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II) l’approche théorique des

sources immédiates de la
croissance: capitaux et
progrès technique

Modèle de Solow et modèles de


croissance endogène

JP Biasutti 1
A) L’épargne et l’accumulation du capital dans les
modèles de croissance

1) De la croissance déséquilibrée à la croissance


équilibrée

JP Biasutti 2
Le taux de croissance (qui dépend de l’investissement et donc de
l’épargne), ne correspond pas forcément au taux de croissance de la
force de travail.
JP Biasutti 3
2) Les enseignements du modèle de Solow sans
progrès technique

JP Biasutti 4
Le modèle de Solow: équilibre et état stable

• L’équilibre dans le modèle de Solow peut se résumer comme


suit:
– L’investissement est juste suffisant pour compenser la
dépréciation, ce qui fait que…
– Le stock de capital par tête (K/L) est stable, ce qui fait que…
– Le revenu par tête (Y/L) est, lui aussi, stable, ce qui veut dire
que…

– La croissance du PIB par tête s’arrête !

• Autrement dit, un pays qui commence à k0 aura une croissance


économique au moyen terme (jusqu’à k*), mais pas de
croissance au long terme !

• Comment réconcilier le modèle avec la réalité ?

JP Biasutti 5
Accroissement du taux d’épargne

• Le modèle de Solow montre l’importance du taux d’épargne dans la


détermination de l’état stationnaire.

• Si s augmente, alors l’investissement va devenir supérieur à la


consommation de capital et l’équilibre stationnaire va s’élever.

• Si des économies diffèrent par leur taux d’épargne, les états


stationnaires de ces économies devraient différer et «expliquer» les
différences de niveaux de vie (produit par tête).

• Les facteurs réduisant l’épargne sont donc défavorables à la


croissance (déficit public notamment)

JP Biasutti 6
La croissance démographique
• La croissance démographique induit une intensité
capitalistique décroissante : K/L diminue si L augmente
au rythme n.

• Un pays au taux de croissance démographique plus


élevé aura donc un niveau de produit par tête plus faible

• Pour simplement maintenir le capital par travailleur, il


faudra accumuler au rythme n.

JP Biasutti 7
Convergence

n   a

sf ( k )
k
k
k01 k02
JP Biasutti 8
Les Trente Glorieuses

Taux de croissance plus


élevé

n   a

sf ( k )
Destruction de capital
provoquée par la guerre k
k
k01 k02
JP Biasutti 9
«Une contribution aux études empiriques en
économie de la croissance»

Gregory Mankiw, David Romer, David Weil

Quarterly Journal of Economics, Mai 1992

JP Biasutti 10
«Ce papier veut prendre au sérieux Robert Solow. Dans son
article maintenant fameux de 1956, Solow avait proposé de
commencer l‘étude de la croissance économique en supposant
une fonction de production néoclassique standard avec des
rendements décroissants du capital. En prenant les taux d‘épargne
et de croissance de la population exogènes, il a montré que ces
deux variables déterminent le niveau de long terme de revenu
par tête.

Parce que les taux d‘épargne et les taux de croissance


démographique diffèrent entre les pays, chacun atteint un état
stationnaire différent. Le modèle de Solow offre des prédictions
assez simples et testables sur la façon dont ces variables
influencent le niveau de revenu de l‘état stationnaire. Plus le taux
d‘épargne est important, plus riche sera le pays. Plus le taux
de croissance de la population sera élevé, plus pauvre sera le
pays ». (Gregory Mankiw, David Romer et David Weil, 1992).

JP Biasutti 11
Convergence conditionnelle

n   a
s1 f (k )
k
s2 f ( k )
k
k
k01 k*1 k02 k*2

JP Biasutti 12
Le miracle asiatique

sD f (k )
k
n   a

s' A f (k )
k
s A f (k )
kA k*A k*A’ kD k*D
k k

JP Biasutti 13
(…)Cet article veut montrer que les prédictions du
modèle de Solow sont, à une première
approximation près, cohérents avec les faits
empiriques.
En étudiant des données récentes pour un grand
nombre de pays, nous trouvons que le taux
d‘épargne et le taux de croissance de la
population influent sur le revenu avec le signe
prédit par le modèle de Solow. Qui plus est, plus
de la moitié des variations des niveaux de revenu
par tête peut être expliquée par ces deux variables
seulement»

(Gregory Mankiw, David Romer et David Weil,


1992).
JP Biasutti 14
Le modèle de Solow «augmenté» (par la prise en
compte du capital humain)

«Pourtant tout n'est pas juste dans le modèle de Solow.


Même si le modèle prédit correctement le signe des effets de
l‘épargne et de la croissance de la population, il ne prédit pas
correctement l'ampleur des effets. Empiriquement, les effets
de l‘épargne et de la croissance de la population sur le revenu
sont beaucoup trop importants.
Pour bien comprendre la relation entre l‘épargne, la
croissance de la population et le revenu, il faut aller plus loin
que le modèle de Solow habituel dans les manuels
d‘économie.
C'est pourquoi nous proposons d'augmenter le modèle de
Solow en incluant l'accumulation du capital humain ainsi
que le capital physique» (Mankiw, Romer et Weil, art.cit.).
JP Biasutti 15
«L'exclusion du capital humain dans le modèle de Solow classique
est potentiellement une bonne explication à des effets trop forts de
l‘épargne et du taux de croissance démographique, et ceci pour
deux raisons:

premièrement, pour un taux d'accumulation du capital humain donné,


plus d‘épargne ou moins de croissance démographique entraînent un
plus haut niveau de revenu et donc un plus haut niveau de capital
humain; du coup l'accumulation du capital physique et la croissance
démographique ont des impacts plus grands quand l'accumulation du
capital humain est pris en compte.

Deuxièmement, l'accumulation de capital humain peut être corrélée


avec les taux d‘épargne et la croissance démographique, ce qui
implique qu'omettre le capital humain dans les variables explicatives
biaise les coefficients de l‘épargne et de la croissance de la
population »(Mankiw, Romer et Weil, art.cit.).

JP Biasutti 16
B) Le modèle de Solow: un progrès technique
«tombé du ciel» comme source de la croissance
de long terme

JP Biasutti 17
1) Le progrès technique exogène et la croissance du produit par
tête

JP Biasutti 18
• On réécrit notre fonction de production sous la forme
Y=F(K,L*A)

où A désigne l’efficacité du travail. “L*A” est la mesure du


nombre de travailleurs efficaces. Le taux de croissance de cette
efficacité est a.

• Notre fonction de production y=f(k) devient produit par


travailleur efficace soit… y=Y/(L*A) et k=K/(L*A)
• Avec cette augmentation “δk” est nécessaire pour remplacer le
capital qui se déprécie, “nk” est nécessaire pour fournir du
capital aux nouveaux travailleurs e “ak”est nécessaire pour
fournir du capital aux nouveaux travailleurs efficaces créés par
le progrès technique.
JP Biasutti 19
Comme la dépréciation et la croissance de la
population, le taux du progrès technique
• Au point où (k) et (y) sont (augmentant le travail) provoque le
rétrécissement du stock de capital par
contants on a,
travailleur.

Investissement Investissement
Δk = s*f(k) – (δ+n+a)k = 0
Investissement nécessaire
…ou, nécessaire (δ+n+a)k

s*f(k) = (δ+n+a)k
s*f(k*)=(δ+n+a)k* s*f(k)
…Ceci se produit au point Investissement
d’équilibre k*.

En k* l’investissement
requis égalise k
k*
l’investissement réalisé

20 JP Biasutti
Investissement requis pour garder k constant : n
et a entrent de la même façon que 

Investissement = s f(k) = ska


(+n+a)k

1
 s  1a
k*   s f(k)
   n  a 

N.B: k* s’obtient à partir de


l’équation d’accumulation
lorsque le capital par tête ne
s’accroît plus soit pour

sk*a = ( + n + a) k*
k* k
21 JP Biasutti
Les changements technologiques

• Si l’on raisonne par tête efficace, le graphique de l’impact


des changements technologiques est identique (à un
changement de variable) à celui de l’impact des
changements de la démographie.

• L’efficience croissante du travail induit une intensité


capitalistique décroissante par travailleur efficient.

• Pour simplement maintenir le capital par tête efficiente, il


faudra accumuler au rythme a.

• Ceci revient à considérer une source supplémentaire de


consommation de capital : la plus grande efficience du
travail.

JP Biasutti 22
Les changements technologiques
Y
ye 
L A
ye  f ( ke )
y*0
y*1 De  (  n  a1 )ke

De  (  n  a0 )ke

ie  sye

K
ke 
L A
k*1 k*0
JP Biasutti 23
L’impact du progrès technique
• Supposons que le taux de croissance
de l’efficacité des travailleurs passe de
a0 to a1.
• Cela déplace vers le haut la ligne
Une hausse
représentant la croissance de la de“a”
population,la dépréciation et la
croissance de l’efficience des Investissement
Investissement
travailleurs (δ+n+a1)k
requis (δ+n+a0)k

• Au nouvel état régulier k1*, le


capital par travailleur et le
produit par travailleur sont s*f(k)
plus faibles.
• Le modèle prédit que des
économies avec des taux plus
élevés de croissance de k
l’efficacité auront des niveaux k1* k0*

de capital par travailleur et des


niveaux de revenu par tête plus …réduit k*
faibles .
Etat régulier dans le modèle de Solow avec progrès technique

Variable Notation Taux de croissance à


l’état régulier
Capital par
travailleur efficace
k=K/(A*L) 0
Produit par
travailleur efficace
y=Y/(A*L)=f(k) 0
Capital par
travailleur
K/L=k*A a
Produit par
travailleur
Y/L=y*A a
Produit total
Y=y(A*L) n+a
Le modèle de Solow - Récapitulatif

• Seul le progrès technologique peut soutenir une


croissance à long terme dans le modèle de Solow.

• L’accumulation des facteurs ne contribue qu’à une


croissance de moyen terme.

• Une action politique sur des variables comme le taux


d’épargne ou la croissance démographique peut donner
lieu à un état stable avec un revenu par tête plus haut ;
en revanche, une croissance à long terme n’est pas
assurée !

JP Biasutti 26
2) « Le ciel est américain»
(Daniel Cohen, Les
infortunes de la prospérité,
1994)

JP Biasutti 27
Economically Important Innovations: Product of Genius, Active and
Risk-loving People (Forbes Dec 2002)
year Innovation year Innovation year Innovation
1917 Sneakers (Bowerman) 1940 Radar (Watson-Watt)
1918 Spectometer, Uranium 235 1942 Electronic digital computer 1964 Mainframe (IBM)
1921 Tetrathyle lead (Midgley) 1945 Nuclear power Mouse
1923 Business Management (Sloan) 1948 LP (Goldmark) 1971 Microprocessor (Noyce)
1923 Multiple camera (Disney) 1949 Magnetic core memory (Wang) Answering machine (Poulsen)
1924 Mutual funds 1947 Cellular phone (Ring) 1972 3-D images of body (MRI)
1924 Frozen food (Birdseye) Microwave (Spencer) Ethernet -LAN (Metcalf)
1925 Transistor, digital signal processor (Bell) Instant Photos (Land) Unix/C programming (Ritchie &
1926 Rocket science (Goddard) Transistors (Shockley) E-entertainment (Bushnell)
1927 TV (Farnsworth) Tupperware (Tupper) 1976 DNA (Swansen)
1928 Penicillin (Fleming) 1951 Pill (Mccormick and Singer) Personal computer chips (Job
1929 Synthetic rubber (Newland) 1952 FORTRAN (Backus) 1979 Spreadsheets (Bricklin and Fra
1930 Jet engine (Whittle) 1955 Fast food Krock) 1984 Dell PC (Dell)
1933 Radio frequency modulation (Armstrong) 1956 Containerised Shipping 1991 WWW (Bernerslee)
1937 Pulse code modulation Disk drives (Johnson) 1995 Internet business (Bezos)
Blood bank Fiber optics (Kapung) 1998 Viagra (Ellis and Terrett)
1938 Xerography (Carlson) 1958 Laser (Patel) 2000 Automated sequencing machin
1939 Automatic transmission (Thompson) 1959 Integrated circuit 2001 ?
Helicopter (Sikorsky) 1961 diapers (Pampers) ?
1962 Modem (AT&T) 2002 ?
2003 Cloning?

JP Biasutti 28
«D'une façon générale, les résultats reportés dans ce papier vont a
l'encontre de la tendance récente parmi les économistes à remettre en
cause le modèle de croissance à la Solow et à favoriser les modèles de
croissance endogène qui supposent des rendements constants ou
croissant du capital. Il est possible d'expliquer une grande partie des
variations de revenu en coupe internationale tout en maintenant
l'hypothèse de rendement décroissant.

Cette conclusion n'implique par pour autant que le modèle de Solow est
une théorie complète de la croissance: on voudrait aussi comprendre les
déterminants de l‘épargne, de la croissance démographique et du
changement technologique, variables que le modèle de Solow considère
comme exogènes. Cela n'implique pas non plus que les théories de la
croissance endogène ne sont pas importantes, au sens où elles peuvent
apporter la bonne explication à l‘évolution du progrès technique. Notre
conclusion, par contre, implique que le modèle de Solow donne les
bonnes réponses aux questions auxquelles il était sensé répondre»

JP Biasutti 29
Les modèles présentés jusque là se concentrent sur l’accumulation de
capital physique ou de capital humain

Ils considèrent par conséquent que les différents pays ont accès au même
ensemble de technologies

Ils ne sont pas capables d’engendrer une croissance auto-entretenue


sur le long terme et ont peu à dire sur les sources des différences
dans la technologie

Une analyse complète à la fois des différences de revenus entre


pays et du processus de croissance mondial nécessite
d’endogénéiser les choix de technologie et le progrès technique

JP Biasutti 30
C) La croissance auto-entretenue et
l’origine endogène du progrès technique
(théories de la croissance endogène)

JP Biasutti 31
• Rôle de l’accumulation (classiques, Marx) et de l’innovation
(Schumpeter)
• Rôle de la division du travail (Smith, Young) et des effets
De vieilles idées
d’apprentissage (Arrow, Kaldor)

• N’explique pas le ralentissement de la PGF à partir des années


1970
Un vieux modèle
• N’explique pas toutes les différences dans les taux de croissance et
(Solow) les phénomènes de non convergence

• Une «masse critique» atteinte grâce à un certain nombre de


travaux concentrés dans le temps(1986/1992)
Un nouveau
programme de • Des techniques de modélisation affinées
recherche

JP Biasutti 32
1) La croissance auto-entretenue

JP Biasutti 33
Éléments de croissance endogène

• Quand il s’agit du capital «physique», l’hypothèse de


rendements factoriels décroissants semble raisonnable.

• En est-il nécessairement de même pour les idées (le


«capital de savoirs») ?

• Si l’on rajoute au modèle les idées et si on élimine ainsi


les rendements décroissants, quelles sont les
implications?

JP Biasutti 34
Formellement, le point nodal des modèle de croissance
endogène se localise dans l’hypothèse d’une élasticité de
la production par rapport au stock des facteurs de
production reproductibles (au moins) unitaire.

Ce qui signifie que le modélisateur doit recourir à une


fonction de production linéaire par rapport à un facteur
ramassant tous les inputs accumulables, facteur appelé
«énigmatiquement», «capital».

JP Biasutti 35
Éléments de croissance endogène: le modèle «AK»

Sergio Rebelo, 1991

Long-Run Policy Analysis and Long-Run Growth," Journal of


Political Economy, University of Chicago Press, vol. 99(3), pages 500-
521, June 1991

JP Biasutti 36
Dans un article publié en 1991, Serge Rebelo pose que la
technologie agrégée est décrite par une fonction linéaire
avec un seul facteur, le stock de capital :

Y t = AKt

C’est le fameux « modèle AK »

JP Biasutti 37
La spécification précédente permet de représenter une productivité
marginale du facteur accumulable, le capital, constante et égale à A.

Le capital s’identifie comme le seul facteur de production et le travail


est, à ce stade, exclu.

Rebelo justifie ce choix en assimilant le travail au capital humain,


qui est accumulable, et qui, agrégé au capital physique, donne le
concept de capital élargi K : «tout est capital».

En reconduisant les autres hypothèses du modèle de Solow


(hormis l’existence d’un progrès technique portant sur le travail), on
obtient l’équation dynamique suivante :

. 
k  sAk t - (n   )k t
JP Biasutti 38
Éléments de croissance endogène: le modèle «AK»

Y
y
L
y  f (k )

i  sy  sAk

D  (  n)k

capital de savoirs
y0

K
k
k0 L
JP Biasutti 39
Le modèle «AK»: une croissance perpétuelle?

Y y  f (k )
y
L
i  sy

D  (  n)k

capital de savoirs
y0

K
k
k0 L
JP Biasutti 40
Le modèle «AK»: une stagnation perpétuelle?

Y
y
L
y  f (k )

D  (  n)k

i  sy
capital de savoirs
y0

K
k
k0 L
JP Biasutti 41
Le modèle «AK»: une stagnation perpétuelle?

Y
y
L
y  f (k )

D  (  n)k

i  sy
capital de savoirs
y0

K
k
k0 L
JP Biasutti 42
Éléments de croissance endogène: Récapitulatif

• Dans ce modèle très simple de croissance endogène:

– Un pays qui démarre avec un taux investissement suffisant


dans le capital de savoirs peut jouir d’une croissance soutenue

– En revanche, un pays avec un taux d’investissement


insuffisant risque de se voir stagner

• Donc, une promotion de l’investissement dans le knowledge


capital pourrait être bénéfique là où une simple promotion de
l’investissement tout court ne l’est pas

JP Biasutti 43
Le mécanisme général

« La nouvelle théorie de la croissance, les théories de la croissance


endogène, se sont pas fondamentalement hétérodoxes ; elles n’ont pas
conscience de l’être tout au moins. Elles reprennent d’ailleurs un modèle
très classique, celui de SOLOW, en y introduisant une simple rétro-action
(«feedback») dont la nature peut néanmoins varier d’un auteur à l’autre»
(Bruno Ventelou, Au-delà de la rareté, 2001, p.82)

Accumulation du Production à Croissance du


capital par tête rendements factoriels revenu par tête
(k=K/L) décroissants (y=Y/L)

« feedback »= une
interaction collective

JP Biasutti 44
Capital Capital
physique humain

Capital
Capital
technologi
public
que

JP Biasutti 45
2) La croissance (à progrès technique) endogène

JP Biasutti 46
• Dans le modèle de Solow, la croissance est
«exogène» dans le sens où son moteur, le
progrès technologique, n’est pas modélisé
explicitement

JP Biasutti 47
Le modèle néoclassique, de base ou «augmenté»
par la prise en compte de l’éducation, porte en lui-
même sa principale limite : il reconnaît explicitement
l’importance de la technologie dans la croissance,
mais n’en procure aucune explication.

Ce progrès technique serait une rente externe ou si


l’on reprend l’image biblique une manne qui tombe
continûment du ciel.

Le progrès technique du modèle néoclassique de


croissance est exogène et croît au taux constant a;
ainsi s’énonce le dogme inébranlable.

JP Biasutti 48
Le problème

La fonction de production des modèles se présente sous la


forme

a 1a
Yt  Kt ( At Lt )

At croît au « rythme du temps qui passe »


soit eat, , il est donc exogène c-a-d non
expliqué par le modèle
Dans les théories de la croissance (à progrès
technique) endogène, par contre, les processus
sous-jacents vont recevoir une attention
particulière …

Comment endogénéiser A? c-a-d comment le faire


dépendre de variables internes au modèle?

4 sources (cf 2 mécanismes


supra)

JP Biasutti 50
Deux mécanismes

A résulte • A= « produit joint »


d’externalités liées • Plusieurs solutions (capital physique,
humain, public)
à l’accumulation de • Maintien des hypothèses de la CPP
capitaux variés

A résulte d’un • A résulte de l’activité d’entrepreneurs


chercheurs
effort volontaire de • Plus réaliste (il existe de la R&D partout)
production des • Nécessite des hypothèses de concurrence
innovation imparfaite
Premier mécanisme : Le progrès technique
comme « produit joint»

Croissance de
accumulation externalités A = progrès
technique

JP Biasutti 52
Romer Lucas Barro
1986 1988 1991
A A A
dépend dépend dépend
de K de H de
K public
JP Biasutti 53
Le modèle de Paul Romer en
1986
«Increasing Returns and Long-Run Growth”,
Journal of Political Economy, 94, 1986

Romer introduit des rendements d’échelle croissants dans


l’accumulation de capital physique.

Il se justifie en considérant que l’accumulation de savoir (A) est un


«produit joint»(byproduct) de l’activité économique des firmes.

Y = F(K, f(K).L) = Ka(KL)1-a = Ka+-aL1-a

Il s’appuie aussi sur le rôle de la non rivalité des idées. Ce


point essentiel se retrouvera dans son deuxième article de
1990
JP Biasutti 54
L’économie des idées: Non rivalité et rendements
croissants

Non rivalité = l’utilisation d’une idée par un producteur


pour accroître son efficacité n’empêche pas les autres
de l’utiliser.
Alors que la même unité de travail ou de capital ne peut
être utilisée par de multiples producteurs, la même idée
peut être utilisée par beaucoup, ce qui
potentiellement accroît la productivité de chacun

«technologie» (facteur A) = surtout des idées ou des plans


d’utilisation (blueprint) traitant de la manière de produire de
nouveaux biens, d’en accroître la qualité ou d’en réduire les
coûts.

JP Biasutti 55
La fonction de production F(K,L,A) fait traditionnellement
apparaître des rendements d’échelle constants pour le
capital et le travail (K et L).

Lorsque K et L doublent, la société peut reproduire la


même technique de production et, en l’absence
d’externalités, la production doublera (au moins)

Romer affirme alors que lorsqu’on endogénéise A, cela


amène des rendements d’échelle croissants pour
les trois inputs (K,L,A) du fait de la non rivalité

Pourquoi?

JP Biasutti 56
Imaginons que A est à l’image des autres inputs

L’argument de la réplication nous conduit à considérer qu’il


y aura des rendements d’échelle constants lorsque l’on
fait varier ensemble les trois facteurs

Considérons maintenant que les idées (A) sont non rivales

La nouvelle production n’a pas besoin de recréer ou de répliquer A


puisqu’il est déjà prêt à être utilisé par toutes les firmes

Dans ce cas, f(K,L,A) exhibe des rendements constants pour K


et L mais des rendements d’échelle croissants pour K,L et A

JP Biasutti 57
Supposons une économie formée de N firmes qui disposent de la même fonction de
production: y = ka (A.l)1-a.

Les rendements d'échelle sont constants si l'on suppose que A représente le progrès technique
exogène. Mais ce n'est pas le cas ici puisque A représente la prise en compte les externalités.

Toutes les firmes sont identiques et possèdent le même stock de capital donc k = constante. On a alors
A = N.k = K. Comme la production Y est la somme des productions y réalisées par l'ensemble des
firmes, les firmes utilisent N.I = L et N.k = K. C'est ce stock de capital qui introduit l'externalité (K =
A), chaque firme profitant du stock de capital accumulé par la collectivité

Y  Ny  Nk a A1a l 1a  Nk a ( Nk )1a l 1a (avecA  Nk )


Y  NkN1a l1a  Nk.( Nl )1a  K .L1a

On a bien constance des rendements pour chaque firme au niveau micro-économique (a+ 1-a
= 1)
alors qu'au niveau macro-économique les rendements d'échelle sont croissants (1+1- a)

(Attention :les lettres minuscules indiquent ici les variables pour une entreprise)

JP Biasutti 58
Une autre implication de la non rivalité des
idées
L’effet lié à la taille du marché

Matthew Boulton écrivait à James Watt: « Je ne


gagnerais rien à fabriquer votre machine pour trois
pays seulement mais j’y trouverais mon compte si je
le faisais pour le monde entier»(rapporté par Scherer, Frederick M. (1984)
Innovation and Growth: Schumpeterian Perspectives MIT Press Cambridge, Massachusetts).

Une fois inventées, les idées non rivales peuvent


être insérées dans autant d’unités de production
que l’on veut sans coûts supplémentaires ce qui fait
que l’effet de taille du marché est
particulièrement important
JP Biasutti 59
Le modèle de Robert Lucas (1988)

«On the Mechanics of Economic


Development », Journal of Monetary Economics,
22, 1988

le travail peut être «produit» à un taux


endogène grâce à h.

Y = Ka (hL)1-a
(où h est le capital humain par personne (il augmente en fonction du
temps consacré à l'accumulation de formation  1 – Ly, Ly étant la
part du travail consacré à la production).

Cette prise en compte du capital humain est d’autant plus intéressante que Dubois
et alii insistaient dès les années 1970 sur l’importance de l’effet qualitatif du facteur
travail. Les modèles de croissance endogène insistent sur les fondements
économiques de la formation de capital humain en insistant soit sur l’apprentissage
par la pratique (Romer, 1986) soit sur la formation (qualification mais aussi nutrition,
santé, hygiène  Lucas 1988)
JP Biasutti 60
Le modèle de Robert Barro(1990)

"Government Spending in a Simple Model of


Endogenous Growth," NBER Working Papers
2588, National Bureau of Economic Research,
Inc,1991

“I extend existing models of endogenous economic


growth to incorporate a government sector.
Production involves private capital (broadly defined) and
public services. There is constant returns to scale in
the two factors, but diminishing returns to each
separately” (Robert Barro, art.cit,1991).

JP Biasutti 61
Récapitulatif

Jusqu’ici, nous avons vu des modèles de croissance, exogène ou


endogène, dans lesquels la croissance économique ne résulte pas du
changement technologique

Soit celui-ci est exogène, soit il provient d’une technologie « néo-


classique» linéaire, soit il est un produit joint résultant de «spillovers»
de savoir

Puisque nous voulons comprendre le processus de croissance, il


faut aller vers des modèles dans lesquels le progrès technologique
et le changement technologique lui-même sont la conséquence
d’investissements volontaires de la part des firmes et des
individus

JP Biasutti 62
Deuxième mécanisme : Le progrès technique comme
fruit d’une activité économique intéressée

Ces modèles vont

Non seulement endogénéiser le progrès


technologique

mais le relier aux structures de marché


(concurrence imparfaite), aux politiques de
la concurrence et anti-trust ainsi qu’aux
politiques portant sur les droits de propriété
intellectuelle

JP Biasutti 63
Paul Romer Philippe
(1990) Aghion, Peter
A relève d’un Howitt, (1992)
processus de A vient d’un
R&D cumulatif processus de
destruction
créatrice

JP Biasutti 64
La croissance endogène
Effets externes PGF endogène

• Principe (Romer, 1986) : rendements • Principe : la structure des marchés


marginaux non décroissants sur les détermine l’incitation à innover, donc
facteurs accumulables (capital in fine le taux de croissance
physique, capital humain).
• Mécanismes :
• Mécanismes : – Innovation «schumpétérienne» par la
– savoir-faire destruction créatrice (différenciation
– externalités pécuniaires verticale, Aghion et Howitt 1992)
– facteurs de production publics
– Innovation « à la Chamberlin » par la
• Conséquences : diversité des produits (différenciation
horizontale, Grossman et Helpman,
– une hausse du taux d’épargne 1989)
accroît de manière permanente le • Conséquence : la croissance dépend
taux de croissance des gains attendus de l’innovation :
– brevets
– importance des effets de réseau, – concurrence monopolistique
des choix historiques (ex: clavier – taille du marché
QWERTY, norme VHS …) – imitation/innovation (Acemoglu,
Aghion et Zilibotti, 2003)
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3) Une révolution théorique?

• Des apports limités • Des faiblesses


nombreuses
• De vieilles idées, remises au • Modèles de Solow
goût du jour (équilibre améliorés
général, micro-économie) • Vérification empirique
• Croissance non acquise difficile
• Effets externes  choix des • Pas de modèle canonique
agents sous-optimaux (synthèse?)
• « Révolution» non assumée • Traitement faible des
• « L’Histoire compte » institutions

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Conclusion
«A la suite de cette présentation, nous souscrivons aux
opinions de Solow : les nouvelles théories de la croissance
endogène reposent sur des configurations de paramètres si
spécifiques, si «fil du rasoir», qu’elles sont irréalistes. Cela ne
veut pas dire que la description des comportements des
agents dans un cadre institutionnel bien spécifié soit inutile :
les externalités, la structure des marchés et la concurrence
imparfaite, les institutions financières, des dépenses de
recherche et développement, sont autant d’éléments
fondamentaux dans la compréhension de la croissance de
moyen terme. Mais leur capacité à expliquer significativement
une croissance endogène de long terme reste à démontrer»
(Jacques et Rebeyrol, Croissance et fluctuations, 2001,
p.266 et 267)
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«Il en va de la croissance économique comme de toute chose, vous
devez vous méfier des fournisseurs de remèdes-miracles qui parlent
vite. Rien – j’insiste bien, rien – de ce que les économistes savent sur la
croissance économique ne nous donne une recette magique pour
augmenter d’un point de pourcentage, ou plus, le taux de croissance
économique de manière soutenue. Même si nous pourrions souhaiter
qu’il en soit autrement, les choses sont tout simplement ainsi » (Alan
Blinder, « The speed limit », American Prospect, vol 8, n°34, 1997)

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?
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