Vous êtes sur la page 1sur 44

1

LA NÉGATION

La négation, comme l’interrogation, est un carrefour


où convergent les recherches en syntaxe, pragmatique,
sémantique logique, psycholinguistique, voire la pathologie
Pierre Attal

1. L`énoncé négatif
Opérations négatives et marqueurs

Catégorie universelle, la négation repose sur deux opérations


fondamentales (A.CULIOLI, 1988: 18 sqq.): une opération axiologique, de
nature qualitative, de rejet de ce qui est considéré comme mauvais, comme
inadéquat (Cette solution n’est pas correcte), et une opération ontologique
qui comporte un vide, une absence, une lacune. (Il n’y a pas de solution).
Le trait spécifique de la négation française est sa structure à deux
temps, nécessitant un formant discontinu dont le premier élément ne engage
l’énoncé dans la voie de la négativité qui sera, dans un second temps
confirmée ou infirmée par un deuxième indice. Damourette et Pichon ont
désigné le premier élément par le terme de discordantiel parce qu’il marque
Modalités d`énonciation

une discordance entre l’ordre de la réalité et la subjectivité, par le terme de


forclusif (pas, point, jamais etc.) l’élément destiné à confirmer la négativité
en rejetant l’énoncé en dehors de la réalité et par uniceptif (que) celui qui
restreint le champ de l’affirmation:
Il ne viendra pas.
Il ne comprend rien.
Nous ne partirons que demain.
Il ne viendra plus jamais.

Niveaux d’incidence négative

Les phrases négatives ainsi constituées se laissent caractériser et


classifier d’après l’incidence (ou la portée) de la négation, par le statut du
constituant frappé de négation. On distingue ainsi:
une négation prédicative (ou nucléaire) qui affecte le prédicat en
son ensemble, en focalisant le dernier élément du G Préd:
Il ne travaille pas = NÉG (il viendra)
Il ne viendra pas aujourd’hui. = NÉG (aujourd’hui (il
viendra))

une négation non prédicative (non nucléaire) qui affecte un


constituant autre que le G Préd:
Il a travaillé pour rien.

une négation lexicale :


- préfixale (morpho-lexicale): inconnu, desceller, malhabile...
- interne: refuser, oublier, ignorer, rarement... (lexèmes définis
dans les dictionnaires par la négation de l’antonyme ignorer “ne
pas savoir”, etc.)
La négation

Le schéma suivant rend compte de ces types de négation:

Négation

grammaticale lexicale

nucléaire non nucléaire préfixale interne


pour rien inconnu refuser
desceller oublier
pleine restrictive malhabile ignorer
ne...que rarement
simple associative
ne ne ... personne
ne ... pas ne ... rien
ne ... point ne ... jamais
ne ... guére

La négation prédicative

La négation prédicative englobe non seulement le verbe mais le


G Préd en son ensemble en conférant à la phrase le statut de phrase
négative, mais c’est le dernier constituant du groupe qui est focalisé. Par la
négation prédicative on n’annule pas le procès en général mais le procès
actualisé par les morphèmes de temps, d’aspect, de personne, de nombre etc.
Dans la phrase Pierre ne travaille pas aujourd’hui la négation annule
l’action de travailler exécutée par l’agent Paul à un moment donné
(aujourd’hui). Dans la phrase Pierre ne travaillait pas ce jour-là, la négation
est limitée par les morphèmes intrinsèques au verbe et par le déterminant ce
jour-là. Elle atteint l’extensité maximum lorsque le verbe est au présent
généralisé et que les actants et les circonstants sont des totalitaires négatifs:
Personne ne dit jamais rien nulle part. La preuve qu’il en est ainsi nous est
Modalités d`énonciation

fournie par la négation du totalitaire tout : quand on nie le totalitaire positif,


on ne nie pas la totalité mais le partiel :
Certes, tout n’était pas gagné, nous avions encore beaucoup
à faire.
(de Beauvoir)
La négation prédicative peut se présenter
▪ comme une négation simple:
Il ne lit pas.
▪ comme une négation associative :
Il ne travaille jamais la nuit.
▪ comme une négation discontinue (coordination négative)
Il ne lit ni n’écrit.
Madeleine n’était pas là, ni Paul.
(de Beauvoir)
Je ne l’adore pas non plus.
(Camus)

La négation prédicative
à formant unique

L’expression de la négation prédicative par le seul formant ne


antéposé au Vf est considérée comme une construction marquée
stylistiquement, d’une part elle appartient à la nuance littéraire de la langue,
d’autre part elle est caractéristique de certaines structures figées qui
reproduisent d’anciens moules syntaxiques. Ne apparaît donc dans deux
types généraux de contextes:
des structures automatisées, bloquées dans tous leurs constituants:
À Dieu ne plaise !
Qu’à cela ne tienne !
Ne vous en déplaise:
N’ayez crainte.
N’ayez garde.
N’empêche que...
La négation

Il n’y a (il n’est) si bon cheval qui ne bronche.


De même, ne s’emploie dans certaines locutions verbales qui n`ont
pas de corrélat affirmatif: n’avoir cure, n’avoir de cesse, n’avoir que faire
de, ne dire / ne souffler mot:
Il n’a soufflé mot de cette affaire.
Je n’aurai de cesse avant de savoir la vérité.
La science moderne n’a que faire de cette vieille notion.

des structures marquées stylistiquement comme appartenant à la


seule langue littéraire, le plus souvent en concurrence avec la
négation discontinue:
▪ ne peut servir de négation aux verbes pouvoir, savoir, cesser,
oser, bouger, consentir suivis d’un infinitif:
- le verbe pouvoir est négativé par ne lorsqu’il est suivi par un
infinitif mais ce ne entre en concurrence avec ne... pas :
Je ne pouvais (pas) me faire à cette idée.
Avec la vieille forme de la première personne du présent, puis, le
simple ne est obligatoire :
Je ne puis apparemment juger les autres .
(Camus)
La double négation est obligatoire avec un infinitif négatif :
Elle ne pouvait pas ne pas penser à cette rencontre.

- le verbe savoir peut être suivi non seulement d’un infinitif


mais aussi d’un interrogatif ou de si:
Il ne savait où trouver mille dollars.
(Simenon)
Vous ne saurez quoi répondre.
(Maurois)
Il était parvenu là on ne sait comment.
(Camus)
Elle a fait je ne sais quel rêve.
(Simenon)
Je ne sais si cela est simple.
Modalités d`énonciation

(Camus)
Au conditionnel, le verbe savoir suivi d’un infinitif appartient
exclusivement à la langue littéraire et il a dans ce cas un sens proche du
verbe pouvoir :
Je ne saurais trop vous approuver.
(Camus)
Je ne saurais vous répondre.
Les autres verbes mentionnés présentent les mêmes particularités
d’emploi :
Il n’osait se laisser aller.
(Calef)
Il ne cesse, lui, sinon de travailler, au moins de produire.
(Barthes)

▪ les hypothétiques introduites par si et négativées par le simple


ne; le plus souvent elles sont régies par une négative ou une
interrogative:
Elle y serait encore si elle n’était morte à son tour.
(Camus)
Nul n’entre ici s’il n’est géomètre. Pasteur, Fleming
Einstein, auraient-ils découvert des lois ignorées si leur
attention n’avait été concentrée sans se lasser sur un même
point?
(Maurois)
Dans toutes ces interrogatives il y a présomption en faveur de la
réponse négative.
Dans les hypothétiques inversives, on peut avoir un ne négatif, dans
ces conditions cumulées: le transfert négatif de la condition non réelle
exprimée par la subordonnée à la conséquence annulée exprimée par la
principale:
On se serait cru dans quelque foyer populaire, n’était ce
décor autour de nous.
(de Beauvoir)
La négation

▪ dans une proposition dépendant d’un centre contenant il y a (et


var.) voici,voilà et un nom de division temporelle, ne peut à lui
seul négativer la phrase:
Il y avait deux ans qu’on ne s’était vus.
(de Beauvoir)
Il y a longtemps que je ne suis allé en France.
Cette construction est en variation avec la structure négative à
formant discontinu :
Il y avait des années qu’ils n’avaient pas communiqué
ensemble de vive voix.
(Simenon)

▪ dans les énoncés où apparaît une séquence temporelle introduite


par un de explétif :
Je n’ai de ma vie éprouvé le moindre sentiment passionné.
(Sagan)
Paul, si tu fais ça, je ne te revois de ma vie.
(de Beauvoir)
La construction se trouve en variation libre avec le formant
discontinu:
Je ne dormis pas de toute la nuit.
(Camus)
▪ dans la proposition qui contient autre suivi d’un comparatif de
non identité :
Je n’ai d’autre ami que vous.
Dans les structures qui sont en variation avec le formant discontinu,
ne exprime une négation atténuée, teintée de subjectivité

Ne explétif

L’analyse contextuelle révèle trois emplois de la particule ne:


comme unique formant de la négativité (v.ci-dessus La question
directe totale):
Il n’ose lui parler.
Modalités d`énonciation

en combinaison avec un forclusif ou un restrictif:


Il ne travaille pas demain.
Il n’y a qu’à lui parler.
dans des structures où elle ne modifie pas la valeur de vérité de la
phrase:
J’ai peur qu’elle ne soit partie = “j’ai peur qu’elle soit
partie”
En grammaire traditionnelle on désigne cette particule, «dont
l’emploi tient du paradoxe » par le terme de ne explétif parce qu’elle n’a pas
de valeur négative. Certains auteurs ont tout de même fait remarquer que
même si l’idée que l’on vise est positive, ce ne introduit une vision
différente de celle exprimée par la phrase affirmative correspondante, ce qui
conduit à la conclusion qu’il n’est pas aussi superflu que la vieille
dénomination le laissait croire. Aussi, le terme de ne modal adopté par
F.Brunot ou celui de dicordantiel dû à Damourette et Pichon semblent-ils
plus appropriés. R.MARTIN a repris et révisée l’idée de discordance dans les
termes de la théorie des mondes possibles. «L`idée de discordance utilisée
par Damourette et Pichon peut se comprendre ainsi: ne explétif est le signe
que la proposition où il fonctionne appartient à deux mondes distincts, avec
des valeurs contradictoires entre la valeur «vrai» dans le monde évoqué et la
valeur «faux» dans quelque monde alternatif (R.MARTIN, 1987: 67 sqq.).
«Dans un énoncé tel que Je crains qu’il ne vienne, d’une part sa venue est
évoquée dans un monde possible que je dis craindre, tout en suggérant une
image alternative d’un autre monde qui lui aussi est possible et qui
correspond à mon souhait. R.Martin montre que l’idée de discordance n’est
pas suffisante pour expliquer la présence du ne modal, l’argument invoqué
étant l`emploi du verbe regretter qui lui aussi exprime une discordance entre
le monde qui est et le souhait et pourtant la présence du ne modal est
interdite: Je regrette qu’elle soit partie.» Il existe une très grande différence
entre les deux situations évoquées: dans le cas du verbe craindre, le monde
évoqué et le monde alternatif sont tous les deux possibles ,tandis que dans le
cas du verbe regretter qui repousse le ne modal, le monde évoqué est le
monde réel (elle est partie) et le monde alternatif est contrefactuel, dont la
réalisation est annihilée par le réel. Le ne apparaît ainsi comme le signe
La négation

d’une contradiction entre deux mondes également possibles dont l’un est
faux et l’autre vrai.
Le ne modal ou discordantiel se rencontre dans une série de
contextes, caractéristiques du français littéraire :
Il existe plusieurs classes de verbes qui régissent des complétives
et qui admettent un ne modal non obligatoire :
▪ des verbes, des noms exprimant l’appréhension et des locutions
conjonctionnelles de finalité négative: avoir peur,
appréhender, craindre, redouter, risquer, trembler:
J’ai peur que ce ne soit trop fatigant.
(Calef)
Je crains que bientôt Hugo et moi ne soyons à couteaux tirés.
(Sagan)
Françoise redoutait qu’il ne se mît vraiment en colère.
(de Beauvoir)
On tremblait qu’elle n’apportât une mauvaise nouvelle.
(Aymé,in Gaatone)
Il risque que son entreprise ne soit ruinée.
Si la proposition principale est négative, ne peut être supprimé mais
cette suppression n’est pas obligatoire :
Je ne crains pas qu’il pleuve.
Tu ne crains pas que ton mari ne s’épuise à couper du bois
ainsi.
(Sagan)
Des noms et des locutions contenant des noms
d’appréhension peuvent se construire avec un ne modal:
Toute sa crainte était qu’on ne jugeât mal son ami.
(de Beauvoir)
Il n’osait cependant pas la regarder de crainte qu elle ne lût,
dans ses yeux, un encouragement.
(Calef)
Avec précaution, de peur que quelqu’un des deux ne fût
endormi, je montai.
(Fournier)
Modalités d`énonciation

▪ des verbes d’empêchement : empêcher, éviter, ne pouvoir faire


(en sorte) que, prendre garde ...
Il faut éviter que les relations interhumaines ne se dégradent.
Il ne put faire qu’on ne l’entende.
Prenez garde qu’il ne s’en aperçoive.

▪ des verbes de faillissement: s’en falloir de peu / de beaucoup


qui expriment l’imminence contrecarrée, l’action qui a failli se
produire mais que le cours des événements a annihilée
(manifestation de l’anti-univers)
Il s’en est fallu de peu que je ne renonce à mes études.
Il s’en faut de beaucoup que nous ne soyons d’accord.
Si les temps employés sont au passé, le monde évoqué “qui a failli
être est contrefactuel:
Il s’en est fallu d’un rien qu’il ne soit arrêté.

▪ les verbes de sémantisme négatif peuvent régir sous la


dépendance de la double négation un ne modal:
douter,contester, disconvenir, dissimuler, méconnaître, ne
tenir qu’à...
Je ne nie pas qu’il ne l’ait dit.
Je ne doutais pas qu’elle ne comprenne ce que je voulais
dire.
Il n’est pas impossible que la conception du temps ne
change.
Il ne tient pas à moi qu’il ne le fasse.
Personne ne conteste qu’il ne soit nécessaire de se dégager
de ce genre d’obligations.
Je ne désire même plus le voir. Je ne peux faire qu’il ne me
fatigue même lorsqu’il est le plus simple.
(de Beauvoir)
Le cumul des deux négations exprime une affirmation atténuée, ce
qui s’accommode très bien du ne modal.
La négation

Le ne discordantiel apparaît aussi dans des propositions


subordonnées introduites par des connecteurs qui induisent une
idée négative: à moins que,avant que, sans que, que.
La locution à moins que introduit une proposition exprimant une
condition restrictive (une exclusion). La réalisation du procès de la
subordonnée attire l`annulation du procès de la principale:
Nous sortirons à moins qu’il ne pleuve.
La vieillesse est dévaluée à moins qu’elle ne soit camouflée.
(Maurois)
Le connecteur suspend la vérité de l’assertion exprimée par la
principale. La contradiction entre les deux mondes explique la présence du
ne modal.
Dans une temporelle d’antériorité introduite par avant que, ne sert à
marquer la période pendant laquelle l’action du Vr ne s’exerce pas:
Beaucoup de naufragés meurent bien avant que les
conditions physiques ou physiologiques ne soient devenues,
par elles-mêmes, mortelles.
(Bombard)
Vous croirez avant que je n’y croie.
(Sagan)
Dans le contexte d’une principale négative, la locution sans que
exprime une conséquence qui se produit avec nécessité:
Faites votre devoir sans qu’on (ne)vous contraigne.
Je ne m’imagine pas ce dernier éloignement sans que mon
cœur ne se serre et je me demande: reviendras-tu?
(Berger)
Il ne se passe pas de jour qu’un drame ou qu’un scandale ne
vienne secouer l’opinion publique.
Dans les comparaisons d’inégalité, la présence du ne modal se
justifie par le caractère non symétrique des termes mis en relation:
si l’un des termes est vérifié, l’autre ne l’est pas. Les relateurs
comparatifs synthétiques (mieux, meilleur, pire, moindre, autre,)
ou un adverbe accompagnant un adjectif, un adverbe ou un verbe
(autrement, plus, moins, plutôt) justifient la présence d`un ne
Modalités d`énonciation

discordantiel. L‘expansion comparative peut dépendre d’une


proposition positive.
Ils sont meilleurs qu’ils ne paraissent.
(Camus)
Elle est moins mauvaise qu’elle ne dit.
(de Beauvoir)
Il était plus pessimiste que la situation ne l’exigeait.
(Bombard)
Avait-il bu plus qu’il ne pensait?
(Simenon)
Vous ferez plus de conquêtes que vous n’en voulez.
(Maurois)
Je n’agirais pas autrement que ne l’ai fait.
ou négative:
Je n’ai pas pu faire autrement que je n’ai fait.
(in Gaatone)
Il ne vous connaissait pas plus qu’on ne les connaît.
(in Gaatone)

La négation simple
à formant discontinu

En français littéraire le formant de la négation prédicative est


discontinu, dans lequel se combine au moins deux indices négatifs, le
discordantiel ne et un forclusif (pas, point guère) ou une demi-négation, qui
sont des négations imperméables n’admettant pas la combinaison avec un
autre forclusif. Dans la nuance familière ou populaire du français, la
négation se réduit à un seul indice postposé au verbe:
Tu parles pas souvent mais quand tu te décides c’est pour
débloquer.
(Calef)
Je risquais rien.
(Calef)
La négation

Les indices de négation qui contractent un rapport de double


implication avec ne (en langue littéraire) sont commandés par des
mécanismes qui restreignent leurs latitudes combinatoires et régissent
l’ordre de leur apparition dans la phrase. En même temps, les forclusifs
contractent entre eux un rapport d’exclusion, étant incompatibles à
l’intérieur du noyau prédicatif.
Indice négatif essentiel par sa fréquence, pas assure de multiples
fonctions à différents niveaux d’incidence négative. Le français
familier ou populaire, où l’indice ne n’est pratiquement plus
employé, se contente du seul pas pour négativer un énoncé:
T’es pas heureuse comme ça?
(Calef)
La structure négative la plus fréquente est celle ou pas est postposé
au Vf :
Il ne viendra pas.
Il n’est pas venu.
Il ne veut pas venir.
En langue littéraire, pas peut précéder le verbe:
▪ dans une extension comparative négative :
Pas plus qu’à la crise du logement, il n’y a de remède
miraculeux à la crise de la route française.
(Paris Match)
▪ si pas forme avec même une unité susceptible de figurer en tête de
phrase :
Et pas même, sachez-le bien, la vaine science humaine ne
peut faire que vous l’évitiez.
(Camus)
L’indice pas constitue avec le Vf une suite caractérisée par un seul
accent qui frappe la négation, ce qui explique d’ailleurs la disparition de ne
en langue familière et populaire. La cohésion de la suite Vf pas est
moyenne,en ce sens que les éléments adverbiaux qui peuvent s’introduire
entre le Vf et pas appartiennent à un paradigme limité:
Tu n’as certainement pas tout dit.
(Simenon)
Modalités d`énonciation

Ce n’est vraiment pas la peine de vivre.


(de Beauvoir)
C’était un bon garçon, mais il ne la valait évidemment pas.
(Simenon)
Je n’ai absolument pas le temps de m’occuper de vous.
(de Beauvoir)

Ne dis surtout pas que tu l’as vu partir en voiture.


(Calef)
Son repas n’est peut-être pas très luxueux.
(Maurois)
Tu n’es pourtant pas une romanesque.
(de Beauvoir)
Pour certains déterminants du GV il y a ordre séquentiel pertinent du
point de vue sémantique :
- l’opposition séquentielle toujours pas / pas toujours correspond à
l’opposition continuité / discontinuité :
Courtois ne décrochait toujours pas.
(Calef)
Elle ne s’en rendait pas toujours compte et pour cause.
(Calef)
- l’opposition pas même / même pas traduit l’opposition limite
supérieure non atteinte / limite inférieure non atteinte :
Cette main qu’elle vous tendra, nulle puissance terrestre et
pas même, sachez-le bien, la vaine science humaine ne peut
faire que vous l’évitiez.
(Camus)
Nous ne voyons même pas l’extrémité de notre esquif.
(Bombard)
- l’opposition simplement pas / pas simplement exprime l’opposition
de sens restriction négative / extension positive :
Je ne comprends simplement pas comment tu peux te
permettre de douter de moi.
(Calef)
La négation

Et cependant les résonances affectives et les harmonies


symboliques de rouge et de vert ne s’en trouveraient pas
simplement inversées.
(Lévi-Strauss)
La négation prédicative à formant discontinu peut recevoir un
intensif du tout:
Je ne pense pas du tout que l’importance de la science dans
notre société signifie la fin de l’art et de la littérature.
(Maurois)
Le chauffard n’était pas content du tout.
(Malet)
Pas peut fonctionner aussi comme préfixe négatif auprès d’un
adjectif:
Une femme épaisse et pas jeune

Le forclusif point est considéré aujourd’hui comme synonyme de


pas, l’opposition d’intensité qui les opposait s’étant atténuée.
«Point a à peu près disparu de la langue parlée de la région de
Paris» (L.FOULET, 1946: 135).
Du point de vue distributionnel, on constate que point ne peut se
substituer à pas dans tous les contextes :
- dans des phrases d’extension négative
Pas plus que pour le logement, il n’est possible d’augmenter
indéfiniment les ressources consacrées à la route.
(Paris Match)
*Point plus que pour le logement ..
À la différence de pas, point peut apparaître en position frontale:
Point n’est besoin d’insister pour obtenir gain de cause.
Point occupe dans le G Préd les mêmes positions que pas, après
le Vf:
Je ne vous blâmerai point.
Il n’est point du tout nécessaire d’y participer.
Modalités d`énonciation

Le forclusif guère exprime la grande quantité annulée (“pas


beaucoup”), l’effet global étant celui de négation atténuée.
Guère se combine avec le temporel et le quantitaif plus, en réalisant
à l’aide de la variation de l’ordre séquentiel guère plus / plus guère
l’opposition quantitatif / temporel:
C’est un petit journal pour une petite ville qui, côté États
Unis ne compte guère plus de sept mille habitants.
(Simenon)
On ne conçoit plus guère une réflexion sur un élément isolé
du lexique.
(Martin)
Pour exprimer sans ambiguïté le quantitatif on se sert de l’adverbe
davantage:
Je ne te verrai guère davantage.
(de Beauvoir)
La négation qui englobe le complément d’objet direct, entraîne,
comme pour pas et point, l’emploi de la forme réduite de l’article indéfini :
Il n’attachait guère d’importance à ce qu’il faisait.
(de Beauvoir)
Il n’est venu guère de touristes cette année.
À cette liste d’indices imperméables il faut ajouter l’adverbe
négatif dérivé nullement ainsi que la locution adverbiale nulle
part :
Les conclusions sont aléatoires et nullement nécessaires.
(Delavenay)
J’ai vu entrer Lucien Blaise que je n’attendais nullement.
(Roy, in Gaatone)
Le sac ne se trouvait nulle part.
(Calef)
Ces substituts adverbiaux peuvent figurer entre deux pauses
(substituts pro-phrase):
J’étais convaincu qu’elle allait s’éveiller. Nullement; elle
redevenait calme.
(Proust, in Gaatone)
La négation

La négation associative

La négation associative est une négation à formant discontinu


constituée en langue littéraire du discordantiel ne et d’un deuxième élément,
une demi-négation, qui tout en ayant une polarité négative, connaît aussi des
emplois positifs. Ces demi-négations sont imperméables, elles excluent pas
de leur contexte immédiat.
Du point de vue morpho-syntaxique, elles appartiennent à des
classes assez diversifiées:
Pronoms: personne,rien
Adjectifs et pronoms: aucun, nul
Adverbes: jamais,plus, aucunement
Du point de vue syntaxique, les demi-négations remplissent à
l’intérieur de la phrase négativée des fonctions actancielles,
circonstancielles ou de détermination dans le cas des prédéterminants.
Les emplois positifs dépendent de la présence de ne ... pas et ne se
trouvent qu’en subordonnée à principale négative:
Elle ne comprend absolument rien,
Je ne crois pas que rien m’échappe. (“quelque chose“)

Emploi des demi-négations

Le substitut nominal personne peut figurer dans toutes les


positions caractéristiques du nom, en se situant à tous les paliers
syntaxiques de la phrase.
- sujet :
Personne ne se montre trop cordial ce matin.
(Simenon)
- sujet logique :
Il n’y a personne chez vous.
(Calef)
- complément direct:
Nous n’avions chargé personne d’agir à notre place.
(de Beauvoir)
Modalités d`énonciation

- complément prépositionnel :
Je ne dirai rien à personne.
(Sagan)
Elle n’était précieuse pour personne.
(de Beauvoir)
- complément du nom:
Eléonore n’était donc la femme de personne.
(Sagan)
Dans ses emplois positifs, personne a le sens de “qui”, “quiconque”
“qui que ce soit”:
Je ne crois pas que personne les connaisse. (“quelqu’un”)
Ce n’est pas qu’on puisse avoir confiance en personne.(“qui
que ce soit”).

Le substitut nominal rien [- animé] peut, tout comme personne,


occuper les mêmes positions syntaxiques:
- sujet:
Rien n’altérait le murmure égal des machines.
(de Beauvoir)

- objet direct:
Tu ne dis rien?
(Calef)
Il ne connaissait absolument rien.
(Simenon)
Il feignait de ne rien entendre

- objet prépositionnel
Le reste ne servirait à rien.
(Camus)
Je n’y suis pour rien.
(Sagan)
La négation

Rien est, dans les contextes où il apparaît un élément négatif ou de


sens négatif, la variante littéraire de “quelque chose” :
C’est là le seul chemin ouvert à ceux qui n`ont la possibilité
de rien construire.
(de Beauvoir)
Je ne lui ai permis de rien faire.
(de Beauvoir)
Il n`y avait besoin de rien se dire.
(Aragon)
Elle refuse de rien abdiquer d’elle-même.
(de Beauvoir)
Elle a renoncé à rien faire.
(de Beauvoir)
Il sera trop tard pour rien changer.
(Butor)
Elle se regarde trop pour rien voir.
(de Beauvoir)
Si l`art n`était qu`un prolongement de la vie,valait-il de lui
rien sacrifier?
(Proust)
Aucun peut apparaître en position de prédéterminant négatif ou de
substitut de quantité nulle. Comme prédéterminant il connaît une variante de
genre, mais ne s`emploie au pluriel qu’avec les subtantifs pluralia tantum.
Aucun écrivain n`est plus proche de mon cœur.
(Maurois)
Il n’a fait aucune difficulté.
(Simenon)
Aucun de nous n`est exempt de se méprendre.
(Boll)
Dans ces emplois positifs aucun est une variante de quelconque ou
de quelque chose:
Je n’admettais pas que la richesse pût fonder aucun droit.
(in Gaatone)
Il refusa de donner aucune suite à cette démarche.
Modalités d`énonciation

Il était incapable d’aucune réaction.


(Camus)
Croyez-vous qu`aucun deux soit averti?
L’adverbe négatif aucunement exprime une négation adversative:
Création continue, chacun des plans n’a aucunement été jugé
de façon définitive.
(Paris-Match)
Comme toutes les demi-négations, aucunement a à l`origine un sens
positif, qui est d`un emploi archaïsant:
Croyez-vous qu`on puisse aucunement soutenir cette
opinion?
(Acad.)
Nul présente les caractéristiques suivantes:
▪ morphologiquement, il connaît une variante du féminin (nulle),
▪ du point de vue morpho-syntaxique il assure les deux fonctions de
prédetérminant et de pronom,
▪ syntaxiquement, il est exclu de la position de complément d’objet
direct
Nulle puissance terrestre ne peut faire que vous l’évitiez.
(Camus)
Les masses n’avaient nulle garantie en cas de maladie.
(Maurois)
Nul ne réussit longtemps sans mérite.
(Maurois)
Nul en tant qu`adjectif peut avoir un sens qualitatif “sans valeur”,
“sans mérite“:
Cet élève est nul en mathématiques.
L’indice jamais est un substitut adverbial qui se caractérise par
une position assez libre à l’intérieur de la phrase ,mais
normalement il dissocie les constituants du G Préd:
Jamais la licence des mœurs ne fut pire qu`au temps de
Louis XV.
(Maurois)
La négation

Elle ne se permettait jamais de contredire son mari.


(Simenon)
Il ne faut jamais demander ça à un homme.
(Calef)
Nous n’avons jamais aimé ça.
(Camus)
Notre esquif n`avait encore jamais embarqué une goutte.
(Bombard)
Jamais, en tant que demi-négation, connaît des emplois positifs en
contexte négatifs, interrogatifs, hypothétiques, comparatifs ou avec des
éléments régissants de sens négatif:
Rien n’atteste que ce phénomène ait jamais existé.
(Lévi-Strauss)
Est-elle jamais sérieuse?
Il regrettait plus que jamais d’avoir refusé l`invitation.
Qui sait jamais si l`audace ne reculera la limite du possible?
(Maurois)
C`est le seul qui fût jamais parvenu à nager dans la Santa
Cruz en crue.
(Simenon)
Comment pourrait-elle jamais bouger?
(de Beauvoir)
Comme si je m’étais jamais plainte de la pauvreté.
(de Beauvoir)

L’indice de négation plus est employé avec un sens aspectuo-


temporel dans une phrase à présupposition positive : le procès est
décomposé en deux étapes successives, l’une initiale et positive,
l`autre finale et négative:
Il fumait autrefois. Maintenant il ne fume plus.
Cet ordre de succession est obligatoire et irréversible.
Modalités d`énonciation

La tradition distingue très nettement entre le plus de temporalité


négative et le plus quantitatif, employé aussi dans des comparaisons
d`inégalité. Ces deux éléments constituent des entités considérées comme
distinctes en vertu de leurs traits distributionnels différents. En effet, plus
négatif ne se combine jamais avec pas étant donc une négation
imperméable, tandis que le quantitatif admet cette combinatoire:
Il ne travaille plus. (négatif)
Il ne travaille pas plus que son frère. (quantitatif d`inégalité)
En conformité avec le principe “une forme un sens“ il faut découvrir
le fonctionnement en langue de l`unité “plus” qui permet cette
diversification discursive. En effet, si l’on compare les deux emplois de plus
on peut constater qu’il existe dans les deux cas une relation d’opposition
que contractent deux entités dont l’une est caractérisée par un trait positif et
l’autre par un trait négatif. Dans le cas de plus négatif, les deux entités sont
les deux étapes du procès envisagé, tandis que dans le cas de plus
comparatif les entités mises en relation sont de nature quantitative. Certains
contextes négatifs où plus quantitatif figure en présence de déterminants de
temporalité successive semblent confirmer l’idée qu’il existe un seul signifié
sous-jacent à ces deux unités:
Espérons que ce ne sera pas plus grave aujourd’hui qu’hier.
(Camus)
Pas plus au Pérou qu`au Mexique, on ne connut jamais
véritablement un empire.
(Lévi-Strauss)
Dans une phrase telle que Il ne tiendra plus longtemps il y a un
amalgame de quantité et de durée.
Dans les monorèmes, plus est un indice conjoint car il demande
toujours le support d`un autre élément:
Plus maintenant.
Plus rien.
Plus peut dépendre d’un adjectif quantifié :
Une femme plus très jeune...
La négation

Plus peut être antéposé au Vf s’il est combiné avec un autre indice
de négation:
Plus personne ne passe.
(de Beauvoir)
Je compris qu’il n’y avait plus rien entre eux.
(Camus)
Plus jamais je ne reverrai ton sourire.
(de Beauvoir)
Plus aucun espoir ne subsiste.
(Bombard)

La combinatoire des demi-négations

Les demi-négations peuvent se combiner entre elles dans des


structures négatives complexes. Les mécanismes qui rendent possible
d’accroître de plusieurs unités le noyau négatif de la phrase sont régis par
les aptitudes des demi-négations à se combiner entre elles, mais il existe des
limitations discursives, le nombre des constituants négatifs ne dépassant pas
en général trois:
Il ne donne jamais rien à personne.
(Simenon)
Nulle part rien ne se passe jamais.
(de Beauvoir)
Personne n`est jamais avec personne.
(Camus)

La négation prédicative exceptive

La négation amorcée rendue par le simple ne peut être annulée par


un «inverseur de négativité», l’indice que, par lequel on soustrait le segment
qu’il introduit à la négativité, en évoquant un ensemble négatif dont les
frontières sont refoulées dans la zone du présupposé, de l’inactuel.
Il n’y a que moi qui suis moi.
Modalités d`énonciation

(de Beauvoir)
Je ne sens plus que ma révolte.
(Camus)
Il n’y eut guère que trois phrases prononcées.
(Simenon)
Il n’y a point que des soldats dans la rue.

En introduisant un infinitif, que annule tous les autres procès en les


renvoyant dans une zone de la virtualité présupposée:
Je n’ai fait que traverser.
(Simenon)
Les demi-négations rien, personne, jamais explicitent dans la chaîne,
la zone négative à laquelle on soustrait l`élément introduit par que:
Personne ne rit que les ivrognes (“seuls les ivrognes rient”)
(Camus)
Il n`attendait rien de moi que d`être compris.
(Maurois)
Tu n’es jamais qu’un fonctionnaire.
(Simenon)
Dans certains contextes, la combinaison ne ... jamais ...que peut aller
jusqu`à l`inversion totale du signe pour signifier “toujours”:
Je n`ai jamais aimé que toi.
(Calef)
Que peut se combiner avec pas, point pour exprimer une extension
positive de similarité. Le tour ne ... pas ... que exprime une assertion
affirmative paraphrasable par seulement:
Je t`aime, dit Jean. Mais il n’y a pas que l`amour.
(de Beauvoir)
Mais si l`homme ne vit pas que de pain, il ne vit pas non plus
que de lecture.
(Maurois)

Dans les phrases où le complément d`objet direct précède le que


exceptif, on emploie la variante réduite de l’article indéfini, d:
La négation

Je n’avais de regards que pour ces horizons futurs.


(de Beauvoir)

2. Les réflexes de la négation

La présence du trait négatif impose certaines modifications par


rapport à la phrase symétrique affirmative. Ces modifications entraînées par
la présence d`un morphème négatif au niveau grammatical ou lexical que
nous avons appelées „réflexes de la négation” peuvent être ramenées à deux
types essentiels:
a) l`apparition de formants différents – variantes libres ou
combinatoires – qui expriment dans la phrase négative les
mêmes constituants que dans la phrase affirmative
correspondante;
b) des modifications de l`ordre séquentiel.
Les variantes libres du point de vue grammatical expriment des
oppositions sémantiques ou, dans certains cas, la suspension de certaines
oppositions.

Le régime des déterminants

La phrase négative est un contexte qui favorise la réalisation par un


anaphorique zéro d’un déterminant du GV objet direct:
Je ne pense pas.
Je ne peux pas.
Je ne veux pas.
Modalités d`énonciation

Le régime des prédéterminants

En analysant l`article français, G.GUILLAUME (1945) a attiré


l`attention sur une certaine difficulté de constitution de l`article en présence
de la négation. Ainsi l`analyse révèle des affinités combinatoires entre la
négation en tant qu`expression de la non existence ou du rejet et le
prédéterminant zéro comme expression du virtuel. En effet, des contextes
négatifs peuvent amener la présence de l`article zéro devant un constituant
nominal:
Il m`a répondu qu`il n`avait pas pouvoir.
(Camus)
Louis XIV ne se refusait aucun plaisir, aucun luxe et jamais
souverain ne fut plus respecté.
(Maurois)
Elle n`avait mis ni poudre ni rouge à lèvres.
(Simenon)

La difficulté de l`article de se constituer en présence de la négation


s`est cristallisée dans l`emploi du formant de. Ce segment est désigné
par le terme de ”forme réduite” de l`article ou “inverseur de
totalité“(G.Guillaume).
Il apparaît dans les contextes suivants:
a) de + adjectif + N
b) adv. K + de + N
c) GV nié + de + N
Dans les phrases négatives, de introduit l`objet direct d`un verbe nié
et entre en rapport avec les autres prédéterminants nominaux un, aucun, etc.
de exprimant dans ces contextes la quantité indéterminée:
Je n`ai pas un poste émetteur.
(Bombard)
Je n`ai pas de poste émetteur.
(Bombard)
La négation

De est variante combinatoire dans les cas suivants:


▪ dans les structures où figure un verbe transitif ou dans une phrase
elliptique:
Je n`ai pas d`ami.
(de Beauvoir)
Mais ne faites pas de bêtises.
(Camus)
Toujours pas de bateau.
(Bombard)
La forme réduite de exprime une négation absolue, tandis que la
forme pleine de l`article exprime une négation relative:
Je ne bois pas de vin. (négation absolue)
Je ne bois pas du vin que vous avez apporté.(“Je bois du vin
mais pas de celui-là”)
▪ après le verbe être construit avec le pronom neutre il / ce (avec la
même valeur de quantité nulle):
Il n`est pas d`île dans la peste.
(Camus)
Ce n`est pas de veine.
(Bombard)
Dans les phrases où le verbe être a une valeur qualitative, ou si le
nom est suivi d`un qualifiant qui insiste sur la qualité , la forme pleine de
l`article est de mise:
Ce n`était pas de la méfiance.
(Simenon)
Ce n`étaient pas des silences gênants.
(Simenon)
▪ dans la négation restrictive, si l`objet direct précède le restrictif
que:
Je n`eus plus d`yeux que pour lui.
(Camus)
Je n`avais de regards que pour ces horizons futurs.
Modalités d`énonciation

▪ dans les phrases négatives coordonnées par ni et dont le premier


élément est introduit par de:
Il n`y a pas de bonté ni d`amour.
(Camus)
Il ne demande ni d`eau ni de pain.
Mais si le premier élément est précédé de l`article plein, le
coordonné l`est aussi:
Ce n`étaient ni des prières ni des ordres.

Négation et forme modale

La négation grammaticale peut amener le changement de la forme


modale du verbe subordonné:
▪ des verbes épistémiques, qui en phrase assertive affirmative se
construisent avec l`indicatif, en phrase négative peuvent se construire avec
le subjonctif en alternance avec l’indicatif (ou le conditionnel) :
Je ne crois pas qu`il soit à Paris en ce moment (non
assertion)
Je ne crois pas qu`il est à Paris en ce moment (assertion
négative).
Il n`est pas sûr qu`il soit / qu`il est à Paris en ce moment.
Je ne pense pas qu`il lui soit arrivé quoi que ce soit de
fâcheux.
(Simenon)
Le subjonctif marque la non assertion, la réserve du locuteur à
l`égard de la valeur de vérité du procès de la subordonnée:
Je n`aurais pas cru que ça puisse tuer.
(de Beauvoir)
Je ne vois pas que l`humanité soit saturée de biens.
(Maurois)
Madeleine ne comprenait pas qu`on pût se plaindre de son
sort.
(de Beauvoir)
La négation

Il ne soupçonnait pas qu`on voulût le tromper.


(Dubois, Dict)
Je ne jurerais pas que l`homme soit mort.
(Simenon)
Marcel ne prétend pas que ce soit beau.
(de Beauvoir)
Je ne dis pas que ce dénouement heureux soit la règle.
(Maurois)
Dans le cas de la négation morpho-lexicale (préfixale), le subjonctif
est sinon obligatoire, la forme verbale de loin la plus fréquente:
Il est invraisemblable qu`il soit parti sans nous prévenir.
(in Dico)
Il est improbable que cela se produise d`un jour à l`autre.
▪ les verbes de sémantisme interne négatif ( empêcher, contester,
douter,nier) qui normalement commandent le subjonctif, peuvent régir aussi
l`indicatif, les deux signes négatifs, grammatical et lexical, cumulés, valent
pour une affirmation:
Nous ne doutons pas qu`il ait raison.
Je ne doute pas qu`il fera tout ce qu`il pourra.
(Littré)
Je ne conteste pas qu`il ait fait son possible.
Il ne conteste pas qu`il est travailleur, qu`il réussira.
(in Hanse)
Le verbe empêcher à la forme négative introduit le subjonctif, avec
ou sans ne discordantiel:
Je n`empêcherai pas qu`il (ne) fasse ce qu`il voudra.
(in Hanse)
L`expression impersonnelle (il, cela, ça) n`empêche que peut
introduire le subjonctif ou l`indicatif / le conditionnel (surtout pour une
action réalisée):
Cela n`empêche pas qu`il y aille.
Cela n`empêche pas qu`il y est allé.
(in Hanse)
Modalités d`énonciation

Cela n`empêche pas que certains d`entre eux ne soient de


grands esprits.
(Maurois)
Ça n`empêche pas que pour chacun sa vie est unique.
(de Beauvoir)
Le cumul de signes négatifs dans le verbe ignorer nié entraîne
l`indicatif du verbe régi:
Il n`ignore pas que tout le long du chemin de retour il
emportera l`habituelle rancœur.
(Simenon)
Le verbe nier employé négativement régit le plus souvent le
subjonctif:
Je ne nie pas qu`il m`en ait parlé.
▪ dans les relatives déterminatives dépendant d`un centre négatif,
le subjonctif est la forme modale la plus fréquente, mais l`indicatif
(le conditionnel) sont également possibles:
Il n`y a point de faveur imméritée qui puisse durer.
(Maurois)
Il n`y a rien sur la vie ou même sur l`amour que je puisse te
donner pour vrai.
(Sagan)
On n`a retrouvé personne qui l`ait connue.
(Calef)
Je n`ai jamais eu affaire à des femmes dont on sache si peu
de choses.
(Simenon)
Il n`est pas de pays en Europe dont je n`aie partagé les
luttes.
(Camus)
Mais l`indicatif et le conditionnel peuvent apparaître aussi dans ces
relatives:
Il n`y a aucune force au monde qui pourrait m`empêcher.
(Simenon)
La négation

▪ la négation exceptive n`entraîne pas moins la présence du


subjonctif dans les relatives:
Il n`y a guère que la mort qui puisse les arrêter.
(Sagan)

Négation et régime des pronoms personnels


dans l`impératif

Si l`impératif est combiné avec la négation, les pronoms personnels


sont replacés devant le verbe et la forme tonique de la première et deuxième
personnes est remplacée par la forme atone :
Attends-moi. / Ne m`attends pas.
Accompagne-le ! / Ne l`accompagne pas!

Négation et régime des quantificateurs


comparatifs

Le régime des quantificateurs peut être déterminé par la négation


grammaticale. Ainsi, les quantificateurs d`égalité qu`on emploie auprès des
adjectifs, des noms et des adverbes présentent deux séries de formants
d`après le statut affirmatif ou négatif de la phrase où ils figurent. Dans les
couples si / aussi, tant / autant, le premier terme est marqué, son emploi
étant réservé aux propositions négatives et interrogatives, tandis que le
second peut être employé indifféremment du statut de la phrase:
Elle est aussi attentive que sa sœur.
Elle n`est pas aussi attentive que sa sœur.
Elle n`est pas si attentive que sa sœur.

Il ne parle pas aussi correctement que son frère.


Il ne parle pas si correctement que son frère.

Il a autant de patience que son frère.


Il n`a pas autant de patience que son frère.
Il n`a pas tant de patience que son frère.
Modalités d`énonciation

3. Négation et lexique
Il existe entre certains lexèmes ou locutions complexes et la négation
une affinité sélective; on parle dans ce cas d`unités à polarité négative qui
n`étant pas des unités négatives à proprement parler apparaissent toutefois le
plus souvent en contexte négatif ou tout au plus dubitatif (D.GAATONE,
1971: 189 sqq.) Le simple ne peut suffire en présence de ces éléments.
Parmi ces unités on peut mentionner:
des locutions adverbiales constituées de la préposition de + un
adverbe temporel:
▪ de sitôt “avant longtemps“.
Je crois qu`on ne le reverra pas de sitôt.
Cette espérance ne devait pas se réaliser de sitôt.
(Péguy, in P.Robert)
▪ de longtemps “dans un temps éloigné”:
Des souvenirs sont capables de nous laisser. Ils reviennent
aussi et parfois de longtemps ne nous quittent.
(Proust in Gaatone)
▪ de + N [ + temps ] : “tout le/la”
Il ne put dormir de la nuit
Nous ne bougerons pas de toute la soirée.
▪ de ma / la vie “jamais”:
De ma vie je n`ai vu chose pareille.
(Petit Robert)
▪ de mémoire d`homme “d`aussi loin qu`on s`en souvienne”
De mémoire d`homme, personne n`avait interdit le passage.
(Romains in Gaatone)
des unités quantitatives qui renforcent la négation:
▪ du tout :
Je ne suis pas du tout sûr que nous devrions refuser.
(de Beauvoir)
La règle ne constitue pas du tout une contrainte.
(Barthes)
La négation

▪ le moins du monde :
Il n`essayait pas le moins du monde de le convaincre.
▪ pour rien au monde / pour un sou :
Pour rien au monde je n`y toucherai.
Deux compagnons pas compliqués pour un sou.
(Petit Robert)
▪ pour autant
La situation économique n`en sera pas améliorée pour
autant.
des verbes et des locutions verbales qui apparaissent le plus
souvent en structure négative : bouger, ne souffler mot, ne toucher
mot,lever le petit doigt etc. :
Je ne bouge pas de chez moi aujourd`hui.
Elle ne toucha mot de la lettre.
(Petit Robert)
Il n`a soufflé mot de cette étrange affaire.

4. Pour une approche pragmatique


de la négation
La négation comme acte

Parmi les innovations théoriques de ces dernières années, il convient


de mentionner les tentatives d`interpréter la négation dans les termes d`une
approche pragmatique. On arrive ainsi à mettre en place un dispositif qui
permet de dévoiler les fonctions interlocutives de la négation, en opposant
une négation interne ou propositionnelle ou encore descriptive, définie
comme l`assertion d`un contenu négatif sans référence à une affirmation
antithétique (Pierre n`est pas gentil) et une négation externe,
illocutionnaire ou polémique qui prend en compte la dimension
interlocutive de la négation ( - Pierre est gentil. – Non, il n`est pas gentil du
tout.). Dans ce dernier cas, la négation constitue un acte de langage, l`acte
illocutionnaire de négation, qui implique la présence de deux traits
Modalités d`énonciation

interlocutifs, l`intentionnalité et la conventionnalité, les conditions de


satisfaction de tout acte. On distingue ainsi, suivant les rapports entre la
constitution de l`énoncé et le type d`acte, un ensemble formé de cinq actes
où la négation trouve une place bien circonscrite. Cette place est caractérisée
par des distinctions établies d`après le type d`assertion et de la portée de la
négation. Nous rappelons que l`assertion est une catégorie pragmatique
définie comme l`acte par lequel le locuteur pose comme vrai (ou comme
valide ou comme valable) un contenu propositionnel p.
Il y a ainsi lieu de distinguer les actes suivants, définis par leurs buts
illocutoires :
un acte d` assertion positive A(p)
J`affirme qu`il a raison.
un acte d`assertion négative A (-p)
J`affirme qu`il n`a pas raison.
un acte de NON assertion –A (p)
Je n`affirme pas qu`il a / ait raison
un acte de négation N (p) – acte réactif qui vise à annuler un fait
ou une croyance:
Je nie qu`il a / ait raison.
un acte de négation non assertive N (-p) – acte réactif :
Je ne nie pas qu`il n`ait raison.
Les distinctions qui séparent ces actes mettent en valeur une autre
distinction importante dans l`analyse des énoncés négatifs : la distinction
entre la vérité d`un contenu propositionnel et son assertabilité conçue
comme la possibilité que cette vérité soit assumée par le locuteur. La
négation peut affecter soit la vérité d`une proposition, soit son assertabilité
(J.MOESCHLER, 1996: 131).
Une difficulté surgit lorsqu`il s`agit d`interpréter la force
illocutionnaire transmise par les énoncés négatifs. Au niveau du marquage
linguistique, il n`y a pas de différences très nettes, à l`exception des préfixes
performatifs de négativité (contester, démentir, nier, réfuter) (J.MOESCHLER,
1996: 112). Ainsi, un énoncé tel que:
Je ne t`écrirai plus.
La négation

pourrait avoir plusieurs interprétations illocutionnaires:


“je nie que je t`écrirai encore“
“je t`avertis que je ne t`écrirai plus”.
“je te promets que je ne t`écrirai plus” etc.
La question des procédures interprétatives que l`on applique pour
déclencher l`inférence pragmatique des énoncés négatifs sans préfixe
performatif reste, dans l`opinion de J.MOESCHLER, sans réponse
(1996: 113).
Il résulte des remarques précédentes que l`on peut associer à la
négation trois fonctions pragmatiques fondamentales:
asserter un contenu négatif:
Les dégâts provoqués par le tremblement de terre n`ont pas
été grands.
refuser un contenu au profit d`un autre:
Les conséquences ne sont pas graves mais il faut prendre des
mesures pour limiter à l`avenir les dégâts.
rejeter un acte:
Les dégâts provoqués par le tremblement de terre n`ont pas
été grands pour la bonne raison qu`il n`y a pas eu de
tremblement de terre.

Négation et contre-argumentation

S`attachant à l`étude des effets argumentatifs de la négation,


P.ATTAL considère que la négation doit être décrite comme un acte de
langage spécifique parce qu `«elle ressortit au comportement de la
résistance, du refus, de l`opposition» (1984: 6). Le point de départ qu`il
adopte en conférant à la négation un rôle primordial contre-argumentatif est
la négation polémique, qui exprime le rejet par le locuteur d`un point de vue
exprimé antérieurement :
Contrairement à ce que tu pourrais penser, la ville n`est pas
plate (bien au contraire, elle est très accidentée).
(in Nølke)
Modalités d`énonciation

Les effets argumentatifs de la négation sont liés aux lois du discours


et aux échelles argumentatives élaborés par O.DUCROT (1980 a) qui propose
une interprétation scalaire des faits négatifs. Ainsi, la loi de l`inversion
argumentative stipule que si un énoncé est utilisé par un locuteur pour
soutenir une certaine conclusion, sa négation pourra être considérée comme
un argument pour la conclusion opposée:
Il fait beau, donc on peut faire de la barque à voile.
Il ne fait pas beau, donc on ne peut pas faire de la barque à
voile.
Une application de cette loi serait le fonctionnement de l`adverbe
même. Ainsi, un locuteur qui argumenterait pour le sérieux de Pierre en (i),
devrait accepter l`argumentation en (ii) pour le manque de sérieux de Paul:
(i) Pierre a une thèse de doctorat, et même une thèse d`Etat.
(ii) Paul n`a pas de thèse d`Etat, ni même de thèse de
troisième cycle.
(in Moeschler)
Même fonctionne dans (i) comme un élément qui renvoie au haut de
l`échelle, tandis que dans (ii), il renvoie au bas de l`échelle. La conclusion
qui se dégage de ces exemples est que: «l`echelle où se trouvent les énoncés
négatifs est inverse de l`échelle des énoncés affirmatifs».
Une autre loi du discours, la loi d`abaissement précise que certains
énoncés négatifs renvoient au bas de l`échelle argumentative:
Je ne peux pas me pemettre une telle dépense, je ne gagne
tout de même pas dix mille dollars par mois. = “je gagne
moins“
Dans d`autres cas, la négation a, au contraire, un effet majorant(v.ci-
dessous):
Il ne m`aime pas, il m`adore.

Négation et polyphonie
Essayant de remédier à certains inconvénients de l`interprétation
scalaire des faits négatifs, O.DUCROT fait appel au principe polyphonique en
vertu duquel un énoncé peut contenir plusieurs discours “encastrés”
superposés. À partir de l`analyse de certains énoncés négatifs de nature
La négation

réplicative, on arrive à la conclusion que le locuteur, en les employant, met


en scène deux locuteurs, deux “êtres discursifs”. Dans une version ultérieure
(1984), il propose une hypothèse révisée de l`explication polyphonique, en
apportant la précision que l`énoncé négatif met en scène non pas deux
locuteurs, mais deux points de vue exprimés par l`énoncé négatif.
L`analyse en termes de polyphonie conduit à une classification des
énoncés négatifs en trois catégories (O.DUCROT, 1984: 204) :
la négation métalinguistique qui porte sur la forme de l`énoncé
qu`elle contredit et qui peut avoir deux effets:
▪ annuler les présupposés:
Il n`y a pas eu de blessés pour la bonne et simple raison qu`il
n`y a pas eu d`accident.
▪ avoir un effet majorant:
Il ne pleut pas, c`est un vrai déluge.
(in Attal)
Ce n`est pas un simple accident, c`est une catastrophe.
la négation polémique (essentiellement polyphonique), dont les
caractéristiques sont qu`elle conserve les présupposés, qu`elle est
abaissante et qu`elle est fondée sur un contraste:
Paul n`est pas grand, il est plutôt petit.
la négation descriptive qui porte sur un contenu, en le
transformant en un nouveau contenu qui, de cette manière,
effectue une assertion négative; elle sert ainsi à exprimer
l`absence d`une propriété ou d`un état de choses:
Cette robe n`est pas noire.
Il n`a pas écrit cette lettre.
Il n`y avait personne dans la rue.
Pour certains auteurs, la négation polémique est en fait la catégorie
négative superordonnée: la négation descriptive n`étant qu`un «dérivé
délocutif» de la négation polémique (O.DUCROT, 1984; 218). La négation
descriptive ne serait que le résultat d`une dérivation, la négation polémique
étant primaire. Cette hypothèse est fondée sur la nature même de la négation
qui est surtout rejet, refus: «Tout énoncé négatif convoque, fictivement, un
Modalités d`énonciation

dialogue polémique» (J.MOESCHLER, 1996: 122). La négation polémique se


présenterait ainsi sous deux variantes (H.NØLKE, 1993: 234):
la négation métalinguistique, si le point de vue est associé à un
locuteur autre que le locuteur-source de l`énoncé négatif;
la négation polémique proprement dite fondée sur un contraste:
La région n`est pas plate, au contraire, elle est accidentée.
Les tentatives d`expliquer le fonctionnement interlocutif de la
négation dans une perspective polyphonique marquent un grand pas en
avant dans l`approche pragmatique de la négation, tout en laissant sans
réponse une série de questions fondamentales relatives à la relation entre ces
trois types de négations et aux mécanismes de la dérivation illocutoire.

Les fonctions interlocutives


de l`interro-négation

Outre sa fonction primordiale d`exprimer l`acte demander de dire ,


l`énoncé interro-négatif assume différentes fonctions interlocutives. On
parle dans ce cas d`actes indirects , le rôle de la négation étant celui d`un
adoucisseur. Parmi les actes de langage menaçant la face qui revêtent la
forme interro-négative on peut retenir:
la sollicitation ( demander de faire)
▪ la prière:
Tu ne veux pas regarder ce qui se passe? Je n`arrive pas à
faire démarrer la voiture.
(in J.Dubois, Dict.)
Cette valise est trop lourde, tu ne pourrais pas m`aider à la
porter?
▪ la demande :
Tu n`aurais pas un peu de coton?
l`offre :
J`ai fait de la confiture, tu ne veux pas en goûter?
La négation

le reproche
Tu n`as pas honte de débiter tant de mensonges?
l`interdiction :
Tu ne vas quand même pas envoyer les enfants voir un film
d`horreur?
(in J.Dubois, Dict.)
l`ordre:
Tu ne pourrais pas te taire un instant?
suggestion (conseil):
Ne devriez-vous pas vous adresser à un expert?
Les questions formulées négativement peuvent avoir plusieurs
valeurs interlocutives et exprimer plusieurs intentions communicatives.

Pragmatique de la double négation


(lexicale et grammaticale)
Si du point de vue vériconditionnel, la double négation vaut pour
une assertion, il n`en existe pas moins une différence de valeurs
pragmatiques entre l`énoncé à double négation et l`énoncé affirmatif
correspondant. Le premier fait valoir une attitude subjective, d`assertion
atténuée ou de concession: Vous n`ignorez pas que ... signifie “Vous savez
sans doute que“ ou sans doute a une valeur atténuative. De même, Vous ne
nierez pas que ... exprime plutôt une supposition qu`une affirmation.
Un énoncé tel que Vous n`êtes pas sans savoir que ... n`est pas
l`équivalent exact de Vous savez que ... mais plutôt celui de Vous savez
probablement que ... Vous savez sans doute que ,,, avec une nuance atténuée
de supposition qui peut être aussi un réflexe de politesse.
La double négation est une modalisation qui peut assumer une
fonction d`atténuation, comme le procédé rhétorique de la litote, figure qui
consiste à dire le moins pour faire entendre le plus: Ce vin n`est pas mauvais
signifie “ce vin est bon (même très bon)“. Certains énoncés à double
négation fonctionnent comme des compliments indirects: Elle n`est pas
dépourvue de grâce.
Modalités d`énonciation

Dans la grande majorité des cas, la double négation n`a pas la même
valeur que l`assertion affirmative: «Si je dis“ Le travail de cet ouvrier n`est
pas inefficace “ je ne dis pas tout à fait qu`il est efficace. Je dis que ce serait
aller trop loin d`affirmer qu`il ne l`est pas; qu`il l`est d`une certaine
manière, ou qu`il l`est quelquefois. Dans le domaine du langage +2 ajouté
à –2 ne donne pas zéro .Deux négations n`équivalent pas une affirmation. “Il
n`est pas inintelligent“ veut dire “Inintelligent n`est pas le terme qui
convient“. En visant une idée positive (l`intelligence de cet homme) à
travers une négation (son inintelligence), la visée recueille au passage
quelque chose de l`inintelligence qu`elle a pour fonction de nier »
(A.LAFFAY, 1981: 31).
Comme on le voit par les exemples ci-dessus, ces effets
pragmatiques particuliers résultent de la combinatoire entre la négation
lexicale (y compris la préposition négative sans) et la négation
grammaticale.

5. Conclusions

Catégorie universelle, la négation propose aux linguistes, aux


philosophes, aux psychologues des thèmes sans cesse renouvelés, car elle
présente de multiples angles d`attaque et elle offre un champ très favorable
tant aux théories générales qu`aux analyses ponctuelles. «La négation
comme l`interrogation est un carrefour où convergent les recherches en
syntaxe, pragmatique, sémantique logique, psycho-linguistique... (P.ATTAL
& C.MULLER, 1984)
Les opérations de négation sont des opérations cognitives primitives
qui s`inscrivent dans le discours par des marqueurs linguistiques
spécifiques. La négativité est le résultat de deux opérations. L`une est de
nature ontologique dont relèvent les représentations de non existence, de
vide, d`absence, l`autre est de nature axiologique se manifestant dans une
attitude de rejet, de refus, de contestation et se trouve à la base des fonctions
interlocutives assumées par la négation.
La négation

L`analyse des faits négatifs se poursuit sur deux plans qui intéressent
plus directement la recherche linguistique:
le plan linguistique des structures négatives et de leur constitution
par des mécanismes sémantico-syntaxiques;

le plan langagier du fonctionnement discursif et de l`emploi opéré


par le locuteur en fonction de ses intentions et de ses réactions.

Les analyses structurales permettent de découvrir les règles qui


président à la formation des phrases négatives, en précisant les traits
syntaxiques et distributionnels définitoires pour la négation en français
contemporain. Trois semblent être ces traits qui déterminent la spécificité de
la négation française: le caractère processuel qui consiste à cibler la
négation sur le G Prédicatif et à la focaliser sur le dernier élément de ce
groupe.
La preuve de cette nécessité de centrer la négation sur le noyau
verbal est l`impossibilité de restreindre la négativité à un élément isolé du
G Préd et de la réaliser linguistiuement en faisant intervenir le gallicisme
c`est (et var.) dans des structures du type Ce n`est pas ma femme qui est
venue, Ce n`est pas hier qu`il est parti.
Le deuxième trait structurel de la négation française est sa
structuration discontinue constituée d`un premier élément, le discordantiel
ne qui engage l`énoncé dans la voie de la négativité et d`un deuxième
élément, le forclusif qui la confirme, qu`il s`agisse d`un forclusif
imperméable (pas, point, guère) ou d`une demi-négation (personne, rien,
jamais) ou de l`uniceptif (que), qui l`infirme.
Le troisième trait est la stratification qui sépare le français littéraire
du français familier et populaire où le discordantiel ne n`est pratiquement
plus en usage, comme effet de l`oxytonie qui caractérise la phrase française
et qui explique la solide position de la marque suffixale, le forclusif pas et la
demi-négation.
Quant aux études pragmatiques sur la négation, elles se proposent
d`aborder le fonctionnement de l`énoncé négatif et le rôle qu`il assume dans
les relations interlocutives. En mettant à profit les lois du discours, la théorie
des échelles argumentatives, la polyphonie et la théorie de la pertinence on
Modalités d`énonciation

aboutit à une typologie des énoncés négatifs qui marque un pas en avant
dans l`interprétation de leurs fonctions pragmatiques, tout en laissant sans
réponse une séries de problèmes dont la question fondamentale: existe-t-il
une négation de base? De cette réponse dépendent la solution des rapports
que les types de négations établis (négation polémique, négation
métalinguistique, négation descriptive) contractent entre eux, ainsi que les
voies que prend la dérivation illocutoire dans le champ de la négativité.
La négation

BIBLIOGRAPHIE

1. ATTAL, P. Deux niveaux de négation, in „Langue


Française”, no.62, 1984, p.4-11

2. ATTAL, P., & Présentation, in „Langue Française”, no.


MULLER, C. 62, 1984, p.3

3. BORILLO, A. La négation et l`orientation de la demande


de confirmation, in „Langue Française”,
no. 44, 1979, p 27-41

4. BRUNOT, F. La Pensée et la Langue, Paris, Masson,


1926

5. CRISTEA, T. Les latitudes combinatoires des indices


de négation en français contemporain,
Les Actes du XII-ème Congrès
de “Linguistique et Philologie Romane”,
1968

6. CRISTEA, T. La structure de la phrase négative en


français contemporain, Bucarest, S.R.L.R,
1971

7. CRISTEA, T. Négation et contrastivité, in Limbile


moderne în şcoală, 1988, p. 118- 131

8. CULIOLI, A. La négation : marqueurs et opérations. La


négation sous divers aspects, Neuchâtel,
1988, p. 17-38
Modalités d`énonciation

9. DUCROT, O. La preuve et le dire, Tours, Mame,1973

10. DUCROT, O. Les lois du discours, in „Langue


Française”, no 42, 1979, p. 21-33

11. DUCROT, O. Les échelles argumentatives, Paris,


Éd. de Minuit,1980 a

12. DUCROT, O. Les mots du discours, Paris,


Éd. De Minuit, 1980 b

13. DUCROT, O. Le Dire et le Dit, Paris, Éd. de Minuit,


1984

14. FOULET,L. Le “plus” quantitatif et le “plus”


temporel, Études romanes dédiées
à Mario Roques, 1946, p.131-147

15. GAATONE, D. Étude descriptive du système de la


négation en français contemporain,
Genève, Droz, 1971

16. LAFFAY, A. Quelques remarques sur la négation NE,


in „Le Français dans le Monde”, no162,
1981, p. 29-32

17. MARTIN, R. Langage et croyance, Bruxelles, Mardaga,


1987

18. MOESCHLER, J. Théorie pragmatique et pragmatique


conversationnelle, Paris,A.Colin, 1996

19. MULLER, C. L`association négative, in „Langue


Française”, no. 62, 1984, p.59-94

20. NØLKE, H. Le regard du locuteur, Paris, Kimé, 1993

21. YVON, H. “Pas” et “point “ dans les propositions


négatives, in „Le français moderne”,no 1,
1948, p. 19-35