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RECONNAISSANCE ET PRISE EN CHARGE DES TROUBLES

PSYCHOTIQUES A L’ADOLESCENCE

I-GENERALITES

L'adolescence est l'âge du changement, un passage de l’enfance


à l'âge adulte.
Le double mouvement, reniement de son enfance d'un côté,
recherche d'un statut stable adulte de l'autre, constitue l'essence
même de la "crise", du "processus psychique" que tout adolescent
traverse (E.Kestemberg).
Il est difficile de délimiter avec précision les limites d’âge de
l’adolescence. C’est un concept qui reste flou, et qui diffère en
fonction du sexe (l’adolescence tend à être plus longue chez le
garçon) mais aussi selon la société dans laquelle évolue l’adolescent.

II-CARACTERISTIQUES DE LADOLESCENCE

A - Sur le plan physiologique :


Sur le plan physiologique, c’est la survenue de la puberté qui
marque le début de l’adolescence. La puberté survient généralement
entre 8 et 14 chez la fille et entre 10 et 16 chez le garçon.
Ces limites extrêmes ne sont que des données statistiques qui
permettent de parler d’avance ou de retard sans pour autant
signifier un développement anormal si la puberté survient en dehors
de cette fourchette.
En effet, il faut prendre en considération certains facteurs qui
influent sur l’âge de survenue de la puberté, à savoir :
- l’aspect génétique (âge de la puberté des parents),
- la corpulence, la pratique d’exercice physique,
- le niveau socio-économique, l’alimentation,…

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De nos jours, l’âge de survenue de la puberté est devenu plus
précoce notamment pour la fille, alors que l’âge moyen d’entrée dans
la vie professionnelle tend à être de plus en plus élevé, ce qui aboutit
à distendre à l’extrême la période de l’adolescence.

B – Sur le plan psychodynamique :


Trois dimensions centrales caractérisent le remaniement
intrapsychique qui s’opère à l’adolescence : la dimension corporelle, le
problème de l’identité et celui de l’équilibre entre l’investissement
narcissique et l’investissement objectal.
Les transformations physiques observables et la découverte
d’un corps pulsionnel menacent l’intégrité de l’image que l’adolescent
a de lui-même. Dans les cas extrêmes, l’angoisse liée à ce sentiment
de transformation corporelle peut aller jusqu’à l’angoisse de
morcellement et donc la psychose.
L’adolescent est alors confronté à une non-reconnaissance de
soi. Ces troubles de l’identité peuvent se présenter dans la psychose
sous forme de délire de filiation ou de délire portant sur l’identité
sexuelle.
Enfin, à l’adolescence, on assiste à un renforcement des
tendances narcissiques et à un effondrement de l’investissement
objectal. Ceci se manifeste par un fléchissement intellectuel, qui
surprend souvent l’entourage car survenant chez un adolescent à la
scolarité jusque-là brillante.

C – Sur le plan socio-culturel :


Du point de vue sociologique, l’adolescence n’est pas un
phénomène universel. Comme le souligne E.Kestemberg, dans les pays
où la nubilité s'accompagne presque immédiatement d'une insertion
sociale dans la vie des adultes par l'intermédiaire de rituels voire
même de mariage imposé, les problèmes de l'adolescence se
présentent de manière différente de ce qu'ils sont dans les pays de
culture européenne où la nubilité n'entraîne aucune modification du
statut socioculturel.

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De nombreuses études ont montré que plus la société est
complexe, plus l’adolescence est longue et conflictuelle.
De même qu’il ne faut pas négliger le rôle de la famille, qui aussi
bien dans ses fonctions externes socio-culturelles que dans ses
fonctions internes (image parentale et type de relation d’objet),
structure et organise l’évolution de l’adolescent.

III-RECONNAISSANCE DES TROUBLES PSYCHOTIQUES


A LADOLESCENCE

L’existence d’états psychotiques caractéristiques chez


l’adolescent est contestée par de nombreux auteurs. D’ailleurs, dans
la classification américaine des troubles mentaux DSM-IV (1994),
aucune place n’est accordée aux états psychotiques spécifiques à
l’adolescence.
Trois problèmes dominent la question des psychoses qui
surviennent à l’adolescence :
 celui d’abord du diagnostic positif ; de part la fluctuation et la
pauvreté des symptômes, le diagnostic de schizophrénie
débutante est souvent difficile à poser, notamment en
consultation.
 Celui du diagnostic différentiel ; pouvoir distinguer un
processus psychotique débutant d’une « simple crise
d’adolescence » particulièrement bruyante ;
 La dernière question concerne l’évolution : ceci concerne
surtout le devenir des épisodes psychotiques aigus, à savoir les
classiques « bouffées délirantes ».

A - QUAND EST-IL DE LA SCHIZOPHRENIE ?

Un début possible de schizophrénie reste la préoccupation


angoissante de tout psychiatre en contact avec des adolescents car
c’est une pathologie de l’adulte jeune.

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La distinction entre « crise d’adolescence » qui s’attarde et
schizophrénie débutante est difficile si l’on ne prend en
considération qu’un élément biographique, un comportement donné ou
un symptôme isolé. D’où l’importance d’évaluer l’histoire et les
antécédents du sujet, d’analyser ses conduites et les intégrer dans le
fonctionnement mental.
Il est donc important de ne pas tomber dans l’excès :
 faire de tout adolescent qui s’attarde un peu trop longtemps
devant la glace un schizophrène doutant de son identité,
 ou faire d’une bizarrerie du comportement évocatrice de
psychose une excentricité passagère fréquente à l’adolescence.
Classiquement, on distingue trois formes de début :
 les formes aiguës, à savoir les bouffés délirantes, les accès
maniaques et les épisodes dépressifs atypiques.
 Les formes progressives ou subaiguës marquées par
l’installation d’états délirants d’évolution sub-aiguë ou par des
symptômes pseudo névrotiques ;
 Et enfin les formes insidieuses où s’observent un fléchissement
scolaire, des troubles du caractère ou des conduites incongrues,
souvent impulsives.
C’est dans ces formes insidieuses de début que le praticien
éprouve des difficultés à poser le diagnostic de schizophrénie. La
famille se montre particulièrement tolérante mettant ses troubles
sur le compte de la « fameuse crise d’adolescence».
Le psychiatre, quant à lui, est souvent réticent à ce stade, à
poser un diagnostic aussi lourd. Les tests de personnalité revêtent,
dans ces cas, une grande importance en fournissant des informations
complémentaires.
Il faut reconnaître que bien souvent, seule l’évolution et donc le
temps permettront de poser un diagnostic précis.

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B - LES EPISODES PSYCHOTIQUES AIGUS
LES « BOUFFEES DELIRANTES »

Concernant les bouffées délirantes à l’adolescence, les


thématiques délirantes de filiation, hypocondriaques, sexuelles et les
thèmes centrés sur les modifications corporelles seraient plus
fréquents.
Le problème posé par ses psychoses concerne surtout leur
possibilité d’évolution vers une psychose chronique schizophrénique.
D’où l’importance de rechercher certains facteurs pronostics comme
l’existence d’antécédents familiaux de schizophrénie ou de traits de
caractère en faveur d’une personnalité prémorbide de type schizoïde.
L’âge de survenue de l’épisode délirant aigu constitue également un
élément important de pronostic. Plus l’adolescent se rapproche de
l’âge adulte, plus l’évolution est favorable.
Sur le plan clinique, l’existence d’une participation thymique,
notamment de signes expansifs, est de bon pronostic.

C - CAS PARTICULIER DE L’UTILISATION DE DROGUES

Il est connu que l’adolescence est la période des premières


expériences toxicomaniaques. Dans notre pays, il est surtout question
de cannabis et d’inhalation de solvants et de colle.
Il est fréquent d’observer l’existence de manifestations
psychotiques au cours ou après l’utilisation de drogues dont le
déterminisme peut être lié à un trouble psychopathologique sous-
jacent.
On observe « l’effet schizo » avec les hallucinogènes où l’on
note des symptômes oniriques, un sentiment de dépersonnalisation et
même une angoisse de morcellement.

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Après ces épisodes psychotiques aigus post-toxiques, l’évolution
est variable. Soit que cet épisode reste unique sans lendemain ; soit
qu’il se répète avec ou sans prise de toxique, soit qu’il évolue vers un
processus psychotique chronique.
Il est certain que les drogues entraînent des perturbations
biochimiques à l’origine de distorsion des perceptions et de
l’exagération des réactions affectives. Sur le plan
psychopathologique, les auteurs soulignent la fréquence de survenue
de ces états psychotiques aigus chez des sujets au Moi faible face
aux conflits refoulés.

IV-ASPECT PARTICULIER : DEVENIR A L’ADOLESCENCE


DES PSYCHOSES INFANTILES

L’oligophrénisation sur fond psychotique reste une menace


importante pour l’enfant psychotique. Elle se manifeste le plus
souvent à l’adolescence.
En pratique clinique, on distingue les psychoses infantiles
précoces de type autistique des psychoses infantiles de survenue
plus tardive où l’enfant a pu acquérir le langage. Dans le premier
groupe, la survenue de la puberté semble ne pas modifier le tableau
clinique et les remaniements psychiques qui caractérisent
l’adolescence paraissent totalement absents.
En revanche, dans les cas de psychoses de survenue tardive, où
l’enfant a eu le temps d’acquérir le langage, les transformations
pubertaires suscitent des modifications dans le tableau clinique. Chez
le garçon, s’ajoute un trouble de l’identité sexuelle alors que chez la
fille les modifications pubertaires entraînent des résultats positifs
dans le sens d’un progrès dans la construction de l’image de soi.
Cependant, pour les deux sexes, les remaniements psychiques
de l’adolescence restent limités et ne leur permettent pas d’accéder
à un niveau réellement génitalisé dans leur relation d’objet.
Il ne faut pas oublier de prendre en considération le vécu des
parents concernant la survenue de la puberté chez leur enfant
psychotique. Leur réaction peut aller de la simple acceptation de ce

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phénomène physiologique à de véritables réactions anxieuses
concernant la sexualité future de leur enfant. Certaines familles vont
jusqu’à demander une stérilisation, surtout lorsqu’il s’agit d’une fille.

V-PRISE EN CHARGE DES TROUBLES PSYCHOTIQUES

→ Précaution d’emploi des neuroleptiques chez des sujets en pleine


croissance ; importance de prendre en considération les effets
indésirables endocriniens (aménorrhée, gynécomastie) dans une
période où apparaissent des modifications génitales; intérêt des
antipsychotiques ?
→ Difficultés de prise en charge en raison de l’absence de
structures de santé adaptées vu la limite d’âge flou (l’adolescent
n’est plus un enfant mais n’est pas encore un adulte).
→ Question des tests psychométriques :
- Est-ce qu’ils ont un réel intérêt ?
- A quel niveau les pratiquer (consultations, médecine scolaire,
visites médicales de sélection pour le service national).

V-CONCLUSION