Vous êtes sur la page 1sur 302

Nouvelle-Calédonie 2025

Schéma d’Aménagement et de Développement de la Nouvelle-Calédonie

Les rapports
des 9 ateliers
du diagnostic

Janvier 2009

Ce document est téléchargeable sur le site :


www.nouvellecaledonie2025.gouv.nc

MINISTERE
Haut-Commissariat deDla E République
L’ O U T R EM E R
en Nouvelle-Calédonie
« Je crois qu’aujourd’hui
les gens sont prêts à discuter
autour d’une table
pour faire des choix. »
Jacques LAFLEUR

« Votre part sera votre volonté de rencontre,


même si nous savons les uns et les autres
qu’elle nous fera découvrir différents,
avec nos valeurs et nos manières de vivre. »
Jean-Marie TJIBAOU
Les rapports des 9 ateliers
du diagnostic
Une démarche indispensable pour donner
du sens à l’action et coordonner la marche
en avant du pays
Initiée à Koné le 14 mai 2008, la démarche « Nouvelle-Calédonie 2025 » a pour objet d'élaborer le
« Schéma d'Aménagement et de Développement de la Nouvelle-Calédonie ».
Outil fondamental pour une vision transversale des grands enjeux de société, ce schéma doit
formuler les orientations stratégiques à un horizon de 15 à 20 ans. Il a pour ambition de permettre
aux politiques publiques d’être plus pertinentes et efficaces car fondées sur un projet stratégique,
cadrant de façon globale les réponses à apporter aux enjeux à long terme pour notre pays.
Cette indispensable démarche répond à une double nécessité :
l la Nouvelle-Calédonie, comme le reste du monde, doit composer avec de rapides mutations

économiques et sociales ;
l le Schéma d'Aménagement et de Développement est une obligation prévue par la loi organique

du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie.


L'objectif du schéma sera de renforcer la cohérence des différentes actions de développement et
d'aménagement initiées en Nouvelle-Calédonie. Bien plus qu'un catalogue des besoins en équipe-
ment, le schéma formulera un projet stratégique pour le développement durable de notre société,
dans la perspective du « destin commun » défini par l'accord de Nouméa.

Un schéma cadré par la loi organique


L'article 211 de la loi organique dispose que le schéma :
l « exprime les orientations fondamentales en matière d'infrastructures, de formation initiale et continue,

d'environnement, d'équipements, de services d'intérêt territorial et de développement économique,


social et culturel ;
l veille à un développement équilibré du territoire, en particulier au rééquilibrage de la répartition des

fonds publics bénéficiant aux provinces et aux communes ;


l fixe les objectifs à atteindre et prévoit les moyens à mettre en œuvre par l'État, la Nouvelle-Calédonie,

les provinces et les communes ».


Le schéma place dans une perspective cohérente les « contrats de développement conclus
entre l'État, la Nouvelle-Calédonie et les provinces et les contrats conclus entre l'État et les communes »,
qui devront être « compatibles avec les orientations retenues dans le schéma d'aménagement et de
développement ».
Ses conditions d'élaboration et d'approbation sont également fixées : le schéma « est élaboré par
le Haut commissaire et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et approuvé par le congrès, après avis
des assemblées de province, du conseil économique et social et du sénat coutumier et après consultation
des communes ».
« Il fait l'objet tous les cinq ans d'une évaluation et d'un réexamen ».

Une démarche en trois temps


Les exercices antérieurs d’élaboration de schémas d’aménagement et de développement, bien
que menés sous d'autres horizons, dans un contexte historique, géographique, culturel et politique
différent, ont toutefois permis de définir des méthodes qui ont fait leurs preuves.
Inspirée de ces méthodes, la démarche originale initiée en Nouvelle-Calédonie, prenant en compte
les spécificités, se décline en trois étapes :
l la première étape consiste à réaliser un diagnostic ; il faut pour cela mettre en avant les atouts

et les faiblesses de la Nouvelle-Calédonie, expliquer les difficultés, et enfin identifier les grands
enjeux à prendre en compte ;
l la seconde étape doit permettre de retenir les orientations fondamentales en matière de

développement économique, social et culturel, de formation, d'environnement et


d'aménagement ;
l enfin, la troisième étape permettra de décliner ces orientations en un plan d'action, précisant

notamment les moyens à mettre en œuvre par l'État, la Nouvelle-Calédonie, les provinces et les
communes.

0
Une démarche participative
Le schéma ne sera pertinent que si tous se l'approprient. La parole est donnée aux Calédoniens
à travers :
l la « Conférence des acteurs », réunie aux étapes clés du processus ;

l des ateliers de travail, réunis par thèmes ;

ld es rencontres sur le terrain, tout au long du processus, entre l'équipe-projet et les collectivités
locales, associations, acteurs économiques et sociaux, … ;
L'État et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, chargés solidairement par la loi organique
de l'élaboration du schéma, ont constitué un comité de pilotage, associant les institutions et
collectivités mentionnées par la loi organique : les trois provinces, le sénat coutumier, le con-
seil économique et social, et les communes (représentées par les deux associations de maires).
Ce comité suit de façon régulière les travaux engagés, les oriente et les valide.
Le congrès et le comité des signataires de l'accord de Nouméa sont informés de l'avancement de
la démarche.
Le site www.nouvellecaledonie2025.gouv.nc et la lettre d'information « Nouvelle-Calédonie
2025 info » permettent à tous de suivre l'avancement du processus.

Neuf ateliers participatifs pour le diagnostic


En mai 2008, la première conférence des acteurs a décidé l'organisation du diagnostic autour de
neuf thèmes, constituant autant d'ateliers de travail.

Atelier 1 Atelier 2
Solidarité sociale Adéquation population-emploi
et égalité des chances sous la présidence de Philippe Martin,
sous la présidence d’André-Jean Léopold, directeur de l’Institut de Développement
directeur diocésain de l’école catholique des Compétences de la Nouvelle-Calédonie

Atelier 3 Atelier 4
Vie et performance Mondialisation
des entreprises sous la présidence d’André Desplat,
sous la présidence de Thierry Granier, Président de la Chambre de Commerce
membre du Conseil Economique et Social et d’Industrie de la Nouvelle-Calédonie

Atelier 5 Atelier 6
Développement, culture Environnement et cadre de vie
et valeurs identitaires sous la présidence d’Yves Magnier,
sous la présidence de Patrice Godin, océanographe, ancien membre
ethnologue du gouvernement

Atelier 7 Atelier 8
Organisation spatiale - Organisation spatiale -
Services à la population Occupation du sol,
et activités ruralité et urbanisation
sous la présidence d’André Gopoéa, sous la présidence d’Éric Gay,
maire de Ponérihouen maire du Mont-Dore :

Atelier 9
Administration
sous la co-présidence d’Anne Gras,
chef de la mission logistique du gouvernement
et de Jean-Bernard Bobin,
secrétaire général du Haut-commissariat

0
Une participation nombreuse
Les 9 ateliers se sont réunis environ 4 fois chacun entre début juin et début novembre 2008.
40 % des lieux de réunion ont été choisis hors du Grand Nouméa.
504 personnes se sont inscrites pour participer aux ateliers, dont 134 pour deux ateliers à la fois. Le
nombre moyen d'inscrits par atelier était de 71 personnes.
Au total, 374 personnes ont participé à une au moins des 37 réunions organisées sur l'ensemble
des 9 ateliers. La participation moyenne aux réunions a été de 28 personnes (soit un taux de 40 % par
rapport aux inscrits), avec sensiblement la même participation dans et hors du Grand Nouméa.
Atelier 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Organisation
Organisation
Solidarité Vie et Développe- Environne- spatiale
Adéquation spatiale
Sociale et performance Mondiali- ment, culture ment - occupation Adminis-
population - services à la
égalité des des sation et valeurs et cadre du sol, tration
emploi population et
chances entreprises identitaires de vie ruralité et
activités urbanisation
J.-B.
André- Philippe Thierry André Yves BOBIN
Président Jean Patrice GODIN André GOPOEA Eric GAY Moyenne
MARTIN GRANIER DESPLAT MAGNIER et Anne
LEOPOLD GRAS
Nombre 69 73 74 48 81 84 75 85 47 71
d’inscrits
Présence 29 29 29 21 28 35 21 33 17 28
moyenne
Taux 41% 40% 39% 43% 35% 42% 27% 38% 36% 40%
Nombre 4 4 4 3 5 4 5 4 4 4,1
de réunions
dont hors 1 2 2 0 2 1 4 2 1 1,7
Gd Noumea

En moyenne, 85% des participants à une Composition moyenne


Elus

réunion donnée venaient de la province d’une réunion d’atelier Administrations

Sud, 13% de la province Nord et 2% de la 8% 10% Entreprises


15%
province des îles Loyauté. Syndicats
4%
La participation était très diverse en Enseignement-
formation
nature, comme en témoigne le tableau 7% 42%
Société civile

suivant : 14%
Experts

Et maintenant ?
Le présent document a été édité afin de diffuser largement les rapports établis par les 9 ateliers.
Ceux-ci permettent de brosser un tableau de la Nouvelle-Calédonie, riche de données, d'analyses
et d'éclairages apportés sous des angles complémentaires.
Mais ce document ne prétend pas valoir à lui seul diagnostic : certaines idées clés n'ont sans
doute pas encore été dites, des données manquent dans quelques domaines, une synthèse plus
stratégique reste à faire.
Ce document a pour objet essentiel de servir de support au débat. Le comité de pilotage,
présidé par le Haut commissaire et le gouvernement, souhaite que les 9 rapports des ateliers
soient débattus devant l'ensemble des acteurs mobilisés à Koné en mai dernier, et que la concer-
tation soit élargie au plus grand nombre par l'organisation de réunions de terrain.
Ces échanges viendront enrichir la réflexion et faciliter la réalisation, fin du premier semestre
2009, d'un document de synthèse.
La validation de ce document de synthèse conclura la phase de diagnostic ; il sera la référence pour
la seconde étape au cours de laquelle seront définies les « orientations fondamentales » du pays, en
matière « d'infrastructures, de formation initiale et continue, d'environnement, d'équipements, de
services d'intérêt territorial et de développement économique, social et culturel ».
Nous souhaitons que les Calédoniens destinataires de ces rapports des différents ateliers, en
prennent attentivement connaissance et les utilisent pour mieux appréhender les enjeux déter-
minants pour l'avenir du pays.
Vous avez la parole. À vous de dire si vous vous retrouvez dans ces divers constats, ou bien si,
au contraire, vous souhaitez relever des enjeux qui vous paraissent importants et qui n'auraient
pas été suffisamment pris en compte jusqu'ici !
Gérald CORTOT
membre du gouvernement, en charge des transports terrestres et maritimes,
de l’énergie, de la sécurité routière, des infrastructures publiques,
et du schéma d'aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie.

0
Les rapports des 9 ateliers
du diagnostic

0
Sommaire
Atelier n°1
Solidarité sociale et égalité des chances .............................. 9 à 62
Atelier n°2
Adéquation population-emploi ................................................................ 63 à 78
Atelier n°3
Vie et performance des entreprises ....................................... 79 à 106
Atelier n°4
Mondialisation ......................................................................................................................... 107 à 134
Atelier n°5
Développement, culture
et valeurs identitaires ....................................................................................... 135 à 162

Atelier n°6
Environnement et cadre de vie .................................................... 163 à 204
Atelier n°7
Organisation spatiale -
services à la population et activités . ........................... 205 à 254
Atelier n°8
Organisation spatiale -
occupation du sol, ruralité et urbanisation .. 255 à 276
Atelier n°9
Administration ..................................................................................................................... 277 à 292
Documents
complémentaires . ......................................................................................................... 293 à 300

Les présents rapports sont le résultat d’une démarche participative, visant à construire par un large débat une analyse
des principales problématiques touchant la Nouvelle-Calédonie dans les divers domaines appelés à être couverts par
le futur schéma d’aménagement et de développement. Produits dans un temps relativement bref, dans lequel il n’a pas
été possible d’intégrer un niveau d’expertise totalement adéquat, ces documents n’engagent pas à ce stade l’Etat et le
gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, sous l’égide desquels est conduite la démarche du schéma.

07
0
0
1
Nouvelle-Calédonie 2025
Schéma d’Aménagement et de Développement de la Nouvelle-Calédonie

Atelier 1
Solidarité sociale
et égalité des chances
président
Monsieur André-Jean Léopold,
directeur diocésain de l’École Catholique

Décembre 2008

09
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

Résumé
Le développement d’un territoire comporte une dimension sociale importante, et dévelop-
pement économique et développement social sont intimement liés. Le rééquilibrage social
et le progrès social accompagnant nécessairement la mise en œuvre du destin commun, les
grandes thématiques qui concourent à la solidarité sociale et à l’égalité des chances ont été
étudiées par cet atelier.

La prise de conscience de l’existence d’inégalités au sein de la société calédonienne, et de l’émer-


gence d’une certaine précarité est récente. Dans cette société qui évolue rapidement, on constate
notamment une moindre solidarité familiale et, en corollaire, une perte de repères identitaires
chez les jeunes, une situation de l’emploi moins favorable aux jeunes et aux femmes, l’existence
des squats dans un contexte d’insuffisance de logement social, la montée des phénomènes d’ad-
diction et de violences… Les statistiques démographiques sont par ailleurs plus favorables en
province Sud, ce qui illustre concrètement le déséquilibre du territoire et son impact sur l’humain.
Ce sont autant d’indicateurs qui justifient la mise en œuvre de mesures sociales.

Selon la loi organique du 19 mars 1999, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie est compétent
en matière de protection sociale, d’hygiène publique et de santé, et peut déléguer des compé-
tences aux provinces. Chaque collectivité consacre dès lors des moyens humains et financiers
importants à l’amélioration de la situation sociale de ses administrés et développe des stratégies,
mais sans réelle concertation avec les autres acteurs et institutions. Il s’ensuit alors des inégalités
entre les Calédoniens d’une province à l’autre, puisque les aides et les conditions d’attribution
diffèrent. Cohérence et coordination restent donc encore à améliorer.

L’atelier 1 a examiné la situation en Nouvelle-Calédonie au regard des cinq grandes thémati-


ques qui concourent à l’amélioration des conditions de vie des citoyens : l’éducation, la santé,
le logement, la politique familiale et de solidarité et les tarifs sociaux des services au public.

Le système éducatif calédonien est d’un bon niveau, avec un maillage d’établissements satisfai-
sant dans lequel co-existent en complémentarité les secteurs public et privé avec un personnel
enseignant qualifié et des moyens financiers importants, quelque soit le niveau d’enseignement.
Cependant, une réelle égalité des chances induit des conditions de scolarisation et d’accès à l’école
identiques pour tous. Or des disparités, potentiellement facteurs d’échec scolaire, existent, liées à
l’éloignement géographique et aux difficultés d’intégration culturelle de certains élèves, mais éga-
lement à une offre d’enseignement parfois insuffisamment homogène sur l’ensemble du territoire
selon les niveaux d’enseignement, et sans doute trop restreinte pour les niveaux supérieurs. De
même, s’il existe un accompagnement des élèves et des familles qui démontre la forte volonté
des institutions de soutenir l’éducation des jeunes et qui se traduit par des taux de réussite en
amélioration, il reste insuffisant pour gommer les inégalités. Le système est peu pensé dans sa
globalité - filières, accompagnement scolaire, bourses d’enseignement - vers un véritable projet
éducatif pour le territoire.

Le système de santé est également satisfaisant, et accessible à une grande majorité de la po-
pulation. Cependant, la forte concentration des spécialités médicales à Nouméa et les difficultés
de déplacement pour certaines populations tempèrent ce constat, de même que les différences
entre provinces concernant l’aide médicale : les populations les plus fragiles sont aussi les moins
informées et les moins bien couvertes en matière de protection sociale. La médecine curative
prédomine au détriment des politiques de prévention et d’éducation sanitaire qui apparaissent
insuffisantes, alors que celles-ci sont à même de permettre une diminution des dépenses de santé.
En effet, les exigences croissantes de la population en matière de santé posent la question à moyen
terme de la pérennisation du système de protection sociale, qui est aujourd’hui financièrement
fragile malgré la volonté active de maîtriser les dépenses.

La demande de logement social est en forte augmentation, sur l’agglomération de Nouméa du


fait de son attractivité économique et scolaire, et sur la zone VKP avec la construction de l’usine
du Nord, soit dans les zones urbaines. Or le déficit de logements est flagrant sur ces zones, malgré
une nette hausse de la production de logements soutenue notamment dans le cadre des contrats
de développement, démontrant ainsi une volonté institutionnelle forte qui s’efforce de prendre

010
10
en compte les exigences nouvelles de la population calédonienne en matière de logement. Ce
manque de logements a pour conséquences préoccupantes la suroccupation des logements,
et le trop grand nombre d’abris précaires ou « squats ». La répercussion de cette situation sur les
conditions de vie des personnes concernées, sur leur santé et sur la scolarité des enfants ne doit
pas être négligée. Le manque de cohérence dans les politiques de logement social apparaît lié au
partage des compétences et au manque d’outils réglementaires en matière de logement, comme
à l’absence d’une haute autorité du logement réunissant l’ensemble des partenaires concernés.

La structure familiale calédonienne évolue et connaît les problématiques des sociétés actuelles.
Si des réponses aux difficultés rencontrées par les familles existent à travers un panel de mesures
menées par différents acteurs qui démontrent ainsi leur volonté de soutien, elles ne répondent pas
à un objectif clairement défini et concerté : la juxtaposition de ces mesures ne constitue pas une
véritable politique familiale, mais plutôt un système d’aides à la famille. Au-delà de ce constat, ces
politiques communales, provinciales, territoriales fixent des critères d’attribution et des montants
souvent différents, et ne favorisent ainsi pas l’égalité de traitement des citoyens sur l’ensemble
du territoire. Cependant des actions en cours d’élaboration notamment en direction de la petite
enfance et des personnes souffrant de handicap par exemple, peuvent constituer l’embryon d’une
politique familiale et de solidarité.

L’atelier s’est attaché à étudier quelques services publics stratégiques pour améliorer l’égalité des
chances : transports, communication, eau, électricité, garde d’enfants. Leur étude a montré une
certaine disparité des tarifs et des aides. Certains publics tels que scolaires, étudiants, personnes
handicapées et personnes âgées bénéficient généralement d’une aide financière ou d’une réduc-
tion tarifaire, ce qui démontre la volonté, des collectivités notamment, de soutenir en priorité ces
publics. Mais les aides financières ne sont pas structurées et leur versement peut n’avoir qu’un
caractère exceptionnel : ainsi les difficultés de paiement des factures d’énergie, d’eau, de téléphone
font-elles l’objet d’un soutien des familles au coup par coup. De même, les transports collectifs -
indispensables pour accéder à l’éducation, la santé et l’emploi - restent onéreux pour une grande
partie de la population. L’accès à l’information devient plus abordable, mais des efforts sont encore
nécessaires pour internet et les chaînes de télévision publiques. Enfin, la garde d’enfants reste un
service cher alors qu’elle doit faciliter l’accès au travail pour le plus grand nombre.

011
11
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

Sommaire
1. D
 es différences démographiques
et des indicateurs qui montrent des difficultés ....................................................... 16
1.1 Des taux de natalité et mortalité différents selon les provinces ........................................... 16
1.2 Une meilleure espérance de vie dans le sud ........................................................................................ 16
1.3 Des mariages en diminution, des divorces en hausse .................................................................. 16
1.4 Une augmentation de la précarité pour certaines tranches de la population ............. 16
1.5 Une demande forte en logement social qui a des conséquences ........................................ 18
1.6 L’émergence d’un surendettement des ménages et la création
d’une commission de surendettement ...................................................................................................... 19
1.7 Un nombre d’exclus en augmentation ....................................................................................................... 19
1.8 Des phénomènes d’addiction, d’où la nécessité d’une prévention .................................... 19
1.9 Une montée de la violence physique et verbale ............................................................................... 19
1.10 Un taux de suicide important chez les jeunes .................................................................................... 19
1.11 Des problèmes de santé liés à une mauvaise alimentation .................................................... 20

2. Répartition des compétences et problèmes de cohérence .................... 20


2.1 Répartition des compétences .......................................................................................................................... 20
2.2 U
 ne souplesse qui peut porter préjudice aux politiques sociales et d’éducation ............... 20
2.3 Des politiques publiques peu cohérentes entre elles ................................................................... 21
2.4 Une coordination encore à améliorer ......................................................................................................... 21

3. L’enseignement .......................................................................................................................................................... 21
3.1 Avant-propos .................................................................................................................................................................. 21
3.2 Des conditions de scolarisation satisfaisantes .................................................................................... 21
3.2.1 Un maillage étroit des établissements scolaires .................................................................. 21
3.2.2 Un personnel qualifié ................................................................................................................................ 21
3.2.3 Un « appareil d’état » solide ............................................................................................................. 22
3.3 Des disparités de conditions de scolarisation
selon les zones géographiques et les niveaux de scolarité ..................................................... 23
3.3.1 L a situation dans l’enseignement pré-élémentaire et élémentaire
plus difficile en brousse .......................................................................................................................... 23
3.3.2 La situation dans l’enseignement secondaire ....................................................................... 24
3.4 Réussite scolaire et appartenances socio-économiques et socio-culturelles ............. 25
3.4.1 L a mesure de la réussite scolaire : une nette amélioration
depuis 20 ans, mais qui reste encore insatisfaisante ...................................................... 25
3.4.2 Culture de l’école et maîtrise du système :
des difficultés d’intégration culturelle ......................................................................................... 26
3.4.3 La toile de fond de l’échec scolaire .............................................................................................. 26
3.5 Des moyens et des outils à renforcer ou à promouvoir ............................................................. 27
3.5.1 Des rythmes scolaires peu adaptés aux rythmes régionaux ...................................... 27
3.5.2 Un accompagnement scolaire à généraliser ........................................................................... 28
3.5.3 Bourses scolaires : à repenser dans une politique globale
en direction de la famille ...................................................................................................................... 28
3.5.4 U ne priorité insuffisante à l’école maternelle et primaire
où « tout commence à se jouer » .................................................................................................. 28
3.5.5 Des efforts et des dispositifs pour assurer une transition harmonieuse entre primaire
et collège, entre collège et lycée, entre lycée et enseignement supérieur ........................... 28
3.5.6 U ne formation des maîtres intégrant la connaissance des caractéristiques
culturelles du milieu océanien qui est à renforcer ............................................................ 28
3.5.7 U ne adaptation de l’école aux réalités locales à approfondir
qui n’est encore pas complètement satisfaisante .............................................................. 28
3.5.8 Un manque d’évaluation globale du système et des politiques éducatives .............. 29
3.6 Bilan, enjeux et perspectives ............................................................................................................................. 29
3.6.1 Trois points caractéristiques du système éducatif ............................................................. 29
3.6.2 Que nous apprend l’état des lieux réalisé par le vice rectorat ? ............................ 29

012
12
3.6.3 D es leviers pour progresser ................................................................................................................. 29
3.6.4 L’ouverture du système éducatif sur son environnement :
une fragilité inhérente à son organisation actuelle .......................................................... 30

4. La santé ................................................................................................................................................................................ 31
4.1 L’accès aux soins : infrastructures, médecines, et obstacles .................................................... 31
4.1.1 Un réel maillage sanitaire du territoire........................................................................................... 31
4.1.2 Des obstacles freinant l’accès aux soins..................................................................................... 32
4.1.3 L a prédominance de la médecine curative par rapport
à la médecine préventive ....................................................................................................................... 33
4.1.4 Une médecine traditionnelle peu visible..................................................................................... 34
4.2 Le système de protection sociale.................................................................................................................. 34
4.2.1 Des dispositifs distincts............................................................................................................................ 34
4.2.2 Un régime fragile face à une demande en augmentation............................................. 35
4.2.3 Un régime qui connaît des difficultés financières dès 2004
avec l’explosion des dépenses de santé.................................................................................... 35
4.3 Les professionnels de santé.............................................................................................................................. 37
4.3.1 U ne démographie comparable à un département rural métropolitain,
mais avec des disparités......................................................................................................................... 37
4.3.2 La formation des professionnels de santé................................................................................ 39
4.3.3 Une prise en compte insuffisante de la médecine traditionnelle
dans la formation......................................................................................................................................... 40

5. Le logement ................................................................................................................................................................... 40
5.1 Des inégalités régionales sur le niveau de confort des logements ................................... 40
5.2 Le logement social ................................................................................................................................................... 42
5.2.1 Des demandeurs de logement social avec des revenus bas ..................................... 43
5.2.2 Des loyers peu élevés, mais encore difficiles d’accès
pour certaines populations ................................................................................................................. 43
5.3 Les constats sur l’existant en matière de logement social ...................................................... 44
5.3.1 Des implantations géographiques compliquées .................................................................. 44
5.3.2 Un déficit flagrant de logements sociaux ................................................................................. 45
5.3.3 Les conséquences du manque de logement social .......................................................... 46
5.4 Un manque de cohérence dans les politiques de logement social ................................... 48
5.4.1 Des compétences partagées … .......................................................................................................... 48
5.4.2 … qui complexifient la problématique du logement ........................................................ 48
5.4.3 Des politiques différentes selon les provinces ..................................................................... 48
5.4.4 Un manque d’outils réglementaires .............................................................................................. 48
5.4.5 Les mesures proposées par les états généraux du logement social
pas toutes suivies d’effets ................................................................................................................... 48
5.5 Le financement du logement social ........................................................................................................... 48
5.5.1 Des coûts en hausse ................................................................................................................................. 48
5.5.2 Des engagements financiers qui démontrent
une volonté institutionnelle forte ................................................................................................... 48
5.5.3 Mais des menaces potentielles sur les financements ..................................................... 49
5.6 Le logement en tant qu’outil d’intégration sociale ........................................................................ 49
5.6.1 Mise en place d’un accompagnement social en province Sud ................................. 49
5.6.2 Une nécessaire adaptation des constructions aux caractéristiques
et exigences nouvelles de la population .................................................................................. 49
5.6.3 Une volonté de veiller à la mixité .................................................................................................. 49

6. La politique familiale et de solidarité .................................................................................... 50


6.1 La notion de famille ................................................................................................................................................ 50
6.1.1 La difficulté de poser les contours de la notion de famille ........................................ 50
6.1.2 Une structure familiale en évolution ............................................................................................. 50
6.1.3 U
 ne baisse sensible de la taille moyenne
des familles calédoniennes dans les 3 provinces ............................................................... 51
6.2 La politique familiale en Nouvelle-Calédonie ....................................................................................... 51

013
13
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

6.2.1 La prise en compte du social : une préoccupation récente ........................................ 51


6.2.2 Tous les enfants de familles à faibles revenus sont aujourd’hui
concernés par un système de soutien en Nouvelle-Calédonie… ............................. 52
6.2.3 L’existant : des inégalités dans les mesures d’aide
et dans l’accompagnement des familles ................................................................................... 52
6.2.4 Constats ............................................................................................................................................................. 53
6.3 Une politique à construire ................................................................................................................................. 53
6.3.1 Une politique à créer : réfléchir en amont et structurer… ............................................ 54
6.3.2 … et définir un champ d’application ............................................................................................ 54
6.4 Des perspectives encourageantes à court terme ............................................................................. 54
6.4.1 Des actions ciblées sur l’enfance et le handicap en cours d’élaboration .............. 54
6.4.2 Une réflexion émergente sur les personnes âgées ........................................................... 55
6.5 Les sources de financement ............................................................................................................................. 55
6.5.1 Un financement qui repose essentiellement sur les charges patronales ............... 55
6.5.2 CAFAT : une branche « famille » excédentaire ..................................................................... 56
6.6 Une insertion difficile à conduire par méconnaissance des besoins ................................ 56

7. Tarifs sociaux des services au public .................................................................................... 56


7.1 Une offre tarifaire incomplète pour les transports en commun ............................................. 56
7.1.1 Dans l’agglomération nouméenne : les publics en difficulté
aidés au cas par cas ................................................................................................................................... 56
7.1.2 S ervices de bus de Nouméa jusqu’au nord de la Grande-Terre :
aucun tarif spécifique ................................................................................................................................ 57
7.1.3 Des tribus au village le plus proche : une absence de régulation des prix .............. 57
7.1.4 Transports scolaires : des financements structurés qui démontrent la volonté
des collectivités de soutenir les familles dans l’éducation de leurs enfants ............ 57
7.1.5 Transport aérien et maritime : un coût qui reste important malgré des réductions......57
7.2 Des coûts encore élevés pour accéder aux moyens de communication ........................ 57
7.2.1 L e téléphone : des tarifs élevés mais plusieurs formules
qui répondent bien aux besoins ....................................................................................................... 57
7.2.2 Internet : un outil qui se développe mais qui n’est pas à
la portée de tous les particuliers .................................................................................................... 58
7.2.3 L a distribution du courrier : le seul moyen d’information facile d’accès,
et à faible coût .............................................................................................................................................. 58
7.2.4 La couverture télévision : encore des zones d’ombre .................................................... 58
7.3 L’eau : un tarif social de fait, au vu des nombreux impayés .................................................. 58
7.3.1 D es coûts de distribution de l’eau différents menant à la coexistence
de tarifs différents pour les abonnés ............................................................................................ 58
7.3.2 D e nombreux impayés liés à un manque de conscience
du coût de l’eau potable ....................................................................................................................... 58
7.3.3 U ne aide au paiement des factures d’eau existante,
mais non structurée ................................................................................................................................... 59
7.4 L’énergie : une politique tarifaire qui s’adapte .................................................................................. 59
7.4.1 Une couverture en distribution d’énergie satisfaisante .................................................. 59
7.4.2 Une politique d’adaptation aux besoins et à la capacité
de paiement des usagers ...................................................................................................................... 59
7.4.3 U ne aide au paiement des factures d’énergie existante,
mais non structurée ................................................................................................................................... 60
7.5 Un coût élevé pour la garde des enfants ............................................................................................... 60
7.5.1 E n province Sud, l’offre existe, bien qu’elle soit insuffisante
au regard de la demande ....................................................................................................................... 60
7.5.2 E n province Nord, la réflexion est en cours compte tenu
de l’essor à venir de la zone vkp .................................................................................................. 60

Annexe I Rappel du mandat de l’atelier ............................................................................................................................ 61


Annexe II Membres inscrits à l’atelier .................................................................................................................................. 61
Annexe III Bibliographie ................................................................................................................................................................ 62

014
14
Préambule
Solidarité sociale et égalité des chances :
il n’y a pas une définition, mais des définitions pour ces deux notions de solidarité sociale et
d’égalité des chances. C’est pourquoi les définitions suivantes sont proposées.

Solidarité sociale :
Améliorer les conditions de vie des citoyens et de leurs familles.
La répartition des richesses doit profiter à tous les citoyens sans exception, afin d’améliorer leur
bien-être et celui de leur famille. La solidarité sociale naît du sentiment d’appartenance à une
même communauté d’intérêt, dont l’équilibre repose aussi sur l’intégration de tous dans la société :
les problèmes rencontrés par un ou plusieurs de ses membres concernent alors l’ensemble du
groupe, qui a un devoir moral d’entraide envers toutes ses composantes.

égalité des chances :


Favoriser l’évolution et la meilleure insertion des individus quelle que soit leur origine,
et faire en sorte que chacun puisse développer au mieux ses capacités.
L’égalité des chances implique que l’évolution de la situation des individus ne dépende pas de son
origine géographique, raciale, sociale ou ethnique, mais qu’elle soit aussi le fruit des politiques me-
nées sur le territoire visant à éliminer, autant que possible, les écarts sociaux entre les individus. Les
politiques d’éducation et de formation jouent un rôle essentiel pour assurer l’égalité des chances
dans une société. Elles doivent donner à chacun la possibilité, en lui permettant d’accéder à une
formation initiale et professionnelle de qualité, de développer au mieux ses capacités pour trouver
la place à laquelle il peut prétendre au sein de la société.

Les politiques et les dispositifs qui concourent à la solidarité sociale et à


l’égalité des chances sont récents voire émergents :
Les politiques sociales s’attachent aux problèmes de santé publique, de logement, à ceux
rencontrés par les personnes âgées, ou encore les personnes handicapées… Cependant, en Nou-
velle-Calédonie, ces politiques sont récentes - logement social -, voire pour certaines, émergent
- politique familiale - au constat de besoins nouveaux liés à l’évolution de la société, et à la prise de
conscience de l’existence de situations sociales disparates sur le territoire, comme le démontrent
nombre d’indicateurs sociaux.

Les membres de l’atelier 1 se sont attachés à débattre des grandes thématiques qui concourent à
la solidarité sociale et à l’égalité des chances :
l l’enseignement ;

l la santé ;

l le logement ;

l la politique familiale et de solidarité ;

l les tarifs sociaux des principaux services au public.

015
15
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

1. D
 es différences démographiques et des indicateurs
qui montrent des difficultés
1.1 D
 es taux de natalité et mortalité différents 1.2 U
 ne meilleure espérance de vie
selon les provinces dans le sud
Le taux de natalité : autrefois plus élevé en province îles loyauté, Elle est à la naissance en moyenne de 80,3 ans pour les fem-
et en province Nord, les chiffres tendent aujourd’hui à s’harmo- mes (contre 83,7 en métropole) et de 71,8 ans pour les hommes
niser à la baisse. Cependant, l’évolution sociétale voit croître le (contre 76,8 en métropole).
travail des femmes, rendant nécéssaire de favoriser leur accès au Que l’on soit un homme ou une femme, l’espérance de vie est
travail à travers des actions en direction de la petite enfance. meilleure en province Sud, mais dans les trois provinces, l’espé-
Taux de natalité par province rance de vie augmente, ce qui a une incidence sur les dépenses
de santé, la prise en charge des problématiques spécifiques aux
personnes âgées, l’offre de loisirs pour le 3e âge qui devient alors
un consommateur nouveau à part entière.
Espérance de vie par sexe et province
Source : ISEE NC

Source : état Civil ISEE


Le taux de mortalité : c’est en province Sud qu’il reste le plus bas,
cependant il connaît une baisse régulière dans le Nord et les îles
Loyauté.
Taux de mortalité par province
1.3 D
 es mariages en diminution,
des divorces en hausse
Le mariage reste une valeur forte en Nouvelle-Calédonie, mais sa
courbe tend à diminuer (derniers chiffres connus : 884 mariages en
2007 contre 927 en 2006) alors que celle des divorces augmente.
Cette augmentation a une incidence par exemple sur la de-
mande de logement social, lors de la séparation des couples.
Mariages et divorces en Nouvelle-Calédonie
Source : ISEE NC

Le taux de mortalité infantile : comme le montre le graphique


suivant, le taux de mortalité infantile est lui aussi plus bas en pro-
vince Sud, ce qui souligne des différences de niveau d’hygiène, de
santé humaine, de suivi médical entre les trois provinces.
Taux de mortalité infantile par province

1.4 U
 ne augmentation de la précarité
pour certaines tranches de la population
En effet, certains indicateurs montrent une augmentation de la
précarité économique et tendent à prouver la nécessité d’agir :

a) Une moindre solidarité familiale


la
 vec l’évolution rapide de la société néo-calédonienne, la solida-

rité familiale, encore bien présente dans le monde mélanésien,


Source : ISEE NC

apparaît moins marquée. La tendance est à la décohabitation


des familles, à la fois pour des raisons financières et sociétales.

16
Là où 4 générations pouvaient vivre ensemble il y a encore taux de chômage qui est de 6,7 % pour le premier semestre
quelques années, aujourd’hui, c’est le modèle occidental avec 2008, elle doit être tempérée : la situation est inégale selon les
seulement 2 générations au foyer qui semble l’emporter. provinces, l’âge et le sexe et le niveau de formation. Une vigi-
lance particulière reste ainsi nécessaire pour les publics dont la
b) Une situation de l’emploi moins favorable situation est moins favorable.
pour la population de la côte Est, les jeunes, les femmes Sur la carte suivante, issue des données du dernier recensement de
(Nota bene : on se réfèrera utilement ici au rapport de l’atelier n°2) population de l’ISEE, la part des chômeurs apparaît dans la popula-
l l a situation de l’emploi est très favorable, mais une certaine tion clairement comme plus importante sur la côte Est et sur Ouvéa.
population reste à l’écart : bien que la situation de l’emploi en C’est aussi dans ces régions que l’activité économique est la moins
Nouvelle-Calédonie reste exceptionnelle, comme l’atteste le développée.

nouvelle-calédonie
Population des chômeurs en 2004

Source : ISEE RP 2004

On constate ci-après que les demandeurs d’emploi concernent Nouvelles offres d’emploi par type de contrat
à hauteur de 30 % la population des jeunes de moins de 26 ans. nouvelle-calédonie
Selon le rapport de l’INSERM « Situation sociale et comporte-
ment de santé des jeunes en Nouvelle-Calédonie » de mars
2008, sur un échantillon de 1400 jeunes qui travaillent, 49 % ont
des contrats temporaires et 39 % ont des contrats à durée indé-
terminée (CDI).
Répartition des demandeurs d’emploi par groupe d’âge

2004 2005 2006 2007


Source : IDCNC

Moins de 26 ans 31% 30% 29% 30%

Plus de 26 ans 69% 70% 71% 70%


Source : IDCNC

Total 100% 100% 100% 100%

17
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

Nouvelles offres d’emploi par type de contrat Evolution du nombre de demandeurs d’emploi
FRANCE METROPOLITAINE selon le sexe en Nouvelle-Calédonie

Source : IDCNC
Source : ANPE

L’évolution de la demande d’emploi par sexe montre que la part


des femmes évolue proportionnellement à celle des hommes,
Comparée à la métropole, la proportion de contrats à durée mais reste dans tous les cas supérieure. Selon l’ISEE (Bilan écono-
déterminée (CDD) est sensiblement plus importante. Or, ces mique et social 2007), les femmes sont majoritaires en matière
contrats n’offrent pas la même sécurité qu’un CDI, et peuvent de demande d’emploi à tous les âges, avec une proportion maxi-
engendrer une précarité pour le travailleur. male chez les jeunes et qui va en diminuant avec l’âge.

c) Des moyennes de revenus déséquilibrées entre l’Est et le Sud-Ouest

nouvelle-calédonie
variation des revenus des foyers déclarants
entre 2005 et 2006
Source : Direction des Services Fiscaux 2005/2006

La carte ci-dessus nous confirme une augmentation des 1.5 U


 ne demande forte en logement social
revenus plus forte dans la région de Nouméa alors que qui a des conséquences
des communes de la côte Est voient le revenu par foyer a ) Une hausse des demandes auprès de la Maison de l’Habitat
diminuer. Les inégalités territoriales sont donc amplifiées. La demande est forte dans le grand Nouméa mais commence
Le chômage, plus fort sur la côte Est, est l’une des expli- à se faire sentir sur la zone VKP. Depuis la création de la Maison
cations. de l’Habitat en province Sud en 2006, 7180 demandes ont été

18
Evolution de la consommation annuelle
enregistrées soit 22 168 personnes inscrites et concernées par le totale d’alcool pur
logement social. En réalité, faute de connaissance du dispositif
par le public ciblé, et d’une réelle difficulté à composer le dossier
qui comporte de nombreuses pièces, la demande potentielle
est sensiblement plus importante.

b) L’augmentation préoccupante des squats


La liste d’attente d’un logement social s’allonge et les squats (abris
précaires) croissent proportionnellement. En 2006, on estime à
1755 le nombre de squats sur l’agglomération soit 9000 personnes
logées non décemment. Les logements du privé sont trop chers, la
sur-occupation des logements est de plus en plus forte.

Source : DASS NC 2007


1.6 L ’émergence d’un surendettement
des ménages et la création
d’une commission de surendettement
Dans le tableau ci-dessous, on constate une augmentation im- 1.9 U
 ne montée de la violence physique
portante des « incidents » de trésorerie depuis 2005, montrant la et verbale
vulnérabilité des ménages. Violences subies dans l’année
Enquête sur 1400 jeunes de 16 à 25 ans en N-Calédonie
2005 2006 2007 %var 06/07
Décisions de retrait
des cartes bancaires 1092 1186 1466 23,6
Rapport annuel 2007-IEOM

Incidents de paiement sur chèques 15016 16339 16563 1,4

Source : INSERM, mars 2008


Nombre de personnes physiques
en interdiction bancaire 4601 4678 5005 7

Entrée en vigueur le 10 avril 2007, la commission de surendette-


ment avait, à la fin de l’année 2007, traité une cinquantaine de
dossiers (5 à 6 par mois). Le surendettement est notamment dû Le rapport INSERM souligne la montée de la violence chez les
à une perte d’emploi, une hospitalisation, soit à un accident de jeunes. Cette violence, qui pouvait déjà exister, est mieux connue
la vie plutôt qu’à un endettement bancaire pur. aujourd’hui et donc des efforts de suivi sont réalisés. Cette aug-
Le rôle de la commission est de trouver une solution pour per- mentation peut traduire la montée d’un certain malaise sociétal
mettre à ces personnes de sortir la tête de l’eau en trouvant une chez les jeunes dont les origines sont multiples : alcool, drogue,
solution amiable avec les créanciers comme avec le débiteur. En échec scolaire, difficultés familiales…
cas de refus d’un des créanciers d’étaler ou de réduire le montant
de la dette, elle soumet un plan au juge qui peut lui conférer une 1.10 U
 n taux de suicide important
force contraignante. En cas d’échec, la solution ultime consiste chez les jeunes
dans la vente des biens existants, et l’annulation de la dette. Selon le rapport de l’INSERM sur la situation sociale et les compor-
tements de santé des jeunes en Nouvelle-Calédonie – Premiers
1.7 Un nombre d’exclus en augmentation résultats - mars 2008 -, 12 % de jeunes de 16 à 25 ans ont déjà
L’association Macadam Partage a accueilli en 2007 à Nouméa 191 fait une tentative de suicide contre 6 % en métropole, et 3,2 % en
personnes sans domicile fixe, qui sont majoritairement mélané- Nouvelle-Zélande (sur un échantillon de 1400 jeunes)
siennes (60,2%), et sont plutôt des hommes (78 %) âgés de 26 Les statistiques de la DASS NC montrent que le pourcentage
à 45 ans. Les raisons avancées de cette errance sont le manque de décès par suicide le plus fort en 2007 concerne la tranche des
de formation, de qualification et d’expérience professionnelle, 25-34 ans. Cet indicateur est à rapprocher du précédent, démon-
aggravé par une consommation excessive d’alcool. trant à nouveau la montée d’un certain malaise.
Le centre d’accueil, d’une capacité de 70 personnes,
Répartition du nombre de décès par suicide
a accueilli 118 personnes en 2005, 177 en 2006 et 191 en 2007 (soit selon le sexe et la tranche d’âge en 2007
+ 38,2 % en deux ans).

1.8 D
 es phénomènes d’addiction
d’où la nécessité d’une prévention
La montée en puissance des phénomènes d’addiction, et no-
tamment la consommation d’alcool, est en effet préoccupante
sur le territoire. En 20 ans, la consommation est passée de 5,8
l/habitant à 6,6 l/habitant soit une augmentation de 15 %. Cet-
te augmentation est sans doute plus forte chez les jeunes. De
Source : DASS NC

même, la consommation de tabac et de cannabis, et ce par des


publics de plus en plus jeunes, est inquiétante.

19
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

1.11 D
 es problèmes de santé Quelques raisons d’ordre socio-économique peuvent expli-
liés à une mauvaise alimentation quer ce phénomène :
On observe en Nouvelle-Calédonie la tendance générale l L’absence d’activités sportives et une faible intégration sociale

retrouvée dans nombre de pays du Pacifique et également l Une alimentation déséquilibrée (« junk-food »)

dans les pays industrialisés, à l’augmentation du surpoids et lU n patrimoine génétique qui favoriserait un stockage des

de l’obésité. L’étude CALDIA, réalisée en 1993 par l’Agence graisses


sanitaire et sociale de Nouvelle-Calédonie sur 9390 sujets, Il est aujourd’hui reconnu que la nature et la qualité de l’ali-
montre que 58,8 % des sujets questionnés ont une surcharge mentation participe au développement de maladies comme
pondérale*, ou présentent une obésité*. On constate que le diabète et l’obésité. En Nouvelle-Calédonie, le diabète, qui
les communautés wallisiennes sont les plus touchées (85 %), concerne 10,2 % de la population (3 fois plus qu’en métro-
suivies par les communautés polynésiennes (62 %). En mé- pole et 2,5 fois plus que la Nouvelle-Zélande), est la 2e cause
tropole, durant cette même période, la part de la population de prise en charge en longue maladie derrière les maladies
touchée par ces pathologies est deux fois moins importante. cardio-vasculaires. La CAFAT consacre 12% de son budget aux
A l’heure actuelle, ces chiffres sont estimés à la hausse et sont dépenses directes liées au diabète (4,7 milliards CFP), soit 20%
particulièrement préoccupants pour les enfants : 17% des du budget Longue Maladie. Les patients sont couverts par la
enfants néo-calédoniens de moins de 14 ans sont obèses. CAFAT à 100%.

Part (%) de la population en surcharge pondérale ou obèse Part (%) de la population présentant du diabète
(selon les communautés) (selon les communautés)
Etude CALDIA 1993

Etude CALDIA 1993


*surcharge pondérale : 25 < IMC < 30 kg/m² ; obésité : IMC ≥ 30 kg/m² (IMC = Poids (en kg) / Taille (en m)²)

2. R
 épartition des compétences
et problèmes de cohérence
2.1 R
 épartition 2.2 U
 ne souplesse qui peut porter préjudice
des compétences aux politiques sociales et d’éducation
La loi organique fixe la répartition des compétences entre l’Etat, Cette souplesse liée aux délégations de compétences peut
la Nouvelle-Calédonie, les provinces et les communes. L’article engendrer des difficultés et des inégalités entre provinces.
20 stipule « Chaque province est compétente dans toutes les ma- Quelques exemples :
tières qui ne sont pas dévolues à l’Etat ou à la Nouvelle-Calédonie l l ’enseignement primaire privé est encore une compétence

par la présente loi, ou aux communes par la législation applicable Etat alors que le primaire public est aujourd’hui sous la res-
en Nouvelle-Calédonie ». ponsabilité de la Nouvelle-Calédonie ;
l l es programmes de l’enseignement primaire relèvent de

L’Etat est ainsi compétent en matière d’enseignement pri- la Nouvelle-Calédonie sous réserve de la compétence des
maire privé, d’enseignement du second degré public et privé, provinces pour les adapter aux réalités culturelles et linguis-
sauf la réalisation et l’entretien des collèges du premier cy- tiques ;
cle du second degré, et en matière de santé scolaire, ces l la Nouvelle-Calédonie est compétente pour les transports

compétences devant être transférées à la Nouvelle-Calédo- sanitaires terrestres, la province Nord a demandé la délé-
nie. L’Etat est aussi compétent en matière d’enseignement gation de compétence et exerce à présent le contrôle
supérieur. des ambulances, ce qui n’est pas le cas de la province Sud.
L’impact est donc potentiellement direct sur l’égalité même
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie est compétent en des populations et sur la solidarité sociale, car des politi-
matière de protection sociale, d’hygiène publique et de santé, ques différentes peuvent être mises en place dans chaque
et peut déléguer des compétences aux provinces sur leur de- province.
mande.

20
2.3 D
 es politiques publiques aide du seul fait des délais de carence imposés. Cela peut être un
peu cohérentes entre elles facteur d’instabilité et de précarisation pour les familles.
Chaque institution a pleinement conscience qu’il est essentiel de Ces différences peuvent conduire certaines personnes à s’établir
garantir une situation sociale décente à chacun et de lui donner dans l’une ou l’autre des provinces, plus généralement la provin-
la chance de réussir ses projets. Chacune y consacre des moyens ce Sud, pour bénéficier du dispositif social le plus en adéquation
humains et financiers importants, comme la Nouvelle-Calédo- avec leurs besoins. S’il est difficile d’évaluer le nombre de person-
nie au travers de la Direction des Affaires Sanitaires et Sociales nes que cela représente, les services sociaux confirment que le
ou la Direction de l’Enseignement. phénomène existe.
Chaque institution développe alors sa propre stratégie sans
réelle concertation avec les autres collectivités. Si l’objectif social 2.4 Une coordination encore à améliorer
et éducatif reste souvent proche, les moyens de l’atteindre peu- Si la coordination entre les collectivités s’est nettement amé-
vent être différents, et peuvent donc provoquer des inégalités liorée depuis quelques années, de nouveaux progrès restent
entre les personnes. indispensables. Les politiques manquent encore de cohérence,
Les aides et leurs conditions d’attribution diffèrent ainsi d’une et ce au détriment des habitants.
province à l’autre. Par exemple, des personnes, qui pour des motiva- D’autre part, il convient de s’interroger sur l’opportunité de déve-
tions familiales ou professionnelles sont conduites à déménager de lopper plusieurs dispositifs d’accompagnement social et éducatif à
Touho à Bourail, peuvent rester pendant plusieurs mois sans aucune l’échelle d’un territoire de moins de 250 000 habitants.

3. L’enseignement
3.1 Avant-propos Qu’en est-il donc de la capacité du système éducatif calédo-
La question de l’égalité des chances en matière d’éducation sco- nien à assurer de bonnes conditions de scolarisation et pour
laire est susceptible d’approches diverses. Il parait cependant tous ? Qu’est-ce qui entrave la réussite scolaire dans certaines
difficile de ne pas articuler au moins une double référence en catégories de population, et quels moyens sont mobilisés pour
rapport avec la portée qu’on accorde à l’expression et à l’éthique surmonter le problème ?
qui la sous-tend.
D’un point de vue restrictif, évoquer l’égalité des chances 3.2 D
 es conditions de scolarisation
dans le domaine de l’éducation c’est d’abord viser une éga- satisfaisantes
lité pour tous en matière d’accès à l’école et de conditions de 3.2.1 Un maillage étroit des établissements scolaires
scolarisation. Dans cette acception, sont surtout à prendre en Envisagé globalement, le maillage des infrastructures scolaires
considération les facteurs matériels et la qualification du person- parait répondre de façon satisfaisante au besoin scolaire. Ces
nel. L’accent est alors à mettre sur le maillage des établissements, infrastructures s’appuyant très largement sur la complémen-
leur proximité, leurs équipements, les coûts supportés par les tarité public / privé ont, en effet, été développées en rapport
familles, l’organisation des transports, l’hébergement des élèves avec la densité de population et sa répartition spatiale. Elles
quand les distances ne permettent pas le retour quotidien dans correspondent à un taux de scolarisation optimal notamment
le milieu familial, la formation du personnel… etc. jusqu’au collège, c’est-à-dire parfaitement comparable à celui
Dans un sens élargi, l’égalité des chances suppose une réussite de la Métropole.
scolaire assurée pour tous, condition sine qua non de la mobi- Si à courte et moyenne échéance les tendances démo-
lité sociale. L’on est alors renvoyé à des considérations relatives graphiques actuelles ne devraient pas se traduire par une
aux facteurs sociaux, économiques et culturels qui condition- augmentation importante du besoin scolaire, des ajuste-
nent étroitement les parcours scolaires et aux moyens mis en ments sont néanmoins à poursuivre et à prévoir en lien avec
œuvre ou à engager pour en corriger les effets discriminatoires. les migrations internes, vers le sud et la zone VKP, par exemple,
Dans cette perspective il s’agit de « donner plus à ceux qui ont en lien aussi, avec les nécessités de diversification et de pro-
moins », selon la formule consacrée pour l’éducation prioritaire longement de cursus des filières post 3e et post bac.
en France, afin de tenter de compenser les divers handicaps des
groupes ou des individus dans leurs parcours scolaires. 3.2.2 Un personnel qualifié
Ces problématiques, présentes dans toutes les sociétés mo- Du point de vue de la qualification du personnel éducatif
dernes, prennent en Nouvelle-Calédonie un relief particulier qui au sens large, un recrutement au minimum au niveau bac-
tient aux enjeux humains, économiques et politiques qui y sont calauréat est la règle depuis longtemps, et la plupart des
associés et que les expressions « recherche d’un développement personnels titulaires ou non disposent des qualifications re-
social harmonieux », « reconnaissance intercommunautaire », « quises pour exercer leurs fonctions. De leur côté, les structures
destin commun » « vivre ensemble » s’efforcent de traduire dans de formation jouent pleinement leur rôle notamment pour
le débat public. éviter les déséquilibres liés au besoin de renouvellement des
L’école apparaît aux yeux de tous comme le creuset du destin personnels.
commun : c’est le lieu dans lequel se retrouve l’ensemble de Toutefois, le système éducatif calédonien se caractérise
la jeunesse calédonienne, où elle cohabite et se construit en- d’une part par la nécessité de recourir à un nombre élevé
semble. De plus, les valeurs qui la sous-tendent et qu’elle porte, (pour environ un tiers de l’ensemble des personnels ensei-
celles de la République et de la laïcité, sont précisément celles gnants du secondaire public) de personnels d’Etat extérieurs,
qui permettent de bâtir la citoyenneté partagée en devenir. soumis à contrat, dont les qualifications s’avèrent générale-

21
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

nouvelle-calédonie
répartition des établissements
scolaires secondaires en 2008
Source : Vice-rectorat 2008

ment très élevées mais pour lesquels la durée de séjour est Niveaux de qualification du personnel enseignant
un handicap pour la compréhension et la prise en compte
de la diversité culturelle. D’autre part, le recours massif à des
personnels non titulaires ne présente pas toujours les garan-
Source : Diagnostic du système éducatif en NC, Vice-rectorat 2008

ties souhaitables en matière de stabilité et de compétences


professionnelles.

Les diplômes ne suffisent pas pour être prêt à enseigner, la diver-


sité culturelle doit être prise en compte par le système éducatif
et doit être abordée selon plusieurs axes :
lL es maîtres doivent être formés à cette diversité et aux carac-

téristiques du milieu océanien lors de leur professionnalisation


dans les centres de formation territoriaux et lors d’actions de
formation continue,
lC eux qui viennent de l’extérieur doivent avoir une sensibilisa-

tion lors de leur arrivée sur le territoire, 3.2.3 Un « appareil d’état » solide
lL a prise en compte de cette diversité sera plus forte au cours Quant à la « logistique » du système, comprenons ici son finan-
des premières années du parcours, et sans doute moins indis- cement et sa régulation, elle bénéfice de toute la puissance de
pensable au lycée ou en post-bac, l’administration de l’Etat, puisque même les enseignements
lC ette prise en compte s’exprimera essentiellement dans la privés en dépendent à travers les contrats qui les associent au
pédagogie quotidienne par la contextualisation des supports service public d’éducation. Il est essentiel, sauf à sous-estimer
utilisés, mais aussi par l’adaptation des programmes ou la mise l’importance des fonctions de pilotage, d’animation, de gestion
en place d’options spécifiques. et d’évaluation, de bien prendre en compte qu’une part essen-

22
tielle, bien que non directement visible, du fonctionnement du La dépense d’éducation moyenne par élève en 2005 est
système éducatif est assurée par l’intégration des interactions de estimée à 940 000 FCFP. Le taux d’encadrement dans le se-
ses parties, réparties aux divers niveaux hiérarchiques : condaire est de 12,4 élèves par enseignant en 2005 (12,2 en
lL a classe constituée par la triade fondamentale élève-ensei- métropole).
gnant-savoirs,
lL ’établissement (du moins dans le secondaire) dont le statut 3.3 D
 es disparités de conditions
juridique confère une autonomie dans l’action éducatrice qui de scolarisation selon les zones
constitue la clé de l’adaptation locale à la gestion de la diver- géographiques et les niveaux de scolarité
sité, 3.3.1 La situation dans l’enseignement pré-élémentaire
lL e vice-rectorat qui détermine les objectifs, attribue les moyens, et élémentaire plus difficile en brousse
pilote et assure le contrôle des établissements, La politique de maintien ou de développement de structures
lL es services centraux du Ministère qui délivre les diplômes na- de proximité en brousse (tribu, village), d’écoles de quartiers
tionaux, détermine les programmes et met à disposition les dans les zones urbanisées, permet d’éviter les transports trop
moyens et les personnels. longs et l’internat. Il reste toutefois encore de nombreuses si-
évolution de la dépense intérieure tuations non résolues de façon satisfaisante, notamment dans
d’éducation en nouvelle-calédonie la chaîne. La solution de l’internat n’étant pas adaptée pour les
Millions de FCFP plus jeunes, elle devient plus pertinente à partir du cycle III du
75 000 primaire mais à condition qu’un accueil et un suivi pédago-
gique y soit garanti ce qui n’est pas toujours le cas, faute d’un
personnel d’internat suffisamment investi et formé à assumer
70 000 ce type de fonction. Or, comme le montre le tableau suivant,
le nombre d’internes dans le secondaire est relativement éle-
vé en province Nord, et la situation de ces jeunes, éloignés
65 000
de leurs familles toute la semaine, demande un encadrement
Source : compte de l’éducation, ISEE 2005

plus présent que dans les externats.


60 000 Taux de
établissements Effectifs Part des
Internes Lits remplissage
secondaires scolarisés internes (%) des lits (%)

55 000
Province Sud 1 139 1 211 6 429 18 94
2000 2001 2002 2003 2004 2005

Province Nord 1 850 2 185 3 036 61 85


Cette dimension intégrée du système devra être clairement ana-
lysée dans ses interactions, pour en conserver la richesse et la Province Îles 427 582 1 095 39 73
force lors des transferts de compétences.
73,7 milliards de FCFP ont été dépensés pour l’éducation en nc public 3 416 3 978 10 560 32 86
2005, (soit 314 000 FCFP par habitant) ce qui correspond à 12,3%
du produit intérieur brut (6,9% en France). province Sud 1 439 1 515 4 451 32 95
Des disparités dans les conditions de scolarisation au sens
matériel persistent cependant. Elles sont plus ou moins mar- province Nord 844 1 019 1 491 57 83
quées selon les niveaux de scolarité et les zones géographiques
considérés. province Îles 669 745 1 286 52 90
Source : Vice-rectorat, 2008

nc privé 2 952 3 279 7 228 41 90

Composition de la dépense d’éducation moyenne


par élève en 2005 nc total 6 368 7 257 17 788 36 88

Cette question du suivi scolaire se retrouve également au


foyer familial où les parents ne se montrent pas toujours
aptes ou disponibles pour renforcer, ou ne serait-ce que va-
loriser le rôle de l’école et ses exigences.
Par ailleurs si, à l’exception de situations ponctuelles, les
taux d’encadrement semblent satisfaisants, les classes à
faible effectif mais à multiples niveaux (jusqu’à 4 niveaux
Source : compte de l’éducation, ISEE 2005

par classe) deviennent de plus en plus fréquentes avec


l’augmentation des fermetures, notamment dans les zones
rurales touchées par l’exode rural. Dans ce contexte, le pro-
blème pédagogique se pose de façon d’autant plus aiguë
que les enseignants ne sont pas formés aux pratiques d’une
pédagogie « multi-niveaux », qui, du reste, a ses limites.

23
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

école primaire :
les classes à plus de trois niveaux
en 2008
Remarque : dans 70 % des cas, ces classes regroupent
les niveaux CE2, CM1 et CM2 et dans 15 % des cas,
ces classes regroupent les niveaux CP, CE1, CE2 et CM1
(Voh, Touho, Poum, Ponérihouen, Poindimié et Hienghène)
Source : Vice-rectorat NC 2008

A cette question de la baisse de qualité du suivi pédagogique Les disparités relevées pour l’enseignement primaire se re-
caractérisant surtout la brousse, se conjugue parfois celle de trouvent au collège mais de façon moins sensible et surtout
l’instabilité des équipes éducatives ou encore de leur faible in- avec des solutions souvent plus aisées à mettre en œuvre.
tégration à l’environnement social. En effet, la brousse de façon Ainsi quand le transport scolaire est susceptible d’engendrer des
générale demeure bien moins attractive, aux yeux du person- coûts et surtout une fatigue excessive, la solution de l’internat
nel enseignant, que les zones urbanisées du grand Nouméa. Le peut être adoptée sans les risques de carences affectives à pren-
mouvement des mutations enregistre largement ces effets de dre en considération pour les élèves du 1er degré.
tropisme, avec parfois en corollaire un taux d’enseignants rem- En revanche les questions de suivi scolaire demeurent. Elles
plaçants beaucoup plus élevé en brousse qu’en zone urbaine. se rencontrent tant en milieu scolaire que familial. Le niveau de
Inversement, la situation des personnels, en poste quasiment qualification professionnelle de l’encadrement en brousse pâtit
« à vie », dans le même établissement et bien souvent dans leur lui aussi de l’attractivité dont jouit la zone urbaine nouméenne.
région d’origine n’est pas non plus sans risque, en terme d’épa-
nouissement personnel et professionnel. 3.3.2.2 Les lycées : une offre restreinte en filières
Enfin, les inégalités de moyens matériels et financiers entre La question du transport et de l’hébergement et plus largement
Public et Privé, très significatives dans l’enseignement primaire, des conditions de travail continuent d’avoir des effets discrimi-
renforcent le processus discriminatoire. nants au lycée.
Au surplus, comparativement à la situation que connaissent
3.3.2 La situation dans l’enseignement secondaire les lycéens de métropole, ceux de Nouvelle-Calédonie ne béné-
3.3.2.1 Les collèges : des moyens plus importants ficient pas d’un éventail de filières aussi riche. C’est notamment
que ceux du primaire le cas dans le domaine de l’enseignement professionnel. Mais
Le maillage peut également être considéré comme très satisfaisant plus qu’un simple élargissement de l’offre de formation initiale,
à ce niveau (presque un collège par commune) voire pléthorique il convient d’assurer sa progression qualitative et son articulation
dans certaines communes de population modeste (Houaïlou, avec la formation professionnelle continue, tout en multipliant
Ouvéa, etc ). Ce quadrillage étroit résulte de la complémentarité pu- les formes d’accès à la qualification, notamment en développant
blic/privé, même si cette articulation va de pair, ici ou là et jusqu’à un les modalités de formation par alternance, dont les résultats en
certain point avec une absence de choix pour les familles. termes de liaison avec l’insertion et les besoins du monde éco-

24
nomique ne sont plus à démontrer. Face à ces difficultés, l’université essaie d’apporter des ré-
L’atelier 1 n’a pas développé plus avant ce sujet, puisqu’il ponses. La création d’un restaurant universitaire en est une. Les
constitue l’un des sujets de réflexion de l’atelier 2. étudiants peuvent avoir un repas équilibré pour 400 FCFP.
En résumé, les inégalités dans les conditions d’accès à l’édu-
3.3.2.3 La situation dans l’enseignement supérieur : cation sont indéniables. Elles déterminent une discrimination
des lacunes qui renforcent les inégalités significative entre les élèves de Nouméa et ceux du reste du
Une offre locale de formations restreinte territoire.
L’offre en filières BTS et universitaires est celle d’une petite région Ces conditions pénalisantes sont parfois à l’origine d’interrup-
métropolitaine et ne peut donc proposer un éventail large de tions précoces de parcours scolaires, voire dans certains cas de
formations. L’université s’efforce d’offrir aux étudiants la palette phénomènes de déscolarisation avant l’âge de 16 ans.
de formations la plus large possible afin de donner leur chance En réalité, la réussite scolaire n’est pas hypothéquée par
au plus grand nombre. Mais les formations répondent avant ces seules inégalités, d’autres en renforcent les effets. Ces
tout aux besoins du marché local et peuvent être en décalage dernières sont davantage en lien avec des facteurs socio-éco-
avec les attentes des étudiants. Bon nombre d’élèves sont donc nomiques et socio-culturels et c’est principalement au regard
contraints à partir vers la métropole. Or, tous n’ont pas ou les de ce type d’inégalités que la question de l’égalité des chan-
moyens ou l’environnement familial porteur qui leur permet- ces reste posée.
traient de tirer un profit maximum de l’offre métropolitaine.
Quant aux cursus proposés par l’Australie ou la Nouvelle-Zélande 3.4 R
 éussite scolaire et appartenances
ils sont coûteux et présentent des inconvénients liés à l’obstacle socio-économiques et socio-culturelles
de la langue et à celui des reconnaissances de diplôme. Cepen- 3.4.1 La mesure de la réussite scolaire :
dant, il faut souligner tout l’intérêt pour les étudiants d’aller voir une nette amélioration depuis 20 ans, mais
ailleurs : ouverture d’esprit, amélioration des compétences, ap- qui reste encore insatisfaisante
prentissage de la concurrence et de la compétitivité, etc La mesure de la réussite scolaire n’est pas toujours aisée à
A titre de comparaison, la Corse, région métropolitaine de 281 réaliser. Les taux de réussite aux examens ne reflètent jamais
000 habitants, propose 12 BTS à ses étudiants (110 BTS réperto- que le rapport entre les candidats parvenus en fin de cur-
riés sur l’ensemble de la métropole). En N-Calédonie, les élèves sus et ceux pour lesquels le cursus est couronné de succès.
ont le choix entre13 BTS. Ceux qui ont échoué en cours de route ou n’accèdent pas
au niveau d’études considéré ne sont pas pris en compte. On
Nombre de formations CAP BEP Bac pro BTS retiendra néanmoins que les performances du système sont
Source : Vice rectorat, Onisep 2007

Nouvelle-Calédonie 18 16 14 13 remarquables lorsqu’on porte sur lui un regard diachronique :


ainsi le nombre de bacheliers a été multiplié par trois en 20
Corse 43 27 20 12
ans : 600 bacheliers en 1989 et plus de 1800 en 2007. Pour
Polynésie française 9 28 38 15 la seule année 2007, l’Education Nationale a délivré plus de
Métropole 190 41 96 118 7000 diplômes nationaux, dont 3600 dans le secondaire. Pour
apprécier le système dans sa globalité, il faut en effet voir d’où
Des conditions de vie des étudiants qui avantagent les milieux les il vient.
plus favorisés Les études de suivi de cohortes apportent des éléments de
L’université est mal desservie par les transports en commun, réponse plus satisfaisants que les seuls résultats aux examens :
et les étudiants qui ne disposent pas de leur propre moyen en 2007, environ 92,5% des élèves entrés en 6e ont accédé
de locomotion éprouvent des difficultés à trouver des bus à au niveau V (CAP-BEP) et 54% ont atteint le niveau IV (bac),
l’issue des cours le soir. Ils optent donc trop souvent pour les 48% d’entre eux obtenant ce dernier diplôme selon l’enquête
déplacements à pied, ce qui augmente considérablement de l’INSERM. Pour mesurer la rapidité de l’évolution en cours,
les temps de trajets et diminue le temps consacré au travail. rappelons que la part de bacheliers dans la population ac-
L’offre de logement étudiant est quasiment inexistante. On tive calédonienne n’était que de 24% lors du recensement de
dénombre seulement 62 lits en cité étudiante et 230 lits en 2004.
foyer pour un total de près de 4 000 étudiants. Chaque an- On imagine alors, si ces tendances étaient maintenues, de
née, 350 demandes de logement déposées à l’université ne profonds bouleversements dans la population se présentant
sont pas pourvues. Les étudiants qui ne sont pas originaires sur le marché de l’emploi dans un horizon de moyen terme.
de Nouméa connaissent donc des difficultés de logement Taux de réussite aux examens (%) en 2005
d’autant plus que le parc privé est très onéreux. La situation
devrait s’améliorer en 2012 avec la création d’une cité univer-
sitaire de 500 lits (reconversion de la cité sportive des jeux du
Pacifique en 2011).
La notion d’étudiant est assez récente en Nouvelle-Calédo-
nie. Pendant de nombreuses années, le seul moyen d’effectuer
des études supérieures consistait à quitter le territoire. Ainsi,
peu de facilités sont accordées aux étudiants en termes de
logement, transport, santé, financement des études, loisirs,
etc. Seuls les étudiants issus des milieux les plus favorisés peu-
vent alors poursuivre des études supérieures dans de bonnes
conditions.

25
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

Evolution décennale des résultats aux examens


Unité : % étudiants), inscription dans le but unique d’obtenir une bourse
(les bourses ne sont pas liées aux résultats les deux premières
années), mauvaise orientation, etc. La sélection est donc très
forte la première année. En conséquence, les taux de réussite
en seconde et troisième année sont souvent meilleurs que les
résultats métropolitains, parce que seuls les plus motivés sont
restés et que les effectifs réduits permettent d’avoir des ensei-
gnements presque individualisés.
Cette amélioration des résultats est primordiale pour la Nou-
velle-Calédonie, car comme tout pays en développement, elle a
besoin d’une main d’œuvre qualifiée.
Source : Vice-rectorat

3.4.2 Culture de l’Ecole et maîtrise du système :


des difficultés d’intégration culturelle
L’Ecole est un outil incontournable d’intégration des individus
Quant aux tests d’évaluation pratiqués en Nouvelle-Calédonie, à une société donnée avec les valeurs et les traits culturels qui
leur référence globale au contexte national et le fait d’être conçus lui sont propres. Mais bien qu’institution d’intégration, elle ne
essentiellement à des fins de remédiation font que leur valeur peut faire moins que de véhiculer, et préférentiellement, sa
prédictive au regard de la réussite scolaire est à considérer avec propre culture historiquement déterminée. Elle appelle donc,
précaution. Leur analyse fait toutefois apparaître des régulari- en retour, de ses usagers des stratégies particulières d’ap-
tés statistiques dont il convient d’étudier la stabilité temporelle propriation qui ont la caractéristique d’être toujours mieux
(réduction ou accroissement des écarts ?) et spatiale (notam- maîtrisées par ceux dont la culture et les modes de vie sont
ment en ce qui concerne les disparités régionales). La mise en le plus favorablement conditionnés par les exigences de la
place progressive du socle commun des compétences et des culture de l’Ecole. En résumé elle reconnaît les siens qui le lui
connaissances changera la nature même des modes d’évalua- rendent bien.
tion en privilégiant l’évaluation par compétence. Celle-ci sera Il en résulte que pour les sociétés hétérogènes socialement
moins sujette aux critiques évoquées ci-dessus. et culturellement, ce qui devient de plus en plus la norme du
Cette question de la mesure de la réussite scolaire et de ses monde actuel, l’outil école, bien qu’au service de tous les in-
interprétations doit en outre intégrer les tendances de fond et dividus, remplit avec une efficience très inégale ses fonctions
les perspectives qui en résultent. intégratives. C’est ainsi que se créent les écarts entre groupes
Néanmoins, il ressort d’études plus approfondies que des sociaux, par rapport à la réussite scolaire, et qui ont tendance
écarts importants existent en matière de réussite scolaire. Est à se reproduire, l’évolution de l’école se faisant sous l’influence
surtout mis en évidence le fait qu’une partie conséquente de la des élites, c’est-à-dire ceux qui profitent ou ont profité de la
population scolarisée se trouve en échec scolaire. Cet état de fait réussite scolaire.
se voit d’une certaine manière confirmé à travers les taux de re- La Nouvelle-Calédonie est prise complètement dans cette
doublement élevés, les bilans d’orientations post 3e caractérisés problématique et les effets négatifs de celle-ci jouent à plein,
par un flux vers le lycée professionnel majoré comparativement et prioritairement envers ceux pour qui l’institution scolaire
à la Métropole, le taux encore très faible de poursuite post-bac. demeure la plus éloignée culturellement parlant. On retrouve
La Nouvelle-Calédonie connaît une amélioration régulière de statistiquement les milieux économiquement faibles, souvent
ses résultats depuis quelques années. Le retard sur la métropole issus de la tradition océanienne et résidant en brousse ou dans
est chaque année un peu moins grand. Les derniers résultats les Îles dans des proportions significatives. Ce constat est valable
au baccalauréat le prouvent puisque le taux de réussite du bac aussi bien pour l’enseignement primaire que pour l’enseigne-
général a cru de 15% entre 2007 et 2008. Les taux de réussite aux ment supérieur.
BTS, qui étaient très faibles par rapport à la métropole se sont Cette approche sociologique a bien sûr ses limites. Elle ne
eux aussi nettement améliorés. En 2007, le taux de réussite était fait pas la part de la capacité adaptative de chaque individu à
de 66,4% (67,3% en métropole) et dans les secteurs industriels et déjouer les déterminismes sociaux aussi prégnants soient-ils, et
services, il était supérieur à la métropole. Les classes préparatoires surtout la capacité collective de tout groupe humain à réorien-
aux grandes écoles connaissent aussi un rendement intéressant ter, par les choix politiques ou l’action sociale, les fonctions de
avec un taux de placement dans les meilleures écoles, supérieur ses institutions.
à bon nombre de classes préparatoires métropolitaines.
Une partie du taux d’échec dans l’enseignement supérieur peut 3.4.3 La toile de fond de l’échec scolaire
s’expliquer par le décalage de l’année scolaire. Des étudiants Quoi qu’il en soit, la toile de fond de l’échec scolaire se déploie à
commencent leur cycle d’enseignement supérieur en février en partir des éléments suivants :
Nouvelle-Calédonie, puis en septembre continuent leur cursus
en métropole et ne se présentent donc pas aux examens en 3.4.3.1 Les obstacles linguistiques.
Nouvelle-Calédonie. Ce constat est sans doute particulièrement Ils se manifestent au moins de deux manières :
vrai dans la filière universitaire. lD ’une part, à travers le fait que la langue cible comme la langue

La première année, plus de 50% des étudiants abandon- outil de l’enseignement, soit le français, impose aux populations
nent entre le premier et le second semestre. Les raisons sont dont la langue maternelle est autre, des efforts particuliers.
multiples : départ vers la métropole (sans doute pour 20% des lD ’autre part, dans le fait que le statut des langues premières

26
demeurant dévalorisé socialement, la capacité linguistique culturels, économiques). C’est dire qu’elle ne peut se départir
globale des locuteurs s’en trouve affectée. sans faillir à cette mission d’adaptation d’un certain nom-
Des efforts sont entrepris depuis plusieurs années pour que ces bre de contenus que lui imposent les enjeux d’un monde «
langues trouvent leur droit de cité dans les écoles, et dans la mondialisé », d’un ailleurs présent partout. Cette mission qui
vie courante, car l’enjeu final est bien celui là. Mais le chemin rejoint d’ailleurs en cela mais sans la confondre la vocation
sera sans doute long et bien des facteurs peuvent entraver une de toute éducation moderne à ouvrir l’homme à l’universel,
dynamique encore… « balbutiante ». marque encore les limites ou les risques d’une adaptation de
l’Ecole à des réalités exclusivement endogènes.
3.4.3.2 Des « stratégies » familiales censées contribuer L’enseignement universitaire calédonien s’inscrit complète-
à la réussite, absentes ou défaillantes. ment dans cette dernière approche. Son objectif n’est pas de
Les familles concernées par l’échec scolaire ou susceptibles de s’adapter à des réalités locales mais de répondre à des critères de
l’être ont sans doute une conscience très claire de ce qui est en qualité et de niveau imposés par le ministère de l’enseignement
jeu pour l’avenir de leurs enfants. Mais leur méconnaissance du supérieur. L’université doit garantir l’acquisition de compéten-
système scolaire, de ses rouages, de ses subtilités, de ses exi- ces et la compréhension du monde pour être apte à s’adapter
gences, ne leur permet pas, même lorsqu’ils en ont la capacité rapidement à ses évolutions. Elle est là pour former les élites de
financière, de mettre en œuvre « les stratégies » les plus effica- demain.
ces : ambitions dans les orientations, réorientations adaptées,
suivi scolaire, cours particuliers, éthique et valorisation de la 3.4.3.4 Affaiblissement de l’organisation coutumière
réussite. et déstructuration des cellules familiales.
Parfois il y a contradiction difficilement surmontable entre La disparition des repères dans les communautés régies par «
certaines valeurs de la tradition culturelle océanienne et les la coutume » ne semble pas favoriser la réussite scolaire. La cor-
valeurs propres à l’appareil scolaire (compétitivité, affirma- rélation entre les deux n’est sans doute pas aisée à mettre en
tion de soi, statut de la parole, statut de la personne, etc.). La évidence et l’on pourrait même être tenté de croire à l’inverse.
réussite scolaire ne revêt pas la même importance selon les En réalité, une forte prégnance des principes, règles et modes de
communautés. vie coutumiers pourrait agir comme une protection, une sorte
Les populations mélanésiennes en particulier éprouvent des de garde-fou pour des jeunes en leur offrant des repères forts
difficultés à se projeter dans l’avenir : il existe une inadéquation et stables et en leur procurant la sécurité psychologique d’un
entre ce que l’on veut devenir et les moyens que l’on se donne réseau familial garantissant sa place à chacun.
pour y arriver. Ce manque de projection dans le temps est forte- Quant aux situations de séparation, de cellule familiale mo-
ment préjudiciable aux étudiants de l’enseignement supérieur noparentale, de garde des enfants confiée aux grands parents,
qui ne font pas le lien entre un métier futur et les études. ils affectent très directement la réussite scolaire. Or ces situa-
Ces phénomènes d’inadéquation entre les exigences de la tions, qui constituaient l’exception il y a trente ou quarante ans
culture scolaire et les attitudes adoptées par les familles et leur se démultiplient de nos jours dans tous les milieux, y compris
enfants pour les intégrer prennent des formes très diverses et océaniens.
relèvent de processus d’acculturation fort complexes. On notera par ailleurs que le diagnostic du secondaire
réalisé en juin 2008 met en évidence la surdétermination
3.4.3.3 Des contenus scolaires et un mode relationnel de la réussite scolaire par l’économique. Il convient alors de
dans le milieu scolaire dans lequel ne se reconnaissent se pencher attentivement sur les liens établis entre les fac-
pas les enfants et les familles. teurs linguistiques ou culturels et les facteurs économiques
C’est le problème maintes fois soulevé à travers le célèbre qui les sous-tendent, afin de pouvoir traiter le phénomène
cliché « nos ancêtres les gaulois » et toutes les significations dans toute sa complexité. La réussite scolaire ne peut être
qu’il recouvre. L’inadaptation scolaire ou la faiblesse de l’adap- abordée sous le seul prisme de l’approche linguistique ou
tation scolaire ou encore la non reconnaissance réciproque culturelle, mais doit être abordée de manière multifactorielle
entre l’Ecole et les représentants d’une culture qui n’est pas si l’on veut apporter des réponses adaptées aux inégalités de
issue de la même tradition sont sans doute de vraies ques- réussite observées.
tions. Elles méritent cependant d’être relativisées au moins
pour deux raisons. 3.5 D
 es moyens et des outils à renforcer
D’abord, il faut être conscient que la transmission assurée par ou à promouvoir
l’Ecole n’est pas la transmission exclusive de savoirs didactiques 3.5.1 Des rythmes scolaires peu adaptés
n’ayant qu’une valeur pratique et utilitaire. Ce sont, et largement, aux rythmes régionaux
des modes de pensée, des attitudes mentales, des valeurs, une La mauvaise qualité des rythmes journaliers et annuels aux-
culture, qui sont à l’œuvre. Changer les contenus scolaires, les quels s’ajoutent des temps de transports souvent longs, pèse
adapter à un public particulier, est susceptible de rapprocher lourdement sur l’égalité des chances en matière d’éduca-
ce public de l’Ecole, de la lui rendre plus familière, mais ne réo- tion. Ils semblent trop exclusivement conditionnés par les
rientera fondamentalement pas la fonction sociale de l’Ecole. En contraintes de l’activité économique : journées trop longues
d’autres termes l’adaptation de l’Ecole à une culture donnée a et trop chargées, année scolaire trop courte, vacances trop
des limites sauf… à réorienter radicalement le projet social. longues…
De plus si l’Ecole est bien l’outil majeur de l’intégration Il importe de ne pas plaquer les rythmes métropolitains, mais
sociale de chaque société, elle est aussi tournée et de plus en de s’inspirer des études chrono-biologiques et d’autres modèles
plus aujourd’hui vers une appréhension globale du monde et par exemple anglo-saxons, même si cela doit impliquer une ré-
de ses différents aspects (sociaux, politiques, technologiques, flexion sur les contenus d’enseignement.

27
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

Les rythmes des enfants calédoniens gagneraient à être Les bourses sont un élément important de l’accompagne-
étudiés et leur prise en compte effective par un renforce- ment des élèves dans leurs études supérieures. Sans elles, la
ment des transports scolaires permettrait de respecter le plupart ne pourrait pas poursuivre des études post bac. C’est
décalage avec le rythme parental conditionné par l’activité ainsi que l’université a accueilli entre 2005 et 2007 une moyenne
économique. de 40% de boursiers en première année de licence, la plaçant
La position n’est pas la même au niveau de l’enseignement dans les 5 premières universités de France.
supérieur où la volonté est de coller au plus près des attentes
nationales et donc à un rythme imposé qui doit donner un 3.5.4 Une priorité insuffisante à l’école maternelle
maximum de chances aux étudiants pour se positionner sur le et primaire où « tout commence à se jouer »
marché du travail. Les incertitudes qui semblent peser actuellement sur l’adapta-
tion de l’école et sur la qualité des compétences acquises en fin
3.5.2 Un accompagnement scolaire à généraliser de CM2 doivent être levées, puisqu’elles déterminent la réussite
Ce pourrait être un outil-clef pour la réussite scolaire. Le constat ultérieure. Il est essentiel de mettre tous les moyens nécessaires
des déterminismes socio-économiques qui pèsent sur le systè- à ce niveau qui assure les fondations de l’ensemble du parcours
me étant bien établi, pour compenser ces inégalités « initiales », de formation, en raison notamment du caractère cumulatif des
il conviendrait d’aménager et de renforcer au bénéfice des enseignements et de l’empilement des savoirs.
enfants des familles les plus modestes des dispositifs d’aide et L’effort à fournir à ce niveau concerne la qualité des maîtres, les
d’accompagnement que les plus aisés vont chercher dans les relations avec les familles et la prise en compte des diversités
cours particuliers ou les officines privées, ou d’imaginer des dis- culturelles et linguistiques. La définition du socle commun pré-
positifs spécifiquement adaptés. cise clairement les objectifs à atteindre pour chaque élève.
Des expériences existent et certaines réussissent (ex : le Juvénat
pour les lycéens): il s’agit d’abord d’analyser finement les condi- 3.5.5 Des efforts et des dispositifs pour assurer
tions de leur réussite pour ensuite les généraliser tout en les une transition harmonieuse entre primaire et collège,
adaptant localement et selon le niveau considéré. La province entre collège et lycée, entre lycée
Sud mène un certain nombre d’actions pour soutenir les élèves et enseignement supérieur
de l’enseignement du premier degré. Avant d’être élève, l’enfant est une personne qui doit être consi-
L’université a également développé un système de tutorat dérée dans la singularité de son histoire, à travers sa trajectoire
pour aider les étudiants les plus en difficulté. Il est basé sur le d’abord familiale puis scolaire. Le continuum de cette histoire ne
volontariat, et seuls les plus motivés le demandent. Un accom- doit pas souffrir de ruptures trop brutales entre les cycles qui ja-
pagnement personnalisé existe aussi. lonnent son parcours. Il est donc essentiel de veiller à réduire au
L’accompagnement scolaire passe aussi par la mise à dispo- strict nécessaire les changements subis entre l’école et le collège,
sition des outils pédagogiques. Par exemple, l’université a fait le entre le collège et le lycée, puis entre le lycée et l’enseignement
choix d’ouvrir la bibliothèque sur de larges plages horaires, six supérieur. Or, le fait que le pilotage de l’école fondamentale et
jours sur sept, pour offrir un lieu de travail et l’accès aux outils obligatoire (école et collège) ne soit pas confié à une institution
internet aux étudiants les moins favorisés. unique avec un pilotage cohérent n’établit pas les continuités
aujourd’hui déficientes.
3.5.3 Bourses scolaires : à repenser dans une politique
globale en direction de la famille 3.5.6 Une formation des maîtres intégrant
De compétence provinciale, les aides à la scolarité consti- la connaissance des caractéristiques culturelles
tuent un élément déterminant pour assurer l’égalité des du milieu océanien qui est à renforcer
chances à l’école. Ces aides devraient faire partie intégrante 3 établissements de formation coexistent : Institut Universitaire
d’une politique familiale globale (cf. la partie du rapport de Formation des Maîtres, Institut de Formation des Maîtres de
concernant cette thématique). Ces aides, systématiques ou Nouvelle-Calédonie, Ecole Normale de l’Enseignement Privé. Si
au mérite, doivent permettre à tout jeune, quel que soit son l’objectif de ces centres est le même : former les enseignants de
milieu d’origine, de s’engager dans les cursus auxquels il peut demain, les méthodes sont un peu différentes.
accéder sans être arrêté par des obstacles matériels (trans- Il faut donc s’interroger sur la légitimité de maintenir ces trois
port, hébergement, nourriture, fournitures scolaires,…) ou systèmes alors qu’un seul pourrait suffire et bénéficier alors de
financiers. moyens plus conséquents.
Effectifs et part des élèves boursiers dans les établissements
scolaires publics en 2007 3.5.7 Une adaptation de l’école aux réalités locales
à approfondir, qui n’est encore pas complètement
satisfaisante
Source : Diagnostic du système éducatif- Vice rectorat 2008

lL
 a pédagogie ne tient pas suffisamment compte du contexte

(on part de l’environnement proche et local pour aller vers le


global et l’universel
lL
 ’adaptation des programmes est en cours : par exemple en

histoire géographie, où l’on étudie les flux dans le Pacifique au


lieu d’étudier ceux de la Méditerranée, en Sciences et Vie de la
Terre (faune et flore locale…), économie, droit…
lU
 n manque d’options spécifiques et complémentaires (déjà

autorisées dans le statut des établissements secondaires pu-

28
blics) restent à définir dans le projet éducatif calédonien : 42 % dans le Nord et 58 % dans le Sud.
langues régionales, … On dispose aussi pour 2007 d’une mesure pour évaluer les
l

acquis à l’entrée du lycée : les écarts se réduisent entre les col-


3.5.8 Un manque d’évaluation globale du système lèges d’origine (l’écart maximum est de 30 points en Français
et des politiques éducatives contre 40 en 6e, 32 points en Math contre 45 en 6e).
La création de l’observatoire de l’enseignement en Nouvelle-Calé-
donie a été la 290e proposition du colloque sur l’Ecole organisé en A la sortie du système, une réduction des écarts avec
2002. Mais il n’est toujours pas opérationnel. Il manque d’analyse la métropole
de données, d’élaboration d’indicateurs pour évaluer de façon ex- 91 % atteignent le niveau V (94 % en Métropole) et 54 % des
terne le fonctionnement du système éducatif après les transferts élèves atteignent le niveau IV (70 % en Métropole)
de compétence, et apprécier la réalisation des objectifs fixés par En 2007, l’Education Nationale a délivré 7000 diplômes aux
la politique éducative mise en œuvre par le territoire. jeunes calédoniens dont 3600 dans le second cycle :
lE n CAP, BEP (un peu moins) en Nouvelle-Calédonie, les pour-

3.6 Bilan, enjeux et perspectives centages de réussite sont au niveau de la métropole.


Développer l’aspect enjeux d’une école calédonienne dans un lP our ce qui concerne le BAC, le nombre de bacheliers a été

contexte de défis économique, humain et politique. multiplié par 3 ans en 20 ans et par 5 en 25 ans. Les résultats
sont stables autour de 70 % depuis 6 ans (un peu plus de 10
3.6.1 Trois points caractéristiques du système éducatif points de moins qu’en métropole), stabilité qui peut être consi-
Quand on regarde le système éducatif en Nouvelle-Calédonie, dérée comme un gage de qualité du système.
on est frappé par : lP our le post bac (BTS, Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles,

lL
 a rapidité de son développement au cours des dernières Université), les indicateurs sont au vert tant en termes de résul-
décennies ; par exemple, entre 1970 et 2000, la population tats qu’en qualité de la formation délivrée.
scolaire a plus que doublé.
lL
 ’importance des moyens alloués qui ont largement ac- Un secondaire trop sélectif et une offre de formation insuffi-
compagné le phénomène de croissance. Ainsi, les dépenses sante au regard des enjeux du développement
d’éducation ont été multipliées par 6 entre 1980 et 2000. Globalement on retiendra que le secondaire apporte une réelle
lL
 es déséquilibres géographiques : sur les 10 dernières années, plus-value aux élèves, le collège d’abord suivi du lycée et des
les effectifs ont progressé de 26% dans le Sud, mais baissent de classes post-bac, mais :
6 % dans le Nord et de 15 % dans les Iles. lT rop d’élèves sortent encore sans qualification (environ 10%)

La scolarité se prolonge progressivement après 16 ans : on et donc sans diplôme.


poursuit de plus en plus souvent au lycée. L’université a vu lL e secondaire reste trop sélectif : trop de redoublements, pas-

ses effectifs augmenter depuis sa création de 5% en moyenne sage insuffisant en seconde générale et technologique, mais
annuelle, pour arriver à 2 200 étudiants en formation initiale aussi en bac pro ; le niveau moyen de qualification de la po-
en 2008. pulation active doit encore progresser en Nouvelle-Calédonie.
Pour être en mesure de répondre aux besoins de développe-
3.6.2 Que nous apprend l’état des lieux ment économique, la proportion de bacheliers (de toutes les
réalisé par le Vice Rectorat ? voies) doit progressivement augmenter : le taux de passage en
A l’entrée du système, des écarts avec la métropole et entre seconde générale et technologique doit progresser (la réforme
les trois provinces en cours du lycée peut y contribuer) et la mise en place du
Les écarts (aux évaluations de 6e) avec la Métropole sont de 15 bac pro en 3 ans doit donner l’opportunité d’élargir l’offre au
points en Français et de 20 points en Mathématiques. Un lien niveau IV (niveau bac), tout en maintenant le volume de celle
plus étroit doit être établi avec le primaire pour en analyser les au niveau V (niveau CAP – BEP).
causes qui sont sans doute multiples lL ’insuffisance de liens entre le primaire et le secondaire crée

Les écarts entre les 3 provinces, comme entre les collèges, sont très des discontinuités inopportunes dans les parcours scolaires.
importants (l’écart maximum entre les collèges est en Français de lL ’offre de formation n’est pas suffisante et doit être mieux adap-

40 points, et de 45 points en Mathématiques). Plus on s’éloigne du tée : elle doit être élaborée et négociée avec les décideurs locaux
centre de Nouméa, plus les performances des élèves baissent. afin d’anticiper au mieux les attentes du monde économique :
Les retards scolaires sont très importants (plus d’1 élève sur 4 des formules telles que l’apprentissage peuvent apporter des élé-
dans le public et plus d’1 élève sur 3 dans le privé). Or, le redou- ments de réponse si elles sont construites en concertation.
blement serait nocif pour la réussite scolaire.
Les performances à l’entrée du collège sont fortement liées au 3.6.3 Des leviers pour progresser
contexte socio-économique, apprécié par le taux de boursiers. Lorsqu’on regarde à l’intérieur du système, dans « la boîte noire »,
Les écarts apparaissent en augmentation en Français et en bais- on constate :
se en Mathématiques au cours des dernières années. l Des moyens financiers importants

Les moyens d’enseignement alloués aux établissements sont


Au milieu du gué (en fin de collège), des résultats encoura- importants, et supérieurs à ceux donnés en métropole. Un ef-
geants fort conséquent en matière de rééquilibrage est réalisé par l’Etat
lL es résultats au DNB (diplôme national du brevet) sont très encou- pour les provinces du Nord et des îles Loyauté, tant en moyens
rageants : on atteint, voire dépasse, les scores métropolitains. d’enseignement qu’en moyens financiers. Ils sont principalement
l En fin de collège, environ 4 élèves sur 10 vont en 2 (contre utilisés pour créer des structures particulières pour les élèves en
nde

6 sur 10 en Métropole) : 34 % des 3e générales dans les îles, difficulté et pour réduire la taille des divisions.

29
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

lUn trop grand mouvement des enseignants en brousse et système dans la société calédonienne. D’une part, il est vrai que
dans les îles, lié à l’attractivité de Nouméa jusqu’il y a peu, chacun trouvait son compte à laisser l’Etat s’oc-
Les personnels enseignants sont un peu plus âgés et moins cuper seul de l’éducation de la jeunesse. D’autre part, la faible
féminisés qu’en métropole. Le nombre de non titulaires est élevé organisation du tissu économique (taille des entreprises, orga-
(1 enseignant sur 4 dans les Iles et 1 sur 3 dans le Nord). Le re- nisations professionnelles peu mobilisées sur la formation) n’est
cours aux personnels soumis à séjour diminue progressivement pas propice à des relations approfondies. Trois facteurs essentiels
au fil des années, mais reste à un niveau encore élevé (35% des sont en train de modifier la donne :
titulaires en 2007). Le tropisme du mouvement sur Nouméa lL es familles demandent de plus en plus fréquemment des

constitue un réel handicap pour la brousse et les Iles, générant comptes au système et renforcent l’obligation de résultats,
une instabilité permanente dans ces zones peu attractives. La lL e contexte de croissance économique génère des besoins

gestion des personnels soumis à séjour (par le profilage des pos- nouveaux de main-d’œuvre, auxquels le système n’est pas en
tes) et le maintien des titulaires nommés hors Nouméa pendant mesure de répondre dans l’immédiat,
une durée suffisante semblent être une clé pour pouvoir y tra- lL e transfert de compétences conduit les Calédoniens à réflé-

vailler dans la durée. Ces dispositions sont à renforcer pour les chir sur leurs attentes en matière d’éducation, et les partenaires
personnels de direction qui y sont nommés. potentiels à se rapprocher pour tenter d’y répondre.
lU n appui sur les projets d’établissement à développer pour Des questions de fond sont alors posées, ce sont d’ailleurs un peu les
une meilleure adaptation au terrain… mêmes que celles qui traversent le système éducatif en métropole : on
C’est par la prise d’initiatives dans les établissements dans le ca- ne peut nier les faiblesses de notre système, trop inégal et qui compte
dre de leur statut qui leur confère une certaine autonomie et trop d’élèves en difficulté et d’étudiants en échec à l’université. Mais au
plus précisément dans l’élaboration du projet d’établissement nom de ces problèmes réels, on ne peut disqualifier ce qui a été fait...
que l’on peut répondre aux besoins particuliers des élèves. D’un côté les élitistes estiment qu’il est contre-productif d’essayer
l… mais dans un souci de cohérence de prolonger les scolarités, et qu’il convient de faire le tri le plus tôt
Mais cette autonomie doit s’accompagner d’un pilotage fort possible pour dégager les élites et ne pas faire perdre trop de temps
pour donner une cohérence d’ensemble qui crée la continuité aux autres. De l’autre, les néo-malthusiens pensent que le marché du
entre la politique nationale, sa déclinaison académique et son travail n’étant pas extensible à l’infini, et en augmentant le volume et
application locale dans les établissements, en les emboîtant les les exigences de la demande d’insertion face à une offre désespéré-
unes dans les autres pour mieux réaliser leur intégration. C’est ment fixe, on alimente un processus de dévalorisation des diplômes
par ce pilotage renforcé (par l’augmentation des personnels en circulation. Or nous sommes déjà loin en Nouvelle-Calédonie de
d’encadrement et surtout par l’élaboration d’un projet global) répondre aux attentes immédiates du marché de l’emploi actuel,
que l’on parviendra à consolider la réussite de tous les élèves et par exemple au niveau des cadres intermédiaires pour les projets
ainsi, à réduire encore les écarts qui existent entre les provinces miniers ou encore aux besoins en enseignants. Nous sommes en-
et entre les établissements. core plus loin des critères de qualification de la population en œuvre
l Un bon niveau d’équipement en nouvelles technologies, dans les pays industrialisés (cf. objectifs de la loi d’orientation et des
mais des pratiques qui restent à développer critères de Lisbonne). Et nous devons former la main d’œuvre de
Dans la mise en œuvre de la politique académique, en raison demain qui sera amenée à poursuivre la construction du pays.
de son insularité et de l’isolement culturel de certaines zones,
les technologies de l’information et de la communication (TIC) En conclusion
ne sont pas suffisamment exploitées alors que les conditions La réponse aux attentes des Calédoniens par rapport au
d’équipement sont largement supérieures à celles de métropole système éducatif peut être contenue dans la réussite des
(1 ordinateur pour 5,1 élèves en moyenne, contre 1 pour 8 en transferts de compétences si l’on parvient à conserver la qua-
métropole). Mais, comme en métropole, la mise en œuvre de lité de l’existant d’une part, et si l’on sait d’autre part tirer profit
ces technologies doit maintenant innerver les pratiques péda- de cette opportunité pour délester le système éducatif des
gogiques quotidiennes. contraintes et pesanteurs qui pèsent sur son évolution.
l Un accompagnement scolaire peu développé Un préalable évident : c’est l’élaboration d’un projet éduca-
La forte liaison entre les performances scolaires des élèves et tif pour la Nouvelle-Calédonie par les élus, après concertation
leur origine socio-économique doit inciter au développement avec les acteurs du système, mais aussi les familles et les res-
de mesures d’accompagnement pour les plus défavorisés : des ponsables du monde économique qui ne peuvent plus se
initiatives ponctuelles existent, il convient d’analyser les condi- contenter de rester à sa frontière en attendant les jeunes for-
tions de leur réussite, puis de les généraliser. L’accompagnement més, mais qui devront également y investir financièrement
scolaire, le bon usage des internats, nécessitent une réflexion s’ils souhaitent que les formations soient mieux adaptées à
spécifique dans le cadre d’une politique éducative globale en leurs besoins (qu’il leur faudra mieux définir). C’est tout l’ave-
liaison avec l’élaboration de la carte des formations. nir du pays qui en dépend.
Ce projet éducatif calédonien développerait la philoso-
3.6.4 L’ouverture du système éducatif phie de l’éducation prônée et fixerait des objectifs chiffrés en
sur son environnement : une fragilité inhérente termes de performances à réaliser à l’horizon 2025.
à son organisation actuelle Il permettrait surtout de réaliser l’indispensable intégra-
Les interactions entre le système éducatif et son environnement tion du primaire et du secondaire dans une entité unique
n’ont pu être analysées finement. de pilotage, reconstruisant les continuités éducatives et
S’il existe de multiples initiatives pour développer les relations pédagogiques nécessaires à la réussite des trajectoires indi-
entre les établissements et les familles ou avec les entreprises, viduelles.
leur mise en cohérence pêche par le manque d’intégration du

30
4. La Santé sur deux sites, Koumac (60 lits) et Poindimié (40 lits), et le centre
hospitalier spécialisé de Nouville (197 lits).
4.1 L ’accès aux soins : infrastructures, Par ailleurs, on compte trois cliniques privées situées à Nou-
médecines, et obstacles méa : la clinique du docteur Magnin, la clinique de la Baie des
4.1.1 Un réel maillage sanitaire du territoire Citrons et la clinique de l’Anse Vata.
4.1.1.1 La grande majorité de la population a accès à une Ces établissements d’hospitalisation publics ou privés comp-
structure de soins tent 757 lits d’hospitalisation dont 553 dans le secteur public et
Un des éléments essentiels d’un accès aux soins performant est 204 dans le secteur privé.
la présence, à proximité des populations, dans le cadre d’une Les trois provinces ont investi dans la structuration de cir-
répartition homogène, d’un établissement de santé en capacité conscriptions médico-sociales réparties sur l’ensemble de leur
d’apporter des soins appropriés ou d’assurer le transfert des per- territoire, et dont la mission est d’apporter des soins de proximité
sonnes pour qu’elles bénéficient d’une qualité des soins. ou d’urgence si nécessaire. On en dénombre 26 : 5 en province
Qu’en est-il au niveau de la Nouvelle-Calédonie ? des îles, 15 en province Nord (qui compte également 2 centres
Il est tout d’abord à noter que les structures de santé sont de mère-enfants) et 7 en province Sud.
la compétence d’une part de la Nouvelle-Calédonie chargée des Ces circonscriptions se découpent en 26 centres médico-sociaux
établissements publics territoriaux d’hospitalisation, d’autre part des dont 19 dans lesquels se répartissent 14 infirmeries, 55 salles de soins, 22
provinces qui sont chargées des centres médicaux provinciaux. fauteuils dentaires et 7 qui comptent au total 46 lits d’hospitalisation.
La Nouvelle-Calédonie a la responsabilité administrative et Enfin, la CAFAT, la mutuelle des fonctionnaires, la Société Le
financière de 3 hôpitaux : le centre hospitalier territorial Gaston Nickel ou les Armées disposent de services de soins destinés à
Bourret à Nouméa (484 lits), le centre hospitalier du Nord réparti leurs ressortissants.

4.1.1.2 Implantation géographique des structures médicales et médico-sociales de la Nouvelle-Calédonie

les infrastructures
de santé
en nouvelle-calédonie
Source : DASS 2006/07

31
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

4.1.1.3 Un dispositif EVASAN (évacuation sanitaire) adapté Quelques données statistiques permettent d’étayer ce
En cas d’impossibilité de prodiguer des soins sur le territoire fau- constat : il n’y a pas de médecin spécialiste installé en pro-
te de disposer des compétences techniques - compte tenu de la vince des îles Loyauté ; la densité de médecins spécialistes en
petite taille de la Nouvelle-Calédonie et de sa faible population, province Nord est de 26,5 pour 1000 habitants ; en province
il n’est pas envisageable de disposer de toutes les compétences Sud, elle se situe à 151,6 pour 1000 habitants et un découpage
techniques - le dispositif des EVASAN a été mis en place par la plus fin de la province Sud permet de voir qu’à Nouméa, cette
CAFAT. densité est de 259,4, à Dumbéa de 21 et au Mont-Dore de 8.
Ces évacuations sanitaires se font à destination de l’Australie La concentration de médecins spécialistes se retrouve donc
ou de la métropole et permettent aux Calédoniens de disposer bien sur Nouméa-ville.
des dernières techniques médicales, d’avoir recours à des spé- lU n manque d’information en direction des populations les

cialistes, qui n’exercent pas dans nos hôpitaux, et des meilleurs plus fragiles
soins. Le manque d’information en direction des populations les
Ainsi, en 2007 ce sont 1507 évacuations sanitaires qui ont été plus fragiles est évoqué comme ayant un impact défavorable
accordées par les services de la CAFAT en direction d’hôpitaux sur l’accès aux soins. Les médecins des hôpitaux et les spé-
australiens ou métropolitains pour un montant financier de près cialistes privés constatent qu’ils reçoivent des patients avec
de 3, 8 milliards de francs financés par le RUAMM (Régime Unifié des pathologies très avancées, soit qui ont tardé avant de les
d’Assurance Maladie-Maternité, entré en application au 1er juillet consulter : cela peut s’expliquer en partie par des difficultés
2002 – voir II). En comparaison, en 2005 ont eu lieu 2134 EVASAN, d’accès aux soins mais également par le choix pour quelques-
et en 2006, 1948 EVASAN. uns d’avoir recours, sur une durée trop longue, aux médecines
Le constat peut donc être posé, à la vue de ces chiffres, que traditionnelles.
la population néo-calédonienne dispose d’un panel de lits lU ne prise en charge parfois insuffisante par le système de

d’hospitalisation et de soins - placés sur le territoire ou dans des protection sociale


hôpitaux hors du territoire- qui correspond à la demande en Un accès difficile à certains matériels de soins, pour des raisons
termes de capacité d’accueil et qui permet ainsi de garantir une de prise en charge financière insuffisante par notre système
réelle prise en charge médicale en cas de besoins sanitaires. de protection sociale, explique également le fait que certains
Calédoniens ne peuvent pas mener à terme les soins qui leur
4.1.2 Des obstacles freinant l’accès aux soins permettraient de guérir ou de se soigner de façon durable. Cette
Toutefois, une analyse plus fine des flux en termes d’hospitali- situation engendre le plus souvent une dégradation de l’état de
sations, de la provenance de la population hospitalisée ou de santé des personnes considérées et des ré-hospitalisations qui
l’accès à l’information permet de faire ressortir un certain nom- auraient pu être évitées.
bre de facteurs temporisant cette idée générale d’un accès aux Si notre système de protection sociale peut être considéré
soins réel pour tous. comme performant, il n’en demeure pas moins vrai qu’un
l Des difficultés de déplacement pour certaines populations certain nombre de personnes ont une couverture sociale insuf-
L’accès aux soins des populations habitant dans la chaîne est fisante. C’est le cas, par exemple, de personnes bénéficiant de
plus difficile compte tenu de la distance qui les sépare des cen- la couverture sociale du RUAMM, mais qui ne disposent pas des
tres hospitaliers ou des centres médico-sociaux, et si l’on prend moyens financiers suffisants pour compléter cette couverture
en considération les moyens de transports et l’état du réseau sociale obligatoire par celle d’une mutuelle complémentaire,
routier. et qui dépassent les plafonds financiers de ressources mis en
lD es difficultés de recrutement des médecins en dehors de place par les provinces pour bénéficier d’une mutuelle prise en
Nouméa et un manque de confiance pour les actes prati- charge par l’intermédiaire d’aide publique (cette situation est
qués en brousse fréquemment évoquée mais semble cependant ne pas avoir
Le centre hospitalier du Nord connaît une sous activité impor- été chiffrée).
tante et chronique qui s’explique en partie par la difficulté de lU ne durée d’hospitalisation plus longue

recruter durablement des médecins hospitaliers et par l’attracti- pour certaines populations en raison
vité du centre hospitalier territorial Gaston Bourret de Nouméa. de leurs conditions de vie
Un manque de confiance de la population dans la technicité La durée d’hospitalisation de malades pris en charge par les dis-
des actes qui y sont pratiqués explique également cette désaf- positifs des aides provinciales (aide médicale gratuite : ce sujet
fection. sera traité plus en avant dans ce document) est plus longue
l Un recours à l’hospitalisation moindre qu’en métropole que les durées d’hospitalisation des patients bénéficiant de la
Le taux de recours de la population calédonienne à une hos- couverture sociale CAFAT et mutuelle. Un tel constat trouve une
pitalisation se situe en moyenne dans les secteurs médecine, part d’explication dans le retard pris dans les hospitalisations et
chirurgie et obstétrique à 68,3 hospitalisations pour 1000 habi- leur gravité plus prononcée qui induit une durée de soins plus
tants contre 95,2 pour 1000 en métropole : ce moindre recours longue, et dans le manque d’alternative en termes de maisons
à l’hospitalisation est une donnée importante pour la notion de convalescence, de repos...
d’accès aux soins. Cette durée peut être doublée selon les conditions de vie des
l Une forte concentration des spécialités médicales patients. En effet, les médecins préfèrent garder leurs malades
à Nouméa plus longtemps dans leur lit d’hôpital, et ce jusqu’à guérison
L’agglomération de Nouméa concentre la quasi-totalité des mé- complète, plutôt que d’autoriser un retour au domicile, ce domi-
decins spécialistes exerçant en Nouvelle-Calédonie. Conjuguée cile se résumant parfois à un squat où les conditions d’hygiène
aux difficultés de transport, cette concentration pénalise tout et de poursuite des soins ne permettront pas une guérison, en-
particulièrement les populations les plus éloignées. traînant ainsi des rechutes et des ré-hospitalisations.

32
4.1.3 La prédominance de la médecine curative pas d’écho favorable dans la population. C’est ainsi, que sur
par rapport à la médecine préventive nombre de campagnes de prévention, il faut tenir compte de
4.1.3.1 Une médecine curative prédominante la population calédonienne, de ses us et coutumes, de sa diver-
Le système calédonien de santé est l’héritage de la médecine sité ethnique, si l’on veut aboutir à des résultats en termes de
militaire qui a exercé son influence sur le territoire pendant des prise de conscience. L’exemple du message « mangez 5 fruits
dizaines d’années. Il est également le prolongement naturel et légumes par jour » est frappant : en effet, une partie de la
de la médecine française puisque l’écrasante majorité des mé- population n’a pas accès facilement à une telle variété.
decins exerçant tant dans le secteur public que dans le secteur
libéral, est issue des universités de médecine françaises. En ef- 4.1.3.4 Les moyens limités de l’agence sanitaire
fet, seuls les diplômes d’infirmiers sont délivrés sur le territoire. et sociale de la Nouvelle-Calédonie et de la CAFAT
C’est donc tout naturellement que le constat de la prédo- en matière de prévention
minance de la médecine curative par rapport à la médecine L’agence sanitaire et sociale de la Nouvelle-Calédonie :
préventive peut être posé. Cet état de fait découlant de celui une action d’intérêt général mais des moyens
qui existe en France métropolitaine s’explique par la formation encore insuffisants :
même des praticiens, mais également des habitudes sociologi- Créée en 2001, l’agence sanitaire et sociale est un établis-
ques, puisque les patients attendent d’être malades pour aller sement public de la Nouvelle-Calédonie. Dotée d’un conseil
consulter. d’administration qui est largement représentatif du secteur de
la santé (élus des trois provinces, du gouvernement, du congrès,
4.1.3.2 Une médecine préventive qui doit trouver sa place représentants du conseil de l’ordre des médecins, etc.), elle a
Le rôle des médecins dans notre système de soins est essen- pour missions de :
tiellement curatif. L’action qu’ils peuvent conduire aujourd’hui l fi
 nancer les investissements des établissements hospitaliers

en matière d’information et de prévention en direction de leur publics.


clientèle, qu’elle soit publique ou privée, est tout à fait insuffi- lp romouvoir la santé par l’intermédiaire d’actions de préven-

sante. tion. Elle doit articuler les actions qu’elle propose avec celles
mises en place par les provinces et en lien avec les associations
4.1.3.3 Une prévention insuffisante à tous les niveaux œuvrant dans le domaine de la prévention et de la santé et qui
lC
 hez les médecins : alors même que leur position devrait être sont ses partenaires.
privilégiée quand il s’agit d’indiquer à leur patient les principes Abondé par le reversement d’une grande partie de la taxe al-
de base d’une bonne hygiène de vie, ils ne le font pas ou peu, cool-tabac, le budget de l’agence sanitaire et sociale s’est élevé
n’ayant pas été formés au cours de leurs études à cet exercice. en 2007 à deux milliards de FCFP dont 400 millions ont été
Il faut toutefois signaler le problème de la rémunération qui consacrés à la mise en œuvre des programmes de prévention.
découle de cette action informative du corps médical. En effet, Les programmes de prévention de l’agence ont été déterminés
pour les médecins libéraux, cette action informative est syno- en 2004 à l’occasion du plan de maîtrise des dépenses de santé
nyme de temps de travail passé auprès de leur clientèle et ils voté par le congrès de la Nouvelle-Calédonie.
estiment qu’une juste rémunération de ce temps de travail de- Parmi ces programmes prioritaires, on retrouve notamment la
vrait pouvoir être proposée. lutte contre les différentes addictions ; tabac, alcool, cannabis, la
lA
 l’école : les provinces s’attachent à mener des actions pré- lutte contre le diabète et l’obésité, la lutte contre les cancers.
ventives dans l’enseignement primaire tandis que la prévention Parallèlement à ces programmes qu’elle gère elle-même,
est considérée comme insuffisante dans le secondaire, alors l’agence contribue au financement de plusieurs associations
même que le public concerné peut être touché facilement au dont le thème d’intervention est la prévention sanitaire, comme
travers de messages d’information simples et directs. Un tel par exemple, les associations de lutte contre les maladies sexuel-
objectif implique l’adhésion du personnel enseignant, une re- lement transmissibles, la lutte contre différentes addictions ou
fonte des programmes scolaires et une formation du personnel l’aide aux personnes porteuses d’un handicap.
enseignant. 400 millions FCFP consacrés à la prévention représentent un
lD
 ans les institutions : les provinces ne jouent pas tout leur progrès notoire par rapport à la situation des années passées
rôle en matière de prévention par manque d’une bonne ap- (auparavant, l’agence percevait une subvention de 120 mil-
préhension de ses principes directeurs : ainsi la politique de lions émanant du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie) et
prévention s’exprime-t-elle insuffisamment dans les centres confortent les efforts faits dans ce domaine par les provinces
médico-sociaux. Des expériences intéressantes sont cepen- à travers leurs centres médicaux. Toutefois, face à l’ampleur du
dant menées, comme par exemple celle de la province Nord défi que représente la prise en considération d’une véritable
qui a mis en place des auxiliaires de vie et de santé, et une éducation sanitaire conduisant à terme à une diminution des
équipe d’éducateurs sanitaires exclusivement dédiée à la pré- dépenses de santé curative, cette somme semble largement
vention qui mènent des actions d’éducation sanitaire en tribu insuffisante. Il n’est peut-être pas fait suffisamment appel à la
notamment. Communauté du Pacifique Sud, qui développe des programmes
lD
 ans les familles : le rôle des familles est jugé notoirement de santé publique en direction des populations de son territoire
insuffisant dans la prise de conscience de la nécessaire pré- de compétence.
vention afin d’éviter notamment des maladies dites acquises,
comme le diabète, l’obésité, etc. Au vu des moyens affectés, la prévention n’apparaît pas com-
lE
 t des messages d’informations généralement inadaptés : me prioritaire…
les différents messages de prévention sanitaire doivent tenir Il est regretté unanimement que, face au montant toujours
compte de la réalité du pays, faute de quoi ils ne trouveront plus élevé des dépenses de santé et face aux besoins de

033
33
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

financement toujours plus importants et difficiles à rassembler, 4.2 Le système de protection sociale
le choix consiste à stabiliser, dans le meilleur des cas, ou à di- 4.2.1 Des dispositifs distincts
minuer les budgets consacrés à la prévention et à l’éducation 4.2.1.1 Une grande avancée avec la création du régime
sanitaire. Ce choix est le signe d’une « fuite en avant » qui ne peut unifié d’assurance maladie maternité (RUAMM) en 2001
pas conduire à l’objectif pourtant clairement affiché de la dimi- Un système qui bénéficie d’abord aux salariés : Depuis 2001,
nution des dépenses de santé, ou pour être moins ambitieux, à les Calédoniens bénéficient d’un système généralisé de sécurité
leur stabilisation. sociale dénommé le régime unifié d’assurance maladie mater-
…alors que le préventif a un coût nettement inférieur au nité, le R.U.A.M.M. La mise en place de ce système a permis un
curatif… La prévention constitue donc une véritable oppor- accès aux soins beaucoup plus important qu’il ne l’était aupa-
tunité d’améliorer le niveau de vie de la population, sans pour ravant.
autant menacer le financement du système de soins. A noter les Extrait du recueil des chiffres-clés 2006 de la CAFAT : «La CAFAT,
exemples des pays voisins (Vanuatu, Salomon…), disposant de organisme de protection sociale de Nouvelle-Calédonie, assure
ressources financières moindres, de budgets faibles en matière pour les salariés du territoire, la gestion des régimes : invalidi-
de santé curative et de structures de soins moins nombreuses té et décès, accidents du travail et maladies professionnelles,
que la Nouvelle-Calédonie, ces petits pays ne parviennent que vieillesse et veuvage, famille, chômage.» Depuis le 1er juillet 2002,
difficilement à répondre aux besoins de la population; c’est la CAFAT gère le régime unifié d’assurance maladie-maternité
pourquoi leurs politiques de santé s’appuient essentiellement (RUAMM) dont bénéficient également les fonctionnaires et les
sur la prévention avec l’aide de la Communauté du Pacifique travailleurs indépendants. Avec plus de 64 000 salariés, 18 500
Sud et de l’Organisation Mondiale de la Santé. retraités, un millier de chômeurs indemnisés mensuellement,
La prévention constitue donc un levier de maîtrise des dépenses auxquels s’ajoutent les travailleurs indépendants (près de 15 000
de santé. au 31.12.06), les fonctionnaires actifs (plus de 14 000 au 31.12.06)
Le travail de l’agence sanitaire et sociale est encore trop mécon- et retraités, et les ayants droit (conjoints, enfants, ascendants à
nu voire confidentiel. Le rôle de coordination qu’elle est appelée à charge) de toutes ces populations, la CAFAT couvrait fin 2006
jouer auprès des autres partenaires publics et associatifs doit être plus de 210 000 personnes (environ 224 000 fin 2007 - site in-
très rapidement et clairement identifié. Cela permettrait de favo- ternet CAFAT), sur une population totale de Nouvelle-Calédonie
riser une mise en commun des synergies susceptible d’aboutir estimée à 244 410 habitants au 1er janvier 2008).
à des programmes territoriaux concertés, déclinés à l’échelle de Un régime qui repose sur 3 sources de financement : Il repose
chaque province, et intégrant les spécificités locales. d’une part sur la fiscalité à travers le reversement du produit
Le fonds d’action sociale de la CAFAT : une action limitée de la taxe sur les services (TSS), la taxe sur les tabacs et alcools,
Le rôle de la CAFAT, dans le domaine de la prévention, s’exerce et d’autre part sur les cotisations sociales versées par les em-
actuellement par l’intermédiaire du fonds d’action sociale. Jus- ployeurs et les salariés (à plus de 78 % en 2006).
qu’à présent, l’investissement de la caisse dans ce domaine
préventif est resté très limité et les crédits consacrés évoluent à la 4.2.1.2 Une prise en compte des personnes
baisse : les dépenses de prévention étaient ainsi en 2004 de 3,3 sans ressources : l’aide médicale
millions de FCFP, en 2005 de 0,8 millions de FCFP, et en 2006 de Deux dispositifs complémentaires : Les provinces et la Nou-
0,1 millions de FCFP (chiffres-clés 2006 CAFAT), soit des chiffres velle-Calédonie ont mis en place des dispositifs d’aide médicale,
en baisse constante. permettant aux personnes sans ressources (et ne relevant donc
Pourtant, la CAFAT, au travers les remboursements qu’elle pas du RUAMM) d’accéder aux soins à travers une prise en char-
effectue au bénéfice de ses assurés sociaux, au travers de ge, graduée selon leur situation de revenus, des dépenses de
nombreux liens conventionnels qu’elle a su tisser avec les pro- santé liées à leur état physique.
fessions médicales et paramédicales exerçant sur le territoire, et Chaque province prend en charge le demandeur à la condition
au travers des statistiques très complètes dont elle dispose et qu’il réside sur son territoire depuis au moins 6 mois. La Nouvel-
des masses financières qu’elle gère, semble être un partenaire le-Calédonie prend elle en charge le délai de carence de 6 mois
incontournable pour participer à la mise en œuvre d’une politi- (lors d’un déménagement de province à province par exemple),
que de prévention. Son implication paraît essentielle à la réussite afin qu’aucun Calédonien n’ait à pâtir d’une absence même mo-
des programmes. mentanée de couverture.
Des différences entre les provinces : Le système d’aide médi-
4.1.4 Une médecine traditionnelle peu visible cale étant majoritairement provincial, on constate qu’il diffère
La médecine traditionnelle a été mise de côté en Nouvelle-Calé- d’une province à une autre, ce qui est générateur d’une diffé-
donie. Contrairement à d’autres pays du Pacifique et notamment rence de traitement suivant que l’on réside dans telle ou telle
la Polynésie française où elle connaît un véritable renouveau, la province. Par exemple, en province Nord, le dispositif intervient
médecine traditionnelle est insuffisamment reconnue. de façon forfaitaire sur le tarif des consultations médicales, ce qui
Il ne s’agit pas de vouloir comparer l’efficacité de la médecine ne sera pas le cas dans les autres provinces.
allopathique et celle de la médecine traditionnelle pour décla- Le système d’aide médicale de la Nouvelle-Calédonie s’appli-
rer la supériorité de l’une sur l’autre, mais de rechercher leur que quant à lui sur l’ensemble du territoire selon des critères
complémentarité en s’appuyant sur les dernières recherches identiques quelque soit le lieu de provenance des personnes
scientifiques en matière de plantes médicinales par exemple. concernées.
Un travail en ce sens serait utilement conduit.
Il est cependant à noter que le centre hospitalier Gaston Bourret 4.2.1.3 Des dépenses de santé comparables à celles
travaille d’ores et déjà, dans le cadre de son contrat d’objectifs et des pays industrialisés du Pacifique ou de la métropole
de moyens, à une approche culturelle de la maladie. Plusieurs chiffres méritent d’être soulignés : la part des dépenses

34
de santé dans le produit intérieur brut de la Nouvelle-Calédonie L’exemple suivant permettra de mieux appréhender les ef-
se monte à 12% en 2006. Les dépenses de santé annuelles par fets induits du renforcement des compétences techniques de
habitant étaient d’environ 250 000 FCFP en 2006. nos hôpitaux. Jusqu’en août 2007, les patients devant subir un
La Nouvelle-Calédonie se trouve donc dans une position examen coronarographique se déplaçaient dans les hôpitaux
comparable, en ce qui concerne les dépenses de santé et l’ac- australiens. Ils étaient au nombre de 800 par an environ. Depuis
cès aux soins, à celle des pays industrialisés de notre région ou cette date, cet examen est réalisable sur le territoire grâce aux
à la métropole. investissements médico-techniques réalisés au CHT. On estime,
Ce positionnement est sans commune mesure avec des pays en année pleine, que ce sont quelques 500 EVASAN qui sont
voisins insulaires tels que le Vanuatu, les Iles Fidji, ou encore Ton- ainsi évitées, et qui correspondent à 450 coronarographies faites
ga qui disposent d’infrastructures sanitaires nettement moins sur le territoire. Il en découle une économie réelle pour la CAFAT
développées. mais une dépense de fonctionnement supplémentaire pour le
Quelques exemples: le Vanuatu affiche une dépense de santé CHT estimée pour 2009 à 40 millions FCFP.
annuelle par habitant de 5000 FCFP, Tonga 10 000 FCFP ou
encore Fidji 13 000 FCFP. On peut donc considérer que la Nou- 4.2.3 Un régime qui connaît des difficultés financières
velle-Calédonie dispose d’un système de protection sociale dès 2004 avec l’explosion des dépenses de santé
moderne et performant. Les comptes de la branche santé de la CAFAT ont rencontré leurs
En dépit de sa jeunesse, ce système doit faire face à de nombreux premières difficultés dès 2004 avec un déficit de près de 900
problèmes liés à la fois à la géographie du pays, au vieillissement millions FCFP sur les comptes 2003, déficit qui s’est amplifié en
de sa population, à la répartition territoriale des établissements 2005 pour atteindre 1,9 milliard FCFP.
de soins, à l’augmentation importante et régulière de la deman-
de de soins, et au coût financier engendré par l’augmentation 4.2.3.1 Une volonté de maîtriser les dépenses de santé
de cette demande. Mise en œuvre d’un plan de maîtrise des dépenses de santé
La mise en œuvre d’un plan de maîtrise des dépenses de santé
4.2.2 Un régime fragile face à une demande en 2004, à la suite du constat du dérapage de ces dépenses et
en augmentation grâce à une série de mesures diversifiées, a poursuivi l’objectif
4.2.2.1 La progression exponentielle de la demande d’une progression maîtrisée, notamment par une responsabili-
de soins sation accrue des professionnels de santé et des particuliers, ou
Entre 1999 et 2003, la progression de la demande de soins est encore une politique plus offensive en matière de distribution
évaluée à 8% l’an. Au cours de ces dernières années, elle a pour- des médicaments génériques.
suivi cette courbe ascendante. Toutefois, elle marque une légère Un redressement des comptes du RUAMM grâce à l’augmen-
baisse dans sa progression en 2006 (+ 7,3%), baisse qui pourrait tation des recettes
être vraisemblablement mise au crédit du plan de maîtrise des Un relèvement du plafond des cotisations ainsi qu’un relève-
dépenses de santé mis en œuvre en 2004. ment d’un point de la taxe sur les services la faisant passer de 4
La mise en place d’une couverture sociale généralisée, qui est à 5% ont été votés par le congrès de la Nouvelle-Calédonie.
un progrès considérable, a influé notablement sur les compor- Assurance maladie :
tements des Calédoniens dans le domaine de l’accès aux soins. Evolution des charges et ressources
Le fait de devoir participer, au travers des cotisations salariales Années Charges Ressources Résultat
obligatoires, au financement de notre système de sécurité so-
Chiffres clés 2006 CAFAT
2004 35,4 34,5 -0,8
ciale, a notamment engendré le phénomène bien connu : « je
2005 38,5 36,6 -1,9
paie donc j’y ai droit ». Il a également permis à nombre de per-
sonnes de pouvoir se faire soigner sans que le coût des soins 2006 41,4 40,9 -0,4
soit un obstacle. Unités : milliards FCFP

Ces mesures conjuguées avec une activité économique


4.2.2.2 Un renforcement des compétences médicales pour très dynamique ont permis de redresser les comptes du
répondre à cette demande RUAMM. En 2006, le déficit de la branche santé s’établissait à
Parallèlement à ce phénomène, les hôpitaux du territoire ont dû 436 millions FCFP, soit une réduction de plus d’un milliard par
renforcer leurs compétences ; les outils techniques ont permis rapport à l’année précédente.
de réaliser de plus en plus de soins in situ, permettant d’éviter En 2007, cette branche retrouvait le chemin d’un excédent à
ainsi des évacuations sanitaires vers l’Australie ou la métropole. hauteur de 900 millions FCFP. En 2008, une évaluation à mi-
Des actes médicaux, initialement refusés par des particuliers année laisse entrevoir un excédent prévisionnel à hauteur de
parce que pratiqués hors du territoire, sont acceptés par les in- 2,4 milliards FCFP, qui devra bien sûr être confirmé.
téressés dès lors qu’ils deviennent effectivement réalisables à
Nouméa. 4.2.3.2 Mais un système encore financièrement fragile
Toutefois, ce retour à une situation excédentaire ne doit pas ca-
4.2.2.3 Une baisse du nombre des EVASAN mais une cher le fait que le déficit cumulé de la branche maladie s’élève
augmentation des dépenses de fonctionnement des encore en 2008 à 2 milliards FCFP et que cette dernière ne dis-
grandes infrastructures de soins pose d’aucune réserve disponible, alors même que les textes
L’effet induit de ce renforcement des compétences est l’aug- réglementaires prévoient une réserve minimum de 13,7 mil-
mentation des dépenses de fonctionnement des hôpitaux, liards FCFP pour cette branche.
prises en charge par la CAFAT, à travers une dotation globale de Ces quelques données financières permettent de mieux
fonctionnement. appréhender l’ampleur du rétablissement financier à réaliser.

35
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

Par ailleurs, il faut prendre en considération avec toute la pruden- sable réflexion sur les mesures structurelles à mettre en œuvre
ce qui s’impose, le fait que les projections faites par les services dans les années à venir pour sauvegarder ce régime de protec-
financiers de la CAFAT font état d’un retour au déséquilibre à tion sociale (taux de cotisation à revoir ou fiscalisation du régime
partir de 2010. etc.). En effet, ce régime concerne une population dont le nom-
Les causes de cette fragilité sont multiples bre effectif de cotisants est restreint, mais qui est en attente des
Cette projection pessimiste trouve son explication dans un fais- meilleurs soins.
ceau de raisons qui concourent à cette progression continue La réflexion à engager devra intégrer plusieurs paramètres
des dépenses de santé, et parmi lesquelles on retrouve : comme par exemple celui de la spécificité du territoire de la
lL a hausse du coût des soins alors que les sources de finance- Nouvelle-Calédonie par rapport à celui de la métropole ou
ment restent limitées (population de 244 000 habitants), encore celui de la réglementation applicable dans le domaine
l Le vieillissement de la population, sanitaire. Elle devra également être l’occasion de nous interroger
lL e coût de plus en plus élevé des traitements médicamen- sur le fait que notre système de soins est fortement inspiré de
teux, celui de la métropole - qui, comme chacun le sait, est confronté
lL es possibilités techniques offertes désormais sur le territoi- à de très sérieuses difficultés financières que les réformes suc-
re… cessives ne parviennent pas à résoudre, et sur la pertinence de
On ne peut écarter également l’éventualité d’un ralentissement cet adossement.
de l’activité économique qui aurait des répercussions immédia-
tes sur le niveau des ressources du régime (TSS et cotisations) 4.2.3.3 Les risques liés à la répartition des compétences
La survie du système nécessite la mise en œuvre de mesures Elle sera aussi l’occasion de réfléchir aux risques, compte tenu
structurelles fortes de notre organisation administrative, de voir s’installer plu-
La poursuite des efforts de rationalisation des dépenses de sieurs politiques en matière de santé : une politique territoriale
santé est donc incontournable mais elle n’évitera pas l’indispen- à l’initiative de la Nouvelle-Calédonie et 3 politiques de santé

nouvelle-calédonie
médecins généralistes
nombre par habitant en 2008
Source : DASS NC 2008 et ISEE 2008

36
à l’initiative des provinces. Sur un territoire restreint géographi- Nouvelle-Calédonie Indre
quement et avec une population de faible densité, une telle Médecins généralistes 120 80 à 89 selon les zones
situation engendrerait des risques de dérapage financier et une
Médecins spécialistes 130 70
déperdition des forces médicales et serait, au bout du compte,
contre-productive. La Nouvelle-Calédonie dispose donc d’une densité médicale
satisfaisante au regard des critères de densité.
4.3 Les professionnels de santé Cette densité mérite d’être affinée au regard des lieux d’exer-
4.3.1 Une démographie comparable à un département cice des médecins. C’est ainsi que cette densité s’établit à 104
rural métropolitain, mais avec des disparités médecins pour 100 000 habitants en province Nord et à 84
4.3.1.1 Leur nombre et leur localisation : de fortes dispari- médecins pour 100 000 habitants en province des îles. Seule, la
tés selon les provinces province Sud atteint une densité de 288 médecins pour 100 000
On compte 601 médecins exerçant sur le territoire soit à titre habitants, se rapprochant ainsi de la densité métropolitaine.
libéral soit en tant que salariés. Ce nombre correspond à une La présence des officines pharmaceutiques est aussi très
densité médicale de 250 médecins pour 100 000 habitants en déséquilibrée d’une province à l’autre. 72 officines sont comp-
Nouvelle-Calédonie, densité à comparer avec celle de la métro- tabilisées (104 dans un département comme l’Indre) dont 32
pole qui s’établit à 340 médecins pour 100 000 habitants. A titre sur la seule commune de Nouméa. Il y a donc, d’une part, un
de comparaison, la densité médicale en Nouvelle-Zélande est nombre insuffisant, et d’autre part, un fort déséquilibre entre la
de 220 médecins pour 100 000 habitants. brousse et Nouméa.
Si on compare maintenant avec un département rural métropo- A titre de comparaison, la densité est de 30 pharmacies pour
litain d’une taille équivalente comme l’Indre (232 000 habitants), 100 000 habitants en Nouvelle-Calédonie et 75 en Nouvelle-
on peut établir le tableau suivant : Zélande.

nouvelle-calédonie
répartition des pharmacies en 2008
Nombre total en 2008 : 60 pharmacies

Source : OPT 2008, ISEE 2008

37
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

médecins spécialistes
nombre par habitant en 2008
Source : DASS NC 2008 et ISEE 2008

La densité des chirurgiens dentistes s’établit à 52 pour 4.3.1.3 Une pénurie de médecins libéraux dans certaines
100 000 contre 68 pour 100 000 en métropole, mais elle est de spécialités mais une situation favorable dans les hôpitaux
43 pour 100 000 en Normandie ou encore 38 dans l’Indre, celle La pénurie de médecins dans certaines spécialités médicales (en pé-
des sages-femmes à 151 pour 100 000 contre 116 pour 100 000 diatrie notamment) est clairement établie et découle directement
en métropole, celle des infirmiers à 439 pour 100 000 contre de la même pénurie constatée en métropole. En effet, la formation
768 pour 100 000 en métropole, et enfin celle des kinésithérapeu- d’un nombre très insuffisant de médecins, alliée au fait que certai-
tes à 53 pour 100 000 contre 102 pour 100 000 en métropole. nes spécialités médicales sont trop peu rémunératrices, conduisent
en métropole à une situation de manque réel de praticiens, à tel
4.3.1.2 Une obligation spécifique de conventionnement et point qu’il est fait appel à des spécialistes d’autres pays d’Europe
l’existence de zones régulées qui ne portent pas leurs fruits pour pallier les manques dans certaines zones rurales.
Il est à noter une particularité calédonienne n’existant pas en Le recrutement en Nouvelle-Calédonie de médecins hos-
métropole. Les médecins libéraux, infirmiers, kinésithérapeutes, pitaliers ne pose pas de difficulté majeure, contrairement à la
dentistes ne peuvent pas s’installer librement et sont soumis à situation de grave pénurie que rencontrent les hôpitaux mé-
un principe de conventionnement s’ils souhaitent exercer dans tropolitains. Cette situation peut s’expliquer par le statut très
ce qui est communément appelé la zone régulée, à savoir, Nou- favorable des praticiens hospitaliers territoriaux.
méa, Mont-Dore, Païta et Dumbéa.
L’exercice de leur profession est soumis à l’obtention d’un conven- 4.3.1.4 Un manque d’ouverture aux médecins des pays
tionnement fixant leur secteur d’exercice délivré par la CAFAT en lien voisins
avec la DASS de la Nouvelle-Calédonie, les différents financeurs et Il est regrettable que les médecins australiens ne puissent ve-
qui s’appuie sur certains critères, dont le besoin de professionnels de nir exercer en Nouvelle-Calédonie du fait de la réglementation
telle ou telle spécialité dans la zone considérée. Cette obligation de actuellement en vigueur. Cette situation est d’autant plus para-
conventionnement n’existe pas ailleurs sur le territoire en dehors de doxale que de très nombreuses évacuations sanitaires ont pour
la zone régulée. Son objectif, fixé dans le premier plan de maîtrise destination les hôpitaux australiens, et qu’il paraît pour le moins
des dépenses de santé de 1994, est de favoriser une installation de incompréhensible que ces médecins soient suffisamment per-
ces professions sur l’ensemble du territoire en évitant une concen- formants pour prendre en charge les malades Calédoniens dans
tration sur l’agglomération de Nouméa. Les quelques données leurs hôpitaux mais insuffisamment formés pour exercer libre-
statistiques données ci-dessus démontrent que cet objectif est loin ment en Nouvelle-Calédonie.
d’avoir été atteint. Le constat d’une densité médicale calédonienne Ce paradoxe est directement lié à l’exigence de bilatéralité
plus faible que la densité métropolitaine peut donc être posé. dans la reconnaissance des diplômes entre Etats. La France et

38
INFIRMIERS LIBéRAUX
nombre par habitant en 2008

Source : DASS NC 2008, ISEE RP 2004


l’Australie n’ont pas conclu de convention de reconnaissance formations des professions sanitaires et sociales. Le nombre d’in-
mutuelle de leurs diplômes médicaux. Les médecins exerçant firmiers formés annuellement, qui est au mieux des promotions
en Nouvelle-Calédonie, mais comme rappelé plus haut, tous de 30 diplômés par an, apparaît comme beaucoup trop faible
formés en métropole, s’opposent donc au fait que la Nouvelle- par rapport aux besoins recensés, d’autant plus que tous ne res-
Calédonie, compétente en matière de santé mais non pas en tent pas sur le territoire.
matière de délivrance de diplôme universitaire, accepte le prin- On constate que l’exercice de la profession d’infirmier est très
cipe de la reconnaissance du diplôme australien. différent selon le lieu d’exercice : un infirmier travaillant au CHT
Gaston Bourret de Nouméa ne rencontre pas les mêmes difficul-
4.3.2 La formation des professionnels de santé tés qu’un infirmier travaillant dans un dispensaire provincial, et
4.3.2.1 Les professionnels de la santé sont formés tous deux ne doivent pas faire face aux mêmes responsabilités.
essentiellement en métropole Il en va de même pour un infirmier libéral travaillant dans le sec-
Les professionnels médicaux et para-médicaux ont été, dans leur teur de Nouméa et un infirmier libéral travaillant en brousse. Il a
très grande majorité, formés dans les universités métropolitaines été jugé regrettable que les infirmiers de brousse n’aient pas la
– actuellement, seule la première année de médecine peut être compétence de prescrire des soins, ce qui dans certains cas se
effectuée à l’Université de la Nouvelle-Calédonie-. Ils arrivent sur révèlerait utile compte tenu de l’isolement géographique.
le territoire après avoir exercé leurs professions respectives dans
l’environnement métropolitain. Ils dispensent donc une méde- 4.3.2.3 Une approche de la spécificité culturelle encore
cine telle qu’elle est enseignée en métropole. marginale
Le constat de très bonne qualité des professionnels de la santé Toutefois, cette formation métropolitaine a des effets induits qui
dans leur ensemble, exerçant sur le territoire, a pu être posé. peuvent être regrettables car elle ne prend pas toujours suffi-
samment en compte les réalités calédoniennes et notamment la
4.3.2.2 Infirmiers : une formation et un diplôme perception de la maladie dans les cultures océaniennes. La pro-
territoriaux, mais des conditions d’exercice plus ou moins fession d’infirmier n’échappe pas à ce fait, bien que l’adaptation
difficiles selon le lieu d’exercice à la spécificité culturelle soit en cours d’étude dans la formation
Une formation existe sur le territoire, dispensée par l’institut des à cette spécialité.

039
39
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

4.3.3 Une prise en compte insuffisante de la médecine qu’une complémentarité entre médecine officielle et médecine
traditionnelle dans la formation traditionnelle permettrait, si elle était bien comprise et assu-
La trop faible place faite à l’approche culturelle de la maladie par mée par les médecins européens et les soignants mélanésiens,
les professions médicales est aussi liée à la trop faible place lais- d’aboutir à une meilleure et plus rapide prise en charge des ma-
sée à la médecine traditionnelle pratiquée encore de nos jours lades. La situation actuelle conduit à une prise en charge très
dans les tribus de l’intérieur et des îles. Il est constaté que cette tardive, pour ne pas dire trop tardive, d’un certain nombre de
médecine traditionnelle est méconnue voire méprisée par le personnes arrivant dans les structures de soins officielles dans un
corps médical. Ce constat paraît tout a fait dommageable alors état de santé très dégradé, sans réelle chance d’amélioration.

5. Le logement
Le logement, tout comme l’emploi, est l’un des facteurs majeurs démontrent bien le déséquilibre quant à la qualité des
pouvant conduire à l’exclusion lorsqu’on ne peut y accéder. Le logements entre les différentes régions de Nouvelle-Calédonie.
logement a toujours été considéré comme une priorité mais les La première carte fait ressortir que c’est sur la côte Est et
moyens affectés étaient faibles. Aujourd’hui, devant l’urgence, dans les îles que subsiste le plus grand nombre de maisons
des moyens conséquents sont consacrés au logement social. traditionnelles de type « cases » et de logements provisoires
Bien que les provinces aient la compétence logement, elles n’ont de type « cabane ». Toutes les populations ne sont donc pas
pas pour autant la maîtrise de toutes ses composantes, ce qui « logées à la même enseigne » pour leur habitation. L’habi-
rend nécessaire une meilleure cohérence des interventions des tat de la côte Est se rapproche plus de celui d’un pays en
collectivités publiques de Nouvelle-Calédonie en la matière. voie de développement
alors que la côte Ouest
5.1 D
 es inégalités régionales sur le niveau offrirait une qualité
de confort des logements d’habitation proche
Avant d’aborder le logement social, quelques indicateurs sur de celle des pays déve-
le logement en Nouvelle-Calédonie. Les trois cartes suivantes loppés.

nouvelle-calédonie
typologie des logements
en 2004
Source : ISEE RP 2004

40
type de logement
localisation des constructions dites provisoires en 2004
Remarque : dans le Grand Nouméa, les squats sont inclus dans cette typologie.
Pour le reste du territoire, cette classification est liée au matériau utilisé pour la construction (tôle)

Source : ISEE, RP 2004

Cette seconde carte précise la présence des logements pro- Cannes (source IEOM). Certaines populations n’ont donc pas
visoires et fait apparaître là encore des déséquilibres entre les les moyens d’accéder à un logement décent et se replient sur
différentes régions. C’est à nouveau principalement sur la côte ce type de logement.
Est que l’on trouve cet habitat, mais aussi dans l’agglomération En brousse, la faiblesse des ressources des ménages doit aussi
de Nouméa. Les motifs à l’origine de ces constructions précaires être un facteur explicatif.
sont a priori différents dans ces deux régions.
Dans l’agglomération, on peut évoquer deux motifs : La troisième carte, qui suit, souligne bien les inégalités en terme
l l ’accroissement démographique est tel que le rythme de de confort. La différence est nette entre la province Sud et les
nouvelles constructions n’arrive pas à répondre à la de- deux autres provinces bien que des efforts soient faits, comme
mande. Cela doit rester vrai au-delà de 2004, même si le en province Nord par exemple où un programme d’assainisse-
nombre de logements sur le grand Nouméa a cru de 4,5% ments individuels a permis de réaliser 1 180 unités fonctionnelles
(source IEOM) ; sur l’ensemble des 17 communes. Ce manque d’équipements de
l l es loyers ont énormément augmenté entre 2001 et 2006 confort peut avoir des répercussions importantes sur l’hygiène
(+45%) et situent Nouméa parmi les villes françaises les plus et donc sur la santé. Il peut également être facteur d’inégalité
chères avec un prix de location au m² équivalent à la ville de scolaire pour les enfants.

41
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

nouvelle-calédonie
absence d’installations sanitaires
dans les logements en 2004
Source : ISEE RP 2004

A la lecture rapide de ces trois cartes, on comprend tout de l FCH. Filiale du FSH créée fin 2003, le Fonds Calédonien de l’Ha-
suite l’importance du développement du logement social com- bitat assure la promotion, la gestion et l’entretien du parc locatif
me facteur d’intégration. Le logement social offre un niveau de du FSH, ainsi que la construction de logements sociaux.
confort, et un niveau de prix qui peut permettre au plus grand l SI
 C. Créée le 28 juillet 1988, la Société Immobilière de Nou-

nombre d’accéder à un logement décent et donc de pouvoir velle-Calédonie a pour principal domaine d’activité la gestion
disposer des mêmes chances que les autres. immobilière. Ses activités consistent en la construction de loge-
ments locatifs et en accession à la propriété, ainsi que de locaux
5.2 Le logement social commerciaux, mais aussi en aménagement et gestion locative.
En préalable, quelques définitions : lS ECAL. Créée le 9 juillet 1971, la Société d’Équipement de la

Les aides à l'habitat social recouvrent : Nouvelle-Calédonie a pour principal domaine d’activité l’amé-
l l es aides publiques apportées aux opérateurs spécialisés gérant nagement (aménagement et développement, aménagement
un parc de logement social (SIC, FSH, etc.). Ces opérateurs doiv- urbain périphérique, construction de logements, aménagement
ent, en contrepartie de ces aides, respecter des règles relatives à et restructuration du tissu urbain existant, et réalisation d’équi-
la surface et au confort des logements qu’ils louent, et relatives au pements de superstructures). Ses autres activités consistent en
niveau des loyers demandés aux familles bénéficiaires ; des études urbaines générales et d’autres aménagements.
l l ’aide à l’accession à la propriété ou à l’amélioration de l’habitat : Uniquement en province Sud :
différents régimes peuvent aider les familles à acquérir ou à l SEMAGGLO. Créée le 5 décembre 2003, la Société d’Économie

améliorer un logement (prêt bonifié voire à taux zéro, subven- Mixte de l’Agglomération a pour principales activités l’immobi-
tion, garantie bancaire) ; lier, la production et la gestion d’un parc de logements locatifs
l l ’aide personnelle au logement, qui peut être accordée aux aidés et très aidés sur le Grand Nouméa.
familles sous conditions de ressources, et qui peut porter soit l ADHS2. L’Agence de Développement de l’Habitat Social est une

sur les locations du secteur privé, soit sur le logement social. structure centrée sur la rénovation et l’extension de l’habitat existant
La liste des opérateurs du logement en Nouvelle-Calédonie sur toute la province Sud, avec un objectif de 70 opérations par an.
(données ISEE) Uniquement en province Nord :
l FSH. Créé le 17 décembre 1964 à l’initiative des organisations lT EASOA. L’association Renouveau TEASOA est une structure as-

syndicales représentant les salariés et de la Fédération Patrona- sociative rassemblant les communes de la province Nord, dont
le représentant les entreprises, le Fonds Social de l’Habitat aide l’activité est répartie entre l’aide subventionnelle et technique à
à l’accession sociale des salariés. Il gère un parc de logements l’habitat, la construction de logements sociaux destinés aux per-
financé par la défiscalisation. sonnes âgées ou handicapées, et l’accession aidée à la propriété.

42
5.2.1 Des demandeurs de logement social avec des revenus bas En province Sud : la province distingue trois catégories de loge-
Au 1er mai 2008, le SMG (salaire minimum garanti) est de 123 541 ments suivant le niveau de loyers :
FCFP, le SMAG (salaire minimum agricole garanti) de 105 010 FCFP. Niveau de loyers variable suivant Niveau de revenu
Catégorie de logement
Face au constat de la faiblesse des ressources de la plupart des taille du logement du F1 au F5 plafond du ménage
demandeurs, les opérateurs sociaux essaient de mettre en place Locatif très aidé (LTA) de 19 100 à 53 700 1,3 SMG

des tarifs abordables pour le revenu des ménages. Locatif aidé (LA) de 31 000 à 87 000 2,6SMG
Par exemple, en province Sud, la Société Immobilière de Nou- Locatif aidé de transition (LAT) de 45 700 à 116 000 3,6SMG
velle-Calédonie détermine 3 niveaux de loyer : Seuls les locatifs aidés et très aidés bénéficient d’une aide à la
l Logement très aidé : 40 000 FCFP pour un F3 ; pierre ; les locatifs aidés de transition (LAT) qui sont inclus dans
l Logement aidé : 65 000 FCFP pour un F3 ; les programmes de logements sociaux bénéficient de l’exo-
l Logement aidé de transition : 80 000 FCFP pour un F3 (30 % du nération de TSS en raison de leur participation à la mixité des
montant des revenus). opérations sociales.
(Le reste du parc, soit 50 %, étant privé) En province des îles Loyauté : il n’y a pas de logements locatifs
42,2% de la totalité des ménages recensés à la Maison de l’Habi- sociaux.
tat sont endettés (rapport semestriel 2008 Maison de l’Habitat). Ces données montrent que le niveau des loyers pratiqués, dont
Les revenus des demandeurs sur l’année 2007 les montants sont pourtant déjà faibles en raison des subven-
(note de conjoncture 2007 de la Maison de l’Habitat, pour la province Sud) tions accordées aux bailleurs, ne permettent pas aux ménages à
0 à 1 SMG 1 à 1,5 SMG 1,5 à 2 SMG 2 à 2,5 SMG 2,5 à 3 SMG 3 à 3,5 SMG 3,5 SMG et + TOTAL
très faibles revenus d’accéder à ces logements.
Les collectivités ont alors la possibilité :
Location 1501 869 431 238 108 51 49 3247
l soit d’augmenter l’aide à la pierre pour dimi-
Location & accession 229 507 372 263 141 88 86 1686
nuer le niveau de loyer mais cette solution a
Accession 92 253 271 212 156 99 91 1174
pour inconvénient de réduire la production de
Rénovation 43 16 10 8 4 1 1 83
nouveaux logements, à enveloppe constante du
Construction sur terrain 18 12 6 5 2 1 0 44
contrat de développement ;
TOTAL 1883 1657 1090 726 411 240 227 6234 l soit de créer une aide à la personne (appelée

Les revenus les plus faibles (< à 1.5 SMG) constituent 50% des deman- aide au logement) variable suivant les revenus du bénéficiaire.
des totales (soit 3 106 demandes) auprès de la Maison de l’Habitat. C’est cette dernière solution qui a été retenue en avril 2007.
Le tableau suivant montre que le potentiel de personnes Mais la répartition entre l’aide à la pierre (compétence provin-
susceptibles de prétendre à un logement social est important ciale) et l’aide à la personne (compétence Nouvelle-Calédonie)
puisque près de 60% des ménages du Grand Nouméa ont des devra être analysée régulièrement. Il s’agit là d’un élément fon-
revenus inférieurs à 3 SMG. Comme la moitié seulement des damental de la politique du logement social.
habitants de l’agglomération sont propriétaires, 30% de la popu-
lation de l’agglomération relève du secteur du locatif aux loyers 5.2.2.2 Une réelle avancée avec la mise en place de l’aide
sociaux, parc public ou privé. Ce taux est à calculer par commu- au logement
nes : pour Nouméa il se monte par exemple à 33%. Un dispositif récent, créé en 2007
Ce raisonnement doit être affiné en introduisant la compo- L’aide au logement a été créée par la Nouvelle-Calédonie par
sition familiale et le surpeuplement existant aussi dans le parc une loi du pays (n°2007-4 du 13 avril 2007) et une délibération
privé (la décohabitation ira vers le secteur locatif ). Il donne ce- du congrès (n°286 du 18 avril 2007). Cette aide vient compléter
pendant une tendance proche de la réalité, d’autant plus que l’aide à la pierre accordée au secteur locatif. Elle est destinée aux
les références sont anciennes et l’augmentation des populations familles logées soit par les bailleurs sociaux institutionnels, soit
des squats renforce ce pourcentage. dans le parc privé dont les loyers sont compatibles avec ceux
% des ménages ayant des revenus % de propriétaires dans les logements
fixés par la délibération du congrès.
inférieurs à 3SMG occupés Un financement tripartite
(enquête «ménages-logements 2002») (recensement population 2004)
Le financement du dispositif est assuré à raison d’un tiers par la
Dumbéa 64,5% 69,4% Nouvelle-Calédonie, un tiers par le FSH et un tiers réparti entre
Mont-Dore 58,1% 70,2% les trois provinces proportionnellement au ratio de population
Nouméa 57,1% 42,9% issu du dernier recensement.
Une aide réelle pour les familles et un nombre
Païta 80,9% 60,2%
de bénéficiaires en augmentation constante
Grand Nouméa 59,7% 51,0% Cette aide, revue annuellement pour chaque bénéficiaire per-
met ainsi de pouvoir loger des familles qui en étaient exclues
5.2.2 Des loyers peu élevés, mais encore difficiles d’accès jusqu’à maintenant. Mais il est encore prématuré d’en dresser
pour certaines populations la portée.
5.2.2.1 Fixation du niveau des loyers : une compétence 2 400 ménages ont bénéficié de ce dispositif en 2007;
provinciale 4 000 ménages devraient en bénéficier en 2010 pour un coût de
Ce sont les provinces qui définissent par délibération les niveaux l’ordre de 1 milliard FCFP.
de loyer. Cette aide contribue à la solvabilité du ménage. En moyenne,
En province Nord : les loyers s’échelonnent de 43 000F/mois elle s’élève à 24 000F/mois en moyenne.
(F1) à 85 000F/mois (F5). Pour bénéficier d’un logement, le niveau de Les bénéficiaires de cette aide sont essentiellement concentrés
revenu du demandeur doit être supérieur à 1 SMG et inférieur à un sur le Grand Nouméa, car c’est là où la demande de logement est
revenu correspondant à un taux d’effort supérieur ou égal à 20%. la plus forte et que les loyers sont les plus élevés.

43
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

nouvelle-calédonie
aide au logement : FOND social de l’habitat (f.s.h.)
en 2007/2008
Source : F.S.H 2007/2008

5.3 L es constats sur l’existant en matière lun enchevêtrement de lotissements sans aucune cohérence
de logement social entre eux ;
5.3.1 Des implantations géographiques compliquées ld  es réseaux routiers non structurés où parfois le transport en

5.3.1.1 Des implantations en zone urbaine commun ne trouve pas sa place ;


face à des difficultés ld  es non-intégrations dans l’environnement où le « chacun

Des contraintes de coût et d’acceptation sociale pour soi » est mis en exergue ;
Des choix des modes d’urbanisation définis par les collectivi- lu  ne implantation parfois incohérente des zones d’habitat du

tés dépendent les modes de vie des populations. La tendance fait d’un manque de concertation entre les promoteurs privés
maintes fois constatée, ici et ailleurs, est de voir les opérations et les collectivités , ce qui induit des coûts supplémentaires
de construction de logements sociaux se faire en périphérie des pour la collectivité en phase d’exploitation (amenées des ré-
zones déjà urbanisées en raison : seaux, ordures ménagères, ramassage scolaire, équipements
l du moindre coût du foncier ; collectifs etc.) . Il est cependant à noter que les modes de
ld ’une absence de voisinage souvent hostile à ce type d’opé- concertation s’améliorent aujourd’hui ;
ration. l l a difficulté pour les collectivités d’anticiper le développement

Ces opérations ainsi réalisées génèrent en elles-mêmes le phé- urbain.


nomène d’exclusion : sentiment de mise à l’écart, éloignement En définitive, l’intégration de telles opérations et de leurs habi-
des services, éloignement de l’emploi, difficultés du transport, tants dans leur environnement se fait avec de grandes difficultés,
etc. et doit être supportée, non pas par le lotisseur, mais par la col-
Des implantations parfois anarchiques et inadaptées à leur lectivité qui la subit.
environnement qui nuisent aux conditions de vie des habi- Des insuffisances auxquelles il faut remédier : des objectifs de
tants production ont été fixés…
Par ailleurs l’absence de maîtrise publique conduit à : Les collectivités doivent donc se doter de moyens à la hauteur

44
des enjeux. Une série de propositions a déjà été formulée en différente ou mieux situé.
2007 par le suivi des Etats Généraux du Logement Social auprès A ces demandes, il faut rajouter celles urgentes qui concernent
du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Pour la première des personnes qui se retrouvent en squat, hébergées en familles
fois, l’élaboration des contrats de développement et du contrat ou chez des amis, en foyer, hôtel, ou SDF (soit 3 245 personnes)
d’agglomération 2006-2010 a fait l’objet d’une analyse conjoin- 68,8% (soit 2 233 personnes) des demandes urgentes ont des
te des objectifs de chacun d’eux : les objectifs de production de revenus inférieurs à 1,5 SMG.
5000 logements sociaux dans le contrat de développement et La réalité des besoins serait donc estimée à plus de 10 000
de programmation des équipements d’accompagnement ont demandes.
tenté de correspondre à ceux du contrat d’agglomération pour Du 1er janvier au 31 mai 2008, soit cinq mois, la Maison de
les équipements nécessaires. En effet, il a été noté qu’il faudrait l’Habitat a reçu 8 580 personnes soit une moyenne de 95
investir environ 2 millions de FCFP par logement nouveau pour personnes par jour, et 10 personnes en moyenne par jour
réaliser les équipements communaux d’accompagnement de plus par rapport à 2007. Selon le rapport technique se-
(école, terrains de sports, maisons de quartier, etc.). Les résul- mestriel de la Maison de l’Habitat arrêté en juin 2008, sur
tats inscrits dans le contrat d’agglomération n’ont pas été à la 6234 demandes en instance à cette date (tous types de de-
hauteur des besoins, ce qui peut expliquer le décalage entre mandes confondues), 46,5 % ont été déposées avant 2005
la réalisation de logements et celle des équipements commu- ou en 2005.
naux, ce qui rend encore plus délicate l’insertion des ménages
dans leur quartier. 5.3.2.2 Une demande concentrée sur le Grand Nouméa
…mais des retards existent : la mise au point d’un Pro- du fait de son attractivité
gramme Local de l’Habitat (PLH) servant à identifier dans L’emploi et la scolarité sont les deux premiers facteurs d’at-
l’agglomération les zones d’implantation de logements so- tractivité de l’agglomération nouméenne. Vient ensuite le
ciaux afin d’en déduire les équipements d’accompagnement rapprochement des services de santé. Les populations vien-
correspondants n’a pas fait l’objet d’une actualisation depuis nent aussi bien des deux autres provinces que de l’extérieur de
2005, année de son approbation. Les conséquences de cette la Nouvelle-Calédonie, comme les Wallisiens en particulier.
non-programmation sont supportées par l’administré en Pôle d’emploi par excellence en Nouvelle-Calédonie, Nouméa
bout de chaîne et créent des tensions entre les partenaires collecte la plupart des demandes en logement social en pro-
techniques et politiques. vince Sud (68,6%), suivie du reste de l’agglomération (20%).

5.3.1.2 Des implantations en zones rurales face à d’autres Provinces Demandes reçues en 2007 Demandes reçues en 2008
difficultés
Les contraintes de disponibilité des terrains et d’insertion sont Provinces Iles et Nord 88 67
beaucoup moins fortes qu’en zone urbaine parce que les pro-
grammes sont aussi moins nombreux et de taille plus modeste. Province Sud 7031 6167
Mais l’absence de plan d’urbanisme reste problématique, car le
choix du site d’implantation est plus délicat. (Données rapport juin 2008 Maison de l’Habitat)

L’autre difficulté est l’impossibilité de réaliser des programmes


sur des terres coutumières , ce qui ne favorise pas l’intégration 5.3.2.3 Une demande en émergence sur VKP
et l’insertion de l’ensemble des populations dans les plans de Sur la zone VKP, certains indicateurs comme l’inflation des prix
développement. du foncier montrent l’attractivité de cette zone d’emploi. La mi-
gration des populations sur VKP se fait davantage au sein de la
5.3.2 Un déficit flagrant de logements sociaux province Nord. Or le logement social est encore peu développé
Malgré les efforts soutenus dans la construction des logements sur VKP, et on y voit apparaître les premiers squats.
sociaux, l’offre reste insuffisante en Nouvelle-calédonie face à la
demande croissante des ménages. 5.3.2.4 Le F3 : grand favori des demandeurs
La taille moyenne des ménages est de 3 à 4 personnes. Ces fa-
5.3.2.1 Une demande forte… milles mobilisent un certain type de logement : F3 (38 % des
L’analyse ne porte que sur la province Sud qui seule dis- demandeurs) et F4 (29 % des demandeurs), suivis ensuite du F1
pose de moyens de connaissance de la demande ; en effet, (17 %). Cette dernière catégorie reflète une évolution marquée
la province Sud a créé un outil de mesure avec le Centre des habitudes familiales. (cf. § 5.6.2)
d’Information Logement en 1995, transformé en « Maison
de l’habitat » en 2006 afin d’avoir un guichet unique de 5.3.2.5 En réponse : une forte hausse de l’offre de
la demande. Les chiffres fournis par la Maison de l’habitat logement social, plus forte en province Sud
montrent que, malgré l’accroissement de la production de Les chiffres ci-après sont actualisés à la fin 2007.
logements constaté à partir de 2004, le nombre de deman- Le terme « conventionnement » utilisé dans les tableaux
deurs de logements ne cesse de croître à hauteur de 5% ci-dessous désigne l’engagement de l’opérateur social à réa-
par an, soit environ 300 demandes supplémentaires par an, liser une opération déterminée avec l’apport financier de la
sur l’agglomération nouméenne. Il s’élève à 7 180 deman- province. Un délai de 2 à 3 ans s’écoule entre le convention-
des au 3e trimestre 2008 dont 75% sont des demandeurs à nement et la livraison. La reconstruction de près d’un millier
la recherche d’un logement et 25% sont des demandeurs de logements après le passage du cyclone Erica est prise en
souhaitant changer de type de logement, soit pour de compte dans les tableaux ci-dessous mais n’entre pas dans les
l’accession à la propriété soit pour un logement de taille analyses de production.

45
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

La production de logements sociaux par province est la suivante :


Province Sud
Année 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010

Conventionnement 310 105 182 176 758 522 663 934 734 650 650
Locatif
Livraison 131 286 205 55 195 324 683 513 518 881 850

Conventionnement 110 108 77 78 83 41 55 188 300 350 350


Accession
Livraison 85 130 97 99 110 178 113 114 222 250 350

Conventionnement - - - 434 - - - - - - -
Erica
Livraison - - - - 168 236 30 - - - -

Conventionnement 69 69 57 37 56 80 38 70 80 90 90
Réhabilitation
Livraison 49 79 66 45 32 43 66 99 70 80 90

Total conventionnement logements neufs 420 213 259 688 841 563 718 1122 1034 1000 1000

Total livraison logements neufs hors Erica 216 416 302 127 441 638 796 627 740 1131 1200

Au-delà de ces logements sociaux, c’est un total de 20 000 logements qui sont programmés pour les 20 ans à venir, ce qui devrait
représenter 60 000 à 80 000 nouveaux habitants. Une bonne part (peut être près de 60%) relèvera du logement social.

Province Nord
Année 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
locatif Livraison 11 7 20 32 22 0 0 0 67 67 67
accession et amelioration Livraison 62 134 149 215 251 192 137 70 250 250 250
Erica & Tremolite Livraison - - - 101 373 310 - - - - -
Total livraison logements 73 141 169 348 646 502 137 70 317 317 317

Province des îles Loyauté


Le contrat de développement prévoit la réalisation de 50 logements par an en accession à la propriété
Le nombre de logements locatifs augmente sensiblement sur la Grande-Terre mais tout particulièrement en province Sud où la
demande est la plus forte. Cependant, même avec un programme de 1000 logements livrés tous les ans dès cette année, cela ne
sera pas suffisant pour répondre à la demande.

5.3.2.6 Une offre privée plus restreinte rantie, prévue dans l’accord de Nouméa, fait partie intégrante de ce
Le secteur privé participe également au logement des familles dispositif. Des propositions devraient être remises à la fin 2008.
à revenus modestes. C’est ainsi que 340 familles, logées dans le En terre de droit commun, une frange de population qui ne bé-
parc privé, ont bénéficié de l’aide au logement en 2007. L’offre néficie pas des aides publiques en raison de revenus supérieurs
privée n’a pas vocation à se substituer à l’offre sociale, mais elle le aux plafonds dits sociaux, rencontre de plus en plus de difficultés
fait de fait par manque de logements sociaux. Ce sont les studios pour trouver à se loger. Cette tendance devrait s’accroître en rai-
qui sont les plus utilisés du fait de loyers plus accessibles et qui son de la hausse des taux d’intérêt des prêts immobiliers et de la
connaissent alors une suroccupation. réduction de la production de logements intermédiaires après la
modification de la loi Girardin. La mise en œuvre d’un prêt à taux
5.3.2.7 L’accession à la propriété : des aides différentes zéro a été souvent évoquée. Une proposition a été faite dans le
selon la province et le statut des terres cadre du suivi des EGLS en 2007.
Les trois provinces accordent des aides aux propriétaires occu- Malgré tous les efforts réalisés actuellement, l’offre de loge-
pants suivant des modalités différentes. Ces aides sont mobilisées ments sociaux est encore insuffisante.
en terre de droit commun et en terre coutumière.
Elles s’adressent à des familles à très faibles revenus voire sans 5.3.3 Les conséquences du manque de logement social
ressources. Elles revêtent la forme de subventions ou d’avances 5.3.3.1 Une suroccupation des logements
remboursables sur de longues périodes. Autre indicateur d’une mauvaise corrélation entre l’offre et la
En terre coutumière, ce mode opératoire aboutit à ne pouvoir fi- demande, la suroccupation des logements est un phénomène
nancer que des logements sociaux, les banques refusant d’octroyer préoccupant.
des prêts aux salariés en raison de l’impossibilité d’hypothéquer le En 2002, 7300 logements sont touchés par ce phénomène de
bien. Ceci conduit à ne pas pouvoir assurer de mixité sociale en terre précarité soit 50 % d’augmentation depuis 1996. Dans son parc
coutumière. Les conséquences se font fortement sentir dans les îles. immobilier, la SIC estime à 15 % la part des logements suroccu-
Une réflexion a été menée en 2007 et 2008 par un groupe de travail pés dans l’ensemble de son parc.
constitué par le conseil d’administration de l’ADRAF afin de faire des Ce phénomène est très préoccupant dans le Grand Nouméa,
propositions pour permettre le financement par les banques com- notamment dans les logements privés, où aucun contrôle n’est
merciales de logements destinés à des familles dont les revenus les réalisé et où l’équipement sanitaire des logements ne corres-
situent hors du domaine social ; la constitution d’un fonds de ga- pond pas au nombre d’occupants.

46
nouvelle-calédonie
nombre de logements sociaux
en accession livrés en 2008, 2009 et 2010

La suroccupation entraîne une dégradation accélérée des équi- En Nouvelle-Calédonie, il n’existe pas de dispositif d’aide pour
pements privés et collectifs. rénover les habitations en location du secteur privé.
La salubrité est un domaine complexe régi par un règlement
5.3.3.2 Des logements locatifs privés souvent anciens trop ancien (1967). Les normes d’habitabilité diffèrent entre les
et dégradés… trois provinces.
La dégradation des logements est très préoccupante no- Une réflexion a été engagée dans le cadre des Etats Généraux
tamment sur Nouméa, et elle est à lier également à leur du Logement Social (E.G.L.S.) et une proposition d’intervention
suroccupation. dans ce domaine a été formulée : elle consiste à instaurer un
Une étude visant à inventorier les immeubles collectifs avait été dispositif d’aide aux bailleurs privés afin de remettre leur bâti-
lancée dans la ville de Nouméa en 2002. 252 immeubles (soit ment aux normes de sécurité, d’hygiène et d’accessibilité aux
2000 à 2500 logements de type F1 et F2), construits dans les handicapés. En contrepartie de l’aide publique, le bailleur privé
années 60 et 70, sont actuellement en phase de dégradation. s’engagerait à louer le logement ainsi aidé à des familles à revenu
Ces logements, souvent non conventionnés, car au dessus des modeste dans des conditions définies par une réglementation.
grilles des loyers sociaux, ne peuvent prétendre à une attribution Le dispositif pourrait être financé par une taxe sur les loyers, à
d’aide au logement. Les provinces Nord et Sud ont donc délibé- créer. Ces propositions n’ont pas fait l’objet d’arbitrage. Elles pré-
ré pour définir les conditions minimales de décence auxquelles sentent l’intérêt de maintenir les familles dans un tissu urbain
doivent répondre les logements afin d’éviter les « marchands existant ou de permettre de mobiliser plus le secteur privé en
de sommeil ». complément des opérateurs institutionnels.

47
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

5.3.3.3 Un nombre de squats en légère diminution 5.4.3 Des politiques différentes selon les provinces
Cette demande non satisfaite engendre les situations suivantes : La province Sud oriente son action à près de 75% vers le locatif
Le premier squat à Nouville date de 1984 et depuis leur nombre en raison essentiellement des moyens financiers plus favorables
a cru pour atteindre en 2006, 1755 cabanes logeant 1 961 fa- vers ce secteur et des capacités des bailleurs à entretenir le pa-
milles, soit 9 000 personnes. L’étude menée en 2008 montre une trimoine construit.
légère baisse de ces données avec 1 553 cabanes, 1 860 familles Les provinces Nord et îles Loyauté ont axé leurs actions sur l’ac-
et 8 148 personnes. Cette baisse peut être due à l’amélioration cession à la propriété, plus adaptée à l’habitat diffus. Toutefois
du parc social. Mais il faut rester prudent sur cette tendance qui la province Nord marque une nette orientation vers le locatif,
devra se confirmer dans le temps. notamment en raison de l’industrialisation de la zone VKP.

5.4 U
 n manque de cohérence dans les politi- 5.4.4 Un manque d’outils réglementaires
ques de logement social Il n’existe pas de droit de préemption ou droit de préférence en
5.4.1 Des compétences partagées … Nouvelle-Calédonie.
L’Etat intervient dans l’investissement du logement social : La réglementation ZAC est insuffisante. Fiscalement, les communes
ld  irectement au travers des contrats de développement (50% ne disposent d’aucune ressource, comme par exemple une taxe sur
en province Sud et 80% en provinces Nord et Iles) ; le foncier non bâti. L’atelier 8 « organisation spatiale : occupation du
ld  irectement lorsque le recours à la force publique est sollicité sol, ruralité et urbanisation » a traité ce sujet plus longuement.
en cas d’expulsion ;
l i ndirectement au travers de la loi Girardin dans des proportions 5.4.5 Les mesures proposées par les Etats Généraux du
estimées au double de celles du contrat de développement. Logement Social pas toutes suivies d’effets
Il intervient également dans le contrat d’agglomération à hau- Le manque de coordination rend plus difficile leur mise en œuvre.
teur de 40% de son montant notamment pour les équipements Certaines des mesures élaborées par le suivi EGLS n’ont pas abouti,
d’accompagnement du logement social. ou doivent être actualisées, ou réactivées , comme la création d’une
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie intervient : haute autorité du logement (proposition faite en 2005), la création
ld  irectement dans le financement du logement social au tra- du Prêt à Taux Zéro (2006) et la création d’un dispositif d’aides aux
vers de l’exonération de droit d’enregistrement et de TSS ; bailleurs privés logeant des ménages à revenu modeste (2007).
l i ndirectement au travers des principes directeurs de l’urbanis-

me, de la fiscalité (création de taxes affectées), de la protection 5.5 Le financement du logement social
sociale (aide au logement). 5.5.1 Des coûts en hausse
Les provinces sont compétentes en matière de logement. A ce 5.5.1.1 Une approche par le montant du loyer
titre, elles interviennent dans le domaine de l’investissement, La première approche est toujours liée à l’aspect financier et non
de l’aide au logement, de l’accompagnement social, des aides pas à la typologie de logement dont les occupants auront besoin.
financières d’urgence. Elles sont également compétentes en On fixe d’abord le loyer que l’on souhaite obtenir. Et ensuite on
matière d’urbanisme pour définir les modalités d’application procède au montage financier en calculant les subventions à mo-
des principes directeurs, pour approuver les plans d’urbanisme biliser. Par exemple, pour financer un logement social dont le loyer
et les ZAC. est de 35 000 FCFP, il faut le subventionner à hauteur de 8 millions
Les communes interviennent dans : FCFP sur un coût total de 14 millions FCFP. Le reste est financé par
l l e domaine de l’urbanisme : conception des plans d’urbanisme, un emprunt Caisse des Dépôts et Consignation à taux réduit.
zones d’aménagement, formes d’urbanisation, autorisation de La loi Girardin relative à la défiscalisation outre-mer permet de
construire ou de lotir. financer les programmes de logements sociaux et correspond à
l l ’accompagnement social notamment, dans l’agglomération un équivalent subvention d’environ 30 % du coût du logement.
au travers des CCAS (centres communaux d’action sociale). 90 % des programmes sont réalisés en défiscalisation.
Les équipements d’accompagnement : infrastructures réseau et
superstructures comme les écoles et les équipements sportifs. 5.5.1.2 S’adapter à la hausse du marché
(pour mémoire, l’équipement d’accompagnement d’un loge- Le problème de financement est conditionné par l’état du
ment coûte 2 millions FCFP à la commune). marché. Les coûts des matériaux, l’acquisition foncière, le taux
d’intérêt et l’évolution des charges salariales peuvent peser sur
5.4.2 …qui complexifient la problématique du logement les coûts de construction d’un logement et sur sa qualité. Le prix
La multiplicité des collectivités intervenant dans ce domaine d’un loyer doit évoluer à taux constant et ne peut pas se calquer
nécessiterait un organe de concertation politique. Une propo- sur les fluctuations du marché, d’où la grande difficulté pour les
sition a été faite en 2005 dans le cadre du suivi des EGLS en vue opérateurs sociaux de trouver un financement viable.
de créer une haute autorité du logement qui réunirait, outre les
collectivités susmentionnées, les partenaires que sont les opéra- 5.5.2 Des engagements financiers qui démontrent
teurs sociaux, les chambres consulaires, les constructeurs, pour une volonté institutionnelle forte
une nécessaire concertation et une meilleure cohérence des
politiques du logement. Pour le moment, cette haute autorité Montants des dotations des contrats de developpement en milliards fcfp
n’a pas été mise en place. Contrats Province Sud Province Nord Province Îles Loyauté
état/provinces
Pourtant, les institutionnels ont pleinement conscience de cd habitat cd habitat cd habitat
l’enjeu du logement social puisque dès 2002, elles avaient insti-
2000-2004 16,1 dont 8,2 17,8 dont 4 8,9 nd
tué les Etats Généraux du Logement Social pour tenter d’établir
2006-2010 16,6 dont 10 18,7 dont 7,1 8,1 dont 1,2
un état des lieux et des actions d’amélioration.

48
Ces montants sont utilisés par les provinces soit sous forme de DILE : Le dispositif d’insertion par le logement et l’emploi
subventions versées aux opérateurs sociaux pour les opérations (DILE) a été créé en 2006 par la province Sud. Il s’agit de la suite
d’aménagement ou les opérations locatives, soit sous forme de de l’accompagnement social. Cette démarche est très personna-
subventions et/ou d’avances remboursables pour les aides indi- lisée. Cette mesure a d’abord fait l’objet d’une expérimentation
viduelles à l’accession à la propriété. menée par la SIC en 2005 -2006 sur l’opération de construction
Ces financements Etat/provinces sont complétés par : de 600 logements au domaine Tuband, à Nouméa.
1. une utilisation maximale de la loi Girardin évaluée à plus Les résultats encourageants de cette opération ont montré que
de 12 milliards ; sur une durée de 7 mois et sur 99 personnes qui s’étaient por-
2. une intervention du FSH de l’ordre de 6 milliards; tées volontaires, 45 personnes avaient été placées en activité
3. des emprunts CDC pour le secteur locatif à hauteur de 35 professionnelle de manière confirmée et 13 autres étaient en
milliards ; voie d’insertion. Il a été décidé, en conséquence, d’étendre ce
4. une intervention sous forme d’exonération fiscale de la mode d’intervention en liaison avec le Service Emploi Formation
Nouvelle-Calédonie de l’ordre de 4,5 milliards (TSS et en- et la Mission Insertion des Jeunes: peuvent ainsi en bénéficier
registrement); les demandeurs d’emploi inscrits en tant que tels, et membres
5. une intervention des banques commerciales pour l’acces- des familles localisées dans des opérations prioritaires de ré-
sion à la propriété d’environ 15 milliards. sorption d’habitat insalubre et devant bénéficier d’une aide au
On retiendra la volonté politique forte affichée dans le pourcen- logement.
tage des sommes dédiées à l’habitat (toutes formes confondues). Ce dispositif constitue donc une mesure contribuant à la sol-
En effet , sur les contrats 2006-2010 : vabilisation des familles et par conséquent à leur maintien dans
l6 2 % de l’enveloppe totale seront consacrés au logement un logement.
en province Sud, avec une participation de l’Etat à hauteur En 2007, 200 personnes ont bénéficié de cet accompagne-
de 50 % ; ment ;
l3 8 % de l’enveloppe totale seront consacrés à l’habitat en pro- 50 % ont un emploi au bout de 6 mois ;
vince Nord, avec une participation de l’Etat à hauteur de 80 %. 25 % mettent plus de temps dans le dispositif mais arrivent par
La province Sud consacre un tiers de son budget d’investisse- trouver également un emploi ;
ment au logement social. 25 % sortent du dispositif.
L’investissement global nécessaire à la réalisation des pro- La province Nord n’a pas de dispositif structuré en raison de la
grammes de logements sociaux prévus dans les contrats de faiblesse de son parc locatif.
développement des trois provinces qui est de l’ordre de 90 mil- Prévention des expulsions : une réflexion est en cours dans
liards pour les cinq années de la période 2006-2010, soit près de le cadre du suivi des EGLS pour établir une charte de préven-
30% du chiffre d’affaire estimé du secteur du BTP. tion des expulsions, en vue de maintenir les familles à revenus
modestes dans leur logement lorsqu’elles rencontrent des diffi-
5.5.3 Mais des menaces potentielles sur les financements cultés passagères.
Plusieurs éléments pourraient modifier, notablement et dans
les années à venir, l’approche du financement du logement 5.6.2 Une nécessaire adaptation des constructions aux
social : caractéristiques et exigences nouvelles de la
1. La hausse des taux d’intérêt des prêts immobiliers entamée population
en 2007 ; L’évolution des modes de vie mène à une exigence accrue en
2. La hausse des coûts de construction, qui est actuellement matière de confort dans le logement et du cadre de vie. A titre
de l’ordre de 6% par an ; d’exemple la majorité du parc SIC n’a pas d’eau chaude mais les
3. La réduction des bénéfices de la loi Girardin. nouveaux programmes incluent cette prestation.
L’objectif est que le logement social se différencie le moins pos-
5.6 L e Logement en tant qu’outil d’intégration sible du logement non social.
sociale Etude d’un modèle océanien : en 2006, une étude était lan-
5.6.1 Mise en place d’un accompagnement social cée pour sélectionner les critères à retenir pour la réalisation de
en province Sud deux types de logement social, l’un basé sur le modèle océanien
La politique volontariste de résorption des zones squattées, la (cuisine et sanitaire à l’extérieur) plus adapté au milieu rural, et
densification des logements en zone urbaine, l’augmentation l’autre sur le modèle européen, correspondant plus aux attentes
significative de la production obligent à analyser les conditions de type urbain. Cette étude a été abandonnée après deux ans, et
dans lesquelles les familles peuvent accéder à ces nouveaux c’est le modèle européen qui a été retenu, le principe de la pièce
logements qui marquent, le plus souvent, une rupture avec l’ha- à l’extérieur étant toutefois conservé.
bitat traditionnel océanien. En Nouvelle-Calédonie, la maison moderne prédomine au détri-
Cette forme de production a amené la province Sud en 2008 ment de la maison traditionnelle. Un exemple marquant est celui
à concevoir des outils d’accompagnement des familles leur de la commune de Poya qui entre 1996 et 2004 enregistre une
apprenant à vivre dans un espace urbain dense et en secteur augmentation de 19 à 84 % des maisons de type moderne.
locatif.
En province Sud, la Maison de l’habitat consacre une attention 5.6.3 Une volonté de veiller à la mixité
particulière à l’accompagnement social des personnes qui en Il s’agit non seulement de veiller à la mixité sociale mais aussi à
éprouvent le besoin, que ce soit pour aider le ménage à rassem- une mixité ethnique.
bler les pièces demandées pour l’accès au logement ou pour Il n’existe pas de règle en la matière, mais simplement des
l’apprentissage dans la gestion d’un budget. orientations. C’est ainsi par exemple que dans les zones d’amé-

49
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

nagement en province Sud, la programmation des logements nouvellement urbain. Le PLH concerne tous les types d’habitat,
suit une répartition de 50% sociaux et 50 % intermédiaires. Par mais vise en particulier l’objectif de mixité sociale en favorisant
ailleurs, dans le programme de construction de logements so- une répartition équilibrée des logements sociaux sur tout le ter-
ciaux, la répartition est également égalitaire entre locatif aidé et ritoire.
très aidé. Enfin il n’y a pas de ratio entre locatif et accession, mais …mais avec difficulté compte tenu de la mauvaise image
ce type de mixité est aussi pris en compte. dont souffre le logement social
Des efforts menés de façon officieuse… Le logement social souffre habituellement d’une mauvaise
La mixité sociale est assez récente et fait partie des mesures des image qui peut amener l’ensemble du lotissement, et le quar-
états généraux du logement social. tier dans lequel il est intégré, à se « ghettoïser ». Le quartier de
Si l’origine communautaire n’est pas demandée par les bailleurs Montravel et la presqu’île de Ducos semblent être atteints par
sociaux, ce qui serait discriminatoire, le choix des ménages ce phénomène. Le manque d’anticipation du projet et l’ab-
bénéficiaires des logements est fait de façon à favoriser une cer- sence d’information en direction des riverains sont à l’origine
taine mixité sociale. de cette mauvaise image du logement social. Les nuisances
Une étude a été lancée sur le Grand Nouméa, en vue de la mise potentielles sont l’une des premières préoccupations, alors
en place de quatre PLH (Programmes locaux d’habitat). Etabli que la création d’un lotissement social peut apporter beau-
pour une période de 6 ans, le PLH fixe des objectifs et arrête les coup au niveau économique par la mise en place de services
actions propres à répondre aux besoins de logements et de re- de proximité.

6. La politique familiale et de solidarité


Une définition :
Une politique familiale est l’ensemble des mesures prises par les 6.1.2 Une structure familiale en évolution
pouvoirs publics en direction des familles : prestations familiales, Elle évolue comme dans toutes les sociétés actuelles, et avec les
mesures fiscales, action sociale à l’échelle du pays. Elle procède mêmes problématiques mais qui, ici, bousculent les traditions :
d’une volonté politique d’inciter au renouvellement des généra- monoparentalité, familles recomposées, suroccupation des lo-
tions, d’améliorer la qualité de vie des familles et de soutenir, au gements avec recomposition de plusieurs cellules familiales au
travers de mesures incitatives, les liens familiaux. Elle nécessite sein d’un même foyer… Le suivi de ces familles élargies consti-
une prise en compte globale des besoins et des attentes des tue une réelle difficulté pour les services sociaux.
familles. Ces mutations doivent être prises en compte dans l’émer-
Il s’agit tout d’abord de pouvoir définir de façon consensuelle gence de la construction d’une politique familiale.
la notion de famille, en tant que cible des politiques à mener. NOUVELLE-CALéDONIE
Evolution du nombre de ménages ordinaires
aux recensements
6.1 La notion de famille
6.1.1 La difficulté de poser les contours de la notion
de famille
Dans un territoire multiculturel comme la Nouvelle-Calédonie,
la notion de famille diffère d’une communauté à l’autre. De
la famille au sens restreint, parents et enfants, qui est plutôt
d’une conception occidentale, on peut passer, dans le monde
océanien, à une notion beaucoup plus large incluant toute la
parenté et même au-delà. Mais le métissage des cultures rend
sans doute la frontière beaucoup plus floue entre les deux ap-
proches.
Selon les réflexions engagées, l’appartenance culturelle est un
facteur essentiel pour la définition de la notion de famille dans
un environnement donné. NOUVELLE CALEDONIE
Toutefois, l’évolution de la société, l’arrivée d’une multitude Structure des ménages ordinaires au recensement de 2004
d’informations en provenance de l’extérieur du territoire, l’in-
dustrialisation, le développement économique avec comme
corollaire une situation de l’emploi florissante, l’exode rural de
la brousse vers l’agglomération de Nouméa sont autant de
facteurs qui semblent devoir réduire la notion de famille telle
qu’elle a été appréhendée longtemps en Nouvelle-Calédonie,
pour la rapprocher de plus en plus d’une notion de famille
plus restrictive qui se résume aux parents, grands-parents et
enfants.
Source : TEC ISEE NC 2007

L’idée du foyer parents-enfants éventuellement élargi aux


grands-parents paraît donc pouvoir être retenue. Cependant,
cet élargissement de deux générations - parents-enfants – à
trois générations a un impact financier et nécessite un choix.

50
6.1.3 Une baisse sensible de la taille moyenne des familles Taille des menages 1996 2004 Var. (%) 96/04
calédoniennes dans les trois provinces
Entre les deux recensements, la taille moyenne des ménages en Province îles Loyauté 5,4 4,5 -0,9
Nouvelle-Calédonie est passée de 3,8 en 1996 à 3,6 en 2004 (soit
Province Nord 4,4 4,0 -0,3
0,2 points en moins). Cette diminution, générale pour l’ensem-
ble du territoire, est particulièrement marquée sur la province Province Sud 3,5 3,4 -0,1
des îles Loyauté.
Cette baisse de la taille moyenne des familles est liée à l’urbanisa- dont Grand Nouméa 3,5 3,4 -0,1

Source : ISEE RP 1996, 2004


tion, ce qui est conforme au modèle actuel des pays développés.
Les grandes familles sont principalement présentes en brousse dont Sud rural 3,7 3,5 -0,2
et surtout sur la côte Est. Cette donnée serait à relier au niveau
Nouvelle-Calédonie 3,8 3,6 -0,2
de revenus vu précédemment (partie I).

nouvelle-calédonie
taille moyenne des ménages
en 2004

Source : ISEE, RP 2004

6.2 La politique familiale en Nouvelle-Caledonie Cette notion, très profondément ancrée, est battue en brè-
6.2.1 La prise en compte du social : une préoccupation che lorsque la société calédonienne, avec l’internationalisation,
récente vit au rythme du monde extérieur et est sujette aux variations
Politique sociale, politique familiale : des idées relativement économiques, à l’influence des médias et à la volonté de tous ses
neuves en Nouvelle-Calédonie membres de profiter des bienfaits d’une modernisation, même
La structuration de la société calédonienne d’origine européenne si celle-ci engendre des effets pervers.
s’est faite au cours de son histoire sur la volonté d’entreprendre La prise en charge des difficultés sociales, au travers d’une po-
et d’assurer son autonomie. Il découle de cette situation un litique publique volontariste et déconnectée de l’assistanat, est
contexte, que certains qualifient de pionnier, d’individualités une idée relativement récente.
responsables de leur destin et qui trouvent en elles-mêmes la Par ailleurs, il n’y a pas eu en Nouvelle-Calédonie de fait
force de surmonter les épreuves de la vie. déclencheur de l’absolue nécessité de mettre sur pied une

51
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

politique familiale. La France, par exemple, pour lutter contre l Les allocations maternité avec un suivi médical obligatoire
l’effondrement de son taux de natalité au lendemain de la se- l Le congé maternité : 16 semaines prises en charge et 20 se-
conde guerre mondiale, a dû initier toute une série de mesures maines à compter du 3e enfant (ces périodes peuvent être plus
permettant d’enrayer ce phénomène. Tel n’a pas été le cas en longues en fonction des accords collectifs et de branche)
Nouvelle-Calédonie. Il en va de même pour la politique sociale Il est à noter que lorsque les salariés sont fonctionnaires d’Etat ou
en métropole qui a du se développer de façon très importante de collectivités, ce sont l’Etat et le gouvernement de la Nouvelle-
pour pallier les conséquences des crises économiques successi- Calédonie qui interviennent respectivement pour le versement
ves à compter du premier choc pétrolier de 1974. de ces prestations.
Une nécessaire prise de conscience des besoins sociaux liés à
l’évolution de la société Nombre de familles bénéficiaires 2004 2005 2006 2007
Au travers des aides publiques provinciales dans un premier
Allocations prénatales 2.448 2.449 2.582 2.535
temps puis gouvernementales dans un second temps, les po-
litiques publiques ont eu comme objectif premier de pallier les Allocations de maternité 2.014 2.005 2.189 2.326
inégalités qui se faisaient jour en dépassant le stade de l’assis- Allocations familiales
tance aux plus démunis, encore appelé assistanat, pour aboutir 28.009 27.985 29.176 30.232
et complément familial
à celui de l’accompagnement individualisé des individus ou des
Allocations de solidarité - 4.813 6.45 7.725
familles.
Chiffres-clés CAFAT 2006 et rapport d’activité CAFAT 2007
Ce long cheminement nécessite un très fort investissement
de la part de la puissance publique au travers d’une réelle prise Provinces :
de conscience de ce phénomène de société. Les mesures d’aide sociale prises par les provinces à destination
de leurs ressortissants concernent, selon les provinces, les per-
6.2.2 Tous les enfants de familles à faibles revenus sonnes et familles à faibles revenus et notamment les familles
sont aujourd’hui concernés par un système de soutien non allocataires CAFAT. Les aides peuvent être des allocations
en Nouvelle-Calédonie… maternité, des allocations de secours en direction des enfants,
Même depuis la mise en place des allocations familiales, cela n’a des secours financiers immédiats et exceptionnels, des aides aux
pas toujours été le cas : précédemment, le système d’allocations personnes âgées, des allocations aux handicapés, des aides aux
familiales, reposant sur les cotisations patronales, était réservé vacances, aux transports scolaires, à l’hébergement…
aux seuls salariés ; puis les allocations familiales de solidarité ont A titre d’exemple, l’allocation mensuelle versée aux personnes
été créées afin que les familles à faibles revenus puissent égale- âgées existe dans les trois provinces, avec des conditions d’accès
ment être aidées. assez semblables, mais des montants différents : allocation dif-
Il existe à présent trois dispositifs sur financements distincts : le férentielle, elle est en octobre 2008 d’un montant maximum de
public pour les fonctionnaires d’Etat et des collectivités, le privé 32 590 FCFP en province Sud, et de 25 000 FCFP en province Nord ;
sur cotisations patronales pour les salariés, et l’impôt pour le sys- elle est de 25 000 FCFP en province des îles Loyauté mais devrait
tème de solidarité. être relevée à 28 000 FCFP à compter de fin octobre 2008.
… mais la politique familiale est encore embryonnaire en Communes :
Nouvelle-Calédonie : Les mesures s’exercent au travers des centres communaux d’ac-
tion sociale. Les mairies peuvent selon leurs décisions participer
6.2.3 L’existant : des inégalités dans les mesures d’aide aux activités périscolaires (soutien, garderie, cantine, loisirs) et à
et dans l’accompagnement des familles la garde des petits enfants (crèches et haltes-garderies)…
6.2.3.1 Des mesures disparates mises en œuvre par Divers fonds d’action sociale
différents acteurs lL  es mesures d’aide sociale prises par les organismes de pro-

Il existe en Nouvelle-Calédonie plusieurs mesures destinées à tection sociale à destination de leurs ressortissants (Fonds
soutenir les familles. Celles-ci sont à l’initiative soit du gouver- d’action sociale de la CAFAT, de la Mutuelle des Fonctionnaires
nement de la Nouvelle-Calédonie, soit des provinces, soit des par exemple).
organismes de protection sociale, CAFAT ou mutuelles. lD  es mesures d’ordre fiscal pour le calcul d’impôts sur le re-

Ces mesures sont essentiellement les suivantes : venu minorés en fonction de la composition des familles
CAFAT : (nombre de parts).
Prestations familles : Si l’ensemble de ces mesures procède bien de la volonté de
l l es allocations familiales et le complément familial versés par la venir soutenir les familles calédoniennes, leur juxtaposition ne
CAFAT à destination des enfants dont les parents sont salariés : paraît pas constituer une véritable politique familiale à l’initiative
en 2007, 52 652 enfants en moyenne mensuelle ont bénéficié des autorités publiques. Sans objectif concerté ni cadre défini à
d’allocations familiales du régime général ; 55% de ces enfants l’échelle du territoire, les collectivités interviennent à la deman-
résident en province Sud (chiffres CAFAT 2007) de et dans l’urgence.
l l es allocations familiales de solidarité, créées par le gouverne-

ment en 2004 à destination des enfants dont les parents sont 6.2.3.2 Un accompagnement social inégal entre les trois
sans travail ou patentés, soit non salariés : en 2005, 10 508 en- provinces
fants en ont bénéficié, en 2006 13 637 enfants et en 2007 15 A la lecture des différents indicateurs mis en avant précédem-
468 enfants, soit une augmentation de 47 % en 2 ans. ment, on constate une émergence des difficultés sociales :
Prestations maternité : alcoolisme, violences, suicides, familles éclatées, etc. Il est donc
l Les
 allocations prénatales avec un suivi médical obligatoire indispensable d’avoir un réseau d’assistantes sociales perfor-
(2 535 carnets maternité délivrés en 2007 – chiffre CAFAT) mant pour accompagner ces populations en difficulté. Même

52
nouvelle-calédonie
Réseau des assistantes sociales
en 2008

Source : DPASS Nord, Sud et Île Loyauté (2008)


s’il n’est pas le seul dispositif d’accompagnement social, c’est système d’aides à la famille, mais pas une véritable politique fa-
souvent celui qui est au plus près de la population. miliale. Les aides sont le résultat d’initiatives prises régulièrement
Cependant, il y a des différences de traitement selon les pro- par les collectivités territoriales, au coup par coup, sans réel fil
vinces. On peut espérer que dans le monde rural, la solidarité conducteur.
familiale joue encore bien son rôle, mais avec l’évolution du Outre le versement d’aides différentes aux personnes, les
monde moderne, il faut s’interroger sur la pérennité de ce sys- inégalités territoriales peuvent provenir des compétences
tème. déléguées aux provinces sur leur demande ; par exemple, la
C’est en province Nord que la densité d’assistantes sociales Nouvelle-Calédonie a délégué les agréments des crèches aux
paraît la plus importante au regard de la population, avec une provinces : or le manque de crèches est criant en province Nord
assistante pour 4 460 habitants. Mais il faut relativiser ce chiffre et sans doute aussi en province Sud.
au regard des distances à parcourir et qui empêchent un accom- De plus, les communes mènent leurs propres actions avec les
pagnement de proximité. En effet, les permanences se font en centres communaux d’action sociale, sans réelle concertation
mairie ou dans les dispensaires, et les visites ne sont organisées avec les provinces dans la décision menant à la mise en œuvre
en tribu qu’en cas d’alerte ou si un accompagnement spécifique des mesures. Cependant, les travailleurs sociaux s’efforcent sur le
d’une famille est en cours. terrain de conjuguer au mieux toutes les aides existantes.
C’est donc en province Sud que la densité est en réalité la
meilleure, et surtout dans le grand Nouméa, où il y a certai- 6.2.4.2 Les mesures mises en œuvre ne sont qu’un reflet
nement plus de familles à accompagner mais où la proximité du système métropolitain
géographique permet d’avoir un suivi plus efficient. La liste des mesures métropolitaines qui sont définies par une
C’est donc un nouveau facteur d’inégalité entre les trois pro- politique générale familiale et de natalité est sans commune me-
vinces. sure avec celle des quatre prestations calédoniennes versées par
la CAFAT, soit : les allocations prénatales, de maternité, familiales
6.2.4 Constats et de solidarité, auxquelles s’ajoute le complément familial.
6.2.4.1 Un partage des compétences qui ne favorise pas
la cohérence ni l’égalité de traitement des citoyens 6.3 Une politique à construire
S’il existe des mesures décidées et mises en œuvre au niveau De l’avis de tous, il est urgent de pouvoir engager une réflexion
territorial, provincial et communal, elles ne s’articulent pas entre approfondie et rapide sur les contours de ce qui devrait être le
elles, et ne répondent pas à des objectifs concertés : il existe un socle d’une politique familiale calédonienne.

53
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

6.3.1 Une politique à créer : réfléchir en amont 6.4 D


 es perspectives encourageantes
et structurer… à court terme
6.3.1.1 La politique familiale,volet de la politique sociale 6.4.1 Des actions ciblées sur l’enfance
Une politique familiale doit avoir comme principal objectif de et le handicap en cours d’élaboration
venir soutenir les familles dans leur action éducative et doit per- 6.4.1.1 L’accueil dans les structures petite enfance devient
mettre l’épanouissement des enfants qui en sont la principale une priorité
cible. Toutes les mesures prises doivent aller dans ce sens en La DASS-NC mène actuellement avec ses partenaires un travail
partant du principe essentiel que les enfants sont l’avenir même sur :
de toute société. l l ’amélioration de l’accueil dans les haltes-garderies et des

Le politique sociale a pour objectif, quant à elle, d’apporter modes de garde des enfants, et la professionnalisation des
l’aide nécessaire qui permettra à chacun de trouver sa place accueillants,
dans la société. Il ne s’agit donc pas pour la politique familiale l la mise en œuvre d’une allocation de garde d’enfants.

de pallier les insuffisances de la politique sociale ou d’autres po- L’objectif final poursuivi est de favoriser le travail des femmes.
litiques publiques. Lorsque les allocations familiales ont été mises en place, elles
l’ont été pour les seuls salariés afin de ne pas créer d’assistanat :
6.3.1.2 Un besoin de réflexion prospective avant de jeter l’emploi était au cœur du dispositif. Si les non-salariés peuvent
les bases d’une politique familiale aujourd’hui également bénéficier de prestations, l’emploi com-
Si l’on rencontre une adhésion à la mise en œuvre d’une po- me outil d’amélioration des conditions de vie reste cependant
litique familiale en Nouvelle-Calédonie, il convient, avant de un objectif majeur : en cette période de plein emploi, il faut fa-
proposer des mesures concrètes, de se mettre d’accord sur ce voriser le travail des femmes.
que doit recouvrir cette politique et à qui elle est destinée. Pour Il s’agit donc de répondre à une demande croissante de struc-
l’instant, une telle réflexion n’a pas abouti. tures d’accueil de la petite enfance et soutenir financièrement les
Il s’agit donc bien de définir les objectifs à poursuivre et cette dé- familles : cherté et manque de places conduisent d’une part un
finition devra, en Nouvelle-Calédonie, s’appuyer sur la sociologie certain nombre de femmes à arrêter de travailler, d’autre part à
de la population et sur sa très grande diversité culturelle. l’émergence de structures non officielles fonctionnant avec du per-
sonnel non qualifié, ceci au détriment d’un bon suivi des enfants.
6.3.2 …et définir un champ d’application Faire garder ses enfants représente un budget consé-
6.3.2.1 Définir des objectifs quent pour une famille. En effet, il n’existe que peu ou pas
En effet, de la définition des objectifs de résultats affichés d’aides. En province Sud, d’après l’étude réalisée par le ser-
officiellement découleront naturellement les mesures à en- vice enfance famille de la province Sud et l’OPAS sud en
visager. Ces objectifs sont variés et peuvent être les suivants décembre 2007, la moyenne est de 43 768 CFP (temps
par exemple : partiel compris), par enfant et par mois. Les tarifs proposés
l f avoriser la natalité : il n’y a pas de problème démographique généralement sont, à plus de 40%, entre 40 000 et 50 000
majeur en Nouvelle-Calédonie, bien que le taux de natalité soit CFP (plus de 40% des foyers représentés dans l’enquête ont
en baisse dans le nord et les îles. Le développement du travail un revenu mensuel de plus de 500 000 CFP ; peu de classes
des femmes en est sans doute une des causes ; intermédiaires sont représentées, car ne bénéficiant d’aucu-
l favoriser l’épanouissement de l’enfant ; ne aide financière).
l mettre en place des conditions favorables à l’accueil de l’enfant

dans les familles ; 6.4.1.2 Le schéma Protection de la jeunesse


l favoriser le travail des femmes au travers de modes de garde et de l’enfance est prévu
performants ; Ce schéma à l’échelle territoriale est en cours d’élaboration de-
l aider les femmes qui veulent s’arrêter de travailler pour s’occu- puis deux ans, et les trois provinces y sont associées.
per de leur enfant ;
l favoriser la garde d’enfants à domicile. 6.4.1.3 Le handicap est maintenant pris en compte
Ces quelques exemples démontrent combien les ambitions Les états généraux du handicap ont ouvert la voie d’une prise
d’une politique familiale peuvent être vastes et peuvent sembler de conscience des difficultés que génère un handicap, et ont
parfois contradictoires. permis de dégager des orientations reprises par le projet de loi
sur la dépendance dont la mise en œuvre des mesures est pré-
6.3.2.2 Cibler le public : un choix de société vue pour le 1er juillet 2009. Si ce projet de loi s’appuie sur la loi
lQ
 uels doivent être les bénéficiaires ? Doit-on prendre en métropolitaine, elle prend cependant en compte les spécificités
compte leurs ressources, ou toutes les familles doivent-elles calédoniennes : la politique qui sera conduite en direction du
en bénéficier, comme en métropole ? Il s’agit d’un choix de public handicapé sera donc différente de celle menée en mé-
société. tropole sous plusieurs aspects.
lQ
 ui veut-on mettre au centre de cette politique ? L’enfant Deux avant-projets de lois du pays sur le handicap, ont été
est souvent au cœur des politiques familiales. Une société votés le 17 décembre 2008 par le congrès. Ils concernent res-
doit investir sur l’enfant pour renouveler les générations, pectivement :
pour avoir suffisamment d’actifs pour le financement des l l ’emploi des personnes en situation de handicap (obligation

retraites par répartition, pour encourager la création de d’embauche à hauteur de 2,5 % de l’effectif par les entreprises
croissance à moyen et long terme. Pour cela, il faut apporter de plus de 20 salariés) ;
un soutien global à la famille, pour faciliter le financement l l ’aide en faveur des personnes handicapées ou en perte

des études par exemple. d’autonomie.

54
nouvelle-calédonie
maisonS de retraite
en 2008

Source : DPASS 2008


L’objectif poursuivi est qu’en dépit de leur handicap, ces person- tent au sein de leur famille.
nes puissent vivre dignement, en les insérant dans la société et Il convient donc de réfléchir à la politique à mener en di-
en donnant les moyens financiers, à ceux qui en ont besoin, de rection de cette population : développement du maintien à
vivre décemment. domicile, places médicalisées en structures de santé, formation
de personnel spécialisé dans l’aide aux personnes âgées à domi-
6.4.2 Une réflexion émergente sur les personnes âgées cile, construction de maisons de retraite…
En ce qui concerne les personnes âgées, compte tenu d’une
espérance de vie qui augmente année après année et de 6.5 Les sources de financement
l’émergence d’un 4e âge (à partir de 75 ans) à la suite du 3e 6.5.1 Un financement qui repose essentiellement
âge (60-75 ans), notre société devra faire face à l’augmenta- sur les charges patronales
tion de leur nombre et à la transformation sociétale que cela Les prestations familiales servies aujourd’hui proviennent
générera sans nul doute. La Nouvelle-Calédonie n’échappera d’un financement croisé : cotisations sociales pour les pres-
pas à ce phénomène qui la touche d’ores et déjà. Il s’agit donc tations familiales servies par la CAFAT (cotisations patronales :
bien de réfléchir, et dans les meilleurs délais, aux mesures 6,14% du salaire) et impôts pour les allocations familiales de
susceptibles de répondre aux attentes de nos concitoyens solidarité.
les plus âgés au travers de la prise en charge de la dépen- Au total, en 2007 ce sont près de 61 000 enfants du territoire
dance, de l’augmentation des capacités d’hébergement, de qui ont bénéficié des allocations familiales versées par la CAFAT.
propositions d’activités prenant en compte la place nouvelle La dépense s’élève à près de 6,2 milliards de francs.
de nos anciens dans la société. Le sujet de la dépendance En comparaison, selon les chiffres-clés de la CAFAT 2006:
doit également être creusé en termes de prévention. En 2003, 55 740 enfants ont bénéficié des allocations familiales,
A ce jour, il existe seulement dix maisons de retraite, toutes en 2004 : 57 557 enfants, en 2005 : 57 124 et en 2006 : 59 783
concentrées en province Sud comme le montre la carte ci-des- enfants.
sus. Dans le Nord et les Iles tout particulièrement, la solidarité En ce qui concerne les allocations familiales de solidarité, ce
familiale joue encore bien son rôle et les personnes âgées res- sont près de 16 000 enfants supplémentaires qui ont pu bénéfi-

55
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

cier d’un soutien en 2007 pour un total financier d’un montant 6.6 U
 ne insertion difficile à conduire
de près d’1,5 milliard FCFP (10 508 enfants en 2005 et 13 637 en par méconnaissance des besoins
2006 – Chiffres-clés CAFAT 2006). Il existe un public en grande difficulté qui n’a accès à aucun dis-
Selon le rapport d’activités 2006 de la CAFAT, ce régime est éga- positif d’aide.
lement fortement excédentaire (892,6 millions FCFP en 2005 et On a repéré une grande partie de ces personnes, et des études
1,7 milliard en 2006 à l’arrondi). sur la pauvreté en Nouvelle-Calédonie sont en cours ou réali-
Ces deux systèmes représentent donc un engagement finan- sées.
cier global de 7, 7 milliards de FCFP. Mais à l’évidence, un certain nombre d’exclus passent au
Il convient cependant de réfléchir au mode de financement qui travers du maillage social, puisqu’ils ne sont connus ni du sec-
peut peser sur le coût horaire du travail, dans un contexte où la teur public, ni du secteur associatif. On ne peut les chiffrer,
recherche de performance est primordiale. puisqu’ils ne sont pas connus. Il s’agit en majorité de per-
sonnes qui vivent en tribu, qui ne sont pas passées par les
6.5.2 CAFAT : une branche « famille » excédentaire journées d’appel à la Défense, qui n’ont pas de pièce d’iden-
Ces deux régimes sont très largement excédentaires. A eux tité, qui ne se déplacent pas au village pour pointer en tant
deux, ils ont généré un excédent estimé en 2008 à plus de 3 que demandeurs d’emploi… soit qui ne sont pas connues
milliards de FCFP. Selon le rapport d’activité 2006 de la CAFAT, administrativement.
les excédents successifs se sont chiffrés à 674 millions FCFP Cependant la création des allocations familiales de solidarité
(à l’arrondi) en 2004, 386 millions en 2005, et 840 millions en a fait décroître cette population ne bénéficiant d’aucune aide :
2006. elle a permis notamment d’identifier les femmes seules avec des
Ces sommes peuvent sembler considérables mais elles ne doi- enfants.
vent pas masquer le fait qu’une politique familiale est coûteuse La solidarité familiale forte qui joue en brousse et en tribu
et qu’elle engendrera au travers des prestations qu’elle pourra n’existe plus dès lors qu’on arrive à Nouméa.
proposer des dépenses auquel l’actuel régime ne sera pas en Macadam Accueil a repéré et suit environ 300 personnes sans
capacité de faire face. domicile fixe à Nouméa. Ces personnes ont accès à des aides de
En conclusion, une politique familiale ne se décrète pas, elle première nécessité (nourriture et douche) à condition qu’elles
se construit dans le temps, au travers du filtre de principes direc- ne soient pas alcoolisées.
teurs déterminés de façon concertée et consensuelle, et qui ont En conclusion, la grandeur d’une société se mesure à sa ca-
pour objectif de favoriser l’épanouissement des familles, cellules pacité de prendre en charge les plus démunis pour les conduire
de base de notre société. sur la voie de la réussite, afin que personne ne reste sur le coté
de la route du développement.

7. Tarifs sociaux des principaux services au public


A l’étude des tarifs sociaux des principaux services au public, 7.1.1 Dans l’agglomération nouméenne :
deux remarques s’imposent : les publics en difficulté aidés au cas par cas
l les collectivités interviennent pour aider financièrement cer- Le transporteur (GIE Transport en commun KARUIA Bus de Nou-
taines populations : étudiants, personnes âgées, personnes méa) pratique une réduction de 50 % sur la carte mensuelle
handicapées, personnes en parcours d’insertion… et ainsi al- pour les étudiants, les personnes âgées de + de 65 ans, et les
léger le coût de certains services au public. Cependant, l’aide personnes handicapées (tarif unique).
versée varie selon le financeur ; Un tarif est également consenti en direction des enfants scolari-
l il n’existe pas de tarifs, ni d’aide particulière des collectivités sés : 50 % du prix du trajet (soit 100 FCFP en novembre 2008).
pour les familles nombreuses, qui doivent s’adresser aux ser- Pour les transports sur le Grand Nouméa (jusqu’à La Tontouta),
vices sociaux dans le cadre des aides ponctuelles en cas de le transporteur (Compagnie Carsud) consent 30 % de réduction
difficultés financières. sur la carte mensuelle aux étudiants post-bac, et la gratuité du
Il n’est pas question, dans le présent rapport, de regarder l’en- transport pour les personnes handicapées dans certaines condi-
semble des services, mais de s’arrêter sur plusieurs aspects : tions.
l les transports car ils sont stratégiques pour l’accès des popula- Aucun tarif n’est pratiqué en direction des familles nombreu-
tions à l’école, la santé, l’emploi ; ses, ou des demandeurs d’emploi.
l les moyens de communication qui permettent à la fois d’accé- Des aides ponctuelles peuvent être versées aux personnes en
der à l’information et d’effectuer des démarches à distance afin difficulté par les CCAS et les services sociaux provinciaux :
de limiter les déplacements ; lL e Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de Nouméa

l l’eau et l’électricité qui répondent à des besoins premiers des peut prendre en charge la totalité de la dépense de transport
populations ; sous forme de bons remis au bénéficiaire, encaissables en fin
l la garde des enfants, car c’est une prestation indispensable de mois par le GIE. Cependant, il faut que le demandeur de
pour permettre le travail des parents. l’aide sociale réside à Nouméa depuis au moins 6 mois, ce
qui signifie que les habitants des autres communes du Grand
7.1 U
 ne offre tarifaire incomplète Nouméa ne peuvent pas en bénéficier, alors que l’on peut sup-
pour les transports en commun poser que ce sont eux qui ont le plus besoin des transports en
Des réductions peuvent être consenties par les transporteurs, et des commun. Une aide au transport en commun peut être ver-
aides peuvent être versées sur critères sociaux par les collectivités. sée aux demandeurs d’emploi dans le cadre de leur insertion

56
socioprofessionnelle : aide à la mobilité géographique versée de Nouméa vers chacune des trois îles Loyauté est identique :
par la province Sud, aide au transport en commun versée par 19 400 FCFP en tarif standard hors taxes. L’aller-retour à Nouméa
les CCAS de Nouméa, Mont-Dore, et Païta, par exemple. en vol « Résile vert » coûtera ainsi à un Loyaltien 10 480 FCFP
lL
 es services sociaux provinciaux peuvent également intervenir hors taxes.
dans le cadre des secours financiers aux familles en difficulté La compagnie aérienne souhaite proposer de nouveaux tarifs
(secours immédiats exceptionnels dits « SIE »). préférentiels en direction de publics particuliers, mais qui n’ont
pu à ce jour être mis en place : leur institution relève d’une
7.1.2 Services de bus de Nouméa jusqu’au nord concertation préalable puis d’une décision du gouvernement.
de la Grande-Terre : aucun tarif spécifique (Source Air Calédonie)
Alors que l’on a pu voir que l’accès à Nouméa était stratégique Par ailleurs, la province Nord accorde une réduction de 25 %
pour une grande partie de la population, car c’est là que sont sur les tarifs d’Air Calédonie pour les personnes âgées de plus
concentrés la plupart des services, il n’existe aucune carte forfai- de 60 ans.
taire, aucun tarif consenti à des publics particuliers. Aucun des Trajets maritimes : pas de tarif spécifique dans le cadre de la
12 transporteurs qui assurent les déplacements au départ de la continuité territoriale
gare routière de Nouméa ne pratique de grille tarifaire appliquée Le tarif aller-retour du trajet maritime par la compagnie Betico
au profil social des usagers... Dans ce cas, seules les collectivités Sudiles, qui est la plus sollicitée, est à la fin de l’année 2008 de
peuvent apporter leur soutien dans le cadre d’aides financières 15 280 FTTC. Il s’agit d’un tarif unique, aucune réduction particu-
ponctuelles (SIE). lière n’étant pratiquée en dehors de celle aux enfants de 2 à 12
ans (-50%) (Source compagnie Betico Sudiles)
7.1.3 Des tribus au village le plus proche : Les trajets aériens comme maritime, qui s’avèrent parfois in-
une absence de régulation des prix contournables, restent donc chers, même lorsqu’une réduction
Il existe des navettes assurées par des personnes patentées. Il est consentie, pour les personnes à faibles revenus.
n’est pratiqué aucune régulation des tarifs, qui peuvent alors être
assez élevés. 7.2 D
 es coûts encore élevés pour accéder
aux moyens de communication
7.1.4 Transports scolaires : des financements structurés 7.2.1 Le téléphone : des tarifs élevés mais plusieurs
qui démontrent la volonté des collectivités de soutenir formules qui répondent bien aux besoins
les familles dans l’éducation de leurs enfants Le téléphone fixe : au 31 décembre 2007, la Nouvelle-Calédonie
lD es aides municipales aux élèves boursiers : comptait 60 209 lignes de téléphone fixe (données OPT), dont 85 %
Les transports scolaires font la plupart du temps l’ob- en province Sud, 11% en province Nord et 4% en province des îles.
jet de marchés communaux, plus rarement d’un L’OPT estime à 52 % le nombre de foyers ayant une ligne fixe.
fonctionnement en régie. La municipalité subventionne l’ac- Le coût de l’abonnement mensuel est de 1 950 FCFP HT sur l’en-
tivité, rendant le transport gratuit pour les élèves boursiers. semble du territoire. Le service reste onéreux, d’autant plus que la
Le transport scolaire des élèves du second degré du facturation est bimestrielle. Le service facturation de l’OPT (Office
Grand Nouméa est géré par un syndicat intercommunal. des Postes et Télécommunications) propose aux personnes en dif-
Cependant, l’organisation des transports scolaires en brousse ficulté des échéanciers pour le paiement de leur facture, mais en
mérite d’être améliorée, en termes d’horaires et de fréquence cas de non-respect de l’accord passé, les lignes sont coupées. A la
(voir le présent rapport partie « Enseignement »). fin 2007, les impayés en contentieux représentent 0,53 % du chiffre
lD es aides provinciales complémentaires sur l’ensemble du d’affaires des factures émises pour les lignes fixes.
territoire : Seule la province Sud finance au bénéfice des personnes âgées
Il existe des aides provinciales qui concernent généralement et des personnes handicapées un abonnement à 200 FCFP dont
les élèves boursiers qui ne peuvent prétendre à une aide elle paie le complément à l’OPT, ainsi qu’un accès gratuit à cer-
communale : la province Nord prend en charge par exemple tains numéros (CAFAT, services d’assistance…); elle peut aussi
les frais de transport des enfants boursiers de l’enseignement leur verser une aide au paiement des communications.
spécialisé et ceux des élèves boursiers de l’enseignement Les autres collectivités pourront intervenir dans le cadre des
secondaire scolarisés hors de leur commune de résidence. aides financières exceptionnelles.
La province des îles Loyauté peut attribuer une aide au trans- Les cabines téléphoniques présentes en centre-ville et centre
port scolaire aux lycéens et étudiants, qui bénéficient ainsi de village, et en tribu, permettent aux personnes non équipées
tarifs préférentiels sur les liaisons maritimes et aériennes, et de de passer des communications téléphoniques à l’aide de car-
réquisitions à la rentrée et à la fin de l’année scolaire. tes prépayées et d’appeler des secours en cas d’urgence : en
2008, selon les informations données par l’OPT , la province Sud
7.1.5 Transport aérien et maritime : un coût qui reste compte 708 cabines (dont 46% à Nouméa et 8% en tribu), la
important malgré des réductions province Nord 402 (dont 56% en tribu) et la province des îles
Des tarifs aériens pour les résidents de brousse et des îles 202 (dont 83% en tribu).
Air Calédonie accorde des réductions jusqu’à près de 50 % dans L’accès au réseau GSM Mobilis pour les téléphones portables
le cadre de la continuité territoriale, aux résidents de la province se fait d’une part sur abonnement, d’autre part avec des cartes
Nord, des îles Loyauté et de l’île des Pins, sur présentation d’une de communication prépayées (cartes « Liberté ») à raison de
« carte résident ». Cette carte permet aux Loyaltiens d’obtenir trois tranches qui permettent aux personnes à petit budget
10 %, 18 % ou 46 % sur le prix des voyages à partir des îles en de communiquer selon leur capacité de paiement et en cas
fonction des horaires de départ (tarifs « Résile »). d’urgence. L’utilisation de la carte « Liberté » a fait un bond
Un exemple de tarif : le tarif au second semestre 2008 pour aller spectaculaire entre 2000 et 2005 (+251 % et près de la moitié

57
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

de la population utilisatrice). Cependant, la couverture GSM munication essentiel. En Nouvelle-Calédonie, environ 15 500
du territoire est encore imparfaite, ce qui peut constituer un personnes, soit 7 % de la population, n’ont pas accès aux deux
véritable problème en cas d’accident de santé ou de la route chaînes de télévision publiques. Elles vivent pour la plupart
(par exemple sur la Koné-Tiwaka, route qui relie la côte Est à en tribus.
la côte Ouest). Derrière ce chiffre global, des inégalités en terme de réception
des chaînes de RFO sont frappantes : à Pouébo, uniquement
7.2.2 Internet : un outil qui se développe mais qui n’est 18,8 % de la population est couverte par ce réseau, suivi en-
pas à la portée de tous les particuliers suite, de Hienghène avec 41,6 % et de Canala, 46,3 %.
Sept fournisseurs (Can’l, Inet, Internet NC, Lagoon, MLS, Nautile Pour ces populations « exclues » de ces zones de réception,
et Corail en novembre 2008) se partagent le marché calédonien une solution alternative existe: il s’agit de la mise à disposition,
à des tarifs divers. par Canal satellite, d’un système dont le coût total s’élève à
L’accès à internet nécessite d’une part un équipement infor- environ 60 000 FCFP d’équipement et de 2000 FCFP de carte
matique, d’autre part un abonnement au téléphone fixe qui annuelle.
s’ajoute à l’abonnement à internet. L’accès n’est donc pas à la L’arrivée de la TNT en Nouvelle-Calédonie, prévue fin 2009,
portée de toutes les bourses. Cependant, même si le nombre devrait améliorer la situation.
de personnes connectées à internet croît rapidement - l’ISEE
comptabilisait 5 146 abonnés à l’ADSL en 2004 et près de 10 7.3 L ’eau : un tarif social de fait, au vu des
000 en 2005 et près de 20 000 aujourd’hui, ce qui représente nombreux impayés
entre 60 et 80 000 internautes (source ACTIC)- il reste de fortes 7.3.1 Des coûts de distribution de l’eau différents menant
disparités entre les populations selon leur localisation géo- à la coexistence de tarifs différents pour les abonnés
graphique, et selon leur pouvoir d’achat. Un abonnement à Selon le recensement de la population 2004 (ISEE), la totalité des
internet coûte environ 7 480 FCFP (montant moyen mensuel habitants de la Nouvelle-Calédonie a accès à l’au potable, soit in-
en 250 Ko/s) contre l’équivalent de 3 600 FCFP par mois en dividuellement (96%), soit grâce à un point d’eau collectif (4%).
métropole (ADSL+TV+téléphone illimité, 8 Mo/s). Les communes sont compétentes en matière d’adduction d’eau
Le coût reste sans aucun doute un frein au développement de potable du captage à la distribution, et peuvent concéder ce
l’utilisation d’internet par les populations, combiné à un taux domaine d’activité. Les communes du Grand Nouméa, et celles
d’équipement en ordinateur qui reste encore peu élevé puisque de Bourail, La Foa et Koumac ont en effet concédé l’activité à la
seulement 36% des ménages en possèdent un (chiffres ISEE 2004). Calédonienne des Eaux.
Le développement de l’utilisation de l’outil informatique dans les La tarification de l’eau peut connaître des différences impor-
établissements scolaires, l’accès gratuit ouvert au public dans les tantes selon la commune de résidence, en fonction du type de
bibliothèques par exemple (cinq postes ouverts à la bibliothèque traitement de l’eau au captage, de l’éloignement géographique
de Pouembout en 2008), et enfin une amélioration de la qualité des lieux de distribution, de l’existence d’un tarif unique ou de
du haut débit avec la pose en 2008 du câble sous-marin devrait tranches en fonction du cubage servi, et du montant de sub-
amener une augmentation du nombre des abonnés à internet. ventionnement décidé par la commune. Pour illustration de
ces différences de tarifs, le prix du m3 d’eau est, au mois de no-
7.2.3 La distribution du courrier : le seul moyen vembre 2008, de 53,35 FCFP + 48,88 FCFP d’assainissement à
d’information facile d’accès, et à faible coût Nouméa (un tarif unique), de 10 à 45 FCFP à Koné (quatre tran-
Le courrier des habitants de l’agglomération de Nouméa est ches de tarification en fonction du cubage servi, étant précisé
distribué à domicile, ou pour ceux qui en font le choix, dans les que l’assainissement n’est pas facturé à Koné), et de 500 FCFP
boîtes postales. TTC livré à domicile à Ouvéa.
En brousse, plusieurs formules existent :
l dans les villages, le courrier est distribué quotidiennement à 7.3.2 De nombreux impayés liés à un manque
domicile ; de conscience du coût de l’eau potable
l des boîtes postales sont disponibles pour les résidents éloignés Il apparaît que nombre d’abonnés ne règlent pas leurs factures
des villages, ou ceux qui en font le choix. Cependant, à Belep par d’eau, l’eau étant perçue comme un élément offert par la nature.
exemple, le courrier est conservé à l’OPT où les personnes vien- Les réflexions menées, notamment lors des journées des 9 et 10
nent le chercher, puisqu’il n’y a ni boîtes postales, ni distribution ; mai 2007 à La Foa consacrées à la tarification et au paiement de
l en tribu, une « poste-mobile » livre le courrier une à plusieurs l’eau, ont mis en évidence la nécessité de faire comprendre aux
fois par semaine, y effectue des opérations de guichet (paie- populations que c’est le service de distribution de l’eau qui est
ment de mandats, retraits sur compte postal, règlement des facturé, et non l’eau elle-même.
factures d’énergie…). Même en l’absence de paiement des factures, la fourniture
La redevance annuelle pour l’utilisation d’une boîte postale est d’eau en régie directe n’est pas interrompue dans la majorité
moins élevée en brousse (2 599 FCFP TTC) qu’à Nouméa (4 200 des communes, bien que le taux d’impayés puisse varier entre
FCFP TTC), mais reste dans tous les cas peu onéreuse : aucune 30 et 90 % (exemple des mairies de Koné, Hienghène, Oué-
réduction spécifique n’est consentie pour son paiement, ni gra- goa, Ile des Pins, Moindou et Poum en 2007 – source DASS
tuité même lorsqu’il s’agit de la seule alternative à un service NC). La Calédonienne des Eaux propose, elle, des échéanciers
public qui ne peut pas toujours être assuré. aux usagers en difficulté, et interrompt le service en cas de
non-paiement.
7.2.4 La couverture télévision : encore des zones d’ombre Seule la commune d’Ouvéa ne connaît pas de problème de
Pour des populations éloignées de l’information en tout genre règlement de l’eau : en effet, les usagers doivent régler leur
(actualités, culture, etc.), la télévision est un vecteur de com- commande avant la livraison par camion-citerne.

58
nouvelle-calédonie
taux de couverture de la population
par la télé-diffusion (rfo) en 2008
Taux de couverture en Nouvelle-Calédonie : 93,2 %

Source : TDF 2008

7.3.3 Une aide au paiement des factures d’eau existante, tue une bonne alternative à l’énergie thermique dans les tribus
mais non structurée très isolées : les clients « solaires » d’ENERCAL s’acquittent de
Enfin, l’aide au paiement des factures d’eau, qui apparaît comme factures allégées (3000 FCFP/mois en moyenne), leur installation
un réel besoin pour les personnes à faibles revenus, n’est pas étant financée par le Fonds d’Electrification Rurale (FER).
structurée (seul le CCAS de Nouméa intervient pour l’aide au
paiement des factures d’eau des personnes âgées de + de 65 7.4.2 Une politique d’adaptation aux besoins
ans ou handicapées lorsqu’elles sont en difficulté). En effet, les et à la capacité de paiement des usagers
collectivités peuvent intervenir mais dans le cadre du versement Le prix de vente du KWh est pris par arrêté du gouvernement
d’aides financières ponctuelles. après examen par la DIMENC (Direction des Mines et de l’Ener-
gie). Son prix a sensiblement augmenté ces dernières années
7.4 L ’énergie : une politique tarifaire (+13% entre 2000 et début 2006 – ISEE), il est en novembre 2008
qui s’adapte de 31,30 FCFP pour l’usage domestique. C’est une des électrici-
7.4.1 Une couverture en distribution d’énergie satisfaisante tés les plus chères au monde (voir atelier 6).
La société ENERCAL (société anonyme d’économie mixte) et Compte tenu du coût important de l’énergie pour l’usager, une
la société EEC (filiale du groupe Suez-Lyonnaise des Eaux) se politique d’adaptation de la puissance aux besoins et à la capacité
partagent le marché de la distribution d’énergie en Nouvelle-Ca- de paiement a été mise en œuvre par ENERCAL depuis plusieurs
lédonie : ENERCAL est présente dans 27 communes, et EEC dans années, notamment en tribu : la souscription à un abonnement à
7 communes (Nouméa, Dumbéa, Mont-Dore, Bourail, Kaala-Go- une faible puissance (entre 5 et 15 ampères) qui permet d’alimenter
men, Koumac et Lifou). éclairage et appareils réfrigérants et qui atténue considérablement
La couverture géographique de la distribution est bonne. En la facture (division des taxes et redevances diverses par trois en
province Nord, le réseau de transport Poum-Ouégoa-Pouébo-La moyenne), est largement utilisée. Cette politique a porté ses fruits,
Ouaième reste encore à interconnecter. L’énergie solaire consti- car les abonnés concernés règlent globalement bien leurs factures.

59
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

7.4.3 Une aide au paiement des factures d’énergie un temps plein dans la ville de Nouméa. Les familles doivent
existante, mais non structurée parfois apporter en sus nourriture voire eau minérale, et cou-
Comme dans le cas de l’eau, il n’existe pas de mesure struc- ches pour les tout-petits. Les tarifs semblent plus bas dans les
turée d’aide au paiement des factures d’électricité, mais une communes de l’agglomération : par exemple, à partir de 22 000
intervention des provinces dans le cadre des secours financiers FCFP à la Tontouta, le déjeuner et le goûter des enfants scolarisés
ponctuels. Les distributeurs peuvent proposer des échéanciers étant compris dans ce prix.
de règlement, mais interrompent la fourniture d’énergie si les Par ailleurs, la mairie de Nouméa a mis en place depuis 2003
clients n’honorent pas leur dette dans les délais prévus. un réseau d’assistantes maternelles (RAM) formées et expéri-
mentées à la garde des tout petits, qui sont en 2008 au nombre
7.5 Un coût élevé pour la garde des enfants de 22. En tant que travailleurs indépendants, elles fixent leurs
Compte tenu de la situation très favorable de l’emploi, et de la propres tarifs qui s’étagent selon qu’il s’agit d’un accueil à mi-
volonté de soutenir l’accès au travail des femmes, la réflexion temps, temps plein ou périscolaire, de 25 000 à 40 000 FCFP par
institutionnelle (gouvernement, provinces, communes) est en mois et par enfant.
cours pour créer une allocation de garde d’enfants et construire La capacité de la crèche municipale de Nouméa est de 20 en-
un service adapté en qualité et en nombre dans l’agglomération fants, et si le règlement intérieur de la structure prévoit que les
de Nouméa et la zone VKP en tout premier lieu. Ailleurs, la solida- parents apportent couches et lait maternisé, en revanche déjeu-
rité familiale joue encore pleinement son rôle. ner et goûter sont prévus dans la prestation.
Le coût au final est donc très variable d’une structure à une
7.5.1 En province Sud, l’offre existe, bien qu’elle soit insuf- autre, qu’elles soient agréées ou non, et les tarifs ne sont pas
fisante au regard de la demande réglementés. De plus, chaque structure établit son propre règle-
42 structures sont agréées dans cette province, avec la réparti- ment : fournitures ou non par les parents des repas, etc…
tion géographique suivante: Compte tenu de cette charge réellement importante qui peut
peser lourdement sur leur budget, les familles peuvent béné-
Nombre de : Nouméa Bourail Dumbéa Mont-Dore Païta Tontouta ficier d’aides de la CAFAT, de certains comités d’entreprises et
Structures 33 1 1 4 1 2 mutuelles, et les familles à faibles revenus ou en difficulté sous
certaines conditions d’une aide financière provinciale (secours
Places 1291 8 15 120 10 28
immédiats exceptionnels).
Données site internet de la province Sud, à jour au 19 Mai 2008 Enfin, les frais de garde dans les crèches agréées peuvent être
déduits des impôts sur le revenu dans certaines limites.
D’autres structures sont en cours d’agrément (à Dumbéa, la
Tontouta…). Il existe également des personnes qui exercent 7.5.2 En province Nord, la réflexion est en cours compte
cette activité sous patente. tenu de l’essor à venir de la zone VKP
Les tarifs des crèches agréées varient en fonction de l’âge des Les services provinciaux travaillent à la construction d’une régle-
enfants, de leur scolarisation ou non, des activités proposées et mentation adaptée, en vue du développement notamment de
du nombre d’heures de garde; en fin 2008, la fourchette des ta- la zone VKP où le problème de l’accueil des enfants sera inéluc-
rifs se situe entre 45 000 et 60 000 F par mois et par enfant pour tablement posé.

60
et d’Aménagement de la province Sud (AD’UA)
Annexe I Jean-Claude BECKER, Chargé de mission prévention et
formation des éducateurs de la Direction Diocésaine de l’Ecole
Rappel du mandat de l’atelier 1 Catholique (DDEC), Intervenant à l’IFAP-IFM-MC et collectivités
locales grand Nouméa
« Solidarité sociale et égalité des chances » Jacqueline BERNUT, Membre du Conseil des Femmes
Président : M. André-Jean LEOPOLD, de la province Sud
Directeur Diocésain de l’Ecole Catholique Laurent BERTHELOT, Proviseur adjoint du Lycée Agricole
de Nouvelle-Calédonie
Projet global qui vise à améliorer le bien être des populations, le Martine BERTONI, Adjointe au maire de la commune
développement comporte une dimension sociale importante. de Pouembout
Inséparable du développement économique, le développe- Gilles BEYNEY, Parti politique «Le Mouvement de la Diversité»
ment social implique la participation de tous, en fonction de (LMD)
leurs capacités, à la production des richesses et à leur réparti- Julien BOANEMOI, sénateur coutumier de l’aire AJIE ARO
tion équitable, et aux progrès engendrés par le développement Patrick CARDINAUD, Président du Collectif d’Urgence
en général. Humanitaire
Définir un projet de développement pour la Nouvelle-Ca- Pascale CARRE, Présidente du Secours Catholique
lédonie conduit donc à s’intéresser aux conditions de vie des Max CHIVOT, Membre du bureau de l’Association
citoyens dans leur situation et leur parcours individuel, leur Fondation des Pionniers
contexte familial et leur insertion dans la société. Michelle CLARQUE, Présidente de AES Foyer Béthanie
Aussi l’atelier proposera-t-il un diagnostic sur, notamment, les Jean CREUGNET, Directeur du groupement agricole
thèmes suivants : des producteurs de la côte Est - Coopérative Agricole
l l ’égalité des chances, dont les thèmes de l’éducation, et de la Didier DARBON, Chef du service de la tutelle et de la plani-
lutte contre l’exclusion ; fication hospitalière de la Direction des Affaires Sanitaires et
l l es dispositifs de solidarité sociale : santé, accidents, vieillesse, Sociales du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie (DASS)
chômage, famille ; Jean-Luc DATIM, Directeur de l’Action Communautaire et
l l es tarifs sociaux des services publics essentiels ; Sanitaire de la province des îles Loyauté
l l ’accès au logement (construction de logements sociaux et Michel DAVAREND, Président de l’Association des
amélioration de l’habitat). Consommateurs de Nouvelle-Calédonie (UFC-Que Choisir)
L’efficacité des politiques sociales dépend de leur cohérence Adolphe DEVATH, Directeur école primaire de Pouebo -
globale, de leur bonne adaptation au contexte, tant dans leur Direction Diocésaine de l’Ecole Catholique (DDEC)
définition que dans les moyens qui sont mis en oeuvre pour ré- Aline DRIENCOURT, Chef de projet du Contrat
pondre aux besoins (équipements, ressources humaines, mode d’Agglomération de la mairie de Dumbéa
et niveau de financement…). Elle suppose une claire définition Félix DURAND, Directeur de l’Enseignement, de la Formation
des objectifs, avec un objectif général, celui de la cohésion socia- Professionnelle, de l’Insertion Sociale et de la Jeunesse
le. Au-delà de l’analyse de la situation existante (besoins, niveau de la province Nord (DEFIJ)
et adaptation des réponses apportées par les politiques publi- Emmanuelle GAMBINI, Responsable d’agence de la Fédération
ques…), le diagnostic formulera une appréciation des enjeux des Entreprises de Travail Temporaire
dans le contexte calédonien. de Nouvelle-Calédonie à Koné
Daniel GAUCHON, Directeur adjoint de l’enseignement
de la Nouvelle-Calédonie (DENC)
Raphaël GHESQUIERE, Vice-président du conseil
d’administration de la CAFAT
Annexe II Thomas GMIDA, 4e adjoint au maire de la commune de Koné
Didier GROSGURIN, Membre de la Fédération des Industries
Liste des membres de l’atelier de Nouvelle-Calédonie (FINC)
Didier GUENANT-JEANSON, Secrétaire général de l’USOENC
Président : M. André-Jean LEOPOLD, Raymond GUEPY, Membre du Conseil Economique et Social
Directeur Diocésain de l’Ecole Catholique Michel GUIHARD, Membre de l’Association Ensemble
pour la Planète (EPLP)
Christian AIRAULT, Chef de clinique, docteur en chirurgie Gérard GUILLOT, Délégué au Logement de la province Sud
dentaire - Membre de l’Association Régionale (DL)
Nouvelle-Calédonie des auditeurs de l’Institut des Hautes Laurent GUY, Vice-président du Syndicat des Commerçants
Etudes de Défense Nationale (IHEDN) en Nouvelle-Calédonie
Jacques ANCEY, Président du conseil d’administration Ingrid HAYASHI, Chargée d’études de la Mission à la Condition
de la Mutuelle des Fonctionnaires Féminine de la province Sud
Sylviane AUTERET, Fédération des Syndicats des Fonctionnai- Emmanuel HEAFALA, Association Calédonienne
res, Agents et Ouvriers de la Fonction Publique (FSFAOFP) des handicapés (ACH)
Sandrine BAILLE, Adjointe au maire Yvonne HNADA, Elue de la province des îles Loyauté
de la commune de Poindimié Sylvain HONS, Président de la Fédération Calédonienne
Dominique BAYOL, Chargé d’études de l’Agence d’Urbanisme des Parents d’élèves et Etudiants (FCPE)

61
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

Marianne HUMBERT-DESWARTE, Vice-présidente du tribunal Catherine WEHBE, Directrice adjointe du MEDEF


pour enfants Nouvelle-Calédonie
Valérie LECLERC, Directrice du Centre Communal d’Action Marc WETE, Sage femme - Fédération des Syndicats
Sociale de la mairie de Nouméa des Fonctionnaires, Agents et Ouvriers
Valérianne LENOIR, Responsable du pôle Information de la Fonction Publique (FSFAOFP).
Communication de la direction de la Mission d’Insertion des
Jeunes de la province Sud (MIJ-PS) Intervenants :
Hélène LUBIN, Vice-présidente de l’Union des Groupements Jean-Alain COURSE, Directeur des Affaires Sanitaires et Sociales
des Parents d’Elèves des établissements scolaires de Nouméa, Michel MARTZ, Proviseur Vie Scolaire du Vice-Rectorat
de l’Intérieur et des îles (UGPE) Hugues AMIOTTE, Direction de l’Aviation Civile
Thierry MABRU, Directeur adjoint de l’Enseignement Olivier AUGUIN, Equipe-projet, gouvernement
de la province Sud (DENS) de la Nouvelle-Calédonie
Marc MANSEL, Secrétaire général de l’Institut de Formation Leslie LABORDE, Equipe-projet, Etat, Cartographie
des Maitres de Nouvelle-Calédonie (IFM-NC) Lyne LAMY, Equipe-projet, Etat
Carmen MARTY, 4e secrétaire générale Gaël TRABUC, Cabinet de Consultants KPM
adjointe de l’USOENC
Odette MICHEL-VILLAZ, Déléguée syndicale de l’Union des
Secteurs Généraux du Commerce et de l’Industrie
de Nouvelle-Calédonie (COGETRA / U.S.G.C.I.N.C.)
Anne-Marie NEMOUARE, 4e adjoint au maire de la commune
de La Foa, agent de proximité de la Mission à la Condition Annexe III
Féminine de la province Sud - Antenne de La Foa
Daniel OCHIDA, Gérant de OCR - MEDEF Nouvelle-Calédonie Bibliographie
Pascale PANCHOU, Directrice des ressources Humaines à
l’hotel Le Méridien - MEDEF Nouvelle-Calédonie, l Etat des lieux 2002
Parti politique «Le Mouvement de la Diversité» (LMD) l Statistiques et études de l’ISEE
Lydia PANDOSY, Secrétaire générale adjointe de la Confédéra- lE  tude Caldia – Agence Sociale et Sanitaire
tion Syndicale des Travailleurs de Nouvelle-Calédonie (CSTNC) de la Nouvelle-Calédonie
Edna PETERSEN, Retraitée de l’enseignement - Fédération des lE  léments pour un diagnostic du système éducatif
Syndicats des Fonctionnaires, Agents et Ouvriers de la Fonction en Nouvelle-Calédonie- juin 2008 (Vice Rectorat)
Publique (FSFAOFP) l Mémento 2005-2006 et informations diverses DASS.NC

Marie-Claire PHAM, Directrice adjointe des Affaires Sanitaires l Action sociale- Allocations et prestations

et Sociales et des Problèmes de Société de la province Nord familiales- Retraites (Rapport d’activité 2006 de la CAFAT)
(DPASS-PS) l Situation sociale et comportements de santé des jeunes

Catherine POEDI, Association APEHNC - Collectif Handicaps en Nouvelle-Calédonie – Premiers résultats – mars 2008
en Nouvelle-Calédonie l Mémo des aides publiques à l’insertion 2008,

Alain POIGEAUD, Directeur du centre d’accueil de l’Association Mission à l’Insertion des Jeunes
Les Manguiers l Rapport sur les Journées de l’Habitat 2007

Charly RIBAS, Secrétaire général adjoint du Syndicat Libre l Publications et informations disponibles sur les sites internet

Unité Action (SLUA) de la DASS NC, des 3 provinces, de l’ISEE, de la Maison


Sylvie ROBINEAU, Membre du gouvernement de l’Habitat de la province Sud.
de la Nouvelle-Calédonie
Sonia RODRIGUEZ, Chargée de mission du service
Investissements Entreprises de la Direction du Développement
Economique et de l’Environnement de la province Nord
(DDE-E)
Claire ROULLET, Chef du service de l’action sociale
de la Direction des Affaires Sanitaires et Sociales
et des Problèmes de Société de la province Nord (DASS-PS)
Livia ROUX, Assistante sociale, SEFPNC
Emmanuel SOTTER, SFAO-OPT
Françoise SUVE, Directrice adjointe de la Société Immobilère
de Nouvelle-Calédonie (SIC)
Rose VAIALIMOA, Secrétaire de l’Association Dîîlen Ngâ
Christelle VALENTINI, Association Autism’espoir -
Collectif Handicaps en Nouvelle-Calédonie
Angéline VIRASSAMY, Elue de l’assemblée de la province Nord
Billy WAPOTRO, Directeur de l’Alliance Scolaire de l’Eglise
Evangélique (ASEE)
Martin WAZIZI, Directeur de l’enseignement
de la province des îles Loyauté

62
Nouvelle-Calédonie 2025
Schéma d’Aménagement et de Développement de la Nouvelle-Calédonie

2
Atelier 2
Adéquation
population-emploi
Président
Monsieur Philippe Martin,
directeur de l’IDCNC

Décembre 2008

63
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 2

du diagnostic
Adéquation population-emploi

Résumé
La forte croissance économique du pays depuis 1998 a permis la création d’un nombre très im-
portant d’emplois : +4,3% / an en moyenne. Mais le chômage touche encore 7% de la population
active et le taux des actifs occupés dans la population totale est environ 11% en dessous de celui
constaté sur l’ensemble des pays de l’OCDE. La Nouvelle-Calédonie n’est donc pas en situation de
plein emploi, mais peut y tendre si, sous l’effet de nombreux facteurs positifs, la croissance reste
ferme. Cette situation est nouvelle pour le pays et induit le besoin d’intégrer dans la définition des
priorités économiques de demain la recherche d’un meilleur équilibre entre secteurs d’activité, et
entre population et emploi.

Le marché de l’emploi est en effet tendu, voire en « surchauffe », et le restera. La première cause à
cela est que certains secteurs – la mine/métallurgie d’une part et, pour les non cadres, le secteur
public d’autre part – bénéficient d’une image très positive au sein de la population, et « aspirent »
de nombreux salariés grâce à des rémunérations attractives. Cette situation entraîne une certaine
désorganisation d’ensemble.

D’autre part, les entreprises ont du mal à identifier leurs besoins, tout particulièrement les nom-
breuses petites entreprises qui peinent à s’investir dans la gestion prévisionnelle des emplois et
compétences et dont les recrutements se font parfois dans l’urgence. Peu de démarches sont
conduites avec elles pour construire collectivement des référentiels métiers. Dans cette situation
d’urgence et de tension, ce sont parfois des personnes au profil imparfaitement adapté au besoin
qui sont recrutées, voire des personnes issues d’une formation qui les préparait à un secteur en
manque de main d’œuvre.

Cette situation de pénurie globale oblige à mieux mobiliser tous les « viviers » de main d’œuvre
possibles, dont certains peuvent satisfaire les besoins des entreprises : femmes, jeunes mélanésiens
bacheliers, jeunes sans qualification, etc.

Les recrutements par défaut et la faible gestion prévisionnelle des emplois et compétences peuvent
constituer un frein au développement des carrières individuelles. De plus, il existe en Nouvelle-Ca-
lédonie peu de dispositifs réglementaires favorisant l’ascenseur social, tels que la validation des
acquis de l’expérience (VAE).

La bonne adéquation population-emploi passe également par une formation adéquate et des
actions à l’interface formation-emploi demandant un indispensable accompagnement institu-
tionnel.

Formations initiale et professionnelle sont fortement complémentaires. La première, qu’elle soit


générale ou professionnelle, permet d’acquérir d’indispensables compétences générales (au pre-
mier plan desquelles lecture et calcul) et assure une formation citoyenne garante de l’adaptabilité
des personnes et de leur insertion sociale et professionnelle ; elle travaille sur un spectre de com-
pétences larges et sur un public de masse. La formation professionnelle répond quant à elle, sur
des effectifs plus réduits, à des besoins de niche, avec une réactivité plus grande ; elle procède
aux ajustements rendus nécessaires par l’évolution des techniques et par la conjoncture. Le futur
transfert des compétences de l’enseignement secondaire représente une opportunité pour d’une
part renforcer la bonne articulation entre formation initiale et professionnelle et d’autre part as-
surer une meilleure cohérence avec les besoins du pays ; notamment, les pratiques d’orientation
des jeunes dans le secondaire sont à améliorer, en tenant mieux compte des secteurs porteurs en
termes d’emploi et des possibilités en matière de formation professionnelle.

064
64
Sommaire
1. U
 ne situation nouvelle pour le pays :
en marche vers le plein emploi ....................................................................................................... 66
1.1 U
 n dynamisme économique exceptionnel,
et des retombées très positives sur l’emploi ....................................................................................... 66
1.2 Une situation florissante appelée à se prolonger ........................................................................... 67
1.3 Une situation de plus en plus tendue pour les entreprises… ................................................ 67
1.4 … engendrant un besoin de repenser les priorités économiques du pays .................. 67
1.5 Le paradoxe d’un taux de chômage encore insuffisamment bas ........................................ 68
1.6 Une situation socialement nouvelle ........................................................................................................... 68
1.7 Un besoin d’améliorer la compréhension de ces phénomènes sociaux ......................... 68

2. D
 es entreprises et des salariés
qui doivent identifier leurs besoins .......................................................................................... 69
2.1 Une gestion des emplois et des compétences de plus en plus stratégique ............. 69
2.2 De fortes lacunes dans la définition des besoins en compétences ................................. 69
2.3 Une adaptation par défaut du recrutement aux viviers disponibles ................................ 69
2.4 U
 n turn-over des salariés rendant plus difficile
l’accompagnement de la promotion interne ........................................................................................ 69
2.5 Une faible mutualisation de la réflexion au niveau des structures syndicales ........... 69
2.6 Des difficultés particulières pour la formation au sein des petites entreprises.................69
2.7 Un besoin d’outils favorisant l’ascenseur social .............................................................................. 70
2.8 L’adaptation des entreprises au contexte océanien ...................................................................... 70

3. Des viviers de ressources humaines à mieux mobiliser ............................. 71


3.1 La priorité à l’emploi local comme règle première .......................................................................... 71
3.2 Un taux d’emploi globalement faible ......................................................................................................... 71
3.3 U
 ne potentiel de progrès plus important sur certaines catégories
de population .............................................................................................................................................................. 71
3.4 Des freins logistiques à l’emploi .................................................................................................................. 73
3.5 Comprendre les motivations et y répondre ......................................................................................... 73

4. L’indispensable accompagnement institutionnel ................................................... 73


4.1 Des finalités distinctes et complémentaires ........................................................................................ 73
4.2 Un dispositif de formation initiale de qualité… ................................................................................ 73
4.3 … et des résultats en progrès, mais encore insuffisants ........................................................... 74
4.4 Une adéquation toujours difficile à réaliser à court terme ...................................................... 74
4.5 Une insuffisante prise en compte des populations handicapées ....................................... 74
4.6 Des pratiques d’orientation des jeunes à revoir .............................................................................. 74
4.7 Un déficit de jeunes accédant aux formations supérieures ..................................................... 75
4.8 Une nécessaire articulation entre formation initiale et professionnelle ......................... 75
4.9 U
 ne formation professionnelle qui s’adapte en permanence au contexte,
mais qui doit progresser qualitativement .............................................................................................. 75
4.10 Des problèmes logistiques cruciaux pour les stagiaires et apprentis ............................. 76
4.11 L’intérêt de la formation par alternance ................................................................................................. 76
4.12 Les limites de la formation professionnelle en termes de coût .......................................... 76
4.13 La nécessité d’une approche très ciblée des besoins d’emploi .......................................... 76
4.14 L’enjeu de la recherche et de la gestion des formateurs .......................................................... 76
4.15 Des actions mal coordonnées à l’interface formation / emploi ........................................... 76

5. Conclusion ........................................................................................................................................................................ 77
Annexe I Rappel du mandat de l’atelier .......................................................................................................................... 77
Annexe II Membres inscrits à l’atelier ................................................................................................................................ 77
Annexe III Bibliographie ............................................................................................................................................................... 78

065
65
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 2
1
du diagnostic
Solidarité sociale
Adéquation population-emploi
et égalité des chances

1. U
 ne situation nouvelle pour le pays :
en marche vers le plein emploi
1.1 U
 n dynamisme économique exceptionnel, à titre de comparaison, pendant le second boom du nic-
et des retombées très positives sur l’emploi kel (période 1968-1971), l’effectif salarié est passé de 18 340 à
Depuis 1998, de puissants moteurs ont dopé l’économie 32 931, soit une progression de 14 591 (+80%). Parmi ces nou-
calédonienne : veaux emplois, moins de 1 sur 5 étaient dûs à la mine et à la
lc  onfiance apportée par l’accord de Nouméa à l’ensemble de la métallurgie.
société et aux acteurs économiques ; Mais dans le même temps, on constate que le flux des arrivées
lé  normes investissements dans le secteur du nickel ; sur le marché du travail a significativement dépassé le flux des
la  ides apportées par la Nouvelle-Calédonie et les provinces aux départs, ce qui traduit principalement la jeunesse de la popu-
divers secteurs économiques ; lation calédonienne (un nombre important de jeunes finissent
l f orte augmentation des transferts financiers de l’Etat et de la chaque année leur scolarité ou leurs études), l’augmentation
défiscalisation. moyenne de l’âge du départ à la retraite, ainsi qu’une nécessaire
La croissance économique induite a été particulièrement forte : adaptation du flux migratoire à l’exigence des besoins des em-
le PIB a augmenté de 70% sur la période 1998-20061, soit une ployeurs (voir atelier 4 pour une estimation de ce flux, qui reste
moyenne annuelle de + 6,8% (en valeur nominale, non corrigée modeste).
de l’évolution des prix). De cette situation a résulté une évolution en deux temps (voir
Cette croissance économique ne s’est évidemment pas ac- graphique ci-dessous) :
compagnée d’une croissance équivalente en matière d’emploi, lu ne poursuite de l’augmentation du nombre de demandeurs

puisqu’une partie non négligeable de l’augmentation du PIB ré- d’emploi ;


sulte de l’augmentation du salaire moyen, de la productivité, et lp uis, en 2002, un véritable plongeon du nombre de deman-

des marges des opérateurs économiques. Toutefois, le nombre deurs d’emplois ;


de créations d’emplois sur la période 1998-2006 a été considéra- Évolution annuelle du nombre de demandeurs
ble : l’emploi salarié du secteur marchand2 a progressé sur cette (moyenne en fin de mois)
période de 41% (moyenne annuelle de + 4,3%). 12 000
Nombre

salariés immatriculés cafat secteur privé

Source : ISEE – Tableaux de l’économie calédonienne - édition abrégée 2008


10 000 Nouvelle-Calédonie
60 000

55 000 8 000

50 000
6 000
45 000
Province Sud
4 000
40 000
2 000 Province Nord
35 000
Province des îles Loyauté
30 000 0
Source : ISEE

1990 1995 2000 2007


98

99

00

01

02

03

04

05

06

07

08
19

19

20

20

20

20

20

20

20

20

20
Source : ODE (IDCNC), saisies des services provinciaux

*1er semestre
Demande d’emploi : Nombre de demandeurs actifs en fin de mois = moyenne mensuelle
Offre d’emploi : Nombre d’offres d’emplois actives en fin de mois = moyenne mensuelle

1
L’année 2007 n’est pas analysée, à cause de son caractère atypique : la croissance économique a été tirée par des prix du nickel extrêmement élevés, que l’on ne retrouvera pas en 2008 ni probablement en 2009.
2
On ne dispose pas de statistiques ISEE relatives à l’emploi du secteur non marchand avant 2002. On note toutefois que depuis cette date, l’augmentation du nombre de salariés dans ce secteur a été environ d’un tiers moindre que celui
66 constaté dans le secteur marchand sur la même période.
On ne dispose pas non plus de données régulièrement publiées sur l’emploi non salarié : on notera toutefois que, le jour du recensement de 2004, il y avait 80 685 personnes s’étant déclarées actifs occupés, et que la CAFAT
a enregistré ce trimestre là 64 736 salariés. La différence, soit environ 15 950 personnes, sont essentiellement des travailleurs indépendants.
1.2 U
 ne situation florissante appelée L’examen des « secteurs porteurs » effectué par l’atelier n’a
à se prolonger permis de balayer que des secteurs « traditionnels ». Pourtant, la
Les études économiques (notamment la publication faite en Nouvelle-Calédonie présente quelques atouts significatifs vis-à-
2005 par l’IEOM, l’AFD et l’ISEE « L’économie calédonienne en vis du développement d’autres secteurs : cf. atelier 4.
mouvement ») montrent que le dynamisme économique qu’a
connu le pays dans les années récentes devrait se poursuivre 1.3 U
 ne situation de plus en plus tendue
(Nota : prévoir les effets qu’aura en Nouvelle-Calédonie la forte pour les entreprises…
crise économique qui s’est progressivement répandue dans le Les efforts conduits avec succès ces dernières années pour
monde à partir de la mi-2008, est chose impossible : les carac- dynamiser certains secteurs économiques, et surtout les créa-
téristiques propres de l’économie calédonienne incitent plutôt tions d’emploi dans la mine et la métallurgie, à des niveaux de
à l’optimisme, même si l’on ne peut exclure que l’impact avéré rémunération élevés permis par les prix mondiaux du nickel, ont
de la crise sur les exportations de nickel puisse se répercuter en fait engendré une situation de réelle « surchauffe » :
sur d’autres secteurs de l’économie ; les réflexions de l’atelier l l ’IDCNC constate par exemple sur 10 ans une augmentation

reposent sur l’hypothèse d’une poursuite de la forte dynamique d’un facteur environ 2,5 du nombre des nouvelles offres
d’investissement déjà en cours depuis plusieurs années). d’emploi déposées dans le mois ;
Cette situation aura des répercussions en termes d’emplois : lc  ertains secteurs n’arrivent plus à recruter voire garder leurs

lL a mine et la métallurgie restent créateurs d’emplois au moins salariés ;


à horizon 2025. Le caractère cyclique de cette activité induit l l orsque l’on forme des personnes dans ces secteurs, il peut

néanmoins des risques socio-économiques, qui obligent le même arriver que celles-ci partent, avant terme, vers un
pays à maintenir d’autres activités économiques ; il faut consi- domaine plus attractif ;
dérer comme acquis le fait qu’il y aura bien à moyen terme 3 lm  ême les offres de formation apportées par les pouvoirs

usines métallurgiques publics, sauf quasi-certitude d’embauche en fin de formation,


lM algré l’importance du secteur industriel développé depuis ne trouvent pas toujours preneurs ;
30 ans, en partie sous la protection d’un régime douanier lu  ne forte croissance des salaires dans certains métiers très

particulier, il reste encore de la place pour le développement demandés rappelant la période du boom du nickel des
d’activités de transformation, sur des produits nouveaux ou en années 70.
remplacement d’importations ;
lL e secteur de la construction est également durablement 1.4 …
 engendrant un besoin de repenser
générateur d’emplois du fait des grands projets (trois usines, les priorités économiques du pays
hôpital de Koutio, jeux du Pacifique de 2011, etc.), de la crois- Pourtant, certains de ces secteurs font l’objet d’aides des pou-
sance économique générale (cf. la demande de bureaux et voirs publics, si bien que cette situation parait manquer de
de bâtiments commerciaux ou industriels), mais aussi du fait cohérence : doit-on encore mobiliser de l’argent public pour
des retards accumulés dans de nombreux secteurs : logement rendre viable l’activité dans des secteurs où la Nouvelle-Ca-
(dont le logement social), adduction d’eau, assainissement (cf. lédonie est en situation de « désavantage compétitif », si cela
projet de fonds d’aide aux communes), etc. ; renforce la pénurie de main d’œuvre dans des secteurs plus
lL e tourisme est un secteur souvent cité parmi ceux devant stratégiques ? Clarifier cette question est un enjeu fort du futur
contribuer à rééquilibrer l’activité économique et l’emploi, no- schéma d’aménagement et de développement.
tamment vers la brousse3 ; Le sentiment général est que l’on risque de voir l’actuelle
lL es difficultés du secteur de l’agriculture ont de multiples cau- surchauffe durer, les besoins de main d’œuvre dans les divers
ses (faibles rendements, absence de prestations logistiques et secteurs économiques en croissance dépassant, peut-être pour
d’organisation pour l’accès au marché, problème du foncier, longtemps, les ressources humaines disponibles. Il faudra for-
absence de labels, etc.), et sa faible attractivité est reconnue, cément faire des choix, et, pour cela, des éclairages importants
due à la pénibilité et aux faibles rémunérations, mais égale- manquent encore, et notamment un bilan clair des emplois de
ment aux manques de perspectives de ce domaine. Pourtant, demain, tenant compte :
ce secteur bénéficie de nombreuses aides et de dispositifs de ld es projets validés (usines métallurgiques et mines, schéma

formation assez lourds, justifiés par le souci permanent qui dé- tourisme, grands chantiers de Tontouta, Koutio, etc.) et de leurs
coule d’une très faible autosuffisance alimentaire4 ; répercussions sur l’économie du pays (poursuite de la crois-
lL a valorisation de la biodiversité est perçue comme potentiel- sance du BTP et des industries de transformation) ;
lement porteuse : produits cosmétiques, pharmaceutiques, ld es besoins intrinsèques du pays (renforcement de l’agri-

etc. Ce potentiel n’est toutefois pas évalué. Un développement culture pour une meilleure sécurité d’approvisionnement
des métiers de gestion de l’environnement peut être induit alimentaire, renforcement des transports, indispensable amé-
par l’inscription du lagon à l’UNESCO (accueil du public, lutte lioration de la gestion des déchets, de l’eau, du lagon, des sites
contre les espèces invasives, etc.), par le développement de la miniers, etc.).
mine (Centre National de Recherche et Technologie, replan- Dans un contexte de concurrence entre secteurs économiques,
tations) ou par les retards accumulés (assainissement, gestion pour l’accès à des ressources humaines plus rares, la logique
des déchets) ; n’est manifestement plus celle du développement de l’emploi «
lL ’augmentation du prix des énergies fossiles rend plus com- tous azimuts ». Une gestion plus fine est nécessaire, et d’autres
pétitive la production d’électricité à partir des énergies critères mériteraient d’être plus explicitement affirmés, dont :
renouvelables, et ce secteur peut lui aussi contribuer demain à l celui de l’adéquation des emplois au vivier de compétence ;

de nouveaux emplois. lc elui de la distribution de l’activité économique sur le terri-

l Etc. toire (y compris en emplois indirects, par exemple agricoles) ;

3
Il existe toutefois de forts doutes quant aux chances de pouvoir mettre effectivement en œuvre l’objectif de 2400 chambres nouvelles, alors que le secteur du bâtiment peine à
répondre à tous les besoins, et que l’on recrute difficilement dans les métiers de l’hôtellerie. De plus, il reste des questionnements de nature plus commerciale : caractère réel mais
limité du potentiel de développement de la clientèle locale ; faible valeur ajoutée du secteur de la croisière ; impact de la hausse du pétrole sur la clientèle européenne voire
4
asiatique ; qualité d’accueil perfectible ; coexistence délicate du tourisme et de la mine ; faiblesse des activités de loisirs ; etc.
Le fait que ce secteur soit en continuel déclin, et le niveau atteint en matière de dépendance alimentaire, sont deux facteurs inquiétants dans un contexte mondial de 67
relative rareté des matières premières agricoles ; redresser la barre nécessiterait une vigoureuse politique touchant à de nombreux aspects : foncier, rémunérations,
protections de marché, labels, cohérence avec le secteur agro-alimentaire, formation, pratiques agricoles, contrôles, etc.
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 2
1
du diagnostic
Solidarité sociale
Adéquation population-emploi
et égalité des chances

l’agglomération du Grand Nouméa concentre la majeure par- de l’augmentation de l’employabilité ; cette situation engendre
tie des emplois, ce qui est l’une des causes d’un exode rural de fortes incertitudes, mal vécues par les entreprises (difficultés
important et problématique. Les outils statistiques font mal- d’anticipation) et par la société (perception très différente d’une
heureusement défaut du fait que les emplois sont enregistrés personne à l’autre des enjeux du recrutement extra- territorial).
au sein du siège social de l’entreprise, qui se situe presque sys- La surchauffe étant probablement appelée à durer, tous les sec-
tématiquement dans le Grand Nouméa ; teurs économiques souffriront de la concurrence avec le secteur
lc elui de la cohérence entre filières (par ex. à l’interface agricul- minier…
ture / industrie de transformation) ;
l celui de l’équilibre général de l’activité, avec notamment un 1.6 Une situation socialement nouvelle
fort besoin de sécuriser le tissu économique vis-à-vis d’un re- Le monde économique et les pouvoirs publics n’avaient jus-
tournement de tendance ; qu’alors pas de message positif à faire passer à l’ensemble de la
lc elui du coût par emploi, en argent public et/ou en aggrava- population, quant au fait que le développement économique
tion du problème de la vie chère. pouvait profiter à tous. La population était habituée à un taux
de chômage élevé, notamment en brousse. Les postes salariés
1.5 L e paradoxe d’un taux de chômage étaient essentiellement dévolus à des compétences spécifiques
encore insuffisamment bas auxquelles la plus grande partie de la population n’avait pas ac-
Alors que les entreprises peinent à recruter, les chiffres des cès, et il était donc « normal » de ne pas pouvoir accéder à un
demandeurs d’emploi, bien que s’étant nettement améliorés de- poste salarié. L’idée qu’en faisant des efforts, on peut gagner sa
puis 2002, se montent encore à 6791 personnes au mois d’août place dans la société marchande, est une idée que l’on a peu
2008. C’est environ 7% de la population active5. A ce titre, on voit cherché à promouvoir.
bien que l’on ne peut pas décrire la situation actuelle du pays Le développement économique a permis la création d’em-
comme étant le plein emploi, ce terme décrivant en fait une plois nécessitant des compétences intermédiaires et donc plus
situation où personne ne rencontre de difficulté pour trouver accessibles, et paradoxalement le vivier des personnes peu qua-
un nouvel emploi. lifiées en recherche d’emploi a très fortement diminué. En fait,
De plus, le taux d’emploi (part des actifs occupés dans l’en- les mentalités sont encore restées sur le message ancien rap-
semble de la population, inactifs compris, de la tranche d’âge pelé ci-dessus, même si la situation progresse vite, notamment
15-64 ans) est assez faible : il était en 2004 de 53%, à comparer grâce à la communication sur l’usine du Nord. Mais le sentiment
aux 62% constatés en France, 64% en moyenne sur les pays de que le système profite à certains et pas à d’autres reste encore
l’OCDE, et 76% en Nouvelle-Zélande. Autrement dit, il existe une vivace, et engendre le maintien de comportements revendica-
proportion significative de la population qui n’est pas aujourd’hui tifs. Une partie de la population garde une vision négative du
en recherche d’emploi, mais qui pourrait en partie le devenir. développement du pays, notamment les jeunes de brousse, qui
Cette situation s’explique par : s’en sentent exclus.
lu ne mauvaise adéquation entre le niveau de qualification dont C’est un cercle vicieux, car la motivation est un facteur es-
disposent les jeunes entrés ces dernières années sur le marché sentiel de recrutement, pouvant même pallier un manque
du travail, et celui attendu par besoins des entreprises ; cette de formation ou de compétences. Changer la vision des gens
situation est en effet facile à constater tant à travers l’examen nécessitera du temps, car il s’agit d’un changement social pro-
des offres d’emploi non satisfaites, qu’à travers la typologie des fond ; il faudra démontrer en pratique que chacun a sa chance,
demandeurs d’emploi ; et veiller à le faire savoir. La valeur de modèle de ceux qui réus-
typologie des demandeurs d’emploi (mai 2008) sissent en étant partis de rien est importante : ils peuvent être
4% 2% des leaders positifs, véhiculant l’image que « tout le monde a sa
chance ». Le dispositif « Cadres avenir » en apporte notamment
la démonstration.
37% 48%
L’exemple des îles Loyauté est à ce titre intéressant : le manque
de débouchés sur place a fait qu’une partie de la population s’y
est, plus tôt que sur la Grande-Terre, intéressée à l’insertion dans
le monde économique ; l’intérêt pour les dispositifs de formation
9% y est plus prononcé. Le regard sur ceux qui ont vécu, ou vivent,
Aucun diplôme CAP, BEP Diplômé de ou reviennent après une expérience intéressante, influence le
l'enseignement
BEPC Bac regard de toute la population sur les questions de développe-
supérieur
ment économique.
lde réelles difficultés pour certains jeunes à accéder à leur pre-
mier emploi, pour des raisons logistiques et/ou culturelles (ces 1.7 U
 n besoin d’améliorer la compréhension
aspects sont développés respectivement au chapitre 3 et dans de ces phénomènes sociaux
le rapport de l’atelier 5). On manque de compréhension sur ces facteurs importants
Une partie seulement des besoins des entreprises est satisfaite d’évolution du regard de la société sur le monde du travail, et
par la progression de l’employabilité (jeunes, femmes, etc.). La c’est d’ailleurs pourquoi, lors des journées Agora d’avril 2006
partie non satisfaite par cette progression se traduit donc de sur « la recherche en sciences humaines et sociales en Nouvel-
facto par une importation de main d’œuvre, ou des postes va- le-Calédonie », il avait été proposé comme axe de recherche
cants… « la représentation sociale du travail et plus généralement le
On constate une absence d’évaluation fiable tant des be- thème de l’insertion sociale, personnelle, professionnelle par
soins de main d’œuvre induits par l’activité économique, que le travail »6.

5
Taux qui ne peut malheureusement être comparé à celui publié dans les pays de l’OCDE, qui se réfère toujours au nombre de demandeurs d’emploi au sens du BIT (bureau international du travail, organisme rattaché à l’ONU). Cette notion
est plus restrictive que celle utilisée en Nouvelle-Calédonie. A titre d’information, on notera toutefois que certains pays tels que Corée, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, etc., avaient un taux de chômage au sens du BIT compris en 2006 entre
68 3,5 et 4% (source : OCDE).
6
Ainsi que, notamment : - Les différentes modalités d’insertion dans le marché du travail : les différences (sociales, géographiques, économiques) devant l’accès à l’emploi, la rémunération etc. - La place des différentes commu-
nautés sur le marché du travail (causes d’échecs et de réussites). - La gestion de l’accès au marché du travail : discrimination politique, la protection d’emploi local, l’analyse pointue du programme « cadres-avenir ». 2
2. Des entreprises et des salariés
qui doivent identifier leurs besoins
2.1 U
 ne gestion des emplois et des destiné et créant de fait un déficit dans certains secteurs. Pour les
compétences de plus en plus stratégique entreprises recrutant par défaut, le temps à consacrer à la forma-
Cette gestion des emplois et des compétences doit être prévi- tion interne est important et donc générateur de coûts.
sionnelle (GPEC), et donc s’appuyer sur une définition précise et Du fait de ce triple mouvement, une grande partie des actifs
anticipée des besoins. Cette exigence se heurte néanmoins à un n’occupent pas un emploi correspondant à leur formation :
certain nombre de difficultés. l sous-qualification ;

l sur-qualification ;

2.2 D
 e fortes lacunes dans la définition l qualification sur un autre métier.

des besoins en compétences La chambre de Métiers et de l’Artisanat mène actuellement un


Les outils de définition des compétences (fiches de poste et travail pour améliorer la structuration des professions.
référentiels) sont fondamentaux et, globalement, ils existent.
Cependant, ils ne sont pas toujours adaptés ni utilisés compte 2.4 U
 n turn-over des salariés rendant
tenu : plus difficile l’accompagnement
ld  e la nature du tissu économique de la Nouvelle-Calédonie : de la promotion interne
extensivité géographique et prévalence des TPE-TPI ; Le développement des compétences doit s’appuyer sur la for-
ld  es difficultés de gestion des ressources humaines (temps, mation continue, l’apprentissage et l’alternance pour contribuer
compétences…), face à l’urgence du carnet de commande. ainsi à l’émergence d’un ascenseur social visible au sein des en-
Ce constat est vrai quelque soit l’employeur : ces lacunes sont treprises.
aussi présentes dans les collectivités publiques. Les entreprises qui anticipent leurs besoins et qui font l’effort
En corollaire, et tout particulièrement pour les TPE-TPI, de formation nécessaire pour, dans le temps, préparer leurs sa-
on déplore : lariés à des emplois plus qualifiés, prennent en fait des risques
lu  ne absence quasi générale de gestion prévisionnelle des em- car lesdits salariés peuvent partir du jour au lendemain vers un
plois et compétences (GPEC) et de plans de carrière ; secteur mieux rémunéré. Anticiper en période de surchauffe est
ld  es plans d’embauches souvent réalisés dans l’urgence ; pour les entreprises chose difficile et risquée.
l l a faible implication dans les démarches collectives de construc-

tion de référentiels, éléments de structuration de la profession 2.5 U


 ne faible mutualisation de la réflexion
jugés peu prioritaires (ce point est développé plus loin). au niveau des structures syndicales
On constate un manque de coordination au niveau des syndi-
2.3 U
 ne adaptation par défaut du recrutement cats d’employeurs pour définir leurs besoins, faute de disposer
aux viviers disponibles d’un référentiel de compétences (référentiel métier) qui permet-
En corollaire de l’absence fréquente de GPEC, les besoins réels trait de définir un emploi en fonction de compétences mises en
des entreprises sont mal cernés et les critères de recrutement œuvre. Ces compétences pourraient alors être reprises dans le
sont donc souvent en décalage face aux réalités du vivier référentiel de formation.
d’emplois que ce soit pour les publics à faible qualification ou Les structures syndicales (patronales et salariales) sont trop
diplômés. petites pour se démultiplier de manière efficace dans les diffé-
Avec pragmatisme, compte-tenu du marché de l’emploi lo- rentes structures ou comités de concertation existants.
cal, mais aussi fait de besoins mal identifiés, les entreprises font Les partenaires sociaux n’ont pas non plus la compétence en
aujourd’hui avec un niveau d’employabilité relativement faible : interne pour couvrir l’ensemble des champs de ces différents
elles se « contentent », pour les recrutements sur postes à tech- comités, conseils d’administration et autres commissions consul-
nicité faible ou moyenne, de personnes motivées, ponctuelles, tatives pour véritablement jouer le rôle que l’on attend d’eux.
ayant un certain savoir-être, respectant les consignes, et les in- Les secteurs du BTP et de l’industrie ont cependant mis en
formant en cas d’absence, et mettent ensuite ces personnes en place récemment des structures bien organisées pour répondre
situation de travail, en veillant à développer les compétences au mieux à leurs besoins : syndicat du BTP et FINC. Ce type de
techniques nécessaires par un accompagnement personnel as- structure est adaptable à d’autres secteurs.
sez fort. Ce constat n’est pas vrai partout, et certaines entreprises
sont encore très attachées aux diplômes. 2.6 D
 es difficultés particulières pour la
A l’inverse, le marché du travail utilise les jeunes diplômés formation au sein des petites entreprises
pour leurs compétences acquises et leur capacité d’adaptation, La formation continue des salariés est réglementairement gérée
sans généralement identifier de manière précise les compéten- par l’obligation de participation des employeurs (0.7%) à la for-
ces attendues pour le poste à pourvoir. De même, sur certains mation de leurs salariés. Les entreprises de moins de 10 salariés
métiers très demandés, le recrutement peut intervenir avant le n’y sont pas assujetties.
terme du cursus scolaire (BTS, apprentissage). Autrement dit, les Aujourd’hui les entreprises assujetties contribuent en moyen-
entreprises minorent leurs propres besoins. ne à hauteur de 2,3% de leur masse salariale. La catégorie des
Enfin, l’absence de formation dispensée localement dans employeurs de plus de 100 salariés emploie 43% de l’effectif
certains domaines engendre un recrutement par défaut des global annuel pour l’année 2006.
entreprises mobilisant ainsi un vivier qui, a priori, ne leur est pas Les petites entreprises, de 10 à 20 salariés, qui représentent

2 - Le suivi de la sortie du système éducatif : déterminer les facteurs de réussite et d’échec, les trajectoires individuelles des jeunes, leurs démarches, les différentes transitions sur le
marché du travail (période d’emploi et de non emploi, les quotités d’emploi : temps plein/partiel...). - Compétences des métiers, stratégie de la Nouvelle-Calédonie vis-à-vis de la
production de la génération compétente que ce soit par la formation initiale à l’université, dans les BTS, l’apprentissage, ou par le système en alternance, la formation continue,
les compatibilités entre l’offre et la demande. 69
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 2
1
du diagnostic
Solidarité sociale
Adéquation population-emploi
et égalité des chances

16% des emplois assujettis à l’obligation de participation des Nombre de personnes reçues
en réunion collective d’information
employeurs à la formation (voir tableau), ont une participation
obligatoire d’un montant trop faible pour faire face à la mise en mai juin juillet août sept Total
place d’une formation efficace au sein de leur organisation, que
Nbre de pers. 21 13 23 16 5 78
ce soit pour répondre à des besoins techniques, ou dans un ob-
jectif de reconnaissance du salarié. Elles se libèrent souvent de Pour répondre à la demande d’information sur la VAE en gé-
leur obligation par un versement au Trésor. Les outils en place ne néral, des réunions d’informations collectives sur la VAE ont
sont donc pas satisfaisants, et on peut regretter l’absence d’une été mises en œuvre depuis le mois de mai.
organisation paritaire interprofessionnelle pour mutualiser les
financements destinés à la mise en place de formation pour ces Nombre d’entretiens en accompagnement VAE (ministère de
l’emploi, universités et enseignement supérieur divers)
petites entreprises.
répartition des effectifs jan. fév. mars avril mai juin juillet août sept. Total
en fonction de la taille des entreprises

Source : IDCNC, octobre 2008


Nb entretiens 0 2 5 5 7 8 9 2 0 38
Effectif Nombre % par rapport
Taille d'entreprise
salarié Employeurs Effectif Total Il s’agit des personnes ayant entamées une démarche VAE.
10 à 20 salariés 5 257 368 15,99% Une même personne peut être reçue plusieurs fois.
25 candidats sont actuellement suivis et sont tous salariés.
21 à 30 salariés 3 791 151 11,53%
31 à 50 salariés 5 528 142 16,81%
51 à 100 salariés 3 974 60 12,09%
2.8 L ’adaptation des entreprises
au contexte océanien
plus de 100 salariés 14 332 56 43,59% L’entreprise doit tenir compte de la réalité sociétale dans laquelle
Total 32 882 777 100,00% elle évolue. Plus particulièrement, la relation des populations
océaniennes au travail salarié doit être analysée dans deux as-
Source : Rapport 2006 sur l’activité de formation des employeurs assujettis à l’obligation de participation au financement de la
Formation Professionnelle et Continue (les entreprises de moins de 10 salariés sont exonérées) pects : les rythmes de travail et le management. Ces points sont
Une réflexion à ce sujet devrait être conduite par les pouvoirs développés ici en complément des analyses produites au sein
publics avec les partenaires sociaux. Cette réflexion inclurait de l’atelier 5.
également le problème posé par les accords de branche, qui Le constat d’un intérêt des populations océaniennes au travail
sont obsolètes en termes d’approche par compétence et qui salarié, conditionné par des réalités extérieures aux entreprises,
devraient donc être ré-analysés en ce qui concerne les questions est souvent fait. Cette réalité est fréquemment perçue comme
de formation et de référentiels métiers. négative dans la mesure où elle s’opposerait aux exigences de
Par ailleurs, l’opportunité créée par l’implantation d’entrepri- productivité et de rentabilité.
ses étrangères disposant en interne d’un vivier d’expertise et de Cependant, des cycles de travail dépendant d’événe-
compétences devrait être saisie et des partenariats en terme de ments saisonniers et/ou d’une approche purement utilitaire
formation recherchés. (répondre ponctuellement à un besoin financier) n’est pas sys-
tématiquement un handicap. En témoigne l’attrait pour le travail
2.7 U
 n besoin d’outils favorisant l’ascenseur temporaire qui permet le choix des périodes travaillées et la pré-
social servation du mode de vie familial / tribal.
Compte tenu des recrutements par défaut et donc de l’inadaptation Cette approche comporte des atouts pour les entreprises com-
entre les compétences détenues par le salarié et celle attendues me pour les travailleurs9 :
par l’entreprise, le principe de l’ascenseur social ne fonctionne que lp our le salarié, le travail temporaire offre une relative liberté

sur les premiers niveaux. Aujourd’hui, le diplôme reste encore sou- de choix des périodes non travaillées. Il permet d’acquérir une
vent la seule référence pour l’employeur en l’absence de référentiel expérience professionnelle et d’essayer plusieurs environne-
métier et compétence par branche, contribuant à la stagnation ments de travail différents, avant de choisir l’entreprise où l’on
de salariés ayant acquis une réelle expérience professionnelle se sent le mieux. Enfin, le niveau de revenu est supérieur à un
qu’ils ne peuvent valoriser. De fait, les dispositifs réglementaires de CDD ou à un CDC (prime de précarité 15%, congés payés 10%)
promotion sociale sont aujourd’hui très réduits voire inexistants. et de plus, les entreprises d’intérim s’attachent à replacer leurs
L’intégration au corpus réglementaire en Nouvelle-Calédonie des intérimaires à l’issue des missions ;
mécanismes telle que la VAE7 ou une meilleure utilisation du CIF8 lp our les entreprises, cela autorise la flexibilité de la charge sala-

faciliteraient la mobilité interne des salariés. riale en fonction de l’activité, mais également la vérification sur
une période courte des aptitudes du salarié avant de s’engager
Données concernant la VAE éventuellement sur un contrat de travail classique.
Nombre de personnes reçues Cependant, cette analyse n’est valable que pour certains secteurs qui
par le Point Relais Conseil IDCNC correspondent mieux aux réalités culturelles en termes de temps de
Statut jan. fév. mars avril mai juin juillet août sept. Total travail (ex: chargeurs minéraliers sur la côte Est, dockers, femmes de
Demandeurs d’Emploi 1 1 2 2 0 4 10
ménage). Le travail temporaire génère par ailleurs un fort turn-over
et un réel surcoût. Il peut également empêcher l’évolution profes-
Source : IDCNC, octobre 2008

Salariés 10 6 13 7 2 16 13 18 14 sionnelle des salariés les plus jeunes qui se contentent de l’apport
Non renseigné 1 0 3 4 financier ponctuel de missions ou d’emplois peu qualifiés.
Total 10 6 14 7 3 18 16 18 21 113 En tout état de cause, le CDD reste le contrat de travail le plus
fréquemment proposé par les entreprises et si il peut répondre

7
Reconnue par le Code du travail, la validation des acquis de l’expérience (VAE) permet de faire reconnaître son expérience notamment professionnelle ou liée à l’exercice de responsabilités syndicales, afin d’obtenir un diplôme, un titre ou un
certificat de qualification professionnelle. Diplômes, titres et certificats sont ainsi accessibles grâce à l’expérience (et non uniquement par le biais de la formation initiale ou continue), selon d’autres modalités que l’examen.
70 8
Congé Individuel de Formation
9
De façon plus générale, un participant à l’atelier a posé la question de la bonne articulation entre les rythmes de la vie quotidienne et ceux du monde de l’entreprise : « La question de la concordance des temps est cruciale au sein
d’une société qui veut garantir à chacun l’accès aux activités nécessaires à son équilibre personnel et social (…) mais également à (…) la rentabilisation des infrastructures (…). Il est devenu nécessaire de lui associer des efforts 2
à la fois aux aspirations des salariés comme aux besoins des en- Néanmoins, une réflexion devrait être menée sur l’encadre-
treprises, il n’est pas une finalité mais un démarrage. Le contrat ment juridique du temps de travail et de la flexibilité tenant
à durée déterminée est vu comme un moment de vie. L’envi- compte des mœurs des populations océaniennes insérées dans
ronnement juridique et financier, le système bancaire, poussent le milieu urbain qui ont des cycles de travail dans l’année (agri-
à la recherche d’une stabilité que seul le CDI peut offrir pour culture et besoins coutumiers).
répondre aux besoins de la famille entre autres (les besoins et Le rapport à l’entreprise ne se réduit pas à la question du
les attentes par rapport à la société de consommation évoluant temps de travail, il est aussi lié à l’image générale qu’elle véhicule.
avec l’âge et la construction de l’édifice familial). A cet égard, le très faible nombre d’entrepreneurs océaniens ne
offres par type de contrat 2005-2008* permet pas une appropriation du modèle par les populations
Source : IDCNC, Statistiques Emploi Année 2007

concernées. Mais c’est surtout le mode managérial qui doit être


interrogé.
En effet, les entreprises souffrent d’un déficit d’encadrement
intermédiaire qui ne favorise pas l’insertion des nouveaux
salariés. De plus, l’impact du mode de management sur la
motivation et l’intérêt au travail plus marqué qu’ailleurs. Les
employés ont besoin d’accompagnement plutôt que d’être
« bousculés » par le patron (« management affectif »). Le rôle
69,1% des postes offerts concernent des CDD. Après avoir progressé de l’exemplarité du comportement du manager ne doit pas
entre 2006 et 2007, les résultats du premier semestre 2008 laissent ap- être non plus sous-estimé et les carences du dialogue social
paraître une répartition comparable à celle du premier semestre 2007. au sein de l’entreprise ne favorisent pas l’émergence d’une
Toutefois, il faut souligner la forte progression des CDI entre 2006 et 2007 connaissance mutuelle des besoins et des contraintes de cha-
(+74,9%), alors que dans le même temps les CDD ont diminué de 12,8%. cun, entrepreneur et salarié.

3. D
 es viviers de ressources humaines
à mieux mobiliser
3.1 L a priorité à l’emploi local conflits, rôle préventif et curatif ) ;
comme règle première lcréer une « fondation du travail » chargée de la cohérence
Pour mémoire : état des travaux du groupe de travail sur l’em- inter-professionnelle.
ploi local (Sessions du dialogue social, août 2007). On notera que sur l’ensemble de l’intérieur du territoire, les
Constat : règles sur l’emploi local sont, à tort, comprises comme des
Une conflictualité sociale importante liée aux problémati- règles d’emploi local localisé.
ques de l’emploi local et du rééquilibrage.
Causes : 3.2 Un taux d’emploi globalement faible
Une compréhension divergente de l’accord de Nouméa Quelques chiffres peuvent aider à identifier le chemin restant à par-
et de la loi organique ; courir : le taux d’emploi10 dans la tranche d’âge 15-64 ans était en
Un projet de loi de pays n’ayant pas encore abouti ; 2004 de 53%, à comparer aux 62% constatés en France, 64% en
Un nombre élevé de demandeurs d’emploi peu qualifiés moyenne sur les pays de l’OCDE, et 76% en Nouvelle-Zélande.
au regard des besoins en main-d’œuvre ; Ce taux d’emploi est particulièrement faible dans certaines
Les enseignements tirés des expériences précédentes ; catégories, que nous analysons au paragraphe suivant. Pour mo-
La loi seule ne peut pas permettre de régler le problème biliser ces différentes catégories, il faut des démarches adaptées,
dans sa globalité ; tenant compte des freins et des motivations, qui peuvent varier
Les problématiques sont différentes par corps d’une catégorie à l’autre. Le travail en réseau des collectivités
de métier et secteurs d’activité ; et des entreprises est, à cet effet, efficace : plusieurs exemples
L’entreprise reste le lieu du conflit. abondent, montrant la multiplication de ce type d’action : Païta,
Les préconisations portent sur la future loi cadre Poya, Mont-Dore, Yaté entre autres.
Cette loi prévue à l’article 24 de la loi organique devrait : L’économie vivrière et la retraite précoce favorisent ce faible
lp oser les règles d’une définition des bénéficiaires de l’em- taux d’emploi.
ploi local (citoyens et personnes justifiant d’une durée de
résidence suffisante par secteurs et par métiers) ; 3.3 U
 ne potentiel de progrès plus important
lo bliger à réserver à la population locale certains emplois sur certaines catégories de population
non ou peu qualifiés et à lui ouvrir en première priorité les Les catégories de population dans les paragraphes ci-dessous
autres emplois ; ne sont pas traitées par ordre de priorité.
lc réer des instances paritaires par branche chargées de la

régulation (développement d’une expertise sur les métiers Les femmes


et les compétences, définition des durées de résidence en Une mutation sensible de la société calédonienne concerne le travail
Nouvelle-Calédonie, recommandations relatives au déve- des femmes, qui est en progression régulière depuis plusieurs années :
loppement d’une main d’œuvre locale qualifiée) ; lp
 rogression de 37% du nombre de femmes actives occupées

lc réer une instance paritaire de l’emploi local (arbitrage des entre 1996 et 2004, contre 18% pour les hommes ;

2 de concordance des lieux pour permettre de vivre ensemble en famille, dans l’entreprise, dans la cité. » (cf. rapport du Conseil économique et social national - avril 2002 : « Le temps
des villes : pour une concordance des temps dans la cité »). Cette question n’a été traitée dans aucun atelier, mais semble pourtant correspondre à un enjeu local, au moins pour les
zones urbaines. On notera qu’ailleurs des réflexions, à des échelles souvent urbaines, ont permis de déboucher sur des solutions : horaires d’ouverture de certains services ou
de marchés, horaires des entreprises pour diminuer les bouchons, etc. 71
10
C’est le ratio entre le nombre d’actifs occupés, et la population totale de la tranche d’âge 15-64 ans (NB : l’ISEE prend pour référence plutôt la population totale de 14 ans et plus).
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 2
1
du diagnostic
Solidarité sociale
Adéquation population-emploi
et égalité des chances
Source : IDCNC, Statistiques Emploi Année 2007

len 2004, 42% des emplois étaient tenus par des femmes, contre plus élevé que celui des hommes), mais aussi parce qu’elles véhi-
38% seulement en 1996. culent dans leur environnement familial une image positive du
Mais il semble que l’amélioration du taux d’emploi des travail salarié, voire l’esprit d’entreprise.
femmes s’est en même temps accompagnée d’une forte En comparant le taux d’emploi des femmes de 45% (contre
augmentation des attentes des femmes vis-à-vis de l’emploi. 60% pour les hommes) et le pourcentage de femmes parmi les
Ainsi, en 10 ans, la proportion des femmes parmi les deman- demandeurs d’emploi (60%), on peut déduire que les femmes
deurs d’emploi est passée de 50% à 60% environ (graphique calédoniennes constitue un vivier important de main d’œuvre
ci-dessus). et le seront encore plus dans les prochaines années.
Cette progression est due à l’ouverture des femmes à de Ce mouvement a bien évidemment ses limites, et il est
nouveaux métiers, dont ceux de la mine, et à des facteurs so- d’ailleurs rare parmi les pays occidentaux, sauf pays scandinaves,
cioculturels tels que l’urbanisation, l’émancipation, la valeur que l’écart entre les taux d’emploi des hommes et des femmes
d’exemple des autres femmes déjà salariées, etc. ne soit « que » de 15%. Sans doute est-il temps que la société
Les femmes constituent une « cible » intéressante pour le fu- calédonienne s’interroge sur les besoins des femmes en matière
tur développement de l’emploi, du fait de la satisfaction de leurs de conciliation des contraintes du travail avec la vie familiale :
employeurs (motivation, sérieux, niveau de qualification moyen crèches, emplois familiaux, etc.

Les seniors Les jeunes mélanésiens en sortie de formation


L’emploi des séniors favorise l’apport du savoir-faire auprès des Certains jeunes en sortie de formation, n’étant pas approchés
jeunes embauchés par le biais du tutorat. Cette catégorie de po- immédiatement par les entreprises (lesquelles ne font pas de
pulation n’est pas une cible prioritaire mais peut constituer un prospection systématique dans le vivier des jeunes arrivant sur
vivier intéressant. le marché du travail) peuvent ne pas avoir d’autre solution que
de revenir en tribu (pas d’aide au logement pendant la période
Les jeunes sans qualification de recherche d’emploi) et de sortir durablement du marché du
De nombreux jeunes en situation d’échec scolaire sortent du travail (l’accès à l’information en tribu est limité : pas Internet,
système sans qualification. Ils constituent une source de main pas de journaux).
d’œuvre qu’il faut réintroduire dans le milieu professionnel. Un Il existe aussi un vivier important chez les jeunes bacheliers
accompagnement souvent long est nécessaire, avec des im- mélanésiens retournés en tribu, car concevant le bac comme
mersions répétées en entreprise, et un suivi rapproché pour un aboutissement ; c’est un créneau qui a été un peu oublié
permettre une capitalisation des expériences (par ex : entre (Données campagne CEGEP).
autre, dispositif d’accompagnement de la commune de Païta C’est là un bon exemple du fait que le pays doit, avec la si-
en partenariat avec le Service Emploi Formation de la province tuation nouvelle de quasi-plein emploi connue aujourd’hui,
Sud, intégrant les demandeurs d’emplois, les contrats emplois profondément changer ses pratiques, et passer d’une logique
formation, la mairie, les entreprises et une agence d’intérim). L’in- de traitement social du chômage à une logique de valorisation
térêt du Groupement du Service Militaire Adapté (GSMA) et de de ses richesses humaines.
l’apprentissage est également bien démontré. Il est à noter que le faible taux d’emploi chez les mélanésiens

72
s’explique également par des causes plus profondes d’ordre sont inaccessibles aux jeunes en contrat temporaire (problème
culturel : deux natures de la valeur travail se juxtaposent, l’une des garanties attendues par les bailleurs), les logements sociaux
de conception « occidentale » (de nature économique et à ca- relèvent de listes d’attente très longues, l’accès à la propriété
ractère essentiellement individuel), et l’autre, tout aussi réelle, de est coûteux, et les emprunts bancaires inaccessibles. Les jeunes
conception coutumière (de nature culturelle et à caractère très ressortissants de brousse ayant de petits contrats à Nouméa se
collectif ). Ce sujet a été plus nettement développé par l’atelier retrouvent donc logés dans la famille et ont l’impression de ne
5, auquel ont été transmises toutes les contributions apportées pas avancer dans leur vie. On notera que des difficultés similaires
à ce sujet au sein du présent atelier. de transports et d’hébergement se posent aussi pour les person-
nes voulant travailler sur une commune de brousse éloignée de
JSD11 et PPIC12 leur domicile.
De nombreux emplois aidés, précaires (PPIC, JSD, etc.), ont été Certaines contraintes trop fortes empêchent donc les jeunes de
développés ces dernières années par les collectivités, permet- devenir salariés et freinent la mobilité géographique. Un des enjeux
tant certes à certaines personnes d’occuper un emploi et donc d’avenir est donc de mieux diffuser l’emploi hors de Nouméa.
de développer leur employabilité, mais sans leur offrir un cur-
sus d’évolution ou de sécurisation de leur poste. Ces travailleurs 3.5 Comprendre les motivations et y répondre
ayant fait leurs preuves, ils constituent un vivier de main d’œuvre La motivation intrinsèque des personnes pour travailler est un
méritant une attention toute particulière : meilleure connaissan- facteur clef.
ce de leurs attentes, de leur potentiel, des formations à leur offrir, Il s’agit de mieux comprendre les causes qui empêchent les
et accompagnement vers l’emploi en entreprise. Les titulariser publics de se reconnaître dans l’emploi salarié et y apporter des
dans la fonction publique n’est pas forcément le meilleur service réponses. Les publics cibles doivent se sentir soutenus, et avoir
à rendre à eux-mêmes et/ou au pays. Cette population mérite- des perspectives d’avenir clairement affichées par la société, ce
rait d’être mieux identifiée ; mieux que ce qui a été possible dans sont deux points essentiels pour faire progresser l’employabilité.
le temps imparti au présent atelier. A cet égard, un travail de communication sur les parcours pro-
fessionnels (sentiment de « se réaliser ») et sur la participation à
3.4 Des freins logistiques à l’emploi la construction du pays pourrait être engagé. On a globalement
La faiblesse des offres de formation et des offres d’emploi dans les peu travaillé jusqu’ici sur le développement de la motivation.
zones rurales entraîne une mobilité forcée, non choisie des gens Pourtant, on constate que progresse l’idée que l’on travaille non
des communes de l’intérieur et des îles Loyauté. Le coût trop seulement pour soi, mais aussi pour construire le pays, pour le
élevé d’achat et d’entretien d’un véhicule personnel, la difficulté destin commun. Cela suppose aussi que les entreprises adap-
d’obtenir son permis, et les faiblesses des transports en commun tent leur comportement vers plus de citoyenneté.
(coût, horaires et réseaux) sont alors de vrais problèmes pour Des outils de motivation extrinsèque variés existent, mais sont
les populations éloignées des bassins d’emploi, renforcés par les encore insuffisamment utilisés par les entreprises : formations
problèmes de logement : les locations du privé, rares et chères, internes, événements sportifs ou culturels, horaires aménagés.

4. L’indispensable accompagnement institutionnel


4.1 Des finalités distinctes et complémentaires développer chez les jeunes un large spectre de compétences ?
La formation initiale, qu’elle soit générale ou professionnelle et ou voir encore plus la formation initiale comme une étape pré-
la formation professionnelle continue n’occupent pas le même paratoire à la vie professionnelle ?
champ, mais sont complémentaires. l f aut-il privilégier la filière générale ou technologique et profes-

La première doit permettre d’acquérir les compétences géné- sionnelle sur des cursus courts ?
rales (lecture, calcul…) ou professionnelles mais également une
« formation citoyenne », garante de l’adaptabilité des personnes 4.2 U
 n dispositif de formation
formées et de leur insertion sociale, si ce n’est professionnelle. initiale de qualité…
Elle travaille sur un spectre de compétences larges et sur un pu- La formation professionnelle initiale offre en Nouvelle-Calédo-
blic de masse, alors que la seconde répond, sur des effectifs plus nie les voies d’accès à 120 diplômes professionnels des secteurs
réduits, à des besoins spécifiques par niche, avec une réactivité secondaire et tertiaire : CAP, BEP, Baccalauréats professionnels,
plus grande. Elle procède aux ajustements rendus nécessaires Brevets de Techniciens Supérieurs. Les formations sont dispen-
par l’évolution des techniques, ou par la conjoncture économi- sées dans des établissements du secteur public ou privé, par la
que du moment. voie scolaire et parfois en apprentissage, c’est-à-dire en forma-
Le futur transfert des compétences de l’enseignement secondai- tion alternée. Il faut envisager le développement de la formation
re représente une opportunité pour mieux mettre en cohérence par alternance dans les établissements scolaires.
les politiques de formation initiale avec les besoins du pays. L’Université offre un nombre de places en augmentation ra-
Aussi y a-t-il lieu de réfléchir au rôle que l’on souhaite donner à pide et procède à la création d’outils (DEUST métallurgie en 2002
la formation initiale : par exemple) en concertation avec les entreprises locales.
l l a formation initiale doit-elle répondre de manière mécanique Aussi le périmètre d’enseignement est-il assez vaste, mais on
aux besoins identifiés en termes d’emploi ? observe à court terme, au fur et à mesure que les besoins se
lc  omment le marché du travail utilise t-il les compétences qui révèlent, une tension forte sur les capacités d’accueil dans cer-
sortent des dispositifs de formation initiale ? taines filières.
l f aut-il continuer d’insister sur l’enseignement général, afin de En effet, les infrastructures scolaires, autant que les équipes, sont

11
JSD (Jeune stagiaire pour le développement).
12
PPIC (Programme provincial d’insertion citoyenne).
73
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 2
1
du diagnostic
Solidarité sociale
Adéquation population-emploi
et égalité des chances

de qualité et s’attachent à répondre aux besoins locaux - exem- 4.4 U


 ne adéquation toujours difficile
ple : lycée de Touho avec les bac pro électrotechniques, lycée à réaliser à court terme
Jules Garnier au niveau des BTS industriels. Cependant des inves- Tout d’abord l’adaptation sectorielle présente des manques
tissements doivent être poursuivis pour maintenir à niveau les dans certaines filières, qui sont inexistantes ou en termes de
locaux et les équipements des établissements professionnels et compétences attendues dans certains métiers. En particulier
en remettre d’autres à niveau. L’augmentation des besoins arrive les diplômes délivrés par l’Education Nationale ont été bâtis
à la limite de la capacité d’accueil des lycées et notamment des en France, en s’appuyant sur les exigences des entreprises mé-
lycées professionnels. tropolitaines, qui sont différentes des attentes des employeurs
Si les moyens financiers sont conséquents, les budgets d’in- locaux. Par exemple, du fait du poids de l’enseignement général,
vestissement sont cependant encore insuffisants. les CAP et BEP paraissent trop longs pour la population des jeu-
Quant à l’acquisition de compétences techniques, lorsqu’elle nes en situation d’échec scolaire, en regard des compétences
se fait par les formations classiques (type CAP, BEP), elle s’accom- techniques à maîtriser.
pagne de contenus d’enseignement général. En effet, l’Éducation Ensuite se pose la question des moyens : par exemple, dans
Nationale a vocation à former aussi des citoyens de demain qui le secteur de maintenance industrielle de niveau III, de même
devront être adaptatifs. Cette caractéristique des diplômes de qu’en électrotechnique et maintenance d’engins, la formation
l’Éducation Nationale est prise en compte par de nombreux res- est coûteuse, et il y a manifestement un nombre insuffisant de
ponsables et représentants syndicaux qui souhaitent garder la personnes formées.
qualité lors du transfert des compétences du second degré. Plus globalement, il faut constater que la réponse apportée
Dans le prolongement de cette réflexion figure une préoccu- par le système de formation initiale ne peut pas, par construc-
pation de filière et d’ascenseur social. En effet, même si le poids tion même, s’adapter parfaitement aux besoins (exception faite
des bacheliers professionnels a fortement augmenté en Nou- de certaines professions réglementées, dont le nombre des di-
velle-Calédonie, il faut aussi des bacheliers technologiques et plômes est maîtrisé par des compétences fortes : infirmiers,
généraux pour faire des techniciens supérieurs : BTS, IUT. coiffeurs…).
En effet, alors que les besoins des entreprises varient forte-
4.3 …
 et des résultats en progrès, ment dans le temps en fonction du contexte économique, le
mais encore insuffisants dispositif de formation initiale a besoin d’au moins quatre ans
Le niveau d’instruction général des calédoniens s’élève. La pour ajuster son programme. L’ouverture et la fermeture de
proportion de personnes de 14 ans et plus, diplômées du sections se fait à la suite des demandes des établissements sco-
baccalauréat (général, technique ou professionnel), est passée laires et après l’accord du conseil consultatif de l’éducation (élus,
de 17,1% en 1996 à 24,3% en 2004. Ce ratio situe la Nouvelle- parents, chambres consulaires, représentants des personnels).
Calédonie entre la métropole (29,0% en 2004) et la Polynésie L’anticipation est indispensable, mais elle doit se faire sur des
française (20,0% en 2002) ou Wallis et Futuna (8,3% en 2003). Le données prévisionnelles fiables concernant le moyen terme.
poids des générations peu ou pas scolarisées diminue : de 5,7% Le problème de la réactivité de l’Education Nationale dépend
en 1996 à 3,7% en 2004 pour la population non scolarisée, de aujourd’hui des plateaux techniques dont elle dispose. Une
48,5% en 1996 à 42,4% en 2004 pour la population scolarisée adaptation de ces plateaux aux besoins à plus court terme est
n’ayant pas obtenu le BEPC. A l’inverse, les personnes diplômées nécessaire.
d’études supérieures sont proportionnellement plus nombreu-
ses : 8,5% en 1996 et 12,0% en 2004. 4.5 U
 ne insuffisante prise en compte
Population de 14 ans et plus des populations handicapées
selon le diplôme le plus élevé L’adaptation du dispositif de formation initiale à la prise en
Source : Synthèse des données du recensement du 31/08/2004 - ISEE

Etudes compte des populations handicapées (sourds, malvoyants…)


supérieures Aucune est encore insuffisante (ce qui est d’autant plus inquiétant que
12% scolarisation l’accompagnement est également faible par la suite à l’entrée
4% dans le monde professionnel). Les réponses ne peuvent être
Bac général,
apportées que par une prise en compte des spécificités des
techno ou pro < au BEPC
handicapés à l’occasion d’une réflexion très en amont.
12% 42%

4.6 D
 es pratiques d’orientation
BEPC , CAP, des jeunes à revoir
BEP Il reste un travail important à faire sur l’orientation des jeunes le
30% plus en amont possible, de façon concertée et continue entre
les différents acteurs de la formation. En effet, les jeunes ont une
Toutefois, une partie de la population ne maîtrise pas les fon- lisibilité insuffisante sur les possibilités d’emploi et les secteurs
damentaux (lecture, calcul, citoyenneté), après formation initiale, porteurs, les formations existantes et les formations à venir. Par
à l’entrée dans les dispositifs de formation continue ou d’inser- ailleurs, le choix des filières de formation est insuffisamment
tion. éclairé par le contexte économique (perspectives d’emploi)
L’expérience des jeunes est faible en sortie du système scolaire, et trop souvent dicté par la vision (souvent obsolète) qu’ont
laissant penser à un manque de savoir faire ou de compétence. les familles des branches « d’avenir ». Or si la communication
Le savoir-être professionnel paraît souvent insuffisant à l’entre- et l’information sont déficitaires vis-à-vis des jeunes, des bases
preneur lors de l’embauche. L’accompagnement à l’entrée dans de données et des analyses existent (ex : études sectorielles
l’entreprise devient alors crucial pendant les premiers mois. IDCNC).

74
On observe toutefois une image de l’enseignement pro- 4.8 U
 ne nécessaire articulation entre formation
fessionnel assez valorisée. Les « Éléments pour un diagnostic initiale et professionnelle
du système éducatif en Nouvelle-Calédonie » produits par Il existe aujourd’hui de nombreuses instances de concertation
le vice-rectorat en juin 2008 font ainsi remarquer l’existence (telles que le comité consultatif de la formation professionnelle
d’un décalage entre les taux métropolitain et calédonien ou CCFP) regroupant les institutions en charge de l’enseigne-
pour le passage en seconde générale et technologique, ment et celles en charge de la formation, mais leur efficacité
décalage explicable principalement par la situation de la pro- reste faible.
vince des îles Loyauté et davantage encore de la province De plus, alors que, pour établir sa programmation annuelle
Nord. La pratique d’orientation semble poser question car en matière de formation professionnelle, la Nouvelle-Calédonie
« tout se passe donc comme si les progrès enregistrés par les élè- dispose d’un dispositif intéressant d’évaluation des besoins et
ves en fin de collège (voir les résultats du DNB) étaient remis en de concertation des acteurs économiques (partenaires sociaux,
question face à la perspective de devoir affronter le lycée général comités paritaires sectoriels), les acteurs de la formation initiale
et technologique. » en sont absents. Plus généralement, ces acteurs de la formation
fin de 3E : taux d’orientation vers la 2nde générale
initiale manquent de remontées d’information concernant les
et technologique (chiffres 2006) réalités du terrain.
A contrario, la Nouvelle-Calédonie était jusqu’ici absente des
70 60,1 structures de concertation de l’Éducation Nationale (alors même
57,6
60 52,9 qu’elle doit se préparer au transfert de la compétence).
La bonne articulation avec le domaine de la formation
Source : Vice-rectorat, éléments pour un diagnostic

50 42,0 professionnelle, et plus généralement avec les enjeux d’adé-


du système éducatif en Nouvelle-Calédonie

40 34,2 quation population-emploi traités par le présent atelier


(notamment la question de l’orientation des jeunes) est à
30
prendre en compte dans les réflexions en cours préparatoires
20 au transfert de la compétence de l’enseignement secondaire
public, et de l’enseignement privé, de l’Etat à la Nouvelle-Ca-
10
lédonie.
0
Province Province Province Nouvelle- Métropole
Sud Nord des îles Calédonie 4.9 U
 ne formation professionnelle qui s’adapte
Loyauté en permanence au contexte, mais qui doit
4.7 U
 n déficit de jeunes accédant progresser qualitativement
aux formations supérieures Dans un contexte où le marché de travail a besoin d’une main
Certaines filières supérieures (de type sciences humaines) d’œuvre de plus en plus qualifiée, parfois sur des secteurs à faible
connaissent une fréquentation très forte, surtout en première effectif et dans des délais relativement courts, la formation pro-
année, avec un taux d’échec élevé et une employabilité faible fessionnelle est indispensable pour l’économie du pays.
(exception faite du professorat). En effet, les jeunes titulaires de Réactif et adaptable, le dispositif de formation professionnelle
baccalauréats professionnels, en particulier, cherchent à l’Univer- néo-calédonien peut clairement se positionner comme com-
sité une façon de faire des études post bac, avec une probabilité plémentaire aux formations initiales à spectre large et pouvant
infime de les réussir (0,3%). plus facilement répondre aux « réglages fins » attendus par le
Au-delà des formations de niveau Bac +2, la licence profes- marché du travail.
sionnelle est un outil de formation permettant de faire converger Cependant, notre dispositif est encore trop centré sur le
des filières de formation différentes pour répondre à des besoins traitement quantitatif des publics. Même si nous disposons de
d’emplois de niches. La mise en place de tels outils, nécessite quelques plateaux techniques de qualité, ils sont en nombre
de disposer de données sur les besoins des entreprises, mais insuffisant et ne couvrent pas certains secteurs de métiers pour-
également de compétences propres à établir, pour une durée tant bien représentés sur le territoire.
éphémère, un cursus de formation cohérent et pertinent. Ces Certains plateaux techniques doivent évoluer, se rénover et
cursus n’ayant généralement qu’une durée de vie limitée (quel- s’adapter aux nouvelles réalités professionnelles (équipement,
ques promotions seulement). technologie, matériaux..). Les équipes pédagogiques n’ont pas
L’Université de Nouvelle-Calédonie (UNC) établit sa stratégie encore les capacités d’évoluer et de produire en lien avec les
de formation via des plans quadriennaux, à partir des demandes employeurs des référentiels et des organisations pédagogiques
formulées par le gouvernement et les acteurs privés (ex : secteur novatrices et de qualité.
de la mine). Le plan en cours est récent : il couvre la période Il est essentiel que nos organismes de formation se profes-
2008-2011. Cette méthode permet notamment de créer des fi- sionnalisent et se rapprochent des acteurs économiques pour
lières spécifiques, type DEUST, licence pro et Master, pour une mieux répondre à leurs attentes.
durée limitée. Face à la demande croissante sur certains métiers (maintenan-
Par ailleurs, le développement des cursus de formation hors ce, opération de procédé, BTP, industrie…), la Nouvelle-Calédonie
territoire (Canada, Australie, Nouvelle Zélande…) permet d’ap- a mis en place tout un dispositif de formation hors territoire
porter des compétences complémentaires utiles au marché (BTF- Mobilité Québec, AFPA métropole…) pour des formations
de l’emploi calédonien. Le dispositif de continuité territoriale « supérieures au Bac voir de niveau V pour certains métiers de-
Passeport Mobilité» a, pour sa part, permis en 2007 d’envoyer mandés sur le territoire.
1100 personnes faire des études en métropole, et 100 personnes Il est relevé que l’accès à la formation est encore mal compris
présenter des concours. et la communication souvent défaillante.

75
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 2
1
du diagnostic
Solidarité sociale
Adéquation population-emploi
et égalité des chances

4.10 D
 es problèmes logistiques cruciaux pour 4.13 L a nécessité d’une approche très ciblée
les stagiaires et apprentis des besoins d’emploi
Les centres de formations sont aujourd’hui principalement Compte tenu de la taille du territoire, il est nécessaire de réfléchir
implantés en province Sud, générant de ce fait beaucoup de sur une approche par niche d’emplois et sortir d’une approche
difficultés quant à l’hébergement des stagiaires principalement de masse. Cette approche par niche nécessite une certaine
du Nord et des îles, par manque d’infrastructures d’accueil (hé- réactivité. Certaines données sont encore aujourd’hui absentes
bergement-restauration). Ce problème se pose aussi aux salariés et mériteraient des études spécifiques comme par exemple les
en formation continue et aux apprentis. A cette difficulté, se ra- besoins sectoriels en Bac +2. L’effort concernant les études sec-
joutent les problèmes liés au transport interprovincial, du fait de torielles et leur mise à jour doit être maintenu.
sa cherté et de sa faible qualité de service.
Ces problèmes sont cruciaux pour la bonne réussite d’un par- 4.14 L ’enjeu de la recherche et de la gestion
cours de formation. Sans ces problèmes, le système de formation des formateurs
professionnelle pourrait bénéficier à un plus grand nombre de L’adaptabilité des dispositifs de formation dépend étroitement
personnes, et mieux répondre aux besoins socio-économiques de la souplesse de leurs structures, et notamment de leurs
du pays. formateurs :
Parmi ces problèmes, on relève : l contrat de travail ;

lq u’il n’existe pas de coordination ou de mutualisation de l’en- l polyvalence ;

semble des moyens existants et donc pas de projection et l actualisation des connaissances et compétences.

d’évaluation du besoin ; Le recrutement hors territoire de professionnels de la forma-


lq u’il n’existe pas de tarifs préférentiels dont pourraient bénéfi- tion est encore rare. Les règles à fixer concernant l’emploi local
cier les élèves, stagiaires, apprentis et étudiants, en formation devraient tenir compte de la particularité de certains postes per-
ou en stage en entreprises. Il n’existe d’ailleurs même pas de mettant, de façon encadrée, un compagnonnage au bénéfice
réel « statut » ou encadrement juridique les concernant. de salariés calédoniens.
Enfin, puisque le dispositif de formation local n’a pas la ca- On constate par ailleurs l’absence de véritable compétence
pacité de répondre aujourd’hui aux besoins de formation en ingénierie de formation au sein de nos structures de forma-
continue des salariés, cette dernière est souvent réalisée di- tion, au point que les commandes aux formateurs n’y sont pas
rectement par l’entreprise pour assurer la compétitivité de toujours parfaitement claires.
leur main d’œuvre. Or, pour les nombreuses PME-TPE, le rem-
placement temporaire d’un salarié parti en formation est très 4.15 D
 es actions mal coordonnées à l’interface
souvent problématique. formation / emploi
En matière de formation
4.11 L’intérêt de la formation par alternance Depuis 2004, la Nouvelle-Calédonie a conclu à la nécessité de
L’apprentissage est une forme d’alternance qui aujourd’hui ré- mettre en place le système de commande publique d’actions
pond bien aux attentes et aux contraintes des entreprises et qui de formation professionnelle inter-provinces et intra-province
permet une bonne insertion professionnelle des apprentis. nourri par le résultat des études sectorielles et des contrats d’ob-
Cependant cette forme d’enseignement repose essentiel- jectifs. Ce dispositif, principalement destiné aux demandeurs
lement sur le rôle du maître d’apprentissage et de l’entreprise d’emploi, est financé par la Nouvelle-Calédonie, avec l’aide de
dans le processus formatif. Le principe de l’apprentissage l’Etat et de l’Union Européenne.
consacre une place trop importante à l’entreprise dans le Si ce dispositif répond correctement aux objectifs qui lui ont
processus formatif. Il y a peut-être nécessité de revoir ces prin- été fixés, il est réglementairement structuré, ce qui limite la sou-
cipes dans le cadre d’un dispositif plus général d’alternance plesse nécessaire à bien répondre aux demandes de niches. Il
travail-formation. ne peut donc être dissocié de l’ensemble des autres actions à
La taille des entreprises locales est souvent insuffisante pour mener en direction des salariés, mais aussi en lien avec les col-
accueillir un apprenti et le former de manière efficace (contenu lectivités provinciales, elles aussi compétentes en matière de
de la formation en entreprise). Dans un contexte économique formation professionnelle.
vigoureux, ces dernières consacrent peu de temps à la formation Par ailleurs, les dispositifs d’aide à l’insertion répondent à un
et à l’encadrement de leurs apprentis. besoin fort mais ils sont trop nombreux et trop complexes pour
Aujourd’hui, les centres de formation d’apprentis ne peuvent être efficients. Aujourd’hui ce sont 150 mesures distinctes qui
faire face à la demande d’inscription. 20% des demandes d’ins- coexistent et se superposent. Une fois de plus le partage des
cription sont aujourd’hui insatisfaites par manque de places. compétences entre les provinces et la Nouvelle-Calédonie rend
difficile l’harmonisation de tous ces dispositifs et la mutualisa-
4.12. L es limites de la formation tion des moyens.
professionnelle en termes de coût En matière d’orientation des jeunes
Par ailleurs, lorsque l’on souhaite répondre à un besoin ciblé mais Concernant les jeunes, on constate une grande faiblesse dans
quantitativement limité, le coût des structures et des formateurs leur orientation bien que là aussi les acteurs soient nombreux
peut rendre économiquement déraisonnable la création d’un (CIO-Point A-IOPPS-MIJ…). Pour ces jeunes, le suivi familial est
cursus spécifique. Cela conduit à privilégier le développement bien souvent inexistant.
ou l’adaptation de plateaux techniques là où les besoins sont Dans le passage de la formation à l’emploi
importants et pérennes, quitte à développer les formations hors Beaucoup de jeunes quittent les dispositifs de formation initiale
territoire pour les effectifs faibles et les niveaux supérieurs au ou professionnelle sans qu’on les retrouve forcément sur le mar-
Bac, avec nécessité d’un accompagnement. ché du travail, ce qui renvoie au besoin :

76
d’engager une étude sur le devenir des jeunes au sortir des
l publier les offres, mal respectée par les employeurs. La coor-
dispositifs de formation ; dination entre les différents acteurs du placement (provinces,
ld
 ’assurer un suivi entre le terme des formations et le passage Nouvelle-Calédonie, milieux professionnels) est embryon-
à l’emploi. naire. L’applicatif ODE13 utilisé par les trois provinces n’offre
Ceci suppose un renforcement des synergies entre les différents pas toujours la rigueur nécessaire à une analyse précise du
acteurs : Nouvelle-Calédonie, provinces et entreprises. marché de l’emploi et il n’ya encore à l’heure actuelle aucune
Au niveau de l’emploi passerelle entre les différents systèmes d’information (ODE,
Globalement le placement des demandeurs d’emploi est peu CAFAT, ISEE, Millenium). Il n’existe pas non plus de dispositif
satisfaisant. Les besoins sont mal recensés et l’obligation de structuré de reconversion des salariés.

5. Conclusion
Le panorama de l’adéquation population/emploi en Nouvelle- impérativement être réalisé et ces derniers devront être mis
Calédonie montre à l’évidence qu’un important travail de collecte effectivement en œuvre. De plus, il convient de privilégier une
et d’analyse de données tant chiffrées que résultant d’études et synergie inter-collectivités renforcée et d’impliquer systémati-
d’enquêtes sociologiques doit être engagé. Sur cette base, et en quement les partenaires sociaux, garantissant ainsi l’efficacité
fonction des résultats, le développement d’outils adaptés doit des outils et mesures mis en œuvre.

Annexe I Annexe II
Rappel du mandat de l’atelier Membres inscrits à l’atelier

L’article 211 de la loi organique précise que « le schéma exprime AUBLIN Robert, Vice-rectorat de Nouvelle-Calédonie
les orientations fondamentales en matière (…) de formation initiale BACKES Sonia, Union Territoriale de la Confédération Française de
et continue (…) et de développement économique (…) ». L’un des l’Encadrement - Confédération Générale des Cadres (UT-CFE/CGC)
aspects clef de ces questions réside dans la relation entre, d’une BAILLE Sandrine, Commune de Poindimié
part, la population, avec toute la variété de compétences et d’at- BEAUDOU Gilles, Service d’Etat de l’Agriculture, de la Forêt
tentes que cela suppose, et d’autre part les besoins en emplois et de l’Environnement
appelés par le développement économique. Tel est le sujet dont BERART Emmanuel, Mission d’Insertion des Jeunes
doit traiter cet atelier. de la province Sud (MIJ-PS)
Le contexte est celui d’un double objectif : BERTHELOT Laurent, Lycée Agricole de Nouvelle-Calédonie
l l a création d’emplois est l’un des principaux indicateurs d’une BEUSTES Annie, Membre du gouvernement
économie performante ; de la Nouvelle-Calédonie
le  n outre, ces emplois créés doivent prioritairement bénéficier BLAISE Frédéric, Vice-rectorat de la Nouvelle-Calédonie
aux calédoniens, la taille de la Nouvelle-Calédonie, et la fragilité BLANCHARD Christian, Ecole des Métiers de la Mer
de ses équilibres économiques et sociaux, ayant justifié d’ins- BOLO Thierry, Direction de l’Administration Générale
crire dans les textes la « protection de l’emploi local ». de la province des îles Loyauté
L’atelier devra établir un diagnostic sur l’accès à l’emploi, en analy- BRIAL Gil, Collaborateur de Mme Beustes
sant notamment la question de l’employabilité14, et les outils mis CAMPOS-HUGUENEY Laurent, CFPPA Nord - Lycée Agricole
en œuvre pour la développer ; en particulier, seront regardés: de Nouvelle-Calédonie
l l es réponses apportées, en termes de formation, aux enjeux CHALIOT Raymonde, Parti politique «Le Mouvement
économique du territoire : correspondent-elles aux compé- de la Diversité» (LMD)
tences attendues par les entreprises ? sont-elles adaptées aux CHARLES Pierre-Henri, Direction de la Formation
attentes de la population ? Professionnelle Continue (DFPC)
l l es dispositifs d’insertion : quelles réponses apportent-ils à l’en- CONSTANS Claude, Vice-rectorat de Nouvelle-Calédonie
jeu du développement de l’employabilité ? COQUARD Marie-Noëlle, Association de formation
Le diagnostic examinera aussi les autres aspects pertinents de la professionnelle de l’école catholique
question de l’accès à l’emploi, dont ceux : COQUELET Benoît, Mairie de Païta
ld  e la mobilité géographique de la population active, dans un COTTIN Patrick, Chambre de Commerce et d’Industrie
contexte où les bassins d’emploi peuvent changer au fil des ans de Nouvelle-Calédonie (CCI)
l des besoins en variabilité des temps de travail CREUGNET Jean, Groupement Agricole des Producteurs
Dans l’optique du plein emploi, l’atelier réfléchira également de la côte Est (GAPCE)
à la contribution respective des différents secteurs et filières D’ALMEIDA Joao, Fédération des Syndicats des Fonctionnaires,
économiques à l’emploi, en tenant compte des différences d’at- Agents et Ouvriers de la Fonction Publique (FSFAOFP)
tractivité entre filières. DASSE Pascal, Société d’Equipement de Nouvelle-Calédonie
Enfin, puisqu’il existe de fait des besoins en compétences qui ne (SECAL)
peuvent être totalement satisfaits par l’emploi local, l’atelier analy- DURAND Félix, Direction de l’Enseignement, de la Formation
sera les tendances à ce sujet, et l’intérêt et les difficultés posés par le Professionnelle, de l’Insertion Sociale et de la Jeunesse
recours à de la main d’œuvre extérieure à la Nouvelle-Calédonie. de la province Nord (DEFIJ)

13
L’employabilité peut être définie comme le niveau de capacité d’une personne lui permettant d’occuper un emploi
14
ODE : logiciel « offres et demandes d’emploi »
77
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 2
1
du diagnostic
Solidarité sociale
Adéquation population-emploi
et égalité des chances

FANJEAU Benoît, Mairie de Nouméa POIGEAUD Alain, Association Les Manguiers


FLOTAT Jean-Pierre, Chambre de Commerce POIROT Thomas, Institut de Développement
et d’Industrie (CCI) des Compétences en Nouvelle-Calédonie (IDCNC)
GAMBINI Emmanuelle, Fédération des Entreprises PONIA Ronald, SFAO-SANTE de la Fédération des Syndicats des Fonc-
de Travail Temporaire de Nouvelle-Calédonie tionnaires, Agents et Ouvriers de la Fonction Publique (FSFAOFP)
GIBERT Marie-Laure, Formation/programme ROBERT-NICOUD Delphine, Syndicat des Professionnels
«Cadres Avenir» du haut-commissariat du Bâtiment et des Travaux Publics (SP BTP)
GROCHAIN Sonia, Institut Agronomique néo-Calédonien (IAC) ROESS Ruanito, Fédération des Syndicats des Fonctionnaires,
GUELAUD Jean-Michel, MEDEF Nouvelle-Calédonie Agents et Ouvriers de la Fonction Publique (FSFAOFP)
HEAFALA Emmanuel, Association Calédonienne ROMERO Sylvie, Syndicat des Enseignants de la Fonction
des handicapés (ACH) publique de Nouvelle-Calédonie (SEFPNC)
HERLAUT Anick, Association CCD - Collectif Handicaps ROUX Philippe, Syndicat des Enseignants
en Nouvelle-Calédonie de la Fonction publique de Nouvelle-Calédonie (SEFPNC)
HERVOUET-ESCHEMBRENNER Anne-Marie, SCHALL Bernard, Fédération des Cadres et Collaborateurs
Commune de La Foa de Nouvelle-Calédonie (FCCNC)
HNAGEJE Philippe, Etablissement Territorial SPAGGIARI Jérôme, Programme néo-calédonien
de Formation Professionnelle des Adultes (ETFPA) de « Conservation International »
HNALEP Pauline, Alliance Scolaire de l’Eglise Evangélique THOUZELLIER Philippe, Syndicat des Industries de la Mine
(ASEE) (SIM)
IBOUDGHACEM Matcha, Fédération Calédonienne des Parents VASSILEV Carold, Fédération des Industries
d’élèves et Etudiants (FCPE) de Nouvelle-Calédonie (FINC)
ISMAËL Robert, Etablissement Provincial de l’Emploi, VERNIER Grégory, MEDEF Nouvelle-Calédonie
de la Formation et de l’insertion de la province des îles (EPEFIP) VOISIN Corinne, Maire de la Commune de La Foa
KÜHN Emmanuelle, Centre d’Actions pour l’Emploi - Cap Emploi WAMO Armand, Assemblée de la province des îles Loyauté
de la province Nord
LEMAIRE Florence, Direction de l’Economie, de la Formation Secrétariat :
et de l’Emploi de la province Sud (DEFE) HARRE Olivier, service de l’aménagement et de la planification,
LEQUATRE Marie-Madeleine, Direction de l’Economie, gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
de la Formation et de l’Emploi de la province Sud (DEFE) CHARLES Pierre-Henri, direction de la formation professionnelle
LERRANT Yannick, Université de Nouvelle-Calédonie (UNC) et continue, gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
LEVACHER François, Association Ensemble pour la Planète GIBERT Marie-Laure, directrice du GIP « Cadres-avenir »
(EPLP) KERJOUAN Roger, service de l’aménagement
LUBIN Hélène, Union des Groupements des Parents d’Elèves et de la planification, gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
des établissements scolaires de Nouméa, de l’Intérieur TRABUC Gaël, cabinet KPMG
et des îles (UGPE)
MANAKOFAIVA Angéla, Assemblée de la province Nord,
membre du congrès, Mission Locale d’Insertion des Jeunes Annexe III
de la province Nord (MLIJ-PN)
MANDAOUE Chantal, GIE Tourisme de la province Nord Bibliographie
MARTIN Philippe, Institut de Développement des Compéten-
ces en Nouvelle-Calédonie (IDCNC), Institut de Formation lTableaux de l’économie calédonienne, ISEE
à l’Administration Publique (IFAP) lObservatoire Emploi Qualification Salaires et Formation,
MARY Gérard, Union des Secteurs Généraux du Commerce et Statistiques Emploi (Synthèse), année 2007
de l’Industrie de Nouvelle-Calédonie (COGETRA / U.S.G.C.I.N.C.) et 1er semestre année 2008, IDCNC
MERIGNAC Bruno, Confédération Générale des Petites lS
 essions du dialogue social, août 2007

et Moyennes Entreprises de Nouvelle-Calédonie (CGPME-NC) lR


 apport sur l’activité de formation des employeurs assujettis

MEYER David, Fédération des Syndicats des Fonctionnaires, à l’obligation de participation au financement de la
Agents et Ouvriers de la Fonction Publique (FSFAOFP) Formation Professionnelle et Continue, DFPC, année 2006
NGAIOHNI Pierre, Membre du gouvernement
de la Nouvelle-Calédonie en charge de la formation
professionnelle et du transport aérien domestique
NOUVEAU Christine, Fédération des Entreprises
de Travail Temporaire de Nouvelle-Calédonie
PANCHOU Pascale, MEDEF Nouvelle-Calédonie,
Parti politique «Le Mouvement de la Diversité» (LMD)
PAPON Thierry, Union du Syndicat Ouvriers des Travaux Publics
et des Municipalités de la Nouvelle-Calédonie (USOTPM)
PATANE Frédéric, Association ASEAD - Collectif Handicaps en
Nouvelle-Calédonie
PERALDI Eddie, Confédération Syndicale des Travailleurs
de Nouvelle- Calédonie (CSTNC)

78
Nouvelle-Calédonie 2025
Schéma d’Aménagement et de Développement de la Nouvelle-Calédonie

3
Atelier 3
Vie et performance
des entreprises
Président
Monsieur Thierry Granier,
membre du Conseil économique et Social

Décembre 2008

79
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3

du diagnostic
Vie et performance des entreprises

Résumé
Depuis plus de 10 ans, la Nouvelle-Calédonie connaît une croissance soutenue avec une augmenta-
tion annuelle moyenne du PIB de +3,5 % mais qui pourrait fléchir un peu avec la crise économique
mondiale. Le marché intérieur est dynamique et les grands projets privés et publics viennent le
renforcer. Cette croissance se traduit par un nombre de création d’entreprises et d’emplois consé-
quent. Un véritable tissu d’entreprises s’est ainsi constitué, ce qui fait de la Nouvelle-Calédonie, une
puissance économique régionale.

Cependant, des disparités sont constatées. L’économie est concentrée dans l’agglomération nou-
méenne. Le secteur tertiaire, porté par le secteur non marchand, domine comme dans les pays
développés. Le tissu d’entreprises est partagé entre quelques très grandes « multinationales » et
une multitude de petites entreprises sans qu’il n’existe de véritable palier intermédiaire.

Le secteur du nickel guide l’économie du pays depuis des décennies ; le développement de la


Nouvelle-Calédonie a été structuré autour de cette ressource naturelle qui en fait sa richesse. Avec
plus de 95% des exportations en valeur, le nickel a un effet d’entraînement affirmé mais dont l’im-
pact n’a jamais été évalué. Aujourd’hui, chacun s’accorde à dire que cette dépendance ressentie
mais non mesurée est un facteur de risques qui pourrait être limité par la recherche de voies de
diversification.

Le secteur public représente 34,9% de l’emploi salarié et 306,2 milliards injectés dans l’économie.
Ces dépenses s’appuient sur des recettes en provenance de l’Etat à près de 40%. Le secteur public
est par ailleurs largement impliqué dans le développement, initié ou accompagné en particulier
par les SEM provinciales depuis la signature des Accords de Matignon-Oudinot. Ces outils favori-
sent la construction du pays, tout comme les participations directes de la Nouvelle-Calédonie dans
des secteurs considérés comme stratégiques (énergie, transports, …). Les axes de développement
doivent cependant encore s’affiner pour améliorer l’efficacité et harmoniser les relations avec le
secteur privé.

Le fort développement des entreprises en Nouvelle-Calédonie, lié à un esprit entrepreneurial


omniprésent ne repose pas sur une stratégie bien définie, par manque de concertation entre les
acteurs publics et le secteur privé. Le manque d’orientations et d’objectifs pour accompagner ce
développement au niveau provincial et territorial ne permet pas d’optimiser les effets des divers
outils d’accompagnement mis en place comme la défiscalisation dont les effets bénéfiques pour-
raient être améliorés.

La stratégie filière est peu développée en Nouvelle-Calédonie par manque d’objectifs économi-
ques clairs. La filière crevette est la plus aboutie et les autres filières agricoles et agroalimentaires
doivent encore s’organiser pour être plus compétitives mais elles ne peuvent pas s’appuyer sur
une politique agricole dynamique. Les secteurs industriels et tertiaires qui participent pleinement
à la création d’emplois connaissent la même problématique : pas de filière structurée en dehors
du nickel. Des réflexions sont conduites dans ce sens actuellement. Le tourisme qui pourrait avoir
une ambition filière n’a pas encore réussi à fédérer tous les acteurs calédoniens et souffre de ce fait
d’un manque de concertation entre les nombreux intervenants.

Pour mieux identifier ses avantages concurrentiels aussi bien sur le marché intérieur qu’à l’export,
la Nouvelle-Calédonie manque d’outils de « benchmarking ». De nombreux produits et filières pré-
sentent un potentiel de développement mais on ne sait pas le caractériser dans un environnement
de plus en plus concurrentiel.

Le développement industriel a été construit sur une logique de substitution aux produits d’im-
portation et a permis la création d’un véritable outil industriel bien que les coûts d’acheminement
élevés, les volumes restreints, l’énergie chère génèrent souvent des surcoûts sur les produits de
grande consommation. Pour favoriser le développement local, des outils de protection et d’inci-
tation fiscale ont été mis en place. Aujourd’hui, dans un marché par nature évolutif, les entreprises
(producteurs et distributeurs) et les pouvoirs publics, ont récemment mis en place un système de
mesure qualitatif de la production locale. Ce système se doit d’être complété par des instruments
de mesure de l’impact de la production locale (et donc de sa pertinence) et de son effet d’entraî-
nement sur l’économie calédonienne.

080
80
Le système concurrentiel repose sur un dispositif de protection et de réglementation de la concur-
rence. Le premier dispositif a évolué avec un système de protection mieux adapté mais qui reste
encore plus élevé que dans la plupart des pays. Le second fait l’objet d’une réglementation qui doit
permettre d’éviter les abus. Mais on ne peut empêcher quelques oligopoles et monopoles du fait
de la taille du marché.

Les entreprises sont confrontées à des freins qui limitent leurs performances sur les marchés, aussi
bien intérieur qu’export.
a. La petite taille des entreprises ne leur permet pas de se doter de département dédié à la
stratégie ou au développement, les contraignant de ce fait à se concentrer sur le marché
intérieur, plus facile d’accès.
b. La gestion des ressources humaines est complexe : difficulté de recrutement, management
interculturel et situation sociale tendue. Ce dernier aspect est appelé à s’améliorer par la mise
en place des sessions du dialogue social.
c. Les coûts de revient des produits sont grevés par des coûts d’acheminement, qui, même s’ils
cherchent à être les plus attractifs possibles sont élevés du fait de l’éloignement des centres
d’approvisionnement.
d. Aucun système de normes n’est arrêté localement et les entreprises ne peuvent se prévaloir
d’un système reconnu internationalement
e. La pression fiscale est plus faible qu’en métropole, mais le système serait plus complexe. Un
début de réflexion sur la mise en place de la TVA a été conduit mais n’a pas été mené à son
terme.
f. Les entreprises manquent généralement d’innovation, et il existe peu de transfert de techno-
logie depuis les centres de recherche présents localement.

L’environnement financier, et l’accès à ses ressources, s’améliorent pour accompagner les entrepri-
ses : plus de concurrence, taux plus attractifs, mais dans leur ensemble, encore un peu plus chers
qu’en métropole. La palette d’offres est assez complète même si le capital risque est encore plutôt
concentré dans le secteur public.

081
81
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3

du diagnostic
Vie et performance des entreprises

Sommaire
1. Introduction ..................................................................................................................................................................... 84

2. Une économie dynamique mais contrastée ................................................................... 84


2.1 De nombreux indicateurs au vert .................................................................................................................. 84
2.1.1 Une forte croissance du PIB .................................................................................................................. 84
2.1.2 Des créations d’entreprises nombreuses ................................................................................... 84
2.1.3 Un marché intérieur qui se renforce .............................................................................................. 85
2.1.4 Des grands projets ...................................................................................................................................... 85
2.1.5 Des créations d’emplois .......................................................................................................................... 85
2.1.6 Des entreprises qui contribuent à la richesse ........................................................................ 85
2.1.7 Des entreprises qui investissent ....................................................................................................... 85
2.1.8 Un dynamisme économique qui devrait se poursuivre ................................................... 85
2.2 Pourtant cette croissance exemplaire masque de fortes disparités ................................... 86
2.2.1 Un déséquilibre géographique ........................................................................................................... 86
2.2.2 Une organisation déséquilibrée du tissu d’entreprise ..................................................... 86
2.2.3 Des emplois tertiaires dominants ................................................................................................... 87
2.2.4 Des écarts de revenus importants .................................................................................................. 87
2.2.5 Des stratégies provinciales différentes ....................................................................................... 87

3. Le poids important du nickel et du secteur public ........................................... 88


3.1 Le secteur du nickel ................................................................................................................................................. 88
3.1.1 Une place prépondérante dans le développement ............................................................. 88
3.1.2 Un poids réel dans l’économie .......................................................................................................... 88
3.1.3 Mais un effet d’entrainement non mesuré ................................................................................ 89
3.1.4 Et un risque important pour l’économie .................................................................................... 89
3.2 Le secteur public ....................................................................................................................................................... 90
3.2.1 Un secteur important ................................................................................................................................. 90
3.2.2 L’implication forte des acteurs publics ........................................................................................ 90
3.2.3 Un équilibre encore à trouver entre public et privé,
et des stratégies en cours de définition ..................................................................................... 91

4. Un manque de stratégie économique ..................................................................................... 92


4.1 Une coordination territoriale perfectible .................................................................................................. 92
4.2 Des priorités économiques mal définies ................................................................................................. 92
4.2.1 Au niveau territorial ................................................................................................................................... 92
4.2.2 Au niveau provincial .................................................................................................................................. 92
4.3 Une traduction du manque de stratégie
dans les lois du pays en matière de défiscalisation ...................................................................... 93
4.4 Une conséquence directe du manque de stratégie :
peu de filières compétitives et organisées ............................................................................................ 93
4.4.1 Une seule vraie démarche filière : la filière crevette ........................................................ 93
4.4.2 Des filières agricoles et agro alimentaires qui restent à mieux structurer ...... 93
4.4.3 Une absence de filières tertiaires et industrielles autres que le nickel ............. 94
4.4.4 Un secteur tourisme en panne .......................................................................................................... 95
4.5 Un manque de benchmarking et d’outils prospectifs ................................................................... 95

82
5. Une production locale existante et favorisée .............................................................. 96
5.1 Une logique de substitution aux produits d’importation qui doit évoluer ................... 96
5.2 D
 es produits de grande consommations généralement plus chers,
et une offre plus restreinte ................................................................................................................................ 96
5.3 U
 ne politique de franchise plutôt qu’un développement
de marques locales .................................................................................................................................................. 97
5.4 Les attentes des consommateurs méconnues .................................................................................... 97
5.5 Des outils publics pour favoriser la production locale ................................................................ 97

6. Un système concurrentiel à faire évoluer ........................................................................ 98


6.1 Un système de protection qui s’améliore ................................................................................................ 98
6.2 Un système de régulation de la concurrence à optimiser. ........................................................ 98

7. D
 es entreprises face à des problématiques diverses :
des freins à la performance ................................................................................................................. 99
7.1 Des entreprises peu structurées du fait de leur taille ................................................................... 99
7.2 Un volet ressources humaines complexe ................................................................................................ 99
7.2.1 Des difficultés à recruter ......................................................................................................................... 99
7.2.2 Une productivité inconnue .................................................................................................................... 99
7.2.3 Un management difficile ...................................................................................................................... 100
7.2.4 Une situation sociale qui tend à s’améliorer ........................................................................ 100
7.3 Des coûts d’acheminement élevés ............................................................................................................. 100
7.4 Des normes et réglementations pas claires ......................................................................................... 101
7.5 Un système administratif et fiscal complexe ....................................................................................... 101
7.6 Un prix du foncier en augmentation ......................................................................................................... 102
7.7 Un manque d’innovation ................................................................................................................................... 102

8. U
 n accompagnement par les établissements financiers
un peu plus cher que la métropole,
mais qui s’adapte aux besoins du marché ............................................................... 103

Annexe I Rappel du mandat de l’atelier ......................................................................................................................... 104


Annexe II Membres inscrits à l’atelier ............................................................................................................................... 104
Annexe III Bibliographie .............................................................................................................................................................. 105

83
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

1. Introduction
Lors de sa conférence de juin 2007 sur les économies d’outre-mer, forte depuis plusieurs années. La présence du secteur nickel
Bernard Poirine, universitaire, affirmait : « La petite taille du marché n’est pas étrangère à ce développement. Mais ce dynamisme
et l’éloignement sont les deux handicaps majeurs de l’outre-mer masque quelques disparités qui seront soulignées.
français ». La Nouvelle-Calédonie ne fait pas exception à la règle. Le manque de données disponibles ne permet pas toujours
Avec un marché intérieur inférieur à 250 000 habitants (source d’aller jusqu’au bout du diagnostic. Il est nécessaire de procé-
ISEE), les entreprises calédoniennes ne peuvent pas compter sur der à des expertises supplémentaires pour pouvoir identifier les
les économies d’échelle pour rentabiliser leurs investissements. principaux enjeux auxquels le futur schéma d’aménagement et
L’éloignement des centres d’approvisionnement et des grands de développement devra répondre.
centres de consommation les pénalise car les coûts d’achemine-
ment sont élevés. Les entreprises et plus précisément celles qui Etablir un diagnostic sur la « vie et performance des entre-
produisent localement doivent tenir compte de ces contraintes prises » amène à aborder partiellement le sujet plus global de
qui sont autant de freins à leur performance. l’économie calédonienne, Ce point a fait l’objet d’une étude
Ces contraintes auraient dû conduire les responsables politi- très récente CEROM-AFD-IEOM-ISEE « Les défis de la croissance
ques et économiques à définir une stratégie économique claire calédonienne » rendue publique le 10 décembre 2008. Cette
avec des objectifs précis, favorisant les secteurs où le territoire étude apporte de nombreuses précisions que les participants à
dispose des meilleurs avantages concurrentiels. Pour le mo- l’atelier n’ont pu exploiter du fait du calendrier de travaux s’ache-
ment, la priorité est donnée à la métallurgie mais sans étudier vant en novembre 2008. Pour ne pas dénaturer les comptes
précisément l’effet d’entrainement de ce secteur, et sans définir rendus des réunions tenues entre Juin et Novembre 2008, les
de stratégie pour les autres secteurs. précisions techniques apportées dans l’étude ont été insérées
Malgré ces difficultés, le constat est fait en première partie sous forme d’encadrés identifiés en tant que tels dans le présent
que la Nouvelle-Calédonie connaît une croissance économique document.

2. Une économie dynamique mais contrastée


2.1 De nombreux indicateurs au vert ble à la métropole) du PIB, alors que l’agriculture ne représente
Depuis 1998, de puissants moteurs ont dopé l’économie calé- plus que 2%2. Le nickel représentait un poids de 30% à la fin
donienne : du boom au début des années 70. Son poids est maintenant
lc  onfiance apportée par l’accord de Nouméa à l’ensemble de la d’environ 11% mais avec la mise en service des deux usines, il va
société et aux acteurs économiques ; significativement remonter dans les années à venir.
lé  normes investissements dans le secteur du nickel : les trois Les défis de la croissance calédonienne page 5 -3e paragraphe :
usines représentent à elles seules plus de 700 milliards de FCFP « La Nouvelle-Calédonie est avant tout une société de services (70%
d’investissement (Goro Nickel, 320 milliards, Usine du Nord, 370 du PIB) et non une île métallique … Entre 1998 et 2006, le nickel a
milliards et SLN, 100 milliards) contribué au quart environ de la croissance calédonienne ».
la  ides apportées par la Nouvelle-Calédonie et les provinces aux Il est cependant probable que la crise mondiale actuelle affec-
divers secteurs économiques ; te également la Nouvelle-Calédonie, sans pouvoir aujourd’hui
l f orte augmentation des transferts financiers de l’Etat et de la prédire dans quelle mesure, et que le pays connaisse alors un
défiscalisation. En 2003, les transferts métropolitains étaient de certain tassement de sa croissance.
100 milliards FCFP et de 132 milliards FCFP en 2007.
Les aides relatives à la défiscalisation, abstraction faite des mon- 2.1.2 Des créations d’entreprises nombreuses
tants significatifs accordés aux grands projets métallurgiques, Indicateur de dynamisme économique, les créations d’entre-
suivent également une tendance à la hausse. prises ont progressé de +9,3% entre 2006 et 2007 (+ 12% en
métropole, mais les grandes agglomérations font croître le chif-
2.1.1 Une forte croissance du PIB fre), alors que les cessations d’activités se réduisaient de – 0,7%.
La croissance économique induite a été particulièrement forte : C’est la cinquième année consécutive que les créations sont en
le PIB a augmenté de 70% sur la période 1998-20061, soit une hausse. Il faut souligner que la plupart de ces créations sont des
moyenne annuelle de + 6,8% (en valeur nominale, non corrigée créations réelles et non pas des reprises d’activité.
de l’évolution des prix) pour atteindre 659 milliards de FCFP en Evolution des créations d’entreprises
2006 et 768 milliards en 2007 (soit + 16,5%). Cette moyenne est (en nombre)
supérieure à celle enregistrée dans les régions françaises les plus
dynamiques. Une fois corrigée de l’évolution des prix, la crois-
sance annuelle réelle moyenne a été de 3,5% entre 1998 et 2006,
soit significativement au-dessus de la métropole (2,3%).
Cette croissance qui a débuté dans les années 60, a permis
de combler partiellement l’écart de niveau de vie avec la métro-
pole (de 1 à 2 en 1960, de 30% aujourd’hui – source : L’économie
Source : ISEE/RIDET

calédonienne en mouvement). L’industrie, qui a été renforcée,


contribue de manière stable au PIB, mais est encore dominée par
le tertiaire (dont le commerce). Le tertiaire atteint 70% (compara-

1
L’année 2007 n’est pas analysée : d’une part parce que toutes les données ne sont pas encore disponibles, d’autre part à cause de son caractère atypique, la croissance économique ayant été tirée par des prix du nickel extrêmement élevés
2
Définitions INSEE : Secteur primaire : ensemble des activités dont la finalité consiste en une exploitation des ressources naturelles : agriculture, pêche, forêt, mines, gisements. Les activités extractives peuvent aussi être classées dans
84 le secteur secondaire. Secteur secondaire : ensemble des activités consistant en une transformation plus ou moins élaborée des matières premières (industries manufacturières, construction). Secteur tertiaire : regroupe un vaste
champ d’activités qui va du commerce à l’administration, en passant par les transports, les activités financières et immobilières, les services aux entreprises et aux particuliers, l’éducation, la santé et l’action sociale
Créations d’entreprises en 2007,
selon le type et le secteur d’activité ont été créés, faisant diminuer le taux de chômage et incitant
de nouvelles populations à intégrer le marché
Créations
Taux de du travail.
Pures Reprises Réactivations Total création
Certes, avec la flambée du nickel, l’année 2007
Industries agroalimentaires 22 - 10 32 11,2 est exceptionnelle, mais néanmoins, depuis plus
Industries hors IAA 233 4 89 326 17,9
de 10 ans, la Nouvelle-Calédonie s’inscrit dans un
développement économique soutenu.
Construction 763 9 324 1 096 19,9

Commerce et réparations 335 30 108 473 13,2 2.1.6 Des entreprises


Transports 134 3 49 186 12,1 qui contribuent à la richesse
Cette économie soutenue se fait avec les 43 107
Immobilier 74 - 11 85 10,7
entreprises privées dénombrées en Nouvelle-Ca-
Services aux entreprises 603 10 172 785 25,8 lédonie en 2007 qui représentent à elles seules
Services aux ménages 337 16 112 465 19,6 près de 55 000 emplois salariés sur un total de
78 000 salariés (population active totale en 2004 :
Education, santé, social 367 14 104 485 28,4
Source ISEE/RIDET

96 406 – source ISEE).


Total (champ ICS*) Elles contribuent à la richesse du pays, d’une
2 868 86 979 3 933 19,0
* Industrie, Commerce et Services
part avec les emplois et d’autre part avec les im-
Il est intéressant de constater que sur l’année 2007, comme pôts et taxes qu’elles versent. A titre de référence,
pour les années 2003 à 2005, les créations dans le secondaire en 2005, les impôts payés par les entreprises représentaient 45
(+16,3%) ont été plus soutenues que dans le tertiaire (+5,6%). milliards (IS30+IS35+IFA) des 112 milliards de recettes fiscales.
Or, on sait que l’industrie est plus fortement créatrice d’emplois A partir de 2005, on observe du fait du rendement de l’IS 35%
indirects que le secteur tertiaire. Au total, ce sont près de 4 000 et de l’IS 30%, une prédominance de la fiscalité directe (59%),
entreprises qui ont été créées en 2007. laquelle était traditionnellement minoritaire (42% en 2002), mais
Parallèlement, les cessations d’entreprises ont connu une bais- avec le fléchissement des cours du nickel, l’équilibre traditionnel
se de 15,6% entre juin 2007 et juin 2008. Il s’agit d’un indicateur à devrait être retrouvé.
suivre pour pouvoir confirmer si la tendance est poursuivie
En 2007, la CCI a ouvert une pépinière d’entreprises pour 2.1.7 Des entreprises qui investissent
accueillir 20 créateurs d’entreprises. Il y a aujourd’hui une liste Le montant du crédit aux entreprises est un indicateur de
d’attente. En novembre 2008, Promosud ouvre une autre pépi- la confiance des entreprises dans l’avenir. Les crédits corres-
nière d’entreprise avec une capacité d’accueil de 40 créateurs. pondent généralement à des projets de développement. Cet
Même s’il est difficile à quantifier, ces taux de création d’en- indicateur est positif puisque l’IEOM indique que les crédits à
treprises reflètent bien l’esprit de « pionnier » qui anime la l’économie continuent de croître à un rythme soutenu avec des
Nouvelle-Calédonie. L’esprit entrepreneurial existe et ces chiffres hausses de plus de 17% entre 2006 et 2007 et 18% entre 2007 et
le démontrent bien. 2008 (mois de juin). Cette progression forte est essentiellement
due aux financements accordés aux gros projets, mais, même si
2.1.3 Un marché intérieur qui se renforce on les retire, il reste encore une progression de 2 à 3%. Toujours
Autre indicateur de dynamisme : la demande intérieure. Celle-ci selon l’IEOM, les chefs d’entreprises prévoient d’investir sur les
s’est ainsi accélérée en 2007. La consommation des ménages aug- douze prochains mois. Seul le secteur de l’agriculture prévoit une
mente comme en témoigne le marché de l’automobile (+8,7% baisse. Par contre, le montant annuel des investissements des en-
d’immatriculation en plus en 2007), tout comme le marché de treprises n’est pas connu. Il n’existe aucune donnée disponible les
l’immobilier qui continue sa progression ou encore l’investis- quantifiant précisément.
sement des entreprises illustré par la progression des crédits à
l’investissement (+21% entre 2006 et 2007). Il serait intéressant Les défis de la croissance calédonienne page 13 paragraphe du
d’évaluer l’impact de ce dynamisme sur les productions locales. bas : « Le fait le plus marquant dans la dynamique économique
Le marché intérieur est donc dynamique et avec la croissance calédonienne est, sans conteste, la forte hausse de la part de l’in-
démographique et le développement économique attendu, vestissement dans le PIB qui est passée de 21% à 35 entre 1998 et
cette tendance devrait se poursuivre encore quelques années. 2006 … Le taux d’investissement 2006 en Nouvelle-Calédonie est
particulièrement élevé. Il est compris entre celui de l’Inde (30%) et
2.1.4 Des grands projets celui de la Chine (39%). La hausse de l’investissement est princi-
Les grands projets démontrent aussi le dynamisme de la Nou- palement tirée par le secteur privé. En 1998, ce dernier contribuait
velle-Calédonie et ils sont nombreux pour un territoire de cette à 74% de l’investissement total et à 87% en 2006. L’investissement
taille : les projets d’usine liés au nickel, renforcés par des projets privé explique plus de 90% de la croissance de l’investissement
d’infrastructures publics ambitieux : le médipôle de Koutio, l’ex- entre 1998 et 2006 ».
tension de l’aéroport de La Tontouta, les équipements liés aux
jeux du Pacifique, le doublement de la voie express et l’extension 2.1.8 Un dynamisme économique
prévue jusqu’à la Tontouta qui devrait se poursuivre
Les études économiques (notamment la publication faite en
2.1.5 Des créations d’emplois 2005 par l’IEOM, l’AFD et l’ISEE « L’économie calédonienne en
Les retombées de ce dynamisme sur l’emploi sont considérables mouvement »), montrent que ce dynamisme économique va se
puisque en 2007, près de 4 000 emplois salariés supplémentaires poursuivre :

85
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

nouvelle-calédonie
répartition des établissements par secteur d’activité
échelle communale
Source : ISEE, RIDET (31 MARS 2007)

lla mine et la métallurgie vont continuer à se développer, mais aux différences de richesse qu’aux écarts en matière de santé ou
il faut être attentif au niveau de dépendance de l’économie ca- d’éducation. En d‘autres termes, les politiques publiques ont joué
lédonienne ; historiquement un rôle déterminant dans la convergence des
ld  es secteurs industriels, tertiaires et agricoles peuvent encore provinces. Ces politiques sociales ont largement porté leurs fruits.
se développer sur des produits nouveaux comme sur des pro- Demain, la réduction des déséquilibres et des inégalités passera
duits de substitution aux importations ; de manière prioritaire par le développement économique »
l l es grands projets d’infrastructures publiques conjugués à la

construction de logements vont continuer à soutenir l’écono- En 2007, 73,6% des entreprises étaient localisées en province
mie. Sud, 18,5% en province Nord et 7,9% en province des îles Loyauté.
85% des entreprises industrielles sont concentrées dans le sud.
2.2 P
 ourtant cette croissance exemplaire La carte ci-dessus nous indique que la concentration se résume
masque de fortes disparités à l’agglomération nouméenne puisque c’est là, et en particulier à
2.2.1 Un déséquilibre géographique Ducos, que sont implantées bon nombre d’entreprises.
La première disparité est géographique. Les actifs occupés sont Un point de rattrapage à ce déséquilibre géographique est
nettement plus nombreux en province Sud avec plus de 64 000 la forte présence des entreprises artisanales mieux réparties sur
personnes contre 12 000 en province Nord et 4 000 en province l’ensemble du territoire. Elles permettent de fixer les populations
des îles Loyauté. Ce phénomène de concentration s’est accentué en assurant le maintien de l’activité. Avec 10 000 entreprises, la
puisque entre 1989 et 2004, la province Sud a vu son nombre densité artisanale est trois fois supérieure à celle de la métropole
d’actifs occupés augmenter de plus de 55% alors que dans les avec 419 entreprises pour 10 000 habitants.
deux autres provinces, le taux de progression est inférieur à 25%. Le secteur du BTP est très présent, et son poids devrait encore
Sur la même période, la population augmentait de 46% en pro- s’accentuer dans les années à venir.
vince Sud, 28% en province Nord et 23% en province des îles.
Pour mémoire, la province Sud totalise 164 235 habitants, la 2.2.2 Une organisation déséquilibrée
province Nord, 44 474 habitants et la province des îles Loyauté, du tissu d’entreprise
22 080 habitants. Le tissu d’entreprise est également déséquilibré. En 2007, le RI-
DET comptabilise 43 356 entreprises, mais si on décompte les
Les défis de la croissance calédonienne page 38 dernier « les dis- associations, les sociétés civiles immobilières, etc (toute structure
parités entre provinces sont (en conséquence) davantage liées sans activité commerciale) on arrive à un total de 27 864 entrepri-

86
ses. Ce chiffre est à rapprocher des données de la Direction des Par contre les effectifs salariés montrent que le secteur ter-
Services Fiscaux qui, en 2007, recense environ 8 000 entreprises tiaire non marchand3 emploie 39% des salariés contre 30,3% en
relevant de l’IS, 1 700 exploitants individuels au réel et 9 000 en- métropole. Cette différence importante est sans doute due au
viron au forfait pour les bénéfices industriels et commerciaux, les poids du secteur public dans l’économie locale.
bénéfices non commerciaux et les bénéfices agricoles, soit un Répartition de l’emploi salarié
total de 18 700 entreprises. par secteur d’activité (2006)
Le tableau ci-dessous nous indique la répartition par grand sec- Secteur d’activité Nouvelle-Calédonie Métropole
teur d’activité hors secteur public marchand et non marchand. Secteur primaire 3% 1,48 %

Agriculture, Commerce, Secteur secondaire 21% 22,3%


chasse, Industries Construction réparation Services Total
sylviculture automobile Secteur tertiaire marchand 37% 45,92%

Source : ISEE, INSEE


Nbre Secteur tertiaire non marchand 39% 30,3%
5 904 2 272 5 914 3 642 10 132 27 864
d’entreprises
Total 100 100
Nbre de 1 897 9 208 7 636 8 965 17 600 45 306
salariés
Ce sont les pays les plus développés qui disposent d’un sec-
Source ISEE : formes juridiques d’entrepriuses retenues : personnes physiques, société en participation, personne morale de droit
étranger, société en nom collectif, société d’exercice libéral à responsabilité limitée, EURL, SARL, SA, SAS, GIE, société coopérative teur tertiaire marchand important. La Nouvelle-Calédonie, si
agricole. elle n’est encore pas au niveau de la métropole, s’en approche.
Si on regarde la taille des entreprises, 37 400 structures n’ont L’importance du secteur non marchand s’explique par le besoin
aucun salarié, 10 ont plus de 500 salariés et 91 plus de 100. d’accompagnement nécessaire pour structurer le pays mais
Parmi les plus grandes entreprises, la SLN emploie à elle seule aussi par l’importance du nombre d’enseignants et de militaires
2 400 personnes (dont 1000 sur les centres miniers) le Groupe- (voir atelier 9, administration)
ment SMSP-KNS et Goro Nickel s’approchent chacun des 1000
salariés. Il n’y a pas d’équivalence avec d’autres secteurs d’acti- 2.2.4 Des écarts de revenus importants
vité. Autre point de disparité, tout le monde ne bénéficie sans doute
On a donc un double déséquilibre dans le tissu. En premier lieu, pas de la même manière des fruits de la croissance. Un écart
une concentration des grandes entreprises dans un seul secteur conséquent existerait entre les plus hauts revenus et les plus
d’activité, le nickel, qui a profité ces deux dernières années d’une faibles mais le manque de données précises ne permet pas ac-
conjoncture très favorable, et qui entraine une grande partie de tuellement de mesurer cet écart. L’absence d’outils d’analyse est
l’économie. Or, dès 2008, la croissance de ce secteur sera infé- regrettable.
rieure à celle connue ces dernières années alors qu’il n’existe pas
d’autre réelle filière structurée de substitution, qui pourrait avoir Les défis de la croissance calédonienne page 7, 3e paragraphe
une dimension internationale. « La société calédonienne est marquée par de fortes inégalités
Le second déséquilibre vient de la taille des entreprises, le de revenu monétaire : les 20% des ménages les plus riches per-
nombre de grandes et moyennes entreprises reste insuffisant çoivent 55% du total des revenus déclarés »
pour avoir un effet d’entraînement. Si les petites entreprises sont
fortement créatrices d’emploi, et sont flexibles, elles ne créent Autre indicateur : on compte seulement 87 entreprises ayant
pas une dynamique économique d’entraînement. La Nouvelle- signé des accords d’intéressement4 avec leurs salariés (cf. tableau
Calédonie manque d’un tissu d’entreprises intermédiaires. ci-dessous établi à partir des données de la Direction du Travail
Il faut aussi souligner un point de vigilance, la plupart des gran- et de l’Emploi). Depuis 2005, le nombre annuel d’entreprises si-
des entreprises qui relèvent du secteur privé dépendent de gnataires reste stable.
groupes dont les centres de décision sont extérieurs à la Nou-
velle-Calédonie (exemple : Goro Nickel). Taille - 10 salariés 10 à 50 salariés 50 salariés et + Total

2005 1 13 9 23
2.2.3 Des emplois tertiaires dominants
La répartition des entreprises entre les secteurs de l’agriculture, 2006 1 11 8 20
de l’industrie, de la construction et des services est en adé-
quation avec celle que peut connaître la métropole comme le 2007 2 12 8 22
montre le tableau comparatif ci-dessous.
Répartition des entreprises 2008 1 11 10 22
par secteur d’activité (2006)
Total 5 47 35 87
Secteur d’activité Nouvelle-Calédonie Métropole

Nombre Pourcentage Nombre Pourcentage 2.2.5 Des stratégies provinciales différentes


Enfin, il peut exister des différences d’approche entre les pro-
Agriculture 6 798 17,23 545 000 17,05
vinces. La compétence du développement économique relève
Industrie 2 073 5,25 245 559 7,68 des provinces. Chacune met donc en place son propre code de
Construction 5 436 13,78 363 936 11,38 développement sans toujours chercher à atteindre une certaine
Source : ISEE, INSEE

Services 25 146 63,73 2 041 699 63,87


cohérence à l’échelle du territoire, alors que certaines compéten-
ces qui accompagnent le développement économique sont du
Total 39 453 100 3 196 194 100
ressort de la Nouvelle-Calédonie : fiscalité, douanes, travail,…

3
Le secteur non marchand regroupe les activités : éducation, santé, action sociale (EQ) ; administration ( ER).
4
L’intéressement est un dispositif facultatif permettant d’associer financièrement les salariés aux performances de leur entreprise. L’intéressement est obtenu par le biais d’un
accord. L’intéressement a été mis en place en Nouvelle-Calédonie en 1990, mais les statistiques n’existent que depuis 2005.
87
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

3. Le poids important du nickel et du secteur public


3.1 Le secteur du nickel ( source : Nickel 2010, une nouvelle ère industrielle). Le schéma
3.1.1 Une place prépondérante dans le développement de mise en valeur de la ressource minière précise que 25 à 30%
Le nickel occupe une place emblématique importante en Nou- des réserves mondiales de nickel sont en Nouvelle-Calédonie.
velle-Calédonie. Son exploitation a marqué le paysage, au sens Cette place devrait être renforcée après la mise en exploitation
propre comme au sens figuré et conditionne certainement des usines du Nord et du Sud qui ont concentré depuis quelques
encore beaucoup les anticipations des agents (particuliers ou années toutes les stratégies de développement économique.
entreprises) dans leurs décisions d’investissement en particulier.
L’expansion de Nouméa s’est faite en bonne partie autour du 3.1.2 Un poids réel dans l’économie
nickel et par le passé tout a été pensé pour soutenir ce sec- Les revenus de l’activité minière sont essentiels à l’essor de la
teur comme par exemple les exonérations de certains droits Nouvelle-Calédonie. Tout d’abord les emplois : en 2007, le sec-
d’importation, ou encore l’accès à une ressource énergétique teur mine métallurgie totalisait près de 3 200 emplois directs
hydraulique fiable, nécessitant un investissement initial lourd soit 6% de la population salariée du secteur privé. Les courbes
mais délivrant une énergie peu chère à terme. On retrouve un ci-dessous montrent la progression ces dernières années en par-
schéma de fonctionnement similaire encore aujourd’hui pour le ticulier pour la mine. Et avec la mise en service de Goro Nickel
développement du pays. Les projets miniers et métallurgiques puis de l’usine du Nord, le nombre d’emplois métallurgiques va
ont un tel impact en matière d’activité économique et d’emplois aussi fortement progresser.
que les stratégies de développement sont principalement défi- évolution de l’emploi sur mine de 2001 à 2007
nies en fonction de leur réalisation.
Le principal objectif économique retenu par la Nouvelle-Ca-
lédonie vise à accueillir de façon durable de grands groupes
miniers mondiaux capables de développer des usines métallur-
giques et d’exploiter un minerai relativement abondant, et très
compétitif par ses teneurs et son accessiblité. Mais ce n’est que
depuis peu qu’une réflexion est menée sur une exploitation du-
rable de la ressource et sur la capacité à valoriser au mieux ses
retombées, que ce soit en termes de développement du tissu
économique qui en dépend ou en termes de rente fiscale. Cette
réflexion ne s’est pas encore conclue par l’affirmation de princi-
pes et d’un plan d’action clair à ce sujet.
Le secteur minier lié au nickel est pourtant le seul secteur pour
lequel la loi organique a prévu une obligation de planification
sectorielle, à travers un « schéma de mise en valeur des riches-
ses minières », qui doit notamment fixer « les orientations, en évolution de l’emploi métallurgique de 2001 à 2007
matière de développement industriel, nécessaires à l’exploita-
tion rationnelle des richesses minières, dans une perspective de
développement durable ».
Le secteur du nickel concentre la plupart des centres d’intérêt
des projets visant à soutenir le développement économique. Le
Centre National de la Recherche et de la Technologie spécialisé
sur le nickel créé en 2007 en est une illustration. Une autre illus-
tration pourrait être l’étude récemment conduite sur la faisabilité
d’un pôle de compétitivité qui indique que seul le secteur du
nickel peut s’inscrire dans cette dynamique (Etude Algoé finan-
cée par l’ADECAL).
Cette attention se justifie par la place que prend la Nouvelle-
Calédonie dans le monde du nickel. Déjà à la fin du XIXème
siècle, elle se classait première productrice mondiale de minerai En termes de valeur ajoutée, le secteur mines métallurgie a
de nickel et au tournant du XXe siècle, elle devenait première contribué en 2006 à 11% de la valeur ajoutée globale créée en
productrice de minerai de cobalt. A la fin des années 1960, le Nouvelle-Calédonie, ce qui représente 4 points de plus que la
nickel calédonien était déclaré «minerai stratégique» par l’Etat. valeur ajoutée de l’ensemble des autres secteurs industriels, et
Avec la récession économique du milieu des années 1970, et les plus du tiers de l’ensemble du secteur secondaire. Ce poids en
atteintes sévères à l’environnement faute d’encadrement régle- termes de valeur ajoutée ne prend pas en compte la valeur ajou-
mentaire, les professionnels de la mine et les pouvoirs publics tée créée, indirectement, par le nickel dans les autres secteurs de
ont pris conscience du caractère cyclique du marché du nickel l’économie (prestations de services, BTP…) et qui est certaine-
et des impacts sociaux et environnementaux de la mine. ment très importante. Enfin la mise en service des deux autres
Aujourd’hui, la Nouvelle-Calédonie est le premier exportateur usines pourrait voir la part de valeur ajoutée issue du nickel dé-
mondial de ferronickel. Avec 8% de la production mondiale, elle passer les 30% (moindre si la baisse des cours perdure), ce qui
figure à la cinquième position en matière de production minière renforcerait encore plus la dépendance du pays à ce secteur.

88
Quant à l’export, le nickel totalise 99,7% des exportations en fiscales générées par l’activité minière ou métallurgique peuvent
volume de la Nouvelle-Calédonie et 96,6% de la valeur. Cette être nulles.
dernière donnée est à relativiser car elle est très liée à la flambée Comme pour le chiffre d’affaires, une partie des recettes fiscales
des cours en 2007 ( + 53,4% entre 2006 et 2007). Cependant, des autres secteurs est sans doute liée au nickel puisque l’on
même si le cours baisse sensiblement aujourd’hui (33 000 US$/t constate que les recettes augmentent au même moment que
le 6 mars 2008, 11 950 US$/t le 10 octobre 2008), la part du nic- le début des nouveaux projets métallurgiques. Une analyse plus
kel restera prépondérante dans les exportations calédoniennes, précise serait nécessaire. L’impôt forfaitaire annuel devrait être
d’autant plus après la mise en exploitation des autres projets. supprimé en 2009, mais l’impact sera faible.
La filière nickel est en partie intégrée horizontalement,
avec l’existence d’un véritable tissu industriel gravitant autour 2003 2004 2005 2006 2007
de l’extraction, de la métallurgie et des services associés (BTP, IS 35% 2 087 433 414 7 275 950 594 9 655 999 236 8 547 095 162 23 521 495 768
maintenance, chaudronnerie, …). Par contre, les fonctions d’in-

Source DSF
IS 30% + IFA 10 209 948 536 9 156 836 508 14 486 319 319 15 794 040 546 21 251 179 561
génierie de projet, de maintenance industrielle n’ont pas été + CSA-IS
assez développées en dehors des entreprises pour permettre la
création d’un véritable pôle de compétence spécifique suscep- 3.1.3 Mais un effet d’entrainement non mesuré
tible de pouvoir vendre son savoir-faire à l’export. Les entreprises Cet effet d’entrainement n’a jamais été analysé en détail. On
locales liées au nickel auraient aujourd’hui moins de difficultés à sait qu’une partie des entreprises localisées à Ducos sont le fruit
trouver sur place du personnel ou des entreprises ayant la main d’une sorte d’essaimage de la SLN ; par contre, on ne sait pas
d’œuvre qualifiée pour accompagner les gros chantiers. quelle est la part de ces entreprises qui lui sont encore direc-
A titre indicatif, puisque aucune étude précise n’a été réali- tement liées. Les emplois indirects n’ont jamais non plus été
sée à ce jour, les entreprises liées au nickel semblent contribuer évalués précisément, tout comme les retombées fiscales.
fortement au développement du territoire par la sous-traitance Or, le pays continue à favoriser le développement de cette
qu’elles peuvent générer. La SLN a ainsi dépensé en 2007 plus de filière, ce qui se conçoit pleinement car c’est le seul secteur
28 milliards FCFP en achats et charges externes et près de 13 mil- exclusivement tourné vers l’export. Il serait toutefois utile d’ana-
liards FCFP en salaires et traitements. Goro Nickel estime à plus lyser plus finement des questions telles que :
de 10 milliards FCFP, le montant qui sera injecté annuellement l l ’emploi induit, directement ou indirectement, par l’activité mi-

dans l’économie calédonienne lorsque l’usine sera en service. nière ou métallurgique ;


L’augmentation des recettes de l’ « IS 35 », impôt sur les bé- l l a diffusion des savoir faire et des compétences et leur

néfices des sociétés liées au nickel, est plus récente (25 milliards valorisation à travers un phénomène d’essaimage et de diver-
collectés en 2008 sur la base de l’activité de 2007) mais n’est sification  ;
que temporaire (elles devraient être de 10 milliards pour 2008, l l e bilan net pour les finances publiques ;

collectées en 2009). Ces recettes étaient de 8,5 milliards en 2006 l l es avantages comparatifs réels dont disposent les multinatio-

et de moins de 1 milliard au début de la décennie. Par ailleurs, les nales du nickel implantées en Nouvelle-Calédonie, dans un
2 nouvelles usines vont bénéficier d’un régime d’exonération to- contexte concurrentiel mondial.
tale de certains impôts durant 10 à 15 ans, puis de 50% pendant Ces analyses pourraient ainsi éclairer la question de la façon la
3 à 5 ans ; toutefois, si leur rentabilité dépasse un certain seuil, le plus appropriée d’utiliser la rente du nickel, et contribuer à la
régime d’exonération se terminera de façon anticipée. définition des objectifs et des moyens alloués au futur « fonds
Le chiffre d’affaires réalisé par le secteur mines métallurgie pour les générations futures » évoqué par le schéma de mise en
en 2005 était de l’ordre de 100 milliards FCFP, celui des autres valeur des richesses minières.
secteurs industries et transformation (dont BTP et artisanat) de
195 milliards FCFP (source DSF). Même si ces chiffres ont dû Les défis de la croissance calédonienne Page 8 « Ces projets struc-
beaucoup évoluer depuis avec l’augmentation du cours du nic- turants constituent une réelle opportunité pour le développement
kel (en 2007, le chiffre d’affaire export du nickel était de plus de économique et social à long terme du pays. Pour en réguler au
170 milliards), cela permet de relativiser le poids du nickel dans mieux les effets, les autorités doivent renforcer leur capacité de pilo-
l’économie. tage de l’économie et gérer au mieux la commande publique »
Cependant, seconde nuance à apporter, une partie de ces
195 milliards est sans doute liée à l’économie du nickel. Enfin, le 3.1.4 Et un risque important pour l’économie
chiffre d’affaire du nickel est concentré dans quelques entrepri- La réserve de nickel qui n’est pas renouvelable, est évaluée en-
ses alors que celui du reste des industries est réparti entre une tre 100 et 200 années d’exploitation (source DIMENC), ce qui
multitude de petites entreprises qui ne peuvent donc pas avoir dispense théoriquement de commencer à préparer une diversi-
le même effet d’entraînement. fication complète pour l’« après-nickel » (ce qui ne veut pas dire
Les recettes fiscales permettent aussi d’apprécier la part gérer la ressource sans se préoccuper de maintenir aussi intactes
relative de l’industrie du nickel soumise à un taux particulier que possible les autres richesses du pays, dont son environne-
d’imposition (IS 35%), alors que les autres entreprises sont sou- ment exceptionnel : c’est l’un des objets du schéma de mise en
mises à l’IS 30% ou à l’impôt forfaitaire annuel. Les chiffres de la valeur des richesses minières).
Direction des Services Fiscaux montrent l’évolution de ces im- La Nouvelle-Calédonie n’est pas, non plus, à l’abri d’un risque in-
pôts sur les dernières années et font apparaître que les rentrées dustriel ou climatique majeur au niveau de l’usine de Doniambo
fiscales proviennent d’abord des autres secteurs d’activités que qui paralyserait la production et par voie de conséquence tout un
le nickel, exceptée l’année 2007, mais qui peut être considérée pan de l’économie qui s’y rattache (incident majeur sur un four ou
comme une année exceptionnelle du fait de l’envolée des cours. cyclone d’une violence exceptionnelle par exemple). Il n’y a pas
A contrario, certaines années (c’était le cas en 1999) les recettes aujourd’hui de solution de secours qui permette de soutenir et re-

89
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

lancer l’économie pendant le temps nécessaire à la reconstruction. cale plus faible en Nouvelle-Calédonie qu’en métropole.
D’autres risques, concurrentiels ceux là, existent : l’augmen- Sur l’année 2005, les recettes du secteur public s’établissent à
tation de la production mondiale de nickel, l’émergence de 321,3 milliards (excédant cette année là les dépenses de plus de
produits de substitution au nickel moins coûteux sont des ris- 15 milliards). Ces recettes sont composées :
ques pour lesquels nous ne sommes pas non plus préparés. là
 38 % de transferts de l’État (121 milliards en 2005, hors défis-

Sans analyse plus précise, il est difficile d’évaluer la menace calisation ; les transferts de l’Etat représentent 20,2% du PIB et
que représentent ces risques sur les industries de transfor- 510 kF par habitant7. Un peu plus de la moitié de ces dépenses
mation qui dépendent directement ou indirectement du intervient sous forme de masse salariale, dont une partie ne
nickel. rentre pas dans les circuits économiques calédoniens ;
Et pourtant, bien que ces risques soient régulièrement là
 35% de taxes, impôts et droits de douane payées par la popu-

évoqués, aucune réelle diversification ayant une dimension lation et par les entreprises calédoniennes (112 milliards) ;
internationale n’a été recherchée pour faire face à ces chocs le
 t à 21% de cotisations sociales (69 milliards).

éventuels.
A défaut, il aurait pu être imaginé la création d’un fonds, dans structure des recettes
du secteur public en 2005
l’esprit des fonds souverains qui existent ailleurs, abondé par les
revenus du nickel ou d’autres sources pour pallier à l’aspect cy-
clique de l’économie du nickel et pour contribuer à la création

Source : ISEE Tableaux de l’économie calédonienne 2006


d’autres filières.

3.2 Le secteur public


3.2.1 Un secteur important
L’atelier 9 « administration »5 nous apporte un éclairage sur deux
aspects : l’emploi représenté par le secteur public, et l’impact
financier conséquent.
Le secteur public représente à lui seul 26 655 personnes soit
34,9% de l’emploi salarié total, ce qui en fait le premier employeur
de Nouvelle-Calédonie. Mais sur ces cinq dernières années, la
croissance de l’emploi non marchand est estimée à 15% alors
que celle de l’emploi marchand serait de 25%6. Si les transferts de l’Etat venaient à diminuer, il faudrait
Par exemple, à eux seuls, les 25 établissements publics de la soit augmenter les taux d’imposition directs ou indirects
Nouvelle-Calédonie emploient en 2006, 3 666 salariés soit une pour conserver un montant identique de dépenses publi-
masse salariale de plus de 23 milliards de FCFP pour un total de ques, soit engager une stratégie de réduction de la charge
fonctionnement de plus de 68 milliards et de près de 12 milliards publique.
d’investissements (source : gouvernement).
Le tableau suivant examine la répartition des dépenses pu- 3.2.2 L’implication forte des acteurs publics
bliques par nature : Le paragraphe précédent nous a montré l’importance du sec-
teur public en Nouvelle-Calédonie. Nous allons nous arrêter
Dépenses des administrations publiques (2005) Milliards de F % du PIB
maintenant sur son implication dans les secteurs marchands.
Prestations sociales (espèces+nature) 91,8 15,3%
Les acteurs publics utilisent différents leviers pour impulser
l’économie :
Masse salariale 128,9 21,5% l les subventions : en 2007, 570 projets ont été accompagnés

pour un montant de subvention de 1 210 millions FCFP et pour


Intérêts de la dette 2,2 0,4% un investissement total de 2 326 millions FCFP. La participation
Consommations intermédiaires 39,9 6,7%
moyenne est donc de 52% avec un écart type allant de 30%
(services) à 87% (pêche). Le secteur rural est plus particulière-
Investissement et var. d’actifs non fin. 26,8 4,5% ment aidé avec les activités agricoles, aquacoles et touristiques.
Cependant, malgré l’importance de ces aides, il paraît dif-
Autres (dont subv. aux entreprises) 16,6 2,8% ficile d’en évaluer l’impact. Les projets ne s’inscrivent pas
Total 306,2 51,1%
suffisamment dans une stratégie globale et de fait ces accom-
pagnements peuvent perdre en efficacité.
l les outils de défiscalisation (voir par ailleurs dans le rapport

Ce tableau montre qu’en part de PIB, l’impact de la masse d’atelier)


salariale des administrations publiques est considérable. Il ré- l l ’ICAP (Institut Calédonien de Participation), SEM dont la

vèle de plus les sommes conséquentes que le secteur public vocation est de promouvoir les projets concourant au réé-
injecte dans l’économie locale et qui en fait un moteur éco- quilibrage entre le grand Nouméa et le reste du territoire
nomique de premier ordre. Une analyse plus fine permettrait accompagne donc plus de projets en province Nord. Cette
d’en évaluer les retombées réelles car il est possible qu’une promotion prend la forme de prise de participation minori-
partie de la masse salariale ne soit pas réintroduite dans la taire et temporaire (sortie lorsque les objectifs de rentabilité
consommation locale. ont été atteints) dans des entreprises. Depuis sa création en
Autre aspect important à prendre en compte : ce sont les 1989, l’ICAP est intervenu dans 636 opérations pour un mon-
transferts de l’Etat qui permettent ainsi d’avoir une pression fis- tant de plus de 4 milliards FCFP (chiffres en 2007) surtout dans

5
L’atelier 9 « administration » étudie plus en détail ces aspects, apportant une comparaison avec la métropole
6
Source : Tableaux de l’économie calédonienne – ISEE – abrégé 2007
90 7
Valeur quasi identique à celle constatée en Polynésie (540 kF par habitant en 2007, hors défiscalisation)
les secteurs du tourisme, du BTP, du transport, du commerce/ dégager des fonds pour réinvestir dans d’autres projets. Mais
services et de la mine (400 millions FCFP ont été destinés à l’objectif à terme reste toujours la cession.
participer à l’acquisition de la Société Minière du Sud Pacifi- Lorsqu’il s’agit de dynamiser une filière dans son ensemble, les
que par SOFINOR) SEM préfèrent maintenir leurs actions tant que la structuration
l les SEM de la filière n’est pas aboutie. Seulement, après, elles envisagent
On compte une vingtaine de SEM en Nouvelle-Calédonie re- la cession au secteur privé des différents maillons de la filière. La
présentant un chiffre d’affaires global de 24 milliards FCFP par difficulté est de déterminer le stade à partir duquel, la filière est
an, 12,5 milliards FCFP d’investissement et 1 100 emplois directs. considérée comme structurée.
Elles couvrent des secteurs aussi variés que l’hôtellerie, le lo- l les participations directes de la Nouvelle-Calédonie

gement social ou encore l’enseignement (source : Association La Nouvelle-Calédonie intervient aussi bien dans ENERCAL
Calédonienne de l’Economie Mixte) que dans AIR CALIN, mais on pourrait aussi citer l’OCEF ou
Les SEM provinciales constituent des leviers forts d’impulsion l’ERPA. Cette démarche est à rapprocher de celles des SEM,
au développement économique pour les provinces. Il en existe c’est-à-dire que les investissements sont réalisés dans des
une par province : secteurs délaissés par le privé par manque de rentabilité. L’ob-
l Promo-Sud pour la province sud, jectif reste cependant d’essayer de proposer les meilleurs tarifs
l Sofinor pour la province nord possibles pour les consommateurs calédoniens.
l Sodil pour la province des îles Loyauté La Nouvelle-Calédonie décide aussi d’investir dans les sec-
Les SEM provinciales impulsent de l’activité économique gé- teurs qui sont stratégiques pour un pays insulaire. Ce sont des
néralement là où le secteur privé ne le fait pas, par manque choix politiques qui ont donc conduit à contrôler l’électricité,
de rentabilité, à l’exception de la mine. C’est un moyen de les télécoms, les transports aériens internationaux. La Nouvel-
maintenir l’emploi en milieu rural, d’accompagner des sec- le-Calédonie détient aussi d’autres participations, héritage de
teurs en difficulté mais présentant un intérêt pour le territoire, l’histoire, dans des structures comme la BCI et la SIC.
de développer des savoir-faire dont la Nouvelle-Calédonie a
besoin. Avant d’avoir un objectif de rentabilité économique, 3.2.3 Un équilibre encore à trouver entre public et privé,
les SEM remplissent d’abord une mission d’aménagement et des stratégies en cours de définition
du territoire. Par exemple, la crevetticulture est fortement L’investissement public a été souhaité pour accélérer la
accompagnée par SOFINOR car elle propose une typologie construction du pays, mais sans avoir défini clairement de stra-
d’emplois en adéquation avec les attentes de la population tégie d’intervention. Il n’y a pas eu de concertation particulière
et qu’elle permet de diffuser l’activité sur l’ensemble du ter- entre les différents acteurs pour une meilleure harmonisation
ritoire. par exemple des actions des SEM. Aucun outil de suivi et d’éva-
Les SEM prennent aussi des participations, généralement luation n’a été mis en place. Il y a peu de communication sur
minoritaires, dans un certain nombre de projets d’entrepri- leurs actions.
ses qui doivent participer à la construction du pays. Le cas Aujourd’hui, les acteurs publics et plus particulièrement les SEM
SMSP est plus particulier : le choix d’être actionnaire majori- provinciales intégrent des réflexions stratégiques dans leurs dé-
taire est une réponse politique apportée au lendemain des marches : quels secteurs stratégiques donc prioritaires ? quelle
accords de Matignon-Oudinot. A titre d’exemple, Sodil inter- position par rapport au secteur privé ? quelles retombées atten-
vient dans une trentaine d’entreprises et Promo sud dans une dre ? quels indicateurs de réussite (masse salariale, achats locaux,
soixantaine. Ces entreprises relèvent de secteurs d’activité emplois indirects, etc) ? quels avantages pour les calédoniens ?
très divers : agro alimentaire, tourisme, services, haute tech- Les SEM se professionnalisent et les « reporting » s’améliorent, ce
nologie, etc. Au total, ce sont plusieurs milliards de francs qui qui permet de mieux cibler les actions.
sont investis. Ces participations ont pour objectif de donner Pour les SEM de développement économique la création
les moyens nécessaires à ces entreprises pour accélérer leur d’emploi apparaît comme le premier objectif, à la condition de
développement. ne pas déstabiliser le secteur privé par une distorsion de concur-
Il est compliqué de réaliser des projets à vocation écono- rence.
mique sur terres coutumières. La médiation conduite par les Pour la Nouvelle-Calédonie, garantir une qualité de service au
SEM entre le porteur de projet privé et les responsables cou- plus grand nombre sur un certain nombre de secteurs stratégi-
tumiers est donc indispensable. Elles apportent une garantie ques est la priorité. Cela demande d’améliorer encore la gestion
de succès aux deux parties en préservant les intérêts de cha- des participations avec des objectifs précis et de mieux définir
cun et permettent aux projets d’aboutir dans les meilleures le mode de contrôle nécessaire.
conditions. Le pays est toujours en construction et le secteur public doit
Les SEM ont pour vocation de se désengager à terme des accompagner ce développement. Mais, pour certains, il est trop
sociétés dans lesquelles elles détiennent des participations, présent dans l’économie marchande se substituant au secteur
et dès que celles-ci atteignent leur seuil de rentabilité. Mais privé, alors que, pour d’autres, il doit continuer à contrôler une
dans les faits, les délais pour atteindre la rentabilité s’avèrent partie de l’économie.
souvent longs, contraignant les SEM à prolonger leur rôle d’ac- Les partenariats public-privé ne sont pas développés alors que
compagnement de l’entreprise. Cependant, certains projets cela devrait être une alternative.
sont tout de même arrêtés rapidement (dans les trois premiè- La question de l’équilibre entre le secteur privé et le secteur
res années) pour objectifs non atteints. Par ailleurs, la cession public n’est pas tranchée. Cette question difficile voire passion-
des parts à un privé peut s’avérer compliquée par manque nelle devra faire l’objet d’échanges dans la phase de la définition
d’ acquéreurs potentiels. Enfin, les SEM reconnaissent mainte- des orientations. Une implication des acteurs publics plus forte
nir leurs participations dans quelques « success story » afin de permettrait de nourrir le débat.

91
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

4. Un manque de stratégie économique


4.1 Une coordination territoriale perfectible de secteurs et de produits pour lesquels la Nouvelle-Calédonie
La Nouvelle-Calédonie est compétente sur de nombreux do- dispose de réels avantages et où le prix de revient comparé au
maines qui ont un impact sur le développement économique : produit importé serait compétitif.
concurrence, réglementation des prix, organisation des mar- Le tourisme est parfois présenté comme une possible roue
chés, fiscalité, importations, exportations, régimes douaniers, de secours pour l’économie du pays, notamment son économie
réglementation des investissements étrangers. rurale, mais il ne semble pas y avoir de consensus sur son réel
Mais il revient aux provinces de promouvoir et d’aider le déve- potentiel de développement, ni même sur la cible visée en ter-
loppement économique, et elles développent en la matière des mes de clientèle.
stratégies qui leur sont propres. Malgré l’exigüité de l’archipel, et Au-delà des secteurs économiques à dynamiser en priorité,
une population de moins de 250 000 habitants, trois stratégies peut-être manque-t-il également une réflexion et des choix
distinctes de développement économique coexistent, et repo- concernant le « modèle économique » du pays. Se contente-t-
sent sur des visions qui ne sont pas toujours partagées. on d’une concurrence très limitée ? Comment faire en sorte que
L’élaboration des stratégies économiques provinciales et leur les bénéfices se réinvestissent localement ? Quelle place réserver
nécessaire coordination à l’échelle du territoire souffrent d’un à l’intervention publique ? Quels sont, parmi les facteurs freinant
manque d’outils et/ou de structures permettant de les accom- la croissance, ceux sur lesquels on pourrait agir ? Etc.
pagner. Il manque encore de dialogue et d’échanges. Le Conseil Ce questionnement doit rejoindre celui de l’aménagement
Economique et Social, composé de membres des trois provinces du territoire.
aurait pu jouer ce rôle si des études économiques plus prospec- La plupart de ces questions devront faire l’objet d’une atten-
tives avaient été conduites. tion particulière dans le futur schéma d’aménagement et de
Pourtant, des progrès importants sont constatés depuis quel- développement.
ques années, l’Agence Interprovinciale de Développement du Une stratégie claire, si elle avait été mise en place, aurait
Tourisme récemment créée en est un exemple, malgré une permis de définir des objectifs économiques fixant ainsi des
coordination encore imparfaite, la structure rencontrant des dif- priorités, et facilitant la mise en œuvre de dispositifs adaptés, et
ficultés de fonctionnement. Chaque province semble centrée d’indicateurs de résultat. Cela conditionne aussi des dispositifs
sur ses problématiques locales sans chercher à coopérer pour incitatifs : allègement de charges, voire zones franches, primes à
favoriser un développement à l’échelle de la Nouvelle-Calédo- la création d’emplois,…
nie. De fait, il existe peu d’actions dans le domaine économique Même en période de croissance, comme c’est le cas actuelle-
qui soient pilotées à un niveau inter-provincial. ment, des priorités claires sont nécessaires pour favoriser la prise
de décision et l’identification des outils à mettre en place pour
4.2 Des priorités économiques mal définies accompagner l’économie : formations, immobilier d’entreprises,
4.2.1 Au niveau territorial fiscalité,….
Le manque de coordination ne facilite pas la mise en œuvre de Si d’aventure, le pays devait connaître une récession liée à ces
politiques globales sur le long terme. principales ressources, une bonne anticipation permettrait une
Les actions de développement se sont principalement ap- meilleure adaptation aux nouvelles contraintes.
puyées sur le développement du secteur de la mine et de la Des tentatives d’approches stratégiques sectorielles ont été
métallurgie, mais tout le monde s’accorde à dire que la dépen- menées, sur le tourisme en particulier, mais sans pouvoir les
dance du pays vis à vis du nickel est un risque important pour la inscrire dans une stratégie globale de développement écono-
pérennité de son économie. mique.
Le soutien financier métropolitain qui constitue une autre Des opportunités n’ont pas été saisies. Lorsque les différen-
source de revenus prend actuellement trois formes : les sa- tes collectivités ont travaillé sur le dossier d’inscription des
laires, les contrats de développement et la défiscalisation. récifs coralliens au patrimoine de l’Humanité, elles auraient pu
Aucune de ces trois formes n’est susceptible d’augmenter en l’intégrer à une réflexion stratégique d’ensemble, appuyée sur
cas de baisse des prix du nickel. C’est en fait le poids relatif des cette dynamique. Au-delà de l’inscription, quelle utilisation et
transferts de la métropole qui est susceptible d’augmenter valorisation possible ? Quelle cohérence donner à l’économie
parce que les recettes budgétaires propres de la Nouvelle- du pays ?
Calédonie diminuent. Ce soutien ne correspond en rien à
une démarche stratégique économique. Et, là encore, cette 4.2.2 Au niveau provincial
« ressource » est reconnue comme susceptible de réduction, Si les priorités économiques ne sont pas claires au niveau territo-
voire de disparition. rial, elles ne le sont pas beaucoup plus au niveau des provinces.
Malgré ces craintes, aucune réflexion stratégique d’envergure Les codes de développement définissent un ensemble d’accom-
n’a été menée pour chercher à identifier d’autres secteurs pour pagnements pertinents et selon des filières prioritaires au niveau
lesquels la Nouvelle-Calédonie détiendrait des avantages com- provincial. Toutefois, elles ne s’inscrivent pas non plus dans une
pétitifs. démarche plus globale, formalisée au travers d’objectifs écono-
Le développement d’une production locale en substitution miques et sociaux qui puissent être quantifiés.
d’importations (agriculture et petite industrie de transformation) La province nord, conduit cependant des réflexions stratégiques
est un axe reconnu. Mais, au-delà du principe général que la sur les filières, notamment agricoles, avec un projet plus global
gestion fine des règles d’importation peut constituer un cadre à mais sans recherche de coordination particulière avec les autres
l’abri duquel un tel développement est possible, il existerait peu provinces.

92
4.4.1 Une seule vraie démarche filière : la filière crevette
4.3. U
 ne traduction du manque de stratégie Cette filière a été construite sur la base d’un avantage concur-
dans les lois du pays en matière rentiel : l’existence d’écosystème adapté à l’élevage de crevette
de défiscalisation de qualité, d’un positionnement produit adapté : produit de
L’objectif premier des lois du pays en matière de défiscalisation qualité, haut-de-gamme, pour des marchés de niche, et pou-
est de compenser le handicap compétitif des entreprises calé- vant s’appuyer sur un marché local dynamique (les calédoniens
doniennes. Le second objectif est de favoriser la diversification sont très consommateurs de crevettes) et des marchés export
de l’économie en soutenant plus précisément certains secteurs, de proximité (Asie) ou plus éloignés (Europe).
en cohérence avec la stratégie économique voulue. Mais, par Autre atout de cette filière : elle est un outil d’aménagement
manque d’analyse, les lois de défiscalisation ont défini leurs pro- durable du territoire puisqu’elle doit combiner production, trans-
pres choix de diversification. formation et distribution tout en préservant un environnement
Deux dispositifs de défiscalisation sont possibles sur le terri- de production de qualité nécessaire au bon développement
toire et peuvent se cumuler. des larves. Les trois fonctions peuvent être localisées sur tout
lU n dispositif local (loi Frogier puis loi Martin), géré par la Direc- le territoire.
tion des Services Fiscaux de la Nouvelle-Calédonie, qui cible les Les pouvoirs publics ont alors joué leur rôle d’initiateur et de
énergies renouvelables, la recherche et le développement, l’hô- soutien à la filière, en équilibrant les apports du secteur public
tellerie, les résidences de tourisme et les villages de vacances, et ceux du privé aux différents stades de la filière. Le soutien a
l’animation touristique, les maisons de retraite, les crèches, la pê- été complété par un apport en Recherche&Développement via
che industrielle, l’aquaculture, l’élevage de cervidés, la caféiculture, l’IFREMER.
la sylviculture, la production laitière, la transformation des produits Avec un volume de production suffisant (2 000 tonnes par an)
agricoles locaux, des produits de la pêche, l’industrie de transfor- pour attaquer les marchés de niche (marché mondial : 6 millions
mation répondant à des critères de valeur ajoutée de production, de tonnes par an), il a été possible de développer une véritable
l’industrie de valorisation et de recyclage des déchets, l’exploita- stratégie marketing et commerciale.
tion d’une délégation ou d’une concession de service public local, Cette filière demande encore une certaine structuration pour
les transports terrestres urbains et suburbains. apporter plus de cohérence : il faut fédérer les écloseries, et ren-
lU n dispositif « métropolitain », la loi Girardin, qui est géré par les dre les outils de transformation plus complémentaires.
services de l’Etat. Il vise le logement et l’ensemble des secteurs Aujourd’hui, cette filière connaît des difficultés sur les marchés
exceptés le commerce, les activités financières, d’expertise et car les coûts de production sont élevés et les crevettes calédo-
de conseil, la navigation de croisière et la restauration. niennes ne sont alors plus compétitives sur des marchés dont
La multiplication des secteurs éligibles est sans doute positif la demande évolue. Dans ce cadre, elle bénéficie du soutien fi-
pour les entreprises, mais n’aurait il pas été plus judicieux de nancier des pouvoirs publics (428 millions FCFP en 2007). Il est
travailler de manière plus fine en ciblant quelques secteurs spé- donc indispensable de s’inscrire dans la durée pour continuer à
cifiques ? Le manque d’analyse stratégique ne l’a pas permis. adapter l’outil calédonien.
Les premières lois n’étaient pas conditionnées à l’obtention Une analyse prospective plus fine devrait pouvoir aider la fi-
de résultat (emplois, retombées économiques,…) mais, depuis lière à se consolider.
2008, une évaluation des impacts fiscaux et sociaux est conduite Seul produit d’exportation de référence en dehors du nic-
pour chaque projet pour pouvoir bénéficier des agréments. Là kel, on peut se demander pourquoi cette réflexion stratégique
encore, une stratégie bien définie faciliterait la mise en place sur la crevette n’a pas été reproduite avec succès dans d’autres
d’indicateurs précis permettant de suivre les effets de ces me- filières ?
sures sur l’économie8.
4.4.2 Des filières agricoles et agro alimentaires qui restent
4.4 Une conséquence directe du manque à mieux structurer
de stratégie : peu de filières compétitives Quelles que soient les filières animales et végétales, l’organisation
et organisées des professionnels qui les composent (producteurs, colporteurs,
La création de filières est conditionnée par l’existence d’un grossistes, transformateurs et distributeurs) manque de struc-
marché, la maîtrise de savoir-faire, la présence de compéten- turation.
ces spécifiques et de plusieurs acteurs économiques ayant un La prise en compte des marchés n’est pas suffisante pour calibrer
intérêt commun (marché, technologie,…). Vient ensuite l’identi- un volume de production en général trop faible pour fournir le
fication des avantages concurrentiels. L’existence de filières aide à marché local, ce qui amène à importer un certain nombre de
structurer un territoire. Or, la Nouvelle-Calédonie, n’a pas eu cette produits agricoles. Cette meilleure prise en compte permettrait
politique de développement de filières reposant sur un avantage d’améliorer le fonctionnement de la Commission des Flux et des
concurrentiel durable, en dehors du nickel et de la crevette. Cotations.
Si l’objectif de développement est le plus souvent d’ordre Le niveau de qualité et de normalisation des productions est
économique afin d’améliorer la compétitivité des entreprises, aussi perfectible. L’ERPA, conscient de ces difficultés, œuvre dans
d’autres facteurs peuvent justifier leur développement : ce sens. Mais cela demande une certaine professionnalisation
lv olonté de maintenir des filières pour contribuer à l’aménagement des agriculteurs, tout en garantissant la rentabilité de leurs ex-
du territoire et au maintien de la population en milieu rural. ploitations.
lv olonté de conserver une autosuffisance alimentaire la plus L’agriculture calédonienne possède un large potentiel de pro-
élevée possible en vue des crises agricoles et alimentaires qui ductions diverses, à la condition d’analyser celles pour lesquelles
se profilent, et d’être autosuffisant sur des secteurs industriels elle a les meilleurs avantages concurrentiels, en particulier en
relevant de l’agroalimentaire. termes de coût.

8
En 2007, l’aide fiscale accordée par la Nouvelle-Calédonie est de 12 milliards FCFP, celle de l’Etat 18 milliards FCFP. Ce sont les secteurs du logement et des énergies renouvelables qui
en bénéficient majoritairement.
93
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

L’exemple de la squash est à souligner. Une analyse a été conduite l la filière bois semble nécessiter une intervention importante
en fonction d’un marché identifié. La production et la commer- des pouvoirs publics pour mieux organiser les différents ac-
cialisation ont été réfléchies pour répondre à la demande. Le teurs.
succès n’a pourtant pas été celui escompté, sans doute par man- A ceux là, il faudrait pouvoir ajouter un soutien en R&D plus axé
que d’organisation. sur les entreprises, d’autant que ces filières ont la chance de pou-
La collecte des productions agricoles exigerait un peu plus voir disposer sur place d’outils comme l’IAC, l’AICA ou l’IFREMER.
d’organisation. Il existe peu de systèmes coopératifs par exem- Les échanges entre les producteurs et les organismes de recher-
ple qui pourraient pallier à cette déficience. La collecte reste che doivent s’amplifier.
donc encore très éparpillée et tributaire de l’individualisme des L’agriculture et l’aquaculture donnent l’impression de se cher-
exploitants. cher au travers de nombreuses tentatives de structuration de
Viennent ensuite la distribution ou la transformation. filières au résultat plus ou moins positif :
Pour la distribution, il y a encore peu de concertation entre l l a filière café n’a pu se développer car les pouvoirs publics ont

les enseignes de la grande distribution et les petits produc- voulu imposer un modèle de développement économique en
teurs, avec des rapports de force souvent peu favorables aux inadéquation avec les attentes et la volonté des personnes ;
derniers. Une des conséquences est le maintien de la dis- l l a filière bovine, qui pourrait représenter un fort potentiel,

tribution au travers de filières courtes : ventes directes sur connaît des difficultés à se développer ;
les marchés. Ces deux modes de distribution ne sont pas l la filière porcine est en cours de structuration ;

antinomiques mais il faut savoir les concilier car les volumes l la filière squash, tournée vers l’export (ERPA) ;

à produire sont très différents pour l’exploitant selon qu’il l l a filière bois, qui importe beaucoup plus qu’elle n’utilise les

s’adresse à un circuit ou à un autre. Dans les deux cas, les bois produits localement (filière en cours d’organisation) ;
producteurs comme les circuits de distribution sont orientés l la filière cerf, tournée vers l’export (OCEF) ;

vers le marché calédonien, faute de volumes suffisants mais l la filière maïs ;

aussi parce que ce marché est plus facile d’accès et qu’il est l l a filière horticole semble prometteuse parce qu’elle corres-

en partie protégé. pond aux attentes des consommateurs et qu’elle peut s’inscrire
Pour la transformation, très peu de productions agricoles locales dans les programmes de revégétalisation, et de là, développer
peuvent être utilisées par les unités industrielles agroalimentaires de réels savoir-faire.
qui doivent donc importer une partie de leur matière première. L’agriculture, et dans une moindre mesure l’aquaculture, ont
Dans les deux cas, il existe peu d’accords professionnels ou atteint aujourd’hui une situation critique, d’autant plus in-
interprofessionnels (avec la distribution en particulier) permet- quiétante que l’on assiste à une raréfaction des ressources
tant de mieux écouler/gérer la production. Les commissions ou agricoles mondiales. Le déficit de politique agricole évoqué
structures chargées de coordonner la filière, que ce soit la DAE, plus haut peut s’avérer être un handicap sérieux pour l’avenir
l’OCEF ou l’ERPA, fixent des objectifs quantitatifs et qualitatifs qui du pays.
ont du mal à être atteints.
La pêche cherche à s’inscrire dans une stratégie de dévelop- 4.4.3 Une absence de filières tertiaires et industrielles
pement plus structurée avec la recherche de nouveaux marchés autres que le nickel
et la capacité à les fournir dans des volumes et avec une qualité Avec plus de 1 000 entreprises et environ 6 000 emplois, l’impor-
suffisants. Mais, c’est un domaine où la définition d’une appro- tance du secteur industriel est réelle. Mais il est trop éclaté pour
che commune entre les trois provinces, le gouvernement et faire émerger une ou plusieurs filières d’excellence sur lesquelles
l’Etat serait un véritable gage de succès. appuyer une politique au niveau du territoire.
Une telle situation amène les pouvoirs publics à soutenir le Les raisons de l’absence de filières industrielles sont nombreu-
secteur agricole et aquacole dans son ensemble. De nombreux ses et diverses, parmi celles-ci :
services accompagnent ce secteur pour l’aider à se structurer. l un marché domestique étroit qui limite le développement de

Mais, il semble encore manquer de cohérence avec notamment plusieurs entreprises sur un même savoir-faire ;
une analyse plus globale et plus prospective de l’agriculture et lu n marché domestique protégé et sans véritables dispositifs

de l’aquaculture qui fait défaut: quels sont les objectifs fixés ? permettant de stimuler le développement à l’export ;
Quelles sont les productions privilégiées ? Quelle est la place ld es avantages concurrentiels non identifiés pour chercher à

accordée à l’agriculture vivrière ? Quelle valorisation ? Quelle conquérir de nouveaux marchés ;


transformation ? Quels marchés ciblés ? lu n développement des filières qui passe forcément par l’export,

Autant de questions pour lesquelles les réponses sont mal associé à des entreprises calédoniennes qui ne peuvent pas
formulées aujourd’hui, par déficit de réelle politique agricole : toujours être compétitives à l’international ;
formation, installation des jeunes, maîtrise du foncier, modes de l des petites entreprises parfois peu structurées.

productions, qualité des productions, rémunérations, accès aux Le secteur tertiaire n’a pas non plus développé de filière particu-
marchés… lière, si ce n’est le tourisme.
C’est là aussi un point d’approfondissement du futur schéma Les regroupements professionnels existent et ont un rôle
d’aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie. important à jouer dans la structuration des filières. La Fédéra-
On constate sur ces filières que l’appui des pouvoirs publics a tion des Industries de Nouvelle-Calédonie (FINC) qui réunit plus
été bénéfique à leur développement : d’une centaine d’adhérents cherche à conduire des réflexions
l l ’organisation de la filière crevette est en partie liée à l’action allant dans cet esprit.
d’établissement public tel que l’ERPA qui a contribué à struc- Sans aller jusqu’à la création d’une filière, les entrepreneurs
turer la filière ; calédoniens mènent une expérience ECKO9 qui pourrait par la
l l a filière viande a été organisée avec la contribution de l’OCEF ; suite servir de support à une réflexion plus large.

9
Ecko est une association qui a pour vocation d’assister et de représenter les entreprises locales dans le projet industriel du Nord.

94
4.4.4 Un secteur tourisme en panne Cependant, le réflexe de benchmarking commence à être bien
Avec 103 000 visiteurs en 2007, le seuil des 100 000 est atteint présent avec la multiplication des déplacements à l’étranger de
pour la troisième année consécutive mais la hausse observée délégations sur des sujets divers.
localement (2,9%) est inférieure à la hausse au niveau mondial Il manque réellement d’analyse économique stratégique fine
(6%). Si on rajoute les 121 000 croisiéristes, la Nouvelle-Calédo- permettant d’identifier les secteurs présentant un potentiel de
nie totalise 224 000 visiteurs en 2007. développement (ce dernier passe d’ailleurs souvent par l’export).
Les objectifs affichés par le plan de développement concerté Ces analyses pourraient guider les politiques publiques en ren-
du tourisme de 2005 semblent encore loin. Toutes les préco- forçant leur soutien sur certains secteurs et en le réduisant sur
nisations n’ont pas été suivies d’effets. La création d’une image d’autres.
unique de la Nouvelle-Calédonie à l’extérieur par exemple n’a Au-delà des avantages concurrentiels identifiés pour le nickel, la
pas été mise en œuvre (l’avantage concurrentiel n’a pas été Nouvelle-Calédonie doit pouvoir se positionner sur un certain
construit). La coordination nécessaire autour d’une politique de nombre de marchés de niche en faisant valoir des avantages
développement ne semble pas encore suffisante pour soute- concurrentiels à déterminer.
nir et favoriser le développement de ce secteur. La création de Au cours des travaux de l’atelier, différents secteurs ont été évo-
l’Agence Interprovinciale de Développement du Tourisme de- qués. Il reste à évaluer leur réel potentiel de développement et les
vrait favoriser cette coordination. conditions d’accompagnement à mettre en œuvre.
Pourtant, ce secteur présente un intérêt fort pour l’aménage- Filières agricoles :
ment du territoire puisqu’il permet une meilleure diffusion de La filière avicole : la consommation est de l’ordre de 16 000 tonnes
l’économie et fixe les populations en milieu rural. Le tourisme par an en Nouvelle-Calédonie, alors que la production n’est que
n’est encore pas assez développé pour pouvoir parler de « fi- de 500 tonnes. Sur des produits spécifiques positionnés vers le
lière » qui intégrerait un nombre d’acteurs plus important. haut de gamme, la production pourrait atteindre 2 500 tonnes par
Si le manque de coordination est une explication, il faut aussi an et commencer à constituer une filière. L’élevage semi-industriel
s’interroger sur le positionnement commercial préconisé. Est- de poulets pourrait également être développé.
il cohérent avec les avantages concurrentiels qui peuvent être Le miel : là encore, si on arrive à contourner certains individualis-
mis en avant ? Les contraintes d’éloignement, de niveau de prix mes, et avoir une démarche marketing précise, ce produit pourrait
orientent vers un tourisme haut de gamme exigeant alors un connaître un développement en filière avec de la transformation
accueil de haut niveau. La filière viande de porc : la filière pourrait être plus largement dé-
Et puis, quelle stratégie de consolidation apportée par les veloppée
autres filières, agricoles en particulier, pour approvisionner les La filière Tournesol : 2000 tonnes sont importées chaque année
centres touristiques ? Il existe des démarches de ce type, dans les avec un potentiel de développement en local
îles Loyauté par exemple, mais ce n’est pas structuré à l’échelle Filières agroalimentaires :
territoriale. Des niches existent pour la production de produits qui suppor-
Ce décollage difficile du tourisme peut trouver ses causes tent difficilement les voyages (boissons à base de lait et de jus de
dans le manque d’identification des priorités économiques et fruit, biscuits non secs, ..) et la zone pacifique serait preneuse.
des conditions de succès nécessaires à mettre en place pour Filière de services :
servir ces priorités, à commencer peut-être par les modalités et Les services à la personne sont en cours de développement.
les coûts d’acheminement. Les services d’appui à la gestion d’entreprise (facturation, recou-
vrement, paye, comptabilité, …) se développent également.
Les défis de la croissance calédonienne, page 30 dernier paragraphe : L’exploitation du décalage horaire avec l’Europe est une op-
« Les recettes liées à ce secteur se sont élevées à plus de 17 milliards portunité de développement à creuser (utilisation d’internet
de FCFP en 2007 (hors transport international), en progression de haut-débit). Certaines fonctions telles que le juridique, le secré-
37% par rapport à 2001, soit un rythme annuel supérieur à 5%. Ces tariat, ou d’autres prestations à valeur ajoutée pourraient être
recettes représentent en moyenne 2,6% du PIB depuis 2001. Toute- développées sous réserve de disposer d’une offre de qualité en
fois les Calédoniens dépensent également à l’extérieur du territoire matière de nouvelles technologies de communication.
(13 milliards de FCFP en 2007). Les activités touristiques dégagent Filière liée à la valorisation de molécules à forte valeur ajoutée
ainsi 4,1 milliards de FCFP de recettes nettes ». La valorisation de la biodiversité et des molécules qui pourraient
en être extraites peut intéresser l’industrie pharmaceutique et
4.5 U
 n manque de benchmarking10 cosmétique. Toutefois les recherches menées jusqu’à maintenant
et d’outils prospectifs n’ont pas révélé d’intérêt économique majeur.
Pour mieux identifier ses avantages concurrentiels dans un Filière liée aux énergies renouvelables :
contexte mondial sans cesse en évolution et donc mieux défi- La Nouvelle-Calédonie pourrait s’inspirer des objectifs que s’est
nir ses priorités en matière de développement économique via fixée la Réunion en termes de consommation domestique (éven-
la définition des secteurs et des filières à renforcer et soutenir, tail d’énergie renouvelable pour raccordement au réseau), même
la Nouvelle-Calédonie manque d’outils prospectifs et de si la problématique se pose différemment en Nouvelle-Calédo-
benchmark. nie compte tenu des trois usines métallurgiques énergivores qui
Il est par ailleurs important de pouvoir disposer d’études nécessitent une sécurisation en matière d’alimentation électrique.
spécifiques aussi bien pour l’appui au développement de Il existe un potentiel lié à la présence de filière R&D, production
l’export que pour la fourniture du marché local car, sans elles, et distribution, mais ce potentiel reste toutefois à préciser. La
il est alors plus difficile de prévoir et d’anticiper. Cela peut Nouvelle-Calédonie exporte déjà des chauffe-eau solaires et sert
être préjudiciable pour le développement des entreprises et de vitrine pour la vente des éoliennes destinées aux régions
du territoire. cycloniques.

10
T echnique qui consiste à étudier et analyser les performances, les modes d’organisation des concurrents afin de s’en inspirer et d’en tirer le meilleur. C’est un processus continu pour
améliorer la performance de son organisation.
95
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

5. Une production locale existante et favorisée


5.1. U
 ne logique de substitution aux produits On passe là d’une production de substitution aux importations
d’importation qui doit évoluer à une production de conquête de parts de marchés, sans doute
Dans les années 80, le développement du tissu économique et régionales dans un premier temps.
plus précisément industriel, qui a connu une réussite certaine,
a été le fruit d’une volonté politique qui a plus visé à rétablir 5.2. D
 es produits de grande consommation
un climat de paix sociale en créant des emplois. Il n’y a pas eu généralement plus chers,
de réflexion stratégique industrielle sur les secteurs pertinents à et une offre plus restreinte
développer par rapport aux avantages concurrentiels internatio- Avec des coûts d’acheminement plus élevés, des volumes d’im-
naux que pouvait avoir la Nouvelle-Calédonie. portations de matières premières faibles qui ne permettent pas
Les créations d’entreprises ont reposé sur des savoir-faire dé- de négocier les tarifs, des investissements surdimensionnés,
tenus par des individus, et principalement dans une logique de une électricité chère, sauf exception, les productions locales
fabrication de produits se substituant aux importations dans peuvent générer un surcoût par rapport à l’importation des mê-
l’objectif de répondre au marché intérieur, sans rechercher for- mes produits finis. A cela s’ajoute des coûts de main d’œuvre
cément à conquérir de nouveaux marchés. qui doivent être répercutés sur un volume de production moins
Sortant d’un contexte politique dur, il était difficile de conduire important11.
une réflexion stratégique sur les secteurs d’activités à dévelop- On retrouve des contraintes identiques pour la distribution en
per et à appuyer par de la formation et de l’innovation. termes de négociation tarifaire sur les volumes, sur le coût de
Par ailleurs, ce mode d’évolution est normal pour un pays qui main d’œuvre réparti sur un volume vendu moindre. Mais, à la
est encore, dans certaines zones géographiques, en voie de dé- base, le prix du produit fini importé par la grande distribution
veloppement et qui doit donc maîtriser ses marchés intérieurs coûte moins cher qu’un produit local.
avant de tenter les marchés internationaux. Ces coûts sont sans doute amplifiés en brousse, car il faut ra-
Cette logique prédomine peut être encore aujourd’hui, mais jouter les coûts d’acheminement des matières depuis Nouméa,
on observe une réelle tendance de la part des entreprises à re- seule porte d’entrée internationale du territoire, puis retour vers
chercher de nouveaux marchés. Nouméa, car le seul et unique grand centre de consommation.
On retrouve donc principalement des productions correspon- Sur certains produits –importés ou produits localement- on
dant au marché intérieur, dans les secteurs suivants (source ISEE): arrive donc à des différences de prix consommateur importan-
l i ndustrie agroalimentaire : biscuiterie, produits lactés, chocolat, tes entre des produits vendus en Nouvelle-Calédonie et dans
boissons,… d’autres pays, la métropole en particulier, comme le montre le
l i ndustrie plastique : emballages, produits PVC, mousse,… tableau ci-dessous, alors que d’autres présentent des prix plus
l i ndustrie chimique : cosmétiques, peintures, produits d’entre- attractifs.
tien, insecticides,… COMPARAISON DES PRIX MOYENS EN 2007
lm  atériaux de construction : béton, agglomérés, tôles, charpen- ENTRE NOUMEA ET LA METROPOLE (EN FCFP)
tes métalliques,
l i ndustrie du bois : menuiserie, fabrication de meubles.
Article Article Prix métropole Prix Nouméa
Cependant, on assiste à une certaine évolution depuis 5 ou 6
Baguette de pain 300 g 110 93
ans. La preuve en est, la création d’entreprises sur des activités
liées à l’internet ou aux domaines de l’environnement. Pâtes alimentaires supérieures 500 g 85 242
La création d’un véritable tissu industriel, qui n’a sans doute Filet de bœuf 1 kg 3 792 2 921
pas son équivalent dans les autres territoires d’outre-mer, et qui
Gigot d’agneau 1 kg 1 841 1 321
permet d’avoir un réel potentiel de développement industriel,
a été soutenue par les pouvoirs publics par la mise en place Echine de porc 1 kg 865 1 619
d’outils comme les protections ou la défiscalisation. Aujourd’hui Jambon supérieur 1 kg 1 543 1 564
les acteurs économiques s’accordent sur l’idée de faire évoluer
Lait demi écrémé 1l 79 100
ce dispositif de production. Les entreprises sont sans cesse à la
recherche de solutions d’amélioration de leur compétitivité. Or, Yaourts nature 500 g 82 330
Source : CCI, (la liste contient aussi bien des produits d’import que des produits locaux)

nous l’avons annoncé dès l’introduction, le marché local est res- Beurre en plaquette 250 g 180 231
treint et il rend plus difficile l‘amortissement des investissements Thon 1 kg Nd 1 207
nécessaires.
Crevettes 1 kg 2 174 1 434
Et plus une économie est petite, plus elle doit chercher à se spé-
cialiser sur un petit nombre de produits non seulement destinés Champignons en boite 460 g 368 350
au marché local, mais aussi à l’exportation, et donc permettre Haricots extra-fins en boite 460 g 172 236
une production à plus grande échelle pour rentabiliser les in-
Sucre en morceaux 1 kg 165 145
vestissements. En contre partie, cela lui apporte les moyens
d’importer les produits dont la production locale n’est pas éco- Café moulu 500 g 310 815

nomiquement justifiée. Eau minérale non gazeuse 1,5 l 59 145


Cette spécialisation permet aux collectivités de pouvoir accom- Whisky 75 cl 1 493 2 423
pagner les entreprises par des outils adaptés : fiscalité, formation,
Carottes 1 kg 132 375
innovation.

11
Les coûts de main d’œuvre sont comparables à ceux des pays développés (voir atelier 4 mondialisation) mais restent plus élevés que ceux des petits états insulaires du Pacifique et certains pays d’Asie. Cela dit, il n’existe pas d’analyse de la
productivité en Nouvelle-Calédonie. Or, le rapport productivité/masse salariale permet d’obtenir la comparaison la plus pertinente entre pays.
96
Article Article Prix métropole Prix Nouméa Les labels sont assez peu développés or ils permettent la promo-
Oignons 1 kg 235 326 tion de produits d’origine en les différenciant de la concurrence. Ils
sont souvent un gage d’authenticité valorisable sur les marchés.
Pomme de terre nouvelles 1 kg Nd 171
On peut citer l’expérience de « Saveur authentique des îles »
Tomates 1 kg 302 601 mais qui reste encore confidentielle.
Essence sans plomb 1l 154 132 La FINC développe aussi le label « Je produis calédonien », dans
Gazole 1l 129 104
le but de valoriser les productions locales. La Commission du
Pacifique Sud conduit aussi une réflexion sur les produits bio
Réparation automobile 1h 6 622 4 944
d’origine Pacifique Sud.
Consultation chez un médecin 1 2 800 3 367
généraliste
5.4 L es attentes des consommateurs
Shampoing et coupe homme 1 2 147 1 663 méconnues
La satisfaction du client est un objectif à atteindre pour toute
Cette structure de coût qui entraine ces prix de vente élevés entreprise et les entreprises calédoniennes, producteurs com-
pousse certains producteurs à demander des mesures protec- me importateurs, ne dérogent pas à la règle. Les entreprises qui
tionnistes dans le but d’avoir une part du marché intérieur plus fabriquent des produits sous licence sont dans l’obligation de
large – voire la totalité – pour produire à plus grande échelle et respecter les cahiers des charges de leurs franchiseurs, la qualité
donc être plus compétitif. Elle n’incite pas non plus à exporter12. des produits est donc identique à ceux fabriqués ailleurs dans
Une autre conséquence est une offre de produits plus restrein- le monde.
te que dans des pays aux marchés de consommation plus large. Aujourd’hui, les consommateurs calédoniens sont plus avertis
Les importateurs, doivent optimiser les volumes pour obtenir les et comparent davantage les produits. Et avec un meilleur accès
meilleurs prix et donc réduire le nombre de produits et les produc- à l’information, les consommateurs sont constamment sollicités
teurs locaux, pour rentabiliser leur outil productif, ne peuvent pas par de nouveaux produits leur offrant une plus grande diversité
se disperser dans une multitude de produits. Cependant, comme avec des rapports qualité/prix souvent plus avantageux. Ils sont
nous l’avons vu dans le paragraphe précédent, la recherche de di- donc plus exigeants. Si, auparavant, des produits peu sophis-
versification dans la production de grande consommation, n’est pas tiqués pouvaient les satisfaire, ce n’est sans doute plus le cas
forcément adaptée aux marchés comme la Nouvelle-Calédonie. maintenant..
Le consommateur est de plus en plus attentif au prix. Dans Les organisations de consommateurs sont peu nombreuses
une réflexion plus stratégique, la prise en compte de son attente et peu structurées et les attentes des consommateurs sont en-
doit être renforcée. core mal connues. L’UFC n’a pas encore conduit d’études sur
ces aspects. L’UFC peut seulement constater, sans le mesurer,
5.3 U
 ne politique de franchise plutôt qu’un un nombre croissant d’appels relatifs à l’insatisfaction des clients
développement de marques locales face à la qualité des produits disponibles.
Avec un objectif initial de remplacer les produits d’importation Le système concurrentiel pousse les entreprises à améliorer
par des produits locaux, s’est sans doute posée la question des sans cesse la qualité de leur offre. Sur un marché restreint comme
marques commerciales. Or, les coûts de développement d’une le marché calédonien, le nombre de concurrents est forcément
marque sont tels qu’il est difficile de les amortir sur un marché plus limité. Certains consommateurs, par méconnaissance,
restreint. Et la petite taille des entreprises ne leur permet pas de peuvent alors s’interroger sur le niveau de qualité des produits
se doter des outils marketings les plus performants. Il est donc calédoniens, plus particulièrement ceux qui sont protégés.
plus facile de s’adosser à une marque déjà connue pour laquelle Si une image de moins bonne qualité des productions calé-
la promotion sera plus aisée. doniennes persiste, tout le monde semble cependant s’accorder
Il en est de même pour les process industriels, la conception sur une amélioration de cette qualité. La mise en place de nor-
est onéreuse et il est là encore plus avantageux, pour des petites mes reconnues ou de labels de qualité pourrait sans doute
productions, de s’appuyer sur des savoir-faire déjà maîtrisés. améliorer l’image de marque des productions locales.
La conséquence a été l’acquisition de licences auprès de grands
groupes extérieurs au territoire. 5.5 D
 es outils publics
Si cette démarche est justifiée pour conquérir les parts de pour favoriser la production locale
marché, elle a aussi un revers, car il est alors plus difficile pour le Tout d’abord, une production agricole performante, non seule-
consommateur – qui n’a pas intégré la structure des coûts- de ment apporte une certaine autosuffisance alimentaire mais elle
comprendre pourquoi par exemple un produit de marque x est permet aussi l’aménagement du territoire et le maintien des
plus cher en Nouvelle-Calédonie qu’en métropole. populations en milieu rural. Une industrie peut faciliter l’écoule-
Autre conséquence, cela ne favorise pas la lisibilité de la pro- ment des produits agricoles, des matières premières et là encore
duction calédonienne dans le marché régional et peut sans permettre au pays de gagner en autosuffisance alimentaire. On
doute rendre plus difficile la pénétration des marchés voisins car peut retrouver la même logique dans les services. C’est aussi un
là encore pourquoi importer le produit x depuis la Nouvelle-Ca- moyen de limiter les délais d’approvisionnement des produits
lédonie alors qu’il peut être moins cher importé de métropole. de consommation stratégiques, surtout quand on est tributaire
Cela n’empêche pas certaines entreprises, et elles sont cer- d’un certain isolement géographique.
tainement plus nombreuses qu’on le pense, d’avoir développé C’est donc toute une structuration du pays qui est en jeu avec
leurs propres marques avec succès. On peut citer par exemple à la clé des créations d’emplois, des créations de richesses, donc
les marques suivantes : La Française, Tricot Rayé, Tulem, Oro, des sources de revenus complémentaires, sans négliger l’impact
Number One, Sun Ray,… sur la stabilité sociale.

12
Il a été vu dans l’atelier « mondialisation » que les dispositifs d’accompagnement à l’export n’étaient pas non plus incitatifs

97
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

En plus des éléments cités précédemment, le développe- qu’elles soient monétaires ou plus techniques (outils de produc-
ment d’un outil de production local favorise l’émergence de tions, qualifications des personnes,…)
compétences et de savoir-faire techniques. Il aide à créer un Parce que l’intérêt est important pour le territoire, les pouvoirs
réseau de sous-traitance et de services aux entreprises, et in- publics apportent leur soutien au développement des produc-
cite à la création de centres de recherche et développement. tions locales au travers de deux outils essentiels :
Les retombées d’emplois indirects peuvent donc être impor- l les dispositifs de protection (voir supra)

tantes pour un petit territoire comme la Nouvelle-Calédonie. l l es dispositifs de défiscalisation qui ont été étendus à l’industrie

C’est aussi un levier d’échange avec les pays voisins, sur un récemment.
plan commercial en premier lieu mais en devenant aussi un A ceux là, il faut rajouter les soutiens apportés par les différents
outil d’attractivité. outils provinciaux : codes de développement et SEM provinciales.
Mais, si ce tissu économique est plutôt développé pour un Ces dispositifs incitatifs sont indispensables pour accompa-
territoire de cette taille, il est peu suivi. Il manque d’un observa- gner un tissu économique mais leurs retombées ont-elles été
toire analysant précisément les richesses induites par ce secteur, analysées et les secteurs ciblés sont-ils les bons ?

6. Un système concurrentiel à faire évoluer


6.1 Un système de protection qui s’améliore A cette protection tarifaire, s’ajoutent des barrières non tarifai-
La Nouvelle-Calédonie possède la compétence fiscale qui per- res de protection des industries locales comme les restrictions
met de fixer les barrières de protection à l’entrée sur le territoire quantitatives.
et la compétence en matière de concurrence et de réglemen- C’est aussi un moyen pour une meilleure maîtrise des appro-
tation des prix. visionnements et un meilleur contrôle de la qualité, mais à la
La Nouvelle-Calédonie a classé les marchandises importées condition que ces contrôles soient bien effectués.
en 4 catégories : L’objectif d’un dispositif de protection est aussi de donner la
l les marchandises totalement libres ; possibilité aux entreprises de se développer dans les meilleures
l l es marchandises soumises à la présentation préalable d’une conditions sur leur marché intérieur, mais n’y-a-t-il pas un risque
autorisation administrative d’importation ; de voir certaines entreprises profiter de cet avantage pour ins-
l l es marchandises interdites pour des raisons de santé et de taller de véritables rentes de situation ?
sécurité ; Les acteurs économiques s’accordent sur le fait que cer-
l l es marchandises soumises à des mesures de restrictions quan- tains abus ont pu exister par le passé et qu’il était nécessaire
titatives : suspension ou contingentement. que le système évolue pour favoriser la compétitivité des
Ces dernières sont destinées à protéger les productions locales. entreprises. La mise en place depuis 18 mois du Comité
Des droits de douane, et, parfois la mise en place de mesures consultatif pour le Commerce Extérieur a été dans ce sens.
de protection spéciale, de nature fiscale (TCPPL) ou physique La liste annuelle citée plus haut permet d’améliorer la lisi-
(mesures « STOP » = suspendu toutes origines et provenances) bilité avec un ensemble de critères connus de tous pour
sont décidés. justifier d’une demande de protection, et ce dans l’intérêt
Le gouvernement vote chaque année une liste de marchan- du consommateur calédonien.
dises qui constitue le programme annuel des importations. En Une grande avancée a été la définition d’une durée de la pro-
2008, 333 catégories de marchandises sont soumises à restric- tection fixée à 5 ans. Cette période pourra être prolongée sauf si
tions quantitatives. Sur ces 333, 168 sont classées STOP. l’administration démontre que la protection n’a plus lieu d’être,
Cette liste est établie de façon concertée avec les représentants car ne répondant plus aux critères d’éligibilité. Mais l’administra-
du monde économique. Seuls sont protégés les produits qui tion aura-telle les moyens de mesurer l’impact positif ou non de
peuvent répondre à des critères d’impact sur le développement la protection en question ?
de l’économie locale. Il est important que la compétition existe entre les différents
La volonté de la Nouvelle-Calédonie de protéger son secteur produits car elle favorise l’amélioration de la performance et de
productif n’est pas différente des autres pays du monde, qui la qualité. Il faut donc être vigilant à ce qu’un excès de protec-
cherchent à peu près tous à stabiliser leur économie et leurs em- tionnisme ne diminue pas cette recherche de progrès.
plois vis à vis de bouleversements potentiellement très rapides, La protection reste indispensable pour le développement
et qui protègent en conséquence leurs productions agricoles, de l’économie calédonienne, mais elle doit être utilisée à bon
manufacturières, ou leurs services, soit, par des barrières tarifaires escient (intérêt du produit, impact sur l’emploi…). Elle doit
comme celles citées, soit par d’autres moyens : normes, critères être en accord avec une stratégie économique claire, ce qui
de qualité, lourdeurs administratives, etc. (les mesures de contin- fait défaut actuellement. On peut ainsi s’interroger sur les
gentement étant sauf exception interdites par les accords du motivations de protection de certains produits, alors que la
GATT - OMC). Mais elle a opté pour un niveau élevé – par rap- plupart des produits de la même filière ne sont pas protégés.
port aux standards internationaux – de protection de son propre Une approche de la protection par filière ne serait-elle pas plus
marché. Le taux moyen de la fiscalité à l’importation (ensemble performante ?
des droits et taxes) est effectivement de 16,1% en 2007 (pour mé-
moire ce taux était de 24 % en 2000 et baisse progressivement 6.2 U
 n système de régulation
chaque année) alors qu’il est selon l’OMC de 3,5% en Australie, de la concurrence à optimiser
de 3% en Nouvelle-Zélande et de 5% dans l’Union Européenne Il n’existe pas d’autorité administrative indépendante compé-
(source Organisation Mondiale du Commerce et douanes). tente sur les questions de concurrence alors que pas moins de

98
90 pays dans le monde, parmi lesquels des petits états comme attentif aux abus qui peuvent exister. Ces abus peuvent se re-
Malte, l’Islande ou Fidji, en possèdent une. L’un des objectifs de trouver aussi bien dans la production que dans la distribution. La
ces organisations est la protection du consommateur, et là en- concurrence entre entreprises ne favorise-t-elle pas la recherche
core, on constate une certaine faiblesse des règles de protection permanente d’une plus grande performance ?
du consommateur (cf atelier 9), alors qu’il s’agit d’un sujet majeur La délibération du 6 octobre 2004 donne quelques indica-
au sein de l’union européenne. tions pour l’encadrement des prix et des marges, auxquelles les
La réglementation en matière de concurrence a été renfor- entreprises peuvent se référer.
cée après le vote du congrès le 6 octobre 2004 : réglementation Là encore, du fait de la taille du marché, les entreprises sont
des prix, respect des règles de loyauté commerciale, pratiques obligées de calculer leur marge en fonction de volumes plus
anticoncurrentielles, prohibant l’entente et l’abus de position restreints, et la plupart sont certainement dans l’obligation d’ap-
dominante. pliquer des coefficients plus élevés que ceux qui sont pratiqués
L’implantation de nouveaux acteurs sur le marché local est pos- dans des marchés plus importants. Cependant, là encore, il faut
sible, à la condition qu’il respecte les règles de la concurrence veiller aux éventuels abus.
locale. Les entreprises calédoniennes ont l’obligation de déposer
Le pays semble être doté des bons textes, mais les moyens leurs comptes au greffe du Tribunal de Commerce Mais peu
affectés au contrôle sont-ils suffisants ? remplissent leurs obligations. Cette opacité ne provoque-t-elle
Il est parfois difficile sur un petit marché d’avoir plusieurs ac- pas une certaine méfiance du consommateur vis à vis des entre-
teurs sur un même créneau. Il peut donc y avoir rapidement des prises locales ? N’est-ce pas un handicap dans un pays où de plus
situations monopolistiques ou oligopolistiques. Il faut donc être en plus de citoyens s’élèvent contre la vie chère ?

7. D
 es entreprises face à des problématiques
diverses : des freins à la performance
Nous ne reviendrons pas dans ce chapitre sur les freins déjà évoqués quelques points, abordés au cours de l’atelier.
dans la partie consacrée à la production locale. D’autres facteurs de La Nouvelle-Calédonie est en plein essor économique et la
performance ont été abordés dans l’atelier mondialisation. main d’œuvre se fait donc plus rare et est plus courtisée. Cet-
te difficulté augmente avec le niveau de qualification requis,
7.1 D
 es entreprises peu structurées qui, devient de plus en plus élevé. Les entreprises sont donc
du fait de leur taille confrontées à des difficultés de recrutement mais pour des
Trop petites, les entreprises ne sont pas structurées pour se raisons multiples :
développer dans les meilleures conditions : déficit de gestion, l l es entreprises sont principalement de petites entreprises qui

de marketing, d’innovation, formation des dirigeants… La liste sont peu structurées pour bien identifier leurs besoins ;
pourrait être longue. La conséquence est qu’elles ne sont pas lc  ertains secteurs sont plus attractifs que d’autres ;

armées ni pour répondre aux marchés des multinationales du l i l existe des concurrences géographiques dues à la concen-

nickel, ni pour conquérir de nouveaux marchés extérieurs, et tration des entreprises sur Nouméa. Mais, il est également
peut-être pas non plus pour faire face à la concurrence des en- possible, mais cela doit être vérifié, que les entreprises de
treprises qui exportent vers la Nouvelle-Calédonie. brousse connaissent tout autant de difficultés du fait de l’exo-
Autre conséquence de la faible structuration des entreprises : de rural ;
un manque de stratégie. Les dirigeants éprouvent souvent des l l es entreprises sont confrontées à la priorité donnée à « l’em-

difficultés à anticiper et fonctionnent « au coup par coup », sans ploi local » qui peut limiter l’offre de main d’œuvre qualifiée
toujours chercher à construire dans la durée. disponible. Mais en même temps, cette priorité peut motiver
Pour pallier le déficit de taille, il pourrait y avoir des réseaux les jeunes à plus se former ;
d’entreprises, pour mutualiser des moyens. Mais de telles orga- l l a Nouvelle-Calédonie offre globalement un niveau de for-

nisations existent rarement. mation initiale de qualité mais calqué sur les besoins des
Les entreprises calédoniennes sont presque toutes concen- entreprises métropolitaines (manque d’apprentissage techni-
trées sur le seul marché intérieur qui est leur « gagne pain », que) et incomplet. L’adaptation sectorielle des formations aux
parce que trop petites pour être présentes sur plusieurs marchés. entreprises n’est pas totale. Les compétences sur des postes de
Leurs risques marchés ne sont donc pas répartis. Cette donnée à maîtrise, export, marketing,… sont difficiles à trouver.
un impact psychologique sans doute beaucoup plus important Il n’existe pas de systèmes financiers équivalents à la taxe d’ap-
que dans des grandes entreprises. En effet, certaines peuvent prentissage métropolitaine qui incite les entreprises à s’impliquer
craindre le résultat du référendum sur l’autodétermination et dans les dispositifs de formation. Ces mesures peuvent permet-
être conduites à rechercher un retour sur investissement à court tre une meilleure adéquation entre les besoins des entreprises
terme, et donc à adopter un mode de performance différent et l’offre de formation.
d’une entreprise qui a une visibilité sur le long terme.
7.2.2 Une productivité inconnue
7.2. Un volet ressources humaines complexe Des chefs d’entreprises se plaignent d’un taux d’absentéisme
7.2.1 Des difficultés à recruter parfois important et de rythmes de travail pas toujours soute-
Les difficultés de recrutement sont traitées dans l’atelier 2 nus. Quelle est la réalité ? Aucune étude n’a été produite pour
« Adéquation population- emploi ». Nous n’évoquerons ici que connaître la productivité de la main d’œuvre. Il est donc difficile

99
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

de se comparer aux autres pays développés. La flexibilité de la 2. le rapport au travail, les obligations contractuelles, le cadre
main d’œuvre n’est pas non plus particulièrement étudiée. hiérarchique, sont source d’incompréhensions, et les visions di-
vergent sur les besoins en compétence de l’entreprise ;
7.2.3 Un management difficile 3. sur le plan « culturel », l’accès à l’emploi et l’accès aux
Parce que leurs entreprises sont petites et qu’ils doivent remplir emplois les plus qualifiés constituent une cause de tensions in-
de multiples fonctions en interne, les chefs d’entreprises ont peu tercommunautaires ;
de temps à consacrer à des formations en gestion des ressources 4. le marché du travail pose question : un taux très important
humaines et en management. Cette contrainte est encore plus d’actifs sans qualification explique les difficultés à mettre en œuvre
forte dans les entreprises du nord où des îles qui sont éloignées sereinement le principe de priorité à l’emploi local, un taux élevé de
des centres de formation, essentiellement situés à Nouméa. C’est travail précaire (CDD, intérim), et une panne de l’ascenseur social ;
pourtant un point important dans le contexte local ou le mana- 5. le droit du travail est devenu accessible très récemment, et,
gement interculturel est fort. Il faut savoir concilier les différentes par habitude, les conflits étaient traités non pas par le droit, mais
approches de l’entreprise avec des rythmes et des attentes diffé- par des rapports de force ;
rentes selon les communautés. Cet aspect est développé dans 6. le système de représentation du personnel est complexe,
l’atelier 5 « Développement, culture et valeurs identitaires ». avec de nombreuses institutions représentatives, générant su-
A ces difficultés, vient s’additionner une méconnaissance des renchère entre syndicats, et campagne électorale permanente ;
entreprises par les jeunes qui entrent sur le marché du travail. 7. le système de la négociation collective (au niveau de l’entre-
Par ailleurs, étant donnée la taille de la majorité des entreprises, prise) est désuet : négociations « multi-bilatérales » ; négociation
il s’agit essentiellement d’un management de proximité dont portant plus sur des demandes individuelles que collectives ;
l’application doit être très différente que l’on soit à Nouméa ou accords qui se superposent et génèrent de la perte de sens ;
en brousse. remise en chantier perpétuelle de la négociation ;
8. la gestion du personnel est souvent déficiente dans les en-
7.2.4 Une situation sociale qui tend à s’améliorer treprises, du fait notamment d’insuffisances de formation de la
De 2000 à 2005, il est observé une tendance nette à l’augmenta- direction et de l’encadrement.
tion de la conflictualité, mais depuis 2006, la tendance s’inverse.
On assiste à une diminution du nombre de conflits et du nombre C’est à partir de ces constats, que les partenaires syndicaux et pa-
de salariés concernés. Cette évolution conduit mécaniquement à tronaux travaillent sur des axes de progrès déclinés en actions
une diminution du nombre de journées perdues. Le nombre de Trois axes de progrès et 14 actions ont été identifiés :
grévistes continue également de diminuer légèrement. En re- 1. le règlement des conflits ;
vanche, le nombre total de jours de conflits augmente fortement. 2. la formation des acteurs : formation, diffusion des « bonnes
Cela s’explique par trois conflits qui ont été très longs en 2007. pratiques », colloques et séminaires médiatisés sur les relations
de travail ;
TABLEAU SYNTHETIQUE DES CONFLITS COLLECTIFS
A CARACTERE PROFESSIONNEL 3. la régulation des relations de travail au quotidien.
(Etabli à partir des données communiquées Le Conseil du Dialogue social proposé lors de la plénière du Fo-
par les entreprises concernées)
rum du dialogue social, le 14 novembre 2008 devrait répondre
à ces enjeux.
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007

Nombre d’entreprises 22 30 24 30 46 34 42 45 La situation de forte croissance économique, la mise en place


concernées(1)
de ce forum contribuent pleinement à l’amélioration du climat
Nombre de conflits 20 38 29 31 39 54 56 52 social, même s’il y a encore du chemin à parcourir pour arriver à
Nombre de salariés une situation satisfaisante pour tous.
1 447 3 252 2 788 2 311 3 465 6 873 13 187 4 879
concernés(2) Pour cela, les points d’amélioration sont les suivants :
Nombre de grévistes 856 2 176 1 387 1 408 1 803 1 654 1 373 1 279 1. le système calédonien, comme le système métropolitain
dont il est issu, repose beaucoup sur l’encadrement juridique de
Nombre total de jours
de conflits 191 257,5 187 149,5 407 336 421,5 799 la négociation collective ; cela ne favorise pas la prise de recul,
l’anticipation et l’échange commun entre partenaires sociaux ;
Nombre de journées
perdues(3) 7 390,5 9 105,5 12 170 8 258 22 301 33 466 34 360 21 529 2. les partenaires sociaux se sentent en outre insuffisamment
sollicités sur des questions d’ordre économique et social dont les
Source : DTENC

Nombre moyen de réponses conditionnent le dialogue social ;


8 6,77 6,45 4,8 10,4 6,2 7,5 15,36
jours de conflits
3. le dialogue social territorial est globalement insuffisant :
(1) Pour une entreprise du secteur des transports routiers, l’appréciation sur la situation de grève
diverge entre le syndicat et la direction pour la période du 9/11 au 13/11/2007 insuffisance et inadaptation des espaces de dialogue, règles,
(2) Il s’agit des salariés grévistes + des salariés empêchés de travailler normes et orientations sociales influencées par les enjeux de
(3) Elles concernent les journées non travaillées par les grévistes + les journées non travaillées par les
salariés empêchés de travailler du fait du blocage sociétés non partagés et conduisant au rapport de force.

Le « forum du dialogue social » réuni régulièrement depuis 7.3 Des coûts d’acheminement élevés
200613 a permis de formuler, avec un quasi-consensus, des dia- 20 transitaires, 25 compagnies maritimes, 5 acconiers, 4 compa-
gnostics sur les explications de la situation actuelle : gnies aériennes se partagent le marché du transport international.
1. le dialogue entre syndicats et employeurs est globalement Ce marché est complètement ouvert à la concurrence.
de mauvaise qualité mais il a tendance à s’améliorer par une Il n’y a donc pas de monopole et chaque acteur pratique donc sa
meilleure connaissance réciproque des contraintes des salariés propre politique de prix, exceptés les acconiers qui appliquent
et des entreprises ; une même politique tarifaire.

13
Le troisième forum du dialogue social s’est réuni en plénière le 14 novembre 2008

100
Les coûts peuvent être considérés comme élevés, pourtant 7.4 Des normes et réglementations pas claires
le jeu de la concurrence conduit les prestataires fret à propo- Les entreprises sont confrontées à un flou juridique sur les nor-
ser les prix les plus compétitifs. A titre d’exemple, le kg de fret mes et réglementations techniques.
frais aérien est à 6€40 depuis plusieurs années tout comme L’exercice de cette compétence semble principalement rele-
un container de 20 pieds Le Havre – Nouméa fixé à 1 700€ et ver des provinces. Toutefois, certaines questions peuvent être
1 400€ pour Asie-Nouméa. Les variations tarifaires sont dues soulevées à ce sujet : la sécurité électrique dans les bâtiments
aux surcharges fuel ou aux coûts d’assurance et risques de relève par exemple des provinces, mais la Nouvelle-Calédonie
change. est, elle, compétente pour l’importation et la mise sur le marché
La concurrence est présente sur toutes les destinations sauf sur de matériels électriques…
la ligne Nouméa-Wallis où seules une compagnie aérienne et Les problèmes posés par la situation actuelle sont plus liés à
une compagnie maritime assurent le fret. Il y a donc un mono- l’absence de référence technique qu’à des contradictions réel-
pole de fait dû au volume insuffisant pour justifier de la présence les entre les règles appliquées de part et d’autre du creek Amick.
de plusieurs opérateurs. Les prix pratiqués sur cette ligne sont les On constate des surcoûts, des pertes de temps, des situations de
plus élevés aussi bien dans l’aérien que dans le maritime. risques, qui paraissent pouvoir être facilement évitées à travers
Les compagnies cherchent à faire des efforts pour faciliter l’ex- une réglementation adaptée. Par exemple, on déplore :
portation des produits calédoniens avec des partenariats avec la 1. le fait qu’en l’absence de réglementation sur les objets
FINC, l’ERPA pour proposer les tarifs les plus bas. ou produits dangereux (tels que des jouets par exemple), les
Compte tenu de la distance et du volume transporté, les tarifs pouvoirs publics ne disposent d’aucune base légale pour en
pratiqués ne sont sans doute pas excessifs. Par contre, les frais empêcher l’importation ou la vente ;
d’embarquement et de débarquement peuvent eux apparaître 2. la quasi absence de règles en matière de construction de
très élevés au regard des prix usuels dans d’autre ports euro- bâtiments (par ex. sur la tenue au vent cyclonique, la prévention
péens. Au port de Nouméa, pour un container de 20 pieds, le des incendies, la hauteur des garde-corps des balcons, etc.) ;
coût est de 538€ et de 947€ pour un container de 40 pieds, alors 3. le fait qu’en l’absence de cadrage des pouvoirs publics, on
que le coût n’est que de 230€ au Havre ou 150€ à Anvers, et130€ trouve de fait sur le marché des produits pouvant répondre par-
à Lisbonne, quel que soit le volume du container. fois à des normes européennes, parfois à d’autres normes, ce qui
Au global, même si la plupart des acteurs cherchent à limiter est pénalisant pour les utilisateurs, soit en termes d’usage, soit
les coûts pour leurs clients, les volumes traités sont encore insuf- en terme de certification (cas par exemple d’un bâtiment pré-
fisants pour pouvoir obtenir des économies d’échelle. fabriqué type ALGECO livré avec un équipement électrique aux
40 000 containers sont importés annuellement en Nouvelle- normes australiennes, qui a du être rééquipé pour que l’APAVE
Calédonie, et moins de 10 000 sont exportés. Le reste des puisse le certifier) ;
containers, soit plus de 30 000, repartent vides, ce qui consti- 4. le manque de clarté de l’image donnée par la Nouvelle-Ca-
tue un coût pour les transporteurs. Chaque escale représente lédonie à ce sujet, pour des investisseurs et/ou pour des clients
en moyenne 100 containers par navire. Ceci est à comparer aux étrangers ;
plusieurs centaines que représente la production des mêmes 5. le fait que les assurances prennent prétexte du flou régle-
navires dans d’autres ports du Pacifique (Australie et Nouvelle mentaire pour refuser d’assurer certains risques.
Zélande), de l’Asie ou de l’Europe. On peut être tenté de refuser de choisir entre un système nor-
Pourtant, même si les volumes sont faibles, le nombre de ro- matif ou un autre (en général : Européen ou Australien), afin de
tation est encore important. garder la souplesse nécessaire aux approvisionnements dont
Dans le maritime, on dénombre : nous avons besoin.
l 8 rotations par mois pour l’Asie ; Lors des travaux préparatoires à la mise en révision de la loi or-
l 5 à 6 rotations par mois pour la Nouvelle-Zélande ; ganique (travail actuellement en cours), il a été proposé que la
l 6 rotations par mois pour l’Australie ; Nouvelle-Calédonie se voie attribuer globalement la compé-
l 6 rotations par mois pour l’Europe. tence d’édicter des normes et réglementations techniques sur
Dans l’aérien, il y a plus d’une dizaine de rotations par semaine l’ensemble du territoire. Ce point ne faisant pas consensus, il a
toutes destinations confondues. Cependant, il n’existe pas de été retiré de l’agenda.
cargo dédié au fret et les volumes vont de 3 à 20 tonnes sur les
vols passagers. 7.5 Un système administratif et fiscal complexe
L’arrivée prochaine d’Air Austral va venir compléter l’offre. La complexité et l’imperfection du système de définition des
A la lecture des données, et selon les transitaires, l’offre de trans- compétences de l’Etat, la Nouvelle-Calédonie, les provinces et
port est largement suffisante pour satisfaire le marché local. Ce les communes est difficile à maîtriser pour les entreprises. Les
n’est donc aujourd’hui pas un obstacle pour les entreprises. Et entreprises ne comprennent pas toujours comment appliquer
l’augmentation du volume export pourrait faire diminuer les des règlementations réparties entre les différentes collectivités.
coûts. Et de fait, certaines sont manquantes, l’exemple des normes cité
Quant au transport de passagers, c’est la voie aérienne qui est précédemment, en est une illustration.
privilégiée. Là encore, les tarifs pratiqués sont élevés : éloigne- La compréhension de ces répartitions demande du temps
ment, fréquentation moyenne expliquent en partie les prix. aux entreprises, or du fait de leur petite taille, elles n’en ont sou-
Le taux de remplissage des vols Air Calin est passé de 65% en vent pas les moyens. Des erreurs peuvent donc être faites qui
2004 à 70% en 2007, mais reste en deçà des taux connus par peuvent leur porter préjudice.
Air France qui sont aux alentours de 85%. Seules les périodes de A cela on rajoutera la centralisation sur Nouméa des adminis-
vacances sont chargées, ce qui témoigne du manque de trafic trations qui obligent les entreprises de brousse à se déplacer
relatifs aux affaires économiques. régulièrement, sans oublier les « dossiers papier » accompagnés

101
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

de nombreuses pièces, demandés par les administrations. Les mettre de faire correspondre l’offre et la demande.
démarches par internet sont encore peu facilitées. Pour les projets agricoles, la pression foncière, rend difficile
Quant à la fiscalité, il est intéressant de comparer le taux de l’installation des jeunes agriculteurs même si ce n’est pas le seul
prélèvement obligatoire14 par rapport aux autres pays. motif de désintérêt des jeunes pour l’agriculture.
Le tableau suivant nous montre que la Nouvelle-Calédonie fait Pour les projets sur terres coutumières, la question de la pro-
partie des pays où les prélèvements sont bas. priété et donc de la garantie se pose. Ce problème est traité dans
l’atelier 5.
Pays 2005 Une analyse sur l’évolution du coût de l’immobilier d’entre-
Suède 50,7 prise serait aussi intéressante à conduire.
France 44,1
Italie 41
7.7 Un manque d’innovation
La recherche est de la compétence de l’Etat. Et comme le
Espagne 35,8
développement économique est de la compétence des pro-
Nouvelle Zélande 35 vinces, les deux doivent se coordonner pour pouvoir être mis
Allemagne 34,8 au service des entreprises. Il existe un Comité Consultatif de la
Nouvelle-Calédonie 30 (donnée 2007) Recherche qui pourrait jouer ce rôle mais aujourd’hui celui-ci est
limité au seul suivi des actions des établissements universitai-
Japon 27,4
res et organismes de recherche. Cette situation n’empêche pas
Etats-Unis 27,3 les collectivités d’établir avec les organismes de recherche des
Source : DSF

Moyenne OCDE 36,7 conventions sur des sujets qui lui semblent prioritaires.
Ainsi, trois grands secteurs d’activité scientifique sont
La Nouvelle-Calédonie a connu un mouvement à la hausse identifiés :
comme la plupart des pays. En 1982, le taux de prélèvement l les écosystèmes miniers, terrestres et marins ;

obligatoire était de 20% (40% en métropole) contre 30% en l l ’aquaculture (la crevetticulture en particulier) et l’agronomie ;

2007. Il y a donc eu une augmentation de 10 points en 25 ans. l l e Centre National de Recherche Technologique (CNRT) centré

La Nouvelle-Calédonie a développé un système de taxe com- sur le nickel et son environnement.


plexe, en particulier à l’importation. Ces trois secteurs d’interventions phares des organismes de re-
Il n’existe pas de taxe à la valeur ajoutée (TVA), contrairement cherche soutenus par l’Etat correspondent bien à des secteurs
à la Métropole, à la Polynésie française et à la quasi-totalité des d’activités économiques développés. Il y a donc bien une re-
pays du Pacifique. La question de la pertinence de son instau- cherche de cohérence entre développement économique et
ration est un sujet de débat public récurrent depuis plusieurs recherche.
années. Cependant, il n’existe pas de structure de transfert de techno-
La TVA a connu une extension internationale rapide au cours logie type CRITT (Centre de Recherche d’Innovation et Transfert
des dernières décennies et elle est aujourd’hui en place dans Technologique) vers les entreprises, et plus particulièrement les
plus de 130 pays. Les principales vertus de cet impôt qui expli- PME. La question globale du transfert n’a pas été pensée, des
quent son essor international sont : un rendement budgétaire opérations sont menées au coup par coup par les organismes
élevé grâce au fait qu’elle est assise sur une assiette large, sa de recherche.
neutralité économique (elle s’applique indifféremment sur les De fait, les dispositifs d’incitation à l’innovation ne sont pas
importations et la production locale) et, contrairement aux idées développés, d’autant que dans la mesure où ils se traduisent
reçues, son caractère simple de gestion administrative. généralement par des mesures fiscales, c’est du ressort du gou-
La réforme projetée visait à la neutralité budgétaire (c’est- vernement, qui pour le moment n’a pris aucune mesure allant
à-dire pas d’augmentation globale du niveau des impôts) en dans ce sens. Seule la défiscalisation favorise la R&D puisqu’elle
substituant la TVA à la majorité des taxes à l’importation. C’est ce fait partie des secteurs éligibles.
dernier volet de la réforme qui a rencontré le plus de difficultés La politique d’innovation est encore timide et concentrée
car il amène à repenser le système de protection en vigueur. essentiellement sur le nickel et la crevette, or l’innovation est
Selon certains, son introduction pourrait également se traduire un facteur de performance indispensable pour les entrepri-
par une hausse des prix. ses.
Aucune information n’est disponible sur les effectifs de R&D dans
7.6 Un prix du foncier en augmentation le privé. Il y a également très peu d’entreprises innovantes. A titre
Les entreprises sont surtout concentrées sur Ducos, où il n’y d’exemple, seuls 6 dossiers dont 3 en émergence et 3 en créa-
a plus réellement de foncier disponible. La pression foncière tion, ont été déposés en 2007 au concours d’aide à la création
augmente et fait augmenter les prix de vente. D’autres zones d’entreprises de technologies innovantes.
d’activité sont en cours d’aménagement sur le grand Nouméa OPI (Océanienne de Participation et d’Investissement) confirme
pour offrir de nouvelles possibilités de développement aux aussi le peu d’innovation dans les entreprises calédoniennes,
entreprises. VKP a également programmé l’aménagement de hormis celles qui, franchisées, peuvent bénéficier des innova-
plusieurs zones d’activité. Il y a donc une tendance favorable à tions apportés par les franchiseurs.
l’offre de foncier industriel mais les prix du m² (pas de données Si ce manque d’innovation n’est pas un handicap majeur
fiables) sont en augmentation et c’est donc un coût supplémen- aujourd’hui, il peut vite le devenir dans un contexte de plus en
taire pour les entreprises qui veulent s’installer. plus concurrentiel. L’innovation technologique reste la princi-
Il n’y a cependant pas d’études précises sur l’évaluation des pale mais les innovations commerciales ne sont pas à négliger
demandes et sur l’offre foncière disponible, ce qui pourrait per- non plus.

14
Les prélèvements obligatoires correspondent aux prélèvements effectués sans contrepartie : les impôts n’ont pas de contrepartie en ce sens que, normalement, les prestations fournies par les administrations aux citoyens ne sont pas
proportionnelles à ses versements.
102
8. U
 n accompagnement par les établissements
financiers un peu plus cher que la métropole,
mais qui s’adapte aux besoins du marché
Avec 4 groupes bancaires de dimension internationale implan- taux sont suivies globalement dans la zone FCFP avec, parfois,
tés, le paysage bancaire est sans doute stabilisé pour quelques un léger décalage dans le temps.
temps. La concurrence est réelle entre ces groupes d’autant plus Le mécanisme de réescompte à taux privilégié, institué par l’IEOM,
qu’il existe un certain nomadisme bancaire en Nouvelle-Calé- qui a notamment, pour objectif d’orienter la distribution de crédit
donie. Les banques cherchent donc à proposer les taux les plus en faveur des entreprises appartenant à des secteurs économiques
compétitifs pour attirer et garder les clients. ou exerçant leurs activités dans des zones de développement jugés
Selon l’IEOM, à la condition que le projet soit crédible, les ban- prioritaires, contribue, en outre, à modérer le coût des crédits aux
ques accompagnent sans doute plus facilement les entreprises entreprises en plafonnant le taux de sortie applicable aux crédits
qu’en métropole, du fait d’une conjoncture économique très fa- réescomptables. Les prêts aidés à l’investissement (PAI) proposés
vorable. Elles sont prêtes à prendre plus de risques sur certaines par l’AFD via l’intermédiation bancaire vise également à réduire le
filières qu’elles savent soutenues par les pouvoirs publics. coût de l’investissement productif des PME.
Pour accompagner les entreprises, les banques se procurent Autre mode de financement du développement des entre-
leurs ressources soit sur le marché local, grâce aux dépôts, soit prises : le capital risque. Il n’y a pas en Nouvelle-Calédonie de
sur les marchés extérieurs, mais en favorisant essentiellement la structure type « business angels » qui réunirait des fonds privés
zone euro afin de limiter les risques de change. destinés à investir dans des sociétés en développement. Ces
Toujours selon l’IEOM, les crédits à l’économie (ménages, en- fonds sont généralement très orientés sur des entreprises très
treprises et collectivités) représentent environ 600 milliards de innovantes.
FCFP en 2007. 112 milliards sont octroyés directement par des Cependant, ce n’est pas pour autant que le capital risque n’est
établissements situés en dehors de la zone d’émission et 72 mil- pas présent, il est initié par les pouvoirs publics. En effet, on peut
liards sont cherchés sur les marchés extérieurs (hors zone FCFP) considérer que les SEM Promosud, Sofinor et Sodil remplissent
par les banques locales, le plus souvent auprès de leur société ce rôle pour une partie de leur activité. Lorsqu’elles investissent
mère. Malgré une conjoncture économique mondiale tendue, dans des projets d’entreprises par le levier de la participation au
il ne semble pas y avoir de difficultés particulières à trouver ces capital, elles prévoient de sortir dans les cinq années qui suivent
financements. Par contre, il peut y avoir un risque de fluctuation si la rentabilité de l’entreprise est atteinte, ce qui est encore trop
des taux à la hausse, ce qui aurait un impact direct sur les taux rarement le cas.
pratiqués en Nouvelle-Calédonie. Les pouvoirs publics sont aussi à l’origine avec la BCI, de la
Pour limiter ce risque, les banques cherchent donc à capter lo- création du Fonds Calédonien de Développement consacré au
calement les 117 milliards placés hors du territoire et hors zone financement en fonds propres des PME dynamiques de Nou-
d’émission, par des propositions de placement attractives. L’ob- velle-Calédonie. Ce fonds a reçu son agrément de l’autorité des
jectif est de disposer sur place des ressources nécessaires au marchés financiers en aout 2007 et est géré par OPI (Océanienne
financement de l’économie. de Participation et d’Investissement).
Le coût du crédit, supérieur d’un point en moyenne à ce- En juin 2008, OPI instruisait 10 dossiers, à des stades plus ou moins
lui pratiqué en métropole, excepté celui du découvert qui est avancés, pour un montant total d’intervention de 847 MF CFP.
moins onéreux, inclut dans sa composition divers éléments : le L’environnement financier et l’accès à ses ressources s’amé-
coût réel du crédit, le coût du risque lié à la taille du marché, liore pour accompagner le développement des entreprises. Il
l’intensité de la concurrence et le coût de gestion de la banque semble donc y avoir aujourd’hui une palette complète des offres
elle-même. aux entreprises, cependant, des outils comme OPI demandent
L’observation dans la durée réalisée par l’IEOM montre que les encore un peu de temps pour savoir s’ils correspondent réelle-
grandes tendances constatées en métropole sur l’évolution des ment aux attentes du marché.

103
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 3
1
du diagnostic
Solidarité
Vie et performance
sociale etdes
égalité
entreprises
des chances

Annexe I Annexe II
Rappel du mandat de l’atelier Membres inscrits à l’atelier

L’article 211 de la loi organique stipule que le schéma d’amé- ANGUE Jean-Claude, haut-commissariat
nagement et de développement doit exprimer les orientations BABEY Romain, Fédération des Industries
fondamentales de la Nouvelle-Calédonie « en matière de dé- de Nouvelle-Calédonie (FINC)
veloppement économique ». L’atelier 3 va donc s’attacher à BACKHAUS Udo, CIPAC - MEDEF Nouvelle-Calédonie
construire la partie du diagnostic liée au monde des entrepri- BARD Richard, Trésorerie Générale (TPG)
ses. BARRETTEAU Fabienne, Direction des douanes
Par « entreprise », on entend toutes les structures économi- BEUSTES Annie, gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
ques comprenant une ou plusieurs personnes qui travaillent BLANCHARD Emmanuel, Association pour le Droit à l’Initiative
pour fournir des biens ou des services à des clients. Dans le cas Economique (ADIE)
présent, les entreprises de toutes les filières : industrie, tourisme, BOANO Gabriel, commune de Touho
agriculture, artisanat,… sont prises en considération. BOITEUX Stéphanie, Direction des Services Fiscaux
Le diagnostic à réaliser portera notamment sur le rapport de la Nouvelle-Calédonie (DSF)
entre l’activité des entreprises et les besoins et les attentes de BURGUIERE Dario, Lycée Dokamo - Alliance Scolaire de l’Eglise
la population. Ceux-ci sont divers : biens et services locaux pro- Evangélique (ASEE)
duits/commercialisés, emploi, etc. Les systèmes de production, CAGNASSO Julie, Direction de l’Economie, de la Formation
les modalités de commercialisation, les dispositifs de protection, et de l’Emploi de la province Sud (DEFE)
la gestion de la concurrence, sont-ils adaptés aux besoins d’une CAILLARD Philippe, Société Le Froid - CCI
société en pleine mutation ? CAMPOS-HUGUENEY Laurent, CFPPA Nord - Lycée Agricole
On regardera également les mesures d’accompagnement du de Nouvelle-Calédonie
développement des entreprises : CANTIN Frédéric, Syndicat des Professionnels du Bâtiment
l sur le plan financier : fiscalité, prêts, subventions, etc. et des Travaux Publics (SP BTP)
ls  ur le plan technique : assistance, formation, approche filière, CARAMIGEAS Florence, Agence de Développement Rural et
etc. d’Aménagement Foncier (ADRAF)
On s’arrêtera également sur la typologie des entreprises de CAUPIN Vincent, Agence Française de Développement (AFD)
Nouvelle-Calédonie, et sur leur organisation : est-on dans une CEVAER Xavier, Fédération des Industries
économie de production de biens et de services, ou plutôt dans de Nouvelle-Calédonie (FINC)
une logique de distribution ? Quels sont les forces et les faibles- CHALANDON Myriam, commune de Bourail
ses de la situation actuelle ? CHALIOT Kristina, Etudiante, doctorante en droit fiscal
C’est pourquoi, il faudra examiner dans le même temps, les et Parti politique «»Le Mouvement de la Diversité»» (LMD)»
filières qui se sont développées en Nouvelle-Calédonie : CHUNG WEE Alain, ADECAL
l Quelles sont-elles ? CORNAILLE Thierry, Société Immobilière
l Quelles évolutions vivent-elles ? de Nouvelle-Calédonie (SIC)
l Quelles sont leurs perspectives de développement ? COSTA Robert, Etablissement de Régulation
l Quelles sont les filières d’avenir ? des Prix Agricoles (ERPA)
Tout en restant dans une approche globale à l’échelle du territoi- CREUGNET Bernard, Confédération Générale des Petites
re, les principaux facteurs de compétitivité à savoir l’innovation, et Moyennes Entreprises de Nouvelle-Calédonie (CGPME-NC)
la recherche et développement, la qualité, les normes, l’accès D’ARBEL Christine, Association Régionale Nouvelle-Calédonie
aux marchés, les coûts de revient,… seront traités. des auditeurs de l’Institut des Hautes Etudes
La performance des entreprises passe aussi par l’épanouisse- de Défense Nationale (IHEDN)
ment des hommes et des femmes qui les composent, la gestion DAVO Laurianne, Association Qualité de Nouvelle-Calédonie
des ressources et des relations humaines au sein des entrepri- (AQNC)
ses. DESMEUZES Michel, Chambre des Métiers
A l’issue des travaux de l’atelier, au regard de l’ensemble des et de l’Artisanat de Nouvelle-Calédonie
points qui auront été traités, il faudra s’interroger sur l’évolution DESOUTTER Christian, Direction des Affaires Vétérinaires,
dans le temps du système économique calédonien : comment Alimentaires et Rurales de la Nouvelle-Calédonie (DAVAR)
sera-t-il dans 15 ans si les choses restent en l’état, étant données DESSERT Alain, commune de Koumac
les évolutions des mentalités, et de l’économie mondiale ? DETEIX Jean-Pierre, congrès de la Nouvelle-Calédonie
DIACONO Blondine, Direction de la Mission d’Insertion
des Jeunes de la province Sud (MIJ-PS)
DOUYERE Marie-Rose, SIDNC - MEDEF Nouvelle-Calédonie
DUPONT Patrick, Auclair Dupont conseil en entreprises
FAFIN Bruno, Trésorerie Générale de la Nouvelle-Calédonie
FONFREYDE Christophe, service de la Marine Marchande
et des Pêches Maritimes (SMMPM)
FORREST Joseph, présidence de la province des îles Loyauté
GALLOIS Richard, Institut Agronomique néo-Calédonien (IAC)

104
GAMBEY Jean-Claude, Direction du Développement Economi- Secrétariat :
que et de l’Environnement de la province Nord (DDE-E) AUGUIN Olivier, Service de l’Aménagement
GEORGE Thierry, Direction des affaires économiques et de la Planification - Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
de la Nouvelle-Calédonie BARD Richard, Trésorerie Générale (TPG)
GOROMIDO Joseph, congrès de la Nouvelle-Calédonie, CHARDIN Olivier, KPMG
assemblée de la province Nord, Société d’Economie Mixte FAFIN Bruno, Trésorerie Générale de la Nouvelle-Calédonie
SAEML Espace de l’Ouest et commune de Koné GUILLEMOT Gildas, Direction régionale des Douanes
GOSSELIN Philippe, Syndicat des Commerçants de la Nouvelle-Calédonie (DRDNC)
en Nouvelle-Calédonie HARRE Olivier, Service de l’Aménagement et de la Planification
GRANIER Thierry, Conseil Economique - Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
et Social de la Nouvelle-Calédonie (CES) L’HERMITTE Jean-Roald, Direction régionale
HNEPEUNE Samuel, SODIL des Douanes de la Nouvelle-Calédonie (DRDNC)
JAQUEMET Olivier, gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
KIKANOI VICO Christophe, commune de La Foa
KÜHN Emmanuelle, Centre d’Actions pour l’Emploi - Cap
Emploi de la province Nord
LA SELVE Mimsy, Société Le Froid ANNEXE III
LACUBE Cécilia, Chambre de Commerce et d’Industrie
de Nouvelle-Calédonie (CCI) Bibliographie
LARAN Isabelle, Nouvelle-Calédonie Initiative
LAROQUE Didier, KPMG Entreprises 1. Schéma d’aménagement et de développement de la
LE BRUN Laurent, Direction du Développement Economique Nouvelle-Calédonie – État des lieux - Haut-commissariat de
et de l’Environnement de la province Nord (DDE-E) la République en Nouvelle-Calédonie - Gouvernement de la
LEFEVRE Yves, Barrau Bureau Systems - MEDEF Nouvelle-Calédonie Nouvelle-Calédonie – Mai 2002
L’HERMITTE Jean-Roald, Direction régionale des Douanes 2. La Nouvelle-Calédonie en 2007 – Institut d’émission
de la Nouvelle-Calédonie (DRDNC) d’Outre Mer – Edition 2008
LOUBERSAC Lionel, IFREMER en Nouvelle-Calédonie 3. L’Economie calédonienne en mouvement – CEROM – Edi-
MANATE Térona, USOENC tion décembre 2005
MARA Raïta, Union des Secteurs Généraux du Commerce et 4. Bilan Economique et social 2007– ISEE – Edition avril 2007
de l’Industrie de Nouvelle-Calédonie (COGETRA / U.S.G.C.I.N.C.) 5. Tableau de l’économie calédonienne – ISEE – Edition 2008
MARIE Olivia, FCEM - MEDEF Nouvelle-Calédonie 6. Nickel 2010 en Nouvelle-Calédonie – Actes du colloque
MERZEAU Michel, Chambre de Commerce et d’Industrie international organisé les 7 et 8 juillet 2005 par l’USOENC
de Nouvelle-Calédonie (CCI) 7. Nouvelle-Calédonie Nickel 2010 : une nouvelle ère
NOUVEAU Christine, Fédération des Entreprises industrielle – étude du Cabinet Syndex sur les impacts éco-
de Travail Temporaire de Nouvelle-Calédonie nomiques, sociaux et environnementaux du développement
OUDART Audrey, direction des affaires économiques du gou- du nickel, préparatoire au colloque international Nickel 2010
vernement de la Nouvelle-Calédonie - juillet 2005
PALAOU Gabriela, congrès de la Nouvelle-Calédonie, assem- 8. Schéma de mise en valeur des richesses minières - Version
blée de la province Nord, commune de Touho 5.0 adoptée par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
PASCO Valéry, Association Ensemble pour la Planète (EPLP) le 12 août 2008 – DIMENC – Juillet 2008
POUYE Lady, Direction du Développement Economique 9. Les dépenses de l’Etat et de ses opérateurs – année 2007
et de l’Environnement de la province Nord (DDE-E) – Trésorerie générale de Nouvelle-Calédonie
RIVATON Adrien, ADECAL 10. Compte du secteur public 2005 - ISEE
ROESS Ruanito, Fédération des Syndicats des Fonctionnaires,
Agents et Ouvriers de la Fonction Publique (FSFAOFP)
RUSTERHOLTZ Christèle, Association Ensemble
pour la Planète (EPLP)
SAKILIA Marie-Line, assemblée de la province des îles Loyauté
SCHALL Bernard, Fédération des Cadres et Collaborateurs
de Nouvelle-Calédonie (FCCNC)
TALAMONA Roger, Association Ensemble pour la Planète
TALBOT Vincent, Association Qualité de Nouvelle-Calédonie
(AQNC)
TAPPERO Didier, Air Calédonie International (AIR CALIN)
TREMBLIER Alban, Société Gémini - Syndicat des Industries
de la Mine (SIM)
TRUIJIJ Robert, Direction du développement économique
de la province des îles
VIDEAULT Sylvie, Agence de Développement
Rural et d’Aménagement Foncier (ADRAF)
YOTEAU Stéphane, Société TYX - MEDEF Nouvelle-Calédonie

105
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 1

du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances

106
Nouvelle-Calédonie 2025
Schéma d’Aménagement et de Développement de la Nouvelle-Calédonie

4
Atelier 4
Mondialisation

Président
Monsieur André Desplat,
président de la CCI de Nouvelle-Calédonie

Décembre 2008

107
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 4

du diagnostic
Mondialisation

Résumé
Au regard des indicateurs utilisés en matière de développement, la Nouvelle-Calédonie se place
indéniablement au niveau des pays développés. Si sa taille est extrêmement modeste à l’échelle
mondiale, c’est un acteur économique important et attendu au plan régional, par son poids propre,
mais aussi par son adossement à la France et à l’Europe.

Le volume des échanges augmente grâce à l’activité liée au nickel. Pour autant, la balance com-
merciale reste déficitaire et la Nouvelle-Calédonie, à l’image des autres pays du Pacifique Sud, est
plus tributaire que moteur des échanges mondiaux. Les échanges régionaux tendent à augmenter
avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Asie.

La Nouvelle-Calédonie est très dépendante de ses importations, y compris sur des domaines aussi
cruciaux que les produits agricoles et les énergies fossiles, et cette situation n’est pas dénuée de
risques pour la vie des calédoniens et pour l’économie locale.

On constate également que les exportations sont extrêmement concentrées sur le nickel et que
cela constitue une fragilité : les atouts intrinsèques du nickel calédonien (teneurs du minerai, stabi-
lité du pays, accessibilité des sites miniers) ont permis des investissements qui vont prochainement
tripler les capacités de production métallurgique, mais cela rend impérative la mise en place de
dispositifs d’amortissement des à-coups induits sur l’économie locale par le caractère cyclique des
prix mondiaux du nickel ; à plus long terme, il faut se prémunir vis-à-vis de certains risques : nouvel-
les capacités de production à faible prix de revient dans certains pays, évolutions technologiques
diminuant les besoins globaux de nickel, coût de l’énergie.

En dehors du nickel, du tourisme et de l’aquaculture, l’activité des entreprises calédoniennes est


donc quasi entièrement tournée vers le marché intérieur. Les entreprises sont conscientes des
limites dues à la faible taille du marché intérieur et perçoivent l’intérêt de l’export. Elles sont tou-
tefois confrontées à un certain nombre de freins, qui limitent leur compétitivité tant sur le marché
intérieur qu’à l’export :
l l a faible taille des marchés intérieurs touchés ne permet pas des économies d’échelle et péna-

lise les investissements ;


l l ’éloignement et l’insularité rendent plus onéreux tous les intrants (matières premières, éner-

gie, équipements, maintenance, etc.) et renchérissent également les frais d’exportation le cas
échéant. Ce phénomène peut être amplifié par le renchérissement du coût des transports ;
l la productivité de la main d’œuvre n’est a priori pas suffisamment performante ;

l l es entreprises, souvent de petite taille, sont peu structurées pour aborder les marchés

export ;
l les barrières douanières mises en place ont permis la création d’un vrai tissu industriel, mais a

contrario, n’ont pas favorisé l’ouverture des entreprises sur le reste du monde et ne les ont pas
préparées à la compétition internationale ;
l l es formations initiales et continues sont encore peu ouvertes à l’international et les entreprises

ont des difficultés pour trouver localement les compétences dont elles ont besoin. Le recru-
tement extérieur pose des difficultés de coût, de délais et de respect des usages sur l’emploi
local ;
la  ucun système de normes n’est arrêté localement et les entreprises ne peuvent se prévaloir

d’un système reconnu internationalement ;


l le
 franc pacifique ne touche que 500 000 personnes et est peu reconnu au plan mondial.

0108
108
De plus, les dispositifs d’accompagnement à l’export sont pour le moment essentiellement ciblés
sur le secteur agricole. Il existe peu de mesures incitatives. La recherche locale s’oriente de plus
en plus vers des collaborations avec les pays voisins, mais le fruit de ses travaux ne bénéficie pas
encore aux entreprises locales pour mettre en œuvre des innovations leur apportant de véritables
avantages concurrentiels.

Pourtant, au-delà de cette liste de désavantages, la Nouvelle-Calédonie dispose aussi d’atouts qui
peuvent constituer l’assise du développement de nouveaux secteurs : les ressources naturelles
(halieutiques, énergétiques, forestières, etc.), l’inscription de son lagon au patrimoine mondial de
l’Humanité, un tissu industriel développé, la relative proximité de l’Asie (dont le poids économique
dépassera à terme celui de l’Europe et de l’Amérique du Nord), la situation dans le Pacifique, mar-
ché régional dynamique et en partie francophone, etc.

Au total, on constate un manque de réflexion stratégique d’une part sur les secteurs à soutenir
à l’export, et d’autre part sur l’équilibre à obtenir entre ce qui doit être importé et ce qu’il est
rationnel de produire localement étant donnés les désavantages compétitifs structurels. La Nou-
velle-Calédonie est d’ailleurs peu attractive pour les investisseurs extérieurs, qui pour le moment
ne s’implantent localement que dans l’objectif d’accompagner les projets miniers.

Concernant les règles sur le commerce international, on relève d’une part que les conséquences
concrètes, pour la Nouvelle-Calédonie, de l’adhésion de la France à l’OMC ne semblent pas suf-
fisamment claires ; et d’autre part que l’éventuelle adhésion à un accord local tel que PICTA ne
semble pas pouvoir engendrer pour les acteurs économiques plus d’avantages que d’inconvé-
nients.

La Nouvelle-Calédonie, qui dispose de l’appui de la France et de l’Europe, intègre de plus en plus


d’organisations internationales et acquiert ainsi une meilleure visibilité institutionnelle. Mais cette
volonté d’intégration ne fait pas l’objet d’une réflexion stratégique globale fixant des objectifs éco-
nomiques ou encore culturels et sportifs par exemple. Elle connaît des difficultés à exporter sa
culture ; par contre, elle se positionne plus facilement dans le domaine du sport.

Le déploiement des outils de communication permet une plus grande ouverture de la po-
pulation sur ce qui se passe ailleurs dans le monde. La conséquence est une augmentation
des voyages, une consommation de plus en plus diversifiée, voire plus réalisée à l’extérieur
du pays . Par contre, toutes les communautés ne sont pas préparées à cette ouverture et cela
peut amplifier certains décalages et renforcer le repli identitaire de certaines. Cela peut alors
se traduire par la crainte d’être submergé par les immigrants, alors que l’on estime à environ
1 000 personnes le solde migratoire annuel.

0109
109
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 4

du diagnostic
Mondialisation

Sommaire
1. Introduction ................................................................................................................................................................. 112

2. La Nouvelle-Calédonie : un petit pays développé .......................................... 112


2.1 U
 n indice de développement humain comparable
à celui des pays développés .......................................................................................................................... 113
2.2 Un PIB par habitant proche de celui des pays industrialisés ................................................ 113
2.3 Une petite puissance régionale adossée à l’Europe ..................................................................... 113
2.4 Une population plutôt urbaine ...................................................................................................................... 113

3. Une économie peu ouverte,


mais qui évolue progressivement ............................................................................................ 114
3.1 Une augmentation du volume des échanges ...................................................................................... 114
3.2 Des exportations en forte progression .................................................................................................... 114
3.3 Une balance commerciale déséquilibrée ................................................................................................ 115
3.4 Un manque d’intégration dans les flux commerciaux mondiaux ......................................... 115
3.5 Une intégration croissante dans les échanges mondiaux ......................................................... 115
3.6 Un commerce peu développé avec les petits états insulaires voisins ............................ 115
3.7 Un commerce qui progresse avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande
et les pays asiatiques ........................................................................................................................................... 115
3.8 Des exportations qui reposent peu sur une démarche filière ............................................... 116
3.9 Une faible part de l’économie calédonienne concernée
par la compétition mondiale ........................................................................................................................... 116
3.10 Une situation qui dépend en partie du coût des transports ................................................. 117

4. Une situation qui induit des risques .................................................................................... 117


4.1 Une dépendance vis-à-vis des importations : énergie et produits agricoles .............. 117
4.2 Des exportations centrées sur le nickel .................................................................................................. 118
4.3 Des transporteurs internationaux qui peuvent se retirer .......................................................... 118

5. Des freins au développement de secteurs d’exportation ..................... 118


5.1 Une compétitivité mal cernée, mais sans doute moyenne ....................................................... 118
5.2 Des coûts plus élevés en ce qui concerne les investissements et les intrants ................. 118
5.3 Un coût de main d’œuvre comparable à celui des pays développés,
mais une productivité sans doute plus faible ................................................................................... 119
5.4 Des coûts d’approche et de transports élevés dus à l’insularité ........................................ 119
5.5 Un tissu de PME peu structuré pour l’international ...................................................................... 119
5.5.1 Les PME-PMI calédoniennes n’ont pas de visibilité internationale ...................... 119
5.5.2 Les petites entreprises sont peu structurées ....................................................................... 120
5.5.3 Il existe peu d’organisation en réseau ...................................................................................... 120
5.5.4 Peu d’entreprises calédoniennes sont implantées à l’étranger .............................. 120
5.6 L’importance des protections ......................................................................................................................... 120
5.7 Des dispositifs réglementaires et d’incitation à l’export déficients .................................. 121

110
5.8  D es compétences à l’international encore peu développées
(formations qualifications) ............................................................................................................................... 121
5.9  Une coopération internationale recherche réelle mais encor
peu au service du développement international des entreprises .................................... 122
5.10 Un système de normes peu lisible à l’international .................................................................... 122
5.11 Une monnaie peu reconnue ............................................................................................................................ 122
5.12 Un manque d’attractivité pour les investisseurs étrangers .................................................... 124
5.13 Un manque cruel de benchmarking et de prospective .............................................................. 125
5.14 Des questions en suspens ............................................................................................................................... 125
5.14.1 Les accords d’échanges PICTA- PACER .................................................................................... 125
5.14.2 Le respect des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ...... 125
5.14.3 L’emploi local .............................................................................................................................................. 126
5.15  Des freins qui ne sont pas irrémédiables pour la plupart ....................................................... 126

6. Des atouts pour une insertion plus rapide ............................................................... 126


6.1 Des ressources naturelles à valoriser ....................................................................................................... 126
6.2 Un tissu industriel affirmé ................................................................................................................................ 126
6.3 L’inscription au patrimoine mondial de l’humanité ....................................................................... 126
6.4 Un marché francophone régional ................................................................................................................ 126
6.5 Un marché Pacifique solvable ........................................................................................................................ 126

7. U
 ne place institutionnelle en évolution
dans le contexte régional .................................................................................................................... 127
7.1 Une intégration accrue dans les organisations régionales ...................................................... 127
7.2 Une stratégie d’intégration des organisations régionales qui reste à affirmer ................. 127
7.3 Des moyens mobilisés éclatés ...................................................................................................................... 127
7.4 Une porte de l’Europe dans le Pacifique ............................................................................................... 127
7.5 Une implication dans le sport qui participe au rayonnement .............................................. 128
7.6 Une culture qui a des difficultés à s’exporter ................................................................................... 128
7.7 Un interêt militaire mesuré .............................................................................................................................. 128

8. U
 ne population de plus en plus tournée
vers le reste du monde ........................................................................................................................... 129
8.1 Des outils de communication en développement mais mal maîtrisés ........................... 129
8.2 U
 ne consommation de plus en plus diversifiée mais créant
des décalages au sein de la société ....................................................................................................... 130
8.3 Une adaptation culturelle plus difficile pour certaines communautés ........................... 130
8.4 Une population qui voyage plus ................................................................................................................. 130
8.5 U
 ne peur profonde et non fondée d’être submergés
par les nouveaux arrivants .............................................................................................................................. 130

Annexe I Tableau des organisations internationales ............................................................................................. 132


Annexe II Rappel du mandat de l’atelier ........................................................................................................................ 133
Annexe III Membres inscrits à l’atelier ............................................................................................................................. 134
Annexe IV Bibliographie .............................................................................................................................................................. 134

111
Les rapports des 9 ateliers
Atelier 4
1
du diagnostic
Solidarité sociale et égalité des chances
Mondialisation

1. Introduction
Il existe de nombreuses définitions de la mondialisation, mais, dans La Nouvelle-Calédonie est marquée du sceau de la mondia-
tous les cas, il est fait mention des échanges entre les hommes et des lisation depuis son origine : elle a été peuplée par des vagues
liens d’interdépendance qui se développent de fait ; les échanges successives originaires du monde entier (mélanésiens, polyné-
peuvent être matériels ou immatériels, ces derniers prenant de plus siens, européens, javanais, asiatiques,…), qui lui ont apporté
en plus d’importance avec le développement technologique et la une diversité culturelle contribuant à sa richesse. Son économie
progression des compétences humaines. La mondialisation est un moderne a été basée, dès le XIXème siècle, sur une production
phénomène plus vaste et plus profond que celui de la libéralisation à vocation mondiale : le nickel. Elle a immédiatement exporté
mondiale des échanges avec lequel on le confond souvent, et qui, loin de son territoire, et, en contrepartie, elle a importé, dans
pour certains, est synonyme de problèmes posés par la suprématie un cadre particulier et significativement protégé, ses moyens de
des multinationales, par la moins-disance sociale et environnemen- production, et de nombreux biens de consommation.
tale, et qui est pour d’autres, synonyme d’amélioration générale du Pourtant, malgré tous ces flux, la Nouvelle-Calédonie a peu de
niveau de vie par spécialisation des nations dans les domaines où notoriété. Une étude conduite récemment dans une optique de
elles sont les plus compétitives. développement touristique a par exemple montré que 70% des
Car, aujourd’hui, tous les domaines sont touchés par la mon- australiens considèrent que la Nouvelle-Calédonie est à plus de
dialisation. L’accent est souvent mis sur les aspects économiques, 6h de vol de Sydney et que 66% considèrent que Nouméa et la
mais de nombreux autres secteurs sont directement concernés : la Nouvelle-Calédonie sont deux destinations différentes.
culture, le sport, les migrations, les modes de consommation, etc. L’atelier s’est attaché à analyser comment la Nouvelle-Calé-
La Nouvelle-Calédonie, à son échelle, comme les autres pays donie est intégrée dans cette mondialisation : comment elle se
dans le monde, est touchée par la mondialisation. C’est un état situe dans le paysage régional e