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Synthèse // Réflexion // Une entreprise/un homme // Références

Comptabilité

La conception des entités


dans le cadre conceptuel de l’IASB
En 2005, l’IASB a lancé, en partenariat avec le FASB (Financial Accounting
Standards Board : l’organisme de normalisation comptable des États-Unis),
un projet de réécriture du cadre conceptuel des normes comptables. Ce projet
comprenait plusieurs phases qui sont à différents stades d’avancement.
En 2008, l’IASB a publié un document de discussion sur la notion d’entité
comptable (reporting entity). A la suite des réponses reçues (84 selon l’IASB),
vient d’être publié en mars 2010 un exposé sondage sur la notion d’entité Par Benoît PIGÉ,
comptable. Il apparaît souhaitable de positionner cet exposé sondage par Professeur des Universités
rapport à trois grandes théories des organisations : théorie des coûts de en Sciences de Gestion
transaction, théorie de l’agence, théorie des parties prenantes. Université de Franche-Comté

Dans cet exposé sondage de mars 2010 • La théorie de l’agence (Charreaux, 1997)
(ES/2010/2), l’IASB expose trois proposi- qui appréhende l’organisation à travers
Résumé de l’article
tions principales : les droits de propriété détenus par une
Dans son souci de se rapprocher de « 1. L’entité comptable est un ensemble catégorie de parties prenantes, en l’oc-
la normalisation américaine et d’évi- circonscrit d’activités économiques dont currence les actionnaires dans le cas des
ter un décalage croissant entre son l’information financière est susceptible entreprises à but lucratif.
cadre conceptuel datant de 1989 et d’être utile aux investisseurs en capitaux • La théorie des parties prenantes
les normes comptables internatio- propres, aux prêteurs et aux autres créan- (Bonnafous-Boucher et Pesqueux, 2006)
nales les plus récentes, l’IASB vient ciers actuels et potentiels qui ne peuvent qui appréhende l’organisation à travers
de publier un exposé sondage sur la obtenir directement l’information dont ils l’ensemble des acteurs qui contribuent à
notion d’entité comptable (reporting ont besoin pour prendre des décisions son fonctionnement.
entity). Les propositions faites ten- sur la fourniture de ressources à l’entité Nous mettrons aussi en évidence l’évolu-
dent à se rapprocher du modèle d’ul- et pour évaluer si la direction et le conseil tion proposée du cadre conceptuel comp-
tra-libéralisme financier incarné par la d’administration de cette entité ont utilisé table par rapport au cadre conceptuel de
théorie de l’agence, en l’éloignant du avec efficience et efficacité les ressources 1989. Dans cet article, nous aborderons
modèle des parties prenantes plus fournies. successivement les trois points qui struc-
respectueux des besoins d’informa- 2. Une entité contrôle une autre entité turent la notion d’entité comptable : le
tion de la diversité des acteurs éco- lorsqu’elle a le pouvoir de diriger les acti- périmètre de l’entité, les destinataires de
nomiques. Néanmoins, la richesse de vités de cette autre entité afin d’obtenir l’information financière, et l’utilité de cette
la doctrine comptable laisse ouvertes des avantages pour elle-même, ou de information, avant d’aborder en conclu-
des possibilités d’évolutions qu’il limiter ses pertes. Lorsqu’une entité qui sion les questions de contrôle entre enti-
conviendrait de maintenir et non de contrôle une ou plusieurs entités prépare tés comptables.
fermer. des rapports financiers, elle doit présenter
des états financiers consolidés. Le périmètre de l’entité,
3. Une partie d’une entité pourrait être une approche
Abstract considérée comme une entité comptable présentant des similitudes
s’il est possible de distinguer objective- avec la théorie des coûts
In its concern of coming closer to ment ses activités économiques de celles
American accounting standards and de transaction
du reste de l’entité, et si l’information
of avoiding a growing gap between financière au sujet de cette partie de l’en- « L’entité comptable est un ensemble cir-
its 1989 conceptual framework tité est susceptible d’être utile à la prise de conscrit d’activités économiques. »
and the most recent international décisions sur la fourniture de ressources Comme dans l’ensemble de son cor-
accounting standards, IASB recently à cette partie de l’entité. » pus normatif, l’IASB accorde la préémi-
published an exposure draft on the Nous souhaitons mettre en évidence nence à l’économique sur le juridique :
concept of the Reporting Entity. The les enjeux théoriques et pratiques sous- « L’existence d’une entité juridique n’est
proposals evolve toward the finan- jacents à ces propositions. Pour ce faire ni nécessaire ni suffisante. Une entité
cial ultra-liberalism model as incar- nous nous appuierons sur trois des prin- comptable peut comprendre plusieurs
nated by the agency theory while cipales théories des organisations : entités juridiques ou être une partie d’une
moving away from the stakeholder • La théorie des coûts de transaction entité juridique » (ES/2010/2 § RE4).
model, which is more respectful of (Williamson, 1985) qui appréhende l’or- Le critère qui permet de distinguer une
the expectations’ diversity of eco- ganisation par rapport au marché, en entité comptable n’est donc pas son péri-
nomic actors. Nevertheless, the considérant que les mécanismes de mètre juridique (bien que celui-ci puisse
richness of the accounting doctrine coordination internes à l’organisation être pris en compte) mais la possibilité de
leaves open upgrading capabilities, permettent, pour certaines activités, circonscrire ses activités économiques :
which it would be advisable to main- de réduire les coûts de transaction par « La plupart des entités juridiques, sinon
tain and not to close. rapport aux mécanismes externes de toutes, sont des entités comptables
marché. potentielles. Cependant, il peut arriver

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qu’une entité juridique ne puisse pas être mêlées. Cela se voit tant dans les conflits Le cadre conceptuel de 1989 :
considérée comme une entité comptable qui surgissent à l’annonce de fermetures une approche parties prenantes
lorsque, par exemple, ses activités éco- d’établissements (les revendications ne Dans son cadre conceptuel pour la prépa-
nomiques sont entremêlées avec celles sont pas uniquement du domaine éco- ration et la présentation des états finan-
d’une autre entité et qu’il n’est pas pos- nomique mais portent aussi sur le lien ciers publié en 1989, l’IASC (International
sible de distinguer objectivement les social indirectement généré par l’exis- Accounting Standards Committee) a
activités des deux entités » (ES/2010/2 tence d’emplois), que dans la gestion des défini les utilisateurs des états financiers
§ RE5). ressources humaines par les entreprises. comme : « les investisseurs actuels et
Cette définition soulève deux questions La polémique suscitée par la vague de potentiels, les membres du personnel,
principales : suicides au sein de France Telecom a les prêteurs, les fournisseurs et autres
• Une entité se caractérise-t-elle d’abord mis en évidence qu’une entreprise n’est créanciers, les clients, les États et leurs
par ce qu’elle fait (ses activités) ou par ce pas uniquement un lieu économique, où organismes publics, et le public » (§ 9).
qui lui permet de faire (sa structure, son un travail ouvre droit en contrepartie à L’approche adoptée était celle de la théo-
organisation) ? un salaire, mais qu’elle est également rie des parties prenantes et l’information
• Une entité comptable se caractérise-t- un lieu de vie. comptable était considérée comme le sup-
elle uniquement par des activités écono- En excluant le domaine des activités port de l’information diffusée à l’ensemble
miques ? Et par conséquent, où s’arrête sociales du champ de la comptabilité, des parties prenantes. On passe donc
la frontière des activités économiques ? l’IASB adopte une vision cohérente d’une conception des normes comptables
puisque par définition la comptabilité internationales qui était celle d’un langage
La primauté de “ce qui est fait“ rend compte sous forme monétaire universel, à une conception beaucoup plus
sur “ce qui permet de faire“ d’activités économiques. Mais, en même restreinte puisque limitée aux apporteurs en
Le cadre conceptuel de l’IASB part des temps, cette définition interroge sur le capitaux et aux détenteurs d’une créance
activités pour justifier l’entité, alors que sens du mot anglais accountability que sur l’entité comptable. Cette évolution ne
la théorie de l’agence et la théorie des l’on pourrait traduire par être comptable fait que refléter les changements normatifs à
parties prenantes partent des acteurs et de au sens de être responsable de, et l’œuvre depuis le début des années 2000. Le
de leurs droits pour justifier l’existence qui, d’une certaine manière, intègre le fait passage des IAS (International Accounting
et définir la nature des organisations. qu’une responsabilité n’est jamais pure- Standards) aux IFRS (International Financial
Seule la théorie des coûts de transac- ment économique mais qu’elle contient Reporting Standards) n’est pas uniquement
tions semble offrir une démarche voi- toujours une dimension sociale. La fin un passage sémantique où Accounting est
sine de celle de l’IASB puisque, si l’on écourtée du mandat du PDG de France remplacé par Financial Reporting, elle tra-
se réfère à l’article fondateur de Ronald Telecom ne résulte pas prioritairement de duit également une transformation de la
Coase en 1937 sur la nature de la firme, résultats économiques décevants mais conception de l’information comptable.
c’est la capacité à gérer des transac- plutôt de cette incapacité à appréhender Comme nous l’avons déjà souligné, le mot
tions, et par conséquent des activités, le malaise dramatique d’une partie de comptable renvoie à l’idée d’une responsa-
avec un coût de coordination inférieur à ses employés. bilité, alors que l’expression reporting finan-
celui des marchés qui justifie l’existence Les travaux visant à développer une cier, si elle contient bien la notion de rendre
et le développement des entreprises. comptabilité environnementale ou sociale compte (reporting), en limite le champ par
Celles-ci internalisent des activités qui, au sein du rapport annuel d’activité se l’ajout du mot financier.
autrement, pourraient être réalisées sur trouvent de facto exclus du cadre de
les marchés mais avec des coûts de normalisation comptable par l’IASB. Les enjeux d’un rétrécissement
transaction plus élevés. Néanmoins, une solution de contourne- des destinataires de l’information
Les conséquences de ce point de départ ment existe, dès lors qu’il est possible comptable
(les acteurs ou les activités) sont doubles : de démontrer qu’une activité sociale, ou La question qui se pose est par consé-
• D’un point de vue théorique, il y a une une activité environnementale, comporte quent : la comptabilité ne serait-elle que
primauté implicite des activités sur les des implications économiques. Ceci financière ? Derrière un débat apparem-
acteurs : la structure organisationnelle peut constituer une structuration forte ment très technique, « les normes comp-
et, en particulier, les mécanismes de gou- de la recherche comptable sur la prise en tables internationales permettraient de
vernance n’apparaissent que comme des compte de l’information sociale ou envi- contribuer à l’harmonisation et à la régu-
moyens, nécessaires et même indispen- ronnementale. lation des mouvements de capitaux », se
sables, pour assurer la coordination des cache en réalité une conception idéolo-
activités, et non comme la raison d’être Les destinataires de gique très forte sur la prédominance de
de l’organisation. l’information financière, la finance sur l’économie.
• D’un point de vue pratique, le critère de une approche qui Cette conception pose d’autant plus
performance de l’entité réside non pas s’éloigne de la théorie question que la vocation des IFRS est
dans la satisfaction des acteurs (qu’il des parties prenantes non seulement de normaliser l’informa-
s’agisse des actionnaires ou des autres tion financière diffusée par les grandes
parties prenantes) mais dans la réalisation « L’information financière est susceptible entreprises soumises aux flux des capi-
des activités économiques, et ceci nous d’être utile aux investisseurs en capitaux taux internationaux, mais qu’elle a éga-
renvoie à la seconde question. propres, aux prêteurs et aux autres créan- lement vocation à s’étendre aux PME
ciers actuels et potentiels qui ne peuvent et à toucher les entreprises de tous les
La frontière des activités obtenir directement l’information dont ils pays, y compris ceux qui ne disposent
économiques ont besoin. » pas de marchés financiers efficients.
Même si l’approche économique déve- La proposition de mars 2010 de l’IASB Le cas de l’Afrique est particulièrement
loppée depuis plus de deux siècles à la constitue un rétrécissement très fort de la éloquent, si l’on considère que de nom-
suite d’Adam Smith a tendu à séparer la définition des parties prenantes concer- breux pays africains envisagent l’adoption
sphère économique de la sphère sociale, nées par l’information financière par rap- des normes IFRS pour s’insérer dans le
la réalité des organisations tend à mon- port au cadre conceptuel de 1989 (Paper mouvement international de normalisa-
trer que les deux sont inextricablement et Pigé, 2009). tion, alors même qu’une grande partie

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de leurs entreprises ou de leurs organisa- ONG (organisations non gouvernemen- les apporteurs de capitaux et les créan-
tions relèvent du secteur informel et, par tales) humanitaires, ne peut pas igno- ciers. La première est la prise de décisions
conséquent, sont en dehors de la sphère rer les besoins d’information d’un cer- économiques et la seconde le contrôle de
financière publique. tain nombre de parties prenantes non la direction et du conseil d’administration.
La révision du cadre conceptuel par apporteuses de ressources financières Ces deux éléments s’inscrivent relative-
l’IASB nous semble remettre en cause mais apporteuses de ressources tout ment bien dans le cadre de la théorie de
l’évolution vers une gouvernance cen- aussi indispensables (par exemple les l’agence puisqu’ils permettent d’appré-
trée sur les parties prenantes pour privi- employés bénévoles). hender l’information financière comme
légier une gouvernance centrée sur les D’un point de vue pratique, l’évolution une source de réduction des coûts
seuls fournisseurs de capitaux. Les sala- conceptuelle paraît relativement indolore, d’agence entre les agents (les dirigeants)
riés ne seraient ainsi considérés comme puisque le cadre conceptuel de 1989 pré- et les principaux (les actionnaires mais
des utilisateurs majeurs de l’information voyait déjà que (§ 10) : « Bien que tous les aussi les créanciers).
financière qu’en raison des créances besoins d’information de ces utilisateurs ne
qu’ils possèdent sur leur entreprise. Il en puissent pas être comblés par des états La prise de décisions
serait de même pour les fournisseurs, et financiers, il y a des besoins qui sont com- économiques
les clients ne seraient plus dès lors des muns à tous les utilisateurs. Comme les « Pour prendre des décisions sur la four-
parties prenantes directement intéressées investisseurs sont les apporteurs de capitaux niture de ressources à l’entité. »
par les états financiers. à risque de l’entreprise, la fourniture d’états L’IASB retient comme premier critère
Une telle évolution nous semble très pré- financiers qui répondent à leurs besoins d’utilité de l’information financière la
judiciable et ne reflète sans doute pas les répondra également à la plupart des besoins possibilité de prendre des décisions.
attentes de la société (Pigé, 2008), qui des autres utilisateurs susceptibles d’être D’un point de vue théorique, la théorie
étaient pourtant clairement exprimées dans satisfaits par des états financiers. » de l’agence formulerait plutôt cette utilité
le cadre conceptuel de 1989, par exemple La position de l’IASC était que les inves- comme la réduction de l’asymétrie d’in-
pour les membres du personnel (§ 9) : « les tisseurs sont sans doute les utilisateurs formation entre l’entité et ses apporteurs
membres du personnel et leurs représen- les plus exigeants en matière d’états de ressources. En effet, le postulat de
tants sont intéressés par une information sur financiers. Par conséquent, répondre à l’IASB, comme de la théorie de l’agence,
la stabilité et la rentabilité de l’entreprise qui ces exigences permet de satisfaire les est que la comptabilité générale a pour
les emploie. Ils sont également intéressés besoins des autres utilisateurs. Cela n’im- objet principal l’information des acteurs
par des informations qui leur permettent plique pas nécessairement une hiérarchie externes à l’entreprise et que l’infor-
d’estimer la capacité de l’entreprise à leur entre les besoins des utilisateurs. Ce mation interne est assurée par d’autres
procurer une rémunération, des avantages paragraphe laisse même la porte ouverte mécanismes (comptabilité de gestion et
en matière de retraite et des opportunités à une normalisation comptable qui répon- contrôle budgétaire notamment).
en matière d’emploi. » Si les années 2000 drait à d’autres besoins non satisfaits par Dès lors, la comptabilité générale n’est
ont connu une focalisation croissante sur le des états financiers. On peut ainsi penser pas perçue comme produisant une infor-
rôle des capitaux financiers, il semble que à toutes les informations liées au déve- mation qui n’existerait pas par ailleurs,
la crise de 2007-2009 puisse permettre un loppement durable et à la responsabilité mais plutôt comme un instrument de
juste retour de balancier. sociale de l’entreprise. structuration (de normalisation) de l’in-
Ainsi, début 2009, un des arguments de La primauté relative du besoin d’informa- formation pour la rendre disponible aux
General Motors pour demander des aides tion financière des investisseurs est liée acteurs externes. Par voie de consé-
au gouvernement américain, et éviter ainsi à leur statut “d’apporteurs de capitaux à quence, la contribution à la prise de déci-
de devoir se placer sous le régime de la risque“. Il convient dès lors de s’interro- sion peut s’analyser comme la réduction
protection des faillites, était que les clients ger sur la réalité de cette notion. Comme de l’asymétrie d’information entre les
américains se détourneraient massivement la crise financière de 2008 l’a clairement apporteurs de ressources et les dirigeants
d’un constructeur dont ils mettraient en mis en évidence, les investisseurs ne sont puisque, grâce à l’information financière,
doute la pérennité. Autrement dit, General pas les seuls apporteurs de capitaux à ces derniers disposent d’une informa-
Motors considérait explicitement que les risque. Les États peuvent agir comme des tion qui, bien que de nature différente,
clients sont des utilisateurs de l’information investisseurs en dernier ressort, non seu- se rapproche de celle détenue par les
financière de l’entreprise dans leur proces- lement pour les banques mais également dirigeants.
sus de décision d’un achat automobile. pour des entreprises considérées comme
Dans le cas de la crise financière de 2008, trop importantes économiquement pour Le contrôle des dirigeants
il est également apparu clairement que les pouvoir faire faillite sans générer de dom- « Pour évaluer si la direction et le conseil
citoyens et les clients des banques étaient mages collatéraux trop élevés pour la col- d’administration de cette entité ont utilisé
directement concernés par la situation lectivité. De même, les salariés, même s’ils avec efficience et efficacité les ressources
financière de ces établissements. Les ne sont pas apporteurs de capitaux stricto fournies. »
communiqués financiers ont été diffusés sensu, apportent néanmoins leur capital Le second critère d’utilité de l’information
à une population auparavant peu atten- humain et leur capital social. Dans le cas financière est le contrôle des dirigeants et
tives à ces informations. Il existe donc de la faillite d’une entreprise ce capital peut du conseil d’administration. A nouveau,
un besoin de repenser cette évolution du être mis à mal, ce qui traduit, ex post, l’ex- cette perspective peut être rapprochée
cadre conceptuel de l’IASB pour intégrer position au risque de ce capital. de celle de la théorie de l’agence, dans la
davantage les attentes de l’ensemble des mesure où l’information financière est per-
parties prenantes, au lieu de limiter l’ho- çue comme contribuant à réduire l’asy-
rizon des états comptables et financiers L’utilité de l’information métrie d’information et, par conséquent,
aux seuls apporteurs de capitaux. financière, une approche comme facilitant la juste évaluation des
De surcroît, la normalisation comptable qui s’aligne sur la théorie actions et des décisions des dirigeants
internationale, qui vise à normaliser non de l’agence de l’entité. Le conseil d’administration
seulement les entreprises cotées mais est perçu, du point de vue comptable,
toutes les entités faisant appel public à L’IASB propose deux principales sources comme bénéficiant de l’accès aux autres
l’épargne (dont par exemple les grandes d’utilité de l’information financière pour sources d’information internes. La comp-

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tabilité générale n’est donc pas considé- par l’IASB) d’informer les investisseurs, le biais de la créance qu’ils détiennent
rée comme un outil essentiel pour son ceux-ci ne sont pas, pour autant, la fin sur leurs rémunérations à percevoir. Le
information (Beau et Pigé, 2007). ultime de l’organisation. Une entité comp- cadre conceptuel de l’IASB reviendrait
L’IASB précise le sens de ce contrôle en table ne se confond pas avec sa partie alors à multiplier l’information comptable,
mentionnant la notion d’efficience et d’ef- prenante dominante, elle a une autonomie y compris au niveau des établissements,
ficacité dans l’utilisation des ressources et une existence qui lui est propre et qui le seul critère restant celui de la possibi-
fournies. Le mot efficience fait référence permet de réintroduire l’enjeu de la diver- lité de distinguer objectivement ses acti-
à la capacité de minimiser la consom- sité des parties prenantes. vités économiques de celles du reste de
mation de ressources par rapport à un La normalisation comptable internatio- l’entité.
résultat souhaité et la notion d’efficacité nale touche donc au cœur des enjeux des En basculant du coût historique vers la
à la capacité d’atteindre réellement les organisations dans nos sociétés contem- juste valeur, on n’est pas seulement passé
résultats souhaités. Ces deux mots tra- poraines, organisations qui sont à la fois d’un référentiel de la facture à un réfé-
duisent pleinement l’objectif premier assi- instruments d’un libéralisme économique rentiel du marché mais, plus fondamen-
gné aux entreprises par la théorie écono- et financier parfois sauvage et, en même talement, la comptabilité s’est projetée
mique classique (et repris par la théorie temps, contributrices du développement comme instrument essentiel et fonda-
de l’agence) qui est la maximisation du économique de nos sociétés. mental pour rendre compte des phéno-
profit. En effet, maximiser le profit n’est Bien que le cadre conceptuel proposé mènes économiques liés à une entité
rien d’autre que la traduction financière par l’IASB apparaisse comme une ten- donnée. Ce faisant, la comptabilité ouvre
de l’efficience et de l’efficacité dans la tative de rétrécissement de l’objet de la de nouveaux horizons qui dépassent son
gestion des ressources. comptabilité, dans le même temps, ce champ et rejoignent celui des grandes
cadre conceptuel souligne les limites théories des organisations.
Conclusion : le rapport d’une approche fondée uniquement sur
des entités comptables l’information financière qui ne permet pas
entre elles de répondre à la totalité des besoins d’in- Bibliographie
formation des parties prenantes et qui,
La doctrine comptable internationale par elle-même, laissera toujours ouvertes Beau C. et Pigé B. (2007), « La normalisation de l’in-
semble en partie soumise aux grands des questions sur l’étendue de cette infor- formation comptable dans le processus de gouver-
nance  », Comptabilité Contrôle Audit, n° thématique,
courants idéologiques qui secouent la mation. pp. 57-76.
planète, avec une certaine priorité confé- La troisième proposition de l’IASB est ainsi
Bonnafous-Boucher M. et Pesqueux Y., éditeurs
rée à la finance et aux mouvements de une véritable interrogation sur le périmètre (2006), Décider avec les parties prenantes, La
capitaux sur les autres formes de res- de l’entité et des investisseurs en capitaux Découverte.
sources nécessaires au fonctionnement à prendre en compte. Un fournisseur qui Charreaux G., éditeur (1997), Le gouvernement des
de l’économie. Mais, en même temps, détient une créance sur une société, elle- entreprises, Economica.
cette doctrine comptable internationale même détenue à 100 % par une autre Coase R. H. (1937), The nature of the firm, Economica,
conserve une spécificité et un angle d’at- société (et par conséquent sans présence 4: 386-405.
taque qui lui est propre et qui tient à sa d’intérêts minoritaires), peut-il exiger la Pigé B. (2008), Gouvernance Contrôle et Audit des
conception de l’entité comptable. production d’une information comptable Organisations, Economica.
Le point déterminant du contrôle ne puisque cette information lui serait utile Pigé B. et Paper X. (2009), Normes comptables inter-
se situe pas dans les investisseurs en pour sa prise de décision ? Et si les sala- nationales et gouvernance des entreprises. Le sens
capitaux mais dans l’entité elle-même. riés ne se voient pas reconnus comme des normes IFRS, EMS.
Autrement dit, si la comptabilité a pour partie prenante majeure en raison de leurs Williamson O.E. (1985), The Economic Institutions of
objet (selon le cadre conceptuel proposé ressources, ils le sont indirectement par Capitalism, The Free Press.

Nouveau
Pocket social : 50 pièges à éviter 2010
Ce nouvel ouvrage recense 50 situations auxquelles un employeur peut, un jour ou l’autre, être
confronté. Chacune d’elles peut sembler, de prime abord, simple à résoudre mais nul n’est besoin de
rappeler que le droit social est source de litiges, ces derniers étant de plus en plus fréquents !
Ainsi, par exemple, tout employeur pense que, par accord des parties, il est facile de renouveler la période
d’essai, mais ce n’est pas si simple.
De la même façon, l’accord des parties formalisé par avenant au contrat de travail pour augmenter
temporairement la durée du travail d’un salarié à temps partiel ne met pas l’employeur à l’abri d’une action
du salarié en requalification en travail à temps plein.
Autres pièges : l’employeur doit-il accepter une situation de mi-temps thérapeutique et maintenir la
rémunération ? Peut-on reporter les congés payés d’un salarié qui, ayant été malade, n’a pas pu les prendre ? 15,00 €
L’employeur peut-il plafonner le remboursement des frais professionnels exposés par le salarié ?
Nous avons ainsi recensé 50 situations, très courantes, issues d’un cas réel qui s’est présenté à un
employeur qui a dû apporter une réponse concrète. Il s’agit de remettre en cause certaines idées reçues en
droit social et de combattre des rumeurs qui sont source d’erreurs et de mises en cause de responsabilité.
Le droit social étant devenu, depuis quelques années, une matière à risque, cet ouvrage vous permettra
de déjouer les principaux pièges

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