comme les repousses d’Aristida, les petits  bien l’acidité. Elle se développe à une altitude
panicums, etc.), aucune n’a le potentiel en  de 2m à 2.000 m. Elle nécessite un sol bien 
biomasse de l’herbe à éléphant. labouré, profond de 20 à 25 cm, et drainé.

Par rapport aux plantes servant de lutte contre La Relaza se multiplie par bouture à une 
l’érosion hydrique comme le vétiver ou le bra- densité de 62.500 boutures par hectare avec
chiariahumidicola, la relaza présente un enra- un écartement de 45 cm entre chaque bouture.
cinement latéral suffisamment dense pour Les boutures de Relaza sont relativement ré-
retenir le sol. Il a également une forte capacité sistantes. Toutefois, il est conseillé de les trans-
de rétention d’eau grâce à ses multiples poils planter directement après la coupe. Si l’objectif
absorbants. de la plantation de Relaza est de lutter contre
l’érosion hydrique ou éolienne, la densité de
Enfin, la Relaza, installée comme brise semis conseillé est le double soit environ
vent,peut atteindre une hauteur de plus  125.000 plants par hectare.
de 3m. 
Une fois le choix de la Relaza confirmé, une
équipe de WHH à Fort-Dauphin et des paysans Photo 1: Champs d'Herbe 
relais ont suivi une formation à Antsirabe.  à Éléphant Relaza

3. Détails de la démarche 4. Des petites exploitations d’agro-élevages ayant 
pour la diffusion  un potentiel de productivité en hausse
de la Relaza Une augmentation de la quantité de fourrage Concernant la production laitière, le projet
Un total de 123 agriculteurs dans 14 Com- et de fumier disponible dans les ateliers n’a pas encore enregistré des données 
munes du district de Fort – Dauphin ont  d’agro-éleveurs. Une vache laitière de 500kg chiffrées, d’autant plus que les appuis 
bénéficié de l’introduction de Relaza, réalisée produit annuellement de la bouse d’environ réalisés concernent surtout le volet produc-
aux mois de juin et juillet 2016. Les boutures, 64kg. Avec la même alimentation, un zébu tion agricole et conduite d’élevage. Toute-
utilisées pour ce premier essai, proviennent de 370kg produirait 38kg de bouse par an. fois, les effets induits par la vulgarisation de
de FIFAMANOR (Antsirabe).Les pépinières Dans les ateliers d’élevage ayant utilisés la cette espèce permettent de confirmer que
ont été préparées et installées, en même Relaza, une augmentation de 50% de bouse la filière laitière à Fort-Dauphin peut très
temps que l’approvisionnement des boutures a été observée. bien être propulsée à un marché plus
provenant d’Antsirabe. Pour le démarrage, élargi, à cause de l’utilisation de cette 
100.000 boutures ont été commandéeschez Dans les ateliers des agro-éleveurs ayant espèce.  
FIFAMANOR.Les semis ont été réalisés au reçu la première vague de Relaza, le temps
mois de Juillet 2016, avec les doses de  de gardiennage des zébus a été réduit  Une amélioration de la structure du sol
fumures nécessaires pour l’installation selon de plus de moitié. En effet, le temps de  destinée à l’agriculture. Plus de 3.600 
les quantités suivantes : parcours à la recherche de pâturageest  mètres de bandes antiérosives ont été 
réduit vue que les fourrages sont désormais installées en suivant des courbes de 
-  Fumure organique : 200 à 300 kg/are plantés proches des parcelles de cultures et niveau, protégeant les parcelles agrico-
-  NPK 11-22-16 : 4kg/are des villages. De même, le temps dépensé au lesde l’érosion hydrique. Le ruissellement
-  Urée : 1kg/are dont 50% au semis et  moment de l’ingurgitation a été réduit par étant retenu, l’infiltration de l’eau s’amé -
50% au stade végétatif lorsque les feuilles l’augmentation de l’appétence des zébus lioreet les dégâts qui en sont causés sont
atteignent 60 cm. (surtout par rapport aux fourrages autoch- amoindris. La culture de Relaza a ainsi permis
tones). De ce fait, pour les zébus de traie, une conservation et une amélioration de la
Une première installation a été réalisée sur une reprise rapide des forces de l’animal est structure du sol, dont l’impact est la dimi-
les parcelles de ces 123 agriculteurs formés constatée après les travaux de piétinage des nution proportionnelle de l’apport de fumier,
(1,6 ha en cumul), avec succès malgré la  rizières. et donc une réduction des dépenses liées
sècheresse prolongéeentre décembre 2016 à cet intrant. Les producteurs principa -
et Janvier 2017. La quantité de fourrage consommée par lement ciblés sont ceux qui exploitent les
zébu a augmenté passant de 20 kg/jour à versants en bordure de forêts et ceux qui
La diffusion de la Relaza a démarré au début 25 à 30 kg/jour en consommant la Relaza, cultivent en proximité du littoral (venteux,
de l’année 2017. Les boutures sont récupé - qui est 2 fois plus appétant. cas de la commune d’Anala  patsy). 
rables chez les agriculteurs forméset les 
pépiniéristes, puis auprès des adoptants. Les
boutures se transmettent gratuitement sans
contrepartie entre paysans, et des partages
de connaissances sont constatés entre 
les paysans intéressés, particulièrement
dans les conduites de cultures et les consé-
quences positives que peut engendrer cette
plante fourragère.

50
Au gm e nt at i on d e l a p r od uct i on

Photo 3: Champ de Relaza après une 3ème coupe 
à Ifarantsa

Photo 3: Relaza utilisée comme bande anti-érosive 
à Analapatsy

Un facteur limitant est aussi à retenir au cours de cette expérience. Sans une
gestion rationnelle de pâturage,la divagation des zébus limite le dévelop -
pement des plantes ainsi que sa diffusion à une plus large échelle. En 
plus avec le système d’élevage semi-intensif, les zébus peuvent accéder 
facilement aux champs de culture lorsque les boutures sont encore jeunes,
et sont encore fragiles.  

Protection des ressources en eau dans les zones de plantation de la Relaza.
La culture de la Relaza permet d’entretenirle volume des nappes phréa-
tiques, sinon de les augmenter progressivement. Dans la Commune de 
Ranopiso, elle a permis de protéger les sources d’eau. En effet, avec une
amélioration de la structure du sol avec plus de matières organiques, la 
capacité de rétention d’eau est beaucoup plus importante.

Des opportunités pour la diffusion rapide de la Relaza. L’installation d’une
usine de production de provende et d’exportation de zébus (BOVIMA) dans la
régionpourrait accroitre la motivation des agro–éleveurs pour améliorer 
l’alimentation et la production des bovidés.

Par ailleurs, les tiges de Relaza sont utilisées comme mur pour l’habitat 
humain ou animal. 

Des vols de boutures ont été constatés, mais ceci peut également être une
opportunité de diffusion. De manière plus structurée, la diffusion pourrait se
Photo 4: Mr Fanjona, intéressé 
par la Relaza, à Analapatsy faire à travers la multiplication des visites-échanges entre agriculteurs de
mêmes zones agroécologiques, les formations en cascade des agriculteurs
par en dupliquant les types de formations reçues par les paysans relais, le
nombre de pépinières et leur superficie. La formation de conseillers agricoles
en intégration de l’agriculture à l’élevage : production fourragère, production
agricole par une meilleure production fumière serait une base essentielle du
développement de l’agriculture familiale. 

Mots Clés :  Culture fourragère, Relaza, bande antiérosive, élevage de bovin, fumier, productivité, amélioration du sol, 
Auteurs : - DANIEL Meijering, Chef de projet (WHH), 
- RAMIANDRISOA Anthony Sismondy,  Chef de projet  Adjoint (WHH) 
- RARIVO Ravoatra, Expert  en aménagement Bassin Versant et lutte anti-érosive (ONG EFA/WHH)

51
A u gm en t at io n de  la  p ro d uct i on

Intégration des MMAV 
dans le réseau de santé animale
dans le Sud de Madagascar

L’ONG Agronomes et Vétérinaires Sans 1. Un réseau de santé animale faiblement organisé 
Frontières (AVSF) a exécuté le projet  et déstructuré

L
FAGNATSARA ou projet d’appui 
a zone du Sud de Madagascar est  agents de santé communautaire, etc…Une
à l’harmonisation du dispositif des réputée pour être une zone d’élevage multitude d’acteurs aux compétences 
agents de santé animale et de  de grands et petits ruminants. La variées, mais presque similaires, et qui
renforcement du réseau de santé  santé animale est un service faiblement  exercent parfois dans des zones identiques.
animale. Cette Action Pilote est mise  développé d’une part et rarement pris en Le réseau de santé animale était ainsi 
compte par les agro-éleveurs d’autre faiblement organisé, presque déstructuré.
en œuvre en partenariat avec 
part,ce quiaffecte négativement le dévelop-
le Ministère de l’Agriculture et de 
pement et la croissance des cheptels. Cette Une homogénéisation des services de
l’Élevage (MPAE) et l’Ordre National  faiblesse du ser vice est, par ailleurs,  proximitéde ces multiples auxiliaires est
des Docteurs Vétérinaires  exacerbée par les aléas climatiques,  devenue impérative pour accompagner le
de Madagascar (ONDVM) dans le cadre notamment la sècheresse et l’irrégularité développement des élevages de ces 
du projet ASARA. Exécuté depuis 2015 des précipitations, qui sévissent dans ces régionsà travers la mise en place d’une
régions. formation unique, qui permettrait : 
jusqu’en 2018, le projet a ciblé 6 zones
d’actions pilotes dans 5 districts 
D e  p l u s ,  l e  f a i b l e  d é p l o i e m e n t  l o c a l  l Aux autorités compétentes de mieux
différents des régions Anosy et Androy. des agents du service public de la santé suivre les activités relatives aux actes
animale, lié à une répartition géographique de santé dans une zone bien définie,
hétérogène des élevages et à des infra-
Présent à Madagascar depuis 2004, structures routières de mauvaise qualité,a l Aux vétérinaires sanitaires d’encadrer
AVSF dispose d’une forte expertise  eu pour conséquence le délaissement des ces nouveaux acteurs formés, qui leur
éleveurs depuis de longues années.  transmettront des données épidémio-
dans le domaine de l’élevage et en 
logiques actualisés au sein de leur
particulier dans la formation et la mise
D e p u i s  qu e l qu e s  a n n é e s ,  d i f f é r e n t s  zone d’intervention.
en place des agents communautaire  services d’élevage et de santé ont été 
de santé animale (ACSA). L’expérience mis en place au niveau des Districts, maté- La finalité d’une telle restructuration est
acquise pendant ces quinze années à rialisés par la présence des CIRAE (Circons- d’offrir à un grand nombre d’éleveurs un
Madagascar a pu être réinvestie dans la cription de l’Agriculture et de l’Elevage). service de proximité en santé animale afin
A ceux-là s’ajoutent les opérateurs privés, d’améliorer l’état sanitaire des cheptels et
mise en place d’un maillage vétérinaire
lesvaccinateurs, les agents d’élevage, les développer ainsi leur système d’élevage.
efficace répondant à un besoin central
des éleveurs : « disposer d’un service 
de santé animale de proximité leur 
permettant de soigner leurs animaux
sans difficulté ».

Cette fiche décrit l’intégration 
d’Éleveurs Auxiliaires à la profession 
vétérinaire ou Mpiompy Mpanampy 
ny Asa Veterinera (MMAV), 
dans un maillage vétérinaire existant.

52
A ug m en ta t io n d e  la  p ro du ct i on

2. La mise en place de MMAV, une solution pour l’amélioration du maillage 
vétérinaire
L’intégration des MMAV dans un maillage vétérinaire existant permet d’of frir des 
services de santé de proximité efficace et d’enrayer la multiplicité des agents de santé sur le
terrain. En d’autres termes, il s’agit d’uniformiser et de standardiser la qualité des services 
offerts directement aux agro-éleveurs.

Démarche de la mise en place de MMAV
Les principales étapes de la démarche n Réalisation d’une étude préalable sur l’état v D é f i n i t i o n  d e s  c o m p é t e n c e s 
d’amélioration du maillage vétérinaire ont des lieux de la santé animale à Mada- requises suivant les besoins des
été les suivantes : gascar, éleveurs, des vétérinaires sani-
taires (VS), des autres techniciens
n Concertation régulière au démarrage et n Définition des attributions des MMAV  de l’administration vétérinaire,
en cours du processus avec le Minis- tenant compte des professions qui
tère en charge de l’Agriculture et de ex i s te n t  d é j à  a u  s e i n  d u  m a i l l a g e  v Constitution des modules / théma-
l’élevage (MPAE) à travers notamment existant et de la spécificité et valeur tiques de formation et d’évaluation,
ces services techniques déconcentrés, ajoutée potentielle de ce nouvel agent,   v Définition des critères de sélection
et avec l’Ordre National des Docteurs ou du profil d’un MMAV
Vétérinaires de Madagascar (ONDVM), n Homogénéisation ou standardisation
gardien de la profession vétérinaire, des compétences des MMAV n Formation, évaluation et suivi des MMAV

La démarche se base essentiellement sur l’amélioration de la qualification et de la  Les thématiques à aborder ont été sélec-
capacité technique des agents impliqués dans le service vétérinaire de proximité. tionnées sur la base des besoins émis
par les éleveurs, mais également en fonc-
Étape 1 :Formation des formateurs (VS) et évaluateurs (SREL) tion des limites de capacité d’intervention
des MMAV en termesd’actes vétérinaires
u VS et SREL formés préalablement par des techniciens de l'équipe Nationale d'In- simples.L’objectif étant d’offrir la possibi-
génierie de Formation A gricole et Rurale à la méthode dite d'Approche  lité aux éleveurs d’avoir accès à un ser-
Par les Compétences (APC)  vice de santé minimum à proximité, grâce
u VS formés par les représentants du MPAE et l'ONDVM sur l'outil de formation à la présence des MMAV.
(guide formation) qu'ils vont utiliser pendant la formation des MMAV

Étape 2 : Critères de sélection des MMAV

u Les critères de sélection des apprenants MMAV ont été les suivants : 
u Être un éleveur, âgé entre 20 et 50 ans ;
u Résider dans sa zone d’intervention établie par le VS ;
u Être disponible pour répondre aux besoins des éleveurs ;
u Savoir lire, écrire et compter ;
u Être de bonne moralité ;
u Bon niveau de compréhension, d’écoute et de technicité.

Étape 3 : Déroulement de la formation des MMAV
u 12 semaines de formation réparties comme suit :
v Partie 1 : Vaccination et déparasitage ;
v Partie 2 : Identification des maladies courantes et réalisation de premiers soins
d’urgence ;
v Partie 3 : Alerte et surveillance des maladies ; castra-tion et sensibilisation aux
éleveurs.
u Évaluations à la fin de chacune des parties.

Étape 4 : Opérationnalisation des MMAV

u Cérémonie officielle de sortie des MMAV (Attestation de réussite)
u MMAV opérationnels, suivis et encadrés par les VS et la DRAE 

53
A ug me n ta ti o n d e  la  pr o du ct i on

Suivi de la formation
A l’issue de la formation, une phase de
suivi débute. Des documents de suivi des
activités des MMAV ont été élaborés avec
les VS afin de collecter et consolider tous
les actes sanitaires effectués par chacun
d’entre eux. Ces documents représentent
des sources d’information précieuse dans
le cadre du suivi épidémiologique de la
zone de couverture des VS. Ces informa-
tions sontensuite transmises au Service
Régional de l’Élevage (SREL) puis à la Di-
rection du Service Vétérinaire (DSV) par le
VS sous la forme d’un rapport mensuel
obligatoire. La DSV réinvestira ces informa-
tions pour améliorer l’orientation de la 
stratégie d’intervention nationale en ce qui
concerne l’élevage et plus particulièrement
la santé animale.

3. Une couverture de proximité en santé animale plus étendue au profit 
des agro-éleveurs 
l Une couverture sanitaire plus étendue.
114 MMAV répartis dans les 5 districts
d’inter vention sont opérationnels 
depuis le mois de décembre 2017. Les
MMAV sont présents dans un rayon de
10 km autour de leur village et cou-
vrent une vaste superficie. Leur pré-
s e n c e  p e r m e t  à  p l u s  d e  3 0 . 0 0 0
agro-éleveurs éloignés d’accéder à un
service de santé animale.

l Une a ct i v it é s eco nda ir e p our  l es 


éleveurs formés. L’activité des MMAV
reste une activité génératrice de 
revenus secondaire, convenable et
complémentaire de leur principale
source de revenu qui est l’élevage et
l’agriculture. En effet, la rémunération
du MMAV est basée sur les actes de
santé animale réalisés et la revente
des médicaments achetés auprès du
vétérinaire sanitaire. Le revenu moyen
est variable, pouvant aller de 10.000 Ar
à 90.000 Ar / mois, selon les périodes
de l’année.

l U n e  a m é l i o r a t i o n  s i g n i f i c a t i v e 
de lasanté animale dans les zones
d’intervention. L’accès au service de
santé animale de proximité a permis
desensibiliser les éleveurs à l’impor-
Figure 2 : Zone de couverture des MMAV dans les régions Androy et Anosy,  tance de la prophylaxie sanitaire afin
Décembre 2017. de développer leur élevage.

54
A ug me nt at i on  d e  l a pr od uc t io n

Selon les déclarations du Dr Samson,VS dans le District de Beloha, les résultats  L’ensemble des vétérinaires sanitaires 
suivants ont été obtenus :  pilotes se réjouissent des interventions des
- En termes de vaccination :  MMAV puisqu’ils leurs permettent d’avoir
•En novembre 2017, 2.870 volailles ont été vaccinées contre 875 volailles  un nombre d’informations croissant sur
au mois de juillet, et à peine 215 volailles au mois de février 2017. leur zone d’intervention, et ainsi, de répondre
•Le nombre de caprins vaccinés a également augmenté car il n’y avait eu qu’une efficacement aux besoins des éleveurs.
dizaine de vaccinations réalisées avant la formation (janvier à mai 2017), alors
que ce nombre est passé à 1.000 têtes en novembre de la même année.  Dans ce nouveau schéma du maillage 
- En termes de déparasitage : vétérinaire, le vétérinaire sanitaire améliore
• En 2017, 17 volailles avaient été déparasitées en février contre 127 volailles en la santé animale dans sa zone d’action, mais
novembre.  développe aussi son activité grâce aux
• De même pour les caprins à la même période, le nombre d’animaux déparasités MMAV. L’accompagnement et le soutien du
a été quadruplé, allant de 75 caprins en février à 311 caprins en novembre. VS aux MMAV à travers un suivi régulier et
- En termes de déclaration des maladies : des déplacementssporadiques en cas de
Le taux de déclaration de maladie a aussi été exponentiel, car aucune déclaration nécessité, permet de faire des MMAV de
n’avait été recensée dans le District de Beloha avant l’opérationnalisation des MMAV, véritables alliés dans la lutte contre les 
depuis le mois de juillet 2017 le VS affirme désormais recevoir plus d’une vingtaine maladies animales qui inhibent le dévelop-
d’appels par mois.
pement de l’élevage.

4.Rôle prépondérant des acteurs locaux dans la réussite de cette expérience
L’implication des acteurs locaux nique du Vétérinaire Sanitaire au cours de sont les garants de la santé animale dans
la formation, mais également de faciliter la le district pour lequel ils ont été mandatés.
Afin d’intégrer une dynamique locale, dans gestion des différents aspects administratifs En conséquence, ils sont les seuls à pouvoir
les zones pilotes, le projet FAGNATSARA  et financiers afférents à la formation. Toutefois, dispenser une formation vétérinaire dans
a travaillé en collaboration avec des ONG l’harmonisation des différentes procédures leur zone d’intervention.Pareillement les
opérant dans le cadre du projet ASARA  propres à chaque opérateur ont parfois agents de la DRAE, techniciens du service
intervenant dans les zones pilotes. CRS est constitué une contrainte supplémentaire public en charge de la santé animale, exer-
l’opérateur partenaire de mise en œuvre au cours de cette expérimentation.  cent leurs prérogatives pour assurer le suivi
du projet à Beloha, AIM à Bekily, ADRA à e t  l e s  é v a l u a t i o n s  d e s  M M AV. A  c e t 
Betroka et enfin respectivement AVSF a L’implication du MPAE, à travers la DSV, et effet, une convention tripartite entre la 
travaillé dans les districts de Tsihombe et ces services déconcentrés (DRAE, VS)  DRAE, chaque VS et chaque MMAV a été
Amboasary Atsimo. Cette collaboration a a étédéterminant durant la préparation et établie pour le cadrage des attributions des
permis de faciliter l’accompagnement tech- l’exécution des formations. En effet, les VS MMAV.

5. Un bilan positif, et de nouvelles étapes nationales pour sa reproduction 
au profit de tous les agro-éleveurs nationaux
Les résultats obtenus de cette action pilote charge de l’agriculture et de l’élevage ainsi en place des MMAV. A la fin de chaque écriture,
sont concluants. A ce stade, une feuille de qu’auprès de l’ONDVM. des ateliers de validation doivent être réali-
route a été construite de manière conjointe Il s’agit de : sés par le Ministère de l’Agriculture et de
et collaborative avec les parties prenantes • Un « guide » de formation à destination l’Élevage et des acteurs de la santé animale.
à l’expérience afin d’assurer la pérennisa- des formateurs, adapté à différentes  Enfin, la formation des formateurs pourrait
tion du dispositif au retrait du projet. Les situations que peuvent rencontrer les être dispensée par l’ENIFAR aux vétéri-
responsabilités respectives de chaque  MMAV sur le terrain,  n a i r e s  d e s  S e r v i c e s  R é g i o n a u x  d e 
acteur ou agent ont ainsi été définies pour • Un manuel de formation illustré à desti- l’Élevagedes 22 régions, ainsi qu’à des 
atteindre cet objectif. nation des MMAV pour garantir un maintien vétérinaires sanitaires pour une reproduc-
des compétences requises des MMAV,  tion à l’échelle nationale de la formation.
Au terme de cette expérience, seule l’écri- • Un manuel de mise en place des MMAV
ture des référentiels d’activités des MMAV p o u r  p e r m e t t r e  d e  p o u r s u i v r e  l e s  Toutefois, le coût de la formation reste élevé
a été achevée. La formation des MMAV  démarches en cours après une phase de si elle est dispensée de manière indépen-
serait, aujourd’hui, en mesure d’être repro- suivi des activités des MMAV. dante. Ce coût pourrait être financé dans le
duite grâce aux référentiels et à la forma- cas où la formation serait inscrite au regis-
tion des formateurs. Un ensemble de Elle doit être poursuivie par l’écriture des  tre des formations, soit par le Ministère de
matériels pédagogiques a été élaboré pour référentiels de certification nationale des l’Agriculture et de l’Élevage dans la cadre
appuyer la formation de futur MMAV et MMAV et de formation, puis la formation des d’un programme Étatique, soit par des 
sera disponible auprès du Ministère en formateurs pour la reproduction de la mise financements extérieurs.

Mots-clés : Santé animale, Mpiompy Mpanampy amin’ny Asa Veterinera (MMAV), harmonisation, maillage vétérinaire, service aux agro-éleveurs, formation, référentiels

Auteurs : -  RAKOTOARIMANANA Ravo, Responsable du Projet FAGNATSARA
- Grégoire PLEURDEAU, Assistant Technique Élevage et Santé Animale

55
A u gm en t at io n de  la  p ro d uct i on

Modèles et place des boutiques d'intrants 
dans le dispositif de production agricole à Bekily, 
dans le Sud de Madagascar

A Madagascar, les agriculteurs ont un accès limité aux facteurs de production. Les services destinés au dévelop -
pement de l’agriculture familiale sont peu développés, qu’il s’agisse de conseil ou d’orientation, de fourniture en
équipements ou matériels agricoles, voire d’aménagement des espaces agricoles. A Bekily, l’état des lieux du CSA
en 2013a mentionné que l’utilisation par les producteurs d’intrants et techniques améliorées ne se fait qu’occa-
sionnellement, sauf pour la riziculture. Les données statistiques ne sont pas disponibles, mais il est constaté
que le tissu de prestataires de service est très limité et ne couvre pas des domaines d’activités diversifiés au
même titre que la diversité du paysa nnat dans cette zone. Un pool de pre stataires de servicede
proximité,pour l’approvisionnement en matériels et intrants aux paysans, capable d’adapter leurs offres
aux besoins et exigences des producteurs de façon pérenne et professionnelle serait une des réponses
aux besoins des agriculteurs. Parmi ces prestataires sont les boutiques d’intrants, permettant (i) 
d’améliorer l’accès des paysans producteurs aux matériels/intrants agricoles et (ii) d’assurer la 
pérennisation des activités d’augmentation de la productivité et de la production.

Présent à Bekily, AIM a opté pour la mise en place de ces boutiques d’intrants. Le processus s’est 
basé sur une démarche participative et la valorisation des compétences locales pour s’assurer de
l’appro priation par les paysans des services offerts par les boutiques d’intrants. La collaboration avec la
Direction Régionale de l’Agriculture et de l’Élevage (DRAE) a permis de renforcer la capacité technique
des boutiquiers et des Paysans Multiplicateurs de Semences (PMS), à travers des séries de formations
utiles et nécessaires au développement de leur offre de service respective.

Ainsi, six boutiques d’intrants ont été mises en place en 2015, et couvrent les six zones agroécologiques 
de Bekily. Actuellement, elles sont capables de jouer leur rôle dans l’approvisionnement en matériels et en 
intrants agricoles aux producteurs. Elles contribuent également au développement des activités des PMS, et des
fabricants locaux de matériels et outillages agricoles. L’ensemble de ces prestataires constitue actuellement un
dispositif local interdépendant contribuant à l’amélioration de la productivité agricole dans le District de Bekily.

1. Une zone propice à l’agriculture avec des besoins évidents en services 
aux agriculteurs
Le District de Bekily se situe à l’extrême Nord à soc pour le travail du sol. Une marge L’équipement des ménages en matériels
de la région Androysur une zone cristalline. d’amélioration de la productivité est ainsi tractés demeure encore faible. Mise à part les
Cette localisation géographique lui confère possible dans ces cas. Ce constat a cons - dotationseffectuées des projets d’urgence,
une multitude de zone agroécologique allant titué un des critères de base pour l’implan - le mode le plus courant d’acqui s ition de 
d’une région à végétation épineuse dans  tation des boutiques d’intrants.  matériels agricoles par les ménages est
le Sud et Sud Est,à une région à savane  l’achat direct aux marchands itinérants 
arborée avec plusieurs cours d’eau dans sa Ainsi, six communes rurales ont été retenues, et saisonniers, après avoir économisé
partie Nord. De nature pour l’élevage exten- à savoir : Beraketa, Vohimanga, Ambahità, progressi vement ou à la suite d’une bonne
sif, le District de Bekily offre aussi des Antsakoamaro, Bekitro et Bekily. Les com- campagne agricole suivie d’une vente
plaines à fortes potentialités agricoles  munes rurales de Beraketa et de Vohimanga concluante.Pour satisfaire cette demande, il
pour le riz, le maïs, l’arachide, les autres  disposent de la plus vaste étendu de terrains a été observé qu’une dizaine de marchands
légumineuses, et le manioc, constituant les rizicoles, tandis que les autres communes se importent leurs marchandises auprès des
principales spéculations agricoles dans ces situent dans des zones à forte densité de  fournisseurs se trouvant dans d’autres 
zones1. population. régions (Fianarantsoa et Antsirabe).Les 
marchands ambulants proposaient des 
L’agriculture dépend généralement de la  Une demande en équipements et matériels matériels et outils agricoles de qualité 
pluviométrie en l’absence d’aménagement agricoles irrégulièrement satisfaite. L’acquisi- médiocre. Par ailleurs, un recensement
hydroagricole permettant de maitriser l’eau tion d’une charrue fait partie de la stratégie conduit par AIM et le CSA de Bekily, en 2014,
d’irrigation. Cependant, dans les bas-fonds des ménages pour accroitre les parcelles  a permis d’identifier plus d’une quarantaine
de l’Est, inclus dans les communes de Bera- exploitées et en conséquence le volume de de forgerons fabriquent de petits matériels 
keta et Vohimanga, l’agriculture irriguée est production. En même temps, les paysans agricoles,maisquatre seulementavaient la
possible. Cette situation, appuyée par une  peuvent profiter des premières pluies capacité de répondre aux besoins du marché
topographie douce, a conduit la communauté lorsque le sol est rapidement préparé, et  local. Les fabricants locaux de matériels
à pratiquer l’agriculture extensive sur une procéder tout de suite au semis, gage de la manquaient de connaissances techniques et
grande superficie, obligeant les paysans à réussite d’une campagne agricole dépen- ne disposaient pas de matériaux (acier, fer)
utiliser du matériel tracté comme les charrues dante de la pluviométrie. pour la fabrication.
1
Plus de 900 ha de rizière, soit 2/3 des rizières disponibles dans la région Androy.

56
Au gm e nt at i on d e l a p r od uct i on

Une offre quasi-inexistante en semences de
qualité et en produits phytosanitaires. Avant
l’exécution desprojets ASARA et AINA dans
le district, aucune production de semence
de qualité n’existait. Les paysans achetaient
leurs semences parmi les produits agricoles
du marché local, en triant les graines (cas
de l’arachide). Le prix de graines à semer
peut monter jusqu’à 4.000 Ar le kilo d’ara-
chide, 3.200 Ar le kilo de pois de terre, un
prix équivalent à celui de semence de qua-
lité,alors qu’ils sont de qualité moindre et
d’origine inconnue. Les autres semences,
comme le riz, sont souvent importées de  2. Faciliter l’émergence des services aux agriculteurs,
Tuléar, Ihosy, Fianarantsoa et Antananarivo adaptés au contexte local
ou envoyées par des connaissances se 
trouvant dans ces localités. En outre, l’irré- L’expérience consiste à faire émerger une
(i) l’octroi d’un lot de démarrage, 
gularité de la pluie au début et au cours de boutique d’intrants pour proposer à la vente
la campagne agricole conduit souvent à la régulière des matériels, des petits équipe- (ii)  l’appui à la promotion et la facilita-
perte d’une partie voire de la totalité des ments, des semences et intrants de qualité, tion dans la mise en relation avec
semis, d’où la nécessité d’un second semis.  à un prix accessible, aux agriculteurs afin les fournisseurs, 
d’améliorer leur productivité. (iii) ainsi que dans la recherche de 
Les produits phytosanitaires sont vendussur débouchés comme la collaboration
les marchés hebdomadaires mais à des  Pour se faire, des boutiquiers locaux sont avec le FDA2 de la Région Androy et
prix inaccessibles aux paysans. A titre d’illus- identifiées et sélectionnés pour :  les autres projets et organismes 
tration, les prix des produits à base de  intervenant dans le district de Bekily.
pyréthrinoïde (Decis, Karate, Akito…) varient - Couvrir en offre de biens et de services
entre 800 à 1.000 Ariar y/ml chez les  agricoles des zones propices à l’agri- Les boutiques d’intrants ont aussi servi
marchands ambulants, s’il en existe, contre culture afin de pouvoir intensifier la comme points d’échange des bons d’outils
500 à 650 Ariary/ml pour un prix « normal ». production agricole dans ces zones ; dans le cadre des activités HIMO/OCT 3
Les marchands ambulants ne proposent -  Mettre en relation ces boutiquiers testées par AIM dans la zone. 
que de produits phytosanitaires limités  avec les fournisseurs tels que les PMS
au Decis et Karate (les plus utilisés par  et les fabricants locaux de matériels La particularité de cette expérience réside
les agriculteurs), traitant uniquement les  agricoles, afin de valoriser les compé- dans le fait que les clients futurs, c’est-à-
insectes aériens. Les produits contre les  tences locales et faciliter l’approvision- dire lespaysans eux-mêmes, participent 
maladies végétales (bactériennes, néma- nement des boutiques d’intrants.  à l’identification et la sélection des bouti-
todes, cryptogamiques, virales…) ne sont quiers avec qui ils vont commercer plus tard. 
pas proposés à la vente et ces vendeurs  L’approche menée par AIM,pour accom -
ne connaissent ni le dosage ni les risques pagner le développement de ce nouveau Trois préconditions ont été essentielles 
encourus sur les produits proposés. L’utilisa- service, se base sur la collaboration avec à cette expérience :
tion des produits phytosanitaires est sou- des épiciersdéjà bien installés. L’extension
vent réalisée de façon empirique et sur de leur offre de service contribue à dévelop- i)   le pilotage des leaders locaux pour
instruction des marchands ambulants. Les per leurs commerces, à travers un service mieux cibler les boutiquiers, 
traitements culturauxsont inefficaces ou utile au développement économique local. ii)  l’acceptation des épiciers ou bouti-
présentent des problèmes de dosage,  AIM s’appuie sur la valeur de leur relation-client.  quiers locaux de proposer cette offre
pouvant aussi affecter la santé des paysans de services additionnels, 
en cas de surdosage. AIM a privilégié la prise de risque calculé et iii) l’existence de fournisseurs locaux
le partage de responsabilité, en apportant pouvant approvisionner les bouti-
Environ 35.000 exploitations agricoles  des appuis stratégiques aux boutiquiers no- quiers de manière régulière et à un
sont recensées dans les six communes  tamment dans le démarrage de l’activité prix acceptables pour les futurs clients.
sélectionnées.  comme : 

1
Voir la fiche “financement des petits matériels agricoles via les boutiques d’intrants” dans ce recueil
2
Voir la fiche “OCT/HIMO” dans ce recueil

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A u gm en t at io n de  la  p ro d uct i on

3. Favoriser la participation effective des agriculteurs, futurs clients, 
dans le processus de sélection du boutiquier
En premier lieu, un comité de gestion, regrou -
pant les personnalités de la commune (élus, Une première série de formation est
agriculteurs, ray aman-dreny, etc.) a été donnée aux boutiquiers sur la gestion 
créé. Sa première mission a été d’identifier financière et commerciale, les outils de
le futur boutiquier et les besoins en maté- gestion des stocks, caisse, etc., étant
riels et intrants agricoles, d’assurer la mobi- donné que les détenteurs sont des com-
lisation et la sensibilisation des producteurs merçants locaux et ont déjà les notions
locaux ainsi que la communication entre les
de base de la gestion commerciale.
producteurs et le boutiquier. Les activités de
sensibilisation et d’information ont été 
menées conjointement par AIM, l’Association L’ouverture d’une boutique d’intrants fait
Manambina, le Comité de gestion et le CSA l’objet d’une animation et de promotion
Mavitriky de Bekily. Celles-ci ont permis, Photo 1: Lot de démarrage  commerciale pendant une journée, 
entre autres, de par tager la vision sur  d'un boutiquier p e n d a n t  l a qu e l l e  u n e  c é r é m o n i e
l’action qui prône un rapport qualité/prix le conduite avec les autorités locales a été
Si le boutiquier accepte les conditions fixées,
meilleur possible pour les clients (produc- organisée. D’autres animations ont lieu
un accord de partenariat est établi. Une des
teurs). avant chaque campagne agricole soit 
conditions demandées au boutiquier est la
mise à disposition d’un local réservé à la bou- 2 fois dans l’année.
La présélection du boutiquier s’est baséesur
tique d’intrants, et sa sécurisation. Le projet
l’identification par les communautés des  Après une première campagne agricole,
a apporté ses appuis à travers la fourniture
individus répondant aux critères de sélection
des matériaux pour le renforcement de la sé- une autre série de formation a été réali-
suivants : 
curité et la visibilité ainsi que pour l’aménage- sée pour les BI, à savoir : le marketing,
ment intérieur (planche et bois carré pour les la culture entrepreneuriale, la réponse
i)  épicier déjà bien installé,  étagères, peinture etc.). aux offres du Fonds de Développement
ii)  disposant d’une fibre commerciale Agricole Régional et un recyclage sur la
Une fois que le local est prêt, la dotation ini- gestion financière et commerciale. 
et de notion en agriculture, 
tiale est enclenchée à partir de la liste des
iii) capacité à investir et s’investir dans besoins recensés par le comité de gestion
Une collaboration avec la Direction 
le développement de l’activité. Un avec d’autres jugées nécessaires dans la
Régionale de l’Agriculture et de l’Élevage
devis technique sur l’ouver ture promotion des innovations techniques agri-
d’une BI, dans lequel les aspects de coles. A cet effet, la première action de mise (DRAE) de l’Androy a également permis
la rentabilité et de l’envergure du en relation des boutiques d’intrants avec les la formation de ces boutiquiers sur l’uti-
marché avaient été analysé, est  fournisseurs grossistes a été réalisée, car lisation des produits phytosanitaires.
établi, et s’ensuit un protocole de les détenteurs participent à la prospection Cette formation a été dispensée par la
collaborationà l’issue d’un entretien et à l’acquisition des marchandises. Cette Direction de la Protection des Végétaux
avec AIM. Ce protocole fixe le mode approche participative a comme objectif  (DPV). A la fin de la formation, les bouti-
opératoire de la mise en place et les de rendre conformes les marchandises à  quiers se sont vus décernés une autori-
conditions pour la gestion de la dota- acquérir, par rapport aux besoins réels des sationde revente de produits phyto  -
tion initiale. producteurs en termes de qualité, forme et sa  nitaires par la DPV.
type de produits.

4. Des boutiques d’intrants de plus en plus connues et des chiffres d’affaires 
en hausse progressive 
Les boutiques d’intrants ont été mises en Depuis leur ouverture en 2015, environ le FDAR Androy, ainsi que AIM dans le cadre
place depuis 2015. Au total, six boutiques 5.500 paysans ont été les clients réguliers de l’approche HIMO/OCT, s’approvisionnent
d’intrants sont fonctionnelles, et réparties des BI. 45% du volume de vente concerne également en matériels tractés auprès des
dans le District de Bekily. Ces boutiques ont les outils tractés. Viennent ensuite les  boutiques d’intrants pour leur intervention. 
contribué de manière significative à la réso- semences et les outils manuels avec 
lution des problèmes d’approvisionnement respectivement 26% et 15% du chiffre 
en matériels, semences et intrants agricoles d’affaires. Cette situation confirme le fonde-
de qualité au profit des petits producteurs ment des premiers critères de sélection des
agricoles locaux. sites d’implantation des BI et la réponse
choisie aux besoins des paysans. Mais, il
Le fonctionnement actuel des 6 boutiques faut noter que certains ménages se regrou-
d’intrants, de l’approvisionnement, en pas- pent et achètent ensemble les outils tractés
sant par la contractualisation avec le FDAR, (charrue, herse…), étant donné le pouvoir
les projets et les organismes intervenants d’achat relativement bas de chaque 
dans la Région Androy jusqu’à la vente aux ménage, ce qui augmente le nombre de 
paysans, se résumedans la figure suivante : ménages bénéficiaires des BI. Les projets et

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Au gm e nt at i on d e l a p r od uct i on

Concernant les semences et les
outils manuels, tous les agricul-
teurs s’y intéressent et leur vente
ne cesse d’augmenter. La proxi-
mité des boutiques d’intrants et
leur accessibilité (prix abordable)
en sont les principales causes. 

Le chiffre d’affaires total annuel
d e s  s i x  B I  é t a i t  d ’ e nv i ro n  d e 
20 millions d’Ar en 2016, première
année d’exploitation et a atteint
83 Millions d’Ar à la fin de l’année
2017. 

Les boutiques d’intrants mises en place 
à l’échelle du projet ASARA
L’appuiau développement des (i) la gestion individuelle par
services agricoles est une action  un commerçant (cas de
soutenue par l’ensemble des l’approche de AIM), 
opérateurs mettant en œuvre  (ii)  la gestion individuelle sous
la composante « appui à la pro- mandat d’un comité de 
duction » du projet ASARA, et  gestion, et 
notamment la mise en place  (iii) la gestion associative ou
e t l ’ a c c o m  p a g n e m e n t  d e s  par un réseau d’un Village
boutiques d’intrants.  Saving and Loan Associa-
tion (VSLA) ou littéralement
Aux termes du projet, 138 bou- Association et Mutuelle de
tiques d’intrants sont accom - crédit villageois.
pagnées dans les 8 districts
d’intervention du projet. Elle sont Ces boutiques offrent des ser-
été mises en place suivant des vices similaires à celles dudistrict
approches différentes. Au total  de Bekily. Le chiffre d’affaires
3 modèles de gestion de boutiques m oye n  a n n u e l  e s t  e s t i m é  à
ont été appliqués :  2.800.000 Ariary par boutique. 

5. Leçons apprises : répondre effectivement aux besoins des demandeurs 
pour pérenniser le service
Le choix du boutiquier est parmi les facteurs déterminants de la propres parcelles. Ils jouent ainsi un rôle non négligeable dans
réussite de cette expérience. Au cours de ce choix, la consultation l’offre de services contribuant à l’amélioration de la productivité
de la communauté des paysans – futurs clients du boutiquier – a agricole dans leur localité.
été une méthode de présélection du boutiquier. La dimension 
sociale de la démarche a été importante au même titre que les  Selon les données recueillies auprès des boutiquiers, les besoins
critères de rentabilité financière du service. Au fur et à mesure du exprimés commencent à se diversifier, conduisant les BI à 
développement des boutiques d’intrants, cette relation sociale du élargir leur gamme de produits comme par exemple en semence de
boutiquier avec la communauté s’est intensifiée, et les boutiquiers pois de terre, le « voanjobory marakely » pour suppléer à la variété
ont acquis des connaissances techniques inhérentes à l’utilisation Nilon communément cultivée. 
des intrants comme les semences (densité de semis, calendrier prépa-
ration du sol…), et les produits phytosanitaires (dosage, type de  Bon nombre d’organisations expriment un intérêt pourla valorisation
produit utilisé selon la maladie des plantes ou la lutte à mener) ainsi des boutiques d’intrants dans les activités d’appui au développe-
quedes matériels agricoles (mode d’utilisation…) qu’ils vendent.  ment rural. Les commandesde ces organisations en intrants et 
Ces boutiquiers, pour la plupart également agriculteurs, sont ainsi  matériels auprès des boutiques ne cessentd’augmenter puisque les
devenus des « conseillers techniques » des agriculteurs, grâce à coûts de logistiques s’en trouvent réduits et la qualité des produits
leurs connaissances théoriques et pratiques développées sur leurs  est rassurante.

Mots Clés :  Boutique d'intrants, paysans multiplicateurs de semences, fabricants locaux de materiels agricoles, produits phytosanitaires, petites exploitations agricoles, 
Auteurs :  - ANDRIAMAHARAVO Solofo, Coordonnateur Régional.
- RAZAFINDRAHAGA Franck, Chargé de Programmes.

59
Développement
des chaînes de valeur,
augmentation du revenu

L’accès au marché vise à stimuler l’intérêt et l’investissement des agriculteurs et éleveurs, des
petites exploitations familiales. Quatre filières, dont le ricin, le miel, le caprin et le haricot sec
sont considérées comme phares et ont fait l’objet d’un appui conséquent du projet, aboutissant
à des partenariats entre les producteurs et les opérateurs du secteur privé. Outre ces chaines
de valeur, de nombreuses spéculations contribuent à l’augmentation des revenus des produc-
teurs et ont également été promues (dont le poulet, caprin, pomme de terre).L’augmentation
du revenu des agro-éleveurs, par la reconquête du petit élevage (poulet gasy et caprin) et la
diffusion de la pomme terre – spéculation longtemps l’apanage des hauts-plateaux du centre
– est aussi sélectionnée comme thématiques dans ce recueil.
D é v e lo ppe me n t d es c haî ne s d e v al e ur e t a ug me nt at i on d u r ev e nu

La  plateforme agricole, 
une structure de coordination 
de la  promotion d'une chaîne de valeur

Une chaîne de valeur, prise à l’échelle  1. Des goulots d’étranglement et une marge


d’un produit agricole objet d’un échange
marchand, est constitué d’une série 
d’amélioration possible identifiés

D
d’activités des professionnels  es séries de discussions entre les tion à tous les niveaux des acteurs qui ne
produisant et transformant ce bien  différents acteurs et professionnels sont pas en mesure de fournir les informations
pour le marché, allant de la production,  respectifs des chaînes de valeur requises pour la gestion des passerelles
la transformation, le conditionnement  miel, caprin et ricin ont été organisées, au entre la production et la commercialisation
et la vente aux consommateurs finaux.  début de l’année 2014, pour déterminer d’un produit, objet de la chaîne de valeur ».
La chaîne de valeur, selon les principes  les principaux enjeux de ces filières. Il est Lorsque la problématique interfère entre au
de base énoncés par Michael Porter, vise  apparu que :  moins deux maillons ou deux profession-
à tirer une/des valeurs ajoutées  nels de la chaîne de valeur, elle pourrait
en examinant les possibilités d’avantages v Les i ntrants agri coles au ni veau  constituer un enjeu à l’émergence d’une
concurrentiels du produit ou de ses  des paysans sont insuf fisants en  plateforme car elle inhibe l’avantage
quantité et en qualité contraignant la concurrentiel le long de cette filière.
transformations pour en tirer le maximum
mise à l’échelle de la production,
de bénéfices. Ainsi, le développement v L es  p roduc teur s  a g ri c ol es  et l es  C’est dans ce contexte que les profession-
d’une chaîne de valeur dépend de la  éleveurs ne connaissent pas nécessai- nels des chaînes de valeur miel, ricin et ca-
performance de chaque maillon, ou  rement l’ensemble des maillons – ou
prin ont projeté et décidé de mettre en
professionnel, le long de la chaîne, et se autres professionnels – en aval de la
chaîne et leurs exigences respectives, place les plateformes pour assurer le pilo-
fonde sur une synergie entre les acteurs, 
v Le système de transformation des  tage et la gouvernance des filières. Le but
la poursuite d’un/des objectifs communs,
produits est sous développé : les trans- ultime est d’assurer une redistribution de la
et une prise de décision coordonnée. formateurs ne respectent pas un stan- valeur ajoutée entre les segments de la
Dans les régions Androy et Anosy,  d a r d  r e q u i s  o u  i g n o r e n t  l e s  chaîne, promouvoir les standards et les
exigences des consommateurs ou normes existants, renforcer la capacité des
les filières comme le ricin, le miel et 
d’autres demandeurs,
le caprin sont porteuses mais ont plusieurs  professionnels à produire un bien de qua-
v Le système de conditionnement des
goulots d’étranglements, au niveau de produits et la chaîne de distribution lité et en quantité suffisante, ou bien adap-
chaque professionnel et particulièrement sont peu développés, ter le produit à la demande de l'acheteur. 
au niveau des petits producteurs agricoles. v Les infrastructures structurantes ne ré-
pondent pas aux besoins de fluidité Pour ces cas-ci, deux principes ont été res-
Pourtant, des marges d’amélioration 
entre les maillons de la chaîne. Le  pectées : i) mobiliser les acteurs privés, et
existent, autant sur la quantité que sur  problème de transport pour l’achemi- ii) placer ces acteurs directs au cœur de la
la qualité des produits commercialisés.  nement des produits à cause du mau- décision pour l’appui au développement
La résolution des problèmes identifiés  vais état des routes et un coût de
des chaînes de valeur. Les professionnels
relève de la responsabilité de l’ensemble transport trop élevé sont cités ici à titre
d’exemple.  de la chaîne doivent discuter des intérêts
des acteurs de la chaîne de valeur, 
communs et mais aussi ceux divergents,
intégrant également les services  pour s’accorder ensuite sur des objectifs et
Prise dans une chaîne de valeur, le pro-
techniques de l’État. La mise en place des règles à établir et respecter. Une bonne
blème pourrait se présenter de la manière
d’une plateforme regroupant l’ensemble  suivante : « le faible niveau de structuration communication est essentielle pour ce type
de ces acteurs s’est donc révélée  des producteurs, par exemple, entrainerait d’action collective. La mise en place de la
nécessaire pour identifier de façon  des difficultés dans la quantification du  plateforme comme une structure de concer-
concertée les actions à entreprendre  volume potentiel de la production et l’orga- tation et de pilotage pour la promotion de
et prendre les décisions appropriées.  nisation de la commercialisation auprès ces chaînes de valeur est apparue comme
des collecteurs. Un coût logistique trop im- une évidence. 
Le retour d’expériences de ces trois 
plateformes, objet de cette fiche, apporte portant au niveau des collecteurs induirait
un prix exorbitant de la vente auprès de Par ailleurs, il est important de noter que
un éclairage sur les avancées en termes 
transformateurs et s’enchaînerait des de- réaliser des bénéfices de telle coopération
de création de valeur ajoutée au niveau
mandes moins importantes des consom- présuppose le respect et la confiance mutuels
de chaque maillon de la chaîne de valeur
mateur s intermédiaires et f inaux en entre chaque maillon de la chaîne. Le compor-
concernée, les contraintes de telle  tement de chaque groupe d’acteur doit être
recherche d’autres biens plus compétitifs,
organisation ainsi que les perspectives  prévisible, même si des différences subs-
etc. S’y ajouterait la fluidité encore faible
en termes de consolidation des plateformes tantielles d’intérêt peuvent exister.
et/ou émergente des systèmes d’informa-
en vue de la promotion des filières 
agricoles et d’élevage.  

62
D é v e lo ppe me n t d e s c haî ne s d e v al e ur e t aug me nt at i on d u r ev e nu

2. Une plateforme multi-acteurs comme solution ver de son champ d’action. En outre, une


plateforme agricole pourrait contribuer 
pour piloter et se concerter à « insérer » les producteurs agricoles dans
Une plateforme est une structure formelle nant le long d’une chaîne de valeur, ou le secteur privé selon un cheminement vers
pouvant avoir le statut d’Association  pour estomper les goulots d’étranglement le professionnalisme.
reconnue d’utilité publique (ARUP) pour d’une filière dont la responsabilité dépasse
être en phase avec les aspects adminis- la capacité d’un seul acteur. En d’autres Les plateformes sont actuellement opéra-
tratifs ; associant des acteurs du secteur termes, la plateforme entre en jeu lorsque tionnelles, fédérant les professionnels 
privé et public, autour de la gestion d’un les problèmes dépassent la compétence de chaque chaîne autour d’une vision 
bien économique marchand. Elle peut d’un seul maillon de la chaîne de valeurs. commune. La plateforme ricin a son siège
aussi être informelle. Elle est un espace de à la Chambre de Commerce et d’Industrie 
concertation pour faciliter l’échange et  Le spectre d’intervention d’une plateforme à Ambovombe (Androy), la plateforme ca-
l’apprentissage entre les acteurs interve- ne se limite pas uniquement aux domaines prine est sise à la Tranoben’ny Tantsaha 
de la production et la commercialisation, Rejionaly Androy et la plateforme miel se
Encadré 1 : Objet et fonction d’une des mises au point sur les conditions  trouve à Ampasy Nahampoana, district de
plateforme cadres qui l’entourent peuvent aussi rele- Tolagnaro, Anosy. 

En général, une plateforme est mise 
en place pour :
• Créer une espace de concertation des
acteurs de la filière,
• Promouvoir une bonne circulation des
informations économiques utiles aux
acteurs de la filière,
•Réfléchir sur les thèmes de plaidoyer
et de lobby identifiés par les acteurs 
et à la lumière de la stratégie de déve-
loppement de la filière (production,
commercialisation, amélioration des
conditions cadres),
•Sensibiliser pour la professionnali-
sation de l’agriculture : semences
a m é l i o r é e s ,  v u l g a r i s a t i o n  d e s 
techniques modernes  Photo 1 - Discussion entre les membres de la plateforme

Une gouvernance par la concertation, façon collège, s’apparentant comme les profes- des filières. La pérennité des activités de


de travailler au sein de la plateforme. La  sionnels des « activités principales », la plate- chaque plateforme repose sur la mobilisation
plateforme est composée d’un organe de  forme est aussi composée de représentants des ressources, le développement de parte-
délibération qui est l’Assemblée Générale des organismes d’appui et des services nariat et une meilleure compréhension des
(AG) ou le comité de pilotage (cas de la  s’apparentant aux « activités de soutien ». enjeux de la filière. A ce stade, les plate-
filière Ricin) et un organe d’exécution ou  L’État, un des soutiens, veille au bon fonction- formes ont participé à des foires, et mobilisé
comité exécutif. L’AG est constituée d’au nement de cette structure. des financements à travers la GIZ, les Fonds
moins 12 membres issus des représentants de Développement Agricole (FDA) des régions
des dif férents collèges (fournisseurs  Ces plateformes ont été accompagnées res- Androy et Anosy, le programme AROPA sous
d’intrant, producteurs, transformateurs,  pectivement pendant 6 mois pour celle du financement du FIDA et les Régions.
services publics, consommateurs). L’organe ricin et du caprin, et durant une année pour
d’exécution ou comité exécutif (élu pour 2 ans le miel. Dotées de statuts et de règlement in- Portées par des membres motivés et dotées
au maximum) est constitué d’un président, térieur et créées par arrêté régional, ces  d’un secrétariat technique, les plateformes 
un vice-président, un trésorier, deux commis- plateformes disposent d’un plan stratégique tirent, pour l’instant, un avantage grâce à
saires aux comptes, et un secrétaire exécutif. et d’un plan de travail annuel.  l’appui des partenaires techniques et finan-
L’AG prévoit deux réunions par an afin de dis- ciers ainsi que les services techniques 
cuter sur la politique de développement de la Les plateformes ont été appuyées sur le plan déconcentrés de l’État et des collectivités 
chaîne de valeur et proposer généralement organisationnel, administratif et financier, territoriales dans la promotion de leurs acti-
des solutions liées aux problèmes rencontrés. ayant abouti i) à la mise en place du comité vités. Naissantes, des faiblesses sont aussi
Chaque réunion est assortie d’un procès- exécutif, et de l’organe délibérant, ii) à la décelées comme une faible proactivité, un
verbal et de propositions d’actions faisant création d’outils et de supports de communi- sous-financement du secrétariat technique,
suite à la concertation et à la consultation cation, iii) à la mobilisation des ressources  une gouvernance sapée par la valorisation
préalable des membres de la plateforme. internes et surtout à la mise en relation  de l’intérêt personnel et un manque de suivi
En plus des représentants de chaque  des différents acteurs de chaque maillon  et évaluation des activités. 
63
Dé v e l oppe m en t d e s c haî ne s d e v al e ur et aug me nt a ti on d u r e ve nu

Les petits ruminants, comme le caprin, désor-donnée et désorganisée tant à éleveurs. Les modifications portaient


sont importants pour créer et sécuriser l’échelle locale, communale, régionale, s u r  l ’ a c c è s  a u x  s e r v i c e s  d e  s a n t é 
le revenu des éleveurs, pour l’approvi- que nationale.  animale, l’alimentation appropriée et
sionnement en aliments, la thésauri- améliorée, l’organisation des éleveurs,
sation, et pour consolider le statut rural Partant de ce constat, et à la suite de la l’adaptation des systèmes de produc-
des Antandroy. mise en place du comité de suivi du tion au contexte locale et environne-
plan de développement de la chaîne de mentale, et la conformité aux normes et
Toutefois, la filière caprine ne produit et valeur caprine, sur l’initiative de la GIZ réglementations des marchés locaux,
ne commercialise pas efficacement.  et des acteurs concernés, une plate- régionaux et internationaux. 
Au-delà de l’aspect réglementaire, forme caprine a été mise en place.
certes contraignant en l’absence de P a r m i  l e s  a c t i v i t é s  p r é v u e s  d e  l a  La plateforme « caprin » est créée par
texte qui régit l’élevage des petits  plateforme, un état des lieux de la filière arrêté régional en date du 30 mars
ruminants, et de problème de santé  doit être dressé, pour anticiper les  2 017  s o u s  l ’ i m m a t r i c u l a t i o n  0 5 /
animale, la chaîne ne parvient pas à sa- évolutions futures, et identifier les  2017/REG/ANDROY/CR/PLATEFORME.
tisfaire la forte demande en viande et besoins et les attentes des acteurs. E l l e  r e g r o u p e  4 . 2 0 0  é l e v e u r s , 
en lait. De plus, la projection de la chaîne 11 Unions, 1 Fédération, 2 transfor-
dans un avenir proche laisse penser Le potentiel pour une valorisation  m a t e u r s ,  5  c o l l e c t e u r s  l o c a u x , 
que cette situation tend à s’aggraver. accrue de la production en quantité et e t  5  f o u r n i s s e u r s  d ’ i n t r a n t s .  L e 
Dans un autre registre, le Programme en qualité existe. L’élevage caprin offre p r é s i d e n t  e s t  u n  é l eve u r,  l e  v i c e -
Sectoriel Agriculture Élevage et Pêche une large variété de produits (viande, p r é s i d e n t  e s t  u n  t r a n s fo r m a te u r, 
(PSAEP, août 2016), n’a pas mentionné fromage, lait caillé, …) qui, s’ils étaient le trésorier est un vétérinaire sanitaire
un soutien au secteur petit ruminant identifiés et commercialisés de façon et la secrétaire technique est salariée.
(caprin et ovin). Aucune aide directe aux appropriée, pourraient être valorisés sur Du fait de leur intérêt direct dans la 
petites exploitations n’est prévue. Bien les marchés locaux et régionaux. Une promotion de la filière, et de leur profil
qu’une étude technicoéconomique ne amélioration des marges économiques diversifié et interdépendant, les membres
soit pas encore réalisée et que les don- (et du prix de vente des produits) en  du comité exécutif se concertent en 
nées exploitables manquent cruelle- intervenant également pour une organi- permanence pour rechercher les solu-
ment à tous les niveaux, il apparait que sation plus efficiente de la distribution tions aux problèmes d’interopérabilité
la rémunération du travail des éleveurs e t  d u  m a r k e t i n g ,  a p p a r a i s s a i t  de chaque maillon. En cas d’insuffisance
de petits ruminants reste faible. Cette également comme réalisable. Cela  d’informations nécessaires à une prise
situation freine ainsi le développement n é c e s s i t a i t  d e s  a d a p t a t i o n s  a f i n  de décision, d’autres acteurs sont 
de la production. La commercialisation d’améliorer la valeur des produits  invités à of frir leur s exper tises et 
des produits de l’élevage caprin est et d’optimiser la compétitivité des  expériences en la matière. 

Photo 2: Eleveur de caprin dans la zone d'intervention

64
D é v e lo ppe me n t d e s c haî ne s d e v al e ur e t aug me nt at i on d u r ev e nu

3. Des résultats encourageants, prémisse Concernant la plateforme « miel », la mise


du développement des chaînes de valeur e n  p l a c e  d u  R é s e a u  d ' é p i d é m i o -
Sur veillance (RES) des maladies des
a b e i l l e s  a  é t é  u n e  d e s  p r e m i è r e s 
Aux termes de cette première période  La plateforme caprine a également pris des résolutions prises, afin de lutter contre 
d’appui aux trois plateformes, quelques ré- décisions afin d’amélioration les conditions la varoase. Le RES a pour mission de 
sultats sont à mettre à l’actif des plate- cadres comme la mise en place du cahier l a n c e r  u n e  a l e r t e  p r é c o c e  e n  c a s 
formes.  des charges de production de caprin ;  d ' a u g m e n t a t i o n  d e  l ' i n c i d e n c e  d e  l a 
Pour la filière caprine :  et le recensement du cheptel dans l’Androy maladie ou de réapparition d’une maladie
avec l’appui du Programme des Nations exotique, et de collecter les informations
Unies pour le Développement (PNUD) 1 . sur les dominantes pathologiques. La 
Des actions ont également été entreprises communication entre les apiculteurs et les
m Participation à des foires interré- à l’initiative de la plateforme, comme l’inter- services étatiques est établie, permettant
gionales et nationales : Volily vention du Service Vétérinaire de la DRAE la collecte d’une information standardisée,
Harea en juillet 2017 à Ambovombe, Androy et de chercheurs pour enrayer la et les interventions dans un bref délai. 
FierMada en août 2017, et FIA en maladie appelée « menatsinay » tuant les Un protocole de suivi a été élaboré entre
septembre 2017 à Antananarivo jeunes cabris ; ainsi que la facilitation des les membres du RES et la direction régio-
formalités administratives lors d’une vente nale de l’agriculture et de l’élevage (DRAE). 
m Activité de plaidoyer : le Ministère
de produit issu de l’élevage caprin.
en charge de l’Agriculture et de
l’Élevage a pris la filière caprine
comme prioritaire à la suite des
discussions entre les responsa-
bles régionaux et nationaux
m Développement de partenariat : 
i) avec la GIZ pour amplifier la pro-
duction et organiser la chaîne, la
mise en relation entre les opéra-
teurs du marché et les éleveurs,
une amélioration du statut sani-
taire et de l’alimentation des ca-
prins, et une structuration des
acteurs de la filière, ii) avec le FDA
pour le financement des événe-
ments et le fonctionnement de la
plateforme, iii) avec LAND O LAKES
pour la commercialisation des pro-
duits issus de l’élevage caprin.
Photo 3: Conduite de ruchers par les apiculteurs appuyés

Une autre mesure phare adoptée a été férents miels spécifiques de la région semences auprès de l’Agence Nationale de


l’immatriculation et le regroupement des comme les miels d’Agave, de Niaouli, et de Contrôle Officiel des Semences et Plants 
ruchers afin d’améliorer la traçabilité  letchis, ont été promus, ainsi que les pro- et à travers la collaboration avec les ac-
et faciliter la mise en vente de produit de la duits dérivés. Les fournisseurs étaient pré- teurs locaux comme le Centre Technique
filière miel. Cette immatriculation a permis sents pour proposés des intrants et des Agroécologique du Sud (CTAS), le FOFIFA, 
de collecter les informations et données matériels d’apiculture.  le Centre de Multiplication de Semence de
sur la filière (nombre de ruches, quantité Behara et les producteurs multiplicateurs
de production par saison, revenu généré La plateforme « ricin » a été créée dans le de semence. L’objectif de la plateforme
par la filière, etc.). 1400 apiculteurs struc- but d’assurer le pilotage et la coordination était la mise à disposition aux producteurs
turés membres de la plateforme miel de du plan de développement de la filière éla- de variétés de semences plus productives
l ’ A n o s y  s o n t  a i n s i  r e c e n s é s ,  g é r a n t  borée conjointement avec les acteurs de la e t  p l u s  a d a p t é e s  a u x  c o n d i t i o n s 
120 ruchers (3600 ruches modernes). filière en 2015. Afin d'amélioration la pro- climatiques de la region. Egalement, 
ductivité de cette culture, il a été décidé la la plateforme envisage d’appuyer les 
Enf in, la plateforme miel a par ticipé  mise en place de normes expérimentales ar tisans transformateurs, notamment 
f ré qu e m m e n t  à  d e s  foi re s  a u  n i ve a u  de graine et huile de ricin en partenariat des femmes, à travers l’amélioration de la 
national et a organisé la ‘journée du miel’ à avec le Bureau des Normes de Madagascar qualité et la commercialisation de leur 
Fort Dauphin. Durant cette journée, les dif- ; ainsi que l’inscription de deux variétés de produit. 

1
Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) met en œuvre le Projet de Moyens de Subsistance Durables et Lutte Contre la Pauvreté.

65
D é v el o ppe me nt d es ch aî ne s d e v al e ur e t a ug me nt at i on d u re v e nu

Plus de 6.000 paysans tirent bénéfice  de revenu des paysans, grâce notamment L’exercice récent des trois plateformes


de la culture, et non plus de la cueillette, aux actions de plaidoyer de la plateforme a permis de mettre en exergue les
du ricin. Le ricin est devenu une source au niveau national. points saillants suivants : 
m Le modèle multi-acteurs est un
levier de développement de la
chaîne de valeur si celle-ci est
basée sur une stratégie claire et
appropriée par ses membres. La
diversité et complémentarité des
professionnels qui se concertent
permet d’avoir plusieurs perspec-
tives et solutions à un problème,
si des compromis et des consensus
sont acceptés dans le processus
de prise de décision. 
m Une plateforme opérationnelle est
un espace approprié pour recueillir
et mettre à jour les informations
pertinentes sur la chaîne de va-
leur, étant donné que les profes-
sionnels y siègent, autant que les
acteurs de soutien. Les partenaires
techniques et financiers y trouvent
une porte d’entrée facilitant leurs
décisions sur le financement des
actions prioritaires.
m Les Collectivités Territoriales 
Décentralisées (CTD), dont les 
ressources sont extrêmement 
limitées, disposent également
d’une possibilité d’intégration de
leurs actions de développement
local à travers les plans d’actions
Photo 4: Culture du ricin élaborés par les plateformes. 

4. Des points d’attention pour une promotion continue des chaînes de valeur
Des points d’attention sont à retenir  sensibilisation sur les rôles et attributions la mise en place des outils de gestion 
notamment la gestion tournante des plate- des membres pour éviter le chevauche- et de planification pour faire fonctionner
fo r m e s  e n t r e  a c te u r s  d i r e c t s  d u r a n t  ment des postes à responsabilité. Une correctement la plateforme, la réalisation
au minimum 1 campagne culturale ; et la sensibilisation continue sur l’appropriation d’audit interne voire externe pour assurer
présidence doit être assurée par un(e) de la vision, mission et valeur de la plate- une bonne gestion financière. Enfin, un
élu(e) qui soit aussi issu(e) de ces acteurs forme ainsi qu’un renforcement de la soli- appui pour la recherche de financement et
directs. darité entre les membres de la plateforme le développement des ressources finan-
sont aussi nécessaires pour qu’ils soient  cières des plateformes s’avère judicieux. 
En termes de gouvernance et organisa-
reconnus et confortés dans leurs rôles.
tion, des améliorations méritent aussi Un accompagnement externe est recom-
d’être mentionnées, à savoir l’élaboration En termes de gestion et opérationnali- mandé durant les premières années 
des critères pour les administrateurs qui sation, sont recommandés l’élaboration  afin d’appuyer la plateforme sur tous ces
vont siéger aux organes exécutifs, une de plan d’action annuel et de budgétisation ; différents points. 

Mots Clés :  Chaîne de valeur, plateforme, valeur ajoutée, coordination, miel, caprin, ricin, accès au financement, gouvernance d'une filière
Auteurs :  - SOLOFOHARINIAINA Ludovic  
- NENANA Bodo 

66
Dé v e l oppe m en t d e s c haî ne s  d e  v al e ur  et  aug me n ta ti o n d u r e ve nu

Amélioration de la qualité des produits agricoles 
pour favoriser l'accès aux marchés : 
cas des unités mobiles de collecte 
et d’extraction de miel

1. L’apiculture : 
une filière en plein essor, orientée vers le marché
Entre 2007 et 2013, le nombre de ruches a
L’apiculture est une activité 
augmenté de 8% et les exportations de miel L’augmentation d’une production de 
ayant un potentiel de développement d e  61 %  d a n s  l e  m o n d e .  M a l g r é  c et te  qualité devait passer par des appuis
dans la partie Sud et Sud Est  croissance, l’offre en miel n’arrive pas à sa- avant de conquérir les marchés : 
de la grande île à cause de tisfaire la demande. Dans ce contexte, il 
l’abondance des plantes  apparaissait pertinent de développer la  -    Augmenter le volume de production de
production du miel des régions du Sud et du façon stable 
mellifères. Elle est une activité
Sud-Est de Madagascar, en l’orientant vers
additionnelle souvent pratiquée des produits de terroirs comme les miels de -  Maîtriser et contrôler la manutention et
par les agriculteurs car elle exige baie rose, de cactus, de litchi... très appré- la commercialisation du miel
peu d’investissement en capital ciés des exportateurs et des consomma-
-  Protéger et augmenter les ressources
et le temps à y consacrer est  teurs.
mellifères
réduit. L’apiculture est une acti-
Cette activité à fort potentiel a donc été  -  Informer e t former les apiculteurs aux
vité à la fois viable et rentable, et choisie par la GIZ dans le cadre du projet 
maladies et ennemies des abeilles
peut servir de complément de  ‘Résilience par chaînes de valeur1, afin de
revenu pour les petits producteurs constituer à terme un revenu additionnel -  Mettre en place des structures faitières
agricoles. De plus, l’activité peut aux chefs de ménages, notamment aux plus  pérennes et opérationnelles
vulnérables. 
être pratiquée aussi bien par 
les hommes que par les femmes. La mise en place des unités d’extraction  standard. Elles ont permis d’attirer des
mobile consistait à doter des apiculteurs acheteurs, et par conséquence d’augmenter
s t r u c t u r é s ,  e n  m a t é r i e l s  p e r m et t a n t  la production à un prix de vente rémunéra-
d ’ a s s u r e r  u n e  p ro d u c t i o n  d e  qu a l i t é  teur pour les producteurs. 

2. Un potentiel de développement de la filière miel 
mais des producteurs isolés les uns des autres
Les régions du Sud et du Sud-Est de Mada-
gascar sont caractérisées par un enclave-
ment impor tant entre les villages, les
communes d’une même région, et vers les
autres régions de Madagascar. Les petits
producteurs sont éparpillés dans des vil-
lages isolés ce qui ne facilite pas la mise en
vente du produit. Les acheteurs cherchent à
accéder au produit à un coût concurrentiel.
Seuls des points de collecte regroupant une
quantité de miel suffisante, et avec un stan-
dard de qualité commercialisable, pou-
vaient attirer ces acheteurs. 

L’acheminement des ruches pour la récolte
du miel vers un point de collecte, ou la 
fourniture d’un miel de qualité auprès de ce

Photo 1: Unité mobile d'extraction et de collecte de miel
1
Le projet ‘Résilience par chaînes de valeur’ est cofinancé par la Deutsche Zusammenarbeit. Il constitue la Composante ‘Chaîne de valeur’ du projet ASARA

67
D év e l opp em e nt  d e s cha în es  d e  v al e ur  e t aug m en ta t io n du  r e v en u

point de collecte, posaient ainsi un véritable d’hygiène, et peuvent stocker la récolte aux centrifugeuse manuelle (extracteur de


problème. Pour s’assurer de la conformité  chefs-lieux de communes, pour faciliter  miel), d’un couteau à miel, d’une passoire 
et de la qualité du miel, il est apparu  l’accès des produits aux acheteurs.  à double filtre, de seaux avec couvercle
opportun de mettre en place des petites pour la collecte et d’un fût de stockage. 
unités mobiles d’extraction et de collecte  Les matériels sont peu coûteux comparés 
de miel, à l’échelle communale. Ces unités à une infrastructure conventionnelle  Son coût est de 3.5 Millions d’Ar soit 
disposent du matériel nécessaire à l’extrac- (miellerie moderne) et ils sont facilement environ 1.000€. Les matériels nécessi-
t i o n  et  a u  s to c ka g e  d u  m i e l .  E l l e s  s e  déplaçables vers les sites de production. tent p eu d’ent ret ie n (l ava ge ap rès
déplacent dans les villages pour assurer la Les « extracteurs mobiles » sont composés chaque utilisation) et leur durée de vie
collecte du miel dans de bonnes conditions d’une tente pour servir d’atelier, d’une  est de 5 ans.

3. Des unités mobiles : extraction, collecte, formation et conseil aux apiculteurs, 
et plus encore…

Les extracteurs mobiles sont gérés par de
petits groupes de personne appelés les 
unités de collecte (UC). Ils assurent la 
récolte et la collecte du miel au niveau des
organisations des producteurs d’une même
commune. Ces unités sont composées de 
4 apiculteurs, dont 2 reconnus comme 
« paysans formateurs » et 2 producteurs 
désignés par l’organisation de producteurs
de la commune. 

Une unité de collecte couvre en moyenne
100 producteurs de miel, soit 200 à 300
Photo 2 : Organisation
ruches.  d’une unité mobile

Dans le cadre du projet Résilience par
chaines de valeur, 25 unités mobiles ont
été mises en place par la GIZ : 12 en Anosy, production, en tenant compte des périodes a f fe c t é s  d ’ u n e  p a r t  à  l ’ e n t r e t i e n  e t 
4 en Androy et 9 à Atsimo Atsinanana,  de production du miel, en général 2 fois par maintenance des matériels (40%), et 
couvrant ainsi 25 communes.  an en fonction des zones (baie rose/litchi ; d’autre part à la rémunération du personnel
niaouli/litchi ; etc.). de l’unité mobile (60%). 
Outre la récolte et la collecte de miel, l’unité
mobile est aussi un moyen de former les L’unité mobile joue également un rôle  La récolte moyenne annuelle par unité 
apiculteurs. Les 2 apiculteurs ‘paysans  important dans la commercialisation des mobile est de 8 tonnes de miel, soit un 
formateurs’1 de l’unité mobile assurent un produits puisqu’elle travaille étroitement chiffre d’affaires moyen de 56.000.000Ar
rôle de conseiller aux producteurs pour avec les coopératives ou les opérateurs  en 2017. L’unité mobile prélèverait ainsi
qu’ils adoptent de bonnes pratiques  économiques acheteurs de miel 8.000.000Ar. Le budget d’entretien et
apicoles, notamment la conduite du rucher d’amortissement du matériel est estimé 
et la préservation de la survie de la colonie. L’unité mobile reçoit en échange de ses  à 3.200.000Ar et chaque personnel est 
L’unité mobile fixe le calendrier de la  services 1.000Ar en numéraire ou en miel indemnisé à hauteur de 1.200.000Ar par
campagne de récolte pour chaque site de par litre de miel extrait. Les revenus sont  an pour le service rendu.  

1
Ils sont agréés par le Fonds de Développement Agricole (FDA) de chaque région comme « paysans formateurs », et constituent ainsi une offre de services de proximité

68
D é ve l op pe me nt  d e s cha în e s d e  va le u r e t  au gm e nt at i on du  r e v e nu

3. Une augmentation 
significative du volume 
de production locale 
et du prix aux produc-
teurs

En 2013, avant l’installation des unités mo-
biles, le prix du miel était de 2.100Ar/kg sur
les marchés locaux, pour atteindre jusqu’à
7.000Ar/kg en 2017. L’augmentation du prix
du miel aux producteurs est due à l’amélio-
ration de la qualité du miel, et également
au regroupement des producteurs, facilitant
la négociation du prix et une diminution des
coûts de logistique pour les acheteurs. 

La production n’a cessé d’augmenter, 
passant de 2 tonnes en 2014, à 7,8 tonnes
en 2016 et 39 tonnes en 2017. Environ
3.000 apiculteurs, dont 400 femmes
chef fes de ménages, ont été intégrés 
à cette chaîne de valeur et voient leurs 
Photo 3: Magasin de stockage de miel revenus considérablement augmenter.

4. Une marge d’amélioration pour augmenter le volume
de production du miel de terroir 
La chaîne de valeur miel a fait une formi- Toutefois, des marges d’amélioration exis- Enfin, il est impératif de garder une atten-
dable avancée avec la mise en place des tent afin d’augmenter la performance de la tion continue sur la maitrise du cahier des
unités mobiles d’extraction et de collecte de filière miel à travers les unités mobiles  charges, notamment l’augmentation sinon
miel dans les zones de producteurs, isolées d’extraction et de collecte de miel. D’abord, la stabilité du volume de miel produit et le
les unes des autres mais présentant un une forme de reconnaissance de ces unités maintien de la relation de confiance avec
avantage certain avec leur miel de terroir. par une certification pour un agrément de les collecteurs pour écouler les produits
Du point de vue structurel, les unités  la miellerie mobile auprès des organismes continuellement sur le marché.   
mobiles sont le maillon ultime pour connec- compétents serait un gage de valeur ajoutée. 
ter les petits producteurs aux collecteurs et
autres transformateurs et distributeurs. Ensuite, une réflexion pour l’amélioration 
Elles créent une valeur qualitative et mar- de l’efficience est encore nécessaire. 
chande additionnelle au miel offert sur le Le déplacement de matériel d’extraction 
Mots-clés : Unité mobile de collecte et d'extrac-
marché. Les unités mobiles, actives depuis et de collecte autre qu’à dos d’homme et  tion de miel, miel, apiculteurs, orga-
2015, disposent d’un personnel formateur à vélo devra être repensé. Il s’agit de propo- nisation des apiculteurs, formation,
conseil, conduite du rucher, paysan
ayant des aptitudes pour la manutention. ser des moyens de déplacement plus  formateur
Elles peuvent continuer à exercer sur la performants sans augmenter excessive-
Auteur :      Onja RAKOTOLALAO, Expert 
base de ces acquis.  ment les charges de l’unité.  Technique en chaine de valeur

69
D év e l opp e me nt  d e s cha în e s d e  va le u r e t au gm en t at io n du  r e v en u

Expérimentation et diffusion de la variété
de pomme de terre Bandy Akama 
dans le District de Betroka

La pomme de terre occupe la quatrième
1. Trouver une solution pour l’augmentation du revenu
place derrière le riz, le manioc et la patate des paysans afin de réduire la période de soudure
douce en termes d’alimentation de base de
la population Malagasy. Elle est surtout 
produite en milieu rural comme une culture Les divers ateliers de concertation avec les comme : l’aménagement et la préparation
d e  r e n t e ,  m a i s  p e u t  c o n s t i t u e r  u n  producteurs en 2014 dans 21 communes du sol, la fertilisation, le semis, l’entretien 
complément alimentaire lorsque le riz vient
avaient mis en exergue que i) le district de et la récolte. Durant la phase de diffusion
à manquer. Initialement cultivée dans les
régions des hauts plateaux de Madagascar, Betroka dispose une potentialité agricole des résultats, les PL ont assuré l’appui et
la pomme de terre commence à se cultiver pour cette spéculationà peine exploitée  conseil des producteurs-adoptants. 
dans d’autres régions tempérées du pays, ii) les principales cultures vivrières, dont le
grâce au développement d’itinéraires  riz et le manioc, ne sont plus suffisantes  Les PL sont des paysans volontaires, mais
techniques améliorés.  pour répondre aux besoins alimentaires de ils sont conscients du risque d’échec comme
la population.  de réussite au cours de l’expérimentation. 
Ainsi, ADRA, dans le cadre du projet ASARA,
a introduit cette spéculation par des tests De 2015 à 2016, des tests variétaux ont L’existence d’une intervention antérieure 
variétaux dans 21 communes du district 
d'abord été réalisés pour identifier les variétés du Fer t, en 2005 dans la commune de 
de Betroka, durant 2 contre-saisons 
successives, avant de diffuser les variétés de pomme de terre les plus adaptées aux Tsaraitso, qui a initié la promotion de la
adaptées dans l’ensemble de la zone. Les zones de culture. Les zones répondent aux pomme de terre a facilité également la 
variétés introduites et testées sont Bandy conditions pédoclimatiques appropriées à la sensibilisation et l’adhésion des producteurs
A ka m a ,  M a h a r evo  e t  M eva ,  p a r  u n e  pomme de terre et ont aussi des précédents à cette expérience.
approche « paysan leader » et la diffusion a culturaux favorables1, entre autres, l’oignon,
été faite en cascade auprès des paysans l’arachide, le riz et le maïs. 
adoptants. 
L’approche choisie pour l’expérimentation
L’expérimentation et la dif fusion ont 
démontré des résultats positifs mais aussi
de la culture de pomme de terre s’est faite 
à travers des paysans leaders (PL) dont les
2. La phase expérimentale
quelques contraintes qui méritent d’être
l e v é s .  L a  p o m m e  d e  t e r r e  a  p e r m i s  tâches, au cours des tests, sont la gestion
une amélioration du revenu des petits  des parcelles d’essai qui sont les principaux Pour l’expérimentation, 42 PL ont été 
producteurs, et une amélioration consé- lieux d’apprentissage. La gestion des  volontaires et servi de points focaux sur le
cutive de leurs conditions de vie. parcelles d’essai est constituée des tâches terrain. Trois variétés de semences de
pomme de terre ont été sélectionnées : 
Bandy Akama, Maharevo et Meva, avec des
matériels adéquats.

Les paramètres de mesure utilisés pour
analyser les résultats d’essai sont :

- La productivité
- L’adaptation du milieu
- L a  s e n s i b i l i t é  e t  l a  r é s i s t a n c e  a u x
ravageurs et diverses maladies
- La précocité

La phase test a été conduite durant 2 cam-
pagnes suivant un protocole opératoire iden-
tique sur toutes les parcelles. Deux sites
d’expérimentation ont été installés par com-
mune. Chaque site est constitué de 3 par-
celles de culture pour chacune de trois
Photo 1: Préparation des parcelles avec la technique d'irrigation goutte à goutte. variétés. 

1
Température de 15-20*C, sol de textures légères, riches en matières organiques, pH neutre.

70
Dé v e l oppe m en t d e s c haî ne s  d e  v al e ur  et  aug me nt a ti on  d u r e ve nu

2.1. Présentation des résultats État sanitaire de la culture.  Les parcelles


Encadré 1: Protocole opératoire pour
les 3 variétés testées obtenus étant traitées de la même façon, quelques
taches ont été observées sur le feuillage
pour la variété Bandy Akama et Meva. 
Développement végétatif de la plante.  Cependant, quelques dégâts dus aux 
- Itinéraire technique identique Un climat frais, dont la température est diverses attaques de maladie (mildiou, 
- Même traitement phytosanitaire comprise entre 18-20*C, et une irrigation flétrissement) ont été observés sur les 
- M ê m e  q u a n t i t é  d e  s e m e n c e  régulière d’environ 455 mm soit 3-4mm parcelles de la variété Maharevo et cer-
et superficie identique d’eau/jour permettent un développement taines maladiesont été observée sur les 
optimal de la plante. La pomme de terre  tubercules. L’observation des plantes réalisée
est sensible au déficit en eau dans le sol. durant le suivi : au moment de la croissance
- Essai à 1 répétition La période fraîche de juin à septembrea végétative et avant le début de récolte est
- Parcelle de 2 ares par variété soit p e r m i s  u n  d é ve l o p p e m e n t  r a p i d e  e t  présentée dans le tableau ci-dessous
30kg de semence homogène de la culture. 
- Comparaison et test variétal suivant
les mesures et observations :
- Vigueur et précocité 
- Rendement total et commercial
(pesée sur 20 mètres linéaires), 
- Poids moyen des tubercules, forme 
- S e n s i b i l i t é  a u x  r a v a g e u r s 
(taupins) et maladies (mildiou) 

Concernant spécifiquement le rendement :
m e s u r e  d u  r e n d e m e n t  t o t a l  e t 
mesure du rendement commer-
cia-   lisable (tubercules de diamètre
> 35 mm). La forme des tubercules 
a également été décrite.
Photo 2 : Pomme de terre en phase de développement végétatif.

Tableau 1: Comparaison de la vigueur et de la nécrose des feuillages des 3 variétés Précocité. Cultivée à partir de 20 juin et la


récolte a débutée à partir du 10 septembre,
Vigueur  soit 80 jours après plantation pour la 
Variété Nécrose des feuillages
(notation de 1=faible à 5=très forte) variété Bandy Akama la plus précoce, suivie
de la variété Maharevo, récoltée le 21 
BandyAkama 4 Très peu nécrosé septembre et la variété Meva a été récoltée
le 25 Septembre. 
Maharevo 2 Moyennement nécrosé

Meva 3 Peu nécrosé

Tableau 2 : Mesures agronomiques des 3 variétés expérimentales
Rendement 
Pourcentage
Rendement Commercialisable Poids moyen
Commercialisable
Délai  (kg/are) (Kg/Are avec de tubercules
Date de récolte Variété (diamètre>35mm)
Plantation-récolte (a) un diamètre commercialisable
((b)/(a))x100
de tubercules > en g
35 mm)(b)
10 Sept 80 jours BandyAkama 145 129 89% 137
21 Sept 91 jours Maharevo 120 108 90% 132
25 Sept 95 jours Meva 165 136 82% 130

71
D év e l opp e me nt  d e s cha în e s d e  v a le ur  e t au gm en t at io n du  r e v en u

Rendement commercialisable.  À l’are, le
Figure 1: Résultat comparatif du rendement commercialisable des 3 variétés
rendement moyen de l’essai est de 143,3kg
dont 124,3kgsont commercialisables2 soit
86.7%, ce qui est satisfaisant. Il n’y a pas
eu d’autres déchets comme des tubercules
verts, et les dégâts de taupins sont faibles
et peu pénalisants. 

La variété Maharevo est la moins productive
mais avec un rendement commercialisable
supérieur ou proche de 90%. Les variétés
Meva et Bandy Akama présentent un rende-
ment plus élevé mais le pourcentage 
commercialisable est compris entre 76 et
89%.

Pour les variétés les plus précoces, Bandy
Akama et Maharevo, le rendement commer-
cialisable est proche de 90%.

2.2. Leçons apprises durant la
phase expérimentale
L’expérimentation au champ dans les condi-
tions « normales » permet de simuler dans
un contexte réel – notamment pour le 
paysan lui-même et aussi pour les condi-
tions culturales . La méthode comparative
est également utile pour permettre un choix
éclairé en tenant compte de toutes les 
caractéristiques positives et négatives de
chaque variété.   Photo 3: Pomme de terre commercialisable

Cet essai a permis une évaluation de  Tableau 3: Comparaison des critères de choix des 3 variétés
3 variétés de pomme de terre disponibles 
et pouvant être adaptées dans toutes  Critères Bandy Akama Meva Maharevo
les Communes du district de Betroka.  Rendement >15T/ha >15T/ha >15T/ha

En reprenant les 4 critères de sélection  Précocité ++ - +
de la meilleure variété, les caractéristiques
Calibre 137g 130g 132g
des 3 variétés peuvent être résumées selon
le tableau suivant :  Homogénéité de forme ++ + -

2
Tubercules de diamètre > 3.5 mm

72
D év e l opp e me nt  d e s cha în e s d e  v a le u r e t au gm en t at io n du  r e v en u

3. La phase de diffusion 
À la suite des résultats des tests variétaux, contexte géo-climatique est favorable  v Conquérir de nouveaux marchés de
les deux variétés qui s’avèrent être adap- à savoir : Analamary, Bekorobo, Betroka,  pomme de terre à l’extérieur du district
tées dans la zone à savoir BandyAkama  Ianabinda,Tsaraitso, Isoanala, Benato Toby, : à Ihosy pour Jangany, Andriandampy,
et Meva ont été diffusées. Une dotation de Ambalasoa, Andriandampy et Naninora. Tsaraitso, et à Ambovombe et For t 
9.600 kg semences a été attribuée à 460 Dauphin pour Ianabinda, Isoanala, 
bénéficiaires issus de 16 communes  Chaque paysan a récolté environ 165kg de Bekorobo, Beapombo 2
sélectionnées. Des lots de de matériel pomme de terre avec un revenu pouvant
comme les pulvérisateurs pour le traite- aller jusqu’à 250.000Ar. 95% des ménages Par ailleurs, la pratique de contre saison sur
ment phytosanitaire ont été aussi fournis bénéficiaires sont satisfaits du rendement rizière, en rotation culturale avec le riz, procure
aux paysans adoptants. Cette diffusion  obtenu. Grâce à cette nouvelle spéculation, une diminution du temps de travail de sol
a été accompagnée par les PL auprès des ils ont eu la capacité de : en début de campagne pour la riziculture et
paysans adoptants. v Subvenir aux besoins liés à la scolarisation une augmentation de rendement de riz de
de leurs enfants  l’ordre de 30% comparé à la technique de
La diffusion a été faite durant la période de v Réduire la période de soudure d’environ riziculture sans rotation culturale avec les
contre-saison – le plus optimal pour la 1 à 2 mois selon la taille du ménage, à maraîchères. La rizière étant fertilisé, amendée
pomme de terre car en période fraiche, partir du revenu généré par la vente de et facile à labourer après la récolte de
mais la contre-saison est aussi inscrite dans pomme de terre, pomme de terre. 
les pratiques d’exploitation agricole locale3. 
Monsieur Tovondrainy Florentin, 38 ans, paysan domicilié dans la Commune Ianabinda a pu
construire sa maison d’habitation avec la culture et la vente de pomme de terre. Pendant trois
Au cours de cette phase de diffusion, la 
années successives, il a eu une recette annuelle d’environ 700.000 Ar. Il a conclu que le nom
récolte de pomme de terre dans l’ensem
de la variété BandyAkama n’est pas le fruit hasard, Selon lui, cette variété est vraiment « un bon
ble des communes est de 112 Tonnes dont
compagnon » qui a sauvé des paysans en difficulté économique au sein du district.
80% proviennent des 10 communes où le

Tableau 4: Problèmes rencontrés et solutions adoptées Malgré cette expérimentation et une phase
de diffusion concluante pour la variété Bandy
Problèmes rencontrés Pistes de solutions ou solutions adoptées Akama, des problèmes ont été rencontrés
et des solutions ont pu être adoptées. 
- Engrais utilisés non contrôlés - Renforcement d’appui sur l’élaboration de
- Action limitée des bios pesticides : compostage
faible niveau de protection phytosa- - Partenariat avec DPV (direction de protection
nitaire des végétaux) 4. Pérennisation des acquis
- Authenticité de semences certifiées - Structuration et appui des Groupements
Production

douteuse de producteurs de semences plus profes- Assurer la disponibilité des semençaux


- Absence de structure locale  sionnels en collaboration avec l’ANCOS  dans la zone de production. Une structu-
d’approvisionnement en semence   régional ou national ration des fournisseurs de semences sera
- Introduction des matériels innovants une des pistes de solutions afin d’en 
- Faible disponibilité d’eau 
pour l’irrigation dans certaines (pompe à pédale et système de micro-irri- a s s u r e r  u n e  r é g u l a r i t é  a u p r è s  d e s 
communes. gation), réhabilitation et construction des producteurs. 
barrages hydro-agricoles
- Enclavement de certaines  - Commercialisation sur le marché local Produire non seulement en contre saison
communes de production mais aussi pendant la grande saison. Cela
Commercialisation

- Mise en relation des producteurs avec 
- Contact extérieur difficile pour la les clients sur le marché externe et mettre permet de stabiliser l’offre de pomme de
commercialisation en place un système d’information sur  terre sur le marché et fidéliser les clients et
- Manque de cadre de concertation le marché extérieur et structuration  les consommateurs. 
entre les acteurs de coopération comme appui 
à la commercialisation Conquérir de nouveau marché à l’échelle 
- Manque de structure de commer-
cialisation locale, régionale et nationale. La demande
demeure toujours un moteur de la production,
- Manque et insuffisance de magasin - Construction des magasins de stockage 
ainsi s’en assurer permet de dif fuser 
de stockage et matériels adéquats (étagères, palettes…)
Conservation

intensivement la pomme de terre Bandy
- Difficulté de conservation de semences - Approvisionnement de sac en filet.
Akama. 
plus longtemps par rapport  - Formation en stockage de production
à la situation climatique.
Mots clés : Pomme de terre, Bandy Akama, méthodologie expé-
- Disponibilité et accès difficile  rimentale, diffusion, production, rendement, revenu, culture de rente, 
aux emballages Auteurs :  - RANAIVOTAHINA Zo Harisandratra (CR Sud ADRA) 
- MAROLAHY Dominique (CP ASARA) , 
- SOLOFONIAINA Maminirina (RTVA ASARA) , 
3
70% des paysans dans la zone organisent leur exploitation surtout maraîchère en contre-saison. Par conséquent, - EDINO Jean Noelson (M&E ASARA)
les légumes sont disponibles au marché presque toute l’année, et plus particulièrement d’Août à Septembre. 

73
D é v e lo ppe me n t d es c haî ne s d e v al e ur e t a ug me nt at i on d u r ev e nu

Technique améliorée d'élevage de poulet gasy 
en Androy et Anosy: 
une réponse à la décapitalisation des cheptels

L’élevage de poulet Gasy a une place 1. L'élevage de volaille dans les ménages


importante dans les ménages des  des régions Anosy et Androy : un compte épargne
régions Androy et Anosy. Majori-
qui s’effrite rapidement
tairement opéré par des femmes, 

D
cet élevage permet aux familles de années, et selon le degré de vulnérabilité
ans les régions Anosy et Androy,
subvenir à leurs besoins quotidiens,  l’élevage de volaille est répar ti  du ménage, l’on assiste à une décapitalisation
et progressivement d’accumuler un géographiquement de manière  partielle ou totale des cheptels de volaille. 
revenu plus important leur permettant homogène étant donné que la plupart des
d’acquérir un cheptel de caprins  ménages le pratique. Le cheptel moyen est Cet élevage à cycle court constitue une
de 17 volailles par ménages . L’élevage de épargne et une source de trésorerie en cas
ou de zébus : signe d’une ascension
volaille reste une activité peu demandeuse d’urgence survenue dans la vie quotidienne
sociale, par l’amélioration des  des ménages ruraux. En d’autres termes,
d’investissement et peu couteuse. En effet,
techniques d’élevage. Des améliora- l e s  p o u l e t s  g a s y  s o n t  é l e v é s  e n  l’élevage de volaille peut être considéré
tions techniques permettent de  divagation et ne bénéficient pas de soins comme un compte épargne, dont le cheptel
maintenir un cheptel « capital »  particuliers en termes de gardiennage  de base est le capital.Les « sorties » sont
en place, débouchant sur une bonne et d’alimentation. les produits de la vente, les volailles mortes
ou perdues et les intérêts sont les volailles
reproduction du cheptel 
Ce modèle d’élevage a sa propre fonction issues de la reproduction du cheptel de
et l’augmentation du revenu issu  base. Dès lors que les sorties dépassent
dans la vie sociale et économique des agro-
de cette activité économique.  éleveurs de ces régions : les volailles sont les intérêts issus de la reproduction, la 
L’expérience d’AVSF dans les régions vendues pour couvrir les besoins financiers, décapitalisation débute réduisant le chep-
du Sud Malagasy, présentée dans certes mineurs mais périodiques. De tels tel à quelques têtes jusqu’à l'épuisement.
cette fiche, démontre que de néces- besoins financiers apparaissent en cas de De telle situation rend le ménage encore
c h o c s  c l i m a t i qu e s ,  p a r  exe mp l e  u n e  plus vulnérable à d’autres chocs, les 
saires et utiles améliorations de la
sècheresse prolongée affectant les récoltes enlisant dans un cycle infernal de pauvreté. 
conduite de l’élevage de poulet gasy, De ce qui précède, l’élevage de volaille a
issues de l’agriculture familiale, ou en cas
ont abouti à un accroissement  de maladies affectant les animaux d’éle- certainement une place non négligeable
du revenu – difficile certes à démontrer vage, ou en cas de chocs économiques dans la vie économique des agro-éleveurs
mais identifiable par l’amélioration comme la flambée des prix des produits de du Sud. Il mérite une attention soutenue
des conditions socio-économiques  p r e m i è r e  n é c e s s i t é .  S e l o n  l e  d e g r é  p o u r  s e  d é ve l o p p e r  e f f i c a c e m e n t  e t 
d e  s é v é r i t é  d u  c h o c ,  d e  p l u s  e n  p l u s  contribuer à l’amélioration des conditions
des ménages ruraux et particulièrement
récurrents au cours de ces dernières  de vie socio-économiques des agro-éleveurs.
de celles des femmes.

1
Selon une enquête réalisée en octobre 2017 dans le district de Tsihombe auprès de 385 éleveurs

74
D é v e lo ppe me nt d es ch aî ne s d e v al e ur e t a ug me nt at i on d u re v e nu

2. Comprendre les contraintes multiples au maintien volailles auprès d’un éleveur qui n’est pas


dans le besoin, il aura des difficultés de 
d’un cheptel de base et au développement négociation et le prix en sera d’autant plus
de l’élevage de volaille élevé. Ce second cas s’est produit dans
bon nombre de communes du Sud, avec
L’él evage t radit ionnel de vola il le est n Sanitaire : Les volailles, malgré l’élevage les achats volumineux de volaille aux 
confronté à plusieurs facteurs ralentissant de race locale, rustiques et adaptées au éleveurs locaux, opérés par des ONG à des
son développement : contexte climatique, restent sensibles aux fins de dotations pour d’autres éleveurs
aléas sanitaires tels que les épidémies de vulnérables, comme mentionné plus haut.
n Social : Comme mentionné précédemment, peste aviaire (maladie de Newcastle), le En conséquence, le prix de vente des 
les agro-éleveurs des régions Anosy et  choléra aviaire et le Gumboroqui peuvent volailles a quintuplé en trois ou quatre 
Androy pratiquent un élevage d’épargne décimer jusqu’à 100% du cheptel en cas années dans certaines zones. De telles
dont l’objectif est d’avoir accès à une  de non vaccination. De plus, le taux d’infes- pratiques génèrent des profits pour les 
liquidité permettant de subvenir à des  tation parasitaire (interne et externe) reste éleveurs en possession d’un cheptel par
besoins ponctuels voire imprévus. L’effectif élevé altérant fortement la croissance des contre elles défavorisent les éleveurs qui
du cheptel est très fluctuant, dépendant animaux pouvant même provoquer des souhaitent se recapitaliser ainsi que le
des aléas sociaux pour la décapitalisation, mortalités. consommateur.
de la di sp oni b i li té ali mentai re et de  L’élevage de volaille n’étant pas considéré
l’absence de pathologies pouvant toucher comme un élevage de rente, les dépenses n Zootechnique : Les performances de
les animaux. en santé animale pour cette espèce ne croissance des animaux est le dernier 
sont pas courantes. L’inter vention de  objectif des éleveurs de volaille. En effet,
De plus, l’élevage de volaille est pratiqué certaines ONG œuvrantdans le secteur de l’élevage en divagation offre un avantage
en majorité par des femmes . Cette activité la santé animale permet aux agro-éleveurs certain en ce qui concerne les ressources
p e r m e t  a i n s i  d e  r e s p o n s a b i l i s e r  l e s  de profiter des soins de santé animale  humaines nécessaire et les dépenses en
femmesdans le domaine de l’élevage et gratuits lors de campagne de vaccination aliment, mais cette pratiquea aussi des 
ainsi participer au développement écono- et de déparasitage.  inconvénients d’un point de vue zootech-
mique de ce secteur. nique : i) l’alimentation est incontrôlée,
n Économique :Désorganisé, le marché de  aussi bien au niveau quantitatif que quali-
n Environnemental : Les périodes de  la volaille enregistre des variations consi tatif ; ii) la reproduction est anarchique ; 
sécheresse chronique sont les principaux dérables entre les communes. À titre d’illus- iii) l’infestation par les maladiesest facilitée
aléas climatiques auxquels sont exposées  tration, en Novembre 2017, une volaille se par le contact avec d’autres volailles 
l’élevage de volaille dans le Sud Malagasy. négociait à 7.000 Ar à Tsivory, tandis que le d ’ é l eva g e  vo i s i n  ;  et  i v ) l a  p r é d a t i o n 
Deux périodes de sécheresse peuvent  prix atteignait 15.000 Ar à Anjampaly. nocturne est augmentée.
induire une décapitalisation : 
Les prix de vente sont aussi fluctuants
selon la période de l’année, plus élevés en Néanmoins, certaines pratiques tendent 
i) La première lors de l’insuffisance de pré- à s’améliorer :
p é r i o d e  d e  f ê t e s  e t  a u  m o m e n t  d e s 
cipitations en saison des pluies,soit entre
récoltes, et moins avantageux en période
Janvier et Mars, réduisant considérable- i) Du son de riz, de maïs ou de la farine de
de soudure , pour les agro-éleveurs. De
ment la récolte agricole. Cette période  m a n i o c  o u  d e  p a t a t e  d o u c e  s o n t 
plus, un accroissement du prix d’un poulet
de sécheresse (ou pluviométrie inférieure distribués quotidiennement aux volailles
moyen a été constaté depuis 2014,allant
à la normale) engendre une vente mas- pour un complément alimentaire ;
de 5.000 Ar à 12.000 Ar, à période et lieu
sive des volailles pour acheter les vivres ii) Un poulailler fait de matériaux locaux
équivalents. L’offre insuffisante par rapport
nécessaires à l’alimentation familiale.  permet de cloitrer les volailles durant la
à la demande des consommateurs et la 
Le prix de vente est généralement bas nuit et d’offrir un lieu de ponte ; 
dotation de cheptel par des opérateurs de
puisque l’offre est abondante sur le  iii) Un coq est souvent présent dans le
projets de développement ou d’assistance
marché.  cheptel du ménage pour la reproduction ;
humanitaire dans la région en sont les 
principales causes. iv) Etun animal malade restera à proximité
ii) La seconde période de sécheresse sévit du poulailler ou de la maison de l’éleveur
e n  f i n  d e  s a i s o n  s è c h e ,  s o i t  e n t r e  Les animaux sont vendus en proportion de
permettant ainsi sa surveillance et évite
Octobre et Décembre. A la fin de la  leur poids. Le poids de vente d’un animal
la propagation trop rapide aux autres
saison sèche, les ressources éner sur pied oscille entre 1 kg et 1,5kg pour un
congénères.
gétiques et hydriques sont réduites  âge entre 10 à 18 mois en moyenne.
affectant principalement l’élevage de  La vente d’animaux intervient souvent en AVSF s’est appuyé sur ces initiatives 
volaille car il est délaissé au profit des cas de nécessité,au désavantage donc de te c h n i qu e s  l o c a l e s  et  a  a p p o r t é  d e s 
cheptels de bovin et de caprin. Malgré le l’éleveur car la vente doit être rapide,  améliorations afin de réduire au maximum
faible besoin alimentaire des volailles, offrant ainsi un pouvoir de négociation plus la décapitalisation des cheptels de volaille
les mor talités peuvent augmenter,  élevé à l’acheteur. Dans le cas contraire, si des éleveurs de sa zone d’intervention.
réduisant ainsi leur effectif. un acheteur potentiel souhaite acquérir des
80% des membres des groupements d’éleveurs de volaille suivi par AVSF en 2017 sont des femmes
3
La période de soudure se situe entre Novembre à Avril dans le district de Tsihombe, et d’octobre à février pour le district d’Amboasary Atsimo

75
D év e l opp e me nt d e s cha în e s d e v a le ur e t au gm en t at io n du r e v en u

3. Des techniques d'élevage améliorées : nombreux avantages mais toujours


quelques contraintes
n La Santé Animale par l’alimentation. Le bon état de santé Les solutions simples et ef ficaces en
La priorité des éleveurs est, dans l’ordre,  des animaux est souvent synonyme de non termes de soins de santé animale sont la
la santé des animaux suivie de très près mortalité pour un éleveur.  vaccination et le déparasitage,réduisant
ainsi la mor talité récurrente due aux 
épidémies qui sévissent dans la région.
Des campagnes de prophylaxie sanitaire
ont été faites à travers la mise en place
d’agents de santé animale de proximité
(MMAV ou Mpiompy Mpanampy amin’ny
Asa Veterinera) dans les communes de 
certains districts. Ces agents sont aussi 
formés pour sensibiliser les éleveurs et à
ef fectuer des soins de santé animale
payants.
La vente d’un poulet moyen permet aisé-
ment de financer le coût de la prophylaxie
de 10 à 15 têtes.
Les larges campagnes de sensibilisation et
la diminutionexceptionnelle du taux de morta-
lité des animaux vaccinés ont incité les éle-
veurs à adopter très rapidement cette
pratique et ainsi de réduire de plus de 80%
Photo 1: Séance de vaccination de volaille
le taux de mortalité des volailles vaccinées.

n L’Alimentation peuvent varier en fonction de la disponi- démarche de professionnalisation de


Seconde priorité selon les éleveurs :  bilité des composants, mais l’objectif l’élevage de volaille à travers un gain de
un animal en bonne santé ne pourra le  principal demeure la complémentation productivité ou au minima un maintien
rester que s’il est bien alimenté. L’alimenta- alimentaire. Au-delà de cette pratique, de l’état d’engraissement et de santé
tion restrictive, à base de provende unique- les agro-éleveurs sont initiés vers une  lors de période de sécheresse.
ment, ne peut être promue dans le contexte
du Sud. En effet, les matières premières,
nécessaires à la fabrication de provende,
sont prioritairement utilisées pour l’alimentation
des ménages. Ensuite, les variationsdu 
volume de production, liéesaux aléas 
climatiques, ne permettentpas d’accompagner
les éleveurs traditionnels vers ce type
d’élevage.

La divagation diurne reste souvent de
mise, mais une complémentation est 
nécessaire pour apporter à l’animal une
source supplémentaire d’énergie, de vitamines,
voire de protéine pour améliorer ou maintenir
la croissance des animaux, mais également Photo 2: Mangeoire couverte pour distribution de complément alimentaire
influer sur l’état de santé des animaux.

Des rations complémentaires, à base de n Le logement des animaux
sous- produits et produits agricoles, sont Le poulailler traditionnel dans les régions D a n s  l e  c a d r e  d e  l ’ a m é l i o r a t i o n  d e s 
diffusées aux éleveurs.Cette complémen- Androy et Anosy est souvent restreint à  techniques d’élevage, un modèle de 
tation peut être composée de son de riz, l’espace minimum nécessaire (total ou poulailler traditionnel amélioré (PTA) a été
son de maïs, maïs, mil, manioc, patate d’une partie) du cheptel du ménage et est p r o m u  p a r  AV S F  d a n s  l e s  d i s t r i c t s 
douce, légume, fruit, coquillage, reste de fabriqué à base de matériaux disponible de Tsihombe et d’Amboasary Sud.
poisson, termites ou vers. Les proportions non marchand.

76
D é v e lo ppe me nt d es ch aî ne s d e v al e ur e t a ug me nt at i on d u re v e nu

Photo 3: Exemples de poulailler traditionnel

Le PTA a plusieurs avantages, il permet de : 
a. Lutter efficacement contre les prédateurs nocturnes.
b. Améliorer l’alimentation des volailles en concentrant en un seul lieu, des mangeoires et abreuvoirs permettant de
pratiquer une complémentation alimentaire. 
c. Suivre l’état de santé de ses animaux lorsque le cheptel est réuni en fin de journée
d. Faciliter les actes vétérinaires au besoin, très tôt le matin avant la sortie des animaux.

L’utilisation de matériaux locaux par les éleveurs permet une large adaptation du mode de construction du poulail-
ler. L’essentiel étant d’offrir aux volailles les avantages cités précédemment.

Photo 4 : Modèle de PTA promu dans les régions du Sud

Un bel exemple d’adaptation local d’une céréales ou de tubercules au quotidien.  Le coût d’un poulailler traditionnel reste


technique d’élevage améliorée pour  Enfin, le poulailler permet de récolter la un investissement onéreux pour l’éleveur
augmenter la productivité est la création matière organique issue des fientes des mais l’utilisation de matériaux locaux
d’un modèle de mini-poulailler mobile par volailles et d’accompagner l’éleveur dans permet de réduire la dépense, et les
des éleveurs de Sampona, dans le district une démarcheagroécologique à travers la avantages à moyen terme permettent de
d’Amboasary Atsimo.Ces mini-poulaillers valorisation de la matière organique issu rentabiliser cette infrastructure. En
mobiles sont destinés aux jeunes volailles de l’élevage de volailles en tant que  moyenne, la vente de 5 à 10 volailles
d’1 à 2 mois. Ils sont utilisés pour « sevrer » fertilisant des sols agricoles. adultes permet d’auto-construire un 
les jeunes des mères et relancer la ponte poulailler amélioré, selon la taille et le
des reproductrices. Les poulaillers sont La matière organique est soit utilisée  degré de finition, à partir de matériaux
emmenés au champ où les animaux sont directement à la sortie du poulailler soit locaux
libérés pour une période de divagation  stockée dans une fosse fumière, comme
a l i m e n t a i r e  e n  p l u s  d e  l ’ a p p o r t  d e  aménagé ci-dessous à Senoro, Tsihombe.

77
Dé v e l oppe m en t d e s c haî ne s d e v al e ur et aug me nt a ti on d u r e ve nu

Photo 5: Extrait de la fiche technique diffusée aux agro-éleveurs

n La Reproduction des jeunes.La mise en place de lieux de
La gestion de la reproduction est amé liorée ponte et de couvaison dans le poulailler
en respectant le bon sexe ratio mâle/ améliore également le taux d’éclosion des
femmes (1/10), optimisant ainsi la fécon- pondeuses.
dation des reproductrices, et par consé-
quent augmentant le nombre de poussins Cependant, il n’y a pas encore de sélection
i ssus de l’élevage. La séparati on des génétique des reproducteurs ou de schéma
jeunes des adultes permet également de d e  r e p ro d u c t i o n .  U n  r e n o u v e l l e m e n t 
maintenir un bon taux de reproduction tout périodique des coqs permet d’éviter des
en garantissant une croissance normale problèmes de consanguinité.

Photo 7: Matière organique


issu de l'élevage de volaille
stockée dans une fosse
fumière

Photo 6: Modèle de mini-poulailler

4. Une augmentation significative du cheptel de volaille


avec des simples gestes techniques
L’adoption, mais surtout l’adaptation des correspondre aux objectifs des éleveurs. L’amélioration des techniques d’élevage
techniques d’amélioration d’élevage de De nombreuses techniques améliorées permet aux éleveurs de prendre con-science,
volaille, est très importante. En effet, pour ont été progressivement appropriées par d’une par t, qu’un maintien ou qu’une
qu’une technique soit considérée comme l e s  é l eve u r s  ( h a b i t a t ,  a l i m e n t a t i o n ,  croissance de l’élevage de volaille est
acquise par un éleveur, elle doit être reproduction) en exploitant au mieux les possible à travers de simples gestes tech-
d’une part comprise, mais surtout être ressources locales disponibles afin de  niques améliorés, et d’autre part, que
réalisable d’un point de vue sociologique, répondre aux « exigences » techniques l’élevage de volaille peut être une source
économique et répondre aux besoins et promues. stable de revenu complémentaire permet-
78
D é v e lo ppe me nt d es ch aî ne s d e v al e ur e t a ug me nt at i on d u re v e nu

t a n t  d e  s u b v e n i r  a u x  b e s o i n s  d e s  améliorées. De plus, l’élevage de volaille Seul l’aspect santé, qui est défini par un
ménages. L’adoption des techniques  est principalement une activité menée protocole bien strict a été adopté sans
améliorées permet de maintenir un effec- p a r  l e s  fe m m e s ,  p e r m e t t a n t  a i n s i  d e  modification de la part des éleveurs. Mais
t i f - c h e p t e l  c o n s t a n t  c h a q u e  a n n é e subvenir aux besoins liés aux activités  il s’agit d’une des améliorations qui a été
jusqu’àaugmenter l’effectif dans 86 % des familiales et sociales dont elles sont  la plus adopté par les éleveurs aux vues
ménages ayant adoptés les techniques responsables.  des résultats positifs sans appel et de la
disponibilité en produits vétérinaire.

« Je fais de l’élevage de volaille depuis des années. J’élevais des volailles de manière
traditionnelle, en divagation. Depuis 2016, j’ai suivi les conseils des techniciens. J’ai
construit mon propre poulailler amélioré, un investissement assez onéreux au départ, mais
j’y suis arrivée. Les autres femmes du village étaient sceptiques quand elles m’ont vu
construire une maison pour mes poules. J’ai vacciné et déparasité tous mes animaux,
fabriqué des mangeoires et abreuvoirs en bois, et donné chaque jour un peu de maïs, du
son de maïs ou des restes de manioc. Mes volailles sont en bonne santé et se reproduisent
très bien. C’est à ce moment que les autres femmes du village ont entendu mes conseils et
ont reproduit ce système elles aussi. Aujourd’hui, nous sommes plus de 15 femmes dans
notre groupement. L’élevage de volaille nous permet de payer l’écolage de nos enfants,
acheter quelques vivres en période de « kere » (famine) et acheter des caprins. J’ai démarré
l’élevage avec 5 volailles, et en moins de 18 mois j’ai déjà réussi à en avoir près de 70. Je
souhaite que toutes les femmes de mon groupement puissent développer leur élevage de
volaille et ainsi assurer l’avenir de nos enfants »

Mme ARIVOE Tantiny, présidente du groupement des éleveurs de volaille dans la commune de Behazomanga,
fokontany TevareSenoro, District de Tsihombe

Le taux d’adoption des 785 éleveurs ayant aux éleveurs de suivre les recommanda- été développés dans les 2 districts de la


reçu un accompagnement technique est le tions des techniciens et ainsi apprécier région Anosy, dans les 3 autres districts
suivant : les innovations et leurs avantages en de la région Androy et dans le district de
- Santé (Vaccination) : 70% des bénéfi- termes de productivité.Toutefois, la majo- Vangaindrano.  
ciaires rité des éleveurs appuyés ne souhaitent
- Logement amélioré : 64 % des bénéfi- pas dépasser les 30 têtes de reproduc- Au bout de 3 ans de mise en œuvre du
ciaires teurs, jugeant cet effectifsatisfaisant pour projet ASARA, les changements suivants
- Reproduction (choix des reproduc- subvenir à leurs besoins d’une part, et sont constatés par les éleveurs : une nette
teurs) : 56 % des bénéficiaires p e u  c o n t r a i g n a n t  d ’ u n  p o i n t  d e  v u e  amélioration de la reproduction et de la
- Alimentation : 66 % des bénéficiaires alimentation d’autre part. croissance des poulets, une diminution si-
gnificative du taux de mortalité et une
La dotation de cheptel de base a été  A l’échelle du projet ASARA, tout comme meilleure résilience des ménages face à
déterminante en ce qui concerne l’adoption AVSF, les autres opérateurs de la compo- l’insécurité alimentaire qui persiste dans
des techniques. La dotation a permis de sante ‘Appui à la production’ ont diffusé la zone Sud. En décembre 2017, environ
minimiser le risque économique généré également ces techniques améliorées 4.400 éleveurs ont adopté au moins 
par un changement de technique d’élevage. permettant aux agro-éleveurs d’optimiser 3 techniques améliorées d’élevage de
Une dotation de 1 coq et 4 poules, en et de rentabiliser leur système d’élevage poulet gasy et une augmentation de cheptel
tant que cheptel reproducteur, a permis de poulet gasy. Des appuis similaires ont de 26 600 poulets avait été enregistrée.

5. L’appui à la commercialisation : une voie d’accompagnement


à l’amélioration de la production
L’amélioration des techniques d’élevage En effet, la majorité des ventes de volailles sur les prix des marchés et d’accompagner
de volaille, dans ce cas-ci du poulet gasy, est effectuée sur les marchés locaux.  Il et/ou structurer des groupements d’éleveurs
permet de soutenir durablement une  est constaté une absence de : afin de valoriser leur production.
économie locale et d’améliorer la sécurité - de moyen d’information sur les prix des
Mots Clés : Poulet Gasy, Femme, élevage à
alimentaire des ménages. La demande  marchés voisins (au sein d’un territoire
cycle  court,  résilience,  technique  d’élevage
locale existe étant donné que les Malagasy du district ou inter-régional).  
amélioré, revenu, cheptel, production
apprécient la volaille de race locale. - d e  s t r u c t u r a t i o n  d e  g r o u p e m e n t s 
Malgré cela, sa commercialisation doit d ’ é l eve u r s  c a p a b l e s  d ’ a s s u r e r  d e s
Auteur  :  Grégoire  PLEURDEAU,  Assistant
être améliorée et structurée pour offrir ventes groupées
Technique Élevage et Santé Animale
aux éleveurs locaux une perspective Ainsi, il serait pertinent d’envisager la
d’évolution. mise en place d’un système d’information

79
D é v e lo ppe me n t d es  c hai ne s d e  v al e ur , au gm en t at io n de  r ev e nu

Technique améliorée d’élevage de poulet gasy 
à Vangaindrano : 
vers une autonomisation financière 
des femmes chefs de ménages 

Du fait d’un accès très limité aux terres agricoles pour les femmes séparées de leur
conjoint, dans le district de Vangaindrano, région Atsimo Atsinanana, des activités écono-
miques ne nécessitant pas de parcelles agricoles étendues peuvent constituer une alternative
de source de revenu. L’élevage de poulet de race locale, dont la demande est constante voire 
en hausse dans la zone, est l’une de ces alternatives et a été promu par Fiantso dans le cadre
du projet ASARA. Une collaboration avec le Vétérinaire Sanitaire et le Chef de Poste de
l’Élevage a été engagée pour développer cette activité génératrice de revenu. Les acquis
et les leçons apprises au cours de cette action sont documentés dans cette fiche. 

1. Une conduite d’élevage améliorée combinée avec l’amélioration de la race locale 
et une gestion de l’exploitation
Les mêmes problématiques que ceux des régions Anosy et Androy se - Une analyse de faisabilité technique et financière de l’élevage de
posent à Vangaindrano, mais certes à moindre échelle, car ce district poulet a été effectuée avec comme unité d’étude un cheptel de
est plus orienté vers l’agriculture vivrière et de rente.  base de 5 poules et 1 coq. Cette étude a permis de : 
• Déterminer la capacité de production de chaque éleveuse 
Dessolutions techniques ont été apportées pour les femmes chefs
tenant compte de sa propre organisation et obligation sociale, 
de ménage du district de Vangaindrano, dont : 
• Identifier avec elles les services en lien à l’élevage dont elles
- L’amélioration de la santé animale par la vaccination et autres  auraient besoin, 
traitements essentiels, • Déterminer les charges et le revenu brut ainsi que les
marges pour chaque unité standard.   
- L’amélioration de l’habitat en vulgarisant le poulailler clôturé 
et séparé de l’habitat des humains, équipé de perchoir, de  - En outre, les éleveurs ont été appuyés pour planifier la vente avec la
mangeoire, d’abreuvoir, et de pondoir ; campagne de girofle durant laquelle la demande et le prix du poulet
sont en hausse avec l’arrivée massive des collecteurs dans la zone. 
- L’amélioration de l’alimentation avec vulgarisation de l’apport 
régulier de complément alimentaire comme le son de riz,  En termes pratiques, l’objectif d’autonomisation des femmes
fruit à pain, fruit du jacquier, résidu de récolte, vers de terre  chefs de ménages se traduit de la manière suivante :
et termite ; • Au second cycle de production, les productrices se chargent de
- L’amélioration de la race par l’introduction de coq de race Leghorn l’achat des intrants à partir des marges bénéficiaires obtenus, 
et Rouge Fermier dans les fermes des Paysans Producteurs de  • Au troisième cycle, elles investiront sur les matériels et 
Reproducteurs ; équipements nécessaires. 

2. Une adoption des techniques générant une augmentation du revenu 
des éleveuses 
250 éleveuses parmi les 337 appuyés par Fiantso dans le 
district ont adopté au moins deux techniques vulgarisées, 
permettant la réduction significative du taux de mortalité des 
cheptels et en conséquence l’augmentation du cheptel de base.
Après 17 mois de suivi, le projet a constaté que le cheptel avait été
multiplié par 5. 

Il ressort que les sous-zones Ouest et Sud-Ouest de Vangaindrano
sont plus performantes car la totalité des producteurs adoptent 
au moins 2 techniques. Dans le cas de non-adoption de deux 
techniques, l’augmentation finale est très variable et surtout dispro-
portionnelle. Mais il apparaît nettement que lorsque la vaccination
Photo 1: Séance de vaccination par les vaccinateurs  n’est pas pratiquée, le taux de mortalité avant 6 mois est nettement
villageois dans la CR de Masianaka plus important. 

80
D é v e lo ppe me nt  d es  c hai ne s d e  v al e ur , au gm en t at io n de  r ev e nu

Tableau1: Évolution du cheptel entre Mai 2015 et Octobre 2016
Nombre d’éleveurs utilisant  Augmentation et mortalité des animaux durant 17 mois 
Cibles
des techniques d’élevage améliorées (mai 2015-octobre 2016)
Éleveurs pratiquants Nombre d’animaux 

Augmentation du cheptel 

Taux augmentation (%)

Taux de mortalité (%)
Nombre d’éleveurs

Taux adoption (%)
Au moins 2 techniques
Une ration alimentaire

Consommés, vendus
En début de période

Morts à l’âge adulte
Nombre d’OP

Un habitat amélioré

En fin de période

Morts <6 mois
La vaccination

Achetés 
Nord 4 52 0 29 6 32 62 233 367 0 9 45 45 143 61 10
Centre 6 80 16 23 24 35 44 572 666 51 144 405 104 193 34 11
Ouest 3 44 26 41 25 44 100 271 785 25 120 94 69 557 206 7,3
Sud-ouest 5 92 81 92 82 92 100 502 5920 0 3617 228 157 9035 1800 1,6
Sud 5 68 1 36 12 35 51 366 870 0 10 74 38 514 140 4,1
Total 23 337 136 233 161 250 74 1944 8581 76 3900 846 413 10442 537 3,2
autres, le faible taux de vaccination car le main- l’amélioration de la conduite d’élevage de poulet estimé à 58.500.000Ar si l’unité est de
tien de la température du vaccin n’est pas  gasy. La couverture signifie notamment des 15.000Ar durant la campagne de girofle. En 
aisé avec plusieurs jours d’approche. Avec  agents vaccinateurs qualifiés et plus proche des Octobre 2016, si les producteurs maintiennent
l’utilisation des réfrigérateurs, le coût de la dose éleveurs, dotés d’équipements adéquats, et d’un au moins le cheptel de base de 1.944 unités,
est nettement plus élevé d’une part (500Ar à minimum de fonds de roulement pour acheter les une marge de 6.647 unités auraient pu être 
Van gaindrano et 1.000Ar à Masianaka), et les intrants nécessaires.  La proximité et le fonds de vendus, générant ainsi un revenu additionnel de
vaccinateurs villageois n’ont pas pu investir  roulement sont des conditions ou critères, pour le 99.705.000Ar permettant aux producteurs 
davantage pour du matériel de froid.  moment, non remplis pour les zones enclavées.  appuyés d’investir effectivement sur le matériel
et intrant nécessaire pour redémarrer l’activité. 
Il apparaît ainsi que la couverture en soin de Sur les 3.900 poulets vendus durant la période Le revenu supplémentaire moyen est de
santé animale est un déterminant essentiel pour suivie, le revenu obtenu par les producteurs est 260.000 Ariary par ménage et par cycle.

3. Maintenir des reproducteurs de qualité dans la zone pour assurer la viabilité de l’activité
En 2017, des unités de production de repro- Tableau2: Évolution des UPR de Janvier à Décembre 2017
ducteur s (UPR) ont été identif iées et 
appuyées pour qu’un approvisionnement  Nombre d’animaux

Augmentation du cheptel 

Taux augmentation (%)
en jeunes volailles soit assuré au retrait du fi-

Taux de mortalité (%)
Type d’élevage

Achetés durant la période

Nom de l’éleveur
Consommés, vendus

nancement. Ces UPR sont sélectionnées sur
Morts moins de 6 mois
En début de période

Morts à l’âge adulte
À la fin de période

la base de leur performance. 17 éleveurs et producteur 
Commune  Localité 
de reproducteurs
éleveuses, dont 13 femmes chefs de ménages,
sains
sont devenus des UPR. Si les poulets de race
améliorés (PRA) ont montré des résultats
moindres et variables, les poulets de race 
locale (PRL) ont été beaucoup plus de perfor- Sylvain  Soamanova Eteny PRA 48 121 0 82 12 0 143 298 5
mant. En général, il apparaît que le nombre Soatsara Batama Tsiately Anambotaky PRA 48 132 0 101 14 0 171 356 6
de cheptel de base est l’élément déterminant Zafito Pauline  Ampasimalemy Mahandroa PRL 12 59 0 28 24 0 51 425 21
Julson Ampasimalemy Iabomary CPAG 42 36 0 0 0 6 0 0 14
et consistant dans cette différence de perfor-
Baotalata Masianaka Ankatafa PRL 12 44 0 28 9 0 52 433 11
mance. Lorsque le cheptel de base est :  Volamena Masianaka Jadoa PRL 12 69 0 24 14 0 74 616 13
- Inférieur à 10, le taux d’augmentation Tsarafeno Sophie  Masianaka Ambalavala PRL 8 54 0 39 10 0 75 937 9
brut varie de 775% à 938%,  Béatrice  Masianaka Nosiomby PRA 48 62 0 15 7 0 23 48 8
Tsapitahory Masianaka Nosiomby PRL 14 51 0 21 9 0 49 350 11
- Entre 10 et 12, le taux varie entre Ravenas Francis Masianaka Nosiomby PRL 7 48 0 19 8 0 52 742 11
425% et 690% Biliny Masianaka Ankatafa PRL 8 56 0 24 10 0 62 775 11
Fenaliny Masianaka Ankatafa PRL 7 48 0 24 7 0 58 828 9
Pour les 3 PRA de 48 unités de volaille, le Razanamaria Masianaka Ankatafa PRL 9 42 0 15 5 0 43 477 8
taux est respectivement de 48%, 298% et de Armeline  Masianaka Ankatafa PRL 11 53 0 23 2 0 63 572 3
356%. Certes en dessous des performances Ralihasy Masianaka Ankatafa PRL 8 58 0 21 4 0 67 837 5
des PRL, mais avec un écart trop important Lizy Elisabeth Masianaka Ankatafa PRL 10 41 0 23 6 0 48 480 9
pour que le résultat soit uniquement affecté Pelasoa Masianaka Ankatafa PRL 12 42 0 27 5 0 52 433 7
Soafaly Masianaka Ankatafa PRL 10 64 0 23 8 0 69 690 8
au nombre de cheptel de base, facteur
confirmé aussi dans ce cas-ci. PRA: Poulet de Race Améliorée, PRL: Poulet de Race Locale, CPAG: Canard Prêt à Gaver

Mots Clés :  Poulet Gasy, Femme, élevage à cycle court, technique d’élevage amélioré, amélioration de la race, unité de production de reproducteur
Auteurs : -  ANTILAHY Herimpitia Estelle Rolande, Consultante
- FIANTSO 

81
D é v e lo ppe m en t d e s c haî ne s d e v al e ur e t aug me nt at i on d u r ev e nu

L’amélioration du revenu des éleveurs de caprins grâce 
à une combinaison d’actions structurées

1. Des agro-éleveurs contraints à des multiples facteurs


L’élevage de caprin est une activité 
économique courante dans le district de
Beloha, région Androy. Il constitue une limitant le développement du cheptel caprin
modalité d’épargne ou de réduction de
risques économiques pour la majorité des

L
ménages agro-éleveur s de la zone.  e district de Beloha, en région Androy, Entre ces deux saisons distinctes, à partir
Plusieur s facteur s contraignants –  est une zone ayant une forte potentia- du mois d’août jusqu’aux premières pluies
climatique, économique, social, parfois lité en termes d’élevage. L’élevage et suivantes, se situeune saison sèche à très
conjoncturels mais surtout de survenue
l’agriculture y est pratiqué par plus de 91% sèche, et très venteuse, le « Faosa ». Les
récurrente – affectent négativement le
des ménages (tableau 1) selon l’enquête de paysans ont observé des retards de pluie
développement et la croissance des 
référence, du début du projet porté par d’une année à une autre, prolongeant la 
cheptels caprins et, par conséquent, des
conditions de vie socio-économiques des CRS, en 2014. L’élevage de bovin et de  périodesèche jusqu’au mois de janvier et la
agro-éleveurs. En effet, une vente conco- caprin sont les plus pratiqués du fait de leur période venteuse jusqu’au mois de février.
mitante à ces facteurs, voire une décapi- place dans la vie quotidienne et la culture Pendant la saison humide, les fourrages
talisation du cheptel caprin, traduit :  de peuple Antandroy. En effet, l’élevage ca- verts sont disponibles en grande quantité
i) d’abord une régression du niveau de vie prin constitue une forme d’épargne, mobili- pour une courte période alors qu’ils se raré-
et du rang social d’un ménage, ii) ensuite sable rapidement par les ménages, en cas fient en période sèche et la situation est
une difficulté certaine de subvenir aux be- d e  m a u va i s e  r é c o l te  o u  p e n d a n t  l e s  empirée par le manque d’eau. Les éleveurs
soins alimentaires et nutritionnels des périodes de disette. Cet élevage fait partie sont obligés d’affourager leur bétail à l’aide
membres de la famille, iii) enfin un accès de la stratégie de survie des ménages  de fausses-tiges de cactus, dont les épines
de plus en plus laborieux aux autres  ruraux exposés à divers chocs – clima- ont été éliminées par brulage superficiel.
services sociaux de base comme l’éduca- tiques, sociaux, économiques.Étant donné Habituellement, les cactus ordinaires sont
tion, l’eau et les soins de santé primaire.
cette fonction précise sur le système de pro- utilisés, mais en fonction des difficultés, les
Aux vues de la complexité de la probléma-
duction de ces ménages et de son influence cactus rouges– pauvres en nutriments – le
tique en lien à l’élevage de caprin, des 
sur leur capacité de résilience aux chocs, le sont également. Cette pratique, de survie
actions intégrant plusieurs domaines
d’activités se doivent d’être exécutées de caprin a été choisi en vue d’un accompa- cer tes, permet de couvrir à la fois les 
manière structurée au profit des éleveurs gnement aux agro-éleveurs pour améliorer besoins en eau et en aliment des animaux
de caprins. L’existence et le déploiement les techniques d’élevage.  pour les petits éleveurs. Les éleveurs ayant
d’un instrument financier au profit de  un important cheptel pratiquent la trans-
la ruralité comme le fonds de développe- En 2014, des enquêtes approfondies ont humance. Ainsi, les animaux perdent beau-
ment de l’agriculture de la région Androy permis de comprendre la problématique coup en poids et en valeur marchandedu-
(FDA Androy), et l’action d’insertion des suivante en lien à l’élevage caprin dans le rant cette période sèche de l’année. Ils sont
éleveurs auxiliaires de santé animale district de Beloha. vulnérables à diverses maladies et parasi-
(MMAV) dans un maillage vétérinaire exis- tismes. Les jeunes animaux souffrent à la
tant à travers le ministère en charge  Climatique.La sècheresse récurrente ou  fois de la malnutrition et la déshydratation
de l’agriculture et de l’élevage, l’Ordre Na- l’irrégularité des précipitations entraine une
tional des Vétérinaires de Madagascar
faiblesse de la disponibilité en eau et 
(ONDVM) et l’ONG AVSF, ont été détermi-
enfourrage pour le bétail. Il y a deux saisons
nant dans la combinaison des actions Activités %
favorables à l’agriculture, dans le district de
structurées ayant permis l’amélioration
de la conduite de l’élevage caprin. L’intro- Beloha : 
Élevage 0,96 %
duction de techniques adaptées dans la
conduite de cet élevage est un élément n la saison de pluie, chaude et humide, 
qui va normalement du mois de décembre Élevage 
essentiel, combiné à ces éléments struc- 91,37 %
et agriculture
turants. L’amélioration de la qualité et du au mois de mars : localement désigné
nombre de cheptel de caprin au niveau par « Asara » ou la grande saison agricole,
Agriculture 7,67 %
des ménages ont été une des principales
sources d’amélioration du revenu des n la saison fraiche et humide, « Asotry »
agro-éleveurs et certainement de leurs d’avril à juillet, consacrée aux cultures de Tableau 1: Repartition des paysans 
conditions socio-économiques. La consé- contre-saison. par principale activite.
quence sur l’amélioration de leur niveau
de sécurité alimentaire et nutritionnelle
en sera une suite logique. 

1
CRS a été mandaté fin 2013 par la Délégation de l’Union Européenne à Madagascar (DUEM) pour mettre en œuvre la Composante ‘Appui à la production’ du projet ASARA, dans
le district de Beloha, Androy. 

82
D é v e lo ppe me nt d es ch aî ne s d e v al e ur e t a ug me nt at i on d u re v e nu

parfois à la dernière minutepour assurer
leur survie. Les ventes se font de manière
groupée ouindividuelle, soit au niveau de
chaque marché hebdomadaire communal
ou chaque mardià Beloha. Du fait de leur
perte en poids, les animaux sont, pour la
plupart des cas, en mauvais état. Le nombre
élevé d’animaux en vente sur le marché
alors que les acheteurs sont peu nombreux
est en défaveur des vendeurs. À titre d’illustra-
tion,le prix d’un mâle adulte castré, locale-
ment appelé « Kobatroka », est de 40.000
Ar en cette période, alors que les charges
liées à l’élevage d’un caprin situent entre
50.000 à 100.000 Ariary le prix rémunérateur
Photo 1 : Brulage des épines de cactus pour l'affouragement des animaux d'élevage pour l’éleveur. En saison favorablec’est-
en période sèche.
à-dire après une bonne récolte lorsque les
v  Sanitaire. Les maladies et l’infestation de v  Zootechnique. Dans le district de  ménages veulent reconstituer le cheptel 
parasites entrainent une forte mortalité  Beloha, l’élevage caprin se fait exclusive- « capital », la même unité peut valoir 200.000 Ar.
surtout chez les jeunes animaux. Les maladies ment en mode extensif. Chaque matin, les
diarrhéiques et digestives, appelées locale- animaux sont amenés hors de l’enclos vers v  Conséquences. La récurrence de la
ment «Mendovoly» et «Menantsinay» sont les pâturages ou les forêts proches,et y sont  sècheresse dans le District de Beloha, 
prévalentes. Il en est de même des maladies ramenés en début de soirée. Les enclos, c o m b i n é e  a u x  te c h n i qu e s  d ’ é l eva g e 
de la peau dénommées localement «Reda- partagés avec les bovins, ne sont pas géné- rudimentaires, compromet l’élevage de 
vava» et «Mandrambo» soit causées soit  ralement entretenus et nettoyés. Ils sont  caprin. L’indisponibilité en alimentation 
accentuées par l’hyper-parasitisme. Le  dépourvus de toiture pour les abriter contre humaine, durant la période de soudure, est
charbon bactérien, une maladie infectieuse les intempéries.  l’élément déclencheur de la vente progres-
pouvant tuer l’animal infecté en moins sive à bas prix du cheptel caprin aboutis-
d’une journée en l’absence de traitement et La majorité des éleveurs ne gère et ne sant parfois sur une décapitalisation du
en fonction de la sévérité de la maladie, contrôle pas la reproduction, causant la cheptel. En effet, les ménages investissent
sévit aussi dans la zone. Ces maladies sont consanguinité des descendants. La consan- en achetantdu bétail en période de récolte
présentes durant toute l’année mais les  guinité est la cause de la mortalité à la  à un prix élevé, mais sont contraints de les
maladies digestives connaissent une  naissance, les malformations, et la faible  vendreà moitié prix, voire le quart de son
augmentation de la prévalence pendant  résistance aux maladies.  prix en deçà de son prix rémunérateur, pour
l’intersaison (mois d’octobre – décembre). se procurer de la nourriture en période de
En cas de survenue de la maladie, les éleveurs Au cours de la saison sèche, les éleveurs soudure. Les récoltes suivantes pourraient
font surtout recours à la médecine tradition- sont contraintsd’amener leurs troupeaux permettreaux agro-éleveurs de se recapita-
nelle à base de plante ou de racinesavec vers des points d’eau permanents, partagés liser, mais de tels cas se raréfient. En outre,
une efficacité hypothétique. En 2014, 16 % avec ceux de plusieurs autres villages  l’effectif du cheptel peut aussi diminuer
des éleveurs connaissent le déparasitage, voisins. De telles pratiques favorisent égale- àcause des décès d’animaux consécutifs à la
et 41 % la vaccination pour les autres  ment la transmission des maladies et des malnutrition, la faible couverture sanitaire,
espèces à part les bovins, mais ne les prati- parasites.  l’absence d’eau d’abreuvement, et la dégra-
quent pas dans leur exploitation. Par consé- dation des races due à la consanguinité. Il
quent, le taux de mor talité du cheptel v  Économique. Chaque année, les agro- est alors fréquent de rencontrer des ménages
caprin est élevé du fait de la récurrence de éleveurs passent une période d’environ  ayant plusieurs têtes de caprin en début
certaines maladies et l’infestation parasi- 5 à 6 mois durant laquelle les réserves  d’année, et qui n’en disposent plus après la
taire,combinée à l’absence de traitement alimentaires des ménages sont épuiséesen  période de soudure. Au pire, ils se retrouvent
curatif adéquat. Selon l’enquête de référence attendant la récolte suivante. Cette période dans l’incapacité de racheter le capital
en 2014, ce taux est de l’ordre de 23 %.  se situe entre le mois d’août et le mois de cheptel si la récolte agricole est mauvaise.
mars. Pour se procurer de la nourriture, le
cheptel est vendu progressivement, et  Une action structurée au niveau de huit (8)
Communes dans le district de Beloha a été
m e n é e  p o u r  t e n t e r  d e  r é s o u d r e  c e t 
ensemble de problèmes, en agissant sur les
multiples causes de régression de l’élevage
caprin. Il s’agit de développer des actions
intégrées, tenant en compte plusieurs
contraintes, afin d’augmenterl’effectif 
du cheptel et impacter positivement sur 
Figure 1: Taux de mortalité des animaux d'élevage dans le district de Beloha, 2014 le revenu des agro-éleveurs.
83
Dé v e l opp em en t d e s chaî n es d e v al e ur et aug me n ta ti o n d u r e ve n u

2. Une approche multi-acteurs et des activités intégrées


au service des éleveurs de caprin
S’appuyer sur un service de santé animale Ainsi, ce maillage du dispositif de santé 
structuré pour maitriser l’état sanitaire du animale intégrant le VS, les para-vétérinaires
cheptel caprin.Un animal d’élevage en et les MMAV, a permis aux éleveurs de 
caprin de disposer de services de proximité Structurer les groupements des agro-
bonne santé garantit une espérance de vie
beaucoup plus structurés. éleveurs pour améliorer l’organisation de
plus longue pour celui-ci.Ainsi, les éleveurs
leurs activités économiques.De ce qui 
d ev r a i e n t  p o u vo i r  s ’ a p p u ye r  s u r  d e s 
S’appuyer sur un instrument financier existant précède, diverses formations ont été 
services de soins de santé animale de 
pour constituer le capital de cheptel de  réalisées au profit des groupements formés,
proximité autant pour la prophylaxie que
caprin des agro-éleveurs.L’élevage de caprin n o t a m m e n t  e n  v i e  a s s o c i a t i ve  e t  e n 
pour les traitements curatifs. Dans ce
nécessite un investissement relativement technique d’élevage. Concernant la formation
sens,une convention de collaboration fut 
conséquent que les ménages ruraux les technique, les thèmes de formation abordés
signée avec le vétérinaire sanitaire (VS) du
plus pauvres ne peuvent pas se permettre sont : i) l’habitat amélioré, ii) la reproduction
district de Beloha (juin 2016) pour la forma-
après une période de mauvaise récolte, et sélection des animaux reproducteurs et
tion, la mise en place et l’encadrement des
comme l’a été l’année 2016. Des financements l’amélioration des races, iii) les principes et
« Mpiompy mpanampy amin’ny asan’ny 
d’activités d’agro-élevages sont cependant importances de la vaccination et du dépara-
veterinera, ou MMAV » , en collaboration
disponibles et accessibles, à travers le sitage ainsi que la prophylaxie sanitaire, et
avec AVSF. Les « MMAV » sont des éleveurs
iv) l’amélioration de l’alimentation par la va-
motivés ayant un certain niveau d’éducation et Fonds de Développement Agricole (FDA) de
la région Androy. L’opérateur CRS, à travers lorisation des ressources locales.
sont, en outre, des personnes écoutées et
respectées au sein de leurs communautés le projet ASARA, a apporté le cofinancement
demandé par le FDA pour supporter 300 Ces groupements sont ensuite accompagnés
respectives. Sous la supervision du VS, ils
ménages dans leur projet de recapitalisa- dans la gestion d’infrastructures communau-
offrent des prestations diverses comme la
tion en cheptel caprin. Ces 300 agro- taires destiné à faciliter l’abreuvement des
vaccination, le déparasitage, les premiers
éleveurs sont repartis en vingt (20) groupes, troupeaux. Il s’agit de la réhabilitation de
soins, l’administration de vitamines, la 
bénéficiant chacun d’un lot de 10 têtes. puits-abreuvoirs et/oude les équiper en
castration, etc. Par ailleurs, ils sont aussi
Chaque lot est constitué d’un (1) bouc et de abreuvoirs mobiles. Les abreuvoirs sont des
mobilisés pour des activités de sensibilisation
neuf (9) chèvres. Ces groupements ont été ouvrages simples mais rendent de grands
et d’animation que les opérateurs interve-
appuyés pour s’organiser avant et au cours services aux agro-éleveurs dans des zones
nant dans le secteur de l’élevage effectuent
du processus de la demande de subvention, semi-arides comme le district de Beloha.
au profit des communautés d’agro-éleveurs.
Pour faciliter leur travail, ils ont été dotés de et après que le capital de cheptel ait été
livré. De tels appuis sont pertinents du fait Des visites d’échanges entre les groupe-
matériels et équipements vétérinaires ainsi
d u  m a n qu e  d ’ ex p é r i e n c e s  d e s  a g ro - ments d’éleveurs sont régulièrement orga-
qu’un vélo pour leur déplacement. 
éleveurs en termes de regroupement à de nisées afin de faciliter la diffusion de ces
fins économiques et l’introduction de tech- techniques.
niques de conduite d’élevage améliorées. 
Organiser des démonstrations et des 
pratiques pour prouver la faisabilité 
des techniques améliorées de conduite
d’élevage.La pratique étant le meilleur
moyen de s’approprier des connaissances,
les fermes-écoles ont été choisies et mises
en place comme lieu d’apprentissage par la
pratique et le compagnonnage des éleveurs
par leurs pairs. Les tâches au niveau de 
ces fermes-écoles sont reparties entre les
apprenants à tour de rôle. Les animaux 
restent la propriété des apprenants. Les
200 têtes de caprin, subventionnées par le
FDA Androy, ont servi à la formation dont
l’amélioration de l’habitat d’animaux 
d’élevage, les prophylaxies sanitaires, 
la reproduction, l’amélioration de l’alimen-
tation, outre les sessions de sensibilisation
menées par les éleveurs-leaders et les
MMAV. 
Figure 2 :Abreuvoir-Typeutilisésparlesagro-éleveursdeBeloha

2
CRS a été mandaté fin 2013 par la Délégation de l’Union Européenne à Madagascar (DUEM) pour mettre en œuvre la Composante ‘Appui à la production’ du projet ASARA, dans
le district de Beloha, Androy. 

84
D é v el o ppe me nt de s ch aî ne s d e v al e ur e t a ug me nt at i on d u re v e nu

m  Identification et formation des éleveurs-leaders 

En milieu paysan, un accompagnement par Ils ont également bénéficié d’appuis tech- élargie des agro-éleveur s – pour les


les pairs est une méthode formative ayant niques continus dans leur propre exploitation, convaincre d’adopter les bonnes tech-
fait ses preuves. Au sein d’une communauté, et ont fait l’objet de suivi/accompagne- niques de conduite d’élevage.  
à l’instar de celle des agro-éleveurs, des  ment jusqu’à leur certification au mois de
leaders naturels existent et sont des atouts novembre 2017. Des séances de visites- S’ils obtiennent des bons résultats(tech-
dans la diffusion des connaissances et des échanges entre eux, aussi bien sur place niques et en capacité d’animation), ils sont
pratiques améliorées. Les éleveurs-leaders qu’en dehors de leur zone d’intervention, gradués par le projetet accrédités par
sont des éleveurs en premier lieu, motivés complètent leur formation. leFDA pour devenir des Éleveurs-Forma-
et volontaires, membre ou non de groupe- teurs (EF) habilités à dispenser les mêmes
ment d’éleveurs, démontrant un potentiel Ils ont par la suite procédé à la sensibilisa- formations.Ces EF reçoivent des outils
de leadership.La disponibilité à effectuer les tion de leurs pairs – au sein de leur propre comme des bâches de sensibilisation pour
activités de sensibilisation et de formation groupement et dans la communauté  mieux assurer leurs missions.
auprès de leurs pairs et un niveau d’éduca-
tion permettant d’assimiler des connais-
s a n c e s  te c h n i qu e s  s o n t  l e s  c r i t è r e s
additionnels. 

Ils ne sont pas directement rémunérés ni
par le projet, ni par les services étatiques
mais leur motivation première est l’améliora-
tion de leur propre ferme, donc l’exemplarité.
Entre le mois de juin 2016 et mai 2017, les
Éleveurs-Leaders (EL) identifiés ont suivi les
modules de formations théoriques, des tra-
vaux pratiques et d’accompagnement sur le
terrain, axés sur : 
- L’habitat amélioré,
- L’intérêt de la vaccination et du dépa-
rasitage, 
- L’amélioration de l’alimentation animale,  Photo 3: Éleveur-leader effectuant une sensibilisation sur les maladies des animaux
- La castration d’élevage

m  Amélioration de l’habitat des animaux d’élevage 
Par rapport à l’enclos traditionnels, les  - Le cloisonnement de l’ensemble de l’en- spécifique pour les opérations sanitaires
enclos amélioréssont caractérisés par :  clos selon une fonction bien précise : (vaccination, déparasitage, castration,
- La séparation du cheptel caprins des bovidés. i) pour les chèvres en gestation, ii) une etc.)
La pratique courante étant la mise en quarantaine pour les animaux malades,  - L’installation d’ombrières : pour la protection
commun de ces deux cheptels, iii) pour les chevreaux, et iv) une cloison contre le soleil et la pluie, et éviter ainsi 
la recrudescence des maladies comme 
le piétin sur les sabots dû à l’humidité de
la litière
- L’installation des abreuvoirs de proximité.

C e s  e n c l o s  o n t  é t é  e s s e n t i e l l e m e n t
construits à partir de matériaux locaux pour
faciliter leur réplication.  20% sont payés en
nature (matériaux locaux et le transport)
p a r  l e s  m e m b r e s  d e s  g ro u p e m e n t s . 
Pour un enclos d’une capacité de 10 têtes,
le coût estimatif est de l’ordre de 75.000Ar.

Les enclos-écoles restent la propriété des
groupements, les membres s’organisent
pour les installer, les entretenir et mettent 
à disposition du bétail sur lesquels des
tests et démonstrations d’innovations sont
Photo 4: Ferme-École et Habitat amélioré à Tsimilofo, Commune rurale de tranoroa effectués.

85
D é v e lo ppe m en t d e s c haî ne s d e v al e ur e t aug me nt at i on d u r ev e nu

m  Prophylaxie sanitaire et médicale
Ces formations concernent les prophylaxies travail afin que les éleveurs s’habituent  pour payer en totalité les rappels. Les membres
sanitaires et médicales contre les maladies à leurs services. sont ensuite encouragés à pratiquer ces
animales comme la pratique de la quaran- soins dans leur propre exploitation.
taine, la vaccination et le déparasitage. Les CRS a pris en charge à hauteur de 80% les
formations sont souvent suivies par des premières vaccinations et déparasitages  Après les séances de démonstrations, 
séances de pratique ou de démonstration. à titre démonstratif. Les éleveurs paient  les éleveurs intéressés contactent directe-
Ces démonstrations se font avec les MMAV, directement les 20% restant au MMAV qui ment les MMAV qui estiment les besoins en
servant ainsi de cadre promotionnel à leur effectue la prestation. Ils cotisent ensuite intrants vétérinaires, vont les commander
au niveau du VS et fixent les rendez-vous
avec les communautés pour la réalisation
des actes. 

LesMMAV établissent et soumettent un 
rapport mensuel au VS superviseur et 
u n e  c o p i e à  C R S .  L e  c o n te n u  d e  c e s 
rapports estdébattu au cours des réunions
mensuellesdes VS et MMAV.Les VS y 
informent aussi les MMAV sur les décisions
du Ministère en charge de l’Élevage sur les
actions à l’échelle nationale, par exemple,
les animations et recommandations pour
éviter l’expansion de la rage. Les VS trans-
mettent ensuite toutes les informations 
remontées par les MMAV au Service Vétéri-
naire Régional pour la constitution d’une
base de données.
Photo 5: démonstration de vaccination, de déparasitage et de bouclage de caprin

m  Amélioration de l’alimentation
L’amélioration de l’alimentation complète les plante à une grande teneur en eau et multiple, les fruits constituent une source
actes sanitaires de prophylaxie et de traite- constitue une alternative d’alimentation inté- alimentaire et peuvent être vendus en 
ment des maladies pour maintenir l’effectif ressante en période de faible disponibilité période sèche. Des paysans leaders sont
du cheptel, la reproduction et la bonne des fourrages. Il a l’avantage de faire  appuyés pour la production de souches et
condition physique des animaux pour la tomber ses épines une fois les fausses- l’animation en vue de la diffusion de sa 
vente. Améliorer l’alimentation des caprins tiges matures et ne nécessite plusde  culture. Les premières étapes de cet 
par de petites actions faisables est une  brulage avant affouragement,contrairement apprentissage débutent au niveau de sites
approche promue dans le cadre de cette  au cactus classique. De plus, son utilité est vitrines destinés à la diffusion.
expérience. Ainsi, la diffusion de cactus
inerme, la valorisation des résidus de 
récolte par la pratique de l’ensilage, la 
production de paille et de plante fourragère
ont été initiés. Les différentes techniques 
ci-dessous ont été diffusées au niveau de 
3 sites pour l’ensilage et la culture du 
Bracharia, de 2 sites pour la conservation
des pailles et de 2 sites pour la démonstra-
tion des avantages de la culture de cactus
inermes pour l’année 2017. Ces sites ont
servi de centre de débats lors de visites-
échanges et ontpermis de mobiliser les 
éleveurs apprenants des autres fermes
écoles.

Diffusion de cactus inerme. Le cactus
inerme est une plante à vocation fourragère
adaptée aux conditions climatiques des 
régions sèches. Connu des agro-éleveurs
Photo 6: Champs de diffusion de cactus inerme
habitués à utiliser le cactus classique, cette
86
D é v e lo ppe me nt d es ch aî ne s d e v al e ur e t a ug me nt at i on d u re v e nu

Valorisation des résidus de récolte par la
pratique de l’ensilage. Pratique nouvelle et
testée à ce stadedans la zone, cette mode
de conservation par voie humide, permet
d’optimiser la disponibilité en fourrages et
en résidus de récolte durant la saison des
pluies, et de les utiliser plus tard pendant la
saison sèche. Cette différence de disponibi-
lité et de possibilité entre ces deux saisons
justifiela diffusionde cette technique de
conservation.L’utilisation des produits peut
ensuite être optimisée comme aliments de
complémentspendant les périodes difficiles.

Production de paille. Cette forme de conser-
vation par voie sèche des sous-produits en
pailles vient en complément de la forme de
conservation par ensilage. L’utilisation ex- Photo 7: Séance d'apprentissage et de démonstration de production de Bracharia
clusive des pailles se heurtent cependant
avec l’indisponibilité en eau pendant la pé- m  Amélioration de la reproduction
riode sèche. La castration fait partie des techniques  De préférence, les mâles n’ayant pas 
développées à la fois pour la gestion de la ces critères sont castrés afin d’écarter les
Production de plante fourragère. Le Bracha- reproduction et l’engraissement des mâles, caractères non désirés et garder une 
ria, choisi pour son adaptabilité dans la mais le premier objectif prime.  race performante au fur et à mesure des
zone, et selon l’expérience d’un EL, est une générationsdans la population caprine.
espèce fourragère résistant bien à la sèche- En effet, les mâles reproducteurs doivent L’engraissement vient une fois que les
resse une fois qu’il est suffisamment ins- avoir des qualités spécifiques : bonne taille mâles repro-ducteurs ont dépassé l’âge de
tallé en début de saisonde pluie. Il peut et posture, une historique positivesur la  cinq ans. Ils doivent être à leur tour castrés,
rester vertpendant une période plus ou résistance aux maladies, l’absence de  et valorisés dans la production de viande,
moins long de l’année si les apports en eau déformations physiques ou malformations, pour laisser place à des jeunes mâles 
sont suffisants. le rapport entre viande et carcasse, etc.  reproducteurs.

3. Un taux de mortalité significativement réduit


et des services plus structurés et productifs
au profit des agro-éleveurs
Un service sanitaire de proximité convain-
cant et productif pour les agro-éleveurs  Selon Mr. Soavoa tse (photo 
et les MMAV.24 MMAV ont été certifiés et ci-contre), un éleveur-leader 
exercent actuellement, sous la supervision à Amborotse de la Commune de
du VS du district de Beloha Androy, rendant M a ro l i n t a , r é sum e,  en  c es
service à environ 8.000 agro-éleveurs, termes les impacts de l’accès
dont912 font régulièrement appel à leurs aux services des MMAV : « Une
services. fois mes animaux déparasités
tous les 3 mois et vaccinés une
Les ménages sont convaincus de l’efficacité fois par an, le taux de mortalité
des services en santé animale et conti- a diminué. Le nombre de mon
nuent à payer les services des MMAV même cheptel a augmenté : 6 chèvres
en période de soudure. Les coûts restent a u  d é b u t ,  d o n t  2  m â l e s  e t 
abordables comparés au prix d’une tête de 4 femelles, le nombre actuel est
bétail : 500 Ariary pour le déparasitage  de 24 têtes. J’ai pu en vendre
et 1.000 Ariary pour la vaccination, alors une douzaine à des prix intéres-
qu’une chèvre peut se vendre à partir de sants, au marché d’Ampanihy
50.000 Ar.Le taux de mortalité des caprins e t d e  M a r ol i n t a . C e q ui  me 
permet de réinvestir et d’acheter
plus de jeunes chèvres ».

87
D é v e lo ppe m en t d e s c haî ne s d e v al e ur e t aug me nt at i on d u r ev e nu

enregistré, a baissé, passant de 23% à 4 %. À l’instar des MMAV, les EL sont aussi des La conduite de la reproduction reste 


Un changement de comportement des  éléments d’ancrage local de l’expérience. cependant difficileà cause de la pratique
éleveurs est constaté en matière de gestion 31 EL sont opérationnels et assurent la  d’élevage extensif. 
de leur exploitation par le paiement effectif diffusion des bonnes pratiques en élevage
des services vétérinaires. Ces changements a u p r è s  d e s  g r o u p e m e n t s  a p p u y é s .  Seulement 2% des éleveurs l’adoptent et
s o n t  d ’ a u t a n t  p l u s  m a r q u é s  c a r  l e s  26 fermes-écoles avec enclos ont été  pratiquent la sélection et le changement de
ménages consentent désormais à vendre installés dans les huit communes du district mâle producteur chaque année. 
quelques têtes de caprin pour assurer le de Beloha, dont 20 sont gérées par les
paiement de ces services. groupements bénéficiaires de la subvention 22% des éleveurs adoptent les techniques
du FDA Androy.  d’amélioration de l’alimentation promue, y
Une adoption de technique grâce à un  compris la culture du cactus inerme, qui est
ancrage local et une meilleure organisation À la suite des actions de démonstration  priorisée par rapport à d’autres techniques-
des agro-éleveurs.L’ancrage local des  menées, 1.537 agro-éleveurs ont adopté  car il répond à la fois au besoin en fourrage
activités a été un des paramètres clés de la au moins une technique améliorée en éle- et en eau. 
réussite de cette expérience.Former les  vage caprin, et619 ont adopté au moins
éleveurs locaux, habitués à la conduite deux des techniques proposées. La figure Ainsi, et en particulier auprès des groupe-
d’élevage en milieu réel pour devenir des ci-dessous montre la répar tition des  ments suivis, bénéficiaires des 200 têtes
Eleveurs leaders (EL), contribuait à l’atteinte adoptions par techniques proposées.  de caprin subventionnées par le FDA 
des résultats attendus. Androy, l’effectif du cheptel est passé à 855
têtes au mois d’août 2017, date de la 
dernière enquête. Une augmentation
moyenne de 10 têtes de chèvre par éleveur
adoptant est enregistrée. Le nombre moyen
de têtes vendues est de 3 têtes par éleveur,
et jusqu’à 16. Le revenu annuel moyen 
généré par les ventes, par éleveur, est 
de 246.000 Ariary en moyenne. 

Figure 2: Proportion d'adoption de techniques amélioré parmi les agro-éleveurs 
de caprin

4. De l’aide au développement vers le développement durable…


La constitution d’un capital productif de  ments majeurs de l’aide locale du dévelop- par ailleurs, que les éleveurs ne considère-
qualité est importante pour démontrer une pement mais des sensibilisations seront ront plus le caprin comme une forme
technique améliorée de conduite d’élevage utiles et nécessaires pour faire comprendre d’épargne mais la principale ou la seconde
caprin.Les agro-éleveurs identifiés sont  aux bénéficiaires que ce service est payant source de revenu.
pauvres, confrontés à une période annuelle après cette expérience, pour que le dévelop-
de disette, et ne disposent pas demoyen  pement de l’activité soit confirmé. L’adoption de l’ensemble des techniques
financier conséquent pour se « recapitaliser » nécessitent du temps.La mise en place des
selon leur volonté. Un dispositif de subven- L’organisation devrait aller au-delà de  fermes-écoles pour diffuser les techniques
tionnement des agro-éleveurs dans de l’apprentissage des techniques.Les éle- améliorées d’élevage demande du temps,
telles situations, porté par le FDA, est es- veurs gagneraient mieux à être orienter vers et la pratique de l’élevage s’inscrit dans 
sentiel pour appuyer la relance de l’activité.  une logique de chaîne de valeur. Les appuis u n  c a l e n d r i e r  i n t é g r a n t  l e s  s a i s o n s , 
Cependant, le maintien d’un capital doit sur l’amélioration qualitative et quantitative le calendrier agricole et intégrant les actes
être poursuivi, voire augmenter, pour  de la production devraient, certes, s’intensi- sanitaires.Les activités d’appui à l’élevage
assurer la croissance de l’activité et des fier et être poursuivis mais le secteur de doivent nécessairement s’articuler avec 
profits qui en seraient générés.   transformation et de valorisation des pro- le rythme de la vie et des activités écono-
duits issus du caprin mérite aussi une at- miques en milieu rural. 
Le subventionnement apparaît comme une tention particulière pour créer de la valeur
Mots-clés : Caprin, petit ruminant, multi-acteurs, technique
nécessité dans le cas de cette expérience. ajoutée additionnelle. Ainsi, les éleveurs  d'élevage améliorée, recherche-action,
Ce choix est évident pour la recapitalisation devraient pouvoir mieux planifier leur vente
Auteurs :  RASAMILALA Anatole Alexandre, Coordi-
des éleveurs en caprin mais il a été aussi et la conduite de leur exploitation pour ne nateur de projets
étendu aux actes de soins de santé. Ces pas vendre au moment où les prix sont les RANDRIANANDRASANA Heriniaina Mario,  
Chef de projet 
deux activités subventionnées sont les élé- plus bas. De telles pratiques signifieraient,

88
Amélioration
de l’accès aux financements :
crédit et subvention
L’extension du réseau de microfinance contribue à l’accès au financement des petites exploi-
tations agricoles familiales surtout dans les zones peu ou mal desservies en infrastructures
structurantes (routière, communication, etc.). 39 nouveaux points de services ont été créés au
cours de ce projet. Des produits financiers, comme le crédit avec éducation (CAE) destinées
aux femmes chefs de ménages, ont permis le développement des commerces de produits
agricoles.

La finance rurale a également fait l’objet du soutien du projet ASARA à travers la mise en place
des FDA des régions Androy et Atsimo Atsinanana et à l’opérationnalisation du FDA Anosy créé
en 2009. Des subventions octroyées par le FDA ont contribué à financer de l’appui conseil aux
producteurs, du matériel agricole, d’élevage et de pêche artisanale, de petites infrastructures
productives, de la recherche appliquée ainsi que des projets portés par les organisations de
producteurs.

Le Fonds de Développement Le FDA finance six types de Plusieurs entités dénommées « guichets »


Agricole (FDA) est un dispositif de services : (i) Service d’appui à la  peuvent déposer directement les 
f i n a n c e m e n t  c o n ç u  p o u r  fa c i l i te r  production ; (ii) Structuration et renforce- demandes au niveau du FDA : (i) les Centres
l’accès des producteurs et de leurs  ment des organisations paysannes ;  de Services Agricoles, (ii) les organisa-
organisations à des services nécessaires (iii) Accès aux facteurs de production  tions paysannes de niveau régional
à la production agricole. Les FDA des (équipements et infrastructures) ;  (OPR), (iii) les institutions de microfi-
R é g i o n s  A n d roy,  A n o s y  e t  At s i m o  (iv) Extension des services financiers  nance (IMF), (iv) les opérateurs des 
Atsinanana ont été opérationnalisés ( i n s t i t u t i o n s  d e  m i c r o f i n a n c e )  ;  projets de développement, et (v) les 
dans le cadre du programme « Amélio- (v) Recherche ; et (vi) Renforcement des autres acteurs (prestataire de service,
ration de la Sécurité Alimentaire et des acteurs comme les Centres de Services centre de formation agricole, centre de
Revenus Agricoles – ASARA » financé Agricoles, des prestataires de Service recherche).
par l’Union Européenne. Chaque FDAR en lien avec l’agriculture, et des Centres
est composée d’un organe paritaire  de Formation Agricole. 
dénommé le Comité Régional d’Orienta-
tion et d’Allocation (CROA) en charge
d’orienter et d’allouer les financements,
et d’une équipe technique appelée 
Direction Régionale (DR) en charge de
l ’ i n s t r u c t i o n  e t  d e  l a  g e s t i o n  d e s 
dossiers de demande. 
A m él i or at i on  d e  l ’a ccè s aux  f in anc em e nt s

Le Crédit Avec Éducation : 
retour d’expériences et conseils pratiques 
pour en améliorer l’impact positif 
sur les conditions de vie des femmes chefs de ménages

Cette fiche présente l’expérience  1. Des femmes chefs de ménages n’ayant pas accès 
de la CECAM en lien avec le crédit aux ressources productives en milieu rural

D
avec éducation ou CAE dans plusieurs
ans le District de Vangaindrano,  rural, permettrait d’améliorer les conditions
communes et localités du District de r é g i o n  At s i m o  At s i n a n a n a ,  l e s de ces femmes. Un capital, sous forme de
Vangaindrano depuis 2014. Le CAE femmes ont un statut social et éco- crédit, est une des solutions courantes.
est un produit financier doté  n om i que p a r ti c ul i er.  A c e ti tre,  el l es  Ainsi, l’Institution de Microfinance (IMF)
d’un service non-financier additionnel n’héritent pas du patrimoine laissé par leur CECAM – aux vues de ses portefeuilles de
– l’éducation – pour des femmes parent et dépendent ainsi de leur conjoint service et l’avantage offerte par la CAE – a
p o u r  to u te s  d é c i s i o n s  é c o n o m i qu e s  décidé de lancer cette approche au profit
chefs de ménages ou non et qui sont
relatives à sa vie de famille voire personnelle. des femmes du District de Vangaindrano. Il
membres d’une association dénommée La situation s’aggrave lorsque celles-ci se est escompté que les femmes disposent
Association de Crédit (AC). Cette fiche trouveraient séparées de leur conjoint avec d’un capital productif tout en développant
renseigne sur les caractéristiques  des enfants à charge. Elles doivent assurer leurs connaissances et pratiques dans le
particulières de la fourniture de ce elles-mêmes leur subsistance, et rares – domaine sanitaire, nutritionnel et financier.
service financier et son impact sur bien qu’ils existent – sont les membres de Le développement de la culture d’épargne
la famille leur venant en aide. La proportion fait partie intégrante du processus du CAE.
l’amélioration effective des conditions
des femmes, chefs de ménage, n’est pas En ef fet, une épargne obligatoire est 
de vie sociale et économique de pourtant négligeable, elle est de 52% selon demandée à chaque membre au cours de
femmes clientes et membres des AC. la dernière estimation fournie par le District réunions régulières des bénéficiaires du
À travers cette fiche, des éléments de Vangaindrano en 2016.  CAE, dont le montant est fixé dans le 
d’analyses essentiels sont apportés règlement intérieur. Un montant supérieur
pour ceux qui sont intéressés  Le District de Vangaindrano est, par ailleurs, au versement fixé est considéré comme
une des localités la plus exposée aux aléas une épargne volontaire.
dans la fourniture et la promotion de
naturels sur son front Est, comme le 
tel service. Pourraient en être concer- cyclone et l’inondation. Les catégories Étant donné le statut spécifique des femmes,
nés les Institutions de Microfinance socio-économiques, les plus vulnérables à mentionnées plus haut, l’implication des
(IMF), les organisations de la société de tels chocs climatiques, sont celles qui a u to r i t é s  l o c a l e s  d e  p rox i m i t é  a  é t é 
civile et de l’administration publique ne disposent pas suffisamment de terres judicieuse pour la réussite de l’expérience.
œuvrant dans la promotion de la agricoles pour diversifier leur production ou Il s’agit notamment du chef de fokontany et
celles qui n’en disposent pas du tout des chefs traditionnels. Outre les femmes,
femme, le financement rural ou 
comme les femmes chefs de ménages.  b é n é f i c i a i r e s  e t  a c t r i c e s  d e  c e t t e 
l’accès au crédit en milieu rural.  Offrir une alternative à l’accès à la terre, expérience, l’animatrice CAE – une techni-
principal facteur de production en milieu cienne au sein de CECAM – est également
un des acteurs-clés de cette expérience.

2. Un crédit combiné à l’éducation comme alternative  
Un cycle de CAE s’organise en trois temps : (FOAC). Les AC n’existent pas avant l’animation iv) le respect des échéances de rembourse-
avant le déblocage, durant la phase de effectuée par l’équipe de la CECAM. Le  ment. Au cours de cette première étape, la
remboursement et le début d’un nouveau recrutement d’une ACest obligatoirement partici-pation des Chefs de fokontany et
cycle de CAE.  précédé de quelques séances d’animation. des leaders traditionnels est sollicitée pour
Dès cette phase de prise de contact, il est que les autorités locales et les membres de 
La première étape, avant le déblocage, primordial de faire connaitre aux intéressées relation se connaissent et offrent une 
concerne le processus de recrutement  i) l’objectif du CAE, ii) l’obligation d’assister opportunité aux leaders locaux de prodiguer
de l’AC et les réunions de Formation sur aux réunions hebdomadaires, iii) la consti- des conseils aux membres.
l’Organisation de l’Association de Crédit t u t i o n  d ’ u n e  é p a r g n e  o b l i g a to i r e ,  et 

90
A mé l io r at i on de  l ’acc è s a ux  f i na nce me nt s

l’Animatrice CAE tient un rôle majeur dans
Le crédit avec éducation ou CAE est une approche pour fournir un service financier, 
le processus de la formation de l’organisa- à un groupe spécifique. Il a été lancé à Madagascar vers les années 2000. L’ONG FFH 
tion de l’association de crédit ou FOAC qui (FreedomFromHunger) l’a disséminé dans le cadre d’un programme du PNUD (Programme des
est réalisée en cinq séances : Nations Unies pour le Développement) dénommé Microstart (littéralement « commencer petit »).
Le produit CAE est ancré sur le crédit et l’épargne des bénéficiaires. Le CAE a ses spécificités dans
HISTORIQUE ET CARACTERISTIQUES DU CAE le domaine de services non financiers en introduisant dans sa procédure d’octroi une série de
thème d’éducation dans les domaines tels que sanitaire, nutritionnel et financier.
• FOAC 1 : Adoption du règlement de Les bénéficiaires du CAE sont des femmes, appelées membres, regroupées dans une 
l’AC et présentation du livret d’épargne association de crédit (AC). Une telle association est composée d’au moins 15 membres. Chaque
AC est composée d’au moins 3 groupes de solidarité (GS) ayant 5 membres.
• FOAC 2 : Élection du comité de gestion
L’AC est dirigée par un bureau, composé d’un président, d’un trésorier et d’un secrétaire.
de l’AC et discussion sur les notions
L’AC se réunit une fois par semaine. Cette réunion coïncide avec la date de remboursement du
d’appartenance et de solidarité crédit. Une formation au profit des membres de l’AC, par l’Animatrice CAE, est également réali-
• FOAC 3 : Formation sur les procédures sée à ce moment. En d’autres termes, les réunions hebdomadaires sont marquées par une séance
de gestion et de services de crédit  d’éducation, suivie du remboursement de crédit arrivé à échéance. 
par l’AC1 La structuration des AC contribue à forger la garantie sociale sur le CAE car elle lui confère
une reconnaissance vis-à-vis des autorités et d’obtenir ainsi une certaine caution sociale. De plus,
•FOAC 4 : Formation sur la procédure l’incitation à l’épargne au niveau de l’AC d’une part et l’épargne volontaire de chaque membre
d’analyse de prêt et préparation de la d’autre part matérialise la garantie financière offerte.
demande de prêt. A ce stade, la demande
de prêt individuelle est discutée au La troisième étape, aprèsque tous les 
sein de l’AC. Après la validation des rembour-sements sont ef fectués,est 
membres, la demande est transmise relative à la préparation d’un nouveau cycle
aux techniciens pour une pré-validation de crédit, et d’accompagnement vers 
technique avant le passage du dossier l’autonomisation. Commencée à partir de
en Commission d’octroi de la caisse.  la 14ème semaine soit deux semaines
• FOAC 5 : Discussion des ser vices  avant la dernière échéance du prêt, l’AC se
éducatifs et préparation à l’inaugura- réunit pour préparer la demande suivante.
tion de l’AC. Également un moment Des activités comme l’intégration de 
solennel où les membres prêtent  nouveaux membres et le recyclage sur les
serment pour respecter les règle- thèmes FOAC, complète les activités 
ments régissant l’AC. habituelles de préparation et de validation
de crédit au cours de la première étape.
La deuxième étape englobe les activités  Normalement, le nouveau prêt est dispo-
Photo 1 : Déblocage du crédit pour les
de formation, de suivi et de contrôle,  nible une semaine après l’échéance du
membres de l'AC.
et le remboursement hebdomadaire. Elle prêt précédent.
commence au moment du déblocage,  des femmes ayant accès au CAE. Les 
effectué au moment de l’inauguration de Pratiquement, les dif férents thèmes  modules de formation sont ceux standards
l’AC. Pendant les 16 semaines qui suivent, d’éducation, à savoir l’éducation financière, conçus par CIGAP. Les femmes pourront
les techniciens (Animatrice, Inspecteur,  la santé maternelle et infantile, et le  aussi profiter des sensibilisations en 
Superviseur) visitent régulièrement chaque développement de la confiance en soi, matière de vaccination et de planning 
membre pour s’assurer que leur activité se contribue à l’autonomisation progressive familial dans certaines communes. L’amélio-
déroule convenablement et leur permettre ration de leur revenu confère auxfemmes
de rembourser à temps.  de nouvelles ambitions les poussant 
à s’affirmer et à gagner plus d’autonomie.
En cas de non remboursement, le recouvre-
ment pourrait s’effectuer en trois étapes : Il n’y a pas d’exigence de garantie matérielle
• Au niveau du GS : le remboursement de pour le CAE. La caution solidaire entre les
l’échéance en retard y est discuté. Souvent, membres fait office de garantie. Le CAE
le problème est résolu à ce niveau. p e r m e t  d o n c  d e  fa i r e  b é n é f i c i e r  d e s 
• Au niveau de l’AC : en cas de répétition centaines de ménage d’un prêt financier
des retards, le GS n’arrive plus à supporter qu’ils ne peuvent accéder auparavant, car
seul le poids du retard, la situation du elles ne disposent pas de matériels ou 
membre est discutée au niveau de l’AC. immobilisations en garantie.
• Au niveau des techniciens de la CECAM :
les techniciens n’inter viennent que
lorsque la situation du membre défaillant
devient critique : refus de payer, risque Photo 1 : Réunion hebdomadaire 
des membres d’un AC.
de fuite, ou déni de l’association. 
1
Souvent, les membres de l’AC arrivent à réunir les documents administratifs (copie de la carte d’identité nationale, photo d’identité, certificat de résidence)
ainsi que la somme de Ar 24 200 pour régler la part sociale fixe (Ar 20 000), le droit d’adhésion (Ar 3 000) et le prix du carnet (Ar 1 200) au stade de FOAC3. 

91
A m él i or at i on  d e  l ’a ccè s aux  f in anc em e nt s

3. Une amélioration effective des conditions de vie sociale et économique 
des femmes membres de l’Association de crédit 
Tableau 1 : Situation du CAE de 2014-2017 dans les 4 caisses
Quatre caisses propo-
sent le CAE pour le dis- Encours en fin Nombre Nombre de Taux Nombre Nombre AC
trict de Vangaindrano.  Période Octroi
de période AC femmes à 0j Animatrices par Animatrice
Il s’agit de la caisse de
Vangaindrano, de Lopary, 2014 42 010 000 34 813 750 25 625 100% 5 5
d e  T s i a t e l y  e t  d e 
M a t a n g a .  L e  C A E 
2015 183 270 000 91 010 000 33 825 100% 5 7
intéresse les femmes,
au point que le nombre
de clients a doublé entre 2016 355 960 000 123 685 410 45 1 125 100% 5 9
2014 et 2017, le montant
de crédit octroyé a été 2017 389 610 000 118 586 105 51 1 093 98% 5 10
multiplié par 9.

Le CAE est un service financier efficace Une augmentation effective du revenu. a u t r e s ,  d e  c o n s t i t u e r  u n  p e t i t  s to c k 


pour lutter contre la précarité des femmes Les membres des AC, grâce à un accom- d’alimentation de base comme le manioc,
chefs de ménages ruraux. Les impacts  pagnement précis, arrivent à générer des le riz et la patate douce pour faire face 
positifs sur leurs conditions de vie sociale profits par leur activité commerciale, à la survenue des aléas naturels, fréquente
et économique témoignent de l’effectivité comme le cas de Marie Thérèse, résidant dans la zone, et durant laquelle le prix
de la fourniture de ce service financier à Mangarivotra Vangaindrano. Cette  des aliments de base et d’autres produits
particulier.  augmentation du revenu permet, entre de première nécessité augmente. 

FICHE SIGNALETIQUE DE L'ASSOCIATION DE CREDIT VONONA

Madame M arie Thérèse, 45 ans, vi t
seule avec trois enfants à charge dont
deux filles et un garçon. Elle avait une
petite gargote comme principale activité
économique.  Depuis 2014, elle est
membre de l’AC MIRAY HINA I afin de
développer ses activités. Au bout du le
8ème cycle de crédit, elle a pu s’acheter
deux autres machines à pâte grâce 
à l’amélioration de son revenu et ses
deux filles aînées lui viennent en aide
aux vues du développement de son acti-
vité. Elle a construit une maison en tôle,
plus solide, au bout du 10ème cycle 
de crédit.
Actuellement, elle entame le 12ème
cycle de crédit, ses activités se dévelop-
pent et elle a engagé un employé pour
l’aider.
Son remboursement hebdomadaire 
n’a jamais été en souffrance.

92
Am é li or a ti on  d e  l ’ accè s  au x  f i nan ce me nt s

Une rési lience aux chocs climatiques  mesures telles que la baisse du montant ê t r e  e n c l e n c h é .  L’ é p a r g n e ,  s e l o n 


(sècheresse, cyclone). Les AGR financées de prêt, l’arrêt temporaire du prêt pour un u n e  t h é o r i e  é c o n o m i q u e ,  c o n s t i t u e 
sont surtout des activités d’achat-revente cycle, sont adoptés par les membres.  l ’ i n v e s t i s s e m e n t  d a n s  u n e  a c t i v i t é 
de faible ampleur, voire sur une échelle Par fois, les femmes sont amenées à p ro d u c t i ve .   C o m m e  l e  c a s  d e  M a r i e 
de quelques jours,et sont moins vulné- changer d’activités. Thérèse ci-dessus, l’épargne peut servir 
rables aux chocs climatiques que les  à développer et accroitre son volume
U n e  c a p a c i t é  r e n f o r c é e  e n  t e r m e s
activités agricoles. d’activité, ou bien diversifier son activité
d’ ép a rg ne et donc  d’ i nves ti s sem en t 
en acquérant des facteurs de production
Pour faire face à la baisse de revenu en productif également. Dès lors que les
ou se doter d’un capital fixe comme la
période de soudure et pour éviter les  membres de l’AC aient pu augmenter leur
terre. Le cas de Ginette, membre de l’AC
p r o b l è m e s  d e  r e m b o u r s e m e n t ,  d e s  revenu, le processus d’épargne devrait
V O N O N A ,  r é s i d a n t  A m p a s i m a l e m y 
Vangaindrano l’atteste.   
Madame Ginette, 35 ans, mariée, avec 5 enfants à charge dont 4 scolarisés, réside 
à Ampasimalemy et gère une gargote comme activité principale.Elle est membre de Au niveau d’un membre, le mécanisme
l’association de crédit depuis l’année 2015. En 8ème cycle, elle pouvait acheter un remboursement-épargne-crédit permet 
vélo pour son mari pour que ce dernier puisse l’aider en faisant de la vente ambulante. au bout de plusieurs cycles d’acquérir
d’autres moyens de production, généra-
Actuellement, la famille de Madame Ginette a pu acheter une rizière, lui permettant de lement au bout de 2 ou 3 années d’acti-
s’appuyer sur une activité agricole également. Elle projette de changer sa maison  vités. Une expérience-type – cas d’une 
en bambou en une maison en tôle, plus solide mais aussi un signe extérieur de  activité de revente de riz blanc – est 
changement du statut social et économique.  renseignée ici à titre d’illustration. 

Tableau 2 : Simulation d'un remboursement de crédit par cycle
Cycle de crédit 1 2 3 4 5 6 7 8
Chiffres d'affaires 187.500 187.500 250.000 250.000 312.500 375.000 375.000 375.000
Prix de revient
150.000 150.000 200 000 200 000 250 000 300 000 300 000 300 000
(=montant du crédit obtenu)
Bénéfice hebdomadaire 37.500 37 500 50 000 50 000 62 500 75 000 75 000 75 000

Remboursement hebdomadaire 10.700 10 700 14 300 14 300 17 900 21 400 21 400 21 400

Épargne hebdomadaire 1.000 1 000 2 000 2 000 2 500 3 000 3 000 3 000
Dépenses de ménage
25.800 25.800 33.700 33.700 42.100 50.600 50.600 50.600
(fixes et variables)
Montant épargné en 16 semaines 16.000 16.000 32.000 32.000 40.000 48.000 48.000 48.000

Cette cliente achète par semaine du riz socio-économique des femmes. L’animatrice femme vis-à-visde son époux. La femme


blanc chez le grossiste avec la totalité de CAE est la « clé » de cette précondition. est plus considérée par son mari car elle
son crédit (prix de revient) et arrive à tout Malgré cela, il apparaît que celle-ci ne pourvoie aussi au besoin quotidien de la
revendre avec une marge bénéficiaire de planifie pas correctement et le temps de famille. D’autant plus que dans les familles
20%. Au bout du 8è cycle de crédit, la visite et d’entretien de la vie de groupe rurales, les revenus générés par la femme
femme a pu accumuler un épargne de  e s t  r é d u i t .  P a r  a i l l e u r s ,  c o m m e  l e s  constituent un apport très important dans
Ar 280 000, suffisants pour acquérir un vélo. membres doivent souvent se déplacer le quotidien du ménage. Lerevenu de la
pour participer aux réunions hebdoma- femme limite la vente des stocks alimen-
Le CAE est la manifestation de la mission daires, elles doivent s’absenter de leur taires, et procure ainsi une disponibilité
sociale de la CECAM auprès des caté- travail ou débourser un frais de transport alimentaire au sein du ménage.
gories socio-économiques dites vulnéra- pour rejoindre la caisse. Ces contraintes
bles. Il n’en demeure pas moins que le additionnelles font que certaines femmes Certaines femmes après leur 7è ou 8ème
CAE est un service financier profitable car il manquent aussi les séances hebdoma- cycle de crédit ‘’sortent du lot’’ et sont en
permet de faire du volume de crédit avec daires de remboursement et d’éducation, capacité d’évoluer comme actrices écono-
un flux important. alors que ces séances font partie inté- miques individuelles. Le CAE a ainsi 
grante de l’approche qui tendrait ensuite permis d’enclencher une dynamique 
Cependant, il est important de noter que vers sa réussite. économique chez près de 1.100 femmes
de telles réussites nécessitent un bon  de Vangaindrano qui ont bénéficié de 
accompagnement du groupe et par individu, Une amélioration du statut social et éco- formations thématiques pour améliorer la
se traduisant par un bon suivi et contrôle nomique des femmes. L’impact sur le statut gestion de leurs activités mais aussi le
adapté à la situation de vulnérabilité social se ressent dans la relation de la bien-être de leurs ménages respectifs. 

93
A m él i or at i on  d e  l ’a ccè s aux  f in anc em e nt s
• En termes de taux de remboursement, le
Madame Caroline, une femme marginalisée de 45 ans, avec 5 enfants à charge, 
C A E  a f f i c h e  u n  t a u x  à  p l u s  d e  9 9 % 
à échéance alors que le taux des crédits habite à Nanasana Vangaindrano. Elle vend des produits de la vannerie comme 
dits classiques tourne autour de 92% activité principale depuis son adhésion au sein de l’association de crédit MAZOTO.
• En termes de nombre d’emprunteurs Elle a pu construire une maison en bois au bout du 9ème cycle et a acheté un vélo afin
dans les 4 caisses concernées par le CAE,
que son fils puisse apporter leurs produits au marché.Actuellement à son 12ème cycle
sur les 3.549 crédits octroyés, 2.200
de crédit, la réussite la pousse à faire mieux afin de pouvoir scolariser un de ses fils
concernent les femmes bénéficiaires de
crédit CAE soit une proportion de 62%. au lycée.

4. Des enseignements à retenir impérativement  connaissance de leurs administrés. Ils facili-
pour se lancer dans le CAE tent aussi l’obtention des cer tificats de 
résidence, les légalisations de signature : les
La constitution et les caractéristiques de l’AC Une forme de vie associative devrait exister femmes ont moins peur de se présenter 
sont des éléments fondamentaux pour la entre les membres du groupe, étant donné au bureau du Fokontany ou au bureau de la
réussite de cette approche, en vue de la four- que le risque de ne former une association Commune car une présentation a été déjà
niture d’un service financier spécifique. Parmi uniquement pour obtenir le crédit existe, et ce réalisée au début de la création de l’AC.
les caractéristiques pouvant tendre vers la risque n’est pas négligeable. L’éducation 
réussite, le CECAM a observé et analysé les demeure cependant un service essentiel  En cas de problème de non remboursement
attributs suivants :  appor té dans cette approche et elle se  ou de conflit à l’intérieur de l’AC, l’intervention
développe avec la vie du groupe. Dans une  de ces autorités de proximité a été souvent
a. La cohésion entre les membres du groupe vie de groupe, le non-respect du règlement  décisive.L’implication des autorités locale
associatif, qui est le lien qui fait que la cau- interne nuira d’abord à la relation entre les vient en complément de la caution solidaire
tion solidaire fonctionne correctement. membres, et induirait aussi un problème vis-à-vis comme une caution sociale/morale renfor-
Cette cohésion se traduit par l’existence de l’IMF lorsqu’un membre est défaillant.  çant la maitrise des risques pour l’IMF.
d’un pacte entre les membres et par l’en-
traide au quotidien. De ce qui précède, la réunion hebdomadaire L’intégrité des techniciens de l’IMF dans 
b. La diversité au sein du groupe,en effet avec doit être effective pour tous les membres et l’accomplissement de leurs tâches est 
ses vécus et ses caractères, leurs origines chacune doit respecter ses engagements  également déterminant.Obtenir un prêt en CAE
différentes, l’AC gagne plus en dynamisme en termes de formation et de remboursement est relativement facile par rappor t aux 
et la vie interne du groupe est plus enrichie du crédit.Ainsi, l’existence et la dynamique de autres crédits classiques, augmentant en
par les apports de chacune des membres. groupe est importante lorsqu’elles influent  conséquence les risques de détournement 
positivement sur les membres et leur capacité ou autres combines malsaines de la part des
c. L’existence d’un leader au sein de l’associa- respective à honorer leur engagement. techniciens en charge du portefeuille. Pour que
tion pouvant servir d’animateur et surtout le crédit remplisse ses fonctions économiques
d’exemple pour les autres membres. Dans l’exercice de leur activité et la vie asso- et sociales, des techniciens intègres, cons -
d. L’intégrité de chaque membre du groupe, ciative, l’écoute est importante car les avis cients de la dimension sociale et économique
car un seul membre défaillant peut déman- des unes et des autres, en ce qui concernent du crédit, ainsi que leur rôle d’éducateurs dans
teler totalement le groupe à cause de la leurs pratiques et leurs attentes, pourraient le processus sont des conditions sine qua non.
caution solidaire.  aussi enrichir le concept. L’implication des 
autorités locales dans le processus, permet Le CAE ne pourrait être soutenue qu’avec un
Dès la constitution de l’AC, il convient de clari- de baliser les risques inhérents au crédit. rapport de confiance entre l’IMF et les femmes
f i e r  l e s  a t t e n t e s  d e s  m e m b r e s  p o u r  Sans leur implication, le processus est voué à membres de l’AC, prises individuellement.Par
éviter l’insatisfaction en cours d’exécution et l’échec. La prise de conscience des autorités ailleurs, les IMF, comme la CECAM, devrait
de ce fait, annuler les effets bénéfiques du des problèmes socio-économiques dans leur aussi pouvoirintégrer des pratiques appro-
c r é d i t .  L e s  a t t e n t e s  c o n c e r n e n t   circonscription devrait les amener à considé- priées au contexte particulier de chaque zone
i) l’obtention d’un prêt pour démarrer ou sou- rer le CAE comme un outil efficace pour aider d’intervention et même de chaque AC dans ses
tenir une activité, ii) le suivi des formations, iii) les vulnérables. Ils facilitent l’identification offres de service pour servir plus de femmes
la constitution d’une épargne, et iv) avoir une des femmes cibles et leur intervention permet dans une situation de marginalisation écono-
vie ou expérience associative. aussi de limiter certains risques par leur mique et sociale. 

5. Mise à l’échelle…
A l’intérieur du territoire d’un district, la Plus la distance géographique entre les  ainsi que des contraintes liées aux infra-
mise en œuvre du CAE est simplifiée par la localités, les différences culturelles et les structures structurantes (voie de communi-
proximité entre les AC et permet ainsi de diversités climatiques sont importantes, cation défaillante et/ou absence de NTIC)
faciliter la reproductibilité des pratiques du plus complexe sera la mise en place du seront également à prendre en considéra-
fait de la quasi-similarité du contexte. CAE. Des contraintes sociales et culturelles tion dans la préparation au CAE.

Mots-Clés :    Crédit à terme, cycle de crédit, femmes chefs de ménages, association de crédit, animatrice CAE, Institution de Microfinance, revenu, profitabilité
Auteurs : - RAHERIMANDIMBY Vonjisoa, DAE Atsimo Atsinanana
- RANDRIANASOLO Tahina, CECAM Atsimo Atsinanana,
- RAZAFINDRATSIMA Désiré Person, Directeur CECAM Anosy,
- RAZOMANANA Holy, UNICECAM

94
A m él i or at i on d e l ’a ccè s au x f in anc em e nt s : cr éd i t e t s ubv e nt i on

Efficacité et efficience des services financiers 
aux petits producteurs : 
subvention de matériels agricoles via 
des boutiques d’intrants 

C
oncernant le service « Accès aux  place du contrôle a posteriori convenu L’instruction des dossiers relevant de 
facteurs de production », le plus  initialement. Par ailleurs, une partie des l’accès aux matériels individuelsreprésente
demandé par les producteurs au petits producteurs agricoles est peu  un volume de travailimportant, alors que le
FDA, différents itinéraires permettent aux habituée à utiliser les services des IMF traitement des dossiers ne demande pas
p e t i t s  p r o d u c t e u r s  d ’ e f fe c t u e r  u n e  si bien qu’ils préfèrent payer en totalité nécessairement de qualification spécifique.
demande de subvention au FDAR : leur part de 50% et s’adresser directe- À titre de comparaison, l’instruction d’une
ment au FDA Androy via les CSA ou les demande de formation pourrait demander
1. Le demandeur monte un dossier de  projets intervenant dans la région.  l’examen du module de formation proposé
demande de f inancement passant ou des suppor ts techniques pouvant
d’abord par un Centre de Ser vices  3. Le demandeur passe par une organisa- conduire à des rectificatifs déterminants,
Agricoles (équipe technique puis comité tion paysanne régionale qui élabore et ce qui ne serait pas le cas pour l’instruction
de pilotage), avant d’être transféré au dépose directement un dossier au  d’un dossier de demande de matériels 
FDA pour examen par la DR et le CROA.  niveau du FDA régional. C’est le cas, par individuels. L’accès aux matériels de 
exe mp l e  d e  3 0  p et i t s  p ro d u c te u r s  production reste cependant déterminant
2. Le demandeur passe par une institution agricoles, dont les demandes ont été pour l’amélioration de la productivité 
de microfinance (IMF) qui élabore et  portées par la chambre d’agriculture  agricole et l’intérêt des petits producteurs
dépose un dossier au niveau du FDA  régionale.  pour ce service est amplement justifié. 
régional. Pour ce cas-ci, le demandeur
contribue à hauteur de 50%, dont 30% 4. Un opérateur mettant en œuvre un  Afin de continuer à rendre service aux 
sont empruntés auprès de l’IMF. Cepen- p ro j e t  d e  d é ve l o p p e m e n t  p o r te  l a  petits producteurs agricoles et de réduire
dant, en raison de dérapages constatés1, d e m a n d e  d e s  p e t i t s  p r o d u c t e u r s  les charges de traitement de ces dossiers
le CROA a décidé que les demandes  agricoles en élaborant et déposant un sans perdre en efficacité, une procédure
acceptées par l’IMF soient validées par dossier directement au niveau du FDAR.  plus adaptée a été testée et a prouvé un
le CROA avant le déblocage, en lieu et résultat positif méritant une duplication
lorsque le contexte de mise en œuvre le
Nombre permettrait. 
Guichet %
de bénéficiaires concernés

CSA 2.484 97,2


IMF 36 1,4 L’objectif est de simplifier l’accès des 
petits producteurs agricoles à ce service 
OPR 30 1,2 et d’améliorer l’efficience du dispositif 
de financement. 
Projet 5 0,2
Total 2.555 100,0

Tableau 1 : Les guichets utilisés par les producteurs pour les demandes
en matériels individuels auprès du FDA

1
Il s’agissait notamment de vente fictive de zébu (à une période où les bœufs de trait étaient encore éligibles) opérée au sein de la famille (entre père et fils). 

95
A mé li o ra ti o n d e l’ acc ès au x f i nan ce me nt s  : cr é d it et sub ve n ti on

1. Une co-opération avec des opérateurs de projet de développement local comme


assise de l’expérience
En collaboration avec Action Intercoopération
Madagascar(AIM), le FDA de la Région Androy
a testé une procédure de subvention de 
petits matériels agricoles sans montage 
préalable de dossier par le demandeur.  Photo 1: Boutique
A cet effet, le FDA Androy acollaboré avec d'intrants dans
d e u x  g é r a n t s  d e  b o u t i qu e s  d ’ i n t r a n t s  la Commune
(Dokanin’ny Tantsaha en Malagasy) suivis  de Vohimanga
et appuyés par AIM. Les Dokanin’ny Tantsaha (Bekily, Androy)
sont les lieux d’achat des matériels, lesquels
sont subventionnés par le FDA, en sus de
l’apport apporté par le demandeur payable
directement à la Dokanin’ny Tantsaha. 

L’objectif initial de l’expérience est de 
subventionner l’acquisition de 200 petits 
matériels agricoles, à titre individuel en quatre
mois, et ce entre le 15 mai et le 15 septembre
Photo 2 :
2017. Toutefois, leprix unitaire des matériels–
Matériels agricoles objet de cette expérience - n’excéderait pas
proposés dans 200.000 Ariary.
la Boutique d'intrants
de Vohimanga Cette expérience constitue une première 
p o u r  l e  F D A  A n d r o y  e t  l e s  a u t r e s  F D A 
régionaux aux regards des dif férentes 
pratiques mentionnées plus haut. 

2. La Démarche Adoptée
L’ ex p é r i e n c e  a  i mp l i qu é  t ro i s  a c te u r s  apports bénéficiaires correspondants procédures du FDA et le lien avec les bou-
p r i n c i p a u x  –  l e s  g é r a n t s  d e  b o u t i q u e  n Dépôt des apports des bénéficiaires en tiques d’intrants
d’intrants, l’équipe d’AIM et le FDA Androy – numéraire au niveau du compte spécifique, n Mise à disposition auprès de la boutique
dont les attributions respectives prévues sont ouvert à cet effet d’intrants d’échantillon pour chaque type
les suivantes :  n Envoi de la liste des demandeurs avec de matériel agricole éligible3
leurs commandes ainsi que du reçu attes- n Suivi et accompagnement du gérant de la
v Gérant de boutique d’intrants :  tant le dépôt des apports bénéficiaires  boutique d’intrants dans les aspects 
n Signature d’une lettre d’engagement et  au FDA Androy organisationnel et administratif
ouverture d’un compte spécifique (IMF) n Commande des matériels auprès des 
pour les transactions relatives à la colla- fournisseurs v FDA Androy : 
boration avec le FDA Androy n Livraison des matériels aux bénéficiaires n Vérification de la liste des demandeurs 
n Sensibilisation des petits producteurs  au niveau de la boutique et du reçu relatif au dépôt des apports 
agricoles sur l’opération menée et expli- n Envoi des bons de livraison et de la facture bénéficiaires
cation sur les conditions et procédures  au FDA Androy n Établissement du bon de commande 
appliquées auprès de la boutique d’intrants
n Enregistrement des demandeurs et vérifi- n Vérification des pièces justificatives et 
cation de leur statut de petit producteur v AIM virement de la subvention sur le compte
agricole2 n Sélection des boutiques d’intrants IMF du boutiquier
n Établissement de la liste des demandeurs n Sensibilisation de petits producteurs  n Visite de contrôle auprès d’un échantillon
avec leurs commandes et collecte des  agricoles sur les aspects pratiques et les de producteurs bénéficiaires

2
Selon le protocole de collaboration entre le FDA Androy et l’opérateur AIM, un petit producteur agricole est un agriculteur ou un éleveur comme principale activité économique, sur la
base de leur déclaration. Le protocole n’a pas apporté de précisions particulières ni sur les critères correspondants ni sur les modalités de vérifications. 

3
La mise à disposition est faite après l’établissement de la convention entre la boutique d’intrants et le FDA fixant le prix plafond de chaque matériel éligible

96
A mé li o ra ti o n d e l’ acc ès au x f i nan ce me nt s  : cr é di t et sub ve n ti on

En plus de ces acteurs, il y a : (i) les demandeurs qui s’inscrivent sur
une liste, paient leurs apports bénéficiaires et procèdent à l’enlève-
3. Des résultats proches
ment du matériel et (ii) les fournisseurs qui approvisionnent la  de l’objectif initial
boutique en fonction des commandes. 
Le schéma ci-après synthétise les étapes entreprises. A l’issue du délai fixé pour réaliser le test, 178 petits maté-
riels ont été livrés à 131 producteurs, sachant qu’un deman-
Figure 1 : Démarche adoptée lors du test d’une procédure deur a la possibilité de demander plusieurs matérielsà
simplifiée pour la subvention de petits matériels condition que le montant total ne dépasse pas 200.000
individuels Ariary. Sur l’objectif initial de 200 petits matériels agricoles à
livrer, le taux de réalisation est de 89%. 
L e  m o n t a n t  t o t a l  d e s  m a t é r i e l s  l i v r é s  é t a i t  d e
18.980.000Ariary dont 15.184.000 Ariary de subvention et
3.796.000Ariary d’apports bénéficiaires. L’apport bénéficiaire
constitue 20% de la valeur totale des matériels individuels.

Type de matériel livré BI n°1 BI n°2 Total %


Charrue 11 51 62 34,8%
Brouette 8 25 33 18,5%
Herse 10 10 20 11,2%
Sac d’entreposage de semences 0 20 20 11,2%
Bêche 2 11 13 7,3%
Arrosoir 13 13 7,3%
Pulvérisateur 2 6 8 4,5%
Coffre de stockage 6 0 6 3,4%
Pelle 1 0 1 0,6%
Râteau 0 1 1 0,6%
Sarcleuse 0 1 1 0,6%
Total 40 138 178 100,0%
Nombre de bénéficiaires 39 192 131

Au cours de cette expérience, les deux l U n e r éd uc t i o n  c o ns i d ér a b l e  de s


v Bilan positif net de l’expé- boutiquiers ont regroupé leurs approvi- cha rg es de tr av a il  de la  DR  et du
rience sionnements. CROA

l Un délai de livraison significativement En revanche, le petit producteur peut ga- L’allègement des procédures permet de


réduit gner en moyenne 199 jours, l’équivalent réduire énormément le temps de travail
de six mois et demi,si l’on considère la alloué à la fois par la DR et le CROA dans
Dans la mesure où les demandeurs ne procédure normale via les CSA, et en consi- l’instruction des dossiers. Dans ce sens,
déposent plus un dossier préalable mais dérant le délai entre la décision du CROA l’efficience du dispositif s’en trouve forte-
une inscription en lieu et place de cette et la livraison du matériel aux producteurs. ment améliorée lui permettant de se
étape relativement longue, le délai d’ob- En effet, le délai moyen habituel du FDA concentrer sur son rôle d’orientation 
tention du matériel devait être significati- Androy est de 249 jours : le délai minimum et son rôle d’instrument financier.
vement réduit.  étant de 9 jours et le maximum est de
673 jours. Ce délai n’inclut pas la durée Plus concrètement, les agents du FDA
Le délai de livraison en considérant la pé- entre le dépôt de la demande au niveau n ’ o n t  p l u s  à  s e  d é p l a c e r  a u  n i v e a u 
riode entre le paiement de l’apport béné- du CSAetson examen par le CROA. Toute- des districts pour constituer et vérifier 
ficiaire au boutiquier et la livraison des fois, il faut reconnaître que le délai entre les demandes des bénéficiaires, puisque
matériels aux producteurs est de 50 jours la décision du CROA et le paiement de l e s  d o s s i e r s  s o n t  d é s o r m a i s  t r a i t é s 
en moyenne. l’apport bénéficiaire est en moyenne de directement avec les boutiques d’intrants.
200 jours, variant de 7 à 654 jours, expli- D’autre part, si le CROA devait auparavant
Pour des raisons pratiques, les bouti- quant entre autres ce délai important. consacrer une journée entière pour le 
quiers ont attendu la clôture de la liste L’absence de perspective claire sur le traitement des dossiers de matériels 
des bénéficiaires afin de regrouper : (i) la délai de réponse à leurdemandene permet individuels pour les 4 districts, ce travail
remise du dossier au FDA Androy, (ii) les pas aux petits producteurs de planifier d ’ a n a l y s e  d e s  d o s s i e r s  a  é g a l e m e n t 
commandes auprès de leurs fournisseurs, leur trésorerie en conséquence, selon l’ex- été confié aux boutiques d’intrants.
(iii) ainsi que le transport des matériels. pli-cation apportée par les demandeurs.  
97
A m él i or at i on d e l ’a ccè s aux f in anc em e nt s : c r éd i t e t s ubv e nt i on

l Intérêt réciproque du FDA Androy et d’AIM l Contribution à la pérennité de la four- respective-ment réalisé en quatre mois


niture de services aux producteurs d’activité une marge bénéficiaire de
Comme évoqué précédemment, le FDA S e l o n  l e s  d e u x  g é r a n t s  d e  b o u t i q u e  504.000 Ariary et 1.213.600 Ariary. La
gagne en efficience, en s’appuyant sur d’intrants, qui exercent d’autres activités marge bénéficiaire est imposée à 10% du
l ’ é m e r g e n c e  d ’ a c te u r s - c l é s  d a n s  l e  supplémentaires (l’un tient un bar et l’au- chiffre d’affaire total de chaque boutiquier
paysage de production agricole locale tre une épicerie), l’activité commerciale sur les commandes de matériels et intrants
comme les boutiques d’intrants. Pour sa liée à la vente de matériels et intrants agricoles enregistrés à travers ce processus. 
part, AIM promeut la mise en place de agricoles est en croissance par rapport
boutiques d’intrants dans le cadre de son aux autres activités commerciales habi- D u  p o i n t  d e  v u e  d e s  b o u t i q u i e r s ,  l a 
projet4 . Cette collaboration contribue à la tuelles des boutiquiers, grâce à cette col- profitabilité du commerce de matériels
pérennité de ces boutiques d’intrants. En l a b o r a t i o n  a v e c  l e  F D A  A n d r o y.  S u r agricoles destinés aux petits producteurs
termes de synergie, l’opération a permis l’ensemble des ventes réalisées, les  agricoles pourrait être une assurance à la
au projet d’établir une relation contrac- g éra n ts  des  b outi ques  d’ i n tran ts  de  pérennité de la fourniture de ce service
tuelle forte entre les Boutiques d’intrants Vo h i m a n g a  e t  d e  B e r a ke t a  a u r a i e n t  aux producteurs. 
et le FDA. Dans ce sens, les boutiquiers
se familiarisent davantage avec le disposi-
tif CSA/FDA en devenant des prestataires
agréés, et assurent un rôle impor tant
dans la mise en relation entre les produc-
teurs et le dispositif CSA/FDA.

l Une appréhension de la part des pro-
ducteurs combinée à un délai trop
court pour les mettre suffisamment
en confiance
Au commencement de l’expérience, les
a n i m a te u r s  c o m m u n a u x  d ’ A I M  e t  l e 
gérant respectif des deux boutiques 
d’intrants ont mené des actions de sensi-
bilisation auprès des petits producteurs Photo 3 : Gérante de la boutique d’intrants de Beraketa et matériels agricoles
agricoles, aboutissant à un résultat mitigé exposés dans son local
(encadré ci-contre). 
fourn i sseur s,  al or s que l e g éran t de  des boutiquiers aurait dû se faire auprès
Vohimanga a été obligé d’avancer de la des fournisseurs locaux.Il est apparu que
C o n s é c u t i v e m e n t ,  l e  m o n t a n t  d e  l a 
trésorerie pour l’achat des matériels. Ces ces derniers n’ont pas la capacité d’honorer
s u bve n t i o n  i n i t i a l e m e n t  a l l o u é  –  d e
deux différentes situations pourraient d’importantes commandes en lien avec
32.000.000 Ariary – n’a été consommé
aussi expliquer le niveau de performance un contexte difficile : i) localité sans élec-
qu’à hauteur de 47%.
d e s  d e u x  b o u t i q u i e r s  à  l ’ i s s u e  d e  tricité obligeant les équipementiers à tout
l’expérience.  fabriquer à la main, ii) approvisionnement
Le fait que les producteurs ne sont pas
en fer à partir d’Antananarivo, d’Antsirabe
encore habitués aux services proposés
l Faible capacité des fournisseurs locaux ou de Fianarantsoa, etc. La valorisation
par les boutiques d’intrants aurait pu
Dans une logique de solidarisation de de ces fournisseurs locaux a été rendue
contribuer à ce résultat. L’opérateur AIM a
l’économie locale, l’approvisionnement difficile au cours de cette expérience. 
cependant préféréne pas trop élargir le
champ de la sensibilisationau risque Encadré 1 : Prob a bl es  ca uses de la  fa i bl es se de  m oti va t ion de pa r t i ci pa ti on 
d’avoir une commande dépassant le  des petits producteurs à l’expérience
montant disponible. 
Des antécédents, liés à des versements d’apport en numéraire sans obtention
l Difficulté du boutiquier à avancer de de matériels ou aux demandes déposées au CSA mais restant sans réponse, ont été 
la trésorerie évoqués comme étant la cause de cette réticence, selon l’un des boutiquiers. Sur un 
Une contrainte supplémentaire serait  objectif de 100 petits matériels agricoles, seulement 40 ont été commandés et livrés 
la trésorerie des boutiquiers. En effet,  auprès de 39 producteurs dans son cas. 
le FDA Androy n’a octroyé aucune avance
à ces derniers, étant donné que la totalité Du côté de l’opérateur AIM, le temps consacré à l’expérimentation a été limité.
d e  l a  s u b v e n t i o n  a  é t é  p ay é e  a p r è s  En effet, bien que le protocole de collaboration entre FDA Androy et AIM ait été signé le 
livraison des matériels. La gérante de la 15 mai 2017, les lettres d’engagement des deux gérants n’ont été signées qu’au mois de
boutique d’intrants de Beraketa a pu né- Juillet 2017. La date finale d’inscription des bénéficiaires a été fixée au 15 Septembre
gocier un paiement différé auprès de ses 2017 . La période préalable de sensibilisation a été ainsi fortement réduite.
4
Voir la fiche “Modèles et boutique d’intrants” d’AIM

98
Am él i or at i on d e l ’a ccè s au x f in anc em e nt s  : cr éd i t e t subv e nt i on

v Les enseignementset mises L a  t e n u e  d e s  a u t r e s  o u t i l s ( c a h i e r w S’assurer que les demandeurs sont


d’achat, fiche de stock, journal de vente, effectivement des petits producteursa-
en perspective avec les facture…) devant normalement être utili- gricoles et réaliser un contrôle après
procédures du FDA sés dans le cadre habituel des activités livraison pour limiter les dérives : l’ac-
de ces boutiques d’intrants, suggère quisition de matériels agricoles sub-
néanmoins que ces dernières rencontrent ventionnés, donc obtenusen deçà de
Cette expérience a montré que la collabo- d e s  d i f f i c u l t é s  d a n s  l a  g e s t i o n  d e s  l e u r  va l e u r m a rc h a n d e ,  a t t i r e  l e s
ration avec des boutiques d’intrants pour aspects administratifs. Au retrait de l’opé- convoitises des individus oppor tu-
délivrer des petits matériels agricoles  rateur AIM, cet appui pourrait être pris en nistes. La vérification de l’effectivité
permet de faciliter l’accès à un service  charge par un prestataire de service.  du statut de petits producteurs agri-
essentiel aux petits producteurs agricoles cole est donc essentielle : collabora-
tout en améliorant l’efficience de l’instru- Parallèlement à cet appui, il faudrait  tion avec le chef de quartier, avec les
ment financier FDA.  également envisager une dotation initiale groupements ou organisations pay-
des gérants, sur financement FDAen outils sannes locales. 
Les boutiques d’intrants possèdentun cer- divers - tels que tampon « en-tête » avec
tain nombre d’avantages dans le cadre de encreur, bon de livraison en triplure et w Réaliser impérativement le contrôle a
cette expérience : disponibilité d’un local, facture en double copie, cahier d’enregis- posteriori. Après livraison des maté-
expérience de vente, et existence légale. trement des commandes et des apports riels, le protocole de collaboration pré-
Cependant, dans des localités où ces bénéficiaires, calculette, classeurs, etc. v o i t  u n  c o n t r ô l e  a u p r è s  d ’ u n
boutiques d’intrants n’existeraient pas  échantillon de producteurs bénéfi-
encore, collaborer avec des fournisseurs ciaires par le FDA Androy. Cela n’a pas
locauxserait envisageable moyennant  L’importance de la sensibilisation et de la encore été réalisé mais est fortement
toutefois quelques conditions à savoir la confiance des petits producteurs agri- recommandé. Les risques résiduels
sélection préalable par la communauté et coles envers les gérants des boutiques sont i) l’inscription de demandeurs fic-
un appui soutenu au démarrage de l’activité. d’intrants. La différence de performance tifs qui n’auraient pas pu être vérifiée
entre les deux boutiques pourrait s’expli- dans l’étape précédente, ii) l’inadé-
Partant sur cette dernière condition, il est quer également par la notoriété dont jouit quation de la qualité des matériels li-
apparu au cours de l’expérience la néces- le père de l’un des gérants auprès de la vrés par rapport à la demande et à la
si t é  d’ a cc om p a gn er  l e s gé ra n ts  d es  communauté locale, en étant l’adjoint  commande, iii) le respect du protocole
boutiques d’intrants sur un ou deux cycles au Maire de la Commune. Cette notoriété d’acquisition de matériel (nombre
d e  l i v r a i s o n / s u b v e n t i o n  p o u r  u n e  a, dans son cas, impliqué une confiance maximum par individu, etc.)
meilleure maîtrise des procédures du de la part des petits producteurs agricoles
FDA. Cet accompagnement s’assimile par qui sont venus nombreux s’y approvisionner. w Octroyer une avance aux gérants des
ailleurs à une démarche de renforcement Dans une perspective future de valorisa- boutiques d’intrants afin d’augmenter
de la capacité de gestion5 administrative, tion de cette expérience et du fait essen- leur capacité financière et leur per-
comptable et financière de ces gérants.  tiellement du subventionnement des mettre de cibler plus de bénéficiaires.
Il est nécessaire que la tenue des outils matériels individuels, les suggestions La seule requête avancée par les deux
de gestion soit accompagnée afin de se d’amélioration suivantes méritent égale- gérants est de pouvoir obtenir une
conformer aux exigences du FDA Androy. ment d’être prises en compte : avance afin de commander et acheter
l e s  m a t é r i e l s ,  a v e c  m o i n s  d e
contrainte financière. Cette requête
ne devrait pas poser pas de problème
Mots clés : Fonds de développement agricole (FDA), Matériels agricoles, subvention aux agriculteurs, boutiques 
particulier puisqu’une avance est déjà
d'intrants, accès aux facteurs de production agricole,  prévue par le manuel de procédures
du FDA en cours d’actualisation. 
Auteurs : - Holy Raharinjanahary, consultante Afdi 
- Afdi

5
Fiche de suivi du matériel demandé, des apports bénéficiaires correspondants et de la subvention du FDA prévue, bon de livraison, facture.

99
A m él i or at i on d e l ’a ccè s aux f in anc em en t s : c r éd i t e t s ubv e nt i on

La collecte de l’apport des bénéficiaires, 
en numéraire, via le réseau des caisses IMF 
pour améliorer la traçabilité des versements

Le FDA des Régions Androy et Anosy ont expérimenté des procédures visant à améliorer 
l’efficience de ses services et l’efficacité de leurs actions au profit des producteurs agricoles
et des pêcheurs de ces deux régions. Les fiches suivantes présentent ces expériences ainsi que
les leçons apprises au cours de chaque expérimentation.

L
e Fonds de Développement (FDA) de la Cette démarche constitue une première  auprès des prestataires. Ces deux pratiques
Région Androy a été mis en place en expérience à Madagascar dans la mesure présentent deux inconvénients respectifs :
Janvier 2014. Parmi l’équipe de cette o ù  a u c u n  d e s  q u i n z e  F DA  r é g i o n a u x 
Direction Régionale(DR) du FDA Androy  existants actuellement, n’a, à ce jour, * Pour la première, la traçabilité est relative
figurent des Techniciens d’appui à la  adopté ce mode de collecte.  et il arrive que le prestataire ne recouvre
Maîtrise d’Ouvrage et de Suivi (TMOS) dont pas réellement l’AB rendant dès lors la 
l e s  p r i n c i p a l e s  r e s p o n s a b i l i t é s  s o n t  En effet, dans les autres FDA régionaux, collecte fictive ; 
(i) d’assurer le suivi du bon déroulement de deux types de collecte et de paiement sont
l ’ e n s e m b l e  d e s  s e r v i c e s  f i n a n c é s , pratiqués : (i) pour le service d’appui à la * Quant aux autres services, soit les frais
(ii) d’informer le CSA de l’évolution des activi- production, le prestataire de service assure de déplacement vers le chef-lieu de 
tés, (iii) d’informer la DR sur l’évolution des  lui-même la collecte des AB en numéraire et région pour déposer l’AB au niveau du
activités, les effets et impacts des presta- établit un reçu correspondant ; (ii) pour les compte bancaire du FDA régional repré-
tions financées, et (iv) de l’interpeller sur autres services, les bénéficiaires assurent sentent une charge importante, soit la 
l’ensemble des dossiers à problème. directement le dépôt de l’AB en numéraire traçabilité n’est pas assurée pour le cas
soit au niveau du compte bancaire du FDA du paiement direct au prestataire. 
En vertu du principe de non-gratuité des régional (pour les infrastructures), soit 
services, les bénéficiaires paient un apport
en numéraire dont le montant varie en 
fonction du type de service, du niveau 
d’enclavement de leur commune et de la
présence ou non d’une institution de micro-
finance (IMF) au sein de leur commune .

Cette contribution est communément appe-
lée Apport des Bénéficiaires (AB). La DR a
tenu à ce que ce principe – qui serait un 
indicateur de la motivation du demandeur –
soit respecté, même dans un contexte
contraignant où les moyens financiers des
producteurs sont limités. Dans ce sens, elle
a fait le choix d’assurer la collecte de ces
ABen numéraire via une institution de 
m i c ro f i n a n c e  ( I M F ) ,  e n  l ’ o c c u r r e n c e 
la Mutuelle du Mandrare/Fivoy. Ce choix a
été motivé à la fois par l’assurance d’une
traçabilité des versements et la réduction
des frais de déplacement des bénéficiaires. 

100
Am él i or at i on d e l ’a ccè s au x f i nanc e me nt s  : cr é di t e t subv e nt i on

1. Processus de collecte
et de transfert de l’apport
des bénéficiaires
À l’arrivée des demandes de financement
au niveau du FDA Androy, la DR instruit les
dossiers et les présente ensuite au CROA,
qui ultimement décide de l’allocation finan-
cière. Cette décision est assor tie d’un 
procès-verbal et d’annexes incluant, entre
autres, la liste des bénéficiaires avec le
montant respectif de leurs apports respec-
tifs, en numéraire. Dans le cas d’une 
réponse positive aux demandes, la DR 
informe les Centres de Services Agricoles
(CSA) - le principal guichet pourvoyeur de
dossiers du FDA -  et les TMOS en leur 
envoyant une copie du procès-verbal de la Photo 4: Une bénéficiaire, dans le cadre de l'expérience, ayant eu accès
session du CROA. Par la suite, les CSA et à un matériel de production
TMOS informent les bénéficiaires à travers
dif férents canaux (visites à domicile,  Une fois informé, le bénéficiaire recourt à plusieurs options pour s’acquitter de son ap-
annonce radiophonique, af fichage au  port : 
niveau de la Commune, collaboration avec
* Option 1 : dépôt au niveau de la caisse de l’IMF située dans le chef-lieu de 
les membres des assemblées paysannes district par le bénéficiaire concerné (cas des matériels individuels) ou par le représen-
ou les agents techniques communaux des  tant du groupement concerné (cas des services d’appui à la production ou des 
projets dans le cadre du programme ASARA). infrastructures) accompagné par le TMOS. 
Par souci d’équité et de transparence, la DR * Option 2 : dépôt par un tiers (une connaissance du bénéficiaire) accompagné 
du FDA Androy a décidé d’organiser elle-
par le TMOS. L’émissaire reçoit le reçu et le transmet au bénéficiaire.
même la collecte des AB avec l’appui des * Option 3 : dépôt par le TMOS à qui le béné-ficiaire remet son apport 
TMOS. Afin de tenir en compte le coût de ennuméraire, en particulier pour les communes éloignées du chef-lieu de district.
déplacement dans les dépenses des  Ce cas apparaît, par exemple,pour la Commune d’Imanombo, située à 124 km
demandeurs, le FDA Androy s’est appuyé d’Ambovombe, chef-lieu de district. Le TMOS remet le reçu au bénéficiaire lors
sur le réseau régional des caisses Fivoy,  de son passage dans les localités concernées. 
implanté au niveau de chaque district.

Le dépôt de l’apport en numéraire se fait
auprès des caisses locales au niveau du
chef-lieu de district et généralement le jour
du marché (photo ci-contre). Cela permet au
bénéficiaire de valoriser son déplacement
pour d’autres activités. Par ailleurs, les
TMOS assurent une permanence au niveau
du CSA lors du jour de marché et peuvent
ainsi accompagner les bénéficiaires ou
leurs émissaires lors du dépôt.

Les montants collectés sont ensuite 
transférés depuis ces caisses vers le
compte « Fonds de Service » du FDA Androy
domicilié au chef-lieu de Région avant
d’être reversés au prestataire de service.

Figure 1: Schéma de collecte et de transfert de l'apport des bénéficiaires

101
A mé l i or at i on d e l ’ac cè s aux f i na nce me n ts  : cr é d i t e t su bv e nt i on

2. Bilan positif effectuée. Le montant à transférer à partir Adhésion des bénéficiaires malgré


un contexte difficile
de l’expérience de chaque compte y est aussi précisé. Cette
étape précède actuellement toute demande
de transfert. Le gestionnaire du « Fonds de A la date du 5 janvier 2018, un montant de 
Traçabilité des versements service » FDA Androy émetensuite une  267.887.930 Ar au titre de l’apport des 
et des remboursements demande de transfer t des appor ts en  bénéficiaires a été encaissé pour 3.100
numéraires liquidés auprès de l’IMF. Le FDA dossiers.Tous services confondus, cet apport
A n d roy  r e ç o i t  p a r  l a  s u i te  u n e  c o p i e  en numéraire est estimé en moyenne à
Un des points positifs de cette expérience du transfert effectué par l’IMF. 28.234Ar par individu bénéficiaire. Le mon-
réside dans la traçabilité des versements.La tant minimal par bénéficiaire est de 140 Ar
traçabilité du paiement est assurée par  Afin de permettre au FDA d’actualiser la (cas d’une formation en apiculture) tandis
plusieurs documents dont le reçu fourni par liste des bénéficiaires s’étant acquittés de que le montant maximal est de 766.000 Ar
la caisse de l’IMF à chaque bénéficiaire, et leurs apports en numéraire dans le tableau (cas d’acquisition de mini-tracteur par 
le carnet du compte du FDA Androy-Fivoy de suivi administratif des dossiers et  une organisation paysanne). Le montant 
dans lequel figurent les informations clés : d’enclencher le processus de contractuali- minimal augmente légèrement à 1.000 Ar
la date de dépôt, le nom du bénéficiaire, le sation, les TMOS envoient au moins tous les si l’on considère l’exploitation agricole 
montant de l’apport en numéraire, et éven- quinze jours la copie scannée des carnets familiale puisque plusieurs bénéficiaires
tuellement le numéro de dossier. Le reçu des quatre comptes FDA Androy-Fivoy au font parfois partie d’une même exploitation.
délivré par la caisse de l’IMF est établi en chargé du fonds de service de la DR. 
trois exemplaires : un pour les pièces comp- Le montant moyen n’est pas négligeable
tables de l’IMF, un remis au déposant -  De la même manière, les remboursements puisqu’il représente 10% des dépenses 
bénéficiaire, et un envoyé au niveau du des bénéficiaires dont les dossiers ont été monétaires annuelles d’un ménage de la 
siège social de l’IMF. La caisse de l’IMF remplit validés par le CROA mais qui n’ont pas région 1 (soit 20% en plus des dépenses 
une fiche consignant les mêmes informa- a b o u t i  s o n t  é g a l e m e n t  t r a ç a b l e s :  monétaires mensuelles). Il traduit une 
tions que celles du carnet du FDA Androy.  les signataires du compte FDA Androy-Fivoy volonté manifeste des bénéficiaires à se
donnent une procuration au TMOS du  prendre en charge, en particulier dans un
Tous les deux mois, une demande de  district concerné pour effectuer le retrait au contexte où de nombreux projets – humanitaire
confirmation du solde, accompagnée d’une  niveau de la caisse, en précisant le montant et de développement – interviennentl
proposition de calendrier de virement, est à retirer et le bénéficiaire concerné. a plupart du temps selon un principe de 
gratuité. 

Photo 3 : Reçu fourni au bénéficiaire par l'IMF. Photo 3 : Carnet de compte du FDA
Androy
1
Selon l’EPM 2010, les dépenses monétaires d’un ménage de la région Androy sont estimées à 54,4% du revenu, ce qui représentent 280.160 Ar (le revenu agricole annuel 
moyen d’un ménage de la région Androy est de 515.000 Ar). 

102
A mé l io ra t io n de l’ acc ès a ux f i nan ce me nt s  : cr é d it e t sub v en ti o n

Intérêt réciproque du FDA


Androy et de l’IMF

Si l’intérêt de la procédure n’est plus à 
démontrer pour le FDA, l’IMF en tire aussi
un avantage non négligeable. En effet, de
tels dépôts à vue constituent un montant
non négligeable dans sa trésorerie. Lorsque
le calendrier de virement auprès du compte
du FDA est connu au préalable, comme le
cas actuellement, ces montants sont à la
disposition de l’IMF pour son usage et est
donc valorisé dans ce sens. En outre, cette
p r o c é d u r e  e x p é r i m e n t a l e  e s t  a u s s i 
un moyen pour sensibiliser les paysans à
l’utilisation d’autres services financiers que
peuvent offrir les IMF et pourraient constituer, Photo 4 : Une bénéficiaire, dans le cadre de l'expérience, ayant eu accès
à termes, un outil de bancarisation efficace à un matériel de production
en milieu rural.

Intérêt réciproque du FDA Androy et de l’IMF


Si l’intérêt de la procédure n’est plus à  le calendrier de virement auprès du compte p r o c é d u r e  e x p é r i m e n t a l e  e s t  a u s s i 
démontrer pour le FDA, l’IMF en tire aussi du FDA est connu au préalable, comme le un moyen pour sensibiliser les paysans 
un avantage non négligeable. En effet, de cas actuellement, ces montants sont à la à l’utilisation d’autres services financiers
tels dépôts à vue constituent un montant disposition de l’IMF pour son usage et est que peuvent offrir les IMF et pourraient
non négligeable dans sa trésorerie. Lorsque donc valorisé dans ce sens. En outre, cette constituer, à termes, un outil de bancarisa-
tion efficace en milieu rural. 
Tableau 1 : Montant des apports bénéficiaires en numéraire encaissés 
par le FDA Androy
Nb AB encaissés – Nombre Moyenne par
Moyenne
de fév.2015 à déc. 2017 de Bénéficiaires corres- bénéficiaires
Service par dossiers (Ar)
dossier (Ar) pondant correspondant (Ar)
(3) : (2) / (1)
(1) (2) (4) (5) : (2) / (4)
SOFT 272 11.311.200 41.585 5.654 2.001

SROP 21 11.677.210 556.058 819 14.258

Accès aux facteurs de


production

- Infrastructures d'ap-
pui à la 7 5.316.900 759.557 334 15.919
production

- Équipements
2 10.206.000 5.103.000 23 443.739
collectifs

- Matériels
2.797 236.570.000 2.962 79.868
individuels

Renforcement
1 1.806.220 1.806.220 15 120.415
de capacités

TOTAL ou
3.100 276.887.930 89.319 9.807 28.234
MOYENNE

Source : S&E FDA Androy

103
A mé l i or at i on d e l ’ac cè s aux f i na nce me nt s  : cr é d i t e t su bv e nt io n

Si les demandes de transferts ne sont pas
3. Contraintes et points Contraintes liées au traitement
régulières, l’IMF n’est pas toujours en 
manuel des dossiers
d’attention mesure d’assurer le montant de transfert 
demandé dans un délai raisonnable pour une
Le report des opérations sur les carnets IMF
question de trésorerie, ce qui constitue un
n’est pas toujours très rigoureux ; sans 
handicap pour le FDA. 
Certes, les avantages sont non négligeables, informatique les erreurs sont parfois corri-
mais des contraintes et points d’attention gées avec retard. Les caisses de collecte
sont observés concernant cette procédure.  IMF ne sont pas informatisées, du moins au
4. Enseignements et mise
R isques liés aux d épositaires
niveau des caissiers et la situation est telle
en perspective avec les
alternatifs
qu’il n’est pas toujours aisé de procéder 
au contrôle des reports du montant des 
procédures du FDA
apports versés au moment du dépôt, en
L’expérience de la collecte de l’appor t 
Lorsque le coût de déplacement du paysan particulier quand les bénéficiaires concer-
en numéraire des demandeurs de finance-
surpasse le montant de l’apport à verser nés sont en nombre important. Toute la ges-
m e n t s  a u p r è s  d u  F DA  a  m o n t r é  p l u s 
dans la caisse de l’IMF la plus proche, le  tion se fait sur support papier et la DR ne
d’avantages que de contraintes, certes à
recours au TMOS pour assurer la collecte et dispose des informations qu’à chaque fin de
lever. Les risques potentiels sont inhérents
le paiement est préconisé. Ce sont notam- mois, lors de la réunion mensuelle des TMOS,
aux zones enclavées et faiblement desser-
ment les cas des paysans habitant les  et se base sur les copies des carnets 
vies en infrastructures structurantes. 
communes situées dans la partie Nord du transmises… Les erreurs sont par fois
district d’Ambovombe. De telle démarche constatées avec plusieurs mois de retard. Parmi les enseignements à tirer, les parties
est lourde à mettre en place et délicate prenantes ont noté la nécessité de réduire
pour le TMOS en termes d’insécurité. Handicap lié à la durée relative- la longueur de la procédure de transfert 
ment longue du transfert entre effectif, et le rapprochement des informa-
En outre, certains paysans souhaitant éviter l’IMF local et le compte « fonds de tions bancaires entre les caisses locales 
les déplacements font appel à des intermé- service » et le compte final du « Fonds de service ».  
diaires qui ne sont pas toujours fiables. Ils
Ensuite, les alternatives adoptées par les
peuvent se retrouver dans une situation
Le transfert des fonds est assez long et se bénéficiaires pour éviter le déplacement
d’attente, croyant au paiement de leur 
fait en trois étapes : de la caisse IMF du vers le chef-lieu de district montrent 
obligation, alors qu’il n’en est rien. Bien que
chef-lieu de district vers la caisse centrale l’importance de la proximité. Il est tout à fait
fortement déconseillée, cette pratique tend
IMF du chef-lieu région puis vers le compte envisageable d’augmenter le nombre de
à se maintenir. 
b a n c a i r e  Fo n d s  d e  S e r v i c e s  d u  F DA  caisses de collecte pour limiter les frais de
Androy. La vérification de l’effectivité des déplacement des paysans-bénéficiaires.
Charge de travail supplémentaire transferts se fait par échange de courrier Cela implique une ouverture de comptes
de la DR entre la direction de l’IMF, le TMOS et la DR FDA au niveau des différentes caisses 
du FDA. Il en est de même pour la demande disponibles et le dépôtpourrait être facilité
Le dispositif de collecte des apports exige de transfert et le déclenchement du proces- par une meilleure collaboration avec l’IMF –
une présence du TMOS pour accompagner sus de transfert. Il arrive que la demande en lui fournissant la liste des bénéficiaires
les bénéficiaires au moment du dépôt ou  soit faite de manière peu irrégulière et sans et le montant de leurs apports en numéraire
effectuer même le dépôt. Cela constitue visibilité, l’IMF peut aussi manquer de  respectifs - afin de supprimer l’accompa-
donc une charge de travail supplémentaire trésorerie. Cette durée relativement longue gnement du TMOS lors du dépôt. 
pour le TMOS. La traçabilité des versements du transfert est un handicap dans la procédure.
demande donc de la rigueur de la part du Cela demande une grande rigueur et des Nonobstant ces considérations, il est à
TMOS pour vérifier l’exactitude du montant échanges de courriers réguliers avec la  noter que la traçabilité de la subvention
payé, le numéro de dossier correspondant, direction Fivoy pour commanditer les transferts prime pour le FDA. Le justificatif du verse-
la vérification des écritures passées par le puis s’assurer, via le TMOS, que ces transferts ment de l’apport bénéficiaire étant jugé 
caissier, etc. sont bien mentionnés dans les carnets. suffisant qu’il soit établi par une IMF ou par
un prestataire de service. Le FDA national
*  S’il y a des erreurs, notamment si *  Si un dossier est annulé, par prévoit le versement de la subvention au 
le montant effectivement payé ne exemple, à la suite d’une défaillance niveau d’un compte ouvert par le bénéficiaire
correspond pas au montant dû,  de prestataire de service, le FDA auprès d’une IMF. L’AB pourrait donc également
il est impératif que le bénéficiaire Androy procèdera au rembourse- être versé au niveau de ce compte et le reçu
procède à un versement complé- ment de l’apport au demandeur. correspondant fera office de justificatif.
mentaire.  Ce sont des opérations addition- Pour ne pas alourdir le déplacement des 
nelles à réaliser pour le TMOS, bénéficiaires et au regard des alternatives
Mots-clés : Fonds de développement agricole (FDA), 
Subvention aux agriculteurs, traçabilité des  nécessitant de la rigueur, et à  adoptées par ces derniers pour éviter le 
versements, Institution de Microfinance (IMF), déplacement vers le chef-lieu de district, il serait
apport des bénéficiaires, 
enregistrer respectivement au
TMOS et à la DR. pertinent pour les bénéficiaires d’ouvrir ce
Auteurs : - Holy Raharinjanahary, consultante Afdi compte au niveau de la caisse la plus proche
- Afdi
de leur lieu de résidence permanente.

104
A mé l i or at i on de l 'ac cè s a ux f i na nce me nt s

Appui au secteur  pêche 
à  travers  le  fonds  de  développement  agricole 
dans la  région  de  l’Anosy

La pêche est une activité du secteur primaire qui, fournit


des emplois directs (pêcheurs, mareyeurs) et indirects
(collecteurs, restaurateurs, poissonniers, etc.) importants
pour la population du littoral de la Région Anosy. La
pêche est pratiquée de façon artisanale. Les produits de la
pêche font l’objet d’une demande forte mais ils sont aussi
rapidement périssables sans conservation spécifique.
Aucune estimation fiable des produits de la pêche
artisanale n’est disponible, il en est de même des pertes
occasionnées par l’absence de matériels de conservation
ou de transformation adéquate.

La pêche artisanale offre des produits forts variés mais en


petite quantité, ne satisfaisant pas toujours les demandes
spécifiques des autres professionnelsen aval demandant Photo 1: Pêcheurs du littoral sud-est
des quantités plus volumineuses sur des espèces précises.
En même temps, les pratiques des pêcheurs, en quête selon une logique « filière », tout en prêtant une attention particulière à la
impérative de revenu au jour le jour, ne respectent pas protection de l’environnement marin, pour que cette ressource puisse être
toujours les périodes autorisées pour la reproduction des maintenue durablement.
espèces.
À travers les demandes des acteurs du secteur Pêche, qui représentent 17%
Constitués de professionnels dont les activités sont f des demandes de subventionreçues au niveau du FDA, le FDA a tenu
ortement imbriquées les unes aux autres, l’intervention à apporter un appui au secteur pêche, dont le retour d’expérience
en faveur du secteur pêche doit nécessairement se faire est documenté dans cette fiche.

Par ailleurs, les villages de pêcheurs se
1. Une activité artisanale exposée à de nombreuses trouvent, la plupart du temps, dans des
contraintes mais avec un fort potentiel zones difficiles d’accès, éloignées des 
de développement marchés. La vente de chaque capture se
fait au jour le jour et les produits sont
Le FDA de la Région Anosy a été financé Des matériels et équipements de capture presque tous écoulés à l’état frais emprun-
par l’Union Européen (projet ASARA),  très sommaires. La majorité des pêcheurs tant un circuit de commercialisation très
appuyé par CARE International, à partir de traditionnels ont comme seul équipement simplifié. La capture d’un pêcheur, à la 
janvier 2014. Les demandes de subvention une palangre, un filet à maillant, des méthode artisanale, au cours d’une année
auprès du FDA de la Région Anosy, concer- nasses et des pirogues monoxyles en bois. est estimée à 600 kg. Il travaille tous les
nant le secteur pêche, sont relativement Le coût d’équipement d’un pécheur s’élève jours sauf le dimanche, lorsque les condi-
bas, représentant 17% des demandes  en moyenne à 800.000 Ariary (100.000Ar tions sont favorables, mais plus intensé-
reçues. Elles concernent généralement le pour la palangre, 100.000Ar pour le filet à ment d’avril à novembre. 
service « formation » et « matériels et équi- maillant, 8.000Ar pour une nasse etla pi-
pements » mais les pêcheurs sont généra- rogue revient entre 450.000 à 650.000 Ar) Un circuit court de commercialisation des
lement davantage intéressés par des .L’acquisition des matériels se fait par les produits de la pêche frais et/ou conservés,
appuis en équipements. Le coût moyen des propres moyens du pêcheur. Avec des  ou transformés.La demande locale des 
demandes en matériels et équipements équipements et matériels sommaires, ils ne produits de pêche est limitée, d’une part, à
s’avère cependant élevé, et les plafonds de peuvent pas accéder à de nouveaux sites cause des habitudes culinaires et, d’autre
subvention fixés par le Manuel de Procé- de pêche, plus éloignés en mer, au péril de part, par le faible pouvoir d'achat de la 
dures du FDA font que de telles demandes leur sécurité. population. La population locale est habituée
soient relativement limitées1 . à consommer du poisson frais. Les produits

1
Jusqu’en juin 2017, le plafond de subvention du FDA pour du matériel individuel ‘non motorisé’ était de 250.000 Ar, il a été relevé à 2.000.000 Ar par la suite

105
A m él i or at i on d e l 'a ccè s aux f in anc em e nt s

frais non écoulés rapidement, après  demandes au niveau régional, surtout Des activités de soutien et d’extension peu


plusieurs heures de stockage à température lorsque l’offre est importante, entre avril et développées. La recherche halieutique est
ambiante et/ou élevée provoquant la  novembre. Des pertes importantes sont  insuffisante et ne correspond toujours pas
dégradation de leur qualité, sont vendus à enregistrées au cours de cette période.  aux besoins du secteur. L’absence des 
des prix bradés. Certains de ces produits, données statistiques et d’informations 
devenus inconsommables pour l’homme, Il n’existe pas d’organisation pour la vente f iables sur le secteur ne permet pas 
sont utilisés pour nourrir les animaux  groupée de produits de la pêche. Ainsi, les une prise de décision à l’avantage des 
domestiques ou sont tout simplement jetés. pêcheurs vendent aux mareyeurs qui, à leur professionnels de la pêche artisanale. Par
tour, vendent à des intermédiaires chargés ailleurs, les principaux textes réglemen-
Des traitements comme le séchage, salage- d'acheminer les poissons jusqu'au marché, taires sont peu adaptés aux pratiques 
séchage, fumage, etc. sont connus et  sans conservation spécifique. Le mauvais et surtout aux contraintes locales. Des 
permettentd’éviter la détérioration des  état des routes ne facilite pas l'écoulement captures illégales sont faites, par exemple,
captures,mais ces méthodes sont relative- rapide des produits provenant des villages en période de ponte des femelles. La repro-
ment peu utilisées. L’absence de chaîne de de pêcheurs vers les centres urbains et duction de la population marine s’en trouve
froid ne permet pas de répondre à d’autres hors du district de Taolagnaro. menacée.

La pêche langoustière est une des filières
porteuses de l’Anosy. Elle se pratique
d’avril à décembre, et la fermeture est
fixée entre janvier etmars, en vue de la re-
production naturelle. La quantité de prise
de langouste par pirogue peut atteindre
30kg à chaque sortie. 

Un collecteur achète en moyenne 500kg
de langouste par jour, payée au pêcheur
20.000Ar/kg.

Les collecteurs livrent ensuite les exporta-
teurs basés à Taolagnaro, qui estiment 
à 160 tonnes la prise annuelle dans les
normes. 
Photo 2: Grattage des œufs de langouste ovée interdite et pourtant
pratiquée localement

Les langoustes sont pêchées à la perche ce langoustes et également à la détérioration g o u s t e  d a n s  l e s  z o n e s  d e  c a p t u r e 
qui nécessite des moules comme appâts. d e s  p r i s e s  p a r  l a  c o u p u r e  d e  l e u r s  habituelle. Pour influer sur ces multiples
La production naturelle de moules ne  antennes. Les pêcheurs ne rejettent pas contraintes, le FDA Androy a soutenu des
répond plus à la demande accrue du sec- les jeunes langoustes et les femelles en actions à la demande des pécheurs, de 
teur. Les pêcheurs utilisent alors le filet phase de reproduction, contribuant ainsi à leur organisation et des centres de services
mais ceci conduit à la capture de jeunes la diminution rapide de la réserve de lan- du secteur. 

2. Les pêcheurs artisanaux au cœur de la démarche


Les demandes de subvention transitent par cière ou non. La Direction Régionale (DR) deurs sont généralement réglés entre deux
les CSA ou parviennent directement au bu- est chargée d’informer les demandeurs de et six semaines après l’information de la 
reau du FDA. Les CSA reçoivent les de- la décision du CROA. validation de leurs dossiers de demande de
mandes individuelles des pêcheurs alors subvention par le CROA . Cette durée 
que les transformateurs, les Organisations Pour les pêcheurs ou leurs organisations s’explique pour donner la latitude au de-
Paysannes et les centres de recherche peu- respectives, l’ensemble du processus d’ins- mandeur d’honorer leur apport, avant que
vent déposer leur demande au FDA. Les truction d’un dossier de demande de sub- la DR contacte le fournisseur ou un presta-
demandes sont instruites et évaluées par vention au FDA peut nécessiter une période taire de service choisis pour la contractu-
le CROA qui décide de l’allocation finan- d’un à trois mois.Les apports des deman- alisation.

106
A mé l io r at io n de l 'acc è s a ux f i na nce me nt s

Encadré 2 : Processus d’Instruction d’une demande au FDA Pour la recherche appliquée. Ce service 


est subventionné à 100 % par le FDA. Une
commission spécialisée a été désignée par
l e  C R O A  p o u r  i d e n t i f i e r  d e s  t h è m e s 
de recherche pertinents, susceptibles 
d’impacter positivement le volume et la
qualité de la pêche artisanale : i) multiplica-
tion et grossissement des moules, ii) ana-
lyse des facteurs encourageant l’utilisation
d e s  m a t é r i e l s  d e s t r u c t i f s  e n  p ê c h e 
continentale, cas de « Haratobe, Mousti-
quaire, … », iii) conduite des viviers flottants
à langouste ovée.

3. Un secteur créant de la valeur ajoutée au profit des pêcheurs artisanaux


De 2014 à 2017, 422 deman- Nombre
des sur le secteur pêche ont Nombre
Par type de services Bénéficiaires Montant alloué FDA
été acceptées par le FDA de la Demandes
région Anosy. Elles représen- Service d'appui à la production (formation) 134 1 252 195 314 942
t e n t  17 %  d e s  d e m a n d e s 
accordées, dont le total est de Structuration et renforcement des OP 1 115 30 636 100
2.494 demandes. L’ensemble Matériels et équipements 284 917 227 321 000
de ces allocations s’élève à 
environ520 millions d’Ar, sur un Recherche appliquée 3 211 67 407 000
total attribué de 5,6Millliards Total 422 2 495 520 679 042
d ’ A r,  s o i t  9  %  d u  m o n t a n t 
alloué. Aux termes de l’exercice, Nota : Les bénéficiaires sont comptabilisés selon la demande de service au FDA. Ainsi il est possible que
2.495 pêcheurs ont bénéficié les demandeurs du « service d’appui à la production » puissent aussi faire partie de ceux qui font
de ces services. la demande de « matériels et équipements ».

Les captures des pêcheurs bénéficiaires technique de pêche, connaissances de tion chez un des membres du groupe), 


des appuis du FDA se sont considérablement normes et fabrication de matériels de et un accompagnement individuel par le
accrues passant d’une moyenne de 600 à pêche ; mais également les techniques de prestataire auprès des personnes formées
1.300 kg par pêcheur. Les investissements conservation des produits de la pêche, sans pour les aider à mettre en pratique les 
en matériels et équipements de pêche, les intervention d’une chaine de froid. Le  enseignements reçus. 
plus demandés par les pêcheurs à raison r e h a u s s e m e n t  d e s  q u a l i f i c a t i o n s 
de 43% de la totalité de la subvention allouée, techniques demeure donc un élément-clé Pour la formation en conservation, l’intérêt
expliquent cette augmentation significative. dans l’amélioration de la productivité. est de réduire les pertes sur les produits
Les matériels de pêche sont constitués frais, et donc impactant directement sur le
d’équipements de base pour la pêche arti- Le coût de prestation du service ‘formation’ revenu du pêcheur. Parmi les 16 organisa-
sanale 2 , confirmant ainsi le rôle-clé de  est particulièrement élevé car les lieux  tions des pêcheurs formés, 14 le pratiquent
l’accès aux facteurs de production dans d’habitations des pêcheurs sont enclavés. et produisent du poisson fumé et salé-
l’amélioration de la productivité.   Le coût unitaire par personne varie de séché, et ont trouvé des débouchés à l’inté-
55.000Ar à 200.000Ar. Les appuis sont  rieur de la région malgré la préférence des
Les formations ont été aussi déterminantes dispensés par petits groupes, une vingtaine consommateurs pour les poissons frais ou
dans l’atteinte de ce résultat car elles ont de personnes en moyenne. L’originalité de grillés/frits. Le revenu issu de la conserva-
profité à près de la moitié des bénéficiaires. la méthode est que la formation a lieu  tion a doublé ou triplé à la suite de la formation,
Les formations demandées sont directe- en trois temps : une formation théorique en pouvant atteindre 250.000Ar/mois pour
ment liées à l’amélioration de la production : salle, une formation pratique (démonstra- ceux qui la pratiquent. 
2
70 pirogues, 101 filets, 45 gilets de sauvetage, et 68 palangres.

107
A m él i or at i on d e l 'a ccè s aux f in anc em e nt s

La transformation des produits frais crée 
de la valeur ajoutée
Les produits de pêche ont augmenté avec l’utilisation de
matériels et équipements plus modernes. Les produits des
captures sont désormais commercialisées en produits frais
et en produits transformés grâce à des techniques de 
fumage, de salage et de séchage. Peu coûteuses, ces 
techniques réduisent les pertes des produits frais et 
permettent aux consommateurs d’avoir des produits de la
mer toute l’année sur le marché local car ils se conservent
aisément. L’application de cette technique a, non seulement,
eu un impact sur l’amélioration du revenu des ménages,
mais a pallié aux périodes de soudure par la consom-
Photo 3: Le thon fumé est un produit apprécié et compétitif sur le marché mation des produits transformés et conservés.

Plus de 81% de la subvention du FDA  Le revenu annuel d’un pêcheurbénéficiaire revenu des pêcheurs artisanaux améliore


allouée au secteur pêche a soutenu directe- du FDA est de l’ordre de 2.850.000Ar,  significativement l’alimentation de sa 
ment les pêcheurs artisanaux de la région un revenu conséquent sachant que le coût famille, l’accès au soin et à l’éducation des
Anosy, et a permis une augmentation du  moyen de la subvention par bénéficiaire enfants.
volume de capture et de sécurité en mer.  est de 209.000Ar. L’augmentation du 

Le FDA a soutenu la pêche langoustière 
via les actions financées en recherche 
appliquée : i) système de multiplication et
de grossissement des moules, ii) conduite
des viviers flottants à langouste ovée.

Multiplication et grossissement des moules Tableau 2: Professionnels de la pêche artisanale appuyés par le FDA Anosy


comme appâts aux langoustes. L’ONG
Aquatic Services est l’organisme chargé de moules. 2 et 3 mois sont nécessaires pour vement facile à réaliser et répond aux 
cette activité, sous la supervision de la  que les moules atteignent la taille adaptée besoins prioritaires des pêcheurs de 
Direction régionale en charge de la pêche pour servir d’appât. Les opérations ont été langouste. A ce stade expérimental, les 
(DRHP). Les activités de multiplication et observées et suivies par les pêcheurs  pêcheurs voisins des bassins ont eu l’avan-
de grossissement des moules se sont  durant 6 mois, soit deux cycles de production. tage d’expérimenter cette technique.
déroulées dans 3 pôles d’expérimentation En février 2017, l’évaluation faite par la DR 19 pêcheurs pratiquent cette activité. Cette 
sur le long du littoral : Sarisambo, Evatraha, a montré que le volume de production  action a été soutenue à hauteur d’environ
et Sainte Luce (Nord, Centre, Sud), et ont annuelle de moules a atteint 150 tonnes. 19 millions d’Ar par le FDA.
commencé en mars 2016.Les bassins de Environ 86% de cette production est desti-
test d’élevage sont installés dans ces  née aux appâts de langouste, et 14% est Essai de parcage des langoustes ovées
villages afin de diffuser les techniques de destinée aux marchés de l’alimentation. dans des bassins contrôlés : 
multiplication et grossissement des L’élevage de moules est une activité relati-
La recherche sur la préservation des lan-
goustes a été aussi conduite par l’Unité de
Recherche Langoustière de l’Anosy. Deux
bassins d’essai contrôlés ont été mis en
place à Taolagnaro. L’expérience est obser-
vée et suivie par les pêcheurs avec l’appui
des techniciens de l’URL. Les pêcheurs
ayant appâté des langoustes ovées sont
amenés à introduire leurs produits dans ces
bassins : 16 femelles ovées ont fait l’objet
de cette première expérimentation. Elles y
étaient gardées durant leur période de
ponte allant de 7 à 8 semaines, au bout duquel
elles peuvent être vendues.Une langouste
ovée a une portée de 8.000 à 10.000 œufs
et au minimum 1% de ces œufs relâchés
Photo 4: Pêche aux moules dans les zones de multiplication constituent la nouvelle reproduction.
108
A mé l i or at i on de l 'ac cè s a ux f i na nce me nt s

La première étape de l’expérimentation 
a été réussie, les 16 femelles ovées sont
vendues et les œufs relâchés. Les pêcheurs
de langoustes ont été informés que les
œufs peuvent être relâchés au bout de 
21 jours et la pratique de grattage ne se fait
plus. Les pêcheurs ont confectionné leurs
p ro p r e s  c a s i e r s ,  l o c a l e m e n t  a p p e l é 
« fameloma » au lieu et place des viviers
p o u r  g a r d e r  l e s  f e m e l l e s  o v é e s .  E n
moyenne, un pêcheur dispose d’un à trois
casiers.

L’expérimentation de parcage de langouste
ovée, est étendue dans les zones suivantes
: Sainte Luce, Evatraha, Ambolovohitsy 
et Ambinaninibe. 

La mise en place des bassins contrôlés ou
l’utilisation des viviers flottants par les 
Photo 5: Modèle de vivier flottant pour le pontage des langoustes ovées pêcheurs semblent être sur la bonne voie,

grâce à la réussite de cette expérience et
aussiaucontrôle régulier des agents de la
DRHP. Sur 150 pêcheurs de langoustes de
Taolagnaro enquêtés en 2017, 119 déclarent
utilisés du « fameloma » lorsqu’ils capturent
des femelles ovées.  Le littoral de l’Anosy
s’étend sur 200km, et réunit 70% de la 
réserve langoustière de Madagascar. L’envi-
ronnement marin y est donc favorable mais
les pratiques de la pêche langoustière 
menace dangereusement l’espèce. 30% de
la capture est inférieure au seuil de tolé-
rance de 20 cm, sans parler du grattage
des œufs de femelles. Le parcage apporte
ainsi une solution pour que l’espèce soit
préservée, assurant ainsi un revenu perma-
nent pour les pêcheurs et les autres profes-
sionnels dont les activités dépendent de la
pêche langoustière. Photo 6: Production de langouste, une niche pour les pêcheurs artisanaux

4. Les leçons à tirer pour une mise à l’échelle au profit


d’un plus grand nombre de pêcheurs artisanaux
L’économie de la mer n’a pas suffisamment - L e s  m a t é r i e l s  e t  é q u i p e m e n t s  d e s  - La recherche est fondamentale pour 
été appuyée et développée alors que la  pêcheurs constituent un budget important déterminer les solutions adéquates afin
région Anosy dispose d’une ressource  (200.000Ar/pécheur) mais ils permettent de développer l’activité tout en préservant et
halieutique considérable. Une grande partie d’améliorer la productivité et la sécurité  renouvelant les ressources halieutiques
de la population du littoral y puise sa princi- en mer, et le retour sur investissement 
pale source de revenu,ou une source  est très rapide - Le FDA doit s’appuyer et soutenir les 
alternative lorsque l’agriculture et l’élevage partenaires compétents et motivés de la
n’arrivent pas à répondre aux besoins  - Les formations sont nécessaires pour filière pêche artisanale (URL, ONG Aquatic
de subsistance de ménages ruraux.  amener les pêcheurs à respecter les Services…) 
n o r m e s  r e q u i s e s ,  e t  l e u r  p r o p o s e r
Les leçons à retenir par le FDA de la Région des méthodes de conservation et trans -
A n o s y  p o u r  s e s  p ro c h a i n s  exe rc i c e s  formation durant les périodes de sur-
budgé taires : capture

Mots Clés :  Fonds de développement agricole (FDA), pêche artisanale, innovation, grossissement de moules, parcage de langouste ovée, transformation de produit de mer, materiel
et équipement de pêche
Auteurs :  -  ANTILAHY Herimpitia Estelle Rolande, Consultante 
- CARE 

109
Page de garde 5:Mise en page 1 06/05/2018 17:30 Page 1

Genre et gouvernance

Les questions transversales, telles que le Genre et la Gouvernance rapportées dans ce


document, ont été également intégrées aux approches opérationnelles du projet ASARA,
et ont fait l’objet de deux expériences conduites dans le district de Vangaindrano, dont la
proportion élevée des femmes chefs de ménages très vulnérables, est particulièrement
importante.
G e nr e  e t   go uv e rn anc e 

Coordination locale 
des projets d’appui au développement 
pour une pérennisation des actions
Dans le district de Vangaindrano, Région Atsimo Atsina- houlette du Maire en exercice, a été considérée comme
nana – littéralement Sud-Est, classée parmi les moins un cheminement et uneopérationvisantcette coordination.
avancées du pays, l’amélioration de la coordination des Le SAD est un service aux mêmes titres que les services
actions de développement au niveau d’une Commune  communaux usuels tels que la voirie, l’ état civil, les 
a été considéré comme un facteur contribuant, voire  actions socio-culturelles, etc., alors que le SLC est un 
déterminant, sur la pérennité des acquis des projets de espace de concertation de tous les acteurs intervenants
développement exécutés sur le territoire communal. La dans la Commune. La redynamisation du SAD et du SLC
coordination se manifesterait par l’usage à bon escient de a été testée dans une vingtaine de Communes du District
toutes les ressources locales disponibles mais parfois l de Vangaindrano, et a démontré des résultats positifs 
imitées – humaines, financières, technologiques et maté- pouvant être reproduits au profit d’autres Communes ru-
riels, etc. au niveau des communes rurales pour avoir un rales de Madagascar. Des leçons s’en sont également 
impact plus élargi sur les populations, une des gages de la dégagées afin de mieux appréhender les contraintes de la
viabilité des acquis. La mise en place ou la redynami - mise en place ou de la redynamisation de ces deux services
sation d’un Service d’Animation du Développement communaux et garantir un développement durable prenant
(SAD) et du Service Local de Concertation (SLC), sous la ses racines à partir des collectivités territoriales de base. 

1. Les Communes : des territoires sous-administrés 
Administrant au moins 10.000 habitants, les communes, objet En l’absence d’une stratégie pour augmenter et renforcer la capacité tech-
de cette expérience, disposent de 7 à 10 personnels exécutifs et  nique du personnel communal, il s’avère judicieux de gérer le problème de
environs une vingtaine si on y inclut les conseillers communaux. La coordination présent, du fait de l’existence de multiples acteurs qui inter-
population dispose donc d’un agent de la commune pour 1.478 à viennent dans les Communes. Le but est de permettre aux élus et exécu-
1.000 administrés. Faute de rémunération, voire d’un manque de  tifs communaux actuels de construire les édifices de la pérennisation des
motivation et de contrôle, les agents de la commune ne travaillent pas acquis de tous les projets de développement au sein de leur territoire. 
non plus en permanence. Une situation tendant à s’empirer dans les
communes rurales enclavées.  La redynamisation du Service d’Animation de Développement (SAD) et le
Service Local de Concertation (SLC), régie par la législation et la règle-
Dans un autre registre, des organisations menant des projets de  mentation en vigueur, a été choisie comme démarche pour coordonner
développement s’implantent dans ces communes sur une période  toutes les actions au sein d’un territoire communal. 
déterminée et travaillent directement avec les administrés pour 
plusieurs raisons. D’abord, la recherche de l’efficience pour cibler  Encadré 1: Cadre Législatif et règlementaire d'un SLC
directement les populations dans le besoin et la participation active.
La loi organique n° 2014-018 du 14 août 2014, sur la décentrali -
Ensuite, l’absence évidente de leadership de la part de la commune
sation à Madagascar, dans son article 15 stipule : « La mise en
(bureau désert, document de stratégie et de planification inexistant,
œuvre des compétences et des attributions des Collectivités  décentra-
etc.) est invoquée comme récurrente. Enfin, des potentiels détourne-
lisées s’exerce de manière participative et en toute transparence. A cet
ments de l’objectif des projets en politique partisane et des conflits qui
effet, les Collectivités territoriales décentralisées doivent mettre en
en sont générés au détriment des administrés ; complètent les argumen- place une structure deconcertation. Les modalités d’application du
taires pour ne pas canaliser les actions, dès la conception et le commen- présent article seront précisées par voie réglementaire ».
cement des projets, dans les arcanes de l’administration communale. 
Le décret n° 2015 – 957 relatif à la Structure Locale de Concertation des
Lorsque plusieurs acteurs interviennent de la même manière au sein Collectivités territoriales décentralisées stipule dans son article 3 :
d’un territoire communal, le risque de délivrer des messages contra- « La Structure Locale de Concertation est un espace de dialogue et
dictoires existe et a été même prouvé à plusieurs reprises. Les  de consultationpermettant la participation inclusive de tous les 
ressources disponibles ne sont pas utilisées efficacement : la multipli- acteurs de développement aussi bien publics queprivés.Elle cons -
cation des comités ad hoc attribuée à telle ou telle autre organisation titue un outil d’aide à la définition, à l’orientation, aux modalités de
dans une même localité est un des exemples les plus connus, entrai- mise en œuvre et desuivi-évaluation des politiques publiques de la
nant parfois la répétition sans fin d’une même activité pour une Collectivité.Le principe de fonctionnement de la Structure Locale de
même catégorie socio-économique de population plus ou moins à la Concertation est de favoriser la libertéd’expression, la participation,
même période. Pire, les résultats positifs ou acquis d’un projet ne  l’engagement et la responsabilisation des citoyens ».
durent pas, faute d’un leadership et d’une structure pérenne impli-
quée dans l’exécution, permettant d’administrer la continuité voire Dans son article 2, le même décret stipule que « Le chef de l’exécutif
l’extension des activités sur l’ensemble du territoire communal. Dans de chaque Collectivité territoriale décentralisée crée par voie d’arrêté
la plupart des cas, les impacts du projet s’estompent dès la fin du  une Structure Locale de Concertation, après délibération du
financement, à l’exception de infrastructures dont la gestion Conseil.Une copie dudit arrêté est transmise au Représentant de
l’État territorialement compétent pour contrôle de légalité ».
s’émousse et laisséeaux usagers sans suivi et contrôle. 

112
G en r e  e t  g ouv e r nan ce  

2. Une démarche expérimentale encadrée par la réglementation
La mise en place du SAD au niveau des 23 communes du district de Vangaindrano
s’est faite en deux étapes :

Première étape : Test de l’approche et de l’outil auprès de trois Communes : Commune
Urbaine de Vangaindrano, Communes Rurales d’Ampataka et de Tsiately.
Au cours de cette phase test, les activités se sont déroulées de la manière suivante :

• Information et sensibilisation des 3 Maires sur le SAD et le SLC : • La responsabilisation de la Commune pour que les discussions sur
- La définition et les raisons d’être du SAD,  le développement soient issues de la population de base.
- Les interventions (activités et zones) de chaque animateur,  - Planification de réunions périodiques ;
résumées sur un croquis simplifié. Cette spatialisation est un outil - Conseil et appui technique aux Maires pour latenue périodique et
permettant de constater visuellement d ‘une manière succincte à intervalle régulière des réunions SAD ;
la situation de la commune en termes de développement. - Alimentation et mise à jour des données sous différentes formes :
- L’intégration de toutes les interventions des membres SAD  cartographie illustrative, tableau illustratif, document physique, ...
surtout dans le domaine de la sécurité alimentaire. Au cours de cette première étape, le personnel de FIANTSO a joué le
Entre un ou deux mois après ce premier contact avec le Maire, une rôle de secrétariat et a diffusé le compte rendu de réunion auprès des
première réunion du SAD est convoquée par le Maire.  participants. 

Deuxième étape : À la suite des premières expériences dans les 
3 communes mentionnées précédemment, le processus a été  Service d’Animation  Service Local 
dupliquée auprès des 20 communes restantes, à savoir : Masianaka,
de Développement (SAD) de Concertation (SLC)
Matanga, Ampasimalemy, Mahabe, Marokibo, Manambondro, 
Outil d’aide à la définition, 
Fenoambany, Sandravinany, Vohimalaza, Isahara, Lopary, Soamanova,
à l’orientation, aux modalités 
Vohitrambo, Ranomena, Ampataka, Bekaraoka, Tsianofana, Anilobe, Outil d’éclairage technique 
Fonction

de mise en œuvre et de 
Bevata, Ambongo. de la SLC
suivi-évaluation des politiques
publiques de la Collectivité
Des séances de sensibilisation et de redynamisation ont été menées
sous l’égide du Maire, suivis de la spatialisation des interventions  - Le représentant de la Commune
sur le territoire de la Commune, et la planification des réunions  désigné par le Maire ou son 
• L’Exécutif et l’organe 
périodiques (mensuelle ou bimestrielle) du SAD.  adjoint, ou un autre personnel  délibérant de la Commune ;
rétribué sur le budget 
En 2016, le SAD a été révisé du fait de sa complémentarité à la  communal. Il est le leader du SAD, • Les Services Techniques 
déconcentrés implantés dans
structure locale de concertation qui joue d’autres rôles. Les principaux - Les techniciens d’appuis sur  le ressort de chaque Collecti-
rôles du SAD sont : terrain des organisations  vité territoriale décentralisée ;
• L’animation du développement communal avec et pour les exécutant des projets 
• Les Opérateurs Économiques ;
de développement,
populations de base ; • Les Organisations de la 
• L’élaboration et la réactualisation des documents cadres du - Les membres des Assemblée Société Civile ;
Paysannes (CSA),
développement communal en collaboration avec les autres • Les Notables et Leaders 
partenaires intervenants dans la Commune ; - Les membres du Tranoben’ny traditionnels ;
Membres

• L’appui aux assemblées paysannes (AP) et des membres du Tantsaha communal,
• Les partis et organisations
Comité de Pilotage du Centre de Servie Agricole (CSA) dans - Les paysans leaders (PL)  politiques locaux ;
l’émergence et la remontée des demandes paysannes ; et paysans formateurs (PF)  • Les Associations des
encadrés par les organisations femmes, des Associations
• L’assurance de la priorisation des activités de dévelop -
exécutant des projets  des jeunes et des groupes
pement au niveau de la commune ;
de développement,  vulnérables ;
• La participation à la sensibilisation et la mobilisation des
- Les Animateurs Communau- • Les cellules de concertation
paysans sur les innovations ; existantes
taires (AC) et Animateurs Com-
• L’appui à la coordination et le pilotage du processus de  munautaires nutritionnels (ACN). • Les représentants des 
développement local ; Fokontany pour les 
- Les Services Techniques 
• L’éclairage technique dans la concertation (SLC), la consul- déconcentrés implantés dans le Structures Locales de
Concertation communale
tation pour améliorer les délibérations communales en  ressort de chaque Collectivité
faveur du développement local territoriale décentralisée

113
G e nr e  e t   go uv e rn anc e 
Un Atelier-test, basé sur le concept ajusté 
du SAD, a été organisé dans la Commune 
Rurale de Vohitrambo en Novembre 2016 pour
partager l’importance de la concertation et
d’éclairage technique, entre les membres 
composant le SAD de la Commune, etle rôle de
la coordination dévolu à la Commune. Les par-
ticipants1 ont été composés des techniciens
des ONG (FIANTSO, WHH, GIZ) et autres ac-
teurs de développement (CECAM, FDA, CSA),
d e s  AC  e t  AC N ,  d e s  P ay s a n s  L e a d e r s  e t 
Paysans formateurs. Durant cet Atelier, chaque
intervenant a détaillé ses activités dans la
Commune et les possibilités d’intégration avec
celles des autres. Photo 1: Atelier SAD au profit de la Commune Rurale 
de Vohitrambo

Troisième étape : FIANTSO a procédé à un accompagnement plus rapproché des SAD qui se sont impliqués activement
dans la mise en œuvre. 
Trois ateliers2 ont été organisés pour déterminer l’importance du SAD dans les actions de développement et son utilité
pour la Commune. 

3. Un début prometteur de coordination locale et communale des actions 
de développement 
Parmi les vingt-trois, huit SAD sont classés « Parmi elles, se distinguent nettement les Ces préconditions sontnécessaires pour
assez dynamiques ». Il s’agit des communes communes rurales de Lopary et de Masia- faire fonctionner durablement ce type 
de Lopary, Soamanova, Vangaindrano,  n a k a  q u i  o n t  c o m m e n c é  à  t e n i r  d e s  d e  s e r v i c e  é t a n t  d o n n é  q u e  l e s  é l u s 
Ampasimalemy, Bekaraoka, Masianaka, réunions périodiques du SAD et les techni- communaux, particulièrement les Maires,
Matanga et Mahabe. Les critères de classe- ciens de FIANTSO, mettant en œuvre le  s’intéressent plutôt à la construction d’infra-
ment des communes selon leur dynamisme projet REEL, sont invités en tant que mem- structures physiques qu’à la gestion et la
sont :  bres du SAD. La pérennisation du système planification de ces constructions. Il importe
est effective dans ces deux Communes. peu, dans beaucoup de cas, si les infra-
-  Inscription des réunions SAD dans structures répondent ef fectivement à 
l’agenda du Maire Les communes, à travers les animateurs du des besoins prioritaires ou si elles seront
-  Tenue de réunion périodique et systé- SAD, disposent de savoir-faire etd’outils de utilisées et gérées convenablement. Grace
matique du SAD visualisation/spatialisation des actions de à la mise en place du SAD, en termes de
-  Participation active des animateurs de développement qui sont réalisées sur son programmation, la Commune rurale de 
développement local dans les réunions terri toire. Cette méthode ainsi que la  Lopary a procédé à l’élaboration du PAC
du SAD démarche et les outils utilisés sont aisé- (Programme d’Activités Communautaires)
-  Disponibilité et mise à jour des données ment reproductibles au niveau localpar les relatif à la santé et à la nutrition initié par la
sur la situation de sécurité alimentaire techniciens de la Commune et les chefs fo- Croix Rouge Malagasy, à travers le projet 
et d’informations techniques et écono- kontany,sans l’intervention financière et « Rongatry ».
miques au niveau de la Commune technique des promoteurs de projets de 
développement. Les Communes disposent d’un espace de
concertationpour débattre des problèmes
La capacité technique existe donc, mais de gestion à l’intérieur de son territoire. Le
mener de telles activités nécessite cepen- cas de la Commune rurale de Matanga en
dant des préconditions :  est une illustration : « La dégradation de
• Une conviction des élus et de l’exécutif piste d’accès vers les fokontany a entraîné
communal de l’utilité de la spatiali - l’inflation du prix du riz sur le marché. Le
sation dans la définition des plans ou problème a été évoqué et discuté au niveau
programmes d’actions communales SAD, et a abouti à la sortie d’un arrêté com-
coordonnés munal réglementant l’utilisation de la piste
• Une volonté de l’exécutif d’accomplir présentement en réhabilitation »
Photo 2: Croquis des interventions régulièrement cette activité avec les
dans la CR Ampasimalemy responsables locaux concernés.

1
Avant 2016, les autorités traditionnelles ont été membres du SAD mais la pratique a vu qu’ils sont mieux places dans le SLC qui est l’outil d’aide à la décision de la Commune. 
2
Un atelier pour chaque zone dans le District de Vangaindrano : Nord, Sud et Centre

114
G en r e  e t  g ouv e r nan ce  

Le cas des minorités et des groupes margi- Le SAD se présente également comme un
nalisés, trouvent des défenseurs dans une canal d’information vers les administrés à
s t r uc t ur e c om m e l e  SA D . L e  c a s  d e s travers les animateurs du développement
femmes formatrices sans terre de Lopary a qui y participent. Ainsi, les réunions du SAD
été exposé/discuter à la réunion du SAD, ontpermis  par exemple d’informer sur
compte tenu de l’existence d’une loi garan- l’existence de loi interdisant l’utilisation des
tissant l’octroi gratuit par l’État des terres vaches comme caution de garantie dans la
moins de 10 hectares « non exploitées ».. microfinance, de présenter les prestataires
de service aux agriculteurs, et à partager
des  sur les concours agricoles.

Ces résultats particuliers atteints néces -
sitent cependant une adhésion de la part Photo 4: Réunion du SAD 
des porteurs de projet de développement, dans la Commune rurale de Marokibo
actifs dans les Communes, pour participer
dans les réunions régulières du SAD, sans petits producteurs agricoles via les PL et PF
que cela ne devienne une imposition de la membres du SAD d’entreprendre des 
part des élus communaux. démarches auprès du CSA. Ainsi, le nombre
de demandes parvenues au CSA au cours
A l’échelle du district, les demandes pay- de l’année 2017 est au nombre de2.664.
Photo 3: Champ de Culture  sannes parvenues au Centre de Service Ces demandes concernent notamment les
de Mahampy à Iabomora, CR de Lopary Agricole CSA « MirayHina » de Vangaindrano petits matériels agricoles pour le marai-
ont été relativement faibles, de l’ordre  chage et l’horticulture, les matériels de
Dans un autre registre mais pour tant  de 542demandes pour l’année 2015. La  pêche pour les pêcheurs artisanaux, des 
corrélé, en guise d’avancées sur ce sujet redynamisation du SAD, dans ces 23 com- semences et des intrants pour la culture de
sensible dans le Sud-Est, les « lonaky » ont munes, avait permis de sensibiliser les  légumineuses, etc.
mis à disposition dugroupement de femmes
« Miaramandroso » d’Iabomary dans la
même commune deLoparyun terrain d’un
hectare pour cultiver le « mahampy », princi-
pale matière première pour la vannerie, et
qui fait la renommée de cette commune ;
quand la situation de ces femmes ont été
abordées au cours de la réunion périodique
du SAD.

4. Mesurer les performances du SAD pour sa durabilité 
Au-delà des critères pour mesurer le dynamisme du SAD Ces performances suggèrent que : 
mentionnés plus haut, une tentative de mesure de la 
performance du SAD est décrite ci-après : - En amont : 
• Données sur les secteurs d’activités prioritaires de la  • Les autorités traditionnelles participent dans les processus 
commune régulièrement mises à jour : semestriel  de prises de décision de la Commune et se conforment aussi 
ou annuel à l’application et le suivi des décisions prises
• Existence d’un outil de programmation ou de plani - • Les membres du SAD, notamment les animateurs des projets de 
fication des activités de développement élaboré par développement implantés sur le territoire communal et les paysans
l’exécutif communal : soit à l’échelle du fokontany,  leaders et formateurs, informent régulièrement et de manière intègre
soit à l’échelle de la commune, soit à l’échelle intercom- l’évolution des conditions de vie de la population locale
munale
• Existence de réglementation ou de décision concertée  - En aval :
de l’exécutif communal avec les autorités tradition- • Les planifications et/ou programmations existantes sont connues 
nelles à la suite d’un débat au sein du SAD par les concernés et sont appliquées selon le planning 
• Application effective des réglementations ou décision • Les nouvelles règlementations sont rendues exécutoires dès que la 
concertée prise, sous contrôle de légalité légalité est contrôlée et confirmée

Mots Clés :  Collectivité  territoriale  décentralisée,  Commune  Rurale,  Service  d'Animation  du  Developpement  (SAD),  Service  Local  de  Concertation  (SLC),  coordination, 
projet de developpement
Auteurs :  -  ANTILAHY Herimpitia Estelle Rolande, Consultante
- FIANTSO

115
G e nr e  e t  go uv e rn anc e

Plaidoyer 
pour l’Accès des femmes rurales à la terre 
en vue de leur autonomisation

Les femmes chefs de ménages du district de 1. Des femmes chefs de ménages marginalisées
Vangaindrano, estimées à 52% des chefs de et pourtant contributeursaux activités 
menages en 2016, sont les principaux 
pourvoyeurs de revenu pour assurer la  économiques et sociales locales 
subsistance de leurfamille. Avec des enfants L’ethnie Antesaka, à l’instar des sociétés patriarcales, accordent une 
à charge, celles-ci ne disposent pas de  primauté aux hommes surtout les ainés dans les décisions sociale, écono-
parcelles agricoles du fait d’une organisation mique, et règlementaire régissant leur communauté. Cette supériorité 
sociale et économique garantissant  s’applique prioritairement à l’obligation sociale communément appelée 
l’exploitation de la terre à ceux qui honorent « Adidy », et dont le droit correspondant est l’accès aux facteurs de produc-
les obligations sociales ou « adidy ». en tion les plus importants en milieu paysan, la terre. Ainsi, les rizières, les 
parcelles agricoles alluvionnaires, et même les collines [re]boiséesse trans-
étant mariées ou en couple, la femme 
mettent entre le père et celui qui honore l’Adidy, ses sœurs étant supposées
beneficie de l’usage de la terre avec son bénéficierd’un droit d’usage et d’exploitation des parcelles agricoles chez sa
conjoint mais en beneficie rarement en cas belle-famille et ayant aussi les mêmes conditions obligataires. Cette 
de séparation, alors qu’elle est aussi celle primauté due à un règlement communautaire, somme toute logique, a été
qui, souvent, a la charge des enfants du  dénaturée au fur et à mesure pour aboutir à ce que les enfants mâles soient
couple. Elles deviennent donc des salariés aussi priorisés pour la scolarisation si les parents ne disposent pas de
agricoles, à la recherche d’un travail au jour moyens suffisants pour traiter de manière égalitaire tous leurs enfants. La
le jour. Rares sont celles qui ont un travail  faiblesse du revenu a conduit à prioriser ceux qui doivent honorer l’Adidy au
independant leurpermettant d’être  nom et pour le compte de la famille. 
autonomes financierement. 
Cette pratique est fermement et jalousement gardée par les hommes de la
communauté pour plusieurs raisons plutôt contemporaines, mais pas néces-
Du fait de son role economique et social  sairement par respect de la tradition. Parmi ses raisons, les suivantes méritent
evident, l’acces à la terre pour ces femmes d’être mentionnées : 
devrait evoluer vers une application effective
de leur droit. ce droit etant deja garanti par Du coté des hommes :
les lois foncieres à Madagascar. en parallèle,
-  La diminution évidente des parcelles agricoles exploitées par un
la capacité technique de ces femmes chefs ménage, connu sous le phénomène de « micro-parcellisation des
de ménages à développer une activité indé- parcelles agricoles due à l’héritage ». Même partagé entre 
pendante génératrice de revenu mérite aussi enfants mâles uniquement, rares sont les héritiers qui ont 
un renforcement immédiat. Si les femmes exploité de nouvelles parcelles par manque de technique et de
démontrent qu’elles ont la capacité  perspective de gestion rationnelle du terroir. La micro-parcelli -
d’améliorer leur niveau de revenu, grâce à sation serait bien évidemment exacerbée s’ils vont devoir partager
l’accès à la terre, et contribue au  les terres agricoles avec leurs sœurs. 
dévelop pement économique local, le statut -  La crainte d’un partage de décision économique avec la belle 
quo pourrait évoluer.  famille de leurs sœurs ou inversement la volonté de réduire le
nombre des décideurs sur les ressources productives et donc les
Le travail de plaidoyer mené par l’ONG produits qui vont en découler. Les femmes sont toujours consi -
FIANTSO et ces femmes chefs de  dérées comme dépendante de leur conjoint, et une fois en couple
ménages dans 7 communes du district de ou mariée leur mari parlera et décidera aussi pour son compte. 
Vangaindrano, avec ses allies, auprès des 
Du coté des femmes : 
autorités traditionnelles et communales, a
permis de faire bouger le statut quo tout en -  Le faible niveau d’instruction, dans une société de plus en plus
ameliorant l’autonomisation economique instruite, semble confirmer le statut de facto de non-décideur 
des femmes.  et non-acteur économique qui leur a été attribué. Ce niveau
d’instruction limitée – ne dépassant pas le niveau du primaire –
et le statut entretenu par les stéreotypes sont contraignants pour
Cette fiche présente ce retour d’experience. des éventuelles revendications de changement de leur part. 

116
G en r e e t  g ouv e r nan ce
La combinaison de multiples facteurs sociaux et économiques,  Force est cependant de constater que ces femmes continuent à se
notamment une gestion de terroir inadéquate et la faiblesse des  charger des enfants : alimentation, scolarisation, soins de santé…
rendements agricoles due à des techniques inadaptées, exacerbée avec leurs propres capacités. 
par les pertes dues aux chocs climatiques ont poussé les hommes à
une migration de travail massive dans les autres grandes villes  En somme, la reconquête du droit de la femme chef de ménage no-
de Madagascar (Mahajanga, Antsiranana, Toamasina et Toliara). La tamment la garantie d’un accès égalitaire aux ressources produc-
migration du travail a pris une proportion considérable après l’ouragan tives en milieu paysan, la promotion du droit à la scolarisation pour
Gretel en 1997 et s’est amplifiée chaque fois qu’un cyclone tropical filles et garçons de même parent, et le soutien à des activités géné-
suivi d’inondation prolongée touche les communes du littoral Sud-Est ratrices de revenu (AGR) constitueraient des solutions pour l’émanci-
du district de Vangaindrano. La migration du travail est la principale pation et l’autonomisation de ces femmes à statut particulier. 
stra tégi e de sur vi e des m éna ges de ce di st rict résul tant à 
une proportion importante de femme devenue chefs de ménages. Les défis sont de deux sortes pour ces solutions : 
Cette proportion est estimée à 52% selon le chef de District de 
- Concernant le droit et l’accès aux ressources productives,
Vangaindrano en 2016. Cependant, ces femmes ne jouissent pas
notamment la terre agricole, et le droit à la scolarisation,
pleinement du droit d’exploitation des parcelles agricoles de leur
le défi réside dans la recherche d’un compromis entre le
conjoint, car les frères de ce dernier sont prioritaires comme étant
droit coutumier accordant la primauté aux hommes et le
celui qui va honorer à son tour l’Adidy. 
droit positif1.

Ainsi, les femmes chefs de ménages sont devenues des - Concernant le soutien aux AGR, le défi est d’être efficace
salariés agricoles, à la recherche d’un travail au jour le jour sans la garantie de parcelles agricoles alors que les
a p p e l é e  l o c a l e m e n t  «  d ô k e r a  » ,  a v e c  u n  s a l a i r e  femmes sont en milieu paysan et les ressources finan-
journalier de de 1.000Ar à 3.000Ar au maximum. Rares cières sont limitées.  
sont celles qui arrivent à développer une activité 
indépendante génératrice de revenu, nécessitant un  L’ONG FIANTSO a tenu à relever les défis relatifs à l’accès à la terre
capital même modique ou un fonds de roulement.  pour ces femmes et le soutien aux AGR, dans le but d’autonomiser
socialement et économiquement les femmes chefs de ménages. 

2. Une démarche de plaidoyer ciblant les autorités patriarcales nécessitant 
des multiples alliés 
L’expérience a été testée entre 2015 et 2017 dans
7 Communes Rurales du district de Vangaindrano
à savoir :Lopary, Tsianofana, Masianaka, Mahabe,
Marokibo, Fenoambany, et Sandravinany.

Concernant le droit et l’accès égalitaire à la 
propriété foncière, des séances d’information et
de formation, menées par les agents compétents
concernant les statuts des terres et la gestion de
conflit lié à la propriété foncière, sont effectuées
durant les réunions périodiques du SAD 2 dans
chaque commune. Les chefs traditionnels et les
autorités communales y sont présents pour trouver
les compromis mentionnés plus haut. Il est à noter
que des particuliers ont aussi participer à ces 
réunions en signe de leur engagement citoyen.  

Les réunions du SAD sont tenues mensuellement
ou tous les deux mois. Il arrive donc que les 
questions sur l’accès à la propriété foncière soient
débattues plus d’une fois avant de trouver une 
solution qui convient à toutes les par ties en 
présence.

Concernant le soutien aux AGR, l’approche s’est
faite à travers des groupements de femmes, plus Photo 1: Agenda de la réunion du SAD Lopary, la question foncière soulevée
ou moins organisés, au niveau des fokontany.  par FIANTSO est le 3ème ordre du jour

1
En 2015, la loi sur la réforme foncière garantit l’octroi gratuit par l’État des terres inferieures à 10ha non exploitées aux femmes chefs de ménages. Il existe aussi plusieurs
conventions sur les droits humains qui ont été ratifié par le Gouvernement de Madagascar. 
2
Voir la fiche “Coordination locale des actions d’appui au développement pour une pérennisation des actions” 

117
G e nr e  e t  go uv e rn anc e

L’identification de ces groupements s’est Des séances de formation en Développe- Lorsque le choix de l’AGR est validé et la re-


faite selon des critères bien précis : ment Organisationnel Institutionnel et Tech- cherche d’une parcelle entamée et pourrait
nique (DOIT) sont préalablement organisées aboutir sur un résultat positif, d’autres
- Femmes sans conjoint avec plus avec les groupements pour :  étapes sont engagées : 
de 5 personnes à charge  i. Identifier les AGR iv.   Appuyerle groupement des femmes
- Ne disposant pas de parcelles agri- ii. Effectuer une analyse de la fai- pour mieux s’organiser et dynamiser
coles – exploitées ou en location sabilité technique et financière leur vie associative (par des dina,
d e s  p r o p o s i t i o n s  a v e c  l e s des pactes, de partage de respon-
- Vivant du salariat agricole : donc
femmes du groupement pour sé- sabilité entre elles)
de revenu insuffisant pour assurer
les besoins de base de sa famille. lectionner et prioriser les AGR v.  Engager la procédure d’acqui -
iii. S’il y a un besoin de parcelle sition de matériels, petits équipe-
agricole, une stratégie pour né- ments et intrants nécessaires au
gocierces terrains par le groupe démarrage de l’AGR. 
est à développer. 

Au cours de ce processus, le rôle de l’ONG FIANTSO en tant MirayHina, l’Institution de Microfinance CECAM, le Fonds de 
que promoteur de cette expérience est aussi de fédérer  Développement Agricole (FDA) de la région Atsimo Atsina-
d’autres acteurs de développement dans le paysage local  nana et le Programme Alimentaire Mondial (PAM) sont parmi
autour de cette initiative. Le centre de Service Agricole (CSA) les acteurs contributeurs aux résultats de cette expérience. 

3.  Un pas décisif vers le changement du statut quo
La promotion de l’accès à la terre et le soutien aux AGR ont chacun -  Développement de la culture maraichère (CUMA) au profit 
apporté des résultats concrets voire intimement liés.  35 groupements de 424 membres : 133 variétés de semences
et 270 kg d’engrais guanomad comme demande d’appui ;
En 2015, au démarrage effectif des AGR, FIANTSO, à travers le  -  Culture de « Mahampy » la principale matière de vannerie au
projet ASARA a appuyé les AGR suivantes :  profit de 70 artisanes-agricultrices : une demande de 500
éclats de souches pour le démarrage. 
-  Élevage de poulets de race locale ou « gasy » au profit de 18 grou-
pements de 219 membres : 1.202 têtes comme cheptel de base ;
-  Élevage de canard au profit de 5 groupements de 49 membres :
445 têtes comme cheptel de base ;

Pour chaque catégorie d’activité, des formations techniques ont
été apportées autant à l’agriculture4 qu’au petit élevage56. 

Photo 2: CUMA avec les itinéraires techniques apprises 
et la production qui en découle

3
Haricot vert, petit pois, poireau, gros oignon, carotte, tomate, aubergine, poivron, concombre, choux, choux fleur, radis, ramirebaka.
4
Mise en place et entretien des plates-bandes, technique de semis et de repiquage, entretien et récolte
5
Habitat amélioré, vaccination et autres soins de santé animale, alimentation améliorée
6
Voir la fiche “Amélioration du revenu des femmes rurales grâce à l’élevage de poulet gasy” par FIANTSO

118
G en r e e t  g ouv e r nan ce
Cette fiche rapporte les bonnes expériences Au total, 783 femmes (soit 82% de tous les
relatives au développement de la culture Pour réaliser cette mise à l’échelle, sont  producteurs de CUMA) ont bénéficié de cet
maraichère et de la culture du Mahampy. intervenus trois acteurs essentiels :  appui à la mise à l’échelle : 1.605 arrosoirs,
i)   le CSA pour le montage et le con - 1.490 angady lahy, 446 mètres de corde, 
Concernant la culture maraichère, ces activi-
seil sur les demandes de subven- 22 pioches, 118 pelles, 431 brouettes, 543 
tés ont été mise à l’échelle à partir de 2017
tions en matériels agricoles, râteaux et 155 pelles, à travers le CSA et le FDA.
dans le but d’approvisionner régulièrement,
en quantité d’environ 3 tonnes par semaine, ii)  le FDA pour le financement en Dans le même registre, 9 terroirs ont été
les marchés animés de Vangaindrano, de  maté r ielq agricoles et l’accom - aménagés en plates-bandes, par système
Lopary, de Manambondro et d’Ambalabe p a g n e m e n t  p a r  d e s  p ay s a n s  HIMO/VCT, en partenariat avec le PAM. Environ
Masianaka. La stratégie est de répartir les formateurs de proximité, et  320 ares reparties en 1.469 plates-bandes
productions et les variétés de CUMA entre
iii) le PAM pour financer les travaux ont été emblavés sur des donations de 
plusieurs localités et groupements. A cet
d’aménagement des parcelles  terrains, à titre temporaire, ou pour 5 ans.
effet, chaque groupe de producteursindique
agricoles en Haute Intensité de Ces actes terriers sont visés d’abord au niveau
son programme cultural, la ou les spécula -
Main d’œuvre.   du Fokontany et ensuite au niveau de la
tions cultivées, la date probable de récolte et
Commune. 
le volume de production prévisionnelle.

Tableau1: Terrain mis à disposition pour les AGR des femmes chefs de ménages
Superficie  Nombre  Nombre  Mode de faire valoir 
Commune Localité
aménagée (are) de plates-bandes de bénéficiaires des terrains
Ampasimalemy Vohilava 75 400 20 Terrain privé
Tsianofana Maropingo 35 150 15 Donation
Tanisoa 60 300 40 Donation
Masianaka Nosiomby 10 37 12 Utilisation temporaire
Ambalavala 15 48 8 Utilisation temporaire
Marokibo Marokibo 35 154 38 Utilisation pour 5 ans
Mahabe Mahabe 25 100 14 Utilisation pour 5 ans
Fenoambany Ambatosarotra 35 160 20 Utilisation pour 5 ans
Sandravinany Sandra 1 30 120 18 Utilisation pour 5 ans
TOTAL 320 1 469 185

La volonté de changer un statut quo sur les femmes chefs de chefs de ménages à la terre soit débattu ouvertement et un premier
ménages a été le point de départ de cette expérience. Il est  pas vers le changement est enclenché. Ces preuves tangibles
apparu que le plaidoyer engagé par les femmes et l’ONG ont mobilisé des acteurs spécialisés dans le financement rural –
FIANTSO auprès des autorités communales/locales et les chefs pour cette fois une subvention -, une expertise prouvée sur le
traditionnels a nécessité des preuves tangibles de changement droit foncier sans oublier l’expertise en agriculture familiale et en
économique pour que le statut quo sur l’accès des femmes petit élevage pour dynamiser ce premier changement.

La filière « Mahampy » est celle qui a la plus dynamisé ce change- sition 1ha de terrain, plus proche du village et donc plus aisé à 
ment, non seulement vers l’accès à la terre mais aussi vers une  surveiller, pour reprendre et intensifier la culture. Le rendement est
autonomisation des femmes à travers la professionnalisation de leur estimé à 2.25t/ha sur cette parcelle alors qu’il est de 0.9t/ha en cas
métier d’artisan. de cueillette. L’exploitation de cette nouvelle parcelle a débuté au
mois de Novembre 2017 et s’est étalée jusqu’en Décembre 2017, le
Le « Mahampy » : de la cueillette à la domestication grâce à l’accès à cycle de production est de 7-8 mois, et le kilogramme de Mahampy
la terre. Le premier débat sur l’accès à la terre des femmes chefs de sèche8 vaut 800Ar. 
ménages a commencé en constatant l’amenuisement des Mahampy
(Lepironiaarticulata) sur les zones de cueillette habituelles, alors que Pour les autorités traditionnelles, l’enjeu est double : la renommée
cette matière première peut être cultivée et les techniques de plan- du village et de la commune en vannerie est à préserver et l’économie
tation sont déjà maitrisées7. La première expérimentation de culture de l’artisanat peut aussi enclencher un développement social car 
ayant été dévastée par les zébus en divagation car le site est éloigné les femmes artisanes sont celles qui s’occupent de la santé, de
du village. Les chefs traditionnels ont alors décidé de mettre à dispo- l’éducation et de l’eau potable pour chaque ménage. 

7
La préparation du sol a commencé aux mois de septembre et octobre, suivi de la plantation (par éclat de souche). Le 1er sarclage, l’épandage de guanomad et d’urée s’est fait
au mois de Février, le 2ème au mois d’Avril et le 3ème au Juin. La récolte est prévue au mois de Juillet- Août. 
8
Le taux de dissécation est de 40%.

119
G e nr e  e t  go uv e rn anc e

Photo 3: De la plantation à la récolte de Mahampy et les articles de vannerie
Le « Mahampy » : la professionnalisation vers l’autonomisation grâce
à l’accès au crédit. Le développement rapide de la filière Mahampy a
suscité de nouvelles initiatives et a abouti à la contractualisation -   3.000 Unités par mois de Harona GM à 1.600Ar l’unité,
avec une fabrique d’exportation de produits artisanaux. Ce nouveau soit 4.800.000Ar par mois
marché a pu être obtenu grâceau crédit avec éducation (CAE) 
-   3.000 Unités par mois de Harona MM à1.200Ar l’unité,
proposé par la CECAM Vangaindrano9. Vingt-cinq artisanes membres
soit 3.600.000Ar par mois
d’une association de crédit ont obtenu un CAE de 50.000MGA 
chacune au premier cycle pour accroitre leur volume de production. -   3.000 Unités par mois de Harona PM à 800Ar l’unité,
Ce montant permet d’acquérir individuellement 62.5kg de Mahampy 2.400.000Ar par mois 
soit 1562.5kg pour les 25 membres. Le CAE a été accordé le 
-   600 à 3.000 Unités de Tsihy GM (1,80m x 1m) à
22 Janvier 2018 pour une échéance de remboursement de 
2.000Ar l’unité, soit au moins 1.200.000Ar par mois
16 semaines, à raison de 3.700Ar par membre par semaine. Les
membres ont eu recours au CAE pour honorer des contrats signés
avec deux exportateurs de la Capitale : L’autonomisation de ces femmes est sur la bonne voie.

4. Des facteurs favorisants avec des effets multiplicateurs inattendus 
Outre le support technique et financier des Parmi ces facteurs favorisants, peuvent être par l’IMF CECAM ont aussi été décisifs 
alliés de l’ONG FIANTSO mentionnés ci-des- cités également l’existence du BIF (Birao  pour démontrer que le renforcement des
sus dans ce plaidoyer pour le changement Ifoton’nyFananan-tany) dans les communes, capa c ités techniques des femmes chefs 
de l’accès à la terre des femmes chefs de à l’instar de la Commune de Lopary, pour la de ménages est essentiel pour influencer le
ménages, d’autres facteurs favorisants ont certification de la propriété foncière mais processus de décision.  
aussi permis d'influencer la prise de décision aussi pour l’arbitrage des conflits sociaux
des autorités traditionnelles et des autorités liés au foncier. Tous les accords relatifs à la Par ailleurs, l’expérience a été un moyen de
communales pour enclencher ce chan - mise à disposition et les donations des  valoriser des terrains laissés à l’abandon ou
gement structurel. Les sessions du SAD ont terrains ont été officialisés auprès des  mal exploitées, à travers ces accords de 
été déterminantes car elles ont été un lieu registres du BIF, sinon au niveau de la Com- donation ou de mise à disposition temporaire.
privilégié pour débattre des problèmes  mune lorsque ce service foncier communal Cette expérience laisse présager de meilleure
sociaux et économiques, d’une catégorie n’existe pas encore.  gestion de terroir, voir des ventes de terrains
spécifique de la communauté, avec des pour les femmes chefs de ménages, la vente
éclairages techniques nécessaires aux  En outre, l’existence d’une forte demande de étant aujourd’hui le moyen principal pour
décideurs politiques – les élus communaux produits artisanaux et la mise en relation elles de supplanter les droits coutumiers et
et les chefs traditionnels. Le SAD a démontré avec revendeurs sont aussi des supports  de devenir propriétaire définitive d’un terrain
que les engagements politiques des autorités incontestables pour accroitre le volume de agricole. 
locales nécessitent une traduction pratique production et en faire de l’ar tisanat un 
qui devrait résoudre les problèmes soulevés emploi profitable. Les subventions apportées
par les techniciens et les administrés.  par la FDA et les solutions de crédit proposées

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Voir la fiche “Crédit Avec Éducation” de la CECAM
Mots Clés :  Accès à la terre, foncier, plaidoyer, femmes chefs de ménages, activité generatrice de revenu, agriculture familiale, élevage à cycle cour, vannerie.
Auteurs :  -  ANTILAHY Herimpitia Estelle Rolande, Consultante
- FIANTSO

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