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la Fertilisation

Potassique
1 LE POTASSIUM ET LA VIE
Le potassium est indispensable à la vie : il participe directe- • il active la photosynthèse et favorise la formation des glu-
ment à la formation et à la croissance des cellules. cides (sucres, amidon) dans la feuille et leur accumulation
dans les organes de réserve (racines des betteraves, tuber-
Il assure de nombreuses fonctions vitales de l’organisme des cules des pommes de terre). C’est pourquoi les plantes
animaux supérieurs et de l’homme, et contribue au bon racines et les tubercules répondent particulièrement bien aux
fonctionnement du coeur, des muscles, du cerveau, des nerfs engrais potassiques.
et des glandes. Une déficience grave en potassium, soit par • il participe à la formation des protéines, intervient dans les
insuffisance d'apports, soit plus souvent par pertes exces- processus d’évolution des composés azotés dans la plante et
sives, peut entraîner rapidement la mort, car la cellule n’assi- f avorise leur migration vers les organes de réserve. L e s
mile plus les substances nutritives. besoins en potassium sont d’autant plus grands que la fertili-
sation azotée est plus importante : l’effet de l’azote est ren-
forcé par le potassium et réciproquement ; c’est le phéno-
mène d'interaction positive.
2 LE POTASSIUM ET LA PLANTE
• il prépare l’élaboration des lipides.
Le potassium est toujours abondant dans la matière sèche
des végétaux : de 0,5 à 1,5 % dans le grain et les pailles de En réduisant la tra n s p i ration, le potassium diminue les
blé, de 2 à 4 % dans les tubercules et fanes de pommes de besoins des plantes en eau, augmente leur résistance à la
terre, et jusqu’à 6 à 7 % dans les épinards et les champi- sécheresse et assure une meilleure efficacité de l’irrigation.
gnons. Il permet une meilleure résistance au froid, aux maladies et
Très mobile dans la plante, le potassium y joue un rôle mul- aux insectes.
tiple : Avec l’anhydride phosphorique, il accroît le développement
• il intervient dans l’équilibre acido-basique des cellules et des racines et la rigidité des tissus végétaux, d’où une
régularise les échanges intracellulaires. meilleure résistance des plantes à la verse.

L'exportation de potasse est très importante sur prairies ensilées.

Chapitre VIII

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3 LE POTASSIUM DANS LE SOL
Il se trouve dans le sol sous quatre formes :
• en solution dans l’eau du sol.
• retenu (adsorbé) à la surface des particules d’argile et d’hu-
mus (complexe adsorbant) : il sert à compenser les prélève-
ments effectués par les racines dans la solution du sol. C’est
donc l’ensemble du potassium de la solution du sol et du
complexe adsorbant qui est utilisable par la plante : c’est le
potassium échangeable, déterminé par l’analyse à l’acétate
d’ammonium, qui illustre la quantité d’ions K+ susceptibles de
quitter la phase solide pour rejoindre la solution.
Vue générale de la station agronomique d'Aspach-le-Bas (Haut Rhin).
• inclus pour la plus grande partie entre les feuillets des argiles : Société Commerciale des Potasses et de l'Azote.

cette forme non échangeable est très lentement libérée lorsque cessus d’altération.
le sol s’appauvrit en potasse échangeable. Il est de l’intérêt de Le potassium biodisponible dans le sol n’est pas un ensemble
l’agriculture intensive de ne pas compter sur elle, ce qui néces- unique et homogène. Il est libéré durant la phase de crois-
site le maintien du potassium échangeable à un bon niveau. sance du végétal à partir de la phase solide du sol. Pour y
• entrant dans la constitution des minéraux primaires (roche accéder, il faut connaître trois paramètres : l’intensité, la capa-
mère) : cette forme est très lentement libérée au cours des pro- cité à maintenir le facteur intensité et la quantité.

FORMES DU POTASSIUM DANS LE SOL

Figure 1

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4 LA NUTRITION POTASSIQUE
Ceux-ci viennent se fixer entre les feuillets des argiles. Le pou-
• Le coefficient réel d’utilisation (C.R.U.) du potassium (cf. voir fixateur du sol vis-à-vis de K dépend de sa teneur en argiles
chapitre VII-5) , durant l’année qui suit l’apport, est compris et de la nature de celles-ci. Plus un sol est pourvu en argile (CEC
entre 15 et 30 %. Comme pour les ions PO4 3- , il y a une élevée), plus il "fixe" la potasse et il faut en tenir compte pour
intense compétition entre le sol et la plante pour les ions K +. apprécier le niveau du K2O échangeable du sol (Cf. figure 2).

Figure 2
Appréciation du niveau
de potasse (K2O) échangeable
en fonction de la teneur
en argiles

• Comme pour le phosphore, il semblerait nécessaire de plante au cours de son cycle végétatif. Ces besoins instantanés
revoir le concept "vieille graisse" selon les types de sol. peuvent dépasser 15 kg K2 O par jour par hectare ; la solution
• Les conditions d’exploitation du sol par la plante sont sus- du sol, qui n’en contient que quelques kilos, doit pouvoir être
ceptibles de modifier les quantités de potassium transférées de "réapprovisionnée" plusieurs fois par jour pour satisfaire les
l’un à l’autre : besoins de la plante,
- la mobilité des ions K + dans le sol, bien que supérieure
- les quantités de K prélevées en un temps donné sont à celle des ions PO 4 3- , n’est pas très élévée (de l’ordre du
proportionnelles à la concentration d’ions K + aux abords de la centimètre). Selon la nature et les aptitudes de son système
zone active de la racine, racinaire, la plante a une capacité plus ou moins grande à
- l’observation d’une courbe de prélèvement en K fait extraire du sol le potassium nécessaire à ses besoins. On
ressortir la très grande variation des quantités extraites par une distingue ainsi des plantes d’exigences différentes :

Exigence en K 2 O C u l t u re s
Elevée better ave, pomme de terre, cultures légumièr es

Moyenne colza, luzerne, maïs ensilage et grain, pois, ra y-grass, tournesol, soja

Faible avoine, blé dur et tendre, orge, sorgho

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5 FUMURE POTASSIQUE culture ont un C.R.U égal ou supérieur à celui des engrais miné-
raux. Il faut donc en tenir compte dans la fumure à apporter,
lorsque cette restitution dépasse 80 kg K2 O /ha (COMIFER 1993).
Comme pour le phosphore, une nouvelle stratégie de fertilisation
potassique a été proposée par le COMIFER (novembre 1993) ; Le choix des engrais potassiques à utiliser est fonction de la sen-
elle est basée sur les mêmes critères : sibilité de la culture à l'ion Cl- : les cultures sensibles nécessi-
• Exigence en K2 O de la culture : aucune impasse sur une tent l’emploi du sulfate de potassium. Celui-ci est également
culture exigeante, quelle que soit la teneur du sol en K échan- recommandé pour un objectif qualité de certaines productions
geable (Kéch.). (vins, fruits, légumes).
Comme pour les engrais phosphatés, on s’oriente vers une pra-
• Analyse de terre : progressivement, son interprétation devra se
tique annuelle de la fertilisation potassique, l’apport "bloqué" en
baser sur un référentiel agronomique permettant d’établir des
tête de rotation étant abandonné.
normes et notamment T impasse et T renforcé (cf. chapitre VII).
Pour le potassium, la notion de Kéch. minimal devrait aussi être L’apport d’engrais potassique est réalisé avant l’implantation de
prise en considération : c’est la quantité de Kéch. restant pré- la culture, ou en automne-hiver pour les cultures pérennes, prin-
sente dans le sol alors que la plante souffre de carence aiguë, cipalement sous forme de binaires PK. Néanmoins, il est des cas
voire létale, en potassium ; ce semble être une caractéristique où il est recommandé de fractionner la fumure potassique pour
intrinsèque d’un sol donné, quel que soit l’historique de fertilisa- assurer une meilleure efficacité ; par exemple :
tion (P. Villemin. 1993). - sur les prairies en exploitation intensive, apporter 2/3 de la
Cette valeur premettrait d’approcher celle de T renforcé et d’être fumure potassique en automne-hiver et 1/3 fin juin pour
considérée comme un indicateur de risque. couvrir les besoins jusqu’à l’automne et favoriser l’équilibre
• Passé récent de fertilisation sur les quatre dernières années : graminées-légumineuses.
par convention, le souci de ne prendre aucun risque de pénali- - sur céréales d'automne, la fumure potassique apportée avant
ser la production conduit à considérer que, après 2 ou 3 ans le semis peut être complétée par un nouvel apport de potasse
sans apport de K, on ne peut plus garantir une alimentation non lors du premier apport d’azote au tallage, sous forme d’engrais
limitante des cultures, même non exigeantes. composés ternaires, pratique particulièrement recommandée
• Restitution des résidus du précédent cultural : les résidus de dans les terres pauvres en potasse.

La pomme de terre nécessite une forte fumure potassique.

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