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REVUE

TRANSYLVANIE

DE

TOME X i(

Nos. 3-4

SIBIU, ROUMANIE

1945

www.dacoromanica.ro

X-me Année

Nos. 3-4

REVUE DE TRANSYLVANIE

PUBLIÉE PAR LE CENTRE D'ETUDES ET DE RECHERCHES

CONCERNANT LA TRANSYLVANIE, EN COLLABORATION

AVEC l'ASTRA, ASSOCIATION LITTERAIRE ET SCIENTIFIQUE

D1RECTEUR :

SILVIU DRAGOM1R

Professeur ä PUniversité de Cluj

Membre de l'Aeadémle Roumalne

RADACTEUR EN CHEF :

GEORGES SOFRONIE

Professeur

it

l'Unlveraité de Cluj

SOMMAIRE

SOFRONIE GEORGES: L'Acte de Vienne (du 30 aoilt 1940) 4 Diktat é,

non pas s Sentence arbitrale é

3

SERGESCO PIERRE: L'Université de Cluj et ses relations avec l'é-

tranger

33

DRAGANU TUDOR: Les decisions d'Alba-lulia et leur interprétation

par les minorités nationales de Roumanie

52

BRÂDEANU A. SALVATOR: Essai de synthése sur les luttes des Rou-

mains pour la terre transylvaine

CHRONIQUE

74

TITUS A. CRI*AN: La Roumaine de nouveau aux côtés de ses Alliés

naturels

CIULEI G.: D. Bojinca

BOITO* O.: Éloge de l'Occident fait, il y a cent ans, par un Roumain

de Transylvanie

COMPTES-RENDUS

,

106

114

125

BRÄTIANU G. I.: Le probléme de la continuité daco-roumaine I. (M. P

Dan)

140

DRAGOMIR S.: Etudes et documents relatifs é la Révolution des

Roumains de Transylvanie en 1848-1849 (Al. Filipafco)

PRODAN D.: La Théorie de l'immigration des Roumains des Princi-

.

.

153

pautés roumains enTransylvanieauXVIII-me siècle (Al.Filipafco)

169

MANUILÁ SABIN: Les conséquences démographo-politiques du partage

de la Transylvanie (M. P. Dan)

180

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REVUE

TRANSYLVANIEDE

PUBLIÉE PAR LE CENTRE D'ETUDES ET DE RECHERCHES

CONCERNANT LA TRANSYLVANIE, EN COLLABORATION

AVEC l'ASTRA, ASSOCIATION L1TTERAIRE ET SCIENTIFIQUE

DIRECTEUR:

S. DRAGOMIR

PROFESSECIR A L'UNIVERSITE DE

CLUJ, MEMBRE DE L'ACADEMIE ROLIMAINE

REDACTEUR EN CHEF :

G. SOFRONIE

PROFESSEUR A L'UNIVERSITE DE

CLUJ

TOME X Nos. 3-4 * JUILLET-DECEMBRE 1944

SIBIU

ROUMANIE

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AOIDT 1940) « DIKTAT »,

NON PAS « SENTENCE ARBITRALE »

Par la décision de Vienne, imposée â la Roumanie le 30 août

1940, la Transylvanie roumaine - ce « berceau du peuple roumain

o

ainsi que la définissait â juste titre le Prof. Jacques Ancel - fut

déchirée en deux trongons. On a marqué ainsi douloureusement dans

les réalités roumaines le renversement, privé de toute légitimité

juridique et historique, de l'une des frontières les plus « justes

qui aient jamais été créées par l'adoption, dans les relations inter-

nationales, de principes progressifs de Droit des Gens. En ce jour,

tragique pour toute la communauté roumaine, l'on a ignoré non

seulement les bases variées, de nature historique, ethnique, géo-

graphique ou économique, en vertu desquelles la Transylvanie de- vait, si nous n'avions pas été dominés par des circonstances impla-

cables, appartenir depuis toujours â l'unité politique de la nation

roumaine. Mais, par ce partage illogique de la Transylvanie - qui

« contredit du reste toute logique historique » (S. Dragomir) - l'on

a également gravement violé certains principes objectifs du Droit

des Gens dont le triomphe, réalisé vingt ans plus tôt

â 'la fin de

la « guerre des nationalités » - ainsi que l'on a justement dénomme

la guerre mondiale de 1914/18 - avait tendu â soustraire les rela-

tions internationales â l'empire de la force, pour les subordonner au

régne du Droit ». Et ces principes progressistes dont la formule

plastique et la popularisation générale nous étaient venues vers

la fin de la guerre mondiale, d'au-delà de l'Océan par « l'idéologie

wilsonienne », mais dont l'origine est trs éloignée dans le temps

et jaillit des réalités européennes si agitées, s'appellent: le principe

des nationalités et le droit de libre détermination. En effet, en vertu

du principe des nationalités qui commande que «Ui o est une

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4

GEOR GES SOFRONIE

nation, doit étre aussi un État » (R. Johannet) et que (( la nation,

par son aire d'expansion territoriale représente la formule vivante

de la frontiere », - la Transylvanie était en droit de s'encadrer

dans l'unité roumaine, par le benefice de la forme passive (B. La-

vergne) de ce bienfaisant principe; tout comme l'État roumain

avait, â son tour, un droit de revendication sur le territoire transyl-

vain (( foyer du roumanisme » et ses populations, qui ne se trou-

vaient sous une étouffante domination étrangère que par le jeu,

défavorable par le passé, des événements internationaux. D'autre

part, la libre détermination de la Transylvanie a trouvé une mani-

festation impressionnante et unanime - en dehors des manifesta-

tions du (( plebiscite de tous les jours » - dans l'historique Assem-

blée d'Alba-Iulia (du 1-er décembre 1918), qui revét, â la lumière

du Droit international, le caractère d'un veritable 4 plébiscite spon-

land », c'est-à-dire non prescrit par un acte juridique international,

mais qui acquiert, précisément par là, une valeur juridique et une

signification morale accrues. Ainsi, si ultérieurement, le 4 juin 1920,

le Traité de Trianon est venu consacrer l'integration de la Transyl-

vanie dans l'unité roumaine,-lui appliquant le sceau du définitif,-

cet acte juridique international qui approche tant de l'idée de justice

due aux nations, accordait cette consecration en parfaite connais-

sance de cause, de la part de ses auteurs, qu'à la base de l' Union

de la Transylvanie, se trouvaient le fondement de droit le plus puis-

sant et le titre juridique le moins douteux, legitimant l'existence de

l'Etat moderne et sa continuité dans le temps: la volonté collective

des populations majoritaires. Or, ce facteur - sacré â la lumière

des principes de Droit international contemporain -a été totale-

ment ignore par la decision de Vienne du 30 aoilt 1940, dans ce cas

de la Transylvanie roumaine. Car, loin d'accorder une valeur quel- conque â ce sens de la ((volonté collective » des populations de la

Transylvanie septentrionale, ii leur fut prescrit de passer d'une souveraineté â l'autre - et sous une souveraineté qui leut était

odieuse par tout ce qu'elle rappelait d'un passé d'oppression - en

réactualisant, en plein XX-e sicle, la formule de Pothier synthé-

tisant .a longue pratique d'un passé eloigné en matière de transfert

de souveraineté territoriale, lorsque « les populations passaient d'un

souverain â l'autre, comme des troupeaux d'animaux passaient d'un maître â l'autre ». Et le principe des nationalités fut égale-

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AOCT 1940)

5

ment gravement violé par la transformation de la IIongrie en un État hétérogène, oppresseur de nationalités comme par un passé

éloigné, alors que le Traité de Trianon avait fait de ce pays un

<(État

national», en le ramenant dans ses

limites

territoriales

logiques.

Mais, si la décision de Vienne du 30 acilt 1940, contrevient de

la sorte A des idées-forces, devenues autrefois -à l'époque de l'éla-

boration des Traités de paix de 1919/20 - des principes juridiques

internationaux, directeurs en matire de détermination des fron-

tières ; si elle apparaît ensuite, des le premier moment, à toute

re3herche impartiale, comme faisant partie de cette catégorie d'actes

poursuivant avant tout le renversement du # Système de Ver-

sailles », - dont le Traité de Trianon faisait organiquement partie, -

cette décision correspond-elle au moins à la dénomination que lui

ont attribuée ses auteurs: sentence arbitrale de Vienne?

Cette question n'est pas d'importance secondaire car si, en réa-

lité, nous nous trouvions devant une sentence arbitrale, cela signi-

fierait que nous nous trouvons dans le domaine du Droit interna-

tional - non pa's de la politique internationale qui, en pratique,

est souvent hostile aux principes du Droit des Gens ou en antago-

nisme avec ceux-ci - et en présence d'une procédure pacifique

créa trice d'effets juridiques précis dans le domaine international ;

effets obligatoires pour les États litigants, qui ont confié leur litige

a des arbitres. C'est-i-dire en présence d'une procédure de rgle-

mentation pacifique des conflits entre gtats, qui demeure l'une

des plus précieuses conquétes enregistrées au cours de revolution

si la deci-

sion de Vienne était loin de presenter les caractères généralement

exigés d'un arbitrage international, et si la dénomination de << sen-

tence arbitrale » ne pouvait ôtre attribuée qu'à l'aspiration de ses

auteurs de couvrir, fut-ce méme formellement, une grave responsa-

bilité internationale, assumée A ce moment, il est certain que cette

décision ne pourrait étre considérée que comme instituant unique-

ment un état de fait que toute la nation roumaine a souhaité n'étre

que passager, - état de fait qui a été heureusement annulé par

l'art. 19 de l'armistice du 12 septembre 1944, intervenu entre la Roumanie et les Nations Unies, - et sans pouvoir créer une situa- tion de Droit. Or, la question étant ainsi posée, apparaît aussi la

multiséculaire de la Communauté internationale. Mais

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.

6

GEORGES SOFRONIE

nécessité d'expliquer ce qu'est cette institution du Droit des Gens :

P arbitrage international. Qu'est donc l'arbitrage international, quels

sont ses elements constitutifs, quelle est la valeur juridique d'une

sentence arbitrale, quels sont ses effets?

*

*

*

La réponse à cette question améne dés le début l'investigateur

A observer que la vie internationale a été et demeure caracterisée

par la fréquence des conflits entre les États, en depit de ses aspi-

rations A l' organisation et a la consolidation du règne du Droit dans

les rapports entre ses Membres. Ce phénomène est parfaitement

explicab e, puisque les conflits sont de l'essence de la vie humaine

- nous les rencontrons méme entre les membres du corps social

organise dans la vie de l'État - et done davantage encore entre

ces agrégats huma ns, organises politiquement et juridiquement et

qui sont bien plus difficiles A soumettre A des rgles communes, vu

qu'ils sont souverains, que sont les États. Et les conflits interna-

tionaux peuvent naître de causes multiples et fort variées, bien

qu'en son temps Montesquieu émettait l'opinion, dans ses <( Lettres

Persanes » que # de peuple à peuple

les sujets de désaccords sont

clairs et faciles a determiner ». Il n'en reste pas moins que l'on pour-

rait affirmer, A la suite d'une observation attentive, que ces con-

flits internationaux se présentaient soit comme l'expression d'une

protection et d'une garantie insuffisantes des droits des États par

la norme juridique internationale, soit comme la manifestation,

dans les réalités internationales, du # dynamisme international #,

soit comme une consequence de la violation ou de l'ignorance des

intéréts d'un État par un autre État. Mais nous serions incomplets

si nous ne faisions pas remarquer qu'à l'origine de nombreux con-

flits séparant, A un moment donne, deux ou plusieurs États, se

dessine l'aspiration d'un ou de plusieurs d'entre eux, d'instaurer

une hégémonie, un impérialisme politique ou économique. Et qui

donc pourrait ignorer encore que tant de conflits internationaux

ont été alimentés par la politique annexioniste de certains États,

politique souvent privée de toute légitimité dans ses revendica-

tions ? Ce genre de conflits est d'autant plus frequent qu'au cours

de l'évolution de l'humanité, la conception selon laquelle la force

et la position internationale d'un État sont en fonction de son étendue

territoriale, fut souvent dominante.

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AOOT 1940)

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Quoiqu'il en soit, quelles que soient les causes génératrices de

conflits internationaux, on a tenté de les grouper et l'on admet

généralement aujourd'hui - en dépit de l'interpénétration qui pour-

rait exister entre eux - que l'on peut parler de conflits politiques

et de conflits juridiques. Les conflits juridiques seraient ces (< con-

testations entre Etats, susceptibles de réglementation juridique, par

l'application des régles de Droit international, claires et reconnues *,

- selon la caractérisation du Prof. H. Lauterpacht, - c'est-à-dire,

en pratique, précisément ces conflits où l'objet du litige se réfère

A des questions n'affectant pas les intéréts vitaux des Etats, ou leur

indépendance extérieure, ou leur souveraineté intérieure, ou leur

intégrité territoriale, ou leur honneur, ou un autre intérèt habi-

tuellement contenu dans les clauses dites « restrictives » des con- ventions d'arbitrage. Mais ceux-ci surtout - comme aussi les con-

flits qui ne pourraient trouver leur réglementation par l'application

exclusive de la norme de Droit - se situeraient dans la catégorie

des conflits politiques. C'est dans ce sens du reste que la Decision

Nr. 2 de la Cour Permanente de Justice Internationale, relative

l'Affaire de la concession Mavromatis #, en Palestine, établit la dis-

tinction entre les conflits juridiques (clénommés litiges d'aprés cer-

tains auteurs) et les conflits non-juridiques (c'est-à-dire politiques

-0

et qu'une partie de la doctrine dénomme difiérends), en ces termes

qui définissent l'essence mème des conflits juridiques: «

un con-

flit juridique est un désaccord, sur un point de droit ou de fait,

une contradiction, une opposition de thèses juridiques ou d'intérèts,

entre deux personnes *; tout ce qui demeure en dehors de cette

limite, appartient A la catégorie des conflits non-juridiques, c'est-A-

-dire politiques. Et en dépit de la controverse qui a existé et dure

encore dans la doctrine - on a parlé mème d'une <( dispute entre

le juridique et le politique - malgré la tendance qui se dessine

o

parmi les auteurs de Droit international et qui est d'avis que tout

conflit qui sépare deux Etats peut étre considéré comme ayant une

base juridique et est done susceptible de réglementation par Pap-

-plication de la norme de Droit international, mème dans le stade actuel de développement de cette discipline juridique, la division

bipartite classique des conflits internationaux n'en demeure pas

moins profondément enracinée, surtout dans la conscience des Gou-

vernants, et elle est fréquemment invoquée dans la pratique des

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GEORGES SOFRONIE

relations internationales. Ceci est du reste parfaitement explicable-

vu que les ttats, souvent jaloux de leur souperaineté - cette

li-

berté d'action dans le domaine international, dans les limites fixées

par le Droit des Gens > (J. Barthelemy) - entendent conserver.

cette liberté d'action tout au moins pour la réglementation de cer-

tains conflits pouvant les séparer, notamment ceux qui les inté-

ressent dans une mesure vitale, et qui sont précisément les conflits

dits politiques. C'est pourquoi, par delà la controverse existant dans.

la doctrine, on pourrait retenir, pour le stade actuel d'évolution

de la Communaute internationale que - ainsi que le precise le

Prof. Gabriele Salvioli -« le conflit politique représente un concept

oppose â celui de conflit juridique, et â ceux qui voudraient établir une distinction entre le conflit politique et le conflit non-juridique,

j'opposerai la constatation que ces deux expressions traduisent un seul et méme concept >>. D'autre part, la distinction entre la con-

troverse juridique et la controverse politique «est en fonction de

la distinction entre les régles prises comme base pour la solution de la controverse. Si ces rgles sont des rgles de Droit, nous nous.

trouvons en presence d'une controverse juridique ; sinon nous de-

vrons parler d'une controverse politique

*

*

*

e.

Il est certain que, dans la pratique de la vie des États, le régle-

ment des conflits internationaux a &Le pendant trs longtemps

considérée par l'État, comme une affaire lui appartenant enti-

rement, et le recours â la violence illimitée, c'est-à-dire a la guerre,

fut considéré comme la voie la plus adequate â ce but. C'est du

reste d'ici que résulte la these - si profondément fixée dans la doc-

trine et la pratique internationales - de la légitimite de la guerre. Elle a été dominante pendant des siècles, dans une telle mesure,.

qu'un auteur américain (David Hunter Miller), synthétisant ce

phénomène jusqu'au moment de l'institution de la Societe des Na-

tions (par le Pacte du 28 juin 1919), a pu dire que les États enten-

daient recourir â la guerre 4 pour un bon motif, pour un mauvais

motif ou sans aucun motif D. Le droit de l'État de declarer la guerre

comme moyen de réglementation des conflits internationaux, ap-

paraît done comnie illimité et incontrôlable, comme la materiali

sation et la consequence juridique de la souveraineté de l'État, avec

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AOT 1940)

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lequel <i1 se confond bien souvent » (Th. Ruyssen). Cette fagon de

considérer le droit de l'État de recourir A. la guerre - droit qui ne

fut restreint juridiquement que par le Pacte de la Societe des Na-

tions et, ensuite déchu de sa légitimité d'autrefois par le Pacte

Briand-Kellogg du 27 août 1928 - était évidemment une conse-

quence de l'absence d'une determination suffisante du concept de

« Communaute internationale », comme aussi du mirage qui domi-

nait les États

« superiorem non recognoscentes >>. En effet, si - ainsi

que le fait remarquer le Prof. H. Lauterpacht -« la fonction du

Droit est de réglementer la conduite des hommes en s'en référant

A des rgles dont la source formelle de validité se trouve dans un

precepte impose du dehors, cet aspect formel mais essentiel du Droit

est, dans la Communaute internationale, constamment mis en doute

par la doctrine de la souveraineté internationale des États qui fait

découler la force obligatoire du Droit des Gens de la propre volonté

de chaque membre individuel de cette Communaute *. Or, dans

leur désir de conserver leur liberté d'action, les États ont été cons-

tamment enclins

sous le regime des tentatives expérimentées d'organisation inter-

nationale -â mettre en valeur, selon leur bon plaisir, le droit de

libre iglementation des conflits internationaux. C'est a juste titre

au cours des siècles - et fréquemment méme

qu'un internationaliste repute (N. Politis) constate, en consequence,

qu'en fait « pendant fort longtemps, les États n'ont connu, pour

le réglement de leurs litiges, d'autre regime que celui de la force

brutale

».

*

*

*

Mais il n'en est pas moins vrai que les États ont, trés tôt déja,

ressenti le besoin d'un réglement par la voie pacifique des conflits

qui les separent, ou tout au moins, de certains de ceux-ci. Ce

besoin fut de plus en plus prononce au fur et A mesure que se con-

solidait et s'évidentiait le concept de « l'interdépendance des États ».

Il en est resulté un développement, par la voie coutumire ou con-

ventionnelle, de certaines rgles relatives aux procédures pacifiques.

Aprés une longue evolution et experimentation, elles furent con-

crétisées et rendues positives par la « Convention pour le rglement

pacifique des conflits internationaux » - actuellement encore en

vigueur - signée A La Haye, le 29 juillet 1899, developpée et amé-

liorée A la II-e Conference de la Paix de La Haye, dans la Conven-

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GEORGES SOFRONIE

tion du 18 octobre 1907. Fruit de ces deux Conférences de Paix de La Haye, cette (< Convention », justement célèbre, part de l'idée

fondamentale que le problme de la

raréfaction

et méme de la

suppression de la guerre, comme instrument de rglement des con- flits entre les États, implique en effet la création d'obstacles sur la

voie de son déclenchement. Or, la mise a la disposition des États

litigants d'un ensemble de procédures pacifiques a été considérée

-â juste titre - comme correspondant â ce but d'importance

primordiale.

Mais il est intéressant de noter que- étant donné le moment

o cette Convention fondamentale de La Haye était élaborée - le

dogme de la souveraineté des États, fréquemment conti sous son

aspect absolu, était si profondément enraciné que les auteurs de

l'Acte de La Haye n'ont pu aller jusqu'a l'affirmation du caractère

obligatoire des procédures pacifiques. Ils leur ont attribué un carac-

tre seulement facultatif,

les recommandant aux États comme

u utiles et désirables » et « tant que les circonstances le permettront ».

Ce qui signifie, dans le domaine du Droit des Gens, que les États conservaient leur entière liberté d'action en cette délicate matière

de règlementation des conflits internationaux, pouvant donc, dans

ce but, avoir recours â la guerre ou faire appel â l'une des procé-

dures pacifiques. Ce n'est qu'ultérieurement, par le Pacte de la

Société des Nations, qu'un pas en avant fut enregistré dans ce do-

maine. Car, pour la première fois - dans un régime international

de rationalisation du concept de

u souveraineté *, avec suppression

de ses manifestations exagérées -3st instituée l'obligation juri-

dique pour les gtats Membres d'avoir recours a l'une des trois voies

pacifiques:

judiciare,

arbitrale ou celle de l'examen-enquéte du

Conseil (cf. art. 12, 13 et 15 du Pacte) ;

le droit de libre choix des

États ne se manifestait que par la liberté qu'ils avaient de recourir

a l'une ou â l'autre de ces procédures, ce qui fut dénommé l' alter-

native obligatoire. Il en résulte aussi une limitation du droit de

recourir a la guerre qui revét un caractère de légitimité lorsqu'elle

se fait sous observation des procédures de pacification

inscrites

dans le Pacte, ou d'illégitimité lorsqu'elle est déclenchée au mépris

des prévisions pacificatrices du Pacte.

Et si nous nous arrétons un instant sur l'économie générale de

la Convention de La Haye susmentionnée, nous constaterons l'adop-

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AOOT 1940)

11

tion - en un texte organique de Droit international positif - de ce

groupement bipartite des conflits internationaux. Car la Conven-

tion de La Haye, tenant compte de la longue pratique en la matire,

donne la rglementation de procedures diplomatiques et d'autres

de nature juridique. Et si la solution des conflits politiques revient,

avec plus de succès, - dans la conception des plénipotentiaires

réunis aux deux Conferences de Paix - aux premières d'entre elles,

les procedures juridiques sont considérées comme plus adéquates

au réglement « des litiges * entre les Etats, done des conflits jur -

cliques.

Ceci étant - et accentuant sur l'idée que dans la pratique ce

groupement des modes de solution pacifique des conflits interna-

tionaux est en effet loin de constituer une innovation, vu «qu'il

est tout aussi ancien que l'humanité elle-meme * (S. Séfériadés) -

nous observons que parmi les procedures diplomatiques (ou poli-

tiques) se situent les négociations diplomatiques (ces « colloquia * de

Hugo Grotius), les Congrès et Conférences, les bons offices, la mé-

diation, la conciliation et meme les Commissions internationales d'en-

quéte ; sous le regime de la Societe des Nations vint s'y ajouter

l'intervention, A l'occasion d'un conflit international, du Conseil ou

de l'Assemblée de la Societe des Nations. Et observons aussi que,

dans l'ordre des procedures juridiques, se situe l'arbitrage qui, dans

acception large de ce mot, implique la solution des conflits inter-

nationaux tant par des arbitres élus « ad hoc *, que par la Cour

permanente de Justice Internationa'e de La Haye.

*

*

*

Mais si nous connaissons maintenant la position de l'arbitrage

international dans le cadre general des procedures pacifiques, si

nous avons établi qu'il est, par excellence, le moyen juridique mis

A la disposition des Etats dans le noble but d'une rglernentation

pacifique des conflits internationaux, nous devons retenir cette

remarque du Prof. Eugene Borel que -A la lumière de son dé-

veloppement et de sa pratique -« l'arbitrage est tout aussi vieux

que le monde et que, spécialement entre les Etats, il a été heureu-

sement considéré et pratiqué comme un moyen opportun de régle-

mentation des différends que les Parties litigantes ne voulaient

pas laisser sans solution, tout en préférant ne pas recourir A la

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12

GEORGES SOFRONIE

force *. Et si nous voulons en entreprendre un bref examen, retour-

nons à cette méme Convention de La Haye qui ne nous donne pas

seulement sa definition, mais aussi les bases juridiques sur lesquelles

il s'appuie. En effet, d'aprs la « Convention pour le réglement

pacifique des conflits internationaux » - art. 15 de la Convent' on

de 1899 et art. 37 de la Convention de 1907 -« l'arbitrage inter-

national a pour objet le réglement des litiges entre les États par

des juges de leur choix et sur la base du respect du Droit». Une defi-

nition claire qui met en evidence la difference qui existe d'une

part entre l'arbitrage et les mcdes diplomatiques (politiques) de réglementation des conflits internationaux et, d'autre part, entre

l'arbitrage et la procedure judiciaire proprement dite. Mais cemme

l'arbitrage peut etre facultutif ou obligatoire (institutionnel, selon la

formule de Lammasch), remarquons que dans la première hypo-

these, le litige qui sépare les deux ttats precede la convention par

laquelle les Parties tombent d'accord de recourir aux arbitres (c'est-à-

dire le comprornis), tandis que dans la seconde hypothése, le litige

suit la convention qui établit l'accord des Parties. Dans ce sens,

la Convention de La IIaye (art. 39 du texte de 1907) precise: « La

convention d'arbitrage est conclue pour des contestations déjà nées

ou pour des contestations éventuelles. Elle peut concerner tout

litige ou seulement les litiges d'une catégorie déterminée ». En effet,

par la volonté souveraine des Parties, tout litige est susceptible

de réglementation par la voie arbitrale tout comme, inversement,

si les ttats sont d'accord ils peuvent soumettre tout conflit - non

seulement ceux de nature politique - aux procedures diplornatiques

de réglementation pacifique. E n'en reste pas moins que cette méme

Convention de La Haye (art. 38 du texte de 1907), indique la voie

arbitrale comme étant plus adequate pour les conflits juridiques :

« Dans les questions d'ordre juridique, et en premier lieu, dans les

questions d'interprétation ou d'application des Conventions inter-

nationales, l'arbitrage est reconnu par les Puissances Contractantes

comme le moyen le plus efficace et, en meme temps, le plus équi-

table, de régler les litiges qui n'ont pas été résolus par les voies

diplomatiques. En consequence, il serait desirable, que dans les

litiges sur les questions susmentionnées, les Puissances Contractantes

eussent, le cas échéant, recours a l'arbitrage, en tant que les cir- constances le permettraient *. Et une formule presque identique

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AC/UT 1940)

13

avec certaines variantes et precisions - est reprise par l'art. 13,

§ 1 et 2, du Pacte de la Societe des Nations gum-A il prescrit que:

4( Les Membres de la Societe conviennent que, s'il s'élève entre eux

an différend susceptible, A leur avis, d'une solution arbitrale ou

judiciaire, et si ce différend ne peut se régler de favon satisfaisante

par la voie diplomatique, la question sera soumise intégralement

A. un règlement arbitral ou judiciaire. Parmi ceux qui sont genera-

lement susceptibles d'une solution arbitrale ou judiciaire, on declare

tels les différends relatifs A l'interprétation d'un traité, a tout point

de Droit international, a la réalité de tout fait qui, s'il était établi, constituerait la rupture d'un engagement international, ou A. l'é-

tendue, ou A la nature de la reparation due pour une telle rupture». Or, a la lumire de ces dispositions de Droit international positif

qui ne font que reproduire et confirmet l'idée et les régles depuis

longtemps admises et reconnues en doctrine et en pratique, l'es-

sence meme de l'arbitrage international ressort clairement: « Le

principe dominant de l'arbitrage, - dit Hammarskyöld, - est en

effet de donner aux Parties toute liberté d'avoir fait recours aux

juges qu'elles-mémes auraient choisis *. Et les definitions doctri-

naires de l'arbitrage international - du reste fort nombreuses -

concordent sur ce point central que cet instrument juridique de

réglementation des conflits internationaux ne peut etre convu qu'en

fonction du consentement libre et préalable des Parties litigantes

de se presenter devant des juges librement choisis par elles et qui

ont pour mission de résoudre le litige qui leur est soumis, par l'ap-

plication de la norme de Droit. Ce n'est que sous le respect de ce

principe de base, que <( le recours a l'arbitrage implique l'engage-

ment de se soumettre de bonne foi a la sentence #, ainsi que l'établit

l'art. 37, § 2 de la Convention de La Haye comme aussi l'art. 13,

§ 4 du Pacte de la Societe des Nations.

Dans ce sens et A juste titre, le Prof. G. Scelle fait remarquer

que <( l'arbitrage est toujours obligatoire, si nous nous référons A la

sentence. Il n'est toutefois jamais obligatoire si nous le considérons

au point de vue du recours A cette procedure. L'arbitrage n'est

obligatoire que lorsque les gouvernants se sont engages d'avance

de recourir aux arbitres dans certains cas déterminés. Mais ils ne s'y

engagent que volontairement, de sorte que le prétendu (( arbitrage obligatoire » est lui-mme facultatif. Ceci pourrait etre plus exac-

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14

GEORGES SOFRONIE

tement dénommé (( engagement d'arbitrage préalable 0 ou (( arbi-

trage préventif » ou encore (( traité d'arbitrage abstrait *, par oppo-

sition au compromis d'arbitrage qui est toujours coneret parce qu'il

connaît déjà et délimite l'objet du litige ». Et cette constatation

demeure une caractérisation valable de l'arbitrage international -

- constituant somme toute sa définition fondamentale - non seu-

lement pour l'époque des Conventions de La Haye de 1899 et 1907

et sous leur empire, quand en effet, la Communauté internationale,

dominée par le dogme de la souveraineté de l'État ne pouvait con-

sidérer la jurisdiction arbitrale que comme une jurisdiction consentie,

dans laquelle les arbitres librement choisis par les Parties, sont ap-

pelés a juger un objet, délimité avec précision et dans les limites de pouvoirs également délimités par les États litigants. Mais elle

conserve également sa validité sous le régime de la Société des Na-

tions - dont le Pacte fait également place a l'arbitrage interna-

tional - comme sous le régime de la Cour Permanente de Justice

Internationale dont la compétence, facultative en principe, ne peut mener a anémier l'arbitrage, en dépit des efforts des auteurs de son

Statut, vers la jurisdiction institutionnelle.

'

C'est pourquoi nous ne pouvons admettre comme fondée cette

définition sommaire dorm& par Ed. Herriot, au cours de la V-e

Assemblée de la Société des Nations, lors des discussions autour

du Protocole de Genve, selon laquelle l'arbitrage international

serait (( tout moyen de résoudre pacifiquement un désaccord inter-

national ». Il y a ici, en effet, une pétition primordiale de principes,

une erreur juridique lourde de conséquences. Car, ainsi que le fait

remarquer un auteur roumain (R. Meitani), ce que l'on a pu établir en matire d'arbitrage, c'est précisément (( le fait qu'il est une insti-

tution se différenciant des moyens politiques connus, par exemple,

la médiation, et qu'il est une procédure dans laquelle il est tenu

compte uniquement du Droit et non pas de politique ou d'intéréts ».

Reconnaissant le bien-fondé de ce point de vue, nous ne pourrions

expliquer, pour notre part, la confusion provoquée par le grand

homme politique français en la matire, que par l'absence d'une

distinction précise entre l'arbitrage concu (( lato sensu 0 et l'arbi-

trage concu (( stricto sensu >>. Or, il est certain que dans l'acception

la plus large du mot, telle que nous l'indique Max Huber, l'arbi-

trage peut étre considéré comme ((toute réglementation définitive

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AOOT 1940)

15

d'un différend, par des personnalités ou des organisations choisies

par les Parties », et sans prise en considération des bases de la sen-

tence. Dans cette conception, l'arbitrage serait caractérisé

-ainsi

que l'a établi aussi la Cour permanente de Justice Internationale,

par son « Avis » Nr. 12, du 31 novembre 1925, dans l'« Affaire Mos-

soul » -« uniquement par la force obligatoire de la déclaration de

volonté faite par un tiers â qui les intéressés se sont confiés». Ainsi,

« lato sensu » comprendrait deux genres d'arbitrages,

l'arbitrage,

fondamentalement différents entre eux, par la base de la sentence:

l'arbitrage politique et l'arbitrage judiciaire. Mais comme le véri-

table arbitrage de Droit international, l'arbitrage

« stricto sensu »

donc, demeure l'arbitrage judiciaire, cet arbitrage qui nous préoc-

cupe, - dont la réglementation est issue d'un droit coutumier, de

longue Tormation et application, et ensuite des Conventions de La

Haye «pour le rglement pacifique des conflits internationaux»,

de 1899 et 1907, - n'est autre chose que l'arbitrage par application

du Droit, avec des arbitres librement choisis par les Parties qui,

librement, sont tombées d'accord pour leur soumettre la controverse

qui les sépare. Et cet arbitrage peut, évidemment, étre exercé par

une personne ou une organisation quelconque, par un tribunal

institué « ad hoc » ou par la Cour permanente de Justice Interna-

tionale. Mais toujours - retenons cette idée de base - les États

sont souverains de se soumettre ou non a des arbitres et sont libres

dans le choix de ceux-ci. Et les arbitres doivent statuer confor-

mément au Droit: « Il est essentiel, - dit James Brown Scott, -

que la décision soit basée sur le respect du Droit car, si le droit

applicable â un cas déterminé est ignoré, non seulement la sentence

prononcée sera vaine, mais le système lui-môme tombe en discrédit *.

*

*

*

Et ainsi l'importance primordiale du cornpromis, de la conven-

tion institutive d'arbitrage international, devient évidente. Car

cette convention est la manifestation et la concrétisation de la libre

volonté des États litigants â opter entre diverses procédures paci-

fiques de nature diplomatique et l'arbitrage, avant le régime de

la Société des Nations, entre tous ces procédés pacifiques et le re-

cours â la guerre ; c'est-a-dire, de soumettre le litige survenu â la réglementation par des arbitres. Mais le compromis - qui apparaît

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16

GEORGES SOFRONIE

de la sorte comme un element essentiel de l'organisation et du fonc-

tionnement de l'arbitrage - entraîne de méme la determination de

l'objet du litige et de ses limites, l'indication de l'endroit où aura

lieu l'arbitrage, la designation des arbitres

et, parfois mame, la

determination de certaines regles dont les arbitres seront lies dans

leur jugement. La conclusion du compromis exprime ainsi un pre-

mier element de solution pacifique du litige et un element impor- tant et démonstratif. Il presume nécessairement la volonté de pre-

férer le maintien des relations pacifiques au triomphe des préten-

tions et a la satisfaction des intérets mis en jeu. Mais il est plus

encore: il lie aussi les arbitres en ce sens qu'ils doivent se conformer

entièrement a ses dispositions formelles ou implicites, au-dela des-

quelles ils n'ont aucune puissance. Et ce principe - precise N. Po-

litis -<( domine toute la matière. Il explique tout le droit arbitral

qui se référe a la réglementation des cinq questions: objet du litige,

choix et pouvoirs des arbitres, procedure, forme, force et execu-

tion de la sentence ». Le définissant, Andre Weiss disait que, par la

convention qu'est le compromis, ,0 l'arbitre fonde son droit de juger

le différend qui lui est soumis *. Le compromis est (( la charte de sa magistrature temporaire, qui fixe le caractère et les limites de

la competence dont il est investi ». Mais quelle est la forme de redaction et quelles sont les condi-

tions de validité du compromis? Nous dirons, en una ample formule,

qu'il doit étre élaboré selon les formes exigées par les dispositions

législatives des gtats, pour les traités internationaux. Car le com-

promis est un traité et il implique, par consequent, l'accomplisse-

ment de toutes les conditions exigées pour la validité d'un traité international, sous le rapport de la capacité des contractants, de

la validité du consentement, de la ratification, etc. Et la question

de l'entière validité du compromis est essentielle, précisément parce

que tout - en matière d'arbitrage - en derive: le recours a l'ar-

bitrage, le choix et les pouvoirs des arbitres, la procedure, la force obligatoire mame de la sentence. Et lorsque le compromis n'existe

pas ou n'est pas valable juridiquement, ceci entraîne la nullité de

toute la procedure arbitrale, le manque de valeur de la sentence

prononcée. <( Pas de compromis, pas d'arbitrage » proclame, a la presque unanimité, la doctrine du Droit international

*

*

*

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AOT 1940)

17

sie

S le compromis demeure par-dessus

tout

la manifestation

l'accord de volonté des ttats litigants de se presenter devant

les arbitres, son rôle est certainement aussi - ainsi que nous l'avons -déjit souligné - de determiner avec precision l'objet du litige et ses

limites. Or, dans cet ordre d'idées, il y a lieu de remarquer que si

les Parties sont d'accord, tout conflit international - de quelque

nature que ce soit - peut être soumis â la réglementation par des

arbitres. Cette these a été formulée autrefois - en novembre 1873 -

par le grand Mancini, devant la Chambre italienne, dans son désir

de faire que le principe de l'arbitrage soit admis le plus possible

et d'en montrer les bienfaits. Et cette même these - adoptée par

un certain nombre de jurisconsultes -a trouvé sa formule dans

la resolution de l'Institut de Droit International (session de Gre-

noble, de 1922), qui precise que:

« Tous les conflits quels que soient

leur caractre et leur origine sont, en régle générale et sous les re-

serves indiquées ici, susceptibles d'une réglementation judiciaire ou

d'une solution arbitra/e » (art. 1-er). Mais il s'agit ici surtout d'une

tendance, d'une note d'idéalisme ou meme d'utopie. Car, si nous

considérons la structure du Droit coutumier arbitral, les Conven-

tions de La Haye et les actes internationaux ultérieurs et, surtout,

sa pratique, nous constaterons que l'arbitrage, étant par definition

un instrument juridique de reglementation des conflits interna-

tionaux grace auquel les arbitres font application du Droit â l'es-

péce qui leur est confiée, il demeure reserve â la solution des con-

flits juridiques. Il faut donc, pour que l'on puisse avoir recours

a

l'arbitrage, que le différend soit susceptible d'être formulé en Droit,

qu'il

soit donc un conflit juridique. Mais comme de nombreux con-

flits entre les États ne peuvent avoir ce caractre, qu'ils sont done

des conflits politiques ; comme certains d'entre eux ne pourraient ktre résolus par la norme juridique, étant donne l'insuffisance, les

lacunes ou même l'inexistence de normes juridiques pour certaines espces ; comme, enfin, certains conflits présentent une importance

trop primordiale pour les ttats pour que leur solution puisse étre

confiée â un tiers, voila, dit la doctrine et

la

pratique le

con-

firme, autant de cas o il serait difficile, impossible ou inopportun,

d'avoir recours â l'arbitrage. D'ici est née cette théorie des «conflits

inarbitrables » parmi lesquels se situent - par une longue pra-

tique - les

questions

dites

« questions réservées »

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(municipales,

2

18

GEORGES SOFRONIE

selon la doctrine américaine), c'est-à-dire les questions litigieuses

qui mettent en jeu l'honneur national ou les intéréts vitaux des Etats.

Et parmi ceux-ci se situent sans conteste aussi ceux concernant

l'intégrité territoriale des États. Car, les soumettre a des arbitres.

signifierait une grave renonciation de la part des États. « Les gou-

vernements, souligne N. Politis, préoccupés de leur existence et -de

leur avenir ne pourraient, sans abdiquer, les soumettre au jugement

d'un tiers ». Et ce n'est pas la une opinion isolée. Au siècle dernier

un internationaliste repute (C. Calvo) souhgnait - dans un méme

sens - que « l'arbitrage peut porter sur n'importe quelle espéce de- désaccord ou de début international, sauf ceux oil l'honneur ou la

dignité d'une nation sont directement en jeu et qui dérivent d'un

sentiment intime, personnel pour ainsi dire, dont un tiers État Re-

pourrait se faire le juge » (1880). En ce qui concerne notre époque

- c'est un grand jurisconsulte (James Brown Scott) qui le cons-

serait difficile

tate -« dans l'état actuel de l'opinion publique, il

d'imaginer qu'un État soumettrait de bon gré, volontairement, a

un tribunal, la question de son indépendance ou de son intégrité ;

et une méme objection semble s'appliquer, bien qu'avec moins de

force, aux questions mettant en jeu l'honneur et les intéréts vitaux »

Et ce probléme des « questions réservées » est tenement important

pour les États qu'il survit aussi au regime de la Societe des Na-

tions dont le Pacte poursuit, dans la limite au maximum compa-

tible avec la reconnaissance du concept de « souveraineté », la con-

solidation des procedures pacifiques pour le rglement des conflits

entre les États. Ceci nous est prouvé par les previsions de l'art. 15,

§ 8 du Pacte, inscrites précisément pour sauvegarder les questions.

dites « questions municipales »: « Si l'une des Parties pretend et si

le Conseil reconnaît que le différend porte sur une question que le

Droit international laisse a la competence exclusive de cette Partie,

le Conseil le constatera dans un rapport, mais sans recommander

aucune solution». Il est certain qu'il existe ici une restriction. Appor-

tant une limitation au droit classique de libre appreciation des

États, l'on a inscrit comme une prerogative en plus du Conseil de

la Societe des Nations, le droit d'établir si la prétention de l'État

intéresse correspond réellement au concept de « question réservée »-

ou s'il ne s'agit que d'une tendance A. éluder la procedure pacifique

du Pacte. Quoiqu'il en soit, nous nous trouvons ainsi en presence

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 ACECT 1940)

'19

d'une delimitation du domaine de l'arbitrage international. Mais il

n'en est pas moins vrai que quelle que soit la valeur scientifique

de la discussion en cette matire, le domaine de l'arbitrage depend

en dernire analyse de cette méme volonté des Parties. Dans la pra-

tique toutefois, les États ne se sont que rarement montrés désireux

-a l'occasion de la determination de l'objet litigieux - de dépasser

un droit qui leur est conféré par la pratique de l'arbitrage et sa

réglementation conventionnelle. Ceci revient a dire qu'ils se sont,

en general, reserve la liberté d'action dans la réglementation des conflits politiques et se sont montrés jaloux de confier a la solu-

tion d'un tiers, la solution de leurs questions g municipales ».

*

*

*

La désignation des arbitres n'est pas non plus une question d'im-

portance secondaire. C'est pourquoi la théorie générale de l'arbi-

trage établit, toujours comme un droit des Parties litigantes, celui

de choisir les arbitres, cette designation devant - dans l'esprit et

selon la lettre de l'acte fondamental en la matière, la Convention

de La Flaye - étre l'expression de ce même accord de volontés.

Par consequent, le compromis est appelé a résoudre ce problème

aussi. Il désigne donc les juges du litige ou, parfoig, établit les mo-

dalités selon lesquelles

seront ultérieurement désignés. L'on

ils

distingue, au point de vue de la designation des arbitres, plu-

sieurs systèmes, dont les plus frequents demeurent toutefois: a) le

systme d'arbitrage par juge unique ; b) le système d'arbitrage par

tribunal, ce dernier fréquemment utilise, spécialement depuis o l'Af-

faire Alabáma » (1872, Tribunal arbitral de Geneve). Il va de soi

que toute personne physique ou tout corps constitué peut rem-

plir la fonction d'arbitre des le moment où il

jouit de la con-

fiance des États litigants: le Pape ou un Souverain, des juriscon-

suites, des diplomates ou des hommes politiques, des Facultés de

Droit ou des Cours de Cassation, etc. Mais comme dans la pratique

il est souvent arrive que les

États n'ont pu tomber d'accord sur

la désignation des arbitres - ce qui a dressé un obstacle dans la

voie du développement de l'arbitrage international - la Conference

de Paix de La Haye, de 1899, a procédé a l'institution de la Cour

Permanente d'arbitrage (qui a été constituée en 1900), (c dans le but

de faciliter le recours immédiat a l'arbitrage pour les différends

2*

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20

GEORGES SOFRONIE

internationaux qui n'ont pu étre résolus par la voie diplomatique

*.

Car cette Cour n'est autre chose qu'une liste d'arbitres dont les

Etats peuvent,

possède un greffe a caractère permanent et un Conseil d'admini-

e cas échéant, constituer le tribunal arbitral ; elle

stration permanent.

Une fois désignés, les arbitres ont pour mission de résoudre,

par l'application de la norme de Droit, le litige qui leur a été soumis,

ceci dans les limites établies par le compromis. Car le compromis

est leur loi.

Il établit leur compétence et leurs attributions. Par

consequent, tout ce que les arbitres statueraient au-dela des pré-

visions du compromis, constitue un motif de nullité de la sentence arbitrale. Si le compromis établit certaines régles pour les arbitres

- ainsi que le fait par exemple le traité de Washington, du 8 mai

1871, dans le cas Alabama, par les Mares 4trois régles de Washing-

ton » - ceci constitue une obligation pour eux. Dans l'hypothése

toutefoi soil le compromis comporterait certaines interprétations, nous estimons - en dépit de la controverse qui existe encore dans

la doctrine - qu'iI ne peut étre douteux que ces interprétations

entrent dans la compétence des arbitres. N. Politis dit a juste titre

que (d'arbitre n'est pas un mandataire, mais un magistrat indé-

pendant et, comme tout magistrat, le juge de l'action est aussi le juge de l'exception ». L'art. 73 de la Convention de La Haye de 1907 precise, dans le méme sens, que <de tribunal est autorisé a

determiner sa compétence, en interprétant le compromis ainsi que

les autres traités qui peuvent étre invoqués dans la matière, et en

appliquant les principes du Droit >>. Enfin, en ce qui coneerne la

procédure à suivre, remarquons - en lignes générales - que les

Parties entendent fréquemment laisser tacitement ou par les pres-

criptions expresses du compromis, une liberté d'action aux arbi-

tres. Mais si elles le veulent, les Parties elles-mémes sont en droit

- cf. art. 51 de la Convention de La Haye de 1907 - de fixer cer- taines régles procédurales. Et ce droit des Parties litigantes est si ample que, par leurs dispositions en la matière, elles peuvent dé-

passer tant les previsions de procédure arbitrale du <4 Réglement »

vote par l'Institut de Droit International, en sa session de La Haye,

de 1875, que celles de la Convention de La Haye (Titre IV, cha-

pitre III). Quoiqu'il en soit, les arbitres sont tenus - bien que la

procédure écrite soit de régle en matire d'arbitrage -A faire tout

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VACTE DE VIENNE (DU 30 AOCIT 1060)

21

ce qui est en leur pouvoir afin que les Parties soient en mesure de

presenter fut-ce méme oralement, tout ce qui pourrait constituer

argument ou documentation a l'appui de leur these. Et ce n'est

qu'aprés un débat attentif, dans l'esprit d'impartialité qui carac-

terise le juge, que les arbitres peuvent prononcer - par l'applica-

tion du Droit a l'espèce - la sentence arbitrale.

*

*

*

Prononcée a l'unanimité ou a la majorité des voix,-avec obliga-

tion pour les arbitres d'avoir assisté A tout les débats (cf. art. 78

de la Convention de La Haye de 1907) et de signer la decision adoptée,

- la sentence arbitrale se trouve investie du moment de son pro-

nonce, des effets d'une decision judiciaire définitive, avec cette

seule difference qu'elle ne comporte pas d'exécution forcée. Ce ca-

ractere de la sentence arbitrale est du reste nature], car l'arbitre

est un juge et non pas un mediateur. C'est pourquoi elle est obliga-

toire pour les Parties car, décidant de recourir a l'arbitrage, les Etats ont pris - par ce fait méme - l'engagement de se soumettre

a la sentence. Mais si le caractère obligatoire de la sentence arbi-

trale est la consequence de l'a.ccord méme des Parties, il n'en reste

pas moins qu'elle ne peut étre consider& comme telle que si elle

est entièrement conforme au compromis. Car, si l'arbitre a dépasse

sa competence et ses pouvoirs, son jugement ne peut lier les Parties,

puisqu'il ne découle pas de leur accord. C'est uniquement dans ce

sens - dit l'art. 81 de la Convention de La Haye de 1907 - que

<( la sentence, valablement prononcée et notifiée aux agents des Par-

ties, decide définitiveinent et sans appel, sur la contestation ».

Mais quel que soit l'accent que la doctrine et la pratique mettent

sur le caractre obligatoire et de dernier ressort de la sentence arbi-

trale et bien que # le recours a l'arbitrage implique l'engagement

de se soumettre de bonne foi 6. la sentence » - ainsi que le proclame

l'art. 37 de la Convention de La Haye de 1907 - il n'en demeure

pas moins qu'elle est frappée de nullité dans certains cas, évidem-

ment determines de fagon precise: g L'excès de pouvoir en Droit

international public a pour sanction la nullité de la sentence arbi-

trale. Les auteurs de Droit international sont unanimes sur ce

point », fait observer un invest' gateur de ce problme (M. Guer-

manoff). Mais il y a plus encore: notons qu'à l'occasion de la pré-

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22

GEORGES SOFRONIE

sentation du # Projet de i èglement relatif au fonctionnement de

l'arbitrage » A l'Institut de Droit International (en

1874), le

Prof.

Goldschmidt ne prévoyait pas moins de onze cas de nullité de la

sentence arbitrale, fondant sa thse sur (des princ.ipes juridiques

acceptés en matière d'arbitrage par les divers pays civilises ». L'Ins-

titut, réduisant le nombre de ces cas, mentionnait A l'art. 27 du

<( Réglement » adopté, qu'en effet la sentence arbitrale est nulle

ic en cas de compromis nul, ou d'excès de pouvoir, ou de corruption

prouvée de l'un des arbitres, ou d'erreur essentielle ». Et cette for-

mule, reconnue comme fondée par la doctrine et invoquée dans la pratique, conserve sa validité aujourd'hui encore, étant donné que, dans les Convent ons de La Haye, l'on n'a pu aboutir A. l'insertion

d'un texte en la matière. En effet, lorsque, devant la première

Conference de 1899, fut présenté le projet russe - qui s'inspirait

de ces débats de l'Institut de Droit International - prévoyant que

(( la sentence arbitrale est nulle en cas de compromis nul, ou d'ex-

cs de pouvoir, ou de corruption évidente des arbitres » (art. 26),

l'on n'a pu aboutir A son adoption formelle A cause des difficultés

A établir l'autorité internationale appelée A résoudre l'incident sou-

levé. Or, dans l'ordre international qui a suivi la guerre mondiale,

cette autorité internationale a fréquemment été reconnue - par

certains traités bilatéraux - dans la Cour permanente de Justice

Internationale de La Haye. Mais ce qui est particulièrement im-

portant, c'est le prirx:pe acquis. Un jurisconsulte réputé comme

E. Borel souligne que <( la doctr:ne et la pratique du Droit interna- tional admettent qu'une sentence arbitrale puisse étre privée d'effet,

A la suite de l'incompétence de l'arbitre ou d'un excès de pouvoir

commis par lui ».

*

*

*

Ayant ainsi étudié l'économie générale de l'arbitrage interna-

tional - comme instrument juridique de réglementation pacifique

des conflits internationaux et notamment surtout des conflits juri-

diques -nous sonunes en mesure de nous prononcer si l'(< A.cte de

Vienne », du 30 aotit 1940, peut étre considéré comme une sentence

arbitrale, ainsi que ses auteurs ont entendu le qualifier.

Or, une observation attentive de ses antécédants, de son objet,

du mode d'établissement de la décision prononcée, montre indubi-

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AOT 1040)

23

tablement que ce n'est qu'en dénaturant la terminologie juridique

consacrée, que l'on pourrait expliquer la dénomination que ses au-

teurs ont entendu donner â cet Acte. En effet, pour pouvoir parler

(Fun arbitrage international, certains éléments constitutifs, certains

principes et certaines régles, que nous avons examinés précédem-

ment, doivent co-exister. Sont-ils présents dans « l'Acte de Vienne » ?

Commençons par remarquer que cet Acte - qui demeurera dans

l'histoire diplomatique comme un document caractéristique de la

.<( négation du Droit et de la justice dus â une nation *, comme un

document violant le droit imprescriptible et inaliénable de la na-

tion roumaine â son unité nationale - ne peut étre, en principe,

considéré comme une sentence arbitrale, parce qu'il ignore totale-

ment le Droit sur lequel peut être édifié et par lequel se légitime

tout « arbitrage international *. Car, quelle est la norme juridique internationale pouvant étre invoquée pour légitimer le partage de

la Transylvanie en deux fractions ; de cette Transylvanie intégrée

dans l'Unité politique roumaine - réalisée en 1918 -lorsqu'un

complexe de facteurs (historique, ethnique, géographique, écono-

mique et juridique), a commandé et légitimé l' Union de la Transyl-

vanie? Une telle norme, coutumière ou &rite, était inexistante.

Loin d'être l'expression du « Droit », l'Acte de Vienne apparaît donc ds le premier moment comme une concrétisation - dans les

réalités roumaines - d'une conception de <( politique internationale»

des Puissances de l'Axe, au centre de laquelle se trouvait le renver-

sement du <(Systme de Versailles», dont le Traité de Trianon faisait

partie intégrante. Comme tel, cet acte peut - dés le début-être

plus justement qualifié comme un acte de punition de la

roumaine. De punition, parce que l'État Roumain, unifié territo-

nation

rialement en 1918, avait eu pour bouclier juridique dans l'ordre international d'aprs-guerre, le droit et la justice, et s'était trouvé

en étroites relations internationales (d'alliance, d'amitié ou de non- agression) avec ces Puissances - soit â « intérêts généraux » soit

a

<cintérêts limités» -qui avaient collaboré dans le cadre de la Société

des Nations au respect, au maintien et â la garantie de l'ordre inter-

national, construit par le 0 Système de Versailles » et autour de lui.

Et si, d'autre part, l'Acte de Vienne apparaît comme un acte de

satisfaction donnée â la Hongrie horthyste, au-delà même des attentes

plus optimistes des hommes politiques hongrois, ceci trouve son

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24

GEORGES SOFRONIE

explication dans le fait que la Hongrie fut le premier État ayant

adhéré a l'Axe aprs sa constitution en octobre 1936, par les Pro-

tocoles de Berchtesgaden, affirmant ainsi une mérne communauté

de tendances et de buts politiques internationaux. Il faut ensuite

observer également, que la Hongrie fut le premier État, Membre de la Société des Nations qui, en 1935, a refusé l'application des

sanctions (cf. art. 16 du Pacte) contre Mahe, qualifiée État agres-

seur. La Hongrie fut la première a quitter la Société des Nations, après l'Allemagne et l'Italie. La Hongrie fut la première a donner '

son adhésion au Pacte Tripartite et ceci non pas par la force, la

terreur ou la trahison, mais de bon gré et avec enthousiasme, parce

qu'elle escomptait les bénéfices territoriaux qui devaient lui ("Are

attribués par la suppression du Traité de Tr.anon. Ceci étant, il

est evident que l'Acte de Vienne représente un moment culminant

dans la satisfaction du revisionnisme magyar et se situe donc comme

un acte de politique internationale, telle que l'entendaient les Puis-

sances de l'Axe, et non pas comme un acte de Droit international.

Et s'il demeure l'expression de la priorité du facteur politique

- étranger aux aspirations et aux droits naturels de la nation rou-

maine - il

se manifeste également comme une prolongation de

cette politique de # dénonciation unilatérale » des traités interna-

tionaux, solennellement condamnée par le Droit international mi.-

derne, au moins depuis le Protocole de Londres du 17 janvier 1871 ;

politique qui avait été inaugurée et élevée au rang de système par

l'Allemagne national-socialiste, a partir de 1935, peu de temps

après l'instauration du nouveau regime politique, enregistrée le 30

janvier 1933.

Mais ces caractères spécifiques de l'Acte de Vienne sont mis

encore plus vivement en lumière lorsque nous constatons que, dé-

crétant le partage territorial de la Transylvanie, la prétendue <( sen-

tence arbitrale » du 30 auk 1940 règlementait un litige territorial,

unilatéralement mis A l'ordre du jour et réactualisé. Car, pour la

Roumanie et pour la conscience roumaine, comme pour la Com-

munauté internationale elle-méme, le

<( problème de la Transyl-

vanie » avait trouvé sa juste solution par l'Acte d'Alba-Iulia du 1-er

décembre 1918, par le Traité de Trianon du 4 juin 1920 (art. 27

et suivants), par le Traité (( additionnel » de protection des mino-

rités du 9 décembre 1919, ainsi que par l'art. 10 du Pacte de la

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VACTE DE VIENNE (DU 20 AOIDT 1940)

25

Societe des Nations. Or, abordant la réglementation d'un problème

que le Droit international abandonne exclusivement a la liberté d'action des Parties intéressées - « Pintégrité territoriale » étant

par definition une « question réservée #, que la longue pratique de

l'arbitrage international a exclue de facon constante de la compe-

tence des arbitres, chaque fois qu'une des Parties n'a pas mani-

festé son assentiment libre et préalable de la leur soumettre - il est evident que l'acte de réglementation, en l'espéce l'Acte de Vienne,

ne peut étre Mini, pour cette raison non plus, une « sentence ar-

bitrale )).

Trouvons-nous ensuite, a la base de l'Acte de Vienne, le con-

sentement librement exprimé et préalable des Parties litigantes de

soumettre le conflit qui les divise a des arbitres, librement désignés par les Parties? En d'autres termes, y trouvons-nous ce compromis,

element essentiel d'un arbitrage international, servant de fonde-

ment a la légitimité d'un jugement arbitral et fixant certaines

rgles aux arbitres et determinant avec precision l'objet litigieux

mème de l'arbitrage presume? Car ce n'est que dans cette hypo-

these, que l'on pourrait prétendre donner la denomination de « sen-

tence arbitrale » a l'Acte de Vienne.

Or, formuler ces questions implique un bref coup d'oeil rétros-

pectif sur les « antecedents diplomatiques » de l'Acte de Vienne.

Et nous devons, des le premier moment, retenir le fait que le litige

territorial roumaino-hongrois - soulevé par les Puissances de l'Axe

pour des considerations de politique internationale, et dans l'in-

térét méme du Reich, - se trouvait soumis aux débats de négo-

ciations directes, en vue de lui trouver une solution, au moment

où fut prise, sans aucune espéce de consentement librement con-

senti et préalable de la Roumanie, l'intiative du prétendu « arbi-

trage de Vienne #.

*

*

*

En effet, il y a lieu de rappeler que le litige roumaino-hongrois

avait été mis a l'ordre du jour lors des conversations d'Obersalzburg (juillet 1940) entre le Führer Adolphe IIitler et le ministre allemand

des Affaires Étrangres d'une part, et MM. Ion Gigurtu, president

du Conseil des Ministres et M. Manoilesco, ministre roumain des

Affaires Étrangères, d'autre part. Ces conversations - au cours

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26

GEORGES SOFRONIE

desquelles il fut question du principe de « l'échange de populations *

et d'une modeste « rectification de frontière » - représentent, du

point de vue du Droit international, un premier acte de pression

diplomatique sur la Roumanie de la part de l'Allemagne national-

socialiste, comme le prélude de l'acte d'intervention ultérieur dans

les affaires de l'État roumain. Comme conséquence, par une fai- blesse condamnable du Gouvernement roumain de cette époque

- qui n'a pas su resister A cette pression

diplomatique

time - se sont produites les « Déclarations » du 1-er aoisit

illégi-

1940,

du ministre roumain des Affaires Etrangères, déclarations qui, ayant

pour but de préparer l'opinion publique, insistaient sur les bienfaits

qui naîtraient pour la consolidation du « criterium ethnique» d'une

concrétisation du principe de # l'échange de population » en Tran-

sylvanie. Les Hongrois répondirent A ces déclarations bienveillantes,

- qui ont douloureusement surpris et inquiété l'opinion publique rou-

maine, - par une note de méme date (1-er aofit 1940), disant que la

question qui sépare la Hongrie de la Roumanie est de « nature

territoriale » et non pas « minoritaire »; c'est-A-dire que la Hongrie

n'attend pas un échange de populations, mais « une cession de

t erritoires ».

Or, tenant compte de cette divergence initiale entre les deux

théses il a été constaté - sous la constante pression des Puissances

de l'Axe - que ce n'était que par des « négociations directes » que

l'on pourrait aboutir A une solution, qui apparaissait A ces Puis-

sances, annoinant avec emphase o un nouvel ordre européen »,

comme une « nécessité impérieuse ». Il est certain que le gouver-

nement roumain aurait été en droit de cesser toute discussion sur

un litige, A la provocation duquel la Roumanie n'avait pris aucune

part. Mais sur ces discussions planait l'écho des conversations d'Ober-

salzburg et le Gouvernement roumain se situait déjà dans la posi-

tion mineure du gouvernement d'un État dont la

dans le domaine international avait enregistré un « capitis demi-

nutio ». C'est ainsi que l'on a abouti A l'initiative de la Conférence

de Turnu-Severin, proposée par le gouvernement roumain - qui

liberté d'action

avait insisté A nouveau sur l'idée de l'échange des populations -

le 6 aoilt et acceptée par le gouvernement hongrois le 11 aofit 1940,

et ceci dans le but de faire examiner par les délégués des deux États,

les « solutions pratiques qui pourraient étre trouvées ». Mais ceci

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 ADVT. 1940)

27

n'a pas empeché le Gouvernement hongrois de formuler, par son

<( Aide-mémoire » du 7 août, recu a Bucarest le 9 août, et dans des

termes contraires a toute (c courtoisie internationale *, sa these de

revendications territoriales.

En fait, la Conference de Turnu-Severin a inaugure ses travaux

le 16 août ; ils ont continue jusqu'au 24 août 1940. Mais elle était,

dès le début vouée a un échec, parce qu'au lieu d'une harmoni-

sation des deux theses en presence: a) de l'échange de popula-

tions (la these roumaine) et b) de la cession de territoire sans échange

de population et avec maintien sur place des Szeklers (la these hon-

groise), cette Conference a abouti - en dépit des discussions qui ont

eu lieu -a un approfondissement du conflit. Et cet échec était

du reste logique, si nous observons que par la carte jointe a un

aide-mémoire hongrois du 11 août - et dont le contenu a été répété

au cours de la première séance méme de la Conference (16 août),

- la Hongrie prétendait obtenir, de la Transylvanie roumaine, une

region représentant les deux tiers du territoire de la province, avec

4.000.000 d'habitants, dont plus de 2.200.000 Roumains et seule-

ment environ 1.200.000 Hongrois. Si nous remarquons ensuite l'in-

transigeance de la delegation hongroise - présidée par Andre de

Hory - et le manque de toute disposition de prendre en conside-

ration la these de l'échange de populations, soutenue par la dele-

gation roumaine - présidée par Valère Pop - nous pourrons nous

rendre compte pourquoi la Conference de Turnu-Severin n'a pu

aboutir A. aucun resultat positif.

Il n'en reste pas moins que le <( Communiqué commun » relatif

A la clôture de la Conference, du 24 août 1940, soulignait que #

vu

que l'on n'a pu trouver une base commune pour les négocia-

tions, la discussion a été considérée close, sur le désir des délégués

hongrois. L'on considère toutefois la possibilité que ces négociations

seront reprises dans le plus bref alai >>. Or, précisement a l'époque

o des discussions avaient lieu entre Bucarest et Budapest en vue de la reprise de ces négociations, le 28 août, et que le gouverne-

ment magyar avait manifeste son assentiment, les événements se

précipitaient. L'on cherchait, par des procédés contraires aux usances

diplomatiques, A placer la Roumanie devant une situation nou-

velle, lui supprimant toute liberté d'action. En effet, comme une

nouvelle manifestation de la politique de duplicité des Puissances

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28

GEORGES SOFRONIE

de l'Axe, et par une complicité a peine déguisée entre celles-ci et

la IIongrie, l'on préparait le coup décisif contre la Roumanie. L'on

peut dans cette phase, distinguer plusieurs moments: le 25 aoilt,

le ministre roumain des Affaires Etrangères informe les Légations

de Roumanie a Berlin, Rome et Budapest, de <( la non-réussite des

négociations *, tout en insistent aussi sur la perspective de o leur

reprise » dans l'avenir le plus rapproché lorsque, a la suite d'ins-

tructions données par les Gouvernements des deux Parties, l'on

pouvait espérer en une harmonisation des deux thèses opposées.

Le 26 aoitt, les ministres d'Allemagne et d'Italie a Bucarest et a

Budapest étaient convcqués d'urgence a Salzburg et, respective-

ment a Rome, tandis que le ministre du Reich a Bucarest (Fabri-

tzius) faisait entendre au ministre roumain des Affaires Etrangères

(< qu'il s'agissait d'une véritable decision en ce qui nous concernait ».

Et sans plus permettre une raise en valeur des nouvelles instructions

du Ministre roumain des Affaires Etrangères aux agents diploma-

tiques de Berlin et de Rome, soulignant l'inopportunité d'une déci- sion dans la <4 question de la Transylvanie », étant donné aussi le fait de la reprise imminente des négociations roumaino-hongroises

directes, - les char& d'Affaires d'Allemagne et d'Italie a Bucarest

transmettaient, le 27 aoilt, a 8 heures du soir, a M. M. Manoilesco,

au nom des Gouvernements respectifs, l'invitation a (< une conver-

sation sur les affaires roumaino-hongroises avec le gouvernement

du Reich et le gouvernement italien », pour le jeudi 28 aofit a midi,

a Vienne.

Mais loin de n'etre question que d'une simple (( conversation »,

les délégués roumains (M. Manoilesco et V. Pop) - car le Gouver-

nement roumain avait commis l'erreur politique de donner suite a

la <( Note » a caractre d'ultimatum du 27 aofit - se sont trouvés a Vienne devant une decision préparée par les représentants des

Puissances de l'Axe (Joachim von Ribbentrop et le comte Ciano). Elle a été imposée aux délégués roumains par une pression diplo-

matique nouvelle et tout a fait inaccouturnée, ainsi que nous l'ap-

prend un document officiel. En effet, par télégramme du 29 aotit du ministre roumain des Affaires Etrangères, adressé au Gouver-

nement roumain, ce dignitaire indique comme résultat de la pre-

mière entrevue de Vienne: <( La situation est plus que mauvaise.

On nous a présenté la décision de l'Axe, qui nous demande d'ac

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AOCT 1040)

29

epter un arbitrage fait par von Ribbentrop et Ciano, ici 6. Vienne,

commengant ce soir pour pouvoir are appliqué jusqu'à demain

L'alternative devant laquelle nous avons été placée est

midi

la suivante: ou bien nous acceptons l'arbitrage aujourd'hui ou au

plus tard dans le courant de la nuit de sorte que la decision puisse

are prise demain et dans ce cas nous jouirions de Ia garantie ab-

solue des Puissances de l'Axe pour Pintégrité de la Roumanie

;

ou bien nous n'acceptons pas et demain nous serons attaqués, ce

qui sera la fin de la Roumanie. Ceci nous a &Le répété â plusieurs

reprises et de la façon la plus décidée ».

Et pour completer ce douloureux historique, rappelons qu'exac-

tement en ces memes journées, Rome et Berlin avaient déja trace

sur la carte de la Roumanie la division illogique, inequitable et con-

traire â toute idée de Droit et de justice, de la Transylvanie ; avec

une frontire ne tenant compte d'aucun criterium objectif, mais

déchirant la Transylvanie en deux tronçons. Et ces cartes - pre-

parées â l'avance - furent ensuite distribuées aux journalistes de

l'Axe dans les hôtels de Vienne exacteinent a la meme heure

oft,

au Palais de Belvedere, était prononcée, le 30 auk 1940, la pre-

tendue « sentence arbitrale *. D'autre part, il n'est pas sans interet

ni signification de rappeler que, toujours presque â cette meme

époque - pendant les mois de juillet et aoôt 1940 - la presse offi-

cielle du Reich (« Völkischer Beobachter », par ex.) et la presse

italienne ne cessaient de préparer Patmosphre et d'exalter les

droits » (?) presumes de la Hongrie sur la Transylvanie.

*

*

*

Telles furent, en lignes trs générales, les circonstances et les

faits qui par une serie répétée d'actes d'intervention - et notam-

ment d'intervention illégitime du point de vue du Droit interna-

tional, car la Roumanie ne s'était rendue coupable d'aucune vio- lation d'un droit fondamental d'un autre État, ni de violation des

règles de l'humanité, ni d'un principe de Droit international uni-

versellement reconnu (cas dans lesquels la doctrine du Droit des

Gens voit une legitimation de l'intervention) - aboutirent â

Vela-

boration de l'Acte de Vienne. C'est pourquoi, tous les elements

constitutifs d'un arbitrage international lui faisant défaut, il serait

tout â fait téméraire de le qualifier de « sentence arbitrale >>. Car,

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30

GEORGES SOFRONIE

loin d'un consentement libre et préalable de la part de PÉtat rou- main de soumettre le litige a des « arbitres », cet Rtat a été force

par les représentants des Puissances de l'Axe, - qui sur leur propre

initiative se sont désignés eux-mémes, se dénommant « arbitres », -

a accepter une « décision imposée », que les délégués roumains a

Vienne n'ont pas su refuser. Et les soi-disants « arbitres » se sont montrés trés pressés dans le prononcé de leur « décision », car la

cession de la Transylvanie devait étre consommée en quelques

heures.

Mais, si telle est la vérité, nous devons considérer comme une

mystification diplomatique ce passage du « Préambule » de l'Acte

de Vienne où il est dit que « le gouvernement royal roumain et le

gouvernement royal hongrois ont adressé au gouvernement royal

italien et au gouvernement allemand, la demande de réglementer,

a l'aide d'un arbitrage, la question pendante entre la Roumanie et

la Hongrie au sujet du territoire qui doit étre add et la Hongrie »

.(?).

Car jamais, de sa propre initiative, le Gouvernement roumain n'a préconisé la procedure arbitrale dans ce litige roumaino-hongrois dont la réglementation demeurait de sa propre competence, él ant une <( question réservée ». Il n'avait jamais conQu une substantielle

cession de territoire transylvain mais, dans les négociations directes

de Turnu-Severin, il avait constamment préconisé un « échange de

populations » que l'Acte de Vienne ignore totalement, bien que ce

principe ait été mis en evidence déjà lors des Conversations d'Ob- sersalzburg, comme conditionnant d'éventuelles (( rectifications de

frontière » de modestes proportions. Ou bien le Préambule se ré-

fére-t-il a la résolution du (( Conseil de la Couronne » qui eut lieu a

Bucarest dans la matinee du 30 août 1940? Mais peut-il étre question

de la validité juridique de cette résolution en ce qui concerne le

principe de « l'arbitrage »? Car il ne faut en effet pas oublier que

les discussions de ce « Conseil de la Couronne » eurent lieu a un

moment où la decision des « arbitres * était déjà prise en principe

et anticipativement, et où la carte du partage de la Transylvanie

était déjà établie. Il faut noter aussi que la résolution adoptée éta it

l'expression de « graves menaces » de la part des « arbitres » qui

s'étaient désignés eux-mémes, - menaces communiquées au Gou-

vernement roumain par son délégué Vienne, le ministre Manoilesco,

- de sorte que juridiquement nous nous trouvons en la presence

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L'ACTE DE VIENNE (DU 30 AC/CT 1940)

31

évidente de circonstances qui annulaient « ab

de tout consentement. Quoiqu'il en soit et en aucun cas il ne peut,

selon la théorie et la pratique de l'arbitrage international, étre ques-

tion de cet élément de base, le compromis. Notons encore, pour

sa signification morale, le fait que parmi les participants au « Con-

seil de la Couronne », dix représentants de notre vie politique et

culturelle ont pris fermement position contre toute solution dans

une question vitale, qui déciderait « de nobis sine nobis *; solution

qui comporterait des sacrifices territoriaux injustes.

*

initio »

la

validité

*

*

Ainsi, tout ce qui est argument juridique international - ob-

jectivement interprété - aboutit 6. la constatation qu'en effet le

30 aoilt 1940, ce n'est pas une « sentence arbitrale » qui a été pro-

noncée A Vienne, mais qu'on y a élaboré un « Diktat » imposé A la

Roumanie, qui s'est trouvée alors atteinte de la favon la plus grave

dans son « intégrité territoriale *. Conséquence d'actes répétés d'in-

tervention illégitime, - et méme pas d'une médiation offerte, des

différences de principe existant entre ces instruments, - le Diktat

de Vienne apparaissait donc ds le premier moment comme l'ex-

pression d'une redoutable pression politique, d'une supériorité de force abusive et passagre, auxquelles le régime politique de cette

époque en Roumanie n'a pas su s'opposer. C'est pourquoi, privé de

légitimité juridique, inexistant en Droit, - dont plus que nul, - ex-

pression de considérations politiques défavorables A la Roumanie,

le Diktat de Vienne ne pouvait m'éme pas produire d'effets juri-

diques. Il a simplement institué une situation de fait, heureusement

passagre. C'est pourquoi les « Déclarations » répétées des représen-

tants des Nations Unies, refusant de reconnaître cet Acte de forme

typique - confirmées en ces derniers temps par l'art. 19 de l'Ar-

mistice signé entre la Roumanie et les Nations Unies le 12 sep-

tembre 1944, - et qui considéraient le Diktat de Vienne comme nul et non acenu - se situent dans le cadre des grands principes

de Droit international et des données permanentes de la conscience

juridique des nations. Aussi la déchéance définitive de cet Acte

4 issu de la complicité de deux dictateurs », la suppression de toute

trace de ses conséquences, signifient plus qu'un acte de justice pour

la nation roumaine dont la souveraineté revient au titre d'un « resti-

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32

GEORGES SOPRONIE

tutio in integrum» sur le territoire transylvain, qui a formé l'objet

du <4 rapt » consommé â Vienne. Cela signifie en mérne temps un

heureux commencement de la restauration du Droit dans les rap-

ports internationaux qui doivent ôtre soustraits â l'empire de la

force et soumis au règn; du Droit des Gens. Et c'est là une supréme

aspiration des Nations.

GEOR GES SOFRONIE

Projesseur â l'Université de Cluj

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L'UNIVERSITÉ DE CLUJ ET SES RELATIONS

AVEC L'ÉT R AN GER

La recherche scientifique contemporaine a un caractère de plus

en plus collectif. La Revolution Française a donne une organisa-

tion nouvelle à l'enseignement et a appelé toutes les classes sociales

au travail scientifique ; ceci a entraîné la découverte d'un materiel

immense, d'o le besoin de la specialisation. Il s'ensuivit la crea-

tion de nombreux organismes scientifiques internationaux: associa-

tions, congrs, revues de spécialité et de bibliographic scientifique,

etc. L'esprit de fraternité par la science a fait des grands progrés

durant le dernier siècle, en se manifestant encore plus puissamment

aprés les cataclysmes qui font trembler de temps à autre les assises

de la societé humaine. L'Université de Cluj a compris la nécessité

de l'époque, en devenant un centre actif de relations scientifiques

internationales. Elle servait ainsi la science universelle. En meme

temps elle remplissait une double tache nationale: 1) faire connaître

h l'étranger les efforts scientifiques desintéressés du peuple rou-

main, arrive aprés des sicles h la liberté qui lui permattait enfin

son travail scientifique; 2) initier, par le contact direct avec les

sources créatrices étrangères, le plus grand nombre de jeunes cher-

cheurs roumains.

Des sa creation en 1919, l'Université roumaine de la Transyl-

vanie a montré son désir de s'encadrer dans le rythme contemporain

de la science internationale. Le projet d'organisation de l'Université

prévoyait un assez grand nombre de chaires, destinées h des pro-

fesseurs étrangers. Le grand géographe Em. de Martonne, professeur à la Sorbonne,

a fait des cours pendant quelques semestres h Cluj. Le professeur

R. Jeannel, du Museum de Paris, a pris part à l'organisation de

3

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34

PIERRE SERGESCO

l'enseignement de la biologie, comme sous-directeur de l'Institut de Spéologie, crée par E. Racovitza h Cluj, et comme professeur

de biologie de 1920 h 1932. J. Guiart, ancien president de l'Académie

de Lyon, a créé l'Institut d'Histoire de la Médecine et l'enseignement

correspondant, comme professeur a Cluj de 1920 A 1930. Paul Mon-

tel, doyen de la Faculté des Sciences de Paris, vint à Cluj h cinq

reprises, chaque fois pour un mois, en apportant un très précieux

concours h l'organisation du Séminaire de Mathématiques dont il

est directeur honoraire (ainsi que D. Pompeiu). Yves Auger, agrége

de lettres et ancien membre de l'Institut français de Florence, est

le titulaire de la chaire de littérature francaise depuis 1920. Gian-

domenico Serra, actuellement professeur h l'Université de Cagliari,

a enseigné la littérature italienne de 1920 h 1938. Le naturaliste

suisse, P. A. Chappuis nous a apporté son concours à partir de 1922,

étant sous-directeur de l'Institut de Spéologie depuis 1927 jusqu'à l'évacuation de Cluj en 1940.

Les relations scientifiques de l'Université de Cluj se sont dé-

veloppées au courant des années. La courbe de ces relations croît

d'une rnanière continue et de plus en plus vite. Pendant les pre-

mieres dix années de son existence, jusqu'h 1930, cinq professeurs

de Cluj ont été invites à faire des cours h huit universités étran-

gères ; dix ans après, ce nombre monte a 14 professeurs dans 51

universités. Pendant les 15 premières années, jusqu'en 1935, l'Uni-

versité de Cluj a reçu la visite de 44 professeurs étrangers ; cinq

ans aprs, ce nombre a augmenté h plus de 141. Tous les genres

des manifestations internationales de l'Université de Cluj témoi-

gnent de la mérne intensification continuelle et rapide et sont la

preuve que, quoique nouvellement créée, notre université prenait une part très active dans le mouvement scientifique international.

Un bilan complet de ces manifestations scientifiques interns-

tionales de Cluj serait très eloquent. Malheureusement, beaucoup de

données nous manquent et ne pourront 'are rassemblées facilement.

Les annuaires de l'Université ne contiennent pas toutes les données

car chaque rédacteur a signalé seulement les faits qu'il considerait

comme les plus importants, sans répondre h un questionnaire uni-

forme. Beaucoup de professeurs ont disparu et on trouvera diffi-

cilement les traces de leur activité dans ce domaine. L'évacuation

de Cluj a disperse les archives et les fiches qui sont, peut-ètre, per-

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L'UNIVERSITÉ DE CLUJ ET SES RELATIONS AVEC L'ÉTRANGER

35

dues h jamais. En dépit de ces difficultés, nous essayerons de dormer

ici ún aperçu aussi fidéle que possible des relations de l'Université de Cluj avec l'étranger, durant les quatre lustres, 1920-1940. Nous demandons des excuses pour les omissions involontaires que nous

pouvons faire.

Nous espérons que les faits consignés dans cet aperçu permet-

tront au lecteur de se faire une idée de la manière dont l'Université

de Cluj a rempli son rôle d'ambassadeur culturel de la

roumaine.

nation

ETUDES A L'ETRANGER DES PROFESSEURS DE CLUJ

La plupart des professeurs de Cluj ont fait leurs études de spé-

cialisation à l'étranger. Sur 96 professeurs de l'université durant

20 ans, ont obtenu des diplômes et des doctorats dans les pays

suivants:

Faculté

Roumanie

et

Hongrie

Paris

France Allemagne

Italie Belgique Suisse

Droit

9

7

-

Médecine

.

.

.

20

3

1

Lettres .

.

.

.

9

6

-

Sciences.

,

.

.

6

8

1

Total .

 

.

.

44

24

2

 

-

5

1

2

-

- -

9

3

 

-

3

1

19

4

1

1

-

1

2

Beaucoup d'étudiants roumains devenus ensulte professeurs à Cluj ont fait d'excellentes études h l'étranger, étant classés parmi

les premiers aux examens. G. Strat est lauréat de la Faculté de

Droit de Paris, R. Codreanu de celle de Sciences. V. Chdere est

agregé de droit privé de Paris. E. Teposu a été moniteur de la

clinique Necker h Paris, G. Giuglea et D. Popovici - lecteurs h

la Sorbonne, Th. Capidan - assistant

b. l'Université de Leipzig,

G. Cripn -h celle de Heidelberg, A. Ostrogovich h Florence,

E. GrinIescu -h Genéve, o il a été aussi docent. Iosif Popoviciu

a été docent à l'Université de Budapest, N. Drhganu -h l'Uni-

versité hongroise de Cluj, S. PuFariu a été docent à l'Université

de Vienne, professeur et doyen (1914-1918) de la Faculté autri-

chienne de Lettres de CernhuIi. E. Racovitza a été durant vingt

ans sous-directeur du laboratoire Arago de la Sorbonne. C. Levaditi

est

sous-directeur général

de l'Institut

Pasteur

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de Paris, etc.

3.

36

PIERRE SERGESCO

Les liens établis pendant les etudes dans les institutions étran-

Ores, se sont resserrés au cours des années, en se transformant

en amities solides, en collaborations, en échanges d'élves.

ETUDIANTS ETRANGERS A CLUJ

Des étudiants étrangers, dont quelques-uns étaient des assis-

universitaires, de différents pays comme: l'Allemagne, la

tants

Belgique, la Bulgarie, la France, la Hollande, la Pologne, la Suede,

la Tehécoslovaquie, la Yougoslavie, -ont travaille dans les insti-

tutions scientifiques de Cluj, afin de connaltre les méthodes rou-

maines de reeherches et les problèmes qui nous ont préoccupé. Nous

citerons h cet égard les cliniques de la Faculté de médecine, le Musée

de la Langue Roumaine, les instituts de: speologie, botanique,

chimie, mathématiques, géographie, etc.

ACTIVITÉ DANS LES SOCIÉTÉS SAVANTES ETRANGÉRES

Les professeurs de Cluj ont pris part h Pactivité des associations

scientifiques étrangres étant membres de plus de cent sociétés,

ofi ils ont fait des communications ou des publications. Voici un

tableau, assurément incomplet, de ces sociétés étrangres (les don-

nées se rapportent au corps enseignant en 1936-1937):

Associations internationales: Assistance des enfants déficients,

ducation nouvelle, Forages, Gastro-entérologie, Pediatric, Phi lo-

sophie du droit, Protection des enfants, Urologie.

Autriche :

chimie.

Archéologie, Balnéologie, Chimie, Géologie, Micro-

Allemagne :

Académie Schiller München, Archéologie, Balnéo-

Chirurgie, Hydrologie médicale, Ma-

logic, Botanique, Chimie (3),

thématique, Médecine légale, Minéralogie, Urologie.

Belgique : Geologic, Mathématique.

Finlande : Fiore et Faune finnoises.

France : Anatomie, Anciens Eléves de l'École Normale Supé-

rieure (2), Antropologie (2), Astronomie (4), Avancement des Sciences

Biologic (3), Chimie (5), Chimie biologique (3), Chirurgie, Géologie,

Hématologie, Horticulture Lyon, Hôpitaux,

Juiistes de langue

franeaise (3), Legislation comparée

(4), Linnéenne Lyon, Mathé-

matique (5), Neurologie, Ophtalmologie, Tuberculose (2), Urologie.

Grande Bretagne : Faculty of Sciences, London.

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L'UNIVERSITA DE CLUJ ET SES RELATIONS AVEC L'ÉTRANGER

37

Italie : Archéologie

Como,

Archéologie

Torino,

Astronomie,

Chimie, Chimie industrielle et appliquée, Linguistique, Mathéma-

tique Palermo (3), Ophtalmologie Bari, Progresso Scienze, Storia

Subalpina, Unione matematica (2).

Luxembourg : Linguistique.

Pérou : Géographie.

Pologne : Mathématique.

Portugal : Géographie.

Suisse : Murologie-psychiatrie, Sciences Naturelles.

Tchécosloyaquie : Botanique, Institut Slave, Société Boyak des

Sciences.

United-States:

Association

Mathématique

(2),

Chimie Was-

hington, Géographie New-York, Histoire des Sciences, Pétrole.

Yougoslayie : Philosophie.

La bibliographie scientifique de l'Université nous apprend que

les professeurs de Cluj ont publié des travaux dans plus de cinq

cent revues de spécialité â l'étranger. D'ailleurs, le nombre de pu-

blications en langues étrangres est en général beaucoup plus grand

que celui de celles en langue roumaine. Par exemple: sur 216 travaux

de l'institut de Physiologie de la Faculté de Médecine 142 ont paru

dans des périodiques francais ou allemands. Cette proportion se garde dans presque tons les instituts des facultés des sciences et

de médecine.

LIVRES ET AUTRES MANIFESTATIONS SCIENTIFI QUES A L'ETRANGER

Les professeurs de Cluj ont publié beaucoup de livres en langues

étrangères. Nous ne citerons ici aucun des livres étrangers ou rou-

mains imprimés en Roumanie. Nous nous bornerons b consigner,

au hasard de la mémoire, quelques manifestations caractéristiques

de la collaboration de l'Université de Cluj â la science universelle.

L'Institut de Spéologie du professeur Racovitza a été un centre

scientifique international autant par la renommée et l'activité de son

directeur, que par les professeurs et les jeunes savants qui l'ont

quenté. Un des créateurs de la biospéologie, E. Racovitza est co-

directeur de la revue Archives de Zoologie Expérimentale de Paris ;

il dirige la collection Biospeologica (Paris-Cluj, 5 tomes, 4.624 pages,

les tomes 6 et 7 sous presse). Racovitza a été le naturaliste de l'ex-

fi

é-

www.dacoromanica.ro

38

PIIIRRB SERGESCO

pédition Belgica au Pô le Sud, o il a donné h une île le nom roumain

de Cobalcescu. L'Institut de Spéologie a pris part, en collaboration

avec différents instituts étrangers, h plusieurs explorations scien-

tifiques au Sahara, sur la Côte d'Ivoire, en Afrique Centrale, dans

la région du fleuve Omo (Abyssinie) et du volcan Elgon. On a fait

des explorations spéologiques en Yougoslavie (oil l'on a créé un

centre spéologique, associé h Cluj), en Italie, en France. Pendant

son activité a Cluj, le professeur R. Jeannel a publié sa monogra-

phie monumentate sur les Trechinés (1800 pages). Le prof. P. A.

Chappuis a publié un volume de notes d'explorateur en Afrique.

Le fascicule sur les Hirudinées du grand Handbuch der Zoologie

de Ktikenthal est écrit par J. A. Scriban.

L'Observatoire astronomique de Cluj a pris sur lui une partie

des calculs de réduction des clichés des étoiles fondamentales de

la zone -1-- 20 de la monumentale ceuvre internationale qu'est la

Carte photographique du Ciel. Gh. Bratu (avec J. Armeanca et G.

Chis) a effectué en double exemplaire (pour le contrôle) des calculs

dont les résultats couvrent 2012 pages. Malheureusement, le travail

a été interrompu par le manque des clichés dil aux circonstances actuelles, mais nous espérons qu'il sera mené à bonne fin par les

élèves du regretté Bratu.

La grande maison d'éditions Gauthier Villars de Paris a com-

mencé la publication d'une

collection de monographies mathé-

matiques, Publications du Séminaire Mathématique de l'Université

de Cluj. Le premier volume de cette collection, Lefons sur les fonc-

tions entières et méromorphes par Paul Montel (rédigées par P. Ser-

gescu) a reçu un accueil excellent dans la littérature internationale

scientifique. La collection roumaine de Cluj, Monografii Matematice,

a publié les Leçons sur les fonctions presque périodiques par Paul

Montel (rédigées par T. Popoviciu) et les Lefons sur les ensembles

analytiques par W. Sierpinski. La maison d'éditions Denol et

Steele de Paris a publié une collection encyclopédique, Tableau du

XX-ème siècle (en France); le fascicule sur les Mathématiques a

été écrit par P. Sergescu et a été couronné par l'Académie des

Sciences de Paris. On en a fait plus de cinquante comptes rendus,

signés par E. Borel, E. Le Roy, S. Zaremba, Gino Loria, M. Boll,

etc., Le volume Evolution des Sciences mathématiques et physiques,

publié dans la Bibliothèque de Philosophie Scientifique (Gustave

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L'UNIVERSITÉ DE CLUJ ET SES RELATIONS AVEC L'gTRANGER

39

Le Bon) par la maison d'éditions Flammarion de Paris, compte

parmi les auteurs G. Bouligand (Paris), A. Turpain (Poitiers), M.

Morand (Liége), A. Bruno Id (Toulouse), etc. et aussi P. Sergescu

(Cluj). La Société Mathématique de France a organisé h Paris en 1937, h l'occasion de l'Exposition Internationale, une réunion in-

ternationale h laquelle ont été invités pour faire des conférences

douze mathématiciens de dix pays différents, parmi eux P. Sergescu ;

les conférences ont été publiées dans un volume par la maison

Gauthier-Villars. Un seul étranger a fait partie de la Commission

qui a organisé la participation scientifique française h l'Exposition

Internationale de New-York en 1939 ; ce fut le prof. P. Sergescu de

Cluj. (La Commission se composait de Jean Perrin et F. Joliot-

Curie, prix Nobel, et de M. M. Andant, P. Auger, Courier, Cham-

petier, G. Darmois, Grégoire, Lévéillé, H. Laugier, R. Lucas, H.

Mineur, Francis Perrin, P. Sergescu, Sainte-Lagüe, Trombe, Wurm-

ser et Costamagna).

Le livre de A. Ostrogovich sur: Le développement de la théorie

atomico-moléculaire et de la notation symbolique qui en résulte a été

publié h Madrid dans la traduction espagnole du prof. E. Molen.

Le prof. Dan Rädulescu a publié, chez Jouve h Paris, un livre sur

l'économie dirigée.

La maison d'éditions Alcan de Paris a publié en 1938 le livre

Le problème de la méthode par le prof. Marin Stefänescu.

L'Institut d'Histoire d'Art de Vienne a publié le livre de C.

Petranu, Inhaltsproblem und Kunstgeschichte.

La VI-me excursion internationale phito-géographique, 1930,a eu

lieu en Roumanie, étant organisée, par le prof. Al. Borza, aidé par E.

Pop. Le volume de comptes-rendus de cette excursion a paru h Zürich.

L'Académie Royale de Barcelone a couronné un manuscrit du

prof. C. Marinescu, La politique orientale d'Alfonso V d'Aragon, roi

de Naples. Le livre était sous presse h Barcelone, mais sa parution

a été empèchée par les événements qui ont troublé l'Espagne et

ensuite L'Europe.

L'Académie des Sciences de Paris a couronné les travaux de

hydrodynamique de Caius Jacob.

De nombreux résultats scientifiques, obtenus h Cluj, sont cités

dans les manuels étrangers (Racovitza, Scriban, GrAdinescu, Ni-

tzescu, Urechea, Spacu, Ripan, Marian, etc.).

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40

PIERRE SERGESCO

COLLABORATIONS PERMANENTES A DES REVUES SCIENTIFIQUES

ETRANGERES

Quelques revues internationales de bibliographie ont eu des

rédacteurs de Cluj: N. Abramescu â Zentralblatt für Mathematik

(Berlin) et Mathematical Reviews (Princeton); N. Banescu h Byzan-

thion (Bruxelles) et la revue allemande de byzanthynologie ; V. Bologa â .A.rchelon (Roma); J. Criiciun au Bulletin des Sciences

Historiques (Paris) ; M. Kernbach â Deutsch Z. für gericht. Me-

dizin (Berlin); C. Petranu â Die neue Pallas (Genve), Parnassus

(New-York) et Sud- Ost Forschungen (München); G. Popoviciu

h

Zentralblatt für Hygiene, etc. ; P. Sergescu â la Revue Semestrialle

des Publications Mathématiques (Amsterdam) et, jusqu'à 1940,

Jahrbuch über die Fortsehritte der Mathematik (Berlin); C. Urechea

h Zeitschrift für Neurologic und Psychiatrie.

G. Buzoianu fait partie du comité de direction des Archives

balcaniques de médecine et chirurgie ; D. Michail - de ceux des

Acta ophtalmologica (Berne) et des Annales d'oculistique (Paris);

G. Popoviciu se trouve dans 'e comité de rédaction de la Nippio-

logie et des Annales Paediatrica.

E. Racovitza

est co-directeur

des Archives de Zoologie Expérimentales (Paris). Font encore partie

des comités de direction des revues étrangres: P. Sergescu â Ar-

cheYon (Santa Fé, Argentine) et Sfinx (Bruxelles); G. Spacu

C. Urechia aux Archives Internationales de

Chemische Analyse ;

Neurologie.

A

COMITES INTERNATIONAUX RESTRIEINTS

Voici quelques données, certainement incompltes, extraites des

annuaires de l'Université. Font partie de commités internationaux

restreints de recherches scientifiques les professeurs de Cluj:

V. Bologa dans la commission pour la rectification des erreurs

d'histoire des sciences.

Al. Borza dans le comité de la carte phyto-géographique d'Europe.

Gh. Bratu dans la commission de la carte du ciel.

P. Chappuis, correspondent du Musée d'IIistoire Naturelle de

Pans.

V. Ghidionescu, dans le comité pour l'éducation nouvelle.

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L'UNIVERSITE DE CLUJ ET SES RELATIONS AVEC VETRANGER

41

C. Marinescu, dans les commissions des découvertes géogra-

phiques, de l'enseignement de l'histoire et des nominations dans

le Conseil de l'Union Internationale des Historiens.

Gh. Oprescu a été durant plusieurs années secrétaire de la Com-

mission de Coopération Intellectuelle prés de la Société des Nations.

E. Panattescu, dans le comité de Associazione Internazionale

degli studii Mediterranei.

C. Petranu, dans le comité de l'Institut Sud-Est Européen de

München et dans le comité permanent des congrés internationaux

d'esthétique et de la science de l'art.

de la Commission linguistique de

Académie Polonaise.

S. Purariu, dans la commission pour le rapprochement intel-

lectuel de la

S. D. N. et dans le comité permanent international

de linguistique.

E. Petrovici, collaborateur

E. Racovitza, corespondant de la commission de Coopération

Intellectuelle de la S. D. N., membre du comité de l'Institut Océa-

nographique de Paris.

Gh. Spacu, dans la commission internationale des constantes

physiques.

E. Sperantia, dans le comité permanent des congrès internatio-

naux de philosophie et d'esthétique.

I. P. Vcatesti, dans le comité de direction Krassin.

R. Vuia, dans les comités internationaux d'anthropologie et

de danses populaires.

DISTINCTIONS SCIENTIFIQUES A L'ETRANGER

Deux professeurs de Cluj sont docteurs honoris causa

l'é-

tranger: N. Bänescu d'Athnes, et Rlcovitza de Lyon.

Sont membres des Académies ou des Sociétés Académiques

a

nombre limité de membres, les professeurs suivants:

V. Bologa

a l'Académie de Lyon et ä l'Académie Internationale

d'Histoire de la Science.

V. CAdere, correspondant de

viensis.

la

Societas

Scientiarum Varso-

C. Marinescu, de Société Royale des Sciences et des Lettres de

Bohe'me, correspondant de l'Académie Royale de Brcelone.

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42

PIERRE SERGESCO

E. Panaitescu, correspondant de l'Académie Pontificale d'Ar-

chéologie de Rome.

C. Petranu, correspondant de l'Académie de München.

Sextil Puscariu, correspondant des Académies de Berlin et de

Leipzig,

P. Sergescu, Vice-Président de l'Académie Internationale d'Hi-

stoire de la Science, membre de l'Académie Masaryk de Prague,

correspondant de la Societas Scientiarum Varsoviensis, de la Société

Royale des Sciences de Lige et de e Académie des Sciences de

Lima (Pérou).

Citons encore dans cet ordre d'idées les faits suivants: N. 136-

nescu est membre d'honneur de la Société d'Etudes Byzantines

d'Athénes.

C. Marinescu est correspondant de la

de Lisbonne.

Société de - Géographie

E. Panaitescu est membre d'honneur de l'Academia del Pan-

theon (Rome).

S. Puscariu, est membre d'honneur de la fondation Rudolf Euken

d'Iéna, correspondant de la Reale Deputazione de Storia Patria

de Venise.

E. Racovitza a été président d'honneur du congrs des zoologues

franeais h Paris (1931), a été président de la Société de Spéologie

de Paris et président d'honneur de la Société de Zoologie de Paris.

P. Sergescu a été président d'honneur des Congrés des Mathé-

maticiens Polonais â Vilno (1931) et â Varsovie (1937). Il est membre

d'honneur des Sociétés Mathématiques de Belgique et de Pologne,

de la Société de Géographie de Lima et correspondant de la So-

ciété des Amis de l'Histoire des Sciences h Paris.

G. Serra est membre d'honneur de l'Academia Lungianese di

scienze Capellini (la Spezia).

COURS FAITS A L'ETRANGER PAR LES PROFESSEURS DE CLUJ

Plusieurs professeurs de Cluj ont été invités h faire des cours dans les universités étrarigéres. La liste qui suit est certainement

incompléte, car, les Annuaires de l'Université ne contiennent pas

tous les renseignements correspondants. Néanmoins, rnême incom-

pléte, cette liste témoigne de l'intensité de l'activité des professeurs

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L'UNIVERSITÉ DE CLUJ ET SES RELATIONS AVEC L'ÉTRANGER

43

de Cluj dans ce domaine. Jusqu'au 1 septembre 1940 ont fait des

cours h l'étranger, donnant suite aux invitations rcçues, les pro-

fesseurs suivants:

A. Borza h Breslau, Koenigsberg, Wien.

V. Cadere, â Bordeaux, Lille, Lyon, Paris.

L Hatieganu aux Cours internationaux h Karlovy Vary.

G. Kisch A Berlin, Halle.

I. Lupa h Berlin (2 fois), Bratislava, Leipzig, München, Praha. Gh. Oprescu h Lyon.

E. Panaitescu à Rome.

C. Petranu h München, Praha, Würzburg, Zagreb.

Sever Pop h Firenze, Milano, Napoli, Roma, Torino, Zagreb,

Zürich.

S. Pu§cariu h Berlin (2 fois), Leipzig (deux fois), Marburg (deux

fois), Montpellier, Paris.

E. Racovitza, invité par le gouvernement fiançais comme pro-

fesseur d'échange, a fait des cours h Paris, etc.

P. Sergescu, à Bruxelles (quatre fois), Clermont-Ferrand) (deux

fois), Lwirow, Montpellier, Paris (deux fois), Poitiers, Poznan, Var-

sovie, Vilno.

M. Sturza aux Cours internationaux de Karlovy Vary. I. P. Voitesti A Strasbourg, Wien.

PARTICIPATIONS AUX CONGRÈS

Les professeurs de Cluj ont organisé plusieurs réunions savantes

congrés scien-

internationales en Roumanie, ainsi que plusieurs

tifiques nationaux, auxquels ont pris part des savants étrangers

illustres, qui témoignrent par leur présence de la solidité de leurs

liens scientifiques avec la Roumanie. Le premier Congrs interna-

tional de Byzantinologie (1924) eut lieu à Bucarest sous la pt.&

sidence de N. Iorga ; mais son organisateur et secrétaire général

fut C. Marinescu. La sixième excursion phitogéographique inter-

nationale (1931) eut lieu en Roumanie, étant organisée par l'In-

stitut Botanique de Cluj et dirigée par Al. Borza avec le concours

d'E. Pop. tine réunion internationale des historiens de la Science

fut organisée en 1936 h Cluj par V. Bologa et P. Sergescu ;

elle

réunit des savants d'Argentine, Grande-Bretagne, France, Indes,

Italie,

Suisse, Tchécoslovaquie. Le congrès international d'endo-

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44

PIERRE SERGESCO

crinologie de Bucarest (1939) fut organisé avec le concours de la

société d'endocrinologie de Cluj, dirigée par A. Grädinescu et Cr.

Grigoriu. Les congrès des Mathématiciens roumains, organisés par

l'Université de Cluj en 1929 et en 1932 (secrétaire général P. Ser-

gescu) réunirent 34 mathématiciens étrangers Mares, comme A.

Denjoy, A. Errera, B. Hostinsky, S. Mandelbrojt, Paul Montel, W.

Sierpinski, V. Volterra. Ces réunions firent de Cluj un centre scien-

tifique international.

L'activité des professeurs de Cluj aux congrs scientifiques h

l'étranger a été très grande. Plusieurs d'entre eux furent élus

présidents des sections, secrétaires ou rapporteurs. La plupart d'eux

présentèrent des communications, de sorte que leurs voyages ne

furent pas des simples excursions de plaisir, mais aussi une occasion

pour de manifestations scientifiques. Voici une liste, aussi complète

h l'étranger ou de congrès internationaux

que possible, de congrès

en Roumanie auxquels ont assisté des Clujéens,

d'après l'ordre alphabétique des participants:

liste

arrangée

N. Abramescu, Mathématiciens des pays balcaniques (1937 .

I. Aleman, Stomatologie, Budapest (1931 , Wien (1934 .

Th. Anghelutza, Mathématiciens des pays balcaniques (1937 .

I. Armeanca, Astronomie, Paris (1935).

N. Bänescu, Byzantinologie, Bucarest (1924), Belgrade (1927),

Athnes (1930), Rome (1936). Archéologie chrétienne, Ravenna,

(1938).

V. Bärbat, Education des adultes, Cambridge (1928 .

V. Baroni, Bactériologie, Paris (1930), Londres (1935), Cancé-

rologie, Madrid (1933), Bruxelles (1936).

Gh. Benetato, Physiologie, Moscou (1935), Zürich (1938).

V. Bologa, Histoire de la médecine, Bucarest (1932), Zagreb

(1938). Histoire des Sciences, Bucarest (1936), Praha (1937). An-

thropologie, Bucarest (1938).

Al. Borza, Botanique, Ithaca U.S.A. (1937), Cambridge (1931).

Excursions phitogéographiques Pologne (L929), Roumanie (1931),

Italic (1934), Corse (1937). Horticulture, Londres (1931.).

M. Botez, Réunion antirabique (1938).

Gh. Bratu, Astronomie, Paris (1935 et 1937). Mathématiques,

Varsovie (1937), Paris (1937). Histoire des Sciences, Praha (1937).

Alliance Franwise, Paris (.1937).

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L'UNIVERSITÉ DE CLUJ ET SES RELATIONS AVEC L'ÉTRANGER

45

Th. Capidan, Linguistique, Copenhague (1929). Slavistique, Praha

(1929).

I. CrAciun, Documentation scientifique, Zürich (1939).

S. Dragomir, Slavistique, Praha (1929). Byzantinologie (1924).

V. Ghidionescu, Education nouvelle, Locarno (1927),

Elseneur

(1928), Nice (1933), Cheltenham (1935). Education morale, Cra-

covie (1934). Education populaire, Paris (1937). Philosophie, Genéve.

Pédologie, Bruxelles.

I. Goia, Médical, Paris (1932).

D. Hängrinutz, Radiologie, Wien, (1936).

Iu les

Berlin

HaIieganu, Médecine, Paris

(1936).

(1929). Médecine sportive,

I. Iacobovici, Médecine, Paris (1929), Chirurgie, Paris, (1928,

1929, 1931, 1932), Varsovie (1929), Lithyase biliaire, Paris (1932).

A. Ionacu, Droit, Paris (1937). Droit comparé, La Haye (1937).

M. Kernbah, Médecine légale, Lyon (1927), Paris (1937), Bonn

(1938). Criminologie, Rome (1938).

Gh. Kisch, Histoire des Religions, Lund (1928). Folklor, Dresde,

(1928).

I. Lupa, Histoire, Zürich (1938).

C. Marinescu, Histoire, Bruxelles (1923), Oslo (1928), Varsovie

(1933), Zürich (198). Comité des sciences historiques, Venise (1929),

Londres (1930), Budapest (1931), Varsovie (1933),

Paris (1934,

1937), Bucarest (1936), Bruxelles (1938). Byzantinologie, Bucarest

(1924), Belgrade (1927), Athénes (1930), Sofia (1933), Rome (1936).

Etudes Napoléoniennes, Praha (1933). Gh. Mateescu, Sciences Historiques, Oslo (1928).

D. Mithail, Ophtalmologie, Le Cair. (1937).

rules Moldovan, en Amérique.

J. N4escu, Physologie, Stockholm (1926), Boston (1929), Lon-

dres (1929), Rome (1932).

E. Panaitescu, Sciences historiques, Oslo (1928), Zürich (1938).

Etudes Romanes, Rome (1938).

V. Papilian, Anthropologie, Bucarest (1937 .

C. Petranu, Histoire, Varsovie (1933). Histoire de l'art, Stock-

holm, Berne (1933), Zürich (1935, 1936). Byzantinologie,

(1934). Esthétique, Paris (1937).

Sofia

C. Petrescu-Ercea. Droit, Paris (1937).

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46

PIERRE SERGESCO

E. Pop. Botanique, Cambridge (1931). Excursions phitogéogra-

phiques, Roumanie (1931),

Wien (1936).

Italie (1934). Rtude du quaternaire,

Sever Pop. Linguistique, Rome (1933).

Gh. Popoviciu. Physiologie, Stockholm (1926), Rome (1938),

Sciences Nature lles,

Leipzig (1922). Pédiatrie

et protection

de

l'enfant, Budapest (1927), Bruxelles (1935), Paris (1936), Rome

(1937), Francfort (1938), Belgrade (1939), Geneve (1940).

Sextil Puscariu. Linguistique, La Haye (1928), Paris

(1929,

1938). Philologie Romanique, Paris (1929).

A. Rosca. Criminologie, Rome (1938).

P. Sergescu. Mathematiques, Lwòw (1927), Bologne (1928), Var-

sovie (1929 et 1937). Wilno (1931), Zürich (1932), Praha (1934),

Paris (1937). Interbalcaniques (1937). Histoire de la Science, Coimbra

(1933). Phi-

losophie scientifique, Paris (1935, 1937). Astronomie, Paris (1925). Recreations mathématiques Paris (1937). Avancement des sciences,

Dijon (1926), Alger (1930), Liége (1931), Chambery (1933), Paris

(1934), Praha (1937). Sciences historiques, Varsovie

(1937). Alliance Française, Liége (1930), Paris (1937).

G. Serra, Toponimie, Paris (1938).

G. Sofronie. Conference permanente des Hautes Rtudes In-

ternationales, Paris (1934, 1937), Praha (1938).

E. Sperantia. Psychologie, Copenhague (1932). Philosophie, Praha

(1934), Paris (1937). Philosophie scientifique, Paris (1935). Sociologie,

Paris (1937). Esthétique, Paris (1937), Congrs hégélien, Berlin (1931).

V. Stanciu. Géologie, Liége (1930). Naturalistes, Praha (1936).

F. *tefünescu-Goanga. Psycho logic infantile, Paris (1937).

Marin

-Lefünescu. Philosophie, Paris (1937).

G. Strat. Economie politique et Politique sociale, Paris (1937).

M. Sturza. Balnéologie, Praha (1933),

Wiesbaden (1937), Kiel (1938).

Baden-Baden (1934),

E. Teposu. Chirurgie, Paris (1928). Urologie, Paris (1931, 33, 34).

C. Velluda. Anthropologie, Bucarest (1937).

C. Urechia. Neurologie, Paris (1929).

Titu Vasiliu. Medical, Paris (1929).

I. P. Voitesti.

Géologie,

Bruxelles

(1922), Le Caire

(1924),

Lwòw (1925), Madrid (1926), Liége (1930), Paris (1930), (1936). Pe-

trole, Londres (1923).

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L'UNIVERSITÉ DE CLUJ ET SES RELATIONS AVEC L'ÉTRANGER

47

R. Vuia. Anthropologie, Copenhague (1938), Bucarest (1937).

Danses populaires, Stockholm (1939), Londres.

M. Zoo log. Hygine, Genéve (1937).

La liste précédente qui n'est pas compléte, contient plus de cent

soixante-dix participations des Clujéens aux congrs scientifiques internationaux dans l'espace de vingt ans. Les congrés nationaux roumains ont été omis systématiquement dans cette liste. La plu-

part des savants cités (environ 90%) ont pris part à ces congrés et

s'y sont rendus à leurs propres frais.

Chaque fois que les circonstances le lui ont permis, l'Université

de Cluj a envoyé ses délégués aux différents jubilés scientifiques

h l'étranger. P. ex. elle prit part aux centenaires suivants: Académie

Franeaise, Collge de France, Muséum d'Histoire Nature lle de Paris,

Sociétés Géologique et Mathématique de France, Algérie, Univer-

sités de Goettingen, Grenoble, Cologne, Poitiers, Strasbourg, etc. Plus de trente manifestations ont eu lieu à l'Université de Cluj

pour le jubilé ou la commémoration des savants étrangers illustres,

comme: Newton, Laplace, Emile Picard, H. Lebesgue. Rappelons

aussi que le comité international pour offrir l'épée de Membre de

l'Institut h M. Paul Montel, eut son siège à Cluj et la remise solen-

nelle de l'épée eut lieu en Roumanie. L'Université de Cluj a aussi

officiellement fété le X-me anniversaire de la Résurrection de la

Pologne. Des professeurs de Cluj ont également pris la parole aux

jubilés de plusieurs savants à l'étranger (J. Hadamard, E. Caftan,

etc.).

En liaison avec ces manifestations internationales il faut relever

le fait que les périodiques scientifiques de Cluj ont été des véritables

publications internationales, honorées par la collaboration interna-

tionale de premier ordre. Il suffit de citer comme exemple les pério-

diques dirigés par E. Racovitza.

Revista de Endocrinologie, (dirigée par A. Grhdinescu) a publié

des études de Antonetti (Rome), Aschener (Vienne), C. Faella (Rome),

O. Frankl (Wien), F. Hartman (Ohio, U. S. A.), N. Pende (Rome),

M. Reiss (Praha), Silvio de Candia (Rome).

Mathematica (secrétaire de rédaction P. Sergescu) jouit de la

collaboration internationale de 148 auteurs, dont nous citerons entre autres: M. Biernacki (Poznan), W. Blaschke IHambourg), G. Bouli-

gand (Paris), E. et H. Cartan (Paris), G. Darmois (Paris), A. Denjoy

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48

PIERRE SERGESCO

(Paris), A. Errera (Bruxelles) J. Favard (Grenoble), M. Fréchet

(Paris), G. Garcia (Lima), R. H. Germay (Liége), Godeaux (Bruxel-

les), J. Hadamard (Paris), B. Hostinsky (Brno), P. Humbert (Mont-

pellier), J. Karamata (Belgrade), St. Kempisty (Wilno), C. Kura-

towski (Varsovie) H. Lebesgue (Paris), F. Léja (Cracovie), G. Loria

(Ganes), N. Lusin (Moscou), S. Mandelbrojt (Texas), A. Marchaud

(Clermont-Ferrand), S. Mazurkiewicz (Varsovie), Paul Montel (Paris)

N. Obreschkoff (Sofia), M. Petrovitch (Belgrade), E. Picard (Paris),

Sophie Piccard (Neuchatel), W. Sierpinski (Varsovie) A. N. Singh

(Luknow, bides), J. Soule (Montpellier), L. Tchakaloff (Sofia), G.

Valiron (Paris), Th. Varopoulos (Athnes), Q. Vetter (Praha), J.

Vignaux (Buenos-Aires), B. Vulich (Leningrad),

J.

L. Walsch

(Cambridge, U. S. A.), E. A. Weiss (Bonn), W. Wilkosz (Cracovie),

A. Zygmund (Wilno).

Les publications de l'Institut de Géographie (dirigées par Valsan),

les publications de la Faculté des Lettres, les publications médicales,

ont également eu une riche collaboration internationale.

Sur 13 docteurs honoris causa de l'Université de Cluj 5 sont

Francais (Ern. de Martonne, Paul Montel, G. Rippert, H. Roger,

de Saint-Aulaire), 2 sont Anglais (W. Steed et Seaton Watson), 1

Ita lien (Bartoli), 1 Tel-Lague (Abbe Zavoral).

M. Paul Monte! est directeur d'honneur du Séminaire Math&

matique de l'Université, J. Guiart et R. Jeanne! sont des professeurs

d'honneur.

HOTES ETRANGERS A CLUJ

L'activité scientifique de l'Université de Cluj attira vite l'atten-

tion des cercles scientifiques internationaux. Après les premières

années, oil notre seul contact direct avec l'étranger se faisait par nos maîtres qui nous connaissaient comme leurs &laves, commencèrent ä s'établir des relations directes de plus en plus nombreuses, étroites

et cordiales avec les collègues d'Occident. Comme suite, Cluj a

attire des savants étrangers de plus en plus nombreux. Ils nous

apportaient, par leurs lecons et conferences, des contributions pré-

cieuses a la solution des différents problèmes de spécialité. En mame

temps ils prenaient connaissance de nos preoccupations, de nos

efforts et de nos réalisations. Ces visites étaient une des joies et des

fiertés de la vie universitaire de Cluj. Voici une liste, aussi cow.-

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L'UNIVERSITÉ DE CLUJ ET SES RELATIONS AVEC L'ÉTRANGER

49

plète que possible, des hôtes étrangers de l'Université de Cluj depuis

1919 jusqu'au I septembre 1940. Elle comprend plus de 144 noms,

dont 67 hôtes de France. La liste est établie d'après l'ordre alpha-

bétique des pays.

Allemagne :

Bessen

(Berlin), W. Blaschke (Hambourg).

E.

Gamilscheg (Berlin, 2 fois), Lindemann (Düsseldorf), Mayer Lubke

(Bonn), Siebeck (Berlin), Troll (Bonn).

Argentine : A. Mielli (Santa Fe).

Autriche : W. Denk (Vienne), Hentschak (Vienne), Lebzelter

(Vienne).

Belgique : J. Capart (Liége), P. Gillis (Bruxelles), H. Gregoire

(Bruxelles), R. Sand (Bruxelles).

Danemark : V. Broendal (Copenhague), Dyggve (Copenhague).

Espagne : J. Caballero (Madrid), J. Guillen (Seville).

France : Achard (Paris), J. A.lazard (Alger), E. Albertini (Paris),

E. Allix (Paris), E. Antony (Paris), Y. Auger (Paris), Mgr. Beaussart

(Paris), L. Bernard (Paris), Blanchard (Montpellier), Charles Blondel

(Paris), H. Bonnet (Paris), Emile Borel (Paris), M-me Borel-Camille

Marbo (Paris), H. Breuil (Paris), H. Capitant (Paris), J. Carcopino

(Paris), E. Cartan (Paris), H. Caullery (Paris),

M. Charpentier (Nancy), P. Collinet (Paris, 2 fois), M-me Cotton

S. Charléty (Paris),

(Paris), A. Denjoy (Paris), J.

L. Destouches (Paris), Ch. Diehl

(Paris), J. Duguit (Bordeaux), J. L. Faure (Paris), L. Le Fur (Paris),

H. Focillon (Paris, 3 fois), J. Guiart (Lyon), R. Jeannel (Paris), L.

Jousserand (Lyon), Maurice Labbé (Paris, 2 fois), A. Lemierre (Paris),

F. Lot (Paris). S. Mandelbrojt (Paris), Em. de Martonne (Paris,

4 fois), H. Maunier (Paris),

J. Marouzeau (Paris), Paul Montel

(Paris, 5 fois), A. Meillet (Paris), Olivier Martin (Paris), A. Patte

(Poitiers), Pautrier (Strasbourg), Ch. Perez (Paris, 2 fois), Perret

(Paris), J. Perrin (Paris), H. Prenant (Paris), G. Puaux, (Haut com-

missaire en Syrie), L. Réau (Paris) G. Rippert (Paris, 2 fois), Mario

Rogues (Paris, 2 fois), P. Sergent (Paris), V. Sorrel (Paris), G.

Urbain (Paris), J. L. Vaudoyer (Paris), J. Vendryès (Paris).

Grande-Bretagne : T. Blake, Chapman, Chevasut, Craigie, T.

Greenwood (Londres), W. Jervis (Bristol), R. Livingstone (Oxford),

Ch. Petrie (London), R. Storre (Gouverneur de la Palestine), Thorn-

ton, Webster (Walles), Wright (Bristol), Lady Astor.

Hollande : J. v. Holk (Leyde).

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50

PIERRE SERGESCO

Indes Anglaises : A. N. Singh (Luknow).

Italie : Albertario (Rome), G. Bertoni (Rome), Bartoli (Torino),

E. Bompiani (Rome), M. Bontempelli (Rome), G. Bortolotto (Rome),

G. Calza (Ostie), G. Devoto (Florence), P. Ducati (Bologne), S. Ferri

(Rome), N. Pende (Genes), M. Picone (Rome), R. Riccardo (Rome),

C. Tagliavini (Torino), V. Volterra (Rome).

Pologne : M. Biernacki (Poznan), C. Kuratowski (Lwew), M.

Matecki (Cracovie), W. Sierpinski (Varsovie, 3 fois), P. Szymanski

(Varsovie).

Suisse: H. Hartmann (Zurich), C. Jaberg (Berne), E. Pittard (Geneve), A. Reymond (Lausanne), W. Ruppard (Geneve), R.

Wavre (Geneve).

Tchécoslovaquie :

B. Hostinsky (Brno), M-me Huskova-Flaj-

hansova (Bratislava, 2 fois), F. Ulrich (Praha), F. Zakawec (Bra-

tislava), Abbe M. Zavoral (Praha).

United States of America: Albee (New-York), A. Andrews (Bos-

ton),

Maurice (New-York), R. Trevorow (New-York).

Ch. Upson Clark (Yale 3 fois), Basil Luyer (Saint Louis),

Yougoslavie: J. Karamata (Belgrade).

*

*

*

Les données consignees dans cet exposé, constituent un témoig-

nage du travail fourni par l'Université de Cluj pour reserrer les liens

avec les milieux scientifiques internationaux. L'Université a réalisé

des résultats analogues dans les domaines des publications scienti-

fiques, de l'assistance des étudiants et de la vie sociale. La courbe

statistique de ses manifestations, durant les premières 20 années.

de l'existence de l'Université, montre une augmentation rapide et

continue en ce qui concerne le nombre, l'intensité et la qualité des.

manifestations. Ce bilan, dont nous sommes fiers, est d, avant tout,

au fait que la plupart des professeurs de Cluj avaient dédié toute leur activité au progrés, dans toutes les directions, de leur el-16re Univer-

site. Loin des passions de la vie politique, ils ont trouvé leur satisfac-

tion supréme dans la vie â l'ombre de leur Université. Lorsque

l'écho des passions se sera éteint, nos successeurs impartiaux pourront

juger â leur juste valeur les efforts que nous tous avons fait avec enthousiasme, avec abnegation, avec beaucoup de sacrifices. En

attendant, nous continuerons notre genre de vie de Cluj, qui ne de-

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L'UNIVERSITE DE CLUJ ET SES RELATIONS AVEC L'ETRANGER

51

mande que le droit au travail et h la liberté de conscience. En agissant

ainsi, nous pourrons fermer les yeux avec la conviction que nous

n'avons pas trahi la confiance de la nation roumaine, qui nous a

impose une charge lourde et pleine de responsabilités, en nous

assignant un rôle, si modeste filt-il, dans la réalisation du rAve cen-

tenaire des Roumains d'Ardéal: la création de l'enseignement supé-

rieur national.

(Timisoara, Septembre 1942).

PIERRE SERGESCO

Membre-correspondant de l'Académie Roumaine

4*

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LES DÈCISIONS D'ALBA-JULIA ET LEUR INTERPRÉ-

TATION PAR LES MINORITÉS NAT IONALES

DE ROUMANIE

Durant les heures troubles de 1918, au moment o la demande

d'armistice des Puissances Centrales laissait prévoir l'écroulement

prochain d'un ordre international vieilli et artificiel, les peuples

européens, avides de liberté et de justice, étaient encore incertains

de leur sort. C'est alors qu'ils recurent le message en 14 points, dans lequel le President Wilson leur promettait le droit de disposer fibre-

ment d'eux-mémes. Ces declarations du President Wilson répon-

daient â des aspirations si profondes et si irrésistibles que, grace

it

leur forme lapidaire, elles acquirent la valeur d'un mot d'ordre

destine â galvaniser les tendances â la révolte des peuples sub-

jugués et â paralyser les dernieres resistances des puissances vaincues.

Ainsi, le droit de libre determination des peuples devint tout

coup, comme â un signal enchanté, un principe fondamental du

a

droit international qui n'a jamais pu étre arraché h la conscience

juridique de l'humanité, au sein de laquelle il demeure avec plus

de force et plus de silibeté que dans n'importe quel pacte ou codi-

fication internationale.

Le peuple roumain n'est pas resté étranger â ce mouvement

d'idées.

Le 1-er décembre 1918, â Alba-Iulia, - la cite o, il y a trois

siècles, Michel le Brave avait realise la première union, - 1.228 de-

légués de la nation roumaine de Transylvanie, du Banat, de Cri-

vana et du Maramurq, ont decide, au nom du principe ci-dessus

et aux acclamations sans fin d'une foule enthousiaste de 100.000 personnes, leur union au royaume de Roumanie.

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LES DECISIONS D'ALBA-IULIA ET LEUR INTERPRETATION

53

Si nous voulons établir aujourd'hui l'importance et la signifi-

cation juridique de la Grande Assemblée d'Alba-Julia, nous cons-

taterons qu'elle n'a pas été une simple manifestation politique ou reunion populaire, mais qu'elle a eu, tant par sa composition que

par son but, toutes les caractéristiques d'une veritable assemblée

representative des Roumains vivant dans cette region.

En vérité, l'élection des délégués 6. cette Assemblée a eu lieu

conformément a un réglement établi par le Conseil national central

roumain, dans lequel celui-ci précisait que l'Assemblée, dont on

« la volonté

allait élire les membres, avait pour but d'exprimer

souveraine de la Nation roumaine de Transylvanie, de Hongrie

et du Banat de Timipara, seule maîtresse de son sort *. Ce régle-

ment prévoyait, en outre, que « les élections auraient lieu en con- servant les circonscriptions qui existaient lors des derniéres élec-

tions législatives de 1910 » et que, dans chaque circonscription, on

élirait 5 délégués, conformément aux normes du suffrage universel.

On ajoutait que tous les délégués devaient recevoir pleins pouvoirs

par un mandat écrit, signé par le president et le secrétaire du bu-

reau electoral, ainsi que-- par tous les hommes de confiance des com-

munes de chaque circonscription. Enfin, â ces représentants élus se

sont joints des délégués envoyés â l'Assemblée par les deux Eglises

roumaines, par diverses sociétés culturelles, financiéres et sportives,

par la presse, les associations d'artisans, les gardes nationales, les.

divers fonds et fondations, les groupements féminins et le parti

social-démocrate roumain. Dans ces conditions, il est evident que

la Grande Assemblée, qui s'est réunie le 1-er décembre a Alba-

Julia, a été considérée, â juste titre, comme ayant le pouvoir et

le droit d'exprimer la volonté de toute la population roumaine de

ces regions 1).

En décidant son union â la mére-patrie, le peuple roumain de

Transylvanie n'a pas eu l'intention, - selon l'expression de M.

1) Voir, it ce sujet: C. Bardosi, dans la Revue de Transylvanie,1934, No. 2,

p. 235; Titu Oni§or, Alba-lulia in lumina tehnicei juridice (Alba-Julia it la lu-

mière de la technique juridique) dans la Revista de Drept Public, 1935, No.

3-4, p. 281 et G. Sofronie, Adele de liberii determinare din 1918, fundament

juridic al unitalii nationale (Les actes de libre détermination de 1918, fonde-

ment juridique de l'unité nationale), Sibiu, 1944, p. 108.

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TUDOR DRÁGANU

Jules Maniu - de se transformer d'opprimé en oppresseur, d'asservi

en asservisseur 1). « Nous voulons, -a insisté cet homme d'État

dans son discours