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Justice et État : enjeux philosophiques

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SÉQUENCE 6

SYNTHÈSE CONCLUSIVE

De notre enquête sur la politique (Justice et État), il convient de retenir les éléments suivants :
— Le droit positif semble constituer en soi-même une notion plutôt claire et bien déterminée, puisqu’il
est – comme nous l’avons vu – l’ensemble des normes faisant l’objet d’une convention humaine ; il est
établi, posé, généralement dans des textes ; valable pour une société donnée, il varie selon les temps et
les lieux. En revanche, la notion de « justice » semble plus évanescente : soit elle trouve son origine dans
des convictions morales voire religieuses (songeons à Antigone) ; soit elle provient de principes naturels
universels (les droits naturels), comme c’est le cas avec les droits naturels de l’homme.
— Mais il y a plus grave que cette indétermination : il se pourrait en effet que la justice n’existe pas ou, du
moins, qu’elle ne soit pas cernable. Il se peut en effet que, dans la pureté originelle de sa notion, elle ait
été trahie, et que son beau nom ait servi à recouvrir la force pour la masquer. Il se peut alors que cette
forme première de la justice soit inaccessible et inconnaissable. Il se pourrait encore qu’elle ne soit plus
que le nom de ce qui nie la puissance à l’œuvre dans la nature, comme si « juste » devait désigner plutôt
les rapports de force fondamentaux à l’œuvre au sein de la nature, et comme si nous avions oublié cela.
— Qu’est-ce que le positivisme juridique ? Cette position définit un domaine suffisant de la justice, qui se
conçoit indépendamment de toute autre considération, et en particulier de toute considération morale ou
métaphysique. Cette position relève de la théorie du droit, c’est-à-dire d’une réflexion en juriste sur les
normes juridiques, mais elle acquiert aussi une valeur et une signification importantes en philosophie.
Il faut alors insister sur son opposition à la théorie du droit naturel (jusnaturalisme), entendu comme la
reconnaissance de normes qui existeraient dans la nature et qui auraient vocation à s’imposer au droit
positif. Du point de vue du positivisme juridique, il n’y aurait nul besoin d’un tel droit naturel pour rendre
compte du fonctionnement du droit positif. Le concept-clé est alors celui de hiérarchie des normes.
— La référence au droit positif nous poussant à explorer davantage l’origine judiciaire de l’idée de justice,
nous nous sommes arrêtés, enfin, sur la spécificité de l’acte de juger – la « subsomption » – et sur les
difficultés afférentes à un tel acte qui s’appuie sur une diversité de sources du droit. Si rendre justice,
c’est fondamentalement résoudre un litige, l’office du juge, sans être pour autant arbitraire, n’a rien de
mécanique ; fonction régalienne, elle est aussi humaine.

En ce qui concerne l’État :


— Nous pouvons considérer que la question du meilleur régime en lui-même est trop abstraite et relève
d’une démarche utopique. Nous avons pu considérer alors que la notion de l’intérêt constituait le fil
conducteur pour répondre de façon réaliste à la question du meilleur régime. Or, ce faisant, si nous avons
pensé un moment que le contrat social pouvait constituer la réponse à cette question, il n’en est rien.
La question du meilleur régime s’est en fait déplacée quelque peu : à mesure que l’exigence réaliste de
prendre les hommes tels qu’ils sont s’est accrue, il est apparu que le modèle du contrat n’était peut-être
pas de nature à nous montrer ce que serait le meilleur régime, car ce modèle semble finalement perpé-
tuer lui aussi une dimension utopique. Celle-ci réside dans le fait de prétendre sortir de l’état de nature
par un simple engagement de la volonté, une promesse. Avec Spinoza, nous avons ainsi été conduits à
l’idée selon laquelle la question même du meilleur régime ne saurait être comprise à partir d’un projet
de réalisation du contrat social.
— Il est néanmoins apparu, avec Rousseau, une exigence de liberté, c’est-à-dire de non soumission à
un pouvoir despotique. S’agissant de la forme du gouvernement, le discours de Rousseau, parce qu’il
insistait sur la volonté générale et sur la liberté, pouvait aller en direction d’une défense de la démocratie
(même si Rousseau ne formule pas les choses ainsi). La démocratie peut alors être défendue en elle-

CNED TERMINALE PHILOSOPHIE 1


même, en tant que réponse à la question du meilleur régime : ne réalise-t-elle pas, en effet, mieux que
tout autre régime, le principe de liberté, tout reposant sur un principe d’égalité entre les citoyens ? Or, au
moins à titre d’hypothèse, n’est-il pas envisageable de faire de la liberté un critère du meilleur régime ?
— Mais il a fallu distinguer ensuite entre une approche formelle et une approche réelle de la démocratie.
Les deux ne s’opposent pas radicalement, mais il est raisonnable de reprocher à la démocratie
formelle certaines insuffisances. La démocratie formelle reconnaît les droits fondamentaux (les droits
de l’homme), la séparation des pouvoirs et la représentation en politique. Mais il nous est apparu que
certaines fragilités, concernant la référence aux droits de l’homme ou la représentation en politique,
pouvaient être mises en évidence. Il nous est surtout apparu, enfin, que la démocratie réelle pouvait
aussi être considérée comme un processus qui intègre la résistance voire la révolution. Celle-ci peut elle-
même rendre possible une démocratie formelle minimale (c’est le cas avec l’héritage de la Révolution
française) ; mais la révolution relève peut-être, ultimement, d’un élan transformateur dont le dynamisme
ne saurait s’arrêter à telle ou telle forme statique de régime ou à telle ou telle disposition juridique, aussi
protectrices soient-elles.

2 CNED TERMINALE PHILOSOPHIE

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