Vous êtes sur la page 1sur 563

L’argent du roi

Les finances sous François Ier


The King’s coffers. Finances under Francis I
Las arcas del Rey. Las finanzas bajo Francisco I

Philippe Hamon

DOI : 10.4000/books.igpde.108
Éditeur : Institut de la gestion publique et du développement économique, Comité pour l’histoire
économique et financière de la France
Lieu d'édition : Paris
Année d'édition : 1994
Date de mise en ligne : 10 novembre 2011
Collection : Histoire économique et financière - Ancien Régime
ISBN électronique : 9782111287631

http://books.openedition.org

Édition imprimée
Date de publication : 1 janvier 1994
ISBN : 9782110876485
Nombre de pages : 609

Référence électronique
HAMON, Philippe. L’argent du roi : Les finances sous François I er. Nouvelle édition [en ligne]. Paris :
Institut de la gestion publique et du développement économique, 1994 (généré le 23 avril 2019).
Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/igpde/108>. ISBN : 9782111287631. DOI :
10.4000/books.igpde.108.

Ce document a été généré automatiquement le 23 avril 2019. Il est issu d'une numérisation par
reconnaissance optique de caractères.

© Institut de la gestion publique et du développement économique, 1994


Conditions d’utilisation :
http://www.openedition.org/6540
1

Parce qu’il désire mettre en œuvre une politique extérieure ambitieuse et qu’il succombe à la
fascination du « mirage italien », François Ier trouve les moyens de réaliser ses projets et ses
rêves. C’est avant tout d’argent dont il a besoin : il aura donc à cœur d’augmenter de façon
substantielle ses ressources. Au cours de son règne, de nouvelles formes de prélèvement se
développent, touchant en particulier le clergé, les villes, les officiers. Mais taxes et impôts ne
suffisent pas : les problèmes de trésorerie demeurent et imposent un recours croissant au crédit.
La monarchie, en ce domaine, utilise des réseaux multiples. Mais les circuits de l’argent restent
encore assez rudimentaires et l’efficacité technique de l’appareil d’Etat s’avère limitée. Le flot des
réformes administratives comme le nombre des procès instruits par le roi contre ses principaux
officiers de finances soulignent tout à la fois l’ampleur de la tâche à accomplir et les difficultés de
sa réalisation. L’étude des finances offre à l’historien de l’État un terrain d’observation privilégié.
A travers elle, en effet, apparaissent les contraintes permanentes de la mobilisation des fonds,
mais aussi des problèmes plus généraux : rivalités politiques, idéologies du pouvoir ou relations
entre la royauté et ses sujets. Les questions d’argent révélent ainsi les ambiguïtés d’une
monarchie mal assurée de son droit à imposer et parfois réticente devant sa propre croissance.
Avec cette passionnante étude c’est donc au coeur du « mystére de l’Etat » que Philippe Hamon
convie son lecteur.

When Francis I conceived an ambitious foreign policy and fell under the spell of the “Italian
dream”, he had to find the resources to accomplish his projects and his aspirations. Money was
the first thing he needed and he was set on filling his coffers. New forms of levy appeared during
his reign, hitting the clergy, towns and officials. Yet taxes were not enough: cash was still short
and Francis I turned to taking out loans. The monarchy used many networks in this. However,
money channels were still somewhat rudimentary and the technical efficiency of the State
apparatus left a lot to be desired. The wave of administrative reforms and the number of suits by
the king against his chief finance officials are indicative of the enormity and difficulty of the task
before him. The study of finances gives government historians a splendid observation platform.
It reveals the constant constraints involved in raising funds, but also more general problems:
political rivalries, power ideologies, and relations between sovereigns and subjects. These
monetary concerns also point up the ambiguities of a monarchy unsure of its right to tax and
sometimes reluctant in the face of its own expansion. With this fascinating study, Philippe
Hamon leads the reader into the thick of the “State mystery”.

Movido por el deseo de poner en marcha una política exterior ambiciosa, y tras sucumbir a la
fascinación del «espejismo italiano», Francisco I debe dotarse de los medios para hacer realidad
sus proyectos y sueños. Y ante todo, es dinero lo que necesita: por ello, se muestra decidido a
aumentar de forma sustancial sus recursos. Durante su reinado, se desarrollan nuevas
modalidades de recaudación de impuestos, que afectan sobre todo al clero, las ciudades y los
oficiales. Pero no basta con tasas e impuestos: los problemas de tesorería persisten y obligan a
recurrir cada vez más al crédito. En este ámbito, la monarquía hace uso de diversas redes. No
obstante, los circuitos del dinero aún son bastante rudimentarios y la eficacia técnica del aparato
estatal resulta limitada. La profusión de reformas administrativas y el número de procesos
instruidos por el Rey contra sus principales oficiales de finanzas subrayan tanto la envergadura
de la tarea que debe llevarse a cabo como la dificultad de su realización.
El análisis del ámbito financiero ofrece al historiador del Estado un campo de observación
privilegiado. En efecto, permite poner de manifiesto las constantes limitaciones en materia de
movilización de fondos, así como problemas de índole más general: rivalidades políticas,
ideologías del poder o relaciones entre la realeza y sus súbditos. De esta forma, las cuestiones
financieras ponen al descubierto las ambigüedades de una monarquía vacilante a la hora de
imponer sus elecciones y, en ocasiones, reticente ante su propio crecimiento.
2

Así pues, con este apasionante trabajo de investigación, Philippe Hamon invita a sus lectores a
adentrarse en los «misterios» del Estado.

PHILIPPE HAMON
Philippe Hamon, ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, ancien
pensionnaire de la fondation Thiers, docteur en histoire, est professeur d’histoire
moderne à l’université de Rennes II.

Philippe Hamon, graduate from the Saint-Cloud École Normale Supérieure, Thiers
Foundation alumnus and doctor of history, is a professor of modern history at the
University of Rennes II.

Philippe Hamon, ex alumno de la Escuela Normal Superior de Saint-Cloud, antiguo


becario de la Fundación Thiers y doctor en Historia, ejerce como profesor de Historia
Moderna en la Universidad de Rennes II.
3

SOMMAIRE

Dédicace

Préface
Jean Jacquart

Avant-propos
Françoise Bayard

Introduction

Remarques liminaires et abréviations

Sources et bibliographie

Première partie. Les finances royales ou la délicate gestion de la précarité

Chapitre premier
Le primat des dépenses
I. Les coûts de fonctionnement interne
II. Les besoins militaires : une charge écrasante
III. Une diplomatie onéreuse
Conclusion

Chapitre II
Faire face : les recettes de la monarchie
I. Percevoir
II. Des recettes complémentaires
III. Considérations sur un déficit attendu
Conclusion

Chapitre III
La monarchie et le crédit : agents libres et agents contraints
I. Le crédit volontaire : les marchés financiers
II. Le crédit contraint
III. Le crédit imposé
Conclusion

Conclusion

Deuxième partie. Réformes et poursuites : un règne mouvementé

Introduction

Chapitre IV
Vie et destin des institutions financières
I. Des réaménagements fréquents : « la mutacion de l’ordre des finances »
II. L’organisation des poursuites
Conclusion
4

Chapitre V
Le contrôle des finances : un enjeu politique
I. Le déclin politique des grands officiers de finance
II. La position renforcée des gens de conseil
III. Les finances révélatrices des tensions du groupe dirigeant
Conclusion

Chapitre VI
Les enjeux financiers des poursuites et des réformes
I. Le groupe dirigeant et les réalités financières
II. Une administration financière « en progrès » ?
III. Tirer profit des poursuites
Conclusion

Chapitre VII
Politique et personnel financier : devant Dieu et devant les hommes
I. Les sujets et la politique financière
II. L’information financière : le discours du pouvoir
III. Les hommes d’argent comme cible
Conclusion

Conclusion générale

Index des noms de personnes

Index des matières


5

Dédicace

1 À Emmanuelle, pour le présent,


À Matthieu et Morgane, pour l’avenir,
Aux disparus, in memoriam,
... et à Françoise, en souvenir du chapitre sept...
6

Préface
Jean Jacquart

1 Pour un directeur de thèse, c’est toujours un plaisir que de voir aboutir une recherche
qu’on a accompagnée tout au long de son élaboration. Et plus encore lorsque le résultat
répond aux attentes. C’est le cas avec le beau travail de Philippe Hamon, publié sous les
auspices bienveillants du Comité pour l’histoire économique et financière de la France
que l’on ne saurait trop remercier de son mécénat.
2 Au départ, rien de moins que de reprendre un dossier assez négligé par l’historiographie
depuis plusieurs décennies, malgré des études de détail. En cours de route, le
rassemblement patient d’informations dispersées, lacunaires, d’interprétation souvent
délicate. À l’arrivée, de nouvelles lumières sur la complexe organisation financière de la
France des Valois, une analyse fine des problèmes budgétaires de la monarchie et des
formules expérimentées pour tenter de les résoudre. Françoise Bayard replace cette étude
dans l’ensemble de l’histoire financière de la France des Temps modernes, en soulignant
ses apports novateurs.
3 Mais ce travail n’est pas que technique ou d’institutions. Il éclaire le grand problème de la
genèse de l’Etat moderne. Car il est bien vrai que celui-ci, avec ses finalités et ses
ambitions renouvelées à l’époque de la Renaissance, est tributaire de ses moyens
matériels et que la fiscalité, avec l’armée permanente et le réseau des administrateurs, est
un élément essentiel de la structuration progressive de l’appareil d’État.
4 La chose n’allait pas de soi. Même si l’impôt royal est devenu, dans les faits, permanent,
même si le pouvoir d’imposer s’est établi en France, à la différence des États voisins, les
mentalités se refusent encore, au début du XVe siècle, à l’admettre. Le produit des
prélèvements fiscaux, directs ou indirects, figure toujours au rang des recettes
« extraordinaires » et beaucoup de provinces conservent, avec leurs « États », le droit de
discuter, sinon le principe, au moins le montant de leur contribution, en même temps
qu’elles interviennent dans l’assiette et la perception.
5 Or, les besoins de l’État croissent avec ses ambitions, surtout lorsque la guerre vient
alourdir, dans des proportions presque incroyables, le poids des dépenses à couvrir. Le
souverain et son entourage de grands seigneurs, de magistrats ou de prélats s’irritent de
tous les freins, de toutes les lenteurs, de toutes les insuffisances. Problème de l’urgente
7

nécessité, mais aussi problème de mentalité, mépris des Grands pour ceux qui comptent...
Le faste, la générosité, la dépense sont des valeurs aristocratiques, et toute la société
modèle ses comportements sur la noblesse.
6 Une bonne partie de l’activité de François Ier et de son Conseil est ainsi consacrée à tenter
d’améliorer le fonctionnement et le rendement de cette machine lourde et complexe,
héritée du passé, à travers des réformes successives, tentées, abandonnées, reprises. Tout
cela avec des succès divers, des limites évidentes et des échecs cuisants. Limites et échecs
sont naturellement imputés aux responsables des finances publiques, par un phénomène
trop humain. Et l’État, incapable de régler ses dépenses sur ses ressources, préfère s’en
prendre aux hommes. Les poursuites sont inséparables des réformes...
7 Au bout du compte, le résultat n’est pas si désastreux. La France, grâce à sa richesse, grâce
à la conjoncture favorable durant le premier tiers du siècle, a pu faire face aux guerres,
aux chantiers royaux, aux dépenses de la Cour, aux frais de fonctionnement de l’appareil
d’État et à la très lourde rançon exigée par Charles-Quint après la défaite. La pression
físcale n’a pas sensiblement augmenté, au moins jusqu’en 1540. La dette publique est
demeurée dans les limites acceptables. Mais aucun des problèmes fondamentaux n’est
véritablement résolu. Henri il assiste, impuissant, à la rapide dégradation des finances
royales, qui aboutira à la grande crise des années cinquante du XVe siècle et à la
banqueroute déguisée.
8 Sur cette évolution, sur les motivations du pouvoir, sur les réalités financières de la
monarchie du Roi-Chevalier, sur la part des différents postes de dépense (voici la Cour et
les constructions ramenées à leur poids réel), sur la répartition de la charge fiscale entre
les groupes sociaux (ainsi apprend-on que le Clergé, « exempt » par privilège, participe en
gros pour 10 % des ressources royales), le travail de Philippe Hamon apporte bien des
éléments nouveaux. Sur les traces de Spont ou de Jacqueton, dans la ligne des travaux
décisifs de Daniel Dessert et de Françoise Bayard sur le XVIe siècle, Philippe Hamon inscrit
ce début prometteur d’une œuvre qu’on espère féconde à l’avenir.

AUTEUR
JEAN JACQUART
Professeur émérite à l’Université de Paris I
8

Avant-propos
Françoise Bayard

1 L'argent du roi : les finances sous François Ier est l'ouvrage d'un jeune chercheur, Philippe
Hamon, maître de conférences à l'Université Rennes II. Il témoigne du renouveau des
études financières dans la recherche historique mondiale et d'une experte exploitation de
sources on ne peut moins sérielles.
2 L'histoire des finances n'est pas vraiment nouvelle en France. La fin du XIXe siècle et le
début du xxe ont vu de grands pionniers écrire de remarquables livres qui font encore
référence aujourd'hui. Aucun historien des finances françaises ne peut se passer de
l'Histoire financière de la France depuis l'origine de la monarchie jusqu'à la fin de 1786, de Bailly,
de l'Histoire de l'impôt en France, de Clamageran, de l'Histoire du crédit en France sous le règne
de Louis XIV, de Germain-Martin, des Impôts directs sous l'Ancien Régime et de l'Histoire
financière de la France depuis 1715, de Marion, de l'Impôt des aides sous l'Ancien Régime
(1360-1791), de Milne, de l'Impôt des gabelles en France aux XVIIIe et XVIIIe siècles, de Pasquier,
des Finances de l'Ancien Régime et de la Révolution et de la Bibliographie historique des finances
de la France au XVIIIe siècle, de Stourm, de l'Histoire de la dette publique en France, de Vührer,
et des Variations de la livre tournois depuis le règne de Saint Louis jusqu'à l'établissement de la
monnaie décimale, de de Wailly, tous parus avant le premier conflit mondial.
3 Pourtant, cette thématique était alors largement noyée dans une production axée
essentiellement sur les événements politiques et elle ne trouva pas tout de suite sa place
dans le grand renouveau historique lancé, entre les deux guerres, par l'École des Annales.
Si le monde rural, l'industrie, la banque, le commerce international, les prix mêmes
trouvaient leurs chantres, entre 1930 et 1980, les finances n'attiraient pas. Il fallut
attendre les années 80 pour qu'apparaisse une nouvelle moisson désormais bien
encadrée.
4 Dans ce nouvel élan, le XVIIIe siècle français est largement privilégié. C'est lui que
décrivent J. Bergin (Pouvoir et fortune de Richelieu, 1987), R. Bonney (Political change in
France under Richelieu and Mazarin 1624-1661, 1978 ; The king's debts, finance and politics in
France 1589-1661, 1981 ; Jean Roland Malet, premier historien des finances de la monarchie
française, 1993), J.-B. Collins (Fiscal limits of absolutism. Direct taxation in Early Seventeenth
century France, 1988), J. Dent (Crisis in Finance crown, financiers and society in seventeenth
9

century France, 1973), D. Dessert (Argent, pouvoir et société au Grand Siècle, 1984 ; Fouquet,
1987), C. Michaud (L'Église et l'Argent sous l'Ancien Régime. Les receveurs généraux du clergé de
France aux XVIIIe et XVIIe siècles, 1991) et moi-même (Le monde des financiers, 1988). Le XVIIIe
siècle est éclairé par les travaux de Michel Antoine (Le Conseil royal des finances au XVIIIe
siècle et le registre E 3659 des Archives nationales, 1973 ; Le gouvernement et l'administration sous
Louis XV, dictionnaire biographique, 1978), J. F. Bosher (French Finances 1770-1795, 1970), G.
Chaussinand-Nogaret (Les finances de Languedoc au XVIIIe siècle, 1970, Gens de finance au XVIIIe
siècle, 1972), Y. Durand (Les fermiers généraux au XVIIIe siècle, 1971), E. Faure (La banqueroute
de Law, 1978), C.-F. Lévy (Capitalistes et pouvoir au siècle des lumières, 1969), H. Luthy (La
banque protestante en France de la révocation de l'Édit de Nantes à la Révolution, 1961) et M.
Morineau (« Budgets de l'État et gestion des finances royales en France, au XVIIIe siècle »,
Revue historique, 1980), sans qu'une synthèse n'ait encore été tentée. A. Guéry (« Les
finances de la monarchie française sous l'Ancien Régime », Annales E.S.C, 1978 ; « Le roi
dépensier : le don, la contrainte et l'origine du système financier de la monarchie
française d'Ancien Régime », Annales E.S.C, 1984 ; « La naissance financière de l'État
moderne en France », 5e Congrès de l'Association française des historiens économistes,
1985), J. Meyer (Lepoids de l'État, 1983) et J. Riley (The Seven Years war and the old regim in
France, 1986) ont cerné quelques évolutions de longue durée. Le XVIe siècle est resté le
parent pauvre en dépit des travaux de D. Hickey (The coming of French Absolutism : The
struggle for tax reform in the province of Dauphiné 1540-1640, 1986), C. Michaud (« Finances et
guerres de religion en France », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1981), H.
Michaud (« L'ordonnancement des dépenses et le budget de la monarchie 1581-1589,
Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, 1970-1971), L.-S. Van Doren (« War
taxation, institutionnal change and social conflict in provincial France. The royal taille in
Dauphiné 1494-1559 », Proceedings ofthe American Philosophical Society, 1977) et M. Wolfe
(The fiscal system of Renaissance France, 1972).
5 Malgré tout, le mouvement est lancé. Il est, depuis 1989, soutenu, en France, par le Comité
d'histoire économique et financière de la France qui organise des colloques, fait paraître
une revue annuelle (Études et Documents), édite de nombreux ouvrages et des guides du
chercheur pour ces documents réputés ingrats. Depuis 1989, la Fondation européenne de
la science finance un programme de recherche sur la genèse de l'État moderne dont un
des thèmes porte sur le système économique et les finances de l'État. Par ailleurs, la
banque de données sur les finances de l'État européen enregistre les chiffres dont on
dispose. Enfin, voilà qu'on annonce pour 1994, publiée par Cambridge University Press,
une Financial History Review destinée à rassembler les travaux des chercheurs du monde
entier. C'est dans ce contexte dynamique que s'inscrit l'ouvrage de Philippe Hamon.
6 L'insérer dans cette redécouverte croissante ne diminue en rien son mérite, car, s'il
pouvait s'appuyer sur quelques travaux antérieurs, il ne s'est pas moins aventuré, en
solitaire, sur un terrain peu riche.
7 Avant lui, les finances du XVIe siècle s'ornaient déjà des noms de R. Doucet, R. Ehrenberg,
M. François, R. Gascon, D. Gioffre, G. Jacqueton, B. Schnapper, A. Spont. Leurs études sur
« Le grand parti de Lyon au XVIe siècle » (Revue historique, tomes CLXXI et CLXXII), « La
banque en France au XVIe siècle » (Revue d'histoire économique et sociale, 1951), le Siècle des
Fugger (1955), le Cardinal François de Tournon, homme d'État, diplomate, mécène et humaniste
1489-1562 (1951), le Grand commerce et la vie urbaine au XVIe siècle. Lyon et ses marchands
(1971), Gênes et les foires de change de Lyon à Besançon (1960), « Le Trésor de l'Épargne sous
François Ier » (Revue historique, tomes 55 et 56), Les rentes au XVIe siècle : histoire d'un
10

instrument de crédit, 1957, et Semblançay ( ? -1527). La bourgeoisie financière au début du XVIe


siècle (1895) sont de grands classiques. Ils ne portent, toutefois, que sur des points
particuliers. Certains de ces auteurs ont également publié des documents de l'époque :
ainsi Roger Doucet, « L'état des finances de 1523 », Gilbert Jacqueton, les Documents relatifs
à l'administration financière en France de Charles VII à François Ier (1443-1523), Alfred Spont des
« Documents relatifs à Jacques de Beaune, Semblançay », Michel François, la
Correspondance (1521-1562) du Cardinal de Tournon, tous fort utiles sur la question. S'y
ajoutent les Ordonnances des rois de France, règne de François I er (1515-1539) et le Catalogue des
Actes de François Ier, autres pièces éditées. Aller plus loin nécessitait le recours aux
archives. Quiconque les a fréquentées sait que l'incendie de la Chambre des comptes, en
1737, et le bureau de triage révolutionnaire ont réduit les documents comptables à des
épaves que remplacent parfois d'anciennes collations, que l'on ne possède pas, pour le
règne de François Ier, les précieux arrêts du Conseil du roi qui ont permis la connaissance
des finances du XVIIe siècle et que les archives judiciaires, souvent très riches, sont
irrégulièrement conservées. On pouvait donc être sceptique sur le résultat d'une telle
étude et mettre en garde le chercheur sur les difficultés qui l'attendaient. Ce fut fait - je
m'en souviens - dans un café parisien proche de la Bibliothèque nationale qui a dû en
entendre bien d'autres.
8 C'était compter sans le talent de Philippe Hamon qui a su tricoter ensemble des
informations ténues venues d'horizons divers. Malgré d'imparables lacunes - les dépenses
des maisons civile et militaire du roi ne sont connues, par exemple, que pour les années
1516, 1531, 1546 - se reconstitue sous sa plume toute l'histoire financière du règne de
François Ier. Très logiquement, Philippe Hamon commence par scruter les dépenses et les
recettes qui les assurent, crédit compris. Puis il décrit les changements institutionnels et
les poursuites contre le personnel financier. Il en découvre alors les enjeux politiques,
financiers et moraux.
9 Ce qu'il prouve conforte les découvertes antérieurement faites sur les finances de l'État
au XVIIe siècle. Les débours sont premiers et les recettes ne sont levées que pour les
assurer. Les dépenses des maisons royales et des fêtes où la monarchie se met en scène,
les dons, les pensions, les gages des officiers, la construction d'édifices publics, le soutien
aux activités économiques, à l'éducation et à la culture sont minimes par rapport aux
frais qu'occasionnent la guerre, les armées et la diplomatie : en 1546, la maison du roi a
coûté 811 236 livres ; de 1542 à 1546, le dernier conflit du règne plus de 30 millions de
livres. Les impôts direct (la taille) et indirects (très nombreuses taxes affermées portant
sur la consommation et le transport) ne suffisent pas à assurer les dépenses - en 1546 P.
Hamon les estime à seulement 9 millions de livres -et rentrent de manière irrégulière,
créant ainsi des problèmes de trésorerie. Il faut donc constamment courir après l'argent
et combler le déficit en vendant des offices, imposant le clergé (la décime devient
annuelle), les villes et les officiers, aliénant le domaine et recourant à de nombreux autres
expédients - dont sont cependant exclues les manipulations monétaires - et pour finir, au
crédit. Selon les périodes, on fait appel au volontariat (les marchands-banquiers italo-
lyonnais font face aux emprunts à court terme et tirent grand profit de ces opérations), à
la contrainte (les proches conseillers du roi, les grands officiers de finance, les officiers
entrant en charge, le clergé, les villes du royaume, les alliés suisses et italiens, les sujets
d'outre-mont prêtent sur leurs fonds personnels ou ce qu'ils ont emprunté - les rentes sur
l'Hôtel de ville de Paris en sont un exemple -) ou à l'imposition (le roi saisit les biens
« consignés » par des justiciables) ; les fermiers « avancent » de l'argent pour obtenir une
11

ferme ; les ambassadeurs et les chefs d'armée fournissent ce qui est indispensable au bon
fonctionnement de leurs charges.
10 Des similitudes se lisent aussi dans les poursuites réalisées contre le personnel financier
pour récupérer des débets accumulés (en 1517, 1521, 1523, 1524, 1535) ou juger des
malversations (procès Semblançay, enquêtes de la Tour Carrée). Le fonctionnement de ces
cours, leurs dysfonctionnements et leurs résultats financiers sont analogues à ceux des
chambres de justice au début du XVIIe siècle. Enfin, les attitudes de la monarchie vis-à-vis
des contribuables (ils doivent payer ; s'ils se révoltent on envoie la troupe puis on
pardonne), de l'argent (on en parle le moins possible, toujours pour dire qu'on n'a pu
faire autrement que de taxer et que la demande est juste) et de ceux qui le manient (ils
sont déjà des boucs émissaires en cas d'échec du monarque) sont assez semblables à ce
qui a été décrit pour le XVIIe siècle.
11 À l'opposé, cependant, de nets points de divergence distinguent les finances de François I
er de celles de Louis XIII et de Louis XIV. Philippe Hamon n'a pas retrouvé au début du XVIe

siècle le système fisco-financier, classique au XVIIe siècle, qui fait se dissimuler les plus
nobles personnalités du royaume derrière des prête-noms roturiers prêtant directement
l'argent au roi. Par ailleurs, les dépenses de la monarchie sont très inférieures à ce
qu'elles seront un siècle plus tard : en moyenne 6 à 7 millions par an (110 tonnes d'argent)
contre 20 millions en 1600 (242 tonnes d'argent) et 235 en 1636 (1 194 tonnes d'argent).
Faut-il expliquer l'un par l'autre ? Dire qu'au temps du « beau seizième siècle » il n'était
nul besoin de ratisser largement les épargnes et que la richesse des dominants suffisait
aux besoins royaux ? Pour en être certain, il faudra attendre que Philippe Hamon publie
un second ouvrage présentant les grands officiers de finance du règne. Ne pourrait-on
pas, en attendant, risquer une hypothèse plus ample ? Avancer, par exemple, que le
système financier du XVIIe siècle s'est mis en place progressivement au long du XVIe siècle
et que l'époque de François Ier ne constitue qu'une première étape technico-politique
limitée aux hautes sphères dirigeantes ?
12 Les réformes que décrit Philippe Hamon et les implications politiques qu'elles induisent
l'attestent. François Ier centralise les opérations de finances autour de lui et rationalise les
prélèvements dans les provinces et l'acheminement des espèces vers les caisses
monarchiques. La création des Trésors de l'Épargne et des parties casuelles à partir de
1524, la mise en place, à partir de 1532, d'une « troïka » formée d'un robin, d'un homme
d'épée et d'un officier de finances - ancêtres des bureaux de finances - dans chaque
recette générale puis la constitution de seize recettes générales, à partir de 1542 sont
définitives. De même, le renforcement du Conseil du roi en matière financière n'est
jamais remis en cause ultérieurement et le roi reste toujours maître des décisions
politiques en la matière. Mais, au début du XVIe siècle, le monarque et ses conseillers ne
vont pas jusqu'au bout de la centralisation et de l'absolutisme. Leur discours « moral » est
encore en accord avec leurs actions. La raison d'État, dit P. Hamon, est ignorée. Ne serait-
ce pas plutôt que l'État n'a pas encore de trop gros besoins ?
13 Tout changera quand il n'en ira plus de même sous Henri II et les derniers Valois. C'est
probablement à cette époque, devant l'ampleur des dépenses d'un État en pleine
anarchie, qu'on est passé à une nouvelle étape du système fisco-financier faisant appel,
cette fois, à de plus vastes approvisionnements. Le XVIIe siècle n'a plus eu, ensuite, qu'à
perfectionner ce qui s'était créé au XVIe siècle.
12

14 Cette vue n'est qu'une hypothèse qu'il faut naturellement étayer. Philippe Hamon ne
pourrait-il pas revenir à sa première ambition et continuer son enquête de manière à
embrasser tout le XVIe siècle, de François Ier à Henri IV ? Ce serait rendre grand service à
l'histoire financière dans le monde de laquelle il vient d'entrer brillamment. Il a toute
l'étoffe nécessaire.

AUTEUR
FRANÇOISE BAYARD
Université Lumière, Lyon II
13

Introduction

1 C’est en 1982 que Jean Jacquart m’a fait découvrir l’existence des Ruzé, notables parisiens
du 16e siècle, fraîchement débarqués, comme moi, des bords de Loire. L’étude de cette
famille, objet de ma maîtrise, m’a fait pénétrer au plein cœur de l’histoire socio-politique
des privilégiés de la société du temps. Et j’y ai découvert, à l’occasion, que les riches aussi
ont des malheurs. La famille compte en effet parmi ses membres l’épouse - puis veuve - de
Semblançay, ainsi qu’un receveur général des finances également fort maltraité par la
justice royale entre 1525 et 1540. C’est ce biais familial qui est donc à l’origine de mon
premier contact avec les finances de François Ier. Lorsque vint le temps de choisir un sujet
de thèse, l’univers de ces grands officiers me parut un terrain de chasse tout indiqué. Mes
recherches pouvaient s’appuyer sur les travaux de Bernard Chevalier concernant la haute
société tourangelle et sur la biographie de Semblançay par Alfred Spont, ancienne, mais
irremplaçable.
2 Avec inconscience, j’étais déterminé à embrasser dans ma recherche tout le 16e siècle, de
François Ier (voire Charles VIII) à Henri IV, ou, pour mieux dire, à Françoise Bayard. Projet
trop ambitieux : il m’a fallu en rabattre devant l’ampleur de la tâche et me limiter bientôt
à la première moitié du siècle, et singulièrement au règne de François Ier, en un mot au
« temps des Ruzé » tel qu’il m’était apparu au travers de ma maîtrise. Outre mon attirance
pour ce demi-siècle que j’avais déjà effleuré, d’autres facteurs expliquent cette
focalisation : les travaux déjà évoqués tout d’abord, qui concernent en effet directement
cette période, et aussi le Catalogue des Actes de François Ier, instrument de travail d’un
exceptionnel intérêt. Par ailleurs mon mémoire sur les Ruzé m’avait fait pressentir la
richesse de la conjoncture financière du règne, qui postulait l’existence de sources
spécifiques, liées en particulier aux poursuites judiciaires dont furent alors victimes les
grands officiers.
3 Malgré les secours offerts, le chantier restait immense. Au départ mon projet reposait sur
deux axes de recherche : l’étude du personnel et celle du crédit « public ». Un lien devait,
par hypothèse, apparaître entre les deux et c’est en m’appuyant sur l’activité des grands
officiers de finance (sans négliger pour autant les autres agents), que je pensais découvrir
comment fonctionnaient les circuits du crédit royal à la Renaissance. Pour ce faire, je
croyais pouvoir disposer de bases solides touchant aussi bien les ressources et les
dépenses que la politique financière du temps de François Ier. Mais bientôt, en raison des
lacunes des travaux sur ces questions, il m’a fallu élargir mes propres perspectives pour
14

prendre à bras le corps, une bonne fois, l’ensemble de la question des finances
monarchiques, depuis les fonds brassés jusqu’aux modalités de la prise de décision. Cela
m’est apparu, à la réflexion, comme le seul recours possible. D’autres acteurs ont alors
surgi, d’autres questions, et d’autres sources. J’ai donc en définitive tenté de faire toute sa
place au Léviathan monarchique en m’appuyant sur des travaux relativement anciens,
presque seuls disponibles, au premier rang desquels figurent les articles et livres de
Gilbert Jacqueton et Roger Doucet.
4 L’angle d’attaque essentiel, dès lors, apparaît clair : sonder en profondeur les réalités
financières de l’État à la Renaissance, mais avec une restriction de taille : limiter mon
propos au centre du dispositif, jamais très loin du monarque. Pour les rentrées fiscales
par exemple, seules m’importent les grandes masses, celles dont on débat au Conseil ou
dans les États provinciaux : les problèmes de perception à la base sont résolument hors de
mon champ de recherche. Ce sont, de ce fait, les archives des services centraux
(financiers ou judiciaires) et les correspondances des membres du groupe dirigeant qui
fournissent la part la plus considérable de ma documentation.
5 Mais, si l’analyse est le plus souvent conduite à l’échelle du royaume, mon souci a
toujours été de garder le contact le plus étroit possible avec les réalités concrètes. J’espère
ainsi faire toucher du doigt aussi bien les difficultés du paiement des troupes que les
rouages précis d’une commission judiciaire extraordinaire. Du mieux que j’ai pu, j’ai tenté
de ne pas oublier les hommes qui font - et subissent - les événements que j’évoque et les
évolutions en profondeur, du discours aux institutions, que je tente de faire apparaître.
L’individu à sa place dans cet ouvrage, du plus célèbre, François Ier ou Montmorency, au
moins connu, Loys Caillaud ou Morelet de Museau. Étant bien entendu qu’il faut presque
toujours appartenir aux catégories les plus favorisées pour accéder, dans le discours
historique, tributaire de ses sources, à ce « statut personnel ». Au seuil de ce livre, une
précision s’impose, nécessitée à la fois par les remarques initiales sur les Ruzé et par le
souci des hommes que je revendique ici. Les grands officiers de finance, même s’ils sont
omniprésents dans les pages qui suivent, n’y donnent pas lieu cependant à une étude
socio-professionnelle spécifique. L’ampleur de la matière, ainsi que le refus commun des
éditeurs et de l’auteur de mutiler le travail effectué, ont conduit à reporter en effet à un
ouvrage ultérieur ces développements. Premiers dans l’ordre de la recherche - j’ai en effet
commencé mes dépouillements par les sources familiales -, ils seront donc les derniers à
accéder au stade de l’impression.
6 Il y aurait beaucoup à dire sur les sources de la première modernité. J’y reviendrai plus
loin. Du moins faut-il souligner dès l’abord qu’elles sont très lacunaires, y compris pour
les rouages essentiels de l’État, principal producteur de papier pour mon propos.
L’absence de « fonds » solide et cohérent a certainement constitué un obstacle.
Cependant, elle peut jouer en même temps le rôle de stimulant, à la fois matériel (il faut
voir ailleurs) et intellectuel (il faut faire travailler son imagination). La seule parade
concrète face aux lacunes est en effet le recours à un ratissage le plus large possible.
Conséquence inévitable : une grande hétérogénéité ; corollaire : une discontinuité
certaine. Il ne m’a donc guère été possible d’aller très loin dans le traitement statistique
des données. Au-delà des comptages et de calculs simples, force est souvent de se rabattre
sur une approche qualitative. Elle a aussi son efficacité, à condition d’essayer de sortir de
l’aporie du cas unique (et donc représentatif !) pour ausculter par tous les moyens et sous
tous les angles une question, un organisme ou un groupe d’hommes, et ce sans négliger
pour autant l’étude des rares dossiers plus étoffés. Exercice délicat, parfois risqué. Pour le
15

mener à bien importent, autant que la rigueur méthodologique, un minimum de flair, et


surtout une familiarité assez longue avec le sujet, entretenue par une sérieuse immersion
dans la documentation. En l’absence de courbes et de vastes tableaux, le sens (la vérité ?)
surgit alors le plus souvent de recoupements et d’une accumulation de données
disparates, seules disponibles en définitive.
7 Cette documentation, je l’ai donc mise au service de la description et de la compréhension
d’un système fisco-socio-politique traditionnellement baptisé « Etat de finance ». La
validité de ce concept s’impose pour mon propos, même si les modalités de
fonctionnement diffèrent par rapport aux siècles suivants. C’est de ce fonctionnement, à
la Renaissance, dont je m’attache à rendre compte. Il s’agit tout d’abord d’évaluer le poids
financier de l’État français à l’époque. Dépenses et recettes sont donc passées au crible, du
point de vue du pouvoir central, dans les chapitres I et II. Le fonctionnement quotidien des
caisses royales fait intervenir un troisième facteur : le crédit. Le chapitre III met ainsi en
évidence ses modalités et permet de jauger sa place et son originalité. La question des
fonds disponibles une fois éclairée par cette première partie du travail, vient le temps
d’une autre conjoncture du règne, celle du grand mouvement de réformes et de
poursuites contre le personnel financier, lancée à l’initiative du Conseil. La politique
financière de la monarchie est en effet alors fondée sur ce dyptique dont les deux volets,
comme on le verra, et comme il se doit, sont étroitement liés. Ils sont de même en
relation directe avec l’obsédante recherche de fonds qui sous-tend les trois premiers
chapitres. Première étape, indispensable : faire apparaître, de façon précise et concrète,
les modalités de cet « événementiel financier », c’est-à-dire d’une part les changements
institutionnels et d’autre part l’activité des commissions de poursuites, car l’« État de
justice » n’est jamais très loin de l’« État de finance ». C’est l’objet du chapitre IV. A partir
de là, je dispose d’éléments pour dégager, dans le chapitre V, le fonctionnement des
rapports politiques au sommet de l’État, en matière de décision financière, et ce en
particulier à travers la confrontation entre les plus importants des officiers de finance,
Semblançay en tête, et les gens du Conseil, sans oublier le roi. Ensuite il faut mettre en
évidence les cadres mentaux au travers desquels le groupe dirigeant analyse la situation
et prend ses décisions en matière d’argent. Le chapitre VI permet de comprendre la
logique strictement financière de son action. Enfin, dans le chapitre VII, en élargissant le
champ d’observation, j’essaie de mettre au jour la nature des rapports financiers entre le
roi et ses sujets, à la fois dans les négociations concrètes et dans l’ordre du discours sur la
légitimité du prélèvement. L’homme de finance, et en particulier le grand officier,
apparaît alors comme un enjeu de la confrontation entre pouvoir royal et population, car
il peut constituer un bouc émissaire idéal.
8 La nature rebelle des sources et l’ambition du projet permettent sans doute de mieux
saisir pourquoi il ne se déploie que sur une période assez brève. Le reproche le plus
immédiat est celui de la focalisation sur un règne, celui de François I er. A cette objection,
la réponse est double. Tout d’abord, une politique financière est animée par des équipes
et des individus pour lesquels la personnalité du souverain est un paramètre primordial.
François Ier, par ses choix, ses obsessions, ses limites, joue en tant que tel, on le verra, un
rôle rien moins que négligeable. Par ailleurs, dans les domaines où cette dimension pèse
moins, je ne me prive pas d’étendre mes perspectives aux règnes de Louis XII (voire de
Charles VIII) et d’Henri II. A l’usage, je crois pouvoir affirmer que ce qui vaut alors pour le
temps du « roi-chevalier » vaut pour une période plus large.
16

9 Pour autant, celle-ci n’en reste pas moins assez brève, de l’ordre du demi-siècle. Est-elle
suffisante pour appréhender valablement la complexité des phénomènes et la lenteur des
évolutions de fond ? Je crois en fait que le véritable risque serait de considérer plutôt ces
quelques décennies comme un instantané permettant de révéler des « mentalités » et des
structures permanentes. Ce travers, à la réflexion, n’est d’ailleurs pas totalement absent
ici. Pour le reste, la brièveté du champ chronologique s’impose pour tenter de saisir dans
sa globalité l’« État de finance », en intégrant les flux financiers aussi bien que les
transformations administratives, les options politiques comme l’état des esprits. La
familiarité avec les acteurs et des sources que l’on sait disparates est un atout
supplémentaire. Par ailleurs, l’étude de la première moitié du 16e siècle permet déjà de
percevoir des inflexions, voire de profonds changements politiques ou fiscaux. A titre
d’exemple, les années vingt puis les années quarante constituent pour les circuits du
crédit des périodes de nette réorientation. Enfin, pour être polarisé sur une époque, on
n’en est pas myope pour autant. Pour mieux comprendre, pour resituer la Renaissance
dans la « longue durée » de la construction de l’État, bien des travaux sont offerts à la
convoitise de l’historien. La liste serait longue, dans le domaine des finances, que ce soit
Maurice Rey pour le temps de Charles VI ou Daniel Dessert pour celui de Louis XIV. Et il
est bien d’autres ouvertures possibles. Ainsi je fais le pari que, malgré ses limites, cet
ouvrage contribue à éclairer un peu, sinon à percer, le « mystère de l’État », et des
hommes qui le font fonctionner. Dans mon approche de celui-ci la « phynance », comme
le lecteur l’a peut-être compris, se taille la part du lion. Loin de moi cependant l’idée d’en
faire toujours et à toute force le facteur explicatif essentiel, voire unique, de son
évolution et de ses rapports avec la société. Mais on me concédera, je pense, que ce n’est
pas non plus le pire des observatoires...
10 Cet ouvrage est le fruit d’un travail personnel, mais également d’une multitude de
contacts. Sans de nombreux concours extérieurs, ses insuffisances auraient été plus
criantes encore. Aussi ai-je plaisir à évoquer ceux qui m’ont fait profiter de leur savoir et
de leurs réflexions, au détour d’une cote d’archive, d’un séminaire, d’un colloque ou d’une
conversation passionnée. Et ce, souvent, en répondant à mes pressantes sollicitations. Je
songe à Jean-Louis Biget, Bernard Chevalier, Joël Cornette, Daniel Dessert, Jean Dupèbe,
Thierry Dutour, Charles Giry-Deloison, Alain Guéry, Sylvie Le Clech, Jean-Marc Moriceau,
Nicole Lemaitre, Jean-François Pernot, Robert Knecht et à bien d’autres. Qu’ils trouvent
ici l’expression de ma reconnaissance et de mon amitié. J’ai une dette toute particulière
envers Robert Descimon qui a pris la peine de me faire part longuement de ses remarques
et de ses critiques, lorsque je préparais l’édition de cet ouvrage. Je n’oublie pas Françoise
Boudon, grâce à laquelle j’ai pu avoir accès à un précieux microfilm. J’ai une pensée pour
ceux qui ne m’ont guère quitté pendant toutes ces années et dont j’ignore le visage. Ils
ont nom Alfred Spont ou Gilbert Jacqueton. Je veux aussi évoquer la mémoire de Denis
Richet, que j’ai eu le privilège de côtoyer.
11 J’ai eu également la chance de fréquenter deux excellentes maisons. L’École Normale
Supérieure de Saint-Cloud tout d’abord, où, sous la bienveillante houlette de Jean-Claude
Hervé, Jean-Louis Biget et Yvon Thébert, j’ai découvert ce que c’était vraiment que
l’histoire, dans une ambiance à la fois stimulante et amicale. La Fondation Thiers ensuite,
qui m’a donné la prodigieuse liberté dont rêve tout chercheur en fin de thèse. Ultime
aubaine : grâce à l’amical soutien de Françoise Bayard, le Comité pour l’Histoire
Économique et Financière de la France a bien voulu se charger de la publication de mon
17

travail. Que ses animateurs, et en particulier Florence Descamps et Florent Brayard, en


soient ici remerciés.
12 N’ai-je oublié personne ? Ma foi, si. Modeste dette il est vrai, envers celui à qui je dois
mon sujet de thèse et ma bourse de recherche, mon premier projet d’article et mon
premier colloque, d’avoir dans ma bibliothèque et Spont et Jacqueton... Je lui dois bien
plus : quelque douze années d’amitié, dans les jours de fête et dans les jours de deuil,
douze ans de dialogue fructueux et d’accueil chaleureux. Merci à Jean Jacquart.
18

Remarques liminaires et
abréviations

• Toutes les dates ont été modernisées.


• L’orthographe des noms propres a été modernisée pour les personnages connus (François I er
ou Semblançay) et conservée pour tous les autres, sous sa version la plus courante (Jehan
Carré, Guillaume Preudhomme...).
• Les écus non précisés sont des écus au soleil.
• Sauf lorsque cela a une signification, les sommes évoquées sont arrondies à la livre tournois
près, pour éviter de compliquer sans utilité la lecture.
• Les ouvrages cités sous une forme abrégée dans les notes sont ceux qui figurent dans les
sources imprimées ou la bibliographie. Pour les autres, la référence est développée.
1 A.C. : Archives communales
A.D. : Archives départementales
A.E.S.C. : Annales, Économies, Sociétés, Civilisations
A.N. : Archives nationales
B.E.C. : Bibliothèque de l’École des Chartes
B.N. : Bibliothèque nationale
C.A.F. : Catalogue des Actes de François Ier
C.A.H. : Catalogue des Actes de Henri II
fr : manuscrit français de la B.N.
H.E.S.F : Histoire Économique et Sociale de la France
I.A.D. : inventaire après décès
Inv. Carré : inventaire des papiers de Jehan Carré : A.N. M.C. LIV 56 (1541)
L. et S. : Lapeyre et Scheurer (voir instruments de travail)
lt : livre tournois
lp : livre parisis
M.C. : minutier central
N.A.F. : nouvelles acquisitions françaises
O.R.F. : Ordonnances des rois de France, règne de François Ier
P.O. : Pièces originales du Cabinet des Titres de la B.N.
R.D.B.V.P. : Registre des délibérations du Bureau de la ville de Paris
R.H.M.C. : Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine
19

Sources et bibliographie

I. Présentation des sources


1 Les documents utilisés dans cet ouvrage se répartissent pour l'essentiel en cinq grandes
masses documentaires, pour lesquelles quelques remarques préalables s'imposent, avant
l'énumération de détail.

a. Les documents comptables

2 A l'échelle du royaume, seules des épaves ont survécu à deux grands drames : l'incendie
de la Chambre des comptes de 1737 et le travail du bureau de triage révolutionnaire1. Un
seul État général subsiste pour le règne, grâce à une copie ancienne, celui de 1523. Peut-
être n'est-ce pas un simple hasard car il s'agit de l'année de la principale réforme
financière du règne. Par chance pour l'historien, des collations réalisées dans les archives
de la Chambre des comptes dès le 16e siècle permettent de disposer de totalisations très
précieuses2.

b. Les correspondances

3 En l'absence de documents officiels émanant du Conseil, ces arrêts, « principale source


d'une approche sérieuse »3 dont il faut bien apprendre à se passer, c'est la
correspondance des hommes du groupe dirigeant qui fournit de quoi éclairer les
décisions et observer les pratiques au sommet de l'État, en matière de finances.
L'information est dispersée mais parfois d'une grande richesse. Outre les
correspondances publiées (en particulier Tournon et Jean du Bellay), deux gisements
particulièrement riches : J 965-968 dans le Trésor des Chartes des Archives nationales
(correspondance des chanceliers, surtout pour la période 1535-1538), et le fonds des
manuscrits de la B.N.
20

c. Les archives judiciaires

4 Elles se répartissent entre deux types de procédures :


• les procédures « régulières » au sein desquelles je n'ai procédé qu'à quelques sondages. Une
institution a été privilégiée : la Cour des aides. Les plaidoiries conservées fournissent en effet
de nombreuses précisions sur les formes de l'activité professionnelle des officiers de finance.
• les procédures « extraordinaires » contre les financiers. Pour elles j'ai visé à l'exhaustivité.
Mais, sous bénéfice d'inventaire, la quasi-totalité des dossiers de la commission de la Tour
Carrée a disparu4. Ils étaient sans doute entreposés à la Chambre des comptes. Trois
documents très riches pourtant : A.N. J 958 (procédures et estimations de biens saisis), KK
338 (avant tout frais de fonctionnement de la Tour Carrée) et B.N. Dupuy 623
(correspondance entre Loys Caillaud et le chancelier)

d. Les minutes notariales

5 Providence de l'histoire sociale, les liasses provenant des études sont le plus souvent à
dépouiller entièrement, en l'absence d'instruments de travail valables (sauf pour les
inventaires après décès) et de répertoires. Mais c'est joindre l'agréable à l'utile, tant la
source est riche et diverse. On y trouve de tout, sans doute plus qu'aux époques suivantes,
y compris parfois, grâce aux témoignages sollicités, de petites tranches de vie à la saveur
unique. L'essentiel de mon effort a porté sur les minutes parisiennes.
6 Avertissement aux utilisateurs futurs des références figurant dans cet ouvrage : bon
nombre de liasses parisiennes ne sont pas encore classées (partie importante de l'étude
VIII et presque tout ce qui provient de la CXXII). Il ne sera donc pas toujours aisé de
retrouver le document souhaité. Mais il ne m'était ni loisible, ni permis de procéder moi-
même à ce travail...

e. Les récits contemporains

7 Parmi les sources imprimées, il ne saurait être question de négliger les chroniques et
journaux (avant tout le Bourgeois de Paris et Nicolas Versoris). Il faut y adjoindre les
observateurs italiens, diplomates vénitiens, florentins ou pontificaux. Pour tous, l'intérêt
repose, outre les informations spécifiques fournies, sur l'existence d'un regard extérieur
à l'appareil monarchique français, qu'il vienne de sujets ou de horsains. Leur fiabilité
factuelle vaut ce qu'elle vaut, mais leurs choix, leurs déformations et leurs silences sont
toujours parlants.
8 Pour finir, deux remarques s'imposent :

II. Sources manuscrites


9 Note préalable : il s'agit des dossiers effectivement utilisés et non des documents
consultés. Sans entrer dans le détail, les précisions visent à éclairer le lecteur sur la
nature des informations fournies.
21

A. Archives nationales
Série H : administration locale et comptabilités diverses
H 38592, dossier 4 : aliénation Poncher.
Série J : Trésor des Chartes
J 818 n° 2 : projet de réforme financière en Bretagne.
J 910 : États des finances, Milan, 1510-1518.
J 939 : décimes.
J 952 : candidature à l'Empire.
J 958 : poursuites contre les officiers de finance.
J 960-962 : acquits sur l'Épargne (repris pour l'essentiel dans le Catalogue des Actes de
François Ier. Voir cependant J 9601 fos 9 v : rôle d'emprunt (1531), et J 960 6 P 132 v° : état
financier (1533).
J 963-968 : « Coffre des chanceliers » : papiers financiers et correspondances d'État
(surtout pour 1535-1538).
J 1040 n° 17 : recettes des Parties casuelles (1524-1528).
JJ 246 fos 52 et 256A f° 89 v° : lettres de rémission (J. Sapin et H. Bohier).
Série KK : comptabilités
KK 91 : compte de l'Argenterie (1536).
KK 94 : comptes de la chambre aux deniers (1515-1520).
KK 101 : compte des offrandes et aumônes (1528-1530).
KK 104 : recouvrement et fonte de la vaisselle royale (1524).
KK 289 : compte de Languedoïl (1518).
KK 338 : Tour Carrée.
KK 351 et 352 : comptes des Parties casuelles (1525 et 1528).
Séries P et PP : Chambre des comptes
P 2304 fos 711, 829, 869 et 1545 ; P 2307 fos 27, 282 et 895 ; P 2536 f° 124 v° : mémoriaux.
PP 99 fos 49-102 : ancien inventaire : liste de comptes.
PP 119 : table des Mémoriaux (1515-1559).
Série U : extraits judiciaires divers
U 797 : procès du chancelier Poyet.
Série V5 : Grand Conseil
V5 1045 et 1047 : transcriptions d'arrêts (1525 et 1529).
Série Xla : Parlement civil, registres
Xla 1523 (f° 370 v°), 1528 (f° 551) et 1529 (f os 36 v° et 415 v°) : Conseil, débats financiers.
Xla 8612 f° 113 v° : consignations.
Xla 8619 et 8621 : actes financiers, 1554 et 1558 (dont règlement de dettes de François I er)-
Xla 9322 : correspondance du Parlement.
Série X3a : Requêtes du palais, registres
X3a31 et 36.
Série Y : Châtelet et Prévôté d'Ile de France
Y 8 (fos 225-226) et 9 (f° 105) : exécution de Semblançay, poursuite d'hérétiques.
Série Zla : Cour des aides de Paris
Zla 49, 53, 54, 57, 59, 64 et 66 : arrêts sur rapports et plaidoiries.
Zla 70 : arrêts rendus en Conseil.
Minutier Central :
22

Les liasses sans précision ont été entièrement dépouillées. Celles qui n'ont été vues que
partiellement (grâce à des références provenant en particulier du fichier
mécanographique disponible aux Archives nationales) sont en italique. Pour celles qui ne
contiennent que des inventaires, les personnes concernées sont citées à la suite de la
liasse correspondante.
Étude III, liasses 2 à 18 (4 et 8 inexistants), 20, 23, 28, 31, 32, 34, 36, 50-52, 54, 59, 61-63.
Étude VI, liasses 1 à 6, 68 (papiers Morelet).
Étude VIII, liasses 9, 12, 13, 14, 31 à 72 (sauf 36-38, non communicables), 80-82, 132, 134,
157-159, 174-181, 222, 265, 282-286.
Étude XIX, liasses 27-28, 38, 41 à 91, 92-93, 105-108, 111 (I.A.D. Meigret), 146 à 164 (sauf
157, non communicable), 165 à 179, 188, 198, 272 (I.A.D. Jaques Benard).
Étude XXIII, liasse 1.
Étude XXXVI, liasses 1-2.
Étude XLIX, liasses 5, 10, 65 à 78.
Étude LIV, liasses 4, 6 et 7 (papiers Morelet), 11-12, 20, 52 (papiers Morelet) 53 (papiers
Morelet, I.A.D. Katherine Hurault, papiers Gentil).
Étude LXVIII, liasses 2, 14, 19-20.
Étude LXXVIII, liasses 1, 4, 8.
Étude LXXXVI, liasses 1, 19, 95 (I.A.D. Charlotte Briçonnet), 99 (I.A.D. Antoine Bohier), 103
(I.A.D. Anne de Poncher).
Étude LXXXVII, liasses 4, 64 (I.A.D. Charles de Pierrevive).
Étude CX, liasses 10, 37.
Étude CXII, liasse 1.
Étude CXXII, liasses 2, 9 à 28, 33, 41-42, 46, 58, 151, 159-161, 303 (papiers Morelet),
1025-1027, 1030 à 1065, 1078-1080, 1084 (I.A.D. Anne Bohier), 1087-1090, 1123-1124,
1128-1130, 1132, 1141 (I.A.D. Pierre Duval), 1278.

B. Bibliothèque nationale

10 Note préalable : pour chaque cote, les indications mentionnées correspondent seulement
aux aspects du document qui ont été utilisés et peuvent ne pas recouvrir totalement le
contenu d'ensemble.

Manuscrits français

647 f° 55 : mandements de paiement.


2933 : comptes de l'Ordinaire des guerres (1521) ; correspondance Robertet.
2940-2941 : procès Semblançay.
2952 : états de la trésorerie de la reine (1530-1534).
2961 fos 103-104 : demande de sauf-conduit des marchands florentins.
2962 fos 9-13 et 132-135 : emprunt de vaisselle (1521) ; papiers Duprat.
2963 : prêt Duprat ; correspondance Robertet.
2964 : lettres au roi et à Robertet.
2965 : dossier Batarnay.
2969 : correspondance Semblançay-Batarnay.
2971 : lettres au roi et à Robertet.
2976 : correspondance Montmorency.
2977 : lettres diverses, surtout au roi et à Madame.
23

2978 : lettres au roi et à Robertet.


2985 : lettres diverses, surtout au roi, à Madame et à Robertet.
2987 : correspondance Bâtard de Savoie-Montmorency.
2994 : lettres au roi et à Robertet.
3001 : correspondance Montmorency.
3005 fos 109-113 : membres du Conseil, valeur des finances (1541), mémoire sur l'Épargne.
3011 : dossier rançon.
3018 : correspondance Montmorency.
3027 : correspondance Bonnivet-Montmorency.
3029 : correspondance Bonnivet et La Trémoille à Robertet.
3031 : correspondance Duprat.
3039 : correspondance Montmorency.
3044 f°s 11, 89 et 93 : lettre Montmorency, prêt Ferrare, dépenses de l'Ordinaire des
guerres (1537).
3045 : correspondances Robertet et Duprat.
3046 : correspondance Montmorency.
3048 : correspondances : du Bourg et Duprat au roi et à Montmorency.
3050 : lettres au roi.
3054 : correspondance Montmorency ; officiers de la Maison de Madame (f° 27) ; troupes
en garnison (f° 118).
3055 : correspondance : Breton et le roi à Montmorency.
3061 : lettres au roi ; Breton à Montmorency (f° 69).
3064 : correspondance lieutenant général en Languedoc à Montmorency.
3066 : correspondance Chabot-Montmorency.
3080 : correspondance Guillaume du Bellay-Montmorency.
3081 : revenants-bons d'une compagnie (f° 56), lettres à Robertet (fos 75 et 87).
3091 : achat d'espèces d'or (f° 43), lettres à Robertet (fos 79 et 96).
3122 : fos 118 : rôle d'emprunt de 1531.
3127 : pièces comptables, à partir de 1539.
3873 : procès Chabot.
3876 : f°s 297 et 299 : arrêt et composition Lallemant.
3911 : réquisition des consignations, prélèvements ecclésiastiques.
3943 : f°s 65 et 76 v° : arrêt Spifame ; décime de 1541.
4310 : chambre de justice : arrêts du Bois, Lallemant, Semblançay.
4523 : extraits de comptes (1484-1557).
4525 : f°s 93-116 : État des finances (vers 1518) ; pièces diverses.
4526 : pièces financières diverses.
4754 : correspondance de la famille Montmorency.
5085-5086 : pièces financières diverses.
5109 : procès du connétable.
5124 : formulaire : pièces diverses.
5125 : correspondance Tournon.
5149 : f°s 112 : dettes des du Bellay.
5500-5502 : formulaires : pièces diverses.
5779 : registre de Robertet (1524, 1525).
6762 : fragment du compte de l'Épargne de 1528.
10375 : f°s 29 : payements anglais (1546).
10382 : payements anglais (1518).
24

10384 : compte chambre aux deniers (1526).


10385 : payements anglais (1526).
10392 : compte des funérailles de François Ier.
10406 : fragment du compte de l'Épargne de 1528.
11645 : f°s 36 : requête de Sarlat pour dispense d'impôt.
11969 : état des deniers dus sur les finances du royaume (1561).
14368 : formulaire : pièces diverses.
15628 : Épargne : dépenses de 1532.
15629 : Épargne : dépenses de 1533.
15630 : Épargne : recettes de 1532-1533.
15632 : Épargne : dépenses de 1535.
15633 : Épargne : recettes de 1535.
15637 : documents sur la capture et la rançon de François Ier.
17329 : f°s 82-92 : état abrégé de la dépense sous François Ier.
17527 : chronique du règne de François Ier.
20393 : f°s 66 et 70 : prêt Vendôme.
20502 : comptes de 1532 ; correspondances diverses (dont Saint-Pol).
20542 : correspondance Claude de Guise.
20616 à partir f°s 55 : pièces comptables.
20879 : f°s 46 : prêt cardinal de Boisy.
21413 : mémoriaux de la Chambre des comptes (1528-1537).
23269 : comptes de Languedoc (1523).
23916 : frais de fonctionnement de troupes en Guyenne (1522).
24029 : f°s 135 : « tombeau » de Semblançay.
25720-25722 : chartes royales.
26113 n° 1230-1231 : achat d'armes par Semblançay.
26116 : f°s 369 : prêt H. Bohier.
26128-26130 : quittances et pièces diverses (1541-1547).

Nouvelles acquisitions françaises

1483 : mandements aux généraux et au trésorier de l'Épargne.

Collection Dupuy

38 f°s 227 et 231 : arrêt et composition Lallemant.


79 : inventaire papiers Montholon.
233 f°s 35-39 : Etat des finances 1520.
260 : correspondance François de Dinteville.
261 : lettres au roi et à Robertet.
273 : formulaire : pièces diverses.
486 : correspondances diverses (surtout lettres à Duprat).
623 : correspondance Loys Caillaud (Tour Carrée).
645 f°s 199-201 : emprunt de 1527.
736 f° 154 : élégie sur Jehan de Poncher.
958 f°s 45-56 : revenus de 1514 et 1547.

Collection Clairambault

199 f° 9 : commission de 1517 au Bâtard de Savoie.


25

332 f° 4, 14 et 17 : le roi à Tournon et Montmorency, sur la rançon.


334 f°s 208-209 v° : Lambert Meigret au roi.
1164 f°s 176-178 : pièces financières concernant le Bâtard de Savoie.
1215 : extraits de comptes.

Collection Moreau

11 1058 : impositions levées à Paris.

Cabinet des titres

– Pièces originales 79 (Dapestigny), 160 (Babou), 248 (Beaune), 381 (Bohier), 1421
(Gualterroti), 1619 (Laguette), 1635 (de la Lande), 1822 (Malras), 1912 (Meigret), 2056
(Morelet de Museau), 2246 (Pestegny), 2287 (Pioche), 2326 (Poncher), 2655 (Savoie), 2724
(Spifame) et 2891 (de Troyes).
– carrés d'Hozier 197 (de la Colombière) et 572 (Sapin).

C. Bibliotheque de l'institut
Fonds Godefroy nos 283 et 284.

D. Archives provinciales
1. Archives départementales

Bouches-du-Rhône

B 1451 f° 106 v° -107 : Jehan François, commis à la recette générale.

Côte-d'Or

B 491 bis : prêt d'Auxerre.


B 1843 f° 2 : Philibert Rondot, receveur de l'Épargne de Bourgogne.
B 1851 P 5 v° : Anthoine Le Maçon commis à la recette générale.

Hérault

B 14 : Cour des aides.

Indre et Loire

Minutes notariales : 3E1 28 (Foussedouaire), 54, 65 et 68 (Terreau). 8 F 83 N : fonds


Grandmaison, dossier Villandry (n° 18).

Loire-Atlantique

B 24 f° 111 v° : registre de la Chancellerie ; acte concernant Bertrand de Tours.


B 51-52 et 117 : Chambre des comptes : titres généraux.
B 582, 583 : Chambre des comptes : livres des audiences.

Rhône

Minutes notariales : 3E 4494 (Dorlin).


26

Seine-Maritime

G 5663 f°s 2 et 62 : décimes.

2. Archives municipales

Agen

BB 26 : délibérations et actes enregistrés

Nantes

AA 23 et 69 pièce 7 : procédure pour décharge d'impôt.


CC 109 : compte de miseur 1522-1524.
DD 43 n° 18 : acte concernant Anthoine Bullioud.
GG 712 f° 34 v° : don du trésorier de Bretagne à l'hôpital de Nantes.

3. Archives privées

Archives de la famille Giran (château d'Alincourt) : I.A.D. de Pierre Legen-dre. Microfilm


partiel consultable au C.R.H.A.M., 3 rue Michelet, 75006 Paris.

III. Sources imprimées et ouvrages de référence


A. Sources imprimées
ANGOULEME (Marguerite d'), Lettres, pub. par François Génin, Paris, 1841, 485 p.
–, Nouvelles Lettres, pub. par François Génin, 1842, 303 p.
–, Correspondance avec Guillaume Briçonnet, pub. par le chanoine Michel Veissière, Genève,
1975-1979, 2 vol.
AUTON (Jean d'), Chroniques de Louis XII, pub. par René de Maulde de la Clavière, Paris,
1889-1895, 4 vol.
BARRILLON (Jean), Journal, 1515-1521, pub. par Pierre de Vaissière, Paris, 1897, 2 vol.
BEAUVILLÉ (Victor de), Recueil de documents inédits concernant la Picardie, Paris, 1860-1882, 5
vol.
BODIN (Jean), Les Six Livres de la République, Lyon, 1593, 1060 p. (+ table).
BOUCHART (Alain), Les grandes croniques de Bretaigne, sans lieu d'édition, 1532, 262 f° s.
BOUCHET (Jehan), Les Annales d'Aquitaine, Poitiers, 1644, 666 p. (+ annexes).
BOYVIN DU VILLARS (François), Mémoires, Nouvelle collection des Mémoires pour servir à
l'histoire de France, pub. par Michaud et Poujoulat, lre série, tome X, p. 1-390.
BRANTOME (Pierre de Bourdeille, seigneur de), Œuvres complètes, pub. par Ludovic Lalanne,
Paris, 1865-1880, 13 vol.
BREWER (J.S.), GAIRDNER (J.), BRODIE (R.H.), Letters and papers..., London, 1862-1910, 21 vol.
CAMPARDON (Emile) et TUETEY (Alexandre), Inventaire des registres des insinuations du Châtelet
de Paris. Règnes de François Ier et de Henri II, Paris, 1906, 1098 p.
CANESTRINI (Giuseppe) et DESJARDINS (Abel), Négociations diplomatiques delà France avec la
Toscane, Paris, 1859-1875, 5 vol.
CASATI (Charles), Lettres royaux et lettres missives inédites... relatives aux affaires de France et
d'Italie, Paris, 1878, 166 p.
CELLINI (Benvenuto), Vie de Benvenuto Cellini écrite par lui même, Paris, 1965, 2 vol.
27

CHAMPOLLION-FIGEAC (Aimé), Captivité du roi François Ier, Paris, 1847.


CHEVALIER (Abbé Casimir), Pièces historiques relatives à la chastellenie de Chenonceau sous Louis
XII, François Ier et Henri II, Diane de Poitiers et Catherine de Médicis, Paris, 1864, 198 p.
CLEMENT (Pierre), Trois drames historiques : Enguerrand de Marigny, Semblançay, le chevalier de
Rohan, Paris, 1857, 439 p.
Conteurs français du XVIe siècle, présentés et annotés par Pierre Jourda, Paris, 1965, 1470 p.
DOUCET (Roger), « L'état des finances de 1523 », Bulletin philologique et historique (jusqu'à
1715) du comité des travaux historiques et scientifiques, 1920, p. 5-143.
DRIART (Pierre), « Chroniques parisiennes, 1522-1535 », pub. par F. Bour-non, Mémoires de
la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France, 1895, t. XXII p. 67-178.
DU BELLAY (cardinal Jean), Correspondance, pub. par Remy Scheurer, Paris, t. 1 : (1529-1535),
1969, 529 p. et t. 2 : (1535-1536), 1973, 546 p.
DU BELLAY (Martin et Guillaume), Mémoires, pub. par V.L. Bourrilly et Fleury Vindry, Paris,
1908-1919, 4 vol.
DUMOULIN (Charles), Summaire du livre analytique des contractz..., Paris, 1547, 159 f° s.
FONTANON (Antoine), Les édicts et ordonnances des rois de France..., Paris, 1611, 2 vol.
GODEFROY (Théodore et Denys), Le cérémonial françois, Paris, 1649, tome II.
GUERAUD (Jean), Chronique lyonnaise, pub. par Jean Tri cou, Lyon, 1929, 189 p.
GUICHARDIN (François), Histoire d'Italie de l'année 1492 à l'année 1532, trad. par Jean-
Alexandre. Buchón, Paris, 1836.
GUIFFREY (Georges) (éd), Cronique du roy Francoys premier de ce nom, Paris, 1860, 493 p.
–, « Inventaire de la vaisselle d'or et d'argent du chancelier Duprat et de Babou de la
Bourdaisière, trésorier de France, confisquée par le roi en 1536 », Nouvelles Archives de l'Art
Français, 1872, p. 156-166.
ISAMBERT (François-André) et al., Recueil général des anciennes lois françaises, Paris,
1821-1833, 29 vol.
JACQUETON (Gilbert), Documents relatifs à l'administration financière en France de Charles VII à
François Ier (1443-1523), Paris, 1891, XXXII + 324 p.
Journal d'un bourgeois de Paris, pub. par Ludovic Lalanne, Paris, 1854, 496 p.
LABORDE (Léon de), Les comptes des bâtiments du roi (1528-1571), pub. par J. Baur, Paris,
1877-1880, 2 vol.
LA GIBONAIS (Arthur de), Recueil des édits, ordonnances et règlemens concernant les fonctions
ordinaires de la chambre des comptes de Bretagne, Nantes, 1721-1722, 2 vol.
LEFRANC (Abel) et BOULENGER (Jacques), Comptes de Louise de Savoie (1515, 1522) et de
Marguerite d'Angoulême (1512, 1517, 1524, 1529, 1539), Paris, 1905, VIII + 122 p.
LESTOCQUOY (Jean), Correspondance des nonces en France Carpi et Ferreno (¡535-1540), Rome-
Paris, 1961, 645 p.
–, Correspondance des nonces en France Capodiferro, Dandino et Guidiccione (1541-1546), Rome-
Paris, 1963, 459 p.
MALOV (Vladimir N.), « Lettres inédites du Cardinal François de Tournon (juin-décembre
1552) », B.E.C, t. 145, 1987, p. 129-161.
MARCHEGAY (Paul) et IMBERT (Hugues), Lettres missives originales du seizième siècle tirées des
archives du duc de la Trémoille, Niort, 1881, 463 p.
MAROT (Clément), Œuvres complètes, pub. par Pierre Jannet, Paris, 1868-1873, 4 vol.
MATIGNON (Joachim de), Correspondance, pub. par Léon Honoré Labande, Paris-Monaco,
1914, LX + 211 p.
28

MAULDE DE LA CLAVIERE (René de), Procédures politiques du règne de Louis XII, Paris, 1885,
1306 p.
MONLUC (Biaise de), Commentaires (1521-1576), Paris, 1971, 1600 p.
MORICE (Dom Hyacinthe), Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de
Bretagne, Paris, 1746, 3 vol.
« Nouvelles des affaires de France », B.E.C., t. XX, 1859, p. 369-380.
Ordonnances des rois de France, règne de François Ier (1515-1539), Paris, 1902-1972, 8 vol. + 3
fascicules parus.
PELICIER (P.), Lettres de Charles VIII, Paris, 1898-1905, 5 vol.
Registres des délibérations du Bureau de la Ville de Paris (1499-1628), éd. par François
Bonnardot, Alexandre Tuetey et P. Guérin, Paris, 1883-1958, 19 vol.
SAVOIE (Louise de), « Journal », Nouvelle Collection de Mémoires pour servir l'histoire de France,
pub. par Michaud et Poujoulat, lre série, t. V, p. 83-93.
SPONT (Alfred), « Documents relatifs à Jacques de Beaune-Semblançay », B.E.C., t. 56, 1895,
p. 318-357.
TARBE (Prosper), Trésors des églises de Reims, Reims, 1843, 338 p.
TOMMASEO (Niccolo) (éd. et trad.), Relations des ambassadeurs vénitiens sur les affaires de
France au XVIe siècle, Paris, 1838, 2 vol.
TOURNON (cardinal François de), Correspondance (1521-1562), pub. par Michel François, Paris,
1946, 468 p.
VERSORIS (Nicolas), « Livre de raison », pub. par Gustave Fagniez, Mémoires de la Société de
l'Histoire de Paris et de l'Ile de France, 1885, t. XII, p. 99-222.
VIEILLEVILLE (François de Scépeau, sire de la), « Mémoires de la vie de François Scepeau,
sire de la Vieilleville », Nouvelle collection de Mémoires pour servir à l'Histoire de France, pub.
par Michaud et Poujoulat, Paris, 1838, lre série, t. IX, p. 3-400.
WOLFE (Martin) et ZACOUR (Norman), « The growing Pains of French Finance (1522-1523) »,
The Library chronicle, 22, 1956, p. 58-83.

B. Instruments de travail et ouvrages de reference


ANSELME DE SAINTE-MARIE (le père), Histoire généalogique de la maison royale de France, des
pairs, grands officiers de la couronne..., Paris, 1726-1733, 9 vol.
BAULANT (Micheline) et MEUVRET (Jean), Prix des céréales extraits de la mercuriale de Paris
(1520-1698), t. 1 (1520-1620), Paris, 1960.
BEAUCHET-FILLEAU (Henri) et CHERGE (Charles de), Dictionnaire historique et généalogique des
familles du Poitou, 1891-1898, 2 vol. (+ 2 fascicules).
CARRE DE BUSSEROLE (Jacques-Xavier), Dictionnaire géographique, historique et biographique
d'Indre-et-Loire et de l'ancienne province de Touraine, Tours, 1878-1883 (réimprimé 1966), 3
vol.
Catalogue des Actes de François Ier, Paris, 1887-1902, 10 vol.
Catalogue des Actes de Henri II, Paris, 1979-1990, 3 vol. parus (1547-1549).
COYECQUE (Ernest), Recueil d'actes notariés relatifs à l'histoire de Paris et ses environs au XVIe
siècle, Paris, 1905, 2 vol.
EUBEL (Conrad) et VAN GULIK (G.), Hierarchia catholica medii et recentio-ris aevi..., vol. 3
(1503-1592), Münster, 1910, 355 p.
Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa..., Paris, 1715-1761, 10 vol.
29

GAMS (Pius Bonifacius), Series episcoporum ecclesiae catholicae, Ratis-bonne, 1873, 963 +
148 p.
JÜRGENS (Madeleine), Documents du minutier central des notaires de Paris : Inventaires après
décès, t. 1 (1483-1547), Paris, 1982, 507 p.
LAPEYRE (André) et SCHEURER (Remy), Les notaires et secrétaires du roi sous les règnes de Louis
XI, Charles VIII et Louis XII (1461-1515), Paris, 1978, 2 vol.
RICHET (Denis), « Le cours officiel des monnaies étrangères circulant en France au xvi e
siècle », Revue Historique, t. CCXXV, p. 359-389.

IV. Bibliographie
ALSOP (J. D.), « The Structure of Early Tudor Finance, c. 1509-1558 », Revolution Reassessed.
Revisions in the History of Tudor Government and Administration, éd. par Christopher Coleman
et David Starkey, Oxford, 1986, p. 135-162.
ANTOINE (Michel), « Un tournant dans l'histoire des institutions monarchiques : le règne
de Henri II », Comité français des sciences historiques, Colloque franco-suédois, Paris, 9-10-11
octobre 1978, p. 53-58.
–, « L'administration centrale des finances en France du XVIe au XVIIe siècle », Francia, IX,
1980, p. 51 1-533.
–, « Genèse de l'institution des intendants », Journal des savants, juillet-décembre 1982,
p. 283-317.
–, « Institutions françaises en Italie sous le règne de Henri II : gouverneurs et intendants
(1547-1559) », Mélanges de l'École Française de Rome, 94, 1982, p. 759-818.
AUDOUIN (Xavier), Histoire de l'administration de la guerre, t. 2, Paris, 1811, 534 p.
AUTRAND (Françoise), Naissance d'un grand corps de l'État : les gens du Parlement de Paris
1345-1454, Paris, 1981, 459 p.
BAUDOUIN-MATUSZEK (Marie-Noëlle) et OUVAROV (Pavel), « Banque et pouvoir au XVI e
siècle. La surintendance des finances d'Albisse del Bene », B.E.C., t. 149, juillet-décembre
1991, p. 249-292.
BAYARD (Françoise), Le monde des financiers au XVIIe siècle, Paris, 1988, 621 p.
–, « L'Église et les financiers en France au début du XVIe siècle », Finances et religion,
colloque du Centre d'Histoire des Entreprises et des Collectivités, éd. par Bernard
Dompnier et Gabriel Audisio, à paraître.
BEDOS REZAK (Brigitte), Anne de Montmorency, seigneur de la Renaissance, Paris, 1990, 416 p.
BEIK (William), « État et société en France au XVIe siècle. La taille en Languedoc et la
question de la redistribution sociale », A.E.S.C, 39e année, n° 6, novembre-décembre 1984,
p. 1270-1297.
BERCE (Yves-Marie), Croquants et Nu-pieds. Les soulèvements paysans en France du XVI e au XIXe
siècle, Paris, 1974, 240 p.
–, « Guerre et État », XVIIe siècle, n° 148, juillet-septembre 1985, p. 257-266.
BERGIN (Joseph), Pouvoir et fortune de Richelieu, Paris, 1987, 381 p.
BIEN (David), « Les offices, les corps et le crédit d'État : l'utilisation des privilèges sous
l'Ancien Régime », A.E.S.C, 43e année, n° 2, mars-avril 1988, p. 379-404.
BIGET (Jean-Louis), « La chute de la maison Jacques Cœur », L'Histoire, n° 115, octobre 1988,
p. 8-17.
30

BILLIOUD (Joseph), « Le sel du Rhône. La ferme du tirage de l'Empire au XVIe siècle »,


Bulletin philologique et historique (jusqu'en 1715) du comité des travaux historiques et
scientifiques, 1958, p. 211-226.
BOISLISLE (Arthur de), « Semblançay et la surintendance des finances », Annuaire Bulletin de
la Société de l'Histoire de France, t. 18, 1881, p. 225-274.
BONNEY (Richard), The King's Debts. Finance and Politics in France 1589-1661, Oxford, 1981,
344 p.
BORRELLI DE SERRES (colonel), Recherches sur divers services publics du XIIIe au XVIIe siècle, Paris,
1895-1909, 3 vol.
BOSHER (John Francis), « "Chambres de justice" in the French monarchy », French Government
and Society (1500-1850). Essays in memory of Alfred Cobban, Londres, 1973, p. 19-40.
BOURRILLY (V. L.), Guillaume du Bellay, seigneur de Langey (1491-1543), Paris, 1905, 449 p.
BOYER-XAMBEU (Marie-Thérèse), DELEPLACE (Ghislain) et GILLARD (Lucien), Monnaie privée et
pouvoir des princes, Paris, 1986, 423 p.
BRAUDEL (Fernand), La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, Paris,
1979 (4e édition), 2 t.
–, « Les emprunts de Charles Quint sur la place d'Anvers », Charles Quint en son temps,
colloque international du C.N.R.S., (septembre-octobre 1958), Paris, 1959, p. 191-201.
–, et GENTIL DA SILVA (José), « Réalités économiques et prises de conscience : quelques
témoignages sur le XVIe siècle », A.E.S.C, 1959, n° 4, p. 732-737.
BUISSON (Albert), Le chancelier Antoine Duprat, Paris, 1935, 384 p.
CASTELOT (E), « Les Bourses financières d'Anvers et Lyon », Journal des Économistes, t. 33,
janvier-mars 1898, p. 321-343.
CAUWÈS (Paul), « Les commencements du crédit public en France : les rentes sur l'Hôtel de
Ville au XVIe siècle », Revue d'Économie Politique, 1895, p. 97-123 et p. 825-865.
CHARPIN-FEUGEROLLES (comte de), Les Florentins à Lyon, Lyon, 1889, 48 p.
CHARTON-LE CLECH (Sylvie), Chancellerie et culture au XVIe siècle (les notaires et secrétaires du roi
de 1515 à 1547), Toulouse, 1993, 352 p.
CHATENET (Monique), « Le coût des travaux dans les résidences royales d'Ile-de-France
entre 1528 et 1550 », Les chantiers de la Renaissance, éd. par Jean Guillaume, Paris, 1991,
p. 115-129.
CHAUNU (Pierre) et GASCON (Richard), Histoire économique et sociale de la France, t. 1
(1450-1660), Paris, 1977, 479 + XI p.
CHEVALIER (Bernard), Tours ville royale (1356-1520). Origine et développement d'une capitale à la
fin du Moyen Age, Louvain et Paris, 1975, 634 p.
–, Les bonnes villes de France du XIVe au XVIe siècle, Paris, 1982, 345 p.
CLAMAGERAN (Jean-Jules), Histoire de l'impôt en France, t. 2, Paris, 1868.
CLEMENT-SIMON (Gustave), « Un conseiller du roi François I er : Jean de Selve, premier
président du Parlement de Paris, négociateur du Traité de Madrid », Revue des Questions
Historiques, t. LXXIII, 1903, p. 45-120.
CLOULAS (Ivan), Henri II, Paris, 1985, 691 p.
CLOUZOT (Henri), « Le véritable nom du seigneur de Saint-Ayl », Revue de la Renaissance, t.
VIII, 1907, p. 209-227.
CONTAMINE (Philippe), La guerre au Moyen Âge, Paris, 1980, 516 p.
–, (sous la direction de), Histoire militaire de la France, Tome 1 : des origines à 1715, Paris, 1992,
632 p.
31

COYECQUE (Ernest), « Paris et un emprunt d'État sous François I er », Bulletin de la Société de


l'Histoire de Paris et de l'Ile de France, tome LXII, 1935, p. 22-25.
DECRUE (Francis), De consilio Régis Francise ! I, Paris, 1885, 92 p.
–, Anne de Montmorency, grand maître et connétable de France à la Cour, aux armées et au conseil
de François Ier, Paris, 1885, 452 p.
–, La Cour de France et la société au XVIe siècle, Paris, 1888, 222 p.
DELARUELLE (Louis), « Un président au Parlement de Toulouse : Jacques Minut († 1536) »,
Annales du Midi, 1923-1924, p. 137-153.
DERMENGHEM (Emile), « Un ministre de François I er. La grandeur et la disgrâce de l'amiral
Claude d'Annebault », Revue du seizième siècle, t. XIX, p. 34-50.
DESCIMON (Robert), « Modernité et archaïsme de l'État monarchique : le Parlement de
Paris saisi par la vénalité (XVIe siècle) », L'État moderne : Genèse (bilan et perspectives), actes
du colloque des 19-20 septembre 1989, Paris, 1990, p. 147-161.
DESSERT (Daniel), Argent, pouvoir et société au Grand Siècle, Paris, 1984, 824 p.
–, Fouquet, Paris, 1987, 404 p.
DIETZ (Frederick C), « English Government Finance (1485-1558) », University of Illinois
studies in the social sciences, vol. 9, sept. 1920, n° 3, 245 p.
DOUCET (Roger), Etudes sur le gouvernement de François Ier dans ses rapports avec le Parlement
de Paris (1515-1527), Paris, 1921-1926, 2 vol.
–, « Le grand parti de Lyon au xvie siècle », Revue Historique, t. CLXXI p. 473-513 et t. CLXXII
p. 1-41.
–, Les institutions de la France au XVIe siècle, Paris, 1948, 2 vol, 971 p.
–, « La banque en France au XVIe siècle », Revue d'Histoire Économique et Sociale, t. XXIX,
1951, p. 115-123.
Du LYS (Charles), Traicté sommaire de l'origine et progrès des offices tant de Trésoriers de France
que de Généraux des Finances..., sans lieu, 1618.
EDELSTEIN (Marilyn M.), « The social origins of the episcopacy in the reign of Francis I »,
French Historical studies, t. VIII, n° 3-4, 1974, p. 377-392.
EHRENBERG (Richard), Le siècle des Fugger, Paris, 1955, 433 p.
FAUVELET DU TOC (Antoine), Histoire des secrétaires d'Estat, Paris, 1668, 336 p.
FAVIER (Jean), Un conseiller de Philippe le Bel : Enguerran de Marigny, Paris, 1963, XXIV-254 p.
FOURMONT (Hyacinthe de), Histoire de la Chambre des comptes de Bretagne, Paris, 1854, 446 p.
FRANÇOIS (Alexis), Le magnifique Meigret, Genève, 1947, 182 p.
FRANÇOIS (Michel), « Albisse del Bene, surintendant général des finances françaises en
Italie. Etude de six registres de ses comptes de 1551 à 1556 », B.E.C, t. 94, 1933, p. 337-360.
-, Le Cardinal François de Tournon, homme d'État, diplomate, mécène et humaniste (1489-1562),
Paris, 1951, 557 p.
GARRISSON (Janine), Royauté, Renaissance et Réforme (1483-1559), Paris, 1991, 302 p.
GASCON (Richard), Grand commerce et vie urbaine au XVIe siècle. Lyon et ses marchands, Paris-
La Haye, 1971, 2 vol, 999 p.
GAUCHERY (Paul), « Le livre d'Heures de Jehan Lallemant le jeune, seigneur de
Marmagne », Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, t. 33, 1910, p. 313-362.
GAY (J. L.), « Fiscalité royale et États généraux de Bourgogne (1477-1589) », Études sur
l'Histoire des Assemblées d'États, Paris, 1966, p. 179-210.
GENET (Jean-Philippe) (éd), L'État moderne : Genèse (bilan et perspectives), Actes du colloque
des 19-20 septembre 1989, Paris, 1990, 325 p.
GIGON (Stéphane), La révolte de la gabelle en Guyenne (1548-1549), Paris, 1906, 208 p.
32

GIOFFRE (Domenico), Gênes et les foires de change, de Lyon à Besançon, Paris, 1960, 301 p.
GIRY-DELOISON (Charles), « La politique étrangère d'Henry VIII, l'exemple des relations
avec la France », Henry VIII and Francis I, two princes of the Renaissance, Actes du colloque de
Londres, 9-11 mars 1991 (à paraître).
GREENGRASS (Mark), « Property and politics in sixteenth century France: the landed
fortune of Constable Anne de Montmorency », French History, 1988, t. 2, n° 4, p. 371-398.
GUERY (Alain), « Les finances de la monarchie française sous l'Ancien Régime », A.E.S.C, 33 e
année, n° 2, mars-avril 1978, p. 216-239.
–, « Le roi dépensier : le don, la contrainte et l'origine du système financier de la
monarchie française d'Ancien Régime », A.E.S.C, 39e année, n° 6, novembre-décembre
1984, p. 1241-1269.
–, « La naissance financière de l'État moderne en France », États, fiscalités, économies, Actes du 5e
Congrès de l'Association Française des historiens économistes du 16-18 juin 1983, Paris, 1985,
p. 53-62.
GUIGNARD (Jacques), « Humanistes tourangeaux », Humanisme et Renaissance, t. 7, 1940,
p. 139-189.
GUILLOT (Robert), Le procès de Jacques Cœur (1451-1457), Paris, 1974, 165 p.
GUY (John A.), « The French King's Council, 1483-1526 », Kings and Nobles in the Later Middle
Ages : A Tribute to Charles Ross, éd. par R. A. Griffiths et J. Sherborne, Gloucester, 1986,
p. 274-294.
HAMON (Philippe), « Un après-guerre financier : la rançon de François I er », Études
Champenoises, 1990-7, n° spécial sur les après-guerres (1525-1955), p. 9-20.
HARBULOT (Maurice), « Études sur les finances de l'ancienne France : le sort dans les
finances publiques », Revue des Sciences Politiques, t. LVII, juillet-septembre 1934,
p. 374-400.
HARSGOR (Mickhael), Recherches sur le personnel du Conseil du Roi sous Charles VIII et Louis XII,
Lille, 1980, 4 vol.
HAUSER (Henri), « La crise de 1557-1559 et le bouleversement des fortunes », Mélanges
offerts à Abel Lefranc, Paris, 1936, p. 307-319.
HAUVETTE (Henri), Un exilé florentin à la Cour de France au XVIe siècle : Luigi Alamanni
(1495-1556). Sa vie et son œuvre, Paris, 1903, 583 p.
HELLER (Henry), The conquest of Poverty. The Calvinist revolt in sixteenth century France, Leyde,
1986, 281 p.
HERMANN (Christian) (et al.), Le premier âge de l'État en Espagne (1450-1700), Paris, 1989, 416 p.
HERVIER (Dominique), Une famille parisienne à l'aube de la Renaissance : Pierre Legendre et son
inventaire après décès, étude historique et méthodologique, Paris, 1977, 124 + 264 p.
HICKEY (Daniel), Le Dauphiné devant la monarchie absolue : le procès des tailles et la perte des
libertés provinciales, 1540-1640, Moncton-Grenoble, 1993, 317 p.
HYRVOIX (Albert), « François I er et la première guerre de religion en Suisse (1529-1531) »,
Revue des Questions Historiques, t. LXXI, 1902, p. 465-537.
ISAAC (Jules), Le Cardinal de Tournon, lieutenant général du Roi à Lyon (oct. 1536-oct. 1537), Lyon,
1913, 72 p.
JACK (Sybil), « Henri VIII's control of royal finances », Henri VIII and Francis I, two princes of
the Renaissance, Actes du colloque de Londres du 9-11 mai 1991 (à paraître).
JACQUART (Jean), La crise rurale en Ile-de-France (1550-1670), Paris, 1974, 795 p.
–, François Ier, Paris, 1981, 435 p.
33

JACQUETON (Gilbert), La politique extérieure de Louise de Savoie ; relations diplomatiques de la


France et de l'Angleterre pendant la captivité de François Ier (1525-1526), Paris, 1892, 467 p.
–, « Le Trésor de l'Épargne sous François Ier », Revue Historique, 1894, t. 55 p. 1-43 et t. 56,
p. 1-38.
–, Compte rendu de la thèse d'Alfred Spont sur Semblançay, B.E.C, t. LVI, 1895, p. 556-562.
JOUANNA (Ariette), Ordre Social. Mythes et hiérarchies dans la France du XVIe siècle, Paris 1977,
252 p.
–, Le devoir de révolte. La noblesse française et la gestation de l'État moderne, 1559-1661, Paris
1989, 504 p.
JOURDA (Pierre), Marguerite d'Angoulême, duchesse d'Alençon, reine de Navarre (1492-1549).
Étude biographique et littéraire, Paris, 1930, 2 vol.
KAUCH (P.), « Le Trésor de l'Épargne, création de Philippe le Bon », Revue Belge de Philologie
et d'Histoire, t. 11, 1932, p. 703-719.
KELLENBENZ (Hermann), « Les foires de Lyon dans la politique de Charles Quint », Cahiers
d'Histoire, t. V, n° 1, 1960, p. 17-32.
KERHERVE (Jean), L'État breton aux 14e et 15e siècles. Les Ducs, l'Argent et les Hommes, Paris,
1987, 2 vol, 1078 p.
KNECHT (Robert), « Francis I and Paris », History, n° LXVI, 1981, p. 18-33.
–, Francis 1, Cambridge, 1982, 480 p.
–, « Francis I and the « lit de justice »: a « legend » defended », French History, vol. 7, 1993, n
° 1, p. 53-83.
KÖRNER (Martin), Solidarités financières suisses au XVIe siècle, contribution à l'histoire monétaire,
bancaire et financière des cantons suisses et des états voisins, Lausanne, 1980, 517 p.
LA MURE (Jean-Marie de), Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, Paris, 1860-1887,
4 vol.
LAPEYRE (Henri), Les monarchies européennes du XVIe siècle. Les relations internationales, Paris,
1973, 396 p.
–, « L'art de la guerre au temps de Charles Quint », Charles Quint et son temps, colloque
international du C.N.R.S. (septembre-octobre 1958), Paris, 1959, p. 37-49.
LECOQ (Anne-Marie), François Ier imaginaire : symbolique et politique à l'aube de la Renaissance
française, Paris, 1987, 565 p.
LEGOHEREL (Henri), Les trésoriers généraux de la Marine (1517-1788), Paris, 1965, 368 p.
LEMAITRE (Nicole), Le Rouergue flamboyant. Clergé et paroisses du diocèse de Rodez (1417-1563),
Paris, 1988, 652 p.
LEMONNIER (Henry), Charles VIII, Louis XII, François Ier. Les guerres d'Italie (1492-1547). Henri II,
la lutte contre la maison d'Autriche (1519-1559), (réédition du t. 5 de l'Histoire de France
d'Ernest Lavisse), Paris, 1982-1983, 2 vol.
LE ROUX DE LINCY (Adrien), Recherches sur Jean Grolier, Paris, 1866, 492 p.
LOISELEUR (Jules), « Etude sur Gilles Berthelot, constructeur du château d'Azay-le-Rideau,
et sur l'administration des Finances à son époque », Mémoires de la Société Archéologique de
Touraine, t. 11, 1859, p. 180-209.
LOT (Ferdinand), Recherches sur les effectifs des armées françaises, des guerres d'Italie aux
guerres de Religion (1494-1562), Paris, 1962, 288 p.
LOUVENCOURT (comte Adrien de ), Les trésoriers de France de la Généralité de Picardie ou
d'Amiens, Amiens, 1896, 225 p.
LUCHAIRE (Achille), Alain le Grand, sire d'Albret (1440-1522) : l'administration royale et la féodalité
du Midi, Genève, 1974, 240 p.
34

MAJOR (J. Russell), Représentative Institutions in Renaissance France (1421-1559), Madison, 1960.
–, « The Crown and the Aristocracy in Renaissance France », American Historical Review, t.
LXIX, n° 3-4, 1964, p. 631-645.
MANDROT (Bernard de), Ymbert de Batarnay, seigneur du Bouchage, conseiller des rois Louis XI,
Charles VIII, Louis XII et François Ier (1438-1523), Paris, 1886, 404 p.
MAUGIS (Edouard), Histoire du Parlement de Paris de l'avènement des rois Valois à la mort d'Henri
IV, Paris, 1913-1916, 3 vol.
MEYNIAL (Éd.), « Études sur l'histoire financière du xvie siècle », Nouvelle Revue Historique de
Droit Français et Étranger, t. 66, 1920, p. 451-515.
MICHAUD (Claude), L'Église et l'Argent sous l'Ancien Régime. Les receveurs généraux du clergé de
France aux XVIe et XVIIIe siècles, Paris, 1991, 804 p.
MICHAUD (Hélène), La Grande Chancellerie et les écritures royales au xvi e siècle (1515-1589),
Paris, 1967, 416 p.
MINOIS (Georges), Henri VIII, Paris, 1989, 555 p.
MIROT (Léon), « L'Hôtel et les collections du connétable de Montmorency », B.E.C, t. 79,
1918, p. 311-413 et t. 80, 1919, p. 152-229.
–, « Dom Bévy et les comptes des trésoriers des guerres, essai de restitution d'un fonds
disparu de la Chambre des comptes », B.E.C, t. 86, 1925, p. 245-379.
MOLLAT (Michel), Jacques Cœur ou l'esprit d'entreprise, Paris, 1988, 495 p.
–, et HABERT (Jacques), Giovanni et Girolamo Verrazano, navigateurs de François Ie, Paris, 1982,
242 p.
MOUSNIER (Roland) (et collab.), Le Conseil du Roi de Louis XII à la Révolution, Paris, 1970, 378 p.
PAPINOT (André), « Prêteurs et emprunteurs d'argent à Paris sous François I er », Positions
de thèse de l'École des Chartes, 1911, p. 99-105.
PARIS (Paulin), Études sur François Ier, roi de France, sur sa vie privée et son règne, Paris, 1885,
2 vol.
PELLETIER (Monique), « Le Grand Conseil de Charles VIII à François I er », Positions de thèse de
l'École des Chartes, 1960, p. 85-90.
POREE (Charles), Un parlementaire sous François Ier : Guillaume Poyet (1473-1548), Angers, 1898,
141 p.
POTTER (David), War and government in the French provinces. Picardy 1470-1560, Cambridge,
1993, 393 p.
–, « Foreign Policy in the Age of the Reformation: French involvement in the Schmalkaldic
War », The Historical Journal, 1977, vol. 20, n° 3, p. 525-544.
PRENTOUT (Henri), Les États provinciaux de Normandie, Caen, 1925-1927, 3 vol.
PROCACCI (Giuliano), Classi sociali e monarchia assoluta nella Francia della prima meta del secolo
XVI, 1955, Torino, 235 p.
QUILLIET (Bernard), Les corps d'officiers de la Prévôté et Vicomte de Paris et de l'Ile-de-France de
la fin de la guerre de Cent Ans au début des guerres de Religion : étude sociale, Lille, 1982, 2 vol. ,
929 p.
REY (Auguste), « La fin de Jean de Poncher, petit-neveu de Semblançay », Rapport à la
commission des Antiquités et des Arts de Seine-et-Oise, XXIXe volume, 1909, p. 75-97.
REY (Maurice), Le domaine du roi et les finances extraordinaires sous Charles VI (1388-1413),
Paris, 1965, 447 p.
ROTT (Edouard), Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons
suisses, de leurs alliés et de leurs confédérés, t. I (1430-1559), Berne-Paris, 1900, 608 p.
35

ROUDIE (Paul), « Les embarras financiers de François I er et leurs répercussions en


Bordelais », Société Archéologique de Bordeaux, t. 78, 1987, p. 75-78.
SCHICK (Léon), Un grand homme d'affaires au début du XVIe siècle : Jacob Fugger, Paris, 1957,
323 p.
SCHNAPPER (Bernard), Les rentes au XVIe siècle : histoire d'un instrument de crédit, Paris, 1957,
311 p.
SPONT (Alfred), Semblançay ( ?-1527). La bourgeoisie financière au début du seizième siècle, Paris,
1895, 324 p.
SPOONER (Franck C), L'économie mondiale et les frappes monétaires en France (1493-1680), Paris,
1956, 545 p.
THOMAS (abbé Jules), La délivrance de Dijon en 1513 d'après les documents contemporains, Dijon,
1898, 351 p.
–, Le concordat de 1516, ses origines, son histoire au XVIe siècle, Paris, 1910, t. III, 480 p.
TRACY (James D.), A Financial Revolution in the Habsburg Netherlands. Renten and Renteniers in
the County of Holland, 1515-1565, Berkeley, 1985, 276 p.
VALOIS (Noël), « Le Conseil du Roi et le Grand Conseil pendant la première année du règne
de Charles VIII », B.E.C., t. 43, 1882, p. 594-625.
–, « Étude historique sur le Conseil du roi », Inventaire des Arrêts du Conseil d'État (règne de
Henri IV), Paris, 1886, p.I-CLII.
VAN DOREN (Llewain Scott), « War taxation, institutionnal change, and social conflict in
provincial France. The royal taille in Dauphiné (1494-1559 », Proceedings of the American
Philosophical Society, t. 121, n° 1, 1977, p. 70-96.
VARENNES (Jean-Charles), Quand les ducs de Bourbon étaient connétables de France, Paris, 1980,
345 p.
VERNUS-MOUTIN (Isabelle), « Les États du Dauphiné et l'impôt (v. 1349-v. 1476) », Violence et
contestation au Moyen Age. Actes du 114e Congrès national des sociétés savantes, Section d'histoire
médiévale et de philologie (Paris, 1989), Paris, 1990, p. 113-122.
VERON DE FORBONNAIS (François), Recherches et considérations sur les finances de la France
depuis l'année 1595 jusques à l'année 1721, t. I, Bâle, 1758, VIII-594 p.
VIAL (Eugène), L'histoire et la légende de Jean Cléberger dit le Bon Allemand, Lyon, 1914, 187 p.
VIARD (Jules), « Les opérations du bureau de Triage : notice et état sommaire des 11760
liasses et registres de la Chambre des comptes détruits en l'an V », B.E.C., t. 57, 1896,
p. 418-426.
VIGNE (Marcellin), La banque à Lyon du XVe au XVIIe siècle, Lyon-Paris, 1903, 246 p.
WOLFE (Martin), The fiscal system of Renaissance France, New Haven-Londres, 1972, 385 p.
WOOD (James B.), « The Royal Army During the Early Wars of Religion. 1559-1576 », Society
and Institutions in Early Modern France, éd. par Mack P. Holt, Athens (Géorgie), 1991, p. 1-35.
ZELLER (Gaston), « Gouverneurs de province au xvi e siècle », Revue Historique, t. CLXXXV,
1939, p. 225-256.
–, Les institutions de la France au XVIe siècle, Paris, 1948, 404 p.
36

NOTES
1. Voir la mise au point de Viard, Bureau de triage, passim. Le même phénomène se retrouve en
Bretagne : Kerhervé, État breton, p. 7-8.
2. En particulier B.N. fr 4523 qui fournit des extraits de comptes pour la période 1484-1559,
ensemble probablement constitué par (ou du moins pour) Jean-Jacques de Mesmes, père de la
collection où figure ce manuscrit, maître des requêtes de l'Hôtel, mort en 1569, et fr 17329 f°
82-92, qui est composé d'états abrégés de la dépense sous François I er, daté du 14-12-1571 et signé
du Moulinet (procureur du roi en la Chambre ?).
3. Bayard, Monde des Financiers, p. 15.
4. Ce qui reste de la procédure concernant Semblançay a été publié par Spont.
37

Première partie. Les finances royales


ou la délicate gestion de la précarité
38

Chapitre premier
Le primat des dépenses

1 En abordant les finances royales, on s’interroge : convient-il de commencer l’étude par les
dépenses ou par les recettes ? Ouvrir sur les recettes, en reprenant l’ordre d’exposition
des États généraux des finances du temps, conduit à mettre en évidence les limites vite
atteintes des disponibilités financières et à aller contre la célèbre formule de François I er,
rapportée par un ambassadeur vénitien, selon laquelle le roi peut prélever sur ses sujets
ce qui lui plaît. Priorité aux difficultés et aux blocages. Attaquer par les dépenses, au
contraire, c’est vouloir mettre l’accent sur l’aspect dynamique, sur l’accroissement du
rôle de la monarchie qui sécrète des besoins nouveaux. On observe alors comment les
hommes au pouvoir tentent de faire face avec une efficacité maximale aux plus
nombreux, ou du moins aux plus pressés, de ces besoins. Priorité au mouvement et aux
capacités d’une structure étatique à financer l’urgence, une urgence qui est
essentiellement guerrière. Par ailleurs, le comportement « nobiliaire », qui fait passer
l’exigence de vivre selon son rang avant celle de vivre selon ses moyens comme un
« bourgeois », donne lui aussi la priorité aux dépenses. Il n’y a pas ici une bonne et une
mauvaise approche : la validité de chacune est évidente. Mais il faut se résoudre à choisir.
Il m’a semblé préférable, contre la tradition comptable qui est bien souvent une illusion
comptable, de donner la priorité chronologique aux dépenses, car ce sont elles qui, le plus
souvent, se présentent en premier lieu aux gouvernants quand il est question de
financement1.
2 Un exemple servira d’illustration : Anthoine de Lamet, ambassadeur près des Ligues
suisses en 1521, doit lever rapidement des mercenaires dans le pays pour les envoyer en
Milanais. Il lui faut de l’argent : tel est le constat initial. Or il n’en a pas. Il est hors de
question d’attendre un envoi. Aussi Lamet annonce-t-il qu’il va emprunter sur place
« jusques a douze mil escuz ou plus » pour lesquels il offrira sa garantie personnelle. Il
demande au roi de « commander à messieurs les généraulx [des finances] de donner ordre
à ce que l’on m’envoye yci led. argent que je auray empruncté »2. L’argent prélevé - ou à
prélever - par la monarchie permettra ensuite de solder les engagements. Il est délicat de
distinguer parmi les dépenses. Dans sa lettre, Lamet précise ainsi que l’argent à fournir
par les finances royales servira non seulement pour la dépense militaire que représente la
levée de troupes, mais aussi pour ses frais d’ambassadeur en Suisse et ce, bien sûr, sans
fournir une ventilation précise. Il est vrai qu’il ignore combien d’argent lui sera envoyé…
39

3 Le découpage retenu dans ce chapitre distingue successivement les dépenses de


fonctionnement à l’intérieur du royaume, pour la cour et l’administration
essentiellement, puis le fardeau des guerres et enfin les besoins de la diplomatie. C’est
mettre incontestablement l’accent sur ce qui relève de la « politique extérieure », pour
reprendre une vieille dichotomie. On jugera en conclusion de la pertinence de ce choix
qui reflète pour une part l’état des sources, mais qui me paraît avoir une validité réelle et
qui donne à l’action monarchique une orientation bien particulière.

I. Les coûts de fonctionnement interne


A. La cour

4 L’essor du phénomène curial en France à la Renaissance est bien connu, même s’il
importe de prendre en considération les développements qui marquent en ce domaine les
derniers siècles du Moyen Age, du moins lorsque les aléas de la vie politique le
permettent3. Cet essor se traduit par une dépense importante, qui frappe même les
Italiens, tel le nonce Capodiferro évoquant « il buttar’ grande che fa il Re ogni giorno » 4.
Dépenses au quotidien, dépenses exceptionnelles, dépenses pour l’entretien direct du roi
et de sa famille ou dons aux courtisans, la variété des postes renvoie, sans la recouvrir, à
la multiplicité des caisses qui sont concernées par ce secteur.

1. Les maisons royales

5 De nombreux services gravitent autour du souverain et, en règle générale, chacun d’eux
dispose de son comptable propre. On peut distinguer une Maison civile (chambre aux
deniers, écurie, vénerie et fauconnerie, officiers domestiques, chapelle…) et une Maison
militaire (deux bandes de Cent Gentilshommes, Suisses de la garde, archers français et
écossais5). L’effectif global est en progression, mais le règne de François Ier correspond
cependant à une phase de relative accalmie entre les augmentations sensibles
perceptibles sous Charles VIII et Louis XII, puis sous Henri II6. Le tableau ci-dessous
illustre cette modération (sommes en lt)7 :

6 Avec une augmentation de 30 % en trente ans, le fastueux François surprend presque par
sa réserve, en ce domaine tout au moins8. L’étude par poste montre que la progression
d’ensemble dissimule une palette d’évolutions qui va de la stabilité quasi parfaite
(Gentilshommes de l’Hôtel) à une croissance relativement marquée (officiers
domestiques : + 48 % de 1516 à 1546)9. En utilisant les données du manuscrit français 4523,
on peut même dégager une hausse supérieure, pour la vénerie et fauconnerie : la
moyenne de 1542-1546 (57 988 lt/an) correspond à une augmentation de 71 % par rapport
à celle de 1516-1520 (33 773 lt/an). La réputation de chasseur acharné de François I er
trouve ici un fondement chiffré. L’évolution chronologique, sur les trente-deux ans du
40

règne, n’est évidemment pas régulière. Les séries chiffrées, comme celles de l’écurie et
des officiers domestiques, mettent en évidence les réductions de dépenses lors de
périodes critiques, la plus apparente étant celle des années vingt.
7 Les autres maisons royales ont une incidence financière hautement conjoncturelle.
François Ier se marie deux fois. Pendant les six années séparant la mort de Claude RNde
l’union avec Éléonore, de 1524 à 1530, il n’y a plus de maison de la reine. Au fil des
naissances (toutes du premier lit)10 et des décès (souvent prématurés : deux seulement
des sept enfants survivent à leur père), le nombre des maisons varie considérablement au
cours du règne. De plus, le personnel de chacune d’entre elles est lui-même fluctuant.
Globalement les maisons de la famille royale suivent l’évolution observée pour le roi :
augmentation des effectifs, mais dans une proportion modérée.
8 Le coût de la maison de la reine Claude est mal connu : deux états de prévision, pour 1518
et 1523, estiment sa dépense à 145 000 et 165 000 lt 11. On dispose de renseignements plus
nombreux pour Éléonore. En incluant son argenterie, ses dépenses atteignent 211 000 lt
en 1531 et 215 000 en 1532. A la fin du règne, elles ont légèrement décru : 160 000 lt en
1545 et 190 000 lt en 154612. La seconde reine est donc une charge un peu plus lourde pour
le Trésor que la première. Ceci est sans doute renforcé par la nécessité de recréer une
maison de toutes pièces en 1530. Par ailleurs, c’était la Bretagne qui prenait en charge une
part importante des dépenses de Claude, sa duchesse (113 000 lt sur les 165 000 de 1523),
ce qui n’est plus le cas pour Éléonore.
9 Pour les enfants, l’accroissement est sensible et progressif jusqu’au début des années
1530, en lien avec l’augmentation des effectifs. Louise, seule concernée en 1516, coûte
19 064 lt. Les cinq enfants représentent en 1533 une dépense de 229 937 lt 13. Ensuite se
dessine un net décrochage. Mais l’évolution des dernières années du règne est faussée par
l’absence de données concernant le dauphin Henri. Tire-t-il à son tour une part notable
de ses ressources de ses possessions propres et de la Bretagne en particulier ?
10 D’autres maisons royales méritent au moins une allusion. Celle de Renée, la cadette de
Claude, inscrite pour 24 000 lt en 1518 et 1523. Celle des Angou-lême, la mère et la sœur
du roi14, la première grevant beaucoup plus lourdement le Trésor : on aura l’occasion de
la retrouver. Remarquons seulement que la disparition de Louise de Savoie en 1531 a pu
faciliter, au moins sur le plan comptable, l’essor d’une nouvelle maison de la reine. Enfin,
même s’il ne s’agit pas véritablement d’une maison, il faut évoquer la « reine galante »
Marie, douairière de France depuis le décès de Louis XII, qui perçoit effectivement son
douaire jusqu’à sa mort (1533)15.
11 Bien qu’elle ait été intégrée dans l’évaluation des diverses maisons, la spécificité de
l’argenterie incite à une brève mise au point. Les données détaillées dont on dispose pour
le règne correspondent à la recette de ce service. Une mise en parallèle avec les quelques
chiffres disponibles pour les dépenses montre que, malgré une certaine marge, les
données des recettes se situent dans une fourchette tout à fait recevable par rapport aux
dépenses réelles. C’est très logiquement à l’occasion des guerres que ces dernières sont
inférieures aux recettes allouées initialement16. Se produisent en effet alors des
détournements d’affectation des fonds.
12 Comparée aux autres départements de la maison du roi, l’argenterie présente un profil
atypique et très contrasté. Les sommes les plus importantes sont maniées au début du
règne, avec le record de 243 107 lt en 152117. Ce phénomène se retrouve dans un acte
concernant Jehan Testu, argentier du roi jusqu’en 1521 précisément, qui affirme avoir fait
41

des paiements pour 340 971 lt outre l’ordinaire de sa charge18. A côté d’une moyenne de
143 590 lt pour la période 1515-1521, la fin du règne fait pâle figure : moyenne de 42 122 lt
pour 1532-1538 et de 61 341 lt pour 1539-1545. Il est vrai que l’argenterie n’apparaît pas
comme un simple poste de dépense, d’où sa place à part. Certes, comme les autres
services, elle assure dans la maison du roi une fonction de consommation et de
redistribution par le biais de dons. Mais elle est aussi le lieu d’une accumulation de métal
précieux. Cette thésaurisation en fait une caisse de réserve pour la monarchie. Les objets
précieux rassemblés partent assez aisément à la fonte si le besoin s’en fait sentir. On
reconstitue les stocks une fois l’orage passé19. Malgré les destructions, l’argenterie royale
abrite toujours une quantité appréciable de pièces de grande valeur que le roi se plaît à
collectionner. Ceci permet à ce département d’assurer une troisième fonction, celle de
l’ostentation des richesses. La vaisselle précieuse sert à accueillir comme il convient les
hôtes de choix mais peut aussi être exposée au public après une réception. Ces objets de
luxe participent donc à leur façon aux spectacles du pouvoir.

2. Les spectacles du pouvoir

13 Ce regroupement thématique, qui n’a pas de répondant comptable à l’époque, est


handicapé par le caractère extrêmement lacunaire et dispersé des sources utilisables. Il
faut donc se résigner à jauger de façon très impressionniste le coût des manifestations les
plus apparentes de la gloire du souverain, les cérémonies et les châteaux. Les événements
marquants de la vie de la famille royale donnent tous lieu à des manifestations
solennelles, dont la comptabilité est souvent confiée par commission à un responsable
particulier. On connaît ainsi les frais de la gésine de Charlotte de France (5 258 lt en 1517),
ou ceux des couches et du baptême (associé à un tournoi) du dauphin François en 1518
(18 647 lt)20. Nos meilleures sources concernent les obsèques, dont la publicité est plus
grande encore. Si celles de la princesse Louise en 1518 restent modestes (1 675 lt), les
funérailles de la reine Claude en 1524 auraient coûté 20 000 lt 21. Les obsèques de Louis XII
représentent une dépense de 59 202 lt et celles de François Ier de 165 438 lt 22. Les données
manquent cruellement pour les entrées royales ou les fêtes de la cour. Un banquet à
Cognac au début de 1520 entraîne une dépense de 2 740 lt ; le maître de la chambre aux
deniers verse 4 404 lt pour les festins donnés pour les fiançailles et le mariage de
Madeleine de France avec le roi d’Ecosse en 1536-153723. Pour une évaluation globale des
fêtes, seul Garnier avance pour 1552 le chiffre de 200 000 lt 24.
14 Les grandes constructions royales relèvent aussi des spectacles du pouvoir, quelles
qu’elles soient. Pour autant, à la suite de l’ambassadeur vénitien Marino Giustiniano, qui
distingue en 1535 deux catégories, il est possible d’évaluer d’une part, l’argent que la
monarchie consacre à ses « bâtiments privés » - qui nous retiennent ici -, c’est-à-dire
avant tout aux châteaux, et d’autre part, celui qu’elle réserve aux « édifices publics »,
c’est-à-dire aux constructions édilitaires25. Les comptes édités par Laborde font apparaître
une dépense de 1,44 million de lt pour les châteaux de la région parisienne (sans le Louvre
et Folembray) entre 1528 et 1550, soit 61 000 lt en moyenne chaque année, avec une nette
accélération : 52 800 lt annuelles pour 1528-1540 et 76 250 lt pour 1541-1550 26. Prenant en
compte l’ensemble des constructions, en particulier en ajoutant Chambord, Monique
Chatenet parvient à une estimation de 75 000 lt par an durant la première période, et
105 000 lt durant la seconde27. On se situe ici nettement au-dessus des rares évaluations
contemporaines, celle de Giustiniano en 1535, avec 25 000 écus (soit 56 250 lt) ou celle de
42

Garnier en 1552 (35 000 lt). Pour le début du règne en revanche, les données utilisables
font défaut28.

3. « Pensions et dons » : une grande diversité

15 Le problème est ici inversé par rapport au paragraphe précédent : il s’agit de postes
présents dans les comptes du temps, mais leur nature composite, voire énigmatique, rend
délicat de les intégrer ici plutôt que là. Une part très appréciable de l’argent concerné est
certes destinée aux « courtisans », mais les dons et pensions récompensent aussi un
travail administratif, chez certains officiers de finance en particulier, une activité
militaire, pour les capitaines étrangers par exemple, ou un engagement diplomatique en
Italie ou en Allemagne, sans parler des « vacataires » rémunérés pour une opération
ponctuelle au service de la monarchie. C’est dire l’importance de l’enjeu que représente
ce secteur29. Distinguer au cas par cas dépasse mon propos et n’aurait d’ailleurs pas grand
sens : dans quelle « case » ranger un grand seigneur italien présent à la cour, capitaine
d’une compagnie d’ordonnance et impliqué dans le jeu politique de la péninsule ? Le plus
efficace me semble donc de traiter globalement de ce secteur au sein du phénomène
curial, en ayant conscience de l’arbitraire de ce choix30.
16 Il est possible de regrouper en un ensemble relativement cohérent les données
concernant les pensions (sommes en lt, tableau page suivante) 31.
17 On remarque d’énormes différences : d’une année sur l’autre les pensions peuvent varier
du simple au triple comme entre 1518 et 1519. La possibilité, pour trois années (1515, 1516
et 1518), de croiser deux types de sources permet de constater qu’elles fournissent des
chiffres équivalents et donne toute sa force à l’observation des écarts. Cette fluidité des
pensions explique sans doute pourquoi deux estimations de 1537 peuvent être très
éloignées.

18 L’une parle 600 000 lt, l’autre de 1,35 million de lt 32 ! Les gonflements de 1517-1518 et de
1546 sont révélateurs. Il s’agit de deux périodes de retour à la paix. Durant les guerres, les
arriérés de pensions se sont accumulés, ainsi qu’on le constate en 152333, et il convient de
rattraper un peu du retard pris. On s’y essaie aussi en 1532 pour certains grands
seigneurs, d’après les comptes de l’Epargne du manuscrit français 15628. Mais il est
probablement impossible à la monarchie de verser tout ce qu’elle promet : en 1523, sans
43

parler des arriérés, ce sont 235 000 lt de pensions qui ne trouvent même pas d’assignation
dans l’État prévisionnel !
19 Les dons et récompenses constituent pour leur part une catégorie un peu mystérieuse.
Cela tient tout d’abord à l’ambiguïté de l’expression. Elle peut en effet prendre des
significations fort éloignées de celle qui vient spontanément à l’esprit. Ainsi, présentant
pour le règne d’Henri II une série de chiffres concernant les « dons, présents,
récompenses et bienfaictz », le scribe ajoute : « non comprins les dons faictz par chacune
foire de l’an au lieu d’intérest aux bancquiers de Lyon »34. Si la précision s’impose, c’est
sans doute parce que la confusion est fréquente entre les divers types de dons. Aussi, sans
parler du petit nombre de chiffres disponibles, est-il bien difficile de donner une
estimation des « véritables » dons. François Giustiniano parle de trois cent mille lt en
1537 pour les dons et les exemptions sur le sel. Une part appréciable d’entre eux est
prélevée directement sur les recettes, sans que l’argent passe par l’administration
centrale, ce qui complique encore les choses. Le domaine royal semble avoir toujours
particulièrement servi à alimenter les dons, comme d’ailleurs les pensions. Il est
particulièrement grevé puisqu’en 1518, sur 331 398 lt de recettes prévues, 92 716 lt, soit
28 %, passent en dons35. Pour autant, il n’a pas le monopole de cette pratique36.
L’énumération de ce que François Ier, en bon fils, a cédé à Louise de Savoie, le montre
bien. La reine-mère dispose en effet en 1523 des revenus de six greniers à sel (Bourbon-
Lancy, Saint-Pierre-le-Moutier, Cosne, Angers, Saumur et Le Mans), de la crue du sel des
Ponts-de-Cé, des aides et équivalents d’Angoumois, de Saumur, du Maine et d’Anjou, de
l’équivalent de Gien, des traites des vins d’Anjou et de Thouars et de l’imposition foraine
d’Anjou, sans parler justement de ce qu’elle tire du domaine37.
20 Un cas moins exceptionnel que celui de Madame, mais bien documenté, est celui des
Clèves-Nevers38. Ils jouissent de profits importants sur le sel. Au plus fort des largesses
royales, la famille perçoit les revenus de sept greniers et de quatre chambres à sel 39. Les
dons sont annuels et leur caractère renouvelable vise certainement à entretenir une
forme de dépendance de la part des bénéficiaires40. Ils portent sur des sommes
appréciables puisque les seuls greniers de Nevers, Saint-Saulge et Clamecy sont estimés à
3 570 lt de rapport en 152341. Remarquable est aussi le fait que la seule occasion où le don
aux Clèves-Nevers soit partiellement remis en cause, en 1525, concerne non une
récupération par le roi, mais un partage avec Lautrec.
21 L’ampleur des sommes en jeu et le flou qui les entoure parfois font des dons et pensions
un thème financier explosif. Le propre du bon roi est de les contenir dans des proportions
raisonnables, ce dont Bodin loue François Ier, voire de les réduire notablement, comme le
fait Louis XII selon le portrait bien conforme à la tradition que présente de lui
Martin Wolfe42. Si le roi, en effet, se doit de donner, il lui faut réserver ses largesses,
affïrme-t-on souvent, à ce qui vient du sien, et non de l’impôt. Dans les faits, les chiffres
les plus imposants ne paraissent pas déplacés, y compris dans des cercles bien informés :
le chancelier Duprat montre en 1535 au nonce Carpi un document qui évalue à
« 13 millions d’or » les dons royaux, probablement depuis le début du règne de François I
er43
. En millions de livres tournois, et en incluant une partie des pensions, cela n’a rien
d’invraisemblable (650 000 lt/an en moyenne). Mais si, comme il semble, il s’agit d’écus
d’or, ce qui ferait, selon la valeur choisie (40 ou 45 st/écu), de 26 à 30 millions de lt, la
signification essentiellement polémique du chiffre apparaît claire.
22 Il faut, malgré Duprat, essayer de fournir une estimation grossière du poids de la cour
sous François Ier, à partir des données sur les maisons royales et les pensions, en majorant
44

l’ensemble de quelque 200 000 lt, avant tout pour les cérémonies exceptionnelles et les
constructions44. On obtient alors les chiffres suivants, sans attacher trop d’importance à
une illusoire précision :
vers 1516 : 1 523 000 lt ;
vers 1531-1532 : 1 636 000 lt ;
vers 1546 : 2 067 000 lt.
23 Reste à dégager la part des dépenses globales de la monarchie que cela représente. Or il
n’existe pas de données solides pour les dépenses, mais seulement pour les recettes. En
comparant avec les chiffres disponibles les plus proches (1514 pour 1516, 1532 pour
1531-32, 1547 pour 1546), on constate que ces dépenses se situent toujours à un niveau
équivalent, respectivement 30,4 %, 29,7 % et 28,7 %. Même si ce qui relève de la cour au
sens strict est inférieur à ce montant, il n’en reste pas moins qu’une part des fonds
utilisés ici provient à l’évidence d’un détournement des impôts accordés initialement
pour la défense du royaume. Ce petit tiers est légèrement supérieur aux pourcentages
solidement étayés du règne d’Henri IV calculés par Françoise Bayard (à l’exception de
1599 et 1601)45. Il faut insister sur le fait qu’il s’agit ici de calculs portant uniquement sur
des périodes de paix. Il est certain qu’en cas de guerre ce pourcentage doit sérieusement
s’amoindrir, même si la chute est probablement moins marquée qu’au cours de la période
1635-1653.
24 Cette cour souvent nomade est donc coûteuse, à l’aune des réalités du temps.
L’importance de ses ressources propres permet-elle de la rendre mieux acceptable par les
villes et les régions qu’elle traverse ? Il serait de toute façon bien difficile de trouver
localement de quoi la faire fonctionner. Mais malgré tout, chaque fois que cela est
possible, on fait supporter une partie des frais par les collectivités d’accueil 46. C’est aussi
le prix à payer pour approcher le Roi Très Chrétien et les siens…

B. Administration et édilité
1. Le personnel : le poids de la justice

25 Il ne s’agit ici que de certains des agents de la monarchie. En effet des catégories
importantes sont ventilées ailleurs : le personnel de gouvernement, et avec lui une partie
de la haute administration, a été pris en compte avec la cour. Quant aux hommes de
guerre et aux diplomates, leur tour n’est pas encore venu. Restent la masse des agents
administratifs, c’est-à-dire en fait les suppôts de l’État de justice et de finance.
L’ambassadeur vénitien Cavalli risque en 1546 une estimation : « Les traitements et les
salaires des juges et des employés de tout le royaume coûtent 300 000 écus » (soit
675 000 lt)47. Même parmi ceux-ci une sélection s’impose. Beaucoup d’agents locaux
prélèvent leurs gages sur place et un nombre important d’officiers de finance se paie
directement sur les fonds maniés, avant qu’ils n’atteignent les coffres royaux. Malgré
cela, certains, comme les secrétaires signant en finance, émargent aux dépenses
centrales, tout comme des titulaires de commissions financières48. Après avoir mentionné
pour mémoire les gardes des forêts et le grand maître des Eaux et Forêts (6 337 lt + 2 000 lt
en 1532), on parvient enfin au poste essentiel, celui des cours souveraines. François
Giustiniano évoque en 1537 une dépense de 400 000 lt pour l’ensemble des officiers de
justice du royaume49, mais, au niveau central, seules figurent ces cours de haut rang.
Encore faut-il être prudent car, sous l’étiquette « cours souveraines pour la justice du
royaume », l’État général de 1523 fait figurer le conservateur de l’équivalent et le visiteur
45

des gabelles de Languedoc, tout comme le gouverneur du Dauphiné et le grand sénéchal


de Provence. Aussi le montant total des dépenses prévues pour ces cours doit-il être
réduit de 220 067 lt comme le laissait croire le montant total du chapitre, à 208 150 lt 50.
C’est un peu plus que les 187 582 lt que l’État prévisionnel pour 1518 leur attribuait 51. A
partir de données extraites du manuscrit français 17329 (f° 89-90 v°), qui ne portent
malheureusement que sur une partie de ces tribunaux, on remarque une nette croissance
de la dépense :
– pour les quatre principaux Parlements (Paris, Rouen, Bordeaux et Toulouse) :

– pour ces quatre Parlements plus cinq autres cours (Parlement de Grenoble, Chambres
des comptes de Paris et Grenoble, Cour des aides de Paris, Grand Conseil) aux mêmes
dates :

26 L’inégale répartition de la hausse de part et d’autre du milieu du règne est


particulièrement frappante. En fait, pour la première période, les augmentations sont
vraisemblablement acquises dès 1523. L’Etat général, pour ces mêmes cours, indique en
effet des dépenses ordonnancées presque rigoureusement identiques aux dépenses réelles
de 1531 (114 031 lt pour les quatre Parlements et 169 164 lt pour l’ensemble). La forte
croissance d’ensemble illustre un phénomène bien connu du règne, celui des créations
d’offices. Mais une partie du montant des gages versés peut correspondre à des
augmentations de salaire allouées par le roi. Cette hausse semble se ralentir au début du
règne d’Henri II : en 1552, d’après Garnier, nos quatre Parlements coûtent 204 000 lt. Le
taux de croissance annuel de 1546-1552, 1,8 %, retrouve exactement le rythme (un peu
trompeur on l’a vu) de 1515-1531, alors qu’il était de 6 % entre 1531 et 1546.

2. Des dépenses d’« utilité publique » ?

27 En assurant le fonctionnement de la justice, la monarchie remplit sans doute aux yeux des
sujets un service essentiel. Plus chichement, elle est aussi présente sur d’autres terrains.
Tout d’abord celui, étroitement lié, du maintien de l’ordre. Pour l’ensemble du royaume,
le personnel de la Prévôté des maréchaux atteint 390 personnes vers 1520. La densité du
réseau est donc dérisoire : les bailliages de Chartres et Mantes, avec les comtés d’Étampes
et de Montfort-l’Amaury, disposent ainsi en 1535 d’un lieutenant et de six archers52…
28 Ce sont probablement les dépenses d’édilité publique qui apparaissent ensuite comme les
plus nettes. Les édifices publics, distingués par Marino Giustiniano des bâtiments privés,
constitueraient une dépense équivalente à celle de ces derniers, soit 25 000 écus vers
1535. Il ne s’agit pas ici des travaux de fortification, mais de l’édilité civile. Elle concerne
des bâtiments administratifs ou des ponts. Le payeur des œuvres du roi en est comptable,
sous le contrôle des trésoriers de France53. Mentionnons encore des turcies (ou levées) sur
certains cours d’eau, la Loire en particulier. L’entretien est souvent approximatif et le
46

financement aléatoire comme en témoigne le cri d’alarme de Jehan Grolier, trésorier de


France en Outre-Seine : il manque de fonds pour
« entreprendre les réparations tres nécessaires à fair aux pontz Sainct Cloud,
Charenton, Sainct Mor et Corbeil qui sont les principalles advenues et entrées de
cested. ville [de Paris] et lesquelz en partie sont en éminent péril comme le
contiennent plusieurs visitacions et rapportz que les maistres des euvres [du roi]
m’en ont baillez »54.
29 Les ambitions royales concernant les grands chantiers sont, il est vrai, limitées. Il faudrait
cependant savoir si l’Etat ne prend pas parfois en charge localement les dépenses, sans
que le niveau central des finances en garde trace. Mais les travaux publics restent le plus
souvent l’affaire des collectivités locales, qu’il s’agisse d’utilité bien comprise ou de vanité
de clocher55. Pour les aider, la monarchie concède parfois des dégrèvements fiscaux56.
Mais le plus souvent le roi se contente de leur permettre la levée d’impositions
exceptionnelles57 Il n’y a guère que pour la création du Havre-de-Grâce que la monarchie
y va de ses deniers. Même Vitry-en-Perthois, en passe de devenir Vitry-le-François, doit
se contenter pour sa reconstruction de privilèges fiscaux, d’ailleurs appréciables58. Le
soutien financier aux activités économiques est également très modeste. Sur le plan
législatif, des décisions importantes sont prises, en particulier pour les douanes. Mais, en
dehors des « industries d’armement », le seul secteur à bénéficier d’un soutien direct est
celui des industries de luxe, à l’image de la soierie tourangelle59.
30 Dernier domaine auquel s’applique la notion d’utilité publique : la culture, en particulier
l’éducation. Il ne s’agit guère ici que de quelques milliers de livres, une goutte d’eau dans
la mer des dépenses. Ce sont les fonds alloués aux lecteurs royaux : 2 710 lt en 1532 pour
ceux de « grec, hébraïc et sciences mathématiques, comprins maistre André Alciat » et
5 400 lt pour tout le « collège de France » au début du règne d’Henri II. D’après la même
source, on verse alors 1 375 lt de bourses pour des « écoliers »60. Enfin, dernier exemple de
contribution à l’équipement culturel, les 1 200 écus dépensés par Fondulo de Crémone
pour acquérir en Italie une soixantaine de manuscrits rendus ensuite accessibles aux
chercheurs61. Ainsi, modestement, la monarchie participe à l’enrichissement des savoirs
d’une étroite minorité.
31 En définitive, ce sont donc quelques centaines de milliers de livres qu’il convient
d’ajouter aux frais de la cour calculés plus haut. Peut-être moins de trois cent mille en
1515 ; sans doute près de cinq cent mille en 1547. Les tribunaux s’adjugent la part du lion :
deux tiers à trois quarts de l’ensemble paraît pour eux une estimation raisonnable. On a
ainsi fait le tour des dépenses civiles ordinaires telles qu’on peut les découvrir au détour
d’une ordonnance royale, énumérées selon une logique qui nous est étrangère, et
étroitement imbriquées avec les charges militaires :
« gaiges, souldes et entretenement des gens de guerre de noz ordonnances establiz
pour la thuicion et défense de nostredit royaume ; estatz et entretenement des
cappitaines des places fortes et frontières d’icellui ; souldes des mortespayes
establiz pour la garde et seurté d’icelles places ; payement de nos cours souveraines ;
gaiges des officiers ordinaires de noste maison ; bende de deux cens gentilzhommes de
nostredict hostel ; de noz gardes ; chambre aux deniers ; escuerye ; argenterie ; train de
nostre artillerie (…) ; achapt de pouldres et salpestres ; pendons et estatz des princes et
seigneurs de nostre sang et autres nobles personnaiges servant a noz affaires, au bien de
nous et de la chose publique de nostre royaume ; estatz et entretenement des maisons de
nous et de nostre treschere et tresa-mée compaigne la royne et de noz treschers et tresamez
enfans ; dons, voyages, ambassades »62.
47

32 Ces dépenses ordinaires sont en théorie des dépenses privilégiées qui doivent être
acquittées en priorité. Ce n’est pas toujours le cas. Duprat se plaint que « si chacung vient
se payer ainsi que l’argent arrivera », les cours de justice et une partie de la gendarmerie
resteront en attente « qui sont toutes choses tant privilégiées qu’il n’est possible »63. Ce
non-respect peut s’expliquer par des pesanteurs administratives ou par le recours à la
faveur et aux passe-droits. Mais il provient avant tout du gauchissement des priorités
entraîné par les guerres.

II. Les besoins militaires : une charge écrasante


33 Le règne de François Ier compte cinq épisodes guerriers d’inégale longueur : la campagne
de 1515 avec la victoire de Marignan et la reconquête du Milanais, la période 1521-1525
marquée par la perte du Milanais, la première invasion de la Provence et la défaite de
Pavie, l’échec du retour italien de 1527-1529, la prise de contrôle de la Savoie et du
Piémont et la seconde invasion de la Provence en 1536-1537 et enfin les campagnes de
1542-1546 dont l’épisode essentiel est l’échec de l’invasion anglo-impériale de 1544. On se
bat aux frontières ou en Italie durant la moitié du règne, ce qui n’a rien d’exceptionnel
pour l’époque. Au premier constat, celui de l’importance du phénomène guerrier, il faut
en associer un second : l’existence depuis le XVe siècle de troupes permanentes, pour
l’entretien desquelles a été mis sur pied un système d’impôt lui aussi permanent. Sauf
exception en effet, il faut solder les combattants64. Même s’il est toujours considéré
comme « extraordinaire » par les juristes ou les populations, ce prélèvement assure -
entre autres - la subsistance des troupes de l’Ordinaire des guerres, essentiellement les
compagnies d’ordonnance65. On peut ici assimiler « ordinaire » et « permanent ». Lors des
conflits, c’est au tour de ce que l’on nomme l’Extraordinaire des guerres de prendre son
envol, à cause du recrutement massif de troupes mercenaires66, cavaliers, mais surtout
fantassins. Dans le même temps, les effectifs des compagnies d’ordonnance sont eux aussi
accrus. La division entre Ordinaire et Extraordinaire est fondamentale : elle marque les
mentalités et, très concrètement, les pratiques administratives et la comptabilité.

A. Payer les troupes


1. Les règles de paiement

a. Les montres

34 Le rythme des paiements et des contrôles dans le cadre des « montres » diffère pour
l’Ordinaire et l’Extraordinaire. Les compagnies d’ordonnance ont des échéances
trimestrielles (on parle de « quartier ») alors que les divers types de fantassins
mercenaires, Suisses, lansquenets ou aventuriers français, sont réglés au mois67. Les
montres sont effectuées par les commissaires des guerres, qui relèvent des maréchaux et
du connétable, et par les contrôleurs des guerres, sous le contrôleur général. L’Ordinaire
emploie dans les années 1544-1547 quinze commissaires et dix-sept contrôleurs que l’on
désigne parfois aussi comme « commis du contrôleur général »68. Quant aux paiements, ils
sont assurés par des trésoriers des guerres ou des commis à l’Extraordinaire secondés par
leur personnel. Cette administration constitue en tant que telle une première charge. En
effet elle prélève ses gages sur les fonds qu’elle manie. Voici vingt-quatre compagnies
d’ordonnance pour trois quartiers de 1521 : l’organisation des montres, paiements inclus,
48

représente 2,6 à 2,7 % des sommes décaissées69. A cela vient s’ajouter toute une série de
frais complémentaires, à l’image de ceux qu’effectue en 1522 Jehan Prévost, commis à
l’Extraordinaire des guerres, sur ordre de Jehan d’Albon de Saint-André, lieutenant
général en Guyenne, pour les salaires des courriers, guides et « espies », ainsi que pour
« dons, récompenses et autres frais »70.
35 Mais l’essentiel est représenté par les versements directs aux combattants. La présence
aux montres est théoriquement indispensable pour qu’ils touchent leur argent. Il est
malgré tout possible, au moins pour l’Ordinaire, de percevoir la solde en étant absent, à
condition de bénéficier d’un congé régulier ou d’un justificatif de maladie71. Au roi qui, en
mars 1544, « s’esmeut un peu de ce que toutes les compagnies de la gendarmerie ny celles
des chevaux légers n’estoient complettes », Monluc rappelle que cela « estoit impossible,
et qu’il y en avoit qui avoient obtenu congé de leurs capitaines pour aller à leurs maisons
se raffraischir, et d’autres [qui] estoient malades »72. Dans certains cas exceptionnels
cependant, l’administration des guerres se voit même contrainte de fournir les fonds
pour payer les troupes sans montre préalable73.
36 De la qualité des montres dépend la bonne utilisation des fonds : il s’agit d’éviter de payer
pour des soldats fantômes. Or les responsables ont bien du mal à cerner leurs effectifs. En
novembre 1536, des chevau-légers basés en Piémont doivent toucher leur solde. Tournon,
qui gère les fonds depuis Lyon, écrit au roi le 28 qu’à son avis « il n’y aura tant desd.
chevaux légiers que vous cuydés ». C’est d’ailleurs heureux car, précise-t-il le 30, « s’il en
fut venu autant comme votre roolle porte, je n’avoys pas de quoi les payer »74. En août
1537, c’est Humières, qui commande en Piémont, que Tournon informe d’un envoi de
solde pour six cents chevau-légers. Il croit pourtant savoir qu’ils ne sont que trois cents
et, furieux, conclut : « Il faudrait faire pendre les capitaines qui demandent de l’argent
pour plus d’hommes qu’ils n’ont »75. Aussi le jeu apparaît-il subtil - et complexe - entre le
gouvernement royal, ses agents régionaux, les chefs des armées, les capitaines d’unités et
l’administration des guerres.
37 Montmorency à l’armée de Picardie a le souci d’organiser des montres très strictes. Il
explique au chancelier qu’il va faire payer des lansquenets « sur les vieilz roolles de la
monstre précédente, que je feiz faire la plus rigoreuse qu’il fut possible »76. Au printemps
de 1537, il précise :
« J’estois d’avis de ne faire délivrer ausd. paieurs [des compagnies] les deniers,
jusques après les monstres faites, afin que on puisse veoir au vray ce qu’il leur
fauldra, estant bien asseuré que les compagnies ne sont complètes et qu’il y aura de
grands deniers revans (sic) dont l’on se pourra ayder en autres affaires » 77.
38 Il est en effet impossible de faire toujours exactement coïncider paiements à effectuer et
fonds alloués. Quand tout se passe bien, les sommes non attribuées après contrôle des
effectifs, appelées « revenant-bons », sont réassignées ou reportées pour un paiement
ultérieur aux troupes. En 1554, Henri II ordonne ainsi au maréchal de Brissac, qui
commande en Piémont, que « les deniers revenans bons [soient] mis en réserve deux
jours après la monstre faite, pour en secourir les réparations, l’artillerie et autres affaires
deguerre »78. Ces sommes ne sont parfois pas négligeables. Pour le quartier d’avril 1538,
les payeurs des compagnies d’ordonnance doivent débourser 259 356 lt pour solder 2 580
lances. Sur ce montant, 16 216 lt, soit 6,25 % de la dépense totale, proviennent des
revenant-bons des quartiers précédents79.
39 Mais toutes les précautions ne mettent pas à l’abri des déboires car, comme l’explique
Tournon, même si les bandes sont complètes aux montres, il en manque la moitié « quand
49

il est question de soustenyr ung affaire »80. Qu’il s’agisse de passe-volants ou de soldats
trop « prudents » pour se jeter sur l’ennemi, la réalité est là.

b. Des paiements spécifiques

40 En certaines occasions, l’administration des guerres applique des procédures de paiement


spécifiques qu’il importe d’évoquer rapidement. Tout d’abord les levées de troupes
donnent lieu à des avances de fonds en provenance des caisses royales ou des
disponibilités des agents de la monarchie. Ceci vaut pour l’Ordinaire aussi bien que pour
l’Extraordinaire. En 1521, annonçant un envoi de Suisses, Antoine de Lamet précise : « Il
leur fauldra de l’argent pour sortir de leurs maisons jusques à ce qu’ils soient à Millan ».
Cela ne se passe pas toujours bien : en 1536, un agent du roi à Berne informe celui-ci que
deux capitaines auxquels on avait accordé des avances, 500 écus pour l’un (de Bâle), 250
écus pour l’autre (d’« Oudrevalden » = Unterwald) refusent de marcher81. Pour les
compagnies d’ordonnance, c’est un trésorier des guerres qui doit « faire prest aux crues
[des compagnies] de monsgr le grant maistre et de monsgr de Bryon » à l’automne 1521. A
l’été 1537, c’est aux payeurs de compagnies que Montmorency donne l’ordre de faire une
avance aux nouveaux enrôlés82.
41 Hors des périodes d’activité militaire, le gouvernement royal essaie parfois de conserver à
son service certaines unités de mercenaires. Le projet est à l’étude en octobre 1526 pour
des lansquenets : « On les retiendroit ensemble sans prendre party ailleurs jusques au
moy de mars prochainement venant ». Pour cela on leur propose un écu par mois et par
tête. Les lansquenets paraissent intéressés, mais demandent en plus la garantie d’un
payement à plein tarif pour mars, « servant ou non », ce qui fait hésiter Duprat 83. Les
batailles par ailleurs ne sont pas sans conséquences financières, qu’il s’agisse de victoires
ou de défaites. Après Marignan, les lansquenets qui ont combattu dans l’armée française
reçoivent une prime à titre de récompense. Après Pavie, la Régente ne se contente pas de
faire payer les troupes qui rentrent d’Italie, elle met aussi la main aux coffres pour aider à
payer les rançons de ceux qui ont été fait prisonniers en même temps que le roi, qui sont
nombreux84 ! En août 1536, François Ier fait faire la montre de gendarmes qui ont quitté
après une reddition négociée la place de Fossano en Piémont « ausquels pour le service
qu’ils avoient fait et pour leur ayder à se remonter, il fist donner un quartier outre ce qui
leur estoit deu »85.
42 Dernière opération spécifique : les licenciements. Le roi verse une prime à ceux qui l’ont
servi au moment de les démobiliser. Un état de frais du 21 août 1531 fixe à 3 000 écus
l’argent nécessaire pour « donner congé aux Italiens » dont le nombre n’est pas précisé.
On connaît en revanche la prime par tête allouée en 1537 aux gens de pied que l’on
renvoie dans leurs maisons : elle est de 40 st86. En 1536, après le camp d’Avignon, on
licencie des troupes à peine levées, ce qui ne va pas sans difficultés au cours de l’automne,
dans la vallée du Rhône qu’elles empruntent. Voici par exemple des Suisses fraîchement
cassés « qui veullent avoyr un moys entier [de supplément] pour s’en retourner chez
eux »87. On ménage moins les gendarmes, semble-t-il. Dans une compagnie cassée en 1517,
le roi ne règle ce qu’il doit qu’à ceux « qui se trouveraient en garnison », seuls à bénéficier
d’un versement « pour leurs vivres en garnison [en retard] et pour rentrer chez eux » 88.
50

c. La nature des paiements

43 De quelle manière règle-t-on les troupes ? Ne perdons pas de vue tout d’abord qu’une
partie des soldes est payée en nature, au moins pour l’Ordinaire. Mais les hommes ont
impérativement besoin de numéraire puisqu’ils doivent, en théorie du moins, acheter sur
le marché une part importante de leur approvisionnement89. La grande crainte des chefs
d’armée et des payeurs est de recevoir du gouvernement royal, pour le paiement des
soldes, non des espèces sonnantes et trébuchantes mais du papier financier, sous la forme
de rescriptions ou d’assignations sur diverses caisses, avec le cortège de complications et
de retards que cela entraîne. Ainsi, en juin 1523, Florimond Rober et rassure-t-il Anne de
Montmorency qui commande en Italie. On lui envoie des fonds et « c’est argent n’est
point en papier car il a est baillé au trésorier de l’Extraordinaire [des guerres] tout
contant »90. Il n’en va pas de même au cœur des difficultés de l’année 1521. Le connétable
de Bourbon opérant en Champagne se plaint : « Nous n’avons que du papier en
payement ». Lautrec en Milanais lui fait écho : « Le secours d’argent que nous avons eu de
France depuis le commencement de ceste guerre (…) n’a eté seulement que de deux cens
mil franc et encore par rescriptions… »91.
44 Reste à savoir, quand le numéraire est là, en quelles espèces sont effectués les
versements. Pour les mercenaires, il faut de l’or. Une anecdote le met bien en évidence.
Au début de février 1525, un capitaine nommé Drujart vient trouver à Novare en
Lombardie Philippe Coulon, clerc du trésorier de l’Extraordinaire des guerres Jehan Carré.
Il « lui présenta lettres du. trésorier Carré par lesquelles il lui rescription qu’il est à
dépecher un clerc pour aller avecques le. Drujart à Savonne porter six mil livres
tourn. à Philebert Galant (…) pour faire le paiement d’aucuns gens de pied françois
etant audit Savonne ; et, parce que led. Coulon n’avait que monnoye [d’argent], il
s’adressa à René Séguier et René Durant aussy clercs dud. trésorier qui avoient cinq
ou six bouges pleines d’or et les pria lui fournir du sort de lad. somme de six mil livres
tourn. et qu’il leur en feroit tenir compte par led. Carré »92.
45 Les gendarmes en revanche doivent fréquemment se contenter d’argent et de billon. Pour
une montre des cent lances de la prestigieuse compagnie du dauphin, le 15 mai 1538,
8 947 l. 10 st sont versés en testons de 10 s. 6 dt, testons de Savoie93, gros de 3 st et de
2 s. 6 dt, treizains, douzains, dixains, sixains, liards et doubles 94. La différence de
traitement entre troupes de l’Ordinaire et mercenaires s’affiche ici clairement.

2. Les paiements de l’Ordinaire

a. Des retards chroniques et considérables

46 Les troupes de l’Ordinaire, forces militaires permanentes95, sont rémunérées dans des
conditions particulièrement mauvaises et les délais de versement sont considérables. La
législation fixe des échéances mal respectées96. A la fin d’avril 1525, les compagnies
d’ordonnance servant en Champagne attendent leur solde depuis dix-neuf mois et celles
de Picardie depuis un an en juin de la même année97. Ceci n’est en rien propre à la
dramatique situation de l’après-Pavie : au début de 1522, les arriérés de versements aux
gendarmes d’Italie atteignent vingt-deux mois ! Face à cela, un délai supérieur à six mois
pour vingt-trois compagnies, à l’été 1537, fait presque pâle figure98… Le temps de paix
n’est pas beaucoup plus favorable, malgré l’allégement des charges. La compagnie de
Monsieur de Montpezat est réglée avec seize à dix-neuf mois de retard pour les quartiers
de juillet et octobre 1532. Au 23 janvier 1540, la gendarmerie n’a touché qu’un seul des
51

quatre quartiers de l’année précédente99. Les mortes payes qui assurent la garde des
places fortes sont logées à la même enseigne : treize mois de retard à Montreuil et
Boulogne en avril 1525, un an encore en Boulonnais en février 1528, treize mois de
nouveau à Cherbourg à une date indéterminée des années quarante100. Dans le cas de
l’ordinaire de l’artillerie, Montmorency doit intervenir le premier août 1537 pour que son
personnel soit payé au moins du quartier de janvier : le retard atteint déjà quatre mois 101.
47 La situation des diverses compagnies varie, en particulier en fonction de leur localisation
géographique. En 1518, on note ainsi un moindre délai de versement pour les compagnies
d’ordonnance établies en Italie que pour celles qui sont en garnison « deçà les montz »102.
Les unités rémunérées sur des fonds locaux sont peut-être les plus régulièrement soldées,
à l’image des gendarmes stationnés en Bretagne, qui relèvent des Finances du duché103.
48 Il arrive que les gendarmes ne soient pas payés pour un quartier pendant lequel ils ont
servi. Un règlement du 28 juin 1526 rappelle que « par cy devant le Roy, pour ses grans
urgens affaires, s’est aydé et [a] retenu aucuns quartiers des gaiges et soulde de ses gens
d’armes, desquelz ne leur a esté et ne sera faict aucun paiement »104. Malgré la promesse
alors faite que « par après ilz seront paiez de quartier en quartier sans qu’il y ayt faulte »,
beaucoup d’entre eux ne touchent rien dès le quartier d’octobre 1528 « pour lequel le Roy
n’a voulu estre fait aucun paiement aux compagnies de sesd. ordonnances »105. D’autres
allusions à des quartiers retranchés jalonnent les années trente106. Par un règlement du
4 janvier 1546, le roi précise qu’il va régler trois quartiers de la gendarmerie, « demeurant
le reste de ce qui peut leur estre deu du passé retranché, pour la nécessité de ses affaires »
107
.

b. Un engagement spécifique ?

49 Et pourtant, ces mauvais procédés de la monarchie n’ont pas de graves conséquences


militaires. Ceci semble tenir à la nature du lien qui unit les troupes de l’Ordinaire, les
compagnies d’ordonnance en particulier, à la monarchie. Il est possible d’analyser ce lien
de plusieurs façons, qui ne sont d’ailleurs pas incompatibles entre elles. Jacqueton met en
avant la dépendance des troupes vis-à-vis de leur pays d’origine : il est dans leur intérêt,
malgré les avanies financières, de rester fidèle. Ce sont, écrit-il, « des sujets du Roi, à son
service en temps de paix comme en temps de guerre ; leur désertion était peu à craindre
car ils possédaient toujours en France des biens dont ils eussent encouru la perte. Qu’on
« reculât » leur salaire, il n’y avait que demi-mal. Cela les gênait peut-être, mais le service
du Roi n’en souffrait guère »108. Est-ce seulement cela qui donne à Montmorency
l’occasion d’admirer les compagnies qui « ont la pascience que je vous laisse penser
d’avoir fait monstre sans argent »109 ? Interviennent aussi des choix liés aux
comportements sociaux. Les gendarmes sont presque tous nobles et, comme tels, unis de
façon particulièrement forte à leur souverain-suzerain. Quand en 1538 des troupes non
payées « s’estoient gectez aux champs », seuls les gentilshommes étaient restés fidèles au
poste dans les places. On voit dans les gendarmes des hommes qui ne servent pas
seulement pour de l’argent110. Au-delà des exigences du statut nobiliaire faut-il poser ici
la question d’une forme de patriotisme ? L’emploi de cette notion n’est pas évident,
puisque la gendarmerie comporte un nombre important d’étrangers111.
50 Faute de solde, même les compagnies d’ordonnance se laissent parfois aller à des
débordements. Parmi les troupes qui pillent dans la région parisienne au printemps de
1525, il y a des gendarmes. Le trésorier Grolier dans une lettre à un secrétaire de
52

Montmorency évoque aussi en avril 1530 « la compagnie de Monsieur de Sainct Pol,


laquelle à faulte de payement a faict ung beau mes-nage par tout où elle a passé »112. Fait-
elle partie des unités visées par un mandement du mois suivant, interdisant aux troupes
de maltraiter les sujets du roi ou d’en tirer indûment de l’argent ? On découvre ici des
pratiques mieux « réglées » que le simple pillage, certains soldats exigeant « sur nosditz
subjectz payans taille deux souz ou autre plus grande somme, pour chacune livre de ladite
taille qu’ilz nous payent et au payement de ce les contraignent rigoreusement »113.

3. Le paiement des mercenaires : une priorité

a. Recourir à eux : une nécessité

51 De toutes les armes, c’est incontestablement l’infanterie qui a le plus recours aux troupes
mercenaires. La tentative.de création d’une infanterie permanente sous Louis XI, avec les
Suisses et aussi des hallebardiers et piquiers français, à partir de l’arrière-ban nobiliaire,
n’a pas eu de suite114. Certes il existe des cadres pour une infanterie nationale de réserve.
Les francs-archers sont réactivés en 1522-1525. Un mandement de levée pour le Lyonnais
est pris le 27 janvier 1522. En 1524, d’Aubigny est cité comme capitaine des francs-archers
de Champagne. En janvier 1525, un document fait allusion à 713 francs-archers
« naguères retournez de delà les monts »115. Les légions émergent à partir de 1535. Leur
dépense annuelle théorique pourrait atteindre à leurs débuts au moins 527 000 lt 116.
Même lorsque l’engouement des premiers temps est retombé, elles restent présentes
parmi les troupes : en avril 1543 les légionnaires de l’armée de Picardie sont licenciés car
« en peu de temps on pourroit [les] rassembler » ; en septembre ceux de Normandie et de
Champagne participent à la prise de Luxembourg ; en 1544 ceux de Champagne sont cités
comme servant « soit au camp ou en la garde et deffence de quelque ville ». 117. On les voit
effectivement prendre part à l’effort de guerre, mais ce n’est au mieux qu’une force
d’appoint. Le roi de France ne dispose pas d’une bonne infanterie « nationale » qui puisse
être comparée au tercio espagnol. Le recours aux mercenaires s’explique-t-il par une
préférence marquée pour ce type de troupes ? Il est délicat de l’affirmer, malgré Henri
Lapeyre118. En effet on peut tout aussi bien dire que l’effort financier consenti pour
s’assurer une cavalerie permanente, priorité qui souligne le caractère nobiliaire de
l’instrument militaire, empêche de consacrer à l’infanterie des moyens importants de
façon suivie. En l’absence de cadres permanents suffisamment formés, il est certain que
l’appel à des mercenaires aguerris et d’un bon niveau technique s’impose119. Ce choix du
recours au gré des besoins, et souvent sur une grande échelle, s’avère très onéreux. Mais
un souverain riche comme l’est le roi de France peut se le permettre.
52 On trouve d’ailleurs des mercenaires à des prix très variables. En 1523, le Suisse, qui jouit
alors d’une excellente réputation, coûte sept lt par mois, le lansquenet six et l’aventurier
français cinq seulement120. En fait les hiérarchies sont probablement plus complexes : en
octobre 1521 des aventuriers reçoivent en Navarre six lt par mois quand des hommes de
pied en Bourgogne, sans doute en 1523, doivent se contenter de trois lt 121. Ces variations
reflètent selon toute vraisemblance des différences de qualité. Il en va de même sans
doute quand Bonnivet demande en 1521 à compléter ses effectifs avec des
« advanturiers » et non avec des « gascons »122. Les spécialistes reçoivent un supplément :
parmi les gens de pied français et italiens payés six lt par mois en mai 1527, la prime des
« harquebusiers » est d’une livre et celle des « harcquebutiers » de dix sols, toujours par
53

mois123. La valeur estimée des mercenaires est d’ailleurs sujette à évolution. Ainsi, au fil
du règne, la « cote » des Suisses a-t-elle tendance à baisser nettement124.

b. Un compte à rebours permanent

53 Quelle que soit la catégorie, il faut faire preuve d’une vigilance quotidienne dans
l’organisation des paiements car les risques, on le verra, sont ici importants. Verser
ponctuellement la solde est pour l’officier de finance un sérieux motif de satisfaction.
C’est le cas de Thomas Bohier à l’armée de Fontarabie en 1521 : « Sire, le terme du
paiement de voz lansquenetz escherra demain et en avez six mil cinq cens. Led. paiement
est tout prest par la dilligence qu’on y a faicte et jusques icy, Sire, les autres paiemens se
sont bien portez et n’y a point eu de faulte »125. Le contraste apparaît net avec l’Ordinaire
quand, grâce à une publication de sources, on peut opposer la célérité du paiement des
mercenaires avec les retards des gendarmes126. Le nom étonnant de « contens de pié
estrangiers »127 ne serait-il pas un rappel particulièrement net de la nécessité de régler
« comptant » ce type de soldat ? La correspondance du cardinal de Tournon au cours du
mois de décembre 1536 fournit une bonne illustration de la vigilance au jour le jour
nécessaire pour assurer chaque mois les soldes. Il faut relancer le Conseil du roi en
l’alertant sur les besoins, vérifier qu’on dispose d’assignations correctes, prévoir des
solutions alternatives en cas de manque de fonds128. Au moindre retard, l’inquiétude
gagne. Au début de 1525, Vendôme avertit la régente que, si le paiement pour l’infanterie
et les chevau-légers tarde, ils « crieront à l’argent et sortiront de leurs garnisons, les
places mal gardées et le peuple mangé »129. Trois jours après une échéance, le même
Vendôme se croit obligé de régler une quinzaine (il n’a pas assez d’argent pour solder le
mois entier) pour s’assurer des troupes, sans attendre de pouvoir tout verser en une fois.
Un délai de huit jours, et c’est Tournon qui évoque le risque de mutinerie130…
54 Or des retards, malgré toutes les précautions, sont inévitables, compte tenu de la
situation financière et des réalités techniques du temps. Montmorency se réjouit ainsi de
ce que le trésorier de l’Épargne a fait une rescription pour recouvrer des fonds en
Normandie : l’argent servira « pour le payement des gens de guerre de Picardie tant du
moys passé que du présent qui est escheu dès le XIIIIe de ce moys » 131. Mais ce n’est rien
comparé aux énormes arriérés que le roi accumule vis-à-vis de ses Suisses. Au début des
années trente se déroule une âpre opération d’apurement des comptes et de règlement
des dettes du roi qui concerne les dix années précédentes132. En 1544 encore, à l’armée de
Piémont, le retard de solde est de trois mois en mars, à la veille de Cérisoles et de quatre
mois en juillet133. Les récriminations vont alors bon train, qui menacent de paralyser les
opérations.

c. Un rapport de force changeant

55 Aussi les agents du roi doivent-ils faire preuve de trésors de diplomatie pour négocier
avec les mercenaires reports et délais. C’est le propre de l’officier de finance habile que de
parvenir en ce domaine à un bon résultat : « Le nouveau général de Guyenne a fort bien
servy car il a trouvé moyen de faire paier les gens qui sont sortiz de Fonterrabie pour
deux moys et pour le tiers qui leur est encores deu et dont ilz se sont contentez, s’est
obligé de les paier à Bourdeaulx, à quoy on mectra paine de luy satisfaire… »134. A un
niveau supérieur, voici le cardinal de Tournon face aux mercenaires italiens du Piémont :
« Je leur ay faict couler leur payement jusques à la fin du moys et l’ont après avoir bien
54

crié ainsy souffert, de sorte que en les payant au commencement de septembre, ilz
serviront tout le moys qui sera gaigné au Roy »135. L’objectif est clair : il s’agit de faire
servir à crédit ces chatouilleux professionnels et, quand les circonstances le permettent,
de faire sur leur dos quelques économies. Tout dépend du rapport de force. Vendôme
affirme que la présence de la gendarmerie contribue à maintenir dans le droit chemin les
aventuriers (et les légionnaires) dont la solde tarde136. Montmorency explique qu’il est
possible « à la ville » de « faire filler l’argent » (c’est-à-dire de reculer les échéances), mais
que « c’est chose impossible à faire estant au camp » (en campagne) car les moyens de
chantage des mercenaires sont alors considérablement accrus137. Ceux-ci de plus sont
parfois bien ingrats : le roi s’étonne qu’un très bref retard de solde les rende rétifs en
Piémont « actendu qu’ilz ont eu tant et si longuement soulde de moy en temps de paix
qu’ilz ne devroient point faire difficulté à présent de me faire service ne eulx arrester à
quelzque peu de jours si leurd. payement n’arrive si tost devers eulx que le terme est
escheu »138.
56 Les conditions de négociation ne sont pas toujours excellentes pour les responsables
financiers. Ils ont parfois une part de responsabilité. Le commissaire des guerres Guy
Karuel, seigneur de Borran, apportant des fonds pour payer des lansquenets en
Bourgogne, « est allé trouver le conte Guillaume [de Fürstenberg, qui les commande] et
luy est allé dire qu’il avoit encores l’argent, au moyen de quoy led. conte donnera bon
ordre qu’il ne luy eschappera pas ». Or, continue Tournon, si la montre des lansquenets
s’était faite à Lyon sous son contrôle, on aurait pu économiser 20 000 lt à cause, entre
autres, des passe-volants que Fürstenberg va présenter à un Karuel qui s’est mis en
position de faiblesse en annonçant qu’il disposait de fonds importants139. Les demandes
des mercenaires, qui profitent d’une situation qui leur est favorable, sont parfois jugées
« déraisonnables ». Lautrec, qui doit lever des Suisses, leur envoie deux délégués « pour
essayer de rabattre quelquechose de leurd. demandes », le 2 août 1521. En vain : il faut
leur céder pour qu’ils viennent au camp. Dans une situation militaire délicate en Milanais,
Lautrec n’a de fait guère le choix140. Il faut même parfois payer en connaissance de cause
pour des effectifs très supérieurs aux présents. Le commissaire chargé de verser leur
solde à des lansquenets doit s’y résoudre « par contraincte d’aucuns capitaines
particuliers ainsi qu’[il] a rapporté, à quoy il ne peut résister »141.
57 Il est vrai que les risques, en cas de désaccord ou de litige, sont sérieux. Durant l’été 1522,
le bruit court que les Suisses ont fait main basse sur la caisse des trésoriers des guerres
pour se payer de leurs créances. Lors de la retraite du printemps 1524, les Suisses, encore
eux, auraient pris en otage Bonnivet, comme garantie pour leurs soldes142. Dans les deux
cas, ces rumeurs se révèlent inexactes. Mais elles donnent une idée des comportements
qui paraissent vraisemblables de la part des mercenaires. Les retards de soldes peuvent
conduire à un changement de camp, menace clairement exprimée par Montmorency :
« [Ce] sont gens estrangiers qu’il est mal aisé de tenir sans les payer ». Il ne faut pas « les
laisser perdre estant comme dit est si près des ennemys qui ne charchent que à les
retirez »143. Cela se produit à l’automne 1521 en Milanais : « Noz Suisses s’ennuyèrent et
s’en allèrent sans congé, s’excusans sur la faulte de la paye (…). Vray est qu’ilz estoient
pratiquez par le cardinal de Médicis ». Ils partent ainsi renforcer les adversaires de
Lautrec144.
58 Mais le plus grave est sans doute la mutinerie. Plusieurs incidents sérieux éclatent parmi
les mercenaires italiens en Piémont en 1537. En mai, des troubles ont lieu à Chieri 145. Fin
juin, Pignerol est saccagée par les hommes de pied italiens et Chieri est de nouveau
55

menacée. Au tout début de juillet l’envoi de fonds par Tournon est « cause d’appaiser
toutes choses »146. Une interrogation demeure : les retards de soldes ne servent-ils pas ici
de prétextes pour se lancer dans un pillage qu’interdit alors l’assoupissement temporaire
des opérations militaires ? La bataille gagnée en revanche est une aubaine, à l’image de
Cérisoles où « il se trouva bien pour trois cens mille frans tant en argent monnoyé qu’en
vaisselle d’argent et autres richesses » parmi le butin147. « Dans les guerres du premier
xvne siècle, affirme Yves-Marie Bercé, les engagements venaient certainement moins de
l’appât des soldes que de l’attente des butins »148. Une telle analyse permet sans doute de
rendre compte du comportement des soldats qui, en mars 1537, ravagent la Mau-rienne…
après avoir refusé la solde149 !

d. L’excès de soldats : un débat

59 Les déboires causés par les mercenaires conduisent les responsables politiques et
militaires - ce sont d’ailleurs les mêmes - à s’interroger sur le poids que ceux-ci
représentent. Quand Vendôme, en 1528, fait part de ses réticences à voir lever des
troupes trop nombreuses « de peur de la foulle du peuple », songe-t-il aux dégâts
possibles, au fardeau fiscal, ou aux deux à la fois150 ? L’année précédente, Tournon
déplorait le nombre excessif de lansquenets dans l’armée de Lautrec, en Italie, par
rapport aux engagements des traités de Cognac et de Vincennes151. Dans les années
cinquante encore, le cardinal demande que des fonds proposés par les Florentins
viennent « à la descharge du Roy plus que à augmentation de force »152. C’est une
constante de son approche que de considérer qu’il faut limiter au maximum les effectifs,
en fonction des objectifs poursuivis. Or des défaillances profondes dans la prévision
entraînent des surcoûts inutiles. D’où une sévère tirade de Tournon dans une lettre au
chancelier le 15 juillet 1537, alors que le cardinal se débat dans les plus grandes difficultés
pour assurer les paiements piémontais. Au roi « qui ne trouve rien impossible de tout ce
qu’on luy met en avant et m’escript tousjours que vous pourvererrez à tout », il faut faire
comprendre qu’« il vauldroit beaucoup myeulx que lad. armée [de Piémont] se dyminuast
et se contenter de garder les villes qu’on a aud. Piedmont que de la veoyr rompre à faulte
de payement en ung désordre si grand… »153. Il paraît bien maladroit au cardinal de lever
des troupes qu’on n’arrive plus à solder au bout de quelques mois. Et quelle triste ironie
de voir, toujours sous la plume de Tournon, Saint-Pol qui, faute d’avoir eu à temps l’état
des bandes italiennes servant sous Jean-Paul de Cère, paye cinq mille hommes quand le
roi, en fait, souhaitait n’en rémunérer que deux mille cinq cent ! Les 30 000 lt du surcoût
des mercenaires font alors cruellement défaut à Lyon154.
60 Si l’information circule mal, c’est probablement que la prise de décision est trop tardive
ou trop incertaine. Il est vrai qu’il peut être militairement habile de rassembler des
effectifs importants et en particulier de débaucher les mercenaires de l’ennemi. Raymond
de Fourquevaux, qui écrit en 1534, juge que c’est une bonne raison pour recruter des
étrangers. Le roi peut ainsi « ôter la force des Allemands à ceux qui s’en pourraient servir
contre lui s’il n’en retenait un grand nombre ». C’est aussi le calcul de Montmorency : « Je
suis après à recouvrer un bon nombre des gens de guerre du camp de l’Empereur que
j’espère avoir bien tost, et me desplairoit merveilleusement qu’ilz demeurassent par
faulte de payement »155. Mais c’est une fort onéreuse stratégie, à moins d’essayer de
procéder par « glissement » comme le roi l’envisage quand il réclame à Semblançay des
fonds
56

pour le payement des lansquenets qui sont au service de mes ennemis. Car qui les
pourra retirer au moyen comme j’espère que l’on pourra faire en les payant, ce ne
sera pas peu d’œuvre faite, et eux retirés de par deçà, je donneray ordre de faire
casser autant d’autres gens de pied de ceux qui sont en mon service, pour vous
descharger et lever de dépense »156.
61 Mais qu’est-ce qui empêchera les nouveaux « cassés » d’aller prendre du service dans
l’autre camp ? Il est vrai que ce sera toujours quelques mois ou quelques semaines de
gagnés…

B. Stratégie et logistique
1. D’une caisse l’autre, d’un front l’autre

a. L’Ordinaire alimente l’Extraordinaire

62 Or le temps est précieux en matière d’opérations militaires. La guerre est une dépense
conjoncturelle, d’où l’intérêt d’obtenir, même pour une période courte, un avantage
quelconque. L’élasticité des dépenses n’est pas de même ampleur pour l’Ordinaire et pour
l’Extraordinaire. Le premier, de par sa permanence, occupe une place variable, mais
toujours notable. Le second en revanche peut à certains moments être réduit à presque
rien. Dès que possible, la monarchie détourne des caisses de la guerre les fonds assignés à
celles-ci. C’est le cas lors de la diminution de l’activité militaire : en novembre 1515, le
commis à l’Extraordinaire reverse sept mille lt à la chambre aux deniers. Il en va de même
lorsque les effectifs à solder ont disparu : en 1528, les trésoriers des guerres fournissent
dix mille lt aux Parties casuelles, sur les quartiers de juillet et d’octobre du paiement des
gens de guerre étant au royaume de Naples, revenants-bons qui proviennent
apparemment des morts, des malades ou des absents sans cause157. L’Ordinaire des
guerres est parfois sollicité pour des versements qui, en théorie, ne relèvent pas de sa
compétence : pensions à payer ou fonds pour le trésorier des Ligues suisses 158. Mais
surtout il contribue régulièrement au renflouement des caisses de l’Extraordinaire. Les
exemples abondent, au moins jusqu’au milieu du règne159. Il est difficile de savoir s’il faut
attribuer à une amélioration globale ou au caractère déséquilibré de l’information le recul
de cette pratique après les années vingt. Le schéma inverse est rarissime et très
révélateur. Dans le contexte tendu du printemps 1525, c’est le Parlement de Paris qui
envisage d’utiliser pour payer les compagnies d’ordonnance l’argent de l’Extraordinaire,
en vain d’ailleurs160. De même, il faut une situation-locale particulière pour retrouver ce
cas de figure. Bury en Piémont écrit au chancelier et à Tournon : « J’ay prins IIIIc écus
dud. trésor, de l’extraordinaire pour faire un prest [à des gendarmes] et luy en ay baillé
mon recepicé ; le premier argent que je recou-vray pour le paiement de mad. compaignie,
il sera remboursé de lad. somme »161. Il faut le souligner, il s’agit ici d’un emprunt et non
d’un détournement d’assignation dont on ne trouve en définitive aucun exemple probant
de l’Extraordinaire vers l’Ordinaire.

b. 1537 : Picardie-Piémont et retour

63 Autre élément structurant des circuits financiers, le va-et-vient de l’argent au gré des
nécessités militaires. La documentation nous permet d’observer avec précision ce
phénomène lors du ballet entre Piémont et Picardie qui scande l’année 1537162. A partir de
février, l’argent est dirigé en priorité vers le Nord, où le roi et Montmorency sont à la tête
57

d’une forte armée. Les assignations connues de mars et avril (600 000 lt) représentent à
elles seules 40 % de toutes celles que l’on conserve pour le front picard depuis cette
période jusqu’en avril 1538. Tournon, qui gère les envois en Piémont, connaît alors de
sérieuses difficultés, qui se manifestent par l’absence d’allusion à des rentrées d’argent et
par le recours à l’emprunt163. La priorité picarde disparaît le 6 mai avec la décision royale
de réorienter l’effort vers l’Italie. Le montant des assignations destinées au Nord-Est
s’effondre alors rapidement. Mais il faut du temps avant que les effets se fassent sentir
sur l’autre front. C’est seulement le 25 mai que le roi, depuis la Fère-en-Tardenois,
ordonne l’envoi à Tournon de fonds nouveaux, en provenance de la Languedoïl orientale.
Les premiers parviennent à Lyon le 2 juin164. La situation a à peine eu le temps de
s’améliorer que le retour offensif de Charles Quint en Artois fait repartir le balancier vers
le Nord. Le 15 juin, Montmorency, cette fois flanqué du dauphin Henri, quitte
Fontainebleau pour la Picardie. Le tarissement des envois vers Tournon n’est sans doute
pas étranger à la mutinerie de Pignerol. Après d’assez pâles opérations militaires
(Thérouanne est débloquée mais Saint-Pol reste aux mains des Impériaux), une trêve de
trois mois sur le front Nord (Bomy, 30 juillet) conduit hommes et écus à prendre de
nouveau le chemin du Piémont. Mais il faut d’abord solder cette brève campagne, d’où
l’importance des assignations picardes jusqu’au début de septembre (470 000 lt en août).
Elles deviennent en revanche symboliques à partir de l’automne : un effort un peu plus
soutenu en direction de l’Italie permet alors de reconquérir les positions perdues depuis
un an en Piémont. Mais on imagine aisément combien, d’avril à août, contrordres,
contremarches et réorientations ont pu nuire au succès de la campagne de 1537, que le
roi espérait décisive.

2. Quels fronts, quels adversaires ?

64 Tournon voit venir les choses dès la fin de 1536. Il affirme alors dans une lettre au
chancelier : « Si une foys vous commancés à desployer la brete du costé de Piccardye,
vous serez bien foibles pour secourir le Piedmont ». D’où la nécessité pour lui de
commencer à prendre des précautions financières165. Il est clair que l’organisation de
campagnes militaires sur plusieurs fronts à la fois est un exercice délicat, en particulier
sur le plan financier. Quand Sem-blançay évoque l’exceptionnel effort de guerre de
l’automne 1521, il affirme qu’il « n’est de mémoire que roy de France ayt soubstenu à une
fois trois si puissantes armées [Nord-Est, Italie, Guyenne] es quelles y avoit 90 000
hommes de pied et plus »166. Mais il est probable que l’effort à faire est encore plus grand
pour l’adversaire principal, Charles Quint, et les armées impériales connaissent des
déboires financiers probablement supérieurs à ceux des troupes françaises167. D’où
l’intérêt d’organiser un second front sur les arrières de Charles. A grande échelle, c’est
l’alliance turque, avec par exemple au printemps de 1537, le projet de coordonner une
attaque française en Piémont et un débarquement turc en Apulie168. De façon moins
grandiose, dans la péninsule, le soutien apporté en 1529 aux résidus de l’expédition de
Naples isolés dans les Pouilles sous le commandement de Renzo da Ceri relève d’une
même stratégie. Le roi continue de leur faire parvenir des fonds, au détriment d’ailleurs
de ce qui avait été promis à la république florentine, une alliée pourtant précieuse pour
« flanquer » l’armée de Saint-Pol en Italie du Nord. Mais l’effort - un envoi de 20 000 écus
quand Renzo da Ceri en réclame 80 000 - est assez limité, presque symbolique. A-t-il en
fait une réelle importance militaire169 ? En fait la monarchie semble alors un peu dans le
brouillard sur ses objectifs italiens : un envoi de 94 000 lt, au printemps 1529, est à
58

partager entre da Ceri, Saint-Pol, Francesco-Maria Sforza, Venise, Florence et autres


alliés, sans oublier Rome170 !
65 Pour la stratégie financière, tous les fronts ne se valent pas. C’est du moins ce qu’affirme
Tournon. A ses yeux, en 1536-1537, le Piémont est une priorité militaire parce que
l’affrontement y est beaucoup plus coûteux pour l’empereur que pour le roi : « Vous ne
scauriez, écrit-il à Montmorency, [y] despendre ung escu que vous ne luy en coustiez
quatre ». Aussi convient-il d’abandonner les opérations du Nord, peu onéreuses pour
Charles Quint, et de « tourner force et despence » du côté de l’Italie171. Un tel langage
devait sans doute plaire au roi. Etait-il d’ailleurs besoin de le convaincre de regarder vers
la péninsule ? Mais il faut déplorer que Tournon ne nous en dise pas plus sur les origines
de ce « différentiel » de dépenses. Faut-il aller chercher du côté de la localisation des
places financières qui offrent des facilités aux deux souverains ? Lyon, pour le roi, est
proche de l’Italie quand Anvers, pour l’empereur, est aux portes des Flandres. On
retrouve vraisemblablement un écho de l’analyse de Tournon dans l’affirmation selon
laquelle les affaires de Piémont « font, à [son] advis, crever de despit l’empereur » 172.
66 Sans nous étendre sur la situation italienne et le subtil jeu d’alliance des princes et
potentats, constatons que le royaume de France, tout au long du règne, doit faire face à
un seul adversaire, de l’Artois à la Navarre : Charles Quint. Sauf en deux occasions, quand
le roi d’Angleterre intervient dans le nord du pays en 1523 et en 1544. La guerre contre
plusieurs adversaires est de toute évidence particulièrement coûteuse. Mais, autant qu’on
puisse en juger, elle ne correspond pas nécessairement aux paroxysmes de dépenses. Les
opérations, on y reviendra, coûtent plus cher à l’automne de 1521 qu’à celui de 1523,
malgré l’invasion anglaise. Il est vrai que celle-ci, tardivement entamée, s’est terminée
sans que les troupes françaises aient vraiment à intervenir. Quant aux dépenses de
l’Extraordinaire des guerres de 1544, apogée du règne, elles ne sont qu’à peine
supérieures à celles de 1543173. Mais l’intervention anglaise a des conséquences
importantes pour les dépenses maritimes.

3. D’autres guerres ?

a. La marine

67 Les dépenses pour la flotte connaissent une croissance spectaculaire sous François I er. Il
semble qu’après des efforts importants sous Charles VIII et Louis XII, le domaine maritime
ait d’abord été un peu négligé, malgré les projets havrais174. Jusqu’en 1528, le soutien de la
flotte d’Andréa Doria permet au royaume de limiter son engagement. Classiquement, on
assure en premier lieu le financement des « mercenaires » (il faudrait plutôt ici parler
d’alliés) avant celui des navires français. Dans une lettre au roi, le chancelier indique que
les galères « de messire André Dorye estoient appoinctées argent contant » alors que « les
autres » doivent se contenter d’une assignation sur le receveur de Poitou175. La rupture
avec Doria oblige à un effort maritime plus sérieux. Pour les années pour lesquelles des
données sont disponibles (1532-33, 1535, 1537, 1539), les dépenses dépassent toujours
200 000 lt, le maximum connu étant de 324 000 lt en 1535176. La flotte du Levant dispose
essentiellement de galères, mais celles-ci sont présentes aussi sur l’océan, du côté du
Ponant. Une galère est beaucoup plus coûteuse à entretenir qu’une nef. L’Arbalétrière,
galère du sieur de Bonnebault, revient trois fois plus cher (900 lt/mois) en 1537 que la nef
La Grande Maistresse en 1531-1532 (300 lt/mois)177.
59

68 Mais ces frais sont bien modestes comparés à ceux que requiert la mise sur pied d’une
imposante opération maritime. En 1545, l’Angleterre fait l’objet de deux attaques par mer,
l’une via l’Ecosse et l’autre sur ses côtes méridionales. La flotte de Méditerranée elle-
même est mise à contribution pour l’opération : une partie de ses navires passe sur
l’océan. L’ensemble des dépenses de la marine bondit cette année-là à près de deux
millions de lt 178. Dès 1546, elles reviennent à un niveau plus raisonnable : 410 907 lt.
Néanmoins, le chemin parcouru depuis 1515 est impressionnant. C’est une charge
militaire supplémentaire pour le trésor, mais elle reste d’importance encore limitée : 1545
mis à part, la dépense annuelle en période de guerre équivaut à un petit mois
d’Extraordinaire. En période de paix en revanche, cela devient un poste non négligeable.
L’impossibilité d’improviser une flotte oblige en effet à assurer une maintenance
permanente si l’on veut jouer un rôle sur mer.

b. La fortification

69 Dans ce domaine aussi, le règne de François Ier marque une étape importante. Certes,
l’existence des places fortes est ancienne et l’implication du pouvoir royal dans leur
entretien aussi. Mais, traditionnellement, la tâche principale revenait aux autorités
locales, comme lors du grand mouvement de fortification urbaine qui débute au milieu du
XIVe siècle179. Il est vrai que l’évolution des techniques de construction accroît la nécessité
d’une intervention royale180. Au début du règne, il est difficile de dégager l’ampleur de
l’effort financier de la monarchie car les frais des réparations et fortifications sont
souvent confondus au sein de l’Extraordinaire des guerres. On peut néanmoins repérer
des levées spécifiques181. Entre 1529 et 1533, pour la Bourgogne, subsiste la trace de
42 770 lt de frais182. Si en 1532 cette province est seule à figurer à ce titre parmi les
dépenses de l’Épargne (pour 10 000 lt), l’année suivante elle est rejointe par la Picardie, la
Champagne et la Guyenne et l’ensemble atteint 54 600 lt 183. Cet effort est sans doute à
mettre en lien avec une levée sur les villes, renouvelée d’ailleurs en 153 5184. A partir de la
fin des années trente, le pouvoir royal engage des frais considérables dans ce secteur,
parallèlement à l’Angleterre d’ailleurs185. Il est prévu de lever quatre millions de lt pour
les places frontières (et les galères)186. L’effort est surtout important à l’extrême fin du
règne. Est-ce à cause de l’invasion anglo-impériale de 1544 ? Il semble que le roi cherche à
assurer une relative fermeture des frontières : « La préoccupation d’une barrière de fer
ceinturant le royaume est bien présente chez François Ier » croit pouvoir affirmer un
spécialiste de la fortification187. La formule est peut-être discutable, mais la mobilisation
financière est en revanche incontestable. En 1545-1546, les « réparations » (qui
comprennent tous les travaux de fortifications) mentionnées dans le manuscrit français
17329 atteignent 706 000 lt, et ce sans le Piémont de 1545 et sans le Sud du royaume, de la
Guyenne au Dauphiné, pour les deux années. 11 est vrai que l’effort principal se porte
dorénavant vers le Nord-Est, alors que les provinces méridionales et la Bourgogne étaient
les mieux loties vingt ans plus tôt. Malgré tout, le montant total des dépenses doit être
proche du million de livres pour 1545-1546. L’ambassadeur vénitien Cavalli évoque en
1546 les frais des fortifications « de nouvelle date » et parle de 250 000 écus par an
(562 500 lt), soit un ordre de grandeur comparable188. L’essor parallèle du poste un peu
énigma-tique des « deniers payés par ordonnance » n’a sans doute pas d’autre origine189.
70 L’investissement de la monarchie est sans doute à lier, au-delà de la conjoncture de
l’après-Crépy, à la fois à une entreprise de modernisation des systèmes fortifiés et à
l’essor de l’État en tant que maître d’œuvre de la protection de tous : au-dessus des enjeux
60

des fortifications locales, propres à une cité, il intervient désormais pour penser et
réaliser un aménagement global des frontières, ce qui se traduit par la mise sur pied d’un
véritable système de « péréquation » financière (B. Chevalier) entre les villes du royaume.
71 La fortification offre l’intérêt de constituer une dépense militaire alternative. En effet elle
peut, si elle est efficace, « remplacer » une armée pour la mise en défense d’une province.
Aménager aujourd’hui des remparts, c’est économiser sur les dépenses militaires de
demain. C’est sans doute ce que veut exprimer Montmorency quand, à propos des
fortifications de Saint-Pol auxquelles on travaille en 1537, il affirme : « En y despendant
de présent dix mil frans cela en espargnera (au roi) plus de cinquante mil »190. En un
temps où les guerres sont fréquentes, de même que les périodes et les secteurs où domine
la paix armée, la fortification n’est-elle pas un moyen relativement bon marché - les
investissements une fois faits - de se tenir sur ses gardes « pour éviter aux entreprinses »
191 ? Mais une place forte implique une garnison qu’il faut solder et nourrir…

4. L’approvisionnement

72 « Il ne suffit pas avoir des villes et murailles fortes si n’est pourveu de vivres pour les gens
de guerre qui seront dedans »192. Ces propos d’un commissaire aux vivres invitent à
observer comment la monarchie assure le ravitaillement de ses soldats193. Même si les
troupes bénéficient de prix taxés pour certains achats, l’absence d’organisation devrait
être la règle en temps de paix et dans les garnisons, et ce d’après des textes dont
l’abondance incite cependant à supposer de nombreuses difficultés pratiques194. En
théorie, les soldats doivent avec leur solde acheter sur les marchés les vivres nécessaires à
leur subsistance. Les municipalités sont invitées à veiller au bon approvisionnement de
ces marchés195. Voici des gens de pied en garnison en Languedoc dont le paiement tarde.
Or ils « n’ont moyen d’y vivre s’ilz n’achap-tent à l’argent comptant ce qui leur est
nécessaire », d’où l’inquiétude du lieutenant général de la province196. Lorsqu’en 1537
Langey parvient à faire rentrer des fonds dans Turin pour les hommes de la garnison,
« les païsans des environs, sentans l’argent arrivé, leur portèrent grand refreschissement
de vivres, ce qu’ilz ne faisoient devant que l’argent y fust »197. Les chefs militaires sont eux
aussi obligés de se soucier du problème, qu’il s’agisse de capitaines de galères indemnisés
pour des pertes subies lors d’achats de nourriture ou du comte de Saint-Pol qui semble
avoir marchandé en personne des vivres pour son armée198.
73 Ce dernier cas est en fait différent car il s’agit de troupes en campagne. L’implication de
l’administration monarchique est alors beaucoup plus directe : l’intendance doit en effet
suivre199. Depuis le règne de Louis XI, les contributions, volontaires ou obligatoires, de
larges portions du territoire sont la règle200. Les réquisitions dans les provinces ont lieu
chaque fois que cela est nécessaire. En mai 1543, l’élection d’Orléans doit ainsi fournir
soixante-dix muids de froment, cent de vin et soixante-dix d’avoine par semaine, que des
convois eux-mêmes réquisitionnés emportent jusqu’à Saint-Quentin. A Dijon, le bailli est
chargé de lever deux cent cinquante muids de vin, dix bœufs et cinq cents moutons dans
sa circonscription201. En décembre, les habitants du diocèse de Narbonne se voient refuser
l’exemption de fournissement de 3 768 setiers de blé qu’ils avaient sollicitée : le grand
Sud-Est (Bourgogne incluse) doit alors fournir quarante-cinq mille charges de blé à
Marseille202. Il s’agit d’alimenter l’armée de mer des côtes de Provence et c’est l’année de
l’hivernage des Turcs à Toulon. Les communautés locales désignent des responsables
comme ce David Chambellan, écuyer,
61

« esleu, commis et depputté par les procureurs des villes et paroisses de í’eslection
de Paris [tant] à tenir le compte et faire le paiement des fraiz et despences de la
munition du pain [et] farines que pour faire les achaptz et amatz des bledz
nécessaires et aultres choses qui en deppen-dent pour la fourniture ordonnée (…)
des camps et armées du Roy estans en l’année mil cinq cens quarente troys en ses
pays de Picardye et Champaigne »203.
74 Ces réquisitions sont normalement remboursées. Elles sont assimilables à des emprunts
forcés : le Dauphiné, qui devait fournir des vivres pour l’armée de mer de 1543-1544 est
ainsi autorisé à remplacer cette contribution par un prêt de 20 000 lt 204. Mais il n’est
cependant pas rare que villes et provinces supportent des pertes en ce domaine205.
75 Le personnel royal, en particulier les responsables financiers, joue un rôle actif dans le
rassemblement de ces imposantes quantités de nourriture et ce avec ou sans le titre de
commissaire aux vivres, titre de plus en plus fréquent il est vrai à partir de 1537. La
Trémoille qui met sur pied le ravitaillement des villes de Bourgogne demande ainsi « que
le Roy envoyé à Lyon, à Mascón, à Tornuz et à Chalón ung homme de finances pour nous
faire amener yci cens pipes de vin »206. Une bonne organisation implique la mise sur pied
de magasins ou « étapes » sur les trajets que doivent suivre les armées. Tournon en mai
1537 est ainsi chargé d’en établir entre Lyon et le Piémont, tâche qu’il juge difficile, à
cause de la pauvreté du Dauphiné et de la Savoie207.
76 La procédure la plus fréquente est alors le recours aux marchands. Il arrive que
réquisition et marchés négociés entrent en concurrence comme à Bayonne où les
responsables locaux qui « ont faict marchez avecques aucungs marchans de ce quartier »
sont rappelés à l’ordre par le Conseil royal qui a « advisé y pourvoir d’ailleurs, des
seneschaucées et bailliages prouchains » de la ville, très certainement selon le procédé
décrit plus haut. En règle générale l’administration se contente du rôle d’intermédiaire et
de transporteur des vivres que les marchands revendent eux-mêmes aux troupes. Dans
des cas exceptionnels, elle doit les acheter elle-même. Ainsi en 1528, quand la situation du
marché des grains est rendue délicate par la disette et que « la soulde ne peult supporter
la cherté », « il fault que le roy ait quelque personnage qui achapte le pain au pris qu’il est
et le revende aux souldars à la tauxe qui sera advisé et que led. sgr porte la perte sur luy.
Il a autreffoiz fait ainsi »208.
77 Qui sont les marchands qui s’impliquent dans ce fournissement ? Sans vouloir - ni pouvoir
- mener ici une enquête approfondie, il est néanmoins nécessaire de les évoquer. Les
marchands locaux assurant au coup par coup les besoins des troupes n’ont pas à nous
retenir. Mais il est au-dessus d’eux une catégorie supérieure, qui passe des marchés de
plusieurs milliers de livres. Pierre Durant et Jean Archier, marchands marseillais,
réclament en 1538 5 666 lt pour reste de fourniture aux marins du port. Jean Roussart,
Henri de la Vigne, et autres marchands de Langres et Vignory (Haute-Marne) sont
assignés pour 3 000 lt en Languedoc en 1544209. Il existe des fournisseurs réguliers de très
grande envergure que l’on peut considérer comme de véritables munitionnaires. Le mot,
qui se rattache aux « munitions », réserves constituées dans les villes, existe d’ailleurs
déjà : Balthazard de Lobye, Balthazard de la Chayne et Loys Grana, qui reçoivent 2 800
écus d’avances à l’automne 1537, sont désignés comme « marchants municionnier de
pain » dans le Sud-Est210. Pierre du Solier fournit de la viande aussi bien en Piémont en
1536 qu’en Champagne en 1544211. Urbain Pelloquin (ou Ploquin), qui approvisionne lui
aussi le camp champenois de 1544, est munitionnaire d’Ardres en 1558 212. Jacques Favier
est la cheville ouvrière de la fourniture aux places du Nord dans les années vingt : le
8 décembre 1522, il passe un marché pour alimenter pendant dix ans en vivres et
62

munitions Boulogne, Montreuil-sur-mer, Thérouanne et Hesdin213. Louis Varlet,


marchand de grain et trésorier de Saint-Quentin, approvisionne Laon en 1536, Guise en
1544 et s’engage à nourrir 35 enseignes d’infanterie le long de la Somme en 1558 214.
78 Il faut avoir les reins solides car, si une partie des fonds peut être fournie par la
monarchie lors de la signature du contrat, le reste n’est récupéré que très
progressivement et parfois seulement après apurement des comptes. Martin de Troyes, le
responsable de l’Extraordinaire des guerres, fait ainsi marché avec Melchior Borgarel (ou
Bourgarel). Il lui fournit 4 400 écus soleil, somme pour laquelle il a « pris bons pleiges et
cautions ». Le solde à verser ultérieurement est de 4 000 écus215. Bourgarel est un
Piémontais qu’on retrouvera comme fermier et qui prend de plus en plus d’importance, à
tel point qu’à la fin de 1548 il est qualifié de munitionnaire général du roi en Piémont 216. Il
faut souligner pour conclure que même les plus importants fournisseurs restent assez
étroitement contrôlés par le personnel monarchique et n’ont qu’une autonomie d’action
réduite, d’autant que les charrois semblent bien demeurer en dehors de leur activité, sauf
dans le cas de Bourgarel qui, en 1548, s’occupe aussi du transport du blé à travers les
Alpes217. Il m’est en revanche impossible en l’état actuel de chiffrer ce que représente
pour les caisses royales, hors les soldes, le ravitaillement. Il faudrait d’ailleurs y joindre le
coût, qui n’est pas évoqué ici, de l’armement et des munitions218. L’essentiel est très
probablement intégré dans les totalisations de l’Extraordinaire des guerres, en période de
conflit du moins.

C. Une charge de plus en plus lourde ?


1. Profil des postes de dépense

a. L’Ordinaire

79 Le poids essentiel est évidemment ici celui des compagnies d’ordonnance. Mais il faut y
inclure d’autres débours. Les mortes payes en premier lieu, qui représentent une charge
relativement stable. A partir de données portant sur une demi-douzaine d’années, on
obtient une fourchette allant de 40 000 à 85 000 lt. Trois années « reconstituées » sur cinq
fournissent un chiffre équivalent qui se situe autour de 74 000 lt et recoupe ceux des
prévisions de 1518 et 1523, respectivement 79 000 et 75 800 lt 219. Plus stable et plus réduit
encore est l’ordinaire de l’artillerie, avec ses 28 000 à 36 000 lt de dépenses annuelles 220.
80 Une mise au point sur la charge que représentent les gendarmes bute d’abord sur une
grosse lacune de dix ans qui correspond à la disparition des trésoriers des guerres. Pour
cette période « n’ont peu estre trouvez si promp-tement lesd. comptes, parquoy n’a peu
estre veriffié combien de lances et hommes d’armes ont esté paiez par chacune année ».
Pour le reste du règne, le nombre des lances est connu. Il a fallu se risquer, pour estimer
la valeur de cette unité, à des calculs un peu hasardeux. Par chance, les données
rassemblées sont cohérentes et permettent sans trop d’états d’âme de proposer un chiffre
de 94-95 lt par quartier jusqu’en 1533 et 111 à 113 lt progressivement ensuite221. Si l’on
applique, à titre expérimental, ce calcul d’ensemble à une unité précise, les résultats sont
un peu différents : dans la compagnie du seigneur de Bonneval, en partant des sommes
qui lui sont allouées, la lance « vaut » au deuxième quartier de 1535 105 1. 5 st, au
quatrième de 1537 et au premier de 1538 98 1. 1 st et au deuxième de 1538 99 1. 12 st 222.
Comment expliquer la disparité avec les 111 lt théoriques ? Tout d’abord, par la non-prise
en compte de frais généraux (prévôté, peut-être commissaires et contrôleurs des
63

guerres), mais surtout sans doute par l’incomplétude de la compagnie : mes calculs se
fondent sur son effectif théorique (40 puis 50 lances), mais qu’en est-il de son effectif
réel ? Notre source est muette là-dessus.
81 Il est malgré tout possible d’avancer des chiffres globaux, avec une marge d’erreur
réduite. Jusqu’en 1533, on dispose apparemment de totalisations de lances pour les
quartiers effectivement payés. On obtient alors le graphique suivant par année (en lt) :

Dépenses de l’Ordinaire

82 Je ne suis pas entièrement convaincu que les « lances » comptabilisées à partir de 1543,
avec leur belle stabilité annuelle bien éloignée de la période antérieure où les variations
entre les quartiers sont considérables, aient exactement la même signification comptable
que pour l’avant 1533. D’autant que la structure interne de la lance a évolué223. En s’en
tenant aux effectifs théoriques, on aboutit aux chiffres suivants (en lt) :

83 Il faut se contenter, pour l’heure, de ces ordres de grandeur.

b. L’Extraordinaire

84 Les données sur l’Extraordinaire des guerres du manuscrit français 4523 (f° 49-51) 224
posent aussi de sérieux problèmes. Il n’y a pas de difficultés majeures pour les premières
années ou l’après 1528, mais les années vingt, cruciales à bien des égards, sont d’un
maniement délicat. Les chiffres disponibles correspondent, non à des années comptables,
mais à des totalisations liées aux dates d’exercice des responsables successifs du poste. La
solution est alors d’avoir recours aux moyennes mensuelles pour visualiser l’évolution
(en lt)225 :
64

Dépenses mensuelles de l’Extraordinaire

85 Comment compenser l’absence de chiffres pour les comptes de Jehan Prévost (février
1522-janvier 1524) et pour l’essentiel de ceux de Gaillard Spifame (juin 1525-juillet 1528 ;
nous ne disposons que de 1525) ? Pour Spifame, on sait qu’il a reçu, en 1528, 1 255 820 lt
de l’Épargne ce qui, avec l’apport de la caisse des Parties casuelles, représente près de
1,4 million en sept mois (moyenne mensuelle : un peu moins de 200 000 lt) 226. Les héritiers
de Spifame affirment lors de son procès qu’il a brassé plus de sept millions de lt en tant
que commis à l’Extraordinaire des guerres227. Mais cela vise à obtenir des
remboursements de frais, indexés sur la quantité d’argent maniée, aussi ce montant
risque-t-il d’être exagéré. On obtient en effet une moyenne mensuelle de 190 000 lt sur 37
mois, ce qui paraît excessif car la deuxième moitié de 1525, l’année 1526 et même le début
de 1527 correspondent à une phase de moindre activité militaire228. Un ordre de grandeur
de cinq millions (1,4 en 1528, 2 en 1527 et le reste pour la période antérieure) semble plus
raisonnable229. Pour l’exercice Prévost, si les chiffres ponctuels abondent, une estimation
d’ensemble est encore plus fragile. Ici, l’Etat général de 1523 ne peut être d’aucun secours.
Pour la très difficile année 1521 (« alourdie » par deux hivers moins coûteux) la moyenne
mensuelle est de 300 000 lt alors que pour 1524-1525, y compris les mois qui suivent Pavie,
où les dépenses reculent à coup sûr nettement, elle atteint 250 000 lt. Il est donc
raisonnable de retenir un ordre de grandeur un peu inférieur, l’activité militaire
connaissant un certain tassement entre le printemps 1522 et l’automne 1523. À 200 000 lt
par mois sur 23 mois, cela donne 4,6 millions de lt pour combler la lacune documentaire.

2. Le coût des guerres : un bilan

86 Pour finir, après cette série de mises au point partielles, il faut se résoudre à risquer des
évaluations globales pour les cinq périodes de conflits. Seules leurs limites
chronologiques sont un peu modifiées, en l’occurrence étendues, non pas tant pour
permettre une utilisation plus aisée des données que pour prendre en compte les périodes
de paix armée qui enveloppent les phases d’opérations actives. Pour chaque ensemble, j’ai
donc additionné Ordinaire et Extraordinaire des guerres, marine et artillerie, en
procédant par estimation chaque fois que les chiffres manquaient.
65

87 La brève et victorieuse campagne de Marignan s’inscrit dans un épisode guerrier qui


couvre 1515 et 1516, dont le coût s’élève au moins à 7,5 millions de lt 230. Le poids de 1516,
au vu des chiffres disponibles, est équivalent à celui de 1515, alors qu’il n’y a pas
d’opérations militaires notables. C’est tout d’abord parce qu’une partie des dépenses
engagées ne sont sans doute réglées qu’alors. Ensuite, bon exemple de période de paix
armée, il y a toujours en Milanais des troupes nombreuses. Rappelons enfin que la guerre
est sur le point de reprendre au printemps 1516, avec la menace d’intervention de
Maximilien en Italie du Nord. C’est en fait l’absence de duel avec un « empire » tel que
celui de Charles Quint plus que la netteté de la victoire initiale qui explique le coût limité
de cette première campagne.
88 D’une autre ampleur est l’ensemble d’opérations qui vont de la déclaration de guerre de
1521 à la bataille de Pavie : les dépenses militaires sur une cinquantaine de mois
atteignent presque 20 millions de lt (18,5 à partir de totalisations grossières). L’effort
énorme, sur trois fronts, de la deuxième moitié de 1521, peut-être 600 000 à 700 000 lt par
mois, est impossible à renouveler ultérieurement. Le contraste entre 1521 et la suite
apparaît bien aussi pour l’extraordinaire de l’artillerie : 212 000 lt de dépenses en 1521,
101 000 lt seulement en 1523231.Signe révélateur, les gendarmes, qui ne sont pas une
dépense prioritaire, sont beaucoup mieux payés en 1523 qu’en 1521 où les versements
s’amenuisent à mesure que l’année s’avance232. De fait, si la défaite de La Bicoque en avril
1522 a sans doute une dimension financière, il n’en va pas de même pour Pavie, fruit
d’erreurs stratégiques et tactiques sur lesquelles il n’est pas nécessaire de s’étendre ici.
89 Après Pavie, il n’y a pas d’effondrement et, passée une période de récupération, un nouvel
effort militaire est entrepris : les opérations reprennent en 1527. De la mi-1525 à 1529,
date du retour à une paix que le traité de Madrid n’apporta guère, les dépenses se
montent peut-être à 11 millions de lt. Si le montant est bien en-dessous de celui du lustre
précédent, il faut rappeler que l’achat de l’alliance anglaise ou les subventions aux
princes italiens, que l’on retrouvera, pèsent alors lourdement.
90 Lorsque les hostilités reprennent en 1536, il est clair que l’effort principal doit être porté
sur un front unique. Malgré cela, il faut évidemment tenir partout à la fois et le Piémont,
qui est de l’automne 1536 à l’automne 1537 un front secondaire, coûte néanmoins
1,5 million de lt durant cette période233. En incluant l’année 1538, qui ressortit selon moi
largement de la paix armée, les charges totales dépassent 15 millions de lt.
L’approximation atteint ici son maximum pour l’Ordinaire, une moyenne assez arbitraire
de 2 700 lances ayant été retenue. En revanche, on entre dans l’ère des bons chiffres pour
l’Extraordinaire. Les succès français [défensifs en Provence (été 1536) et en Picardie
(1537), offensifs en Savoie-Piémont au printemps 1536 puis à l’automne 1537] doivent-ils
être rattachés à une (relative) bonne santé financière ?
91 Le conflit le plus onéreux, et de loin, est le dernier : de 1542 à 1546 sûrement plus de
30 millions de lt de débours. D’abord un seul adversaire, l’empereur, puis deux avec
l’intervention d’Henri VIII (1543), et un seul de nouveau à partir du traité de Crépy (1544)
et de la paix avec Charles Quint. Il est bien des façons de lire cette hausse : en moyenne
mensuelle tout d’abord, le niveau maximum du poste principal, l’Extraordinaire des
guerres, n’est en 1544, année la plus « chère », pas beaucoup plus élevé qu’en 1537 :
520 000 lt contre 440 000 lt. Mais c’est ici la durée qui fait la différence : la charge globale
est deux fois plus lourde qu’en 1536-1538, elle est 50 % au moins au-dessus de celle des
années 1521-1525. Les postes secondaires, artillerie et marine, deux armes de haute
technicité, prennent alors un poids accru (6 % en 1536-38, peut-être 15 % en 1542-46).
66

Même si le fardeau est déjà lourd, la rupture dans l’ampleur des dépenses se produit
seulement sous Henri II quand, à partir de 1552, celles-ci atteignent puis dépassent le
million de lt par mois234. A ce stade, en dépit de la solidité financière du royaume, la
banqueroute n’est plus très loin.
92 Il est vrai que, même en période de paix, les dépenses militaires se sont bien alourdies. Un
document non daté, très probablement de la deuxième moitié de 1547, nous fournit les
chiffres pour un mois d’Extraordinaire235. Ils se montent à 236 000 lt. Or, à l’exception
d’une expédition en Ecosse, présente ici pour quelques 51 000 lt, le royaume est en paix.
L’entretien des garnisons du Nord-Est et du Piémont n’en représente pas moins 180 000 lt
par mois, soit en sus de l’Ordinaire et de la marine, deux millions de lt par an. Les années
1531-1534 avec leur Extraordinaire symbolique sont loin ! Le retour en est rendu
impossible par l’occupation du Piémont et l’essor des places fortes.
93 Le coût de la sécurité augmente donc sensiblement à partir du règne de François I er, ce
qui accroît l’impact financier - et donc politique - de la monarchie sur la société française
236. Lourd en temps de paix, le fardeau l’est encore plus lors des guerres. S’il est aisé de

lever des troupes, leur maintien en campagne est beaucoup plus problématique237. Les
stratèges sont alors confrontés en permanence à une délicate alternative. Soit on décide
d’utiliser rapidement les troupes levées, car elles coûtent fort cher : il faut agir, refuser
les trêves « que nous ne pouvons goûter, attendu la dépense où le Roi est »238, et chercher
la confrontation. On se heurte ici à un obstacle d’un autre genre : la bataille fait peur, car
elle est trop risquée, comme en témoigne, exemple ressassé, l’épisode de Monluc au
Conseil qui précède Cérisoles. On ne s’y résout que poussé par la nécessité : c’est le risque
de dislocation de l’armée impériale qui convainc, début 1525, ses chefs de chercher le
contact239. Soit on décide de faire durer le plus possible, avec l’espoir plus ou moins
exprimé que l’armée de l’adversaire, faute de vivres et d’argent, finira par se dissoudre la
première. C’est, à la veille de la bataille de Pavie, le projet de ceux qui, dans le camp
français, veulent se retirer dans Milan. Ils affirment que « l’armée impérialle se
consommeroit par faulte de payement car, faillant la paye, les vivres faillent »240. D’où
l’importance des places fortes dans cette guerre d’usure où la figure du siège, de Mézières
à Metz, prend tout son sens. Mais, bataille ou guerre d’usure, le vainqueur n’est jamais en
mesure d’exploiter pleinement son succès, le cas de l’après-Pavie étant ici le plus net. Et
ce en particulier pour des raisons financières. La place est nette alors pour la diplomatie.

III. Une diplomatie onéreuse


94 En fait, on le sait bien, les diplomates n’attendent pas que le bruit des armes s’apaise pour
entrer en lice : activités guerrières et diplomatiques se mènent traditionnellement de
front. Aussi les négociations internationales, quelle que soit leur nature, entretiennent-
elles des liens organiques avec les opérations militaires. Il peut s’agir en premier lieu de la
mise sur pied d’un processus de paix, des difficiles marchandages qui aboutissent à la
« Paix Perpétuelle » aux âpres discussions de la paix des Dames et de la rançon. Mais la
diplomatie est parfois, a contrario, un moyen de conduire la guerre par tiers interposés,
comme dans le cas des subsides du traité de Cognac, ou une arme pour continuer à se
battre dans de moins mauvaises conditions, à l’image des efforts en direction des
Ottomans dont l’alliance de revers peut soulager le royaume.
67

A. Négocier
1. Les ambassades

95 Pour mener une diplomatie active, il est nécessaire d’entretenir un personnel abondant et
compétent, qu’il faut fournir d’argent pour lui permettre d’une part d’assurer ses tâches
de représentation et d’autre part d’atteindre ses objectifs. La Renaissance correspond à la
diffusion en Europe, à la suite de l’Italie, du statut d’ambassadeur permanent ou quasi
permanent. Louis XII se fait ainsi représenter à Rome et Venise, en Espagne et aux Pays-
Bas241. Sous François Ier, le cas le mieux étudié est celui de l’installation en Suisse autour
de 1521 d’un résident basé à Soleure242. La stabilisation des relations entre la monarchie
française et les Cantons ainsi que l’étroitesse des liens financiers imposent une attention
constante aux dossiers et une présence régulière aux diètes. Celle-ci est d’ailleurs parfois
assurée par un ambassadeur spécifique, l’existence d’un agent fixe ne faisant pas
disparaître la pratique des ambassades extraordinaires243. Le coût d’une représentation
diplomatique permanente est difficile à évaluer. En Suisse, il dépasse certainement les
400 lt mensuelles qui constituent les gages du résident en 1538244. Pour l’ambassade de
Rome, un justificatif de dépense portant sur le premier trimestre de 1537 atteint 6 300 lt,
ce qui ferait plus de 25 000 lt pour l’année245. Malgré l’importance de leurs fonctions, les
diplomates sont parfois jugés trop gourmands. L’ambassadeur de Selve qui accompagne le
pape à l’entrevue de Nice dépense 50 lt par jour quand l’objectif royal est de limiter à 20 lt
ses débours quotidiens246. Entre l’agent diplomatique et ses fonds, la course est
permanente : voici Saint-Blancard en route vers Constantinople, auquel Tournon tente
avec difficulté de faire suivre une partie de son assignation : avant même d’avoir
commencé sa mission, Saint-Blancard a déjà des problèmes d’argent247…
96 Le poste de dépense intitulé « voyages, ambassades, chevauchées et messageries » connaît
une telle croissance dans le manuscrit français 17329 (f° 92) qu’elle peut paraître sujette à
caution : de 10 000 lt en 1515 et 15 000 en 1516, on monte jusqu’à 192 000 en 1545 et
368 000 en 1546, après une étape au milieu du règne à 34 500 en 1530 et 49 000 en 1531.
Les 35 000 lt assignées sur l’Épargne en 1528 et l’estimation vénitienne de 70 000 lt pour
1537 s’inscrivent certes dans cette courbe ascensionnelle248, mais le terme semble très
élevé. D’autant qu’une autre série qui nous fournit le montant des ambassades, voyages et
chevauchées sous Henri II se tient dans une fourchette étroite : 143 000 lt (1550) à
175 000 lt (1549)249. Il est vrai que l’hétérogénéité des sources et le caractère composite du
poste concerné interdisent un jugement définitif. Il me semble possible que les écarts
proviennent de l’intégration ou non de certains dons à finalité diplomatique, comme ceux
qui sont destinés aux ambassadeurs étrangers. Le 23 novembre 1541, « Guillaume Har-
nard » ambassadeur d’Henri VIII qui regagne son pays, reçoit ainsi du roi de France 1 000
écus « afin qu’il se rescente de sa libéralité et que, à son retour aud. pays d’Angleterre, il
soit plus inclin à l’entretenement de l’amytyé et alliance » entre les deux rois250. Toute
politique pacifique passe par le vieux système du don et du contre-don, avec ce que cela
suppose de dépenses somptuaires.

2. Les entrevues

97 Les rencontres au sommet entre souverains constituent évidemment la plus éclatante des
occasions pour une telle politique. Ici, il n’est plus question de regarder à la dépense.
L’amélioration des relations avec Charles Quint, après le chassé-croisé de Nice, se traduit
68

par l’entrevue d’Aigues-Mortes à la mi-juillet 1538. « A cause de la despence qui se pourra


faire à ceste veue du Roy et de l’empereur », le trésorier de l’Épargne est « en grande
nécessité d’argent ». Aussi les clercs des diverses recettes générales doivent-ils faire
diligence pour aller vers lui251. La visite de 1539-1540 est plus onéreuse encore. Lors d’un
conseil tenu à La Fère le 23 janvier 1540, trois jours après que Charles a pris congé de son
hôte à Saint-Quentin, on évalue « pour le moins » à 200 000 lt les « bagues, draps d’or et
de soye achaptées pour le Roy durant le passaige de l’empereur et autres despences
restants d’icellui pas-saige » qui n’ont pas encore été payées252. Le séjour de l’empereur à
Paris achève par ailleurs de convaincre le roi de la nécessité de réaménager le Louvre
pour disposer d’une résidence agréable dans la capitale.
98 Le modèle des entrevues reste le camp du Drap d’or (juin 1520) entre Henri VIII et
François Ier. Il est difficile de fournir un chiffre global, mais à partir d’indications
partielles, une estimation de 400 000 lt de dépenses ne paraît pas excessive. La
préparation matérielle nécessite un emprunt de 200 000 lt sur la place lyonnaise.
D’ailleurs le remboursement de 124 099 lt correspondant à l’achat de draps d’or et de soie
en prévision de la « veue d’Ardres » n’est toujours pas achevé en 1543253. Le maître de la
chambre aux deniers, qui a un compte particulier pour ses débours du camp du Drap d’Or,
y mentionne une dépense de 30 290 lt, essentiellement destinée aux banquets254. Enfin la
Normandie aurait à elle seule déboursé 99 100 lt pour le financement de la rencontre255.
L’entrevue de Boulogne en 1532 est moins coûteuse, puisqu’elle n’atteint « que » 86 469 lt
de dépenses sur le compte de l’Épargne de cette année-là256. Il n’est pas nécessaire de
s’attarder sur l’évidente signification politique que revêt l’étalage d’un faste très codé et
de la richesse d’un monarque257. Le luxe est au service d’un projet dont les mécomptes
diplomatiques sous François Ier donnent à penser qu’il n’était pas sans défauts.

3. Un cas particulier : la campagne pour l’Empire

99 On peut sans doute en dire autant de cette opération exceptionnelle qu’est la candidature
de François Ier à l’élection impériale. Elle informe toute l’activité diplomatique des années
1517-1519. Seuls les aspects financiers nous retiendront ici258. Au plus fort de la
campagne, au printemps 1519, les envoyés français en Allemagne auraient reçu 407 000
écus259. Tout le problème est de savoir si et comment cet argent a été dépensé. Je me
contenterai d’insister sur certains aspects moins souvent mis en avant. Tout d’abord, il
existe à partir de 1516 une véritable diplomatie des pensions à destination de l’Allemagne
260
. Le montant exceptionnel atteint par ce poste de dépense en 1517 et surtout en 1518
n’est sûrement pas sans rapport avec la campagne électorale, ouverte bien avant la
disparition de Maximilien. Ensuite, parallèlement aux efforts diplomatiques, François ne
néglige pas la dimension militaire : pour « donner ayde, faveur et assistance ausdicz
électeurs et rendre leurdicte élection paisible et pacifique », il a « arresté dresser et
mettre sus une armée »261. Aussi n’est-on pas surpris de voir l’Extraordinaire des guerres
doubler entre octobre 1517-septembre 1518 et octobre 1518-septembre 15 1 9262. Et on
peut se demander si une partie des 407 000 écus déjà évoqués n’était pas destinée à solder
des troupes.
100 Pensions et frais militaires ont donc dû peser sur l’État général, mais on a sans doute trop
écrit que la politique à destination des électeurs avait été très naïve, distribuant du
comptant là où Charles Quint faisait des promesses. Le roi lui aussi appâte les électeurs
avec des rentrées à venir. Il garantit aux princes allemands non seulement des dons, mais
69

aussi des pensions viagères, bien peu assurées de durer en cas d’élection de Charles 263.
Mieux encore : en septembre 1518, négociant avec quatre électeurs, il donne pouvoir à ses
ambassadeurs « de promettre faire donner, le cas avenant et le service fait, à l’archevêque de
Mayence trente mille écus et aux trois autres à chacun dix mille écus et huit cens écus de
pension »264. Il est clair que le gouvernement royal tient à prendre un minimum de
précautions… On retrouve cette insistance sur les promesses au début de 1519265. Ce n’est
que peu avant le scrutin que Barrillon se met à parler de dons, parmi les « grans frais
pour le faict dudit empire », qui incluent les « voiages des ambassadeurs » et d’« aultres
fraiz nécessaires » concernant peut-être les initiatives militaires266. C’est un dernier
effort, tardif et maladroit, brouillon sans doute parce que presque désespéré. Après le
scrutin, le roi est « desplaisant et non sans cause car, à la poursuicte, avoit faict grandes
despences »267. Malgré cela, l’assertion selon laquelle François Ier était prêt à dépenser un
an de revenus pour voir la couronne impériale sur sa tête ou sur celle d’un ami peut
aisément relever de l’intoxication, procédé classique en pareille circonstance268. Sans
doute le roi s’est-il pleinement engagé en cette affaire mais, en définitive, la vision
caricaturale trop souvent répandue de son action doit être nuancée. Même s’il n’était pas
pour Charles un rival aussi dangereux qu’on le dit parfois, son intervention a au moins
contribué à faire monter les enchères parmi les électeurs et elle a obligé Charles à apurer
au prix fort le contentieux financier accumulé au temps de Maximilien269. C’est un bon
moyen pour handicaper financièrement l’empereur nouvellement élu durant quelque
temps.

B. Le coût des alliances


1. Les Suisses

101 Outre des tentatives ponctuelles - telle la campagne pour l’Empire - pour constituer un
réseau de soutien international, le règne de François Ier est marqué par un investissement
massif, au sens financier du terme, dans une politique d’alliances stables. La réussite la
plus spectaculaire est sans aucun doute la « Paix perpétuelle » avec les Cantons suisses.
Pourtant, en 1515, ceux-ci sont au premier rang des adversaires de la France. Mais
l’exploitation diplomatique exemplaire qui suit la campagne de Marignan permet de
liquider l’essentiel du contentieux. Si l’accord de Gallarate/Galleras, à la veille de la
bataille, est resté lettre morte, un premier traité avec huit cantons est conclu à la fin de
1515. Après une année entière de tractations délicates, un traité définitif avec les treize
Cantons est signé à Fribourg le 29 novembre 1516. Il coûte au Trésor royal la coquette
somme d’un million d’écus : 300 000 pour indemniser les Suisses de leur campagne de
1515, autant pour la restitution de places qu’ils tiennent en Valteline et 400 000 pour les
frais de l’expédition bourguignonne de 1513 qui avait abouti au siège de Dijon. En fait, sur
cette dernière somme, la moitié a déjà été versée en janvier 1516270. Sans connaître
parfaitement le détail des paiements, on a la quasi-certitude qu’ils sont effectués assez
rapidement. En mars puis en octobre 1517, les Suisses passent quittance pour 200 000
écus ; en juin-juillet 1518, il n’est plus question que de 325 000 lt à fournir, soit un sixième
du total271. La « Paix perpétuelle » établit aussi un système de pensions. Ce n’est pas la
première fois que la monarchie française a recours à ce procédé. Louis XI et surtout Louis
XII avec le traité du 14 mars 1499 ont montré la voie272. Les pensions fixées en 1516 sont
d’ailleurs réévaluées en 1521. Certains cantons bénéficient, pour des raisons politiques ou
financières, d’un traitement de faveur273. Aux pensions générales, il faut ajouter celles qui
70

sont destinées à des particuliers, spécialement à des membres de l’oligarchie urbaine et à


des cadres militaires, auxquelles s’ajoutent des cadeaux, comme ces trois chaînes d’or,
l’une à destination de la femme du « seigneur Artistin, advoyer de Lucerne » en 1525 et les
deux autres pour l’« advoy » du canton de Fribourg en 152 7274.
102 Le montant annuel que représentent toutes ces pensions est estimé par Martin Körner, à
partir essentiellement de sources suisses, à 40 000 à 50 000 écus en moyenne annuelle au
cours du siècle275. Les données françaises dont je dispose m’incitent à penser que ce
montant est sous-estimé. En 1535, l’ambassadeur Marino Giustiniano évalue à 60 000 écus
par an les pensions suisses ; en 1537 François Giustiniano avance le chiffre de 200 000 lt 276
. Surtout, un document fournit l’ensemble des recettes du service de la « trésorerie et
pensions des Ligues » suisses277. Pour la période 1516-1546, cela représente un peu plus de
quatre millions de lt, soit une moyenne annuelle de 130 000 lt, supérieure de 50 % aux
données de Körner. On peut tenter de rapprocher les points de vue en rappelant que les
comptes de la trésorerie incluent certainement des dépenses de fonctionnement et que
rien n’interdit par ailleurs, comme ce sera la règle plus tard, que ce poste dissimule des
débours sans grand rapport avec les treize Cantons. Hormis d’éventuels envois en
Allemagne, dont on a quelques indices278, cette dernière hypothèse paraît néanmoins peu
fondée pour la première moitié du XVIe siècle. Je pense en revanche qu’outre les
versements convenus, la monarchie française répand en Suisse un argent plus ou moins
occulte, non sans perturber la comptabilité, car « tel avoit esté paie qui devoit ne l’avoir
esté », d’où de redoutables difficultés pour l’apurement des comptes279…
103 Le paiement des pensions se fait à peu près régulièrement sur l’ensemble du règne et, au-
delà, sur le siècle, jusqu’en 1588 du moins280. Dans le détail, il y a bien sûr des ratés. Fin
1537, Tournon et le chancelier sont ainsi priés d’« entretenir et faire bien traiter les
suysses venant à Lyon [pour les pensions] en actendant que vous ayez de quoy leur faire
meilleur payement »281. Les années 1527-1532 sont particulièrement délicates. La rivalité
des assignations, la guerre d’abord, la rançon ensuite, joue au détriment des Suisses :
« Quand il y a ung escu prest es mains des recepveurs généraulx, il est prins disant que
c’est pour employer à d’autres affaires plus urgens et nécessaires » se plaint le
responsable des paiements aux Cantons. Il écrit dans une autre lettre : « Il y a gros
mutinement par les ligues à faulte de payement »282. En 1532, la réputation du roi est
tombée au plus bas et les relations franco-suisses traversent une très mauvaise passe 283.
Aussi est-il besoin de remettre à plat l’ensemble du dossier. Duprat affirme alors : « Selon
mon petit adviz, me semble qu’on ne leur doit plus bailler aucune chose jusques à ce que
le Roy scaura la vérité et aura entendu comme il est avec eulx »284. En fait, le flot d’argent
ne s’interrompt jamais complètement et bientôt, le contentieux réglé, vient le temps des
doubles pensions pour éteindre les créances accumulées par les Cantons285.
104 Les pensions ne constituent qu’une partie des fonds destinés aux Suisses. Les accords de
1516 et 1521 permettent au roi de France de lever des mercenaires dans les Cantons et il
ne s’en prive pas. La « fourchette » fixée par la « Paix perpétuelle » est de six mille à seize
mille hommes. Aussi quand en décembre 1521 le Bâtard de Savoie se rend en Suisse avec
150 000 écus, il s’agit pour lui de lever des troupes tout en honorant les engagements
financiers des traités286. Après les campagnes, malgré la priorité accordée aux paiements
des mercenaires, les arriérés de soldes sont souvent importants. En mai 1523, 415 000 lt
« deubz en Suysse à cause du voyage de Pycardie et de Millan » sont assignées au commis
à l’Extraordinaire des guerres287. De la Saint-Jean à la fin d’octobre 1525, les Cantons
reçoivent 336 000 lt qui correspondent sûrement pour l’essentiel à des règlements de frais
71

militaires288. Rien ne permet d’affirmer qu’une partie de ces soldes transite par la
trésorerie des Ligues, mais la confusion de ce poste avec celui de l’Extraordinaire des
guerres sous un même titulaire comme dans le cas de Jehan Prévost en 1522-1524 ne
facilite pas les choses.
105 Les récriminations françaises sont nombreuses au sujet des exigences financières des
Cantons. Les Suisses « ne sont pas honteux à demander » constate Barrillon en 1516. Ils
demandent tant d’argent et sont si peu raisonnables qu’il est quasi impossible de les
satisfaire, affirme Montmorency en 1521289. D’où une réputation solidement établie de
rapacité : les Suisses, juge Duprat, ne feront pas de difficulté à être payés malgré un
pouvoir non cacheté, « d’autant que, quant il est question de prendre argent, ne
regardent s’il y a pouvoir pour le bailler »290. Pour autant, on essaie de les satisfaire du
mieux possible car ils demeurent des alliés précieux. La charge financière qu’ils
constituent est le plus souvent présentée comme une « partie forcée »291 et le paiement
des Suisses conditionne largement la conservation des possessions italiennes.
106 La dépendance française vis-à-vis des Cantons paraît donc nette. Mais il me semble que
l’on peut mener une analyse du même ordre dans l’autre sens. L’alliance française si
profitable aux Suisses devient vitale pour le bon fonctionnement socio-économique du
pays. Le « contrat de travail collectif », pour reprendre une expression de Martin Körner
(p. 409), que constitue l’institutionnalisation du mercenariat suisse est une bouffée
d’oxygène en un temps de surpeuplement relatif et de difficultés alimentaires croissantes.
A l’exportation des hommes correspond la rentrée des fonds, même si les bénéficiaires
principaux ne sont évidemment pas les obscurs piquiers et hallebardiers qui servent
François Ier. Il faudrait certes affiner les données, car les cantons catholiques sont plus
dépendants que ceux qui sont passés à la Réforme, et la Suisse centrale « qui pratiquait la
quasi « monoculture » du service étranger », plus impliquée que Zurich292. L’existence
d’un parti français dans nombre de cantons n’a donc rien d’étonnant. On les retrouvera
prêtant au roi car, au rebours de l’adage, il est parfois possible d’avoir et l’argent et les
Suisses. D’ailleurs l’ambassadeur impérial constate en 1533 que les créances suisses sur le
roi de France sont pour ce dernier un excellent moyen de retenir les Cantons dans son
alliance car un changement de camp entraînerait un trop lourd manque à gagner293.
Aussi, à partir de la fin des années vingt, si en plusieurs occasions d’autres urgences
obtiennent la priorité sur les paiements suisses, c’est que la dépendance financière des
Cantons permet ce procédé294. Mais, à terme, François Ier règle effectivement ses arriérés
et apparaît comme un bon débiteur. Ainsi, pour certains cantons qui n’équilibrent leur
budget que grâce aux subventions royales, le terme d’Etat-client n’est peut-être pas trop
fort.

2. Les paiements anglais

107 L’argent destiné au roi d’Angleterre se situe dans un contexte politique très différent. Les
travaux de Charles Giry-Deloison constituent une mise au point solide sur ce dossier et je
me contenterai de reprendre ses conclusions295. Le versement de pensions est une
constante depuis le traité de Picquigny. Toute une série d’accords qui visent à la fois à
apurer les créances accumulées du souverain anglais et à mettre au point de nouveaux
prélèvements sont signés au long du règne de François Ier en 1518, 1525, 1527, 1529, 1530
et, pour finir, en 1546. Outre les pensions, qui forment l’essentiel, certains traités incluent
le rachat par la France de places prises par les Anglais, Tournai en 1518 et Boulogne en
1546. Cette politique de versements importants n’est rendue possible évidemment que
72

par l’existence de longues périodes de paix entre les deux royaumes. Charles Giry-
Deloison, après une minutieuse étude, évalue l’ensemble des versements destinés à Henri
VIII au cours du règne de François Ier à 1 784 643 écus. Mais ce chiffre, dans sa précision,
ne doit cependant pas faire illusion : les dépenses françaises vont au-delà de ce qui est
versé au monarque anglais. Il faut y ajouter tout d’abord les frais d’achat d’écus, de
transport et de gestion. Or, comme l’affirme Charles Giry-Deloison, « il est impossible,
compte tenu de la documentation lacunaire dont nous disposons, de chiffrer ces dépenses
supplémentaires (…) mais il est certain qu’elles s’élevèrent à plusieurs centaines de
milliers de livres ». Et il faut encore tenir compte du remboursement de la dot de la reine
Mary et des pensions versées à des Anglais influents, au premier rang desquels figure
Wolsey. Ce dernier poste représente pour le règne 232 235 écus pour 22 pensionnaires.
L’ensemble des dépenses dépasse donc nettement les deux millions d’ècus soit, sans
s’embarrasser trop avant dans les conversions monétaires, quelque quatre millions de lt
au moins. Le souverain anglais et ses proches s’y entendent donc fort bien pour faire
fructifier leur politique internationale…

3. Les autres alliances et accords

108 Bien d’autres États entretiennent avec la France des relations diplomatiques qui se
traduisent par des ponctions financières. Certains, comme l’Ecosse, sont des alliés de
longue date. L’existence de relations étroites entre les deux pays entraîne toute une série
de dépenses, guerrières ou pacifiques. Le soutien militaire se manifeste par l’envoi
d’armes (huit mille piques en 1522) ou de contingents de soldats (en 1523, en 1545) 296.
L’entente politique est symbolisée par le mariage, le 1er janvier 1537, du roi d’Ecosse avec
Madeleine, fille de François Ier. La mise au point de la dot, les frais du séjour en France de
Jacques V, l’équipement des navires qui escortent la nouvelle reine vers son royaume,
tout cela coûte cher297. Et pour un maigre profit diplomatique car Madeleine meurt au
bout de quelques mois.
109 Tout autre est le contexte italien, où la diplomatie française joue sa partie sur un
échiquier politique particulièrement complexe. Il est une époque privilégiée pour
observer comment les subsides aux alliés relaient l’activité militaire directe : c’est celle
des débuts de la ligue de Cognac. Dès juin 1525, la Régente promet 40 000 écus de soutien
mensuel pour Venise et le pape s’ils acceptent de se déclarer contre Charles Quint 298. On
retrouve dans l’accord de Cognac (22 mai 1526) ce subside qui devra permettre de lever
des troupes suisses. La correspondance du temps fourmille alors d’allusions aux « payes »
que François Ier est tenu de faire parvenir chaque mois en Italie299. Le roi évalue sa quote-
part mensuelle à 150 000 lt au début de 1527300. La trêve conclue entre le pape et
l’empereur impose une redéfinition des charges au sein de l’alliance (traité de Vincennes,
27 avril 1527). Bientôt l’armée française entre directement en lice. Tenu hors d’Italie
après 1529, à l’exception du Piémont, François Ier cherche à intervenir en fournissant des
fonds aux ennemis de l’empereur et de ses fidèles, en particulier aux fuorusciti florentins.
En 1537 est prise la décision de fournir 20 000 écus à Filippo Strozzi301. L’année suivante,
le soutien de la France à l’entreprise menée contre Cosme de Médi-cis coûte au Trésor
7 914 écus, suivant un compte qui est peut-être partiel302. Pour ces opérations, le relais de
la place lyonnaise s’impose : en 1544 un agent des Médicis constate que Piero Strozzi est
remboursé à Lyon de la majeure partie des fonds qu’il a investis dans la levée d’une petite
armée303.
73

110 L’effort se porte aussi en direction de l’Allemagne. En 1528, le gouvernement français


tente même de faire participer les Vénitiens à une contribution pour soutenir les
opposants allemands à Charles Quint304. Il s’agit aussi bien de princes passés à la Réforme
que de catholiques. Le discours, axé sur la défense des « libertés germaniques », est en fait
nettement orienté contre l’empereur et son frère Ferdinand. En 1532-1534, parallèlement
à une tentative de conciliation religieuse, le soutien se fait particulièrement actif. Le
principal agent français est alors Guillaume du Bellay305. Cette intervention entraîne le
versement en 1534 d’un important subside secret de 100 000 écus et le recours à un
moyen original de financement : l’achat à réméré du comté de Montbéliard et de la
seigneurie de Blamont pour 125 000 écus par le roi et de trois autres seigneuries par
Chabot pour 62 000 écus306. Tout l’argent versé par la France n’est sans doute pas récupéré
lors des rachats. Ulrich de Wurtemberg s’engage à payer 50 000 écus pour le comté de
Montbéliard le 3 avril 1535, mais cette rétrocession se fait, d’après les du Bellay « à trente
ou quarante mille escuz près »307. En mai 1538 les princes allemands doivent encore pour
cette affaire 100 000 écus au Trésor royal308.
111 Nombreux sont en définitive ceux qui bénéficient des largesses françaises, pourvu qu’ils
soient disposés à contrer Charles Quint, du duc de Gueldre à Jean Zapolya309. Dans le
compte des dépenses de l’Épargne de 1532, les charges diplomatiques, sans les Suisses et
les Anglais, représentent 125 000 lt, coût des ambassades inclus. Un tiers du montant total
constitue une subvention au roi de Danemark, un autre tiers est destiné à l’Allemagne et
le reste s’éparpille entre Italie, Portugal, Ecosse et Transylvanie310.
112 Pour finir, il faut souligner que, si la diplomatie de la France dans son face-à-face avec
Charles Quint lui impose un lourd fardeau financier, il est de rares circonstances où
l’argent circule dans l’autre sens. La cession des droits sur Naples, dans la perspective du
mariage de Charles avec une fille de France, négociée à Noyon en 1516, rapporte 300 000
écus, car le futur est tenu de verser une rente annuelle de 100 000 écus jusqu’aux
épousailles. Les versements, irréguliers, s’interrompent en fait lors de la guerre, en 1521
311. Profitable est aussi le mariage d’Henri avec Catherine de Médicis en 1533, car l’épouse

est dotée de 292 500 lt 312. Ainsi les alliés italiens, ici le pape, peuvent-ils parfois alimenter
les caisses. Autre allié (aux deux sens du terme), Alphonse d’Esté, qui contribue à la fin de
1527 au financement de l’armée de Lautrec, pour la modeste somme de 6 000 ducats par
mois313. Mais l’argent a, en ce sens aussi, du mal à parvenir à ses destinataires. Alors que
Lautrec est devant Naples, Venise a accumulé 60 000 ducats d’arriérés sur sa quote-part
arrêtée lors de la signature du traité de Cognac314. Henri VIII lui-même met à l’époque la
main au gousset pour épauler son allié français, comme le stipulent les divers traités
conclus en 1527. L’effort global atteint 407 910 écus. Cependant, comme il s’agit pour une
part de remises de pensions, les versements effectifs du souverain anglais en 1527-1528 ne
se montent qu’à 168 438 écus315.

C. Problèmes financiers
1. Le prix de la paix : la rançon de François Ier

113 La rançon imposée au roi de France par la paix des Dames est une charge exceptionnelle
par son ampleur316. Elle n’a cependant pas eu l’importance fiscale de celle qui fut payée
après la capture de Jean le Bon. Prix de la paix, cette énorme somme est paradoxalement
une conquête diplomatique française qui vise à compenser l’abandon de ses prétentions
bourguignonnes par Charles Quint. En effet, si l’usage de la rançon reste une pratique
74

courante au XVIe siècle, pour François Ier capturé à Pavie, l’empereur en exclut d’abord la
possibilité. Le traité de Madrid n’y fait pas allusion. Il faut de longues tractations et la
reprise des hostilités pour parvenir à un accord en 1529 : le montant est fixé à deux
millions d’écus au soleil et un versement comptant de 1,2 million d’écus - que les Français
ont vainement espéré limiter à 800 000 écus - permettra seul la libération des deux fils
aînés du roi, otages en Espagne depuis 1526, et la venue en France de la nouvelle épouse
de François, sœur de Charles. Le reste de la somme, qui comprend la prise en charge par
la France des dettes impériales envers Henri VIII, sera payé progressivement 317. Deux
millions d’écus représentent alors sept tonnes d’or. Lors de l’échange, le premier juillet
1530, des sacs d’écus contre les deux princes et la reine, les 4,2 tonnes d’or fournies sont
presque équivalentes aux arrivées d’or du Nouveau Monde de la décennie 1521-1530 318. Il
s’agit, sauf erreur, du plus important transfert de fonds du temps, et de loin.
114 Il n’est pas nécessaire ici de s’étendre sur l’organisation des paiements mise en place dans
le royaume. En raison de la spécificité de la demande, tous les groupes sociaux sont
financièrement sollicités. Le versement des 1,2 million d’écus devient une véritable
obsession au printemps 1530. François Ier est prêt à céder aux exigences de dernière
minute des Impériaux et affirme à Tournon et Montmorency : « Povez estre asseurez que,
avant que dillayer icelle délivrance, ilz ne scauroient demander chose que je ne leur
accorde »319. Les divers retards ne font qu’accroître l’impatience du roi qui donne la
priorité absolue au règlement de cette somme et écrit à ses envoyés :
« Après que vous aurez le principal des douze cens mil escuz et ce que vous sera
nécessaire pour le demourant, je dresseroy mon estât sur les restes et plus valleurs
pour Suisse, Angleterre et autres plusieurs parties forcées qui sont icy à demander
argent chacun jour, à quoy n’ay voulu entendre en façon du monde quelque chose
que l’on m’ait sceu dire, jus-ques à ce que soyés satisfaictz du nécessaire » 320.
115 Mais une fois effectué ce versement, le règlement des 800 000 écus du solde grève encore
les finances royales pendant au moins trois ans. D’autant que des problèmes internes,
comme la désorganisation de la recette de Languedoïl en 1531 avec la fuite du receveur
général Sapin, empêchent de payer aussi vite que prévu321. En octobre 1533 encore, ce
sont près de 150 000 lt qui sont remises à l’empereur322. Mais lorsque Charles Quint
demande en 1532 des subsides à François Ier pour la lutte contre les Turcs, ce dernier a
beau jeu de lui répondre qu’il a l’argent de la rançon « qui luy devoit suffire »323.

2. Les aspects monétaires

116 On le devine aisément, une telle saignée de métal jaune n’est pas sans poser de sérieux
problèmes monétaires. En fait cette remarque vaut pour toute la politique des subsides et
des versements à l’étranger. En période de valorisation de l’argent, en 1515-1516, le prix
de l’or augmente dans le royaume, « preuve que la France voulait de l’or, en avait besoin
pour mille motifs »324. Parmi ceux-ci, comment ne pas penser aux exigences anglaises,
suisses ou impériales de l’heure, sans parler, bien sûr, de la guerre elle-même ? L’urgence
internationale conduit parfois à fabriquer des espèces spécifiques. Le 18 mai 1519, alors
que la campagne pour l’Empire bat son plein, on décide de frapper des écus d’or de
qualité inférieure et ce de façon momentanée : l’ordonnance royale n’est promulguée que
« pour brief temps » (juin et juillet)325. Mais cette initiative arrive bien tard…
117 Il est aussi souvent nécessaire d’accepter voire d’acheter des écus au cours marchand,
légèrement supérieur au cours officiel des espèces326. En avril 1530, lors du
rassemblement de la rançon, le roi constate que « si quelqu’un s’en trouvent, il y a gros
75

foiblage et les fault achapter bien chers »327. La monarchie, ce faisant, prend de la distance
par rapport à ses propres ordonnances, qui sanctionnent le non-respect du cours légal.
Deux témoins viennent ainsi certifier devant notaire que celui qui était commis aux
paiements anglais en 1525
« a converti grande quantité de monnoye du coing de France en escuz d’or au soleil
à quarente ung sol tournois chacun escu [cours légal : 40 st] qui est le cours et pris
auquel ilz se mectent et distribuent ordinerement à présent en cested. ville de
Paris, et le scavent parce que quant on envoyé à la boucherie ou au marché ung
escu sol., ceulx de qui on prent cher ou autre marchandise en baillent le Retour aud.
pris de XLI st »328.
118 Mais, une fois sorti du royaume, l’écu peut retrouver sa valeur légale. Deux autres
témoins attestent qu’en Suisse, ils ont toujours « veu mectre les escuz soleil pour
quarente solz tournoys seullement ; (…) durant lesd. années [1526-1529] ilz ne se
mectoient à plus hault pris », y compris « en payement pour les affaires du Roy »329. Cela
entraîne une perte pour le Trésor royal qui a dû acquérir une partie de ses écus à un cours
marchand supérieur. Mais le jeu sur les parités est parfois plus complexe encore. Dans un
acte de 1518, à une date où le cours de l’écu est déjà de 40 st, des pensions
(vraisemblablement à destination de particuliers anglais) sont acquittées sur la base du
cours légal précédent, valable jusqu’au 27 novembre 1516, soit 36 s. 3 dt l’écu. Le même
acte comprend la mention de sommes destinées au roi d’Angleterre, au cours arbitraire
de 38 st l’écu330. Celui-ci a été déterminé dans l’accord qui a conduit à ces versements, le
traité du 7 août 1514.
119 Si les dossiers suisses et anglais, balisés par des accords connus et des travaux solides,
permettent des estimations valables, l’argent déversé en Allemagne et en Italie est
beaucoup moins aisé à percevoir. « Nous avons peine à évaluer le coût de la candidature
malheureuse de François Ier à l’élection impériale de 1519 et, davantage, le prix de l’appui
donné aux princes allemands de la Ligue de Smalkalde (1529) jusqu’à la paix d’Augsbourg
(1555) »331. Peut-être un travail spécifique parviendrait-il à des résultats chiffrés,
indispensables pour saisir pleinement les enjeux de la circulation de l’« argent politique »
dans l’Europe du temps. Quel qu’en soit le montant précis, une chose est sûre : le royaume
de France fait figure de « château d’eau » financier duquel s’écoulent vers toute l’Europe
des sommes considérables. François Ier est bien conscient que la paix est coûteuse, lui qui
évoque les « premiers frais de la paix, qui ont bien équipollé à la mise d’une grosse
guerre »332. Incontestablement cette capacité de la monarchie à mobiliser beaucoup
d’écus au service de sa diplomatie a été aussi une arme de poids dans l’affrontement avec
Charles Quint. Dépense permanente, elle prend parfois une place exceptionnelle, comme
au temps de la rançon. Certaines années, en 1518 par exemple, si l’on se base sur les
données de l’État général, le coût de la diplomatie et des accords excède celui des frais de
défense (28,4 % des charges contre 24,8 %)333. Il s’agit évidemment d’une année sans
conflit, mais la paix, comme le rappelle à son tour Semblançay, « n’est pas sans grosse
somme de deniers »334.

Conclusion
120 C’est sans surprise que l’on constate le poids prépondérant que représente la politique
extérieure sous toutes ses formes dans les dépenses de la monarchie. Pour 1518, comme
on vient de le voir, elle dépasse 53 % des charges prévues, et ce pourcentage paraît
correspondre à un niveau plancher, probablement sous-évalué par la non-prise en
76

compte dans le calcul des dons et pensions dont certains concernent sans aucun doute
des étrangers. Avec en plus le problème de l’utilisation de fonds secrets, en particulier
pour la diplomatie, domaine où la transparence comptable est rare. Au cœur des guerres,
il est probable en fait que l’effort externe atteigne voire dépasse les trois-quarts des
dépenses. Le jeu permanent entre paix et guerre et donc la fréquente difficulté à
distinguer financièrement les deux aspects est renforcé par la « plasticité » de la notion
d’état de guerre. Qu’on en juge : le 15 juin 1528, une trêve est signée entre François I er,
Charles Quint et Marguerite d’Autriche, qui gouverne aux Pays-Bas. Mais… l’Italie et
l’Espagne en sont exclues. Et cependant, François Ier autorise le commerce avec l’Espagne
le 1er juillet, à la requête des États de Guyenne335… L’époque ignore la pratique de la
guerre totale. Est-ce seulement faute de moyens ? En pleine guerre, en septembre 1536,
Charles Quint continue de faire verser des fonds à la reine de France. Il est vrai qu’il s’agit
de sa sœur336. Il y a derrière cette façon de concevoir les conflits une dimension culturelle
et idéologique propre.
121 Si la guerre se paie, la paix, elle aussi, s’achète. Malgré cela, cette dernière reste
financièrement plus abordable et peut représenter un choix stratégique valable. C’est sur
ce terrain que se place le chancelier Duprat, et non sur un plan moral, pour plaider en
faveur de la paix sans doute à la fin de 1528 : « Aussi, Sire, il fault penser la grosse
despence qui vous apouvrit et votre royaulme, et dont trouverez plus difficilement à
recouvrer la rançon qu’il convient bailler ; et si voyez et congnoissez que votre despence
est quasi frustratoire, d’autant que ny gagnez ne pré ne terre et y acquérez pour autruy
qui en pourra faire son prouffit par cy après contre vous »337.
122 La croissance des dépenses globales, fruit avant tout de l’engagement contre l’« empire »
de Charles Quint, est certaine mais elle est bien difficile à chiffrer précisément. Les
estimations fournies par les ambassadeurs vénitiens n’ont pas grand intérêt ici. François
Giustiniano donne pour 1537 une dépense de 5,11 millions de lt 338. Or, cette année-là,
l’Extraordinaire des guerres, que Giustiniano ne prend pas en compte, atteint à lui seul
5,5 millions de lt… Les états prévisionnels permettent certes des totalisations. Pour 1518,
on envisage d’abord une charge de 5,22 millions de lt, réduite ensuite d’un million grâce à
des coupes sombres. Les dépenses prévues pour 1523 se montent à 8,65 millions de lt en
intégrant 2,54 millions de lt de déficit antérieur à solder339. Mais il est certain que de
nombreuses dépenses imprévues viendront, en particulier pour la guerre, brouiller les
données et qu’à l’inverse certains débours mentionnés ne pourront être effectués faute de
fonds. Or il est plus qu’hasardeux de supposer une équivalence entre les deux
mouvements. La première année à offrir un état prévisionnel de dépense qui paraisse
crédible est 1549, en particulier grâce à la prise en compte explicite des charges
extraordinaires, soit 6,82 millions de lt (intégrant 2,4 millions de remboursement
d’emprunts) qui s’ajoutent aux dépenses ordinaires pour former un total de 11,43 millions
de lt 340. Les chiffres très complets du manuscrit français 17329 (f° 82-92 v°) pour la fin du
règne de François Ier permettent d’avancer que, pour 1546, la dépense tourne autour de
7 millions de lt 341. L’année est celle du retour à la paix (traité d’Ardres, 6 juin) et le
contraste est net par rapport à 1545 : les postes guerriers sont en recul de 3,15 millions
de lt (Extraordinaire des guerres : -1,4, marine : -1,5, extraordinaire de l’artillerie : - 0,25),
à l’exception de l’Ordinaire des guerres, dont on connaît le profil spécifique, qui gagne
300 000 lt. Autres postes en phase de récupération ou de croissance : les Suisses
(+ 150 000 lt), les fortifications (+ 200 000 au moins) et les pensions et dons (+ 550 000).
77

Malgré cela, les dépenses de 1546 apparaissent en retrait de 2 millions de lt par rapport à
l’année précédente.
123 En définitive l’impression prévaut que la croissance des dépenses est restée assez limitée.
La véritable envolée a lieu dans les années 1550. Entre 1549 et 1553 le seul Extraordinaire
des guerres bondit de 2,7 à 10,5 millions de lt. Mais ce qui compte aussi, c’est la durée de
l’engagement. Dès les années quarante, le royaume se voit imposer sur plusieurs années
consécutives un fardeau très lourd, alors qu’au début du règne, les efforts me semblent
être restés plus ponctuels. Quoi qu’il en soit, faire face à ses engagements demeure une
obligation chroniquement délicate pour la monarchie.

NOTES
1. C’est ce que met en évidence P. Goubert quand, abordant les finances, il intitule ses deux
premiers paragraphes : « Un préalable : dépenser » et « Les « voies et moyens » : une
conséquence ». Goubert (Pierre) et Roche (Daniel), Les Français et l’Ancien Régime, Paris, 1984, t. I
p. 333 et 337. Même approche chez Françoise Bayard, Financiers, p. 31 : la hausse des recettes « ne
s’explique que par une expansion progressive des dépenses due aux choix politiques de la
monarchie ». Jusqu’à Colbert les rares ouvrages financiers placent l’étude des dépenses avant
celle des revenus : Guéry, Roi dépensier, p. 1254. Aujourd’hui, d’ailleurs, les autorités financières
ont choisi de présenter la comptabilité nationale et les budgets en ouvrant sur les dépenses.
2. B.N. fr 2963 f° 161 (22-11-1521).
3. La synthèse la plus récente sur la cour est celle de Jean-François Solnon, La Cour de France,
Paris, 1987, 649 p. Son jugement lapidaire sur la période médiévale (« Au Moyen Age, les rois de
France ne tenaient pas de cour ») est à revoir. La cour en tant que telle est un organe politique
important depuis les Valois, une institution coûteuse aussi, qui contribue à la prospérité
parisienne au XIVe siècle et à celle de Tours, « ville royale », au 15e (cf. la thèse de B. Chevalier). A
titre d’exemple, sur le fonctionnement de cette cour, voir Bozzolo (Caria) et Ornato (Monique),
« Princes, prélats, barons et autres gens notables. A propos de la Cour Amoureuse dite de Charles
VI » dans Autrand (Françoise) (éd), Prosopographie et Genèse de l’État Moderne, Paris, 1986,
p. 159-170. En revanche le règne de François Ier est une étape décisive dans l’apparition du mythe
de la cour de France.
4. Lestocquoy, Nonces 1541-1546, p. 113. Le nonce Capodiferro, dans cette lettre du 20/23-1-1542
évoque certes sous cette formule l’ensemble des dépenses royales, mais il le fait en observant la
cour…
5. Liste in Jacqueton, Documents, p. 162. Cela représente à cette date au moins 700 personnes,
peut-être 900 si chaque gentilhomme de l’Hôtel est flanqué d’un coutilier. Voir Contamine,
Guerre, p. 298. Sur l’ensemble du règne, les archers français compliquent l’estimation car leurs
effectifs sont instables : 165 en 1515, 315 en 1546 : B.N. fr 17329 f° 83 v°-84 v°.
6. Solnon, op. cit., p. 46 : 540 officiers en 1523, 622 en 1535. Un comptage rapide sur un document
de 1537 donne le chiffre de 614 personnes : B.N. Dupuy 233 f° 79-93 v°.
7. La plupart des données utilisées pour cette synthèse proviennent de B.N. fr 17329 f° 82-84 v°.
8. Les données du règne soulignent la valeur des chiffres de l’année 1552 extraits de l’Histoire de
France de Garnier cités in Tommaseo, Relations, p. 402. Le total est de 969 000 lt. en incluant un
poste composite, les dons et menus plaisirs, qui représente 100 000 lt. En revanche, elles incitent
78

à la prudence face aux chiffres fournis par les ambassadeurs vénitiens eux-mêmes. En 1537.
François Giustiniano estime les dépenses de la Maison du roi à 1,5 million de lt ; en 1546 Marino
Cavalli est plus vague puisqu’il évalue à 1,5 million d’écus la « dépense ordinaire pour la personne
du roi et pour les besoins particuliers » : ibid., p. 195 et 303.
9. Le cas des « menues affaires » qui passent de 6 186 lt en 1516 à 86 756 lt en 1545 est à part. Ce
poste change en effet de nature en 1529 : i1 inclut dorénavant les gages des chantres et
chapelains des chapelles de musique et plain-chant et surtout les frais des chevaucheurs d’écurie.
Cf. B.N. fr. 17329 f° 82 v°.
10. Liste, avec dates de naissance, in Jacquart, François 1 er, p. 53-54.
11. B.N. fr 2940 f° 48 et Doucet, État général, p. 88.
12. B.N. fr 17329 f° 85. Pour 1532, B.N. fr 15628 donne un total de 208 400 lt comme dépenses
pesant sur le Trésor de l’Épargne. La différence peut provenir d’assignations sur les Parties
casuelles. Plus problématiques sont les états faits par la reine à son trésorier et receveur général
en 1531 (60 865 lt) et 1532 (73 402 lt) : B.N. fr 2952 f os 22 et 33. Il s’agit certes d’états prévisionnels,
signés respectivement le 8-6-1531 et le 20-2-1532. Ne pourrait-il s’agir aussi d’états semestriels ?
13. B.N. fr 17329 f° 85 et fr 15629 (total des deniers tirés des coffres de l’Épargne).
14. Lefranc et Boulenger, Comptes de Louise de Savoie et Marguerite d’Angoulême, fournit seulement
l’état de leurs officiers et pensionnaires. S’ajoutent aux dépenses régulières des frais
exceptionnels. A titre d’exemple, la dot de Marguerite lors de son mariage avec le duc d’Alençon
atteint 60 000 lt : Marguerite d’Angoulême, Lettres, p. 435.
15. Sur les problèmes financiers posés par Marie sous François I er, voir Knecht, Francis I, p. 38
et 185. Son douaire consiste en une rente sur le domaine de 55 000 lt, plus un droit de 10 dt sur
chaque quintal de sel vendu en Languedoc. Dans l’État général pour 1518, elle est assignée pour
60 950 lt : B.N. fr 2940 f° 48. Dans celui de 1523, les 60 250 lt qui devraient lui revenir ne sont pas
assignées, à cause de la guerre avec l’Angleterre : Doucet, État général, p. 82 et B.N. fr 23269 f° 4.
Pour les dernières traces de paiement de son vivant, C.A.F., t. II n° 5896 (7-6-1533) : assignation de
4 325 écus. En décembre 1533 son veuf, le duc de Suffolk, touche 4 475 écus d’arrérages de
douaire : C.A.F., t. II n° 6426.
16. Avec les recettes comme réfèrent (en base 100), on obtient, pour les dépenses dont les
montants sont connus, les rapports suivants : 1516 : 77,7 ; 1517 : 102,9 ; 1530 : 120 ; 1532 : 126,7 ;
1536 : 88, 3 ; 1545 : 89,2. Pour les recettes : B.N. fr 4523 f° 6 v°-8. Pour les dépenses de 1516-17,
1530, 1532 et 1545 : B.N. fr 17329 f° 82 v° ; pour celles de 1536 : A.N. KK 91.
17. C’est peut-être 1515 qui a le chiffre le plus élevé, mais on ne dispose que du total d’une demie
année, soit déjà 147 292 lt.
18. C.A.F., t. II n° 7094 (5-6-1534).
19. La vaisselle royale peut aussi servir de garantie pour les prêteurs. En 1523, Semblançay
avance des fonds contre remise de 3 813 marcs de vaisselle appartenant au roi et à sa mère :
Spont, Semblançay, p. 205.
20. Spont, Semblançav, p. 135 note 7 et p. 150 note 4.
21. Ibid., p. 156 note 2 ; B.N. fr 3031 f° 59 (1-5-1527).
22. Ibid., p. 118 note 2 (Morelet de Museau commis aux frais en 1515) ; B.N. fr 10392 (Nicolas Le
Jay commis aux frais en 1547).
23. A.N. KK 94, chambre aux deniers, compte particulier du banquet, après le compte ordinaire
de 1519 ; C.A.F., t. VIII n° 23928.
24. Tommaseo, Relations, p. 402.
25. Tommaseo. Relations, p. 101 (rapport de 1535).
26. Laborde, Comptes des bâtiments du roi, vol. I, passim.
27. Chatenet, Coût des travaux, p. 117. Rappelons, à titre de comparaison, que c’est au temps
d’Henri VIII, en Angleterre, que le pourcentage représenté par les constructions royales est le
plus élevé de l’histoire anglaise, d’après Alsop, The structure of early Tudor finance, p. 160.
79

28. Spont, Semblançay, p. 145, parle de travaux à Amboise en 1518-1520 qui auraient atteint
227 797 lt d’après A.N. KK 90. Mais cela ne semble pas correspondre aux renseignements de
l’inventaire des Archives Nationales.
29. Un écho jusque dans l’Heptaméron, lorsqu’à la dix-septième nouvelle, le comte Guillaume de
Fiirsten-berg demande une « augmentation ». Il vient « dire à Robertet, secrétaire des finances
du Roy, qu’il avoit regardé aux bienfaicts et gaiges que le Roy luy vouloit donner pour demorer
avecq luy ; toutesfois que ilz n’estoient pas suffisans pour l’entretenir la moictié de l’année, et
que, s’il ne plaisoit au Roy luy en bailler au double, il seroit contrainct de se retirer » : Conteurs
français du XVIe siècle, p. 830-831.
30. Arbitraire qui éclate par exemple dans le cas de la pension versée à Maximilien Sforza à la
suite du traité du 4 octobre 1515 et qui relève directement de la diplomatie.
31. La signification exacte des dénominations précises des deux séries, faute de renseignements
complémentaires, ne peut être établie. Mais la mise en parallèle semble pertinente.
32. Tommaseo, Relations, p. 195 ; Clamageran, Impôt, t. II p. 104.
33. Voir les arriérés de pensions portant essentiellement sur 1521-1522 dans Doucet, État général,
p. 89 à 97.
34. B.N. fr 4523 f° 36.
35. Spont, Semblançay, p. 141, note 2.
36. Un exemple d’accord entre un grenetier (F. Le Pelletier à Dreux) et une donataire (duchesse
de Nemours, comtesse de Dreux) : A.N. M.C. CXXII 42 (3-6-1544).
37. Spont, Semblançay, p. 196 note 1.
38. Sur les Nevers voir Crouzet (Denis), « Recherches sur la crise de l’aristocratie en France au xvi
e
siècle : les dettes de la maison de Nevers », Histoire, Economie, Société, n° 1, 1982, p. 7-50, en
particulier les références p. 11 note 19. Le don annuel du produit d’impôts aux grands feudataires
est une pratique courante à la fin du Moyen Age. Il permet de faire admettre par ces puissants
personnages le principe même de telles levées et d’affirmer, ce faisant, la souveraineté du roi
dans les grands fiefs. Après l’élimination du connétable de Bourbon, les Clèves-Nevers sont une
des dernières familles à laquelle s’applique ce schéma. Pour autant, le rapport de force n’est
évidemment plus le même que deux siècles plus tôt.
39. C.A.F., t. I n° 40, 1343, 3642, 3950 ; t. II n° 4926, 5945-5946, 6165 ; t. III n° 9684-9685 ; t. IV n
° 12328 ; t. V n° 16145, 16293, 17361, 18378 ; t. VI n° 19072, 19483, 19504, 19774, 21028 et 21982.
40. Ce caractère annuel se retrouve même pour Anne de France, duchesse de Bourbonnais :
C.A.F., t. V n° 16059, 16422, 17226 et 17330. Il est officiellement rappelé dans une ordonnance de
décembre 1542 : Isambert, Recueil, t. XII p. 804.
41. Doucet, État général, p. 69. Clamageran, Impôt, t. I p. 105 donne le chiffre de 6 000 lt pour les
greniers du Nivernais en 1515.
42. Bodin, République, p. 905-906 : il précise que le roi sait faire « choix de ceux qui méritent » ;
Wolfe, Fiscal System, p. 62.
43. Leslocquoy, Nonces 1535-1540, p. 30 (12-4-1535). Les principaux bénéficiaires des largesses
royales d’après la liste sont Montmorency et Chabot.
44. Pour les constructions, un chiffre de 80 000 lt annuelles paraît réaliste. Le complément de
dépense représenté par les fêtes et les imprévus des spectacles monarchiques peut atteindre
100 000 lt, outre ce qui est inscrit dans l’ordinaire de la dépense. Reste enfin 20 000 lt, ordre de
grandeur raisonnable pour les dépenses des maisons annexes. Les dons en revanche ne sont pas
pris en compte : une évaluation, même vague, est impossible et beaucoup d’entre eux, prélevés à
la source, n’ont pas à entrer dans un calcul qui se situe au niveau du Trésor royal.
45. Voir tableau pour la période 1598-1653 in Bayard, Financiers, p. 35. Le pourcentage augmente
considérablement après 1610, mais la comparaison entre la tumultueuse régence et le règne
stable de François Ier ne me paraît pas pertinente.
80

46. Un exemple entre mille : Paris aurait déboursé dix mille lt pour l’entrée du roi d’Ecosse en
1537 : R.D.B.V.P., t. II p. 359. Sur cette question, voir Boutier (Jean), Dewerpe (Alain) et Nordmann
(Daniel), Un tour de France royal. Le voyage de Charles IX (1564-1566), Paris, 1984, p. 137-145.
47. Tommaseo, Relations, p. 303.
48. En 1532, les secrétaires des finances perçoivent 8 550 lt, les autres secrétaires du roi devant se
contenter de 1 589 lt. C’est à l’appartenance à la chancellerie qu’ils doivent en fait leur présence
ici. Les commis à la gestion des recettes générales se partagent 5 770 lt cette année-là : B.N. fr
15628.
49. Tommaseo, Relations, p. 195.
50. Doucet, État général, p. 84-87.
51. B.N. fr 2940 f° 48.
52. B.N. fr 4525 f° 95, qui fournit l’effectif global et chiffre la dépense à 52 920 lt. Cette source est
d’un maniement délicat car elle est entachée d’une tendance systématique au gonflement. Les
gages évoqués dans l’exemple de 1535 [A.N. M.C. XIX 147, (26-5-35)] soit 144 lt/pour un
lieutenant, 120 pour un archer, semblent confirmer ce caractère excessif. A l’inverse, les 12 800 lt
de l’État général de 1523 (Doucet, État général, p. 80) surprennent par leur faiblesse. Sur la Prévôté
voir Doucet, Institutions, t. 1 p. 275-277.
53. Ses dépenses sont à la fois faibles et irrégulières : 2 025 lt en 1516, 22 164 lt en 1531 et 8
6061ten 1546 : B.N. fr 17329 f°89. On ne trouve jamais sous François I er de poste de dépense
indiqué « Ponts et chaussées » comme c’est le cas au XVIIe siècle.
54. A.N. J 967, 78 [6-4-(1538)]. Dès 1525 la Chambre des comptes souhaite qu’on active la
recherche des restes des comptables « pour les employer où on advisera et mesmement aux
réparacions requises et nécessaires en ce palais [de la Cité] qui tombe en ruyne et ne scet on où
prendre deniers pour les faire faire et aux autres lieux de ceste ville qui sont en décadence et
aussi aux pont Sainct Cloud, Charenton, Gournay et de Saincte Maxence qui s’en vont par
terre. » : A.N. Xla 1529 f° 37 (13-12-1525).
55. Bon exemple de l’édilité prise en charge par la municipalité parisienne (défense,
embellissements, adductions d’eau) : R.D.B.V.P., t. II p. 359-360.
56. Deux exemples : affranchissement d’impôts à Tarascon à condition de commencer avant deux
ans des travaux d’endiguement du Rhône : C.A.F., t. I n° 2934 (mars 1528) ; remise de 3 200 lt à
Poitiers à condition de rendre le Clain navigable : C.A.F., t. IV n° 11315.
57. Permission d’une levée de 10 000 lt en 1537 sur l’élection de Laval pour canaliser la Mayenne
entre Laval et Château-Gontier : O.R.F., t. VIII p. 253 (6-2-1537) et p. 257 note 4 (19-6-1537). En
1539, pour financer la canalisation de la Vilaine, le roi autorise successivement une première
levée de 6 000 lt sur les Rennais ne payant ni taille ni fouage et une seconde de 18 000 lt sur
l’ensemble des contribuables du duché : C.A.F., t. IV n° 11169 et 11233 et O.R.F., t. IX p. 687 note 6.
A l’inverse, il exige en 1544 de la municipalité parisienne qu’elle prenne, pour lever 500 hommes
de pied, les fonds alloués au receveur des deniers communs pour rendre l’Ourcq navigable :
C.A.F., t. IV n° 14172.
58. Présentation sommaire et références : Knecht, Francis I, p. 324-325 pour Le Havre et p. 368 note
26 pour Vitry. La charge des paiements du Havre au début des travaux est pourvue par
commission. Le commis n’est autre que le receveur général de Normandie Guillaume
Preudhomme. Allusion à ses comptes pour 1518-1522 : A.N. J 958 n° 42 (20-1-1524).
59. Ainsi figurent dans l’État général de 1518 3 500 lt pour les ouvriers de drap de soie de Tours :
B.N. fr 2940 f° 48. En 1523, on prévoit 7 875 lt pour les « armuriers, brodeurs, paintres et ouvriers
de soye » dont la plupart sont alors tourangeaux. Sur la prospérité des manufactures tourangelles
au début du XVIe siècle, voir Chevalier, Tours, p. 342-362.
60. B.N. fr 20502 f° 87 et fr 4523 f° 32 v° -33.
61. Knecht, Francis I, p. 271.
62. O.R.F., t. VII n° 637 p. 61-62 (4-9-1533).
81

63. B.N. fr 3048 f° 131 (12-3-1528 ou 1529).


64. L’exception, ce peut être par exemple les « gentils-hommes » qui demandent au roi de leur
« donner congé […] pour se trouver à la bataille », ici celle de Cérisoles, et qui y participent à
leurs frais : Monluc, Commentaires, p. 144-145. Voir aussi Du Bellay, Mémoires, t. IV p. 202.
65. La création des compagnies d’ordonnance à la fin du règne de Charles VII correspond à un tri
parmi les combattants disponibles et non à un recrutement nouveau : Contamine, Guerre, p. 302.
66. Cette notion, retenue ici par commodité, pose en fait, dès qu’on s’y attarde, bien des
problèmes pour l’époque : la définition classique qui en fait des professionnels soldés servant
temporairement et volontairement, s’applique en effet parfaitement… à beaucoup des membres
des compagnies d’ordonnance. Quant à la question de l’appartenance nationale, bien des
« mercenaires » sont sujets du roi de France, et bien des gendarmes sont étrangers. Il n’est pas ici
question d’approfondir le sujet, mais seulement de relever qu’il mérite attention.
67. Voici l’exemple de 239 hommes de guerre à pied « de la nation de basques », présents au
camp devant Pavie, qui font l’objet de montres mensuelles, successivement les 3 novembre et
6 décembre 1524 et 10 janvier 1525 : A.N. M.C. Inv. Carré, n° s 2010-2012. Les échéances des
paiements des chevau-légers sont moins claires ; des documents des années 1536-1537 [A.N. J 965,
7/52 (3-12-1536), J 965, 7/4 (21-5-1537), Lot, Recherches, p. 219] font supposer un paiement par
quartier. Les chevau-légers relèvent de l’Extraordinaire… mais une lettre du 14-4-(1528) les
évoque comme « couchez et employez en l’ordinaire de [la] despence » : B.N. Dupuy 486 f° 27.
68. B.N. fr 4523 f° 48. Ils produisent deux séries de rôles de montre, sur papier puis sur
parchemin. Un exemple in A.N. M.C. XIX 165 (12-7-1544).
69. B.N. fr 2933 f os 1 à 17. En incluant les 40 lt par montre des clercs payant les compagnies des
prévôts, cela fait 3 085 l. 1 st, pour des versements par montre oscillant entre 114 500 et
119 000 lt.
70. B.N. fr 23916 f° 2 et sq. En quatre mois, de mars à juin, Prévost débourse ainsi 3 252 lt.
71. Dans le C.A.F., on voit ainsi le trésorier des Guerres Jehan Grolier solder, avec les délais de
rigueur, des absents en congé [t. I n° 2328 (18-4-1526) ou t. VI n° 19844 (28-8-1529)] ou des
malades [t. I n° 2498 (8-12-1526) ou t. II n° 5377 (13-2-1532)].
72. Monluc, Commentaires, p. 144.
73. Voir une lettre du roi au trésorier Grolier du 24-1-1530, conservée dans la liasse de février de
A.N. M.C. CXXII 16 : « Pour autant que seroit à présent difficille de faire faire la monstre de la
compagnie de mon cousin le mareschal deTrevolce pour le quartier de juillet, aoust et septembre
derrenier passé, d’autant qu’elle est en Italye où l’on ne pourroit bonnement envoyer
commissaire ne contrerolleur sans grande longueur et perdicion de temps, à ceste cause, vous
mectrez es mains de messire Mauro de Nouate, gentilhomme dud. mareschal, l’argent et
paiement dud. quartier dont il vous a esté faict dernièrement fons et assignacion, en prenant
dud. Mauro bonne et suffisante seureté et caucion de vous rapporter le roolle et acquict
deuement expédié d’icelle compagnie pour ted. quartier par un commissaire ordinaire de mes
guerres et par l’un des commis aussi ordinaire du secrétaire [et contrôleur général] de mesd.
guerres ou dud. mareschal et de deux notaires sur ce suffisant ».
74. B.N. fr 5125 f 106 ; A.N. J 967, 8/17.
75. Tournon, Correspondance, n° 306 (17-8-1537).
76. A.N. J 965, 9/39 (9-8-1537).
77. A.N. J 965, 8/11 (10-4-1537).
78. Boyvin, Mémoires, p. 164.
79. Le détail des chiffres est reproduit dans C.A.F., t. VIII n os 31416 à 31458. L’ampleur de ce
revenant-bon varie considérablement selon les compagnies. Parfois inexistant, il atteint 17,2 %
pour celle du roi de Navarre et 22,3 % pour celle de Chabot. Dans l’ensemble, il est plus élevé pour
les compagnies de 100 lances (10 %) que pour celles de 50 lances (4,3 %).
80. A.N. J 965, 7/17 (14-8-1537).
82

81. B.N. fr 2963 f° 161 [22-11-(1521)] ; A.N. J 967, 7/4 (1-9-1536). Les levées donnent aussi lieu à des
cadeaux. A Montluel, pour des mercenaires suisses qui viennent d’être levés, le roi « à chacun des
capitaines donna en présent une cheine de cinq cens escus » : Du Bellay, Mémoires, t. HT p. 114.
82. B.N. fr 2985 f° 78 [23-9-(1521)] ; fr 3044 f° 98 (1 er voyage : juin-août 1537).
83. B.N. fr 3048 f° 97 [15-10-(1526)]. Dans le contexte de paix armée du Piémont à partir de
l’occupation de 1536, on trouve aussi de nombreux exemples de mercenaires retenus entre les
opérations (hiver 1536-1537) ou en temps de trêve et de paix (1538-1539).
84. Spont, Semblançay, p. 121 note 2 ; Du Bellay, Mémoires, t. II p. 3.
85. Du Bellay, Mémoires, t. III p. 113.
86. A.N. J 964, n° 29 bis : J 965, 8/38 (8-5-1537).
87. A.N. J 965, 7/25 (13-10-1536). J’ignore si leur contrat spécifie qu’ils doivent être payés jusqu’à
leurretour, comme c’est le cas pour d’autres mercenaires, plus avant dans le siècle : Wood, Royal
Army p. 25.
88. B.N. fr 4525 f° 107 v° ou fr 25720 f° 90, qui fournit la date du document (31-10-1517).
89. Sur cette question, voir Doucet, Institutions, t. Il p. 625
90. B.N. fr 2976 f° 106 (15-6-1523).
91. B.N. fr 2978 f° 42 (8-8-1521) ; fr 2985 f° 89 v° [21-10-(1521)].
92. A.N. M.C. XIX 58 (31-5-1525).
93. Le teston de Savoie vaut alors 9 s. 6 dt : Richet, Monnaies, p. 388.
94. Beauvillé, Picardie, t. I p. 233. Les testons sont des monnaies d’argent, toutes les autres pièces
sont du billon blanc ou noir. Sur ces monnaies, voir O.R.F., t. I p. XXXI et sq.
95. Ce qui ne signifie pas qu’elles comportent des effectifs constants. Sous François Ier, le nombre
de lances de la gendarmerie oscille entre 1 800 et près de 4 000. B.N. fr 4523 f° 44-48 v° qui fournit
une série complète, donne un maximum de 3 847 lances au début de 1523, chiffre identique à
celui de Doucet, État général, p. 71.
96. Un édit de décembre 1542 précise que les payeurs de compagnie doivent s’adresser au
trésorier de l’Épargne un mois après quartier échu pour « prendre les deniers ou assignations de
payement » : Isambert, Recueil, t. XII, p. 804.
97. Doucet, Parlement 1525-27, p. 73-74 et 76.
98. Spont, Semhlançay, p. 185 ; B.N. fr 3044 fo 93. De tels délais obligent à nuancer l’affirmation de
Lemonnier : « Même au moment des plus grandes difficultés politiques, avant comme après 1530,
le paiement des hommes d’armes [= gendarmes] se fit assez régulièrement » ; Lemonnier, Histoire
de France, t. II p. 96.
99. B.N. fr 3081 f° 56 ; fr 3127 f° 125.
100. Doucet, Parlement 1525-27, p. 74 note 1 (les retards sont tels que les capitaines des places
commencent à renvoyer les troupes !) ; Potter, Picardy p. 183 ; Matignon, Correspondance, p. 76.
101. A.N. J 968, 1/19.
102. B.N. fr 26116 f° 369 : en décembre on organise les paiements des quartiers d’avril et juillet
pour les troupes d’Italie et ceux de janvier et avril pour les gendarmes stationnés en France.
103. Entre 1525 et 1530, pas d’allusion à de gros retards dans Matignon, Correspondance, p. 8, 17 à
20, 26 note 1. Il existe encore alors un trésorier des guerres de Bretagne, mais il semble que
l’agent essentiel soit le trésorier des finances du duché. En 1538, les responsables de la gestion
des fonds bretons règlent la compagnie de Montejehan avec l’argent « que monsr le trésorier de
l’Espargne (leur) a mandé retenir de par deçà » ; A.N. J 967, 110.
104. O.R.F., t. IV p. 285.
105. A.N. M.C. CXX1I 16 (22-2-1530). Dans B.N. fr 4523 f° 44-48 v° qui fournit des chiffres de lances
en fonction des paiements effectués, le total s’effondre de 1 899 à 190 lances entre le troisième et
le quatrième quartier de 1528. Cet exemple pose le problème des effectifs en service. Il existe en
effet une marge parfois importante entre les troupes en armes et les troupes rémunérées, d’où
des distorsions entre des sources qui ne parlent pas de la même réalité. Ainsi. Lemonnier, Histoire
83

de France, t. II p. 37 parle de 3 000 lances à la fin de 1521, quand le fr 4523 en prend en compte…
547.
106. Pas de soldes pour les deux premiers quartiers de 1531 : B.N. fr 4523 f° 46. Mention à l’été
1538 de retranchements, mais sans dates précises : C.A.F.. t. VIII. n° 31458.
107. Fontanon, Edicts, t. III p. 95.
108. Jacqueton, Épargne, lre partie, p. 36.
109. A.N. J 965, 9/38 (6-8-1537).
110. A.N. J 964. 42 : Charles au roi son père (21-1-1538) ; Doucet, Parlement 1525-27, p. 74 note 2.
C’est le trésorier des guerres Jehan Grolier qui fait ce constat le 13-4-1525.
111. Cette dernière remarque semble relativiser la pertinence des propos de Jacqueton cités plus
haut. Mais beaucoup de ces étrangers, italiens avant tout, sont possessionnês dans le royaume ou
tiennent du roi des biens dans la péninsule. A ce titre, ils ont donc aussi quelque chose à perdre.
112. Doucet, Parlement 1525-27, p. 63 ; Guignard, Humanistes, p. 188 [4-4-(1530)].
113. O.R.F., t. VI p. 87 (23-5-1530).
114. Contamine, Histoire militaire, p. 226-227 et 229. Sur les efforts sous Louis XII, le rôle de Gié et
l’ordonnance du 12-1-1509, voir Lemonnier, Histoire de France, t. I p. 101 et note 48.
115. O.R.F., t. III p. 92 (27-1-1522) ; A.N. M.C. Inv. Carré n° 1892 ; A.N. KK 351, f° 24. D’autres
allusions dans Lemonnier, Histoire de France, t. II p. 96. Pour Doucet, Institutions, t. II p. 630, 1525
est la dernière année où ils sont mentionnés.
116. Contamine, Histoire militaire, p. 251.
117. Du Bellay, Mémoires, t. IV p. 123 et 155 ; A.N. M.C. XIX 175 (29-6-1548).
118. Lapeyre, Colloque Charles-Quint, p. 40 : les rois de France trouvent plus commode et plus sûr
de recourir à des mercenaires étrangers. L’idée d’une plus grande sécurité paraît mériter un
examen plus approfondi.
119. Sur les débuts du recours aux Suisses, sous Louis XI et Charles VIII, voir Contamine, Histoire
militaire, p. 230.
120. Zeller, Institutions, p. 307. Les 7 lt des Suisses représentent 3 écus soleil et demi. Doucet,
Institutions, t. II p. 636 a donc tort d’affirmer que leur « solde fut constamment de 3 écus sol. par
mois ».
121. B.N. fr 3029 f° 157 v o et 86. Il s’agit probablement dans les deux cas de régnicoles, dont on
sait qu’ils constituent une part appréciable des mercenaires.
122. B.N. fr 3029 f° 33.
123. Lot, Recherches, p. 196-197.
124. Sur ce point, voir Lemonnier, Histoire de France, t. II p. 96.
125. B.N. fr 2971 f° 142 (23-10-1521).
126. Beauvillé, Picardie : hommes de pied payés le mois même : t. I p. 226 et 243 et t. II p. 203 ;
retards des gendarmes : t. I p. 233 et t. II p. 201.
127. Seul exemple connu : B.N. fr 3048 f° 19 (13-10-1525). Reste l’éventualité d’une erreur du
scribe… ou du lecteur.
128. A.N. J 965, 7/55 et 7/56 ; B.N. fr 5125 f os 166, 170, 171 v°, 173, 186 v°, 189, 201 et 206.
129. B.N. fr 20648 fos 9-10 cité par Potter, Picardy, p. 183.
130. Du Bellay, Correspondance, t. II p. 483 (25-9-1536) ; Tournon, Correspondance, n° 249
(postérieur au 30-3-1537).
131. A.N. J 965, 8/2 (26-l-(1537)].
132. Voir Rott, Représentation, t. I p. 380, 385, 399.
133. Du Bellay, Mémoires, t. IV p. 201 et 244.
134. B.N. fr 2976 f° 101 : Robertet à Montmorency [22-2-(1524 ?)].
135. A.N. J 965, 7/16 [10-8-(1537)].
136. Knecht, Francis I, p. 283.
137. A.N. J 965, 9/32 (19-7-1537).
84

138. B.N. fr 3061 f° 143 : François Ier à Humières (13-7-1537).


139. B.N. fr 5125 f° 98.
140. B.N. fr 2978 f° 124 v° et 173 [2-8 et 1-10-(1521)].
141. B.N. fr 2977 f° 61 [19-6-(1521)].
142. Rott, Représentation, t. I p. 264 ; Knecht, Francis I, p. 161.
143. A.N. J 965, 9/32 [19-7-(1537)]. Même risque évoqué en 1536 par Vendôme : Potter, Picardy
p. 185.
144. Du Bellay, Mémoires, t. I p. 193. Le cardinal de Médicis, le futur Clément VII, a déjà des Suisses
sous ses ordres et est aux côtés du cardinal de Sion ; ibid., p. 194.
145. Tournon, Correspondance, n° 261 et 263 (17 et 19-5-1537). Le 17, Tournon écrit au sujet d’un
envoi de fonds qu’il servira à payer « les plus mutyns » ; le 19, il parle d’une mutinerie à réprimer
à Chieri.
146. A.N. J 968, 15/28 [27-6-(1537)] : Charles de Pierrevive au chancelier ; B.N. fr. 3061 f° 137
(4-7-1537) : le roi à Humières. Le chef de l’armée ayant perdu au jeu l’argent de la solde, de
nouveaux troubles auraient éclaté à Turin vers 1538. Mais la source de ce renseignement
(Vieilleville, Mémoires, p. 19 col. 1) est sujette à caution. Tournon fait allusion le 3 décembre 1536
à des risques de désordre à Turin en raison du retard de la solde : A.N. J 965, 7/52.
147. Du Bellay, Mémoires, t. IV p. 226-227.
148. Bercé, Guerre et État, p. 259.
149. Tournon, Correspondance, n° 246 (19-3-1537). Maugiron protège Grenoble contre eux.
150. Potter, Picardy, p. 205 note 20.
151. Tournon, Correspondance, n° 8 (4-10-1527). Lautrec lui-même au début de 1528 souhaite que
le roi limite les opérations à un seul front, car cela permettra de licencier les lansquenets : ibid., n
° 19 (22-4-1528).
152. François, Delbene, p. 349 note l (lettre non datée au cardinal de Lorraine).
153. A.N. J 965, 7/15.
154. A.N. J 965, 7/31 (25-10-1536).
155. Contamine, Histoire militaire, p. 254 : A.N. J 968, 1/21 [17-8-(1536 ou 1537)]. Le débauchage
semble une pratique fréquente alors : voir au même moment (juillet 1536) Jean-Paul de Cère en
Piémont auquel on « faict délivrer [des fonds] pour lever les gens de guerre italiens, ce qu’il fist,
et Ut plupart en retira du camp des ennemis » : Du Bellay, Mémoires, t. III p. 112. Lorsqu’en juillet
1562 le duc d’Étampes en Bretagne reçoit l’ordre de licencier une partie de ses soldats, il renâcle
car « il y a grand dangier qu’il s’affoibliera et renforcera ses ennemys, car telles gens suivent
l’escu » : Wood, Royal army, p. 33 note 14.
156. Clément, Trois drames, p. 377 (23-2- ?).
157. A.N. KK 91, chambre aux deniers, recette de 1515 ; KK 352 f » 33.
158. Pour les pensions, voir par exemple C.A.F., t. V n » 18881 (9-12-1526) et t. VI n° 19674
(23-10-1528) : pour les Ligues, une allusion dans un long acte du 11-3-1547 de A.N. M.C. XIX 91.
159. J’ai repéré une dizaine de cas où ce transfert apparaît clairement : - septembre 1515 : 4 400
écus (A.N. M.C. LIV 53, (Inv. Morelet, 17-6-1536, n° 168). - septembre 1521 : 100 000 lt (B.N. fr 2940
f° 2, 24-9-1521) : les fonds n’ont pas encore été versés. - avant juillet 1523 : 50 000 lt (Doucet, Etat
général, p. 102) ; il s’agit d’une réassignation pour l’Ordinaire des fonds détournés. Les 16 000 lt
litigieuses de A.N. Zla 54 P 173v° (14-4-1529) sont à coup sûr incluses dans ces 50 000 lt. -
novembre 1523 : 50 000 lt (C.A.F., t. V n° 17723). - 28-4-1524 : 20 000 lt (C.A.F., t. I n° 2006). -
printemps 1525 : somme inconnue détournée de l’Ordinaire du Nord-Est vers l’Extraordinaire
d’Italie (Doucet, Parlement 1525-27, p. 77). - quartier d’avril 1527 : 50 000 lt (B.N. fr 6762 fo 94_94 v° ;
Pargent est reversé à l’Ordinaire par assignation du 22-5-1528). - entre le 1 er août et la fin de
1528 : 88 103 lt soit 12 % de la recette de l’Extraordinaire (B.N. Clairambault 1215 P 98). - avant
octobre 1531 : 4 5001t (C.A.F„ t. VU n° 27994). - été 1537 : 16 875 lt (B.N. fr 3044 P 93, premier
voyage, juin-août 1537).
85

160. Doucet, Parlement 1525-27, p. 83-84.


161. A.N. J 967, 48 [16-9-(1536 ?)].
162. Potter, Picardy. p. 330-331, reproduit l’ensemble des chiffres disponibles sur l’effort financier
à destination de la Picardie pour la période mars 1537-avril 1538. Ce ne sont que des donnnées
partielles, mais néanmoins très instructives.
163. Tournon, Correspondance, n° 256 (5-5-1537).
164. AN. J 966, 2/16 : Heïlin et de Moraynes au chancelier (27-5-1537) (la date du 25-5 pour la
lettre du roi pose problème) ; J 965, 7/5 : Tournon au chancelier (2-6-1537). Jusqu’au 31 mai,
plusieurs lettres du cardinal déplorent l’absence d’envois de fonds par le Conseil du roi. Voir par
exemple Tournon, Correspondance, n° 270 (31-5-1537). Tournon devait se contenter d’envois du
Languedoc et du Dauphiné. Les sources, abondantes, ne gardent trace pour mai 1537 que de
quelques 111 750 lt reçues, quand l’Extraordinaire à lui seul (pour le mois de juin) coûte 149
000 lt…
165. B.N. fr 5125 f° 121 (3-12-1536).
166. Spont, Documents, p. 338, article VI.
167. Nombreux exemples de difficultés dans Du Bellay, Mémoires, t. I p. 204-205 (1521-1522) et
p. 301 (1523), t. I p. 331-332 et t. II p. 6 (1525), t. II p. 20 et p. 26 (1526)…
168. Knecht, Francis I p. 286
169. B.N. fr 3001 f° 1-3 et 6 (17-3 et 27-3-1529). Malgré tout, cet envoi n’est pas isolé et le 19 mai
encore le roi ordonne la fourniture par chevaux de poste de 53 000 lt à Renzo da Ceri : C.A.F., t. VI
n° 19799.
170. C.A.F., t. VI n° 19753.
171. Isaac. Tournon, p. 27 (d’après B.N. fr 2983 f° 115), lettre du 14-3-1537. En 1552 encore,
Tournon conseille d’attaquer en Italie mais sans avancer d’arguments financiers : « S’il plaict [au
roi] convertir partie de ses forces et de la despence du costé de deçà, il me semble qu’on ne
sçauroit travailler l’empereur en chose qui luy touche de plus près… » : Malov, Lettres, p. 142.
172. Tournon, Correspondance. n° 143 (4-11-1536).
173. Peut-être est-ce aussi la conséquence de l’abandon de toute ambition en Italie du Nord,
malgré Cérisoles. Voir les remarques de Du Bellay, Mémoires, t. IV p. 203 sur la priorité au Nord-
Est.
174. Pour une présentation synthétique de la situation au tournant du siècle, voir Legohérel,
Trésoriers, p. 25-30. Il insiste sur l’ampleur de l’activité de la marine royale à cette époque. Au vu
des données financières, je pense qu’il surestime l’effort accompli jusqu’en 1528-1530, sous
François Ier du moins. Les fonds affectés à la marine se limitent en effet à 26 849 lt en 1518 et
55 000 lt en 1523. Il est vrai que l’investissement réel a pu être plus important, dans la mesure où
il s’agit ici de données provenant d’états de prévision.
175. B.N. fr 2977 f° 16 [24-2-(1528 ?)]. Le 14 avril 1528 Duprat se préoccupe de faire parvenir 14
000 écus à Doria : B.N. Dupuy 486 f° 27.
176. Voir B.N. fr 15628 et 15629, Tommaseo, Relations, p. 99 et 195, fr 3127 f° 125.
177. C.A.F., t. VIII n° 32024 et 32081 ; B.N. fr 20502 f° 86.
178. I 929 945 lt d’après B.N. fr 17329 f° 86 v°. L’ampleur de la mobilisation en moyens et en
navires doit conduire à nuancer le très sombre tableau de la situation en Ponant dressé pour 1544
par Doucet, Institutions, t. II p. 659.
179. Pour une évocation rapide, voir Chevalier, Bonnes villes, p. 106-107 et 113-118. Les dons aux
villes d’octrois et d’impositions pour les fortifications abondent dans le C.A.F.
180. Un exemple, la transformation de la muraille médiévale de Bourg en enceinte moderne,
c’est-à-dire bastionnée, débutant dès l’occupation de 1536 : C.A.F., t. III n° 9129 (21-6-1537). Voir
Turrel (Denise), Bourg-en-Bresse au XVIe siècle, les hommes et la ville, Paris, 1986, p. 52.
181. En 1517, C.A.F., t. V n° 16354 : levée sur les villes à deniers communs pour les places
frontières ; détail pour les villes picardes : ibid., t. VII n° 23525. En 1523, complément à la taille
86

pour le même motif : Doucet, État général, p. 45-47. Voir l’exemple des fortifications de Bordeaux
in O.R.F., t. III p. 239 et note 3 et in Contamine, Histoire militaire, p. 270.
182. C.A.F., t. VII n° 23976, 24059 et 28392 ; B.N. fr 15628 n° 443 et 15629 n° 464 et 808.
183. B.N. fr 15629 n° 496 (Picardie), 512 (Champagne) et 541 (Guyenne).
184. En 1533 les villes fortes des frontières sont exemptées d’un prélèvement sur les deniers
communs à condition de consacrer l’argent à leurs remparts. Ce prélèvement est sûrement
destiné lui aussi aux fortifications, comme en 1535 : C.A.F., t. II n° 5476 et t. III n° 7826 ; B.N. fr
15633 f° 183-186 v°.
185. A partir de 1538-39, Henri VIII lance une énorme entreprise de fortification de la côte sud de
l’Angleterre, de la Tamise à Milford Haven qui, avep les constructions du Nord de la France, lui
revient à 376 500 livres sterling : Guy (John), Tudor England, Oxford, 1988, p. 184.
186. C.A.F., t. IV n° 11202 (12-9-1539) : réduction de 300 000 lt sur cet impressionnant montant.
L’effort en ce domaine constitue alors le cœur du justificatif des dépenses dans certaines
ordonnances : exemple in A.C. Agen BB 26 f° 290 et sq. (22-9-1540). Au moment de l’entrée en
guerre de 1542, Martin du Bellay évoque « la fortification d’aucunes places, ou nouvellement
commencées ou que, tant delà les monts que deçà, on commençait à mettre en deffences et qui
n’y estoient encore » : Mémoires, t. IV p. 58.
187. Faucherre (Nicolas), Places fortes bastion du pouvoir, Paris. 1986, p. 9.
188. Tommaseo, Relations, p. 303. Sur le souci de la fortification chez François I er, lors de ses
dernières années : Du Bellay, Mémoires, t. IV, p. 322-326 et 332-333.
189. B.N. fr 17329 f° 91 v : évalués à 52 000 et 75 000 lt en 1530 et 1531, les deniers par ordonnance
bondissent à 295 000 et 1 063 000 lt en 1545 et 1546. Un formulaire cité dans Jacqueton,
Documents, p. 253 affirme qu’« en ce chappitre sont couchez les dons et aulmosnes faiz à églises,
à la réparacion des places et plusieurs autres semblables parties ». Pour le règne de Henri II, B.N. fr
4523 f° 36 fournit en revanche une autre définition.
190. A.N. J 968, 1/15 [23-4-(l537)].
191. A.N. J 968, 1/1 : Montmorency au chancelier [25-1-(1537)].
192. A.N. J 967, 12/3 : Claude de Bourges au chancelier (7-5-1538).
193. Une mise au point d’ensemble pour la Picardie dans Potter, Picardy p. 188-199.
194. Sur la fixation de la « cocte et tauxation » pour les gendarmes, voir par exemple O.R.F., t. IV
p. 269 (28-6-1526). Voir l’ensemble du texte (p. 269-279 surtout) sur le problème du
ravitaillement. Un règlement du 26 mai 1527 ordonne aux clercs, avant de payer les compagnies,
de faire « paier et contanter entièrement tous les vivres que lesd hommes d’armes et archiers
devront à leurs garnisons, selon le taux et pris qui y aura esté mys » : ibid., t. V p. 66. Voir aussi
ibid., t. VI p. 95 (15-7-1530).
195. Doucet, Institutions, t. II p. 649. Pour les compagnies d’ordonnance, la solde inclut des
fournitures en nature : ibid,, p. 625. Voir Fontanon, Edicts, t. III, p. 95 qui reproduit un « règlement
sur la fourniture des vivres à la gendarmerie tant estans es garnisons que marchant sur les
champs » du 4 janvier 1546.
196. B.N. fr 3064 f° 30 [23-1-0527-28 ?)].
197. Du Bellay, Mémoires, t. III p. 420.
198. B.N. fr 20502 f° 86 et fr 10406 f 49.
199. Ce qu’elle a parfois, très matériellement, du mal à faire : dans sa ruée italienne de 1515,
François I" s’attarde un jour à Chivasso pour attendre les transports de vivres : Barrillon, Journal,
t. I p. 84.
200. Contamine, Histoire militaire, p. 232.
201. C.A.F., t. IV n os 13074 et 13080. Les personnes chargées des réquisitions ont un pouvoir de
contrainte le plus souvent inclus dans leur commission. Un exemple dans C.A.F., t. V n° 18278
(1-5-1525), pour le ravitaillement de Beaune.
202. C.A.F., t. IV n° 13498, t. VI nos 22658 et 22684.
87

203. A.N. M.C. CXXII 27 (19-1-1546).


204. C.A.F., t. IV n° 13699.
205. Voir Potter, Picardy, p. 191-192. Interventions de Saint-André ou Guise en faveur des
habitants des cités picardes sous Henri II afin « qu’ilz [ne] perdent ung seul denier » : ibid.,
p. 193-194.
206. B.N. fr 3029 f 111 : La Trémoille à Robertet [7-8- (1521 ?)].
207. A.N. J 965, 7/1 (15-5-1537). J’ignore a quoi fait précisément allusion A.N. M.C. Inv. Carré n°
2070 qui évoque en 1524 « la recepte du pain de la munition du Roy au camp, au quartier de
l’avant garde ». S’agit-il tout simplement du magasin chargé d’approvisionner spécialement ces
troupes ? Le terme de « munition », fréquent, s’applique habituellement aux réserves établies
dans les villes : Potter, Picurdy, p. 196.
208. B.N. fr 3048 f° 37 : Duprat à Montmorency (30-10-1528). En 1543, le roi avance des fonds à la
ville d’Auxerre pour qu’elle puisse fournir de la nourriture aux camps de Luxembourg et
Landrecies. L’argent est conservé par la ville en remboursement d’un prêt : C.A.F., t. IV n° 13694.
209. C.A.F., t. III n° 10015 et t. IV n° 14152.
210. Lot, Recherches, p. 231.
211. B.N. fr 5085 f° 348.
212. A.N. M.C. XIX 89 (17-6-1545) : B.N. fr 11969 f° 376 v°. Pelloquin est aussi contrôleur
extraordinaire des guerres : A.N. M.C. XIX 175 (14-6-1548).
213. C.A.F., t. I n° 1702. Ce personnage important mériterait à lui seul une recherche. Voir entre
autres A.N. M.C. VIII 158 (13-3-1538), Doucet, Parlement 1525-27, p. 75-76 et C.A.F., t. I n° 2132,
t. VII n" 27293 et 27391, Potter, Picardy. p. 197 et note 140.
214. Potter, Picardy, p. 192 et 199. La distinction que fait l’auteur entre marchands
munitionnaires qui signent des contrats de longue durée comme Favier et marchands volontaires
qui s’engagent ponctuellement comme Varlet n’est sans doute pas toujours évidente à mettre en
œuvre, surtout quand ces derniers interviennent de façon récurrente.
215. A.N. J 967, 87/1 (16-4-1538). Autre marché avec « Mainfroy Chandelle », marchand et
bourgeois de Moncalieri, pour 1150 sacs de froment, mesure de Turin, pour approvisionner
Moncalieri, moyennant 7475 1t. Opération évoquée en septembre 1538 : C.A.F., t. VIII n° 31869.
216. C.A.H., t. II n° 4010 (15-12-1548). Il est de ce fait garde général des « munitions » dans la
province, en particulier celles de Turin et Moncalieri : C.A.H., t. III n° 4396 (17-2-1549)
217. Potter, Picardy, p. 197 affirme cependant que le transport est très souvent le fait
d’entrepreneurs privés. Mais s’agit-il des marchands fournisseurs eux-mêmes ?
218. Pour une période plus tardive, voir sur ce point Wood, Royal army, p. 16-20.
219. B.N. fr 17329 P 85 v° -86 v° ; fr 2940 P 48 ; Doucet, État Général, p. 76-77.
220. B.N. fr 17329 f° 88.
221. Les valeurs précises obtenues sont les suivantes : 4 e Quartier de 1527 et 1 er de 1528 : 95 1. 6
st ; quartier de date inconnue (1524-1528) : 94 1. 2st ; 3 e Q. de 1529 : 94 1. 3 st ; 3 e et 4e Q. de 1532 :
94 1. 2st. Pour la seconde période : 1543 : 111 1. 16st/Q. ; 1545 : 111 1. 17 st ; 1547 : 112 1. 10 st ;
1549 : 113 1. 4 st. Au-delà se met en place un nouveau système de paiement. Il convient de
souligner l’absence de chiffre pour les dix premières années du règne et pour 1533-1542.
222. C.A.F., t. III n°s 7871 et 9750, t. VIII n° 31442.
223. Doucet, Institutions, t. II p. 622.
224. Avec ceux de l’Ordinaire (soit les f° 43 v° -51 v°), ces chiffres sont publiés dans Lot,
Recherches,p. 241-253.
88

225. Détail des chiffres des moyennes mensuelles pour les 22 périodes du graphique :

226. Pour l’Épargne : B.N. fr 10406 f° 247 v° ; pour les Parties casuelles : A.N. KK 352, f os 75-76.
227. A.N. J 958 n° 38.
228. Ralentissement relatif, si l’on intègre les charges consécutives à la ligue de Cognac. Pierre
Spine touche 20 541 lt pour frais du compte de la ligue en Italie en 1526. Si le taux est de 5 %, ce
qui paraît raisonnable, les fonds maniés dépassent alors 400 000 lt : C.A.F., t. V n° 18899.
229. En 1527, les fonds de l’Extraordinaire des guerres à destination de l’Italie pour la période
comprise entre le 26-8 et le 8-10, soit près d’un mois et demi, seraient de 400 000 lt, s’il faut en
croire une allusion, d’interprétation délicate il est vrai, dans A.N. Z la 54 f° 206.
230. Les dépenses de l’Ordinaire pour cette période sont d’après B.N. fr 17329 f° 87 de trois
millions de lt (au lieu de deux pour fr 4523 f° 44). Cela porterait l’ensemble à 8,5 millions de lt.
231. B.N. fr4523 f° 51.
232. 2 508 lances rémunérées pour le premier quartier, 547 pour le quatrième ! B.N. fr 4523 f° 44
et sq.
233. Isaac, Tournon, p. 42.
234. Un acte du 30 août 1542 parle d’une dépense mensuelle d’un million de lt pour la guerre.
Soit il s’agit d’une exagération, soit cela concerne une courte période de quelques mois, qui ne
peut être comparée à une moyenne établie à partir de données annuelles : C.A.F., t. VII n° 24894.
235. B.N. fr 3054 fos 118-120.
236. Chaunu, H.E.S.F., t. I p. 159.
237. Voir sur ce point, pour les guerres de Religion, les réflexions de Wood, Royal army p. 24 et 26
238. Buisson, Duprat, p. 155, d’après B.N. fr 2985 f° 13
239. Même souci chez François Ier en septembre 1521, à cause du manque de fonds : « Voyant
ledit Roi ses affaires en telle extrémité, dit qu’il falloit donner une bonne bataille » : Spont,
Semblançay p. 176.
240. Du Bellay, Mémoires, t. I p. 349. Mais lever le siège, ne serait-ce pas en soi une défaite ?
241. Lapeyre, Monarchies, p. 330-331.
242. Voir Rott, Représentation, 1.1, passim.
243. Alors que Boisrigault est résident, Antoine de Lamet conduit une mission importante en
Suisse en 1532-1534. Mais il est lui-même ancien résident : C.A.F., t. II n° 6031 et 7372.
244. A.N. J 967, 39 [11-4-(1538)].
245. B.N. fr 2963 fos 127-134. Ces 6 300 lt incluent une dépense spécifique : 781 écus de « droits ou
régale du chappeau ».
246. A.N. J 966, 44/5 (8-6-1538).
247. A.N. J 965, 7/18 [17-8-0537)).
248. B.N. fr 10 406, fragment de l’Épargne, f° 537 et Tommaseo, Relations, p. 195.
249. B.N. fr 4523 f° 35. Garnier, habituellement bien informé, donne en revanche le chiffre de 300
000 lt pour les ambassadeurs en 1552, postes et courriers exclus : Tommaseo, Relations, p. 402.
250. A.N. M.C. XIX 159, à la date. Autre exemple, le vase d’or et d’argent rempli de 2500 écus que
reçoit « Statilio », l’ambassadeur de Bohême : Lestocquoy, Nonces 1535-1540, p. 464 (26-6-1539). En
fait, il s’agit de l’évêque de Transylvanie Jean Statilée, représentant de Zapolya, le roi de Hongrie
89

rival de Ferdinand et soutenu par les Turcs. Il a déjà reçu une coupe d’or valant 1 660 lt lors d’une
précédente ambassade en 1528-1529 : C.A.F., t. I n° 3244.
251. A.N. J 967, 87/5 : Martin de Troyes au chancelier [10-7-(1538)]. Deux autres lettres du même
ensemble (87/8 et 87/9) montrent qu’au moins 122 000 lt convergent alors vers le trésorier de
l’Épargne.
252. B.N. fr 3127 f° 125.
253. B.N. fr 25720 f° 174 ; A.N. M.C. XIX 86 (9-7-1543). Une seule pièce de vêtement pour
l’entrevue vaut 1163 écus et un teston, payés en mars 1525 à Claude de Beaumont, marchand de
Lyon ; A.N. KK 351 f° 37 v°.
254. A.N. KK 94. Voir Spont, Semblançay, p. 164 note 4.
255. Prentout, États de Normandie, t. I p. 255-259.
256. B.N. fr 15628, n° 213, 247, 249, 274, 276-278, 280-281, 361, 365 et 402.
257. A propos de la réception d’ambassadeurs anglais lors des fêtes de la Bastille de décembre
1518, A. M. Lecoq parle ainsi de « discours politique en image » : François I er imaginaire, p. 115.
258. Pour un récit détaillé de l’ensemble de l’affaire, voir Mignet, « Une élection à l’empire en
1519. Première rivalité de François Ier et de Charles-Quint », Revue des Deux Mondes, janvier-mars
1854, p. 209-264.
259. Barrillon, Journal, t. II, p. XXXII, qui reprend les données de B.N. fr 5761 f° 84. D’après un
agent anglais, les Français avaient avec eux en Allemagne 400 000 couronnes, (équivalentes aux
écus) : Brewer, Letters and papers, vol. 3, part I, 1519-1523, p. 134. C’est le chiffre le plus souvent
avancé pour évaluer le coût de l’élection pour le Trésor royal. Cf Jacquart, François I er, p. 119.
Ehrenberg, Fugger, p. 44 note 24 insiste a contrario sur le fait que l’on brode largement en
Allemagne sur les fonds envoyés par le roi de France.
260. Sur ses débuts, voir Barrillon, Journal, t. I p. 251-252. Ce sont d’ailleurs ces pensions que
celui-ci met en avant pour déplorer, après l’échec, les pertes financières subies : « La pluspart des
électeurs qui avoient prins argent en grosses pensions du Roy par trois ou quatre ans (…)
tournèrent leur robbe contre leur promesse » : ibid., t. II p. 146.
261. Barrillon, Journal, t. II p. XXXIII.
262. B.N. fr 4523 f° 49.
263. Voir par exemple A.N. J 952 n os 50, 52, 53 et 54. Charles lui-même, bien qu’élu, honorera mal
ses engagements : Ehrenberg, Fugger, p. 47.
264. Buisson, Duprat, p. 139, d’après B.N. Dupuy 486 f° 114. En fait, pour les trois autres électeurs,
le manuscrit parle de vingt mille écus, plus huit mille écus de pension. Les contrats passés par
Charles Quint semblent du même type : Ehrenberg, Fugger. p. 43 note 23.
265. Barrillon, Journal, t. II p. 119 et 121.
266. Ibid., t. II p. 123. Barillon indique d’ailleurs p. 143 que si Charles Quint fait de « grandes
promesses », il est aussi obligé de faire des dons.
267. Ibid., t. II p. 146.
268. Brewer, Letters and papers, vol. 3, part I, 1519-1523, p. 24 : Spinelly à Wolsey (20-2-1519).
269. Voir sur ce point les réflexions de Chaunu (Pierre), L’Espagne de Charles Quint, Paris, 1973, t. I
p. 226.
270. Sur les suites financières de la campagne de 1513, voir Thomas, Délivrance de Dijon,
p. 323-348. Les engagements pris sous Louis XII n’avaient pas été honorés.
271. Spont, Semblançay, p. 140 note 2 et p. 152. Sur cette affaire comme sur l’ensemble du dossier
suisse, on consultera Rott, Représentation, t.l, passim.
272. Wolfe, Fiscal systern, p. 55-56 ; Körner, Solidarités financières, p. 111.
273. Körner, Solidarités financières, p. 411-412. Sur les lieux de paiements des pensions, voir aussi
p. 412.
274. A.N. KK 351, P 14 v° (mars 1525) et M.C. XIX 61 (29-9-1527). Elles valent respectivement 100
écus pour la première et 80 pour les deux autres.
90

275. Körner, Solidarités financières, p. 412. Le seul chiffre précis fourni pour le règne de François I"
(l’année 1546) n’est même que de 39 400 écus : ibid., note 98.
276. Tommaseo, Relations, p. 99 et 195.
277. B.N. fr 4523 f° 42-43 v°.
278. 25 000 écus « pour convertir (…) au paiement des pensions et autres parties dues aux
suisses » détournés vers les princes protestants d’Allemagne : A.N. MC. VIII 46 (13-4-1534). Tout le
problème est de savoir si le responsable de la trésorerie des Ligues a été comptable de cette
somme.
279. Allusion in A.N. J 958 n° 11.
280. Körner, Solidarités financières, p. 413.
281. A.N. J 968, 2/54 (14-11-1537).
282. B.N. fr 3054 f° 132 v° [16-2-(1528)] et 135 [29-9-(1527 ou 28)].
283. B.N. Clairambault 334 f° 209.
284. B.N. fr 3048 f 125 (1530-1532). Sur le travail d’enquête concernant les créances suisses, voir
Rott, Représentations, t. I p. 279, 282, 284, 393-399.
285. Körner, Solidarités financières, p. 413. C’est sans doute à cela que fait référence le nonce quand
il écrit en juin 1535 que les ambassadeurs des Cantons ont obtenu du roi 74 000 ducats de
supplément de paie annuelle : Lestocquoy, Nonces 1535-1540, p. 43. Si cette interprétation est
recevable, le montant de cette double paie, avec un ducat à peu près équivalent à un écu au soleil,
est lui aussi très supérieur aux chiffres de Körner.
286. Spont, Semblançay, p. 185.
287. Doucet, Etat général, p. 96 note I applique par erreur cette somme aux dépenses de 1523. Un
document complémentaire, B.N. fr 23269 f° 4, évoque très nettement à ce sujet le « payement des
debtes deues à ceulx des ligues et cantons de Suisses pour le reste de leurs services d’Italie et de
Picardye ». Nul doute qu’il ne s’agisse des opérations de 1521-1522.
288. B.N. fr 3048 f° 19 (13-10-1525).
289. Barrillon cité in Lemonnier, Histoire de France, t. I p. 142 ; Montmorency cité in Knecht,
Francis I, p. 126.
290. B.N. fr 3031 f 86 [20-4- (1528 ?)].
291. O.R.F., t. VI p. 225-226 (7-2-1532).
292. Voir les analyses de Körner. Solidarités financières, p. 113-114 et 413. Pour la période
1501-1530 les pensions de paix et d’alliance représentent 24 % des recettes ordinaires à Bâle et…
111 % à Fribourg.
293. Rott, Représentation, t. I p. 394.
294. On l’observe en 1528 pour financer la guerre, en 1530 pour la rançon, en 1534 pour envoyer
des fonds en Allemagne : Rott, Représentation, t. I p. 374 note 5 et p. 399. Mais bien sûr le cas
inverse reste possible : fonds « allemands » détournés vers les Cantons en 1533 : ibid.. p. 390 note
1.
295. Giry-Deloison, Politique étrangère d’Henry VIII, passim. Voir du même auteur « A Diplomatie
Revolution ? Anglo-French Relations and the Treaties of 1527 » in Starkey (David) (éd.), Henry VIII
: A European Court in England, Londres, 1991, p. 77-83.
296. O.R.F., t. III p. 193 (1-9-1522) ; Knecht, Francis I, p. 147 et p. 372.
297. Sur la dot : Lestocquoy, Nonces 1535-1540, p. 80 (200 000 lt plus 10 000 ducats par an). Le coût
global de cette dot est finalement de 500 000 lt : C.A.F., t. III n° 9441. La chambre aux deniers
débourse 14 605 lt en cinq mois et demi pour le roi d’Ecosse : A.N. J 966, 1913.
298. Jacqueton, Politique extérieure, p. 204-211.
299. Voir par exemple la correspondance de Duprat dans B.N. fr 3031 f° 103 v° (5 e paye), f° 15 (7 e
paye), f° 7, 59 et 157 (10e paye)…
91

300. O.R.F., t. V p. 18. L’effort militaire global alors accompli, armée de terre et de mer
confondues et frais de la Ligue inclus, est estimé à 200 000 lt dans un autre texte presque
contemporain : ibid., p. 26.
301. François, Tournon, p. 158. La défaite de Montemurlo fait annuler le versement.
302. A.N. PP 119, mémorial coté NN, p. 41.
303. Canestrini, Négociations, t. III p. 78.
304. B.N. fr 20502 f° 135.
305. Bonne synthèse in Knecht, Francis I, p. 223-224 et 231-233.
306. Bourrilly, Du Bellay, p. 169-170 ; O.R.F., t. VII p. 101 (20-1-1534). Le 19 décembre 1534,
Chapuys informe Charles Quint que 100 000 couronnes, initialement destinées à Henri VIII, ont
pris le chemin de l’Allemagne : Potter, French Involvement, p. 527, note 10.
307. C.A.F., t. VI n° 20889 ; O.R.F., t. VII p. 210 (22-4-1535) ; Du Bellay, Mémoires, t. II p. 283.
308. C.A.F., t. III n os 9971 et 10044. Sur la question, peu claire, des subsides aux princes
protestants en 1545-1546, voir François, Tournon, p. 224 et note 2.
309. 16 400 lt pour le duc de Gueldre ; B.N. fr 10406, n° 19 (21-7-1528) ; 110 625 lt dépensées en
Gueldre pour le duc et ses serviteurs : C.A.F., t. II n° 7623 (17-3-1535). A la suite du traité du 28
octobre 1528, Jean Zapolya reçoit 40 000 lt ; C.A.F., t. I n° 3344. Le roi de Hongrie (appelé par
erreur roi de Bohême) doit toucher de nouveau 45 000 écus en 1539 : Lestocquoy, Nonces ¡535-1540,
p. 464. Un mandement pour versement de 22 500 lt date du 20-6-1539 ; C.A.F., t. IV n° 11067.
310. B.N. fr 15628, passim.
311. Nombreuses allusions à l’argent de Naples dans Spont, Semblançay, p. 135 note 3, p. 143 notes
2 et 3, p. 152 notes 4 et , p. 160 note 2, p. 169… Un exemple de quittance de versement (50 000
écus) in C.A.F., t. V n° 17192 (21-10-1519).
312. Jacqueton, Épargne, 2e partie, p. 18 et 20. Le dernier versement semble avoir lieu en 1536 :
quittance de 40 000 écus le 16 février : B.N. fr 21413 f° 489.
313. C.A.F., t. I n° 2822.
314. Guichardin, Histoire d’Italie, p. 801.
315. Sur ce dossier, voir Giry-Deloison, Politique étrangère d’Henry VIII, 2 e paragraphe. Les apports
anglais (55 705 lt), vénitiens (47 725 lt) et florentins (6517 lt) représentent 15 % de la recette de
l’Extraordinaire des guerres du 1-8 au 31-12-1528 : B.N. Clairambault 1215 f° 98.
316. Pour une première mise au point financière voir Hamon, Rançon, passim. A ma connaissance,
la rançon n’a jamais donné lieu à une étude approfondie.
317. Sur le règlement avec Henri VIII, voir Knecht, Francis I, p. 221-222.
318. 4,9 tonnes d’après Hamilton repris par Vilar (Pierre), Or et monnaie dans l’histoire, Paris, 1974,
p. 81.
319. François, Tournon, p. 79 note 3.
320. B.N. fr 3031 f°35.
321. Sapin s’enfuit car il ne peut régler promptement et intégralement le quartier de juillet 1531
destiné pour l’essentiel à payer 250 000 écus à Charles Quint : A.N. JJ 246 f° 52.
322. C.A.F., t. I n° 6290-91.
323. Du Bellay, Mémoires, t. II p. 140. Charles Quint investira de fait une partie de la rançon dans la
lutte contre les Infidèles puisque 187 des 400 millions de maravédis engloutis dans l’expédition
de Tunis en proviennent : Peronnet (Michel), Le XVIe siècle : des grandes découvertes à la Contre-
Réforme, Paris, 1981, p. 170. Cette quasi-moitié des frais équivaut à environ un demi-million
d’écus.
324. Spooner, Frappes, p. 115.
325. Ibid, p. 118.
326. Richet, Monnaies, p. 361-362 et 366-367. Dans ce cas précis, la monarchie adopte une attitude
inverse de celle qui est à la base de son intervention monétaire : « interdire que ne se réinstitue
92

de façon parallèle un cours privé entre les particuliers, s’écartant de la définition donnée par le
roi » : Boyer-Xambeu, Deleplace et Gillard, Monnaie privée, p. 97.
327. B.N. Clairambault 332 f° 17 (9-4-1530).
328. A.N. M.C. VIII 43 (16-12-1525).
329. A.N. M.C. XIX 79 (28-3-1538).
330. B.N. fr 3091 f°43.
331. Gascon dans Chaunu, H.E.S.F., t. I, p. 274.
332. O.R.F., t. III p. 300 (25-9-1523).
333. Calcul à partir de B.N. fr 2940 f° 57 puis 48.
334. Spont, Semblançay, p. 136 note 1 (27-11-1516).
335. O.R.F., t. V p. 159 et p. 168.
336. Du Bellay, Correspondance, t. II, p. 456. Le texte précise : « L’Empereur n’entend que soit mis
par les syens empeschement à chose qui touche lad. Royne sa seur ».
337. B.N. Dupuy 86. f°31.
338. Tommaseo, Relations, p. 195. Il ne compte pas « les frais des bâtiments, des tournois, des
banquets, des présents de Noël, des visites des rois et des princes, car on ne pourrait pas en
évaluer le montant ».
339. Voir Doucet, État Général, passim.
340. B.N. fr 3127 f° 91 et sq.
341. Chiffre obtenu en additionnant les données des divers postes et en extrapolant pour les cas,
de faible importance financière, où manquaient les totalisations exactes.
93

Chapitre II
Faire face : les recettes de la
monarchie

1 La fiscalité qui pèse sur les sujets du roi de France permet de répondre aux besoins
croissants de l’État, parmi lesquels le plus pressant est la politique extérieure en général
et la guerre en particulier. Si le roi a toujours disposé de fonds propres, la perception de
ressources par le souverain en tant que souverain est une conquête progressive et
capitale des derniers siècles du Moyen Age. Elle s’abrite derrière des pratiques et des
principes financiers anciens et prestigieux, mais estompés au moins depuis les
Carolingiens, sinon depuis le Bas-Empire. Cependant, malgré les parallèles juridiques,
l’évolution des 14-15e siècles est marquée du sceau de la nouveauté. Dans ce processus, la
guerre de Cent Ans a joué un rôle clé et le pouvoir royal, au début du XVIe siècle, vit
largement sur les acquis de cette période, en particulier ceux du règne de Charles VII.
Tout un ensemble d’impositions passées dans les mœurs est donc venu s’ajouter aux
profits du domaine1. Mais ces ressources régulières et traditionnelles se révèlent
insuffisantes à chaque conflit. Aussi le gouvernement royal est-il contraint de trouver des
moyens d’accroître ses rentrées et, la simple augmentation des impôts ne suffisant pas, de
songer à créer de nouvelles ressources. Si l’imagination fiscale est sans limites, la
monarchie ne cherche guère, en multipliant les expédients, qu’à boucher des trous et à
affronter l’urgence au jour le jour. Aussi les problèmes de trésorerie constituent-ils le
pain quotidien des responsables financiers et par voie de conséquence de tous ceux qui
dépendent de financements royaux, du chef de guerre au stucateur de Fontainebleau.
Dans cette perspective, la guerre joue un rôle important mais complexe. Pour bien saisir
les enjeux, une mise en perspective des difficultés « militaro-financières » des années
vingt sera fort instructive.

I. Percevoir
2 Mais il faut s’attaquer d’abord aux réalités chiffrées du prélèvement des impôts. Pour les
manuels financiers, très avant dans le XVIe siècle, taille, aides, gabelle et traites restent
des rentrées extraordinaires par opposition au domaine, seule véritable ressource
94

ordinaire. Avec Roger Doucet, convenons que cette appellation n’a plus grand sens : « En
réalité, finances ordinaires et extraordinaires ne formaient plus, au XVIe siècle, que deux
branches d’un même service public dont le roi disposait librement »2. On peut donc, en
ayant conscience qu’il s’agit d’une dénomination partiellement anachronique, parler à
leur sujet de ressources ordinaires constituant un ensemble de rentrées (relativement)
régulières et sûres. Sans vouloir se livrer à une analyse détaillée des divers impôts, ni
dans leur diversité juridique, ni dans leurs variantes géographiques3, il faut néanmoins
tenter de mesurer le poids de ces prélèvements, dégager des évolutions et observer
quelques aspects importants de leurs modalités de perception.

A. La pression fiscale
1. La taille

3 Établie de façon permanente sous le règne de Charles VII, la taille est, au sein des
ressources ordinaires telles qu’on vient de les définir, le poste de loin le plus important.
Au début du règne de François Ier elle a déjà derrière elle une longue histoire. Un
important accroissement sous Louis XI, conséquence d’un énorme effort militaire à la fin
du règne, est suivi sous les Beaujeu d’un net recul. Les guerres d’Italie correspondent à
une légère reprise de la hausse, mais la taille reste modérée. Avec ce faible poids sur une
longue durée la taille, pour Pierre Chaunu, « a légitimé l’impôt ; elle aligne
l’Extraordinaire vieilli sur la rassurante légitimité d’un nouvel Immémorial »4. Il faut
attendre les toutes dernières années de Louis XII pour noter une forte augmentation du
brevet, dont hérite François Ier. Le règne lui-même correspond à un quasi-doublement : de
2,4 millions de lt en 1515, on passe à 4,6 millions en 1544-1545, avec un recul à 3,6 millions
pour 1547. Au principal s’ajoutent des crues presque permanentes et parfois des
compléments spécifiques comme ce sou pour livre levé en sus de la taille pour le fait des
galères en 15345. D’où au total des montants très lourds certaines années6.
4 Pour prendre un exemple régional, j’ai comparé des données sur la taille en Normandie
fournies par deux historiens. Plus peut-être que sur le prélèvement, la mise en parallèle
des chiffres retenus par Guy Bois et par Giuliano Procacci nous fait découvrir, au-delà de
la différence de leurs sources, deux approches distinctes7. Pour Procacci, qui cherche à
mettre en évidence la lourdeur du poids de l’impôt, les données proposées pour le règne
de François Ier correspondent surtout à des années de guerre et sont systématiquement
majorées par les crues et ponctions annexes, d’où des totalisations élevées. Chez Guy Bois
au contraire, qui cherche à souligner que la « paupérisation des rustres » n’est pas sans
conséquence sur la Fiscalité dans la première moitié du XVIe siècle, les chiffres fournis,
bien inférieurs, sont ceux d’années de paix et proviennent du seul « principal » de la
taille. Les conclusions de Guy Bois rejoignent les remarques de Pierre Chaunu qui souligne
que l’impôt, et la taille au premier chef, « a beaucoup moins augmenté sous le règne de
François Ier qu’on ne l’a cru souvent » 8. La mise au point d’Alain Guéry sur l’évolution de
la taille en valeur nominale et en valeur « déflatée » en froment permet de prendre la
mesure du phénomène : l’opposition du profil des deux courbes est saisissante car
l’élévation des demandes est largement dévorée par la hausse des prix : le poids de la
taille est en fait « objectivement » en recul9. Pour la monarchie française, pas de « profits
d’inflation » à la Renaissance, bien au contraire.
5 Des prélèvements de même type, mais dans l’ensemble moins lourds, sont effectués dans
certaines provinces non sujettes à la taille proprement dite. Les impositions y sont sous le
95

contrôle des Etats, un contrôle beaucoup plus net que celui que peuvent exercer ceux de
Normandie, essentiellement parce qu’à la base, les officiers de finance sont absents. En
Provence comme en Bretagne, le fouage est de rigueur10. L’exemple bourguignon nous
montre une province astreinte à une imposition tous les trois ans. Les États accordent
ainsi 60 000 lt en 1515, dans des circonstances particulières11, 40 000 lt en 1518 et 1521,
puis 50 000 en 1524 et enfin 60 000 à partir de 153912. En 1548, Henri II demande un
doublement (justifié par la nécessité de recouvrer le Boulonnais) à 120 000 lt 13. Dans le
petit comté d’Auxonne, qui a ses propres États, le processus est le même. De 4 000 lt en
1515, on passe à 6 000 de 1521 à 1530, 10 000 en 1533, de nouveau 6 000 en 1536, puis
10 000 en 1539 et 1542 pour finir à 20 000 lt en 1545, et rester à ce niveau en 1548 14. Un
prélèvement multiplié par quatre pour la Bourgogne et par cinq pour Auxonne, voici une
hausse notable pour l’époque. D’autant que ce système n’exclut pas les demandes
exceptionnelles hors négociation triennale, en période de tension. En 1523, la Bourgogne
verse 20 856 lt « par manière de octroy et don gratuyt et non autrement (…) pour cette
fois seulement ». La même année, le comté d’Auxonne est sollicité pour fournir 16 000 lt
tant pour la solde de l’armée que pour les fortifications des villes15. Ces rallonges sont
assimilables aux crues de taille.

2. La fiscalité du sel

6 La fiscalité du sel, comme celle de l’ensemble des taxes sur la consommation ou le


transport, est remarquable, plus encore que la taille, par la diversité des modalités de
perception à travers le royaume. C’est un héritage de la fin du Moyen Age : en Languedoc,
toujours contrôlé par la monarchie, le prélèvement se fait directement sur la production.
Plus au nord en revanche, « l’impuissance royale à agir directement sur la production des
marais de Saintonge, Poitou et Normandie placés sous tutelle anglaise ou de Bretagne
avait obligé à intervenir sur le commerce et à prélever l’impôt au moment de la
distribution »16. En Languedoc, on peut acheter son sel où l’on veut alors que dans les pays
de grande gabelle, les assujettis ont un grenier de rattachement. En fait cette fixation est
sans doute peu assurée puisqu’en Outre-Seine-et-Yonne, pays de grande gabelle, il suffit
d’une surtaxe locale pour que le général de la charge s’inquiète : « Seroit à craindre que
en mettant nouveau subcide sur led sel, que l’on ne donnât occasion au peuple d’en
prendre à meilleur marché où ilz en porront trouver »17. Ils iront tout simplement vers les
greniers des environs qui ne portent pas ce « subcide ».
7 Le roi, qui ne contrôle absolument pas l’ensemble du commerce du sel, prélève sur chaque
quantité commercialisée dans le royaume le « droit du roi », dont l’évolution sur le règne
n’est pas parfaitement claire. En pays de grande gabelle, la taxe serait, selon Gigon, de
quinze lt par muid en 1515, de trente lt en 1535 et quarante-cinq lt en 1537. Or les chiffres
fournis par Doucet sont sensiblement différents, puisqu’il parle de trente lt dès le début
du règne, et de quarante-cinq lt en 152318. L’explication la plus évidente est que le second
inclut dans la taxe des crues, en particulier pour le paiement des tribunaux, que le
premier ne prend pas en compte, mais elle n’est pas pleinement satisfaisante.
L’observation concrète des pratiques fiscales, qui devrait permettre d’avoir une vue plus
recevable de la question, complique parfois les choses. Dans un procès de 1529 qui
concerne le grenier de Meaux, le droit du roi levé au début de 1529 est de trente-cinq lt
par muid, alors qu’au dernier trimestre de 1528 il est supérieur à trente-sept lt 19. En pays
de tirage du sel, le taux reste fixe de 1457 à 1585, mais les crues augmentent si bien la
charge qu’en 1557 elles pèsent autant que la gabelle20. Dans le Sud-Ouest, la date
96

essentielle est 1537. Elle correspond à une augmentation de 50 % du droit : au quart


s’ajoute un demi-quart, au quint un demi-quint.
8 Les données sur le montant global des profits tirés du sel sont encore plus aléatoires. Le
point de départ semble à peu près assuré : les greniers et le tirage rapportent en 1514
environ 300 000 lt21. En 1523, gabelle, quart de sel et tirage doivent rapporter 352 557 lt,
plus une crue de 124 414 lt22. Mais où en est-on au milieu du siècle ? Un calcul effectué à
partir de données de 1547 donne 367 405 lt23. Certes manque la Bourgogne, et aucune
rentrée ne figure pour les généralités de Poitiers, Riom et Agen. Malgré tout la faiblesse
de l’augmentation par rapport à 1523 voire à 1515, alors que le droit du roi s’est
nettement élevé, est étonnante. Deux explications, qui ne sont pas incompatibles,
demeurent possibles : une part notable de revenus aliénés ou bien l’intégration des crues
destinées aux tribunaux dans les charges locales24.
9 Quels que soient les problèmes que posent les chiffres et leur fragilité, une chose est sûre :
le pouvoir royal cherche à accroître ses rentrées par les moyens les plus divers. François
Alamant, contrôleur général des greniers à sel de France, qui est en Bourgogne « pour le
faict et exécution de [sa] charge », visite les grenetiers et ne doute pas que, « s’ilz suivent
le moyen que je leur ay baillé (…), ceste charge qui se monte à XXXVI m [lt] ne double » 25.
Réduire le nombre des exemptés de gabelle constitue un autre objectif. Ceux qui
disposent du privilège de franc salé sont ainsi régulièrement menacés. Le 4 décembre
1516, une déclaration supprime cette disposition onéreuse pour le trésor : « Ordonna le
Roy que chascun en droict soy desdictz privilégiez et gens d’église payassent d’ores en
avant ledict sel, qui en vouldroient avoyr, au prix et taux qui avoit esté imposé à la
gabelle »26. La mesure n’est sans doute pas appliquée puisqu’à la fin de 1540 on envisage
de nouveau de supprimer le droit de franc salé des nobles, laïcs comme ecclésiastiques,
avec probablement aussi peu de suite27. Mais le gouvernement royal conduit une politique
plus tenace en ce qui concerne l’extension géographique du régime fiscalement le plus
intéressant pour lui : la grande gabelle. Si le roi ne parvient pas en 1518 à asseoir une
imposition sur le sel en Bretagne, au même moment en revanche il « establit en la duché
d’Anjou et du Maine les gabelles sur le sel, là où jamais auparavant n’y en avoit eu »28. Le
Bourbonnais, qui disposait d’un impôt spécifique appelé le boutehors, le perd en 1533 :
désormais les ordonnances sur les gabelles y seront observées comme ailleurs 29. Il n’est
pas jusqu’au Piémont nouvellement conquis qui ne soit visé30.
10 Avec les années quarante, les projets de réorganisation de la fiscalité du sel prennent une
ampleur nouvelle. Une législation surabondante mais brouillonne en fait un thème
central des tentatives de réforme du moment31. Par l’édit du 1er juin 1541, la monarchie
tente de généraliser le système du prélèvement à la production qui fonctionne en
Languedoc et établit un tarif unique (44 lt/muid) pour le royaume. Un nouvel édit, qui
diminue le droit du roi mais y assujettit le sel de pêche et le sel d’exportation entraîne des
troubles en Aunis et Saintonge. Ce second édit est rapporté en 1543. Bientôt l’ensemble du
projet d’unification est remis en cause. Mais il ressurgit presque immédiatement sur une
nouvelle base, l’extension des greniers à l’ensemble du pays, par l’ordonnance du 1er
juillet 1544 complétée par celle du 6 décembre. A la fin de 1544, le général de Bourgogne,
Bresse, Bugey et Valromey est ainsi commissaire député pour l’établissement de magasins
à sel dans sa circonscription32. La révolte du Sud-Ouest, au début du règne de Henri II,
remet en cause cette seconde tentative d’unification. La « rationalisation » de la gabelle
qui passe par la généralisation du prélèvement à la source n’a pas lieu et la diversité reste
97

de règle jusqu’à la Révolution. Peut-être cette succession de réformes avortées explique-t-


elle en partie le médiocre rendement de la gabelle à la fin du règne.

B. Une « pesée globale »


1. Préalable : revenu brut et revenu net

11 Toute tentative pour évaluer le poids de la fiscalité pose de sérieux problèmes de


méthode. En effet l’essentiel de la documentation « macro-fiscale » disponible concerne
les recettes qui aboutissent dans les caisses centrales de la monarchie, et non le
prélèvement tel qu’il pèse concrètement sur les sujets. Or, sans pouvoir toujours en
prendre la mesure, on sait qu’il y a une nette différence entre ces deux réalités. Véron de
Forbonnais fournit pour 1514 et 1547 les chiffres du revenu brut. Les rentrées dans les
caisses centrales qui concernent ces deux années représentent respectivement 63,4 % et
80 % de leur montant33. Même si la pertinence de ces pourcentages reste très relative, il
est clair qu’un écart existe. En Bourgogne, alors que la province fournit en 1523 64 500 lt
de recettes au Trésor, la moyenne des dépenses du receveur général (en charge de
l’ensemble des revenus) pour 1517-1521 s’établit à 81 700 lt par an34. Le premier chiffre
représente 79 % du second : un cinquième des dépenses du receveur général resterait
donc en Bourgogne avant toute ventilation au sommet. Et c’est un minimum car 1523 est
une année de don des États. A cela s’ajoutent les fonds perçus et dépensés à l’échelon local
dans la province, qui n’atteignent même pas la recette générale. L’aspect le mieux connu
concerne les ressources tirées du domaine, traditionnellement grevées sur place par des
charges bien répertoriées35. Il faut là-dessus tenir compte des dons36. Ces derniers
prennent une telle importance qu’ils en viennent parfois à poser des problèmes pour le
financement des obligations initiales. En décembre 1542, le roi décide de récupérer la
moitié des dons faits sur le domaine pour payer ces charges locales37.
12 Mais le domaine est loin d’être seul en cause. L’exemple du Languedoc au XVIIe siècle,
souligne que, dans certaines provinces, c’est une part notable de l’impôt, 50 % ici sous
Louis XIV, qui demeure sur place38. Le revenu net est bien moins élevé que le montant
effectivement imposé dans les provinces39. L’étude de cette distorsion est peu avancée
pour la première moitié du XVIe siècle, à supposer qu’elle soit possible largement. Seuls
les travaux de Van Doren sur le Dauphiné abordent la question de l’écart entre
prélèvement à la base et rentrées au niveau central. Van Doren se penche sur la question
des levées locales pour la guerre qui ne remontent pas au Trésor40. L’exemple qu’il donne
pour les années 1537-1538 est impressionnant : les parcelles extraordinaires, impositions
levées par les États pour solder des dépenses militaires, atteignent alors la somme
considérable de 662 000 lt. On comprend aisément dans ce contexte que le roi remette
pour ces années-là les « dons et octrois » de la province41. Mais le résultat est qu’en
apparence, vu du sommet, le Dauphinê ne paye rien durant cette période. Son énorme
participation est-elle seulement le fruit de sa situation spécifique, à la frontière de la
Savoie et du Piémont en cours de conquête ? Rien n’est moins sûr. En Languedoc, les États
provinciaux contribuent durant la première moitié du siècle pour près de 700 000 lt à la
modernisation des fortifications de Narbonne, porte de la province42. Leur versement
s’inscrit dans l’effort de guerre « national » sans apparaître dans les comptes centraux de
la monarchie et vient ainsi s’ajouter aux données évoquées dans le premier chapitre pour
ce secteur. Il en va de même, dans un autre domaine, des nefs dont Louis XII impose la
construction à certaines villes pour étoffer la flotte de guerre43. Ainsi l’écart se creuse
98

entre la fiscalité vécue et l’image qu’en donnent les informations « centrales ». Ce


phénomène concerne sans doute en priorité des provinces sous-fiscalisées, dont le
Dauphiné offre un excellent exemple. Il n’en reste pas moins que le poids de l’État à cette
époque en est singulièrement accru.
13 D’autant que « la perception de la taille donnait lieu à de nombreux abus. Les sommes
imposées dépassaient souvent le montant légal de l’impôt. Dans les pays d’États, c’étaient
des suppléments destinés à accorder des indemnités exceptionnelles aux gouverneurs,
aux présidents des cours souveraines, aux trésoriers et autres officiers »44. Des chiffres qui
figurent dans l’arrêt rendu le 18 janvier 1541 contre Chabot illustrent le phénomène pour
la province dont l’amiral condamné était gouverneur, la Bourgogne45 :

14 La part des divers dons est donc quasi équivalente à celle du versement à la monarchie, ce
qui signifie qu’il faut presque doubler, en Bourgogne, les taux d’imposition calculés à
partir des rentrées du Trésor, du moins pour ce que versent les États. Il est probable par
ailleurs que les agents locaux ou provinciaux du pouvoir royal se procuraient, selon des
formes beaucoup moins consensuelles, d’autres sommes à des fins combinant intérêt
général et profit particulier46. Dans une même volonté de contrôler plus étroitement la
fiscalité, l’édit du 28 septembre 1531 révoque tous les nouveaux impôts, subsides et
péages ou augmentations des anciens établis depuis cent ans sur les marchands de
Languedoc, Lyonnais et Maçonnais, sans octroi royal. Il s’agit pour une bonne part
d’agissements de seigneurs locaux. Mais le roi mentionne aussi parmi les coupables
« aucuns cappitaines de [ses] places »47.
15 Il faut tenir compte aussi des frais de perception qui grèvent les rentrées du Trésor. Ceux-
ci sont plus aisés à connaître car les documents comptables les mentionnent souvent. En
1523, on prévoit pour les frais pour la levée des gabelles 10 740 lt soit 3 % des 325 153 lt à
percevoir. Pour les aides, l’ordre de grandeur est le même : 2,75 %48. Il s’agit de forfaits,
estimés probablement en fonction des années antérieures, mais toujours en chiffres
ronds. Ils sont très variables dans le détail, d’une région à l’autre. Pour les greniers de
Languedoc les frais sont évalués à 4,15 % quand ils ne sont que de 2,86 % pour ceux de
Bourgogne. La levée des aides d’Outre-Seine représente 2 % des sommes à percevoir ; pour
les aides, quatrièmes et quart de sel de Normandie, elle revient à 4,13 %. Pour l’impôt sur
les boissons en Bretagne, qui distingue gages des receveurs et frais de la charge, le
montant total est de 2,9 % (1,24 + 1,66)49. La rémunération des collecteurs de taille,
comprise dans les frais de perception, augmente le prélèvement de 12 deniers par livre
(soit 5 %)50.
16 Reste un problème délicat : savoir quelle part de ce qui est imposé est réellement perçue.
En effet beaucoup des chiffres dont on dispose correspondent à des montants imposables
plus qu’à des rentrées effectives. Il est souvent difficile de savoir si les aliénations sont
parfaitement prises en compte ou si les recettes ainsi grevées figurent pour mémoire
dans certaines totalisations. Par ailleurs, si l’on peut fixer de façon anticipée des non-
99

valeurs comme le fait à la fin du XVe siècle l’administration bretonne pour les fouages, le
« décalage entre les espérances des services centraux et la réalité de la perception » est
infiniment variable, en particulier en fonction de la situation épidémique ou alimentaire51
.

2. L’inégalité régionale

17 Autre élément de variété, les distorsions dans le poids du prélèvement selon les
provinces. C’est là encore un héritage de la fin du Moyen Age. Classique est l’opposition
entre la Normandie et le Languedoc : au XVe siècle, « à population égale, le Languedoc
contribue au tiers, environ, de la Normandie52 ». Mais à l’appui de cette affirmation Pierre
Chaunu ne compare que les revenus nets, ceux qui parviennent aux caisses royales. Rien
ne dit qu’ils ne représentent pas une proportion différente, d’une province à l’autre, du
prélèvement effectué « à la base »53. Au sein des provinces plus récemment rattachées, il
est aussi des écarts considérables entre les revenus nets. La fiscalité bretonne rapporte
ainsi sept fois plus en 1523 ou en 1528 que celle de la Bourgogne. Cette inégalité, sans
même parler des variations dues à la conjoncture socio-économique locale54, est
clairement ressentie dès l’époque par les observateurs. En 1546, le Vénitien Cavalli avance
une série d’explications. Joueraient la richesse, la situation par rapport aux frontières qui
fait de la Champagne et de la Picardie de « pauvres provinces (…) ruinées par la guerre » 55,
la date de rattachement au royaume56. Et il souligne le cas d’espèce représenté par la
Normandie, « toujours la plus grevée de toute les provinces ». Pour celle-ci, Pierre
Chaunu ajoute un élément : il insiste sur la distance par rapport au pouvoir, soulignant
qu’elle « paie cher sa proximité du centre de décision de la monarchie », ce qui peut
signifier qu’une part du revenu brut plus importante qu’ailleurs atteint les caisses
centrales. Mais cela ne vaut-il pas aussi pour la Touraine ou l’Ile-de-France ?
18 En Normandie, Procacci souligne que les hausses d’impôts sont très variables d’une
paroisse à l’autre durant la première moitié du XVIe siècle57. Mais si l’on prend une vue
d’ensemble, l’impression demeure que le rapport entre les différents espaces de
prélèvement, à l’échelle du royaume, reste relativement stable, comme en témoignent les
pourcentages qui suivent, qui concernent le principal de la taille58 :

19 Les données concernant l’ensemble des impositions (domaine exclu), toujours pour les
revenus nets, vont dans le même sens59 :
100

20 Ce second tableau permet d’ailleurs de relativiser la surchage fiscale normande par


rapport au Languedoc ou à l’Outre-Seine. Avec la seule taille, le Languedoc représente la
moitié à peine de la Normandie. Pour l’ensemble, le voici parvenu à 60 %, voire aux deux
tiers en 1523. L’Outre-Seine de même passe de deux tiers à une quasi équivalence, au
moins pour le début de la période. Cherche-t-on parfois à corriger, à la marge au moins,
ces distorsions ? C’est l’impression que donne un détail du prélèvement de 1547. Alors
qu’en Languedoïl ou en Normandie la crue de l’année est fixée à 15 % du principal de la
taille, en Languedoc l’aide est complétée par une crue d’un cinquième60.

3. Bilan des impositions

21 Il faut maintenant se résoudre à mesurer le poids de ce fardeau « ordinaire ». Il est


évidemment impossible, au moins dans l’état actuel de la recherche, d’estimer le poids
total que la fiscalité royale fait peser, avec ses annexes, sur les sujets. Il est sans doute
aussi impossible d’évaluer, à partir de données régionales ou locales qui pour une grande
part n’existent plus, le prélèvement, même en se limitant au revenant-bon qui atteint le
Trésor. La seule voie ouverte, et ouverte depuis longtemps, est le recours aux totalisations
contemporaines qui ont survécu. Après tant d’autres, et après les développements qui
viennent d’être faits, est-il besoin de souligner leur fragilité ? Mais mieux vaut une
histoire très approximative que pas d’histoire du tout, à condition bien sûr de ne jamais
perdre de vue les limites des données maniées61. Il s’agit donc ici essentiellement de
l’impôt, mais il ne faut pas oublier le domaine. Celui-ci, dont les revenus semblent avoir
connu une nette reprise sous Louis XII62, est plutôt en perte de vitesse sous François Ier, et
il ne rapporte pas plus en 1547 qu’en 1515. Les revenus du domaine sont largement
dépensés sur place, et, pour le reste, les aliénations dont il est l’objet et le manque de
rigueur dans sa gestion sont la cause de son recul statistique quand l’ensemble du
prélèvement s’accroît. La liste qui suit permet de constater cette croissance. J’y ai intégré
du moins mal que j’ai pu des sources hétérogènes, incluant en particulier, quand le fait
était mentionné, les crues des divers impôts, de la taille avant tout, triturant parfois les
chiffres, avec l’autorité discutable que donne une connaissance décente du contexte.
Quand cela est possible, je précise s’il s’agit de prévisions de rentrées [P], de recettes
effectives [R] ou d’estimations [E]. Les données sont en millions de lt :
22 1514 : 4,04 (anticipations et restes exclus, sans Bourgogne, Provence et surtout Bretagne) :
B.N. Dupuy 958 f° 45.
• 1518 : 4,8 [P] (200 000 lt de taille de Milan inclus) : B.N. fr 2940 f° 57v° et 51v°.
• 1523 : 5,03 [P] : Doucet, État général, passim.
• 1526 : 4,2 [R] (recette de l’Épargne seulement) : Jacqueton, Épargne, V e partie p. 42.
• 1528 : 5,03 [R] [Épargne (4,6) + Parties casuelles (0,43)] : ibid., p. 42.
• 1532 : 4,64 [R] (recettes de l’Épargne seulement) : ibid., 2 e partie, p. 13.
• 1533 : 4,35 [R] id.
• 1534 : 4,86 [R] id.
• 1535 : 5,4 [E] (revenu net estimé par M. Giustiniano) : Tommaseo, Relations, p. 97. Pour
Chaunu, H.E.S.F., p. 162, l’impôt total est de 5,625.
• 1537 : 5,55 [E] (idem par F. Giustiniano) : ibid., p. 179. Pour Chaunu, ibid., passim, impôt total de
6,725.
• 1540-1541 : 4,62 (revenu de 1541 estimé d’après 1540) : B.N. fr 3005 fili.
• 1546 : 9 [E] (revenu net estimé par M. Cavalli ; inclut d’autres ressources ; surestimation très
probable) : Tommaseo, Relations, p. 301.
101

• 1547 : 6,04 (impôts sans Bourgogne, Provence et Bretagne) : B.N. Dupuy 958 f° 49. Pour
Chaunu, H.E.S.F., p. 162, l’impôt total est de 7,4.
• 1549 : 6,62 [P] (sur une recette totale de 8,3) : B.N. fr 3127 P 91.
• 1552 : 7,6 (sur un revenu net total de 8,5) : Tommaseo, Relations, p. 402.
23 A y bien regarder, la hausse n’est pas énorme. Puisque l’heure est à l’imprudence, peut-on
tenter de calculer un taux d’accroissement annuel ? Le pourcentage proposé par M. Wolfe
(2,2 % par an)63 ne me paraît pas recevable car il utilise pour 1546 le chiffre de Cavalli
dont la validité est très douteuse. Il me semble préférable d’utiliser le manuscrit Dupuy
958, document qui fournit des données pour chaque dernière année de règne. S’il est lui
aussi sujet à caution, du moins se base-t-il directement sur des sources comptables. La
prise en compte des seuls impôts donne un taux d’accroissement de 1,5 % par an. Il est
pratiquement identique à celui qu’on obtient en utilisant les chiffres d’ensemble pour les
deux années. Du revenu de 1547 il faut néanmoins défalquer 6,861 millions de lt
d’emprunts. De 1514 (4,865 millions de lt) à 1547 (7,183 millions de lt), le taux
d’accroissement s’établit alors à 1,44 % (+ 70 250 lt/an). 1514 est une année de charges
élevées alors que 1547 est en retrait sur les années précédentes : aussi s’agit-il d’un taux
minimum. Mais il prend tout son sens une fois comparé, à partir de la même source et
pour l’ensemble du prélèvement, à ceux des périodes 1497-1514 et 1547-1559. Sous Louis
XII, le « père du peuple » on obtient un taux de 2,38 %/an. Sous Henri II, il bondit à 5,7 %
(+ 409 600 lt/an). Le règne de François Ier apparaît alors comme celui d’une hausse
modérée des impôts. Il est vrai que les augmentations conjoncturelles des années vingt et
du milieu des années quarante sont ici escamotées.

C. Problemes de la perception
1. La place de l’affermage

24 L’étude du système fiscal ne doit pas se limiter au niveau des prélèvements. Les modalités
de perception, en particulier la place et la structure des fermes dans la levée des impôts
royaux, sont des paramètres importants de son fonctionnement. Une première
constatation, essentielle : les fermes sont extrêmement éclatées. Sous François I er, le
fermier est en général un petit personnage. Des demandes de rabais nous font connaître
une série de fermes du domaine royal à Châtellerault. Chacune a un responsable
spécifique pour le bail qui court de 1529 à 1532. L’émiettement est évident : Jean
Chevalier a pris à bail le pontonnage, Jean Hilaire, les moulins, Jean Migon, le greffe,
Pothon Nepveu, la prévôté, Jean Philippon, les « bouchaulx » sous les ponts de la ville et
François Chauveau, le four à ban de la paroisse Saint-Jacques64. Et ils ne sont sûrement pas
seuls… Cet éclatement se retrouve aussi pour les impositions affermées, au premier rang
desquelles figurent les aides. Les aides sur les boissons de Normandie en fournissent un
exemple. Fréquemment les fermiers ne sont pas les mêmes pour le quatrième des vins et
pour les menus boires (ou menus breuvages). Aucune ferme ne dépasse le cadre de
l’élection et bien souvent son champ d’action est beaucoup plus étroit : Jean Sanegon
s’occupe du quatrième à Laigle, Robert Geoffroy et Isaac Guernot du vin au détail à Pont-
de-l’Arche. Outre ces villes, on repère par un pointage incomplet des fermiers spécifiques
à Argentan, Bayeux, Falaise, Alençon, Lisieux, Vire, Évreux ou Bernay65. Voici qui vérifie
localement la formule de Roger Doucet : « Les aides étaient donc perçues sous la forme
d’une multitude de taxes locales, qui faisaient l’objet d’autant de baux »66.
102

25 Il existe cependant un certain nombre des fermes importantes, qui rapportent au Trésor
royal plusieurs milliers de livres par an. Mais elles sont assez rares. Pour le domaine, voici
la vicomte de l’eau de Rouen, affermée 10 à 11 000 lt par an entre 1512 et 1526 67. Les aides
des grandes villes sont parfois prises à bail en bloc. Robert Albisse, un homme que l’on
retrouvera, afferme en 1528 les aides et impositions foraines de Lyon et de ses faubourgs
pour huit ans à 9 500 lt/an68. Le tirage du sel en vallée du Rhône est pris en main par
quelques individus. Peut-être même André Sorman est-il en 1531 seul preneur69. Enfin il
ne faut pas oublier quelques traites importantes. La ferme des 5 % « sur tous les draps
d’or, d’argent et de soyes, or fille et soyes tainctes » entrant dans le royaume est
contrôlée depuis Lyon par des compagnies de grands marchands étrangers, florentins et
lucquois en 1515 et en 1523, allemands, suisses et florentins en 1528 (pour un bail
commençant en 1532)70. Selon l’accord conclu avec ces derniers, l’annuité est fixée à
14 000 lt, ce « qui est environ trois mil livres par chascun an plus que lad ferme n’estoit
baillée auparavant », somme à laquelle s’ajoutent 1100 lt pour les gages des officiers et
autres charges. A Bordeaux, la traite et grande coutume est affermée vers 1527-1528 pour
27 000 lt en temps de paix et 20 000 en temps de guerre71.
26 La prise à ferme d’ensembles importants ne fait pas pour autant des titulaires des
personnages de premier plan. Ainsi Jehan Chardon, marchand demeurant à Reims,
fermier de l’imposition foraine d’Outre-Seine-et-Yonne pour 25 500 lt sur trois ans à
compter du 1er janvier 1529, ne se contente pas de fournir des cautions : il associe « à
perte et à gaing » dans sa ferme pas moins de quinze autres marchands : six de Reims,
cinq de Troyes, un de Châlons, un de Paris, un de Saint-Valéry (sur-Somme sans doute) et
un de localisation inconnue72. Cet éclatement des responsabilités met en évidence, plus
que le souci de répartir les risques, la faiblesse financière des marchands pris un à un. Par
ailleurs les « gros fermiers » de l’État ne se situent pas à un niveau supérieur à celui des
fermiers « privés » les plus importants. La prise à bail de bénéfices ecclésiastiques est
d’une ampleur comparable à celle de fermes « publiques » très respectables : pour le
cardinal de Lorraine par exemple, 11 000 lt par an pour Cluny à partir de 1546 ou 6500 lt
pour l’évêché de Nantes en 154373. Sans parler de ces cas d’espèces que peuvent être la
recette générale des bénéfices de Tournon, prise en main par la compagnie Gadaigne pour
50 000 à 60 000 lt par an, ou le douaire de la reine Marie (d’Angleterre), affermé pour
59 000 lt par François Allamant74.
27 Mais quelle est la part de l’affermé dans l’ensemble des recettes de l’impôt ? Pour
simplifier les calculs, j’ai considéré que sont baillés à ferme l’ensemble du domaine - ce
qui est abusif -, les aides, l’imposition foraine et les traites quand elles sont mentionnées.
Leur part est de 21,1 % en 1514, 21,9 % en 1523 et 18,5 % en 1547. Restent donc en gros
quatre cinquièmes en régie directe, constitués par la taille et la gabelle. Localement, la
part de l’affermé peut être supérieure. En Bretagne, que les calculs précédents ne
prennent pas en compte, elle atteint 37,5 % en 1534, et ce sans intégrer le domaine75.
28 Pour ce dernier, une commission financière bretonne plaide sans hésitation en faveur de
la ferme : « De pièce qui ne prouffite au Roy que six vingtz francs par les comptes d’un
receveur en a esté offert six cens francs à ferme, et de pièce de cinq cens francs en a esté
offert quinze cens francs à ferme »76. Même si les chiffres fournis peuvent être tenus pour
excessifs, le recours à la ferme est intéressant en ce qu’il permet de faciliter la gestion
tout en accélérant la rentrée des fonds. Roger Doucet insiste sur ce point aussi bien pour
le domaine que pour les aides77. Ce recours est aussi une alternative aux expédients. Une
commission donne pour consigne d’aliéner par vente ou constitution de rente domaine,
103

aides et gabelles, ou bien de les bailler à ferme. Cette dernière opération en effet paraît
financièrement moins désavantageuse pour le Trésor royal78, même si l’affermage, dans
ce contexte un peu particulier, plus difficile pour le bailleur, est moins rentable que dans
des conditions « normales » en raison de l’absence d’enchères, de l’offre de garanties
spécifiques et de remises. Voici deux commissaires qui, lors de baux, trouvent juste de
« diminuer le parisis à tournois », ce qui représente un rabais de 20 %, moyennant une
importante avance de la part des preneurs79.
29 Quand il n’est pas pris par l’urgence et qu’il est donc à même de choisir avec un peu de
recul entre la régie et la ferme, le gouvernement de François Ier apparaît bien hésitant. Si
en 1533 la ferme de l’extraordinaire et boute-hors disparaît en Bourbonnais, si en 1540
l’imposition foraine est remise en régie, en revanche la gabelle des épiceries est affermée
dès sa création à partir de 154480. Fin 1536 on s’interroge au sujet du péage de Suse qui
vient de passer sous contrôle français et « qui peult valoir chacun an de VII à VIII m lt ».
Le 7 novembre, le roi écrit à Tournon de donner ordre au receveur général de Dauphiné
d’en « fere recepvoir les deniers ». Le 9, le chancelier précise que les responsables
piémontais « auront à regarder (…) s’ilz le bailleront à ferme ou le feront lever soubz la
main du Roy »81. Ferme ou régie, en Dauphiné ou en Piémont, le sort du péage est en
suspens. Il finit par être affermé82. Dans ce type de choix le profit potentiel est un élément
décisif. Mais jouent aussi le poids des traditions et la simplification de la perception. La
traite et grande coutume de Bordeaux, dont on a vu plus haut les conditions de bail,
rapporte pour six mois en 1536-1537 plus de 28 000 lt, alors qu’on est en guerre83. Est-ce à
dire que la composition de la ferme a été modifiée ou est-ce qu’elle n’a pas tout
simplement été mise en régie, procurant ainsi de plus gros profits, mais avec des coûts
d’exploitation bien supérieurs pour l’administration royale ?
30 En fait, l’affermage des impôts a un bel avenir devant lui. Une étape symbolique est
franchie à l’extrême fin du règne de François Ier avec la mise à ferme des très provisoires
magasins à sel du Sud-Ouest le 15 mars 154684. Le pas décisif date du règne d’Henri II avec
le bail systématique des greniers. On a un peu le sentiment que ce recours à l’affermage
après tant de réformes inabouties est une sorte de pis-aller. La gestion de la gabelle n’est
désormais plus un problème auquel le gouvernement royal souhaite se colleter.
Encouragé en Guyenne, le regroupement des fermes en société en commandite avec des
bailleurs de fonds associés aux fermiers conduit à la mise sur pied d’entreprises
importantes, en attendant la ferme générale et le grand parti du sel sous Henri III… Ce
souci d’interlocuteurs de haute volée trouve-t-il un modèle dans les possessions
françaises d’Italie ? Sous Louis XII, les revenus de Milan étaient affermés d’un bloc, en
1504 à Alexandre Ferrier et ses compagnons, pour 504 016 lt et en 1510 à Alexandre
« Gamberanne » et ses associés pour 560 000 lt85. En Piémont, le processus semble le même
puisque le 10 février 1539 un don est effectué sur la ferme générale des revenus de la
province86. Il s’agit sans doute du contrat passé le 15 décembre 1538 avec Bourgarel pour
la ferme des gabelles du sel (ici aussi c’est une innovation), celle d’un péage « érigé de
nouvel » et celle du revenu du domaine ordinaire, le tout pour 43 000 lt par an87. Il en va
des compagnies fermières comme des compagnies d’officiers : l’existence de corps forts
permet de mieux faire rentrer l’argent et facilite la négociation88.

2. Les aspects monétaires

31 Organiser la perception, quelles qu’en soient les modalités, a pour objectif la très concrète
récolte d’espèces que l’on espère sonnantes et trébuchantes. A la fin du règne, les
104

instances dirigeantes déplorent que l’impôt rentre de plus en plus sous forme de billon.
« Nos receveurs généraux, affirme le roi dans des lettres missives du 25 juillet 1543,
reçoyvent grande quantité de monnoye comme douzains et dixains ». En 1545, la Cour des
monnaies est plus alarmiste encore : « Les finances du Roy ne se payent plus qu’en
doubles et liards »89. Or les espèces d’or sont indispensables pour régler mercenaires et
alliés, « pour satisfaire quand besoin en sera aux payemens des pensions que donnons aux
estrangers et autres parties qu’il conviendra payer en or »90. La politique monétaire de la
monarchie est-elle responsable de cet afflux de billon ? Ce n’est pas impossible. Comme le
précisent des lettres patentes du 8 juillet 1546 qui interrompent la frappe des doubles et
des deniers, « il [en] a esté forgé et court de pressent par les bourses une si grande et
excessive quantité (…) que cela trouble l’usage et manyment d’autres meilleures espèces »
91
. Ces formulations, qui ont leur part de vérité, sont malgré tout excessives, sauf si la
situation s’est dramatiquement aggravée depuis les années 1537-38, ce qui est peu
probable. Pour cette période en effet, il est possible de calculer la part respective de l’or
et de la « monnoie » (blanche et noire confondues) dans des envois depuis les provinces 92 :

32 La part de l’or, si elle est inégale, n’est du moins jamais dérisoire. Mais cela ne signifie pas
qu’à la base les divers collecteurs aient récolté autant d’or. En effet au niveau
intermédiaire s’accomplit déjà la conversion en or d’une partie des espèces, mouvement
qui se poursuit au sommet93. Rares sont les cas où cette conversion est gratuite. Tournon,
dans une lettre au roi, évoque 50 000 lt qui « estoient presque toutz en monoye ». Ces
fonds « ont esté convertiz en escus sans despence pour vous », c’est-à-dire pour le Trésor
94
. Mais le plus souvent il faut acheter des écus. Sur un envoi de 37 575 écus, un
responsable de Languedoïl précise : « De tous lesd. escus n’y a que six mil que ayent esté
acheptés à ung lyard pour pièce, le reste a esté receu des receveurs de ma charge » 95. On
retrouve ici le cours marchand des espèces, supérieur au cours légal, bien que sous
François Ier l’écart entre les deux reste modéré. L’achat de 26 894 écus en Normandie
coûte ainsi 317 1 5 st, ce qui fait une moyenne de 2,83 deniers de surcoût par écu, soit
0,52 %96.
33 Ce cours marchand n’est absolument pas unifié sur le royaume : il varie d’une localité à
l’autre. En 1539, Jehan Deschamps, de Bourges, est chargé de convertir en écus 8 500 lt de
« monnoie », « dont pour l’achapt d’iceulx a esté payé oultre le pris ordinaire » (45 st),
trois deniers par écu à Issoire, Déols et Bourges, six deniers à Limoges, Rodez, Saint-Flour,
Le Puy et Clermont, neuf deniers à Cahors et Albi97. Il y a aussi, évidemment, des
variations chronologiques, avec de temps à autre une allusion à la « cherté » des écus
dans la correspondance des gouvernants98. Entre officiers de finance, on tient compte de
ce cours marchand et les receveurs locaux le prennent parfois comme référence pour
105

leurs versements. Deux anciens clercs d’un défunt receveur général de Languedoïl
viennent témoigner qu’en 1515-1516 les receveurs locaux « leur fournissoient aucunesfois
quelques escuz sol. en payement », et ce au-dessus du cours légal99. Au niveau central, une
des tâches des officiers de finance consiste d’ailleurs à débusquer ces précieux écus. Mais
cela ne se fait pas sans frais. Semblançay fournit de l’or, mais il y a 4 000 lt de frais
d’achat. Estienne Besnier, pour obtenir la généralité d’Outre-Seine, promet en mars 1530
100 000 écus, mais il veut qu’ils soient pris par le roi à 41 s. 6 dt pièce, soit 3,75 % au-
dessus du cours légal. Il est vrai que la tension sur le marché des espèces d’or est alors
très forte100.
34 Des problèmes monétaires un peu spécifiques se posent aux marges du royaume. Le
Briançonnais verse chaque année 4 000 ducats à la couronne. Le receveur général de
Dauphiné aimerait bien pouvoir les prendre au-dessus de « ce que vault le ducat par les
ordonnances du Roy », mais il semble qu’il ne pourra pas y parvenir. En Piémont, c’est le
« fermier général » Bourgarel qui se préoccupe de savoir combien de sols tournois les
« rentes payables à florins de Piedmont payeront pour chacun florin »101. Reste un ultime
aspect que je me contenterai d’évoquer, celui de l’utilisation des espèces monétaires
frappées dans les autres pays. Elles sont, si l’on peut dire, monnaies courantes, aussi bien
dans les finances publiques que dans les transactions privées. Mais pour les unes comme
pour les autres, la domination des pièces indigènes apparaît nette, en un temps où les
monnaies espagnoles n’ont encore qu’une place réduite en Europe102.
35 Les problèmes monétaires permanents de la monarchie, la course aux écus en particulier,
sont un bon reflet de la fragilité d’ensemble du système fiscal. On ne dispose jamais des
bonnes espèces au bon endroit et le change comme le transport entraînent des délais qui
peuvent être gênants. Alors que l’armée de Lautrec est en Italie, le commis à
l’Extraordinaire des guerres a reçu 32 000 lt à envoyer outre-monts. Il ne l’a pas fait et
« s’excuse qu’il y a XVIII m [lt] en monnoye lesquelz n’a peu si tost changer »103. Aux dires
de Duprat, les responsables financiers « ne se remuent ainsi que seroit besoing »… Or la
place occupée par la régie directe dans la perception des impôts faits des officiers de
finance les hommes clés de cette gestion Sous François Ier, le partisan ou le traitant
d’envergure sur le modèle du XVIIe siècle n’existent pas. C’est donc directement sur les
officiers - en tant que tels - que repose pour l’essentiel la satisfaction des besoins
financiers de la monarchie. Or ceux-ci ne peuvent se contenter de recouvrer les impôts
traditionnels car leur croissance au long du règne, quoique réelle, reste modérée. D’où la
nécessité, classique, de faire appel à d’autres rentrées.

II. Des recettes complémentaires


36 Sans partisans ou traitants, le gouvernement royal dispose-t-il au moins de donneurs
d’avis pour accroître ses ressources104 ? Les traces qu’ils laissent sont ténues. Parmi les
propositions, on trouve quelques projets de refonte totale du système fiscal. Voici le « dict
de Loys Boulengier » qui, ayant calculé la superficie du royaume, propose, entre autres,
une imposition de 12 dt à l’arpent « bon et fertile », censée rapporter cinq millions de lt
par an. « L’industrie dud Loys Boulenger (…) est bonne et subtille, sans faire tort à riche
ne à pouvre et quant il plaira au Roy de le commander, ce leveroit plus d’argent la moictié
et au prouffit du Roy que ne fait au jour d’huy »105… Autre vaste plan, la réduction de
toutes les taxes à une seule, sur les cloches. Il y a 1 700 000 villes et clochers dans le
royaume (sic) mais « pource que le Royaulme est dommage en plusieurs lieux on n’en
106

prend que dix cens mille lesquelles quant ilz seroient chacune à vingt mille [sic pour
livres] par l’une portant l’autre, prenant chacune ville pour ung cloche, vauldront vingt
millions par an comprins toutx les impositions, tailles et gabelles »106. Malgré son
irréalisme, cette suggestion a pu donner des idées au Conseil du roi, puisqu’apparaît en
1552 une taxe sur les clochers précisément de 20 lt par église107. Mais cela reste très
éloigné des propositions précises qui fleurissent au siècle suivant. Il en va sans doute de
même avec la mention d’un « avis pour lever quatre millions de francs » figurant dans les
papiers du chancelier Poyet108. Ces vastes perspectives relèvent plus du projet de réforme
que de l’avis entendu comme un expédient financier.
37 On trouve cependant quelques traces de cette seconde catégorie. Peut-on retenir comme
avis l’offre de création à Paris d’une banque en 1548109 ? François Alamant, contrôleur
général des gabelles, fait de son côté part de ses critiques concernant l’érection en offices
des sièges particuliers du quart de sel en Poitou. Il insinue qu’« il y en a qui ont mis cecy
en avant que ilz ont plus gaigné que le Roy »110. En février 1530 le secrétaire Nicolas de
Neufville rapporte à Montmorency : « Hier vint à moy ung petit advocat bien marry et
déplaisant de ce que ne povoit faire bailler cinquante mil escuz ainsy qu’il avoit porté
parolles à monseigneur le légat et au conseil, et m’a dict que l’homme qui luy avoit
promis luy a failly »111. Mais malheureusement nous ignorons totalement les conditions
dans lesquelles cette somme devait être fournie. Il n’est que quelques officiers de finance
pour être nommément cités comme pères d’« inventions » financières précises, en
particulier Gilles Ber-thelot, sieur d’Azay, auquel diverses sources attribuent « l’invention
des admortissementz des rentes et héritaiges qui estoient aux églises du royaulme de
France » en 1520-1522112. Rien d’étonnant à ce qu’il soit responsable de la commission
chargée de lever cette taxe113. Ce sont probablement les responsables financiers et les
gens du Conseil, directement concernés par le remplissage des caisses, qui font le plus
souvent ce genre de proposition, sous l’emprise d’une pressante nécessité. Versoris
évoque ainsi le roi et son Conseil qui cherchent et « trouvent manière de faire payer les
Parisiens »114. Même s’il n’est pas impossible que des « aviseurs » les inspirent, la
documentation n’en conserve pas trace.
38 Quelles sont les principales « inventions » ? Une ordonnance pour un examen de compte
mentionne parmi ceux qui devront s’y soumettre
« ceulx qui ont tenu le compte des deniers venuz des invencions qui parcydevant
ont esté faictes pour subvenir à nosd. affaires, ventes et enga-gemens de noz
doumaine et aydes, greffes, baulx de fermes, vente des offices nouvellement créés
et érigés et autres, et des composicions des admortissemens des choses nobles et
roturiers tenus par les gens d’Eglise et clergé »115.
39 Cette liste de 1523 est d’ailleurs incomplète. Elle est aussi précoce : jusqu’en 1547 les
hommes du roi disposent encore de beaucoup de temps pour faire preuve d’imagination
et multiplier les nouveautés116.

A. Le clergé

40 L’Église de France offre de riches possibilités au pouvoir royal. Les bénéfices


ecclésiastiques servent tout d’abord à assurer des revenus à bien des serviteurs de la
monarchie et à verser de confortables pensions à ceux que l’on veut obliger, des Italiens
en particulier. Le Concordat de 1516 a accru encore les facilités du pouvoir politique en ce
domaine. Mais il existe parallèlement une fiscalité pesant spécifiquement sur le clergé,
107

présente dans l’ensemble du monde chrétien. Elle y est d’ailleurs souvent plus lourde
qu’on ne le supposait117. Le règne de François Ier est en ce domaine de première
importance en France. Les occasions ou les prétextes à ponction sont alors nombreux.

1. Une diversité apparente

41 Chaque mutation épiscopale est en théorie source de revenu pour le roi car, durant la
vacance du siège, il perçoit la régale. Roger Doucet affirme que celle-ci n’est plus au XVIe
siècle d’aucun profit réel car les fonds reviennent au chapitre de la Sainte-Chapelle118.
C’est loin d’être toujours le cas sous François Ier. Si une part notable des ressources
potentielles ne parvient pas au roi, c’est le plus souvent en raison du don des profits de la
régale au nouveau pourvu119. Par ailleurs, dans certaines circonstances, des rentrées
effectives atteignent les caisses de la monarchie. Ainsi le 22 mai 1525 un mandement
ordonne au bailli de Berry de faire payer au trésorier Pierre d’Apestéguv 3 000 lt par le
commis aux revenus de la régale de l’archevêché de Bourges120. Quelques mois plus tôt, en
août 1524, le roi avait réglé un vieux contentieux concernant la régale de l’évêché
d’Angers, moyennant une composition de 30 000 lt. Il écrit le 8 septembre au Parlement
de Paris pour mettre un terme à l’affaire, demandant de « procéder à l’émologacion de la
composition (…) à quoy les chanoines et chappitre de nostre saincte chappelle à Paris
prétendans y avoir quelque intérest (…) veullent donner empeschement ». Le roi en est
« très mal contens », ajoutant : « Noz affaires et ceulx de nostre royaume, qui sont si grant
à ceste heure que l’on peult veoir et ausquelz nous entendons nous aider de la somme
venant de lad composition (…) après lad émologacion, ne requièrent pas qu’on y donne
telz empeschemens »121. Ainsi donc la régale n’est-elle pas totalement sans fruit, ce que
semble confirmer l’existence de comptes de la régale, généraux ou particuliers, pour le
règne122.
42 Le roi prélève aussi de véritables droits d’entrée lorsqu’il pourvoit aux bénéfices. En 1530
Jean du Bellay vise Narbonne, en vain : « J’offroye au Roy, s’il me vouloyt bailler led.
Narbonne, qui est affermé XVII m[ille] l., de luy en bailler, que de moy que de mes amys,
X m[ille lt] à charge de jamais riens ne luy demander. Il m’a bien preste bonne oreille,
mais j’ay trop fortes parties »123. Ce type de versement ne me retiendra pas plus
longtemps car il est individuel. Or il s’agit ici avant tout de dégager les charges qui pèsent
sur l’ensemble du clergé, les prélèvements de masse.
43 La décime frappe l’ensemble des bénéfices. Apparue à la fin du XIIe siècle, elle fait l’objet
d’un célèbre et retentissant conflit entre Boniface VIII et Philippe le Bel un siècle plus
tard. Au XVIe siècle, elle est passée dans les mœurs. Elle se dissimule le plus souvent sous
une grande diversité de noms : « aide des Eglises », « octroi », « aide et subvention »,
« subside caritatif », « don gratuit »… Toutes ces dénominations soulignent, plus ou moins
nettement, le caractère consenti et ponctuel de la charge : une décime doit être accordée
par le clergé et elle n’est pas tacitement reconductible. En clair, ce n’est pas une taille sur
le clergé : « Le roi actuel avoue bien qu’un impôt établi sur le clergé par lui ou par tout
autre prince chrétien serait une chose illicite et condamnable selon l’Ancien et le
Nouveau Testament ; mais il soutient que ni loi ni coutume ne peut l’empêcher d’accepter
ce qu’on vous donne de plein gré, à titre de subsides »124. Le roi peut obtenir soit une
seule, soit plusieurs décimes à la fois. Elle devient une véritable unité de compte de la
fiscalité des clercs qui sont par exemple « cottisez » pour deux décimes et demie en 1523.
La levée se fait pour des motifs variables, le plus souvent pour soutenir l’effort de guerre.
108

Durant le règne de François Ier, deux cas particuliers se présentent : celui de la rançon
tout d’abord, lorsque, pour racheter le monarque, le clergé promet une contribution de
1,3 million de lt. Au début du règne en revanche, c’est en vue d’une croisade, qui n’est
peut-être pas seulement un prétexte, que les décimes de 1516 et 1518 sont perçues 125.
Maintes fois répétée au long du règne, la décime est en fait le cadre essentiel grâce auquel
le prélèvement royal s’effectue. On ne sera pas surpris d’apprendre que les affectations
définitives respectent mal les prescriptions initiales. Sans parler des croisades inabouties,
il est certain que beaucoup des fonds versés dès 1528-1529 pour la rançon sont allés
alimenter l’effort de guerre, retrouvant ainsi le chemin traditionnel des expédients
fiscaux126.
44 Les amortissements, taxe sur les biens de mainmorte, ont déjà été brièvement évoqués. Ce
procédé non plus n’est pas nouveau. Le 10 novembre 1512, une ordonnance de Louis XII
en avait rappelé le principe127. Un projet précis est dans l’air au plus tard durant l’été 1520
128. Le 15 octobre suivant une commission de six membres - dont Gilles Berthelot - est

nommée pour faire rentrer les amortissements129. La procédure est lente, l’enquête
difficile et les profits réduits. Avec le retour de la guerre, qui accroît les besoins, le
pouvoir royal décide de changer de méthode. Peut-être à l’initiative de Berthelot, il
propose de vendre des amortissements généraux et forfaitaires aux diocèses et aux ordres
religieux. « Au commencement de l’an mil cinq cens vingt et deux furent expédiées lettres
patentes à Lyon pour recevoir les gens d’Eglise à composer des finances et indamnitez de
leur dommaine et temporel non admortis et d’en bailler quitance de tout le temps passé »
130
. Les premières transactions ont lieu en fait dès la fin de 1521. A partir de ce moment, la
procédure s’accélère et toute une série de compromis est passée avec les représentants du
clergé. C’est alors qu’apparaît la mention d’un receveur général des amortissements, en la
personne de Jaques Ragueneau. Sa tâche se prolonge bien au-delà des divers accords : il
est toujours en fonction le 15 novembre 1524131. Il est vrai que les fonds mettent du temps
à rentrer, si bien qu’il faut, le 6 novembre 1522, prolonger de deux ans la commission de
1520132. Avec les Hospitaliers, le roi négocie une composition133. Dans d’autres cas il se
résigne à attendre. Ainsi, pour le diocèse de Bayonne, il accorde le 18 juin 1524 un délai de
cinq ans pour payer134.
45 La menace est de nouveau agitée en 1535, s’il faut en croire Bouchet qui parle d’initiative
pour « contraindre tous Bénéficiers d’exhiber devant les juges royaux les lettres de
fondations et dotations faittes par les Roys de France de leurs Eglises et aussi des
aliénations faittes ausdittes Eglises »135. Malgré un contexte assez tendu, il ne semble pas
pour cette fois qu’une procédure ait été réellement enclenchée.
46 La spécificité de l’amortissement par rapport au prélèvement décimal est-elle réelle ? Il
est permis d’en douter. Le tableau qui suit concerne quelques diocèses pris au hasard. Si
on met les montants exigés en rapport avec les barèmes des décimes, on constate une
corrélation directe entre les séries, le chiffre des amortissements dans chaque diocèse
correspondant à une base 100 :
109

47 Les taux des amortissements généraux ne sont donc aucunement le reflet d’un calcul
sérieux fondé sur l’augmentation diocèse par diocèse des biens de mainmorte, mais un
décalque des décimes136. Il est en effet plus qu’improbable que cet accroissement ait été
quasi rigoureusement proportionnel à la valeur des bénéfices. Pourtant, pour certains
diocèses au moins, comme Rodez ou Paris, il est sûr qu’il y a eu de vraies déclarations
pour les biens acquis. Mais, plutôt que d’en tenir compte pour le montant des versements,
le pouvoir royal préfère une taxation indexée sur les décimes, là comme ailleurs. François
d’Estaing obtient ainsi pour le diocèse de Rodez l’extinction du droit d’amortissement et
du subside caritatif pour 18 371 lt137. Avec ce chiffre, nous retrouvons les mêmes rapports
numériques que ci-dessus : 40,2 pour la décime de 1516, 131,2 pour celle de 1523. Mais
l’évêque solde avec ce forfait deux prélèvements distincts, ce qui est, ici, tout bénéfice
pour son clergé. La monarchie, et partant le clergé, ont donc choisi la facilité. Le cas
tourangeau est lui aussi particulièrement explicite. En effet deux communautés
religieuses, la collégiale Saint-Martin et l’abbaye de Marmoutier, ont fait cavalier seul et
ne sont pas comprises dans le compromis sur l’amortissement diocésain ; il suffit
d’ajouter leurs deux cotes à ce dernier pour retrouver une fois encore les mêmes
équivalences, respectivement 39,9 et 130,6138. Tout bien pesé, les amortissements
généraux ne sont donc qu’une forme supplémentaire de décime. Celle-ci apparaît donc
alors comme la référence pour tout ce qui concerne la fiscalité du clergé.

2. Le clergé face aux demandes royales

48 Même s’il a déjà été parfois tenu à l’écart, le pape reste un interlocuteur important pour
le roi dès qu’il s’agit d’obtenir une décime. Après une période très tendue sous Louis XII 139
, les relations s’améliorent à partir de Marignan et du Concordat. Le pape accorde ensuite
volontiers une bulle de décime à François Ier quand la situation internationale les
rapproche. C’est le cas au début de 1527, en pleine ligue de Cognac, ou en 1533, année du
mariage d’Henri de Valois avec Catherine de Médicis140. En 1535, il est même question que
Paul III permette au roi de France de percevoir un subside pour faire la guerre à
l’Angleterre schismatique, mais celui-ci n’est en définitive pas accordé141. L’intervention
du souverain pontife n’est pas sans intérêt pour faciliter les levées. A chaque demande
dont elle est saisie, la papauté tente par ailleurs d’obtenir une partie des fonds à
percevoir. En 1535, elle espère ainsi 36 000 écus pour financer des galères en vue de
protéger les côtes italiennes des Barbaresques. Mais elle est parfois trop gourmande aux
yeux du gouvernement royal : « L’ambassadeur du pape a les bulles de la décime maiz il
ne les veult bailler si on n’en baille quelque part à nostre sainct père ; madame est d’avis
qu’on luy en offre la quarte partie qui est cinquante mille escuz, maiz il en demande IIII XX
mille, et sy en vouldroit une partie comptant qui est chose difficile »142. En pratique
l’accord du pape n’est pas toujours indispensable. D’ailleurs la question du droit
théorique du roi à lever la décime sans le consentement du pontife refait surface au cours
110

du règne, en particulier en 1535143. Aussi l’initiative d’une demande est-elle souvent prise
par le roi « encores que led. seigneur n’en eust point de bulle »144. Parfois cette dernière
vient ensuite pour légitimer l’opération. Parfois, surtout en période de tension, on s’en
passe.
49 Entre le monarque et le clergé de leur diocèse, la situation des évêques n’est pas toujours
des plus faciles. Les attitudes varient largement selon les personnalités et le contexte
local. Mais domine le permanent et délicat souci de ménager les clercs tout en servant le
roi. En tant que représentant de son diocèse, le prélat peut en premier lieu servir de
garant pour un payement à venir. Les délégués du clergé de Noyon viennent à Paris en
juin 1535 supplier Jehan de Hangest, leur évêque, de « se obliger pour luy et son clergé de
payer au Roy » un subside de trois décimes. S’agit-il pour lui d’en faire l’avance ? Ce n’est
pas certain. Mais cette possibilité existe puisqu’en 1537 le roi cède à ceux des membres du
clergé du Languedoc qui voudraient avancer les fonds pour les décimes ses droits sur les
versements à venir145. Parmi les candidats possibles, les prélats sont sûrement les mieux
placés. Dès 1495, l’évêque de Rodez Bertrand de Polignac emprunte en banque pour régler
une taxe demandée par la monarchie. Il impose ensuite un subside caritatif sur son clergé
pour rentrer dans ses fonds146.
50 Les évêques servent aussi de négociateurs pour faire repousser des échéances. Ils
obtiennent ainsi en Languedoc un report de paiement de la Saint-Jean Baptiste à la
Madeleine 1537147. Mieux encore, ils interviennent parfois pour alléger le fardeau. On a vu
que François d’Estaing est parvenu en 1523 à arracher pour son diocèse de Rodez
l’extinction du droit d’amortissement et du subside caritatif moyennant un versement
forfaitaire rapide de 18 371 lt. Un prélat bien en cour est une aubaine : le clergé de
Bourges bénéficie d’une réduction de sa quote-part de décime de près d’un tiers tant que
Tournon y est archevêque148. Mais dans le même temps l’épiscopat fait office d’agent du
roi. Non content de faire souvent preuve de « bon vouloir » comme l’archevêque de
Rouen, lieutenant général du roi, en 1538, les prélats prennent parfois l’initiative, pour
trouver des fonds comme Estienne de Pon-cher à Sens en 1522, ou pour faire poursuivre
les récalcitrants comme l’évêque du Mans face à ses bénéficiers réticents devant un
nouveau « don caritatif »149. Le nonce affirme que, malgré l’absence d’autorisation du
pape, l’épiscopat fait tous ses efforts à l’automne 1535 pour faire rentrer trois décimes de
« subside caritatif ». D’un point de vue italien, « les prélats reconnaissent plutôt l’autorité
du roi que celle du pape »150. Il est vrai que leur réussite, politique et professionnelle, est
en jeu. Sans parler des quelques privilégiés qui peuvent tirer directement partie de la
levée comme Duprat touchant une prime de 8 000 lt sur les fonds d’une décime151. Malgré
ces avantages, l’impression prévaut parfois d’une situation en porte-à-faux pour les
prélats. C’est sans doute ce qui explique qu’au début de 1535 les deux seuls conseillers du
roi qui s’élèvent contre une saisie autoritaire sur le clergé soient deux cardinaux, Duprat
et Tournon152.
51 Pour faire passer ses exigences, le pouvoir use de moyens divers. Les subtilités du
marchandage ne sont pas ignorées. Ainsi les conciles provinciaux de 1528 doivent-ils
traiter en même temps des décimes à consentir et de l’aide apportée par le roi contre les
novateurs religieux. Mais le recours aux pressions énergiques est très fréquent. La
convocation du fautif auprès du roi est déjà inquiétante : « Ceux que vous trouverez
contredisans, les adjournerez à comparoir en personne par devant nous pour dire ce qui
les aura meuz de ce faire »153. Les commissions de contrainte ne sont pas rares, témoin
celle qui, le 18 juin 1522, vise les gens d’Église de Normandie en retard pour leur
111

cotisation aux amortissements154. Avec qui tente de marchander quand il n’est plus
temps, le roi est plus expéditif encore : le clergé du diocèse de Rieux, qui insiste en 1523
pour faire réduire d’un tiers sa part d’un subside, est purement et simplement menacé de
logement de gens de guerre, comme un vulgaire taillable récalcitrant155. Mais la plus
fréquente des sanctions est la mainmise sur le temporel156. Malheureusement c’est un
instrument délicat. En effet l’opération entraîne des frais de saisie et de gestion
importants et, comme toute procédure un peu lourde, demande du temps pour faire
rentrer les fonds. Un agent du roi suggère, plutôt que de le saisir, de bailler à ferme le
temporel pour quatre ou six ans à des personnes qui avanceraient au roi l’argent qui lui
est dû157.
52 Au-delà des risques individuels pèse sur l’ensemble des bénéficiers la menace d’une saisie
générale du temporel, menace présente bien avant l’époque des guerres de Religion. Le
roi y a effectivement recours le 12 février 1535. Il s’agit pour lui, officiellement, de faire
face aux préparatifs de guerre de ses voisins et à la menace turque158. Dans une formule
surprenante, après avoir évoqué l’impossibilité de faire peser une nouvelle charge sur le
peuple ou sur la noblesse, François Ier affirme qu’il « est nécessaire (…) avoir recours au
tiers estât, qui est l’Esglise »159. L’ensemble du temporel, saisi, est « baillé à ferme, au
dernier enchérisseur, pour en bailler [au roi] la tierce partie d’aucuns [chapitres, collèges
et communautés] et la moitié des autres [archevêchés, évêchés, abbayes, prieurés,
couvents et commanderies] sans aucunement toucher au spirituel comme dismes et
oblations »160. Bien sûr, l’affaire se termine assez rapidement par un compromis : la
mesure est rapportée moyennant l’octroi de trois décimes qui doivent être payées moitié
à la Toussaint et moitié à Noël161. Les antécédents médiévaux, saisie des biens du Temple
en 1307 ou des revenus des ecclésiastiques non résidents dans le royaume en 1347, ne
peuvent guère servir de référence162. Mais les tentations anglaises contemporaines ou
l’exemple protestant ne rendent-ils pas la menace plausible ? Le jeu de la monarchie est
en fait plus subtil et, au milieu de 1535, la véritable alternative est soit d’« enfourner »
trois décimes sans autorisation papale, en échange de la levée de la saisie, soit de se servir
de bulles en règle pour deux décimes seulement163. Devant les oppositions qui se font jour
en Normandie ou en Languedoc, fondées sur l’absence de bulles pontificales, la monarchie
a ainsi un recours.
53 Malgré ces réticences, si l’on prend un peu de hauteur, la relative docilité du clergé dans
son ensemble face aux exigences royales est patente, des proches du roi aux « pouvres
bénéficiers » dont un commissaire en Limousin loue le sens du devoir164. « Sa Majesté se
sert de leur argent comme du sien propre » affirme le Vénitien Cavalli en 1546165. Certes il
y a les fortes pressions et aussi l’espoir, individuel ou collectif - comme pour les cardinaux
par exemple -, de bénéficier d’exemptions et de rabais. Mais, plus profondément, le clergé
français sait, avec un enthousiasme variable, prendre sa part des frais qu’entraîne la
gestion par le roi du commun profit. Jouent sans doute aussi un gallicanisme fort répandu
et, plus prosaïquement, une grande richesse, en un temps où le foisonnement des rituels
est à son apogée. Enfin, à l’échelle du règne, la prise de conscience de la menace
protestante et plus généralement de celle qui pèse précisément sur ces richesses a dû
jouer, autant que le Concordat, un rôle important La bonne volonté et la docilité du
clergé, qui prend sa part des charges de l’État, sont peut-être un des facteurs explicatifs
du refus de François Ier de passer à la Réforme : sur le plan financier, cela ne lui est pas
nécessaire.
112

3. La décime : perception et profits

54 Sans entrer dans le détail de chaque opération, constatons tout d’abord que le pouvoir
royal délègue une part très importante de l’organisation du prélèvement aux membres du
clergé eux-mêmes. Le premier ordre du royaume est habitué depuis longtemps à subir des
taxes et à les répartir. Pour la décime de 1516 le roi délègue directement des
commissaires qui sont apparemment tous des clercs166. Mais le plus souvent le processus
respecte la pyramide hiérarchique, sur le modèle de la décime suivante, celle de 1518,
levée « par les arce-vesques et evesques de nosdicts royaume, pays, terres et seigneuries
ou par leurs vicaires, commis et depputez »167. Duprat, délégué par le roi à la décime dans
sa province en 1527, fait de ses suffragants ses substituts pour y procéder dans chaque
diocèse168. L’évêque désigne parmi ses proches un responsable effectif qui commet parfois
à son tour un plus humble personnage169. Les registres de la décime de 1516 jouent un rôle
de référence dans la répartition des charges tout au long du règne, et au-delà. Doit-on
mettre ce fait en relation avec la signature du Concordat ?
55 Les officiers royaux interviennent soit à la demande, pour exercer un pouvoir de
contrainte, soit en cas de défaillance marquée de l’administration cléricale, qu’elle relève
de l’impuissance ou de la mauvaise volonté. Le passage des fonds aux caisses royales se
fait selon des modalités variées. Dans certains cas, des commis généraux centralisent les
fonds comme Jehan de Pierreficte, élu du bas pays d’Auvergne qui, par lettres du
4 septembre et du 9 octobre 1533, est commis pour recevoir deux décimes et les restes des
précédentes170. Mais l’argent peut aussi être directement versé à des comptables non
spécifiques, trésoriers de l’Épargne ou des Parties casuelles, responsables de
l’Extraordinaire des guerres ou, surtout à partir de 1542, receveurs généraux. L’envoi aux
recettes générales est ensuite de rigueur jusqu’au contrat de Poissy171.
56 Si les délais de versements sont parfois assez importants, au bout de quelques années les
restes représentent cependant des sommes relativement faibles. Ils sont encore en 1532
de 20 % pour 15 000 lt levées dans le diocèse de Clermont en 1523, mais ils ne sont au
début de cette même année, pour la même taxe, que de 5,2 % à Soissons, et l’essentiel de
ce faible reste est payé dans les mois qui suivent172. En 1534 ceux des quatre décimes de
1528-1529 sont de 14 % dans le diocèse de Saint-Flour et sont inférieurs à 5 % dans celui
de Chartres173. Dès octobre 1531, ils n’étaient plus que de 13,5 % pour Rouen et 19 % pour
Coutances. Si en 1537 Maillezais doit encore 25 à 30 % des décimes de l’année précédente,
pour celles de 1528-1529, les restes sont de 3,4 %174. Plus généralement, pour l’ensemble
du prélèvement de 1523, 75 % rentre dans l’année. Au 14 mars 1535, 15 % seulement des
décimes de 1533 reste à prélever et 11 % de celles de 1528-1529175. D’ailleurs ces restes
trouvent parfois une utilité car la monarchie assigne sans vergogne sur eux, à charge
probablement pour les assignés de prendre en main les poursuites qui découlent du non-
paiement176. Les sommes qui traînent peuvent enfin être remises moyennant un
versement forfaitaire177. Par ailleurs, on s’efforce de faire la chasse aux « prélatz qui n’ont
nullement esté cothisez ne tauxez au payement desdictes décimes et, qui pis est, par
faveur ou autrement, plusieurs autres tenant bénéfices [qui] ont esté tenuz exemptz et
n’ont rien payé desdictes décimes »178. Mais dans l’ensemble, les taxes sur le clergé
constituent bien des rentrées fiables sur lesquelles la monarchie peut faire fonds sans
inquiétude.
57 Mais combien représente une décime ? Il est de fait bien improbable qu’elle corresponde
effectivement à un dixième des revenus des bénéfices. Cavalli en 1546 pense qu’elle
113

équivaut en fait à un vingtième de ce revenu179. Il l’estime à 140 000 écus, soit 315 000 lt,
ce qui est inférieur aux données comptables dont on dispose. La taxe de 1516 s’établit à
environ 379 000 lt, celle de 1523, exceptionnellement élevée, à 474 000 lt 180. Les états au
vrai des levées se situent respectivement pour 1518 à 385 000 lt et pour 1527 à 365 000 lt 181
. L’essentiel est alors de déterminer le nombre de décimes perçues. Il est considérable. La
liste est certes délicate à établir en raison de chevauchements et du départ difficile à faire
parfois entre objectifs poursuivis et réalité. Roger Doucet s’en tient à cinquante décimes
(sans 1547), mais sa liste paraît incomplète182. En fait ce sont quelque cinquante-sept
décimes au plus qui ont été levées, toujours en excluant les quatre qui sont demandées en
1547. En trois ans (1535-1537), elles rapportent 3,173 millions de lt et il y a des restes dus
pour cette période183. On est alors fort proche d’une moyenne de 400 000 lt par décime. Le
montant plus faible retenu par Cavalli est-il en lien avec un affaiblissement du taux
moyen à la fin du règne, phénomène qui ne fera que s’amplifier par la suite ?
Apparemment non : dans un mandement aux évêques de Bretagne du 14 septembre 1543
le roi précise que le taux des décimes accordées pour l’année ne devra pas être inférieur à
celui de la décime de 1516 ; dans le diocèse de Rouen, une décime représente 14 487 lt en
1516 et 15 703 lt en 1544184.
58 Pour l’ensemble du règne, on peut donc estimer les profits à dix-huit ou vingt millions
de lt. En intégrant les amortissements (deux fois et demi la décime de 1516 ou trois quarts
de celles de 1523) et les rentrées annexes, le chiffre de vingt millions paraît un ordre de
grandeur raisonnable185. Par rapport aux époques antérieures, la hausse est forte et, du
début à la fin du règne, au rythme des guerres, le fardeau se fait de plus en plus lourd.
Pour les seules années 1542-1546, vingt à vingt-deux décimes sont exigées du clergé
français. Après 1540, il n’y a plus d’année sans levée, le relais passant de François I er à
Henri II sans solution de continuité. Le règne correspond donc à une très nette
institutionnalisation de la fiscalité ecclésiastique, manifestée par une périodicité presque
régulière à partir des années trente. Mais, avec quelques 600 000 lt par an, le roi de France
reste alors très en-deçà de la fiscalité ecclésiastique dont bénéficie la monarchie
espagnole dans ces mêmes années trente : 740 000 ducats par an, soit plus d’1,5 million
de lt186.

B. Les villes
1. Une fiscalité de plus en plus envahissante

59 Corps socio-politiques abrités derrière, voire arc-boutés sur un statut privilégié par
rapport à la masse du « Tiers État », les « bonnes villes » du royaume, qui ont
particulièrement profité de la croissance économique depuis plus d’un demi-siècle, sont
pour les hommes de pouvoir un objet de convoitise fiscale. Ici encore, les procédés pour
faire contribuer les cités s’enracinent dans un répertoire traditionnel mais ne négligent
pas d’explorer des voies nouvelles. La ville doit tout d’abord payer pour s’assurer des
avantages ou se les faire confirmer. Le renouvellement des privilèges d’Orléans coûte à la
cité ligérienne 60 000 lt en 1537187. De même les Agenais doivent-ils verser 5 200 lt en 1528
pour maintenir dans la ville le siège de la sénéchaussée188. Les habitants de Tulle, pour
leur part « achètent » pour 4 000 lt l’érection d’un siège de justice en 1523189. Plus
désagréable est sans doute la mainmise directe de la monarchie sur les revenus
municipaux, sur les « deniers communs » du moins, qu’il faut distinguer des « deniers
patrimoniaux ». Il est vrai que le roi a beau jeu de rappeler que les premiers sont des
114

droits qu’il a lui-même concédés. Les octrois d’impositions aux bonnes villes servent ainsi
à la monarchie de réserve de trésorerie, car l’urgence lui impose parfois de les reprendre
momentanément190. Ceci se produit à plusieurs reprises au cours du règne de François Ier.
En 1527, par lettres du 31 mars, le roi lève à son profit, pour un an seulement et pour la
défense du royaume, la moitié des deniers communs et en particulier des octrois et aides
accordés par lui ou ses prédécesseurs, sur les greniers par exemple, quand « aucuns desd.
villes » en bénéficient191. En 1533 l’opération est renouvelée pour les deniers que « les
villes de nostred royaulme tyennent par don et octroy de nous », à l’exception des « villes
fortes », à condition que cet argent soit consacré par elles à leurs fortifications192. Plus
gourmand, le roi demande en 1535 puis en 1541 la totalité des deniers communs d’une
année193. L’ensemble qui, il est vrai, doit fort mal rentrer, n’atteint pas des sommes
considérables. Pour la levée de 1527, à la date du 31 décembre 1528, le receveur en charge
(il s’agit du trésorier des finances extraordinaires et Parties casuelles Pierre d’Apestéguy)
a reçu 93 500 lt des dons et octrois et 61 039 lt des deniers communs soit, vingt et un mois
après la décision royale, à peine 155 000 lt194. Les fonds parvenus au trésorier de l’Épargne
en plus de cinq mois, du 8 juillet au 18 novembre 1535, frôlent le dérisoire : huit villes ont
versé alors 6 707 lt195.
60 Il est, heureusement pour les caisses royales, d’autres méthodes pour impliquer les cités
dans l’effort de défense et contourner ainsi les exemptions d’impôts qu’elles ont obtenues
précédemment. De multiples contraintes locales pèsent sur elles, en particulier la prise en
charge directe des troupes qu’elles abritent196. Pour Spont, la réactivation des francs-
archers en 1522 n’est pas autre chose qu’un expédient financier, un prétexte à
composition avec les « bonnes villes »197. Mais l’essentiel n’est pas là. L’organisation de la
défense donne à la monarchie la possibilité de lever sur les cités, au long du règne, toute
une série de grandes impositions, avec les temps forts attendus, liés aux guerres (1515,
1522-1523, 1538-1539, 1542-1546). Dans cette chronologie familière, une originalité réside
dans l’absence de taxe en 1536-1537. Cette lacune n’est qu’apparente. D’une part on
poursuit avec patience la levée des deniers communs de 1535… et peut-être de 1533. A
l’automne de 1536, ils figurent toujours parmi les fonds escomptés pour financer la
guerre198. D’autre part a lieu en 1537 une vague d’emprunts forcés sur les villes, que l’on
retrouvera au chapitre suivant. Aussi s’explique-t-on mieux qu’il faille attendre 1538 pour
voir revenir une imposition pour les hommes de pied qui avait déjà connu de beaux jours
entre 1521 et 1523. Mais en quinze ans, le fardeau s’est déplacé. Doucet cite seize villes
pour 1522-1523, auxquelles on peut ajouter au moins Paris, Lyon et les cités bretonnes.
Certaines se sont rachetées, comme Rouen dispensée de la subvention moyennant
25 000 lt199. A partir de 1538 le nombre de villes touchées est sans commune mesure : un
état du 22 février 1538 regroupe 227 communautés qui doivent fournir la solde de 20 000
hommes de pied200.
61 A partir de la fin des années trente, la solde des gens de guerre s’inscrit de façon stable
dans le paysage fiscal. Certes en 1539-1541 le gouvernement met aussi en avant la
fortification des places frontières, en particulier lors de la ponction sur les deniers
communs. Mais, comme pour le clergé, une évolution significative se dessine : le retour de
la paix a de moins en moins tendance à entraîner l’interruption des prélèvements. Ce
n’est pas sans raison que les villes d’Outre-Seine, dès le printemps 1538, « craignent fort
la formalité des lettres que le Roy leur a escriptes qui semble estre par forme de taille et
doubtent la continuation »201. Peut-on effectivement considérer la solde des gens de pied
comme un substitut à la taille ? Doucet en fait plutôt un complément de celle-ci.
115

L’imposition, régulièrement levée sous Henri II, est en 1555 étendue au plat pavs sans être
augmentée : elle reste de 1,2 million par an en période de guerre202. Une partie du fardeau
est donc rapidement reportée sur les campagnes et ceci d’ailleurs parfois sans attendre
1555 comme en témoigne la situation dauphinoise où les paiements sont répartis dès
l’origine sur toute la province203. Il n’empêche : la monarchie est parvenue ici encore à
faire payer des collectivités largement protégées. Le régime fiscal favorisé des villes est
ainsi en partie remis en cause204. Leur effort financier important en 1542-1546 n’est pas
sans conséquence sur l’aggravation de la situation sociale, en particulier dans le Sud-
Ouest. D’autant qu’il interfère autour de 1545 avec une grave crise frumentaire ressentie
dans l’ensemble du royaume. En devenant une source de profit pour le pouvoir, la ville ne
redevient-elle pas aussi un lieu de tension ?
62 Il est malheureusement très délicat d’évaluer ce profit. Tout d’abord on ne dispose pas
d’une « unité de compte » relativement fiable, telle que la décime. De plus les impositions
pesant sur les villes semblent rentrer de façon beaucoup moins satisfaisante que celles
qui frappent le clergé. Selon toute vraisemblance, saisie des deniers des villes et grandes
impositions n’ont pas dû rapporter plus de cinq millions de lt. Je ne crois pas possible de
m’aventurer plus loin. Mais la ville fait par ailleurs l’objet de nombreuses ponctions
complémentaires en argent ou en nature. Des éléments comme la fourniture de poudre et
de vivres ou le prêt de pièces d’artillerie, plus difficilement chiffrables encore, sont
malgré tout aussi des contributions à prendre en compte.

2. La ville face aux demandes royales

63 Les exigences du pouvoir soulèvent de fortes critiques. Les commissaires royaux se font
l’écho des protestations des États de Languedoc, sans doute en 1527-1528 :
« Si l’on ouste desd. villes leurs deniers communs, nous vous asseurons que ce sera
une grand ruyne desd. villes et interest à l’administration de la chose publicque
d’icellui et principallement en ce qui concerne les deniers du Roy car ne se trouvera
homme qui veuille estre consul ny prendre charge des deniers communs et si
conviendra nécessairement faire de terribles impositions et collectez qui viendront
au gros dommaige des sub-jectz du Roy ».
64 Les États refusent de faire octroi au roi si le Languedoc n’est pas exempté205. A chaque
sollicitation, les plaintes se multiplient. Voici les Orléanais, face aux demandes
renouvelées du roi, « en grant perplexité pour n’avoir le moyen de y povoir satisfaire ».
Voilà les Rennais qui « sont si pouvres que impossible seroyt lever deniers sur eulx » 206.
Mais ces lugubres affirmations trouvent peu d’écho et les municipalités doivent se
résoudre à négocier. Les résultats sont variables, en fonction du rapport de force et du
contexte de l’heure. C’est le jour même où débutent en mai 1538 les tractations qui
constituent l’entrevue de Nice qu’Auxerre obtient de pouvoir déduire des 2 400 lt à elle
demandées pour les hommes de pied, 2 000 prêtées en 1537207. En 1524, Paris réussit à
obtenir la réduction à 10 000 lt des 20 000 écus - quatre fois plus - qui lui étaient
demandés. En 1528, la capitale bénéficie d’un rabais de 25 % sur sa quote-part de la
rançon (50 000 lt sur 100 000 écus)208 A l’inverse Nantes, tout comme les autres villes de
Bretagne, ne parvient pas malgré des démarches pressantes à éviter la levée sur les villes
franches de 1523209.
65 Il semble que les cités importantes obtiennent plus aisément une composition que les
petites villes. Sur les huit versements de « deniers communs » de 1535 déjà évoqués, trois,
ceux d’Orléans (3 000 lt), Bourges (2 000 lt) et Chartres (750 lt) sont des chiffres arrondis
116

qui sentent l’accord avec le roi. Les cinq autres versements, pour des villes moins
importantes (Falaise, Senlis, Provins, Saint-Maixent et Parthenay), sont précis au denier
près. Ils correspondent sans doute aux rentrées effectives dans les caisses municipales,
reversées au Trésor royal. Le compromis n’est d’ailleurs pas pour la monarchie une
garantie de payement rapide. La moitié des 10 000 lt évoquées plus haut, promises en
octobre 1524 par Paris, n’a toujours pas atteint les caisses royales au printemps de 1525 210.
Parmi bien des cas de lenteur de réaction, voici Angers, sollicitée pour la rançon. Une
première lettre du roi est envoyée le 29 mars 1528. Elle est suivie de trois rappels pour
presser l’envoi, qui n’est toujours pas effectué à la fin de 1529211. Le pouvoir tente parfois
d’amadouer les municipalités en leur donnant une grande autonomie dans la levée de
l’imposition et même dans le processus de reddition des comptes. Il en est ainsi à Paris en
1522 et 1528212. Mais il faut aussi maintenir la pression, et parfois, au-delà des courriers
plus ou moins comminatoires, en venir au stade de la contrainte. Cela va alors de
l’autorisation donnée à tous huissiers et sergents d’instrumenter contre les récalcitrants
jusqu’à l’emprisonnement effectif des citadins, en particulier des membres des
municipalités213.
66 Le retour de la paix autorise parfois la monarchie à manifester une certaine souplesse,
comme en 1539-1540 où l’on octroie avec plus de facilité, et très officiellement, des délais
214
. A l’inverse, le pouvoir peut faire preuve d’une grande ténacité, et d’une mauvaise foi
plus grande encore, quand il est pressé par la nécessité. Amiens obtient le 1er juin 1522
d’être exemptée de toute contribution à la levée des gens de pied. Or, le 15 décembre, la
ville est taxée « par inadvertance » pour 300 hommes. Cette inadvertance est réitérée le
8 janvier suivant. Amiens réussit à arracher une nouvelle exemption le 4 février… pour se
retrouver taxée de nouveau avant le début avril215.
67 Pour les villes, le cadre de la perception n’est peut-être pas aussi rodé que pour les clercs
et l’on retrouve ici aussi des « inadvertances » sans doute moins suspectes sous la forme
de chevauchements et d’approximations. Antoine de Lamet, général d’Outre-Seine, est
chargé de taxer Auxerre, ville qui relève de la généralité de Bourgogne, pour cent
hommes de pied. Or il a appris que le général de Bourgogne Pierre d’Apestéguy a déjà
procédé à cette levée. Lamet s’interroge : doit-il faire peser un second fardeau sur les
épaules des Auxerrois216 ? Il serait intéressant par ailleurs de connaître l’origine des
barèmes d’imposition qui sont retenus. Lamet qui parle pour sa circonscription juge que
« la cocte de ceste charge est bien haulte actendu les pertes et frais qu’ilz ont soustenuz
depuis deux ans en çà ». Mais ce n’est pas seulement à cause des guerres qu’il fait ce
constat : si la solde des 20 000 hommes de pied avait été répartie sur les généralités au
prorata de la taille, comme une autre crue, l’Outre-Seine aurait porté 70 000 lt. Avec le
système de la « cocte », le fardeau est doublé pour atteindre 131 160 lt 217. Tient-on compte
de l’urbanisation relative, ce qui donnerait à la région, qui comprend Paris, un
pourcentage de population urbaine nettement plus élevé que la moyenne ? Cela paraît
logique, mais la répartition par généralités puis par bailliages et sénéchaussées
impliquerait, pour être sur ce point équitable, la maîtrise de paramètres démographiques
trop sophistiqués pour l’administration du temps. Cependant, au royaume de
l’approximation, il semble bien qu’on prenne en compte la spécificité de la population
visée218.
68 Les protections dont peuvent bénéficier les villes font aussi obstacle à un département
équitable. En 1522, lorsque le roi demande « la soute de certains nombre de gens de
guerre », « la ville de Poictiers, favorisée de Monsieur l’Admirai Bonnyvet, qui avoit grand
117

crédit envers le Roy, ne bailla aucuns gens d’armes, mais seulement une petite somme de
deniers pour ayder à la soute »219. En 1533 ce sont les villes des territoires possédés par le
roi de Navarre et mouvant de la couronne qui n’ont pas à verser la moitié des deniers
communs. Quand en 1543 les villes closes de la sénéchaussée de Toulouse sont taxées à
108 000 lt, les habitants du comté de Foix, dépendant des Albret, et ceux de la vicomte de
Nébouzan en sont exempts220.
69 Les villes ont bien des façons de répondre aux exigences financières de la monarchie. La
variété des options dans le mode de prélèvement est grande et le recours aux
monographies urbaines s’impose (si l’on peut dire) pour comprendre les choix qui sont
faits. En effet « la ville » est avant tout un cadre géographique et social utile pour
observer le jeu des groupes et des individus. Or les uns et les autres sont plus ou moins
pénalisés par les diverses formes de taxation. Malgré les réticences bien connues des
élites urbaines à l’égard des taxations directes, Paris y a cependant recours durant les
années vingt. En 1522, on procède à une taxe par métier. En novembre de l’année
suivante, le Bourgeois de Paris parle d’une « taille » à propos d’une imposition de
20 000 lt. Pour la rançon, les cotes sont établies au prorata de la valeur locative des
maisons221. Parfois, pour que le roi puisse disposer assez rapidement de ce qu’il demande,
les villes empruntent. Les édiles parisiens souhaitent en 1515 que la somme requise « soit
couchée par assiette sur les habitans de la ville. Et se pandant si l’on en peult Finer à
intérest ou autrement, que l’on en preigne pour en fere avance, à rendre des deniers qui
viendront de lad. assiette ». En 1533, Paris obtient de la part de deux marchands un prêt
de 25 000 écus222. Les élites de la capitale, comme celles des autres villes, à commencer par
Tours, sont aux premiers rangs des prêteurs et tirent ainsi profit de l’opération. Certaines
avances correspondent cependant à des taxations et non à des prêts volontaires223.
70 Très souvent le roi donne aux municipalités l’autorisation d’utiliser un octroi existant ou
de créer une taxe spécifique pour fournir ce qui est demandé. On retrouvera d’ailleurs le
même procédé pour les remboursements d’emprunts obtenus des villes. La charge est
alors supportée par l’ensemble de la population et, comme tout prélèvement sur la
consommation, elle pèse proportionnellement plus lourdement sur les pauvres que sur
les aisés : pour ces derniers, cette solution est donc largement préférable à une imposition
liée à la fortune ou au revenu. Ainsi, pour récupérer les 90 000 lt de sa quote-part de la
rançon, Rouen obtient de prélever cinq st par muid de vin et huit st par poise de sel. Eu,
qui fournit 1 500 lt, est aussi autorisé à les récupérer grâce à un octroi 224. C’est pour
financer les fortifications et la solde des gens de pied qu’en 1543 Lyon a la permission de
lever un nouvel impôt225. La ponction peut s’étendre sur une longue période : Paris a droit
de prendre en 1539 72 000 lt sur l’imposition alors existante sur les bêtes à pied fourché.
Comme cette taxe est de 12 deniers par tête, il ne faudra pas moins de 1 440 000 animaux
pour réunir la somme en question226… Quant aux cités dauphinoises taxées à 45 000 lt lors
de la levée de 1542 sur les aisés, elles se remboursent en partie sur les dons et octrois de la
province pour 1543 et 1544227.
71 Dans certaines de ses demandes, que ce soit pour les fortifications ou les gens de guerre,
le roi insiste pour que tous les habitants, privilégiés ou non, contribuent. Il existe depuis
le Moyen Age une théorie de l’impôt urbain qui vise à exclure la notion de privilège de la
participation aux « charges communes ». Cette exigence est source de tension au sein des
élites urbaines entre ceux qui répartissent le fardeau, ceux qui tentent de s’en dispenser
et ceux qui, se sachant à coup sûr imposés, poussent à un élargissement effectif pour
alléger leur propre contribution. A Lyon en 1538, quand vient le temps d’asseoir 28 800 lt,
118

« ilz y en a d’aucuns, combien qu’ilz soient vrays manans et habitans accasez et tenans
maison, feu et lieu long temps y a en lad. ville et qui font les plus gros gaings, [qui]
diffèrent de paier leurs coctes, disans qu’ilz ne sont natifz de la ville et italiens et se font
ouyr qu’ilz auront lectres dud. seigneur [roi] d’examption ou surcéance ». Beaucoup
d’autres risquent de suivre leur exemple, aussi la municipalité lyonnaise demande-t-elle
au roi de ne rien leur accorder228.
72 Très visé aussi est le clergé qu’on cherche par tous les moyens à faire contribuer à l’effort
commun. Celui de Lyon en 1543 obtient du roi une exemption pour la solde de 50 hommes
de pied229. Taxant en fonction des loyers, pour la rançon, les édiles parisiens insistent sur
le fait que les prélats payeront pour leurs maisons de la capitale, qu’ils les tiennent ratione
beneficii ou non, qu’elles soient louées, détenues par concierges ou autrement230. A Autun
en revanche, en 1543, les clercs ne sont tenus de contribuer à la solde des gens de guerre
qu’en raison de leurs biens de provenance non ecclésiastique231. A Rouen, en 1544, la
municipalité est plus expéditive : elle décide de confisquer la vaisselle précieuse et les
joyaux du clergé. Face à cette menace, celui-ci fait un « don volontaire » substantiel pour
aider à payer ce que le roi demande. Il obtient néanmoins de ce dernier, le 15 juillet 1545,
de ne contribuer à la solde des gens de pied que pour les biens roturiers de ses membres à
l’intérieur de la ville232.
73 Le souhait de la monarchie, une contribution pesant sur tous, est-il donc exaucé ?
Evidemment non. Le roi lui-même distribue des dispenses ou des faveurs, des Chartreux
parisiens233 aux officiers du Parlement de Rouen. En 1544, ces derniers ne doivent être
cotisés que si les deniers communs ne suffisent pas. L’année suivante, ils obtiennent que
leur contribution pour les hommes de pied soit considérée comme un prêt, remboursable
par la ville234. Inutile d’évoquer les éclats auxquels ces passe-droits donnent lieu. Les
protestations des surtaxés font alors écho aux dénégations des exempts. Le 30 septembre
1545 le maire et le sous-maire de Blaye se plaignent de leurs trop lourdes cotes auprès du
jurat de la ville chargé de la collecte. Mais, pour ne pas retarder le recouvrement, ils
versent ce qu’on leur demande235. Lamentation abusive ? Rien n’est moins sûr. Les
autorités municipales sont en effet directement sur la brèche pour essayer de contenter le
roi. Apparemment, il n’est pas toujours possible de rejeter entièrement le fardeau sur le
peuple. Ainsi, pour l’État monarchique, la ville fonctionne-t-elle à la Renaissance comme
un financier collectif, chargé de rassembler des impositions ainsi, on y reviendra, que de
fournir du crédit. La charge est certes limitée mais, dans la profonde crise socio-
économique qui atteint les cités à partir des années quarante, elle joue incontestablement
le rôle d’accélérateur voire de catalyseur des tensions236.

C. Les offices

74 On vient de voir les parlementaires rouennais bénéficier de la sollicitude du monarque.


Mais les avantages accordés à ces officiers trouvent leur contrepartie dans les charges
spécifiques que le roi fait peser sur ses serviteurs. La constitution d’un corps d’officiers
qui s’étoffe sensiblement au cours du règne donne lieu à une série de prélèvements
couvrant toutes les étapes des carrières, pour le président de cour souveraine comme
pour le sergent au Châtelet. La capacité d’augmenter le nombre des officiers, prérogative
d’un souverain qui octroie à chaque promu une étincelle de sa dignité, est une première
occasion de profit. Avec la Papauté, la France est en pointe pour la vente des offices 237. Le
règne de François Ier, avec la constitution officielle d’un service des Parties casuelles sur
119

lequel on aura l’occasion de revenir, est à cet égard justement célèbre. L’État peut de la
sorte payer ses dettes avec une monnaie qui n’est pas métallique, mais grâce à une
« création monétaire » qui lui appartient en propre238.
75 La boutique des offices tourne à plein régime pendant les conflits, ce qui n’est pas pour
surprendre, avec deux grandes vagues de créations : 1521-1524 et 1542-1545. Ces temps
forts se retrouvent au Parlement de Paris : nouvelles chambres créées en 1522 et 1543,
augmentation des effectifs aux Requêtes et à la Grand’chambre en 1544239. On les observe
également pour les créations d’élus, en 1523 ou en 1543240. Mais, à un rythme plus ou
moins soutenu, il n’est pas d’année qui ne soit concernée. De janvier à avril 1525 par
exemple, sept nouveaux élus font leur apparition241. A-t-on besoin d’argent pour la
campagne pour l’Empire ? On songe à créer des offices242. Toute occasion est bonne : une
courbe détaillée des créations pourrait sans doute fournir un indicateur intéressant des
difficultés de financement de la monarchie. Et pourtant certains hommes au pouvoir
insistent sur le fait que la vente d’office n’est pas un commerce comme un autre. En
Provence, Pierre Filhol (ou Filleul), archevêque d’Aix, refuse les offices à ceux qui les
marchandent243. N’est-ce pas à cause de la « dignité ordinaire avec fonction publique »,
comme l’écrira Loyseau, qu’ils constituent ?
76 Le besoin de tribunaux et d’agents royaux se fait souvent sentir localement. Les rivalités
pour obtenir un siège sont parfois féroces, comme en témoigne, en Bas-Limousin, la lutte
qui oppose Brive, Tulle et Uzerche pour l’installation d’une sénéchaussée, chaque cité
déboursant des sommes importantes pour parvenir à ses fins244. L’enjeu est accru par le
fait que les sujets du roi portent de plus en plus de causes aux juridictions monarchiques.
Mais cette demande, réelle, ne correspond qu’à une facette de la question des offices :
fréquemment en effet, la multiplication des officiers donne lieu au contraire à des
récriminations de la part des communautés qui voient disparaître de la matière fiscale ou
de la part des officiers déjà établis qui déplorent l’avilissement de leurs fonctions et la
diminution de leurs profits.
77 La solution pour les gens en place réside alors dans le rachat pur et simple des nouveaux
offices. L’impression prévaut même parfois que la monarchie crée des charges en misant
sur ce rachat. En 1515 apparaissent les contrôleurs des deniers communs qui « ne sont
que des expédients fiscaux ; les villes le comprennent bien ainsi et rachètent, bon gré, mal
gré, les charges ainsi créées »245. Même phénomène après la création en 1542 d’offices de
receveurs des deniers communs. En janvier 1548, Decize, Saint-Maixent et Troyes en
obtiennent la suppression, à charge d’indemniser les titulaires246. En 1543, le roi accorde
aux Marseillais l’exemption de la traite foraine et la suppression du bureau local de
l’institution, mais ceux-ci doivent en rembourser les officiers247. La même année, François
Ier institue une Chambre des comptes en Normandie. Vingt ans plus tôt, il avait fait de
même à Montpellier. 1523, 1543, la chronologie déjà évoquée se retrouve encore. Mais les
Normands, au rebours des Languedociens, n’entendent pas accepter ces nouveaux offices,
dont le salaire sera versé grâce à une augmentation des taxes locales. Les États
s’émeuvent et, après d’âpres négociations, obtiennent la suppression de la cour
moyennant 246 875 lt, soit le double du prix de vente des charges248. Sans doute une
même logique est-elle à l’œuvre lors de tentatives d’établissement d’élections dans le Sud-
Ouest. Une mesure générale prise le 21 septembre 1519 est rapportée dès le 21 octobre
1520 ; une décision concernant l’Agenais, datant d’avril 1544, est annulée en mai 1545.
Faute de parvenir à étendre les « pays d’élections », le roi obtient très vraisemblablement
une compensation financière249.
120

78 Le fardeau du rachat frappe à des degrés divers l’ensemble des habitants d’une ville ou
d’une province250. Mais il concerne aussi, évidemment, les officiers menacés par les intrus.
En février 1544, François Ier supprime le poste de troisième enquêteur au bailliage
d’Amiens, à charge pour les deux premiers de rembourser le titulaire251. Villes et officiers
doivent parfois s’associer pour obtenir la disparition souhaitée. Le 16 juin 1544, le
trésorier des Parties casuelles reçoit mille écus des officiers de Guyenne « dont ils ont
libérallement faict don au roy (…) en faveur et considération de la suppression faicte par
le roy du siège qu’il avait naguères accordé aux habitants de Libourne », à charge pour les
Bordelais de rembourser les Libournais de « ce qu’ils ont donné pour l’érection dud. siège,
ensemble ceux qui ont esté pour-veuz de offices pour led. siège de ce qu’ilz ont payé pour
la composition desd. offices chacun en son regard »252.
79 Le sort des greffes offre un bon exemple des aléas statutaires d’une fonction prise dans la
tourmente des exigences financières du pouvoir. Le 6 juillet 1521, les greffes des
bailliages, sénéchaussées, prévôtés et autres juridictions, jusqu’alors affermés, sont érigés
en offices domaniaux253. Les activités restent identiques et le personnel ne change pas
nécessairement254. Mais le trafic autour de la fonction connaît un vif essor. Bonnivet
intervient ainsi le 24 octobre 1521 auprès de Florimond Robertet en faveur d’un acheteur :
« Vous aurez veu ce que je vous ay dernièrement escript pour Robineau touchant le
greffe de la prevosté d’Orléans, pour lequel il a ja fourny par deçà à monsr le
général de Normandie VIII m lt, et pour ce que led. Robineau m’a dit qu’il en a esté
offert au prévost d’Orléans, qui avoit charge de le vendre, jusques à XI m frans à ce
que on luy escript et qu’il le veult bien avoir pour ce pris là, si tant est que le Roy ne
luy voulsist faire ceste grâce pour lesd. VIII m frans, je vous prie, monsieur le
trésorier, de le lui despescher »255.
80 La démarche de Bonnivet vise à l’évidence, non seulement à l’obtention de la charge, mais
aussi à faire économiser 3 000 lt à Robineau. On ne sait s’il y est parvenu. Le sort des
greffes n’est en rien définitivement fixé par l’édit de 1521. En 1537 encore, le roi doit
rappeler aux commissaires à la réunion du domaine l’interdiction d’inquiéter les
titulaires256.
81 Mais, de province à province, quelle diversité ! En Provence les greffes de la sénéchaussée
sont à bailler à ferme le 5 septembre 1535 ; les quatre greffes d’appel sont de nouveau
affermés à partir du 4 juin 1536 et les greffiers sont indemnisés. En Languedoc, les greffes
sont réincorporés au domaine le 16 janvier 1538, mais les titulaires obtiennent le 1er
janvier 1539 une compensation. Enfin on réattribue aux vicomtes normands les greffes et
sceaux des vicomtes en mai 1544. Dans le comté de Blois en revanche, les greffes du
bailliage et de la prévôté sont vendus l’été suivant, tout comme les tabellion-nages du
comté et de la châtellenie257. La politique royale en la matière semble donc des plus
fluctuantes. C’est sans doute un bon moyen de tirer de l’argent du personnel. Ainsi les
vicomtes normands doivent-ils verser 45 000 lt pour retrouver leurs prérogatives.
82 L’office une fois créé, le roi conserve la possibilité d’en faire argent en particulier lors des
mutations. Le système des résignations est désormais rodé. Dans une liste de « parties
dont on se pourra aider » pour financer l’effort de guerre, évoquée au Conseil privé le
8 juin 1537, cette source de revenu figure en bonne place : 4 000 écus du président Nicolaï
qui résigne à survivance en faveur de son gendre, 1 500 écus pour un office de conseiller
au Parlement, 6 000 lt pour le passage du père au fils de la lieutenance générale de la
sénéchaussée d’Anjou258. Nombreuses sont encore, en un temps qui ignore la Paulette, les
reventes après le décès des titulaires. Ces opérations sont souvent plus mouvementées, la
121

famille essayant de conserver un office par ailleurs largement convoité259. Ces


transactions donnent souvent lieu à de complexes transferts dont le pouvoir royal essaie
de tirer profit. En avril 1528, Marsillac, gendre du président au Parlement de Rouen Jehan
Brinon qui vient de mourir, propose au roi de lui céder son office de président des aides,
moyennant la succession de son beau-père. Cet office des aides, « le Rapporteur de France
[l]’auroit voulentiers en laissant le sien dont l’on pourra tirer une bonne somme de
deniers »260. Malades et mourants font l’objet d’une attention soutenue de la part des
particuliers mais aussi du pouvoir royal. Jehan Breton, seigneur de Villandry, est fort mal
en point à l’automne 1536. Son collègue au Conseil, le cardinal de Tournon, toujours à
court d’argent, se prend à rêver : « A ce que j’entendz des médecins, le pouvre Villandry
est bien fort malade avec une fiebvre qui luy augmente tous les jours et il afoiblit. J’en
suys très marry mais, s’il en mésavenoyt, il a des estatz qui se pourroient vendre de quoy
on boucheroy ung grand trou »261. Malheureusement pour les caisses royales, Breton se
rétablit…
83 Il est encore d’autres manières de taxer les mutations. Deux fois au moins dans le règne,
le 8 juillet 1521 et le 26 décembre 1541, le roi révoque toutes les survivances « tant du fait
de la guerre, judicature que finances »262. Si certains parviennent à obtenir des lettres de
dérogation, le cas le plus fréquent est sans doute la renégociation des survivances
antérieures, contre un nouveau versement. Il est vrai qu’en 1541 ceux qui ont déjà acheté
des lettres de survivance ne sont pas concernés. Les confirmations d’offices enfin sont
rémunératrices. Au début du règne, Louise de Savoie obtient de son fils d’en percevoir les
profits263. Ceux-ci, évalués à 300 000 écus par l’ambassadeur florentin, sont sans doute
importants. En effet, en 1544, un officier assez modeste, le contrôleur des gabelles et
mesurage du sel à l’entrée de la rivière de Marans, sans doute menacé par les réformes de
la gabelle, doit verser 500 lt pour être confirmé. La même année, soixante sergents à
cheval du Châtelet fournissent 1 500 écus pour continuer à jouir de leurs charges264. Cela
fait un versement de 56 l. 10 st par personne, soit un bon dixième de la valeur qu’atteint
alors l’office dans le cadre de la vénalité privée.
84 Les gages des officiers font aussi l’objet de manipulations de la part de la monarchie. Si les
gages « reculiez » et provisoirement retenus relèvent du crédit forcé, la suppression de
quartiers de gages, déjà observée pour les compagnies d’ordonnance, est une pure et
simple spoliation. C’est une figure classique et récurrente. Les édiles parisiens le savent
bien qui, en mai 1515, s’entendent dire par les commissaires du roi venus solliciter un
« don » que l’exemption des officiers « estoit toute évidente (…) car [le roi] les charge par
autre voye quant bon lui semble, par rétention de leurs gages »265. Et les occasions ne
manquent assurément pas : retenue de gages pour le Parlement au printemps 1516, pour
les officiers comptables en 1518, pour toutes les cours souveraines en 1520, fonds prélevés
en 1527 et 1528 sur l’ensemble des officiers, nouvelle levée en juillet 154 3 266… Le cas de
1527 est particulièrement net : le roi prélève, semble-t-il, la moitié des gages. On en garde
trace pour les officiers de la trésorerie de France d’Outre-Seine et pour ceux des cours de
justice de Dauphiné267. Il est en revanche difficile de savoir si les augmentations de gages
donnent lieu à une ponction. Si, au XVIIe siècle, cela se fait de façon systématique, au 16e
l’augmentation peut être gracieuse, par exemple pour tenir compte de la hausse des prix.
Est-ce le cas au Parlement de Bordeaux en 1541 et à celui de Toulouse en 1543 268 ? Pour le
personnel de l’administration fiscale en Normandie, à la fin de 1544, les augmentations
correspondent en revanche clairement à des versements complémentaires de la part des
122

officiers. Payer leur permet d’obtenir leur confirmation. S’ils ne s’exécutent pas, en effet,
la suspension les menace269.
85 Cette abondance de procédés pour drainer les fonds des officiers est-elle d’un gros
rapport pour la couronne ? Certains chiffres du temps sont très élevés. Si François
Giustiniano estime que la vente des charges rapporte 200 000 lt par an vers 1537, en 1546
Marino Cavalli juge que « la vente des emplois, et ce commerce se fait de mille manières,
(…) donne de l’argent au roi qui, une année portant l’autre, en tire plus de quatre cent
mille écus » soit plus de 900 000 lt270. Ici encore, nos ambassadeurs vénitiens ont tendance
à exagérer. En 1549, un état prévisionnel évalue les parties casuelles à 100 000 lt, et c’est
au même chiffre que s’arrête Garnier pour 1552271. On conserve pour cinq ans (1524-1528)
le chiffre global des profits des offices. Leur recette se monte à 568 642 lt auxquelles il
faut ajouter 144 800 lt provenant de la moitié des gages et revenus des greffes pour 1527
et 1528 et 30 102 lt prélevées sur les offices non gagés, taxés à un huitième de leur valeur
272. L’ensemble, soit 743 544 lt, donne donc une moyenne annuelle de près de 150 000 lt.

Cet ordre de grandeur paraît plus recevable : ce ne sont pas des années de fortes ventes,
mais les prélèvements annexes servent à compenser cela. Malheureusement, sans même
parler des prêts que l’on retrouvera, il n’est pas sûr que tous les profits transitent par les
Parties casuelles. Certaines ponctions sont très probablement directement versées à
d’autres caisses, à l’Extraordinaire des guerres en particulier. Malgré tout, il paraît peu
probable que la boutique des offices sous toutes ses formes produise sous François I er
beaucoup plus de six millions de lt, ce qui n’est déjà pas négligeable étant donné le
nombre de personnes concernées.

D. Les aliénations

86 L’élargissement, sous des formes diverses, de la matière contributive, au-delà des


taillables, n’est pas la seule forme de ressource complémentaire. Il est parfois nécessaire
d’entamer le capital que constitue le patrimoine royal. Le domaine est, au premier chef,
une réserve dans laquelle le monarque peut puiser si le besoin s’en fait sentir. Il est
désormais largement admis que le roi peut aliéner pour les nécessités de la guerre, à
condition qu’il soit payé comptant273. Dans la pratique, la liberté d’action est plus grande
encore. Certaines impositions sont aussi concernées par cette politique et, pour elles
comme pour le domaine, il est souvent difficile de juger si leur engagement relève d’une
politique d’expédient ou de dons envers des fidèles. En 1534, le grenier à sel d’Orléans est
ainsi grevé de 370 lt de rentes, pour une recette de 3349 lt. Il est donc aliéné à hauteur de
11 %, et ce en pleine paix. En l’absence d’informations externes, il n’est pas possible de
déterminer les motifs exacts de cette aliénation274. Ce qui nous retiendra ici, ce sont les
engagements effectués moyennant finance et non les inféodations manifestant la largesse
du « roi dépensier ». En période de tension financière, ce type d’apport dans les caisses
royales n’est pas négligeable. En juillet 1537, il représente 13 % des recettes de
l’Extraordinaire des guerres de Lyon, et atteint 20,5 % en août275.
87 Ces opérations se font parfois de façon ponctuelle. Des nombreuses mentions du
Catalogue des Actes de François Ier, ne retenons que le lotissement célèbre du quartier
Saint-Paul à Paris276. Mais assez régulièrement ont lieu aussi des aliénations générales, qui
touchent une ou plusieurs provinces, voire le royaume tout entier. Les plus notables se
situent en 1519, 1521-1522, 1536-1538 et 1543-1544, suivant une chronologie classique. Ces
années correspondent seulement au lancement des opérations. Elles s’étalent
123

évidemment dans le temps bien après la dispersion des commissaires aux aliénations dans
le pays. Les délais sont longs, à l’évidence, pour « placer » dans le public les 600 000 lt de
la grande aliénation d’août 1543277. Mais, faute d’études régionales, d’ailleurs sûrement
délicates à conduire, il est difficile d’estimer quelle part du montant proposé trouve
effectivement preneur. Le pouvoir royal lui-même est souvent bien en peine d’obtenir
rapidement au plus haut niveau des résultats précis. L’État général de 1523 procède ainsi
pour le domaine de Languedoïl à un abattement forfaitaire « en actandant que le trésorier
de la charge ayt apporté la vraye valleur de lad. charge, les vanditions et aliénations
rabatues pour luy en faire vray rabaiz »278. Il est probable que, comme au XVIIe siècle, « ce
placement attir[e] toujours l’aristocratie, la cour et les ministres du roi »279 mais pas
seulement eux.
88 Le succès des ventes est extrêmement variable. Il y a tout d’abord de mauvaises
conjonctures. Fin août 1544, en pleine invasion anglo-impériale, l’argent se cache au
moment où il est le plus nécessaire : « Je vous promectz qu’il ne m’est possible de vous
recouvrer pour le présent argent à Paris tant le peuple est estonné de la perdición de
Saint-Dizier, de sorte que ceulx qui en ont prient ne leur parler d’avoir ne acheter aucune
chose jusques à ce que l’on voye la diffinitive des affaires »280. Il est aussi des régions plus
ou moins favorables. En 1537, alors que les ventes vont bon train en haute Normandie, les
commissaires, qui s’apprêtent à gagner Caen et l’ouest de la province, jugent « que les
deniers y seront trop plus difficiles à trouver qu’ilz n’ont esté par deçà ». En Bretagne, au
même moment, c’est bien pire. Malgré les publications et la diligence des commissaires,
aucun acheteur ne se présente : « Nous ne estimons poinct que par ce moyen on puisse
recouvrer deniers pour le Roy en ced. pays »281. Les aléas des aliénations ont-ils à voir
avec le taux auquel elles sont pratiquées ? Celui-ci, en effet, n’est pas fixe. Ventes et
engagements oscillent généralement entre les deniers dix et douze, avec des cas plus
rares, par exemple de denier quinze. Ce qui signifie que l’acheteur doit fournir dix ou
douze fois le revenu estimé du bien concerné282.
89 La marge de manœuvre des commissaires est un paramètre important : pour emporter les
transactions ou pour des motifs moins louables, ils sous-estiment parfois les revenus.
Chaque vente est en fait le fruit d’une négociation spécifique et le « marché » des
aliénations est tout sauf un marché national et transparent. Aussi, lorsque les
commissaires en Outre-Seine se penchent en 1537 sur les aliénations qui ont eu lieu en
1522, ils constatent que certains acheteurs ont obtenu le denier sept ou huit : pour un
bien dont le revenu atteint, selon eux, 5 à 600 lt, le « sort principal » n’est que de 4 000 lt
283
. Il est vrai que les agents du roi n’ont pas toujours la partie belle. Le refus catégorique
du chancelier d’accepter des créances sur le roi en paiement partiel, même lorsqu’une
part importante est fournie comptant, « sera [pour] reculler et eslongner les acquéreurs
et leur engendré craincte et suspicion de leur remboursement et des acquisitions qu’ilz
vouldroyent faire là où ilz sont assez aisez, au moyen que par le passé on ne leur a tenu la
seureté que leur asseu-rons pour l’advenir ». De plus, le chancelier refuse les accords de
trop faible ampleur, or « se sont ceulx qui conduisent les autres ». Enfin la contestation de
certaines ventes par des bénéficiaires de dons royaux ne fait rien pour attirer les
acheteurs284.
90 Certaines aliénations ne diminuent pas le domaine, dans la mesure où elles procèdent de
confiscations. De la fausse-monnaie à la lèse-majesté, les occasions sont multiples, la plus
notable, et sans doute la plus rentable, étant celle qui suit la « trahison » du connétable de
Bourbon. En 1543, Jean Cléberger acquiert ainsi pour 16 722 lt les seigneuries du
124

Châtelard et de Villeneuve-sur-l’Ain provenant de cet « héritage »285. Les ventes


extraordinaires de bois, pour leur part, si elles diminuent pour un temps le revenu du
domaine, ménagent au moins l’avenir, car le fonds n’est pas aliéné. Cavalli estime en 1546
que les forêts assurent un revenu ordinaire de 150 000 écus, mais qu’elles pourraient
procurer en une fois 600 000 écus, en cas d’urgence286. On connaît plusieurs cas de ventes
importantes, en 1531 pour 100 000 lt et en 1535 pour 500 000 lt287.
91 Les instances de surveillance du patrimoine, au premier rang desquelles figure la
Chambre des comptes de Paris, sont le plus souvent réticentes face aux aliénations. Elles
peuvent gêner les acheteurs et mener en particulier des opérations de retardement.
Parlement de Rouen et Chambre des comptes freinent ainsi l’entérinement de la cession
de la vicomte de Carentan. Anne, vicomtesse de Rohan, reçoit en gage cette terre
moyennant 48 000 lt en vertu d’une lettre royale du 24 décembre 1524. En avril 1528, elle
n’en est pas encore détentrice288. L’approbation, rarement spontanée, des aliénations par
la Chambre des comptes est donc une garantie dont les éventuels acheteurs sont friands.
Le commissaire aux ventes en Guyenne, en 1537, fait renvoyer à Paris l’édit sur la
« vendition » du domaine pour qu’il soit enregistré et publié à la Chambre. Sans cette
formalité, personne ne veut se déclarer289.
92 La situation de l’engagiste, malgré toutes les garanties, reste fragile. La monarchie, grâce
à la clause de réméré perpétuel qui est mentionnée dans toute aliénation, ne perd jamais
la possibilité de rentrer en possession de son capital. Désaliéner le domaine engagé à vil
prix apparaît fréquemment chez les auteurs de la fin du XVIe siècle comme une solution
miracle pour trouver des ressources. Il convient de distinguer deux types d’opérations.
Tout d’abord les rachats tels que les contrats les autorisent. Ils sont intéressants lorsque
les ventes ont été faites dans de mauvaises conditions financières. Quand le trésorier
Grolier propose « d’entrer en réunion de domaine par rachat » dans le duché de Valois, il
insiste sur « le bon revenu » des moulins concernés290. Une autre méthode, plus
autoritaire, consiste à prononcer une réunion sans compensation. En règle générale,
toutes les aliénations ne sont pas concernées. L’édit du 9 octobre 1545 ne touche que les
portions de domaine cédées contre les formes et à vil prix. La révocation du 10 septembre
1543 exclut les ventes ordonnées à cause des guerres, en l’occurrence celles qui nous
retiennent ici. Une déclaration du 2 novembre 1531, qui précise les tâches d’une
commission de réunion créée le 29 décembre 1530, est plus précise : parmi les exceptions,
les terres et seigneuries « venduez et alliénées à dix pour cent pour la défence de nostre
royaume et entretenement de noz guerres ». Si le taux est moindre, la réunion sera
prononcée car il y a eu fraude. Une autre déclaration, du 22 mars 1532, exclut les greffes
291
. A chaque fois, il faut probablement renégocier au cas par cas. La solution la plus
simple est d’obtenir une lettre de dérogation : le Catalogue des Actes n’en est pas avare.
Sinon il faut sans doute payer pour conserver son achat, mais ce type de versement reste
à prouver.
93 A moins de bien connaître chaque affaire on est, il est vrai, souvent bien peu à même de
saisir ce qui est réellement en jeu. L’exemple du greffe de la châtellenie de Poissy en est la
preuve. Le commis du receveur ordinaire de Paris le rachète le 7 mai 1541 à Pierre Le
Taincturier, élu d’Étampes, auquel il avait été aliéné. Le voici donc apparemment réuni au
domaine. Or le 22 mai, le receveur ordinaire vient déclarer devant notaire que ce rachat a
été fait non pas au profit du roi, mais d’un particulier, maître Nicolas de Meulles, qui a
fourni l’argent. Mieux encore, de Meulles est intervenu parce que le roi venait d’ériger le
greffe en sa faveur en titre d’office292. Bref, ce rachat n’en est pas un et il correspond de
125

plus à un changement de statut du bien concerné… Il arrive parfois, en revanche, que la


monarchie remette la main sur son patrimoine par des voies indirectes. Le 23 septembre
1522, les héritiers de Loys de Poncher, trésorier de France, acquièrent pour 40 000 lt les
terres et seigneuries de Moret, Crécy, Brie-Comte-Robert, la Ferté-Alais, Torcy et Tournan
293. Pour des raisons inconnues, le roi leur échange ces terres le 12 août 1528 contre la

vicomte et seigneurie d’Orbec-en-Auge. Cet échange est d’autant plus étrange que les
terres aliénées en 1522 étaient estimées à 2 700 lt de revenus en 1523 (soit 6,75 %, presque
le denier 15, fort avantageux pour le roi), alors que la vicomte d’Orbec est affermée pour
3 200 lt par an en 1534 (soit 8 %, sur la base de 40 000 lt) 294. Mais ce qui importe ici est que
la monarchie, en deux fois, parvient à remettre la main sur la moitié de cette aliénation
au cours des années trente, en profitant des poursuites contre les officiers de finance qui
se retrouvent parmi les héritiers Poncher295. Il s’agit certes d’un cas d’espèce, peu
représentatif. Mais il s’ajoute aux autres procédés évoqués qui fragilisent la position des
acheteurs. Or, en raison même de leur situation incertaine, les acquéreurs, très
logiquement, n’offrent jamais des conditions financières intéressantes pour le roi. Celui-ci
a donc souvent le sentiment de faire, dans l’urgence, un marché de dupe. Le voici prêt à
toutes les remises en cause : la boucle est bouclée.

E. De nombreuses rentrées pour de faibles profits

94 Outre les quatre secteurs que je viens de présenter qui, chacun, méritaient un
développement spécifique, la monarchie use de nombreux autres moyens de faire rentrer
de l’argent et sait faire flèche de tout bois. Parmi la panoplie classique des expédients, un
seul absent de marque : les manipulations monétaires, très limitées sous François I er. Il est
vrai qu’elles sont jugées particulièrement immorales, surtout les dévaluations. On
dénonce aussi leur effet perturbateur sur l’activité économique. Mais enfin n’est-ce pas
avant tout parce que la situation financière n’est pas aussi désespérée qu’au temps de
Jean le Bon ou qu’à la fin du règne de Louis XIV qu’on y a peu recours ?
95 Certaines initiatives s’inscrivent dans la tradition « féodale ». La vieille « aide aux quatre
cas » est toujours là. Outre l’épisode exceptionnel de la rançon - qui n’est pas étudié ici -,
on trouve des allusions à une levée sur les nobles pour la chevalerie du dauphin ou le
mariage de la reine d’Ecosse, fille de François Ier296. Mais l’essentiel provient d’ailleurs, en
particulier de la perception d’une taxe pour les francs-fiefs et nouveaux acquêts, parfois
couplée avec une procédure d’amortissement qui, il faut le souligner, ne touche pas
exclusivement les clercs. Evoquer ici ce casuel du domaine me paraît justifié dans la
mesure où il figure parmi les ressources rattachées à l’Extraordinaire des finances. En
1515, le Bourgeois de Paris estime que les francs-fiefs et nouveaux acquêts dont le roi
vient de céder les revenus à certains de ses proches, rapporteront plus de 60 000 écus 297.
Mais il ne précise ni la durée de la levée ni les régions concernées. On repère au fil des
sources et des années un certain nombre d’opérations portant sur une province ou une
circonscription. En 1521, la Bourgogne doit acquiter 50 000 lt (amortissements compris),
ce qui lui assure trente ans de tranquillité en ce domaine298. La sénéchaussée de
Carcassonne offre en 1523 une composition de quelque 16 663 lt pour les francs-fiefs. De
la Bretagne, la monarchie espère en 1535 tirer 200 000 lt sur les roturiers tenant fiefs
nobles299.
96 Quant à la levée du ban et de l’arrière-ban, qui ne concerne plus que les nobles depuis le
milieu du XVe siècle, c’est encore, sous François Ier, une mesure militaire, mais c’est déjà
126

un expédient financier puisque ceux qui ne se déplacent pas doivent contribuer à l’effort
commun par un versement assez élevé300. Les États de Languedoc dénoncent une dérive :
« Plaise au roi pourvoir que, soubs couleur d’appeler le ban et arrière ban des
seneschaussées dudit pays à faire marcher, l’on ne fasse d’ores en avant imposition sur les
feudataires contribuables audit ban et arrière ban ainsi que l’on a fait ces années passées,
sans que le ban et arrière ban aye marché »301.
97 De nombreuses mesures individuelles alimentent le Trésor. Le roi fait tout d’abord argent
des lettres de naturalité. Chaque transaction a son style. Un gentilhomme de la région
lyonnaise obtient sa lettre en 1537 en contrepartie d’un gros achat de domaine : « Je ne
[la] luy delivreray pas, écrit Tournon, sans luy avoir faict la vente du dommayne dont il
m’a demandé au pays de Dombez pour dix mille escuz ». Mais, sans elle, il n’achètera rien
302. Parfois le roi cède, moyennant un forfait, un paquet de lettres à un particulier, à

charge pour lui de les écouler au mieux de ses intérêts. Dans un acte très abimé du 24 août
1516, maître Michel de Pyra, licencié en lois demeurant à Toulouse, confesse avoir reçu
vingt de ces lettres pour lesquelles il a composé apparemment à 25 000 lt. La transaction
passant par le personnel de l’Extraordinaire des guerres, l’affectation des fonds reçus est
aisée à deviner303. La vente des lettres d’anoblissement se fait de façon semblable, à ceci
près qu’on ne peut les délivrer à n’importe qui. Au-delà de la possession des fonds
nécessaires, il y a, semble-t-il, des critères de moralité et de rang. Mais l’aptitude à la
noblesse n’empêche pas la rapacité : en Normandie, les roturiers intéressés proposent aux
commissaires royaux chargés de la vente « les ungs quatre, cinq cens, les autres six, sept
et huit cens frans. Nous tenons le prix à mil livres et jà en avons deux de la qualité de nostre
commission qui se sont condescenduz à la somme »304. Comme Pierre Filhol pour les offices,
les commissaires semblent ici juger que la dignité en jeu interdit le marchandage. La
diffusion du protestantisme, fort coûteuse par ailleurs sur tous les plans, est néanmoins
aussi, à la marge, une source de revenus, car les biens des Hérétiques condamnés sont
confisqués305. Dernière mesure, d’intérêt local, à évoquer : la création de foires. Sur leur
multiplication au XVIe siècle, Richard Gascon est très net : ce mouvement répond « moins
à des besoins réels de l’économie qu’aux vanités locales et surtout aux besoins d’argent du
roi »306.
98 Si tous les procédés que l’on vient d’évoquer ne sont pas neufs, le règne de François I er
voit en revanche la naissance de deux recettes nouvelles, appelées à un long et brillant
avenir. Coïncidence, ou rôle direct de Poyet, le nouveau chancelier, elles apparaissent
toutes deux en 1539, et, il faut le noter, en temps de paix. Il est vrai que, pour l’heure, leur
importance financière est symbolique. L’ordonnance de Villers-Cotterêts (août 1539), par
son article 132, établit l’obligation de l’insinuation des donations entre vifs dans les
greffes royaux. Cette décision, à l’origine du contrôle des actes, permet aussi de renforcer
les effectifs des greffes, moyennant paiement des nouveaux promus307. Trois mois plus
tôt, en mai, un édit avait établi une loterie, la blanque, dans toutes les villes du royaume 308
. A Paris, le premier fermier, qui porte le titre de maître de la blanque, est Jean Laurent. Il
verse une redevance annuelle de 2000 lt309. L’occasion est bonne de créer un office et, dès
1544, noble homme maître Jehan Séjournant, sieur de Veullon, est contrôleur de la
blanque à Paris310. Entre-temps une déclaration royale du 24 février 1542 a réduit le
prélèvement du trésor sur la blanque : trop élevé, il décourageait sans doute les joueurs.
La diffusion hors de la capitale a bien lieu puisqu’en 1542 Claude Yon, marchand et
bourgeois de Paris, est « maistre de l’Estat et office de la Blancque » à Rouen. Mathieu Le
Roux, marchand orfèvre de Rouen, est son commis sur place311.
127

99 Au terme de ce tour d’horizon, le caractère récurrent des « expédients » s’impose. Rares


sont les périodes où la monarchie n’est pas à l’affût d’un complément de ressources 312.
Cette chronologie a ses temps forts et ses reflux, pour l’essentiel au rythme des guerres.
Mais certaines recettes ont tendance à devenir permanentes : la monarchie ne se
contente plus d’y avoir recours lors des crises. Le cas le plus net est celui des décimes. Les
travaux de Claude Michaud montrent bien comment, à partir des guerres de Religion, ce
prélèvement est assimilé aux recettes régulières de la monarchie. Il en va de même pour
la fiscalité pesant sur les villes. Dans cette perspective, ce n’est pas par une simple
coïncidence que les demandes adressées à ces deux groupes sont fréquemment
promulguées le même jour à la fin du règne313.
100 Ces ressources complémentaires ne sont pas affermées, à quelques exceptions près, dont
la blanque. L’organisation du prélèvement se partage donc entre ceux qui en font l’objet
et l’administration royale. Indispensables pour éviter l’asphyxie du Trésor, les
« expédients » ne représentent cependant qu’un montant limité par rapport aux impôts.
Pour le règne, sans doute un peu moins de quarante millions de lt, dont la moitié pour le
seul clergé. En face, il est peu probable que les rentrées des « revenus ordinaires » soient
inférieures à cent cinquante millions de lt. Malgré une marge d’erreur sérieuse, il est
possible, je crois, d’affirmer que les prélèvements complémentaires, tels que je les ai
décrits, correspondent à un bon quart des impôts (26,6 % dans le cas d’un rapport
150/40). Cela revient à dire qu’ils représentent 21 % des revenus du souverain.

III. Considérations sur un déficit attendu


A. La course a l’argent

101 Le 15 décembre 1537, ordre est donné au trésorier des finances extraordinaires de payer
un chevaucheur. Celui-ci, partant de Lyon, s’est en effet peu de temps auparavant rendu
par deux fois dans le Sud-Ouest, à Limoges et Agen, pour faire activer la rentrée des fonds
de Guyenne314. Que ce soit pour les recettes ordinaires ou pour les prélèvements
extraordinaires, le même lancinant problème se pose : comment disposer promptement
des fonds ? Contraintes techniques et choix politiques entrent souvent en contradiction,
les unes ralentissant des opérations que les autres voudraient toujours plus rapides.

1. Le rythme des rentrées

102 En théorie, il ne devrait y avoir en ce domaine ni surprise ni difficulté. Un édit de 1542


précise en effet :
« Les deniers de chacune recepte particulière seront portez par chacun quartier au
lieu de la recette générale (…), les deux tiers de ceux de la taille un mois après
chacun terme escheu et l’autre tiers devant un mois ensuivant, ceux des gabelles
incontinent après le quartier et ceux des domaine, aides, équivallens et impositions
six sepmaines après le quartier ou terme escheu »315.
103 De nombreux autres textes, antérieurs au règne ou plus tôt dans celui-ci, fourniraient des
précisions équivalentes316. Le rythme de base est donc celui du quartier. La position par
rapport aux échéances trimestrielles fait qu’il y a de bons et de mauvais mois pour ceux
qui attendent les fonds. Si juillet est difficile, affirme Tournon, août sera plus favorable
car « c’est à ceste heure qu’on receoyt tout les quartiers partout »317. Les périodes de
soudure sont particulièrement délicates : « Maintenant que nous sommes entre deux
128

quartiers, l’argent est bien fort difficille à recouvrer, écrit Tournon le 16 décembre 1536 à
un chef militaire en Italie, car il fault que vous entendiés que d’icy à la fin de janvier il ne
se recuilly pas un grand blanc »318. C’est donc avec des rentrées par saccades qu’il faut
assurer des paiements quotidiens.
104 Quelques données permettent de mesurer la vitesse de récupération des fonds. Un 13 août
des années 1536-1538, un tiers environ de la taille du quartier de juillet est parvenu à la
recette générale de Normandie319. En Languedoc, au second semestre de 1536, on
remarque un net contraste entre les deux quartiers. Pour celui de juillet, après un mois
sans envoi, 29 % sont versés en août, 36 % en septembre et 35 % en novembre seulement.
Pour celui d’octobre en revanche, 58 % des fonds sont déjà encaissés le 8 novembre320.
L’étalement du quartier de juillet met en évidence une première inflexion dans la belle
mécanique des paiements : les quartiers, au lieu de se suivre, se chevauchent, ce qui ne
facilite pas la gestion. La recette de Guyenne, à la suite d’un problème juridique qui
aggrave les décalages, ne commence apparemment les envois du quartier de janvier 1537
que le 3 avril. Le recouvrement ne s’achève qu’en mai321. D’une année sur l’autre, le
problème se retrouve. Ici les méthodes comptables ne facilitent pas les choses puisque
l’année fiscale n’est pas la même pour les aides et gabelles (début au 1er octobre) et pour
les tailles et le domaine (début au 1er janvier)… Les registres des recettes de l’Épargne, qui
comprennent les rentrées réellement effectuées du 1er janvier au 31 décembre, ne
correspondent donc pas aux recettes qui doivent être perçues au titre de l’année en cours.
De plus, certains responsables de dépenses travaillent aussi sur la base d’une année fiscale
débutant au 1er octobre322. Contraintes du recouvrement et pratiques comptables se
conjuguent donc pour compliquer la situation financière323. Sans parler des difficultés
supplémentaires causées par de multiples spécificités locales. A titre d’exemple, la
redevance de 4 000 ducats que le Briançonnais doit verser est « quérable » et non
« portable » : c’est au receveur général du Dauphiné, basé à Grenoble, d’envoyer chercher
ces fonds que les contribuables ne sont pas tenus de lui faire parvenir324.
105 Pour permettre un afflux plus régulier des liquidités, la monarchie ne manque pas
d’idées. Il faut « envoyer clercz expers et dilligens par les receptes et greniers pour
prendre les deniers qui pourroient estre en leurs mains pour les envoyer quant y en aura
quinze ou vingt mil livres, sans attendre plus grande somme ». Les receveurs locaux peuvent
aussi apporter leurs fonds dans des villes intermédiaires entre leur lieu d’exercice et la
capitale de la recette générale, par exemple à Lisieux et à Caen pour la Normandie. Cela
facilitera le travail de collecte. Enfin les responsables de la recette générale doivent
envoyer leurs clercs pour récolter les deniers de la taille dès le quinze du premier mois du
quartier325. Une lettre d’un agent en Languedoïl semble confirmer que ces propositions
ont reçu un commencement d’application. Il écrit le 17 avril avoir « envoyé clercs de
toutes pars pour à mesure que deniers viendront les envoyer où il plaira au Roy »326. La
date (deux jours après l’échéance proposée) et le souci d’envoi des fonds « à mesure »
qu’ils se récoltent sont bien présents. Le même souhait est exprimé à un échelon
supérieur par Montmorency : il demande au chancelier de lui faire parvenir de l’argent
« sans vous arrester à nous envoier tout à ung coup une grant somme [mais] nous
secourir de votre costé à mesure que argent vous viendra, car en ce faisant nous
contenterons les plus importuns et pressez »327. De même les clercs établis dans les
recettes générales à la fin de 1532 doivent faire partir leurs fonds « à l’heure que (…)
verres et congnoistrez qu’il y aura argent à suffire pour faire voicture (…), sans actendre
que ayez le tout recuilliz et amasser »328.
129

106 Malheureusement de nombreux obstacles empêchent le système de fonctionner. Ils


tiennent tout d’abord aux capacités de l’État. Il semble que le personnel de base soit
insuffisant pour permettre d’alimenter la noria des fonds de façon satisfaisante. En
Normandie, « monsieur le controlleur [des finances] dit que bonnement ne se pourroit
trouver tant de clercz qu’il y fauldroit »329. En Languedoïl, ce sont les transporteurs qui
font défaut : il faut réduire le nombre des envois car « à grant difficulté nous pourrions
trouver voicturiers par deçà qui sceussent faire le voyage » (de Moulins à la cour)330.
Limiter le nombre d’envois, c’est aussi diminuer les coûts de la gestion. Et réduire les frais
de transport. Sur quatre envois de fonds des impositions sur le sel en Poitou et Saintonge,
le coût est, en prenant les sommes convoyées en ordre décroissant, respectivement de
0,35 %, 0,53 %, 1,42 % et 0,86 %331. Mais dans ce cas, on en revient à une accumulation de
stocks à tous les échelons.
107 Ils sont constitués autant par du papier financier que par des liquidités. Un autre trait
caractéristique de la perception est en effet alors l’ampleur des retards. Ici il faut parler
d’arriérés ou de restes et non plus seulement de chevauchement des échéances. Quand
Jehan Brachet accède en 1510 à la recette générale de Languedoïl, il fournit à son commis
Jehan Prunier 100 à 120 000 lt de « plusieurs mauvais deniers deubz par les officiers » de
la circonscription, pour les recouvrer. En 1516, à la mort de Prunier qui a brièvement
succédé à son maître, 30 000 à 40 000 lt n’ont toujours pas été payées et les papiers sont
remis au nouveau receveur général332. Le 25 mai 1528, 20 000 lt sont assignées sur ce que
le trésorier de l’Épargne peut devoir des années 1525 et 1526. Il n’est pas sûr que les
assignataires se soient réjouis de la décision royale : des deniers en arrière de plusieurs
années rentrent rarement aisément.
108 Jusqu’ici, il s’est agi en fait essentiellement des recettes ordinaires. En effet les ressources
complémentaires, qui ont leurs propres échéances, ne sont le plus souvent pas tenues par
la tyrannie des quartiers. Rentrent-elles plus rapidement ? Rien n’est moins sûr333. Il est
très probable au contraire que les « expédients » rentrent moins vite que les impôts, sauf
quand quelqu’un accepte d’avancer la somme demandée, tel l’évêque du diocèse dans le
cas des décimes. En revanche, il est clair que ces rentrées extraordinaires atteignent les
caisses avec une périodicité différente des impositions traditionnelles, ce qui peut
faciliter les transitions, par exemple entre deux quartiers.

2. L’urgence et ce qu’elle autorise

109 Les commissaires aux expédients sont obligés d’aménager leurs missions en fonction de
nécessités contraignantes. Dupré, qui sévit contre le clergé normand en mai 1538, a deux
tactiques. Pour ceux qui demandent des délais, il procède systématiquement à une saisie
de leurs biens. L’idéal est alors de trouver un amateur qui veuille faire l’avance du revenu.
En revanche, face à ceux qui sollicitent une diminution, il négocie : « Suys contrainct
plyer aucunement en cest endroit » pour avoir des fonds immédiatement334. Dans les deux
cas, l’important est d’obtenir de l’argent le plus vite possible. On saisit mieux dans un tel
climat pourquoi certaines aliénations ou des ventes d’offices peuvent se dérouler dans des
conditions peu avantageuses pour le monarque, à long et moyen termes. Mais ces termes-
là doivent céder le pas devant les exigences du jour, ces exigences si brûlantes qu’on ne
sait pas un 25 septembre comment faire face à des échéances pour les 1er et 7 octobre
suivants335, ces exigences si fréquemment renouvelées que l’urgence s’impose comme un
trait permanent de la gestion financière.
130

110 Gagner du temps, ce peut être tout d’abord accélérer les rentrées, en multipliant les
anticipations. Le procédé est chronique pour la taille depuis Charles VIII et Louis XII. En
apparence, certaines demandes sont bien modestes : en 1526, un versement est avancé du
1er juillet au 20 juin. L’année suivante, les paiements des 1er juillet, 1er octobre et 1er
janvier sont décalés aux 15 mai, 15 août et 15 novembre. En 1542, le quartier payable au 1
er
octobre est exigible un mois plus tôt336. Et pourtant, d’anticipation en anticipation, au
gré des besoins, la monarchie en vient parfois à prélever la taille avec un an d’avance. Fin
1523, toute l’année 1524 a déjà été « mangée »337, à supposer, ce qui est loin d’être certain,
que les fonds réclamés soient tous rentrés. Sur le plan comptable du moins, et il a son
importance, en particulier face aux éventuels bailleurs de fonds, plus rien n’est à
percevoir à ce titre. La date de fixation des commissions de taille est éclairante. Quand la
situation n’est pas trop mauvaise, on procède en automne : en 1519 le Conseil asseoit la
taille le 26 septembre. Quand tout se bouscule, la répartition se fait en juillet (1522) voire
en juin (1523) pour l’année suivante. Le summum est atteint avec l’assiette de 1525 qui a
lieu, anticipation oblige, le 6 décembre… 152 3338. La taille est évidemment, de par sa
nature, le prélèvement qui se prête le mieux à ce genre de procédé. Mais d’autres sont
touchés. En mai 1522, le roi écrit aux grenetiers et contrôleurs, ceux des régions de
grande gabelle tout au moins. Il leur demande de contraindre leurs ressortissants à
retirer sous un mois leur provision ordinaire de sel pour une année. En payant comptant,
les acheteurs obtiendront une remise d’un quart du prix habituel339. L’anticipation
apparaît bien coûteuse.
111 Les « gains de temps » ainsi obtenus ne sont cependant pas qu’illusoires puisque, sauf
erreur, entre 1521 et 1528, François Ier lève en définitive neuf tailles et douze crues en
huit ans. Mais ils ne suffisent point. Aussi faut-il recourir à un autre moyen : le
détournement d’assignations. L’ordre prévisionnel des dépenses impose en théorie de
régler en premier lieu « les parties employées es estats généraulx des finances » et
rappelle que « les paiemens des charges ordinaires (…) sont à préférer aux autres
despences extraordinaires »340. Or tout ceci est passablement bousculé et, en cas de
problème grave, totalement ignoré. Une autre logique s’affirme dans l’instantané des
besoins, avec une constante en cas de conflit : l’Extraordinaire des guerres premier servi.
On a déjà vu que l’Ordinaire de la guerre lui-même n’était pas à l’abri de ces transferts.
Les bâtiments du roi non plus puisqu’en août 1536 25 000 lt sont reversées par leur
comptable pour alimenter le Moloch. Les grands artistes ne sont pas épargnés, malgré la
faveur royale. En 1544, le roi « parce qu’il était à cours d’argent », annule un versement
de 7 000 écus promis à Cellini… si du moins on peut en croire le témoignage de l’intéressé
341
. Si par hasard des fonds passent à portée qui n’ont pas encore, semble-t-il,
d’affectation, la question de leur emploi est aisément résolue. Ainsi procède Tournon qui
informe benoîtement le chancelier le 6 novembre 1536 : « J’ay trouvé icy [à Lyon] ung
clerc qui portoit XVII m escus de la recepte des tailles de Normandye, cuydant y trouver
le greffier Duval [commis du trésorier de l’Épargne]. Voyans la nécessité des affaires qui
sont icy, j’ay receu led. argent pour m’en ayder si vous ne m’en envoiez d’ailleurs »342.
112 En dernière analyse, ou plutôt en dernière urgence, le roi et ses agents prennent donc
l’argent là où il est, le jour où ils en ont besoin. Or, comme le « Trésor » royal n’est en fait
qu’un empilement de caisses plus ou moins distinctes et hiérarchisées, on joue
constamment entre elles, en fonction des nécessités. En conséquence, ceux qui n’ont pas
la chance de faire partie des priorités doivent attendre. Les délais sont très variables. Les
officiers des maisons royales sont fréquemment victimes de ce genre de procédé. Comme
131

les gendarmes, plus qu’eux encore, ce sont des fidèles et bien peu semble à craindre de
leurs éventuelles protestations. De même, les pensions aux régnicoles, y compris les plus
proches du souverain, se font souvent désirer343. Il est vrai que, lorsque l’argent est
disponible, ces derniers figurent parmi les premiers et les plus grassement servis.
113 Les procédures normales de versements sont aussi bien souvent infléchies, toujours dans
le souci d’accélérer les choses. C’est un trésorier de l’Ordinaire des guerres autorisé à
prendre sur divers receveurs les fonds dont il peut avoir besoin pour sa charge344. Ce sont
les restes des comptables, jusqu’alors traditionnellement reçus par le changeur du Trésor,
qui doivent aller directement à l’Extraordinaire des guerres345. Ce sont les clercs de cet
Extraordinaire captant les deniers des recettes générales, des aliénations ou des
emprunts, sans que le trésorier de l’Épargne ou celui des Parties casuelles serve de relais.
C’est ce commissaire à un prélèvement sur le clergé qui est flanqué d’un commis de
l’Extraordinaire auquel l’argent est directement remis346.

3. La permanence du déficit

114 Les comptabilités peuvent donner l’illusion que l’effort entrepris permet, au bout du
compte, de faire face sur tous les fronts. Quand il fournit à la fois recettes et dépenses, le
manuscrit français 4523 n’offre que des situations équilibrées, à de rares exceptions près.
Le premier poste, celui de la chambre aux deniers (f° 1-3), est particulièrement net à cet
égard. Or, on le sait par ailleurs, il est en fait chroniquement déficitaire : des « passes » de
4 538 lt en 1514, de 13 154 lt en 1518, de plus de 5 000 lt en 1522 nécessitent des
assignations complémentaires347. Au début de 1527 encore, et à la fin de 1531, les
« passes » sont toujours là348. Ce qui vaut pour un poste bien documenté se retrouve pour
l’ensemble des finances monarchiques. A cette échelle, les « passes » accumulées
constituent un impressionnant déficit. Dès son arrivée sur le trône, François I er doit faire
face à ce phénomène. On peut tenir pour négligeables les dettes du duc de Bretagne qu’il
traîne en tant qu’époux de l’héritière du duché. Réduites sont celles qu’il avait avant son
accession au trône : pour un roi, 150 000 lt, c’est peu de chose349. Mais feu son « très cher
seigneur et beau père le roy Loys dernier décédé, que Dieu absoille » lui laisse un passif
autrement plus substantiel de 1,4 million de lt350. Probablement permanent depuis
Charles VIII, le déficit des finances royales est présent tout au long du règne de François I
er. Seules quelques années font, peut-être, exception. Si la réalité est acquise, l’ampleur du

phénomène est bien plus délicate à mesurer. Les données dont on dispose sont souvent
peu explicites et, dans un chiffre mentionné au détour d’une correspondance
diplomatique ou d’un projet de réforme, quelle est la part de l’estimation, de
l’information, de l’amplification ? Et qu’est-ce qui est réellement pris en compte ? A titre
d’exemple, le retard des paiements destinés aux Suisses a-t-il sa place dans un déficit ?
115 Il faut néanmoins se risquer à quantifier. La campagne de Malignan accroît encore le
passif laissé par le « Père du peuple ». Au début de 1516, l’ambassadeur florentin parle
d’un million de ducats, soit en gros autant d’écus351. A la fin de la décennie, une
amélioration se dessine sans doute. Le retour de la guerre est dramatique. Avant même le
commencement des opérations, la situation est très fragile : pour des dépenses militaires,
alors que l’État général est déjà trop chargé de 100 000 lt, on cherche à trouver 1,6 million
de lt, « le tout en deniers d’emprunts »352. Puis c’est l’engrenage : deux millions et demi
de lt de déficit fin 1522, peut-être quatre courant 152 3353. Les informations manquent
pour la suite de la décennie. En novembre 1531 encore, après deux années de paix, mais
aussi aux lendemains du versement de la rançon, d’importants arriérés subsistent : le
132

passif n’est pas apuré354. Même situation au moment de l’entrevue de Nice (mai-juin 1538),
s’il faut en croire le nonce355. Poyet, le nouveau chancelier, déclare en décembre suivant à
la municipalité parisienne que le roi « estoit en arrière de deniers (…) de plus de VI c mil
livres »356. Au début de 1540, le déficit, après deux ans de paix, serait de 1,5 million de lt 357.
A sa mort, malgré une tradition tenace, François laisse à son fils, comme il les avait reçues
32 ans plus tôt, des finances déficitaires : « Avons trouvé, au jour du trespas du feu Roy,
écrit Henri II aux édiles de la capitale, ses finances grandement en arrière, à l’occasion
des grandes affaires de guerre qu’il a par longtemps soustenuz et jusques à sond. trespas »
358. Aucun chiffre précis n’est fourni. Mais, en ce domaine, une certitude est acquise : le

fils fera beaucoup mieux que le père…


116 Devant ces difficultés, il prend de temps à autre au roi « l’envye (…) d’estre bon
mesnager »359. Il s’essaie alors aux économies. En février 1519, François Ier veut réduire la
dépense de ses enfants. Il avait d’abord fixé le chiffre à 25 000 lt pour l’année mais, écrit-il
à du Bouchage, « mes affaires sont telz et sy urgents que je ne puis ordonner pour mesd
enffans que la somme de vingt quatre mil livres tournois ». En cas de dépassement, il
menace « de ne [se] contenter de ceux qui n’auront ensuivy [son] voulloir et intención »360
. Le caractère un peu dérisoire de l’initiative, qui porte sur mille livres, lui ôte beaucoup
de sa portée. Et peut-on parler d’économie quand, selon toute apparence, il ne s’agit pas
de réduire les dépenses, mais de déplacer des fonds en fonction d’une nouvelle urgence,
qui semble bien être ici la « campagne d’Allemagne » en vue de l’élection impériale ?

4. Les problèmes de trésorerie : réflexions

117 La médiocrité de la situation financière de leur maître contraint fréquemment les


officiers du roi à des expériences désagréables. Le procureur du trésorier des salpêtres de
Languedoc vient trouver le trésorier de l’Extraordinaire de l’artillerie, Etienne Martineau,
à son domicile parisien. Celui qui l’envoie a dû faire des payements à des canonniers et
délivrer de la poudre et du salpêtre en vertu d’ordonnances du grand maître de ladite
artillerie ou de son lieutenant. Assigné sur Martineau pour son remboursement, il le
somme de payer. Et Martineau de répondre « qu’il n’avoit et n’a aucuns deniers du Roy
pour faire led. remboursement »361. Quand le trésorier et commis au payement de cent
gentilshommes de la maison du roi sollicite Nicolas Hardy, receveur des exploits et
amendes du Parlement de Paris et commis à faire les recettes et dépenses des deniers
provenant de la réformation des greniers et fait du sel, qui doit lui fournir son
assignation, il s’entend dire qu’il n’y a pour l’heure aucun fonds disponible pour lui 362.
Deux exemples, entre mille, de l’expression des besoins de financement au niveau des
diverses caisses. Si l’on prend un peu de recul, en embrassant l’ensemble des finances
royales, on retrouve le même souci : fin 1516, les hommes au pouvoir cherchent
1,3 million d’écus. Au début de 1521, il faudrait 1,6 million de lt. Un an plus tard Madame
se demande - et demande au Parlement - où trouver 1,2 million de lt363. La série pourrait
être prolongée. Il n’y a évidemment pas à s’étonner de cette situation chronique de
recherche de fonds : la dynamique de l’engagement monarchique fait du déséquilibre, en
raison même de l’antériorité des dépenses, un état normal et, d’une certaine façon,
malgré ce qui a été dit plus haut, profitable.
118 Il n’empêche : dans bien des cas le roi et les siens, confrontés à des difficultés de
trésorerie, préféreraient disposer de ce qui leur est nécessaire… Mais qu’est-ce qu’un
problème de trésorerie ? C’est un obstacle conjoncturel dressé entre la recette de la
monarchie et l’affectation de celle-ci. Je crois qu’il est possible de dégager trois blocages
133

essentiels. Le premier tient aux espèces disponibles. Pour prendre la question à la racine,
il faudrait sans doute réfléchir sur l’état de la disponibilité en liquidités dans la France,
voire dans l’Europe du temps. Ce n’est pas ici le lieu, sauf à dire que les espèces
métalliques sont alors « relativement » peu abondantes. Plus simplement, comme on l’a
déjà vu, il faut disposer dans de nombreux cas de monnaies d’or qui demandent une
recherche spécifique et des frais complémentaires. Deuxième blocage, la géographie : la
nécessité du transport de fonds sur des distances importantes n’est pas sans risques.
Tournon envoie en juillet 1537 de l’argent à Humières, qui commande en Piémont, et
craint pour la sécurité des trajets, malgré la mise sur pied de convois. Il n’a pas tort
puisque la proximité des ennemis oblige à attendre à Briançon que le chemin redevienne
plus sûr364. Attendre, tel est le maître mot, qui commande le troisième obstacle : le temps.
Ce dernier recoupe d’ailleurs les deux précédents : temps de la conversion des espèces,
temps du transport. Mais c’est ici surtout du temps de la collecte qu’il faut parler. « Mes
finances et autres parties ne viennent à jour nommé » soupire le roi lui-même365, ce que
les développements précédents ont amplement montré. Les difficultés de trésorerie
constituent en fait le seul véritable problème car, pour l’exprimer d’une façon un peu
roide, en un temps où l’impact de l’Etat reste faible, les ressources existent toujours pour
financer sa politique. Ce qui fonde l’État en ce domaine, c’est précisément sa capacité à
imposer à ses sujets comme contribuables une progressive augmentation de son emprise
financière et à ses sujets comme « créanciers », au sens large, de la couronne,
l’acceptation de délais de payements plus ou moins longs. Le problème se pose de façon
aiguë en revanche dans les relations avec les non-régnicoles. D’où la priorité absolue que
représentent le plus souvent ces derniers sur le plan financier.
119 Le secrétaire des finances Jehan Breton exprime bien à la fois la richesse disponible et la
réalité des difficultés quand il évoque les opérations piémontaises et picardes du début de
juillet 1537 : « Je trouve bien malaisé que l’on sache supporter longuement cest grosse
despence. Je ne fais nulle doubte qu’il n’y ayt assez fons pour ce faire, mais vous scavez que les
deniers ne viennent pas tousiours à jour nommé »366. Reprenant la formule utilisée par le
roi, un lieu commun sur le sujet, Breton affiche aussi sa conviction qu’en dernière
analyse, le financement de la guerre n’est pas un problème, à condition de continuer à
gérer le déséquilibre des finances, sinon de façon contrôlée, du moins de façon mesurée.
C’est ce que la monarchie parvient à faire sous François Ier. Sous Henri II le beau et fragile
mécanisme se grippe. Dans cette perspective, la notion d’insuffisance des recettes n’est
guère opératoire. Il serait déjà plus pertinent de parler de dépenses « trop » fortes. Mais
que signifie une telle affirmation ? Tout simplement qu’à un moment donné la monarchie
a anticipé à un degré trop élevé sur ses recettes à venir.
120 Il n’existe pas de mesure objective du seuil correspondant. Le point de rupture est atteint
lorsque les fournisseurs de crédit ne suivent plus. Car le crédit est la condition de
possibilité de l’existence chroniquement déséquilibrée des finances royales. Difficultés
macro-économiques et perte de confiance ont leur part dans ce refus des prêteurs, ainsi
sans doute que les maladresses du pouvoir politique. Mais le chemin qui conduit à la
banqueroute totale ou partielle ne consacre-t-il pas aussi à sa manière la victoire de l’État,
maître de ses dettes au point de pouvoir les réduire ou de menacer de les annuler ? Il est
vrai que cela peut jouer au détriment de son crédit, et donc de son avenir. Cependant,
malgré les risques, malgré cet arbitraire, il y a toujours des volontaires, car
l’investissement dans l’État reste, à terme, un bon placement, même si les dividendes en
sont parfois sociaux ou politiques et non directement pécuniaires. Après avoir insisté à
134

plaisir sur les problèmes financiers des rois de France, il m’a paru sain de mettre ainsi en
avant, de façon peut-être un peu provocante, la solidité de l’édifice sur lequel ils peuvent
faire fonds : si le problème de trésorerie est réellement le problème majeur, c’est que la
situation financière, vue de Sirius, n’est pas si mauvaise.

B. Le royaume, la guerre et l’argent


1. La guerre perturbe les rentrées fiscales

121 Revenons sur terre, pour observer comment les conflits, par leur existence même,
influent sur le niveau du Trésor royal. Il n’est pas question ici de l’ampleur des dépenses,
mais plutôt des manques à gagner qu’entraînent les guerres. Aux frontières du royaume,
plusieurs provinces servent fréquemment de terrain d’affrontement. Au Sud-Est ce sont
le Dauphiné et surtout la Provence, victime de deux dramatiques invasions en 1524 et
1536. La seconde est d’ailleurs marquée par une sévère politique de la terre brûlée mise
sur pied à l’initiative de Montmorency. Mais soyons cyniques : pour notre propos, cela
n’est pas bien grave, car ces méridionaux contribuent peu à alimenter les caisses
centrales. Plus dommageable est l’atteinte portée aux régions du Nord-Est, Champagne et
Picardie au premier chef, fiscalement plus intéressantes367. En avril 1538, le général
d’Outre-Seine et Picardie, Anthoine de Lamet, évoque, dans le but d’obtenir un
dégrèvement pour ses administrés, les « pertes et frais qu’ilz ont soustenuz depuis deux
ans en ça »368. Un an plus tôt, un agent du roi de passage à Reims souligne que « les
deniers sont fort mal aisez à recouvrer en ce pays tant pour les courses que les ennemys
font es villaiges sur la frontière que pour le passaige des gens de guerre tant de cheval
que de pied qui y ont passé »369. Les fauteurs de trouble sont indifféremment « amis » et
« ennemis ». Des soldats qui ont déserté faute d’avoir été payés « sont tenans les champs à
la grant confusion du paouvre peuple » en Picardie à la fin de 1536. « Les comptables se
pleignent fort partout » des difficultés causées par les troupes royales dont les pilleries
entravent par exemple le recouvrement de la taille en Champagne370. Aux dires de Lamet,
la présence des soldats est si pénible pour les Champenois qu’elle « leur porte plus de
dommaige que s’ilz payoient deux tailles en une année »371. L’attitude des troupes royales
montre que leur impact ne se limite ni aux périodes de guerre ni aux frontières.
122 Quantifier les pertes subies, globalement ou sur le plan fiscal, est évidemment impossible.
Elles sont bien réelles toutefois, comme en témoignent de multiples demandes de rabais.
La Picardie en particulier est ainsi relativement peu imposée en raison de sa position de
terrain d’affrontement régulier. Le receveur des tailles en l’élection de Péronne,
Montdidier et Roye présente une requête pour obtenir une décharge de 4 000 lt à la suite
de l’invasion anglaise de 1522. En 1529-1531, toute une série de dégrèvements sont
obtenus372. En Champagne, en 1537, ce sont les receveurs des aides et tailles de Laon qui
viennent trouver le général Lamet : ils ne peuvent satisfaire aux demandes royales
« parce qu’ilz n’ont aucune chose receu à l’occasion de la guerre »373. Les fermiers eux
aussi obtiennent des remises, ainsi pour 1536 ceux de Provence ou des frontières picardes
374. Le souverain n’oublie pas les communautés les plus touchées. Les villes ravagées par

les guerres peuvent bénéficier d’affranchissements d’impôts : de vingt ans pour


Montreuil-sur-Mer en octobre 1538, perpétuel en avril de la même année pour
Thérouanne, à cause des pertes subies en 1537. Péronne et Draguignan sont en même
temps récompensées pour leur belle défense lors des opérations de 1536375. C’est parfois la
province toute entière qui est concernée. Les Dauphinois, comme dédommagement du
135

passage des troupes depuis deux ans, obtiennent le 23 avril 1538 la remise des 20 144 lt
votées par les États pour le roi, et ce sans préjudice d’une remise identique faite l’année
précédente376.

2. La guerre peut-elle payer la guerre ?

123 Si la charge des troupes pèse trop lourdement sur les provinces françaises, la solution est
simple : il suffit de l’exporter à l’étranger. Les historiens, depuis un siècle, s’entendent
pour affirmer que les débuts des guerres d’Italie, jusqu’à ce que le royaume soit touché,
n’ont pas grevé, ou fort peu, les finances royales. L’essentiel de la dépense était supporté
par les provinces italiennes où les armées se trouvaient de passage ou en cantonnement.
Certains vont jusqu’à parler de campagnes auto-financées par le pillage. La tentative de
démonstration la plus sérieuse est celle de Pierre Chaunu377. En définitive, affirme-t-il, le
coût de l’armée est supporté par le pays qui la subit. Déjà, pendant la guerre de Cent Ans,
« les morceaux du royaume [de France] contrôlés par le roi d’Angleterre ont payé
intégralement la guerre sur le continent »378. En théorie, il aurait dû en être ainsi, au
moins au XVe siècle, puisque le traité de Troyes, qui fondait la double monarchie, excluait
les transferts fiscaux d’un royaume à l’autre. Dans les faits, il en allait sans doute
autrement et l’affirmation de Pierre Chaunu est très discutée379.
124 Pour les guerres d’Italie, il convient également de faire preuve de prudence. Si, en 1497,
une année de taille est consommée par anticipation, c’est bien que les efforts italiens de
Charles VIII pèsent sur les finances du royaume380. Sous Louis XII, si les impôts croissent
nettement dès 1511, et pas seulement en 1513 quand le royaume est directement agressé,
c’est que la conjoncture militaire dans la péninsule, devenue défavorable, l’exige. Cette
poussée fiscale se produit alors que la France contrôle pourtant depuis plusieurs années
Gênes et le Milanais. Et l’on se demande bien pourquoi la campagne exclusivement
italienne de 1515-1516 coûte si cher au jeune roi… Postuler l’auto-finance-ment, c’est
négliger le poids des soldes, de l’équipement, de l’infrastructure, voire des alliés, qui
repose sur le royaume pour une part appréciable. Mais il est vrai qu’en 1494-1515, ce
royaume est en plein essor, que le fardeau reste modéré, et que l’Italie, cela est clair,
contribue à l’effort de guerre français.
125 C’est sûrement le Milanais, riche contrée s’il en est, qui constitue le meilleur des
ressources complémentaires offertes par la péninsule. Solidement tenu pendant dix ans
sous Louis XII et pendant six ans sous François Ier, il a déjà été doté par les Sforza d’une
administration étoffée que la monarchie française met à son service. Dans son discours du
21 mars 1517 devant les députés des villes, le chancelier place en premier lieu, parmi les
profits de Marignan, avant même « l’honneur des François (…) restabli » après les défaites
de Novare et de Thérouanne, les quelque 800 000 lt que fournit chaque année le duché381.
En fait la trésorerie générale rapporte environ 700 000 lt jusqu’en 1516. Mais dès l’année
suivante, un sérieux tour de vis élève les recettes jusqu’à 1,06 million de lt, niveau encore
accru de quelque 100 000 lt en 1518, dernière année connue382. La grande majorité des
fonds assure les paiements de l’administration et surtout des troupes cantonnées dans le
duché. Les Milanais participent aussi aux versements destinés aux Suisses, leurs voisins.
Ils ont à cette alliance un intérêt direct. Mais il serait prétentieux d’affirmer que le duché
finance sa propre défense. Au moindre problème, il faut faire venir troupes et fonds de
France. Les quelque dix millions de lt fournies par la fiscalité milanaise n’ont pu que
s’adjoindre aux fonds régnicoles engloutis dans la conquête, la défense puis les tentatives
de reconquête du duché jusqu’en 1529383.
136

126 Le souci permanent de faire payer les Lombards coûte cher aux Français lors des
opérations militaires des années vingt. La levée des « subsides que [Lautrec] exigeait avec
la dernière rigueur » de la province à l’automne 1521 ne contribue pas à la popularité du
roi de France384. En novembre 1523, Bonnivet marche sur Milan. Des habitants le
persuadent de ne pas se jeter sur la ville qui serait alors, selon eux, mise à sac. Si Bonnivet
les laisse faire, ils iront convaincre leurs concitoyens de mettre les Impériaux dehors et
de fournir « bonne somme de deniers pour ayder à soustenir les frais de la guerre » 385.
Bonnivet accepte et le retard pris alors lui est fatal. Un an plus tard, lorsque l’armée
conduite par le roi approche de la ville, « les Milanois, se voyans hors du danger des
Impériaux, ouvrirent la porte au marquis de Salusses, lequel fut receu à grande joye et
pareillement le seigneur de la Tri-mouille qui arriva peu après »386. Mais ce bon accueil,
cette « buona e amorevole dimostrazione fattagli dalla Maestà Cristianissima e suoi agenti » sont
de courte durée. A peine installé, le nouveau pouvoir lève 30 000 écus de « taille ». Ce
n’est sans doute pas le meilleur moyen de se concilier les Lombards387. Qu’on se rassure :
Charles Quint, la cité reconquise, n’usera pas d’autre méthode. En 1528, selon Guichardin,
Lautrec assiégeant Naples perçoit déjà les douanes des bestiaux des Pouilles388 et le revenu
des villes conquises. Mais il ajoute que l’argent arrive aussi de France « avec assez de
facilité » et que des sommes importantes sont envoyées, signe que l’opération, même bien
lancée, ne « s’autofinance » pas389. Dans le Piémont du milieu du siècle, la domination
française est beaucoup mieux assurée. Mais elle nécessite également un soutien financier
de la part du royaume. La province, en effet, fournit au plus 300 000 lt aux caisses royales
en 1547390. Or le seul Extraordinaire des guerres de Piémont représente cette année-là,
pour huit mois seulement, une dépense de près de 350 000 lt, alors que la paix règne 391 ! Il
est vrai qu’il s’agit d’une paix armée.

3. 1521-1525 : étude de conjoncture

127 Que la conservation du Milanais, une génération plus tôt, dépende elle aussi des fonds du
royaume, Lautrec l’exprime bien : « Sy le Roy ne fait pourveoir incontinent au payement
des gens de pied et gendarmes par deçà, je ne voy ordre que l’on luy peust conserver cest
duché »392. On comprend mieux alors son âpreté à prélever en Lombardie : il faut pallier
les insuffisances des envois de l’administration financière. On connaît la suite, avec le
sanglant échec de la Bicoque le 27 avril 1522. La retraite de Lautrec marque la fin de la
domination française en Lombardie. La défaite de la Bicoque suscite depuis des siècles de
nombreuses interrogations, directement liées aux conditions de financement des
opérations. Les mercenaires suisses ont-ils été payés à temps ? Une tradition se fait l’écho
de retards notables quand d’autres sources (Guichardin, Le Ferron) affirment qu’ils ont
reçu correctement leur dû393. De toute façon, même un paiement régulier n’est pas une
garantie : correctement payés, on les a vu refuser le combat394. Mais ce n’est pas le
problème de l’heure : c’est au contraire l’insistance des Suisses à monter à l’assaut qui est
étrange395. Contraint par eux, Lautrec doit engager le combat face à des troupes
impériales solidement retranchées.
128 On peut certes trouver des arguments pour expliquer l’initiative des mercenaires : une
bataille signifie une double paye pour le mois et sans doute la fin d’une campagne qui
s’éternise après un long hiver. La perspective du butin est alléchante. Et puis c’est
l’occasion de se mesurer avec les lansquenets, rivaux en matière de mercenariat guerrier.
Ici joue peut-être la conviction d’une supériorité suisse qui s’est, en fait, bien atténuée. On
sait la suite. De 1521 à 1525, la monarchie française fait collection d’échecs dans la région.
137

Cette conjoncture militaro-financière dramatique s’inscrit dans un contexte de


particulière tension pour le royaume. Elle correspond tout d’abord à la fin des guerres
d’Italie au sens traditionnel : il faut s’adapter aux nouvelles conditions géopolitiques qui
découlent de l’édification de l’« empire » de Charles Quint. A l’intérieur, le climat
politique n’est pas bon : difficultés avec le Parlement de Paris, inquiétude des officiers de
finance, « trahison » du connétable et traumatisme du roi prisonnier. Enfin c’est déjà le
commencement de la fin - ou du moins la fin du commencement - pour le « beau XVI e
siècle ». L’équilibre entre prix et salaires se rompt et dans les grands terroirs céréaliers,
un tassement de production commence à se manifester396. Alors que la crise frumentaire
menace, en Bretagne et en pays de Caux comme à Paris, la peste fait un noir retour en
1522 : « A brief parler, ceste année peult estre dicte et appelée la grant mortalité »397. Les
interférences entre prélèvement et difficultés socio-économiques, pour certaines qu’elles
soient, restent cependant d’une lisibilité difficile, surtout depuis l’observatoire qui est le
mien : le centre du pouvoir398.
129 Peut-on considérer, à partir de ce faisceau d’éléments, qu’il s’agit d’une conjoncture de
crise ? Le mot, on le sait, est d’un maniement délicat. La période de forte tension, dans sa
relative brièveté (quelques années) a les dimensions requises. Mais les difficultés des
années 1543-1546 ne sont-elles pas d’une même ampleur ? Ce serait alors le prisme
déformant d’une documentation beaucoup plus généreuse sur les années vingt que sur les
années quarante qui fausserait l’approche. A ceci la réponse est double. Tout d’abord un
afflux de documents est en soi un signe : l’exceptionnel laisse plus de trace que le
routinier, le nouveau que le banal. Mais surtout il y a dans la conjoncture du début des
années vingt bien des ingrédients absents vingt ans plus tard et qui rappellent
étrangement les alentours de 1350 : vague pesteuse et retournement de conjoncture,
hausse des dépenses monarchiques, crise politique, défaites militaires et capture du roi.
Comparaison n’est pas raison : il y a incontestablement, si on les compare terme à terme,
une différence d’échelle entre les deux conjonctures. La mortalité de 1522 n’est pas la
Peste noire et la Bicoque n’est pas Crécy. Surtout, la géographie est toute autre. En 1356 le
roi est capturé à Poitiers, au cœur d’un royaume déjà durement frappé. En 1525, François
Ier est pris sous les murs de Pavie, au cours d’une expédition lointaine. Enfin la relative
superficialité de la crise socio-économique se marque sans doute au fait que quelques
bonnes récoltes suffisent, en 1525-1527, à rétablir - provisoirement il est vrai - la situation
399
.
130 Mais la meilleure résistance de l’appareil d’État est aussi le signe des progrès qu’il a
accomplis en un siècle et demi, progrès qui se vérifient dans la crise. Le pouvoir peut
même prendre le risque d’une grave tension interne, avec l’affaire Bourbon, et ce sans
trop de conséquences. On est loin des dangers que faisait courir au pouvoir royal Charles
de Navarre dans les années 1355-1365. Avec le connétable, comme dans certains choix de
politique extérieure, ne peut-on parler, plus encore que de gestion de la crise, de gestion
par la crise ? Dans le domaine financier, il en va de même : si les années vingt n’apportent
pas, contrairement aux années 1350, de nouveautés fiscales notables, une sérieuse et
violente réforme n’en a pas moins lieu au beau milieu des difficultés. Malgré ses limites,
et l’aptitude du pouvoir à la circonscrire, la « crise » des années 1521-1525, avec ses
prolongements jusqu’à la paix des Dames, est sûrement la plus rude que traverse la
monarchie entre régence des Beaujeu et guerres de Religion.
138

Conclusion
131 La gestion par la crise, suivant une tradition fiscale bien établie, cela signifie avant tout
utiliser la guerre pour exiger les ressources complémentaires dont la royauté a besoin
pour financer non seulement les opérations militaires, mais aussi son propre
fonctionnement. Prélèvements complémentaires, expédients, « inventions » et autres
« novelletés » viennent à chaque étape rejoindre l’ordinaire fiscal, cet extraordinaire
fossilisé. Sous François Ier, on observe à la fois une augmentation nominale des impôts et
une extension des bases sociales du prélèvement, qui concerne surtout les villes, le clergé
et les officiers. Le débat n’est pas tranché de savoir si la fiscalité sur les « riches » va ou
non s’allégeant depuis le XIVe siècle. Sans s’attarder sur ce point, il est bon de rappeler
que, système de prélèvement, l’impôt royal est parallèlement un moyen de redistribution
des richesses par la monarchie qui profite largement à l’ensemble des catégories
dominantes, et à la noblesse en particulier400. Ce faisant, se développe une forme socio-
politique inattendue, y compris de ses bénéficiaires directs, qui est l’État dit « moderne ».
132 Quoi qu’il en soit, au quotidien, la gestion de la précarité reste fort délicate. Aux
récurrentes difficultés de trésorerie, le recours aux emprunts offre une issue normale.
Plutôt que de déficit chronique, qui sonne comme une triste maladie, il vaut mieux en
définitive parler de déficit moteur : il est le facteur essentiel de la croissance de la
pression fiscale, donc de l’État401. Seul le prélèvement, déjà effectué ou à venir, importe
vraiment. En fin de compte, c’est toujours lui qui finance, sauf cessation de paiement.
Dans cette perspective, le crédit est à la fois le premier et l’ultime remède au déficit. En
attendant les tailles, en attendant la banqueroute, empruntons donc.

NOTES
1. Le domaine est alors censé financer, non plus la totalité des dépenses royales, mais seulement
« l’entretenement et despence ordinaire de nostre maison et de nostre treschere et tresamée
compaigne la royne et de noz enfans ». Il ne suffit même plus pour cela : OR.F, t. III p. 57 (juillet
1521).
2. Doucet, Institutions, t. Il p. 556.
3. Pour une présentation d’ensemble, voir Doucet, Institutions, t. II p. 556-595. Pour un exemple,
classique, d’étude locale, voir les travaux de Spont sur les impositions en Languedoc.
4. Chaunu, H.ES.F., t. I p. 154
5. C.A.F., t. VII n° 28464.
6. Mise au point : Chaunu, H.E.S.F. t. I p. 161-162. Sur les types de crues, dont certaines sont
progressivement intégrées dans le brevet, voir Doucet, Institutions, t. II p. 573-574.
7. Bois (Guy), Crise du féodalisme, Paris, 1976, p. 341 ; Procacci, Classi sociali, p. 38-39.
8. Chaunu, H.E.S.F., t. I p. 160. Procacci n’ignore évidement pas les conséquences sur la taille de la
dévaluation monétaire et de l’inflation. Mais il pense que la charge croît malgré tout : Classi sociali
, p. 40-41.
139

9. Guéry, Naissance financière, p. 60 et 62. Clamageran, Impôt, t. II p. 131-133, considérant


l’élévation du prélèvement sous François Ier. l’estime, en monnaie courante, à un doublement, en
monnaie constante à + 68 % et en tenant compte de la hausse des prix à + 31 % seulement. Ses
chiffres sont discutables, mais la « décote » des deux tiers qu’entraîne la prise en compte de
l’ensemble des paramètres fournit un ordre de grandeur intéressant.
10. Exemples provençaux : C.A.F., t. VII n° 24313 (7-10-1537), n° 24509 (12-9-1539), n° 24726
(26-11-1541) et n° 24902 (5-9-1542). Le fouage breton connaît en valeur réelle une forte poussée à
partir de 1514. Il se maintient à un niveau élevé durant le règne de François Ier et s’effondre à
partir de 1550. Voir Nassiet (Michel), Noblesse et pauvreté. La petite noblesse en Bretagne XVe-XVIIIe
siècle, Bannalec, 1993, p. 126-133.
11. O.R.F., t. I n° 23 p. 86. Il s’agit de faire face à une partie des dépenses entraînées par l’invasion
suisse de 1513.
12. Gay, Bourgogne, p. 186.
13. C.A.H., t. II n° 2056.
14. C.A.F., t. V n° 15812 (1515) et n° 17378 (1521), t. VI n° 19186 (1527) et n° 20060 (1530), t. II n
° 5906 (1533), t. III n° 8528 (1536), t. IV n° 11035 (1539), n° 12537 (1542) et n° 14386 (1545) ; C.A.H.,
t. II n° 2057 (1548).
15. Gay, Bourgogne, p. 186 : lettre de non-préjudice aux Bourguignons : O.R.F., t. III p. 277
(4-7-1523) ; C.A.F., t. V n° 17626 (29-3-1523).
16. Hocquet (Jean-Claude), Le sel et le pouvoir de l’an mil à la Révolution française, Paris, 1985, p. 302.
Pour la gabelle au XVIe siècle, voir Doucet, Institutions, t. II p. 577-587.
17. A.N. J 966, 27/16 (16-6-1537).
18. Gigon, Révolte de la gabelle, p. 22 ; Doucet, Institutions, t. II p. 581.
19. A.N. Zla 54 f° 250 v° (17-7-1529).
20. Billioud, Sel du Rhône, p. 225-226.
21. B.N. Dupuy 958 f° 45 fournil un total de 280 275 lt, sans la Bourgogne qui figure en 1523 pour
33 000 lt.
22. Doucet, État général, p. 10.
23. B.N. Dupuy 958 f° 49. Wolfe, Fiscal System, p. 99-100 parle de 700 000 lt de profits du sel en
1547, proche en cela de Clamageran, Impôts, t. II p. 125-126, qui parle même de 750 000 lt.
24. Outre la gabelle, le bail du fournissement des greniers est aussi une source de profit. Cet
expédient est mis sur pied en 1515 avec des baux de dix ans : O.R.F. t. II, p. 46. Pour une évocation
de nombreux contrats pour l’ensemble de l’Outre-Seine et Yonne, voir A.N. M.C. XIX 49 (avril
1520).
25. A.N. J 968, 3/1 [26-8-(1537 ?)].
26. C.A.F., t. I n° 560 ; Bourgeois de Paris, Journal, p. 46.
27. Lestocquoy, Nonces 1541-1546, p. 12 (31-12-1540).
28. Spont, Semblançay, p. 151 et note 4 ; Bourgeois de Paris, Journal, p. 68. Le règlement pour les
greniers à sel d’Anjou et du Maine date du 12-12-1517 et l’établissement complémentaire de
chambres à sel est du 28-6-1518 : C.A.F., t. I n° 756 et 845-852. A la requête de Madame, et sans
doute pour faciliter l’acclimatation de la taxe, le taux est nettement allégé : O.R.F., t. II n° 160
p. 239.
29. O.R.F., t. VII p. 41 (26-6-1533). Sur la ferme du sel vendu au boute hors de Bourbonnais : B.N. fr
15630 f° 12 ; C.A.F., t. VII n° 26443.
30. A condition que les « lettres et mémoires sur la gabelle que le Roi veut dresser en Piémont »
qui figurent dans les papiers Poyet (B.N. Dupuy 79 f 9) concernent bien le sel, car le mot de
gabelle peut s’appliquer à d’autres produits.
31. Sur l’ensemble du processus, voir Gigon, Révolte de la gabelle, p. 21-26.
32. B.N. fr 5124 f° 136.
140

33. Véron de Forbonnais, Recherches, t. I p. 12-13. Il faut défalquer des totalisations de 1547, 6,
860 millions de lt qui correspondent à des emprunts et non à des rentrées réelles. C’est Guéry,
Finances, p. 233-234 qui estime que Forbonnais fournit des chiffres de la recette brute. Leur
validité reste incertaine, dans la mesure où les documents financiers d’ensemble ne prennent
jamais en compte cette réalité au temps de François Ier. Il s’agit selon toute apparence
d’estimations postérieures, datant sans doute du temps de Sully. Toute la question est de savoir
sur quels fondements elles reposent.
34. Doucet, État général, p. 35, 40, 43, 47 ; C.A.F., t. VII n os 23693 et 23712.
35. Voir Doucet, Institutions, t. II p. 552. Ce sont sensiblement les mêmes que celles que mentionne
Rey, Domaine du roi, p. 63 pour la fin du XIVe siècle. En 1394-1395 le changeur du Trésor
n’encaisse qu’un tiers des recettes brutes du domaine : Spont, Semblançay, p. 30 note 3.
36. En règle générale, ceux-ci sont prélevés à la source. Le grenetier, par exemple, verse
directement ses fonds au bénéficiaire du don. Dans certains cas néanmoins l’argent peut être
remis par un échelon plus élevé de l’administration fiscale. Voir la fourniture du produit des
greniers de Mayenne et La Ferté-Bernard à Claude de Lorraine par le receveur général de
Languedoïl : C.A.F., t. V n° 17434 (29-11-1521).
37. Isambert, Recueil, t. 12, p. 803-804.
38. Voir Beik (William), Absolutism and Society in Seventeenth Century France. State Power and
Aristocracy in Languedoc, Cambridge, 1985, XVIII-375 p.
39. Outre Beik, mais toujours pour le XVII e siècle, voir Collins (James), « Sur l’histoire fiscale du
XVIIe siècle : les impôts directs en Champagne entre 1595 et 1635 » dans A.E.S.C., mars-avril 1979,
n° 2, p. 325-347.
40. Sur la mise sur pied d’un budget propre aux États, dans la première moitié du XVe siècle, voir
Vernus-Moutin, États du Dauphiné, p. 114.
41. Van Doren, War taxation, p. 77-78 : levée de 100 000 lt décidée en octobre 1536, puis de
180 000 lt en février 1537 et de 382 000 lt en octobre 1538. Bien plus tard, en 1581, Hickey,
Dauphiné. p. 54, précise que l’Épargne ne reçoit que 7 500 écus alors que les tailles autorisées par
les États de Dauphiné atteignent 154 018 écus et que de nombreuses communautés locales se
plaignent de payer plus que leur quote-part officielle.
42. Contamine, Histoire militaire, p. 266-267. Un exemple de contribution pour Narbonne : 20 000 lt
demandées aux États en sus de 333 781 lt de taille en 1537 : O.R.F., t. VIII p. 440 note I.
43. Contamine. Histoire militaire, p. 287.
44. Doucet, Institutions, t. II p. 569. On sait aussi que la participation des villes du Midi à la levée
de l’impôt leur permet d’en tirer quelques profits locaux.
45. Isambert, Recueil, t. 12, p. 735.
46. Voir pour le XVII e siècle l’exemple des levées du maréchal de Marillac, connues aussi grâce à
un procès : Vaissière (Pierre de), Un grand procès sous Richelieu. L’affaire du Maréchal de Marillac
(1630-1632), Paris, 1924, p. 89-102. Marillac est exécuté, aux dires de Richelieu, pour « péculat,
concussion, levées de deniers, exactions, faussetés, suppositions de quittances, foules et
oppression par lui faites sur les sujets du roi » : Bayard, Église et financiers, p. 9-10.
47. O.R.F., t. VI, p. 186.
48. Doucet, État général, p. 13.
49. Ibid., p. 40, 42-44.
50. Doucet, Institutions, t. II p. 566 et 568.
51. Kerhervé, État breton, t. II p. 613-614 : le volant prévu de non-valeurs se situe dans une
fourchette de 3,5 à 5,5 % qui semble réaliste en période « normale », c’est-à-dire sans guerre et
sans mortalité.
52. Chaunu, H.E.S.F., t. I p. 149.
53. Voir les remarques de Beik, Languedoc, p. 1271.
141

54. Un exemple un peu antérieur dans une lettre que Semblançay, depuis la Provence, écrit à
Robertet le 25 avril (1507) au sujet de l’équipement d’une flotte : « Vous advisant que de par deçà
et en Languedoc l’on ne scauroit avoir aide d’argent ne d’autre chose à cause de la grande
mortalité qui y a cours dont bien me treuve estonné » : B.N. Dupuy 261 f° 174.
55. Sur la situation champenoise, voir les remarques de Bourquin (Laurent), Noblesse seconde et
pouvoir en Champagne aux XVIe et XVIIe siècles, thèse de doctorat d’histoire (Université du Maine),
1991, p. 123-124 (à paraître aux Presses de la Sorbonne).
56. Tommaseo, Relations, p. 297.
57. Procacci, Classi sociali, p. 41.
58. Chiffres de 1511 : Doucet, Institutions, t. II p. 563 ; de 1523 : Doucet, État général, passim ; de
1547 : B.N. Dupuy 958 f° 49 et sq.
59. Chiffres de 1514 et 1547 : B.N. Dupuy 958 f° 45 et 49. Pour 1523 : Doucet, État général, passim. Le
pourcentage est calculé sur les seules provinces retenues, à l’exclusion des apports extérieurs
(Bretagne, Bourgogne…).
60. B.N. Dupuy 958 f° 49 et sq.
61. Voir pour le XVIIe siècle, les sévères critiques de Beik, Languedoc, p. 1271-1272 envers Chaunu,
H.E.S.F., t. I, p. 129-191.
62. Wolfe, Fiscal System, p. 62-63.
63. Wolfe, Fiscal system, p. 99.
64. C.A.F., t. II n° 4844-4845, 5196-5198 et 6913.
65. C.A.F., t. I n° 555, 666, 765, 1612, 1680, 1718, 1755 et 1760 ; t. II n° 5278, 5288, 5361 et 5608. Là
encore ces données qui servent à illustrer brièvement mon propos proviennent de demandes de
rabais, en lien avec des épidémies ou des problèmes alimentaires. On peut grâce à elles esquisser
une chronologie des mauvaises années de la première moitié du règne dans la région : 1515-1516,
1521-1522 et 1531-1532.
66. Doucet, Institutions, t. II p. 559.
67. Plus de 11 000 lt entre 1512 et 1515, 10 000 de 1515 à 1519, 10 500 en 1522-1526 : B.N. fr 5500 f
° 207 et fr 25720, n° 175. Erreur de C.A.F., t. VI n° 22154 (2-6-1541) qui parle d’un bail annuel de
1000 lt ( = sans doute 10 000 lt)
68. C.A.F., t. I n° 3043. Le bail, conclu le 1 er juillet 1528, ne doit courir qu’à partir du 1er octobre
1529.
69. Voir Billioud, Sel du Rhône, passim.
70. B.N. fr 25720 n° 238 ; B.N. P.O. 2326 (Poncher) n° 55 ; O.R.F., t. VII p. 72 (18-10-1533).
71. B.N. fr 14368, f° 150. Au cours d’un bail précédent, la guerre avait entraîné un rabais a
posteriori : ibid., f° 98.
72. A.N. M.C. VIII 282 (31-10-1536).
73. A.N. M.C. XLIX 72 (4-6-1544) ; XIX 86 (8-4-1543). Dans les deux cas, les preneurs sont des
Florentins. Pour Cluny, il ne s’agit sans doute que d’une partie des biens. En 1533, le seul doyenné
de Montbertond, membre dépendant de l’abbaye, est en effet affermé - à part - pour 2400 lt par
an à un marchand bourgeois de Lyon : A.N. M.C. CXXII 19 (1-3-1533).
74. A.N. M.C. XIX 90 (27-1-1546) ; CXXII 1045 (18-4-1533).
75. Dom Morice, Preuves, t. III col. 1011-1015. Sur l’affermage à l’époque du duc François II, qui a
servi ici de référence pour la répartition des divers postes, voir Kerhervé, État breton, t. II p. 644
et sq.
76. A.N. J 818 n° 2.
77. Doucet, Institutions, t. II p. 552 et 559. Pour le domaine par exemple : « La difficulté de
percevoir ces taxes s’opposait à ce qu’elles fussent soumises au système de la régie ».
78. B.N. fr 25720, n° 187 et n° 175. Il s’agit d’aliénations à Rouen. La ferme plus avantageuse est ici
celle de la vicomte de l’eau. Il n’est pas sûr que l’on puisse généraliser, mats c’est un des rares cas
où la mise en parallèle est faite.
142

79. A.N. J 966, 27/11 (24-5-1537).


80. O.R.F, t. VII p. 41 ; Doucet, Institutions, t. II p. 590 et 592 ; Isambert, Recueil, 1.12 p. 698 et sq.
81. B.N. fr 5125, fos 60et 68.
82. C.A.F., t. VI n° 21821 mentionne le 8-6-1539 le fermier du grand péage de Suze.
83. A.N. J 967, 24/14 (14-5-1537).
84. Gigon, Révolte de la gabelle, p. 26.
85. Pour 1504, document figurant dans le catalogue Mavrakis, Livres anciens 1483-1709, n° 83, mars
1990, Poitiers. Cette pièce dont j’ai pu obtenir une photocopie a été préemptée par les Archives
nationales. Pour 1510 : A.N. J 910 n° 1.
86. C.A.F., t. III n° 10787.
87. A.N. M.C. VIII 285. Le fermage est de 33 000 lt seulement pour la première année.
88. Voir Bien, Offices, p. 395. Il s’agit d’une évolution en cours, dans la mesure où c’est pour une
part la perpétuité du corps qui fonde son crédit : le point d’aboutissement pour les fermiers est
donc celui de compagnies stables comme la Ferme Générale.
89. Spooner, Frappes, p. 130 note 3 ; O.R.F., t. I p. XLVII (13-4-1545). Sans parler des pièces
« faulces et mescomptés » que le trésorier de l’Épargne doit assumer dans ses frais généraux :
B.N. fr 14368 f° 151.
90. Isambert, Recueil, t. 13, p. 9-10 (mai 1547). En cas de nécessité le gouvernement a recours à des
méthodes expéditives comme la saisie de métaux précieux. Exemple in C.A.F., t. III n° 9048
(3-6-1537)
91. O.R.F., t. I p. XLVII. L’interdiction est renouvelée par Henri II le 22-1-1552. L’ordonnance
précise qu’une bonne part de ces « menues monnoyes » « tomboyent en noz receptes, avec
grande perte et diminution de noz deniers qui se consumoient en frais de voiture ». Pour une
étude approfondie des problèmes de frappe, voir l’ouvrage de Spooner. Le rassemblement de la
rançon fournit un bon exemple de mobilisation par le pouvoir royal des monnaies métalliques du
pays. Voir C.A.F., t. I n° 3561 et t. VI n° 19976.
92. Sources du tableau : A.N. J 967, 87/2 (Guyenne), J 967, 116/2 (Outre-Seine), J 967, 24/3
(Languedoc), J 967, 7/13 et J 966, 21/1, 21/3 et 21/8 (Languedoïl).
93. Les receveurs généraux sont souvent incapables de réaliser une conversion totale des
espèces : en Outre-Seine, à 13 000 écus s’ajoutent 26 000 lt qui n’ont pu être converties, déplore le
commis à la recette générale, « quelque ordre que je y aye sceu donner » : A.N. J 967, 7/13.
94. B.N. fr 5125, f° 63 [10-11 (1536)].
95. A.N. J 967, 44/2 [8-3-(1538 ?)].
96. C.A.F., t. III n° 10907 (8-3-1539).
97. A.N. M.C. XIX 154 (28-7-1540). Il s’agit ici de fonds provenant non des impôts, mais d’un
« emprunct » sur le clergé.
98. Deux exemples : le 13 juin 1523, en plein conflit (B.N. fr 3027 f° 58) ; début avril 1530 alors que
le rassemblement de la rançon est en cours (B.N. Clairambault 332 f° 17).
99. A.N. M.C. CXXII 9 (4-11-1521).
100. Spont, Documents, p. 335-336 ; B.N. fr 3044 fil.
101. B.N. fr 20542 f° 12 ; A.N. M.C. VIII 285 (15-12-1538).
102. Un exemple de cette présence marginale, pour un versement de décime. On trouve parmi les
espèces mentionnées des demies impériales, philippus, florin « traict » et karolus de Frandres,
mais ils ne représentent que 0,37 % des 9463 lt versées : A.N. M.C. CXXII 1047 (6-3-1534). Plus
importantes dans le « trésor » d’Ymbert de Batarnay emprunté par le roi en 1523 (ducats, nobles
Henry, nobles à la rose…), les espèces étrangères ne constituent malgré tout que 3,5 % des
46 000 lt de valeur globale : B.N. fr 2965 f° 21.
103. B.N. fr 2977 f° 16.
104. Sur les donneurs d’avis dans la première moitié du XVII e siècle, voir Bayard, Monde des
financiers, p. 80-103. Sur le passage de la recherche d’expédients à la réflexion critique sur la
143

fiscalité dans le contexte espagnol de l’arbitrisme, voir Hermann, Premier âge de l’État en Espagne,
p. 240 et sq.
105. B.N. fr 17527 f° 38v° et sq. Sur Louis Boulenger, voir Boutier (Jean), Dewerpe (Alain) et
Nordman (Daniel), Un tour de France royal. Le voyage de Charles IX (1564-1566), Paris, 1984, p. 41-42 et
p. 355, note 2.
106. Ibid. f° 106 v°.
107. Doucet, Institutions, t. II p. 576.
108. B.N. Dupuy 79 f° 23.
109. R.D.B.V.P., i. III p. 107 (20-1-1548). Bayard, Monde des financiers, p. 83 fournit un exemple de
ce type d’avis.
110. A.N. J 968, 3/3, (4-9- ?).
111. B.N. fr 2976 f° 74.
112. Bourgeois de Paris, Journal, p. 134-135. Loiseleur, Berthelot, p. 194 et sq. s’appuie sur Bacquet
pour l’affirmer. Une autre source rend Semblançay lui-même responsable de cette initiative. Voir
B.N. fr 2941 f° 3. Selon la Chambre des comptes, Berthelot est aussi l’« inventeur » du
dédoublement des bureaux de ladite Chambre et de la commission des comptes de 1523 : A.N. X la
1529 f° 37 (13-12-1525).
113. Bourgeois de Paris, Journal, p. 310. Dès le 12 août 1521, Bonnivet t’avait proposé au
souverain : « Quant au fait des admortissemens (…) baillez la charge à monsieur d’Azay lequel
avez mandé venir devers vous » : B.N. fr 2994 f° 13 v°.
114. Versoris, Livre de Raison, p. 119.
115. O.R.F., t. III p. 220 (5-2-1523).
116. Dans ce paragraphe, tout ce qui relève de l’emprunt, forcé ou non, est délibérément passé
sous silence. L’emprunt fait l’objet de développements propres dans le troisième chapitre.
117. Voir Kellenbenz (H.) et Prodi (P.) (sous la dir. de). Fisco, religione, stato nell’età confessionale,
Bologne, 1989, 530 p. (surtout axé sur le monde italo-germanique).
118. Doucet, Institutions, t. II p. 834.
119. Voir C.A.F., t. II n° 6698 (Orléans), t. V n° 18340 (Noyon), t. VII n° 27901 (Bayeux)… Sans
parler d’autres dons, comme celui de la régale de Beauvais au Bâtard de Savoie en 1522 : C.A.F.,
t. I n° 1587.
120. C.A.F., t. V n° 18336. Sur la régale de Bourges, voir aussi C.A.F., t. V n° 17218 et B.N. fr 2971 f
° 86.
121. A.N. Xla 9322 f° 213. Voir aussi C.A.F t. 1 n° 1981-1982 et 2060.
122. A.N. PP 99 p. 92-94.
123. Du Bellay, Correspondance, t. 1 p. 135.
124. Tommaseo, Relations, p. 299 (Cavalli, 1546). J’ai remplacé impôt frappé par impôt établi.
125. Les préparatifs de croisade donnent lieu aussi à l’octroi d’un pardon par le pape, « et estoit
le pardon tel que, pour le gaigner, il convenoit donner ce que on despendoit soy et sa famille par
troys jours » : Bourgeois de Paris, Journal, p. 48-49. Les troncs pour la croisade du diocèse de
Troyes rapportent 8429 lt entre décembre 1516 et janvier 1519 : B.N. fr 3911 f os 44 et 48.
126. Une déclaration des États de Languedoc de mai 1522 fait allusion à une commission envoyée
dans la province pour lever sur les bénéfices une taxe pour les gens de guerre, à raison d’un
homme tous les 500 It de bénéfice : O.R.F., t. III p. 142. La destination des fonds est ici clairement
affichée.
127. Thomas, Concordat, p. 284.
128. Spont, Semblançay, p. 167 note 5 : allusion en juillet dans deux lettres du Bâtard de Savoie à
Du Bouchage.
129. Loiseleur, Berthelot, p. 197 et 199. Aux six membres, Gilles Berthelot, Roger Barme, président
au Parlement, Jean Nicolaï, premier président à la Chambre des comptes, Jean Prévost, conseiller
144

au Parlement, Pierre Michon, auditeur des Comptes et Raoul Guyot, notaire et secrétaire du roi
doit s’adjoindre un des généraux des finances ou des trésoriers de France : O.R.F., t. II p. 669.
130. Bouchet, Annales, p. 371.
131. Ragueneau est cité comme receveur général dans C.A.F., t. V n° 17518 (10-8-1522). dans
Doucet, État général, p. 102 et pour 1524 dans B.N. P.O. 248 (Beaune) n° 75.
132. Spont, Semblançay, p. 192. Cette procédure donne lieu à des critiques de la part de la
Chambre des comptes touchant le prélèvement qui porte sur les hôpitaux et maladreries : ibid.,
note 5. La commission compterait alors sept et non plus six membres comme en 1520 : C.A.F., t. I
n° 1688.
133. O.R.F., t. IV p. 18 (mars 1524) : confirmation d’une composition de 100 000 It avec eux. Voir
C.A.F., t. V n° 17767 (15-3-1524) : mandement aux sénéchaux de Languedoc de prêter main-forte
aux prieurs et commandeurs de l’ordre pour recouvrer de leurs fermiers et autres leur quote-
part de cette somme.
134. C.A.F., t. V n° 17793.
135. Bouchet, Annales, p. 485.
136. Les chiffres bruts des amortissements proviennent de C.A.F., t. I n° 1647-1648, 1685 et 1743 ;
t. V n° 17557 ; t. VIII n° 32384. Les montants des décimes, de B.N. fr 3943 f° 76v° pour 1516 et
Doucet, État général, p. 106 pour 1523.
137. Lemaitre, Rouergue, p. 39.
138. C.A.F., t. I n° 1697-1698 et t. V n° 17500.
139. Voir l’octroi de 80 000 It par l’église gallicane en 1511, au moment du « conciliabule » de
Pise : Spont, Semblançay, p. 69. Sur des problèmes de reddition de comptes concernant cet octroi,
voir A.N. M.C. XIX 38 (1-3-1514) et 42 (31-1-1517).
140. C.A.F., t. VI n° 18939 (10-1-1527) et n° 20629 (4-9-1533). La décime de 1527 doit servir « pour
la deffense d’Ungrie » : B.N. fr 3031 f° 59. Une lettre du roi adressée au Sacré Collège pour obtenir
du pape une aide du clergé donne pour motif la guerre qu’il prépare contre les Turcs : C.A.F., t. VI
n° 20340 (11-2-1532).
141. Lestocquoy, Nonces 1535-1540, p. XXX.
142. B.N. fr 2976 f° 93v° (sans date).
143. Lestocquoy, Nonces 1535-1540, p. 7-8.
144. Du Bellay, Mémoires, t. II p. 157 et note 3. On est en décembre 1532. Le clergé accorde deux
décimes.
145. A.N. M.C. XIX 76 (25-6-1535) ; J 968, 15/41 (14-4-1537).
146. A.D. Aveyron, G 105 f° 6v° -7 (renseignement dû à l’obligeance de Nicole Lemaitre).
147. A.N. J 968, 15/42 (sans date, avril-mai 1537).
148. Lemaitre, Rouergue, p. 39 et 43 ; B.N. fr 3943 f° 76 v°.
149. A.N. J 966, 18/1 (5-5-1538) ; Bourgeois de Paris, Journal, p. 165-166 ; J 966, 4/5 [5-4-(1537)].
150. Lestocquoy, Nonces 1535-1540, p. 85 ; Tommaseo, Relations, p. 299 (Cavalli, 1546).
151. B.N. fr 5501 f° 384.
152. Lestocquoy, Nonces 1535-1540, p. 7-8 et 14.
153. O.R.F., t. VII p. 198. Il est vrai qu’il s’agit de la saisie des temporels (voir ci-dessous). Le ton
royal est parfois fort sec comme en témoigne une lettre à l’archevêque de Bordeaux du 29 avril
1544 citée par Roudié, Embarras, p. 77 : « Ayans asses entendu les restes par vous deues des
décimes et dons gratuitz des années passées et les dilligences qui ont esté faictes pour les
recouvrer, dont s’est ensuivi peu d’effect, je ne scay plus que penser synon que vous ayez quelque
opinion qui seroit cause de la longueur et retardement qui se trouve au payement desdicts restes.
A ceste cause, incontinant la présente receue, venes devers moy la part que seray pour me dire
les causes de la dilation dudict payement, mays à ce ne faictes faulte et bailhés certiffication de la
réception de ceste présente au porteur d’icelle ».
154. C.A.F., t. VII n° 23721.
145

155. Doucet, État général, p. 23.


156. Allusions à une saisie pour l’évêché de Maillezais en 1537 : A.N. J 967, 3/16 ; pour celui de
Poitiers en 1538 : ibid., 44/1 ; pour l’archevêché de Bordeaux en 1544 : Roudié, Embarras, p. 77 ;
pour l’évêché de Meaux et l’abbaye de Saint-Faron : A.N. M.C. XIX 172 (2-5-1547). Il y a une foule
d’exemples, qui concernent aussi des bénéficiers de moindre rang. Le pouvoir de contrainte
appartient aux commissaires de la décime et non aux responsables des recettes générales. Cf par
exemple A.N. J 966, 21/6 [27-5-(1537)].
157. A.N. J 966, 18/2 et 25/1.
158. Guiffrey (éd), Cronique, p. 141-142.
159. O.R.F., t. VII p. 196.
160. Bouchet, Annales, p. 485. Le chroniqueur s’embrouille un peu dans le taux des saisies,
François Ier ayant, d’après lui, « par l’opinion de son conseil, (…) conclud de prendre la tierce
partie du temporel des Eveschés, Archeveschés et Collèges et la moitié du temporel de tous les
autres bénéfices ».
161. O.R.F., t. VII p. 236 (3-6-1535) : exemple des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem ;
Guiffrey (éd), Cronique, p. 142.
162. Lot (Ferdinand) et Fawtier (Robert), Histoire des institutions françaises au Moyen Age, tome III,
Institutions ecclésiastiques, Paris, 1962, p. 436.
163. Lestocquoy, Nonces 1535-1540, p. 26, 29-30, 63 et 69.
164. A.N. J 967, 7/12 [13-5-(1537 ou 38)].
165. Tommaseo, Relations, p. 301.
166. O.R.F., t. I p. 502-503 (commission à Arnoul Ruzé) et t. III p. 38 où le roi évoque les
« commissaires et receveurs particuliers a ce par [lui] commis et depputez » ; C.A.F., t. V n
° 16270-72 et 16281. Il s’agit le plus souvent de chanoines. Les receveurs en revanche sont des
laïcs, comme Jehan Prévost dans le Centre-Ouest (B.N. fr 24206), Michel Le Grant en Bretagne
[A.N. M.C. XIX 111 (I.A.D. Meigret, novembre 1533) cote 187] ou Jehan Grossier, qui, semble-t-il,
centralise les fonds [B.N. fr 25720 n° 70 ; P.O. 2655 (Savoie) n° 34].
167. O.R.F., t. III p. 38.
168. Buisson, Duprat, p. 262 et 265.
169. C’est le cas de Guillaume Gayand, responsable pour le diocèse de Poitiers en 1542-1543, qui a
commis Claude Le Conte, prêtre demeurant à Poitiers : A.N. M.C. XIX 166 (15-1-1545).
170. A.N. Z la 59 f° 461 (6-6-1534). Dès 1523, Pierre ficte était commis par Anne Duprat, lui même
chargé de cette tâche par le clergé auvergnat, à lever des fonds sur les bénéficiers du diocèse de
Clermont : A.N. Zla 57 f° 102 (3-2-1532).
171. Michaud, Église, p. 30.
172. A.N. Zla 57 f° 102 (3-2-1532) ; M.C. XIX 43 et 72 (18-10-1532).
173. A.N. Zla 59 f 212 v° (23-2-1534) et f° 461 (6-6-1534).
174. B.N. fr 3122 f° 119 v° ; A.N. J 967, 3/16.
175. Jacqueton, Épargne, 1re partie, p. 7 ; 2e partie, p. 17-18.
176. A.N J 960/6, 133 : sur 26 000 lt de restes citées. 23 800 lt sont assignées.
177. Pour le diocèse de Clermont : C.A.F., t. IV n° 13089 (23-5-1543) et n° 13638 (26-2-1544).
178. O.R.F., t. III p. 38.
179. Tommaseo, Relations, p. 299. Même montant dans Doucet, Institutions, t. II p. 840.
180. A.N. J 939 n° 2 ; Doucet, État général, p. 106-110.
181. A.N. J 939 nos 3 et 15.
182. Doucet, Institutions, t. II p. 835 note 4. Il ne mentionne pas deux décimes en 1529, sans doute
une troisième en 1541, et n’en compte que deux au lieu de six en 1544. En revanche, son chiffre
de trois pour 1521 est sujet à caution (il n’y en a probablement qu’une) et en 1523, il s’agit de
deux décimes et demie, non de trois, mais, il est vrai, à un taux exceptionnellement élevé.
183. C.A.F. t. VIII n 29599 (mars 1538).
146

184. C.A.F., t. VI n° 22665 ; B.N. fr 3943 f° 76 v° ; A.D. Seine-Maritime G 5663 f° 2 (6-1-1544).


185. Il faut tenir compte cependant, ici comme ailleurs, des frais de la levée. En 1527 ils se
montent au moins à 14 912 lt, soit 4 % des sommes perçues.
186. Hermann, Premier âge de l’Etat en Espagne, p. 392.
187. C.A.F., t. III n° 9208 (5-8-1537). Je n’ai pu déterminer s’il s’agit d’une mesure locale ou
générale. La confirmation n’est pas seulement un phénomène de début de règne. Elle ne
s’applique pas non plus aux seules cités : voir par exemple la confirmation des privilèges du
Languedoc moyennant 100 000 lt en 1544 : C.A.F., t. IV n° 13770 et n° 14059.
188. C.A.F., t. I n° 2950 (20-4-1528). Il est probable que d’autres villes faisaient des offres au roi
pour obtenir l’installation de tels organismes, ce qui obligeait les villes déjà pourvues à payer un
surplus pour garantir leur situation.
189. A.N. KK 351 f 9 v° (mars 1525 : versement de la moitié de la somme).
190. En mars 1450 déjà, Charles VII en prélève la moitié pour la reconquête de la Normandie :
Chevalier (Bernard), « Fiscalité municipale et fiscalité d’État en France du XIVe à la fin du XVIe
_siècle : deux systèmes liés et concurrents », dans Genêt (Jean-Philippe) et Le Mené (Michel) (éd).
Genèse de l’État moderne. Prélèvement et Redistribution, Paris, 1987, p. 147.
191. C.A.F., t. VI n° 19090-91 ; B.N. fr 5086 f° 64.
192. O.R.F., t. VI p. 301 (30-12-1532). Les « villes fortes » sont précisément celles auxquelles on
attribuera les fonds prélevés sur les autres cités. Jacqueton, Épargne, 1 re partie, p. 41 et 2 e partie,
p. 14, étudiant les comptes de 1528 et 1534, évoque le renouvellement de la ponction pour ces
deux années. Je crois pour ma part qu’il s’agit toujours du payement des levées antérieures, dont
le règlement s’étale sur plusieurs années. Van Doren, War taxation, p. 81 note 62 nous apprend
ainsi que Grenoble délibère sur la demande de 1527 le 28 janvier 1528 seulement. Voir dans le
même sens C.A.F., t. III n° 7826 (12-5-1535) sur les problèmes de la levée de 1533.
193. O.R.F., t. VII p. 227 (12-5-1535) ; C.A.F., t. III n° 8183 (9-11-1535 : Beaune exemptée comme
ville frontière) et n° 8263 (18-1-1536 : autorisation à Cahors de conserver la moitié de l’argent
pour ses propres fortifications) ; C.A.F., t. IV n° 11983-84 et t. VI n° 22156-58 (16-6-1541) : lettres
pour Lyon et Reims, Avallon, Nîmes et Troyes. En 1537 une taxe sur les villes franches est assise
sur les deniers communs ou d’octroi : C.A.F., t. VI n° 21285.
194. A.N. J 1040 n° 17. Certaines villes ont pourtant fait un effort. A Péronne où les fonds en
caisse étaient trop réduits, la municipalité a emprunté pour faire face à ses obligations : Potter,
Picardy, p. 248-249.
195. B.N. fr 15633 f ° 183-186 v°.
196. Deux exemples : soldes de huit mortes payes supplémentaires à Thérouanne payées par la
ville en 1538 ; huit cents lt de frais de garnison à imposer à Riom en 1543 : C.A.F., t. III n° 9917 et
t. IV n° 13157.
197. Spont, Sembîançay, p. 184. Néanmoins, on l’a vu, des francs-archers sont effectivement
appelés dans les armées.
198. A.N. J 967, 15/3 [22-9-(1536)].
199. Doucet, État général, p. 104-106 ; C.A.F., t. VII n° 23825 (17-8-1524). Il faut apparemment
distinguer villes exemptes (comme Caen, Dieppe et Pont-Audemer citées par Doucet pour la
Normandie) et villes rédimées (comme Rouen).
200. O.R.F., t. IX, p. 74-81. La première contribution des villes à la solde des gens de pied,
exceptionnelle comme il se doit, remonte à 1486 : Chevalier, Bonnes villes, p. 107.
201. A.N. J 966, 27/19 (12-4-1538). On retrouve une crainte identique chez les Rouennais face à
une demande « qui leur semble estre ung impos par forme de taille dont la ville seroit
grandement intéressée » : A.N. J 967, 34/2 [31-3-(1538 ?)].
202. Doucet, Institutions, t. II p. 574-575.
203. Van Doren, War taxation, p. 82 et note 70.
204. Voir Chevalier, Bonnes villes, p. 215-216.
147

205. B.N. fr 3064 f° 121 et 171. Le 22 août 1528, les Languedociens obtiennent l’annulation de la
levée de la moitié des deniers communs moyennant 2000 lt à imposer lors des États suivants :
O.R.F., t. V p. 181.
206. A.N. J 967, 44/3 (26-5-1537) et 46 (20-6-1538 ?).
207. A.D. Côte d’Or B 491 bis (15-5-1538).
208. Pour 1524 : Bourgeois de Paris, Journal, p. 205 et R.D.B.V. P., t. I p. 276 ; pour 1528 ; C.A.F., t. I
n° 2881 (26-2-1528) et n° 3213 (23-10-1528).
209. A.C. Nantes, AA 23 et AA 69 (pièce 7), CC 109 f° 18 v°.
210. Doucet, Parlement 1525-1527, p. 56.
211. C.A.F., t. I n° 2925, n° 3256 (10-12-1528), n° 3512 (12-10-1529) et n° 3564 (15-12-1529).
212. O.R.F., t. III p. 108 ; Hamon, Rançon, p. 14-15.
213. B.N. fr 5086 f° 64 ; Roudié, Embarras, passim, en 1541 (Bazas), 1545 (Libourne), 1546
(Bordeaux) et 1547 (Blaye).
214. C.A.F., t. III n° 10654 (Lyon), t. IV n° 11458 (Toulouse) ; Roudié, Embarras, p. 75 (Bordeaux).
215. O.R.F., t. IX p. 71 note 5.
216. A.N. J 966. 27/21 (26-5-1538).
217. A.N. J 966, 27/19 (12-4-1538).
218. Dans l’état du 22-2-1538 pour asseoir la contribution des villes pour les hommes de pied,
l’Outre-Seine est la circonscription de loin la plus chargée (32 730 lt par mois contre 23 400 à la
Languedoïl et 20 720 au Languedoc, les deux suivants directs) : O.R.F., t. IX, p. 74-81. Pour éviter le
cercle vicieux, il faut cependant se garder d’utiliser la carte des niveaux d’urbanisation que l’on
peut dégager du profil de cette taxe (présentée dans Chevalier, Bonnes villes, p. 40) pour juger de
la pertinence du prélèvement par rapport aux réalités urbaines…
219. Bouchet, Annales, p. 372. Au départ, les villes devaient en effet soit lever les troupes, soit
participer à leur financement (cf C.A.F., t. I n° 1478 pour Troyes). Peut-être Paris organise-t-elle
effectivement sa levée en mai 1522. Le texte des Du Bellay peut autoriser une telle
interprétation : « Ceux de Paris, voyans le hasard où Dourlan [Doullens] avoit esté par faulte
d’hommes, souldoyèrent mille hommes pour mettre dedans » : Du Bellay, Mémoires, t. I p. 209.
Mais cela ne constituerait au mieux qu’une exception. Ce qui rend un peu énigmatique le texte de
Bouchet est donc qu’en définitive Poitiers semble logé à la même enseigne que les autres villes
franches. (Voir C.A.F., t. 1 n° 1719).
220. C.A.F., t. II n° 6191 (29-8-1533), t. IV n os 13159 et 13350 (21-6 et 18-9-1543).
221. Bourgeois de Paris, Journal, p. 120-121 et 179 ; R.D.B.V.P., t. II p. 15.
222. Schnapper, Rentes, p. 151 note 1.
223. Avances repérées pour Paris en 1515, 1516 et 1524 : R.D.B.V.P., t. I p. 224, 232 et 276 ; en 1544
et 1546 : C.A.F., t. IV nos 14171 et 15465.
224. C.A.F., t. VI n° 19822 (16-7-1529) ; t. I n° 3004 (3-6-1528).
225. Sur le bétail à pied fourché : C.A.F, t. IV n° 13079 (19-5-1543). Pour Rouen en 1543, voir C.A.F.,
t. VI nos 22603 et 22626.
226. lsambert, Recueil, t. 12 p. 566.
227. Van Dören, War taxation, p. 81-82.
228. A.N. J 968, 33/4 [20-6-(1538)].
229. C.A.F., t. VI n° 22645 (7-7-1543).
230. R.D.B. V.P., t. II p. 34.
231. C.A.F., t. VI n° 22614 (25-5-1543).
232. Heller, Conquest of poverty, p. 21 ; C.A.F., t. VI n° 23105. En 1537-1538 Troyes veut que les
clercs achètent un quart des rentes que le roi propose à la ville en vente forcée. Sinon la ville
sollicite un dégrèvement : A.N. J 968, 53.
233. C.A.F., t. IV n° 13985 (30-6-1544).
234. C.A.F., t. IV n° 13974 et n° 14506.
148

235. Roudié, Embarras, p. 77.


236. Sur les difficultés financières des villes à cette époque, voir Chevalier, Bonnes villes,
p. 216-217.
237. Pour la Papauté, voir les travaux de Peter Partner, en particulier son article : « Papal
financial policy in the Renaissance and Counter-Reformation », Past and Present, n° 88 (august
1980), p. 17-62.
238. Voir un remboursement grâce à des offices en A.N. J 963 n° 23 (27-1-1530). On peut tenir un
même discours pour les lettres de naturalité ou d’anoblissement.
239. Doucel, Institutions, t. I p. 169.
240. C.A.F., t. I n° 1868 : un nouvel élu par élection, sauf pour celles qui ont fait l’objet d’une
création récente (22-7-1523) ; Isambert, Recueil, t. 12 p. 834 : un élu des aides dans chaque siège à
la place du lieutenant (novembre 1543).
241. A.N. KK 351 fos 1 à 10.
242. Barrillon, Journal, t. II p. 123-124.
243. Buisson, Duprat, p. 260.
244. Sur ce dossier voir la mise au point de Clément-Simon (Gustave), « Recherches de l’histoire
civile et municipale de Tulle, chapitre X », Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Corrèze,
1904, p. 355-393. Comme il se doit, chacune des trois villes finit, sous Henri II, par obtenir un
siège…
245. Chevalier, Bonnes villes, p. 104. Les « seindics et autres personnes obligez pour le rachapt des
offices nouvellement érigées par le Roy au pays de Guyenne, assavoir Quercy, Rouergue et
Agenois » s’engagent-ils pour les contrôleurs ? Le document n’est pas plus explicite : A.N. M.C.
XIX 111 (I.A.D. Meigret, novembre 1533, à la date du lundi 17-11). Textes fondateurs sur ces
contrôleurs : O.R.F., t. I p. 180 (mars 1515) et p. 388 (11-4-1516). Malgré tout, ces créations
révèlent aussi une inquiétude réelle de la monarchie concernant l’utilisation des fonds par les
municipalités. Sur le lien entre le souci de fortification et leur création : Contamine, Histoire
militaire, p. 268.
246. C.A.H., t. II n° 2176-2178. Sur la création : Doucet, Institutions, t. I p. 378.
247. C.A.F., t. IV n° 13245.
248. Prentout, États, t. I p. 275-278.
249. C.A.F., t. I nos 1089 et 1260, t. IV n° 14469 ; A.D. Gironde, IB 5 f° 80.
250. Voir par exemple les fonds fournis par les États de Languedoc pour abolir des offices, soit
71 800 lt en 1519. 12 000 lt en 1522 et 100 000 lt en 1543 : Clamageran, Impôt, t. II p. 128. En
1543-1544 les États de Comminges payent l’équivalent de 29 % de la taille pour obtenir la
suppression d’élus. Un effort plus important encore est nécessaire moins de dix ans plus tard :
53 % du montant de la taille est versé en 1552 : Spuriac (René), Décentralisation administrative dans
l’ancienne France. Autonomie commingeoise et pouvoir d’État 1540-1630, Toulouse, 1992, tome II p. 102
et sq.
251. C.A.F., t. IV n° 13607.
252. B.N. P.O. 1619 (Laguette) n° 4. Il s’agit de faire disparaître une sénéchaussée : sa suppression
est effective quinze jours plus tard, le 30 juin : C.A.F., t. IV n° 13998.
253. O.R.F., t. III p. 35. Le produit de leur fermage (60 000 lt) servait au payement des fiefs et
aumônes et aux gages des officiers de justice : Doucet, Parlement 1515-1525, p. 166 note 1. Des
aliénations se produisent aussi comme en témoigne l’engagement du greffe ordinaire de la
sénéchaussée de Guyenne à Georges Grolier le 6-8-1525, pour 20 000 lt : C.A.F, t. VII n° 23854.
254. Voir la déclaration concernant le greffier de la sénéchaussée d’Agenais, dont la charge a été
érigée en office. Il l’exercera de la même façon que lorsqu’elle était affermée : C.A.F., t. I n° 2748
(6-9-1527).
255. B.N. fr 3029 f° 108. Autre intervention, celle de Chabot à propos des greffes d’Autun : B.N. fr
3066 f° 141 [22-9-(1529)].
149

256. C.A.F., t. VI n° 20373.


257. C.A.F., t. VII n° 24196, t. III n° 8496 et n 9583, t. IV n° 13892 et 14126 ; O.R.F., t. IX p. 62 et 277.
258. A.N. J 965, 11/4.
259. Voir le cas de la succession de Loys de Poncher au chapitre cinq, section ÏII.
260. B.N. fr 3031 f° 37 : Duprat à Montmorency.
261. A.N. J 965, 7/32 : Tournon au chancelier (27-10-1536).
262. O.R.F., t. III p. 41 ; Isambert, Recueil, t. 12 p. 762.
263. Spont, Semblançay, p. 123 note 6.
264. C.A.F., t. IV n° 13815 et n° 14199.
265. R.D.B.V.P., t. I p. 223.
266. Spont, Semblançay, p. 126 note 3, p. 152, p. 170 ; A.N. KK 351 f os 43 et 61 ; B.N. fr 5085 f° 138.
267. O.R.F., t. V p. 25-27 (25-3-1527). Un acte du 6 avril précise que les officiers du Dauphiné qui
n’ont pas de gages devront verser 1/8 du revenu de leur office : C.A.F., t. I n° 2645. Le Bourgeois
de Paris se trompe apparemment qui parle d’une taxe d’une année entière de gages (Journal,
p. 319).
268. C.A.F., t. IV n° 1 1873 (pour l’ensemble de la cour) et n° 13256 (pour deux présidents).
269. C.A.F., t. VI nos 22900, 22907, 22933 et 23121.
270. Tommaseo, Relations, p. 195 et 301.
271. B.N. fr 3127 f° 91 ; Tommaseo, Relations, p. 402.
272. A.N. J 1040 n° 17.
273. Doucet, Institutions, t. II p. 545. Sur la question de l’inaliénabilité, voir les remarques de
Descimon (Robert), « Les fonctions de la métaphore du mariage politique du roi et de la
république. France, XVe-XVIIIe siècles », A.ES.C, novembre-décembre 1992, p. 1136-1137.
274. A.N. J 968, 44/2.
275. A.N. J 967, 8/6 et 8/10.
276. C.A.F., t. IV n° 13355 (20-9-1543) : commission pour vendre des hôtels près de Saint-Paul et
d’autres maisons de Paris appartenant au domaine.
277. C.A.F., t. IV n° 13297. La ventilation par province attribue alors 100 000 lt au Languedoc ou à
la Normandie, (C.A.F., t. IV n° 13267 et 13372), 60 000 lt à l’ensemble Lyonnais-Forez-Beaujolais-
Dombes (C.A.F., t. IV n° 13268) etc.
278. Doucet, État général, p. 98.
279. Bergin, Richelieu, p. 155.
280. A.N. M.C. XIX 165 (dos du 12-8-1544). Ce brouillon de lettre, inachevé, ne s’applique pas
nécessairement à une aliénation mais donne le climat de l’heure.
281. A.N. J 967, 5/1. 5/2 et 5/3.
282. En règle générale, l’engagement se situe donc au taux de la rente (denier dix pour le bail à
rente, denier douze pour la rente constituée).
283. A.N. J 966, 27/13.
284. A.N. J 966, 27/11, 17 et 20.
285. Vial, Cléberger, p. 56.
286. Tommaseo, Relations, p. 301.
287. B.N. fr 3039 f° 1 ; Jacqueton, Épargne, 2e partie, p. 18. Pour les règles à respecter concernant
les bois, voir Doucet, Institutions, p. 545-546.
288. B.N. fr 3031 f° 37 [6-4-(1528)].
289. A.N. J 966, 25/3 (12-5-1537).
290. A.N. J 939, 37 (1-3- ?).
291. O.R.F, t. VI p. 131, p. 194 et p. 231.
292. A.N. M.C. XIX 158 (7 et 22-5-1541).
293. A.N. H 3859/2.
294. Doucet, État général, p. 35 ; A.N. M.C. CXXII 1047 (26-2-1534).
150

295. Un quart récupéré via les Bohier : Chevalier, Chenonceau, p. 91 et 98 ; un quart via les
Poncher : C.A.F. t. VII n° 26988 (1538-1540).
296. A.N. PP 99 p. 100 v° (pour la vicomte de Rouen).
297. Bourgeois de Paris, Journal, p. 10.
298. Gay, Bourgogne, p. 192. Nouvelle recherche en 1551.
299. Jacqueton, Épargne, 1re partie, p. 8 note 3, 2e partie, p. 18. Sur la déclaration des terres nobles
avec les compositions pour objectif : O.R.F., t. VII p. 222 (10-5-1535).
300. Doucet, Institutions, t. II p. 610-619 ; Contamine, Histoire militaire, p. 226 et 249.
301. O.R.F., t. III p. 151.
302. A.N. J 965, 7/11 (4-7-1537).
303. A.N. M.C. XIX 41.
304. B.N. fr 3050 f° 77 [28-7-(1522 ?)].
305. Sur ceux d’Audebert Valton, receveur des fouages de Nantes, voir A.N. M.C. VIII 179
(4-1-1544) et LIV 20 (4-9-1544) : il s’agit du bail à loyer d’une maison rue du Roi de Sicile. L’argent
est remis à Jehan Basannier, bourgeois de Paris, commis à recevoir les deniers des
condamnations des hérétiques. On le retrouvera commissaire aux biens saisis de certains grands
officiers de finance.
306. Gascon, Grand commerce, p. 687.
307. Campardon et Tuetey, Insinuations, p. VIII-IX ; Doucet, Institutions, t. I p. 261. Il ne s’agit
évidemment pas d’une simple mesure bursale, même si elle n’a sa place ici que comme source de
revenus.
308. O.R.F., t. IX p. 390.
309. Harbulot, Le sort, p. 378. Jean Laurent est toujours là en 1542 : A.N. M.C. CXXII 33 (8-3-1542).
Un acte du 21 octobre 1539 nous présente Jehan Josse et Jehan Petitfilz, tous deux peintres, qui
« ont le jour d’hier et le jour d’huy mis à la blanque faicte en ceste ville de Paris chacun quatre
testons ». S’« il leur eschet et advient quelque chose d’icelle sur lesd. devises », ils s’engagent à
« le partir par moictié entre eulx » : A.N. M.C. CX 10.
310. A.N. M.C. LIV 20 (6-6-1544). Il devient ensuite receveur général des finances de la reine
Catherine de Médicis : C.A.H., t. II n° 2200 (9-2-1548).
311. A.N. M.C. CXXII 1065 (24-6-1542).
312. Il serait sûrement possible de repérer d’autres procédés, limités et ponctuels. Qu’en est-il
par exemple de la commission décernée au receveur ordinaire de Paris pour recevoir les revenus
des confréries des métiers de la ville saisis par le roi ? Voir A.N. M.C XIX 159 (21-11-1541) et XIX
91 (4-4-1547).
313. C.A.F., t. IV n° 14345 et sq (12-2-1545) et n° 14754 et sq (4-2-1546).
314. C.A.F., t. III n° 9459 et 9461.
315. Isambert, Recueil, t. 12, p. 797 (décembre 1542). Échéances rappelées le 17 janvier 1544 : A.N.
P 2307 p. 281-282.
316. L’enjeu des échéances apparaît bien dans un projet de réformes de 1522-1523 qui insiste
pour que les receveurs locaux fournissent leurs fonds « dedans la fin d’un chascun quartier ». Et
il poursuit : « N’ont lesdictz recepveurs particuliers cause de eulx douloir car dedans le xxe du
premier mois de chascun quartier, fault que les collecteurs des tailles par les paroisses leur
apportent les deniers du quartier » : Wolfe et Zacour, The growing Pains, p. 69 et 70 (paragraphes
20 et 22).
317. Tournon, Correspondance, n° 294 (18-7-1537). Effectivement, après le grand vide de la période
précédente, on a le sentiment qu’en août l’argent afflue vers le cardinal : A.N. J 965, 7/17.
318. B.N. fr 5125 f° 166. Le lendemain, Tournon écrit au roi qui lui promet des fonds du
Languedoc : « Je ne scaurois recepvoir dudit Languedoc (…) pas ung quatrin qui ne soit la fin de
janvier » : ibid., f° 171 v°.
319. A.N. J 967, 34/3.
151

320. B.N. fr 5125 f° 10 v°.


321. A.N. J 966, 25/3.
322. Voir des exemples in A.N. KK 289 f° 165 v°, 171, 173…
323. A quoi il faut ajouter des dysfonctionnements ponctuels : le trésorier de l’Épargne, qui
accompagne la délégation française à Bayonne pour rassembler la rançon, « n’a laissé à son
homme estant icy [à la cour] nulz blancs signez pour recouvrer deniers, au moyen de quoy nul
des receveurs généraulx ne veult bailler argent, à quoy je vous prie, incontinent ces lectres veues,
faire pourveoir par led trésorier de l’Espargne » : B.N. Clairambault 332 f° 16 (8-4-1530) : le roi à
Montmorency.
324. B.N. fr 20542 fos 109 et 130.
325. A.N. J 967, 34/3.
326. A.N. J 967, 44 [17-4-(1538)].
327. A.N. J 965, 9/30 [14-7-(1537) ].
328. O.R.F., t. VI p. 299-300 (28-12-1532).
329. A.N. J 967, 34/3.
330. A.N. J 966, 21/8 (13-6-1537 ou 1538).
331. B.N. P.O. 381 (Bohier) fos 33-34 v°.
332. Spont, Documents, p. 350-351, (article XXIV).
333. Les coupes de bois extraordinaires qui servent au financement des constructions royales
offrent un bon exemple de procédure lente, avec délais importants : Chatenet, Coût des
constructions, p. 122-123.
334. A.N. J 966, 18/1 et 2. Il s’agit ici d’emprunts, mais la logique est la même.
335. B.N. fr 2977 f° 21.
336. B.N. P.O. 1822 (Malras) n° 10 (12-7-1526) ; C.A.F., t. VI n° 19122 (16-4-1527) et t. IV n° 12693
(10-8-1542). Ces décisions sont prises elles aussi dans l’urgence, peu avant les nouvelles
échéances.
337. Spont, Semblançay, p. 204 note 7. Doucet, État général, p. 22 fournit des chiffres détaillés.
Clamageran, Impôt, t. II p. 112 ne prend-il pas cette anticipation pour une crue exceptionnelle ?
Charles Quint est logé à bien pire enseigne encore s’il faut le croire lorsqu’il écrit à Henri VIII le
16 novembre 1521 qu’il a déjà anticipé de deux ans sur ses revenus : Ehrenberg, Fugger, p. 47 note
37.
338. Spont, Semblançay, p. 162, 174, 196 note 2 et 204 note 7.
339. C.A.F., t. I n° 1551 et n° 1556, t. V n° 17480.
340. B.N. fr 4525 f° 116 (dans un don à Jehan Cottereau de 1516-1517) qui s’appuie sur une
ordonnance de 1445 : Jacqueton, Documents, p. 24 (article 13) ; B.N. fr 3005 f° 113 (dans un
mémoire sur l’Épargne de 1542).
341. Laborde, Bâtiments, p. 24 ; Cellini, Vie, p. 105-106. Voir en 1521 les déboires du trésorier des
offrandes Jaques Acarie dont l’assignation a été reprise : A.N. M.C. CXXII, 9 (30-10-1521).
342. A.N. J 965, 7/40.
343. Au début du règne, pour faire face aux « grans frais et mises », le roi, d’après le discours de
Duprat du 21 mars 1517 « a tranché Testât de sa maison et les pensions des princes et aultres de
son royaume et les gaiges de ses officiers » : Barrillon, Journal, t. I p. 280-281.
344. C.A.F., t. VI n° 25587.
345. A.N. J 958 n° 1.
346. A.N. J 966, 8/1, 18/1 et 18/2 ; J 968, 44/3.
347. B.N. N.A.F. 1483 f° 37 (13-2-1516) et f° 43 (12-2-1519) ; Doucet, État général, p. 91 et B.N. fr
23269 f° 4.
348. A.N. J 964 n° 57 ; B.N. fr 20502 f° 108.
349. B.N. fr 4525 f° 95 ; Spont, Semblançay, p. 118 notel.
152

350. O.R.F., t. II, p. 248 (17-7-1518). Le déficit de 1515 est estimé en 1527 par le roi à 1,8 million
de lt : Godefroy, Cérémonial, p. 482.
351. Canestrini, Négociations, t. I p. 760-761.
352. Paris, Études, p. 230.
353. Jacqueton, Épargne, 1re partie, p. 25-26.
354. B.N. fr 3031 f°47.
355. Lestocquoy, Nonces 1541-1546, p. 113 (janvier 1542).
356. R.D.B.V.P., t. II p. 397.
357. Jacqueton, Épargne, 2e partie, p. 28.
358. R.D.B.V.P., t. III, p. 109.
359. B.N. Dupuy486 f° 118.
360. B.N. fr 2965 f os 7.
361. A.N. M.C. XIX 74 (19-6-1534).
362. A.N. M.C. III 28 (6-11-1543).
363. Spont, Semblançay, p. 136 note 1 et p. 170 ; Maugis, Parlement, t. I p. 151.
364. Tournon, Correspondance, n° 293 (17-7-1537) el n° 296 (22-7-1537).
365. A.N. J 965, 4/8 (23-8-1536). Voir une tirade de Duprat contre les retards de rentrée des fonds.
Il en accuse les clercs « qui les recouvrent et portent ». « Vous voyez, écrit-il à Montmorency,
comment je m’en tempeste souvent jusques à venir à injures et néanmoins n’y gangne rien » :
B.N. fr 3031 f° 37 ([6-4-(1528)]. Dans le même registre, le témoignage un peu plus ancien du
cardinal d’Amboise à propos d’opérations italiennes : « Touchant finances, jamais argent ne vient
à heure, qu’est la totale rupture de notre entreprise » : Courteault (Henri), « Le dossier Naples des
archives Nicolay », Annuaire-Bulletin de la Société de l’Histoire de France, 1915, p. 127.
366. B.N. fr 3055 f° 79.
367. Mise au point sur les effets de la guerre en Picardie dans Potter, Picardy, p. 200-232, dans un
chapitre intitulé : « Les fruictz que la guerre rapporte ».
368. A.N. J 966, 27/19.
369. A.N. J 967, 116/1 [5-4-(1537)].
370. Potter, Picardy, p. 205 note 20 (Humières à Montmorency) ; A.N. J 967, 116/2 (5-6- ?) ; J 966,
27/21 (26-5-1538).
371. A.N. J 966, 27/19.
372. C.A.F., t. V n° 18488 (2-9-1525) ; Potter, Picardy, p. 211.
373. A.N. J 966, 27/12 (24-5-1537).
374. C.A.F. t. III nos 8738, 8914, 8999, 9067-68, 9124 et 9846.
375. C.A.F., t. III n os 8822, 9948 et 10396 ; O.R.F., t. IX p. 253. D’après Potter, Picardy, p. 243,
l’exemption de Montreuil ne porte que sur dix ans, mais est renouvelée pour cinq ans en 1548.
Sur le long combat de Péronne pour son exemption, avant l’affranchissement perpétuel de 1537,
voir ibid., p. 242.
376. C.A.F., t. III n° 9969.
377. Chaunu, H.E.S.F., t. I p. 155-158.
378. Ibid., p. 148.
379. La France sous occupation anglaise coûte plus cher à l’Angleterre qu’elle ne lui rapporte :
Minois (Georges), « La France sous occupation anglaise », L’Histoire, n° 150, décembre 1991, p. 26.
380. Spont, Semblançay, p. 30.
381. Barrillon, Journal, t. I p. 277.
382. A.N. J 910 nos 1 à 6.
383. Au gré des nécessités et des publics, le gouvernement français tient sur le sujet des propos
fort éloignés. Quand il s’agit de faire approuver l’intervention italienne, la conquête du Milanais
est censée procurer un soulagement de 800 000 francs par an aux finances royales : B.N. fr 15637 f
° 122. Quand il s’agit de montrer l’ampleur du sacrifice que représente en 1525 l’abandon de la
153

province, la diplomatie royale affirme que sa garde et son entretien ont coûté plus de dix millions
d’écus au roi : Champollion-Figeac, Captivité, p. 204.
384. Guichardin cité par Paris, Études, p. 173.
385. Du Bellay, Mémoires, t. I p. 286.
386. Ibid., p. 323.
387. Canestrini, Négociations, t. II p. 796 (26-11-1524).
388. La dogana délie pecore di Puglia pèse sur les troupeaux transhumants qui descendent en hiver
des hauteurs des Abruzzes dans les Pouilles.
389. Guichardin, Histoire, p. 803.
390. D’après les doléances des trois États de la province, celle-ci verse, cette année-là, marquisats
de Saluces et Montferrat exclus, 396 000 florins, soit 237 600 lt : Romier (Lucien), Les origines
politiques des guerres de Religion, Paris, 1913, t. l, p. 539. Il faut y ajouter les fermes (domaine
inclus), qui se montent vers 1540 à 43 000 lt, et qui ont pu s’accroître un peu depuis cette date :
A.N. M.C. VIII 285 (15-12-1538). C’est dans ce dernier acte que le florin piémontais est estimé à
douze sous tournois.
391. B.N. fr 4523 f° 50. Ce poste atteint 930 000 lt en 1548 et bondit à 2 828 000 lt en 1551. Mais il
comprend alors l’ensemble des dépenses italiennes, qui ne sont pas exclusivement piémontaises.
392. B.N. fr 2978 f° 187 (31-10-1521).
393. Paris, Études, p. 175.
394. B.N. fr 2933 fos 63.
395. A la veille de Cérisoles, Enghien craint que les Suisses, « arrivant la nécessité de combattre,
par faulte de leur solde, en feissent refus » : Du Bellay, Mémoires, t. IV p. 201.
396. Chevalier, Tours, p. 399 : dans la cité ligérienne cette coupure date de 1517 ; Jacquart, Crise
rurale, p. 49.
397. Croix (Alain), La Bretagne aux 16e et 17 e siècles. La vie - La mort - La foi, Paris, 1981, t. l p. 255 ;
Bois (Guy), Crise du féodalisme, Paris, 1976, p. 332 ; Versoris, Livre de Raison, paragraphe 84. C’est
aussi le début d’une terrible épizootie ovine : Cabourdin (Guy), Lexique historique de la France d
Ancien Régime, Paris, 1978, p. 118.
398. Un autre type d’interférence nécessite ne serait-ce qu’une allusion : celui de l’impact des
guerres sur les relations commerciales. Il apparaît a contrario au détour d’une remarque de la
correspondance du baile de Venise à Constantinople, Piero Bragadin. Le 8 avril 1525, celui-ci
écrit : « Je crois qu’avec la capture du roi de France [à Pavie], les marchandises se vendront
mieux » ; Braudel et Da Silva, Réalités économiques, p. 733. Il en espère sans doute le retour de la
paix.
399. A partir des chiffres de la mercuriale de Paris on obtient les niveaux suivants pour le prix du
froment (avec une base 100 pour 1522-1523) : 1520-21 : 168 ; 1521-22 : 285 ; 1522-23 : 100 ;
1523-24 : 152 ; 1524-25 : 265 ; 1525-26 : 101 ; 1526-27 ; 95 ; 1527-28 : 143, Baulant et Meuvret, Prix
des céréales, p. 243.
400. Voir le souci de Beik, Languedoc, p. 1270, 1272 et 1293 de passer, pour la fiscalité, de l’analyse
de l’extraction à celle de la redistribution sociale, en mettant en évidence des centres
régionauxde redistribution.
401. Pour autant, « vivre au-dessus de ses moyens » n’est pas toujours une solution pour l’État,
en particulier si la fiscalité en vient à peser d’un poids excessif sur la société et l’économie. A
terme, l’État lui-même en est affaibli. C’est sans doute le cas dans l’Espagne du XVII e siècle, celle
des picaros et du dépeuplement des campagnes, même si bien d’autres facteurs jouent
évidemment. Cette simple allusion vise à nuancer la pertinence de la notion de déficit moteur,
parfaitement adaptée pour mon propos, mais peut-être délicate à généraliser.
154

Chapitre III
La monarchie et le crédit : agents
libres et agents contraints

1 « A mesure que les deniers estoient receuz par ledit de Frain [commis de Semblançay], les
unes fois estoient envoyez audit de Beaune pour les fournir pour les urgens affaires du
roy, les autres ledit de Beaune mandoit audit de Frain les envoyer en plusieurs lieux selon
que les affaires survenoient. Et les autres fois survenoit que, pour l’urgente nécessité des affaires
dudit sieur, sans pouvoir attendre le recouvrement d’iceulx deniers, en tout ou partie, ledit de
Beaune estoit contrainct empruncter ailleurs pour fournir pour lesditz affaires : autrement il en
fust advenu inconvénient »1. Dans le quotidien de la gestion des finances royales, le recours
au crédit est un acte récurrent et fondamental. Au rebours de ce dont rêve un Jean Bodin2,
le souverain est, en permanence, en posture d’emprunteur. La lenteur de la circulation
monétaire et le manque de numéraire expliquent la place du crédit dans l’ensemble de la
société. La monarchie y ajoute sa spécificité : l’ampleur des fonds drainés et le lien direct
avec le prélèvement fiscal. Si certains manuels du temps incluent les prêts dans la
catégorie « aultre recepte commune extraordinaire »3, c’est évidemment par abus de
langage car le prêt se rembourse, sauf exception. L’aspect traditionnellement le plus
évoqué du crédit sous François Ier est la mise sur pied des rentes sur l’Hôtel de Ville de
Paris, en lien avec une définition plus précise de la notion de dette publique. Mais ce n’est
qu’une facette, très partielle, de la question : il est bien des sortes de crédits.
2 J’ai choisi de structurer mon propos en fonction de la nature de la relation qui unit le roi
et son bailleur de fonds, en particulier de l’autonomie relative de ce dernier, qui va en
décroissant au fil du chapitre. Avec le marchand-banquier, qui dispose d’une bonne
marge de manœuvre, on peut parler de crédit volontaire basé sur la confiance. Membres
du Conseil, ecclésiastiques et autres bourgeois relèvent plutôt du crédit contraint. Enfin
c’est d’un véritable crédit imposé dont sont victimes aussi bien le fournisseur qui attend
son remboursement que le consignataire de justice qui voit les fonds litigieux
« empruntés » par le roi. Mais cette tripartition, malgré son intérêt, ne doit pas faire
oublier que les relations entre prêteurs et souverain demeurent toujours fort subtiles.
Elles s’inscrivent toutes dans une dialectique de dépendance mutuelle qui court comme
un fil d’Ariane au long de l’exposé.
155

I. Le crédit volontaire : les marchés financiers


3 Le recours aux places financières et aux marchands-banquiers n’est pas une nouveauté. Si
Louis XI a peu fait appel à ce type d’emprunts4, Charles VIII lui redonne une place
importante, retrouvant une pratique courante jusqu’à Jacques Cœur. A la fin du XVe
siècle, c’est Lyon qui joue le rôle principal. Le roi accède en 1494 aux sollicitations des
Italiens installés dans la ville et y rétablit pleinement les foires, après dix ans
d’interruption. Sa décision intervient l’année même où il lance son expédition italienne :
l’afflux de capitaux dans la capitale des Gaules et le recours aux services financiers des
marchands-banquiers doivent contribuer à son financement5. A peine arrivé en Italie,
Charles VIII cherche également du crédit dans la péninsule, à Milan, à Gênes ou à Rome 6.
4 Sous François Ier, Lyon reste la place essentielle pour les emprunts. Mais cette notoriété
ne doit pas faire oublier que Paris, en retrait, joue aussi un rôle en ce domaine. Il faut le
souligner : ce sont les besoins et les calculs de la monarchie et non les stratégies des
marchands-banquiers qui servent d’angle d’attaque à la question du crédit volontaire. La
logique du sujet l’impose et, par voie de conséquence, la documentation mise en œuvre
provient des archives du pouvoir et non de celles des fournisseurs de fonds. Il va de soi
que les deux éléments sont indissociables mais ce choix imprime nettement sa marque
sur les développements à venir.
5 Si les temps forts de l’emprunt coïncident fréquemment avec les guerres, il ne s’agit pas
malgré tout d’une règle absolue : les négociations et affrontements diplomatiques
nécessitent aussi le recours au crédit. Ce dernier, avec les jeux qu’il autorise, peut même
devenir une facette de la lutte menée contre Charles Quint.

A. Les cadres du marche


1. Les agents

a. Les agents de la monarchie

6 Il paraît logique de partir des demandeurs de crédit, plutôt que des détenteurs de
capitaux, dans la mesure où ces derniers se contentent le plus souvent de répondre à
l’initiative du pouvoir royal. En tant qu’emprunteur sur le marché financier, le roi met en
avant des agents qui ont sa confiance et qui, aspect essentiel, servent de garants pour les
prêts qui sont sollicités. Leur intervention vise à assurer les prêteurs contre les risques
encourus. C’est une pratique bien établie : pour l’emprunt milanais de 1494, les garants
sont le comte Carlo de Belgiojoso, le cardinal Briçonnet et son frère Robert, archevêque
de Reims, Etienne de Vesc et Philippe de Commynes. L’implication personnelle de
personnages de haut rang est forte : elle suppose leur engagement en tant que personnes
privées et concerne leurs biens propres. Semblançay rappelle qu’« avant que aucuns
marchans ayent voulu entreprendre fournir [des fonds] commandés par le Roy et madicte
dame [Louise de Savoie], il [lui] a convenu, suivant lesdicts mandemens à lui faictz par
lesdits seigneur et dame, en respondre en son propre et privé nom. Autrement et sans son
crédit lesdits mandemens fussent demeurez inexécutez »7. Quand, en août 1528, les
membres du « conseil du Roy estroict » s’engagent pour un remboursement, ils le font
« en bonne foi et sous l’obligation de tous leurs biens »8. L’objectif à atteindre est évident :
obtenir la confiance des bailleurs de fonds. Cette confiance est la base du crédit, affirme
156

Tournon, et le respect de la parole donnée importe plus que les garanties matérielles :
« Le vaillant d’ung prestre que je suys […] n’est pas pour asseurer les marchands qui me
prestent ». Ce qui compte pour eux, c’est « la vérité et parolle que je leur ay tousjours
tenu jusques icy »9. Le bon garant doit donc être connu des prêteurs. Les liens de
Semblançay avec le milieu des marchands-banquiers lyonnais remontent sans doute au
temps des relations commerciales de son père. Ils sont renforcés par son accession à la
charge de général d’un Languedoc qui inclut le Lyonnais, et s’ajoutent à ses relations avec
Léonard Baronnat, son « familier et grand amy »10. Tout ceci doit assurer à Semblançay un
accueil favorable dans la cité. Le groupe des généraux du début du règne, plus largement,
peut sans doute s’appuyer à Lyon sur le crédit commercial de parents ou d’alliés, qui
servent à la fois d’introducteurs et de répondants.
7 Au contraire, les agents du roi sans relais local ont peu de succès. En juin 1537 le roi a
délivré une « commission pour recouvrer deniers par emprunt [à Lyon] sur les obligations
de Hellin et de Morennes », deux responsables de la recette générale de Languedoïl.
Tournon, dans une lettre au chancelier, est très net : « Je vous supplie, monsieur, de ne
faire point fondement là-dessus car lesd. Hellin et Morennes sont si peu congneuz icy
qu’ilz ne trouveroient pas six escuz à préster »11. Etre physiquement présent sur place
augmente les chances de succès, dans la mesure même où cela facilite les négociations.
Après une campagne d’emprunts à Lyon, Tournon affirme : « Si je n’eusse esté icy, je me
double qu’il y eust eu bien à faire à trouver tout ce fons si promptement ». Et de conclure :
« Croy qu’il a esté besoing que vous eussiez icy un serviteur qui fut congneu de ceulx de
ceste ville et sur qui ils eussent seureté »12. Le cas d’Anthoine Hellin et de Guillaume de
Moraynes le prouve, eux qui gèrent la principale recette du royaume : ce qui compte
surtout, c’est l’individu, non sa fonction. Mais cet individu doit remplir certaines
conditions : il lui faut être très proche du pouvoir, à l’image de Tournon ou, à défaut, être
lié organiquement aux finances royales. C’est le cas du collège des généraux jusqu’à 1523
ou des officiers de finances de la région lyonnaise qui joignent la proximité - et souvent
les alliances - à leur implication dans les circuits financiers13. Mais c’est parfois aussi le
fait d’un receveur général comme Jehan Carré, en charge de la Normandie, en 152814.
8 Si au début du règne la garantie des généraux, parfois épaulés par Semblançay, est
fréquemment jugée suffisante, à partir des années vingt un système de double garantie se
met en place, qui fait intervenir responsables politiques et personnel financier. Dès 1522,
pour un emprunt négocié à Fribourg il est vrai, le Bâtard de Savoie et La Palice joignent
leur caution à celle des généraux15. Dans un acte non daté, de 1527 selon toute probabilité,
le duc de Vendôme, Duprat, Montmorency, Louis de Brézé, Jean de Selve, Jean Brinon,
Florimond Robertet, Tournon et Guillaume Preudhomme garantissent deux receveurs
généraux qui se sont eux-mêmes personnellement obligés au remboursement de cinq
prêteurs fournissant plus de 140 000 lt.. Démarche semblable l’année suivante lorsque
Duprat, Montmorency, Chabot, Tournon, de Selve et Preudhomme s’obligent auprès du
receveur général de Bretagne ou de son commis pour 56 000 lt.16. On retrouverait sans
difficultés dans les autres États ce système de garants à plusieurs étages17. Le cercle
politique concerné recoupe le plus souvent la liste des membres du Conseil du roi. Rien
d’étonnant à cela : siègent au Conseil ceux qui ont - pour l’heure - la confiance du
monarque. Ils sont donc politiquement les mieux à même d’inspirer confiance à leur tour
aux détenteurs de capitaux.
9 Le roi doit fréquemment offrir sa garantie à ceux qui se sont engagés pour lui lors des
emprunts royaux. Il témoigne aussi publiquement de la confiance dont il les honore et
157

signifie ainsi que, derrière les fortunes des particuliers, l’impôt royal demeure le plus
solide des répondants. Le phénomène est bien connu pour Semblançay ou les généraux au
début du règne18. On le retrouve pour le prêt de 1527 évoqué plus haut. En 1546, en raison
de la santé chancelante de François Ier, le dauphin Henri doit ratifier les emprunts19. A
cette époque encore, l’engagement du roi reste personnel : son successeur potentiel n’est
tenu que par sa propre ratification et non par une hypothétique pérennité des dettes de
l’État. De quelle nature est alors la garantie offerte par le roi aux prêteurs eux-mêmes ?
En ce domaine, on reste souvent dans le flou : ce sont ses agents qu’ils couvrent le plus
souvent et non les fournisseurs de capitaux. Pour ces derniers, l’assurance n’est donc
qu’indirecte.
10 Le roi, qui a dû recourir au crédit de ses serviteurs précisément à cause de la fragilité du
sien, est donc vivement sollicité de garantir ses agents à son tour. Le paradoxe n’est
qu’apparent car confiance et crédit valent aussi pour les relations entre le souverain et
ses proches : si le roi retire son appui, et Semblançay entre autres en fait l’amère
expérience, l’intéressé n’est plus « crédible » : il perd en effet le contact avec la source de
tout remboursement, à savoir le prélèvement monarchique. Ainsi le crédit du souverain
et celui de ses agents sont-ils en définitive solidaires. Leur imbrication met en évidence la
connexité du politique et du Financier. Les généraux des finances dans une lettre au roi
en 1522 peuvent évoquer l’argent recouvré « par leur crédit qui procède de vous », et
Tournon peut tout aussi bien soutenir : « Le Roy, en perdant mon crédit, y perdroit le
sien »20. Mais la situation du cardinal à l’automne 1536 prouve cependant que la garantie
royale n’est jamais négligeable. Empruntant à Lyon dans l’urgence, il affirme au
chancelier : « Il fault que je me oblige en mon privé nom en actendant le pouvoyr de y
obliger le Roy »21. Mais aucun document ne permet d’affirmer que l’octroi d’un pouvoir
spécifique par François Ier donne à Tournon la possibilité de se désengager
personnellement. A mon avis, les deux garanties sont cumulatives et non exclusives. Du
moins importait-il de souligner que celle du roi est fréquemment requise.
11 L’agent du roi ne peut donc faire figure de simple intermédiaire administratif entre
prêteurs et État dans la mobilisation des emprunts. Son crédit personnel est directement
engagé, « statutairement » pourrait-on dire, dans ce genre de négociation. En cas de
difficulté, les créanciers se retournent contre le ou les garants tout autant que contre le
souverain. D’autant que ce dernier offre bien peu de prise. A la fin de sa vie, Semblançay
est ainsi assailli par les marchands-banquiers florentins de Lyon qui lui réclament
plusieurs centaines de milliers de livres. Quand le pouvoir politique se dérobe, il devient
très difficile de faire face aux engagements. La position de l’agent du roi/garant est donc
très exposée. Aussi les réticences sont-elles réelles, surtout de la part des officiers de
finance car les responsables politiques, s’ils tiennent à leur place, ne peuvent pour leur
part guère se permettre de renâcler. En 1528, Duprat craint que les receveurs généraux,
sollicités pour une garantie, « en facent quelque difficulté » ; il souhaite « qu’ilz
cognoissent la voullenté dud seigneur estre qu’ilz la facent »22. Le trésorier de l’Épargne
Guillaume Preudhomme est bien connu, d’après Tournon, pour la « difficulté qu’fil] a
faictes tousjours de s’obliger »23. Mais, en règle générale, les hommes du roi finissent par
s’incliner à la grande satisfaction des détenteurs de capitaux.

b. Les prêteurs

12 C’est parmi les marchands et marchands-banquiers que ceux-ci se recrutent. Un


dépouillement assez poussé des sources du temps permet de repérer parmi eux 124
158

prêteurs au cours du règne de François Ier. Retenir les individus plutôt que les firmes ne
va pas de soi, mais ce choix est imposé par la documentation et par la plasticité des
associations financières au cours des générations et au gré des alliances commerciales.
Dans quelques rares cas seulement deux membres d’une même famille ont été comptés
pour une seule tête, quand ils apparaissent toujours ensemble pour des opérations
rigoureusement identiques. Cette présentation quantitative doit aussi être pondérée par
l’importance de l’engagement financier des divers groupes. Un exemple est
particulièrement frappant : sept prêteurs, marchands à Rouen, figurent dans mon fichier,
presqu’aussi nombreux donc que les neuf Parisiens. Mais les Rouennais, parmi lesquels
figurent les quatre marchands d’origine ibérique du corpus, n’interviennent à eux tous
que pour un unique prêt d’un montant fort réduit : 3 560 écus24. Dans la présentation de la
conjoncture des prêts, on aura l’occasion de mieux mesurer la part de chacun.
13 La place tenue par les prêteurs d’origine italienne est écrasante comme en témoignent les
données suivantes (sur 124 prêteurs) :
• Italiens : 87 (70,2 %)
• dont Florentins : 45 (36,3 %)
• dont Lucquois : 17 (13,7 %)
• « Allemands » : 18 (14,5 %)
• Français : 15 (12,1 %)
• Ibériques : 4 (3,2 %)
14 La plupart des Italiens sont installés en France, à Lyon essentiellement, sans avoir
d’ailleurs perdu le contact avec leur pays d’origine. Seul un faible contingent parmi eux
habite la péninsule. Quelques-uns, plus rares encore, demeurent à Anvers (Gualterroti,
Ducci) ou à Londres (Bonvisi, Salvagio). La domination des Toscans est très nette (ils sont
au moins 64 sur 87), et elle demeure constante sur la période. C’est au sein des groupes
secondaires que l’on peut constater les évolutions les plus significatives : disparition des
Génois (sept) après les années vingt et timide arrivée des Piémontais (trois) à partir de la
fin des années trente, tout ceci en parfait accord avec la conjoncture de la « grande
politique ». S’il est en effet parfois délicat de mesurer la part exacte de « lobbies »
économiques dans ces réseaux de crédit, il est clair en revanche que le jeu politique
péninsulaire, avec par exemple le rôle financier assuré par les exilés toscans, a ici des
répercussions directes. Reste l’absence totale des Vénitiens : la place de Venise joue,
comme on le verra à plusieurs reprises, un rôle important dans la circulation de l’argent
français en Italie sans que les capitalistes de la Sérénissime, pourtant souvent alliée du roi
de France, n’interviennent. Est-ce faute de colonie dans le royaume, de fuorusciti ou
d’occupation du territoire par les armées royales ? Les divers éléments ont dû jouer, mais
constater cette absence de contacts « physiques » ne sert qu’à reculer le problème, non à
le résoudre. L’explication est sans doute à chercher dans le désintérêt relatif que
manifestent les détenteurs de fonds vénitiens à l’égard du commerce de l’argent d’une
façon globale, et en particulier pour ce qui concerne les prêts aux Princes.
15 Suisses (trois) et Allemands du Sud (quinze), présents dès les années vingt, ne jouent un
rôle notable qu’à la fin du règne, en particulier les seconds. Leur place ne fera que croître
sous Henri II. Ceux qui fournissent des fonds, bien que passant le plus souvent par le canal
lyonnais, restent en général implantés dans leurs villes d’origine, Augsbourg surtout
(Haug, Welzer, Zangmeister…), mais aussi Nuremberg (Ebner, Imhoff) ou Ulm (Weikmann)
25
. Les marchands français sont presque aussi nombreux qu’eux à intervenir dans les
emprunts royaux sous François Ier26. En dehors de l’axe Lyon-Orléans-Paris-Rouen, seule
159

la ville de Tours est à mentionner (pour trois prêteurs), héritage ténu de son destin de
« ville royale » dans les générations précédentes27.
16 Les prêteurs étrangers, dans leur répartition et leur implantation, sont globalement
représentatifs de la population des marchands-banquiers qui sont en relations d’affaires
avec le royaume28. Le faible nombre de grands marchands français dans les circuits de
l’argent se vérifie aussi. Marchands et marchands-banquiers ont d’ailleurs bien d’autres
façons de trafiquer avec le pouvoir royal. Certains alimentent en métaux précieux les
hôtels des monnaies29. D’autres fournissent des matériaux pour la guerre. Pour l’artillerie,
en 1518, Lyénard Spine d’une part, Jean Viart et Guillaume Roillart de l’autre vendent du
cuivre et de l’étain et Bernard Fortia du soufre30. D’autres encore s’impliquent dans des
entreprises maritimes qui ne laissent pas la monarchie indifférente, comme la première
expédition Verrazano31. En 1545, la compagnie Gadaigne assure les navires privés que le
roi emprunte pour adjoindre à sa flotte32.
17 Aucun des fournisseurs de fonds au roi ne fait de cette activité sa spécialité. Pour les
marchands-banquiers, il ne s’agit que d’une spéculation au sein d’une grande diversité
d’activités et rarement de l’une des plus importantes. Le roi n’est qu’un client parmi
d’autres. Qu’est-ce qui pousse à accepter de participer aux emprunts monarchiques ?
Malgré le titre du paragraphe, qui nous place à l’enseigne du crédit volontaire, il faut le
dire clairement : certains prêts, on le verra, sont obtenus par la contrainte. D’autres
découlent d’une négociation : le prêt est accordé contre un avantage spécifique, en
particulier la suppression d’une entrave au commerce33. Mais la plupart d’entre eux
résultent effectivement d’une décision à peu près libre du détenteur de capitaux. On en
espère évidemment de sérieux profits, ce qui explique qu’un Gaspard Ducci, peu
regardant sur les opérations du moment qu’elles sont fructueuses, procure dans les
années 1540 de l’argent à François Ier alors même qu’il est agent financier de la cour de
Bruxelles et conseiller impérial34. Mais nombreux sont les prêteurs qui ont aussi des
motivations politiques. Les Italiens qui suivent les affaires de la péninsule savent le poids
des interventions du roi de France. Pour les fuorusciti florentins en particulier, fortement
représentés dans la communauté marchande lyonnaise, l’appui français est indispensable
pour défendre la République ou obtenir la chute des Médicis. De même, certains prêteurs
allemands voient en François Ier - et plus encore en Henri II - le défenseur des libertés
germaniques et le protecteur des protestants de l’Empire. A l’inverse, la disparition des
Génois trouve son origine dans le changement de camp de Doria et de la cité. Reste le rôle
d’une habile propagande visant à drainer les capitaux. Elle est mise en œuvre par des
intermédiaires bien insérés dans le milieu marchand.

c. Des intermédiaires

18 Dans une lettre de garantie à Semblançay, le roi fait allusion à de « gros dons et
promesses d’argent » destinés non seulement à ceux qui prêtent des fonds mais aussi à
d’« autres qui ont aydé à les trouver »35. Juste récompense pour des individus sans
lesquels l’afflux de l’argent vers les caisses royales serait encore plus problématique.
Jean-Jacques de Passano, un Génois passé au service du roi de France, reçoit ainsi, le
31 août 1527, 16 500 lt., entre autres pour services rendus en faisant prêter par ses amis
des sommes importantes, et pour les frais qu’il a été amené à faire à cette occasion 36. Ce
Passano a pris du champ par rapport au monde de la marchandise et s’intègre en fait au
personnel royal. Il n’empêche : il sait réactiver ses attaches dans le monde de l’argent
quand les besoins du roi l’exigent.
160

19 L’intermédiaire, l’« honnête courtier » le mieux connu de l’époque est sans doute Jean
Cléberger (Hans Kleberg), le « bon Allemand » qui a toujours sa statue à Lyon. A la suite
d’Ehrenberg, Eugène Vial lui consacre une biographie détaillée en 1914. Voici le « bon
Allemand » à l’œuvre en 1545. Il a convaincu Reuter, le facteur lyonnais des Tucher, qui
écrit à Nuremberg : « Tous ceux qui jadis, dans des moments difficiles, ont prêté de
l’argent au roi de France ont été très bien payés et ont reçu, avec le capital avancé, de très
forts intérêts ». Cléberger a dû être merveilleusement persuasif pour que Reuter puisse se
laisser aller à une si inexacte affirmation ! Même si les Tucher, cette fois, ne s’en laissent
pas compter, l’un d’entre eux, présent à Lyon en 1546, reconnaît en guise d’oraison
funèbre pour Cléberger mort cette année-là qu’« il savait séduire les autres [et les
décider] à prêter de l’argent au roi de France ». François Ier lui-même le félicitait trois ans
plus tôt, dans une lettre du 11 décembre 1543 : « Et comme encore que vous mesmes
m’ayez dernièrement secouru en prest d’une bonne somme d’argent, avez esté moyen que
les autres marchans de votre nation ont faict le semblable de leur part, dont et du bon
office que avez faict en cest endroit je n’ai vollu faillir à vous mercier »37. Courtier plus
que prêteur, mais prêteur malgré tout, pour des sommes correctes mais pas énormes, tel
est son profil. Il se retrouve chez d’autres intermédiaires, des Italiens sans doute moins
connus. Chez tous se manifeste aussi le souci de l’intégration soit à l’administration, soit à
la Maison du roi, à l’image de Cléberger, devenu le 31 mars 1543 valet de chambre
ordinaire de François Ier.
20 L’ambiguïté de la position de Pierre Spine (ou Spina) se manifeste clairement dans sa
« raison sociale » : mentionné comme « banquier suivant la cour » en 1518, il figure
encore dans un document de 1520 comme « marchand florentin »38. Il contribue de ses
deniers à l’édifice du crédit monarchique39, mais est surtout remarquable comme agent de
la mobilisation des circuits financiers internationaux au service du roi. Il organise de
nombreux envois de fonds aux ambassadeurs40. En 1526, il tient en Italie le compte de la
ligue de Cognac et un mandement du 22 décembre lui accorde 20 541 lt. pour ses frais de
change et de transport. Malgré sa bonne volonté et ses relations, il ne peut éviter les
retards dans les règlements, en particulier en septembre et octobre41. Il sert aussi de
relais, au début de 1527, pour faire parvenir de l’argent en Italie via les Salviati de Lyon et
en 1528 encore pour en faire tenir à Livourne42. Tout ceci implique de bonnes relations
dans le monde de la finance et certainement, même si les documents sont discrets sur ce
point, la capacité à mobiliser le crédit. Cela est d’autant plus évident que Pierre Spine est
frère de Lyénard Spine, personnage important de la place lyonnaise dans les années 1520,
lui même lié aux Salviati. Outre la circulation des fonds, Pierre Spine s’occupe aussi de
munitions en Lombardie, fin 1524, pour les troupes qui partent pour Naples43. Sans doute
indirectement intéressé à la ferme des draps de soie, il figure comme contrôleur des soies
à Lyon en 153344. C’est le seul office dont on le trouve pourvu, et il n’est pas de première
importance… sauf pour le milieu des importateurs lyonnais.
21 Mieux intégré encore dans la capitale des Gaules, plus riche aussi est Ruberto degli
Albizzi, appelé Robert Albisse dans le royaume. Mentionné comme marchand de Lyon en
1523, comme citoyen puis comme bourgeois de la ville en 1525 et 1528 45, ce Florentin
d’origine est lui aussi prêteur. Il fournit 31 500 écus en 1521, 25 000 êcus en 1531, 10 000
écus et 6 700 lt. en 1536 et 30 300 lt. en 153846. Il prête aussi une somme inconnue dans le
cadre du rassemblement de la rançon47. Dans chaque cas, il est bien difficile de savoir ce
qui relève de ses fonds propres et de ceux de bailleurs de fonds auxquels il sert sinon de
couverture, du moins de représentant. En 1521 au moins, il n’a fourni personnellement
161

qu’une partie des fonds48. Très vite il apparaît en effet comme le délégué des principaux
marchands-banquiers de Lyon face au pouvoir royal. Pour financer le camp du Drap d’or,
le roi emprunte à Lyon et c’est Albisse qui « a mené le faict desd emprunctz et interestz »
49. L’année suivante, il joue un rôle clé dans l’envoi de fonds en Lombardie pour la guerre 50

. Il est lié d’assez près à Semblançay51. Aussi l’arrestation de celui-ci entraîne-t-elle la


sienne. Il est prisonnier au Louvre avec Mathieu Guignel, un serviteur de Semblançay, au
moins du 14 février au 14 mai 152752.
22 Mais Albisse se tire de ce mauvais pas et reprend rapidement du service. Avec Jehan de
Poncher, général de Languedoc, il semble jouer de nouveau sa partie sur le marché
lyonnais des emprunts dès 152853. En juin 1538, 900 lt. récompensent la peine qu’il a prise
de trouver des fonds à Lyon et d’entretenir son crédit envers ceux qui ont prêté, par son
intermédiaire, de l’argent au roi54. Les aléas des finances royales font qu’en 1558 encore,
plus de dix ans après la mort d’Albisse, un litige concernant des emprunts du début des
années vingt n’est pas encore réglé55. En fait, Robert Albisse s’est très tôt frotté aux
services financiers de la monarchie. Dès 1510-1513 il est commis de Morelet de Museau, le
responsable de l’Extraordinaire des guerres. Il est parallèlement cité, le 31 juillet 1513,
comme commis de Jehan Lallemant le jeune, trésorier et receveur général de Languedoc 56.
Intermédiaire important dès le début du règne de François Ier57, son insertion dans le
milieu de l’administration monarchique se manifeste aussi par ses relations financières :
il a ainsi des créances sur d’importants officiers de finance58. On le retrouve aussi comme
fermier des impositions lyonnaises ou comme bailleur de fonds de la première expédition
Verrazano59. Bref, il est omniprésent dans l’univers de l’argent du roi. Il n’acquiert
pourtant pas d’office. La seule charge dont on le voit pourvu est celle de trésorier du duc
de Longueville en 153160. L’intégration par l’office est réalisée par son fils Jehan, cité
comme notaire et secrétaire du roi en 1547, l’année même de la mort de Robert qui
s’éteint le 8 octobre61.

2. Les opérations

a. Un crédit à court terme

23 Les princes ont presque toujours préféré les emprunts de ce type, ce qui est parfaitement
cohérent avec la motivation essentielle qui les pousse à recourir au crédit : la nécessité de
faire la soudure en attendant des rentrées d’argent. Tournon laissé sans fonds pour le
Piémont écrit au roi le 24 décembre 1536 : « J’ay voleu encores essayer avecques mes amys
si je porrois treuver de l’argent à interestz pour troys moys car je ne puys veoir devant
mes yeulx perdre votre reputación en Italye »62. Le crédit privé lui-même repose alors
largement sur le prêt à brève échéance. Aussi, dans le cadre de leurs relations avec la
monarchie, les détenteurs de capitaux le privilégient-ils. L’offre et la demande semblent
ainsi communier dans une même aspiration. Au quotidien, les comportements sont
parfois plus éloignés…
24 D’après les informations disponibles, l’échéance prévue pour le remboursement des prêts
ne dépasse pas un an : c’est le délai retenu pour les 100 000 écus obtenus fin mai 1520, qui
sont à rendre en juin 152163. Mais la durée est fréquemment bien plus limitée64. Sollicités
en octobre 1536, les Lucquois de Lyon ne veulent pas prêter pour plus de deux foires, soit
environ six mois. Meyting, de Berne, qui a fourni des fonds le 23 juin 1548 est remboursé
le 16 octobre de la même année65. On pourrait multiplier les exemples. Cela pose des
problèmes aux responsables des finances royales : l’état des fonds interdit parfois de
162

promettre un remboursement aussi rapide que souhaité. Quand il cherche du crédit « aux
bancques et ailleurs » à la fin de décembre 1527, Duprat est dans l’impossibilité d’assigner
les éventuels bailleurs de fonds sur le quartier de janvier car le roi en a déjà fait état « et
quant on parle de remboursement en avril, il n’y a homme qui ne baisse les oreilles » 66.
25 Autre problème : le recours au crédit est censé pallier les ratés et surtout les à coups des
rentrées fiscales, qui arrivent, on l’a vu, par saccades. Il en va malheureusement parfois
de même des crédits lyonnais, à cause du rythme imposé par les foires : « Nous sommes
entres deux foyres, les marchands n’ont point d’argent » se lamente Tournon à la mi-
juillet 153767. Certes, le marché du crédit a une périodicité distincte de celle des impôts et
peut donc permettre de faire face dans certaines circonstances, mais il n’est pas
disponible à volonté. Et il a ses exigences, en particulier le souci de la ponctualité dans les
remboursements. Le non-respect des accords n’est pas sans conséquence dans un milieu
qui a de la mémoire et le sens du contrat : retarder les échéances c’est, en portant atteinte
à la confiance, provoquer la ruine du crédit. Depuis Crémone, Lautrec, le 5 janvier 1522,
rappelle François Ier à ses engagements : l’argent emprunté à Venise doit être envoyé, « et
est très nécessaire pour entretenir notre crédit et aider à vivre lesd. gensdarmes qu’il soit
rembourcé aud. Venise au temps et termes qu’il a esté accordé ainsi que on a fait savoir
aux gens de voz finances et par ce moyen nous trouverons de l’argent pour leur bailler et
les subvenir en une nécessité »68. Comme on l’imagine, les écarts sont nombreux. On y
reviendra.

b. Les profits

26 Malgré ses procédés parfois cavaliers, le roi sait appâter les prêteurs. Il donne à ses
créanciers des assurances contre le droit d’aubaine et les lettres de marques ou de
représailles. Certains sont même honorés de faveurs particulières comme le Turinois
Berton Gros, nommé valet de chambre du roi par Henri II en récompense de ses services 69.
Mais le roi leur fait miroiter surtout les « très forts intérêts » que Cléberger promet au
facteur des Tucher. Les agents du roi qui négocient les emprunts, les principaux d’entre
eux du moins, obtiennent le pouvoir de fixer le montant de la rémunération du capital.
Tournon peut ainsi « tauxer et arbitrer le don et récompense qui sera baillé esd.
bancquiers » en fonction de la somme et du temps d’immobilisation70. En cas de doute, et
pour ménager cette fois ses bailleurs de fonds, la monarchie s’empresse de reconnaître le
bien-fondé du versement de ces intérêts. Par deux déclarations de mai 1545, elle garantit
que les « dons » faits aux prêteurs, ici des marchands allemands et lyonnais, seront bien
considérés comme des obligations régulières, sans préjudice du remboursement des
sommes prêtées71. Qu’une telle précision s’impose souligne le caractère encore
rudimentaire du marché du crédit. On le constate : le mot d’intérêt est rarement
prononcé. Le vocabulaire qui désigne la rémunération du capital, dont la licéité
canonique reste fragile, est d’une grande variété et d’un grand flou : « pension »,
« rente », « change », « change et intérest », « don », « don et récompense », « attente de
son remboursement […] d’une foire à une autre », « prolongation et actante de
paiement », la liste est longue et pourrait l’être plus encore sans doute, en cherchant
bien.
27 Plus que la dénomination importe, pour les parties prenantes, le niveau des intérêts. A
l’époque, ceux-ci ne paraissent pas cumulables s’il faut en croire Charles Dumoulin quand
il affirme en 1546 : « N’y a aucune usure d’usure »72. En 1520-1521, on oscille entre 4 et 5 %
par foire, soit 16 à 20 % par an. Pour le prêt de 100 000 écus pour le camp du Drap d’or de
163

mai 1520, 32 400 lt. d’intérêt annuel donnent un taux de 16,2 % ; les Affaitati de Crémone,
en revanche, fournissent en 1521 42 142 lt. à 5 % par foire73. Les diverses données qui
figurent dans la garantie aux généraux du 7 avril 1522 se situent dans cette fourchette. En
1536-1537 la norme n’est plus que de 3 % par foire74. A partir de 1542, le taux s’établit à
16 % par an75. Il ne faudrait cependant pas supposer une trop belle régularité. Pour un
prêt génois d’octobre 1515, les intérêts atteignent 28 et peut-être 42 % par an76. Un autre
auteur évoque des intérêts de 3 % par mois, soit 36 % par an77. De l’existence d’oscillations
nettes témoigne la remarque désabusée de Duprat au roi au début de 1528 : « Je ne puis
oublyer à vous dire que je treuve les interestz gros, mais il fault regarder le temps où nous
sommes et la nécessité »78. Les conditions faites au roi de France ou par lui sont
globalement du même ordre que pour les autres princes du temps. Pour ses emprunts à
court terme, Charles Quint trouve à Anvers du crédit à 12 à 15 % par an79. Henri VIII
emprunte en Flandre en 1544 à 14 %, en 1546-1547 à 13 %80. Mais eux non plus ne sont pas
à l’abri de conditions plus draconiennes, surtout Charles, aux fragiles finances. Jean du
Bellay évoque ainsi en 1536 un taux de 25 % par an81.
28 Le taux d’intérêt des emprunts publics n’est pas le même que celui des prêts
commerciaux. Quand en 1546 le roi doit verser 4 % par foire, les marchands sont tenus de
payer 2 % seulement82. D’où, au passage, de fructueux profits pour les intermédiaires.
Cette différence de taux ne signifie pas pour autant que l’impact des emprunts « publics »
sur le marché financier soit nul. D’après un manuel flamand publié à Anvers en 1543, la
valeur de l’argent sur le marché de Lyon dépendait au contraire très directement du taux
des emprunts de François Ier83. Affirmation hardie et sûrement exagérée, mais qui
souligne une fois de plus les liens entre « grande politique » et jeux de l’argent. Malgré les
profits, les marchands-banquiers ne sont pas disposés à ouvrir tout grand leurs coffres au
roi. En particulier, ils sont plus que réticents pour proroger les échéances des
remboursements, comme Tournon en fait l’expérience :
« Le plus grand desplaisir que vous puissiez faire aux marchands, c’est de ne pas les
payer au terme qu’on leur a promitz, car ilz ne veullent point que leur argent
séjourne plus que du terme qu’ilz ont accordé et si vous leur donniez vingt pour
cent chacune foyre vous ne les contenteriez pas […] ; j’ay essayé cela et trouvé que
de ce qui ne m’avoye cousté que trois pour cent j’ay vollu donner six et qu’ilz le me
represtassent pour une aultre foyre. Hz le me refuzerent et leur en eussé-je donné
dix »84.
29 Plus étonnant encore est le refus par les créanciers d’une rémunération que Tournon
parvient difficilement à imposer : « Ne vous veulx point celler que ceulx qui m’ont preste
l’argent reffuzoient à prendre l’interestz mais je leur ay volu ballier pour advantager
tousjours le crédit et pour leur donner occasion non seulement à ceulx là mais aux autres
d’en prester plus volantiers et me semble que ce n’est point argent mal employé ne
perdu »85. Au souci d’attirer les capitaux répond donc apparemment le désir de ne pas
s’engager trop avant dans la collaboration avec le pouvoir. D’où les limites vite atteintes
du crédit royal. Durant l’été de 1537 il faut vendre du domaine en Lyonnais pour pallier
l’insuffisance du crédit86. Or ce sont les mêmes milieux, ceux du négoce en particulier, qui
s’engagent dans les aliénations et qui refusaient de prêter. Tournon, songeant aux
marchands-banquiers étrangers, évoque en décembre 1536 « le service qu’ilz peuvent fere
[qui] n’est pas moings que de cent mille escus de crédict »87. Mais le cardinal néglige une
chose : les détenteurs de capitaux ne sont pas toujours disposés à prêter leurs ressources
disponibles au monarque. Il faudrait plutôt déterminer ce qu’ils accepteraient, dans un
contexte donné, de lui avancer.
164

c. L’origine des fonds

30 « Salviaty, toute sa vie s’est meslé d’estre banquier, faisant proffiter son argent et celluy
d’autruy, comme il est tout notoire »88. Semblançay met l’accent ici sur les deux sources
des capitaux disponibles : des fonds propres et ceux d’« aucuns particuliers qui mettent
leur argent es bancques […] au proffit du denier vingt »89. Les traces de la mobilisation des
fonds par les marchands-banquiers sont assez ténues dans la France d’alors. Ymbert de
Batarnay, à la fin du XVe siècle, a un compte chez les Médicis90. En 1525 les frères Nazy,
juifs d’origine florentine établis à Lyon, obtiennent une nouvelle surséance pour le
remboursement des fonds qu’ils ont empruntés « et dont ils ont subvenu et aydé au Roy
pour ses urgens affaires »91. Le 28 octobre 1546 Jacqueline Hurault, dame de Maincy, prête
10 000 lt. en 4 444 écus et 20 st au procureur d’Albisse d’Elbene, marchand florentin de
Lyon92. Mais il faudrait pouvoir distinguer clients stables et « capitalistes » sollicités à
l’occasion, savoir si leur argent s’investit bien dans les emprunts royaux et non dans telle
ou telle spéculation commerciale93.
31 On a quelques lueurs pour la période du Grand Parti et de ses origines, à compter de 1542.
Le prêt de Jacqueline Hurault, d’ailleurs, se rattache peut-être à cette opération. La
participation des particuliers à cette vaste spéculation a fait l’objet d’un débat dans les
années 1930 entre Roger Doucet et Henri Hauser94. L’interprétation développée par le
premier emporte largement l’adhésion. Elle insiste sur le fait que les transactions
réalisées par le pouvoir royal passent systématiquement par le relais des marchands-
banquiers. Derrière eux, il y a certes des bailleurs de fonds95, mais peu nombreux sont
ceux qui se laissent découvrir : Doucet, bon connaisseur des archives lyonnaises, ne
repère que huit Français ! Leur participation moyenne approche les 20 000 lt., ce qui n’est
pas vraiment à la portée de toutes les bourses. La plus petite créance connue, citée par
Richard Gascon, figure dans le testament de Louise Labé : elle est de 1 000 lt.. L’impression
prévaut donc que les bailleurs de fonds régnicoles sont peu nombreux et appartiennent
aux élites socio-économiques96. Il en va sûrement de même pour les étrangers qui
participent aux emprunts monarchiques, toujours via les banques. Évoquant les
opérations considérables effectuées par Albisse d’Elbene dans les années cinquante, ses
plus récents historiens constatent que, même s’il « n’y fait que de brèves allusions », il est
sûr que « des personnes privées déposaient des sommes auprès de lui pour les faire
fructifier, et qu’il comptait sur cet apport, inquantifiable toutefois »97.
32 Mais lorsque le roi n’honore plus ses engagements, la situation des banquiers et
intermédiaires devient délicate. En 1562, les Zangmeister d’Augsbourg, qui ont prêté une
forte somme au roi, déplorent que « depuis des années [elle] ne produit plus aucun intérêt
alors qu’ils l’avaient empruntée à un taux élevé »98. Pour éviter de tels désagréments, les
marchands-banquiers, après avoir souscrit un emprunt auprès des agents du roi, peuvent
revendre une partie de leurs créances « au détail » aux particuliers. A partir de là, les
titres de cette dette flottante circulent, ce qui rend plus délicat encore le dépistage des
bailleurs de fonds : comment savoir en effet si une créance repérée dans une fortune n’a
pas déjà transité par plusieurs intermédiaires ? Si les marchands-banquiers savent donc
associer des détenteurs de capitaux à leurs opérations, doit-on suivre pour autant Braudel
qui affirme que, lors des prêts aux souverains, « les financiers » ne hasardent volontiers
que l’argent des autres »99 ? Je ne le pense pas. Pour une part les fonds qu’ils prêtent
proviennent à coup sûr de leurs propres caisses, en lien avec un grand commerce dont ils
sont les premiers, de par leurs activités, à tirer profit. Ils sont à la fois capitalistes et
165

intermédiaires. En définitive, la question de l’origine des fonds renvoie à l’étude


d’ensemble des circuits économiques.

B. La conjoncture du credit sous françois ier

33 Cette rapide évocation du milieu du siècle nous conduit tout droit à une approche plus
conjoncturelle, chronologique donc, des emprunts de François Ier. Il n’est pas question ici
d’évoquer systématiquement tous les prêts, et encore moins tous les cas où l’on peut
s’interroger pour savoir s’il y a ou non prêt de la part des marchands-banquiers. Une
recherche forcément incomplète et l’imprécision quasi statutaire des sources interdisent
cela. Jamais, je le crains, on ne pourra dresser pour la place lyonnaise l’équivalent des
courbes réalisées par Braudel pour Anvers. Mais il convient malgré tout, à partir des
fragments dont on dispose, de redonner aux emprunts du règne leur rythme et leur
géographie.

1. Des débuts mal connus

34 Les premières années sont d’une approche délicate, en raison de la pauvreté des sources.
Si l’on suit Spont, Louis XII n’emprunte pas d’argent aux Italiens de Lyon, même s’il ne
dédaigne pas d’user de leurs services pour divers transferts de fonds100. Il est impossible
de savoir si un passif existe envers eux en 1515 et s’ils contribuent au financement de la
campagne de Marignan. Mais 1515 marque à coup sûr une reprise des contacts avec eux.
La première transaction dont on garde trace a lieu en octobre : le 23, deux généraux,
Raoul Hurault et Thomas Bohier, flanqués d’un trésorier de l’Ordinaire des guerres,
Morelet de Museau, promettent de payer à la foire de Pâques suivante, à Lyon, 60 454 écus
aux banquiers génois Melchiore Nigrono et Andréa Cicero, en échange d’une avance de
50 000 écus à Babou, commis à l’Extraordinaire des guerres101. Mais les banquiers
agissent-ils comme personnes privées ou sont-ils mandatés par la cité ligure ? On l’ignore.
35 Au début de 1516, l’endettement à Lyon est déjà sérieux. Un agent anglais à Bruxelles
parle de 150 000 couronnes envers les seuls Florentins102. L’ambassadeur florentin en
France estime lui à plus de 300 000 écus, sous la garantie des principaux officiers de
finance, les fonds en jeu103. Tous deux évoquent les échéances de remboursement
difficiles à honorer. J’ai peine à croire, si ces chiffres sont fiables, que de telles sommes
aient été empruntées dans les quelques mois précédents. Arriérés datant d’avant
Marignan, voire du règne de Louis XII ? C’est probable. Et la place de Lyon n’est pas seule
en cause alors car François Ier négocie aussi avec la communauté italienne de Londres, les
Frescobaldi en particulier104. Les prêts dont on garde trace pour l’année qui suit sont des
plus réduits. Il est vrai que les retards de paiement nuisent au crédit. Trois cédules de
deux généraux datées du 6 juin 1516 se font l’écho d’une avance de quelque 18 000 écus
par trois Florentins de Lyon105. A la fin de l’année ou au début de 1517, les banquiers
lyonnais fournissent 26 000 écus dont la provenance, selon toute apparence, est un prêt
génois accordé le 5 décembre 1516 et qui doit précisément être réglé à Lyon106. Enfin, le 8
janvier 1517, les généraux et Semblançay souscrivent une obligation de 110 000 lt. auprès
des banquiers de la capitale des Gaules107. Le roi ayant contracté des engagements
financiers envers les Suisses, l’Empereur et Maximilien Sforza, ces diverses avances
servent très probablement à les honorer108.
166

36 Le retour de la paix, après les incertitudes qui marquent une partie de 1516 encore,
semble bénéfique à l’équilibre financier. L’État prévisionnel du 1er juin 1517 ne mentionne
plus que 97 550 lt. d’« emprunts reculiez qui restent à payer », auxquels s’ajoutent
166 650 lt. « deues à Gennes »109. Peut-être 1516 a-t-il été marqué par d’importants
remboursements. Le poste des deniers payés en acquits, qui sert entre autres pour
éteindre les créances110, atteint en effet cette année-là 1 061 000 lt., contre 91 000 lt.
seulement en 1515111.
37 La situation semble se tendre de nouveau avec l’affaire impériale. Le recours aux
banquiers lyonnais pour fournir les 100 000 lt. promises à Laurent de Médicis, duc
d’Urbin, à cause de son mariage avec Madeleine de la Tour d’Auvergne est classique : il
faut faire passer des fonds en Italie112. En revanche, il est plus inquiétant de voir
mentionné, en pleine paix, un prêt de 120 000 écus destiné aux trésoriers des guerres :
100 000 pour l’Ordinaire et 20 000 pour l’Extraordinaire113. Est-ce à lier aux projets
d’expédition allemande ? Quoi qu’il en soit, c’est le signe d’importants besoins de
financement. La mobilisation de fonds pour la campagne impériale reste malgré tout
difficile à saisir. Début 1519, Albisse et Gualterroti tiennent prêtes 100 000 lt., sans que
l’on sache si elles sont utilisées114. Que certains prêts aient eu lieu alors, cela est
pratiquement sûr. On voit figurer dans l’acquit des généraux du 7 avril 1522, qui reprend
les divers emprunts dans l’ordre chronologique, une formule alambiquée, précisément
entre les 100 000 lt. du duc d’Urbin (automne 1518) et le financement du camp du Drap
d’or (mai 1520). Le roi eut alors recours au crédit « pour plusieurs grandes et bonnes
causes et raisons qui nous meurent, concernans l’estat et conservación de nostred.
royaume »115. Que dissimuler ainsi sinon la campagne impériale ? Dans le détail des
opérations mentionnées, rien ne filtre non plus, aussi on ne peut estimer avec certitude
les montants en cause. Peut-être le versement d’intérêts à Robert Albisse (11 440 lt.) se
rapporte-t-il à cette période. Il porte sur un capital de 71 500 lt.. Peut-être est-ce le
syndicat emmené par Cléberger qui est concerné.
38 Ce ne sont pas les seules obscurités de l’affaire. Aux dires d’un agent anglais en Espagne,
François Ier échoue en février 1519 à emprunter une forte somme (200 000 florins) sur le
marché lyonnais116. Parallèlement Spont, qui suit aussi des sources anglaises, ne craint
pas d’affirmer que les banquiers italiens de Londres ont avancé au roi de France 360 000
écus pour sa campagne impériale117. Un tel contraste laisse sceptique, tout comme
l’enthousiasme des financiers d’Outre-Manche pour une cause peu sûre et un souverain
étranger, enthousiasme d’autant plus surprenant qu’Henri VIII n’est guère favorable au
succès de son rival français, sans même parler de ses propres velléités de candidature. Or
cette énorme avance ne laisse point de trace dans les archives ou les chroniques. A y
regarder de plus près, les 360 000 écus correspondent en fait à ce que la couronne de
France est censée devoir aux banquiers londoniens au moment des négociations du camp
du Drap d’or. Sans même évoquer de lointains reliquats, François Ier avait en 1519 une
bonne raison de solliciter le marché londonien : les 600 000 écus durachat de Tournai. La
ville, prise par les Anglais en 1513, devait revenir à la France d’après un traité d’octobre
1518, moyennant ce considérable versement118. N’est-ce pas là l’origine d’une part
appréciable de sa dette ? Il est de toute manière bien difficile de dresser un bilan des
emprunts du roi à la fin de la décennie.
167

2. Les « riches heures » : 1520-1523

39 Pour le début des années vingt, en revanche, les informations se font plus abondantes.
D’où le titre du paragraphe, qui serait d’une ironie un peu amère pour les responsables
financiers du temps se débattant au milieu des difficultés. Mais justement : ce sont de
« riches heures » (toutes relatives d’ailleurs) de la documentation, pour une bonne part
en raison même de ces difficultés.

a. Un enjeu modeste ?

40 Déjà évoqué plusieurs fois, le prêt de 100 000 écus pour l’entrevue de François I er et Henri
VIII correspond à une charnière119. Non pas tant entre deux décennies qu’entre la guerre
et la paix car le camp du Drap d’or manifeste l’incapacité de la diplomatie des grandes
puissances à faire face à la nouvelle donne de la géopolitique européenne sans recourir
aux armes. C’est peut-être de cette même année que date un prêt de 75 000 écus fourni
par Guillaume Nazy et Thomas Gadaigne, et destiné au trésorier des guerres Morelet de
Museau120. A moins qu’il ne date de 1521, l’année terrible. En quelques mois, cette année-
là, le montant des dettes augmente considérablement. Environ 75 000 lt. des Lucquois,
près de 30 000 écus d’un ensemble de marchands-banquiers italiens, d’après la garantie
aux généraux. Un emprunt forcé de 100 000 lt. est levé sur les Florentins de Lyon121. Les
versements n’ont d’ailleurs lieu que progressivement, les séries de quittances des officiers
royaux datant du 31 janvier et du 24 juin 1522122. Par ailleurs, d’importants mouvements
de fonds ont lieu en lien avec la défense du Milanais. Le général des finances de Milan
Geoffroy Ferrier remet à Jacques Thouart, commis en Italie pour Meigret, responsable de
l’Extraordinaire des guerres, 320 000 lt. en 1521. Selon toute apparence, une part
importante de cet argent, peut-être l’essentiel, a été empruntée et c’est par une
« promesse » de Robert Albisse pour cette somme que l’on en a gardé trace123. Il est
question en particulier d’une lettre de crédit de 100 000 lt. de Thomas Gadaigne,
Guillaume Nazy et Albisse lui-même, que Ferrier veut voir honorée à Lyon à la foire de
Toussaint124. Par ailleurs Ferrier lui aussi fait des avances, tout comme d’autres grands
noms de la finance lombarde125. Tout ceci, au total, fait beaucoup d’argent, d’autant qu’il
est très probable que certaines opérations nous échappent. Par contraste, l’année 1522
paraît bien terne. Outre le lent versement du prêt forcé des Florentins, deux avances
seulement : 17 187 écus de Jehan Cléberger et 40 000 autres d’un trio : Claude May,
bourgeois de Berne, Jacques Salviati de Florence et Berton Welzer d’Augsbourg126. En
octobre, il est question d’emprunts « à Lyon à ceste prouchaine foire », mais sans que l’on
sache si le projet aboutit127. Malgré l’appel à des sources non lyonnaises ou non italiennes,
le tarissement est donc rapide après le fort mouvement de 1521.
41 C’est par l’intermédiaire des garants de l’administration royale que l’on peut se faire une
idée du montant des emprunts du roi. L’acquit des généraux du 7 avril 1522 concerne
553 000 lt. de dettes, en incluant des intérêts en retard : est-il besoin d’insister sur le fait
que le crédit à très court terme connaît alors de sérieux ratés ? Pourtant, une lettre du
20 octobre 1522 parle d’engagement des généraux envers les banques pour 350 000 lt.
seulement128. L’année 1522, plus calme militairement après la Bicoque, est donc propice à
des remboursements. Pour les créances garanties par Semblançay ou les fonds empruntés
par lui pour le roi à Lyon, il faut attendre octobre 1523 pour connaître le reliquat, qui se
monte à 129 866 écus soit environ 260 000 lt.. Depuis février, il n’a fourni à ses créanciers
168

lyonnais qu’un peu moins de 50 000 lt.. Son endettement envers les marchands-banquiers
se situe donc au début de 1523 au-dessus de 300 000 lt.129. En 1525 les Florentins de Lyon
lui réclament toujours 230 000 lt. : en deux ans, il n’a donc pu leur verser qu’une faible
part de leur créance130. Les généraux eux-même ne payent plus et l’addition des restes,
350 000 lt. d’un côté et 230 000 lt. de l’autre, dus pour l’essentiel aux Florentins emmenés
par Albisse, Gadaigne et Nazy, atteint 580 000 lt.. Ce n’est guère plus de la moitié des
quelque 600 000 ducats (1,1 million de lt. environ) qu’en 1529 la couronne française
devrait à ces mêmes Florentins selon l’ambassadeur vénitien Suriano131. Ce dernier chiffre
paraît très exagéré, d’autant que, comme on va le voir, il n’y a pas de nouveaux prêts sur
la place lyonnaise à partir de 1523. Il faut donc revenir en arrière, au printemps de 1522,
pour trouver le moment où la dette royale est la plus élevée, ce qui explique le souci des
prêteurs comme des officiers du roi de disposer alors de nouvelles garanties. L’ensemble
des créances des marchands-banquiers, dont une part appréciable est antérieure à la
guerre132, approche ici effectivement le million de lt.. Peut-être même ce montant
symbolique est-il dépassé. La monarchie ne retrouve un tel niveau d’endettement envers
eux qu’au milieu des années quarante. Entre les deux périodes, une relative « traversée
du désert ».
42 Il est deux manières de jauger le taux d’endettement : un plafond d’un million de lt., c’est
en effet à la fois peu et beaucoup. C’est peu car cela représente un pourcentage
relativement faible par rapport aux recettes de l’heure (15 % de celles de 1521 ?) et l’arrêt
des hostilités permettrait sans doute d’amortir le tout en quelques années. Mais c’est en
même temps beaucoup, parce que le financement d’une guerre se joue toujours à la
marge et que le crédit permet d’anticiper sur les rentrées. C’est beaucoup aussi car les
capacités des prêteurs ne sont pas illimitées, pas plus que leur confiance : leur effort est
déjà grand. Et c’est beaucoup enfin parce que la prolongation des hostilités empêche de se
libérer de ce boulet, ce qui nuit considérablement aux relations avec les puissances
d’argent.

b. Crise de confiance et crise du crédit sur la place lyonnaise

43 Les relations en fait se tendent dès 1521. En juillet de cette année-là, le roi ordonne
l’arrestation des Florentins dans le royaume133. La mesure ne touche, autant que les
sources permettent d’en juger, que les marchands. Elle concerne aussi les Siennois
(arrestations repérées à Paris, Bordeaux et Toulouse), mais les autres Italiens sont
épargnés. L’explication de cette initiative monarchique n’est pas évidente. Les Florentins
de Lyon sont eux-mêmes perplexes. Ils ne voient pas pourquoi le roi a pris cette décision
« si ce n’est à cause de ce que le pape s’est déclairé contre led. Seigneur » et ils protestent
de leur fidélité. Est-ce un procédé un peu rude pour extorquer des fonds ? La situation du
marché ne semble pas telle alors qu’il faille (déjà) en venir à de telles extrémités. Restent
les rumeurs dont le Bourgeois de Paris se fait l’écho : « Disoit-on que c’estoit à cause que
lesdicts bancquiers escrivoient en Flandres et autre part et au pape Léon secrettement en
révélant tous les secrets de la guerre ». On comprend ainsi pourquoi seuls les
commerçants internationaux sont visés et comment le pape - un Florentin - s’inscrit dans
le « complot ». Mais le Bourgeois de Paris ajoute que :
« les riches marchands de Florence avaient promis bailler au Roy quatre cens mille
escuz d’or à interest à rendre au moys d’août et desquelz les quatre généraux se
obligèrent à rendre dedans ledict temps ; mais néantmoins la promesse d’iceux
169

marchands de Florence, ne baillèrent aucunement ladicte somme au Roy mais la


baillèrent à l’empereur d’Almaigne à interest »134.
44 Dans cette perspective, les Florentins du royaume seraient victimes d’une mesure de
rétorsion en raison non pas de leur activité d’espionnage, mais du mauvais tour joué au
roi par leurs parents de Toscane135.
45 Les deux rumeurs ne sont pas incompatibles. Il est sûr que, pour leur information, les
marchands-banquiers, dont l’espace d’activité transcende et utilise à la fois les frontières
politiques, diffusent des nouvelles hors du royaume, tout comme ils en reçoivent de
l’extérieur. Par ailleurs, le projet de « prêt florentin » n’a pas laissé d’autre trace. Mais
que les éternels problèmes de crédit aient à voir avec la décision royale, cela n’a rien
d’impossible. Quoi qu’il en soit, la conséquence immédiate de l’arrestation des Toscans est
de tarir momentanément le marché des prêts. A la fin de juillet, un capitaine d’hommes
de pied qui cherche à Lyon quelques fonds pour « bailler à checun ung escu aulx gens
qu’[il] maine » s’adresse au relais local des officiers de finance, le receveur de Forez Jehan
Prunier. « Il m’a faict responce qu’il ne sauroit trouver cent escuz en ceste ville. Je luy ay
dit que j’en respondroye sur ce que j’ay vallen [vaillant] ; il m’a faict responce [que] quen
je vouldroye vendre tout ce que j’ay vaillan ne les trouveroye pas »136. Dans le contexte de
tension qui est alors celui de la capitale des Gaules, rien d’étonnant à voir l’argent se
cacher. Certes, après quelque temps, et des négociations dont on ne sait rien sinon que
Florimond Robertet a dû intervenir en faveur des Florentins (contre argent ?), le roi et les
marchands parviennent à un compromis. Les mesures prises sont levées moyennant un
prêt de 100 000 lt.. Le versement de cette somme, qui ne s’achève qu’en juin 1522,
débouche sur des lettres de sauvegarde et de permission de trafiquer accordées aux
marchands florentins le 8 juin et le 3 juillet 1522137.
46 Le calme une fois revenu, en apparence du moins, les coups portés aux généraux et à
Semblançay, garants traditionnels et intermédiaires privilégiés, noircissent à nouveau
l’horizon du crédit. Certes il faut attendre 1524 pour que Semblançay soit pleinement mis
sur la touche, mais dès le début de 1523 la situation s’est tendue. Or, malgré ce que sous-
entend Spont, qui n’évoque que les déboires de son héros, il en va de même pour les
généraux. D’où la situation fort délicate des marchands-banquiers. Ils souhaitent rentrer
dans leurs fonds et contenter leurs propres créanciers. Mais ceux qui devraient organiser
le remboursement de leurs cédules ne sont plus en mesure de le faire. Aussi, en
septembre 1525, les principaux d’entre les créanciers florentins ont-ils entamé une
procédure devant le Grand Conseil pour récupérer leur argent138.
47 On comprend aisément, dans un contexte qui exclut pour l’heure tout remboursement,
que les prêteurs ne se bousculent pas. Après les médiocres succès de 1522, 1523 est pire
encore, à tel point qu’on ne peut être sûr qu’aucune opération d’emprunt ait abouti cette
année-là. Un acte notarié sibyllin - et abîmé - fait allusion à une transaction à l’automne
1523 entre des Toscans et Jehan Testu, receveur général de Languedoc139. Les prêteurs
ont, au mieux, fourni 3 400 lt., alors que le projet initial portait sur 20 000 lt.. Sans même
parler d’avance, les Lyonnais sont réticents à offrir leur garantie à ceux qui acceptent de
prêter. En août 1523, Bonnivet est à Lyon où il cherche des répondants « pour la seureté
des XXV m escuz que messire Octovien Grimaldi offre de prester au Roy ». Général des
finances de Milan, Grimaldi est directement intéressé à la reconquête du duché par la
France. Les « bancquiers » sont plus réservés. Bonnivet en a « trouvé deux ou trois d’assez
bonne voulenté qui respondront jusques à dix mil escuz » mais les autres sont
« merveilleusement froitz »140. Bonnivet en accuse le terme demandé par Grimaldi, qui est
170

trop court, mais ne peut-on incriminer aussi l’état très médiocre des relations entre la
place financière et la monarchie ?
48 Après 1523, les allusions à de nouvelles opérations financières disparaissent totalement.
Seul émerge un prêt de Gadaigne de 50 000 ducats, mais les ouvrages qui le mentionnent
se contredisent et sont peu fiables141. Ainsi donc, la « rupture » ne date pas de la défaite de
Pavie. S’il fallait trouver une bataille de référence, il conviendrait plutôt de se tourner
vers la Bicoque. Pour de longues années ensuite, la confiance envers le roi est largement
ruinée sur la place lyonnaise142. D’après Guichardin, cette perte de crédit influe sur la
conduite de la guerre et rend nécessaire la paix de Cambrai143. Si cela était, la dépendance
du monarque vis-à-vis de ses bailleurs de fonds italiens serait très grande. Mais une telle
vision paraît exagérée. D’autant que, pour faire face à ses besoins d’argent, le roi peut
avoir recours à d’autres canaux.

3. Le marché parisien : complément et recours

49 Dès la période « faste » de 1521-1522, Paris est une place où les agents du roi viennent
trouver du crédit chez les marchands. La garantie royale du 4 novembre 1521 sert à
Semblançay pour « garder son crédit envers plusieurs personnes, tant à Paris que
ailleurs » qui ont prêté « pour subvenir à la despence de la guerre de Haynaut »144.
L’année suivante, ce sont les généraux qui empruntent auprès des capitalistes parisiens
« pour les afaires […] survenuz durant [le] dernier voyage de Picardie »145. Evoquant la
reddition de comptes de Semblançay en 1524-1525, le Bourgeois de Paris précise que
l’argent que lui doit le roi « n’estoit […] audict de Beaulne, ains estoit à plusieurs
marchans de Paris »146. Ainsi, outre les Lyonnais, le roi sollicite-t-il aussi des marchands,
régnicoles pour la plupart, de sa capitale147. Mais ceux-ci sont fort discrets et leur identité
est difficile à percer. Peu nombreux sont ceux qui émergent des sources, une dizaine de
personnes tout au plus, ce qui semble indiquer que le cercle des prêteurs-marchands est
assez restreint. Les marchands bourgeois de Paris, personnages notables, sont présents,
comme il se doit (Thomas Turquam, Jaques Pinel). La place qu’occupent les orfèvres
(Estienne Delange, Jehan Hotman) est plus étonnante car il s’agit en règle générale de
marchands plus modestes. Ceux qui figurent ici constituent très probablement l’élite de
cette profession. Il faut leur adjoindre le plus prestigieux d’entre eux, Nicolas Le Coincte,
qui commence sa carrière professionnelle comme marchand affineur et départeur d’or et
d’argent et bourgeois de Paris148. D’une famille qui compte aussi des drapiers, Le Coincte
semble reproduire en fait le modèle ancien des changeurs149.
50 L’imbrication avec le milieu des officiers de finances est sans doute plus profonde qu’à
Lyon. Pans la capitales des Gaules, même les intermédiaires les plus liés au personnel
royal restent en marge de l’office. A Paris en revanche Nicolas Le Coincte offre un bon
exemple d’intégration progressive. Il devient en effet successivement maître de la
Monnaie puis général des Monnaies et enfin changeur du Trésor150. Un montage financier
de 1526 souligne les liens qui unissent les membres du groupe : le 22 mai, Le Coincte vend
une rente de 100 lt. à Estienne Delange et emprunte 16 000 lt. à Jehan Gravelle, bourgeois
de Paris. Gravelle passe le 14 août une déclaration selon laquelle l’argent appartient en
fait à Delange, lequel n’a rien de plus pressé que de céder sa créance à Guillaume de
Saffray, receveur de l’Écurie du roi151. En 1531, Le Coincte emprunte, peut-être pour
acheter l’office de changeur du Trésor, avec la garantie de Delange152. Tous ces gens
entretiennent évidemment des relations avec Semblançay, en particulier Delange153.
Comme les Lyonnais, les marchands parisiens dans leurs relations avec l’État disposent
171

d’une panoplie qui ne se limite pas aux prêts. L’engagement dans les affaires du sel, le
fournissement des greniers en particulier, apparaît comme une spécialité locale qui
concerne Thomas Turquam, Martin Quatre-hommes ou Jaques Pine154. Ce milieu
d’hommes de finance autant que de commerce est victime en 1532 de poursuites
destinées à réprimer les usuriers. Parmi les douze condamnés dont on garde trace
figurent en bonne place les trois derniers cités, et aussi le marchand Guillaume Daubray,
probablement allié à Estienne Delange, époux d’une Françoise Daubray155. En résumé, on a
le sentiment que les prêteurs forment non seulement un groupe restreint, mais aussi un
groupe très uni.
51 Quel est leur rôle dans la conjoncture de l’après 1522, celle de la disparition des prêts
lyonnais ? Au plus mauvais moment, aux lendemains de la défaite de Pavie, le receveur
général Ruzé parvient à emprunter dans la capitale 20 000 lt. pour payer les troupes 156.
Sursaut patriotique ? Peut-être. Mais c’est de la défense même de la capitale qu’il s’agit :
cela peut motiver… On ignore malheureusement qui sont les bailleurs de fonds. En
revanche, on connaît certains d’entre eux pour la période 1527-1528. Lors d’un prêt de
1527, déjà évoqué pour ses multiples garants, prêt qui dépasse 140 000 lt., Thomas
Turquam est présent pour 31 200 lt., Nicolas Le Coincte pour 75 163 lt. et Estienne Delange
pour 20 000 lt.157. En 1528, le chancelier Duprat emprunterait 80 000 lt. à Paris158. On
repère cette année-là des éléments isolés qui s’intègrent peut-être dans cet ensemble : le
30 mai, 3 000 lt. sont assignées sur les deniers du prêt que Jehan Hotman a promis de
faire. En juillet, le receveur général Carré est sollicité pour apporter sa garantie à Martin
Quatrehommes qui avec d’autres s’engage pour 14 000 lt. « faisant partie » de 20 000 lt. 159.
Les 30 000 lt. que Le Coincte avance cette année-là160 constituent-elles un nouveau prêt ou
font-elles partie des 75 000 lt. de 1527 ? Il est impossible de le dire. Il est clair du moins
que, dans ces années de guerre où Lautrec atteint le royaume de Naples, alors que Lyon a
entièrement fait défection, Paris sert de relais pour les emprunts royaux. Mais les
marchands et orfèvres de la capitale n’ont pas la surface financière des grands
marchands-banquiers des bords de Saône et leur participation reste modeste. Au début
des années trente, les transactions se font rares. L’ultime trace est un prêt de Nicolas de
Noble, marchand lucquois établi dans la capitale, en 1532161. Il est vrai qu’à ce moment la
monarchie renoue enfin les relations avec les bailleurs de fonds lyonnais.

4. Regagner la confiance des marchands-banquiers

a. Un lent réchauffement

52 Dès la fin des années vingt, le gouvernement royal fait des efforts en ce sens. La
concession de privilèges est un moyen de les amadouer162. Ensuite, dans la mesure où la
situation le permet, le roi tente d’apurer une partie de ses dettes. A certains créanciers il
fournit de l’argent frais163, à d’autres il aliène des revenus164. Il tente peut-être aussi un
timide retour sur le marché lyonnais. Une lettre de Duprat du 6 avril 1528 fait allusion
aux fonds « qu’on recouvrera des emprunts de Lyon ». Mais sans doute les espoirs sont-ils
largement déçus. Le 20 avril, le chancelier qui vient de recevoir un courrier de Poncher et
Albisse, évoque pour Montmorency « les difficultés qui se font à recouvrer argent » et
conclut tristement : « Les empruntz ne sont telz comme l’on pensoit »165. Il est significatif
que, dans l’ensemble des transactions financières énormes auxquelles donne lieu le
paiement de la rançon du roi, aucune allusion ne soit faite au marché lyonnais. Certes le
roi tente bien de recourir à des « bancquiers », mais ce sont ceux des Flandres, il est vrai
172

plus à même de servir d’intermédiaires avec les Impériaux que des Lyonnais aux premiers
rangs desquels figurent les Florentins impliqués dans le soutien à la république anti-
médicéenne.
53 Une première tentative concerne en fait l’Angleterre. Elle vise Henri VIII au premier chef,
mais on a dû faire des ouvertures sur la place londonienne. Sans succès166. Les choses sont
plus avancées avec les Flamands, mais ici encore le gouvernement royal va de déception
en déception au cours du mois de mars 1530. Il s’agit en fait autant d’une opération de
change que de crédit, les banquiers devant fournir de l’or en Flandre tout en étant payés
en France en monnaie. Un consortium, parmi lequel figurent les Welser, « avoyt promis
prendre monnoye pour trois cens mille escuz […] ; il ne s’y fault plus actendre »167. Les
défaillants proposent malgré tout de délivrer 120 000 écus. L’affaire rebondit au milieu du
mois car La Pommeraye, qui négocie aux Pays-Bas, écrit à Duprat « qu’il a trouvé
bancquiers en Flandres qui fourniront 200 000 escus à madame Marguerite et se payeront
par deçà en monnoye et argent blanc »168. Étrangement, les deux courriers du lendemain
(18 mars) dont on garde trace ne font plus état que de 100 000 écus. Il est vrai qu’il s’agit
d’un plancher car la lettre du roi à Montmorency et Tournon ne concerne qu’un des
banquiers et, dans la sienne, Robertet espère que « l’on besongnera avecques eulx pour le
moins de cent mille escutz »169. On ne peut cependant s’empêcher de constater qu’au fd
des jours, les sommes en jeu s’amenuisant. Pour finir, autant qu’on puisse le savoir, rien
n’aboutit. Le versement comptant se fera intégralement sur la Bidassoa le premier juillet
1530. L’année suivante, lorsque le roi met en route une campagne d’emprunts pour régler
le solde de l’opération, soit 800 000 écus environ, les « bancquiers à intérest » figurent
parmi les prêteurs potentiels compris dans les diverses listes. Mais les documents
définitifs sont éloquents. Pour cette colonne en effet, dans l’état du 17 juillet, le scribe a
écrit : « Néant »170. La réintégration dans les circuits internationaux de la banque par le
biais de la rançon est donc un échec.
54 Il commence malgré tout à y avoir quelques signes encourageants. En avril-mai 1530,
quand les républicains florentins cherchent désespérément des secours, leurs
compatriotes de Lyon proposent au roi, s’il veut bien leur rembourser 55 000 à 60 000
ducats de vieilles dettes, d’en consacrer 30 000 à la défense de Florence. François I er fait
semble-t-il bon accueil à cette offre qui lui permet de soutenir la cité sans contrevenir à la
lettre du traité de Cambrai : il est en effet légitime qu’il rembourse ce qu’il doit 171. N’est-ce
pas aussi un moyen de renouer les liens avec Lyon ? Mais, en ce printemps de la rançon,
quand tout doit concourir à la réunion des fonds exigés, il est bien difficile au monarque
de fournir l’argent requis. Les envois en direction de Florence évoqués par Hauvette ne se
montent guère qu’à 15 000 ducats et, en l’absence de toute trace comptable, rien ne
permet de dire que le roi est pour sa part allé au-delà d’une déclaration d’intention. Du
moins ses créanciers ont-ils fait une ouverture et renoué le dialogue. Robert Albisse,
intermédiaire toujours sur la brèche, figure sur les listes de prêts de 1531, distinct des
« banquiers à inter est ». Initialement inscrit pour 50 000 écus, il n’en fournit en définitive
que la moitié172. Est-ce à dire qu’il prête sans intérêt ? C’est peu probable car il doit être
remboursé, avec des fonds provenant de la taille du quartier de janvier 1532, sur la base
de 45 st pour un écu, alors que le cours officiel est toujours de 40 st. On ne sait d’où
Albisse tire cette forte somme. Rien n’interdit de penser que les marchands-banquiers
lyonnais soient impliqués. Mais il faut attendre mai 1532 pour trouver une claire allusion,
par un agent des Tucher, à un emprunt assez important du roi sur la place de Lyon, peut-
être destiné à ses alliés suisses ou allemands173.
173

b. Tournon et le retour de la confiance

55 Après quelques années financièrement calmes, c’est la reprise des hostilités, en 1536, qui
pousse de nouveau la monarchie à emprunter174. Sa situation n’est plus celle des années
vingt : ses finances sont assainies et, si les dettes anciennes sont loin d’avoir été toutes
remboursées175, du moins des efforts ont-ils été faits en ce sens176. Par ailleurs la lettre
royale du premier mai 1535 portant cassation de tout ce qui a été fait à Lyon contre les
marchands florentins offre une base juridique pour un règlement177. Enfin, pour la
première fois depuis la mise à l’écart de Semblançay et des généraux, les Lyonnais
disposent avec le cardinal de Tournon d’un interlocuteur compétent et de poids, qui offre
de plus l’avantage de résider sur place à partir de l’été, ce qui ne peut que faciliter les
négociations, mais aussi rendre plus efficaces d’amicales pressions178. Or Tournon, même
s’il ne le formule pas dans un beau discours-programme, a mis au point une stratégie de la
confiance, qui, à son avis, peut seule lui permettre d’espérer utiliser les fonds des
marchands-banquiers. En effet, le monde du crédit, qui a de la mémoire, est devenu fort
méfiant face aux agents royaux. Le projet comme l’action de Tournon peuvent être
reconstitués grâce à une correspondance assez largement conservée. Il lui faut tout
d’abord apurer les contentieux. Le cardinal s’y emploie dès qu’il est en place et pourvu
des pouvoirs nécessaires179. Il parvient à trouver un compromis pour les relations
économiques avec Gênes : l’interdiction d’importer des velours de la ville, mesure de
rétorsion prise en 1530 pour répondre à la « trahison » de Doria en 1528, est très mal
supportée par les Lyonnais qui craignent que ce « ban » ne nuise à la prospérité de leurs
foires180. Par ailleurs, Tournon s’emploie à négocier avec les Florentins, au premier rang
desquels figurent les Gadaigne, l’assignation de leur « vieux debte ». Certes, les deux
dossiers n’aboutissent qu’en 1537181, mais la bonne volonté manifestée par le cardinal
porte ses fruits dès l’automne 1536. Celui-ci pose par ailleurs en axiome l’obligation de
respecter les engagements pris, en particulier pour ce qui touche aux délais de
remboursement. Quant on sait l’importance dans les transactions privées de la « foi du
marchand », on ne saurait s’étonner de voir Tournon tenter d’appliquer les mêmes
principes aux opérations de crédit de la monarchie. Début novembre, il rembourse
comme prévu les Florentins pour une avance du mois précédent : « Vous ne scauriez
croire, écrit-il au chancelier du Bourg, comme les marchantz trouvent cela nouveau et
bon ». En septembre 1537, il refuse de retarder les versements car « le plus grand
desplaisir que vous puissiez faire aux marchands c’est de ne les payer au terme » 182.
56 « Rasseurer les marchantz », telle pourrait être la maxime du cardinal. Il sait jongler avec
les remboursements et les nouveaux emprunts ce qui, dans le respect des exigences du
crédit à court terme, lui permet de ne pas immobiliser les capitaux. Quand, dans un
courrier adressé au gouvernement royal, Tournon chiffre son crédit potentiel à 100 000
écus, une somme après tout assez réduite, c’est peut-être par lucidité, mais surtout pour
que ses capacités d’emprunt ne tournent pas la tête aux hommes de pouvoir, car en faire
trop détraquerait le système183. Le cardinal a trouvé un émule en la personne de Martin
de Troyes, responsable de l’Extraordinaire des guerres, lui aussi implanté à Lyon. Pour
voir son crédit s’affermir, rappelle de Troyes, il faut payer ses dettes aux échéances
prévues. Mais surtout il convient de n’emprunter qu’en dernier recours : « Qu’on s’ayde
plutost des deniers du Roy que se mectre aux interestz qui est la chose qu’on doit faire, ce
me semble, le plus tard qu’on peut. Car moings qu’on entrera aux interestz et emprunctz,
plus augmentera le crédit pour l’advenir »184. Le point limite de ce type de raisonnement
174

est paradoxal : le meilleur moyen de s’assurer la confiance des prêteurs est évidemment…
de ne pas emprunter du tout. Malheureusement, les besoins financiers d’aujourd’hui
créent des exigences que ne peut satisfaire la seule perspective des crédits de demain, ce
que ni Tournon ni Martin de Troyes n’ignorent d’ailleurs.
57 En apparence donc, la situation du cardinal paraît beaucoup plus favorable que celle de
Montmorency qui, à l’armée de Picardie, traque l’argent dans de bien médiocres
conditions : « Je fu hier contrainct d’emprunter de monsgr de Sainct Pol et de monsgr de
Brienne quatre mil escuz dont j’ay fait payer ce matin […] mil hommes » ; « au desloger
d’Amiens je fuz en telle nécessité que j’emprunctay argent de tous ceulx qui m’en
voulurent prester »185. Il est vrai qu’on ne peut guère comparer une armée en campagne
et une place financière de premier ordre. La comparaison avec Paris est déjà plus
significative. Le crédit dans la capitale passe alors essentiellement par les rentes sur
l’Hôtel de Ville. Les Parisiens jalousent probablement la réussite des Lyonnais : des
marchands des bords de Saône viennent en novembre 1536 trouver Tournon car le bruit
court que les marchands de Paris veulent obtenir la suppression de certains privilèges des
foires lyonnaises, en particulier l’autonomie dans le règlement des différends, « au moyen
de quelque prest qu’ilz offrent »186. L’affaire, semble-t-il, n’a pas de suite.
58 Mais, malgré beaux principes et situation favorisée, Tournon et son action ne doivent pas
être idéalisés. Le cardinal œuvre dans l’urgence et chaque échéance ramène son lot
d’angoisse : « N’ay veu moys ne paye qu’on aye faict en Piedmont, écrit-il en juin 1537, où
il n’aye esté besoig que j’aye empruncté de l’argent pour la faulte de fons qui y estoit » 187.
Or ces besoins excèdent fréquemment ses possibilités d’emprunt, aussi les résultats de
son activité financière, vus depuis le Piémont, sont-ils forts médiocres. Il est vrai que ce
« front », au cours de son année de lieutenance générale dans le Sud-Est, n’est guère
prioritaire. Dans l’urgence où il se débat, Tournon est placé devant l’obligation de
piétiner ses propres principes. Le remboursement du prêt des Lucquois d’octobre 1536
traîne ; en janvier 1537, les Florentins qui ne sont pas encore rentrés dans leurs avances
de décembre rechignent à remettre la main au gousset ; en juillet, Tournon qui a promis
de rembourser 20 000 lt. dès qu’il aura des fonds, est contraint d’envoyer ce qu’il reçoit en
Piémont188.
59 Les données chiffrées ne manquent pas sur les prêts qu’il parvient à négocier. En octobre
1536, pour ses premières armes, le cardinal obtient 20 000 lt. des Lucquois et 26 000 lt. des
Florentins189. Ces derniers, une fois remboursés, prêtent 20 000 lt. en novembre. Début
décembre, ils rentrent dans leurs fonds et à la fin du mois doublent la mise en fournissant
40 000 lt.190. Avec le prêt lucquois qui traîne191, on atteint donc 60 000 lt. au début de 1537.
Cinq mois plus tard, le 9 juin, Tournon se dit obligé pour une somme équivalente, ce qui
ne signifie évidemment pas qu’il s’agisse des mêmes créances. A la fin de juin, son
endettement tourne autour de 100 000 lt.192. Au cours de la première quinzaine de juillet
s’y ajoutent au moins 20 000 lt., peut-être 40 000 voire plus193. Le 28 juillet, sa situation est
la suivante : il doit 102 500 lt. de capital, auquel s/ajoutent 5825 lt. d’intérêts 194. Sans
doute Tournon a-t-il pu éponger quelques dettes peu avant cette date. Une série de
remboursements faits ou à faire au début de 1538, après la campagne d’automne de
Montmorency, totalisent 85 500 lt.195. On se situe toujours dans les mêmes eaux. Il est vrai
qu’à ce moment, le cardinal, qui n’est plus lieutenant général à Lyon depuis octobre 1537,
n’est plus en cause. Ce qui frappe en définitive, c’est l’extrême étroitesse de son crédit. En
capital, 100 000 à 150 000 lt. au maximum et ce pour une très courte période, voilà qui
nous place très au-dessous du plafond de 100 000 écus fixé par le cardinal lui-même. A
175

l’exception de quelques jours, on ne dépasse pas la moitié de ce montant. L’intelligence de


Tournon est sans doute de jouer le plus possible sur la rotation des fonds, ce qui est très
net en octobre-décembre 1536 avec les Florentins. Mais cela ne suffît pas à assurer au
Piémont une trésorerie satisfaisante. Du moins le cardinal a-t-il démontré en la matière
un savoir-faire qu’il a rapidement l’occasion de réutiliser sur une toute autre échelle.

5. Aux origines du Grand Parti

60 On le retrouve en effet pour présider à partir de 1542 aux opérations de crédit d’où sort le
Grand Parti. Stricto sensu, celui-ci n’est constitué qu’en 1555196. Il a fait l’objet d’un article
fondamental de Roger Doucet dans la Revue Historique en 1933. Si bien peu d’éléments
nouveaux ont été apportés depuis lors, le dossier nécessite une réflexion renouvelée que
je limiterai pour ma part aux dernières années du règne de François Ier. Mais, au
préalable, il faut préciser que le Grand Parti n’englobe pas tout le crédit rassemblé pour le
roi sur les marchés financiers. Au cours des années cinquante, d’autres réseaux
fonctionnent en parallèle qui ont sans doute des antécédents dans les années quarante.
L’étude des vastes emprunts des années 1542-1547 permet de mettre en perspective tout
le règne, et oblige à nuancer certaines des affirmations générales formulées plus haut, sur
la domination du crédit à court terme par exemple.
61 En novembre 1541, après plusieurs années de calme plat, les retrouvailles entre le roi et
ses bailleurs de fonds auraient mal commencé, s’il faut en croire Ehrenberg qui
mentionne à cette date une sorte d’emprunt forcé sur les marchands et banquiers
lyonnais dont je n’ai pas trouvé d’autres traces197. En janvier 1542, le roi est certes tout
disposé à recourir bientôt au crédit des bords de Saône mais apparemment il n’est pas
question de contrainte198. Les premiers indices n’apparaissent qu’en août. Dans une lettre
bien connue du 9, l’ambassadeur anglais Paget évoque, de façon erronée, le
développement du crédit public à Lyon199. Plus intéressante est en fait l’évocation d’une
levée de mercenaires pour laquelle Tournon a remis au début du mois de grosses sommes
provenant d’un emprunt sur les marchands étrangers de la ville200. Le 15 septembre, le
cardinal obtient pouvoir de contracter, au nom du roi, des emprunts pour les guerres201.
Le déroulement reproduit celui de 1536 : tout d’abord de premières avances obtenues
grâce au crédit personnel du cardinal puis, peu de temps après, un pouvoir officiel qui a
valeur de garantie et que les bailleurs de fonds ont sans doute souhaité. Il est en revanche
à peu près certain que Tournon n’a pas mis sur pied une « banque » qui aurait fait
directement appel au crédit des capitalistes privés, court-circuitant ainsi les marchands-
banquiers. Cependant le projet était peut-être dans l’air, à preuve la proposition faite en
1548 de créer une banque à Paris, qui rencontre l’opposition farouche de la municipalité
de la capitale202.
62 Mais il n’est pas besoin de création de banque pour déceler des éléments de nouveauté
dans la politique du crédit. Le roi et ses agents se donnent tout d’abord un cadre juridique
relativement structuré. La délégation de pouvoir du souverain pour emprunter est
bientôt établie annuellement203. Les délégués du roi, gens de Conseil comme Tournon,
Annebault, le garde des sceaux Errault, le trésorier de l’Épargne Jehan Duval, passent à
leur tour procuration à ceux qui, à Lyon même, seront les maîtres d’œuvre des emprunts,
au premier rang desquels figurent Jehan du Peyrat, lieutenant général de la sénéchaussée
de Lyon, et Martin de Troyes, receveur général de la circonscription nouvellement créée
dans la ville204. Ces hommes offrent un intérêt particulièrement alléchant de 16 % par an
205
. Selon Ehrenberg, ce niveau de rémunération du capital explique que les prêteurs ne
176

demandent plus aux agents du roi de garantir personnellement les créances206. Cette
interprétation est sujette à caution dans la mesure où les intérêts sont au même niveau
qu’au début des années vingt. Mais il est sûr que les bailleurs de fonds paraissent avoir
retrouvé une certaine confiance dans la monarchie. A moins que les limites de la
documentation pour cette période ne voilent leurs réticences et leurs prudences. On
constate malgré tout qu’ils acceptent l’immobilisation de leurs capitaux plus volontiers
qu’avant : les emprunts sont périodiquement renouvelés, de foire en foire. La stratégie du
prêteur n’est donc plus de récupérer promptement son capital, mais de le laisser
fructifier longtemps dans les caisses de l’État. A tel point qu’en décembre 1545, les
marchands-banquiers allemands regrettent que le roi leur rembourse 300 000 écus de
créance207… Malheureusement, il n’est guère possible d’estimer, même
approximativement, la durée moyenne d’immobilisation. Élément important, le système
se maintient avec le retour de la paix en 1546-1547 et atteint alors des montants énormes.
63 L’ampleur des fonds en jeu atteint en effet une toute autre échelle qu’en 1536-1537. Le
détail des chiffres reste fort mal connu. D’après Doucet une part importante des
transactions nous échappe. Il est souvent aussi très difficile de savoir si de nouvelles
opérations correspondent à de nouvelles avances ou au renouvellement d’anciennes
créances. Les données partielles dont on dispose donnent cependant une idée du
changement d’ordre de grandeur. En 1542, l’ambassadeur anglais parle de 400 000 lt.. En
1543 les sources font état de 100 000 écus et de 150 000 au début de 1545. Un an plus tard,
300 000 lt. sont levées. D’après un agent impérial, ce sont 700 000 couronnes que François
Ier doit emprunter à Lyon en 1546 208. Ce n’est que pour 1547 qu’on est en mesure de
fournir un chiffre global. Il est vertigineux : le roi de France serait endetté auprès des
marchands-banquiers lyonnais pour 6 860 844 lt.209. Rien ne permet de mettre en doute ce
chiffre, même s’il serait bon de pouvoir l’étayer par des données complémentaires210. On
verra plus loin comment interpréter cette impressionnante mobilisation de capitaux.
Quoi qu’il en soit, même si la dette se « dégonfle » nettement dès 1548, ce qui est aisé
puisque les fonds empruntés n’avaient pas encore été utilisés, elle atteint dorénavant un
niveau sans précédent : les intérêts à verser à la foire de Toussaint 1548 atteignent
96 941 lt.. Avec un taux de 4 %, on obtient donc un capital de 2 423 525 lt., ce qui équivaut
au montant des remboursements inscrits à l’État prévisionnel de 1549, soit 2 421 846 lt. 211.
64 Comment comprendre que, dans les années quarante, tant d’argent soit disponible pour
les besoins de la monarchie, quand les bailleurs de fonds étaient auparavant si réticents ?
C’est que leur situation a évolué. Les capitaux, tout d’abord, sont globalement plus
abondants. Il est donc possible d’en consacrer une fraction plus importante au « crédit
public », d’autant plus que les profits du grand commerce se font moins alléchants. Il y
aurait même une crise économique de courte durée en 1541-1543212. Elle serait alors le
révélateur d’une inflexion plus durable. Ainsi le rétrécissement des marges bénéficiaires
peut-il inciter à se tourner plus franchement vers les emprunts royaux et leurs intérêts
appréciables. La prospérité commerciale ne facilite pas nécessairement la couverture des
emprunts royaux car, quand le commerce international rapporte beaucoup, l’intérêt pour
les autres placements diminue. A l’inverse, l’engouement pour la dette publique n’est
probablement pas sans lien, dans les années 1540, avec un moins bon rapport du grand
commerce, terre d’élection traditionnelle des fonds des marchands-banquiers. La
spéculation sur les fonds publics est alors signe des difficultés de l’investissement
productif, dans une ambiance de net accroissement des capacités monétaires213. Du côté
du demandeur, des progrès ont été faits, grâce à Tournon en particulier, en matière de
177

sollicitation des marchés : l’État sait probablement mieux drainer les fonds. Quoique la
stratégie des intérêts élevés, maintenus constants alors que l’offre est importante, voire, à
certains moments du règne d’Henri II, surabondante, puisse se discuter. Sans parler du
poids qu’elle fait peser sur les finances royales, elle met lourdement l’accent sur la
rigidité du système et surtout sur son caractère spéculatif. Si le souci de proposer une
bonne affaire a pour objectif d’entretenir la confiance, on peut tout aussi bien affirmer
que celui qui offre les intérêts les plus élevés, très au-dessus de ceux des transactions
privées, est aussi celui qui présente le placement le plus aléatoire.
65 A partir de 1542, les emprunts royaux, qui prennent un véritable caractère boursier, sont
donc emportés dans un mouvement spéculatif. Celui-ci semble modeste aujourd’hui, mais
s’avère important pour l’époque. L’accroissement de l’endettement fait paraître
dérisoires les prudences de Tournon quelques années plus tôt et pose aussi le problème
de la maîtrise d’un système en expansion par les diverses parties concernées. Doucet lui-
même est bien peu clair quand il s’agit de dégager des rapports de domination. A trois
pages d’intervalle, il nous présente le roi maître du jeu dans une offre pléthorique et
éclatée214, puis les marchands-banquiers en position de force devant un demandeur
toujours en situation d’urgence financière215. En fait, les deux partenaires se retrouvent
bientôt emportés dans une fuite en avant qui les piège l’un et l’autre. Le créancier
continue de prêter pour garantir ses créances216. Le souverain, qui dispose de facilités de
trésorerie toutes nouvelles, se laisse aller à dépenser plus. Mais, à terme, pour tenter de
faire face à ses engagements, il est contraint de hausser le niveau des prélèvements. Loin
d’alléger les impôts, le recours au crédit pousse à les augmenter. Plus dure sera la chute.

6. Guerre du crédit et guerre d’argent

66 Dans le long conflit entre Valois et Habsbourg qui est l’ossature de la politique
internationale du temps, l’affrontement passe aussi par une lutte pour le contrôle des
fonds. Les gouvernants se fixent pour objectif d’entraver le rassemblement de capitaux
par l’adversaire. Par exemple, dans la négociation de la rançon, les Français essayent de
réduire la somme à verser comptant pour la libération des princes de 1,2 à 0,8 million
d’écus au soleil, sachant que cet argent sera directement mobilisable par Charles Quint. Si
je vais ici me contenter d’étudier le sujet du côté français, la même démarche pourrait
être conduite pour le camp impérial217. La méthode la plus traditionnelle en ce domaine
est sans doute l’interdiction d’exporter hors du royaume les métaux précieux en général,
et les espèces monétaires en particulier218. Plus original est le fait que cette défense porte
aussi sur le trafic des lettres de change219. C’est sans doute à cela que fait allusion Duprat
dans une lettre à Montmorency d’octobre 1526 : « Moyennant ces deffenses, l’empereur
n’avoit peu faire les changes et recouvrer les deniers que pensoit et cella luy estoit venu
mal à propos […] ; c’estoit le grant prouffït du Roy d’avoir fait lesd. deffenses. Au
demeurant, les deffenses de l’argent ont esté pareillement faictes »220. Pour attirer les
monnaies françaises, les Flamands ripostent « par subtilz moyens » en surévaluant l’écu
au soleil à 42 st221. Les interdictions sont nombreuses tout au long du règne, et pas
seulement en temps de guerre comme en témoigne l’ordonnance du 15 novembre 1540
qui prohibe les exportation d’or, argent et billon222. En janvier 1547 encore, le marchand
genevois Mestrezat est arrêté. On le soupçonne de transporter dans le camp de Charles
Quint de l’argent pour le compte d’un banquier de Lyon. Laurent Meigret, qui a fourni
l’information, entend « gaudir du privilège que le Roi baille à ceux qui lui révèlent les
178

deniers qui sortent de son royaume pour telle affaire », c’est-à-dire toucher un tiers des
sommes saisies223.
67 Ce refus des exportations de fonds ne peut déboucher, en bonne logique mercantiliste,
que sur un refus des importations. Un édit somptuaire de décembre 1543 fustige l’achat
d’habits de luxe aux étrangers, car il fait sortir de l’argent du royaume. Ensuite les
marchands étrangers « en secourent et aident à nos ennemis, comme nous sommes
advertis »224. Mais dans le même temps, ce désir d’autarcie n’est qu’un rêve, et, pour faire
appel au crédit des marchands-banquiers, il faut leur laisser un peu d’autonomie dans
leurs transactions internationales, et assurer aux étrangers, toujours utiles quand on
manque de fonds, une certaine sécurité. Parmi les dépenses prioritaires, dans une lettre
de 1528-1529, Duprat place ainsi le remboursement de tapisseries achetées en Flandre et à
Milan car « ce sont gens estrangiers qui ballent leur marchandise, il leur fault tenir
promesse »225.
68 On retrouve, avec les foires de Lyon, un même paradoxe. Le roi a tout intérêt, semble-t-il,
à ce que la place lyonnaise, sa principale source de crédit, fonctionne le mieux possible.
Les foires, avec leur double dimension de marché de biens et de capitaux sont à la base de
la prospérité de la ville226. L’accueil des marchands étrangers est garanti par les franchises
des foires mais, pour plus de sécurité, le roi peut octroyer en période de conflit, des
lettres de sauf-conduit général. Au printemps 1536, François Ier fait mieux encore, s’il faut
en croire ce que les marchands allemands qui viennent des foires de Lyon rapportent à
Guillaume du Bellay : « Pour ce que les chemins pourroient par aventure, à cause de la
guerre, estre mal seurs à gens estrangers apportans aux foires argent en grosses
sommes », les marchands trouveront dans les coffres du roi « à leur commandement, sans
se mettre en hazard d’en apporter en France, les cent et les deux cens, voire les quatre et
cinq cens mille escus, pour employer au faict de leur accoustumée marchandise et à
rendre après la guerre en France, ou en Allemagne durant icelle s’il luy advenoit besoin
d’y employer »227. En plein conflit, le roi de France banquier des marchands : on croit
rêver… Cette mesure de propagande n’a sans doute eu guère de suite, mais elle souligne
combien le gouvernement français attache d’importance à ce que les foires lyonnaises
soient bien achalandées.
69 Malheureusement, pour des raisons politiques, on ne peut pas non plus y accepter
n’importe qui. La présence de Milanais à la foire d’août 1537 inquiète Tournon : « Vous
pouvez bien penser que ceulx qui ont charge pour l’empereur n’y laissent pas venir les
bons françoys mais les pirez qu’ilz peuvent trouver ». Ils n’ont pas de sauf-conduit et le
cardinal veut savoir s’il doit les faire arrêter228. On sait que pendant un temps les Génois
non plus ne sont pas personae gratae. Ce qui n’est pas sans poser des problèmes car, fin
1536, devant les réticences royales à régulariser les relations avec la cité de Saint-
Georges, les marchands-banquiers agitent une grave menace : « Lesd. estrangiers s’en
voloient aller et retyrer à Besançon comme beaucop d’eulx m’ont dict » écrit un Tournon
inquiet, qui supplie le chancelier de régler l’affaire229. Sur l’impact du commerce génois à
Lyon, deux conceptions s’affrontent en fait : une ordonnance d’octobre 1536, toute
imprégnée de mercantilisme et favorable au développement des activités textiles du
royaume, rappelle que « lesd Genevoys rebelles, au moien de [leur trafic de
marchandises], toutes les années tirent ung million d’or ou environ de nostred royaulme,
et de ce portent port, faveur et ayde à noz ennemys ». C’est mal comprendre les choses,
rétorque un informateur du cardinal du Bellay. Au contraire,
179

« il seroit très bon de retirer aucuns Genevoys riches et de bon crédit, lesquelz ne
pourront faire aucun dommaige mays beaucoup de service au Roy, en leur baillant
sauf conduictz et permission particulière de trafficquer en France car, n’ayans les
Genevoys aultre plus prouffïtable moyen de débiter leur argent en marchandise à
Lyon, comme ilz estoient accoustumez, ont esté contrainctz de prester leur argent à
l’Empereur et aux aultres Genevoys »230.
70 A la veille de Noël 1521, on donne lecture à Lyon de lettres du roi enjoignant à Gadaigne,
Albisse et Nazy de ne pas honorer les billets de change dus à des marchands milanais,
lucquois et florentins car ils « pourraient secourir et ayder desdits deniers à nos enemis
qui nous font de présent la guerre delà les montz ». Or ceux-ci étaient payables à la foire
suivante231. C’est donc le bon fonctionnement des foires elles-mêmes qui est en jeu. Doit-
on s’étonner que de telles initiatives tarissent les prêts au roi ?
71 La guerre du crédit connaît quelques épisodes retentissants, dont le plus célèbre est sans
doute l’élection impériale. En février 1519 les Habsbourg craignent encore de voir les
marchands de Haute-Allemagne se mettre au service du roi de France. On interdit alors
aux places d’Anvers et d’Augsbourg de faire des transferts pour le compte de François I er.
Enfin Jacob Fugger, en n’acceptant pas d’honorer, malgré une alléchante commission, une
lettre de change de 300 000 couronnes, refuse de faciliter les opérations d’achat
d’électeurs par la France232. Mais il est bien d’autres occasions où ce terrain de lutte
apparaît. Nicolas Raince, en mai 1536, informe le cardinal du Bellay des difficultés
financières de Charles Quint. Le meilleur moyen de les aggraver serait « de faire
commandement à Lyon, et mesmement aux Florentins, qu’ilz n’acceptassent ne payassent
lettres de change ne commission aucune venant de Florence et pareillement qu’ilz ne
remeissent argent de Lyon à payer aud lieu de Florence »233. Les propositions que font les
Florentins de Lyon à Tournon lors de la négociation du remboursement de leurs vieilles
créances vont dans le même sens, mais avec une différence de taille, l’absence de
contrainte royale : « S’ilz y voyoient seureté, ils osteroient peu à peu tout l’argent dont
l’empereur se sert en Italye et le feroyent tumber en ceste ville pour en servir le Roy »234.
La « gran streteza del denaro » que connaît alors l’Italie aux dires d’un agent du roi à
Venise est-elle à lier à cela ? Ce serait, je crois, faire beaucoup d’honneur à l’efficacité
d’une telle politique235. Mais on retrouve chez Tournon avec l’argent le souci qui était
celui de Montmorency avec lès mercenaires : il faut attirer ce qui est dans l’autre camp.
72 Dans le projet de « banque » du cardinal en 1542-1543, Bodin voit précisément ce désir de
« frustrer les ennemis » des capitaux disponibles236. C’est sans doute dans cette
perspective qu’il faut analyser les énormes emprunts de la fin du règne. Le roi et
l’empereur ont fait la paix, et Charles Quint se retourne contre les princes protestants de
la ligue de Smalkalde237. Pour François Ier, un bon moyen de gêner Charles sans rompre les
traités est d’attirer les capitaux en les empruntant pour provoquer une disette sur les
autres places238. Sans oublier une mesure corollaire déjà évoquée : l’interdiction
d’exporter de l’argent. A la mort de François Ier, l’ambassadeur impérial constate : « On
doit toujours de l’argent aux marchands de Lyon, et l’on a soin de leur verser
régulièrement leurs intérêts pour se servir d’eux au besoin »239. Ainsi, espère-t-on sans
doute, l’empereur ne pourra-t-il mener les opérations militaires de façon efficace. Projet
ambitieux, mais qui échoue, car il n’empêche pas Charles d’être victorieux à Mûlhberg,
moins d’un mois après la disparition du roi de France. L’interruption des emprunts, ou du
moins la diminution des deux tiers des sommes rassemblées entre 1547 et 1548, s’explique
peut-être aussi par un changement de politique financière lié à la disgrâce de Tournon.
Mais, plus profondément, l’échec français ne trouve-t-il pas son origine dans
180

l’impossibilité d’éponger les liquidités disponibles et prêtes à s’investir dans les


trésoreries princières ? Ces masses de capitaux semblent alors surabondantes240.
Emprunter à 16 % (un taux supérieur à celui offert par les Habsbourg ?) sans autre raison
que de provoquer chez le rival une gêne qui reste aléatoire, apparaît donc comme un
calcul fort risqué et de toute manière extrêmement onéreux.
73 La logique qui prévaut dans les initiatives royales en matière de guerre financière a
d’ailleurs bien du mal à convaincre des marchands-banquiers qui ont une vision des
choses fondamentalement différente. A la priorité donnée à l’espace national, où l’on
cherche à retenir les fonds disponibles, répond le fonctionnement à un échelon européen
et le souci du profit, où qu’il puisse être obtenu. Quand le gouvernement cherche à
accumuler les moyens de paiement dans un espace donné, les marchands-banquiers n’ont
rien de plus pressé que de faire circuler les fonds. Certains ne se privent pas de prêter au
roi ou à l’empereur, selon l’occasion. Bien des ministres partageraient l’agacement, pour
ne pas dire plus, de Duprat face aux Italiens de Lyon auxquels il reproche d’avoir « mis
hors » du royaume 50 000 écus : « J’ay débatu cest affaire avec les Genevois et Florentins ;
ilz ne me scavoient pas bien respondre. Finablement il ne lez chault comment tout aille
mais qu’ilz facent leurs besongnes particullières »241.
74 La domination des Italiens sur le marché du crédit volontaire sous François I er est
incontestable. S’il est difficile d’affirmer qu’une part appréciable des fonds qu’ils prêtent
provient de la péninsule, une chose est sûre néanmoins : beaucoup d’argent court s’y
engloutir, d’une guerre à l’autre. Le plus grand exportateur de capitaux est en effet la
monarchie elle-même, sans aucun doute possible : l’argent du roi ne gagne pas seulement
l’Italie. Il prend aussi le chemin de la Suisse ou de l’Angleterre. Sur le marché lyonnais, la
domination des Toscans est nette surtout entre 1523 et 1540, c’est-à-dire au moment où
domine une certaine atonie, pendant un temps faible de l’emprunt. Quand les fonds en
cause sont plus importants, d’autres intervenants entrent en jeu. Autre place, avec
Londres au début du règne, mais les sources peu probantes limitent l’analyse ; autres
capitaux dans les années quarante, avec l’apport allemand. Mis à part l’épisode peu
glorieux de 1518-1522, la place de l’emprunt est faible jusqu’aux années quarante242. Avec
les débuts du futur Grand Parti, le changement d’échelle est net, l’ouverture sur les
marchés financiers plus large. La part résiduelle de contrainte, dont les Florentins avaient
fait la triste expérience en 1521, semble en recul. Y a-t-il rattrapage par rapport à un
Charles Quint mieux intégré, en raison même de la configuration géopolitique de son
« empire », dans les circuits du crédit ? C’est possible. Mais, en l’absence d’Amérique, le
roi de France est sans doute plus tenu que son rival de trouver du crédit auprès de ses
propres sujets.

II. Le crédit contraint


75 Au début de septembre 1515, François Ier négocie l’accord de Gallarate (ou Galleras) avec
les Suisses. Ces derniers exigent, entre autres, la fourniture immédiate de 150 000 écus. Le
roi fait « des empruns sur les princes, barons et seigneurs qui estoyent avec luy » et en
moins de dix heures la somme est trouvée « comptant en son camp »243. A l’été de 1521,
« d’Ostun, le Roy se délibéra d’aller à Langres pour visiter la frontière et pource qu’il n’y
avoit argent à luy fournir, fut emprunté de toutes bourses »244. Dans l’urgence, en
campagne comme dans le royaume, pour de fortes sommes ou de petits montants, le
souverain met à contribution ceux qui gravitent autour de lui. A partir des prêts de
181

l’entourage, la sollicitation royale s’étend en cercles concentriques, au-delà même du


royaume. Elle touche tous les groupes qui disposent de liquidités. Ici la volonté du roi ne
rencontre que peu d’obstacles, dans le principe du moins : un sujet ne refuse pas à son
souverain, dépositaire reconnu du bien commun - mais aussi maître de toutes les grâces -,
les moyens de sa politique en période de difficultés. En pratique, l’inertie, le mauvais
vouloir ou l’incapacité momentanée à faire face à la demande se conjuguent pour rendre
les choses plus aléatoires. Mais l’autonomie des prêteurs est faible et les moyens de
pression du pouvoir sont considérables : refuser d’avancer, c’est mécontenter le prince et
risquer des représailles, financières ou non. Et puis, en prêtant, on peut toujours essayer
de trouver un petit profit…

A. Des individus et des corps


1. Le groupe dirigeant

76 Pour les proches conseillers du prince, contribuer à alimenter les caisses monarchiques
en cas de besoin est pratiquement une obligation statutaire. Ceux qui participent à la
prise de décision et à l’exécution, au plus haut niveau, de la politique royale, sont tenus de
donner une dimension financière à leur engagement. Fournir de l’argent au roi est parfois
nécessaire pour conserver ses bonnes grâces. De telles pratiques ont cours au moins
depuis le XIVe siècle. Pour prendre des exemples dans un passé plus proche, le maréchal
de Gié ou le cardinal d’Amboise ont avancé des sommes importantes à Louis XII 245. Sous
François Ier, les deux dossiers les plus nourris concernent Duprat et Montmorency. Sans
se faire d’illusion sur l’exhaustivité des informations disponibles, on peut tenter une
synthèse de leurs prêts.
77 Pour Duprat :
• 1515 : 10 000 écus (C.A.F., t. V, n° 16142).
• 1516 : 4 000 lt. (Spont, Semblançay, p. 126 note 3).
• 1518 : 20 000 lt. (A.N. KK 351, dépenses, f° 33).
• 1527 : 1 000 écus « oultre ce qu’il a preste » (B.N. Dupuy 645 f° 199).
• 1528 : 4 000 lt. (A.N. KK 352 P 37 v°).
• 1528-1529 : 10 000 lt. (C.A.F., t. I, n° 3291).
• 1530 : 10 000 écus (B.N. fr 3031 f° 71).
• 1531 : 10 000 écus (B.N. fr 3122 f° 118).
78 A cela s’ajoute un prélèvement important sur sa succession, sur lequel je reviendrai. Au
total, si l’addition d’avances séparées dans le temps a un sens, on parvient à un montant
qui avoisine les 100 000 lt..
79 Pour Montmorency :
• 1527 : 1 000 écus (B.N. Dupuy 645 f° 199).
• 1528 : 4 000 lt. (A.N. KK 352 f° 36 v° et 37 v°).
• 1529 ( ?) : 10 000 lt. (B.N. fr 26121, n° 1137) 246.
• 1530 : 20 000 lt. ? (empruntées à Nicolas Le Coincte, presque à coup sûr pour la rançon : Le
Roux de Lincy, Grolier, p. 373).
• 1531 : 5 000 écus (mandement de remboursement pour 10 750 lt. : C.A.F., t. II, n° 4551).
• 1537 : 9 000 lt. + 21 973 lt. + 10 000 écus (C.A.F., t. VIII, n os 30379, 30433 et 30434).
80 Aux prêts directs au roi en 1537 s’ajoutent 21 526 lt. d’emprunts « au camp » pour
financer l’armée de Picardie au printemps247, ce qui fait un total d’environ 75 000 lt. de
182

contribution pour l’année248. Outre ces deux exemples, bien des noms peuvent être cités,
de l’amiral Chabot249 au Bâtard de Savoie 250, du cardinal de Tournon251 au chancelier du
Bourg252, sans oublier la propre mère du roi253.
81 S’il n’est guère de personnages importants du règne qui soient absents des listes de
prêteurs254, le niveau des prêts ne reflète pas directement l’influence politique. Dans
l’ensemble les sommes en jeu restent assez faibles255. Duprat, s’il est assez promptement
remboursé, ce qui, en raison de sa position, n’a rien d’improbable, peut ainsi espérer faire
face aux demandes de la monarchie avec un « fonds de roulement » de 10 000 écus. Sa
fortune lui permettrait un effort beaucoup plus considérable. Il est vrai que le prêt direct
n’est qu’une des facettes de l’engagement au service du crédit royal. Les gens de Conseil
figurent parmi les principaux garants des avances des marchands-banquiers. On a vu
Tournon, qui prête peu, s’engager pour des sommes relativement importantes en
1536-1537. Quant à Montmorency, la part qu’il prend au règlement de la rançon va bien
au-delà d’une simple avance.
82 Certains prêts ont un caractère un peu particulier, tel celui d’Alain d’Albret. Sa
participation financière en octobre 1521 est en effet directement liée à l’offensive
française en Navarre, qui le concerne au premier chef. Il agit ici sans doute plus pour son
lignage que pour son roi256. Je n’ai en revanche pas trouvé trace sous François Ier de ces
prêts originaux où le roi, en tant que personne « privée », alimente ses propres caisses 257.
Autre cas d’espèce, celui de Semblançay qui, tout comme Florimond Robertet, a sa place à
la fois dans le groupe dirigeant et parmi les officiers de finance. Sa spécificité tient au fait
que ses avances sont « trop » importantes. Le proche conseiller doit en effet prêter mais
dans une mesure « raisonnable », qui n’en fait pas une source de préoccupation pour le
Conseil et le roi. Avec Semblançay, ce cap est largement dépassé, et la créance sur le
souverain se retourne contre le prêteur. Jacques Cœur avait déjà fait cette expérience.

2. Les officiers

a. Les grands officiers de finance

83 Les hommes clés de l’administration fisco-financière ne peuvent évidemment pas se


dispenser de prêter au souverain. Ces avances sont parfois individuelles, mais
fréquemment le roi s’adresse aux généraux ou aux trésoriers de France collectivement 258.
A priori, on peut leur supposer des moyens importants. Trois sous-ensembles se dégagent
nettement, celui des généraux, auquel on annexera Semblançay bien qu’il n’appartienne
plus au corps à partir de 1516, celui des trésoriers de France et enfin celui des nouveaux
trésoriers (Épargne, Parties casuelles), dont les profils sont très distincts.
84 Les généraux sont incontestablement ceux qui font les avances les plus élevées. Henri
Bohier, général de Languedoc de 1510 à 1522, n’est pas un « leader » du corps, comme
Semblançay, Jaques Hurault ou Thomas Bohier son frère, mais la documentation le
concernant est relativement abondante259. Elle donne une bonne idée de l’ampleur de
l’effort requis dans les premières années du règne. Entre la fin de 1515 et juillet 1520, le
total cumulé de ses avances atteint 217 144 lt. soit, sur une période de moins de cinq ans,
un montant bien supérieur à celui des plus « généreux » des membres du groupe
dirigeant. L’essentiel des fonds sert au financement de la politique extérieure :
versements aux responsables de l’Extraordinaire et de l’Ordinaire des guerres (50,9 % et
8,8 % respectivement), fonds pour les paiements aux Suisses (16,9 %) ou le gouverneur de
Gênes (0,9 %). 1,8 % des avances est destiné aux travaux du port du Havre de Grâce.
183

Restent 20,6 % qui vont à Jehan Sapin, receveur général de Languedoïl, et dont
l’utilisation précise reste inconnue. Les fonds immobilisés en permanence sont
évidemment très inférieurs aux 217 144 lt. évoquées plus haut. Il est pour une part au
moins possible de « tourner et refournir avec les mesmes fonds », à condition que les
remboursements aient bien lieu260. Cependant, l’insuffisante précision des sources ne
permet pas d’avancer un niveau d’engagement, même approximatif, à une date donnée,
car les mandements de remboursement, notre source principale, sont muets sur les
versements effectifs.
85 Il n’est pas sûr que la totalité des fonds provienne des caisses personnelles d’Henri Bohier.
Il se peut que, derrière ses avances, se dissimulent des capitalistes divers, en particulier
des marchands-banquiers. En 1520-1522, sur cinq quittances pour fonds reçus de Thomas
Bohier par divers comptables, une seule correspond apparemment à un véritable prêt de
Bohier. Dans les quatre autres cas, il figure comme intermédiaire - et comme garant -
entre le souverain et les marchands-banquiers261. Un tel document concernant son frère
Henri serait sans doute riche d’enseignement. Cependant Thomas en 1523-1524 fournit
encore 22 000 lt.262.
86 A partir du milieu des années vingt, la place des généraux comme prêteurs est en chute
libre, à l’image de celle des marchands-banquiers, ce qui souligne les liens tissés alors
entre les deux groupes. Un personnage aussi important que Jehan de Poncher, qui
succède à Henri Bohier en Languedoc de 1522 à 1535, ne figure plus guère qu’au titre
d’emprunts forcés qui concernent tout le niveau supérieur de l’appareil d’État263. Seule
fait exception la fourniture en 1531 de 2 875 lt. à Jehan Testu, « contemplatione dud Testu
recepveur général de Languedoc et pour employer au faict de sa descharge »264. De Pierre
Secondât, général de Guyenne à partir de 1532, on ne connaît qu’un seul prêt de 2 000 lt.
en 1537. De Louis Preudhomme, général de Normandie depuis 1542, un seul aussi, de
3 000 lt., en 1544265. Antoine Bohier de Saint-Cirgues, fils du prestigieux Thomas et général
de Languedoïl de 1529 à 1543, ne fait aucune avance. Il en va de même pour son cousin
Antoine Bohier de la Chesnaye (fils d’Henri), qui lui succède en Languedoïl, du moins pour
ce qui concerne le règne de François Ier. Au moment où se produit le grand retour des
marchands-banquiers, c’est-à-dire dans les années quarante, l’absence des généraux se
confirme. Leur recul prend alors tout son sens.
87 Les quatre trésoriers de France, qui composent le deuxième sous-ensemble, ont un rôle en
matière de crédit au roi bien supérieur à ce que pourraient laisser supposer leurs offices.
Comme responsables du domaine en effet, ils ne contribuent que de façon réduite aux
recettes de la monarchie. Or ce sont des prêteurs notables. Philibert Babou, trésorier de
France en Languedoïl à partir de 1521, en fournit un bon exemple. Il est certes trésorier
de l’Épargne de 1523 à 1525, mais durant cette période, aucun prêt n’est mentionné à ce
titre. On en trouve en revanche dès 1521 (28 750 lt.), en 1523 en tant que trésorier de
France (sans doute 7 500 lt.), en 1527 (1 000 écus), 1528 (8 000 lt.), 1529 (4 000 lt.), 1530
(20 252 lt.266) et 1531 (6 450 lt.), en 1537 enfin (1 125 lt.)267. En fait, l’importance de sa
contribution tient avant tout à sa situation de proche du pouvoir. Mais il serait un peu
abusif de vouloir l’intégrer dans le groupe dirigeant. On retrouve le même profil avec
Nicolas de Neufville, trésorier de France en Outre-Seine (1525-1532) ou avec son
successeur Jehan Grolier, sans parler des Robertet en Normandie ou de Jehan Cottereau
en Languedoc.
88 A l’inverse, les nouveaux trésoriers n’ont qu’une place réduite au sein des prêteurs. Avec
Babou, dont on vient d’évoquer le passage à l’Épargne vierge de tout crédit, le personnage
184

le plus important est son successeur, Guillaume Preudhomme, à la tête de ce service


pendant quinze ans. Au cours de cette période, l’ensemble de ses avances cumulées se
monte à 54 500 ou 60 500 lt.268. C’est beaucoup et peu à la fois. C’est beaucoup par rapport
aux autres officiers de finance à la même époque. Mais c’est peu aussi car Preudhomme
brasse des sommes énormes, et son rôle de prêteur n’est pas à la mesure de son rôle de
comptable. D’autant qu’il est aussi parallèlement général de Normandie. Attitude
prudente voire timorée d’un individu spécifique ? C’est bien improbable car son
prédécesseur tout comme son successeur et gendre prêtent encore moins… puisqu’ils ne
prêtent pas du tout. Deux raisons peuvent expliquer ce phénomène. D’une part la charge
de comptable est écrasante et ne permet pas d’être à la fois principal trésorier et nouveau
Semblançay. D’autre part les avances aux caisses royales se font peut-être, de façon bien
plus discrète, dans le cours même des opérations comptables de l’Épargne, sans laisser
guère de traces.

b. Les prêts d’entrée en charge

89 D’une nature très différente sont les avances demandées par le roi pour l’octroi d’un
office. Sous François Ier, le système bat son plein269. Il concerne au premier chef les
charges de judicature, en particulier, mais pas uniquement celles qui sont créées par le
roi. Y a-t-il par ailleurs des ventes pures et simples ? Une transaction portant sur trois
offices de nouvelle création de conseillers au Parlement, un pour Grenoble et deux pour
Dijon, en avril 1543, ne fait aucune allusion à des prêts et pourrait ainsi le laisser croire.
Pourtant, selon toute vraisemblance, il s’agit ici sinon d’un oubli, du moins d’un non-dit,
car le prêt figure en toutes lettres dans un autre acte du même type passé quelques jours
plus tard270. Les offices concernés ne sont donc pas seulement parisiens : le phénomène se
retrouve dans tous les Parlements et ce dès le début du règne. C’est d’ailleurs de province
que part le mouvement. Défendant en 1521 le projet de création d’une troisième chambre
des Enquêtes à Paris, le chancelier rappelle que le roi « a multiplié le nombre des
conseillers à ses parlemens de Tholose, Rouen, Bourdeaux et Grenoble, dont se sont bien
trouvez »271. Aux augustes Sénats s’ajoutent d’autres cours de justice (Cour des aides de
Paris ou de Rouen, Grand Conseil, tribunal des eaux et forêts…) ou des officiers isolés
(lieutenant général du bailliage de Chartres, lieutenant du bailliage de Meaux, lieutenant
criminel d’Angers). Le plus petit personnage que mentionne le Catalogue des Actes de
François Ier est Simon Chollet, conseiller de la sénéchaussée d’Angoumois, qui, par
l’intermédiaire de Guillaume Gellinard, secrétaire du comte de Buzançais, prête 522 l. 5 st
pour être pourvu272.
90 Le montant requis pour un conseiller au Parlement de Paris se stabilise dès 1522 à 3 000
écus273. Mais, dans d’autres instances, les données sont plus disparates. Au Grand Conseil,
dans les années 1540, certains avancent 2 500 écus, d’autres 3000274. Au Parlement de
Provence, François de Gênas fournit 1 000 lt. en octobre 1537 et Nicolas Fabri 2 000 lt. à la
même époque275. Une mise au point rapide sur les conseillers au Parlement de Rouen
permet de prendre conscience de l’ampleur des variations, dont la signification ne pourra
apparaître clairement qu’après des études plus fouillées. Qu’en est-il en effet du
« marché » des offices à cette date ? Que signifie-t-il pour les prêts ? Contentons-nous,
pour l’heure, d’enregistrer le phénomène, qui contraste avec la fixation plus claire des
« tarifs » parisiens276 :
• 1519 : Hugues Le Loyer : 4 000 lt.
• 1520 : Robert de la Masure : 4 000 lt.
185

• 1537 : Guillaume Aubert : 6 000 lt.


• 1537 : Nicolas Harnoys : 2 000 lt.
• 1543 : Louis Bonenfant (clerc) : 6 750 lt.
• 1543 : Claude Jubert : 4 500 lt.
• 1543 : 15 consers clercs et lais : 4 500 lt.
• 1544 : Nicolas Blancbaston : 4 500 lt.
91 Le montant élevé du prêt de Louis Bonenfant est particulièrement étonnant. En effet il est
généralement admis que les offices de conseiller-clerc faisaient l’objet d’une moindre
demande, ce qui entraînait pour eux une avance plus réduite277.
92 Les prêts ne sont pas toujours effectivement fournis au moment de l’entrée en charge.
Dans les années 1540, on trouve au Minutier Central de nombreuses mentions de
quittances de versement passées par Jehan Laguette, trésorier des finances
extraordinaires et Parties casuelles, qui servent à permettre la provision. Mais elles sont
associées à des reconnaissances de dettes à Laguette de la part des officiers concernés.
Cela vaut parfois des déboires à l’obligeant trésorier. Durant l’été de 1543, il cherche à se
faire payer par Mathieu de Masparault, qui a été pourvu comme conseiller au Parlement
de Bordeaux le 11 avril précédent, après que Laguette eut confessé avoir reçu 2 000 écus
de prêt, et qu’il faut désormais contraindre au versement « comme pour les deniers du
Roy » ou par « autres voies deues et raisonnables »278.
93 Une fois le nouveau pourvu en règle, il ne lui reste plus qu’à se faire rembourser. En effet,
malgré ce qu’on écrit encore parfois, il est sûr qu’il ne s’agit pas simplement d’achats
déguisés. Le principe du remboursement est rappelé fréquemment. Dans le Catalogue des
Actes, ce sont le plus souvent des mandements de remboursement qui permettent de
repérer les transactions. Des démarches ont effectivement lieu pour récupérer l’argent,
ce qui serait absurde si tout le monde était d’accord pour faire « comme si » il s’agissait
d’une vente déguisée. Eustache Chambon, pourvu conseiller au Parlement de Paris et
assigné le 19 juin 1537 sur le receveur des exploits et amendes de la Cour comme la
plupart de ses confrères, importune successivement trois titulaires de l’office pour
obtenir ce qui lui est dû279. Ces efforts répétés soulignent la difficulté de la tâche. Mais on
peut citer des exemples de remboursement pour plusieurs conseillers au Parlement de
Paris : au moins partiel pour Jacques Boullenc et Nicole Le Berruyer280, total pour
Guillaume Alart281. La créance impayée suit l’office. Lorsque Jean de Bonnefoy transporte
une charge de conseiller lai (au Parlement de Toulouse semble-t-il) à Jean Robert pour son
fils Pierre, les 2 000 écus dus par le roi sont réglés par l’acheteur qui doit à son tour tenter
d’en obtenir remboursement282.

c. Les mesures d’ensemble

94 Lato sensu, l’achat d’un office peut être assimilé à une opération de crédit, le prix de la
charge, prêté ou cédé, correspondant au capital dont les gages seraient les intérêts. 11
s’agirait d’un type de « rente sur l’Etat » un peu analogue aux rentes sur l’Hôtel de Ville.
Mais cet aspect, au demeurant contestable étant donnée la différence concrète que
représente l’exercice d’un office avec le simple statut de rentier, ne nous retiendra pas ici.
Seuls vont être évoqués les prêts pesant sur les officiers déjà en charge. Ces derniers sont
une cible toute désignée pour des emprunts forcés. Sous Louis XII, le général de
Normandie Thomas Bohier est chargé dans sa circonscription de faire contribuer les
« receveurs, grenetiers et autres ayant charge et administration de noz deniers et
186

finances ». Ceux-ci sont taxés en tant qu’officiers astreints à une forme pécuniaire de
service du roi, mais aussi en tant que manieurs d’argent et que personnes aisées « pour
faire led prest jusques à telles parties qu’ilz pourront raisonnablement porter au regard
de leurs facultez et richesses et à la valleur de leursd. receptes »283. A la fin du règne de
François Ier, une commission est mise sur pied dans la province pour « solliciter » des
receveurs ordinaires un prêt de 6 000 lt.284. Les cours de justice ne sont pas épargnées :
Chambres des comptes et Cour des monnaies ont leur place dans les emprunts de 1528,
respectivement pour 20 000 et 1 600 lt.285. A titre individuel, de nombreux magistrats
figurent parmi les prêteurs d’une longue liste d’août 1527286.
95 La procédure retenue par la monarchie est très fréquemment celle de l’emprunt sur
gages. En 1517-1518 ce sont les officiers de finance qui sont touchés287. Du moins ceux-ci,
les comptables en particulier, ont-ils souvent l’autorisation de se rembourser sur les
deniers de leur charge288. Mais ils ne sont pas seuls en cause. En 1519, le Parlement de
Toulouse fournit 2 000 lt.289 ; en 1544 les conseillers au Grand Conseil laissent
provisoirement au roi un quart de leurs gages, soit 125 lt., somme qu’ils recouvrent en
1546. Les officiers de l’artillerie, dont les gages avaient été retranchés en 1521, en
récupèrent au moins une partie l’année suivante290. Un acte concernant la gestion de
Jehan Laguette, trésorier des finances extraordinaires et Parties casuelles depuis 1532,
fait allusion à un « emprunt des deux escuz faict sur les gens de robbe longue ». Il recoupe
la mention d’un compte des deux écus levés sur les gens de justice en Guyenne en 1544
par Laurent Le Blanc. Mais aucun des deux documents ne permet d’affirmer si l’emprunt
porte ou non sur les gages291. Quelle que soit la procédure retenue, il est sûr que la
monarchie préfère recourir aux divers corps et compagnies pour négocier comme pour
faire rentrer les fonds292.

3. Le clergé

96 L’utilisation des groupes constitués se retrouve dans le cas des emprunts sur le clergé.
François Ier a fréquemment recours à cette pratique traditionnelle. La première trace
sérieusement documentée correspond aux difficultés financières de l’été 152 1293. En 1542
encore, alors que la guerre reprend, un emprunt en cours de levée dans le diocèse d’Auch
est remplacé par un don gratuit294. L’emprunt général de 1538, bien connu, peut servir de
guide. Un « roolle des prestz » est signé par le roi à Montbrison le 25 mars 295. Le
commissaire chargé de récolter l’argent en Normandie reçoit 6 600 écus avant le 24 mai 296.
A Lyon, Martin de Troyes, qui gère la recette de Languedoc, envoie 55 000 lt. au trésorier
de l’Épargne le 11 juillet. Il annonce le 14 l’arrivée dans la capitale des Gaules d’un clerc
du commissaire aux emprunts d’Outre-Seine, Imbert de Saveuze, qui transporte 8 000
écus, plus « ung royal, quatre lions et ung demy impérial ». De Troyes fait aussi partir cet
argent vers le Sud où réside alors la cour. « Il y a encores es mains du clerc [de Saveuze]
environ II m livres en testons qui sont cours, qu’il a faillu prendre »297. Si des fonds
rentrent donc, une partie seulement gagne rapidement les caisses de la monarchie298.
Dans le diocèse d’Angers, les commissaires aux emprunts de 1538 sont toujours en activité
à la fin de 1542299. En fait les demandes royales telles qu’elles figuraient sur le rôle de
taxes du 25 mars 1538 ne sont pas complètement respectées. En Languedoc, le diocèse de
Saint-Papoul, taxé à 900 écus, n’en verse que 450, et encore après saisie sur un des
bénêficiers ; le diocèse de Montauban, qui devait fournir 3 000 écus, n’en délivre que 1 500
300
. Y a-t-il en fait une réduction générale de moitié ? D’autres exemples le laissent penser.
L’abbaye Saint-Georges-du-Boys, taxée à 200 écus « que est ce que lad. abbaye peut valoir
187

ceste présente anée que toutes denrées sont à vil pris » voit son fardeau réduit à 100 écus
par le commissaire aux emprunts dès le mois de juin 1538301. En revanche, le chapitre
cathédral de Paris doit attendre 1541 pour obtenir que sa quote-part passe de 4 000 à
2 000 écus302.
97 Certains bénéficiers sont parvenus à un résultat encore plus favorable : l’exemption pure
et simple. Le souverain lui-même se laisse circonvenir par ceux qui en ont les moyens. Les
cardinaux figurent en première ligne des dégrevés303. Les commissaires aux emprunts, qui
connaissent les mœurs en ce domaine, prennent parfois les devants. Fabri, qui officie en
Languedoc, écrit au chancelier du Bourg :
« Pareillement, monseigneur, sera vostre plaisir me mander ce qu’il vous plaist que
je fasse touchant l’évesché de Rieulx de monseigneur vostre fils taxée aud. roolle à
XV c escuz et de la prévosté de Tholoze qu’est à monseigneur le cardinal de
Tournon taxée à VII c escuz à quoy n’ay voulu toucher, pensant asseureement que
le Roy vous a exemptez »304.
98 Dupré, en Normandie, observe au même moment les ravages de la résistance passive sur
fond d’espoir de remise : l’abbé de Saint-Martin de Pontoise est
« au commencement de bon vouloir après avoir entendu les urgens affaires du Roy,
mays tost après le trouve changé de ce bon vouloir, dyverty comme j’estime par
gens qui luy donnèrent à entendre que facilement il obtiendroit du Roy lettres
d’exemption qui est la monnoye en quoy luy et les aultres prélatz nous veullent
payer […] ; si ceste fenestre est ouverte, chacun regardera par là à se saulver comme
scavez et entendez trop myeulx »305.
99 Les emprunts royaux obligent en fait à aliéner une partie du patrimoine du clergé. En
février 1538, François Ier permet aux prélats de procéder à des coupes de bois dans leurs
bénéfices, à condition de remettre au responsable de l’Extraordinaire des guerres deux
tiers du produit de ces coupes, pour les fortifications, à titre de prêt306. Parfois on assiste à
de véritables détournements d’affectation : l’abbé de Bernay-en-Auge, François Bohier,
par ailleurs évêque de Saint-Malo, a obtenu du roi le 25 février 1535 la permission de
vendre jusqu’à 3 000 lt. des bois de l’abbaye pour y procéder à des réparations. Sur cet
argent qu’il n’a pas encore reçu en mai 1538, Bohier offre 600 écus au roi à titre de prêt 307.
En 1543 de nouveau, François Ier autorise la vente des bois de haute futaie 308. Certaines
avances se font donc selon des modalités très spécifiques.
100 Il en va de même lors de la célèbre saisie des trésors de l’Église en 1522. En fait les trésors,
suivant une décision du 3 juin, sont empruntés à hauteur de 240 000 lt.. En guise de sûreté
et en vue d’un futur remboursement, le clergé reçoit une somme équivalente sur les
domaines, aides et gabelles de Languedoc et d’Outre-Seine309. Par rapport à l’aliénation, la
saisie des trésors offre évidemment l’avantage de la rapidité. Mais ce qui a choqué les
contemporains, en particulier pour la grille d’argent massif de la chasse de Saint-Martin
de Tours, c’est le recours à la violence, au mois d’août, pour obtenir des objets sacrés.
L’argent de la grille, une fois fondu, rapporte 60 800 lt. qui servent pour l’Extraordinaire
d’Ecosse310. L’affaire ne tourne cependant pas partout au drame : pour ce qu’on en sait, les
choses se sont passées calmement à Reims311. A Laon, « le Roy envoya quérir troys ou
quatre appostres d’or qui estoient en relicque en l’esglise épiscopale » et qui valaient
4 000 écus. Il y en a douze en tout, évidemment, mais, poursuit le Bourgeois de Paris, « les
aultres n’estoient que d’argent, parquoy furent délaissez »312. L’emprunt des trésors se
renouvelle ensuite. Mesure isolée ou trace unique d’une décision plus générale, le trésor
de l’abbaye Saint-Chef-de-Viennois est prélevé entre 1524 et 1531, « à charge de bailler
188

bonne seureté aux religieux, abbé et couvent de lad. abbaye de leur faire rendre et
restituer lad. somme sitost que serons hors desd. affaires »313.
101 Restent les emprunts demandés à certains membres du clergé, en particulier à une partie
des évêques. On dispose pour la période 1527-1531 de trois listes où figurent des
dignitaires de l’Eglise314. Ils sont dix-huit en 1527, neuf en 1528 et quinze en 1531, soit
quarante-deux prêts sollicités ou obtenus315. Vingt-quatre prélats seulement sont
mentionnés, ce qui ne représente qu’une minorité du corps episcopal316. L’important
semble plus l’individu que le siège occupé, ce que souligne l’exemple de Foucault de
Bonneval : sollicité en 1527 et 1528 comme évêque de Soissons, il l’est de nouveau en 1531
alors qu’il est passé sur le siège de Bazas, en attendant celui de Périgueux. Il faudrait
connaître de façon détaillée l’épiscopat pour déterminer pourquoi le roi sollicite l’un
plutôt que l’autre. Plusieurs remarques s’imposent néanmoins : la sur-représentation des
archevêques (huit sur quatorze sans compter Duprat, cas particulier317), l’absence
d’Italiens, le poids des proches du pouvoir, cardinaux présents ou à venir (Tournon,
Longueville, Givry, Le Veneur), et familles bien en cour et bien insérées dans
l’administration du royaume (La Barre, Gouffier, Briçonnet, Filhol, Dinteville)318. Mais en
ce domaine, il serait aisé de jouer au petit jeu des absents, de Jean du Bellay à Georges
d’Armagnac, de Gabriel de Gramont à Jean de Lorraine. Un critère prosaïque pourrait
peut-être résoudre l’énigme : le roi sollicite… ceux qu’il peut solliciter, c’est-à-dire ceux
qui sont proches de lui au moment où l’argent est nécessaire ou ceux qui disposent alors
de liquidités mobilisables, les deux éléments n’étant pas contradictoires. Mais, dans le
détail, la chose ne serait pas aisée à prouver.

4. Les villes

a. Les emprunts traditionnels

102 Les villes de la Renaissance, qui ne sont pas encore les cités financièrement ruinées du
temps des guerres de Religion, constituent des corps permettant au roi de trouver du
crédit. Ici encore, avances ponctuelles et prélèvements généraux peuvent être distingués.
Ponctuelles sont ainsi les 5 901 lt. fournies par les échevins et habitants de Villefranche-
sur-Saône « et autres personnes » pour une levée de lansquenets319. Ponctuelles encore les
quelques 25 000 lt. que les Avignonnais, en mai 1544, mettent à la disposition de la marine
320
. Mais on peut repérer un certain nombre d’emprunts levés sur de nombreuses cités, et
retrouver ici la chronologie habituelle des périodes de difficultés : 1515321, 1523322,
1536-1537323, 1542324 et peut-être 1544. L’exemple de Lyon illustre ces étapes :
• 1515 : 6 000 lt. (C.A.F., t. I, n° 386). 1523 : 20 000 lt. (Ibid., n° 1913 et 1917).
• 1536 : 6 000 écus (A.N. J 965, 7/45) 325.
• 1537 : 50 000 lt. (C.A.F., t. VIII, n° 29831) dont 40 000 lt. en août (A.N. J 967, 8/6).
• 1542 : 60 000 lt. (François, Tournon, p. 192).
• 1544 : 20 000 lt. à rembourser à partir d’un impôt sur les draps (C.A.F., t. VII n° 22876)
+ 60 000 lt. (Ibid., t. IV, n° 13854) ou 66 000 lt. (C.A.H., t. II, n° 2251) à récupérer grâce à un
octroi sur le bétail à pied fourché326.
103 Selon la taille des cités, la monarchie use d’approches différentes. Pour les grands centres,
elle délègue des commissaires chargés de négocier ou d’imposer la demande royale, et qui
peuvent dans certains cas servir de répondants et de garants327. Pour les villes de moindre
importance, le souverain se contente le plus souvent d’envoyer une missive. Dans ce cas,
on peut supposer que les officiers locaux sont tenus de surveiller la procédure. Les
189

commissions d’emprunts « officielles » permettent aux agents de la monarchie d’user de


« rigueur et force », alors que les avances faites à leur simple initiative se font forcément
à l’amiable. C’est donc pour eux une arme supplémentaire dans leurs négociations, mais
cela biaise aussi leurs relations avec les éventuels créanciers et peut nuire à la confiance
328. Il est vrai que la procédure de l’emprunt forcé s’en soucie peu. La marge de manœuvre

des villes n’est malgré tout pas totalement nulle. L’inertie est la première arme. Quelle
ironie de voir Dijon, qui dispose depuis le 14 septembre 1536 d’un mandement de
remboursement pour 3 000 lt. prêtées pour les guerres, rappelée à l’ordre le 8 novembre…
pour n’avoir pas encore versé l’argent329 ! Les cités tentent aussi d’arracher des
contreparties à leurs avances : Lyon parvient en 1523 à coupler son prêt avec un don
royal. Quant aux Tourangeaux, vers 1537, ils obtiennent « de demourer quites des
emprunts pour ceste foys en payant 3 000 lt. contant »330.
104 En 1544, Jean Bouchet évoque « quelques emprunts particuliers sur les gens aisez à ce
faire »331. La distinction entre ce type d’opération et les emprunts sur les villes est
délicate, et parfois même elle n’a pas grand sens. Ainsi en mars 1537, l’emprunt
systématique sur les Parisiens, connu par des remboursements, est-il un indissociable
mélange des genres332. Rares sont les documents parfaitement explicites sur ce sujet.
Voici pourtant le commissaire Bouchard qui évoque en 1537-1538 le cas d’« un médecin
d’Aulvergne nommé de Combetes » sur lequel il veut, après enquête, lever un emprunt
particulier de 200 écus « heu esgard à sa faculté et aussi à ses charges ». Il précise ensuite
que de Combetes a déjà été taxé à 40 lt. pour les emprunts généraux de la ville de Saintes
et qu’il a payé son dû333. On remarque au passage que le premier emprunt mentionné est
onze fois plus lourd que le second. Les « bien aisez en la jugerie de Albigeois » taxés en
1521 le sont à des taux plus faibles. Pour 139 cotes, la somme à prélever n’est que de
2 217 lt., soit une cote moyenne de 16 lt.. A Paris en revanche, à la même époque, les
niveaux requis sont extrêmement élevés si l’on en croit le Bourgeois de Paris : « Après
furent mis les gros emprunctz particulliers sur les manants et habitans de la ville de
Paris, tellement qu’on demandoit aux uns mille escuz, aux aultres huit cens, quatre cens,
cinq cens escus, et plus ou moins, à les rendre »334. En définitive, rares sont les bourgeois
des villes pour lesquels l’emprunt apparaisse comme une mesure isolée335.
105 Emprunts sur les aisés et sur les cités, ces deux volets s’intègrent parfois dans des levées
de plus grande ampleur. Cela est particulièrement net pour 1542 où le prélèvement se fait
à l’échelle de la province, du bailliage ou de la sénéchaussée336. Cette année-là, le roi a
« requis et demandé à touz [ses] subiectz qu’ilz voulsissent subvenir par forme de prest »
aux charges du royaume. En Bretagne, le montant des « prêts » a été fixé à 40 000 écus.
Devant les réticences qui se manifestent, le roi écrit à la Chambre des comptes du duché
en octobre 1543 : « Si […] vous congnoessez qu’il y ayt aucunes gens riches comme dessus
qui ont reffuzé de nous subvenir […], vous les ferez adjourner à comparoir
personnellement par davant vous pour savoir et entendre ce qui les meult d’estre si
contumax et désobéissans »337. Les « aisés » sont donc évidemment les premiers concernés
par cette avance reposant en priorité sur les riches urbains338. La lettre destinée au
Languedoc est claire sur ce point : les 140 000 écus d’emprunt sur la province sont à lever
sur les habitants les plus riches et les plus aisés de Toulouse, Montauban, Albi, Cahors, Le
Puy et autres villes339. En Bourgogne, on parle des villes et communautés : sur les 100 000
écus prévus, Dijon en porte 25 000 à elle seule340. En fait, la prudence s’impose car, quand
des sources complémentaires sont disponibles, elles font apparaître parfois un
déplacement du fardeau. Un acte du 5 octobre 1543 mentionne ainsi « l’emprunt faict par
190

le Roy nostre sgr sur la ville de Chartres ». Or on constate en fait que celui-ci pèse sur
l’ensemble du bailliage. De petits centres, ici Brezolles et Châteauneuf-en-Thimerais, sont
« cotisez » à cet emprunt341. A défaut d’une étude détaillée, on a le sentiment que les
procédures retenues peuvent varier d’un secteur à l’autre. Mais le gros de l’effort pèse
malgré tout sur les villes.

b. Les rentes sur l’Hôtel de Ville

106 Dans le cas des rentes sur l’Hôtel de Ville de Paris, la capitale joue un rôle de relais
institutionnel entre le roi et ses créanciers : la nécessité, là encore, d’un intermédiaire,
illustre les limites du crédit royal342. Mais travailler avec ces notables fidèles est aussi
pour les agents de la monarchie un procédé aisé et, pour l’heure, facile à maîtriser. Le
souverain passe donc contrat avec le corps de ville et assigne un fonds pour le paiement
des intérêts. La municipalité se charge ensuite d’écouler au détail les rentes aux éventuels
acheteurs, pour un capital à hauteur des intérêts disponibles, fixés au denier 12 (8,33 %) 343
. Le dossier, bien connu, a été étudié par Cauwès à la fin du XIXe siècle, et partiellement
repris par Schnapper. Tous deux insistent avec raison sur ie faible montant des émissions
qui, à partir de 1522344, jalonnent le règne de François Ier. Cauwès aboutit à 935 000 lt.345.
En fait, il est encore trop généreux car les rentes de 1545 et 1546 qu’il retient ont un
statut différent : il s’agit de rentes émises par l’Hôtel de Ville et non de rentes sur l’Hôtel
de Ville. Ces deux émissions ont pour but d’aider la capitale à rassembler les impositions
que le roi lève sur elle ces années-là. Elles ne fournissent donc pas à la monarchie des
ressources supplémentaires. On comprend alors parfaitement leur absence d’un état des
rentes de 1556, qui mentionne uniquement les émissions de 1536, 1537 et 1544, celle de
1522 ayant été rachetée en 1547346. Il faut donc réduire à 725 000 lt. le capital récolté par
la monarchie au cours du règne.347
107 Ces rentes circulent avec une grande aisance. Certains n’hésitent pas à s’en défaire fort
peu de temps après les avoir acquises, et ce dès les débuts de la première émission. Loys
Gayant, marchand drapier et bourgeois de Paris cède le 4 décembre 1522 à Morelet de
Museau, général des finances, 50 lt. de rente achetées le 17 octobre348. En mai 1526, une
rente de 100 lt. en est déjà à son troisième propriétaire : sire Guillaume Parent l’a acquise
le premier avril 1523. Elle passe le 30 juin 1524 aux mains de Nicolas Le Coincte, général
des monnaies. Ce dernier la vend enfin à Estienne Delange, marchand orfèvre et
bourgeois de Paris349. Le Minutier Central abonde en de tels actes. Cette facilité à se
débarrasser des rentes peut intriguer : pourquoi les céder si aisément, s’il s’agit d’un
placement assez populaire en ses débuts350 ?
108 Corollaire de cette interrogation : que font ces rentes dans un développement sur le
marché contraint ? C’est tout simplement que les acheteurs, dès le départ, ont été
fortement sollicités pour acquérir ces titres. Il semble bien qu’il n’y ait jamais eu
d’enthousiasme à leur propos, pas même lors de leur création. Tel est du moins le
témoignage des contemporains. Pour le Bourgeois de Paris, « fut forcée et contraincte la
ville de bailler et fournir [au roi] jusques à la somme de cent mil escus d’or ». Nicolas
Versoris va plus loin encore :
« Fust par led. Roy et son conseil trové manière de contraindre les bourgeois et
habitans de Paris de acchepter rente au prix de douze pour un sur le revenu de la
ville appartenant au Roy […] et ce pour le sort principal pour la somme de cent mil
escuz souleil, combien que à ce eussent fort contredict et empesché oucuns desd.
habitans, néanmoins, plus par crainte et timeur que par amicttié et libéralité fust
191

fourny lad. somme, non sans grosses murmuracions faictez à rencontre du conseil
du Roy »351.
109 En 1536, Cauwès le souligne, c’est une initiative royale et non une offre spontanée des
Parisiens qui, un mois après une demande d’emprunt de 40 000 lt. 352, est à l’origine de la
seconde émission353. Une fois le processus enclenché, la monarchie use de forts mauvais
procédés à l’égard des rentiers potentiels. Les fonds ont été versés à l’Épargne par la
municipalité de la capitale entre le 12 août et le 9 novembre 1536. Le 26 novembre a lieu
la vente des rentes354. Cependant, en mars de l’année suivante, les assignations des
intérêts ne sont toujours pas effectives. Le prévôt des marchands écrit au chancelier « que
encores ne sommes expédiés de la vériffication des lettres de ratiffication dud. seigneur
pour lesd. cent mil livres, pour les délais et empeschemens qui nous ont esté donnez » 355.
Le cardinal du Bellay, qui a servi d’intermédiaire en cette affaire, voit dans ces
atermoiements un moyen bien mesquin « pour desrober ung quartier ou deux ». Il
constate « le grant malcontentement qui est icy […] et voy procéder de ceste faulte un
merveilleux descouraigement envers ceulx qui ont monstre leur bonne voulenté »356.
Aussi lorsque, quelques mois plus tard, en juin-juillet, il est question d’une nouvelle
émission de 200 000 lt., rien d’étonnant à ce que la procédure retenue soit celle de
l’emprunt forcé357.
110 La taxe est source de bien des difficultés comme en témoigne la mésaventure du
contrôleur général de l’artillerie Ambroise Le Moyne. Alors qu’il suit Montmorency à
l’armée de Picardie, il est
« adverty par son commis de Paris [sans doute Françoys Petit] comme après son
partement à s’en venir au camp pour le service du Roy, Messieurs de Paris ont
envoyé demander en sa maison la somme de six cens livres d’emprunctz et assis
garnison de deux hacquebutiers en sa maison et si le menasse l’on de mectre ses
biens sur le pavé et les vendre à l’enquain jusques il ait payé lad. somme » 358.
111 Aussi Montmorency prend-il la plume le 22 juillet, depuis le camp de « Hardivau » près de
Doullens, pour intervenir en sa faveur auprès du chancelier. Bien des récriminations ont
dû se produire mais Versoris ou le Bourgeois de Paris ne sont plus là pour s’en faire
l’écho. L’émission de 1544 se produit-elle dans une ambiance plus favorable ? Le contexte
de guerre et d’invasion rend sceptique, mais peut-être les rentes sont-elles prises dans le
regain du marché du crédit qui se manifeste alors chez les marchands-banquiers. En
l’absence de renseignements précis, cela reste une hypothèse359.
112 En 1537, Paris n’est pas la seule ville sollicitée. En mai les Orléanais fournissent à un clerc
de l’Extraordinaire des guerres « les vingt quatre mil livres tournoys qui avoient esté
accordez par lesd habitans […] pour l’engagement de deux mil livres tournois de rente » 360
. Une lettre de Troyes confirme qu’on a affaire ici au même procédé que dans la capitale :
la municipalité évoque l’obligation d’acheter des rentes « selon la forme qui a esté
observée en pareil cas en la ville de Paris ». A deux membres de l’échevinage venus quêter
des informations, le chancelier précise qu’il entend « que les gens d’église et aultres
quelconques en payassent, sans exception. Cela a esté ainsi observé en la ville de Paris,
Reims, Chaalons, Sens et aultres villes de ce royaulme »361. Ce sont donc toutes les cités
importantes d’Outre-Seine qui sont touchées. On retrouve un « suivisme » provincial
similaire en 1544, illustré par Tours et Orléans362. Dans un cadre légèrement renouvelé, en
définitive, n’est-ce pas le système traditionnel de l’emprunt forcé avec répartition
autoritaire qui fonctionne ici ?
192

113 Pourtant, on a souvent insisté sur la nouveauté du procédé : avec les rentes sur l’Hôtel de
Ville se met en place un système de crédit à long terme363. Certes, mais il repose sur une
aliénation des revenus monarchiques qui, dans ses résultats financiers, n’est pas
sensiblement différente des aliénations traditionnelles. Socialement en revanche, il est
sans doute très important de voir naître, volontairement ou non, une catégorie de
rentiers directement intéressée au bon fonctionnement de l’État de finances. Car le roi
n’ayant aliéné que le revenu reste pour l’heure, à travers ses agents, gestionnaire direct
des prélèvements sur lesquels sont assis les quartiers de rentes364. La municipalité
parisienne aurait de beaucoup préféré obtenir une maîtrise totale des fermes concernées.
L’habileté de la monarchie a été d’en garder le contrôle365. Cette aliénation « partielle »
renforce l’impact socio-politique de l’État quand l’aliénation « totale » aurait entraîné une
dilution physique de son patrimoine. Qu’il s’agisse d’un crédit non exigible, le rentier ne
pouvant à volonté se faire rembourser sa créance, n’a en revanche à mon sens qu’une
importance réduite : quel créancier de la monarchie est en mesure de se faire payer, si le
souverain et son Conseil n’y mettent du leur ? En théorie, cela importe pour le statut des
biens. Dans les faits, pour ce crédit comme pour d’autres, pour les intérêts comme pour le
capital, le pouvoir politique dispose d’une grande autonomie. C’est enfin avec précaution
qu’il faut utiliser le terme de dette publique à propos des rentes sur l’Hôtel de Ville. Tout
d’abord parce que le relais des cités, et de Paris en particulier, fait qu’une seconde
« collectivité publique », la « Ville », est aussi concernée. Ensuite parce que ces rentes se
présentent en bonne part comme une dette personnelle (quoiqu’évidemment
transmissible) du souverain. L’engagement de l’État, qui paraît indispensable pour la
constitution d’un crédit public stricto sensu, reste donc ambigu366. Enfin et surtout, parce
que les rentes sur l’Hôtel de Ville fonctionnent exactement comme les rentes sur les
particuliers, sur le plan juridique comme sur le plan économique.

5. Le « crédit contraint » hors du royaume

a. Les prêteurs suisses

114 Le roi de France bénéficie de soutiens financiers actifs en Suisse et sait dans les années
vingt en particulier y trouver du crédit. La procédure d’emprunt dans les Cantons fait
l’objet d’une commission dont est pourvu un résident. Celle de Morelet de Museau, qui
date du 13 juillet 1523, lui donne pouvoir
« de prandre et empruncter tant des communitez des quentons des ligues que des
particulliers d’iceulx et autres quelz qu’ilz soient […] toutes les sommes de deniers
que pourrez trouver et recouvrer d’eulx et leur en bailler pour et en nostre nom ou
au vostre telles seuretez et promesses et obligacions qu’ilz vouldront avoir, avec
telz drois et gratuitez ou censés que composerez et accorderez avec eulx » 367.
115 La fin de ce passage évoque les intérêts que le roi s’engage à payer. De fait « tous les
deniers emprunctez aulx ligues ont esté pris à intèrestz » affirme le fils de Morelet dans
un mémoire justificatif368.
116 L’ampleur exacte des sommes en jeu est difficile à connaître, mais des lueurs existent
pour les années vingt. En 1522-1523, le roi emprunte successivement 28 500 puis 5 400
écus sur le marché bâlois, 15 000 écus à la ville de Berne et 30 000 florins au canton de
Fribourg369. Le 16 septembre 1527, François Tardif, commis en Suisse du trésorier de
l’Extraordinaire des guerres Gaillard Spifame, certifie que depuis septembre 1525 il lui a
été remis par Morelet 69 951 lt. « des deniers empruntés aux Ligues à plusieurs et diverses
193

fois »370. De l’importance des sommes évoquées, on peut conclure à l’existence d’un
véritable « parti français » dans les Cantons. Il regroupe ceux que l’ambassadeur Lamet
appelle en 1521, dans une lettre au roi, « voz bons amys et serviteurs de par deçà »,
auxquels il cherche alors à emprunter 12 000 écus371. Ces « fidèles » servent aussi de
répondants pour les prêts obtenus sur le marché bâlois. En 1523, les cantons de Berne,
Fribourg et Soleure doivent ainsi fournir leur garantie, celle du roi étant jugée
insuffisante372. Certains particuliers prennent alors des risques légaux qui ne sont pas
minces s’il faut en croire les propos de Lambert Meigret, envoyé auprès des Cantons. Il
rappelle au souverain que beaucoup d’entre eux « sont obligés pour vous pour plus qu’ils
n’ont vaillant, laquelle chose, si elle était connue de leurs supérieurs, on leur ferait
trancher la tête, étant la coutume en ce pays que tous ceux qui s’obligent pour plus qu’ils
n’ont vaillant doivent être punis de la vie »373.
117 Il est parfois bien difficile d’identifier les garants, tout comme les prêteurs d’ailleurs, en
raison de problèmes de transcription des noms et de paléographie. Evoquons l’exemple
d’une quittance de Spifame, recopiée dans un inventaire, qui mentionne les « deniers
empruntez à Tralle [sic pour Bâle ?] et autres lieux du pays des ligues sur le crédit de
Dyetoys [Dietrich ?] Danglispert, Hamonyer Fribout et de Jacob Traictemer dud lieu »374.
L’argent récolté sert pour une part appréciable à l’Extraordinaire des guerres375. Or qui dit
Extraordinaire dit troupes mercenaires, au premier rang desquelles, surtout dans les
années vingt, figurent les Suisses. En novembre 1521, c’est très explicitement pour solder
des hommes des Cantons qui partent pour Milan que Lamet veut emprunter. Quant aux
fonds recueillis en 1523, ils servent à régler une partie des pensions et des soldes qui sont
dues.
118 Ainsi les Suisses fournissent-ils un argent qui pour une part appréciable leur revient plus
bu moins directement. Ils sont donc, pour assurer le bon fonctionnement de
l’infrastructure financière de la monarchie, en partie contraints de prêter, de peur de voir
le bel édifice dont ils bénéficient s’écrouler. Très logiquement, ce sont donc les cantons
les plus dépendants des rentrées royales pour « boucler » leur budget (Fribourg, Soleure
ou Lucerne), et les capitaines qui servent le roi, qui se révèlent les plus empressés à
donner au système les moyens de continuer à fonctionner376. En espérant, bien
évidemment, un profit à terme.

b. En Italie : sujets et alliés

119 Dans ses possessions italiennes, François Ier est à même de solliciter avec conviction des
emprunts d’autant plus importants que les deux principaux centres, Gênes et Milan, sont
fort riches. Au début de 1517, la cité ligure, par la bouche de son ambassadeur, rappelle à
François Ier qui présente une nouvelle demande que, dans les dernières années, elle a déjà
prêté 75 000 écus377. A Milan, on constate l’existence d’un parti français qui prend une
part active à la gestion de la province et s’investit dans le service du roi. Ces gens qui ont
beaucoup à perdre à voir disparaître les Français, des Trivulzio aux de Roma, ne sont donc
pas les derniers à secourir le roi de leurs deniers. Ils s’appuient sur une partie des élites
commerçantes de la cité378. Un bon exemple est fourni par l’engagement du général de
Milan Geoffroy Ferrier (Ferrerro) qui appartient à une puissante dynastie d’hommes
d’argent379. Sollicité par le roi en 1521, avec ses parents et amis il prête 120 000 lt. en un
mois. A l’automne, Lautrec souligne au roi que « plusieurs gens de bien de Millan ont
preste de grosses sommes de deniers », et le général est à leur tête380. Au même moment
Ferrier ordonne au trésorier de Crémone Georges Grolier, cousin du trésorier général du
194

duché, d’emprunter plus de 38 000 lt. pour les guerres381. Mais Ferrier et les siens
atteignent rapidement les limites de leur crédit et leurs efforts ne permettront pas de
conserver le Milanais au roi382. Est-ce dans le cadre des levées pour la rançon, pendant la
brève réoccupation du duché en 1527-1528, qu’un lieutenant de Lautrec reçoit
commission pour demander aux gentilshommes du Milanais de prêter au roi 33 000 écus
soleil383 ? Le maréchal peut du moins profiter, pendant sa campagne méridionale, de prêts
de barons napolitains ralliés384. Dans le sud de la péninsule aussi, existe un parti français,
mais moins implanté qu’en Lombardie.
120 Les alliés italiens du souverain sont aussi mis à contribution au gré des besoins. En janvier
1525, alors qu’il piétine sous les murs de Pavie, François Ier obtient des Républiques de
Florence et de Lucques respectivement 100 000 et 12 000 ducats pour assurer le
financement de l’expédition qu’il lance vers Naples sous le commandement de Stuart
d’Albany385. Albert Pio, comte de Carpi est « obligé aux marchands [pour argent] qui fut
prins par commission et pouvoir du Roy pour l’entreprinse du royaume de Naples » de
1525. S’agit-il des avances des Républiques, ou d’autres prêts ? Impossible de le dire. Du
moins Pio s’est-il engagé en son nom propre et, à la fin des années vingt, il demande « la
satisfaction des marchans, à causes desquelz [il est] dès longtemps excommunyé » 386.
François Ier reçoit aussi du secours de certains princes. Un document du 15 septembre
1528 livre le détail des reconnaissances de dettes passées par des agents du roi au duc de
Ferrare Alphonse d’Esté, pour un total de 88 620 écus387. Quant au duc de Savoie, il prête
40 000 lt. à la fin de 1521 à Lautrec qui commande en Lombardie388.

B. Les mécanismes
1. L’origine des fonds prêtés

a. Les fonds propres

121 Pour répondre positivement aux demandes royales, conseillers, évêques et autres
parlementaires, cités et alliés doivent disposer d’espèces métalliques ou, plus largement,
de métaux précieux, quelle qu’en soit la forme. Une partie des sommes avancées provient
directement des trésoreries accumulées par les particuliers et les institutions. Comme
l’écrit un peu brutalement Brissac au roi en 1554, il faut « mettre la main, par une douce
saignée, dans les richesses inutilement enfermées dans les coffres des bonnes villes »,
qu’on remboursera ultérieurement389. Des indices sérieux d’une importante
thésaurisation sont disponibles390. Ils permettent de comprendre comment les prêteurs
peuvent, s’ils le veulent, mobiliser quasi instantanément des fonds pour leur souverain.
Les emprunts monarchiques ont donc pour conséquence un mouvement non négligeable
de déthésaurisation dont la « saisie » des trésors des églises en 1522 a déjà fourni un
spectaculaire exemple. Il en va de même avec les emprunts « couverts » en vaisselle
précieuse, occurrence fréquente au long du règne. Le 28 mai 1516, ordre est donné de
convertir en testons l’argenterie empruntée aux Parisiens391. Ils ne sont pas les seuls
touchés alors : Anne de France, duchesse de Bourbon, fournit pour 7 000 lt. de vaisselle, le
duc de Vendôme pour 6 559 lt. ; madame de Taillebourg pour 7 293 lt. sans parler
d’Ymbert de Batarnay et des évêques de Luçon et de Castres, Lancelot du Fou et Pierre de
Martigny392. En 1530, certains parmi ceux qui sont mis à contribution pour la rançon
versent leur quote-part en argenterie393. En 1542 encore, les emprunts pour la guerre
livrent une « bonne quantité de vaisselle d’argent » qui sert à frapper des testons394.
195

122 C’est sur un emprunt de 1521-1522 que nous sommes le mieux renseignés. Il est préparé le
10 septembre 1521 par une mesure « préventive » d’interdiction pour six mois de toute
fabrication de vaisselle d’or et d’argent395. Le Bourgeois de Paris l’évoque sur un ton
relativement modéré : « Puis on demanda par les maisons de la vaisselle d’argent et
partout le royaulme ; et à Paris n’y eust aucuns exemptz, mesmes de la cour de Parlement,
ne aultres ; tellement que chacun en bailla selon sa puissance, et furent les églises
contrainctez d’en bailler, chacune en droit soy ». Comme à son habitude, Versoris est plus
virulent qui parle d’« une exaction indue sur les Parisiens, c’est asçavoir tous les
seigneurs et bourgeois de Paris »396. Le critère retenu pour la taxation, d’après le
Bourgeois de Paris, est la « puissance », c’est-à-dire les capacités. Si l’on suit Versoris, la
taxe pèse en fait sur chacun « selon sa qualité ». Cette dernière formule est plus en accord
avec ce que nous apprend un rôle d’emprunt du 12 septembre 1521, où les taxes sur les
officiers parisiens sont basées sur la fonction occupée397. Ainsi les conseillers au
Parlement sont-ils astreints à fournir 50 marcs d’argent. Ceux qui ont déjà prêté au roi
lors d’une autre occasion sont dispensés de contribuer. Parmi les membres de la Chambre
des comptes, le premier président Nicolaï, le président Berthelot, monsieur de Saint-
Mesmin et le receveur de la Chambre sont dans ce cas. Au total, le roi exige du Parlement,
2 430 marcs, de la Chambre des comptes, 1 143, des requêtes du Palais, 625, des aides, 215,
du Châtelet, 196 et de la Cour des monnaies, 130. Les gens d’Église et « officiers, bourgeois,
marchands et autres bons personnaiges de Paris », du moins, ici encore, ceux « qui
n’auront preste et aydé d’argent au Roy », sont tenus de verser 2 000 marcs. Ce chiffre
arrondi ne repose pas sur une liste nominative, à la différence des précédents. Il ne s’agit
à l’évidence que d’une approximation lancée au Conseil du roi. Les rentrées réelles ont été
bien en deçà des espérances, si l’on en juge par quelques cas de conseillers au Parlement
dont le remboursement a laissé trace, et dont aucun ne dépasse vingt marcs de prêt398.
Est-ce mauvaise volonté ? Est-ce impossibilité de « puissance » ? Les taxations royales
ont-elles été révisées à la baisse ? Je ne sais. Malgré tout, chacun de ces conseillers a été
en mesure de « déthésauriser » pour le roi entre 132 et 265 lt..
123 Sans être négligeable, surtout en grand nombre, de telles avances sont le signe soit d’une
accumulation modeste, soit d’une dissimulation. Plusieurs « saisies » de successions
opérées par le roi permettent de faire connaissance avec le monde des grands
thésaurisateurs. En effet, François Ier emprunte les liquidités de certains de ses conseillers
immédiatement après leur mort, dans des conditions qui rendent délicate la mise à l’abri
d’une partie des « trésors », même si celle-ci reste toujours possible. La première victime
est le seigneur de Boisy, Artus Gouffier. Il s’éteint en Languedoc le 13 mai 1519. A peine la
nouvelle de sa mort est-elle connue que le roi donne ordre de faire faire l’inventaire des
« économies » du grand maître accumulées au château de Chinon399. Le total atteint la
somme coquette de 154 247 lt., soit 102 054 lt. en écus au soleil, plus 34 635 lt. en vaisselle
d’or et 17 558 lt. en vaisselle d’argent400. L’existence d’une impressionnante quantité de
vaisselle d’or est un signe patent de l’appartenance de Boisy au groupe social le plus
relevé du royaume. En matière de thésaurisation en revanche, Boisy trouve son maître en
la personne d’Antoine Duprat. L’inventaire des métaux revenant à la couronne, après
l’emprunt de la succession du chancelier en 1535, atteint 280 030 lt., soit 245 646 lt. en
écus au soleil et 34 384 lt. seulement en argenterie401. Notons que l’écu en 1535 est à 45 st
pièce, quand celui de 1519 ne valait que 40 st. Chez Duprat, il n’y en a donc qu’un peu plus
du double de ceux qui s’accumulaient dans les coffres de Boisy (109 163 contre 51 027).
Pour le chancelier, ce sont ces beaux écus qui comptent avant tout. Ils représentent, en
196

valeur, 87,7 % du trésor accumulé. Chez Boisy, l’obligation sociale d’ostentation ou le goût
personnel ont laissé une place plus importante à la vaisselle (33,8 %).
124 Deux autres emprunts du même type - au moins - ont lieu sous François I er. En 1523, le roi
met la main sur le trésor monétaire de la succession d’Ymbert de Batarnay, seigneur du
Bouchage402. Il n’est pas question de vaisselle précieuse et on n’a sans doute ici qu’une
partie de la thésaurisation de Batarnay. Avec quelque 46 000 lt.. en espèces, il se situe un
cran au-dessous des deux précédents. Reste le cas de Jean de Laval, seigneur de
Châteaubriant. A sa mort en 1543, le roi demande aux généraux des monnaies de priser
les espèces et la vaisselle de sa succession, qui sont affectées aux besoins du trésor. Mais
aucun document ne nous renseigne sur leur valeur403. Les liquidités de Duprat donnent
une idée de ce qu’est un enrichissement fulgurant, en une génération. Les autres, même si
la faveur du roi est loin d’être négligeable pour eux, sont aussi des héritiers. Tous les
quatre sont évidemment peu représentatifs des capacités moyennes d’accumulation, y
compris au sein des catégories sociales dominantes404.
125 Du moins sait-on que des personnages de rang moindre ont aussi des possibilités
importantes en ce domaine. Le cas du président aux Enquêtes René Gentil, notoirement
concussionnaire, est un peu particulier. Lorsque ses biens sont confisqués, les objets
précieux (bijoux, pierreries, vaisselle d’argent) et les monnaies sont évalués le 14 avril
1537 à 28 500 lt..405. Mais entre le 15 mars et le 4 avril précédent, sentant la menace, Gentil
a émis des lettres de banque pour 27 187 lt.. sur Rome en prévision de sa fuite. Il est donc
probable qu’au début de mars, sa thésaurisation dépassait les 50 000 lt.. 406. On peut retenir
également le cas du maître des comptes Claude de Hacqueville dont l’inventaire après
décès mentionne 27 466 lt. de monnaie et 1 795 lt. d’objets précieux, soit 29 261 lt. 407. A la
mort du chanoine de Notre-Dame de Paris Tappereau en octobre 1527, Versoris rapporte
un bruit selon lequel on aurait trouvé chez lui 30 000 à 40 000 lt. en « deniers constant » 408
. En faisant la part de l’exagération propre à ce genre de rumeur, on constate néanmoins
l’existence dans les fortunes parisiennes de liquidités importantes.
126 La monarchie, par ses prélèvements, contribue donc à accélérer la circulation monétaire,
empêchant en particulier que trop de métal ne soit immobilisé dans l’argenterie. Celle-ci
a une « espérance de vie » souvent réduite, à commencer par celle du roi lui-même409. En
septembre 1536, les gardes du Trésor du Louvre signalent au souverain qu’ils ont extrait
du cabinet de l’Épargne et qu’ils envoient au maître particulier de la monnaie de Paris les
trois coupes qui restent sur les douze que François Ier avait commandées pour l’entrevue
de Marseille avec le pape, en octobre-novembre 1533410. En moins de trois ans, elles ont
donc toutes disparu, sauf si certaines des neuf premières ont été remises en cadeau. Bien
sûr, les nouvelles monnaies iront droit dans les caisses de l’Extraordinaire des guerres.
Les conflits sont comme on peut s’en douter les meilleurs agents de la déthésaurisation
monarchique.

b. Le recours au crédit

127 Mais les fonds propres des prêteurs sont souvent insuffisants pour répondre aux
demandes du souverain. Aussi ceux qui sont mis à contribution doivent-ils fréquemment
se tourner vers des détenteurs de capitaux. Ceux-ci, faisant fonds sur le crédit privé de
leurs débiteurs directs, prêteront par leur intermédiaire à la monarchie. Au plus haut
niveau, ce cas de figure peut se produire sans même que le roi ait exprimé le désir d’un
prêt, tout simplement pour assurer le fonctionnement de l’appareil monarchique,
197

notamment militaire. A la fin d’octobre 1528, les fonds pour le payement des lansquenets
tardent. A Paris, Duprat doit faire face en l’absence conjuguée du trésorier de l’Épargne
qui pourrait lui procurer des fonds « ordinaires » et du prévôt des marchands qui devrait
fournir des fonds « extraordinaires » de la ville. Aussi le chancelier conclut-il : « Je verray
demain si sur mon crédit pourroy trouver la somme pour l’envoyer incontinent »411. Ainsi
le « crédit-relais » n’est-il pas une exclusivité des officiers de finance, même si leur rôle
en ce domaine est fondamental412. Le cardinal de Tournon, qui s’acharne à assurer la
défense du Piémont en 1536-1537, cherche son salut dans le crédit, tout comme
l’acquéreur d’un office de justice en mal de liquidités ou l’évêque en peine de régler sa
quote-part d’un emprunt forcé. La monarchie utilise le crédit, personnel ou collectif, des
individus et des corps à son profit413.
128 Pour obtenir du crédit, les relais du monarque ont recours à une structure de base : les
« amis »414. C’est souvent la seule indication qui est donnée en la matière. Il s’agit très
vraisemblablement, selon les règles du langage du temps, de leurs « clients », avec toute
la complexité que recouvre cette notion. En 1519, Philippe Chabot avance 20 000 êcus. Ses
fonds propres ne suffisent pas et « il empruntfe] de ses amys et par son crédit » une partie
de la somme. L’évêque d’Autun Jacques Hurault ne peut fournir tout ce qu’on lui réclame.
Mais il parvient du moins à trouver 1 500 écus « par le moyen de [ses] amys » 415. Le
chancelier Duprat, sur la brèche dans les années 1527-1528, a besoin de trouver des fonds
pour régler la quatrième paye consécutive au traité de Cognac. Il « parle à aucuns de [ses]
amis qui [lui] ont promis aviser à ce qu’ils pourront faire »416. Les « amis » sont aussi ceux
que les intermédiaires peuvent à leur tour solliciter de prêter directement à la monarchie
417
. Jean-Jacques de Passano est récompensé par le roi pour avoir « faict prester audict
sieur par ses amys plusieurs grosses sommes de deniers pour ses affaires et nécessitez » 418
. Ils ont encore parfois d’autres fonctions. Pour Tournon en 1536, ils servent
d’informateurs ou de garants419.
129 Ce type de soutien met en évidence l’importance de l’implantation locale, de la notoriété
et de la fortune des intermédiaires. A ce niveau, tout repose sur la confiance et la
contrainte est souvent de peu d’efficacité. Quand en septembre 1521, dans une situation
difficile il est vrai, Semblançay cherche du crédit à Paris, il en est réduit, la confiance
disparue, à souhaiter avoir « puissance sus ceulx de ceste ville et sus les aultres ». Mais il
constate dans la même missive à Louise de Savoie qu’« on ne fait compte de lettres ne de
commandemens », ce qui signifie à l’évidence que le marché du crédit ne réagit pas aux
sommations du pouvoir420. Dans ce contexte, l’emprunt forcé est le dernier recours. Mais
il ne contribue guère à la popularité du souverain.
130 Pour régler une taxe, l’évêque de Bayonne Estienne de Poncher a « pris [son] chemin à
Paris pour reguarder le moyen avecques [ses] amys de fournir la partie entière ». Mais au
préalable, il a dû emprunter de l’argent sur le marché lyonnais et, précise-t-il au
chancelier, « partye de l’argent quay pris en ce lieu lay promis rendre dedans peu de
temps ». « Il fault m’engager à tout le monde » conclut-il421. Pour ce malheureux évêque
qui réclame la « pytié » du chancelier du Bourg, le réseau des amis ne suffit pas. Le
recours aux capitalistes complique le jeu et entraîne souvent des difficultés. L’épisode de
la contribution de Guillaume du Bellay à la rançon fournit un bon exemple422. Le seigneur
de Langey doit verser 20 000 lt.. Il semble bien que cela découle, non d’une demande
royale explicite, mais bien d’une initiative de sa part, si l’on en croit les propos qu’il tient
dans une lettre à Montmorency : « Ne me feusse hasardé de vous en porter parole ne
d’escripre à Madame si je n’eusse sceu où prendre [l’argent] »423. Il s’agit, il est vrai, d’un
198

excellent moyen de faire sa cour. Du Bellay ne peut extraire cette somme de ses réserves
car il n’est pas en fonds. Il lui faut donc emprunter l’argent à un marchand parisien, Jehan
Brice (ou Brisse). Il a pris langue avec lui dès janvier 1530. Or le crédit de Langey est
médiocre et Brice exige que des garanties complémentaires lui soient accordées. Aussi
Guillaume du Bellay, épaulé par son frère Jean et soutenu par Montmorency, doit-il faire
le siège des officiers de finance choisis par Brice pour leur arracher une obligation. Il lui
faut tout d’abord surmonter les réticences du trésorier de l’Épargne et général de
Normandie Guillaume Preudhomme. Il semble bien que des rivalités politiques
compliquent la chose : Preudhomme est dans la mouvance de Duprat - que Jean du Bellay
appelle « le sainct qu’il adore » - et le chancelier n’est pas en bon terme avec les du Bellay.
Mais si « le général de Normandie en faict sa debte », Jean Brice ne s’en contentera pas
pour autant : il lui faut en plus l’obligation des receveurs généraux de Normandie et de
Bretagne, Jehan Carré et Palamède Gontier. « Je ne scay qui meut ledit Brice de vouloir
plustost ceulx là que aultres » écrit Guillaume du Bellay à son frère.
131 Or les préventions de Preudhomme ne disparaissent pas. Le 6 mars 1530, tout « dépend
totalement du général de Normandie ». Le 8, Langey demande à Montmorency de lui
« faire tenir […] la promesse de monsr le général de Normandie en son privé nom du prest
des XX m francs à payer pour le xve jour de juillet ». On le voit, il s’agit d’un prêt à très
court terme, même si deux jours plus tard l’échéance évoquée est repoussée au 15 août 424.
Preudhomme cède-t-il ? Rien ne permet de l’affirmer mais au bout du compte Brice
accepte apparemment de se contenter d’un seul garant sur les trois. Le 18 mars, Jean du
Bellay parvient à débloquer la situation : « J’ay tant faict qu’à la fin, en l’absence de mon
frère qui est allé veoir s’amye, on m’a accordé aujourd’huy, suz la dernière proteste que
j’en ay faicte, d’escripre à Jehan Carré qu’il s’oblige en son propre nom : s’il le faict,
l’argent est comptant ». Dès le 28 mars le roi annonce à ses délégués à Bayonne que les
10 000 écus du prêt sont partis, avec 10 000 autres fournis par Carré lui-même ainsi que
les deniers de sa charge de Normandie425. Le souverain va un peu trop vite en besogne car,
dans une nouvelle missive du 8 avril, il précise que l’argent est toujours à Paris et que la
« sûreté » que doit fournir Carré n’a pas encore été remise au prêteur. François Ier écrit au
receveur général pour qu’il s’exécute426. C’est donc courant avril que le dénouement
intervient427. Ce n’est pas la seule occasion où Langey emprunte pour le service du roi - en
particulier comme gouverneur du Piémont - et ses créanciers, marchands de Paris comme
Brice, Guillaume Legras ou Nicolas de Noble, marchands-banquiers lyonnais comme Jean-
François Bini, peuvent légitimement se faire du souci…428

c. Les officiers de finance et les jeux de l’emprunt

132 Les prêteurs en mal d’argent peuvent aussi se tourner vers les manieurs de fonds publics.
Ce type de démarche est traditionnel. La ville de Tours, en 1496, sollicite ses principaux
citoyens pour l’aider à rassembler ce que le roi lui demande : au premier rang de ceux-ci,
Jacques de Beaune et Thomas Bohier429. Sous Louis XII, le futur chancelier Duprat fait
appel aux généraux lorsqu’il doit avancer des fonds pour obtenir un office de maître des
requêtes430. Quant aux emprunts de Chabot à Pierre d’Apestéguy ou Jehan Sapin, ils
servent peut-être à l’amiral pour soutenir financièrement son roi431.
133 Si l’on croise la liste des prêteurs au roi et celle des débiteurs de l’officier pour lequel on
dispose des informations les moins mauvaises, Morelet de Museau, huit noms sont
communs aux deux séries. Mais pour deux d’entre eux, toute corrélation est impossible :
l’évêque Jean de Langeac ne prête au roi qu’en 1539 et Morelet est mort dix ans plus tôt.
199

De même, le brodeur du roi tourangeau Girard Odin n’avance des fonds qu’en 153 2 432. Un
troisième, l’évêque Menault de Martory, est peu probable, car ses relations avec Morelet
sont de 1513, et son premier prêt au roi de 1521433. Pour quatre autres, on entre dans le
domaine du possible. Avec Laurent Meigret, commissaire des guerres puis valet de
chambre du roi avant d’être poursuivi pour hérésie434, et Jean-Albert Merveille
(Giovanalberto Maraviglia), juriste italien et gentilhomme de la Maison du roi 435, l’activité
en Suisse a servi de dénominateur commun. S’y ajoute, pour Laurent Meigret, des liens
étroits entre Morelet et l’un de ses frères. Nicolas Le Coincte, déjà évoqué comme prêteur
est débiteur de Morelet dès 152 1436. Pierre Violle, qui acquiert un office de conseiller au
Parlement en 1522, doit 400 écus à la succession437. Reste un cas où la corrélation est quasi
certaine, celui des Gayant. Loys, marchand drapier et bourgeois de Paris, achète un office
de conseiller au Parlement de nouvelle création pour son fils et homonyme et, dans le
même temps, emprunte 1 400 lt. à Morelet et lui cède 50 lt. de rente pour un capital de
600 lt.438. Hormis ce dernier cas, qui paraît solidement fondé, les autres rapprochements
ne sont que des hypothèses fragiles. Du moins note-t-on au passage la diversité sociale
des personnages concernés.
134 Les officiers de finances sont eux aussi des créanciers de la monarchie. Que leur argent
s’engloutisse dans les caisses royales directement ou via un maillon intermédiaire, la
question de l’origine des fonds se pose de nouveau. A de rares exceptions près, les
avances des officiers de finance restent assez réduites et leur fortune propre en terres, en
rentes et en revenus d’offices peut en théorie leur permettre de faire face aux exigences
royales. Sans qu’il soit question de se lancer dans une étude fouillée des patrimoines 439, il
est cependant possible d’affirmer que la plupart des officiers concernés - qui sont souvent
les plus en vue - possèdent des revenus annuels très importants, atteignant sans
difficultés 5 000 à 10 000 lt.440. On peut donc les créditer d’une importante thésaurisation.
Mais seuls les circuits du crédit nous retiendront ici.
135 Les limites de l’information disponible, qu’elle provienne des archives monarchiques ou
notariales, entraînent de sérieux problèmes de méthode. Comme on vient de le voir avec
Morelet de Museau, elles circonscrivent terriblement les croisements de données. Elles
compliquent donc, pour les officiers de finance, l’étude du crédit. Il est difficile d’avoir la
certitude qu’on ne compte pas deux fois les mêmes prêts. Ainsi, lorsque Semblançay et les
généraux sont dissociés pour les garanties, comment ne pas craindre des chevauchements
quand on sait par ailleurs que leurs cautions sont parfois requises pour une même
avance ? Distinguer parmi les fonds que les officiers fournissent est plus délicat encore :
qu’est-ce qui vient d’eux, des marchands-banquiers ou d’autres sources ? Lorsque de
l’argent est versé à Thomas Gadaigne « en l’acquict de Henri Bohier », on suppose
logiquement qu’il y a dû avoir un prêt fait auparavant par ce dernier sous son nom et
dont les fonds provenaient en fait de Gadaigne441.
136 Cette relation où le capitaliste est le marchand-banquier et le paravent l’officier semble la
plus logique. Malheureusement, elle est réversible. Thomas Bohier est ainsi créancier de
Robert Albisse pour 29 500 lt. en 1522442. L’emprisonnement d’Albisse suit de près celui de
Jaques de Beaune, baron de Semblançay « parce qu’il estoit de l’alliance et qu’il
s’entendoit avec ledict de Beaulne et qu’iceluy de Beaulne luy bailloit grosse somme de
deniers qu’ilprestoit au Roy à intérest, et néanmoins c’estoit le dict de Beaulne qui en
prenoit les proufitz »443. Les « explications embarrassées » (pour reprendre l’expression
de Roger Doucet) que donne Semblançay dans son interrogatoire sur la destination de
certains intérêts semblent corroborer ce fait444. L’hypothèse la plus vraisemblable dans ce
200

cas est que Semblançay prêterait au roi son propre argent, moyennant intérêts, en jouant
sur les grosses sommes appartenant au Trésor qui passent dans ses caisses 445. Une
commission financière qui fait un rapport sur la situation en Bretagne évoque cette
possibilité pour l’ensemble des comptables. Elle est permise par une rétention prolongée
des fonds royaux : « Peult estre que eulx mesmes au nom de quelques bancquiers
rebaillent au Roy son propre argent à intérest, pour quoy ne fault estre esbahy si
soudainement ils sont riches »446. Utiliser à son profit les fonds publics dont on a la
gestion est évidemment absolument illégal. Mais ce délit s’apparente à une compensation
quand il est commis, comme c’est le cas avec Semblançay, par un créancier de la
monarchie lui-même en mal de règlement financier.
137 Pour de telles opérations, le recours à des prête-noms est évidemment indispensable. S’il
faut en croire accusateurs et rumeurs, Semblançay s’est acoquiné en ce domaine avec des
Italiens de Lyon. Mais, son cas excepté, l’existence de ce type de relais est très rarement
attestée, y compris dans le Minutier Central, pourtant propice à ce genre de documents.
Le 28 août 1540, noble et scientifique personne maître Arnoul Ruzé, conseiller au
Parlement et aux requêtes du Palais, vient témoigner que les 2 500 lt. prêtées par lui à
Jehan Sapin, receveur général de Languedoïl, le 12 août 1527, appartenaient en fait à
Gaillard Spifame, trésorier de l’Extraordinaire des guerres. Le lendemain, honorable
homme sire Guillaume Parent, marchand et bourgeois de Paris, vient faire une semblable
déclaration concernant un prêt de 14 700 lt. datant du 5 avril 1528447. Encore n’a-t-on
aucune certitude que Sapin ait utilisé ces fonds pour le service du roi. Mais c’est la seule
occurrence où les prête-noms des officiers de finance - il s’agit ici de deux oncles de
Spifame - apparaissent clairement pour un possible crédit envers la monarchie.
138 Mais, s’ils ne se dissimulent guère, cachent-ils pour leur part derrière eux de « vrais »
prêteurs ? La question se pose ici de leurs rapports avec les dominants : sont-ils à leur
tour hommes de paille ? Le système que les travaux de Françoise Bayard et Daniel Dessert
ont mis à jour pour le XVIIe siècle, avec sa cascade de relais qui masquent en définitive les
plus grands noms du royaume, ne semble pas fonctionner dans la première moitié du XVI
e
siècle. Le seul cas « litigieux » connu est celui de Thomas Bohier : son fils et héritier
Anthoine doit rendre compte en 1528 de 48 000 lt. appartenant à Lautrec, somme dont
son père a eu l’administration448. De là à le voir investir cet argent dans les affaires
financières, en le prêtant par exemple à Robert Albisse comme on l’a vu plus haut, il n’y a
qu’un pas que l’on est fort tenté de franchir. Mais cela reste du domaine de l’hypothèse et
surtout il ne s’agit que d’un cas isolé : quand les grands officiers de finance sont en
relations d’argent avec l’aristocratie, c’est presque exclusivement comme créanciers
qu’ils apparaissent. Lorsque Ménault de Martory, évêque de Tarbes, évoque en 1548
l’argent et la vaisselle fournis en 1521 au général de finances de Milan Geoffroy Ferrier, il
est directement question du « prest par luy fait […] au feu Roy françoys ». Martory ne
s’abrite pas derrière Ferrier et ne se retourne pas contre lui ni contre ses héritiers 449.
139 Pour estimer que les officiers de finance ne relaient ni ne dissimulent les grands de ce
monde lors des prêts au roi, il faut s’appuyer sur des arguments fragiles, mais dont la
concordance emporte, à mon sens, la conviction. L’essentiel repose sur le fait que les
sources sont muettes sur cet aspect. En particulier les sources notariales, abondamment
parcourues. Celles-ci, qui servent tant pour percer les secrets financiers au XVIIe siècle en
ce domaine, ne livrent rien ou presque au chercheur un siècle plus tôt. Et pourtant les
prête-noms existent bien à cette époque : ils sont légion dans les minutes dès qu’il s’agit
d’achats de terre ou de rente. Il faut donc conclure qu’en matière de prêts, la pratique est
201

peu répandue, et quasi inexistante pour ce qui touche aux relations entre les officiers de
finance et les dominants. Ces derniers, faut-il le rappeler, sont directement impliqués
dans les rudimentaires circuits du crédit d’une monarchie qui n’a pour l’heure que des
besoins limités.
140 Derrière les officiers, on repère cependant quelques capitalistes. Mais ce sont avant tout
les maîtres du crédit des places parisiennes et lyonnaises. Lorsqu’Estienne Besnier, en
1530-1531, s’assure le contrôle de la recette générale des finances d’Outre-Seine, il promet
beaucoup au roi. Duprat, sachant qu’il s’est engagé pour une avance de 30 000 écus pour
la rançon, affirme le 17 mars 1530 qu’« il n’est pour fournir si gros deniers sans grands
intérestz »450. Or quels sont ceux qui, au détour des minutes, apparaissent comme ses
bailleurs de fonds en ces années ? Des noms connus resurgissent : ceux d’Estienne
Delange et de Jaques Pinel451. S’y ajoute celui de Jacques Lasneau (ou Lagneau), marchand
lyonnais : en 1530, Thomas Parent, un des clercs de Besnier, conduit de Paris à Lyon
« certaine quantité de vaiselle d’argent et icelle vaiselle baille à Jacques Lasneau […] pour
sur icelle empruncter aucune somme de deniers pour fournir aux affaires dudict Besnier »
452
. Lorsque les héritiers de Gaillard Spifame évoquent la situation financière de leur père,
ils ne manquent pas de souligner l’existence des « debtes du feu général […] qui montent
à plus de quinze mille livres, à Jehan Brisse, Ménisson de la ville de Troyes et plusieurs
autres »453. Avec Jehan Brice, on est de nouveau en pays de connaissance. Quant à Jaques
Ménisson, receveur des aides et tailles à Troyes, il se rattache au monde des grands
marchands de la ville454. Semblançay enfin sert bien parfois de prête-nom mais, quand ce
n’est pas pour les marchands-banquiers lyonnais ou parisiens, c’est pour Gabriel Miron et
Bernard Fortia qui avancent sous son nom 30 300 lt. à Jehan Prévost, trésorier de
l’Extraordinaire des guerres (entre 1522 et 1524). Miron, médecin du roi, est le beau-père
de Fortia, marchand à Tours, mais aussi celui de Prévost. La présence de Semblançay sert
à dissimuler le caractère quasi familial de la transaction455. On peut certes se demander,
comme pour les marchands-banquiers, s’il y a encore « quelqu’un » derrière tous les
personnages que l’on vient d’évoquer. Si cela est, il faut à mon sens songer à des relais
familiaux ou au placement d’économies de gens de niveau moyen plutôt qu’à des prélats,
des maréchaux et des ministres. Sans oublier que les fonds mobilisables grâce aux
activités économiques des personnes impliquées sont loin d’être négligeables.
141 Reste le dossier Semblançay, et tout ce que dévoile encore la procédure contre lui et au
sujet de ses biens. Lorsque ses comptes sont sur la sellette, il se défend en affirmant qu’il
« n’a eu charge comptable, ains seulement a fourny, […] pour les grans et urgens affaires
du royaume tout ce qu’il a peu, tant de luy, de son crédit, que amys ». Il insiste sur le fait
qu’il « a porté et porte interestz sur luy pour grosses sommes »456. Ce souci obsédant de
ses créanciers est présent dans l’ultime lettre qu’il adresse à François Ier le 9 août 1527.
Elle rappelle tant de formules testamentaires touchant aux dettes privées : « Vous plaise
me faire acquicter pour ce que j’ay empruncté pour votre service »457. Mais qui est en
cause, en dehors des marchands-banquiers ? Dans sa garantie du 4 novembre 1521, le
souverain évoque l’argent que Semblançay doit « tant aux bancquiers à Lyon, Paris et delà
les monts que à plusieurs particulliers, gens d’église, gentilshommes, bourgeois,
marchans et autres personnaiges de notred. Royaume »458. Contrairement à celle des
généraux qui ne concerne que marchands et banquiers, cette garantie-ci laisse les
prêteurs dans un discret anonymat. Les déboires de Semblançay permettent de retrouver
certains de ses créanciers. Mais ceux qui sont ajournés peu après sa mort appartiennent
soit au monde de la banque lyonnaise soit à celui de l’Argenterie tourangelle459 Il y a de
202

très nombreux opposants aux criées des biens, parmi lesquels « infinité de créanciers »
mais on ignore la plupart de leurs noms : ceux qui ont laissé trace sont soit des parents
soit des officiers de finance460, à l’exception des héritiers d’Anthoine Robert, notaire et
secrétaire du roi et greffier criminel du Parlement de Paris461. On cherche donc vainement
les gentilshommes et gens d’église, qui n’hésitent pourtant pas, un siècle plus tard, à se
manifester en pareilles circonstances462. La formule de la garantie relevait-elle de la
simple clause de style ? On sait malgré tout que Semblançay est en relations d’affaires
avec la noblesse, avec Ymbert de Batarnay, les La Trémoille ou la duchesse de Nemours 463.
142 Mais, à l’exception peut-être du prêt de Louis II de la Trémoille, rien ne dit que ces grands
noms aient apporté leur pierre à l’édifice du crédit qui justifie la garantie. Batarnay tout
d’abord prête directement au roi. Pour la duchesse de Nemours, Semblançay n’a été que
caution. Quant à madame de Taillebourg, belle-mère de Louis II, elle a fourni de la
vaisselle dans le cadre des prêts demandés par le roi en 1515-1516. Certes, en tant que
tuteur de René de Batarnay, Semblançay est, avec le Bâtard de Savoie, à l’origine du prêt
post mortem des liquidités du grand-père Ymbert en 1523464. Mais, ici encore, il n’y a
aucune dissimulation. Notons au passage que les tutelles, grâce aux fonds qu’elles
permettent de manier, peuvent être de fructueuses sources de liquidités pour les gens de
finance465. La seule trace du clergé est une possible utilisation par Semblançay, pour ses
affaires, des revenus des bénéfices de son fils Martin466. Mais ce que l’on voit fonctionner
ici, ce sont des réseaux familiaux et amicaux qui n’ont rien à voir avec l’activité
« bancaire » que l’on a pu parfois prêter à Semblançay. L’escompte des assignations en
revanche est très probable, quoique difficile à prouver467. Pour le rassemblement du
crédit, si quelques dominants prêtent avec un intermédiaire, ce dernier est sans doute à
chercher plus du côté des marchands-banquiers lyonnais, comme semblent le suggérer
les rares informations concernant le Grand Parti, que du côté des officiers de finance.
143 Mais, en définitive, je crois être en mesure d’affirmer que les dominants, « intéressés » au
XVIIe siècle dans les affaires de finances, ne le sont guère dans la première moitié du 16 e.
La place réduite des fermes et des traités l’avait laissé pressentir. Leur faible rôle dans
l’appareil du crédit, sinon bien sûr comme prêteurs contraints impliqués d’autorité par le
souverain, le confirme. De plus François Ier ne sollicite qu’un cercle étroit. Ces avances
sont donc à la mesure des besoins de la monarchie, des comportements du temps et peut-
être aussi des possibilités financières de groupes sociaux forts riches en capital
immobilier, mais souvent peu fournis en métaux précieux, hormis ceux que la monarchie
elle-même leur permet d’amasser468. Ainsi le système du crédit de l’époque, en raison
même de son caractère rudimentaire, et malgré les lacunes documentaires, est-il d’une
« visibilité » élevée.

2. Face à la demande

a. L’initiative vient du roi

144 Cette visibilité est liée au caractère de contrainte qui pèse sur le crédit. Lorsque Louis XII
demande une avance à ses officiers comptables, il menace les intéressés, en cas de
réticence, de suspension de leur office jusqu’au versement du « prêt »469. Quand Jean de
Cardailhac, abbé d’Aurillac et de Belle-garde, est sollicité, une commission pour saisir ses
deniers, joyaux et meubles est décernée. Elle sera mise en œuvre s’il fait montre de
mauvaise volonté. En 1542, Girard de Vienne ayant refusé de prêter 3 000 lt., les terres du
domaine qui lui avaient été engagées précédemment sont réunies d’autorité470.
203

Concernant les villes, le maréchal de Brissac, en 1554, est très clair : elles doivent accepter
de bon gré d’avancer des fonds, mais, de toute manière, « si le prince et l’Estat venoient à
décliner vers le mal, […] lors faudroit-il faire par force ce qui pouvoit aujourd’huy estre
doucement et gracieusement faict »471. Pour faire rentrer les fonds, l’activité est intense.
Duprat « fait dresser les acquits et lettres missives qui sont nécessaires pour l’emprunt
des parties du rôle que le Roi a signé […] ; il est nécessaire que le Roi députe quelques
gentilhommes qui viennent exprès de par lui pour parler aux personnages et leur faire
requête dudit prêt »472. Ces demandes, surtout lorqu’elles touchent les provinces,
entraînent une impressionnante production de papiers administratifs : Jehan Duthier,
clerc du secrétaire des finances Jehan Breton, est ainsi rémunéré pour l’envoi de douze
cents lettres missives relatives aux emprunts473. Selon son statut, on peut « aider » le roi
selon des modalités différentes. Pour empêcher que le contrôleur général de l’artillerie Le
Moyne ne soit cotisé à un emprunt parisien, un des arguments de Montmorency consiste
à souligner qu’il est de « ceulx desquelz le Roy peult estre secouru et aydé à toutes heures
qu’il lui plaira »474. Au bourgeois taxé répond le serviteur du roi aux armées, toujours
disponible. Quand on appartient, comme Le Moyne, aux deux catégories, l’intervention du
grand maître n’est pas de trop pour réduire la pression.
145 Parmi les grandes levées parisiennes, celle de 1521-1522 sur la vaisselle et celles qui sont
liées aux rentes sur l’Hôtel de Ville ont déjà été évoquées. En décembre 1526, Anthoine
Juge est remboursé pour les frais d’un voyage à Paris et Rouen pour emprunter 40 000
écus aux officiers et bourgeois des deux cités475. Un prêt par cotisation est levé dans la
capitale en mars 1537, dont on garde trace grâce à vingt et un mandements de
remboursement476. Ils concernent, pour des sommes rondes comprises entre 50 et 500
écus, une demi-douzaine de marchands et bourgeois de Paris, un procureur et un avocat
au Parlement, le trésorier des chartes et surtout une douzaine d’officiers de justice, avant
tout des parlementaires, mais aussi un président à la Chambre des comptes et un général
des monnaies. Il ne s’agit que d’une partie des victimes, comme en témoigne une lettre du
président Gentil au chancelier, datée du 27 février. Gentil y évoque les 10 000 écus qu’on
attend de lui et se lamente car « on ne demande à monseigneur de Villeroy [Nicolas de
Neufville] à prester que cinq cens escuz qui néantmoins peult donner au Roy XXV fois
aultant »477. Mais il est difficile de délimiter précisément les catégories touchées.
146 On connaît avec plus de précision, au moins pour certains d’entre eux, une série
d’emprunts taxés répartis sur les cercles dirigeants, une partie du haut clergé, de grands
officiers de justice et bon nombre des officiers de finance du niveau central. La pratique
n’est d’ailleurs pas neuve478. Les difficultés de la fin du règne de Louis XII nous valent une
liste de ce type en 15 1 2479. Sous François Ier, trois autres sont bien connues pour 1527,
1528 et 153 1480. Celle de 1521 est elliptique481 et celle de juin 1537 incomplète 482. Une
septième, 213 dans les années 1530-1535 n’est connue que par allusion483. C’est donc lors
de la période où le secours des marchands-banquiers fait défaut à la monarchie que ce
procédé fleurit. Il y a là, à coup sûr, plus qu’une coïncidence. On n’en trouve plus trace en
revanche pour les dix dernières années du règne qui voient le retour des prêteurs
lyonnais.
147 Il est possible de ventiler les fonds en fonction des catégories concernées pour quatre
séries, les chiffres correspondant aux pourcentages de la valeur fournie.
204

148 Chaque année a sa spécificité : en 1512 le monarque qui prête sur son patrimoine propre,
en 1527 la place des officiers de justice, en 1528 le poids relatif de deux corps d’officiers
(Chambre des comptes et Cour des monnaies) et en 1531 la présence de deux banquiers
pour une somme importante. La position des officiers de finance reste, malgré les basses
eaux de 1527, particulièrement importante. En 1531, si l’on met à part les banquiers, leur
participation retrouve son taux « normal », avec 61,2 %. Groupe dirigeant et haut clergé
suivent en appui, pour 20 à 25 % de la somme totale, 35 % en 1527. Le reste est affaire de
détail ou de conjoncture. Les fonds demandés en 1512 (295 500 lt.) et en 1531 (172 833
écus) sont bien supérieurs à ceux qui sont sollicités en 1527 (75 500 écus) et à ceux qui
sont effectivement obtenus en 1528 (121 530 lt.).
149 Grâce à une documentation particulièrement riche, il est possible d’avoir une idée des
rentrées du prêt de 1531484. L’établissement de la liste initiale date sans doute de juin485.
Dès le 21 août, les ambitions sont révisées à la baisse : 130 200 écus seulement sont
dorénavant attendus des emprunts. Le 3 octobre, 36 819 écus ont été versés 486. A cette
date les parties à venir considérées comme sûres se montent à 57 218 écus, y compris
25 000 écus de Robert Albisse487. En revanche, par rapport à la liste de départ, le Conseil
estime que 52 800 écus ne relèvent pas d’un prompt recouvrement. De fait, aucun des
prêts placés dans cette catégorie ne figure parmi les mandements de remboursement.
Ceux-ci, du moins ceux dont on garde trace, se montent à 136 340 lt., prêt d’Albisse exclu
488. Si l’on additionne les parties reçues le 3 octobre et celles qui sont jugées sûres à cette

date, toujours hors Albisse, on atteint 69 037 écus, soit, au cours légal, 138 074 lt.. La
proximité des deux chiffres montre que les jugements portés le 3 octobre étaient
pertinents et se vérifient globalement. En définitive, il a fallu en rabattre encore de près
de moitié par rapport aux espoirs du 21 août. Est-ce un hasard si ces chiffres ultimes nous
ramènent presque au niveau des prêts effectifs de 1528 ? Ainsi peut-on juger des limites
de la contrainte, quand les demandes aux prélats passent de l’écu à la livre ou quand les
officiers de finance ergotent sur leur cote ou leurs disponibilités.
150 En effet, si bien des « prêteurs contraints » montrent malgré tout une certaine célérité
dans le versement489, un nombre appréciable d’entre eux traîne les pieds. Yves Brinon, en
mai 1522, persiste dans son refus de prêter six marcs d’argent au roi, malgré plusieurs
semonces, car il y met comme condition la délivrance d’une obligation du trésorier
Morelet, ce à quoi se refusent les commissaires à l’emprunt, président Guillart en tête490.
Si, le 22 avril 1538, les villes qui ont payé leur quote-part de la levée pour les hommes de
pied sont dispensées de verser le solde des emprunts antérieurs, c’est bien qu’une partie
de ces derniers reste encore à recouvrer491.
151 Le cas du trésorier de France Pierre Legendre illustre les divers procédés dilatoires
utilisés par les « prêteurs contraints »492. Tout d’abord, ils sont loin de répondre à la
205

première sommation. Pour obtenir 10 000 lt., François Ier écrit à son trésorier le 22 juin
1524 d’Amboise, puis le 10 juillet de Blois et enfin le 18 de Romorantin. Une autre cote de
l’inventaire des papiers de Legendre fait état de sept lettres missives écrites par le roi, le
Bâtard de Savoie et Semblançay au sujet du prêt d’une somme identique. Il ne s’agit sans
doute pas de la même opération car, au milieu de 1524, Semblançay est définitivement
hors jeu sur le plan financier. Ce sont vraisemblablement les préliminaires débouchant
sur l’octroi de 7 500 lt. au début de 1522. 7 500 lt. et non 10 000, malgré l’insistance des
demandeurs. C’est pire encore en 1524 puisque le trésorier ne fournit que 3 000 lt., pour
lesquelles il reçoit le 9 août une quittance du trésorier des finances extraordinaires.
Legendre obtempère donc, mais pour une partie seulement de ce que souhaitait le roi. Or,
la veille, le 8 août, un mandement de remboursement à son bénéfice a déjà été émis par le
trésorier de l’Épargne. N’est-ce pas à cette condition qu’il a accepté de fournir ce petit
tiers de la somme requise ? Il est vrai que mandement n’est pas remboursement, même
quand on est trésorier de France. Lorsque Legendre meurt, en février 1525, il est
créancier du roi pour 12 500 lt., 9 500 livres prêtées sans doute en 1523 s’ajoutant aux
3 000 lt. de sa dernière contribution. Cet argent est toujours dû en septembre 1529 ; dix
ans plus tard, au début de 1539 un nouveau mandement de remboursement pour les
3 000 lt. est émis, qu’on espère plus efficace que le précédent493. Les réticences initiales de
son serviteur n’ont donc pas empêché le roi de le faire contribuer. Est-ce la disparition de
Legendre qui fait traîner ainsi le remboursement ? Il est permis d’en douter puisque son
principal héritier n’est autre que Nicolas de Neufville, alors fort bien en cour. En fait, les
difficultés de remboursements de la part de la monarchie, comme on le verra bientôt,
sont une constante.

b. Tirer profit du fardeau imposé ?

152 Le crédit offert au roi par les « prêteurs contraints » n’est cependant pas pour eux une
opération entièrement négative, y compris sur le plan financier. En effet, même s’il s’agit
plus de dédommagement que de rémunération du capital, dans de nombreux cas la
monarchie indemnise ses créanciers. Le 14 janvier 1523, le monarque intervient de façon
à ce que ceux qui lui ont prêté en Languedoc « feussent satisfaictz et paiez des pentions et
rentes qui leur ont esté ou seront assignez »494. Si Duprat se croit obligé de préciser dans
une lettre au roi que « les avances qu’[il fait] faire sur [sa] prière se font sans payer
aucuns interestz », c’est que cela est loin d’être la règle495. Pour l’époque de Charles VI,
Maurice Rey évoque des emprunts forcés « qui ne rapportaient rien, cela va sans dire, à
ceux qui les souscrivaient, que des dons occasionnels »496. Cette ultime restriction, selon
la forme qu’elle prend, peut transformer une exaction mal tolérée en une (relativement)
bonne affaire. Ainsi Nicolas Le Coincte devenu général des monnaies reçoit-il, après un
prêt de 30 000 lt. en 1529, deux offices de conseillers au Parlement de nouvelle création
« pour récompense du service fait »497. Ainsi Ymbert de Batarnay, qui fournit des fonds à
Louis XII puis à François Ier se montant au total à 12 000 ou 12 200 lt., jouit-il du revenu du
grenier à sel de Loches, soit 600 lt. par an, ce qui représente un profit annuel de 5 %498.
Profit modeste, qui correspond à la rentabilité théorique de la terre, et reste nettement
inférieur à celui de la rente, mais profit tout de même.
153 Mais n’est-il pas un peu abusif, dans ce dernier cas, d’établir un lien direct entre les deux
opérations ? Les Clèves-Nevers, dont on ne sache pas qu’ils prêtent au roi, n’en sont pas
moins bénéficiaires d’amples largesses sur les greniers. Il est vrai que leur statut de
grands feudataires explique sans doute qu’ils fassent l’objet d’un traitement de faveur.
206

Bien des cas de profits n’en sont pas moins ambigus. Ainsi des mandements de
remboursement qui font suite au prêt taxé de 1531 déjà évoqué. Ceux qui ont fourni des
écus sont assignés, en livres tournois, pour un montant supérieur au cours légal qui est de
40 st par écu. A titre d’exemple, le chancelier Duprat qui a avancé 10 000 écus, doit
recevoir 21 500 lt., l’évêque de Chartres 1 290 lt. pour 600 écus, celui d’Autun 2 200 lt.
pour 1 000 écus. Est-ce tout simplement parce que, pour acheter les belles pièces d’or qui
se négocient au-dessus du cours légal, ils ont eu une perte équivalente ? Cela est possible.
L’écu au soleil, qui vaut au cours marchand autour de 41 s. 6 dt au printemps de 1530 lors
du rassemblement de la rançon, coûte 44 s 1 dt en 1531 au responsable des pensions
anglaises499. Cependant, aucune certitude n’est possible, car les fournisseurs d’écus ont pu
en fait les extraire de leurs bas de laine et non les acheter. Cela semble probable pour
Duprat, dont on connaît les capacités de thésaurisation. Dans ce cas, leur profit serait une
prime à la fourniture d’espèces d’or. Autre cas embrouillé, cette fois-ci à cause de la
documentation, celui d’un prêt de 60 000 lt. par la ville de Lyon en 1542. L’assignation de
remboursement faite par Tournon porte sur l’aide de deux écus sur les étoffes génoises
entrant dans le royaume. La ratification royale semble entériner cela et prévoir des
versements par quartier de 5 000 lt. sur trois ans. Aucun intérêt n’est évoqué. Or le
chroniqueur lyonnais Jean Guéraud affirme que le roi « entend donner dix pour cent par
an de prouffict, assignant le tout sur la gabelle des deux escutz pour pièce d’entrée de
vellours de Gênes »500. L’un des deux documents est-il erroné ? Rien ne permet de
l’affirmer. Pour tenter de les concilier, une seule solution : la ville n’aurait pas versé
60 000 lt., mais 54 000 lt. en fait, bénéficiant d’une « ristourne » de 10 %, soit deux sols par
livre501 ? Richard Gascon permet d’envisager une autre solution, celle de la concession
pure et simple à la ville du droit des deux écus pendant trois ans, lui assurant sans doute
un profit, mais ici aléatoire502.
154 Certains documents en revanche ne laissent aucun doute sur l’existence d’intérêts pour
les « prêteurs contraints ». C’est le cas des moins contraints d’entre eux bien sûr, les
prêteurs suisses en particulier503, mais aussi des détenteurs de rentes sur l’Hôtel de Ville
ou des créanciers de Semblançay. Cependant une bonne part de ces derniers ne sont
qu’indirectement rattachables au crédit contraint. L’emprunt des trésors des églises en
1522 offre un cas limite puisque François 1er va jusqu’à proposer des intérêts aux
communautés dépouillées en « leur donnant prouffict à raison de cinq pour cent ». Le
chapitre cathédral de Reims refuse cette offre : il n’aurait plus manqué que les clercs
fissent trafic d’un trésor dont ils ne se disent pas même propriétaires, mais simples
gardiens504 ! De toute façon, il est bien d’autres procédés pour tirer profit des avances que
la simple et directe rémunération du capital. On peut prêter en échange d’une concession
royale, privilège pour une cité ou au détriment d’une autre, s’il faut en croire la rumeur
lyonnaise concernant le désir des Parisiens de borner les privilèges des foires. Prêter
donne aux officiers du roi un poids et une stabilité accrus et facilite la transmission
héréditaire. C’est aussi un excellent moyen de s’assurer les bonnes grâces du souverain.
Nicolas de Neufville précise à Montmorency que, pour la rançon, il a « faict dilligence de
[son] costé d’assembler les X m escuz qu’[il a] promis au Roy, lesquelz [a] fourniz tous en
escuz soll. […] dans un beau sac de cuyr tout neuf ». Sa péroraison est sans ambiguïté : « Je
vous supplie monseigneur en advertir le Roy et madame car je désire qu’ilz entendent que
je ne veulx estre des derreniers à faire mon debvoir ». Suit alors immédiatement une
demande de don de draps de soie confisqués…505
207

155 Dans les derniers siècles du Moyen Age, l’octroi de crédits au roi apparaît parfois comme
un choix délibéré d’une partie des classes dirigeantes. C’est un bon moyen d’éviter l’impôt
en fournissant immédiatement au souverain les fonds dont il a un besoin urgent avec, à la
différence de l’impôt, des intérêts parfois et surtout l’espoir d’un remboursement
d’autant plus probable qu’on est élevé dans la hiérarchie sociale506. C’est en particulier le
cas des officiers de justice, qui prêtent en sollicitant l’exemption de taille507. Mais si
certains avantages ont pu être conquis dans une période antérieure, la situation dans la
première moitié du XVIe siècle paraît moins propice : les villes, les clercs et les officiers
sont, selon des modalités diverses, à la fois de plus en plus imposés et en même temps
toujours soumis à l’emprunt. Mais ils conservent malgré tout une situation bien plus
favorable que les simples taillables508. Aussi peut-on prendre à rebours la question des
liens entre crédit et « privilèges ». Plutôt que de voir dans ces derniers une « conquête »
obtenue grâce au crédit, on peut se demander si la monarchie, devant ses propres
difficultés à emprunter, n’est pas tenue de garantir par des privilèges le crédit de corps et
communautés qui, à leur tour, lui consentent des avances509. Relation dialectique donc
entre le pouvoir et les classes dominantes en ce domaine.
156 Les « victimes » du crédit contraint conservent donc une certaine marge de manœuvre
face au pouvoir royal. Mais elles ne peuvent se dispenser de participer. Cette
participation est le plus souvent directe et peu médiatisée. En ce domaine, l’État de
finance de la Renaissance apparaît beaucoup plus transparent dans son fonctionnement
que celui du XVIIe siècle, même si l’on ne peut totalement exclure l’existence de réseaux
souterrains que la documentation disponible ne permettrait pas de mettre à jour. Cette
transparence relative trouve son explication dans le fait que l’impact socio-financier de la
monarchie et de « l’État moderne » en gestation reste pour l’heure assez réduit. Le crédit
contraint permet cependant de faire face à bon nombre d’urgences et de pallier les
insuffisances et les ratés du crédit procuré par les marchands-banquiers. Au niveau
central, il semble tenir une moindre place à la fin du règne, alors même que se développe
un important marché financier « public ». Dans le même temps, les prêteurs contraints
d’Italie et de Suisse ont disparu. Véritable relais ou simple erreur d’optique causée par la
réduction de la documentation disponible ? N’y a-t-il pas dans les années 1540 diffusion
de la demande de crédit contraint au niveau provincial voire local ? Des études plus
précises permettront de le déterminer. Quoi qu’il en soit, les sollicitations ne
disparaissent jamais, et ceux qui, en tant que personnes privées ou que corps constitués,
ont du crédit, doivent parfois porter le fardeau d’intérêts que la monarchie rejette sur
eux, souvent il est vrai en contrepartie de certains avantages510. Le report des
engagements financiers de la monarchie, sur les dominants avant tout, se révèle alors une
pratique presque systématique.

III. Le crédit imposé


A. Tout acteur est preteur

157 « Tout paiement princier différé devenait une sorte de dette flottante »511. Donner tout
son sens à cette formule, c’est prendre la notion de crédit dans une acception beaucoup
plus large que celle qui se limite aux simples prêts au souverain. Une telle extension
s’impose : cette pratique est en fait extrêmement répandue et touche toutes les catégories
qui approchent l’État et s’impliquent peu ou prou dans son fonctionnement. « Mauvais
208

payeur », le souverain cherche à profiter largement des possibilités financières que lui
offrent ses sujets, de la tentation que représentent les fonds consignés en justice à la
quasi obligation faite aux agents de haut rang de gérer partiellement sur leur crédit
personnel les armées, les garnisons ou les ambassades. Pour le « créancier », cette
participation est d’autant plus impérative que sa proximité avec le pouvoir est étroite. En
servant le roi, il sait devoir s’attendre à y aller de sa bourse. Mais l’influence politique et
sociale est à ce prix.

1. Le roi et ses justiciables : la « saisie » des consignations

158 Avant d’aborder les agents royaux, observons le sort fait à certains de ceux qui font appel
à la justice royale. Dans des affaires litigieuses, des fonds sont consignés jusqu’au
jugement définitif au greffe du tribunal concerné par la procédure. Ils sont le plus
souvent déposés aux mains d’un consignataire de justice qui en a la garde. A plusieurs
reprises, cet argent est « emprunté » par le roi, qui reprend ici une pratique
traditionnelle, attestée sous Louis XI ou Louis XII512. Dès l’automne 1515, François Ier y a
recours : les consignations du Parlement doivent être remises à Semblançay. La cour y
consent, « pourveu que iceluy de Beaune et les trois autres généraux des finances
obligeront eux et leurs biens et chacun seul et pour le tout au greffe de ladicte cour de
rendre et restituer lesdicts deniers comme deniers de justice »513. En septembre 1519,
6 100 lt. consignées à l’occasion d’un procès devant le tribunal du sénéchal du Maine sont
prélevées par Jehan Sapin, receveur général de Languedoïl514. Opération ponctuelle ou
trace isolée d’une mesure plus large, cette initiative étonne un peu en temps de paix. Rien
de surprenant en revanche à voir prendre une mesure d’emprunt de ce type à la fin de
décembre 1523515. Une nouvelle saisie, pour laquelle on ne dispose aussi que d’une
information isolée concernant le Parlement de Paris, se produit en juillet-août 1528516.
159 C’est pour les années 1537-1538 que nos renseignements sont les plus fournis. Le trésorier
de l’Épargne déplore le 11 avril 1538 de ne pouvoir envoyer des fonds d’Outre-Seine au
chancelier car les clercs du commis de cette recette lui « ont remonstré qu’il a convenu
rembourser les consignations qui avoient esté emprunctées l’année passée mesment [sic]
celles qui doivent revenir à madame de Nevers et à madame d’Estampes, à raison de quoi
ilz ne pevent comme ilz m’ont fait entendre riens faire porter par delà »517. En août 1537,
le responsable de l’Extraordinaire des guerres Martin de Troyes reçoit de Pierre
Thiersault, examinateur au Châtelet et de Thibaut Hotman, marchand bourgeois de Paris,
tous deux consignataires de justice, respectivement 15 000 lt. et 17 344 lt., pour l’armée de
Picardie518. L’argent remis par Thiersault provient de la consignation d’une partie de la
valeur de la seigneurie de Challeau, « adjugée par décret à hault et puissant sgr monsgr
Jehan de Bretaigne, duc d’Estampes et à dame Anne de Pisseleu sa femme » pour 42 000 lt.
519
. Parmi les fonds que détenait Hotman, 4 460 lt. concernent « le différend entre Loise
[Becdelièvre, veuve de Denis Duval] et autres au moyen de l’adjudication de la seigneurie
de la Corsillière », terre qui appartenait auparavant à Guillaume de Beaune520. Avec le
retour des guerres, à la fin du règne, le procédé refait surface : une déclaration du 25 mai
1544, en une période particulièrement difficile pour le roi, ordonne le versement aux
receveurs généraux des finances des fonds des greffes521. On garde trace de cette
procédure pour les sénéchaussées de Guyenne et Bazadais522.
160 La saisie des consignations nous est surtout connue par des procès mettant en jeu des
sommes importantes. Ceux-ci sont d’ailleurs seuls à même de procurer au trésor un
209

soulagement réel, quoique momentané. L’affaire la plus retentissante touche Anne de


Montmorency en personne. En février 1535, il acquiert pour 20 000 écus la seigneurie de
Méru des héritiers de Ferry d’Âumont523. Or Louis de Rouville, grand maître des eaux et
forêts de Normandie et mari de Louise d’Aumont, entame une procédure de retrait
lignager et obtient un arrêt du Parlement en sa faveur le 16 février 1537. Ce qui nous
importe ici est que cette somme importante est consignée et que le roi entend s’en servir.
L’argent, destiné une fois encore à l’Extraordinaire des guerres, sera remboursé à
Montmorency si le retrait est effectif. François Ier fait cautionner l’opération par le
général d’Outre-Seine Antoine de Lamet auquel, le 16 mars suivant, il octroie une lettre
portant promesse de garantie pour cette caution524. « Il n’entend que led. sgr de Lamect se
oblige par corps, en dérogeant par exprez quant à ce aux ordonnances et stille » du
Parlement. Mais ce dernier fait difficulté, rappelant « que quant il a esté question en cas
semblable prendre pour les affaires du Roy deniers consignez en justice, les quatre
généraulx se sont obligez chacun d’eulx ung seul et pour le tout et comme dépositaires de
justice », ainsi qu’on l’a vu plus haut en 1515525. La Chambre des comptes traîne également
les pieds. Le 30 mars, dans une lettre à Montmorency, le chancelier évoque l’affaire et
explique que Lamet est relevé « de se obliger par corps veu son aage et qualité » et « que
d’ailleurs y a bonne seureté sur les deniers d’Oultre Seyne dont led sr de Lamet a la
charge »526. Du Bourg annonce pour le Parlement « une seconde jussion, sur laquelle ne
feront difficulté ». Quant à la Chambre des comptes, elle est priée le 2 avril de ne pas
soumettre Lamet aux contraintes par corps. Devant sa résistance, une lettre de jussion est
là aussi envoyée le 8 avril527. La riposte royale semble efficace : dès le 14 avril, Loys
Caillaud, un fidèle du chancelier, « espère que les XX m [écus] de consignation touchant
Méru seront mis ce jour d’huy es mains du commis de Martin de Troyes »528. De fait, au
mois de mai, une assignation est levée sur cet argent. Il a été mis à la disposition du roi
par Simon Cressé, orfèvre de Paris, le consignataire de justice529. Malgré les garanties
royales, à l’heure du remboursement, Lamet est tracassé, en particulier par un Parlement
sans doute heureux de prendre une tardive revanche. Le général d’Outre-Seine, en avril
1538, écrit à la fois au roi, pour qu’il lui plaise commander de faire rendre la somme et au
chancelier, pour l’intéresser à son cas : « Il vous a pieu, monseigneur, me dire tousjours
que je n’y auroys point de perte. Vous supplie de rechief qu’il se puisse ainsi faire » 530.

2. Le roi et les fermiers : avancer pour participer


« Aucuns praticiens gens notables se sont tirez devers nous et nous ont remonstré
que les greffes du Chatellet de Paris tant hault que bas seront à bailler à la Sainct-
Remy prochainement venant que finira le bail fait par le roi ou ses officiers, lequel
bail et ferme des greffes avoit esté mis au plus offrant et dernier enchérisseur à la
somme de IIII m V c lt. qui est le plus hault pris en quoy ils furent jamais baillez et
nous ont offert que les leur vouldroit bailler aud. pris pour dix ans qu’ilz
avanceront au Roy la somme de dix mil lt. pour le remboursement de laquelle
somme de X m lt. leur sera desduict chacun [an] sur lad somme de IIII m V c lt. la
somme de mil lt. »531.
161 Chargés d’aliéner et d’emprunter, les commissaires parisiens Baillet, Guillart et Luillier
soumettent au roi cette proposition, qui leur semble raisonnable. Il est plus que probable
que la monarchie acceptera l’offre, d’autant que si une avance est indispensable pour
emporter une ferme, celle qui est ici proposée représente plus de deux ans des rentrées,
niveau fort élevé. On le retrouve pour la ferme des draps de soie à Lyon, en 1528, avec une
avance de 30 000 lt. pour un montant annuel de 14 500 lt.532. Pour la vicomte de l’eau de
Rouen en 1521, on se situe autour d’un an et demi d’avance533. Plus fréquent semble le
210

prêt d’une année du montant de la ferme, de la traite et grande coutume de Bordeaux


vers 1527 à la ferme des ports et passages de la sénéchaussée de Toulouse et Bigorre vers
1520534. Lors des baux négociés en 1531 pour trois ans, l’année avancée doit servir au
payement de la rançon. Le Conseil espère 50 000 écus de ces avances, qui sont
mentionnées sur la liste des prêts de 1531. Mais, en octobre, il n’est plus question que de
13 000 écus des fermes parisiennes, et encore cette somme n’est-elle pas de prompt
recouvrement535. En cas de grande nécessité, le roi de France se permet même de
demander une nouvelle avance en cours de bail, comme celle dont est victime en 1523 le
consortium italien qui gère la ferme des draps à Lyon. Il fournit alors 20 000 lt. auxquelles
s’ajoute même un don de 5 000 lt.536. Ceci n’est possible qu’avec des fermiers dont les reins
financiers sont particulièrement solides et dont la ferme doit être fort rentable.
162 Cette solidité s’impose aussi quand le commencement effectif du bail est fort éloigné du
versement de l’avance. Ainsi le nouveau bail de la ferme des draps est négocié en 1528,
avec une avance immédiate de 30 000 lt.. Or la prise de possession effective n’aura lieu
qu’en 1532. Pour le bail des aides et gabelles de Lyon qui débute le premier octobre 1529,
une assignation court déjà sur l’avance le 30 juin 1528537. Mais lorsqu’on dispose de
moyens suffisants pour prendre part aux affermages, on peut à terme envisager de bons
profits, car la monarchie toujours à court de liquidités est souvent obligée de faire des
concessions à moyen terme pour obtenir des fonds dans l’instant. Le chancelier Duprat
cherche à recouvrer « d’une ferme de Paris […], vingt milles livres comptant en faisant de
deniers parisis tournois qui est le moindre intérestz que scaurez bailler »538.
Apparemment, les avances entraînent ici une « remise » appréciable de 20 %, puisque
cinq deniers parisis équivalent à quatre deniers tournois. Est-ce parce que la somme
fournie est particulièrement élevée par rapport à la ferme ? En 1537, des commissaires
aux emprunts en Outre-Seine jugent que « la perte est juste de diminuer le parisis à
tournois en faisant advance de trois années ou environ et faisant un pris commun de six
ou plusieurs années précédentes de la valeur que ont monté les d fermes »539. Il est vrai
que trois ans d’avance correspondent effectivement à un engagement exceptionnel.
163 Rares sont les cas précis où l’on peut évaluer les profits. On dispose au moins de l’exemple
des aides d’Auxerre. En 1523, elles sont baillées pour deux ans « à charge d’advancer
comptant au trésorier Prévost, pour l’extraordinaire [des guerres], IIII m II c lt. ». Cette
avance couvre en fait tout le bail540. Or la ferme rapporte 2 500 lt. par an, ce qui assure
donc un confortable profit de 800 lt. en deux ans, soit 19 % par rapport à la somme
investie. Mais, et il faut y revenir encore, cela n’est possible qu’à celui qui possède des
liquidités importantes et disponibles.
164 L’avance comme condition d’obtention des marchés « royaux » ne se limite d’ailleurs pas
aux fermes. Le marchand qui veut obtenir le droit de fournissement d’un grenier à sel
doit faire de même, tout comme celui qui est intéressé par une coupe de bois provenant
du domaine royal541. Quand des morceaux de ce dernier sont aliénés, on n’emporte
l’affaire qu’« en avançant par les preneurs […] le tout ou la plus grande partie de l’argent
comptant »542. C’est ainsi qu’aliénations et affermages, par delà les distinctions juridiques,
se rejoignent. Et il faut parfois renouveler son effort. Le roi, sans doute en 1524,
« contrainct les marchands ayant le droit de fournissement desd greniers [de Languedoïl]
à luy prester certaine grosse somme de deniers ». En échange de leur geste « spontané »,
les marchands concernés obtiennent l’autorisation d’augmenter les tarifs de vente de leur
sel543.
211

3. Le roi et son personnel

165 A nombre de ses agents, le souverain impose tout d’abord d’assurer leur propre entretien
lorsqu’ils sont à son service, en attendant leurs gages ou leurs pensions544. Antoine de
Lamet rappelle en septembre 1536 au chancelier que, depuis cinq mois qu’il a quitté la
cour pour le service de sa charge, il a toujours vécu à ses dépens « qui ont esté grans » 545.
Mais en outre, les serviteurs du roi sont sollicités à tout moment, pour des sommes
importantes ou réduites, pour des motifs variables à l’infini. C’est le notaire et secrétaire
Jean Barrillon qui avance dix-huit lt. pour le port d’une lettre du roi au chancelier. C’est
Catherine de Saint-Aubin, demoiselle de la maison de la Dauphine et de celle de
Marguerite de France, qui fournit soixante-sept lt. pour acheter une bordure de collet
d’or émaillée de rouge, ou Jean Bourcelot, archer des toiles de la vénerie du roi, qui
finance de ses deniers le rhabillage de soixante toiles. Ce sont enfin Montmorency et
Saint-Pol qui prêtent au roi quelques poignées d’écus, apparemment lors d’une partie de
jeu de paume546. Mais les demandes peuvent monter beaucoup plus haut : le premier
huissier de salle du roi, Anthoine de Conflans, a ainsi déboursé 7 500 lt. d’avances pour
des frais de voyages et pour des navires547. Les principales « victimes », cependant, se
recrutent parmi les ambassadeurs et les chefs de guerre.

a. Les ambassadeurs

166 Lors de leur envoi en mission, les représentants du souverain reçoivent souvent une
avance de fonds pour leurs frais à venir548. Mais l’expérience prouve que cela leur suffit
rarement. Dans l’attente d’un complément, l’ambassadeur doit y aller de ses propres
réserves d’abord, de son propre crédit ensuite. C’est un chœur de plaintes qui monte alors
vers le Conseil du roi. Lamet, en Suisse en 1521, se lamente : « Je ne scauroys remédier aux
affaires du Roy sans argent et, quelque chose que j’en aye escript, suis encore à en avoir et
si je n’en eusse eu du mien propre m’en feusse très mal trouvé »549. Tournon déplore en
1537 le sort des « pouvres évesques de Roddetz [Georges d’Armagnac] et de Lavaur
[Georges de Selve] qui sont en continuelle et grande despence sans avoir esté secouruz de
ce qui leur est deu long temps y a »550. Guillaume du Bellay intervient auprès de
Montmorency en faveur de son frère Jean, alors à Londres, pour « faire qu’on luy ordonne
le parpayement de ce qu’il a avancé qui monte en reste, outre les deux mile francs jà
ordonnez, II m V c XXVII lt. […] ce moys y compris, et s’il ne donne ordre de payer où il
doibt il ne trouve plus que luy veuille faire crédit »551. Même au Levant, les envoyés du roi
doivent s’engager, à l’image de Saint-Blancard552.
167 Lamet se résout mal à emprunter : « Je n’ay pas ung escu pour satisfaire [à mes
obligations], écrit-il au roi, et sera peu d’honneur pour vous qu’il faille ue j’empruncte de
l’argent pour mon vivre propre ou autrement. Si je n’en empruncte, seray contrainct de
saillir hors du pays »553. Si le pouvoir fait la sourde oreille, les ambassadeurs insistent à
l’envi sur la mauvaise image de la France que donne leur manque de fonds. « Il y a
longtemps que je n’euz argent », constate de Rome François de Dinteville dans une lettre
au cardinal du Bellay. Il ajoute : « Je vous lesse penser sy gens qui font volontiers bonne
chère comme moy et comme doibt faire ung ambassadeur d’un roy de France feront
grosses despenses ou nom ». S’il ne reçoit rien, il renverra en France la moitié de ses gens
« et ne retiendra] que six varletz, comme ung ambassadeur d’Urbin »554. Le règlement des
avances se fait lentement, souvent même après le retour en France555. Le plus souvent,
212

cela se fait en argent, plus rarement avec l’aliénation provisoire d’un revenu domanial 556.
Reste qu’on peut s’interroger sur l’éventualité d’« ardoises » laissées impayées par les
intéressés dans leur résidence étrangère. Georges de Selve, qui accompagne le pape à Nice
en 1538, est harcelé par ses créanciers, et ce d’autant plus qu’il ne doit pas retourner à
Rome557. Est-il sûr qu’il les contentera tous ?

b. Les responsables militaires

168 Avec la guerre et les armées, les sommes en jeu sont bien plus considérables qu’avec les
ambassades. Le retard dans le versement des soldes constitue une première forme de
crédit forcé, qui a déjà été évoquée558. Pour soulager les troupes, mais également dans
d’autres cas de figure, les cadres sont contraints de s’investir financièrement. Pour bien
mettre en évidence l’étendue du phénomène, il me paraît nécessaire de fournir des
illustrations concernant des personnages dont les positions, quoique toutes
d’encadrement, sont très variées. C’est évidemment à la tête des armées que
l’engagement est le plus massif. L’année 1521, année difficile s’il en est, s’avère
particulièrement éclairante. Au Nord-Est, en août, le connétable de Bourbon, et le
maréchal de Châtillon qui l’accompagne, engagent leur vaisselle pour le ravitaillement de
Mouzon et Mézières. Lautrec en Milanais, si l’on en croit Le Ferron, nourrit les soldats
« du sien » pendant cinq mois. Lui et ses amis se sont « endebtez partout »559. En Guyenne,
Bonnivet manquant de fonds déclare au roi le 19 septembre : « Je y ay faict plus qu’il ne
m’a esté possible jusques icy mais je ne le puis plus continuer […] ; monsieur le général de
Normendie [Thomas Bohier] et moy y avons employé, nous, nos amys et crédit pour plus
de cent mil francs »560. L’amiral ne fournit d’ailleurs des fonds que lorsqu’il dirige des
troupes, comme en 1516 et en 1523-1524 en Milanais, avec respectivement des avances
connues se montant à 2 400 lt. et 7 000 écus561.
169 Pour ces chefs de guerre se pose rapidement le problème de la limite de leur crédit car,
comme l’écrit Bonnivet en 1521, « y faire davantaige, cela passe notre puissance ». Un tel
constat est fréquent. En 1528, Saint-Pol qui prend la tête d’une armée s’aperçoit qu’il lui
faut faire des avances pour accumuler des vivres. Sceptique sur ses capacités à mobiliser
des fonds, il s’en ouvre à Montmorency : « Vous scavez bien que en mon endrois je ne puis
faire cela »562. Bury, qui commande en Piémont en 1536, met en évidence combien une
telle fonction exige de solidité financière. Il est au regret de demander qu’on casse une
partie de ses troupes car, affirme-t-il, « je ne suis pas assez grant seigneur pour les
entretenir »563. Les responsables des provinces frontières, Bury le montre, sont
évidemment en première ligne. En Picardie, dans les années vingt, Vendôme est
fréquemment sur la brèche564. En Languedoc, face aux retards de solde des gens de pied,
Clermont, lieutenant général pour Montmorency, est « contrainct de leur préster de
l’argent de [sa] bource tant qu’[il peut] » en 1527-1528. En Champagne, lors de la difficile
période de 1524-1525, le comte de Guise, gouverneur de la province, avance 50 000 lt.
pour l’entretien des troupes565. Dans les différentes places fortes, les responsables font de
même : Hugues de Loges à Tournai en 1521 et du Lude à Saint-Quentin en 15 2 5566 ; le
comte de Pontresme à Pignerol en 1537 et le « vis gouverneur d’Ast » Pierre de Bérard peu
après567. D’où leur insistance pour obtenir le versement de leurs propres gages et
pensions. Comme le rappelle en 1536 le comte de Montrevel, gouverneur de Bourg-en-
Bresse, dans une sollicitation au chancelier : « Je vous assure, monsgr, que pour le service
du Roy je faiz icy une grande despense »568.
213

170 Sous les commandants en chef, les responsables d’unité sont aussi mis à contribution.
Dans sa vieille Histoire de l’administration de la guerre, Audouin rapporte une anecdote qui a
trait au règne d’Henri II. L’armée française en Italie est souvent abandonnée à elle-même.
Les capitaines de compagnies, faute de fonds, empruntent. Mais le crédit de ces officiers
inconnus étant insuffisant, le maréchal de Brissac a « la générosité d’être garant pour
tous », lui qui, par ailleurs, règle aussi directement certains fournisseurs569. Le garant
n’est sans doute pas inutile, mais l’augmentation du nombre des emprunteurs démultiplie
malgré tout les possibilités de crédit. Les compagnies d’ordonnance aussi bien que les
mercenaires nécessitent que leurs responsables directs s’impliquent570. Ce qui fait que
même les capitaines de lansquenets tels le comte Wolf en 1525 ou Christophe du Hastat en
1542 fournissent du crédit au roi de France571. Ils se retrouvent logés, ce faisant, à la
même enseigne que les capitaines suisses572. Il est possible que ces chefs de mercenaires
aient mis en place, parallèlement à un réseau de recrutement, un réseau de crédit pour
faire fonctionner leur « entreprise ».
171 En cas de besoin, les chefs d’armée ratissent le plus large possible. Un épisode est
particulièrement révélateur. Le roi a autorisé Enghien à combattre à Cérisoles, ce qui
provoque une ruée de nobles qui viennent à leurs frais participer à la bataille. Enghien, en
attendant que les fonds royaux, qui tardent à venir, lui parviennent, puise dans l’argent
qu’ils ont apporté avec eux, « car pour estre gens de maison, chacun avoit apporté le
fonds du coffre, lequel soudain mondict seigneur d’Anguien vuida de leurs boistes pour
contenter les soldats, attendant la venue de l’argent du Roy »573.
172 L’investissement dans l’effort de guerre est net au sein de l’encadrement, et il est
particulièrement marqué pour les membres du groupe dirigeant. Il y a donc, que ce soit
en campagne ou en garnison, des fonds que certains sont disposés à fournir aux
responsables militaires. En l’absence, pour l’heure, de documents explicites, il ne m’est
pas possible de donner des exemples de fournisseurs de crédit. En revanche, les
hypothèses plausibles ne manquent pas : outre les fonds propres qu’emportent avec eux
seigneurs et capitaines, auxquels on vient de faire allusion, l’argent peut être trouvé
auprès des officiers de finance qui accompagnent les armées, auprès des marchands,
changeurs ou banquiers de la région, et sans doute aussi auprès des autorités locales,
pour lesquelles le paiement des troupes est une (relative) garantie de tranquillité. En
définitive, c’est à n’importe quel chef de troupe que s’applique cette description du
condottiere : « Il se trouvait fréquemment obligé de puiser dans son propre capital ou de
contracter un emprunt auprès des banquiers, afin de payer ses troupes, en attendant le
versement si souvent tardif des arrérages dus par l’État employeur »574.
173 L’implication des agents locaux, au premier rang desquels figurent les gouverneurs ou
leurs lieutenants généraux, va parfois au-delà de l’effort de guerre. Langey en Piémont en
1538 contribue à approvisionner la province en blé. Martin du Bellay nous rapporte qu’il
« le fist […] à ses frais, de sorte que moy qui suis son frère en ay payé depuis sa mort
[1543] cent mille livres à un homme seul, en quoy il estoit en arrière. Mais il ne luy
challoit de la despence, moyennant qu’il fist service à son prince »575. Martin essaie ici de
présenter comme exceptionnel ce qui est le propre de tous les responsables à ce niveau.
Mais sans doute la plupart s’engagent-ils pour des sommes moindres. D’où, une fois
encore, le souci lancinant de toucher une pension fort utile pour rembourser les
créanciers. Ceux-ci prêtent en effet aux dominants en tant que particuliers, mais savent
fort bien que, derrière eux, c’est en fait l’appareil fiscal monarchique qui solde les
214

comptes576. La Trémoille qui gouverne en Bourgogne prend à témoin Florimond Robertet


de ses difficultés :
« De la pension que le Roy me donne de XII c lt. par an, en deulx ans je n’en ay receu
que VI c livres et le recepveur général m’a dict que le Roy l’entent ainsi. Je vous
prye que y facez comme pour votre amy et que me veullez mander comment je me
doybs gouverner car vous scavez la despence que je foiz et l’argent que le Roy me
donne pour la faire »577.
174 L’utilisation du crédit personnel des grands dans l’exercice de leurs tâches
administratives et militaires est une valeur d’avenir : dans le contexte, certes différent, de
1621, Girard, le biographe du duc d’Épernon, évoque son héros envoyé par le roi en Bêarn
pour faire face au duc de la Force : « Les ordres pour faire ce voyage ne consistaient qu’en
papier ; on ne lui donnait ni hommes ni argent, mais grand nombre de commissions et de
dépêches. Tout le dessein du Roi s’appuyait et sur son crédit et sur sa bonne conduite » 578.
Sous François Ier, en l’absence de troubles intérieurs, la situation n’est pas aussi
caricaturale. Il n’empêche : le succès de bon nombre d’initiatives monarchiques repose en
partie sur le crédit-relais des agents qui les mettent en œuvre. Dans cette perspective, les
pensions versées aux hommes du roi n’apparaissent pas comme un simple moyen de les
fidéliser, encore moins comme un « gaspillage » ostentatoire, mais comme un placement
judicieux. L’implication du personnel va donc dans le sens d’une participation importante
des élites au fonctionnement de l’État de finances. Mais, ici encore, elle est directe et non
médiatisée.

B. Le remboursement des prets : une course d’obstacles

175 « L’emprunt royal a un caractère particulier : c’est un procédé fiscal. Il est souvent forcé,
mais généralement remboursable »579. Mais ce remboursement, quoiqu’effectivement très
généralement attesté, peut en lui-même prendre l’aspect d’un crédit imposé. En effet,
qu’ils aient été volontaires ou non, beaucoup de prêteurs ont avancé leur argent avec la
conviction ou du moins l’espoir d’un remboursement à une échéance donnée. La
monarchie elle-même fait des promesses. Duprat évoquant un 21 février une saisie de
consignation affirme sans ambages : « Cela ne porte interest à nully pource qu’ilz seront
remboursez dans le moys de may et cependant le différent qui est entre eulx sera vuydé
et led. sgr [roi] s’aydera de l’argent »580. Or, dans la pratique, les délais sont bien peu
respectés : sans avoir de certitude absolue, on ne peut qu’être sceptique face à la
promesse de Duprat d’un prompt remboursement quand on voit une consignation de 1519
assignée le 8 avril 1527, sept ans et demi après la saisie, ou encore un remboursement
donner lieu à un mandement en 1537, puis de nouveau en 1548581. La hantise du créancier,
c’est justement un remboursement « revocqué, rompu ou recullé […], les deniers […]
empeschez ou retardez »582. En effet les moyens de contrainte face au souverain font alors
grandement défaut583. Matériellement de plus, en l’absence d’un service de la dette un
tant soit peu structuré, le créancier ne sait trop qui et comment solliciter, sauf à rédiger
une supplique à l’intention du roi et du chancelier. Que l’Hôtel de Ville d’un certain
nombre de cités, Paris en tête, soit directement impliqué dans la gestion de la « dette
consolidée » en dit long sur les limites de l’administration royale en ce domaine. La
détention des fonds par le pouvoir pendant une période plus longue que prévue peut
donc s’analyser comme l’obtention, ici parfaitement forcée quelle que soit la nature du
prêt initial, d’un crédit supplémentaire.
215

1. Une (sage ?) lenteur

a. Être assigné

176 Pour le créancier, la première étape qui conduit à la récupération de ses fonds, assortie ou
non d’un intérêt, est la possession d’une assignation sur un comptable royal : soit
directement sur le trésorier de l’Épargne, soit par décharge sur un autre receveur.
Promesse d’un règlement sur une recette à venir, l’assignation est en elle-même une
forme de crédit. Or en obtenir une est loin d’aller de soi, comme le montre l’État général
de 152 3584. En effet, si 440 283 lt. de prêts à rembourser sont mentionnées, 324 790 lt.
seulement, soit 73,7 % reçoivent une assignation. Les autres, ceux des marchands-
banquiers italiens en particulier, figurent ici pour mémoire. Remarquons au passage que
la ventilation de ces assignations colle d’assez près à celle du brevet de la taille, la
généralité de Languedoïl servant ici de base de référence.

177 Pour les quatre principales généralités, les rapports numériques sont voisins. La place
moindre de la Guyenne est peut-être due au fait que les opérations militaires devant s’y
dérouler, les fonds vont directement et prioritairement vers les armées. Peut-être ces
assignations, sans doute très théoriques vue la situation de 1523, reflètent-elles plus des
habitudes comptables que des remboursements effectifs. Du moins permettent-elles aux
créanciers de savoir à qui s’adresser.
178 Le rapport entre fourniture de fonds et assignation de remboursement se prête à toutes
les figures temporelles possibles. L’acquit ou le mandement peut être postérieur au
versement585. Parfois même il tarde à venir comme on vient de le voir pour la
consignation de 1519 ou pour les prêts des conseillers au Parlement de 1521-1522 586. C’est
aussi le cas pour un vaste emprunt en Guyenne. Demandé en 1544, il n’est assigné que le
premier mai 1546 sur les recettes générales de Riom et Agen587. Mais à l’inverse, il arrive
que l’assignation précède le versement des fonds. Pour l’emprunt de la succession du
Bouchage, les lettres patentes de remboursement sont expédiées dès le 20 juillet 1523
alors que la quittance de versement date du 12 août. Le mandement de remboursement
fait alors figure de ferme injonction de prêter de lajîart du roi. Quand des lettres du
13 janvier 1529 assignent au trésorier de l’Épargne lui-même le remboursement de
4 000 lt. qu’il doit avancer pour les guerres, dès le lendemain, le trésorier des finances
extraordinaires peut passer quittance pour réception de cette somme588. A condition que
de telles quittances correspondent à des versements réels, ce qui n’est pas toujours sûr,
comme l’a montré le cas des prêts d’entrée en charge des officiers.
179 Le trésorier de l’Épargne est, c’est le moins que l’on puisse dire, bien placé pour récupérer
son argent. Il en va de même des officiers de finance qui sont assignés sur la recette où ils
exercent. En théorie, cela est interdit pour les comptables mais, dans les faits, en cas de
nécessité et pour les encourager à avancer de bonne grâce, la pratique est relativement
216

fréquente589. Même phénomène avec les élus et les généraux. Pour tous les créanciers en
fait, les assignations ne se valent pas. Aussi essaie-t-on d’en obtenir une qui soit
géographiquement proche et qui porte sur un receveur bien pourvu. Nicolas Le Coincte,
qui prête à Montmorency, sans doute pour la rançon, voudrait avoir son remboursement
en Normandie et demande une promesse du receveur général Carré590. Une lettre de
Sourdis au chancelier évoque le marchand Allart qu’il faut « depescher de la somme de
VI m V c écus qui lui est deue […] ; si vous luy vouliez bailler assignation à Paris qui soit
seure, il se contentera »591. Les officiers peuvent avoir des facilités en ce domaine mais
pour les marchands la procédure est plus difficile et le simple fait d’obtenir une
assignation demande une longue patience.
180 Il en va ainsi pour les fournisseurs, qui apparaissent en bonne place parmi les victimes du
crédit imposé. Déjà laborieux pour les joailliers et autres tapissiers, qui vendent
directement à la maison du roi des objets précis, le processus est plus long encore pour
ceux qui doivent attendre la clôture de leurs comptes pour être assignés. Un fournisseur
de viande en Piémont en 1536 y fait ainsi de fortes avances. Mais son compte n’est clos
qu’en 1544 par les commissaires royaux : il est alors créancier pour 10 000 lt.. Il a ainsi
déjà procuré bien involontairement huit ans de crédit au pouvoir royal. De plus son
remboursement n’est pas immédiat puisque 2 310 lt. ne lui ont toujours pas été versées le
10 avril 1548592. Au début d’avril 1538 le marchand Macé Papillon vient importuner le
trésorier Laguette « pour veoir les comptes de ses compaignons et de luy des vins qu’ilz
ont fourni suivant le marché faict avec ques eulx aux deux camps de Picardye durant
l’année derrenière », dans le but d’obtenir son assignation593.
181 Si le marché royal est lucratif, encore faut-il donc pouvoir attendre ! Le responsable
financier du secteur concerné est souvent conduit à s’impliquer directement, à l’image de
l’argentier Nicolas de Troyes qui, après avoir arrêté un compte de parties fournies pour
l’Argenterie, confesse devoir 1 938 lt. à un tireur d’or et bourgeois de Paris, Baptiste
d’Alvergne. Le remboursement aura lieu de trois en trois mois, avec à chaque fois 300 lt.,
jusqu’à fin de paiement594. Cet engagement privé pour une dette « publique » remplace-t-
il ou double-t-il seulement des pièces officielles ? Il est bien difficile de le dire 595. Mais le
pouvoir royal, qui pousse parfois ses officiers à s’engager, peut faire montre de beaucoup
plus de distance lorsqu’il s’agit de reprendre à son compte les avances consenties à l’un
d’entre eux ex officio. Certains des créanciers de Semblançay en font l’amère expérience :
en 1558, la veuve de Robert Albisse, sollicitant le paiement de 65 049 lt. avancées par son
mari, s’entend dire par les enquêteurs d’Henri II qu’« elle ne faisoit suffisamment
apparoir que lad. somme […] fust et soit entrée es finances du feu Roy, que dieu absoille.
N’a esté emprunctée pour ses affaires comme elle le maintenoit ains estoit une debte pure
privée entre lesd. défunctz ». Cependant, dans la mesure où François Ier a saisi tous les
biens de Semblançay, un recours contre le pouvoir royal reste possible. C’est ce qui
permet finalement l’obtention d’une assignation596. Elle aura mis trente-cinq ans à venir…

b. De l’assignation au paiement : un long combat

182 Il faut donc s’armer de patience et en même temps faire preuve d’un minimum de
ténacité. Un prêt lucquois peut nous servir de guide. Au plus tard à la foire d’août 1521,
Antoine et Louis Bonvisi ainsi que François et Jean-Baptiste Minutelli ont prêté 75 599 lt..
Pour une petite moitié de cette somme (35 599 lt.) on garde trace de l’assignation de
remboursement. Au cours du dernier trimestre de 1522, elle est répartie par égale portion
sur les quatre grandes généralités (recettes des tailles du bas-pays d’Auvergne, de
217

Chartres et Arques, grenier de Pont-Saint-Esprit). Elle sera prélevée sur le dernier


quartier de 1523 (13 500 lt.) et les deux premiers de 1524 (13 500 et 8 099 lt.
respectivement)597. Mais en fait rien n’est payé, officiellement à cause des réformes
financières de 1523 qui suppriment la procédure des décharges. Peut-être est-ce pour ce
prêt que la Régente autorise fin 1524 les Bonvisi à prendre 4 000 lt. sur le quartier de
juillet 1525 du receveur des tailles en Lyonnais598. En raison de la conjoncture, il n’est pas
certain que ce versement ait pu avoir lieu non plus… Pour les 35 099 lt. que nous suivons
le mieux, le port est atteint dès 1527, ce qui n’est pas si mal : 24 000 écus provenant
d’Angleterre sont remis aux Lucquois : ils correspondent au remboursement du capital,
mais aussi au versement non négligeable de 12 900 lt. d’intérêts. Ces derniers font office
de dédommagement, mais servent sans doute aussi à permettre aux créanciers de régler
les intérêts courrant sur eux, s’ils ont emprunté une partie de la somme. Mais bien
d’autres Italiens doivent attendre beaucoup plus longtemps, à l’image des Albisse.
183 Les créances passent alors de main en main. Celle de Pierre-Martin et Loys Affaitati, de
Crémone, qui date de 1521, est transportée par Jean-Baptiste Affaitati, fils de Loys, à
Barthélémy Panchati, qui la cède à son tour à Thomas Rinuccini. La négociation avec le
pouvoir royal aboutit en 1554599. Celle de Zénobi Bartholin, toujours de 1521, que ses
héritiers ont transmise à Albisse d’Elbene, est assignée en 1556-1557 600. Mais certains
n’ont pas cette chance. En janvier 1566, Aymeric Ferrier, marquis de Bourdelan et
gentilhomme de la Chambre du roi, fils et héritier de Geoffroy Ferrier, général de Milan,
« voyant la grand difficulté, peyne et frais qu’il a euz faictz et souffertz en la
poursuitte et pour recouvrer et avoyr payement du roy de la somme de quatre
vingtz six mil cinq cens soixante troys livres quinze solz deux deniers tz […] preste
au feu roy Françoys premier de ce nom pour subvenir à ses urgens affaires de ses
guerres »,
cède la moitié de cette somme à Camille Ceppo, gentilhomme milanais demeurant à Paris,
à charge pour lui de continuer le procès en cours pour cette affaire601.
184 Il est vrai que l’administration royale ne facilite guère la tâche des assignés. Les fonds
prévus peuvent recevoir une nouvelle affectation comme ceux qui devaient éteindre la
dette contractée pour le camp du Drap d’or, ce qui repousse d’autant le remboursement602
. Les assignations sont alors reportées : le beau plan d’extinction en douze ans de
l’emprunt des liquidités de Duprat mis au point dès 1535 n’est pas exécuté et il faut
attendre 1541 pour que le remboursement effectif commence603. La situation est parfois
passablement confuse, à l’image des explications fournies par le procureur de Guillaume
Preudhomme, alors receveur général de Normandie, au sujet de deux parties de 50 000 et
de 20 000 lt. pour rembourser Thomas Bohier :
« Il pensoit que lesd. sommes ne sortiroient effect ainsi qu’elles estoient couchées,
mais icelles reiecter dud compte parce qu’il avoit entendu que, pour le payement
desd parties et demourer quictes d’icelles, le Roy en avoit puisnaguères autrement
disposé par quelque appoinctement qui en avoit esté faict avec aucuns banquiers
[qui sont sans doute les véritables créanciers] et leur bailloit pour l’acquict d’icelles
certaines rentes, touteffoys a dit et déclaré sur ce enquis que ung an a, il avoit
charge d’employer lesd parties en sond compte comme solues et acquictées aud
Bohier par led. Preudhomme »604.
185 La rotation rapide des comptables dans une même charge complique aussi les
remboursements. C’est particulièrement net pour les conseillers au Parlement de Paris,
assignés sur le receveur des exploits et amendes de la cour. Entre 1534 et 1540 se
succèdent en effet à ce poste pas moins de cinq titulaires et un commis. En janvier 1536, le
conseiller Guillaume Allart négocie le solde de son remboursement avec l’ancien receveur
218

de 1535 Jehan Thenon pendant que le conseiller Nicolas Berruyer se tourne vers la veuve
d’Hervé de Kerquefinen, en place jusqu’en 1534 et que le conseiller Claude Anjorrant
sollicite pour sa part le receveur en titre, Estienne Lapite, qui promet de le payer… quand
il aura satisfait Berruyer605 ! Les démarches de Nicole Le Sueur montrent qu’il faut s’armer
de patience. Il obtient le 3 juin 1537 des lettres patentes de remboursement. Dès le
17 septembre, il les présente à Lapite qui en prend bonne note… mais ne paye rien, pas
plus que son successeur Nicolas de Saimbault, sollicité le 7 mars 1539 ou que René Tabur,
le commis qui remplace Saimbault, contacté le 23 mars 1540. Le nouveau receveur,
Nicolas Hardy, se contente le 5 juin suivant de dire à Le Sueur « que après les charges
ordinaires de lad Court [de Parlement] estre sur lad recepte payées, que voulontiers il
satisfera aud paiement d’icelle somme »606. Il est vrai que le prêt de Le Sueur ne date que
de 1537 : il peut bien attendre…
186 Les maladresses enfin ne sont pas rares. Il arrive qu’un même fonds soit assigné deux fois.
En 1544, un groupe de marchands florentins et lucquois représenté par Louis Bernard et
Jean-Baptiste Bernardin obtient du roi une assignation de 25 000 lt. sur le droit de deux
écus sur les velours de Gênes. Protestations du consulat lyonnais car ce droit lui a été
accordé pour trois ans en remboursement de 60 000 écus prêtés à Tournon en 1542607.
Parfois la monarchie souffle le chaud et le froid. Une lettre du 16 juin 1537 fait allusion
d’une part à une promessse royale de rembourser tous les prêts (mais sans préciser
desquels il s’agit) sur le quartier de juin, échéant en août et d’autre part au refus du
chancelier de laisser prendre en payement d’aliénations des créances sur le roi, ce qui
« engendre craincte et suspicion de leur remboursement » chez les intéressés608… Enfin
on en vient si nécessaire à des mesures radicales comme cette ordonnance du 14 mai 1543
qui fait défense aux receveurs et trésoriers de faire aucun remboursement avant qu’il en
soit autrement ordonné609.

c. Le remboursement

187 Mais la plupart des créanciers finissent par arracher au roi tout ou partie de ce qu’il leur
doit. Les fonds sont récupérés selon des modalités extrêmement diverses. Si les
versements en espèces sont, peut-être, les plus fréquents, ils sont aussi ceux qui laissent
le moins de traces. Avide d’or, comme on sait, le roi qui a emprunté du métal jaune
restitue parfois en contrepartie de l’argent voire du billon. Nicolas de Noble fournit
12 500 écus au début de 1532. Son remboursement se fait l’année même ; par sa quittance
du 2 octobre, il reconnaît avoir été payé en testons et demi-testons, treizains, douzains,
dizains, sizains et liards610. En une occasion au moins, François Ier rembourse en nature
ses créanciers. Il a imposé une lourde amende en sel aux révoltés de Saintonge et de
La Rochelle à la fin de 1542. Le 25 juin 1543 est créée une commission qui doit éteindre des
dettes en cédant une partie de ce sel à certains créanciers. C’est sans surprise que l’on
rencontre parmi les premiers bénéficiaires, en juillet, des marchands parisiens habitués à
trafiquer dans le fournissement des greniers611. Certains créanciers s’arrangent pour lever
eux-mêmes ce qui leur revient ou le faire défalquer sur les impositions qui les concernent.
Les États de Dauphiné qui ont avancé 20 000 lt. obtiennent d’imputer le règlement sur un
don gratuit à venir. De même au début de 1544 l’Église de France reçoit l’autorisation de
déduire des décimes de 1543 les deniers empruntés au clergé en 1538 et 1539 612. Comme
lorsque les comptables récupèrent leurs fonds sur leur caisse, on peut ici parler d’auto-
remboursement.
219

188 Pour la monarchie la solution de loin la plus avantageuse est l’autorisation donnée à une
collectivité de lever une imposition spécifique pour rentrer dans ses fonds. En effet celle-
ci ne grève aucunement les finances royales. Il en va ainsi pour Paris, qui peut percevoir
une aide en 1525 jusqu’à récupération de 10 000 lt., pour Rouen en 1527 qui surtaxe le sel
de huit st par poise pour récupérer une somme équivalente ou pour Lyon dans les années
quarante avec successivement un droit sur les draps et un octroi sur le bétail à pied
fourché613. Mais il faut parfois se résoudre à la cession d’un revenu jusqu’à extinction de la
créance. Ce peut être celui d’une ferme d’impôt614 ou bien d’un morceau du domaine 615.
Parfois c’est le capital même, une terre en particulier, qui est cédé en remboursement. En
compensation de 20 000 écus, Chabot reçoit ainsi les deux-cinquièmes de la « terre,
seigneurie et chastellenie de Chateauneuf sur Charente »616. Pour récupérer 7 000 lt. de
créance, le président de Calvimont propose en 1538 de fournir en sus 3 000 ou 4 000 lt., et
d’acquérir des aliénations du domaine pour le montant total617.
189 Le remboursement de la lourde créance d’Alphonse d’Esté, accumulée de 1516 à 1525,
mérite qu’on s’y attarde un peu. En septembre 1528 l’accord se fait sur la cession au duc
de Ferrare des vicomtes de Caen, Falaise et Bayeux, jusqu’à extinction de la créance
estimée à 91 354 écus et 8 st618. Or, selon toute apparence, l’argent rentre bien mal et
l’essentiel de la créance court toujours. Les Este mettent vingt ans pour trouver une
solution. En 1548, lors du mariage d’Anne d’Esté, petite-fille d’Alphonse, avec François
d’Aumale, futur duc de Guise, ils se défaussent de leur créance à hauteur de 150 000 lt.. En
effet cette somme est incluse dans la dot d’Anne. Henri II constitue alors au jeune couple
une rente de 10 000 lt. sur le domaine, rachetable pour 150 000 lt.. Cette « consolidation »
est l’ultime forme que prend le remboursement de la dette619.
190 Plusieurs cas de « consolidation » se produisent également en 1544 en Normandie, qui
sont selon toute apparence les indices d’un plus vaste mouvement. Deux prêts de 1542
sont convertis alors en rentes à 10 %, moyennant versement d’une somme équivalente à
celle qui fut avancée deux ans plus tôt620. Dans les cas les plus critiques, le gouvernement
ne fait face à l’emprunt qu’avec d’autres emprunts relayant les premiers. En 1523 les
généraux, à la recherche de 15 000 écus pour une expédition écossaise, doivent y
consacrer des fonds prévus pour rembourser des emprunts faits à Paris pour financer le
dernier « voyage » de Picardie. Pour solder ces derniers, ils n’auront plus alors qu’à
emprunter à Lyon à la foire suivante, « en actendant que l’argent des cas inopinés puisse
venir »621. C’est reculer pour mieux sauter. Mais cela permet toujours de gagner quelques
mois, à condition, ce qui est loin d’être évident en 1523, que les Lyonnais acceptent de se
prêter au jeu.

2. Des négociations délicates

a. La « conjoncture » des remboursements

191 S’il est rarement évident de se faire rembourser, même au plus haut niveau, il est clair
aussi que le sort varie selon le créancier et selon la période. Pour les prêts de vaisselle de
1515-1516, d’après les sources partielles dont on dispose, la hiérarchie est respectée.
Charles de Bourbon, duc de Vendôme, reçoit au moins la moitié de son remboursement
dès juin-juillet 15 1 7622. Madame de Taillebourg, qui sans être du dernier plébéien se situe
néanmoins en-dessous du rang d’un prince du sang, est appointée en 1518 seulement sur
la recette de Saintonge, pour 6 000 des 7 293 lt. qu’elle a prêtées, et plus de 1 200 lt. lui
sont toujours dues en 1526623. Il est sans doute utile parfois de remettre une créance entre
220

les mains d’un homme de l’art. Lorsque Guillaume Bohier, bailli de Cotentin, mais surtout
fils et frère de généraux des finances, épouse la fille de feu François Dallés, premier
médecin du roi, Marie Gautier, la veuve, lui fait don de 2 000 écus que le roi doit à son
défunt mari. L’affaire remontait à 1519. Le mariage a lieu sans doute au cours de l’été
1529. Le calcul est judicieux car en 1531 puis en 1532 deux mandements de
remboursement sont émis624. Certains marchands-banquiers font appel à des
intermédiaires bien en cour pour récupérer leur mise. C’est le cas des Affaitati qui
sollicitent l’intervention du président Gentil625. Proches du pouvoir et des techniciens ont
donc un incontestable avantage. Encore faut-il parvenir à conserver sa position
privilégiée. Semblançay, particulièrement bien placé au début du règne, se retrouve à
partir de sa disgrâce totalement hors circuit.
192 Cette mise sur la touche nous entraîne vers les aspects politiques des aléas des
remboursements. On en voit sans doute un exemple avec l’affaire du dédommagement
pour la Grande Maistresse. Ce navire appartenait au Bâtard de Savoie. Après la mort du
grand maître en 1525 le roi retient le bateau à son service. Pour indemniser les héritiers,
François Ier et son Conseil leur cèdent la vicomte, terre et seigneurie de Valognes le
12 juillet 1528, et ce jusqu’à entier remboursement d’une créance totale évaluée à
44 440 lt.626. Claude de Villars, comte de Tende, fils du Bâtard, en jouit jusqu’en octobre
1543. La vicomte est à cette date saisie à la requête du procureur général au Parlement. Le
1er juin 1547, Villars rentre en lice. Il est certes contraint d’accéder aux arguments du
procureur général et il accepte de céder ses droits. Mais du moins obtient-il l’assurance,
d’une part de conserver les fonds reçus entre 1528 et 1543, d’autre part d’obtenir pour le
solde (non précisé) une récompense raisonnable dès que possible627. La chronologie des
déboires du comte de Tende s’éclaire assez largement quand on sait qu’il est depuis 1527
le beau-frère d’Anne de Montmorency, disgracié en 1542 et revenu au premier plan avec
l’avènement d’Henri II. Rien d’étonnant à ce qu’il faille attendre 1543 pour que les
arguments du procureur général, sans doute solides puisque Claude de Villars lui-même
reconnaîtra leur validité, puissent avoir des conséquences pratiques.
193 Mais il ne faut pas, je crois, traiter de manière trop simpliste ou du moins trop mécanique
tous les remboursements. Bien des cas restent peu clairs, où la position sociale ou
politique n’apparaît pas seule en cause. De nombreux autres paramètres peuvent jouer,
dont beaucoup nous demeurent cachés. A suivre Guillaume du Bellay qui ne parvient pas
à rentrer dans ses fonds, l’explication de tous ses malheurs résiderait dans la haine du
chancelier Duprat qui « casse, révoque et annulle ce que le roy, Madame ou le conseil ont
commandé » pour ce faire : « L’une des sommes m’est deue il y a près de doze ans et de
quattre ou cinq cens qui estoient en mesmes cause comme moy, tous ont esté remboursez
fors que moy »628. Pour un motif spécifique ici découvert, combien restent dissimulés ? Et
de plus, est-il valable ou n’y a-t-il pas dans les propos de Langey une bonne part de
rhétorique ou de parti pris ?
194 Une chose est sûre en revanche : il est des périodes où une sollicitation a peu de chance
d’aboutir, quel que soit celui qui la met en avant. Il s’agit, comme on peut s’y attendre,
des phases de grande tension sur les finances de la monarchie. Quand le fournisseur aux
armées Jacques Favier vient réclamer son dû, soit 60 000 lt., en avril 1525, il est clair qu’il
ne tombe pas au meilleur moment629. Mais ce serait bien pire en 1521-1522 ou 1543-45.
Certes, on peut émettre alors des mandements de remboursement, mais, on l’a vu, il y a
en ce domaine un gouffre entre l’ordre et sa réalisation. La crise passée en revanche, à
partir de 1532 surtout, les remboursements effectifs se multiplient630. Mais s’il faut en
221

croire Duprat, la période de relative accalmie de 1525-1527 a déjà donné lieu à un effort
en ce domaine. Dès le 13 octobre 1525, parmi les succès de la Régente, il note qu’elle
« faict payer […] beaucoup de debtes et parties du passé ». Il revient sur ce thème en mai
1527 : dans les temps précédents, « de grosses sommes des debtes » ont été soldées, en
particulier sur les revenus du quartier de janvier 1527631. Malgré la situation de crise
internationale, le net recul des charges militaires a pu effectivement permettre un
premier apurement de la situation632. Jacques Favier, qui sollicitait un peu tôt, a-t-il su
profiter de l’occasion ?

b. Une obligation fréquente : prêter pour être remboursé

195 Proposer un nouveau crédit est un bon moyen de convaincre le pouvoir politique, sinon
de rembourser immédiatement, du moins de fournir une assignation valable qui englobe
à la fois la créance ancienne et la nouvelle avance633. La monarchie reprend souvent le
procédé à son compte, si bien qu’il est parfois difficile de déterminer si l’initiative vient
du créancier ou du Conseil du roi. Du moins constate-t-on que nombreux sont ceux qui
doivent se soumettre à cette obligation. Les marchands-banquiers sont au premier rang.
En 1528 Pierre Spinolle, représentant du « syndicat » des créanciers d’un Maximilien
Sforza endetté pour 62 160 lt., sollicite le Conseil. Le prince déchu les a assignés sur la
pension de 72 000 lt. que le roi devrait lui verser et qui se fait attendre. Spinolle et « ses
compaignons » proposent de « faire délivrer comptant en prest » 50 000 lt. moyennant
une assignation valable pour l’ensemble de leur créance soit 112 160 lt. 634. Le procédé est
employé fort avant dans le règne de Henri II : c’est à ce prix seulement, aux beaux temps
du Grand Parti, que les vieilles créances des années vingt sont prises en compte635.
196 Le personnel monarchique use du même moyen. Le receveur général de Normandie Jehan
Carré est appointé le 23 mars 1530 pour 20 000 lt. qu’il vient de prêter pour la rançon. Le
même jour, il reçoit également une autre assignation pour la somme de 28 519 lt.. N’est-ce
pas le fruit d’une proposition globale de Carré, d’autant qu’un document fait allusion,
malheureusement de façon elliptique, à une requête adressée au roi et à son Conseil 636 ?
En février-mars 1557, seize conseillers au Parlement et trois conseillers au Grand Conseil
font une offre au roi. Ils ont tous acquis leurs offices sous François I er, dans les années
1540, moyennant un prêt de 3 000 écus chacun (sauf l’un d’entre eux qui a versé 2 500
écus seulement). Ils n’ont toujours rien reçu et leur créance totale atteint 127 125 lt.. Ils
proposent d’avancer une somme équivalente moyennant « les seuretez et acquitz
nécessaires pour […] estre remboursez en cinq années prochaines et consécutives », sur
les gabelles, de la totalité de leur créance. Le Conseil accepte et assigne les officiers sur
divers magasins et chambres à sel637. Les créanciers des officiers de finance poursuivis et
dont les biens ont été confisqués par le roi doivent aussi en passer par là. Ceux de
Semblançay, « pour sercher leur commodité, ont financé pareilles sommes » que celles
qui leur étaient dues. Ceux d’Estienne Besnier se retrouvent parmi les bénéficiaires des
remboursements en sel, moyennant ici encore une avance complémentaire équivalente638.
197 Les fournisseurs qui désirent se faire payer leurs marchandises entrent dans le jeu, après
parfois de longues années d’attente. Gacien de Plais, marchand tourangeau, est assigné
pour les 56 216 lt. que lui doit le roi depuis le camp du Drap d’or précisément lorsqu’il
avance 42 000 lt.. Girard Odin, brodeur du roi et lui aussi tourangeau, prête 9 000 lt. en
1532. L’année suivante un mandement de remboursement de 5 777 lt. pour des
fournitures délivrées entre 1515 et 1521 est opportunément émis639. Jean Drouyn, autre
marchand tourangeau impliqué dans le « voyage d’Ardres » assigné en 1539 ou les
222

héritiers du pelletier du roi Jean Robiquet, assignés en 1540 pour des fournitures de
1518-1524 ont-ils dûs se plier à la même exigence640 ? C’est fort probable, même si les
preuves manquent. Rien d’étonnant dans ces conditions à observer des interférences
entre le milieu des fournisseurs et celui des prêteurs !

c. Un dossier éclairant : les « vieulx debtes » des Florentins

198 Sur cette négociation précise, la documentation est assez riche car elle met en scène le
cardinal de Tournon dont l’abondante et accessible correspondance a déjà été si souvent
mise à contribution. Installé à Lyon à l’automne 1536, il est approché par les Florentins
qui souhaitent apurer le passif des années 1518-1522. Le 1er novembre, il écrit au
chancelier : « Si le Roy vouloit assigner les vieulx debtes des florentins qui ne montent
pas à ce qu’ilz m’ont dit que cent quarante mil escuz ilz seroient contentz de les avoyr en
quatre ou cinq ans »641. Pour appâter le monarque, les Florentins promettent en
contrepartie d’assécher le crédit de l’empereur en Italie. D’où sortent ces 140 000 écus ?
Leur provenance est double. Il s’agit tout d’abord du solde des 150 000 écus du temps du
duc d’Urbin et du camp du Drap d’or. Jean Cléberger et Philippe Strozzi ont été
entièrement remboursés de 43 500 écus en 1534, et par ailleurs 7 687 lt. ont été versées à
une date inconnue à Guillaume Nazy par Julien Bonacorsi, trésorier de Provence. Ce qui
reste toujours dû, 102 657 écus, est entièrement « florentin »642. S’y ajoute le reste des
emprunts forcés de 1521-1522, soit vingt et une demandes pour un montant de 85 177 lt.
643
. Avec un écu à 45 st, cela représente 37 856 écus. Le total atteint donc bien 140 513
écus.
199 Le Conseil du roi est sans doute intéressé car, dès le 3 décembre, Tournon envoie à du
Bourg « la déclaration du debte des florentins suyvant ce que m’en aves mandé ». Et il
ajoute : « S’il y avoit remède de les contenter, ce seroit ung grand moyen de recouvrer le
crédit du Roy et croy que vous ne leur scaurés bailler tropt longue assignation mais
qu’elle soit seure et véritable ». Il demande d’agir avec discrétion car il souhaite profiter
de la négociation pour « recouvrer d’eulx devant que le leur dire le plus qu’fil pourra] »644.
Mais il semble que le pouvoir choisisse une procédure relativement officielle. En effet on
conserve une lettre du 20 mars (1537 presque certainement) adressée au chancelier par
Saint-André, de Thou et Brinon, commissaires aux affaires des Gondi, lettre qui concerne
la créance de deux membres de cette famille, Anthoine et Pierre, dans le cadre de
l’emprunt forcé de 1521-1522. Ils joignent à la lettre leurs conclusions, « ce que en avons
trouvé à la vérité touchans lesd parties », mais celles-ci ne nous sont malheureusement
pas parvenues. Impossible de dire également s’il y a une commission par créance, ou si les
trois susnommés sont en charge de tout le dossier. Tout donne à penser que, dans le cas
des Gondi, l’affaire se termine par un compromis. « Sire Anthoine Gondiz » acquiert en
effet les greffes du bailliage de Maçon et de la sénéchaussée de Lyon : 7 950 lt. sont par lui
versées pour l’Extraordinaire des guerres en juillet 153 7645. Il est plus que probable que
cette somme est venue s’ajouter à la créance ancienne dans le cadre de l’achat. « Si vous
me mandiez ceulx que vous voulez assigner, écrivait Tournon au chancelier le
1er novembre 1536, je marchanderoys icy avec eulx et en tireroys une bonne grosse
somme ».
200 La fourniture de fonds en contrepartie d’une assignation paraît être alors la règle. Mais
tous les créanciers ne sont pas traités exactement de la même façon, si l’on suit Lyénard
Spine dans une plainte au chancelier. Il a « offert de faire prest au Roy », sans que l’on
sache pour quel montant, et poursuit :
223

« Vous m’avez plusieurs foys dict qu’il n’y auroit nulle faulte que je seroys assigné
des parties qui me sont deues par cédulles de messieurs les généraulx et feu monsr
de Saint Blançay qui ont servy au faict du Roy. Led sgr a assigné de semblables
parties Gondy, Bonguilliaume, Bonna-courcy et tout plain d’aultres de ma nation. Je
vous supplie humblement me faire ce bien [de] tenir la main que je soye aussi
assigné desd parties qui me sont deues, actendu qu’elles sont en pareil cas que les
aultres dessusd. qui ont esté assignez et que je ne soye pirement mal traicté que les
aultres »646.
201 Petit problème : Spine cite Bonguillaume et Bonacorsi, or aucun des deux n’apparaît
parmi les créanciers des deux prêts évoqués plus haut. Plus intéressant encore : Spine lui
non plus ne figure pas sur ces listes. La réponse est aisée, au moins pour ce dernier : il fait
partie des créanciers de Semblançay. Au-delà des 140 000 écus évoqués en novembre
1536, les enjeux ont donc dû s’élargir au contentieux entre les Florentins et ce dernier.
202 La négociation avec Thomas (II) Gadaigne est connue en détail. Le montant de la créance
des Gadaigne devrait être, d’après leur place dans les deux prêts évoqués ci-dessus, de
25 000 écus plus 8 172 lt. de reste de l’emprunt forcé. Selon toute vraisemblance, et bien
qu’aucun chiffre précis n’ait été retrouvé, elle est plus élevée en 1537. On en jugera par
l’importance des contreparties envisagées. Thomas Gadaigne contrôle-t-il d’autres
créances que celles qui furent détenues par les membres de sa famille (son père et son
oncle) quinze ans plus tôt ? C’est possible, tout comme peut jouer la prise en compte
d’intérêts. Mais le plus probable est qu’entrent en jeu ici aussi les dettes de Semblançay,
débiteur de Thomas (I) Gadaigne pour 49 666 écus à la date tardive du 13 octobre 1523 647.
La première offre de Tournon est la suivante : moyennant un nouveau prêt, dont 50 000 lt.