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Chapitre II Classification des Dommages et Désordres

I- INTRODUCTION :

La méthode de réparation ou de renforcement repose sur l'analyse et l'examen de la


structure à renforcer. Cette analyse suppose une exacte connaissance des raisons et des
causes qui amènent à se poser le problème.

II- CLASSEMENT DES DIFFERENTS DESORDRES :

Les désordres dont souffrent les structures peuvent en général se classer en trois catégories :

 les vices de conception de construction ou d'exécution qui affectent les ouvrages


neufs, et qui vont de l'erreur de calcul à la mauvaise qualité du béton, en passant par
les erreurs de ferraillage ou le manque de soins pour l'exécution de certains détails :
gousset, appuis, joints, etc.
 les maladies de vieillesse dues aux agressions du milieu : corrosion due aux
atmosphères industrielles, aux ambiances marines, aux sels de déverglaçage, à
l'action des intempéries, en particulier des cycles gel-dégel ;
 les accidents dus à des causes mécaniques : surcharges non prévues à l'origine,
chocs dus à des véhicules et s'exerçant sur les parties sensibles d'une structure,
secousses sismiques ou mouvements de terrains se traduisant par des affaissements,
des tassements ou des tassements différentiels.

1- Les vices de conception de construction ou d'exécution :

On peut citer :

 Estimation imparfaite des sollicitations sismiques :

Soit l’action sismique a été définie à un niveau insuffisant, soit encore à cause de
l’insuffisance du règlement en vigueur. Cette dernière circonstance n’est pas exceptionnelle,
car l’établissement d’une réglementation s’effectue à partir des enregistrements des séismes
passés. Les séismes futurs risquent d’être plus forts et donc plus pénalisants.

Soit il peut s’agir d’une erreur dans la détermination des réponses des structures à l’action
sismique. Il en était ainsi à MEXICO où la pratique du calcul statique équivalent considère
les structures parfaitement encastrées, prend en compte le seul mode fondamental et néglige
l’intervention des modes supérieurs. En réalité, du fait de la très mauvaise qualité du sol, les
structures sont encastrées élastiquement, d’où la possibilité de rotations importantes avec une
intervention non négligeable des modes supérieurs.

 Défaut de conception :

Il résulte le plus souvent de la non-observation des prescriptions réglementaires. Les


exemples sont nombreux : formes accusant des dissymétries importantes tant en plan qu’en
élévation et non modélisées en conséquence, changement brutal des raideurs , insuffisance
des largeurs de joints entre les bâtiments, insuffisance ou mauvaise disposition des armatures
dans les zones critiques autour des nœuds et dans les nœuds, insuffisance ou manque de
liaisons conférant un comportement monolithique au bâtiment (liaisons entre les fondations,
chaînages suivant les trois directions …).

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 Imperfections d’exécution :

Elles peuvent constituer une source importante de désordres : le non-respect des


dispositions des armatures prévues au projet, la mauvaise qualité des matériaux, l’oubli des
matériaux dans le joint entre les bâtiments prévu à l’origine vide de tout matériaux.

 Défaut d’entretien, modifications :

Il peut concerner soit la protection des matériaux (Exp. insuffisance d’enrobage des
armatures) et, d’une manière plus générale, l’état de vétusté du bâtiment (disparition des
tirants, par corrosion), soit des modifications de la structure sans se préoccuper de la
transmission de l’action sismique. Il est donc essentiel, en zone sismique, de mettre en place
une gestion efficace de la résistance au séisme du bâtiment.

2-Les accidents :

2-1- Indicateur d’endommagement :


La procédure d’analyse d’un bâtiment doit être conduite de façon à mettre en évidence les
indicateurs locaux et globaux d’endommagement à prendre en compte dans l’analyse des
bâtiments.
Il faut donc commencer de par dresser un état détaillé et précis des possibles désordres
(état présismique) ou des désordres qui sont apparus (état postsismique), puis s’efforcer d’en
déterminer la cause. Un désordre a presque toujours des causes multiples et le poids relatif
de chacune d’elles est difficile à estimer ; c’est en cela que réside la difficulté d’une expertise.

2-1-1-Indicateurs spécifiques des mouvements du sol :


L’observation des bâtiments après séisme nous renseigne sur le comportement du sol :
glissement, liquéfaction, faille active débouchant en surface.
Les constructions situées dans le voisinage immédiat du bâtiment qui a subi les
conséquence du mouvement du sol peuvent à leur tour être entraînées. Par exemple le
tassement du bâtiment lourd, ossature en mur en béton armé, a provoqué l’endommagement
du bâtiment de dimensions plus modestes en maçonnerie porteuse. Fig. 1.2 et 1.3.

Figure 1.1.

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Figure 1.2- conséquences du mouvement du sol sur la tenue des bâtiments isolés.

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2-1-2-Indicateurs spécifiques concernant les structures résistantes :


 Dégradation de bâtiments de forme complexes (en plan et/ou en élévation) :
Lorsque la forme en plan des bâtiments est complexe ou non compacte, cela entraîne des
efforts de torsion et des vibrations localisées, non pris habituellement en compte dans le
calcul du bâtiment, pouvant provoquer des ruines localisées et, dans certains cas,
l’effondrement du bâtiment.
Pour les bâtiments ayant des formes en L, en T ou assimilées, on risque des ruptures par
fouettage ou par l’action déphasée des ailes. Fig.1.4
La figure 1.4 montre d’une manière détaillée les dégradations d’un bâtiment en forme de L :
-la dégradation ou l’effondrement de la partie commune aux deux ailes, par déplacements
différentiels suivant la direction du séisme (fig. 1.4 c et d) ; on constate que le volume
endommagé augmente avec la hauteur, ce qui est normal puisque les déplacements sont plus
importants au sommet qu’à la base ;

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- la dégradation par fouettage et éventuellement l’effondrement des extrémités des ailes ;


-l’effondrement complet d’une aile en cas d’absence d’une structure propre de
contreventement.

 Variations des raideurs en élévation :


La variation de la raideur sur la hauteur du bâtiment doit se faire d’une manière continue.
Tout changement de raideur doit être maîtrisé et modélisé pour que la simulation puisse
mettre en évidence le comportement de l’ouvrage.
A défaut, la réponse en « coup de fouet » est à craindre fig.1.5, pouvant entraîner la
dégradation ou même la ruine des parties plus « souples » situées à la partie supérieure des
constructions.
On a constaté ainsi, d’une manière systématique, l’endommagement ou même
l’effondrement des parties supérieures (clochers, minarets) des édifices religieux fig. 1.6

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 Distribution des masses :


Il est connu que la distribution des masses peut avoir un effet défavorable sur le
comportement de la structure.
Souvent il a été constaté qu’à l’occasion d’un changement de destination des locaux, les
nouvelles masses ont été disposées sans tenir compte de la capacité de la structure à
transmettre les efforts correspondants. L’exemple le plus caractéristique est celui de la
transformation des bureaux en atelier de confection avec stockage des ballots d’étoffes situés
au dernier niveau. Le surplus des masses et les modes de vibrations expliquent la ruine des
étages supérieurs. Fig.1.7

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 Formation des articulations plastiques dans les poteaux courants« poteaux souples» :
Les structures en béton armé sont conçues comme résistant à l’action sismique surtout
grâce à une capacité considérable de dissipation d’énergie induite par déformation plastique,
les ruptures fragiles (par rupture des zones de béton comprimées, par défaillance des zones
soumises aux efforts tranchants, …) étant soigneusement évitées.
Cette conception est très clairement visible dans le cas des structures en éléments linéaires,
poutres ou poteaux. La dissipation d’énergie se produit par une déformation importante dans
les zones critiques (plastiques) des éléments en béton armé, qui doivent être confinés pour
éviter la dégradation.
Les dégradations de poteaux courants souples se produisent surtout aux extrémités en
fonction de l’importance de l’effort et selon le processus suivant :
1- fissures horizontales situées près du niveau d’arrêt de bétonnage, dont la reprise a été mal
exécutée fig.1.8 b
2- fissures horizontales dans la zone nodale dues à l’alternance du moment de flexion. Fig.
1.8 c
3- fissures en X accompagnées par la dislocation du béton d’enrobage dues aux effets de
l’effort tranchant fig. 1.8 d

a) fissures inclinées dues aux b) fissures inclinées à la partie supérieure


contraintes de cisaillement du poteau dues aux efforts tranchants
développées par les efforts tranchants causés par l’interaction avec la maçonnerie

4- dislocation totale du béton dans les zones d’extrémités ; flambage des armatures
longitudinales dû à l’insuffisance des armatures transversales. Fig. 1.8 e

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Figure 1.9- exemple du schéma 1.8.e

5-fissures inclinées au niveau du nœud dues aux sollicitations appliquées dans le nœud et à
l’effet de l’interaction avec la maçonnerie (remplissages).

6- fissures verticales dues aux contraintes de traction dans l’enrobage développées par les
armatures (destruction de l’adhérence et allongement des armatures).

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a) Fissures verticales superficielles


b) Eclatement de l’enrobage au
étendues jusqu’à l’armature.
niveau des angles

7- défauts d’exécution mis en évidence par le séisme.

Zone de ségrégation mise en évidence Joint de reprise de bétonnage mis en évidence par
par un écrasement local du béton du aux un écrasement du béton avec ou sans flambement
contraintes de compression des armatures du aux contraintes de compression

Pour éviter cette dégradation il faut assurer le confinement du béton pendant toute la durée
des sollicitations cycliques induites par l’action sismique, grâce à l’intégrité des armatures
transversales. Des études théoriques et l’expérience montrent que le confinement est efficace
si la distance entre les armatures transversales ne dépasse pas les valeurs de 3.5-4 Φl à 7-8
Φl.
 Présence des poteaux courts, « poteaux raide » :

La rupture par cisaillement de ce qu’il est convenu d’appeler des «colonnes courtes» est
une cause majeure d'effondrement lors de tremblements de terre. Il s'agit de colonnes trapues,
qui sont souvent encastrées dans de solides poutres ou sommiers, ou qui sont rigidifiées par le
remplissage ultérieur d'un cadre(«colonnes captives en non-conformité avec leur système
statique»).Les extrémités des colonnes de cadres doivent être sollicitées tout au plus jusqu'à
leur moment plastique(moment de plastification, respectivement de rupture).Les colonnes
courtes, dotées d'une grande résistance à la flexion, subissent un énorme gradient de moment
et par conséquent un important effort tranchant, qui entraîne souvent une rupture par

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cisaillement avant même que le moment plastique ne soit atteint. C'est pourquoi il convient
d'éviter les colonnes courtes. Une manière de résoudre le problème consiste à concevoir les
colonnes selon les règles du dimensionnement en capacité, l'effort tranchant étant majoré en
tenant compte de la surrésistance de l'armature verticale. Le mécanisme de ruine est décrit
par la figure 1.10

Figure 1.11-

Figure 1.12-

Deux cas peuvent se rencontrer :

a) poteaux devenus courts :


La longueur de projet se trouve diminuée par :
-la mise en place d’allèges préfabriquées ou d’un remplissage partiel de la maçonnerie,
placés symétriquement par rapport au poteau. Fig. 1.13 b
-la mise en place d’allèges ou d’un remplissage partiel de la maçonnerie, disposés
dissymétriquement par rapport au poteau. Fig.1.13 c ; la fissure unique est due à la présence,
d’un seul coté du poteau, d’un panneau partiel en maçonnerie.
-l’exécution des ouvertures dans un panneau en maçonnerie plein à l’origine. Fig. 1.14

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Figure1.15- exemples des poteaux courts

-la réalisation d’une construction de hauteur réduite contre le poteau d’un hall industriel.
Fig. 1.16
-la réalisation à l’extérieur d’une construction de hauteur réduite contre un bâtiment existant.
Fig. 1.17

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Fig.1.18-

b) poteaux courts d’origine structurale :

C’est par exemple le cas d’un sous-sol avec des ouvertures de faible hauteur, d’un vide
sanitaire ou d’une rampe de parking. Fig. 1.19

 Poutres :

Les dommages qu’on peut les constater sur les poutres sont comme suit :

1-fissures verticales dues aux contraintes de traction provenant de l’interaction avec les
remplissages (maçonnerie).

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2- fissures verticales dues aux moments de flexion et aux efforts normaux de traction.

3- fissures verticales dues au avec


Fig.1.20—poutre glissement
fissurationsdes armatures (destruction de l’adhérence) sous
verticales
l’effet des contraintes de traction.

4- fissures inclinées dues aux effets de l’effort tranchant.

5- rotule plastique dans la zone nodale où l’on constate une zone d’écrasement et
d’éclatement du béton avec ou sans flambement des armatures dus aux effets de l’alternance
de l’effort normal et du moment de flexion.

 Murs en béton armé :

a) murs pleins :

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1- fissures inclinées dues à l’action de l’effort tranchant.

Fig.1.21- exemple du voile endommagé

2- fissures horizontales au niveau des extrémités (inférieure et supérieure) dues à l’action du


moment de flexion et à son alternance.

3- fissures superficielles verticales (dans l’enrobage).

4- défauts d’exécution mis en évidence par l’action sismique.

Ecrasement du béton du Ecrasement du béton au niveau Fig1.22. présence de terre dans le béton
joint de reprise de bétonnage. D’une zone de ségrégation
b) murs à ouvertures :

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1-formation des articulations plastiques dans les linteaux :


La mauvaise estimation des efforts, l’insuffisance des armatures transversales et un
ancrage trop court des armatures longitudinales expliquent la dégradation. Fig. 1.23

.23

2- fissures inclinées au niveau du linteau dues aux efforts tranchants.

3- fissures verticales au niveau du linteau dues à l’alternance du moment de flexion.

4- défauts d’exécution mis en évidence par l’action sismique.

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Fissures verticales dues aux glissements Fissures horizontales dues aux défauts d’ancrage
des armatures (destruction de l’adhérence) et/ou à une reprise de bétonnage.

 Détails de ferraillage :
L’importance du détail de ferraillage dans la résistance à l’action sismique a été mise en
évidence lors de nombreux séismes.
On peut regrouper en trois grandes familles les problèmes soulevés par la non-conformité
des détails par rapport aux règles de construction en béton armé en général, et
particulièrement en zone sismique :
-le manque de continuité mécanique en 3D : toute construction doit être conçue dans son
ensemble et dans ses détails de telle sorte qu’elle puisse avoir, vis-à-vis de l’action sismique,
un comportement de bloc à trois dimensions, pour ce faire les armatures longitudinales des
chaînages, fondations, poutres, poteaux, mues et dalles doivent se recouvrir sur une longueur
suffisante et dans toutes les directions pour obtenir ce type de comportement ;
-la mauvaise disposition des attentes : leur longueur insuffisante et surtout, en cas de la
mauvaise implantation, l’obligation de pratiquer un coude et un contre-coude fig.1.24
rendent la structure vulnérable ;
-les zones critiques situées en extrémité des poteaux et des poutres sont systématiquement le
siège de dégradations importantes du fait du manque flagrant d’armatures transversales en
nombre suffisant.

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.24

2-2- Scénarios d’effondrement :

 Bâtiments à structures en portiques en béton armé :


Les bâtiments constitués par une ossature en béton armé avec des remplissages en
maçonnerie représentent un type de construction extrêmement répandu dans le monde.
Le début du processus d’effondrement est certainement du à un ensemble de causes
concomitantes ou en chaîne. Ces causes d’effondrement peuvent être nombreuses. On peut
citer :
1- interaction des portiques et des panneaux de remplissage :
Qu’ils soient pris en compte ou non dans les justifications de résistances aux efforts
latéraux, les panneaux de remplissage développent, suivant leurs diagonales dans un sens,
puis dans l’autre, des bielles actives fonctionnant en compression et constituant avec
l’ossature un système triangulé. fig.1.25
Les conséquences de la présence de panneaux de remplissage dans un bâtiment comportant
des portiques en béton armé peuvent se résumer sous deux aspects :
a) interaction panneau/poteaux dans le plan du portique :
Si l’on considère un panneau soumis à des forces agissant parallèlement à son plan fig.1.25
a, ce panneau a tendance à se déformer en parallélogramme. Il se découpe alors dans la
maçonnerie une diagonale active comprimée et une diagonale active tendue fig.1.25 b, cette
dernière cède en donnant lieu à une fissure oblique. Lorsque les effets s’inversent, c’est au
tour de l’autre diagonale de céder fig.1.25 c, et on trouve après séisme la classique
fissuration en X fig.1.25 d.

L’effondrement des bâtiments dans la structure est réalisée par des portiques en béton armé
avec remplissage en maçonnerie s’explique par le processus suivant : les bielles développent
à leur extrémité supérieure une composante verticale ascendante qui tend à délester le
poteau, et une composante horizontale qui tend à le cisailler fig.1.25 e.
Si en outre, le bâtiment est soumis à une accélération verticale ascendante, les poteaux
peuvent se trouver délestés dans une proportion suffisante pour que leur résistance à l’effort
tranchant se trouve diminuée de façon considérable : ruine par rupture au cisaillement.

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Fig.1.26-exemple de la fig.1.25d

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b) formation concomitante des bielles de compression dans la façade et le pignon situés de


part et d’autre de l’angle du bâtiment :
Elle a pour conséquence un délestage plus important du poteau fig.1.27. La simplification
consistant à supposer que l’action sismique s’exerce seulement dans une direction
horizontale, puis dans la direction perpendiculaire n’est pas acceptable, surtout pour la
vérification à l’effort tranchant des poteaux situés à l’intersection de deux panneaux
rectangulaires.
Les poteaux d’angle sont les plus vulnérables :
-parce qu’ils reçoivent le cisaillement dans les deux directions horizontales, même si les deux
efforts tranchants n’atteignent pas en même temps leur valeur maximale ;
- parce qu’ils ne reçoivent comme charge verticale que le poids d’un quart de travée, alors
que la poussée de la bielle qu’ils ont à équilibrer est celle qui correspond à une travée
complète.
La destruction des poteaux d’angle entraîne celle des poteaux des pignons, les étages
supérieurs viennent s’asseoir entre les poteaux de pignon après avoir broyé le rez-de-
chaussée.
Dans bon nombre de situations, les jonctions (nœuds) poteau/poutre sont restées
pratiquement indemnes, ce qui démontre que le portique n’a pas eu l’occasion de fonctionner
en tant que tel. En fait, l’effondrement s’est produit sous l’effet initial bien avant que les
oscillations latérales aient atteint l’amplitude voulue, et il correspond à la rupture fragile des
poteaux encadrant les panneaux de maçonnerie.
Dans d’autre cas, les panneaux en maçonnerie au rez-de-chaussée ont agi comme des
fusibles avec un relatif bon comportement des étages.
En fin, il est important de souligner que la destruction d’un panneau se traduit
inévitablement par la surcharge des panneaux restants, avec le risque de rupture en chaîne. Il
est donc raisonnable d’envisager la situation créée dans ce type de structure par la
disparition d’un ou de plusieurs panneaux.

2- manque de dispositions de ferraillage adéquates à la construction en zone sismique.


3-sous-estimation des efforts sismiques : effort tranchant à la base du bâtiment. fig.1.28.

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Fig.1.29- exemple de la fig.1.28c

4- variation brutale des raideurs en élévation : réduction des sections des poteaux fig.1.30,
rétrécissement du bâtiment fig.1.31

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Fig.1.32- exemple de la fig.1.30c

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5- présence des poteaux courts, non calculés pour un tel fonctionnement


6- existence de rez-de-chaussée élastiques, non calculés pour un tel fonctionnement
7- comportement fragile des structures réalisées par des poteaux et des planchers dalles
alvéolés au lieu de vraies poutres. La faible raideur du plancher et l’absence d’une réelle
continuité mécanique ont entraîné un nombre important d’effondrement à la verticale, du type
galette fig.1.33

. 33

Fig.1.34- exemple de la fig.1.33c.


8- ruine du bâtiment par empilement des planchers
9- terrain de fondation de très mauvaise qualité où l’encastrement parfait retenu pour le
modèle de calcul du bâtiment n’est pas vérifié. fig.1.35
10- les règles parasismiques supposent que les bâtiments se trouvent en configuration isolée.
Toute présence de constructions juxtaposées non prises en compte dans les calculs modifie la
réponse du bâtiment à l’action sismique. fig.1.36

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Fig.1.37- exemple de la fig.1.36b.

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 Cas particuliers de renversements :


Le renversement de bâtiments, sous l’action sismique, s’est produit en trois situations :
1-batiments chavirés à cause de la liquéfaction.
2- bâtiments renversés à cause de l’entrechoquement. fig.1.38

3- bâtiments renversés à cause de la rupture fragile des poteaux. fig.1.39

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 Entrechoquement : indicateur spécifique d’interaction structure/structure :


Quand les bâtiments adjacents sont juxtaposés ou quand la largeur du joint est insuffisante,
sous l’action sismique on assiste à un entrechoquement qui peut même provoquer
l’effondrement complet du bâtiment. L’entrechoquement est d’autant plus dangereux dans les
situations suivantes :
1- bâtiments de différentes hauteurs, rigidités et masses :
Par exemple un bâtiment à murs porteurs qui se dégradent à cause de l’entrechoquement
et/ou par insuffisance des dispositions parasismiques, à coté d’un bâtiment dont le rez-de-
chaussée est composé uniquement par des poteaux. Ces derniers peuvent être détruits par
suite de la chute des éléments du bâtiment voisin. fig.1.40

. 40

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En cas de hauteurs différentes, c’est le bâtiment le plus haut, moins raide et plus souple, qui
souffre le plus, ayant tendance à se coucher sur le bâtiment le plus petit et plus raide. fig.1.41
2- planchers de bâtiments adjacents n’étant pas au même niveau fig.1.42
En cas d’entrechoquement, les structures les plus souples sont les plus vulnérables.

. 42
. 41

Fig.1. 43. Exemple de la fig.1.42

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3- Les maladies de vieillesse :

La durabilité est définie comme l'aptitude d’une entité à accomplir une fonction dans des
conditions données d’utilisation et de maintenance, jusqu’à ce qu’un état limite soit atteint.
On parlera plutôt de durabilité pour le matériau (et de durée de vie pour les ouvrages) ;
qualifiant les aptitudes du béton à maintenir ses fonctions, par exemple de résistance aux
agressions mécaniques et chimiques, les abrasions et usures, les effets du gel-dégel. On peut
ainsi déduire que des facteurs aussi bien externes qu’internes influencent, cette durabilité.
3-1- facteurs externes :
Les facteurs externes sont liés à l’environnement où est implantée la structure, on peut citer ;
Attaques chimiques
Carbonatation du béton et corrosion des aciers
Effet du gel
Environnement salin

 Attaques chimiques :
Le béton est attaqué par tous les corps acides y compris sous forme de fumées ou vapeurs.
Ces fumées ou vapeurs acides proviennent surtout des industries alimentaires tels que le
vinaigre, le jus, les solutions sucrées. Les sels solides n’attaquent pas le béton, mais,
lorsqu’ils sont en solution, ils peuvent réagir avec la pâte de ciment hydraté.
Les eaux souterraines et l’eau de mer sont chargées en ions sulfates. Ces ions ne sont pas
passifs vis à vis de la matrice cimentaire.
Les modes d’action des sulfates dans le béton sont complexes, nombreux, et pas tous encore
identifiés. Cependant la formation de certains composés chimiques a permis d’expliquer le
gonflement résultant de la pénétration des ions sulfates. Les sulfates, véhiculés par l’eau, en
pénétrant dans le béton véhiculés par l’eau vont réagir chimiquement avec la matrice
cimentaire pour former de nouveaux hydrates qui sont expansifs, ce gonflement entraînant
des tensions au sein du béton, tensions engendrant de la fissuration.
Trois types de composés peuvent se former en fonction entre autre de la concentration en
sulfate de l’eau, du pH environnant, et de la température: l’ettringitte le gypse et la
thaumasite.
L’ettringite secondaire :
La formation d’ettringite est fréquemment associée à la description des attaques
sulfatiques. Elle se forme à partir de C3A non hydraté quand le béton a déjà durci. Elle peut
générer de l’expansion. Le caractère expansif ou non de l’ettringite, lié à sa façon de
cristalliser, dépend de la composition de la solution, et en particulier de sa teneur en chaux
CaO donc du pH.
Le gypse :
Le gypse peut résulter de la dissolution de l’ettringite, dans des solutions relativement
pauvres en hydroxyde de calcium quand le pH devient inférieur à 11,5-12. Les dommages
causés peuvent être de deux types : l’écaillage et le gonflement du béton. Pour évaluer les
conséquences de la seule formation de gypse, il était nécessaire d’empêcher la formation
d’ettringite, en utilisant des liants sans C3A. On remarque que l’absence de C3A ou
d’ettringite par exemple, n’exclue pas l’occurrence d’une attaque sulfatique celle-ci étant du
à la formation de gypse.
La thaumasite :
La thaumasite se forme généralement quand l’attaque sulfatique a lieu à des températures
assez basses (entre 0 et 5°C). Elle est le produit de réactions entre les C-S-H, et les ions
sulfates SO42- et carbonates CO32-. Elle peut aussi se former à partir d’ettringite et être
associée à la formation de gypse.

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La dégradation du béton liée à la formation de thaumasite provient donc de la dégradation


des C-S-H. De tels phénomènes ont été identifiés sur de nombreux ouvrages soumis aux
sulfates. La probabilité de voir se produire ce type de dégradation augmente si des granulats
ou des fillers calcaires sont utilisés sous des climats froids, car ces matériaux sont
essentiellement constitués de carbonate de calcium, et les ions carbonates interviennent dans
les réactions de formation de la thaumasite. Son mécanisme de formation n’est donc pas
encore bien connu, de même que l’influence de la température sur les attaques sulfatiques.

Le schéma de dégradation donné dans la littérature comprend les étapes suivantes :


- diffusion des ions sulfate SO42- et dissolution de Ca(OH)2,
- formation d’ettringite,
- formation de gypse et diminution de la concentration en Ca(OH)2,
- décalcification des C-S-H,
- formation de thaumasite.
Les produits expansifs formés dans la pâte de ciment durcie entraînent à chaque stade un
gonflement du béton puis un éclatement de celui-ci.

 Carbonatation du béton et corrosion des aciers :


En conditions normales, la solution interstitielle du béton est fortement alcaline avec un pH
voisin de13. A une telle alcalinité, dans le cas de structure en béton armé, l’acier est
normalement protégé de la corrosion par une fine pellicule d’oxyde. On dit que l’acier est
passivé. Si les conditions de stabilité de la couche protectrice sont modifiées, l’état de
passivation cesse et la corrosion des armatures s’amorce.
Les produits de la corrosion étant expansifs ils provoqueront dans un premier temps la
fissuration du béton de peau puis son éclatement. Deux autres effets nuisibles pour la sécurité
de l’ouvrage se produisent : la perte de section utile combinée à la perte d’adhérence.

La carbonatation entraîne des modifications notables dans la structure du matériau. Le


dioxyde de carbone CO2 qui pénètre dans le béton se dissout dans l’eau qu’il contient et
réagit avec l’hydroxyde de calcium Ca(OH)2, sous forme de portlandite, ou les silicates de
calcium hydratés, pour former du carbonate de calcium CaCO3. Ce phénomène est appelé
carbonatation et il entraîne une diminution du pH de la solution interstitielle. Lorsque le front
de carbonatation atteint les armatures celles-ci sont dépassivés. La couche de passivation
n’étant stable qu’en milieu basique, la corrosion des armatures peut débuter. Insistons sur le
fait que la carbonatation n’altère pas forcément les propriétés mécaniques et de transfert du
béton, il semble même qu’elle les améliore dans certains cas. En fait elle met en danger
uniquement les armatures si elles sont atteintes par le front de carbonatation.
La vitesse du front de carbonatation dépend de la perméabilité au gaz du béton car le C02
pénètre par la porosité du béton mais également de la teneur en humidité du béton. Une
humidité relative de 50% est favorable aux réactions.

Comme présentée sur la Figure 1.44, la principale réaction de corrosion consiste en la


formation d’une anode où le fer est dissous Fe → Fe2+ + 2e-. Les électrons ainsi relâchés
sont consommés par la cathode par la réduction de l’oxygène H2O + 1/2O2 + 2e- → 2HO-
(noter l’importance de l’apport de l’eau et de l’oxygène). Les ions ferreux réagissent ensuite
avec les ions OH- pour former des hydroxydes : Fe2+ + 2OH- → Fe(OH)2. En présence
d’oxygène, la réaction continue pour former Fe(OH)3, Fe2O3 et Fe3O4. Ce sont les oxydes
typiques qu’il est possible de retrouver dans les structures de béton. Cependant, comme la
section suivante le démontre, cette représentation du processus de corrosion est une
simplification du phénomène de corrosion réelle.

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Chapitre II Classification des Dommages et Désordres

Une concentration critique est donc nécessaire pour que débute la dépassivation des aciers.
Ce taux limite est fonction du ratio entre les ions chlorures et les ions hydroxydes présents
dans la solution interstitielle et du traitement de surface des armatures.

1.44-

Etapes de la corrosion :
La figure 1.45 met en évidence les différentes étapes de la corrosion des armatures avec les
deux phases :
- la phase d’incubation : phase où les agents agressifs pénètrent jusqu’aux armatures
- la phase de propagation de la corrosion

Figure.1.45. étapes de la corrosion des armatures.


La figure 1.46 montre les effets de la corrosion sur le comportement mécanique de la
structure corrodée.

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Chapitre II Classification des Dommages et Désordres

1.46

Fig.1.47- corrosion des armatures

 Effet du gel :
La présence en abondance des pores dans le béton durci permet à l’eau de pénétrer à
l’intérieur de la masse. Par temps froid, cette eau gèle et par conséquent augmente de
volume.
L’expansion de l’eau solide (glace) contenue dans les pores éclate la pâte de ciment durcie et
détériore ainsi l’adhérence avec les particules d’agrégat. Un excès de l’eau de mélange est la
cause principale de l’existence des pores qui, en milieu saturé, se remplissent d’eau prête à se
solidifier et donc à endommager le béton par temps froids. Des agrégats poreux peuvent aussi
rendre le béton vulnérable à l’effet du gel. Il est clair que dans ce cas, la perméabilité est la
cause principale de la dislocation interne des constituants du béton durci.

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Chapitre II Classification des Dommages et Désordres

 Environnement salin :
Le phénomène de dégradation résultant d’un tel environnement est similaire à celui-ci du
gel. Le sel soluble, généralement des chlorures ou des sulfates, se cristallise dans les pores et
en se cristallisant exerce une pression d’une manière similaire au gel et ainsi détruit
l’adhérence entre les agrégats et la pâte du ciment ou carrément fait éclater cette dernière.
Ce type d’attaque est fréquent dans les régions désertiques et dans les milieux marins ou
proche de la mer.
Dans le cas des régions désertiques, le sel monte du sol par capillarité et donc la
perméabilité du béton favorise cette action. La cristallisation se produit au moment de
l’évaporation de l’eau et donc cette forme de détérioration ne peut pas avoir lieu en présence
d’eau.

3-2- facteurs internes :


Les facteurs internes concernent la structure même du matériau béton et sa composition:
Réaction alcali-granulats
Les granulats qui composent la plupart des bétons sont pratiquement inertes chimiquement.
Cependant, certains types de granulats peuvent réagir avec les hydroxydes alcalins présents
dans le béton. La réaction alcali-granulats la plus fréquente est la réaction alcali-silice : la
silice contenue dans les granulats réagit avec les hydroxydes alcalins pour former un gel qui
absorbe l’eau présente dans le milieu ou provenant de l’humidité ambiante, et dilate ainsi le
béton.
La valeur typique de la dilatation due à cette réaction est de l’ordre de 0,1 %. Cette valeur
numérique étant petite devant un. Cependant, même si cette valeur est faible, les
déplacements induits peuvent êtres gênants dans des structures de grande taille. Sur une
période de plusieurs années des fissurations peuvent apparaître
Le principe de l’alcali-réaction peut être expliqué comme suit ; les granulats pouvant
contenir naturellement des silicates pendant que les alcalins sont présents en abondance dans
le ciment (Na2O, Ca2O, K2O). Alors en présence d’eau ou d’humidité, une réaction chimique
entre les silicates ou minéraux siliceux contenus dans les granulats et les composants
alcalins, qui sont des hydroxydes produits de la réaction d’hydratation (Ca (OH)2 ; Na
(OH)2 ; K (OH)2) de la pâte de ciment, se produit en donnant un gel ; ce gel alcali-silicate
absorbe l’eau des pores contenue dans le béton ou de l’extérieur et augmente de volume et
donc en gonflant fait éclater le béton aussi bien à l’échelle microscopique que
macroscopique ; une dislocation interne du béton se produit et sort jusqu’à la surface du
béton sous forme de fissures.
Le principe de la réaction alcali-granulats est schématisé par la figure1.48 :

Figure.1.48- principe de la réaction alcali-granulats résultant en des fissures dans toutes les directions.

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Chapitre II Classification des Dommages et Désordres

Donc la réaction alcali-granulats peut être destructrice et se manifester sous forme de


fissurations dans toutes les direction, à l’intérieur du béton, on peut observer de nombreuses
fissures provoquées par la réaction alcali-silice qui traversent les granulats ainsi que la pâte
de ciment environnante pour sortir à l’extérieur comme le montre la figure ci-dessous

Fig.1.49-fissuration due à la réaction alcali-silice sur un mur en béton armé.


La fissuration peut être dans tous les sens sauf s’il y a présence d’obstacles restreignant
(renforcement) auquel la fissuration est parallèle à ces renforcements.
Cette fissuration est souvent accompagnée par un changement de couleur du béton adjacent
aux fissures. Dans des locations humides, l’exsudation d’un résidu de gel peut être observée
sur la surface du béton et peut même être accompagnée par la libération de morceau de béton
causé par le gel formé. Dans certains cas, la fissuration et l’exsudation du gel prennent
beaucoup de temps pour se manifester (4à7 ans).
Comme conséquence d’une réaction alcali-silicate, une réduction de la capacité de
résistance du béton au lieu avant même que les signes d’une telle réaction ne soient
apparents. Cependant, des armatures de peau distribuées convenablement réduisent
l’ampleur des dégâts.
L‘ajout de fumée de silice est particulièrement efficace du fait que la silice réagit de manière
préférentielle avec les alcalis. Les laitiers de hauts fourneaux granulés broyés sont également
efficaces pour atténuer ou prévenir les effets destructeurs de la réaction alcali-silice.
Cependant, pour qu’une telle fissuration se produise, trois conditions doivent être réunies
simultanément :
-présence de granulats réactifs (présence de silicate dans les granulats)
-présence d’alcalins en abondance dans le béton (dans la pâte de ciment sous forme
d’hydroxydes d’alcalins)
-présence d’eau ou d’humidité suffisante.
Quand cette réaction est amorcée, elle est irréversible et le seul remède possible à nos jours
est celui de limiter la pénétration d’eau vers les couches profondes du béton. Un béton
maintenu continuellement dans des conditions sèches ne sera plus affecté par le phénomène
d’expansion même si les agrégats sont réactifs et le contenu en alcalin est élevé.

III- CONCLUSION :

Une connaissance aussi précise que possible des indicateurs potentiels d’endommagement
est évidemment indispensable pour définir le fonctionnement probable de l’ouvrage, la
possibilité puis, le cas échéant, les modalités de la réhabilitation. Ce sont des indicateurs
pertinents pour le choix des solutions thérapeutiques et qui facilitent surtout la démarche de
diagnostic.

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