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Alphonse de Lamartine (1790-1869)

Une jeunesse aisée :


Né à Mâcon en 1790, Alphonse de Lamartine appartient à la petite noblesse provinciale. Son père
était un royaliste convaincu, et sa mère issue de la bourgeoisie cultivée. Après des études classiques,
il mène une vie oisive partagée entre son village, Milly, et Paris : il y écrit ses premiers essais
littéraires, nourri de Fénelon et Racine, mais admirateur également de Chateaubriand, Byron et
Pétrarque. Son séjour en Italie (1811-1812) contribue à son éducation esthétique et sentimentale.
La vie sentimentale :
De ses relations avec la Napolitaine Antonella naissent des poèmes à la gloire de Graziella ;l mais
leur inspiratrice meurt de la tuberculose en 1815. De retour en France, Lamartine s’ennuie au
service du roi Louis XVIII ; il démissionne et voyage beaucoup. Son inactivité et son désarroi le
persuadent qu’il est malade. En cure à Aix, en Savoie, il rencontre en 1816 Mme Julie Charles,
épouse d’un physicien connu. Leur amour réciproque mais bref lui inspire ses poèmes les plus
célèbres, dont le fameux « Le Lac ». En 1820, il épouse une jeune Anglaise, Maria Anna Elisa
Birch, qui sera pour lui une épouse dévouée et admirative.
Le diplomate et l’homme politique :
De 1820 à 1830, Lamartine exerce des fonctions diplomatiques en Italie. Les événements de 1830
infléchissent sa ligne de pensée : monarchiste au départ, il évolue vers le libéralisme et l’action. Il
abandonne la diplomatie pour se lancer dans la politique. Candidat député à Bergues près de
Dunkerque, il échoue en 1831 mais est finalement élu en 1833. Au Parlement, il ne sert aucun parti,
préférant siéger « au plafond » (tout en haut de l’hémicycle). Son talent, sons sens de la formule en
font rapidement un orateur réputé et redouté. Gagné par les idées républicaines, il se range parmi les
opposants à la monarchie de Louis-Philippe. En février 1848. il devient chef du pouvoir exécutif de
la France. Ce succès est de courte durée : les événements sanglants de juin 1848 détruisent les
illusions du poète. Son échec cuisant lors des élections présidentielles de 1848 marque la fin de sa
carrière politique.
Une vieillesse démunie :
De nombreuses dettes de jeu et des soucis financiers assombrissent la fin de sa vie. Lamartine
devient une sorte de forçat de la littérature : récits, romans, compilations historiques ne lui
permettent pourtant pas d’échapper à ses créanciers. Il doit vendre ses biens et accepter
l’humiliation d’une pension nationale. Seule sa relation sentimentale avec sa nièce le réconforte
quelque peu. Il meurt oublié de tous, dans l’épuisement et le dénuement.

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La pensée politique de Lamartine :


Légitimiste au moment des Méditations poétiques, il évolue vers la gauche jusqu’à devenir en 1848
le chef du Gouvernement provisoire de la République.
Lamartine pense que l’avenir de l’humanité est dans la démocratie politique ; mais, riche
propriétaire lui-même, il croit sincèrement que la propriété est la seule forme sociale viable. Or il
voit avec inquiétude grossir un prolétariat urbain misérable, qui, tout en aspirant légitimement à la
démocratie, menace de s’opposer par la violence et de supprimer la propriété. Jusqu’en 1841. il
prône des réformes sociales destinées à élever matériellement et moralement la condition des
propriétaires. Devant son échec, à partir de 1841, il passe à l’opposition de gauche dont il prend la
tête en 1843 : il conduira le peuple à la Révolution, rendue inévitable par l’aveuglement des
conservateurs, mais sa pensée secrète est d’user de sa popularité pour limiter ce mouvement à la
conquête de la démocratie politique et de revendiquer de larges avantages sociaux pour le peuple,
sans toucher pour autant au droit de propriété. Il est porté au pouvoir en février 1848
(Gouvernement provisoire). A la tête du Gouvernement provisoire il réussit à faire avorter les
mouvements socialistes ; mais après l’élection de la Constituante, sa fidélité à l’idéal démocratique

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va provoquer sa chute (il refuse de mener contre le prolétariat la guerre ouverte que l’Assemblée
conservatrice attendait de lui.

La mission sociale du poète :


Dans l’article Des Destinée de la poésie (1834), Lamartine affirme la mission sociale de la poésie
au XIXe siècle : « Elle sera plus lyrique dans le sens où nous prenons ce mot… La poésie sera de
la raison chantée. (voilà sa destinée pour longtemps) ; elle sera philosophique, religieuse,
politique, sociale, comme les époques que le genre humain va accomplir… Elle va se faire peuple,
et devenir populaire comme la religion, la raison et la philosophie. »

Ses idées politiques et sociales :


Lamartine considère que l’humanité est perpétuellement en marche. Pour ce progrès, la volonté
divine choisit la voie qui lui convient, et les Révolutions en sont une. Ainsi, la Révolution de 1789
doit être interprétée en dehors de ses atrocités.
Influencé par Lamenais, Lamartine présente la démocratie comme la traduction politique de l’idéal
évangélique. Lamartine critique la tyrannie ; réclame l’instruction du peuple, l’abolition de
l’esclavage et de la peine de mort, la liberté de la presse, le suffrage universel, la séparation de
l’Eglise et de l’Etat, le développement des chemins de fer.
Lamartine insiste très souvent sur son idéal de paix et de fraternité des peuples.

Sa pensée religieuse :
Il évolue du catholicisme au déisme.
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L’EPITRE A FELIX GUILLEMARDET (1837)
Cette épître se compose de trois sizains, contenant chacun cinq alexandrins et un octosyllabe. Les
rimes sont du type suivant : A – A- B – C – C – B dans toutes les strophes.
Il s’adresse à son ami Félix Guillemardet en l’apostrophant ainsi : « frère ». Cette apostrophe est
particulièrement efficace, car elle permet la généralisation : le poète veut parler à ses frères, à ses
semblables, à tout le peuple. Dans cette nouvelle phase de sa carrière poétique, il voit la poésie
comme un moyen pour arriver au peuple. La poésie doit être populaire et le poète doit être engagé :
il doit devenir le porte-parole du peuple, soutenir le peuple, l’aider, contribuer avec sa plume au
progrès de l’humanité.
Dans les deux premiers sizains il prend conscience que le temps a changé : maintenant il ne va plus
écrire des poèmes centrés sur ses sentiments personnels, sur ses problèmes personnels : c’est
l’occasion pour décrire en la critiquant la première phase de sa carrière poétique, celle des
Méditations poétiques (1820-1823) où il se sentait au centre de la création : lui, petite fourmi, qui
pensait embrasser tout l’univers ; ses poèmes nostalgiques (« chants de deuil ») allaient
« multipliant, comme un écho qui pleure, Les angoisses d’un seul esprit. ». Maintenant, il comprend
qu’il a été égoïste, égocentrique, inutile aux autres.
Dans le dernier sizain, il exprime l’intention de changer de sujet dans sa poésie : il ne va plus parler
de ses propres problèmes, mais des problèmes de ses frères. Maintenant il va souffrir, mais en
sympathie, en syntonie avec ses frères : « L’âme d’un seul, ouverte aux plaintes de la foule, / A
gémi toutes les douleurs. » Et comme en passant, il évoque certaines compositions de sa première
phase (en particulier « Le lac » ), mais en l’adaptant à la nouvelle phase « le lac de mes pleurs. »
A noter la présence de comparaisons  : « Comme une faible femme », « Comme un écho qui
pleure. », « comme un grand linceul que la pitié déroule. »
De l’égoïsme de la première phase, le poète est passé à l’altruisme, à la générosité, à la pitié, à la
compassion, au sens de la fraternité. Voilà alors justifié l’adjectif qui ouvre la composition.
L. D.