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Joseph de Maistre

Éclaircissement
sur les sacrifices
La présente édition de l’Éclaircissement sur les
sacrifices de Joseph de Maistre reprend le texte
paru à la fin de l’édition de 1821 des Soirées de
Saint-Petersbourg. Elle a pour but de diffuser
simplement ce texte essentiel.
Les notes ont été mises en forme rapidement. ussi
le traitement des citations !rec"ues n’est#il pas
satisfaisant$ les accents n’a%ant pas pu &tre
introduits ' une étude ri!oureuse de ce texte
nécessitera donc de consulter l’édition de
référence.
(ette édition est mise à )otre disposition par le
Poème de la quinzaine * http*++poeme.a#lire.fr.
Éclaircissement sur les sacrifices
(hapitre premier
,es sacrifices en !énéral
Je n’adopte point l’axiome impie *
La crainte dans le monde ima!ina les dieux.
1
Je me plais au contraire à remar"uer "ue les hommes$
en donnant à ,ieu les noms "ui expriment la !randeur$ le
pou)oir et la bonté$ en l’appelant le Seigneur, le Maître,
le Père$ etc.$ montraient asse- "ue l’idée de la di)inité ne
pou)ait &tre fille de la crainte. .n peut obser)er encore
"ue la musi"ue$ la poésie$ la danse$ en un mot tous les
1 Primus in orbe deos fecit timor. (e passa!e$ dont on i!nore le
)éritable auteur$ se trou)e parmi les fra!ments de /étrone. 0l est
bien là.
3
Joseph de Maistre
arts a!réables$ étaient appelés aux cérémonies du culte '
et "ue l’idée d’allé!resse se m&la tou1ours si intimement à
celle de fête$ "ue ce dernier de)int partout s%non%me du
premier.
Loin de moi d’ailleurs de croire "ue l’idée de ,ieu ait
pu commencer pour le !enre humain$ c’est#à#dire "u’elle
puisse &tre moins ancienne "ue l’homme.
0l faut cependant a)ouer$ apr2s a)oir assuré
l’orthodoxie$ "ue l’histoire nous montre l’homme
persuadé dans tous les temps de cette effra%ante )érité *
u!il "i"ait sous la main d!une puissance irritée, et ue
cette puissance ne pou"ait être apaisée ue par des
sacrifices#
0l n’est pas m&me aisé$ au premier coup d’3il$
d’accorder des idées en apparence aussi contradictoires '
mais si l’on % réfléchit attenti)ement$ on comprend tr2s
bien comment elles s’accordent$ et pour"uoi le sentiment
de terreur a tou1ours subsisté à c4té de celui de la 1oie$
sans "ue l’un ait 1amais pu anéantir l’autre.
5 Les ,ieux sont bons$ et nous tenons d’eux tous les
biens dont nous 1ouissons * nous leur de)ons la louan!e et
l’action de !r6ce. Mais les dieux sont 1ustes et nous
sommes coupables * il faut les apaiser$ il faut expier nos
crimes ' et$ pour % par)enir$ le mo%en le plus puissant est
le sacrifice. 7
2

2 (e n’était point seulement pour apaiser les mau)ais !énies ' ce
n’était point seulement à l’occasion des !randes calamités "ue le
sacrifice était offert * il fut tou1ours la base de toute esp2ce de
culte$ sans distinction de lieu$ de temps$ d’opinions ou de
circonstances.
$
Éclaircissement sur les sacrifices
8elle fut la cro%ance anti"ue$ et telle est encore$ sous
différentes formes$ celle de tout l’uni)ers. Les hommes
primitifs$ dont le !enre humain entier re9ut ses opinions
fondamentales$ se crurent coupables * les institutions
!énérales furent toutes fondées sur ce do!me$ en sorte
"ue les hommes de tous les si2cles n’ont cessé d’a)ouer la
dé!radation primiti)e et uni)erselle$ et de dire comme
nous$ "uoi"ue d’une mani2re moins explicite * nos mères
nous ont con%us dans le crime ' car il n’% a pas un do!me
chrétien "ui n’ait sa racine dans le nature intime de
l’homme$ et dans une tradition aussi ancienne "ue le
!enre humain.
Mais la racine de cette dé!radation$ ou la réité de
l’homme$ s’il est permis de fabri"uer ce mot$ résidait dans
le principe sensible, dans la "ie, dans l!&me enfin$ si
soi!neusement distin!uée par les anciens$ de l!esprit ou
de l’intelli!ence.
L’animal n’a re9u "u’une &me ' à nous furent donnés et
l!&me et l!esprit
:
.
L’anti"uité ne cro%ait point "u’il p;t % a)oir$ entre
l!esprit et le corps$ aucune sorte de lien ni de contact
<
' de
: 'mmisitue =,eus> in hominem spiritum et animam. =Jos2phe$
(ntiuités )ui"es$ li)re 0$ chapitre 1$ ?2.>
Principio indulsit communis conditor illis
*antum animam + nobis, animum uoue,
=Ju)énal$ Satire -.$ 1<8$ <@.>
< Mentem autem reperiebat /eus ulli rei ad)unctum esse sine
anima nefas esse 0 uocirca intelligentiam in animo + animam
conclusit in corpore# =*imée$ inter fra!. (icéron$ /laton in 8imée
opp.$ t. 0A$ p. :12$ .B.$ p. :8C$ 11.>
1
Joseph de Maistre
mani2re "ue l!&me$ ou le principe sensible$ était pour eux
une esp2ce de mo2enne proportionnelle$ ou de puissance
intermédiaire en "ui l!esprit reposait$ comme elle reposait
elle#m&me dans le corps.
En se représentant l!&me sous l’ima!e d’un 3il$ sui)ant
la comparaison in!énieuse de Lucr2ce$ l!esprit était la
prunelle de cet 3il
D
. illeurs il l’appelle l!&me de l!&me
C
et
/laton$ d’apr2s Eom2re$ le nomme le c3ur de l!&me
F
$
expression "ue /hilon renou)ela depuis
8
.
Lors"ue Jupiter$ dans Eom2re$ se détermine à rendre
un héros )ictorieux$ le dieu a pesé la chose dans son
esprit
@
' il est un * il ne peut % a)oir de combat en lui.
Lors"u’un homme connaGt son de)oir et le remplit sans
balancer$ dans une occasion difficile$ il a )u la chose
comme un dieu$ dans son esprit
1H
.
D 4t lacerato oculo circum, si pupila mansit
'ncolumis, etc#
=Lucr2ce$ /e 5atura 6erum$ 000$ <H@$ se"".>
C (tue anima est animae proporro totius ipsa# =0bid.>
F 'n *heat#$ opp.$ tom. 00$ p. 2C1 (.
I.B. Juel"uefois les Latins abusent du mot animus$ mais
tou1ours d’une mani2re à ne laisser aucun doute au lecteur.
(icéron$ par exemple$ l’emploie comme un s%non%me d’anima et
l’oppose à mens. Et Kir!ile a dit dans le m&me sens * mentem
animumue =Énéide$ K0$ 11$ etc.>. Ju)énal$ au contraire$
l’oppose$ comme s%non%me de mens$ au mot anima$ etc.
8 /hilon$ /e la fabrication du monde$ cité par Juste#Lipse. /h%s.
stoic. 000$ dissert. AK0.
@ Αλλ ογε µερµεριζε κατα πηρενα ’ . ='liade$ 00$ :.>
1H Αυταρ ο εγνο εσιν ενυ πηρερι. ='liade$ 0$ :::.>
7
Éclaircissement sur les sacrifices
Mais si$ lon!temps a!ité entre son de)oir et sa passion$
ce m&me homme s’est )u sur le point de commettre une
)iolence inexcusable$ il a délibéré dans son &me et dans
son esprit
11
.
Juel"uefois l!esprit !ourmande l!&me$ et la )eut faire
rou!ir de sa faiblesse * courage$ lui dit#il$ mon &me 8 tu
as supporté de plus grands malheurs
12
.
Et un autre po2te a fait de ce combat le su1et d’une
con)ersation$ en forme tout à fait plaisante. Je ne puis$
dit#il$ 9 mon &me 8 t!accorder tout ce ue tu désires 0
songes ue tu n!es pas la seule : "ouloir ce ue tu
aimes#
1:

;ue "eut-on dire$ demande /laton$ lorsu!on dit u!un
homme s!est "aincu lui-même, u!il s!est montré plus fort
ue lui-même$ etc. L .n affirme é)idemment "u’il est$
tout à la fois$ plus fort et plus faible "ue lui#m&me ' car si
c’est lui "ui est le plus faible$ c’est aussi lui "ui est le plus
fort ' puis"u’on affirme l’un et l’autre du m&me su1et. La
)olonté supposée une ne saurait pas plus &tre en
contradiction a)ec elle#m&me$ "u’un corps ne peut &tre
11 Εοσ ο ταυτη ορµαινε κατα πηρενα και κατα τηυµεν. ='liade$ 0$
1@D.>
12 Τετλατηι δε κραδιν, και κυντερον αλλο ποτετλεσ. =<d2ssée$ AA$
18.>
/laton a cité ce )ers dans le /hédon$ =.pp. tom. 0$ p. 21D$ ,> et il
% )oit une puissance "ui parle à une autre. M Ον αλλε ουσα αλλο
πραγµατι διαλεγουµενε. =0bid.$ 2C1$ B.>
1: Ου δυναµαι σοι, Τηυµε, παρασκηειν ασµενα παντα,
Τετλατηι, Τον δε καλον ουτι συ µουνοσ εραισ.
=8heo!n. inter )ers. !mon. ex edit. BruncNii$ ). F2#F:.>
=
Joseph de Maistre
animé à la fois par deux mou)ements actuels et
opposés
1<
' car nul su1et ne peut réunir deux contraires
simultanés
1D
. Si l!homme était un$ a dit excellemment
Eippocrate$ )amais il ne serait malade
1C
' et la raison en
est simple * car$ a1oute#t#il$ on ne peut conce"oir une
cause de maladie dans ce ui est un
1F
.
(icéron écri)ant donc ue, lorsu!on nous ordonne de
nous commander : nous-mêmes, cela signifie ue la
raison doit commander : la passion
18
' ou il entendait
"ue la passion est une personne$ ou il ne s’entendait pas
lui#m&me.
/ascal a)ait en )ue sans doute les idées de /laton$
lors"u’il disait * >ette duplicité de l!homme est si "isible,
u!il 2 en a ui ont pensé ue nous a"ons deu? &mes + un
su)et simple leur paraissant incapable de telles et si
soudaines "ariétés
1@
.
1< /laton$ @a 6épubliue$ opp. tom. K$ p. D<@$ E. . ' et p. :CH$ (.
1D Ουδε (τον οντον) ουδεν αµα τα εναντια επιδεκηεται. =ristote$
(athe!. de "uantitate$ opp. tom. 0.>
1C Εγοο δε πηεµι ει ενεν ο αντηροποσ ποτ αν ελγεν ’ . =Eippocrate$
@a nature de l!homme$ Oom. 0$ cit. edit.$ chapitre 2$ p. 2CD.>
1F Ουδε γαρ αν εν υπο του αλγεσειευ ΕΝ ΕΟΝ.
(ette maxime lumineuse n’a pas moins de )aleur dans le monde
moral.
18 ;uum igitur praecipitur ut nobismetipsis imperemus, hoc
praecipitur, ut ratio c3rceat temeritatem. =8usc. "uaest.$ 00$
21.> /artout oP il faut résister$ il % a action ' partout oP il % a
action$ il % a substance ' et 1amais on ne comprendra comment
une tenaille peut se saisir elle#m&me.
1@ /ensées$ 000$ 1:. M .n peut )oir à l’endroit de /laton "u’on )ient
de citer la sin!uli2re histoire d’un certain Léontius$ ui "oulait
A
Éclaircissement sur les sacrifices
Mais a)ec tous les é!ards dus à un tel écri)ain$ on peut
cependant con)enir "u’il ne semble pas a)oir )u la chose
tout à fait à fond$ car il ne s’a!it pas seulement de sa)oir
comment un su)et simple est capable de telles et si
soudaines "ariétés$ mais bien d’expli"uer comment un
su1et simple peut réunir des oppositions simultanées '
comment il peut aimer à la fois le bien et le mal ' aimer et
haQr le m&me ob1et ' )ouloir et ne )ouloir pas$ etc. '
comment un corps peut se mou)oir actuellement )ers
deux points opposés ' en un mot$ pour tout dire$
comment un su1et simple peut n’&tre pas simple.
L’idée de deux puissances distinctes est bien ancienne$
m&me dans l’É!lise. 5 (eux "ui l’ont adoptée$ disait
.ri!2ne$ ne pensent pas "ue ces mots de l’ap4tre * La
chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit =Ralates$ K$
1F> doi)ent s’entendre de la chair proprement dite ' mais
de cette 6me$ "ui est réellement l’6me de la chair * car$
disent#ils$ nous en a)ons deux$ l’une bonne et céleste$
l’autre inférieure et terrestre ' c’est de celle#ci "u’il a été
dit "ue ses 3u)res sont é)identes =0bid.$ 1@>$ et nous
cro%ons "ue cette 6me de la chair réside dans le san!. 7
2H

u reste$ .ri!2ne$ "ui était à la fois le plus hardi et les
plus modeste des hommes dans ses opinions$ ne s’obstine
point sur cette "uestion. @e lecteur$ dit#il$ en pensera ce
absolument "oir des cada"res u!absolument il ne "oulait pas
"oir ' ce "ui se passa dans cette occasion entre son &me et lui$ et
les in1ures "u’il crut de)oir adresser à ses %eux. =Loc. cit.$ p. :CH
>.
2H .ri!2ne$ /es Principes 000$ <. .pp.$ edit. Ouxi$ /aris$ 1F::$ in#
fol.$ tom. 0$ p. 1<D se"".
B
Joseph de Maistre
u!il "oudra. .n )oit cependant asse- "u’il ne sa)ait pas
expli"uer autrement ces deux mou)ements
diamétralement opposés dans un su1et simple.
Ju’est#ce en effet "ue cette puissance "ui contrarie
l!homme$ ou$ pour mieux dire$ sa conscience L Ju’est#ce
"ue cette puissance "ui n’est pas lui, ou tout lui L Est#elle
matérielle comme la pierre ou le bois L dans ce cas$ elle
ne pense ni ne sent$ et$ par consé"uent$ elle ne peut a)oir
la puissance de troubler l’esprit dans ses opérations.
J’écoute a)ec respect et terreur toutes les menaces faites
: la chair ' mais 1e demande ce "ue c’est.
,escartes$ "ui ne doutait de rien$ n’est nullement
embarrassé de cette duplicité de l’homme. 0l n’% a point$
selon lui$ dans nous de partie supérieure et inférieure$ de
puissance raisonnable et sensiti)e$ comme on le croit
)ul!airement. L’6me de l’homme est une$ et la m&me
substance est tout à la fois$ raisonnable et sensiti)e. (e
"ui trompe à cet é!ard$ dit#il$ c’est "ue les )olitions
produites par l’6me et par les esprits )itaux en)o%és par le
corps$ excitent des mou)ements contraires dans la !lande
pinéale.
21

ntoine rnaud est bien moins amusant * il nous
propose comme un m%st2re inconce)able$ et cependant
21 ,escartes opp. mst.$ Blaen$ 1F8D$ in#<S ' /es Passions de l!&me$
art. ALK00$ p. 22. Je ne dis rien de cette explication * les hommes
tels "ue ,escartes méritent autant d’é!ards "u’on en doit peu
aux funestes usurpateurs de la renommée. Je prie seulement
"u’on fasse attention au fond de la pensée$ "ui se réduit tr2s
clairement à ceci * >e ui fait croire communément u!il 2 a une
contradiction dans l!homme, c!est u!il 2 a une contradiction
dans l!homme#
CD
Éclaircissement sur les sacrifices
incontestable * 5 Jue ce corps$ "ui$ n’étant "u’une
mati2re$ n’est point un su1et capable de péché$ peut
cependant communi"uer à l’6me ce "u’il n’a pas et ne
peut a)oir ' et "ue$ de l’union de ces deux choses
exemptes de péché$ il en résulte un tout "ui en est
capable$ et "ui est très )ustement l’ob1et de la col2re de
,ieu. 7
22

0l paraGt "ue ce dur sectaire n’a)ait !u2re philosophé
sur l’idée du corps$ puis"u’il s’embarrasse ainsi
)olontairement$ et "u’en nous donnant une b&tise pour
un m%st2re$ il expose l’inattention ou la mal)eillance à
prendre un m%st2re pour une b&tise.
Tn ph%siolo!iste moderne se croit en droit de déclarer
expressément "ue le principe )ital est un être. 5 Ju’on
l’appelle$ dit#il$ puissance ou faculté$ cause immédiate de
tous nos mou)ements et de tous nos sentiments$ ce
principe est TI * il est absolument indépendant de l’6me
pensante$ et m&me du corps$ sui)ant toutes les
)raisemblances
2:
* aucune cause ou loi mécani"ue n’est
rece)able dans les phénom2nes du corps )i)ant
2<
. 7
u fond$ il paraGt "ue l’Écriture sainte est sur ce point
tout à fait d’accord a)ec la philosophie anti"ue et
moderne$ puis"u’elle nous apprend * 5 Jue l’homme est
22 Perpétuité de la foi$ in#<S$ tom. 000$ li). A0 c. K0.
2: 0l semble "ue ces mots$ sui"ant toutes les "raisemblances$ sont
encore$ comme 1e l’ai dit ailleurs$ une pure complaisance pour le
si2cle * car comment ce "ui est TI$ et "ui peut s’appeler
principe$ ne serait#il pas distin!ué de la mati2re L
2< 5ou"eau? Éléments de la science de l!homme$ par M. Barthe-$ 2
)ol. in#8S$ /aris$ 18HC.
CC
Joseph de Maistre
double dans ses )oies
2D
$ et "ue la parole de ,ieu est une
épée )i)ante "ui pén2tre 1us"u’à la di)ision de l’6me et de
l’esprit$ et discerne la pensée du sentiment
2C
. 7
Et saint u!ustin$ confessant à ,ieu l’empire
"u’a)aient encore sur son 6me d’anciens fant4mes
ramenés par les son!es$ s’écrie a)ec la plus aimable
naQ)eté * lors Uei!neur V suis#1e M.0
2F
L
Ion$ sans doute$ il n’était pas LT0$ et personne ne le
sa)ait mieux "ue LT0$ "ui nous dit dans ce m&me
endroit * *ant il 2 a de différence entre M<'-MEMF et
M<'-MEMF
28
' lui "ui a si bien distin!ué les deux
puissances de l’homme lors"u’il s’écrie encore$ en
s’adressant à ,ieu * G toi 8 pain m2stiue de mon &me,
épou? de mon intelligence 8 uoi 8 )e pou"ais ne pas
t!aimer 8
2@

Milton a mis de beaux )ers dans la bouche de Uatan$
"ui ru!it de son épou)antable dé!radation
:H
. L’homme
2D Homo duple? in "iis suis. Jac"ues$ 0$ 8.
2C Pertingens usue ad di"isionem animae ac spiritus =il ne dit pas
de l!esprit et du corps> et discretor cogitationum et intentionum
cordis. =ÉpGtre aux Eébreux$ 0K$ 2.>
2F 5umuid tunc non FI< sum, /omine, /eus meus J =Uaint
u!ustin$ >onfessions$ A$ AAA$ 1.>
28 *antum interest inter MF 'PS4M et MF 'PS4M. =0bid.>
2@ /eus, panis oris intus animae meae, et "irtus maritans
mentem meam, non te amabam 8 =0bid. 0$ A000$ 2.>
:H < foul descent 8 *hat ' Kho erst contend!d
Lith Iods to sit the high!st, am noK constrain!d
'nto a beast and mi?!d Kith bestial slime
*his essence to incarnate and imbrute
*hat to the height of deit2 aspir!d#
CM
Éclaircissement sur les sacrifices
aussi pourrait les prononcer a)ec proportion et
intelli!ence.
,’oP nous est )enue l’idée de représenter les an!es
autour des ob1ets de notre culte par des !roupes de t&tes
ailées
:1
L
Je n’i!nore pas "ue la doctrine des deu? &mes fut
condamnée dans les temps anciens$ mais 1e ne sais si elle
le fut par un tribunal compétent ' d’ailleurs il suffit de
s’entendre. Jue l’homme soit un &tre résultant de l’union
des deux &mes$ c’est#à#dire de deux principes intelli!ents
de m&me nature$ dont l’un est bon et l’autre mau)ais$
c’est$ 1e crois$ l’opinion "ui aurait été condamnée$ et "ue
1e condamne aussi de tout mon c3ur. Mais "ue
l’intelli!ence soit la m&me chose "ue le principe sensible$
ou "ue ce principe "u’on appelle aussi le principe "ital$ et
"ui est la "ie$ puisse &tre "uel"ue chose de matériel$
absolument dénué de connaissance et de conscience$ c’est
ce "ue 1e ne croirai 1amais$ à moins "u’il ne m’arri)6t
d’&tre a)erti "ue 1e me trompe par la seule puissance "ui
ait une autorité lé!itime sur la cro%ance humaine. ,ans
ce cas$ 1e ne balancerais pas un instant$ et au lieu "ue$
dans ce moment$ 1e n’ai "ue la certitude d’a)oir raison$
1’aurais alors la foi d’a)oir tort. Ui 1e professais d’autres
sentiments$ 1e contredirais de front les principes "ui ont
=Paradise @ost$ 0A$ 1H:$ D@@.>
:1 8rop de !ens sa)ent malheureusement dans "uel endroit de ses
3u)res Koltaire a nommé ces fi!ures des Saints )oufflus. 0l n’% a
pas$ dans les 1ardins de l’intelli!ence$ une seule fleur "ue cette
chenille n’ait souillée.
C3
Joseph de Maistre
dicté l’ou)ra!e "ue 1e publie$ et "ui ne sont pas moins
sacrés pour moi.
Juel"ue parti "u’on prenne sur la duplicité de
l’homme$ c’est sur la puissance animale$ sur la "ie$ sur
l’&me =car tous ces mots si!nifient la m&me chose dans le
lan!a!e anti"ue>$ "ue tombe la malédiction a)ouée par
tout l’uni)ers.
Les É!%ptiens$ "ue l’anti"uité sa)ante proclama les
seuls dépositaires des secrets di"ins
:2
$ étaient bien
persuadés de cette )érité$ et tous les 1ours ils en
renou)elaient la profession publi"ue ' car lors"u’ils
embaumaient les corps$ apr2s "u’ils a)aient la)é dans le
)in de palmier les intestins$ les parties molles$ en un mot
tous les or!anes des fonctions animales$ ils les pla9aient
dans une esp2ce de coffre "u’ils éle)aient )ers le ciel$ et
l’un des opérateurs pronon9ait cette pri2re au nom du
mort *
5 Uoleil$ sou)erain maGtre de "ui 1e tiens la )ie$ dai!ne-
me rece)oir aupr2s de )ous. J’ai prati"ué fid2lement le
culte de mes p2res ' 1’ai tou1ours honoré ceux de "ui 1e
tiens ce corps ' 1amais 1e n’ai nié un dép4t ' 1amais 1e n’ai
tué. Si )!ai commis d!autres fautes, )e n!ai point agi par
moi-même, mais par ces choses# 7
::
Et tout de suite on
1etait ces choses dans le fleu)e$ comme la cause de toutes
les fautes ue l!homme a"ait commises
:<
* apr2s "uoi on
procédait à l’embaumement.
:2 eg2ptios solos di"inarum rerum conscios. =Macrobe$
Saturnale 0$ 12.> .n peut dire "ue cet écri)ain parle ici au nom
de toute l’anti"uité.
:: Αλλα δια ταυτα. =/orph%re$ /e abstin# et usu anim#$ 0K$ 1H.>
C$
Éclaircissement sur les sacrifices
.r il est certain "ue$ dans cette cérémonie$ les
É!%ptiens peu)ent &tre re!ardés comme de )éritables
précurseurs de la ré)élation "ui a dit anath2me : la chair$
"ui l’a déclarée ennemie de l’intelli!ence$ c’est#à#dire de
,ieu$ et nous a dit expressément "ue tous ceu? ui sont
nés du sang ou de la "olonté de la chair ne de"iendront
)amais enfants de /ieu
:D
.
L’homme étant donc coupable par son principe
sensible$ par sa chair$ par sa "ie$ l’anath2me tombait sur
le san! ' car le san! était le principe de la )ie$ ou plut4t le
san! était la )ie
:C
. Et c’est une chose bien sin!uli2re "ue
:< Ον αιτιαν απαντον ον ο αντηροποσ εµαριεν ∆ια ταυτα.
=/lutar"ue$ /e esu carnium$ .rat. 00>$ cités par M. Larcher dans
sa précieuse traduction d’Eérodote$ li). 00$ ?8D. Je ne sais au
reste pour"uoi ce !rand helléniste a traduit δια ταυτα par c!est
pour ces choses ' au lieu de$ c!est par ces choses.
0l % a un rapport sin!ulier entre cette pri2re des pr&tres é!%ptiens
et celle "ue l’É!lise prononce à c4té des a!onisants. 5 Juoi"u’il
ait péché$ il a cependant tou1ours cru ' il a porté dans son sein le
-2le de ,ieu ' il n’a cessé d’adorer le ,ieu "ui a tout créé$ etc. 7
=@icet enim pecca"erit, tamen, credidit, et Nelum /ei in se
habuit, et eum ui fecit omnia fideliter adora"it$ etc.>
:D Jean 0$ 12$ 1:. Lors"ue ,a)id disait * Spiritum rectum inno"a in
"isceribus meis$ ce n’était point une expression )a!ue ou une
mani2re de parler * il énon9ait un do!me précis et fondamental.
:C Kous ne man!ere- point le san! des animaux$ ui est leur "ie.
=Ren2se$ 0A$ <$ D.> La )ie de la chair est dans le san! ' c!est
pouruoi 1e )ous l’ai donné$ afin "u’il soit répandu sur l’autel
pour l’expiation de )os péchés ' car c’est par le san! "ue l’ME
sera purifiée. =Lé)iti"ue$ A000$ 11.> Rarde-#)ous de man!er leur
san! =des animaux> car leur sang est leur "ie ' ainsi )ous ne
de)e- pas man!er a)ec leur chair ce ui est leur "ie ' mais )ous
répandre- ce san! sur la terre comme l’eau. =,eutéronome$ A00$
C1
Joseph de Maistre
ces )ieilles traditions orientales$ aux"uelles on ne faisait
plus attention$ aient été ressuscitées de nos 1ours$ et
soutenus par les plus !rands ph%siolo!istes.
Le che)alier Oosa a)ait dit$ il % a lon!temps$ en 0talie$
"ue le principe "ital résidait dans le sang
:F
. 0l a fait sur ce
su1et de fort belles expériences$ et il a dit des choses
curieuses sur les connaissances des anciens à cet é!ard '
mais 1e puis citer une autorité plus connue
:8
$ le cél2bre
Hunter$ le plus !rand anatomiste du dernier si2cle$ "ui a
ressuscité et moti)é le do!me oriental de la )italité du
san!.
5 Ious attachons$ dit#il$ l’idée de la )ie à celle de
l’or!anisation ' en sorte "ue nous a)ons de la peine à
forcer notre ima!ination de conce)oir un fluide )i)ant '
mais l!organisation n!a rien de commun a"ec la "ie
:@
.
Elle n’est 1amais "u’un instrument$ une machine "ui ne
produit rien$ m&me en mécani"ue$ sans "uel"ue chose
"ui réponde à un principe )ital$ sa)oir une forceW 7
5 Ui l’on réfléchit bien attenti)ement sur la nature du
san!$ on se pr&te aisément à l’h%poth2se "ui le suppose
2:$ 2<$ etc.$ etc.$ etc.>
:F .n trou)era une belle anal%se de ce s%st2me dans les 3u)res du
comte Rian#Oinaldo$ >arli-6ubi. Milan$ 1F@H$ :H )ol. in#8S$ tom.
0A.
:8 Je ne dis pas plus décisi"e$ car les pi2ces ne sont plus sous mes
%eux$ et 1amais 1e n’ai pu les comparer. ,’ailleurs$ "uand Oosa
aurait tout dit$ "u’importe L l’honneur de la priorité pour le
s%st2me de la )italité du san! ne lui serait point accordé. Ua
patrie n’a ni flottes$ ni armées$ ni colonies * tant pis pour elle et
tant pis pour lui.
:@ Kérité du premier ordre et de la plus !rande é)idence.
C7
Éclaircissement sur les sacrifices
)i)ant. .n ne con9oit pas m&me "u’il soit possible d’en
faire une autre$ lors"u’on consid2re "u’il n’% a pas une
partie de l’animal "ui ne soit formée du san!$ "ue nous
)enons de lui =Ke groK out of it>$ et "ue$ s’il n’a pas la )ie
antérieurement à cette opération$ il faut au moins "u’il
l’ac"ui2re dans l’acte de la formation$ puis"ue nous ne
pou)ons nous dispenser de croire à l’existence de la )ie
dans les membres ou différentes parties$ d2s "u’elles sont
formées. 7
<H

0l paraGt "ue cette opinion du cél2bre Eunter a fait
fortune en n!leterre. Koici ce "u’on lit dans les
6echerches asiatiues *
5 (’est une opinion$ du moins aussi ancienne "ue
/line$ "ue le san! est un fluide )i)ant ' mais il était
réser)é au cél2bre ph%siolo!iste Jean Eunter de placer
cette opinion au ran! de ces )érités dont il n’est plus
possible de disputer
<1
. 7
La )italité du san!$ ou plut4t l’identité du san! et de la
)ie étant posée comme un fait dont l’anti"uité ne doutait
<H Ko%e- John Eunter$ *reatise on the blood, inflammation and
gun-shot Kounds$ London$ 1F@< ' in#<S.
<1 Ko%e- le Mémoire de M. Xilliam Boa! sur le "enin des serpents$
dans les 6echerches asiatiues$ tome K0$ in#<S$ p. 1H8.
.n a )u "ue /line est bien 1eune comparé à l’opinion de la
)italité du san! ' )oici au reste ce "u’il dit sur ce su1et * ,uae
grandes "enae, per alias minores omnibus membris
"italitatem rigant, magna est in eo "italitatis portio. =/line
l’ncien$ Histoire naturelle$ curis Earduini$ /aris$ 1C8D ' in#<S$ t.
00$ li)re A00$ chapitre C@#FH$ pa!. :C<$ :CD$ D8:.>
Hinc sedem animae sanguinem esse "eterum pleriue di?erunt.
=Iot. Eard.$ ibid.$ p. D8:.>
C=
Joseph de Maistre
nullement$ et "ui a été renou)elé de nos 1ours$ c’était
aussi une opinion aussi ancienne "ue le monde$ ue le
ciel irrité contre la chair et le san!$ ne pou"ait être
apaisé ue par le sang ' et aucune nation n’a douté "u’il %
e;t dans l’effusion du san! une )ertu expiatoire V .r$ ni la
raison ni la folie n’ont pu in)enter cette idée$ encore
moins la faire adopter !énéralement. Elle a sa racine dans
les derni2res profondeurs de la nature humaine$ et
l’histoire$ sur ce point$ ne présente pas une seule
dissonance dans l’uni)ers
<2
. La théorie enti2re reposait
sur le do!me de la ré)ersibilité. .n cro%ait =comme on a
cru$ comme on croira tou1ours> ue l!innocent pou"ait
pa2er pour le coupable ' d’oP l’on concluait "ue la )ie
étant coupable$ une "ie moins précieuse pou"ait être
offerte et acceptée pour une autre. .n offrit donc le san!
des animaux ' et cette &me$ offerte pour une &me$ les
anciens l’appel2rent antips2chon$ "icariam animam '
comme "ui dirait &me pour &me ou &me substituée
<:
.
<2 (’était une opinion uniforme$ et "ui a)ait pré)alu de toute part$
"ue la rémission ne pou)ait s’obtenir "ue par le san!$ et "ue
"uel"u’un de)ait mourir pour le bonheur d’un autre. =Br%ant$
M2tholog2 e?plained$ tom. 00$ in#<S$ p. <DD.>
Les 8halmudistes décident de plus "ue les péchés ne peu)ent
&tre effacés "ue par le san!. =Euet$ /em# F"ang#$ prop. 0A$
chapitre 1<D.>
insi le do!me du salut par le san! se retrou)e partout. 0l bra)e
le temps et l’espace ' il est indestructible$ et cependant il ne
découle d’aucune raison antécédente ni d’aucune erreur
assi!nable.
<: Lami$ (ppar# (d Oibl#$ 0$ F.
>or pro corde, precor, pro fibris accipe fibras,
CA
Éclaircissement sur les sacrifices
Le docte Ro!uet a fort bien expli"ué$ par ce do!me de
la substitution$ ces prostitutions lé!ales tr2s connues
dans l’anti"uité$ et si ridiculement niées par Koltaire. Les
anciens$ persuadés "u’une di)inité courroucée ou
malfaisante en )oulait à la chasteté de leurs femmes$
a)aient ima!iné de lui li)rer des )ictimes )olontaires$
espérant ainsi ue .énus, tout entière : sa proie
attachée$ ne troublerait point les unions lé!itimes *
semblable à un animal féroce au"uel on 1etterait un
a!neau pour le détourner d’un homme
<<
.
0l faut remar"uer "ue$ dans les sacrifices proprement
dits$ les animaux carnassiers$ ou stupides$ ou étran!ers à
l’homme$ comme les b&tes fau)es$ les serpents$ les
poissons$ les oiseaux de proie$ etc.$ n’étaient point
immolés
<D
. .n choisissait tou1ours$ parmi les animaux$ les
plus précieux par leur utilité$ les plus doux$ les plus
innocents$ les plus en rapport a)ec l’homme par leur
instinct et leurs habitudes. Ie pou)ant enfin immoler
l’homme pour sau)er l’homme$ on choisissait dans
l’esp2ce animale les )ictimes les plus humaines$ s’il est
permis de s’exprimer ainsi$ et tou1ours la )ictime était
br;lée en tout ou en partie$ pour attester "ue la peine
naturelle du crime est le feu$ et "ue la chair substituée
était br;lée à la place de la chair coupable
<C
.
Hanc animam "obis pro meliore damus.
=.)ide$ Pastes$ K0$ 1C1.>
<< Ko%e- la 5ou"elle démonstration é"angéliue de @eland$ Li2!e$
1FC8$ < )ol. in#12$ tom. 0$ part. 0$ chap. K00$ p. :D2.
<D Y "uel"ues exceptions pr2s "ui tiennent à d’autres principes.
CB
Joseph de Maistre
0l n’% a rien de plus connu dans l’anti"uité "ue les
tauroboles et les crioboles "ui tenaient au culte oriental
de Mithra. (es sortes de sacrifices de)aient opérer une
purification parfaite$ effacer tous les crimes et procurer à
l’homme une )éritable renaissance spirituelle * on
creusait une fosse au fond de la"uelle était placé l’initié '
on étendait au#dessus de lui une esp2ce de plancher percé
d’une infinité de petites ou)ertures$ sur le"uel on
immolait la )ictime. Le san! coulait en forme de pluie sur
le pénitent$ "ui le rece)ait sur toutes les parties de son
corps
<F
$ et l’on cro%ait "ue cet étran!e bapt&me opérait
une ré!énération spirituelle. Tne foule de bas#reliefs et
d’inscriptions
<8
rappellent cette cérémonie et le do!me
uni)ersel "ui l’a)ait fait ima!iner.
<C (ar tout ainsi "ue les humeurs )iciés produisent dans les corps
le feu de la fiè"re$ "ui les purifie ou les consume sans les br;ler$
de m&me les )ices produisent dans les 6mes la fiè"re du feu$ "ui
les purifie ou les br;le sans les consumer. =Ko%e- .ri!2ne$ /es
Principes. 00$ 1H$ opp. tom. 0$ p. 1H2.>
<F /rudence nous a transmis une description détaillée de cette
dé!o;tante cérémonie *
*um per freuentes mille rimarum "ias,
'llapses imber tabidum rorem pluit +
/efossus intus uem sacerdos e?cipit,
Iuttas ad omnes turpe sub)ectum caput
Ft "este et omni putrefactus corpore#
;uin os supinat, ob"ias offert genas +
Supponit aures + labra, nares ob)icit,
<culos et ipsos proluit liuoribus 0
5ec )am palato parcit, et linguam rigat
/onec cruorem totus atrum combibat#
MD
Éclaircissement sur les sacrifices
Oien n’est plus frappant dans toute la loi de MoQse "ue
l’affectation constante de contredire les cérémonies
paQennes$ et de séparer le peuple hébreu de tous les
autres par des rites particuliers ' mais$ sur l’article des
sacrifices$ il abandonne son s%st2me !énéral ' il se
conforme au rite fondamental des nations$ et non
seulement il s’% conforme$ mais il le renforce au ris"ue de
donner au caract2re national une dureté dont il n’a)ait
nul besoin. 0l n’% a pas une des cérémonies prescrites par
ce fameux lé!islateur$ et surtout il n’% a pas une
purification$ m&me ph%si"ue$ "ui n’exi!e du san!.
La racine d’une cro%ance aussi extraordinaire et aussi
!énérale doit &tre bien profonde. Ui elle n’a)ait rien de
réel ni de m%stérieux$ pour"uoi ,ieu lui#m&me l’aurait#il
conser)ée dans la loi mosaQ"ue L oP les anciens auraient#
ils pris cette idée d’une renaissance spirituelle par le
san! L et pour"uoi aurait#on choisi$ tou)ours et partout$
pour honorer la ,i)inité$ pour obtenir ses fa)eurs$ pour
détourner sa col2re$ une cérémonie "ue la raison indi"ue
nullement$ et "ue le sentiment repousse L 0l faut
<8 Rruter nous en a conser)é une "ui est tr2s sin!uli2re$ et "ue Kan
,ale a citée à la suite du passa!e de /rudence *
/'S M(I5'S
M(*6' /F4M F* (**'/'
SF-*4S (IFS'@(4S (FS'/'4S,
, *(46<O<@'<
>6'<O<@'<;4F '5 Q*F654M
6F5(*4S (6(M S(>6(.'*#
=(nt# .an /ale, /issert# de orac# ethnicorum$ mst.$ 1C8: '
in#8S$ p. 22D.>
MC
Joseph de Maistre
nécessairement recourir à "uel"ue cause secr2te$ et cette
cause était bien puissante.
MM
Éclaircissement sur les sacrifices
(hapitre 00
,es sacrifices humains
La doctrine de la substitution étant uni)ersellement
re9ue$ il ne restait plus de doute sur l’efficacité des
sacrifices proportionnée à l’importance des )ictimes ' et
cette double cro%ance$ 1uste dans ses racines$ mais
corrompue par cette force "ui a)ait tout corrompu$
enfanta de toute part l’horrible superstition des sacrifices
humains. En )ain la raison disait à l’homme "u’il n’a)ait
point de droit sur son semblable$ et "ue m&me il
l’attestait tous les 1ours en offrant tous les 1ours le san!
des animaux pour racheter celui de l’homme ' en )ain la
douce humanité et la compassion naturelle pr&taient une
nou)elle force aux ar!uments de la raison * de)ant ce
M3
Joseph de Maistre
do!me entraGnant$ la raison demeurait aussi impuissante
"ue le sentiment.
.n )oudrait pou)oir contredire l’histoire lors"u’elle
nous montre cet abominable usa!e prati"ué dans tout
l’uni)ers ' mais$ à la honte de l’esp2ce humaine$ il n’% a
rien de si incontestable ' et les fictions m&me de la poésie
attestent le pré1u!é uni)ersel.
Y peine son san! coule et fait rou!ir la terre$
Les dieux font sur l’autel entendre le tonnerre '
Les )ents a!itent l’air d’heureux frémissements$
Et la mer lui répond par des mu!issements '
La ri)e au loin !émit blanchissante d’écume '
La flamme du b;cher d’elle#m&me s’allume *
Le ciel brille d’éclairs$ s’entrou)re$ et parmi nous
Jette une sainte horreur "ui nous rassure tous.
Juoi V le san! d’une fille innocente était nécessaire au
départ d’une flotte et au succ2s d’une !uerre V Encore une
fois$ oP donc les hommes a)aient#ils pris cette opinion L
et "uelle )érité a)aient#ils corrompue pour arri)er à cette
épou)antable erreur L 0l est bien démontré$ 1e crois$ "ue
tout tenait au do!me de la substitution dont la )érité est
incontestable$ et m&me innée dans l’homme =car
comment l’aurait#il ac"uise L>$ mais dont il abusa d’une
mani2re déplorable * car l’homme$ à parler exactement$
n’adopte point l’erreur. 0l peut seulement i!norer la
)érité$ ou en abuser ' c’est#à#dire l’étendre$ par une fausse
induction$ à un cas "ui lui est étran!er.
,eux sophismes$ ce semble$ é!ar2rent les hommes *
d’abord l’importance des su1ets dont il s’a!issait d’écarter
l’anath2me. .n dit * pour sau"er une armée, une "ille, un
M$
Éclaircissement sur les sacrifices
grand sou"erain même, u!est-ce u!un homme J .n
considéra aussi le caract2re particulier de deux esp2ces de
)ictimes humaines dé1à dé)ouées par la loi ci)ile
politi"ue ' et l’on dit * u!est-ce ue la "ie d!un coupable
ou d!un ennemi J
0l % a !rande apparence "ue les premi2res )ictimes
humaines furent des coupables condamnés par les lois '
car toutes les nations ont cru ce "ue cro%aient les ,ruides
au rapport de (ésar
<@
* ue le supplice des coupables était
uelue chose de fort agréable : la /i"inité# Les anciens
cro%aient "ue tout crime capital$ commis dans l’état$ liait
la nation$ et "ue le coupable était sacré ou )oué aux
dieux$ 1us"u’à ce "ue$ par l’effusion de son san!$ il e;t dé-
lié et lui#m&me et la nation
DH
.
.n )oit ici pour"uoi le mot de sacré =U(EO> était pris
dans la lan!ue latine en bonne et en mau)aise part$
pour"uoi le m&me mot dans la lan!ue !rec"ue =<S'<S>
si!nifie é!alement ce "ui est saint et ce "ui est profane '
pour"uoi le mot anathème si!nifiait de m&me tout à la
fois ce "ui est offert à ,ieu à titre de don$ et ce "ui est
li)ré à sa )en!eance ' pour"uoi enfin on dit en !rec
comme en latin "u’un homme ou une chose ont été dé-
sacrés =expiés>$ pour exprimer "u’on les a la)és d’une
souillure "u’ils a)aient contractée. (e mot de dé-sacrer
=aphosioun$ e?piare> semble contraire à l’analo!ie *
l’oreille non instruite demanderait ré-sacrer ou ré-
sanctifier$ mais l’erreur n’est "u’apparente$ et
<@ @a Iuerre des Iaules$ K0$ 1C.
DH (es mots de lier et de délier sont si naturels$ "u’ils se trou)ent
adoptés et fixés pour tou1ours dans notre lan!ue théolo!i"ue.
M1
Joseph de Maistre
l’expression est tr2s exacte. Sacré si!nifie$ dans les
lan!ues anciennes$ ce "ui est li"ré : la /i"inité$
n’importe à "uel titre$ et "ui se trou)e ainsi lié ' de
mani2re "ue le supplice dé-sacre$ e?-pie$ ou dé-lie$ tout
comme l’ab-solution reli!ieuse.
Lors"ue les lois des A00 tables prononcent la mort$
elles disent * U(OE EU8. =u!il soit sacré> V c’est#à#dire
dé"oué ' ou$ pour s’exprimer plus correctement$ "oué '
car le coupable n’était$ ri!oureusement parlant$ dé-"oué
"ue par l’exécution.
Et lors"ue l’É!lise prie pour les femmes dé)ouées =pro
de)oto femineo se?u>$ c’est#à#dire pour les religieuses "ui
sont réellement dé"ouées dans un sens tr2s 1uste
D1
$ c’est
tou1ours la m&me idée. ,’un c4té est le crime$ et de l’autre
l’innocence ' mais l’un et l’autre sont U(OÉU.
,ans le dialo!ue de /laton$ appelé l’Fnth2phron$ un
homme sur le point de porter de)ant les tribunaux une
accusation horrible$ puis"u’il s’a!issait de dénoncer son
p2re$ s’excuse en disant * 5 Ju’on est é!alement souillé en
commettant un crime$ ou en laissant )i)re tran"uillement
celui "ui l’a commis$ et "u’il )eut absolument poursui)re
son accusation$ pour absoudre tout : la fois et sa propre
personne et celle du coupable
D2
. 7
D1 Tn 1ournaliste fran9ais$ en plaisantant sur ce texte$ Pro de"oto
femineo se?u$ n’a pas man"ué de dire * "ue l!Église a décerné
au? femmes le titre de UEAE ,ÉK.8 =Journal de l!Fmpire$ 2C
fé)rier 1812>. 0l ne faut pas "uereller les !ens d’esprit "ui
apprennent le latin ' bient4t sans doute ils le sauront. 0l est )rai
cependant "u’il serait bon de l’a)oir appris a)ant de se 1ouer à
l’É!lise romaine "ui le sait passablement.
M7
Éclaircissement sur les sacrifices
(e passa!e exprime fort bien le s%st2me anti"ue$ "ui$
sous un certain point de )ue$ fait honneur au bon sens
des anciens.
Malheureusement$ les hommes étant pénétrés du
principe de l!efficacité des sacrifices proportionnée :
l!importance des "ictimes$ du coupable à l’ennemi$ il n’%
eut "u’un pas * tout ennemi fut coupable ' et
malheureusement encore tout étranger fut ennemi
lors"u’on eut besoin de )ictimes. (et horrible droit public
n’est "ue trop connu$ )oilà pour"uoi E.U80U
D:
$ en latin$
si!nifia d’abord é!alement ennemi et étranger. Le plus
élé!ant des écri)ains latins s’est plu à rappeler cette
s%non%mie
D<
$ et 1e remar"ue encore "u’Eom2re$ dans un
endroit de l’0liade$ rend l’idée d’ennemi par celle
d’étranger
DD
$ et "ue son commentateur nous a)ertit de
faire attention à cette expression.
0l paraGt "ue cette fatale induction exprime
parfaitement l’uni)ersalité d’une prati"ue aussi
D2 Απηοσιοισ σεαυτον και εκεινον$ /laton$ Ent%phr.$ .pp. 8. 0$
pa!. 8.
D: Fusth# ad @oc# Le mot latin E.U80U est le m&me "ue celui de
EZ8E =hoste> en fran9ais ' et l’un et l’autre se trou)ent dans
l’allemand hast$ "uoi"u’ils % soient moins )isibles. L’hostis étant
donc un ennemi ou un étranger$ et sous ce double rapport su1et
au sacrifice$ l’homme$ et ensuite par analo!ie l’animal immolé$
s’appel2rent hostie. .n sait combien ce mot a été dénaturé et
ennobli dans nos lan!ues chrétiennes.
D< ', soror, atue hostem supple? superbum. =Kir!ile$ Énéide$ 0K$
<2<.> Tbi ser)ius * M 5onnuli )u?ta "eteres hostem pro hospite
dictum accipiunt. =[orcellini in hostis.>
DD Αλλοτριοσ πηοσ. 'liade$ K$ 81<.
M=
Joseph de Maistre
détestable ' "u’elle l’expli"ue$ dis#1e$ fort bien
humainement * car 1e n’entends nullement nier =et
comment le bon sens$ lé!2rement éclairé$ pourrait#il le
nier L> l’action du mal "ui a)ait tout corrompu.
(ette action n’aurait point de force sur l’homme$ si elle
lui présentait l’erreur isolée. La chose n’est pas m&me
possible$ puis"ue l’erreur n’est rien. En faisant
abstraction de toute idée antécédente$ l’homme "ui aurait
proposé d’en immoler un autre$ pour se rendre les dieux
propices$ e;t été mis à mort pour toute réponse$ ou
enfermé comme fou * il faut donc tou1ours partir d’une
)érité pour ensei!ner une erreur. .n s’en aperce)ra
surtout en méditant sur le pa!anisme "ui étincelle de
)érités$ mais toutes altérées et déplacées ' de mani2re "ue
1e suis enti2rement de l’a)is de ce théosophe "ui a dit de
nos 1ours "ue l!idol&trie était une putréfaction. Ju’on %
re!arde de pr2s$ on % )erra "ue$ parmi les opinions les
plus folles$ les plus indécentes$ les plus atroces$ parmi les
prati"ues les plus monstrueuses et "ui ont le plus
déshonoré le !enre humain$ il n’en est pas une "ue nous
ne puissions déli"rer du mal =depuis "u’il nous a été
donné de sa)oir demander cette !r6ce> pour montrer
ensuite le résidu )rai$ "ui est di)in.
(e fut donc de ces )érités incontestables de la
dé!radation de l’homme et de sa réité ori!inelle$ de la
nécessité d’une satisfaction$ de la ré)ersibilité des
mérites$ et de la substitution des souffrances expiatoires$
"ue les hommes furent conduits à cette épou)antable
erreur des sacrifices humains.
[rance V dans tes for&ts elle habita lon!temps.
MA
Éclaircissement sur les sacrifices
5 8out Raulois atta"ué d’une maladie !ra)e$ ou soumis
aux dan!ers de la !uerre
DC
$ immolait des hommes ou
promettait d’en immoler$ ne cro%ant pas "ue les dieux
puissent &tre apaisés$ ni "ue la )ie d’un homme p;t &tre
rachetée autrement "ue par celle d’un autre. (es
sacrifices$ exécutés par la main des ,ruides$ s’étaient
tournés en institutions publi"ues et lé!ales ' et lors"ue les
coupables man"uaient$ on en )enait au supplice des
innocents. Juel"ues#uns remplissaient d’hommes )i)ants
certaines statues colossales de leurs dieux * ils les
cou)raient de branches flexibles$ ils % mettaient le feu$ et
les hommes périssaient ainsi en)ironnés de flammes
DF
. 7
(es sacrifices subsist2rent dans les Raules$ comme
ailleurs$ 1us"u’au moment oP le (hristianisme s’% établit *
car nulle part ils ne cess2rent sans lui$ et 1amais ils ne
tinrent de)ant lui.
.n en était )enu au point de croire u!on ne pou"ait
supplier pour une t&te "u’au prix d’une t&te
D8
. (e n’est pas
tout * comme toute )érité se trou)e et doit se trou)er dans
le pa!anisme$ mais$ comme 1e le disais tout à l’heure$
dans un état de putréfaction$ la théorie é!alement
consolante et incontestable du suffrage catholi"ue se
DC Mais l’état de !uerre était l’état naturel de ce pa%s. (nte >aesaris
ad"entum fere uotannis =bellum> occidere solebat + uti, aut
ipse in)urias inferrent, aut illas propulsarent# =@a Iuerre des
Iaules$ K0$ 1D.>
DF @a Iuerre des Iaules$ K0$ 1C.
D8 Praeceptum est ut pro capitibus capitibus supplicarentur +
idue aliuandiu obser"atio ut pro familiarum hospitate pueri
mactarentur Maniae deae, matri @arum. =Macrobe$ Saturnale$
0$ F.>
MB
Joseph de Maistre
montre au milieu des tén2bres anti"ues sous la forme
d’une superstition san!uinaire ' et comme tout sacrifice
réel$ toute action méritoire$ toute macération$ toute
souffrance )olontaire peut &tre )éritablement cédée aux
morts$ le pol%théisme$ brutalement é!aré par "uel"ues
réminiscences )a!ues et corrompues$ )ersait le san!
humain pour apaiser les morts. .n é!or!eait des
prisonniers autour des tombeaux. Ui les prisonniers
man"uaient$ des !ladiateurs )enaient répandre leur san!$
et cette cruelle extra)a!ance de)int un métier$ en sorte
"ue ces !ladiateurs eurent un nom =Oustiarii> "u’on
pourrait représenter par celui de ORchériens$ parce "u’ils
étaient destinés à )erser leur san! autour des b;chers.
Enfin$ si le san! de ces malheureux et celui des
prisonniers man"uaient é!alement$ des femmes )enaient$
en dépit des A00 tables
D@
$ se déchirer les 1oues$ afin de
rendre au? bRchers, au moins une image des sacrifices,
et de satisfaire les dieu? infernau?, comme disait
.arron, en leur montrant du sang
CH
.
Est#il nécessaire de citer les 8%riens$ les /héniciens$ les
(artha!inois$ les (hananéens L [aut#il rappeler
"u’th2nes$ dans ses plus beaux 1ours$ prati"uait ces
sacrifices tous les ans L "ue Oome$ dans les dan!ers
pressants$ immolait des Raulois
C1
L Jui donc pourrait
i!norer ces choses L il ne serait pas moins inutile de
D@ Mulieres genas ne radunto. A00 8ab.
CH 4t rogis illa imago restitueretur + "el, uemadmodum .arro
louitur, ut san!uine ostenso inferis satisfiat. =Joh# 6os#, 6om#
(ntiuit# corp# absolutiss# cum notis *h# /emsteri a MurrecS$
mst.$ Blaen$ 1C8D ' in#<H$ K$ :@$ p. <<2.>
3D
Éclaircissement sur les sacrifices
rappeler l’usa!e d’immoler des ennemis$ et m&me des
officiers et des domesti"ues sur la tombe des rois et des
!rands capitaines.
Lors"ue nous arri)6mes en méri"ue$ à la fin du AK
e
si2cle$ nous % trou)6mes cette m&me cro%ance$ mais bien
autrement féroce. 0l fallait amener aux pr&tres mexicains
1us"u’à )in!t mille )ictimes humaines par an ' et$ pour se
les procurer$ il fallait déclarer la !uerre à "uel"ue peuple *
mais au besoin les Mexicains sacrifiaient leurs propres
enfants. Le sacrificateur ou)rait la poitrine des )ictimes$
et se h6tait d’en arracher le c3ur tout )i)ant. Le !rand
pr&tre en exprimait le san! "u’il faisait couler sur la
bouche de l’idole$ et tous les pr&tres man!eaient de la
chair des )ictimes V
W4 /ater orbis V
Tnde nefas tantum L W
Uolis nous a conser)é un monument de l’horrible
bonne foi de ces peuples$ en nous transmettant le
discours de Ma!iscat-in à (orte- pendant le sé1our de ce
fameux Espa!nol à 8lascala. 'ls ne pou"aient pas$ lui dit#
il$ se former l!idée d!un "éritable sacrifice : moins u!un
homme ne mourRt pour le salut des autres
C2
.
C1 (ar le Raulois était pour le Oomain l’E.U80U$ et par consé"uent
l’E.U80E naturelle. ("ec les autres peuples$ dit (icéron$ nous
combattons pour la gloire, a"ec le Iaulois pour le salut# T /ès
u!il menace 6ome les lois et les coutumes ue nous tenons de
nos ancêtres "eulent ue l!enr9lement ne connaisse plus
d!e?ceptions. M Et en effet$ les escla)es m&mes marchaient. =>ic#
pro M# Ponteio.>
3C
Joseph de Maistre
u /érou les p2res sacrifiaient de m&me leurs propres
enfants
C:
. Enfin cette fureur$ et m&me celle de
l’anthropopha!ie$ ont fait le tour du !lobe et déshonoré
les deux continents
C<
.
u1ourd’hui m&me$ mal!ré l’influence de nos armes et
de nos sciences$ a)ons#nous pu déraciner de l’0nde ce
funeste pré1u!é des sacrifices humains L
Jue dit la loi anti"ue de ce pa%s$ l’É)an!ile de
l’0ndostan L @e sacrifice d!un homme ré)ouit la di"inité
pendant mille ans + et celui de trois hommes pendant
trois mille ans
CD
.
C2 5i sabian ue pudiese hacer sacrificio, sin ue muriese alguno
por la salud de los demas# =nt. Uolis$ >on# de la 5ue"a Fsp#$
li)re 000$ c. :.>
C: .n trou)era un détail exact de ces atrocités dans les lettres
américaines du comte (arli#Oubi$ et dans les notes d’un
traducteur fanati"ue "ui a malheureusement souillé des
recherches intéressantes par tous les exc2s de l’impiété moderne.
=Ko%e- @ettres américaines$ traduction de l’italien de M. le
comte Rian Oinaldo (arli$ /aris$ 1F88 ' 2 )ol. in#8S$ lettre K000
e
$
p. 11C ' et lettre AAK00
e
$ p. <HF et sui).> En réfléchissant sur
"uel"ues notes tr2s sa!es$ 1e serais tenté de croire "ue la
traduction$ ori!inairement partie d’une main pure$ a été !6tée
dans une nou)elle édition par une main bien différente * c’est
une man3u)re moderne et tr2s connue.
C< L’éditeur fran9ais de (arli se demande pouruoi J et il répond
doctement * Parce ue l!homme du peuple est tou)ours dupe de
l!opinion# =8om. 0$ lettre A000
e
$ p. <1C.> Belle et profonde
solution V
CD Ko%e- le 6udhiradh2a2a$ ou le chapitre sanglant$ traduit du
(alica#/uran$ par M. Bla"ui2re. =(siat# 6esearch#$ Uir Xill.
Jones’s \orNs$ in#<S$ tom. 00$ p. 1HD8.>
3M
Éclaircissement sur les sacrifices
Je sais "ue$ dans les temps plus ou moins postérieurs à
la loi$ l’humanité$ parfois plus forte "ue le pré1u!é$ a
permis de substituer à la )ictime humaine la fi!ure d’un
homme formée en beurre ou en p6te ' mais les sacrifices
réels ont duré pendant des si2cles$ et celui des femmes à
la mort de leurs maris subsiste tou1ours.
(et étran!e sacrifice s’appelle le Pitrimedha-Uaga
CC
' la
pri2re "ue la femme récite a)ant de se 1eter dans les
flammes se nomme la Sancalpa. )ant de s’% précipiter$
elle in)o"ue les dieux$ les éléments$ son 6me et sa
conscience
CF
' elle s’écrie * et toi, ma conscience 8 sois
témoin ue )e "ais sui"re mon épou?$ et$ en embrassant
le corps au milieu des flammes$ elle s’écrie sat2a 8 sat2a 8
sat2a 8 =ce mot si!nifie )érité>.
(’est le fils ou le plus proche parent "ui met le feu au
b;cher
C8
. (es horreurs ont lieu dans un pa%s oP c’est un
crime horrible de tuer une )ache ' oP le superstitieux
bramine n’ose pas tuer la )ermine "ui le dé)ore.
Le !ou)ernement du Ben!ale a%ant )oulu connaGtre en
18H: le nombre de femmes "u’un pré1u!é barbare
CC (ette coutume "ui ordonne aux femmes de se donner la mort ou
de se br;ler sur le tombeau de leurs maris$ n’est point
particuli2re à l’0nde. .n la retrou)e che- des nations du Iord
=Eérodote$ li). K$ ch. 0$ ?11>. Ko%e- Brottier sur 8acite$ de Mor#
Ierm#$ c. A0A$ note C. M Et en méri"ue. =(arli$ Lettres citées$
tom. 0$ lettre A.>
CF @a conscience 8 M Jui sait ce "ue )aut cette persuasion au
tribunal du 1u!e infaillible ui est si dou? pour tous les hommes,
et ui "erse sa miséricorde sur toutes ses créatures, comme sa
pluie sur toutes les plantes J =/saume (AL0K$ @.>
C8 (siat# 6esearch#$ tom. K00$ p. 222.
33
Joseph de Maistre
conduisait sur le b;cher de leurs maris$ trou)a "u’il
n’était pas moindre de trente mille par an
C@
.
u mois d’a)ril 18H2$ les deux femmes d’meer#Jun!$
ré!ent de 8an1ore$ se br;l2rent encore sur le corps de leur
mari. Le détail de ce sacrifice fait horreur * tout ce "ue la
tendresse maternelle et filiale a de plus puissant$ tout ce
"ue peut faire un !ou)ernement "ui ne )eut pas user
d’autorité$ fut emplo%é en )ain pour emp&cher cette
atrocité * les deux femmes furent inébranlables
FH
.
,ans "uel"ues pro)inces de ce )aste continent$ et
parmi les classes inférieures du peuple$ on fait asse-
communément le )3u de se tuer )olontairement$ si l’on
obtient telle ou telle !r6ce des idoles du lieu. (eux "ui ont
fait ces )3ux$ et "ui ont obtenu ce "u’ils désiraient$ se
précipitent d’un lieu nommé >alabhaira"a$ situé dans les
monta!nes entre les ri)i2res *apti et 5ermada. La foire
C@ Extraits des papiers an!lais traduits dans la IaNette de Prance
du 1@ 1uin 18H<$ no 2:C@. M (nnales littéraires et morales$ tom.
00$ /aris$ 18H< ' in#8S$ p. 1<D. M M. (olebrooNe$ de la société de
(alcutta$ assure$ à la )érité$ dans les 6echerches asiatiues =Uir
Xilliam Jones’s \orNs$ Uupplém.$ tom. 00$ p. F22>$ ue le
nombre de ces mart2res de la superstition n!a )amais été bien
considérable, et ue les e?emples en sont de"enus rares# Mais
d’abord ce mot de rare ne présente rien de précis ' et 1’obser)e
d’ailleurs "ue le pré1u!é étant incontestable$ et ré!nant sur une
population de plus de soixante millions d’hommes peut#&tre$ il
semble de)oir produire nécessairement un tr2s !rand nombre de
ces atroces sacrifices.
FH Ko%e- *he asiatic annual 6egister$ 18H2$ in#8S. .n )oit dans la
relation "ue$ sui)ant l’obser)ation des chefs marattes$ ces sortes
de sacrifices n’étaient point rares dans le 8an1ore.
3$
Éclaircissement sur les sacrifices
annuelle "ui se tient là est communément témoin de huit
ou dix de ces sacrifices commandés par la superstition
F1
.
8outes les fois "u’une femme indienne accouche de
deux 1umeaux$ elle doit en sacrifier un à la déesse IonNa$
en le 1etant dans le Ran!e * "uel"ues femmes m&mes sont
encore sacrifiées de temps en temps à cette déesse
F2
.
,ans cette 0nde si )antée$ 5 la loi permet au fils de
1eter à l’eau son p2re )ieux et incapable de tra)ailler pour
se procurer sa subsistance. La 1eune )eu)e est obli!ée de
se br;ler sur le b;cher de son mari ' on offre des
sacrifices humains pour apaiser le !énie de la destruction$
et la femme "ui a été stérile pendant lon!temps offre à
son dieu l’enfant "u’elle )ient de mettre au monde$ en
l’exposant aux oiseaux de proie ou aux b&tes féroces$ ou
en le laissant entraGner par les eaux du Ran!e. @a plupart
de ces cruautés furent encore commises solennellement,
en présence des Furopéens, : la dernière fête indostane
donnée dans l!île de Sangor, au mois de décembre
CADC
F:
. 7
.n sera peut#&tre tenté de dire * >omment l!(nglais,
maître absolu de ces contrées, peut-il "oir toutes ces
horreurs sans 2 mettre ordre J 'l pleure peut-être sur les
bRchers, mais pouruoi ne les éteint-il pas J @es ordres
sé"ères, les mesures de rigueur, les e?écutions terribles
ont été emplo2és par le gou"ernement + mais pouruoi
tou)ours pour augmenter ou défendre le pou"oir, )amais
F1 (siat# 6esearch$ tom. K00$ p. 2CF.
F2 IaNette de Prance$ à l’endroit cité.
F: Ko%e- Fssa2s b2 the students of Port Lilliam Oengal, etc#
(alcutta$ 18H2.
31
Joseph de Maistre
pour étouffer ces horribles coutumes J <n dirait ue les
glaces de la philosophie ont éteint dans son c3ur cette
soif de l!ordre ui opère les plus grands changements, en
dépit des plus grands obstacles + ou ue le despotisme
des nations libres, le plus terrible de tous, méprise trop
ses escla"es pour se donner la peine de les rendre
meilleurs#
Mais d’abord il me semble "u’on peut faire une
supposition plus honorable$ et par cela seul plus
)raisemblable * c!est u!il est absolument impossible de
"aincre sur ce point le pré)ugé obstiné des 'ndous, et
u!en "oulant abolir par l!autorité ces usages atroces, on
n!aboutirait u!: la compromettre, sans fruit pour
l!humanité
F<
.
Je )ois d’ailleurs un !rand probl2me à résoudre * ces
sacrifices atroces "ui nous ré)oltent si 1ustement ne
seraient#ils point bons$ ou du moins nécessaires dans
l’0nde L u mo%en de cette institution terrible$ la )ie d’un
époux se trou)e sous la !arde incorruptible de ses
femmes et de tout ce "ui s’intéresse à elles. ,ans le pa%s
des ré)olutions$ des )en!eances$ des crimes )ils et
ténébreux$ "u’arri)erait#il si les femmes n’a)aient
F< 0l serait in1uste néanmoins de ne pas obser)er "ue$ dans les
parties de l’0nde soumises à un sceptre catholi"ue$ le b;cher des
)eu)es a disparu. 8elle est la force cachée et admirable de la
)éritable loi de gr&ce. Mais l’n!leterre "ui laisse br;ler par
milliers des femmes innocentes sous un empire certainement
tr2s doux et tr2s humain$ reproche cependant tr2s sérieusement
au /ortu!al les arr&ts de son in"uisition$ c’est#à#dire "uel"ues
!outtes de san! coupable )ersées de loin en loin par la loi. M
EJ0(E /O0M. 8OBEM$ etc.
37
Éclaircissement sur les sacrifices
matériellement rien a perdre par la mort de leurs époux$
et si elles n’% )o%aient "ue le droit d’en ac"uérir un
autre L (roirons#nous "ue les lé!islateurs anti"ues$ "ui
furent tous des hommes prodi!ieux$ n’aient pas eu dans
ces contrées des raisons particuli2res et puissantes pour
établir de tels usa!es L (roirons#nous m&me "ue ces
usa!es aient pu s’établir par des mo%ens purement
humains L 8outes les lé!islations anti"ues méprisent les
femmes$ les dé!radent$ les !&nent$ les maltraitent plus ou
moins.
@a femme$ dit la loi de Menu$ est protégée par son
père dans l!enfance, par son mari dans la )eunesse, et
par son fils dans la "ieillesse + )amais elle n!est propre :
l!état d!indépendance# @a fougue indomptable du
tempérament, l!inconstance du caractère, l!absence de
toute affection permanente, et la per"ersité naturelle ui
distingue les femmes, ne manueront )amais, malgré
toutes les précautions imaginables, de les détacher en
peu de temps de leurs maris
FD
.
/laton )eut "ue les lois ne perdent pas les femmes de
)ue$ m&me un instant * 5 (ar$ dit#il$ si cet article est mal
ordonné$ elles ne sont plus la moitié du !enre humain '
elle sont plus de la moitié$ et autant de fois plus de la
moitié, u!elles ont de fois moins de "ertu ue nous
FC
. 7
FD Lois de Menu$ fils de Brahma$ trad. par le che). Xilliam Jones.
XorNs$ tom. 000$ chap. A0$ no :$ p. ::D$ ::F.
FC /laton$ /es @ois$ K0$ .pp. tom. K000$ p. :1H. Οσα δε ε τηελεια
εµιν πηυσισ προσ αρετεν κηειρον τεσ αρρενον, τοσουτο
διαπηερει προσ πο πλεον ε διαπλασιον ειναι.
3=
Joseph de Maistre
Jui ne connaGt l’incro%able escla)a!e des femmes à
th2nes$ oP elles étaient assu1etties à une interminable
tutelle ' oP$ à la mort d’un p2re "ui ne laissait "u’une fille
mariée$ le plus proche parent de nom a)ait droit de
l’enle)er à son mari et d’en faire sa femme ' oP un mari
pou)ait lé!uer la sienne$ comme une portion de sa
prospérité$ à tout indi)idu "u’il lui plaisait de choisir pour
son successeur$ etc.
FF
L
Jui ne connaGt encore les duretés de la loi romaine
en)ers les femmes L .n dirait "ue$ par rapport au second
sexe$ les instituteurs des nations a)aient tous été à l’école
d’Eippocrate$ "ui le cro%ait mau)ais dans son essence
m&me. @a femme$ dit#il$ est per"erse par nature 0 son
penchant doit être )ournellement réprimé, autrement il
pousse en tout sens, comme les branches d!un arbre# Si le
mari est absent, des parents ne suffisent point pour le
garder 0 il faut un ami dont le Nèle ne soit point a"euglé
par l!affection
F8
.
8outes les lé!islations en un mot ont pris des
précautions plus ou moins sé)2res contre les femmes ' de
nos 1ours encore elles sont escla)es sous l’lcoran$ et
b&tes de somme che- le sau)a!e * l’É)an!ile seul a pu les
éle)er au ni)eau de l’homme en les rendant meilleures '
FF La m2re de ,émosth2ne a)ait été lé!uée ainsi$ et la formule de
cette disposition nous a été conser)ée dans le discours contre
Utéphanus. =Ko%e- les (ommentaires sur les plaido%ers d’0saeus$
par le che)alier Jones dans ses 3u)res$ tom. 000$ in#<S$ pa!es
21H#211.>
F8 Eippocr.$ opp# cit# Kan der Linden$ in#8S$ tom. 00$ p. @11. Εκηει
γαρ πηυσει το ακολασον εν εοτ.
3A
Éclaircissement sur les sacrifices
lui seul a pu proclamer les droits de la femme apr2s les
a)oir fait naGtre$ et les faire naGtre en s’établissant dans le
c3ur de la femme$ instrument le plus actif et le plus
puissant pour le bien comme pour le mal. Étei!ne-$
affaiblisse- seulement 1us"u’à un certain point$ dans un
pa%s chrétien$ l’influence de la loi di)ine$ en laissant
subsister la liberté "ui en était la suite pour les femmes$
bient4t )ous )erre- cette noble et touchante liberté
dé!énérer en une licence honteuse. Elles de)iendront les
instruments funestes d’une corruption uni)erselle "ui
atteindra en peu de temps les parties )itales de l’état. 0l
tombera en pourriture$ et sa !an!reneuse décrépitude
fera à la fois honte et horreur.
Tn 8urc$ un /ersan$ "ui assistent à un bal européen$
croient r&)er * ils ne comprennent rien à ces femmes$
(ompa!nes d’un époux et reines en tous lieux$
Libres sans déshonneur$ fid2les sans contrainte$
Et ne de)ant 1amais leurs )ertus à la crainte.
(’est "u’ils i!norent la loi "ui rend ce tumulte et ce
mélan!e possibles. (elle m&me "ui s’en écarte lui doit sa
liberté. U’il pou)ait % a)oir sur ce point du plus et du
moins$ 1e dirais "ue les femmes sont plus rede)ables "ue
nous au christianisme. L’antipathie "u’il a pour
l’escla)a!e ="u’il éteindra tou1ours doucement et
infailliblement partout oP il a!ira librement> tient surtout
à elles * sachant trop combien il est aisé d’inspirer le )ice$
3B
Joseph de Maistre
il )eut au moins "ue personne n’ait droit de le
commander
F@
.
Enfin aucun lé!islateur ne doit oublier cette maxime *
("ant d!effacer l!É"angile, il faut enfermer les femmes$
ou les accabler par des lois épou)antables$ telles "ue
celles de l’0nde. .n a sou)ent célébré la douceur des
0ndous ' mais "u’on ne s’% trompe pas * hors de la loi "ui
a dit$ BE80 M08EU V il n’% a point d’hommes dou?. 0ls
pourront &tre faibles$ timides$ poltrons$ 1amais dou?. Le
poltron peut &tre cruel ' il l’est m&me asse- sou)ent *
l’homme dou? ne l’est 1amais. L’inde en fournit un bel
exemple. Uans parler des atrocités superstitieuses "ue 1e
)iens de citer$ "uelle terre sur le !lobe a )u plus de
cruautés L
Mais nous$ "ui p6lissons d’horreur à la seule idée des
sacrifices humains et de l’anthropopha!ie$ comment
pourrions#nous &tre tout à la fois asse- a)eu!les et asse-
in!rats pour ne pas reconnaGtre "ue nous ne de)ons ces
sentiments "u’à la loi d!amour "ui a )eillé sur notre
berceau L Tne illustre nation$ par)enue au dernier de!ré
de la ci)ilisation et de l’urbanité$ osa na!u2re$ dans un
F@ 0l faut remar"uer aussi "ue si le christianisme prot2!e la femme$
elle$ à son tour$ a le pri)il2!e de proté!er la loi protectrice à un
point "ui mérite beaucoup d’attention. .n serait m&me tenté de
croire "ue cette influence tient à "uel"ue affinité secr2te$ à
"uel"ue loi naturelle. Ious )o%ons le salut commencer par une
femme annoncée depuis l’ori!ine des choses ' dans toute
l’histoire é)an!éli"ue$ les femmes 1ouent un r4le tr2s
remar"uable ' et dans toutes les con"u&tes cél2bres du
christianisme$ faites tant sur les indi)idus "ue sur les nations$
tou1ours on )oit fi!urer une femme. (ela doit &tre$ puis"ueW
Mais 1’ai peur "ue cette note de)ienne trop lon!ue.
$D
Éclaircissement sur les sacrifices
acc2s de délire dont l’histoire ne présente pas un autre
exemple$ suspendre formellement cette loi * "ue )Gmes#
nous L en un clin d’3il$ les m3urs des 0ro"uois et des
l!on"uins ' les saintes lois de l’humanité foulées aux
pieds ' le san! innocent cou)rant les échafauds "ui
cou)raient la [rance ' des hommes frisant et poudrant
des t&tes san!lantes$ et la bouche m&me des femmes
souillées de san! humain.
Koilà l’homme naturel 8 ce n’est pas "u’il ne porte en
lui#m&me les !ermes inextin!uibles de la )érité et de la
)ertu * les droits de sa naissance sont imprescriptibles '
mais sans une fécondation di)ine$ ces !ermes n’écloront
1amais$ ou ne produiront "ue des &tres é"ui)o"ues et
malsains.
0l est temps de tirer des faits histori"ues les plus
incontestables une conclusion "ui ne l’est pas moins.
Ious sa)ons par une expérience de "uatre si2cles * ue
partout oV le "rai /ieu ne sera pas connu et ser"i, en
"ertu d!une ré"élation e?presse, l!homme immolera
tou)ours l!homme, et sou"ent le dé"orera#
Lucr2ce$ apr2s nous a)oir raconté le sacrifice
d’0phi!énie =comme une histoire authenti"ue$ cela
s’entend$ puis"u’il en a)ait besoin>$ s’écriait d’un air
triomphant *
8ant la reli!ion peut enfanter de maux V
Eélas V il ne )o%ait "ue les abus$ ainsi "ue tous ses
successeurs$ infiniment moins excusables "ue lui. 0l
i!norait "ue celui des sacrifices humains$ tout énorme
"u’il était$ disparaissait de)ant les maux "ue produit
$C
Joseph de Maistre
l’impiété absolue. 0l i!norait$ ou il ne )oulait pas )oir "u’il
n’% a$ "u’il ne peut % a)oir m&me de reli!ion enti2rement
fausse ' "ue celle de toutes les nations policées$ telle
"u’elle était à l’épo"ue oP il écri)ait$ n’en était pas moins
le ciment de l’édifice politi"ue$ et "ue les do!mes
d’Épicure étaient précisément sur le point$ en la sapant$
de saper du m&me coup l’ancienne constitution de Oome$
pour lui substituer une atroce et interminable t%rannie.
/our nous$ heureux possesseurs de la )érité$ ne
commettons pas le crime de la méconnaGtre. ,ieu a bien
)oulu dissimuler uarante siècles
8H
' mais depuis "ue de
nou)eaux si2cles ont commencé pour l’homme$ ce crime
n’aurait plus d’excuse. En réfléchissant sur les maux
produits par les fausses reli!ions$ bénissons$ embrassons
a)ec transport la )raie$ "ui a expli"ué et 1ustifié l’instinct
reli!ieux du !enre humain$ "ui a dé!a!é ce sentiment
uni)ersel des erreurs et des crimes "ui le déshonoraient$
et "ui a renou"elé la face de la terre.
8I8 L OEL0R0.I /ET8 (.OO0REO ,E
MTA V
(’est à peu pr2s$ si 1e ne me trompe$ ce "u’on peut dire$
sans trop s’a)ancer$ sur le principe caché des sacrifices$ et
surtout des sacrifices humains "ui ont déshonoré toute la
8H ctes$ AK00$ :H. Ft tempora uidem hu)us ignorantiae
despiciens /eus, etc.$ υρεριδεν. rnaud$ dans le nou)eau
8estament de Mons$ traduit * /ieu étant en colère contre ces
temps d!ignorance, etc. Et dans une note au bas de la pa!e$ il
écrit * (utrement, /ieu a2ant laissé passer et comme
dissimulé + et, sui)ant la lettre$ méprisé ces temps, etc. M En
effet$ c’est tout à fait autrement.
$M
Éclaircissement sur les sacrifices
famille humaine. Je ne crois pas inutile maintenant de
montrer$ en finissant ce chapitre$ de "uelle mani2re la
philosophie moderne a considéré le m&me su1et.
L’idée )ul!aire "ui se présente la premi2re à l’esprit$ et
"ui préc2de )isiblement la réflexion$ c’est celle d’un
homma!e ou d’une esp2ce de présent fait à la di)inité.
@es /ieu? sont nos bienfaiteurs =datores bonorum> + il
est tout simple de leur offrir les prémices de ces mêmes
biens ue nous tenons d!eu? * de là les libations anti"ues
et cette offrande des prémices "ui ou)raient les repas
81
.
Ee%ne$ en expli"uant ce )ers d’Eom2re$
,u repas dans la flamme il 1eta les prémices
82
trou)e dans cette coutume l’ori!ine des sacrifices *
5 Les anciens$ dit#il$ offrant aux dieux une partie de leur
nourriture$ la chair des animaux dut s’% trou)er comprise$
et le sacrifice$ a1oute#t#il$ en"isagé de cette manière, n!a
rien de chouant
8:
. 7 (es derniers mots$ pour l’obser)er
en passant$ prou)ent "ue cet habile homme )o%ait
81 (ette portion de la nourriture$ "ui était séparée et br;lée en
l’honneur des dieux$ se nommaient che- les Rrecs (parue$ et
l’action m&me d’offrir ces sortes de prémices était exprimée par
un )erbe =απαρκηεστηαι> aparuer$ ou (.MMEI(EO =par
excellence>.
82 Ο δε εν πυρι βαλλε τηυελασ. ='liade$ A0$ 22H. <d2ssée$ A0K$
<:C$ <<C.>
8: (pparet Wreligiosum hunc ritumX peperisse sacrificiorum
morem + uippe uae e? epulis domesticis ortum du?erunt,
uum cibi "escendi pars resecta pro primitiis offeretur diis in
focum con)icienda 0 hoc est το απερκηεσται nec est uod H'>
mos religiosus discipliceat# =Ee%ne$ ad loc.>
$3
Joseph de Maistre
confusément dans l’idée !énérale du sacrifice "uel"ue
chose de plus profond "ue la simple offrande$ et "ue cet
autre point de )ue le chouait.
0l ne s’a!it point en effet uni"uement de présent$
d’offrande$ de prémices$ en un mot$ d’un acte simple
d’homma!e et de reconnaissance$ rendu$ s’il est permis
de s’exprimer ainsi$ à la suNeraineté di)ine ' car les
hommes$ dans cette supposition$ auraient en)o%é
chercher à la boucherie les chairs "ui de)raient &tre
offertes sur les autels * ils se seraient bornés à répéter en
public$ et a)ec la pompe con)enable$ cette m&me
cérémonie "ui ou)rait leurs repas domesti"ues.
0l s’a!it de sang$ il s’a!it de l’immolation proprement
dite ' il s’a!it d’expli"uer comment les hommes de tous
les temps et de tous les lieux a)aient pu s’accorder à
croire "u’il % a)ait$ non pas dans l’offrande des chairs =il
faut bien obser)er ceci>$ mais dans l’effusion du sang$ une
)ertu expiatrice utile à l’homme * )oilà le probl2me$ et il
ne c2de pas au premier coup d’3il
8<
.
(ette explication de Ee%ne ne me surprend pas ' car l’école
protestante en !énéral n’aime point les idées "ui sortent du
cercle matériel * elle s’en défie sans distinction$ et semble les
condamner en masse comme )aines et superstitieuses. J’a)oue
sans difficulté "ue sa doctrine peut nous &tre utile à nous#
m&mes$ 1amais à la )érité comme aliment$ mais "uel"uefois
comme rem2de. ,ans ce cas$ néanmoins$ 1e la crois certainement
fausse$ et 1e m’étonne "ue Ber!ier l’ait adoptée. =*raité
historiue et dogmatiue de la "raie 6eligion$ in#8S$ tom. 00$ p.
:H:$ :H< ' tom. K0$ p. 2@C$ 2@F$ d’apr2s /orph%re$ de (bstin#$
li)re 00$ cité$ ibid.> (e sa)ant apolo!iste "o2ait tr2s bien ' il
semble seulement "u’ici il n’a pas regardé.
$$
Éclaircissement sur les sacrifices
Ion seulement les sacrifices ne furent point une
simple extension des aparues$ ou de l’offrande des
prémices br;lés en commen9ant les repas ' mais ces
aparues elles#m&mes ne furent tr2s é)idemment "ue des
esp2ces de sacrifices diminués ' comme nous pourrions
transporter dans nos maisons certaines cérémonies
reli!ieuses$ exécutées a)ec une pompe publi"ue dans nos
é!lises. .n en demeurera d’accord pour peu "u’on se
donne la peine d’% réfléchir.
Eume$ dans sa )ilaine Histoire naturelle de la
6eligion$ adopte cette m&me idée de Ee%ne$ et il
l’en)enime de sa mani2re * 5 Tn sacrifice$ dit#il$ est
considéré comme un présent * or$ pour donner une chose
à ,ieu$ il faut la détruire pour l’homme. U’a!it#il d’un
solide$ on le br;le ' d’un li"uide$ on le répand ' d’un
animal$ on le tue. L’homme$ faute d’un meilleur mo%en$
r&)e "u’en se faisant du tort il fait du bien à ,ieu ' il croit
au moins prou)er de cette mani2re la sincérité des
sentiments d’amour et de d’adoration dont il est animé '
8< Les /erses$ au rapport de Utrabon$ se di)isaient la chair des
)ictimes$ et n!en réser"aient rien pour les dieu?# =Τοισ τηεοισ
ουδεν απονειµαντεσ µεροσ.> >ar$ disaient#ils$ /ieu n!a besoin
ue de l!&me de la "ictime =c’est#à#dire du san!>. Τεσ γαρ
ΠΣΥΚΗΕ, πηασι του ιερειου δειτηασ τον τηεον αλλου δε
ουδενοσ. Utrabo$ li)re AK$ p. C@D$ cité dans la dissertation de
(ud\orth$ /e "era notione caenae /omini$ chapitre 0$ no K00$ à
la fin de son li)re cél2bre * S2stema intellectuale uni"ersum. (e
texte curieux réfute directement les idées de Ee%ne$ et se trou)e
parfaitement d’accord a)ec les théories hébraQ"ues$ sui)ant
les"uelles l!effusion du sang constitue l!essence du sacrifice.
=0bid.$ chapitre 00$ no 0K.>
$1
Joseph de Maistre
et c’est ainsi "ue notre dé)otion mercenaire se flatte de
tromper ,ieu apr2s s’&tre trompée elle#m&me
8D
. 7
Mais toute cette acrimonie n’expli"ue rien * elle rend
m&me le probl2me plus difficile. Koltaire n’a pas man"ué
de s’exercer aussi sur le m&me su1et ' en prenant
seulement l’idée !énérale du sacrifice comme une
donnée$ il s’occupe en particulier des sacrifices humains.
5 .n ne )o%ait$ dit#il$ dans les temples "ue des étaux$
des broches$ des !rils$ des couteaux de cuisine$ de lon!ues
fourchettes de fer$ des cuillers$ ou des cuillères à pot
8C
$ de
!randes 1arres pour mettre la !raisse$ et tout ce "ui peut
inspirer le mépris et l’horreur. Oien ne contribua plus à
perpétuer cette dureté et cette atrocité de m3urs$ "ui
porta enfin les hommes à sacrifier d’autres hommes$ et
1us"u’à leurs propres enfants. Mais les sacrifices de
l’in"uisition dont nous a)ons tant parlé ont été cent fois
8D Eume’s Fssa2s and *reatises on se"eral sub)ects. M 8he natural
histor% of reli!ion. Uect. 0K ' London$ 1FD8$ in#<S ' p. D11.
.n peut remar"uer dans ce morceau$ considéré comme une
formule !énérale$ l’un des caract2res les plus frappants de
l’impiété * c’est le mépris de l’homme. [ille de l’or!ueil$ m2re de
l’or!ueil$ tou1ours i)re d’or!ueil$ et ne respirant "ue l’or!ueil$
l’impiété ne cesse cependant d’outra!er la nature humaine$ de la
découra!er$ de la dé!rader$ d’en)isa!er tout ce "ue l’homme a
1amais fait et pensé$ de l’en)isa!er$ dis#1e$ de la mani2re la plus
humiliante pour lui$ la plus propre à l’a)ilir et à le désespérer * et
c’est ainsi "ue$ sans % faire attention$ elle met dans le 1our le plus
resplendissant le caract2re opposé de la reli!ion$ "ui emploie
sans rel6che l’humilité pour éle)er l’homme 1us"u’à ,ieu.
8C Uuperbe obser)ation V et précieuse surtout par l’à#propos.
$7
Éclaircissement sur les sacrifices
plus abominables * nous a)ons substitué des bourreaux
aux bouchers
8F
. 7
Koltaire sans doute n’a)ait 1amais mis le pied dans un
temple anti"ue ' la !ra)ure m&me ne lui a)ait 1amais fait
connaGtre ces sortes d’édifices$ s’il cro%ait "ue le temple$
proprement dit$ présentait le spectacle d’une boucherie et
d’une cuisine. ,’ailleurs$ il ne faisait pas attention "ue ces
!rils$ ces broches$ ces lon!ues fourchettes$ ces cuillers ou
ces cuillères$ et tant d’autres instruments aussi terribles$
sont tout aussi à la mode "u’autrefois ' sans "ue 1amais
aucune m2re de famille$ et pas m&me les femmes des
bouchers et des cuisiniers$ soient le moins du monde
tentées de mettre leurs enfants à la broche ou de les 1eter
dans la marmite. (hacun sent "ue cette esp2ce de dureté
"ui résulte de l’habitude de )erser le san! des animaux$ et
"ui peut tout au plus faciliter tel ou tel crime particulier$
ne conduira 1amais à l’immolation s%stémati"ue de
l’homme. .n ne peut lire d’ailleurs sans étonnement ce
mot d’EI[0I emplo%é par Koltaire$ comme si les
sacrifices humains n’a)aient été "ue le résultat tardif des
sacrifices d’animaux$ antérieurement usités depuis des
si2cles * rien n’est plus faux. *ou)ours et partout oP le
)rai ,ieu n’a pas été connu et adoré$ on a immolé
l’homme ' les plus anciens monuments de l’histoire
l’attestent$ et la fable m&me % 1oint son témoi!na!e$ "ui
ne doit pas$ à beaucoup pr2s$ &tre tou1ours re1eté. .r$
pour expli"uer ce !rand phénom2ne$ il ne suffit pas tout à
fait de recourir au? couteau? de cuisine et au? grandes
fourchettes.
8F Ko%e- la note A00
e
sur la tra!édie décrépite de Minos.
$=
Joseph de Maistre
Le morceau sur l’in"uisition$ "ui termine la note$
semble écrit dans un acc2s de délire. Juoi donc V
l’exécution lé!ale d’un petit nombre d’hommes$ ordonnée
par un tribunal lé!itime$ en )ertu d’une loi antérieure
solennellement promul!uée$ et dont cha"ue )ictime était
parfaitement libre d’é)iter les dispositions$ cette
exécution$ dis#1e$ est cent fois plus abominable "ue le
forfait horrible d’un p2re et d’une m2re "ui portaient leur
enfant sur les bras enflammés de Moloch V Juel atroce
délire V "uel oubli de toute raison$ de toute 1ustice$ de
toute pudeur V La ra!e anti#reli!ieuse le transporte au
point "u’à la fin de cette belle tirade il ne sait exactement
plus ce "u’il dit. 5ous a"ons$ dit#il$ substitué les
bourreau? au? bouchers. 0l cro%ait donc n’a)oir parlé "ue
des sacrifices d’animaux$ et il oubliait la phrase "u’il
)enait d’écrire sur les sacrifices d’hommes * autrement$
"ue si!nifie cette opposition des bouchers aux
bourreaux L Les pr&tres de l’anti"uité$ "ui é!or!eaient
leurs semblables a"ec un fer sacré$ étaient#ils donc moins
bourreau? "ue les 1u!es modernes "ui les en)oient à la
mort en )ertu d’une loi L
Mais re)enons au su1et principal * il n’% a rien de plus
faible$ comme on )oit$ "ue la raison allé!uée par Koltaire
pour expli"uer l’ori!ine des sacrifices humains. (ette
simple conscience "u’on appelle bon sens suffit pour
démontrer "u’il n’% a$ dans cette explication$ pas l’ombre
de sa!acité$ ni de )éritable connaissance de l’homme et
de l’anti"uité.
Écoutons enfin (ondillac$ et )o%ons comment il s’% est
pris pour expli"uer l’ori!ine des sacrifices humains à son
$A
Éclaircissement sur les sacrifices
prétendu ÉL]KE$ "ui$ pour le bonheur d’un peuple$ ne
)oulut 1amais se laisser éle"er.
5 <n ne se contenta pas$ dit#il$ d!adresser au? dieu?
ses prières et ses "3u? + on crut de"oir leur offrir les
choses u!on imagina leur être agréables, des fruits$ des
animaux et ,EU E.MMEUW
88
. 7
Je me !arderai bien de dire "ue ce morceau est di!ne
d’un enfant ' car il n’% a$ ,ieu merci$ aucun enfant asse-
mau)ais pour l’écrire. Juelle exécrable lé!2reté V Juel
mépris de notre malheureuse esp2ce V Juelle rancune
accusatrice contre son instinct le plus naturel et le plus
sacré V 0l m’est impossible d’exprimer à "uel point
(ondillac ré)olte ici dans moi la conscience et le
sentiment * c’est un des traits les plus odieux de cet
odieux écri)ain.
88 ^u)res de (ondillac$ /aris$ 1F@8$ in#8S$ tom. 0$ Eist. anc.$ ch.
A00$ p. @8#@@.
$B
Éclaircissement sur les sacrifices
(hapitre 000
8héorie chrétienne
des sacrifices
Juelle )érité ne se trou)e pas dans le pa!anisme L
0l est bien )rai "u’il % a plusieurs dieu? et plusieurs
seigneurs$ tant dans le ciel "ue sur la terre
8@
$ et "ue nous
de)ons aspirer à l’amitié et à la fa)eur de ces dieu?
@H
.
8@ >ar, encore u!il 2 en ait ui soient appelés dieu?, tant dans le
ciel ue sur la terre, et u!ainsi il 2 ait plusieurs dieu? et
plusieurs seigneurs, cependant, etc.$ etc. =Uaint /aul aux
(orinthiens$ 0$ ch. K000$ D$ C ' 00 8hessaloniciens$ 00$ <.>
@H Uaint u!ustin$ @a >ité de /ieu$ K000$ 2D.
1C
Joseph de Maistre
Mais il est )rai aussi "u’il n’% a "u’un seul Jupiter$ "ui
est le dieu supr&me$ le dieu "ui est le premier
@1
$ "ui est le
tr2s !rand
@2
' la nature meilleure "ui surpasse toutes les
autres natures$ m&me di)ines
@:
' le uoi ue ce soit "ui n’a
rien au#dessus de lui
@<
' le dieu non seulement /ieu$ mais
8.T8 Y [08 ,0ET
@D
' le moteur de l’uni)ers
@C
' le p2re$
le roi$ l’empereur
@F
' le dieu des dieux et des hommes
@8
' le
p2re tout#puissant
@@
.
@1 (d cultum di"initatis obeundum, satis est nobis /eus primus#
=rnobe$ >ontre les nations$ 000.>
@2 /eo ui est ma?imus# =0nscription sur une lampe anti"ue du
Musée de /asseri. (ntichita di Frcolano$ Iapoli$ 1F )ol. in#fol.$ t.
K000$ p. 2C<.>
@: Melior natura# =.)ide$ Métamorphoses$ 0$ 21.> 5umen ubi est,
ubi /i J =0d.$ Met. A00$ 11@.> Προσ ∆ιοσ και Τηεον. =,émosth2ne$
Sur la couronne> Οι Τηεοι δε εισονται και το ∆αιµονιον. =0d.$ de
falsa leg#$ C8.>
@< /eum summum, illud uiduid est summum# =/line$ Histoire
naturelle$ 00$ <.>
@D Principem et MA0ME ,ETM. =Lactance ethn. ad Utat. 8heb.$
0K$ D1C$ cité dans la Biblioth. lat. de [abricius.>
@C 6ector orbis terrarum# =Uen. ap. Lact.$ di). 1ust.$ 1$ <.>
@F 'mperatur di"um atue hominum. =/laute$ in Oud.$ prol. 11.>
@8 /eorum omnium /eus# =Uén2"ue$ ubi supra.> Τηεοσ ο Τηεοο
Ζευσ. /eus deorum Jupiter# =/laton$ in (rit.$ opp.$ tom. A$ pa!.
CC.> /eus deorum# =/saume LAAA000$ F.> /eus noster prae
omnibus diis# =0bid.$ (AAA0K$ D.> /eus magnus super omnes
deos# =0bid.$ A(0K$ :.> Επι πασι Τηεοσ. =/laton$ .ri!2ne$
passim.>
@@ Pater omnipotens# =Kir!ile$ Énéide$ 0$ CD ' A$ 2 ' etc.>
1M
Éclaircissement sur les sacrifices
0l est bien )rai encore "ue Jupiter ne saurait &tre adoré
con)enablement "u’a)ec Pallas et Junon$ le culte de ces
trois puissances étant de sa nature indi)isible
1HH
.
0l est bien )rai "ue si nous raisonnons sagement sur le
/ieu, chef des choses présentes et futures, et sur le
Seigneur, père du chef et de la cause, nous 2 "errons
clair autant u!il est donné : l!homme le plus
heureusement doué
1H1
.
0l est bien )rai "ue /laton$ "ui a dit ce "ui préc2de$ ne
saurait &tre corri!é "u’a)ec respect lors"u’il dit ailleurs *
;ue le grand roi étant au milieu des choses, et toutes
choses a2ant été faites pour lui, puisu!il est l!auteur de
tout bien, le second roi est cependant au milieu des
secondes choses, et le troisième u milieu des
troisièmes
1H2
, ce ui toutefois ne de"ait point s!écrire
1HH Jupiter sine contubernio con)ugis filiaeue coli non solet#
=Lactance$ di"# instit#>
1H1 Τον τον παντον Τηεον εγεµονα τον τε οντον και τον µελλοντον,
του τε εγεµονοσ και αιτιου πατερα κυριον… αν ορτηοσ οντοσ
πηιλοσοπηοµεν, εισοµετηα παντεσ σαπηοσ, εισ δυναµιν
αντηροπον ευδαιµονον. =/laton$ epist. K0$ ad Eerm. Erast et
(orisc.$ .pp.$ tom. A0$ p. @2.> M En effet$ comment connaGtre l’un
sans l’autre L =8ertullien$ /e an#$ chapitre 0.>
1H2 Περι τον παντον βασιλεα παντ εσι, και εκεινου ενεκα παντα, ’
και εκεινοσ αιτιον απαντον τον καλον, δευτερονδε περι
δευτερα, και τριτον περι τα τριτα. E1usd. epist. 00$ ad. ,%onis.$
ibid.$ tom. A0$ p. C@ ' et apud Euseb. /raep. e)an!.$ A0.
(elui "ui serait curieux de sa)oir ce "ui a été dit sur ce texte
pourra consulter .ri!2ne$ /es principes$ li)re 0$ chapitre :$ n. D$
opp. edit. Ouaei$ in#fol.$ tom. 0K$ p. C2. M Euet$ in <rigen#$ ibid.$
li)re 00$ chapitre 2$ n. 2F#28 ' et les notes de La Oue$ p. CD$ 1:D. M
13
Joseph de Maistre
d!une manière plus claire, afin ue l!écrit "enant : se
perdre, par uelue cas de mer ou de terre, celui ui
l!aurait trou"é n!2 comprît rien
1H:
.
0l est bien )rai "ue Miner)e est sortie du cer)eau de
Jupiter
1H<
. 0l est bien )rai "ue Kénus était sortie
primiti)ement de l’eau
1HD
' "u’elle % rentra à l’épo"ue du
délu!e durant le"uel tout de"int mer et la mer fut sans
(lem. lex. tom. K$ p. D@8$ édit. /aris. M thena!. le!. pro
(hrist.$ .xoniae$ ex theatro Ueldon$ in#8S$ 1FHC$ curis ,echair$ p.
@:$ n. AA0$ in not. 0l est bien sin!ulier "ue Euet ni son sa)ant
commentateur n’aient point cité le passa!e de /laton$ dont celui
d’.ri!2ne est un commentaire remar"uable. Koici ce dernier
texte tel "ue /hotius nous l’a conser)e en ori!inal. =(od. K000.>
∆ιεκειν µεν τον πατερα δια παντον τον οντον, τον δε υιον
µεκηρι τον λογικον µονον, τον δε πνευµα µεκηρι µονον τον
σεσοσµενον$ c’est#à#dire$ le Père embrasse tout ce ui e?iste + le
Pils est borné au? seuls êtres intelligents, et l!esprit au? seuls
élus#
1H: Πηρασεον δε σοι δι αινιγµον, ιν αν τι ε δελτοσ ε ποντου ε γεσ εν ’ ’
τυκηαισ πατηε, ο αναγνουσ µε γνο. =/laton ubi sup.>
1H< Eccli.$ AAA$ D. M 8éléma"ue$ li). K000. 0l chanta d’abord$ etc.
1HD En mémoire de cette naissance$ les anciens a)aient établi une
cérémonie pour attester à perpétuité "ue tout accroissement
dans les &tres or!anisés )ient de l’eau. M εξ υδατοσ πατον
αυξεσισ. Ko%e- le Ucoliaste sur le cent "uarante#"uatri2me )ers
de la "uatri2me /%thi"ue de /indare. Uui)ant l’anti"ue doctrine
des )édas$ Brahma ="ui est l’esprit de ,ieu> était porté sur les
eaux au commencement des choses$ dans une feuille de lotus ' et
la puissance sensible prit son ori!ine dans l’eau. =Xilliam Jones$
dans les 6echerches asiatiues$ /iss# sur les dieu? de Irèce et
d!'talie$ tom. 0.> M M. (olebrooNe$ ibid.$ tom. K000$ p. <HD$ note. M
La ph%si"ue moderne est d’accord. Ko%e- OlacS!s lectures on
>hemistr2$ in#<S$ tom. 0$ p. 2<D. M @ettres ph2siues et morales$
1$
Éclaircissement sur les sacrifices
ri"es
1HC
$ et "u’elle s’endormit alors au fond des eaux
1HF
' si
l’on a1oute "u’elle en ressortit ensuite sous la forme d’une
colombe$ de)enue fameuse dans tout l’.rient
1H8
$ ce n’est
pas une !rande erreur.
0l est bien )rai "ue cha"ue homme a son génie
conducteur et initiateur$ "ui le !uide à tra)ers les
m%st2res de la )ie
1H@
.
etc.$ par M. de Luc ' in#8S$ tom. 0$ p. 112$ etc.$ etc.
1HC <mnis pontus erant, deerant uoue littora ponto# =.)ide$
Métamorphoses>
1HF Ko%e- la dissertation sur le mont (aucase$ par [.O. Xilford
=dans les 6ech# (siat#$ tom. K00$ p. D22#D2:.>.
1H8 insi l’on ne peut &tre surpris "ue les hommes se fussent
accordés à reconnaGtre la colombe pour l!oiseau de .énus ' rien
n’est faux dans le /a!anisme$ mais tout est corrompu.
1H@ Μυσαγογοσ του βιου αγατηοσ. =Men. ap. /lut.$ /e tran# an#>
>es génies habitent la terre par l!ordre de Jupiter, pour 2 être
les bienfaisants gardiens des malheureu? mortels =Eesiod.> '
mais sans cesser néanmoins de )oir celui "ui les a en)o%és.
=Matthieu AK000$ 1H.> @ors donc ue nous a"ons fermé la porte
et amené l!obscurité dans nos appartements, sou"enons-nous
de ne )amais dire ="u’il est nuit et> ue nous sommes seuls + car
,0ET E8 I.8OE IRE sont a"ec nous + et pour nous "oir ils
n!ont pas besoin de lumière# =Epist.$ rr.$ dissert. 0$ 1<.>
Bacon$ dans un ou)ra!e passablement suspect$ met au nombre
des parado?es ou des contradictions apparentes du
(hristianisme * ;ue nous ne demandions rien au? anges et ue
nous ne leur rendons gr&ce de rien, tout en cro2ant ue nous
leur de"ons beaucoup# =>hristian parado?es$ etc.$ etc. LorSs$
tom. 00$ p. <@<.> (ette contradiction$ "ui n’est pas du tout
apparente$ ne se trou)a pas dans le christianisme total.
11
Joseph de Maistre
0l est bien )rai "u’Hercule ne peut monter sur
l’<l2mpe et % épouser Hébé$ "u’apr2s a)oir consumé par
le feu sur le mont Qta tout ce "u’il a)ait d’humain
11H
.
0l est bien )rai "ue 5eptune commande aux "ents et à
la mer$ et "u’il leur fait peur
111
.
11H W Juodcum"ue fuit populabile flammae
Mulieber abstulerat ' nec co!noscenda remansit
Eerculis effi!is ' nec "uid"uam ab ori!ine ductum
Matris habet ' tantum"ue Jo)is )esti!ia ser)at.
=.)ide$ Métamorphose$ 0A$ 2C2$ se"".>
111 5 ,es deux points opposés du ciel il appelle à lui les )ents *
_(omment donc$ leur dit#il$ a)e-#)ous pu )ous confier en ce "ue
)ous &tes$ asse- pour oser ainsi troubler la terre et les mers$ et
soule)er ces )a!ues énormes$ sans )ous rappeler ma puissance L
/our prix d’une telle audace$ 1e de)rais )ousW ' mais il faut a)ant
tout tran"uilliser les flots ' une autre fois )ous ne me bra)ere-
point impunément. /arte- sans délai V alle- dire à )otre maGtre
"ue l’empire des mers n’est point à lui * le sort a mis dans mes
mains le trident redoutable. Éole habite le palais des )ents$ au
milieu des rochers sourcilleux * "u’il s’a!ite dans ces retraites V
"u’il r2!ne dans ces )astes prisons V` 0l dit$ et dé1à la temp&te a
cessé * Ieptune dissipe les nua!es amoncelés$ laisse briller le
soleil$ et prom2ne son char lé!er sur la surface aplanie des
eaux. 7 =Kir!ile$ Énéide$ 0$ 1:1$ se"".>
(lors il mena%a les "ents et dit : la mer 0 *('S-*<' 8, et tout de
suite il se fit un calme profond# =Marc$ 0K$ :@. M Luc$ K000$ 2<. M
Matthieu$ K000$ 2C.>
.n )oit ici la différence de la )érité et de la fable * la premi2re
fait parler ,ieu ' la seconde le fait discourir ' mais c’est tou1ours$
comme on le )erra plus bas$ "uel"ue chose de différemment
semblable.
17
Éclaircissement sur les sacrifices
0l est bien )rai "ue les dieu? se nourrissent de nectar et
d’ambroisie
112
.
0l est bien )rai "ue les héros "ui ont bien mérité de
l’humanité$ les fondateurs surtout et les législateurs$ ont
droit d’&tre déclarés dieu? par la puissance lé!itime
11:
.
Juant à ceux "ui s’obstineraient à )oir ici comme
ailleurs des imitations raisonnées$ il n’% a plus "u’à leur
dire * attendons le ré)eil V
0l est )rai "ue$ lors"u’un homme est malade$ il faut
t6cher d’enchanter doucement le mal par des paroles
puissantes$ sans né!li!er néanmoins aucun mo%en de la
médecine matérielle
11<
.
112 5 Je suis l’an!e OaphaalW ' il )ous a paru "ue 1e bu)ais et "ue 1e
man!eais a)ec )ous ' mais pour moi$ 1e me nourris d’une )iande
in)isible$ et d’un breu)a!e "ui ne peut &tre )u des hommes. 7
=8obie$ A00$ 1:$ 1@.>
11: La canonisation d’un sou)erain dans l’anti"uité paQenne et
l’apothéose d’un héros du (hristianisme dans l’É!lise$ ne
diff2rent$ selon l’expression dé1à emplo%ée$ "ue comme des
puissances né!ati)es et positi)es. ,’un c4té sont l’erreur et la
corruption ' de l’autre la )érité et la sainteté * mais tout part du
m&me principe ' car l’erreur$ encore une fois$ ne peut &tre "ue la
)érité corrompue$ c’est#à#dire une pensée procédant d’un
principe intelli!ent plus ou moins dé!radé$ mais "ui ne saurait
cependant a!ir "ue sui)ant son essence$ ou$ si l’on )eut$ sui)ant
ses idées naturelles ou innées. *otum prope caelum nonne
humano genere completum est J =(icéron$ *usc# ;uaest#$ 0$ 1:.>
M .ui$ )raiment V c’est sa destinée. La chose n’est plus
susceptible de doute ni de plaisanteries. Mais pour"uoi n’%
aurait#il pas une distinction pour les héros L
11< Τοοσ µεν µαλακαισ
Επαοιδαισ αµπηεπον ;
Τουσ δε προσανεα πι −
1=
Joseph de Maistre
0l est bien )rai "ue la médecine et la di"ination sont
tr2s proches parentes
11D
.
0l est bien )rai "ue les dieu? sont )enus "uel"uefois
s’asseoir à la table des hommes 1ustes$ et "ue$ d’autres
fois$ ils sont )enus sur la terre pour explorer les crimes de
ces m&mes hommes
11C
.
Νοντασ, ε γυιοισ περιαπτον παντοτηεν
Πηαρµακα, τουσ δε τοµαισ εζασεν ορτηεσ.
=/indare$ P2th#$ 000$ @1$ @:.>
@ocus classicus de medicina "eterum# =Ee%ne$ ad loc. ).$ Pindari
>arm#$ Rottin!ae$ 1F@8$ tom. 0$ p. 2<1.>
Uerait#il permis$ sans man"uer de respect à la mémoire d’un
aussi sa)ant homme$ d’obser)er "u’il semble s’&tre trompé en
)o%ant dans les )ers @< et @D$ les amulettes ' car il paraGt é)ident
"ue /indare$ dans cet endroit$ parle tout simplement des
applications$ des fomentations$ des topiues$ en un mot * mais
1’ose à peine a)oir raison contre Ee%ne.
11D Ιετρικε δεκαι µαντικε και πανυ συγγενεσ εισι. =Eippocrate$
Fpist# ad Philop#$ opp.$ tom. 00$ p. 8@C.> 5 (ar sans le secours
d’Esculape$ "ui tenait ces secrets de son p2re$ 1amais les hommes
n’auraient pu in)enter les rem2des. 7 =0bid.$ p. @CC.> La
médecine a placé ses premiers in)enteurs dans le ciel$ et
au1ourd’hui encore on demande de tous c4tés des rem2des aux
oracles. =/line$ Hist# nat#$ AA0A$ 1.> (e "ui ne doit point étonner$
puis"ue 5 c’est le 8r2s#Eaut "ui a créé le médecin$ et c’est lui "ui
!uérit par les médecinsW (’est lui "ui a produit de la terre tout
ce "ui !uéritW "ui a fait connaGtre aux hommes les rem2des et
"ui s’en sert pour apaiser les douleursW /rie- le Uei!neurW
détourne-#)ous du péchéW purifie- )otre c3urW Ensuite appele-
le médecin ' car c’est le Uei!neur "ui l’a créé. 7 =Ecclésiaste$
AAAK000$ 1$ 2$ :$ C$ F$ 1H$ 12.>
1A
Éclaircissement sur les sacrifices
0l est bien )rai "ue les nations et les )illes ont des
patrons$ et$ "u’en !énéral$ Jupiter exécute une infinité de
choses dans ce monde par le minist2re des génies
11F
.
0l est bien )rai "ue les éléments m&mes$ "ui sont des
empires$ sont présidés$ comme les empires$ par certaines
di"inités
118
.
11C 0ls sont finis ces 1ours oP les esprits célestes
Oemplissaient ici#bas leurs messa!es di)ins *
.P l’an!e$ h4te indul!ent du premier des humains$
L’entretenait du ciel$ des !randeurs de son MaGtre '
Juel"uefois s’asse%ait à sa table champ&tre$
.ubliant pour ses fruits le doux nectar des cieux.
=Milton$ trad. par M. ,elille$ 0A$ 1 se"".>
(’est une élé!ante paraphrase d’Eésiode$ cité lui#m&me par
.ri!2ne comme rendant témoi!na!e à la )érité. =(d"# >els#$ tom.
0$ opp. 0K$ no FC$ p. DCD.>
Ξυναι γαρ τοτε δαιτεσ εσαν ξυνοι δε τηοοκοι
Ατηανατοισι τηεοισι κατα τηνετοισ τ αντηροποισ. ’
=Ren2se$ AK000$ A0A. .)ide$ Metamorphoses$ 0$ 21H$ se"".>
11F >onstat omnes urbes in alicu)us /ei esse tutela, etc. =Macrobe$
Sat# 000$ @.> ;uemadmodum "eteres Pagani tutelaria sua
numina habuerunt regnorum, pro"inciarum et ci"itatum =,i
"uibus imperium steterat>$ ita romana Fcclesia suos habet
tutelares sanctos, etc. =Eenr. Morus$ opp. theol.$ p. CCD.>
Exode A000 ' ,aniel A$ 1:$ 2H$ 21 ' A00$ 1. pocal%pse K000$ : '
A0K$ 18 ' AK0$ D. Euet$ /em# e"ang#$ prop. K00$ nS @. saint
u!ustin$ @a >ité de /ieur$ K00$ :H.
Uaint u!ustin dit "ue ,ieu exer9ait sa 1uridiction sur les Rentils
par le minist2re des an!es ' et ce sentiment est fondé sur
1B
Joseph de Maistre
0l est bien )rai "ue les princes des peuples sont appelés
au conseil du ,ieu d’braham$ parce "ue les puissants
dieux de la terre sont bien plus importants "u’on ne le
croit
11@
.
Mais il est )rai aussi "ue 5 parmi tous ces dieu?$ il n’en
est pas un "ui puisse se comparer au UE0RIETO$ et dont
les 3u)res approchent des siennes. 7
plusieurs textes de l’Écriture. =Oerthier sur les Psaumes$ /s.
(AAA0K$ <$ tom. K$ p. :C:.> M 5 Mais ceux "ui$ par une !rossi2re
ima!ination =en effet$ il n’% en a pas de plus !rossi2re>$ croient
tou1ours 4ter à ,ieu tout ce "u’ils donnent à ses an!es et à ses
saintsW$ ne prendront#ils 1amais le droit esprit de l’Écriture$
etc. L 7 =Bossuet$ Préf# sur l!e?pl# de l!(poc#$ nS AAK00.> Ko%e- les
Pensées de @eibnitN$ tom. 00$ p. D<$ CC
118 Juand 1e )ois dans les proph2tes$ dans l’pocal%pse et dans
l’É)an!ile m&me$ cet ange des Perses + cet ange des Irecs, cet
ange des Juifs, l!ange des petits enfants, ui en prend la
défense, + l!ange des eau?, l!ange du feu, etc.$ 1e reconnais dans
ces paroles une esp2ce de médiation des saints an!es * 1e )ois
m&me le fondement "ui peut a)oir donné occasion aux /aQens de
distribuer leurs di)inités dans les éléments et dans les ro%aumes
pour % présider * car toute erreur est fondée sur une )érité dont
on abuse =Bossuet$ ibid.> et dont elle n’est "u’une )icieuse
imitation. =Massillon$ .ér# de la 6el#$ 0er point.>
11@ Juae /ater ut summa )idit Uaturnius arce$
0n!emit$ et referens f3dae con)i)ia mensae$
0n!entes animo et di!nas Jo)e concipit iras$
(oncilium"ue )ocat ' tenuit mora nulla )ocatosW
,extra le)a"ue deorum
tria nobilium )al)is celebrantur apertisW
Er!o ubi marmoreo Uuperi sedere recessu$
(elsior ipse loco$ etc.
=.)ide$ Métamorphoses$ 00.>
7D
Éclaircissement sur les sacrifices
5 /uis"ue le ciel ne renferme rien de semblable à lui '
ue parmi les fils de /ieu, /ieu même n!a point d!égal '
et "ue$ d’ailleurs$ il est le seul "ui op2re des miracles
12H
. 7
(omment donc ne pas croire "ue le pa!anisme n’a pu
se tromper sur une idée aussi uni)erselle et aussi
fondamentale "ue celle des sacrifices$ c’est#à#dire de la
rédemption par le sang L Le !enre humain ne pou)ait
de)iner le san! dont il a)ait besoin. Juel homme li)ré à
lui#m&me pou)ait soup9onner l’immensité de la chute et
l’immensité de l’amour réparateur L (ependant tout
peuple$ en confessant plus ou moins clairement cette
chute$ confessait aussi le besoin et la nature du rem2de.
8elle a été constamment la cro%ance de tous les
hommes. Elle s’est modifiée dans la prati"ue$ sui)ant le
caract2re des peuples et des cultes ' mais le principe
paraGt tou1ours. .n trou)e spécialement toutes les nations
d’accord sur l’efficacité mer)eilleuse du sacrifice
)olontaire de l’innocence "ui se dé)oue elle#m&me à la
di)inité comme une )ictime propitiatoire. 8ou1ours les
hommes ont attaché un prix infini à cette soumission du
1uste "ui accepte les souffrances ' c’est par ce motif "ue
Principes populorum congregati sunt cum deo (braham 0
uoniam dii fortes terrae "ehementer ele"ati sunt# =/saume$
ALK0$ 1H.>
12H 5on est similis tui in diis, /<M'5F + et non est secundum opera
tua# =/saume LAAAK$ 8>.
;uis in nubibus =sur l’.l%mpe> aeuabitur /omine + similis erit
/eo in filiis /ei J =/saume$ LAAAK000$ F.>
;ui facis mirabilia solus. =/sausme$ LAA0$ 18.>
7C
Joseph de Maistre
Uén2"ue$ apr2s a)oir prononcé son fameux mot * Fcce
par /eo dignum 8 "ir fortis cum mala fortuna
compositus
121
$ a1oute tout de suite * T80JTE U0 E8
/O.K.(K08
122
.
Lors"ue les féroces !e4liers de Louis AK0$ prisonnier
au 8emple$ lui refus2rent un rasoir$ le fid2le ser)iteur "ui
nous a transmis l’histoire intéressante de cette lon!ue et
affreuse capti)ité lui dit * Sire, présenteN-"ous : la
>on"ention nationale a"ec cette longue barbe, afin ue
le peuple "oie comment "ous êtes traité#
Le roi répondit * JE IE ,.0U /.0I8 (EEO(EEO Y
L’0I8ÉOEUUEO UTO M.I U.O8
12:
.
Ju’est#ce donc "ui se passait dans ce c3ur si pur$ si
soumis$ si préparé L L’au!uste mart%r semble craindre
d’échapper au sacrifice$ ou de rendre la )ictime moins
parfaite * "uelle acceptation V et "ue n’aura#t#elle pas
mérité V
.n pourrait sur ce point in)o"uer l’expérience à
l’appui de la théorie et de la tradition ' car les
chan!ements les plus heureux "ui s’op2rent parmi les
nations sont pres"ue tou1ours achetés par de san!lantes
catastrophes dont l’innocence est la )ictime. Le san! de
Lucr2ce chassa les 8ar"uins$ et celui de Kir!inie chassa
les ,écem)irs. Lors"ue deux partis se heurtent dans une
121 .o2eN le grand homme au? prises a"ec l!infortune 8 ces deu?
lutteurs sont dignes d!occuper les regards de /ieu# =Uén2"ue$
/e Pro"id#$ 11.>
122 /u moins si le grand homme a pro"oué le combat# =0bid.>
12: Ko%e- la Oelation de M. (léri. Londres$ Ba%lis$ 1F@: ' in#8S$ pa!.
1FD.
7M
Éclaircissement sur les sacrifices
ré)olution$ si l’on )oit tomber d’un c4té des )ictimes
précieuses$ on peut !a!er "ue ce parti finira par
l’emporter$ mal!ré toutes les apparences contraires.
Ui l’histoire des familles était connue comme celle des
nations$ elle fournirait une foule d’obser)ations du m&me
!enre * on pourrait fort bien décou)rir$ par exemple$ "ue
les familles les plus durables sont celles "ui ont perdu le
plus d’indi)idus à la !uerre. Tn ancien aurait dit * 5 Y la
terre$ à l’enfer$ ces )ictimes suffisent
12<
. 7 ,es hommes
plus instruits pourraient dire * @e )uste ui donne sa "ie
en sacrifice "erra une longue postérité
12D
.
Et la !uerre$ su1et inépuisable de réflexions$ montrerait
encore la m&me )érité$ sous une autre face ' les annales
de tous les peuples n’a%ant "u’un cri pour nous montrer
comment ce fléau terrible sé)it tou1ours a)ec une )iolence
ri!oureusement proportionnelle aux )ices des nations$ de
mani2re "ue$ lors"u’il % a débordement de crimes$ il % a
tou1ours débordement de sang. M Sine sanguine non fit
remissio
12C
.
La rédemption$ comme on l’a dit dans les Fntretiens$
est une idée uni)erselle. 8ou1ours et partout on a cru "ue
l’innocent pou)ait pa%er pour le coupable =utiue si et
pro"oca"erit> ' mais le (hristianisme a rectifié cette idée
et mille autres "ui$ m&me dans leur état né!atif$ lui
12< Sufficiunt /is infernalis terraeue parenti. =Ju)éal$ Sat#$ K000$
2DF.>
12D ;ui iniuitatem non fecerit, si posuerit pro peccato animam
suam, "idebit semen longae"um# =0saQe$ L00$ @$ 1H.>
12C Sans effusion de sang, nulle rémission de péchés# =ÉpGtre aux
Eébreux$ 0A$ 22.>
73
Joseph de Maistre
a)aient rendu d’a)ance le témoi!na!e le plus décisif. Uous
l’empire de cette loi di)ine$ le 1uste ="ui ne croit 1amais
l’&tre> essaie cependant de s’approcher de son mod2le par
le c4té douloureux. 0l s’examine$ il se purifie$ il fait sur
lui#m&me des efforts "ui semblent passer l’humanité$
pour obtenir enfin la !r6ce de pou)oir restituer ce u!il
n!a pas "olé
12F
.
Mais le (hristianisme$ en certifiant le do!me$ ne
l’expli"ue point$ du moins publi"uement ' et nous )o%ons
"ue les racines secr2tes de cette théorie occup2rent
beaucoup les premiers initiés du (hristianisme.
.ri!2ne surtout doit &tre entendu sur ce su1et
intéressant$ "u’il a)ait beaucoup médité. (’était son
opinion bien connue * 5 Jue le san! répandu au (al)aire
n’a)ait pas été seulement utile aux hommes$ mais aux
an!es$ aux astres$ et à tous les &tres créés
128
' ce "ui ne
paraGtra pas surprenant à celui "ui se rappellera ce "ue
saint /aul a dit * ;u!il a plu : /ieu de réconcilier toutes
choses par celui ui est le principe de la "ie, et le
premier-né entre les morts, a2ant pacifié par le sang
u!il a répandu sur la croi?, tant ce ui est en la terre
ue ce ui est au ciel
12@
. 7 Et si toutes les créatures
12F ;uae non rapui tunc e?sol"ebam# =/saume LK000$ 8.>
128 Seuitur placitum aliud <rigenis de morte >hristi non
hominibus solum utili, sed angelis etiam et sideribus ac rebus
creatis uibuscumue# =/.,. Euetti .ri!en.$ li)re 00$ chapitre 00$
"uaest. :$ no 2H. M .ri!2ne$ opp#$ tom. 0K$ p. 1<@.>
12@ (oloss. 0$ 2H. Ephes. 0$ 1H. M /ale%$ dans ses Horae paulinae
=London$ 1F@H$ in#8S$ p. 212>$ obser)e "ue ces deux textes sont
tr2s remar"uables$ )u "ue cette réunion des choses di)ines et
humaines est un sentiment tr2s sin!ulier et "u’on n’en trou)era
7$
Éclaircissement sur les sacrifices
gémissent
1:H
$ sui)ant la profonde doctrine du m&me
ap4tre$ pour"uoi ne de)aient#elles pas &tres toutes
consolées L Le !rand et saint ad)ersaire d’.ri!2ne nous
atteste "u’au commencement du Ke si2cle de l’É!lise$
c’était encore une opinion re9ue "ue la rédemption
appartenait au ciel autant u!: la terre
1:1
$ et saint
(hr%sostome ne doutait pas "ue le m&me sacrifice$
continué 1us"u’à la fin des temps$ et célébré cha"ue 1our
par les ministres lé!itimes$ n’opér6t de m&me pour tout
l!uni"ers
1:2
.
(’est dans cette immense latitude "u’.ri!2ne
en)isa!eait l’effet du !rand sacrifice. 5 Mais "ue cette
théorie$ dit#il$ tienne à des m%st2res célestes$ c’est ce "ue
l’ap4tre nous déclare lui#m&me lors"u’il nous dit * ;u!il
était nécessaire ue ce ui n!était ue figure des choses
point ailleurs "ue dans ces deux épGtres * ( "er2 singular
sentiment and found noKhere else but in these epistles# Ui ce
mot ailleurs se rapporte aux épGtres canoni"ues$ l’assertion n’est
pas exacte$ puisue ce sentiment très singulier se retrou)e
expressément dans l’épGtre aux Eébreux$ 0A$ 2:. Ui le mot a toute
sa latitude$ on )oit "ue /ale% s’est trompé encore da)anta!e.
1:H Oom.$ K000$ 22.
1:1 >ru? Sal"atoris non solum ea uae in terra, sed etiam ea uae
in c3lis erant pacasse PF6H'OF5*46# =,. Eieron. Fpist# L0A$
ad )itum.$ c. 0$ ). 22.>
1:2 Ious sacrifions pour le bien de la terre$ de la mer et de tout
l’uni)ers. =Uaint (hr%sost.$ Homélie LAA$ in Jean> Et saint
[ran9ois de Uales a%ant dit 5 "ue Jésus#(hrist a)ait souffert
principalement pour les hommes$ et en partie pour les anges 7 '
on )oit =sans examiner précisément ce "u’il a )oulu dire> "u’il ne
bornait point l’effet de la rédemption aux limites de notre
plan2te. =Ko%e- les @ettres de saint Pran%ois de Sales$ li). K$ p.
:8#:@.>
71
Joseph de Maistre
célestes, fRt purifié par le sang des animau? + mais ue
les célestes mêmes le fussent par des "ictimes plus
e?cellentes ue les premières
1::
. (ontemple- l’expiation
de tout le monde$ c’est#à#dire des ré!ions célestes$
terrestres et inférieures$ et )o%e- de combien de )ictimes
elles a)aient besoin VW Mais l’a!neau seul a pu 4ter les
péchés de tout le monde$ etc.$ etc.
1:<
. 7
u reste$ "uoi"ue .ri!2ne ait été un grand auteur$ un
grand homme, et l!un des plus sublimes théologiens
1:D
"ui
ait 1amais illustré l’É!lise$ 1e n’entends pas cependant
défendre cha"ue li!ne de ses écrits ' c’est asse- pour moi
de chanter a)ec l’É!lise romaine *
Et la terre et la mer$ et les astres eux#m&mes
8ous les &tres enfin sont la)és par ce san!
1:C
.
Uur "uoi 1e ne puis asse- m’étonner des scrupules
étran!es de certains théolo!iens "ui se refusent à
l’h%poth2se de la pluralité des mondes$ de peur "u’elle
n’ébranle le do!me de la rédemption
1:F
' c’est#à#dire "ue$
sui)ant eux$ nous de)ons croire "ue l’homme )o%a!eant
dans l’espace sur sa triste plan2te$ misérablement gênée
1:: ÉpGtre aux Eébreux$ 0A$ 2:.
1:< .ri!2ne$ Homélie AA0A$ in Ium.
1:D Bossuet$ Préf# sur l!e?plication de l!(poc#$ num. AAK00$ AA0A.
1:C 8erra$ pontus$ astra$ mundus$
Eoc la)atur san!uine =flumine.>
WH2mne du "endredi saintX
1:F .n en trou)era un exemple remar"uable dans les notes dont
l’illustre cardinal Rerdil crut de)oir honorer le dernier po2me de
son coll2!ue$ le cardinal de Bernis.
77
Éclaircissement sur les sacrifices
entre Mars et .énus
1:8
$ est le seul &tre intelli!ent du
s%st2me$ et "ue les autres plan2tes ne sont "ue des !lobes
sans "ie et sans beauté
1:@
"ue le (réateur a lancés dans
l’espace pour s’amuser apparemment comme un 1oueur
de boules. Ion$ 1amais une pensée plus mes"uine ne s’est
présentée à l’esprit humain V ,émocrite disait 1adis dans
une con)ersation cél2bre * < mon cher ami 8 gardeN-"ous
bien de rapetisser bassement dans "otre esprit la nature,
ui est si grande
1<H
. Ious serions bien inexcusables si
nous ne profitions pas de cet a)is$ nous "ui )i)ons au sein
de la lumi2re$ et "ui pou)ons contempler à sa clarté la
supr&me intelli!ence$ à la place de ce )ain fant4me de
nature. Ie rapetissons pas misérablement l’btre infini en
posant des bornes ridicules à sa puissance et à son
amour. c a#t#il "uel"ue chose de plus certain "ue cette
proposition * tout a été fait par et pour l!intelligence L Tn
s%st2me planétaire peut#il &tre autre chose "u’un s%st2me
d’intelli!ences$ et cha"ue plan2te en particulier peut#elle
&tre autre chose "ue le sé1our d’une de ces familles L Ju’%
a#t#il donc de commun entre la mati2re et ,ieu L la
poussière le connaît-elle
1<1
L Ui les habitants des autres
1:8 Iam )eneram Martem"ue inter natura loca)it$
Et nimium$ ah V miseros$ spatiis conclusit ini"uis.
=Bosco\ich$ /e Sol# et lun# defect#$ li)re K.>
1:@ 'nanes et "acuae# =Ren2se$ 0$ 2.>
1<H Μεδαµοσ ο εταιρε κατασµικρολογει πλουσιεν τεν πηυσιν
εουσαν. =Ko%e- la lettre d’Eippocrate à ,ama!2te ' Eipp. opp. t.
00$ p. @18#@1@. 0l ne s’a!it point ici de l’authenticité de ces
lettres.>
1<1 5umuid confitebitur tibi pul"is J =/saume$ AA0A$ 1H.>
7=
Joseph de Maistre
plan2tes ne sont pas coupables ainsi "ue nous$ ils n’ont
pas besoin du m&me rem2de ' et si$ au contraire$ le m&me
rem2de leur est nécessaire$ ces théolo!iens dont 1e parlais
tout à l’heure ont#ils donc peur "ue la )ertu du sacrifice
"ui nous a sau)és ne puisse s’éle)er 1us"u’à la lune L Le
coup d’3il d’.ri!2ne est bien plus pénétrant et plus
compréhensif$ lors"u’il dit * @!autel était : Jérusalem,
mais le sang de la "ictime baigna l!uni"ers
1<2
.
0l ne se croit point permis cependant de publier tout ce
"u’il sa)ait sur ce point * 5 /our parler$ dit#il$ de cette
)ictime de la loi de !r6ce offerte par Jésus#(hrist$ et pour
faire comprendre une )érité "ui passe l’intelli!ence
humaine$ il ne faudrait rien moins "u’un homme parfait$
exercé à 1u!er le bien et le mal$ et "ui f;t en droit de dire
par un pur mou)ement de la )érité * Ious pr&chons la
sa!esse aux /O[08U
1<:
. (elui dont saint Jean a dit *
.oil: l!agneau de /ieu ui 9te les péchés du monde, a
ser)i d’expiation$ selon certaines lois m%stérieuses de
l’uni)ers$ a%ant bien )oulu se soumettre à la mort en
)ertu de l’amour "u’il a pour les hommes$ et nous
racheter un 1our par son san! des mains de celui "ui nous
a)ait séduits$ et au"uel nous nous étions "endus par le
péché
1<<
. 7
,e cette rédemption !énérale$ opérée par le !rand
sacrifice$ .ri!2ne passe à ces rédemptions particuli2res
"u’on pourrait appeler diminuées$ mais "ui tiennent
1<2 .ri!2ne$ Homélie '$ in Lé)iti"ue$ no :.
1<: 0 (orinthiens$ 00$ C.
1<< Oomains$ K00$ 1<. M .ri!2ne$ opp#$ tom. 0K ' >omment# in
F"ang# Jean$ 8om. K0$ chapitre AAA00$ AAAK0$ p. 1D1$ 1D:.
7A
Éclaircissement sur les sacrifices
tou1ours au m&me principe. 5 ,’autres )ictimes$ dit#il$ se
rapprochent de celle#làW 1e )eux parler des !énéreux
mart%rs "ui ont aussi donné leur san! ' mais oV est le
sage pour comprendre ces mer"eilles + et ui a de
l!intelligence pour les pénétrer
1<D
L 0l faut des recherches
profondes pour se former une idée$ m&me tr2s imparfaite$
de la loi en )ertu de la"uelle ces sortes de )ictimes
purifient ceux pour "ui elles sont offertes
1<C
W Tn )ain
simulacre de cruauté )oudrait s’attacher à l’btre au"uel
on les offre pour le salut des hommes ' mais un esprit
éle)é et )i!oureux sait repousser les ob1ections "u’on
él2)e contre la /ro)idence$ sans e?poser néanmoins les
derniers secrets
1<F
* car les 1u!ements de ,ieu sont bien
profonds ' il est bien difficile de les expli"uer ' et nombre
d’6mes faibles % ont trou)é une occasion de chute * mais
enfin comme il passe pour constant parmi les nations
"u’un !rand nombre d’hommes se sont li)rés
)olontairement à la mort pour le salut commun$ dans les
cas$ par exemple$ d’épidémies pestilentielles
1<8
$ et "ue
1<D .sée$ A0K$ 1H.
1<C @es mart2rs administrent la rémission des péchés + leur
mart2re, : l!e?emple de celui de Jésus->hrist, est un baptême oV
les péchés de plusieurs sont e?piés + et nous pou"ons en uelue
sorte être rachetés par le sang précieu? des mart2rs comme
par le sang précieu? de Jésus->hrist# =Bossuet$ Médit# pour le
temps du )ubilé$ cin"ui2me point ' d’apr2s ce m&me .ri!2ne
dans l’F?hortation au mart2re.>
1<F Οσ απο ρρετοτερον οντον και υπερ αντροπινεν πηυσιν. ’ ='bid.>
1<8 Ui l’on parcourt l’échelle de l’esprit humain$ depuis .ri!2ne
1us"u’à La [ontaine$ on )erra combien ces idées sont naturelles à
l’homme.
7B
Joseph de Maistre
l’efficacité de ces dé)ouements a été reconnue sur la foi
m&me des Écritures par ce fid2le (lément$ à "ui saint
/aul a rendu un si beau témoi!na!e =/hilippiens$ 0K$ 1:>$
il faut "ue celui "ui serait tenté de blasphémer des
m%st2res "ui passent la portée ordinaire de l’esprit
humain$ se détermine à reconnaGtre dans les mart%rs
"uel"ue chose de différemment semblableW 7
5 (elui "ui tueW un animal )enimeuxW a bien mérité
sans doute de tous ceux aux"uels cette b&te aurait pu
nuire si elle n’a)ait pas été tuéeW ' cro%ons "u’il arri)e
"uel"ue chose de semblable par la mort des tr2s saints
mart%rsW ' "u’elle détruit des puissances malfaisantesW$
et "u’elle procure à un !rand nombre d’hommes des
secours mer)eilleux$ en )ertu d’une certaine force "ui ne
peut &tre nommée
1<@
. 7
Les deux rédemptions ne diff2rent donc point en
nature$ mais seulement en excellence et en résultats$
sui)ant le mérite et la puissance des a!ents. Je rappellerai
à cet é!ard ce "ui a été dit dans les Fntretiens$ au su1et de
l’intelli!ence di)ine et de l’intelli!ence humaine. Elles ne
peu)ent différer "ue comme des fi!ures semblables "ui
sont tou1ours telles$ "uelles "ue soient leurs différences
de dimension.
(ontemplons en finissant la plus belle des analo!ies.
L’homme coupable ne pou)ait &tre absous "ue par le san!
des )ictimes * ce san! étant donc le lien de la
L’histoire nous apprend "u’en de tels accidents
.n fait de pareils dé)ouements.
=(nimau? malades de la peste.>
1<@ .ri!2ne$ ubi sup#
=D
Éclaircissement sur les sacrifices
réconciliation$ l’erreur anti"ue s’était ima!iné "ue les
dieu? accourraient partout oP le san! coulait sur les
autels
1DH
' ce "ue nos premiers docteurs m&me ne
refusaient point de croire en cro%ant à leur tour ue les
anges accourraient partout oV coulait le "éritable sang
de la "éritable "ictime
1D1
.
/ar une suite des m&mes idées sur la nature et
l’efficacité des sacrifices$ les anciens )o%aient encore
"uel"ue chose de m%stérieux dans la communion du
corps et du sang des "ictimes. Elle emportait$ sui)ant
eux$ le complément du sacrifice et celui de l’unité
reli!ieuse ' en sorte "ue$ pendant lon!temps$ les
(hrétiens refus2rent de !o;ter aux )iandes immolées$ de
peur de communier
1D2
.
Mais cette idée uni)erselle de la >ommunion par le
sang$ "uoi"ue )iciée dans son application$ était
néanmoins 1uste et prophéti"ue dans sa racine$ tout
comme celle dont elle déri)ait.
1DH /orph%re$ de (nst#$ li)re 00$ dans la /ém# é"ang# de Leland$ tom.
0$ ch. K$ ?F. Uaint u!ustin$ @a >ité de /ieu$ A$ 11. .ri!2ne$
>ontre >else$ li)re 000.
1D1 (hr%sostome$ Homélie 000$ in Fp# ad Fphes#$ orat. de Iat. (hr. '
Homélie 000$ de 'ncomp# 5at# dei# M /erpét de la foi$ etc.$ in#<S$ t.
0$ li) 00$ chap. K00$ no 1. 8ous ces docteurs ont parlé de la réalité
du sacrifice$ mais nul d’eux plus réellement "ue saint u!ustin
lors"u’il dit * ue le Juif, con"erti au >hristianisme, bu"ait le
même sang u!il a"ait "ersé =sur le (al)aire>. u!ustin$ Sermon$
LAAK00.
1D2 >ar tous ceu? ui participent : une même "ictime sont un
même corps# =0 (orinthiens$ A$ 1F.>
=C
Joseph de Maistre
0l est entré dans les incompréhensibles desseins de
l’amour tout#puissant de perpétuer 1us"u’à la fin du
monde$ et par des mo%ens bien au#dessus de notre faible
intelli!ence$ ce m&me sacrifice$ matériellement offert une
seule fois pour le salut du !enre humain. @a chair a%ant
séparé l’homme du ciel$ ,ieu s’était re)&tu de la chair
pour s’unir à l’homme par ce "ui l’en séparait * mais
c’était encore trop peu pour une immense bonté
atta"uant une immense dé!radation. (ette chair di)inisée
et perpétuellement immolée est présentée à l’homme
sous la forme extérieure de sa nourriture pri)ilé!iée ' et
celui ui refusera d!en manger ne "i"ra point
1D:
. (omme
la parole$ "ui n’est dans l’ordre matériel "u’une suite
d’ondulations circulaires excitées dans l’air$ et semblable
dans tous les plans ima!inables à celles "ue nous
aperce)ons sur la surface de l’eau frappée dans un point '
comme cette parole$ dis#1e$ arri)e cependant dans toute
sa m%stérieuse inté!rité$ à toute oreille touchée dans tout
point du fluide a!ité$ de m&me l’essence corporelle
1D<
de
celui "ui s’appelle parole$ ra%onnant du centre de la
8oute#/uissance$ "ui est partout$ entre toute enti2re dans
cha"ue bouche$ et se multiplie à l’infini sans se di)iser.
/lus rapide "ue l’éclair$ plus actif "ue la foudre$ le san!
théandriue pén2tre les entrailles coupables pour en
dé)orer les souillures
1DD
. 0l arri)e 1us"u’aux confins
1D: Jean$ K0$ :<.
1D< Σοµα αγιον τι. =.ri!2ne$ >ontre >else$ li)re K000$ no. ::$ cité
dans la Perpét# de la foi$ in#<S$ tom. 00$ li). K00$ ch. 0.>
1DD (dhaereat "isceribus meis, ut in me non remanent scelerum
macula# =Litur!ie de la messe.>
=M
Éclaircissement sur les sacrifices
inconnus de ces deux puissances irréconciliablement
unies
1DC
oP les élans du c3ur
1DF
heurtent l’intelli!ence et la
troublent. /ar une )éritable affinité di)ine$ il s’empare
des éléments de l’homme et les transforme sans les
détruire. 5 .n a droit de s’étonner$ sans doute$ "ue
l’homme puisse s’éle)er 1us"u’à ,ieu * mais )oici bien un
autre prodi!e V c’est ,ieu "ui descend 1us"u’à l’homme.
(e n’est point asse- * pour appartenir de plus pr2s à sa
créature chérie$ il entre dans l!homme$ et tout 1uste est un
temple habité par la ,i)inité
1D8
. 7 (’est une mer)eille
inconce)able$ sans doute$ mais en m&me temps
infiniment plausible$ "ui satisfait la raison en l’écrasant.
0l n’% a pas dans tout le monde spirituel une plus
ma!nifi"ue analo!ie$ une proportion plus frappante
d’intentions et de mo%ens$ d’effet et de cause$ de mal et de
rem2des. 0l n’% a rien "ui démontre d’une mani2re plus
di!ne de ,ieu ce "ue le !enre humain a tou1ours confessé$
m&me a)ant "u’on ne le lui e;t appris * sa dé!radation
1DC 4sue ad di"isionem animae et spiritus# =ÉpGtre aux Eébreux$
0K$ 12.>
1DF 'ntentiones cordis# =0bid.>
1D8 Miraris homines ad /eus ire J /eus ad homines "enit + imo
Wuod proprius estX '5 H<M'5FS .F5'*# =Uén2"ue$ Fpist#$
LAA0K.> 'n unououe "irorum bonorum W;4'S /F4S
'5>F6*4M FS*X habitat /eus# =0d.$ Fpist#, AL0.>
Beau mou)ement de l’instinct humain$ "ui cherchait ce "ue la foi
poss2de V
0I8TU (EO0U8TU 0IEU8 E8 0I.BUEOKB0LE ITMEI.
=Kida$ H2mn# in Fuchar.>
JT0U ,ETU (EO8TM EU8.
=3
Joseph de Maistre
radicale$ la ré)ersibilité des mérites de l’innocence pa%ant
pour le coupable$ et LE ULT8 /O LE UIR.
=$