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UNIVERSITÉ OVIDIUS DE CONSTANȚA

Faculté de Droit et Sciences Administratives

La condition des FEMMES


musulmanes DANS LES
PAYS ARABES et en europe

Coordonateur:

Étudiant:

Constanța
2020
„ L e mot «féminisme» lui-même est problématique car il est considéré comme un
marqueur d’une création occidentale.”

1
En 2013, la Fondation Thomas Reuters publiait son „classement sur les droits de la
femme dans les 22 pays arabes” pointant du doigt l’Arabie saoudite, l’Irak et l’Égypte. Force
est de constater que le droit des femmes dans le monde arabe est, malheureusement, encore
l’affaire d’hommes qui gouvernent et légifèrent en instrumentalisant la religion à des fins
politiques et de conservation de leurs privilèges. En ce sens, les réserves à la Convention
internationale relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des
femmes (Cedaw) en sont un exemple éloquent.
Selon la Fondation Thomas Reuters, „les conditions de la femme se sont largement
détériorées en Égypte, au Yémen et en Syrie, depuis le début des révoltes arabes”, et ce, alors
même que les femmes ont été au premier plan des soulèvements populaires. Malgré
l’existence d’un arsenal juridique conséquent, la condition des femmes reste précaire et varie
d’un pays à l’autre. Globalement, les discriminations à l’égard des femmes, fondées sur les
traditions ou les us et coutumes, persistent et se reflètent dans la loi, les pratiques sociales et
les réserves formulées par les États à l’encontre des conventions internationales comme la
Cedaw.1
Dans le monde arabe, les femmes sont des «consommatrices assidues» de
discriminations en tout genre. Pourtant, de nombreuses constitutions, telles que celles de la
Mauritanie, de l’Algérie et du Soudan, reconnaissent le principe de la non-discrimination.
D’autres pays, comme la „Tunisie, le Maroc et l’Égypte se bornent à ne reconnaître que le
principe de l’égalité en général, laissant libre cours à toutes interprétations quant à
l’étendue de ce principe”. Les recherches de Hafidha Chekir montrent que „l’égalité entre les
sexes se limite à l’égalité devant la loi et non dans la loi; la plupart des constitutions ne
s’appuient pas sur les principes universels dont découlent l’égalité et la dignité humaine et
considèrent la charia musulmane comme la source essentielle du droit. Cas, notamment, du
Soudan, de la Libye, du Maroc et de la Mauritani”2. Notons que l’Égypte a été moins
catégorique puisque „les principes de la charia musulmane sont les sources essentielles de la
législation” et non donc les seuls. Ces mêmes principes se retrouvent dans l’article 19 de la
Constitution marocaine qui énonce que le roi Mohammed VI veille au respect de l’islam et
l’article 400 du nouveau Code de la famille prévoit que, pour tout ce qui n’est pas prévu dans
la loi, c’est le „rite malékite et/ou l’ijtihad” qui s’applique. En Algérie, l’article 222 du Code
de la famille n’exclut pas le recours à la charia s’il y a absence d’une disposition nécessaire
1
La Cedaw a été adoptée en 1979 par l’ONU, et ratifiée par 186 États dans le monde.
2
Hafidha Chekir, Le combat pour les droits des femmes dans le monde arabe, Fondation Maison des sciences de
l’homme, Working Papers Series, n.70, juin 2014. Hafidha Chekir, Le combat pour les droits des femmes dans
le monde arabe, Fondation Maison des sciences de l’homme, Working Papers Series, n.70, juin 2014.

2
au traitement du dit cas. Autant dire que dans ces pays, la religion gouverne l’État puisque,
d’une manière ou d’une autre, elle revient au galop pour se hisser au premier rang des sources
du droit.
Comme l’explique Cassandra Balchin, les discriminations sont assez répandues dans
le domaine de la famille, et sont favorisées, dans certains pays, par l’absence d’un code de la
famille, comme en Arabie saoudite. „ Dans de nombreux pays, des législations régissent la
famille et reposent sur le droit musulman et ses interprétations dominantes.” 3En d’autres
termes, la famille «contemporaine» est le petit de la famille traditionnelle, faisant la part belle
au modèle patriarcal et aux privilèges de la masculinité. D’après Wassila Ltaief, même s’il est
vrai aussi que plusieurs codes de la famille ont été réformés, vers un mieux, en Tunisie, au
Maroc et en Algérie, le principe d’égalité est loin de triompher; les inégalités entre les sexes
ont encore de beaux jours devant elles, à l’instar des droits successoraux. À la lumière des
points évoqués, le religieux et le juridique s’entremêlent et „confèrent une empreinte de
sacralité et de religiosité aux discriminations”.

„ L e religieux et le juridique s’entremêlent et «confèrent une empreinte de sacralité et


de religiosité aux discriminations».”

Dans cette situation, on comprend aisément la lutte de longue date des associations
pour la levée de toutes les réserves de la Cedaw. La ratification de la Cedaw par la majorité
des 19 pays musulmans, ne s’est pas réellement traduite par une réforme en profondeur des
dispositions légales discriminatoires, ni même par le vote de lois égalitaires. Par contre, elle
s’est accompagnée de l’adoption d’un certain nombre de réserves qui limitent le droit des
femmes dans la sphère familiale et sociétale. À cela correspondent des politiques
ambivalentes qui oscillent entre, d’un côté, la promotion de l’émancipation des femmes et de
leurs droits et, de l’autre, la perpétuation du schéma patriarcal traditionnel qui se fonde sur
des normes religieuses. Différents rapports associatifs estiment que «la majorité de ces
réserves concerne, notamment, le statut des femmes dans la famille, leur capacité civile, leur
droit à gérer les biens qui leur sont transmis par voie successorale, leur droit de donner leur
nationalité à leurs enfants». D’après Hafidha Chékir, ces réserves sont problématiques
d’abord parce qu’elles ne respectent pas les dispositions conventionnelles, ensuite parce
qu’elles portent atteinte aux droits des femmes.

3
Cassandra Balkin, Le droit de la famille dans les contextes musulmans contemporains.
Déclencheurs et stratégies du changement
3
En Belgique, entre «féminisme musulman» et «féminisme islamique», les militantes
musulmanes se tâtent. D’après Leïla El Bachiri, le premier „utilise la religion pour
promouvoir l’égalité” alors que le second  „utilise l’égalité pour promouvoir l’islam”. 4 Les
associations belges telles que Femmes musulmanes de Belgique, Femmes musulmanes
d’Europe, Kaouthar, Médiane et la commission «Femmes» de l’association Astrolabe
refusent le qualificatif de „féministe” – surtout la première – et ne s’identifient pas clairement
ni au féminisme musulman ni au féminisme islamique. À noter aussi que le mot «féminisme»
lui-même est problématique car considéré comme un marqueur d’une création occidentale.
L’enjeu pour les féministes musulmanes belges est de ne pas se laisser noyer dans des
querelles sémantiques et de se rassembler autour de la lutte pour l’égalité des droits. Si le
terme de „féminisme” ne convient pas, qu’il en soit ainsi, mais que cela n’empêche pas un
travail commun de réflexion, de relecture et de réadaptation des textes sacrés au contexte
moderne. N’oublions pas qu’une fois ce travail effectué, les militantes musulmanes auront à
convaincre leurs homologues masculins d’accepter cette nouvelle interprétation des textes
sacrés; ce qui est en soi une révolution pour le droit des femmes et pour les mentalités. Enfin,
il faut aussi avouer que, comme dans de nombreux mouvements, le féminisme, en son sein,
connaît des dissensions et des concurrences qui ont des effets sur sa force de résistance, de
proposition, de mobilisation et d’action.

Bibliographie:

 Cassandra Balkin, Le droit de la famille dans les contextes musulmans


contemporains. Déclencheurs et stratégies du changement
4
Jean Vogel, entretien avec Leïla El Bachiri, Les féministes musulmanes utilisent la religion
pour promouvoir l’égalité, les féministes islamiques utilisent l’égalité pour promouvoir
l’islam, dans Articulations, n.44, mars-mai 2011, pp. 13-14.
4
 Hafidha Chekir, Le combat pour les droits des femmes dans le monde arabe,
Fondation Maison des sciences de l’homme, Working Papers Series, n.70, juin 2014.
Hafidha Chekir, Le combat pour les droits des femmes dans le monde arabe,
Fondation Maison des sciences de l’homme, Working Papers Series, n.70, juin 2014.
 Jean Vogel, entretien avec Leïla El Bachiri, Les féministes musulmanes
utilisent la religion pour promouvoir l’égalité, les féministes islamiques
utilisent l’égalité pour promouvoir l’islam, dans Articulations, n.44, mars-mai
2011