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Une anthologie du tango argentin

par Fabrice Hatem


Préface
Nos professeurs de tango nous répètent souvent que, pour bien bien danser, il ne suffit pas de bien
maîtriser la technique corporelle, et qu’il faut également développer l’écoute musicale. Mais ils
omettent parfois d’ajouter qu’une bonne compréhension des textes peut également nourrir
l’inspiration du danseur. Ou, a minima, l’empêcher de commettre des contre-sens interprétatifs
majeurs, comme par exemple multiplier les figures compliquées et fantaisistes sur un texte évoquant
la mort, le désespoir et le deuil. Cette situation, trop fréquemment observée dans les bals français,
provoque chez l’hispanophone un sentiment d’affliction. Elle révèle en effet une grande
méconnaissance de la culture tango, dont l’une des caractéristiques principales est justement de faire
entrer en osmose trois modes d’expression artistique : la musique, la poésie et la danse.

Il est vrai, que, dans ce tryptique, la poésie constitue vraisemblablement le maillon le plus faible.
Certes, pour la majorité des Argentins, le mot « tango » est d’abord associé à la voix de Gardel avant
de l’être à la danse ; certes, le répertoire chanté est immense (plus de 40 000 titres enregistrés à la
Sadaic, la société des auteurs argentins). Mais on doit également reconnaître que cette production
présente une qualité très inégale : à côté d’une poignée d’authentiques chefs-d’œuvre et d’un nombre
réduit d’excellents textes, elle comporte en effet une écrasante majorité de chansonnettes médiocres
d’un sentimentalisme affligeant, répétant à satiété, sans aucune imagination, les thèmes éculés de
l’amant abandonné, de la femme fatale ou de la milonguita déchue. Au point que certains
aficionados argentins confient qu’ils préféreraient parfois ne pas comprendre leur propre langue,
pour éviter d’être atterrés par les clichés sentimentaux débités sur des musiques souvent
magnifiques…

La connaissance de ce répertoire est cependant aux danseurs, pour au moins trois raisons : parce
qu’il comporte aussi des textes de grande valeur littéraire ; parce qu’il permet de combler une lacune
majeure dans la connaissance de la culture « totale » du tango, répondant ainsi à une curiosité
souvent exprimée ; parce qu’elle peut contribuer à enrichir (ou plutôt sauver de la faillite) et affiner
(ou plutôt dégrossir) l’expression dansée.

C’est la raison d’être de ce petit opuscule, essentiellement destiné aux danseurs, qui présente les
textes de 150 tangos parmi les plus connus et les plus fréquemment interprétés. Leur choix a été
réalisé à partir de trois critères fondamentaux : la notoriété de l’œuvre auprès du public des
danseurs ou des amoureux du tango ; la qualité littéraire des textes ; et leur valeur historiographique
ou représentative d’un style particulier. On y retouvera donc, à côté de poèmes sans grande valeur
littéraire mais très connus, des œuvres au contraire pratiquement ignorées du grand public mais
présentant un intérêt intrinsèque. Même s’il ne s’agit là que d’un échantillon fort réduit de
l’ensemble de la poésie tanguera, et si nous avons certainement laissé échapper quelques textes
majeurs, il fournit une image en modèle réduit de ce qui a le plus compté dans la poésie tanguera de
qualité.

Cette mini-anthologie représente l’aboutissement d’un travail de traduction s’étendant sur près de 10
années. Elle n’aurait pu être réalisée sans l’aide amicale d’un certain nombre de spécialistes, aux
premiers rangs desquels on peut citer Enrique Lataillade qui a assuré un relecture complète du
manuscrit et Mariana Bustelo. Il faut également remercier Nardo Zalko, Reynaldo de Santis, Silvina
Valz, Sandra Messina, Susana Blaszko, Claude Namer, Peggy Hanaoka pour leurs contributions.
Plusieurs d’entre-eux, ainsi que Françoise Thanas et Isabelle Dessombes, ont également signé ou co-
signé plusieurs des traductions présentées dans cet ouvrage. Enfin, Philippe Fassier a réalisé la mise
en page de la version imprimée.

1
Les commentaires des textes ont été volontairement réduits au minimum nécessaire à la
compréhension de certains idiomatismes locaux et à l’explication des choix de traduction difficiles
qui leur sont associés. Par exemple, des termes comme almacén ou pulpería n’ont pas d’équivalent
exact en français. La traduction de certains mots de lunfardo, notamment ceux venus eux-mêmes du
français, s’avère délicate. Enfin, l’existence d’allusions à des lieux, événements, situations ou
personnages familiers aux Argentins, mais inconnus du public français, rend impossible une
traduction mot à mot sans explication, qui ferait perdre tout l’impact et la saveur originale du texte.
Pour une présentation plus complète des auteurs et des styles, on peut se référer à la bibliographie
indicative en fin de volume, ainsi, bien sûr, qu’à la collection de la revue La salida, dont de
nombreux articles ont été consacrés à la littérature.

Comment classer ces textes ? Par ordre alphabétique, chronologique ? Nous avons préféré privilégier
la cohérence stylistique en regroupant les textes par auteurs ou groupes d’auteurs. Certaines sections
sont ainsi entièrement consacrés à des poètes majeurs comme Cadícamo ou Manzi, tandis que
d’autres regroupent des textes présentant une cohérence historique (textes antérieurs à 1915, tangos
contemporains) ou stylistique (poèmes lunfardesques, textes destinés à des saynètes ou des œuvres
théâtrales). Plus une section fourre-tout où nous avons regroupé des œuvres n’appartenant à aucune
des catégories précédentes, et intitulée, un peu au hasard, « tangos classiques », la plupart de ces
textes ayant été composés dans les années 1920 et 1930. A l’intérieur de chaque section, les
chansons sont classées par ordre chronologique, permettant ainsi de prendre la mesure des évolutions
stylistiques intervenues au cours du temps chez un auteur donné.

Si le tango-chanson est apparu après 1915, il existe avant cette date une longue période de gestation,
s’étendant sur plus de 30 ans, où commencent à apparaître des textes destinés à être chantés. La
première section, intitulée « Des origines à Villoldo », en permet un survol rapide. Avant 1900, on y
trouve de nombreux refrains anonymes et sans grande valeur, souvent obscènes ou faisant référence
à la vie des maisons closes, dont Dame la lata donne un bon exemple. Puis apparaissent les premiers
textes d’auteur, décrivant dans une style picaresque les personnages typiques des faubourgs, comme
le compadre (El entrerriano) ou le compadrito (Don Juan). Ce style faubourien, à la langue simple,
désinvolte et teintée de gaieté, trouvera sa meilleure expression sous la plume de Ángel Villoldo (El
porteñito, La Morocha), qui ajoute également une note de burlesque chansonnier dans des textes
comme Cuidado con los cincuenta.

Une rupture se produit aux alentours des années 1915, sous l’influence de deux éléments d’ailleurs
très liés. D’une part, le tango quitte les marges sociales où il avait été jusque là cantonné pour
conquérir des publics plus larges et plus respectables – milieux distingués du centre-ville, mais
également milieux populaires « décents » des faubourgs - ce qui suppose qu’il se débarrasse de sa
vulgarité originelle. D’autre part, un véritable répertoire de tango chanté commence à prendre forme,
sous l’impulsion notamment de Carlos Gardel. Deux auteurs, Pascual Contursi et Celedonio Flores,
vont alors contribuer à modeler les grandes thématiques de la production tanguera des années 1920 :
l’amant abandonné qui ressasse sa peine dans sa petite chambrette (Mi noche triste), la petite
ouvrière qui trahit son milieu pauvre d’origine en se transformant en cocotte (Mano a mano), les
milonguitas et les séducteurs veillis qui se souviennent avec nostalgie de leur vie passée (El motivo,
Viejo Smocking). Tous deux utilisent un langage populaire teinté de lunfardo, réaliste, simple et sans
artifice, pour proposer une vision du monde essentiellement masculine et subjective. Ils s’opposent
cependant par trois différences fondamentales : tout d’abord, là où Contursi met en scène un
personnage livré à un désespoir sans remède, incapable de réagir devant le malheur qui l’accable (La
cumparsita, Bandoneón arrabalero), Flores nous présente des caractères virils et dignes. Ceux-ci
sont en effet capables de se battre physiquement pour défendre leur amour ou leur honneur (La

2
Puñalada), de donner des conseils (¡Atenti pebeta !), de protester contre l’injustice (Pan),
d’exprimer leur indignation (La mariposa), d’amender leur vie (Tengo miedo). Ensuite, alors que
Contursi reste très focalisé sur la description des souffrances d’un personnage solitaire, Flores nous
propose une description plus riche de son environnement social et humain : le faubourg pauvre et
violent (Sentencia), l’activité nocturne du centre-ville (Corrientes y Esmeralda)... Ses personnages
féminins, et notamment celui de la milonguita ambitieuse décidée à sortir à tout prix de la misère,
ont également davantage de substance, de cran et de saveur que ceux de Contursi (Margot). Enfin, il
existe chez Flores une dimension de protestation sociale (Sentencia) et de contestation de l’ordre
établi (Musa rea), que l’on ne trouve pas chez Contursi. Ajoutons qu’à notre goût, les octosyllabes
majestueux et les rimes goûteuses de Flores ont une valeur esthétique et littéraire que n’atteint pas la
production plus plate de Contursi.

Au cours des années 1920 et surtout 1930, le tango-chanson va connaître un véritable âge d’or, avec
l’apparition de nombreux chanteurs-vedettes, comme Carlos Gardel, bien sûr, mais également
Ignacio Corsini, Charlo, Alberto Gomez, ainsi que de nombreuses chanteuses comme Rosita
Quiroga, Azuceina Maizani, Tita Merello, Libertad Lamarque… Par ailleurs, les orchestres de tango
eux-mêmes prennent progressivement l’habitude d’intégrer un chanteur pour intercaler un ou deux
couplets au milieu de l’interprétation instrumentale. Enfin, la multiplication des concours de tango
incite les auteurs à écrire de nouveaux textes pour l’occasion. Bref, il existe une demande
importante, qui conduit à la constitution d’un vaste répertoire, à la qualité malheureusement très
inégale, mais où émergent quelques textes mythiques, comme Caminito ou Adiós muchachos. La
section « Tangos classiques » regroupe un certain nombre de tangos célèbres écrits au cours de cette
période par des auteurs qui n’ont pas connu la même célébrité qu’un Manzi ou qu’un Discépolo,
mais qui ont su, à un moment donné, produire quelques chansons à la durable notoriété, comme
¿Donde Estás Corazón ?, Duelo Criolo, Las cuarenta ou Puente Alsina. Trois d’entre eux méritent
particulièrement d’être cités : Hectór Blomberg, qui à la fin des années 1920, a produit de très beaux
textes marqués notamment par la nostalgie du vieux Buenos Aires créole du XIXème siècle, comme
La Pulpera de Santa Lucía ou La mazorquera de Montserrat, mais aussi par la poésie du voyage,
comme La viajera perdida ; Marambio Catán, qui développe des thématiques originales comme
celles de la protestation sociale (Acquafuerte) ou de l’amitié (Buen amigo) ; enfin, Francisco García
Jiménez, dont le champ expressif très étendu va de la nostalgie délicate (Palomita blanca) à
l’évocation joyeuse d’un carnaval échevelé (Sigá el corso). Mais la notoriété de beaucoup d’autres
textes est sans doute davantage liée à la qualité de la composition musicale, réalisé par de grands
directeurs d’orchestres, comme Julio de Caro (Boedo), Eduardo Donato (Julián), Pedro Maffia
(Amurado) Osvaldo Fresedo (Vida mía, Arrabalero, Pampero), Osvaldo Pugliese (Recuerdo) ou
Mariano Mores (Cuartito Azul) qu’à celle du texte proprement dit.

Le théâtre et le cinéma ont constitué une importante source de commandes pour les auteurs de tango.
De nombreux textes des années 1920 à 1930, comme Fumando Espero, Garufa, A la Gran Muñeca,
ou le célèbre A media luz, furent notamment écrits pout être intégrés dans des saynètes, petites
comédies musicales jouées dans les théâtres et les music-halls de Buenos Aires. Parmi les auteurs les
plus célèbres, on peut citer Manuel Romero, qui fut également auteur de théâtre et metteur en scène
de cinéma (Tiempos Viejos, Buenos Aires, La canción de Buenos Aires, Tomo y obligo), Luis César
Amadori (Madreselva), enfin Juan Caruso (Alma de Bohemio, La Última Copa, Sentimiento
gaucho). Le compositeur Francisco Canaro joua un rôle important dans l’essor du genre « saynète »,
mettant en musique notament les textes de Juan Caruso puis Ivo Pelay (dont la production littéraire a
fait l’objet de jugements souvent très négatifs), voire de lui-même (Yo no sé que ma han hecho tus
ojos).

3
Le répertoire du tango-chanson n’est pas exclusivement associé au drame, à la tristesse et à la
nostalgie. Il comprend également un nombre non négligeable de textes comiques à la tonalité
fréquemment satirique, et souvent écrits dans un lunfardo si pur qu’il ne fut sans doute jamais parlé
ainsi dans les bas-fonds de Buenos Aires. El Cafishio décrit les inquiétudes d’un minable maquereau
en train de se faire plaquer par son unique gagne-pain ; Línea 9, œuvre du grand écrivain Carlos de
la Pua, l’échec d’une tentative de vol à la tire sur un campagnard récement arrivé en ville ;
Pipistrella, titre-phare du répertoire de la chanteuse Tita Merello, les rêves d’une petite sotte des
faubourgs désireuse de se transformer en cocotte pour échapper à la pauvreté ; Son pendant
masculin, Nino Bien fait la caricature d’un gamin prétentieux venu de l’arrabal, qui cherche à
masquer ses origines modestes en copiant le langage et les attitudes des bourgeois du centre. Dans
une tonalité plus tragique, El Ciruja nous conte un drame passionnel ayant pour cadre les bidonvilles
et les dépôts d’ordures de la périphérie urbaine. Cette tradition de la poésie satirique lunfardo s’est
poursuivie au cours des années 1950 et 1960, grâce notamment au chanteur Edmundo Rivero
(Milonga Lunfarda) et donne encore aujourd’hui lieu à d’amusantes productions (Homo sapiens).

Carlos Gardel est sans doute le chanteur qui a joué le rôle le plus le plus important et le plus actif
dans le développement du répertoire tango chanté au cours des années 1920 et 1930. Constamment à
la recherche de textes nouveaux, il incita de nombreux auteurs à composer pour lui des œuvres
inédites. Les paroliers dont il a interprété les chansons se comptent par dizaines, parmi lesquels
Pascual Contursi, Celedonio Flores, Luis César Amadori, Enrique Cadícamo, Enrique Discépolo…
Cependant, c’est au cours des quatre dernières années de sa vie, entre 1932 et 1935, qu’il noua sa
collaboration la plus étroite et la fructueuse avec un auteur. Alors installé à Paris, il cherchait un
parolier pour composer pour lui de nouvelles chansons, destinées notamment aux films qu’il tournait
avec la Paramount. Il rencontra un jour Alfredo Le Pera, un critique théâtral et cinématographique
auquel il proposa de tenter l‘aventure. Le Pera n’était déjà pas tout à fait un inconnu dans le monde
du tango-chanson puisqu’il avait déjà écrit El carillon de la Merced en collaboration avec rien moins
que … Enrique Santos Discépolo. Il accepta l’offre de Gardel. Le résultat est connu : Une trentaine
de chansons, parmi lesquelles une bonne moitié de chefs d’œuvre, comme, Silencio, El día que me
quieras, Por una Cabeza... Le Pera y est parvenu à produire des textes accessibles à un public
international, mais respectant en même temps l’essence de la poésie tanguera : le sentiment de la
nostalgie et de la déchéance (Cuesta abajo, Volver...), la souffrance de la perte et de l’absence (Sus
ojos se cerraron, Arrabal amargo..), l’amertume face à l’échec amoureux et à la trahison féminine
(Soledad), l’évocation émue de la terre lointaine et du faubourg de jeunesse (Lejana tierra mía, Mi
Buenos Aires querido, Melodía de arrabal). La plupart de ces chefs d’œuvres furent intégrés dans
des navets cinématographiques dont ils constituent le seul moment émouvant…mais oh combien !
Intervenu en pleine maturité créatrice de cet extraordinaire couple artistique, l’accident d’avion de
Medellín, qui coûta la vie à Gardel et Le Pera, nous a sans doute privés de beaucoup d’autres
merveilles.

José Gonzáles Castillo et son fils Cátulo Castillo constituent une magnifique lignée poétique qui a
largement contribué à donner à la chanson tanguera de véritables lettres de noblesse littéraire.
Homme de théâtre, journaliste, essayiste, le père était très introduit dans les milieux littéraires
argentins des années 1920, et y fréquentait des auteurs majeurs comme Roberto Arlt, Raúl
Gonzáles Tuñon, Nicolás Olivari, Carlos De La Púa, etc. Il peut être considéré comme l’inventeur
d’une synthèse originale qui va constituer l’essence de l’école poétique dite « de Boedo » et
marquera plus tard profondément la chanson tanguera des années 1940. Cette synthèse associe trois
éléments : le sentiment de la nostalgie ; l’évocation du faubourg portègne et de ses personnages
typiques, dans la lignée du poète Evaristo Carriego ; enfin, des apports stylistiques venus de la
« poésie cultivée », d’influence autochtone ou européenne. Des textes comme Silbando, Organito de
la tarde et Griseta, illustrent bien ces caractéristiques. Son fils Cátulo, qui mit d’ailleurs en musique

4
plusieurs des œuvres de son père, fut fortement influencé par cette esthétique, au point qu’il a été
parfois surnommé « le poète de la nostalgie » (Tinta Roja, Café de los angelitos). Cependant
l’évocation des faubourgs et de ses personnages typiques, déjà pratiquement disparus dans les
années 1940, fait peu à peu place dans sa production, à des drames plus intimes (El Último Café,
María,…). On appréciera la richesse et la couleur de son langage, rythmé par de magnifiques
assonances adaptées à la fois au sens du texte et à la musique qui le porte, comme dans la première
strophe de La Última Curda.

Appartenant à la même lignée poétique, Homero Manzi nous a légué quelques-uns des sommets de
la chanson tanguera. La plus grande partie de son œuvre, à la tonalité élégiaque et romantique, est
imprégnée de la nostalgie idéalisée du faubourg et de l’amour de jeunesse (El pescante,
Sur..).Cependant, plusieurs textes majeurs, en général écrits vers la fin de sa carrière, sont consacrés
à l’évocation de figures d’artistes (Malena, Discepoíin..) ou de drames sentimentaux très intimes
(Desde el alma, Tu pálida voz..), souvent d’une grande violence intérieure (Fuimos, Che
bandoneón..). Son style est caractérisé entre autres par l’utilisation de métaphores très travaillées et
par l’énumération d’éléments apparemment disparates, mais dont l’accumulation permet de recréer
une atmosphère avec une grande force évocative, comme par exemple l’ambiance du faubourg
portègne dans Barrio de Tango. Il a également contribué dans les années 1930, avec le compositeur
Sebastián Piana, à la réinvention du style « milonga », à travers la production d’une dizaine
d’œuvres majeures (Milonga Sentimental, Milonga triste…).

Homero Expósito, plus jeune d’une douzaine d’année que Castillo et Manzi, apparaît dans une large
mesure comme leur continuateur (en même temps que leur contemporain), avec notamment une
omniprésence du thème de la nostalgie (par exemple dans Pedacito de cielo ou Yuyo Verde). Son
œuvre présente cependant plusieurs originalités: tout d’abord, une présence plus marquée de la
nature, comme dans Flor de Lino ou Naranjo en Flor ; ensuite, l’évocation des paysages et des
personnages réels du Buenos Aires contemporain comme dans Cafetín ou Farol ; enfin sur le plan
stylistique, une utilisation encore plus ambitieuse du langage métaphorique1 sans cependant jamais
sombrer dans un hermétisme qui aurait pu décourager le public populaire2.

Avec Enrique Cadícamo, la scène du tango se déplace vers le centre-ville et plus particulièrement
vers le monde du cabaret, du luxe et de la nuit, dans un style où l’infuence de la poésie « cultivée »
européenne se fait fortement sentir. Certes, ses premiers tangos évoquent, dans la lignée d’un Flores,
les personnages typiques des faubourgs, notamment celui de la milonguita d’origine modeste
pervertie par le monde du cabaret (Muñeca Brava, Ché papusa oí), ou un peu plus tard, celui du fils
prodigue revenant sur les lieux de sa jeunesse à l’issue d’une vie marquée par l’échec (La casita de
mis viejos). Mais il développe ensuite de nouvelles thématiques, directement liées à son parcours
personnel. Lui-même homme de la bohème nocturne, il nous présente un personnage de séducteur
romantique et oisif, évoquant de manière sobre et élégante, dans l’atmosphère du cabaret de luxe, la
nostalgie des amours perdues (Nostagias, Los Mareados). Grand voyageur, il évoque l’amertume
des émigrants déracinés, déçus dans leur recherche d’une vie meilleure, Argentins échoués à Paris
(Anclao en Paris) ou Françaises échouées à Buenos Aires (Madame Ivonne). Enfin, dans se
dernières œuvres majeures, datant des années 1940, il propose une poésie plus intimiste, où les
paysages et les atmosphères de Buenos Aires sont utilisés comme métaphores de son propre climat
intérieur : Les bateaux à l’abandon de Niebla del riachuelo, la pluie glacée de Garúa, le coin de rue

1
Comme le percalle, métaphore de la jeunesse perdue dans Percal, ou la pulsation rythmique, métaphore des battements
du coeur amoureux, dans Al compás del corazón.
2
Parmi les poètes de la même génération, on peut également mentionner José Maria Contursi (1911-1972), fils de
Pascual Contursi, qui nous a laissé une oeuvre torturée, dominée par le sentiment de la culpabilité, de l’absence et de
l’échec amoureux, dont Gricel donne un bon exemple.

5
de Rondando tu esquina. L’humour léger n’est pas non plus absent de l’œuvre de ce poète, comme
en témoigne le personnage de séducteur fanfaron dont il fait la satire dans Tengo mil novias.

Dans l’histoire de la poésie tanguera, Enrique Santos Discépolo tient une place à part, tant par son
style plein de trouvailles que par le caractère parfois déroutant des situations qu’il met en scène.
Certes, comme Manzi ou Castillo, son univers poétique se situe dans les quartiers populaires de
Buenos Aires, dont les habitants ont inspiré beaucoup de ses personnages. Mais, au lieu de la
nostalgie quelque peu éthérée d’un Manzi, il nous propose la vision amère et désabusée d’une
société sans morale ni justice (Cambalache), et des portaits acides de personnages sans beauté et
sans noblesse de cœur (Esta Noche me emborracho). Beaucoup de ses textes expriment la rancœur
d’hommes torturés, aigris, vaincus par la vie (¡Yira ! Yira !), souvent victimes de la trahison des
femmes (Uno, Sin palabras), voire de leur malhonnêteté (Chorra). Il pratique volontiers l’inversion
des thèmes tangueros traditionnels : chez lui, le voyou, au lieu de combattre au couteau par amour,
perd son courage par peur d’un mauvais coup qui l’empècherait de revoir sa bien-aimée (Malevaje) :
quant à l’homme abandonné, au lieu de se lamenter, il saute de joie à l’idée d’être débarrassé d’une
épouse détestée (¡Victoria !). Homme de théâtre, Discépolo pousse l’expression des sentiments
mélodramatiques jusqu’à un excès qui bascule souvent dans un grotesque sans doute volontaire
(Confesión). Mais il nous a également laissé des textes d’un grande sensibilité, où il exprime son
amour pour les quartiers populaires de son enfance (Cafetín de Buenos Aires) et pour la musique qui
est est issue, le tango (El choclo).

La majeure partie des chansons de tango les plus connues ont été écrites avant 1960, l’activité
créatrice des paroliers et des musiciens ne s’est pas interrompue après cette date. Même si le tango a
connu une crise très grave pendant les années 1960 et 1970, de très beaux textes ont en effet été
écrits et mis en musique à cette époque. Certains d’entre eux viennent de grands écrivains extérieurs
au monde du tango et qui n’y ont fait que de fugitives incursions, comme Borges (Alguien le dice al
tango) ou Cortázar (Medianoche Aquí)3. D’autres ont été écrits par des paroliers plus profondément
impliqués dans cette culture et désireux de renouveler les formes de l’expression poétique tanguera,
comme Héctor Negro (Un mundo nuevo), Eladia Blásquez (Adiós Nonino) et bien sur Horacio
Ferrer, dont la collaboration avec Astor Piazzolla nous a donné notamment Balada para un loco et
Balada para mi muerte. La renaissance du tango au cours des 15 dernières années s’est également
accompagnée de l’apparition d’une nouvelle génération de poètes, comme Acho Manzi4 (Llama
oscura), Alejandro Scwarcman (Boedo ayer y hoy), Ernesto Pierro (¿Quién iba a decir ?), Roberto
Díaz (Lo que me gusta). Tout en restant fidèles à l’esprit traditionnel de la poésie tango, et
notamment au sentiment de la nostalgie et de l’absence, ces auteurs en renouvellent également des
formes et les thématiques, en prenant pour décor le Buenos Aires d’aujourd’hui, avec son actualité
politique et sociale souvent tragique, comme les disparus de la dictature militaire (Pompeya no
olvida) ou les émeutes de la faim de 2002 évoquées par Jerez le Cam dans Chacharera de Carton.
Quant à Juan Carlos Cáceres, il poursuit son œuvre pédagogique sur les origines noires du tango à
travers des textes comme Tango negro. Il donne ainsi l’exemple d’une oeuvre à la fois ambitieuse,
au moins en ce qui concerne le « message » délivré, et très appréciée dans les milongas. Espérons
que, suivant cet exemple, les créateurs de tango contemporains sauront se mettre à la portée des
danseurs de bal, et que, symétriquement, ceux-ci sauront s’intéresser à ces voies nouvelles.
L’osmose entre culture populaire et recherche artistique, qui avait fait la force et la grandeur du
tango des années 1940, serait ainsi retrouvée.
Fabrice Hatem

3
Mentionnons à ce sujet l’existence d’une très beau répertoire de chansons populaires argentines n’appartenant pas un
monde du tango, mais à celui du de la musique rurale dite « folklorique », dont les poèmes de Altahulapa Yupanqui, El
arriero va, donne un bel exemple.
4
Par ailleurs fils de Homero Manzi.

6
Sommaire

Préface ............................................................1
Sommaire........................................................7
Des origines jusqu’à Angel Villoldo ............11
Dame la lata (vers 1885) .................................................................................................................. 12
El entrerriano (1897)........................................................................................................................ 13
Don Juan (1898)............................................................................................................................... 14
Bartolo tenía una flauta (1900) ........................................................................................................ 15
El porteñito (1903)........................................................................................................................... 16
La morocha (1905)........................................................................................................................... 17
¡Cuidado con los cincuenta ! (1906)................................................................................................ 18

Pascual Contursi (1888-1932) ......................19


El motivo (1914) .............................................................................................................................. 20
La cumparsita (1917) ....................................................................................................................... 21
Mi noche triste (1917)...................................................................................................................... 22
Bandoneón arrabalero (1926) .......................................................................................................... 23

Celedonio Flores (1896-1947)......................24


Margot (1919) .................................................................................................................................. 25
La mariposa (1921) .......................................................................................................................... 26
El bulín de la calle Ayacucho (1923)............................................................................................... 27
Mano a mano (1923)........................................................................................................................ 28
Sentencia (1923) .............................................................................................................................. 29
Tengo miedo (1926)......................................................................................................................... 30
Musa rea (fin des années 1920) ....................................................................................................... 31
Viejo smocking (1930) .................................................................................................................... 32
Corrientes y Esmeralda (1933) ........................................................................................................ 33
La puñalada (1937) .......................................................................................................................... 34

Les textes classiques.....................................35


Julián (1923) .................................................................................................................................... 36
¿Donde estás, corazón ? (1924) ....................................................................................................... 37
Amurado (1925)............................................................................................................................... 38
Buen amigo (1925) .......................................................................................................................... 39
Síga el corso (1926) ......................................................................................................................... 40
Caminito (1926) ............................................................................................................................... 41
Adiós muchachos (1927) ................................................................................................................. 42
Arrabalero (1927)............................................................................................................................. 43
A la luz del candil (1927)................................................................................................................. 44
Duelo criollo (1928)......................................................................................................................... 45
Puente Alsina (1928)........................................................................................................................ 46
Boedo (1928) ................................................................................................................................... 47

7
Palomita blanca (1929) .................................................................................................................... 48
La pulpera de Santa Lucía (1929).................................................................................................... 49
La mazorquera de Montserrat (1929) .............................................................................................. 50
La viajera perdida (1930)................................................................................................................. 51
Acquafuerte (1931) .......................................................................................................................... 52
Vida mia (1934) ............................................................................................................................... 53
Pampero (1935)................................................................................................................................ 54
Las cuarenta (1937).......................................................................................................................... 55
Cuartito azul (1938) ......................................................................................................................... 56

Théâtre et saynètes .......................................57


Alma de bohemio (1914) ................................................................................................................. 58
A la gran muñeca (1919).................................................................................................................. 59
Buenos Aires (1923) ........................................................................................................................ 60
Fumando espero (1923) ................................................................................................................... 61
Sentimiento gaucho (1924) .............................................................................................................. 62
A media luz (1925) .......................................................................................................................... 63
La última copa (1926)...................................................................................................................... 64
Tiempos viejos (1926) ..................................................................................................................... 65
Garufa (1928)................................................................................................................................... 66
Madreselva (1931) ........................................................................................................................... 67
Tomo y obligo (1931) ...................................................................................................................... 68
Yo no sé que me han hecho tus ojos (1931) .................................................................................... 69
La canción de Buenos Aires (1932)................................................................................................. 70

Poèmes comiques et lunfardesques ..............71


El cafishio (1918)............................................................................................................................. 72
El ciruja (1926) ................................................................................................................................ 73
Linea 9 (1928).................................................................................................................................. 74
Niño bien (1928) .............................................................................................................................. 75
Pipistrela (vers le début des années 1930) ....................................................................................... 76
Milonga lunfarda (1960) .................................................................................................................. 77
Homo Sapiens (1997) ...................................................................................................................... 78

Alfredo Le Pera (1900-1935) .......................79


Melodía de Arrabal (1932)............................................................................................................... 80
Silencio (1932)................................................................................................................................. 81
Mi Buenos Aires querido (1934) ..................................................................................................... 82
Soledad (1934) ................................................................................................................................. 83
Arrabal amargo (1934)..................................................................................................................... 84
Cuesta abajo (1934) ......................................................................................................................... 85
El día que me quieras (1935) ........................................................................................................... 86
Lejana tierra mía (1935)................................................................................................................... 87
Sus ojos se cerraron (1935).............................................................................................................. 88
Volver (1935)................................................................................................................................... 89
Por una cabeza (1935)...................................................................................................................... 90
Volvió una noche (1935) ................................................................................................................. 91

José Gonzáles Castillo et Cátulo Castillo.....92


Organito de la tarde (1924) .............................................................................................................. 93

8
Griseta (1924) .................................................................................................................................. 94
Silbando (1925)................................................................................................................................ 95
Tinta roja (1941) .............................................................................................................................. 96
Café de los angelitos (1944) ............................................................................................................ 97
María (1945) .................................................................................................................................... 98
La última curda (1956)..................................................................................................................... 99
El último café (1963) ..................................................................................................................... 100

Enrique Cadícamo (1900-2003) .................101


¡Ché papusa, oí ! (1927)................................................................................................................. 102
Muñeca brava (1928) .................................................................................................................... 103
Nunca tuvio novio (1930) .............................................................................................................. 104
Anclao en Paris (1931)................................................................................................................... 105
La casita de mis viejos (1931) ....................................................................................................... 106
Madame Ivonne (1933).................................................................................................................. 107
Nostalgias (1936) ........................................................................................................................... 108
Niebla del Riachuelo (1937) .......................................................................................................... 109
Tengo mil novias (1939)................................................................................................................ 110
Los mareados (1942)...................................................................................................................... 111
Garúa (1943) .................................................................................................................................. 112
Rondando tu esquina (1945) .......................................................................................................... 113

Enrique Santos Discépolo (1901-1951) .....114


Esta noche me emborracho (1927) ................................................................................................ 115
Chorra (1928)............................................................................................................................. 116
Malevaje (1928) ............................................................................................................................. 117
¡Victoria! (1929) ............................................................................................................................ 118
Confesión (1930) ........................................................................................................................... 119
¡ Yira ! Yira ! (1930)...................................................................................................................... 120
Cambalache (1934) ........................................................................................................................ 121
Uno (1943) ..................................................................................................................................... 122
Sin palabras (1945) ........................................................................................................................ 123
El choclo (1947)............................................................................................................................. 124
Cafetín de Buenos Aires (1948)..................................................................................................... 125

Homero Manzi (1907-1951).......................126


Milonga sentimental (1931)........................................................................................................... 127
El pescante (1934).......................................................................................................................... 128
Milonga triste (1936) ..................................................................................................................... 129
Malena (1942)................................................................................................................................ 130
Barrio de tango (1942) ................................................................................................................... 131
Tu pálida voz (1943)...................................................................................................................... 132
Fuimos (1945)................................................................................................................................ 133
Sur (1947) ...................................................................................................................................... 134
Che, bandoneón (1948)................................................................................................................. 135
Desde el alma (1948) ..................................................................................................................... 136
Romance de barrio (1948) ............................................................................................................. 137

Homero Expósito (1918-1987)...................139


Al compás del corazón (Late un corazón) (1942).......................................................................... 140

9
Pedacito de cielo (1942)................................................................................................................. 141
Farol (1943) ................................................................................................................................... 142
Percal (1943).................................................................................................................................. 143
Naranjo en flor (1944) ................................................................................................................... 144
Yuyo verde (1944) ......................................................................................................................... 145
Cafetín (1946) ................................................................................................................................ 146
Flor de lino (1947) ......................................................................................................................... 147

Tangos littéraires et modernes...................148


Gricel (1942).................................................................................................................................. 149
El arriero va (1944)........................................................................................................................ 150
Adiós Nonino (1960) ..................................................................................................................... 151
Alguien le dice al tango (enregistré en 1965) ................................................................................ 152
Un mundo nuevo (1965) ................................................................................................................ 153
Balada para mi muerte (1968)........................................................................................................ 154
Balada para un loco (1969) ............................................................................................................ 155
Medianoche aquí (enregistré en 1980)........................................................................................... 156
Lo que me gusta (1994) ................................................................................................................. 157
Llama oscura (enregistré en 1997)................................................................................................. 158
Pompeya no olvida (1998) ............................................................................................................. 159
Boedo ayer y hoy (enregistré en 1999) .......................................................................................... 160
¿Quién iba a decir? (1999)............................................................................................................. 161
Tango negro (1999)........................................................................................................................ 162
Chacacera de cartón (2002) ........................................................................................................... 163

Indications bibliographiques ......................164

10
Des origines jusqu’à Angel Villoldo

11
Dame la lata5 (vers 1885) Donne-moi le jeton

Paroles et musique de Juan Peréz Traduction de Fabrice Hatem

Que vida más arrastrada Quelle vie épuisante


la del pobre canfinflero, Celle du pauvre maquereau
el lunes cobra las latas, Le lundi, il relève les compteurs
el martes anda fulero. Et le mardi, il est fauché.

Dame la lata que has escondido, Donne-moi le jeton que t’as caché,
Que te pensás, bagayo, Qu’est-ce que tu crois, voleuse,
que yo soy filo? Que j’suis un cave ?
Dame la lata Donne-moi le jeton
y a laburar! Et au boulot !
Si no la linda biaba Sinon la jolie raclée
te vas a ligar. Tu vas te la prendre.

5
Jeton donné par le client à la prostituée en échange de sa
prestation, et qui lui permettait ensuite de récupérer une partie du
montant payé auprès du tenancier de l’établissement.

12
El entrerriano (1897) L’homme d’Entre-Rios

Paroles de A Semino et S. Rotondaria Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Rosendo Mendizábal

Tú el entrerriano un criollazo Toi l’homme d’Entre-Rios, un vrai Argentin


De nobleza e hidalguía Noble hidalgo
Que captó la simpatía Qui attire la sympathie
De todo el que lo trató. De tous ceux qui le rencontrent.
Por que siempre demostró Parce que tu fus toujours
Ser hombre sincero y fiel Sincère et fidèle
Y como macho de Ley Un homme vrai de vrai
La muchachita lo apreció. Aimé par les femmes.

Como varón se comportó Il s’est comporté en vrai homme


Su pecho noble supo exponer En sachant risquer sa peau
Para el débil defender Pour défendre le faible
Y así librarlo del mal. Et le sauver ainsi du mal.
Pero una noche sombría Mais par une sombre nuit
Que fue, ¡ay !, su desventura, Qui fut, malheur ! Sa perdition
En su alma la amargura En son âme l’amertume
Echó su manto fatal Etendit son voile fatal
Por haber sido tan leal Pour avoir été si loyal
Halló su cruel perdición…! Il trouva une perte cruelle... !
El enterriano lloró Et l’homme d’Entre-Rios pleura
Su triste desillusión. Sa triste désillusion.

Una noche en un callejón Une nuit dans une ruelle


Al amigo más fiel vió caer, Il vit tomber son ami fidèle
Bajo el puñal de un matón Sous le coup de poignard d’un assassin
Que de traición le hirió cruel Qui cruellement le blessa en traître
Y vibrante de indignación Et vibrant d’indignation
El criollazo atropelló Il se précipita
Y en la faz del matón Et sur le visage de l’assassin
Un barbijo marcó. Il colla une boutonnière.

Y al correr de los años Et bien des années plus tard


Libertao e’la cadenas Libéré de ses chaînes
Con el peso de su pena, Avec le poids de sa peine
Pa’l viejo barrio volvió, Il revint vers son vieux quartier,
Y amargado lagrimeó Et il peura amèrement
Al hallarse sin abrigo, De se voir sans abri,
Y hasta aquel…. el más amigo, Car même… son meilleur ami
El amparo le negó. Lui refusa un abri.

13
Don Juan (1898) Don Juan

Paroles de Ricardo J.Podestá Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Ernesto Ponzio

En el tango soy tan taura Au tango je suis si balaize


que, cuando hago un doble corte, Que quand je fais un double corte
corre la voz por el norte On en parle déjà dans le nord
si es que me encuentro en el sud, Alors que je suis dans le sud,
y pa'bailar la Yuyeta6 Et pour danser la Yuyeta
si es que me visto a la moda, Si en plus je m’habille à la mode
la gente me dice toda: Tout le monde me dit :
"Dios le de, Dios le de vida y salud". « Bravo, Dieu soit loué, Dieu vous garde ».

Calá, che, calá; Mire ça, eh, mire ça…..


siga el piano, che; Allez, vas-y, le piano ;
dese cuenta usted Rendez-vous compte vous-même
y después dirá Et ensuite vous direz
si con este taita Si ceux des quartiers nord
podrán por el norte... Sont capables de faire aussi bien..
calá, che, que corte! Eh, mire ce corte !
calá, che, calá! Mire ça, eh, mire ça !

No hay teatro que no conozca Tous les théâtres me connaissent


pues hasta soy medio artista Parce que je suis un peu artiste
y luego tengo una vista Et j’ai un tel regard
que hasta dicen que soy luz, Qu’on dit que c’est de la lumière
y la forma de mi cuerpo, Et la forme de mon corps
arreglada a mi vestido, Ajustée à mon habit,
me hace mozo muy querido, Fait de moi le gars le plus aimé,
lo juro, lo juro por esta cruz. Je le jure, je le jure sur cette croix.

Yo soy el taita del barrio... Le suis le meilleur gars du quartier...


preguntáselo a cualquiera... Demandez-le à tout le monde…
No es esta la vez primera Ce n’est pas la dernière fois
en que me han de conocer... Que vous entendrez parler de moi…
Yo vivo por San Cristóbal; Je vis vers San Cristobal
me llaman Don Juan Cabello. Je m’appelle Don Juan Cabello
Anóteselo en el cuello Mettez-vous bien ça dans le crâne
y ahí va, ahí va, así me quieren ver. Et j’y vais à fond, c’est ainsi qu’on m’aime.

6
Danse populaire de l’époque (NdT).

14
Bartolo tenía una flauta (1900) Bartolo avait une flûte

Paroles anonymes Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Francisco A. Hargreaves

Bartolo tenía una flauta Bartolo avait une flûte


con un aujerito solo, Avec une seul peti trou
y su mamá le decía: Et sa maman lui disait :
Dejá la flauta, Bartolo ! Laisse la flûte, Bartolo !

Bartolo quería casarse Bartolo voulait se marier


para gozar de mil placeres. Pour jouir de mille plaisirs
Y entre quinientas mujeres Mais entre cinq cents femmes
ninguna buena encontró. Aucune de bien ne rencontra.

Pues siendo muy exigente Alors, comme il était très exigeant


no halló mujer a su gusto, Il ne trouva pas de femme à son goût,
y por evitar disgustos Et, pour éviter les déplaisirs,
solterito se quedó... Il resta vieux garçon…

15
El porteñito (1903) Le petit portègne

Paroles et musiques de Ángel Gregorio Villoldo Traduction de Fabrice Hatem

Soy hijo de Buenos Aires Je suis fils de Buenos Aires


por apodo "el porteñito" Mon surnom est le p’tit portègne
el criollo más compadrito Le local le plus classe
que en esta tierra nació. Qui naquit dans ce coin.
Cuando un tango en la vihuela Quand une guitare joue un tango
rasguea algún compañero Qu’un copain plaque des accords
no hay nadie en el mundo entero Il n’y a personne dans le monde entier
que baile mejor que yo. Qui danse mieux que moi.

No hay ninguno que me iguale Il n’y en a aucun qui m‘égale


para enamorar mujeres, Pour séduire les nanas,
puro hablar de pareceres, C’est que des histoires que j’raconte,
puro filo y nada más. Du pur baratin, rien de plus.
Y al hacerle la encarada En lui faisant la mine aimable
la fileo de cuerpo entero Je l’embobine à mort
asegurando el puchero Pour assurer la boustifaille
con el vento que dará. Avec le pognon qu’elle donnera.

Soy el terror del malevaje Je suis la terreur des voyous


cuando en un baile me meto, Et quand j’arrive dans un bal,
porque a ninguno respeto Je ne m’incline devant personne
de los que hay en la reunión. Parmi ceux qui sont dans le coin.
Y si alguno se retoba Et si y en a un qui s’rebiffe
queriendo meterse a guapo En essayant de faire le malin
yo le encajo un castañazo Je lui fous un pain dans la gueule
y a buscar quien lo engendró. Pour qu’y retourne chez sa maman.

Cuando el vento ya escasea Quand le pognon se fait un peu rare


le formo un cuento a mi china J’vais baratiner ma copine
que es la paica más ladina Qu’est la nana la plus débrouillarde
que pisó el barrio del sur. Qu’on ait vu dans le quartier sud.
Y como caído del cielo Et alors commencent à tomber du ciel
entra el níquel al bolsillo Dans mon portefeuille les biftons
y al compás de un organillo Et au rythme d’un organito
bailo el tango a su salú. Je danse le tango à sa santé.

16
La morocha (1905) La brunette

Paroles de Ángel Gregorio Villoldo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Enrique Saborido

Yo soy la Morocha Je suis la brunette


la más agraciada, La plus gracieuse
la más renombrada La plus renommée
de esta plobación. De ce village
Soy la que al paisano Je suis celle qui au paysan
muy de madrugada Bien tôt le matin
brinda un cimarrón. Porte un maté amer.

Yo con dulce acento, Moi, avec une douce voix,


junto a mi ranchito, Près de ma petite ferme,
canto un estilito Je chante une chanson
con tierna pasión, Avec une tendre passion,
mientras que mi dueño Pendant que mon maître
sale al trotecito Sort au petit trot
en su remolón. Avec son cheval.

Soy la morocha argentina, Je suis la brunette argentine


la que no siente pesares, Celle qui ne sent pas les chagrins
y alegre pasa la vida Et qui joyeuse berce sa vie
con sus cantares. Avec ses chansons.
Soy la gentil compañera Je suis la gentille compagne
del noble gaucho porteño Du noble gaucho portègne
la que conserva el cariño Celle qui conserve son amour
para su dueño. Pour son maître.

Yo soy la morocha Je suis la brunette


de mirar ardiente, Au regard ardent,
la que su alma siente Celle qui sent dans son âme
el fuego de amor. Le feu de l’amour.
Soy la que al criollito Je suis celle que l’Argentin
mas noble y valiente Le plus noble et le plus vaillant
ama con ardor. Aime avec ardeur.

En mi amado rancho, Dans ma ferme aimée


bajo la enramada Sous les branchages
en noche plateada, Dans la nuit d’argent
con dulce emoción Avec une douce émotion
le canto al pampero, Je chante pour le vent de la pampa,
a mi patria amada Pour ma patrie aimée
y a mi fiel amor. Et pour mon amoureux fidèle.

17
¡Cuidado con los cincuenta ! (1906) Attention aux cinquante

Paroles et musique de Ángel G. Villoldo Traduction de Fabrice Hatem

Una ordenanza sobre la moral Une ordonnance sur la morale


decretó la dirección policial Décret de police municipale
y por la que el hombre se debe abstener Interdit désormais à l’homme
decir palabras dulces a una mujer. De dire des mots doux à une femme.
Cuando una hermosa veamos venir Quand nous voyons venir une jolie
ni un piropo7 le podemos decir Les piropos c’est bien fini
y no habrá más que mirarla y callar On peut juste mater et la boucler
si apreciamos la libertad. Si on apprécie la liberté.
Caray!... No sé Ben alors… ! Je ne sais
por qué prohibir al hombre Pourquoi interdire à l’homme
que le diga un piropo a una mujer! De dire un compliment à une femme !
Chiton!... No hablar, Fais gaffe !... Faut pas parler,
porque al que se propase Parce que si ça se sait
cincuenta le harán pagar! Cinquante jetons on te fera payer !

Yo cuando vea culquiera mujer Et moi, quand je verrai une femme,


una guiñada tan solo le haré. Je lui ferai juste un clin d’œil.

Y con cuidado, Et encore, avec prudence,


que si se da cuenta, Parce que que si on s’en rend compte
ay! de los cincuenta Oh ! La La ! Aux cinquante
no me salvaré. Je ne pourrai échapper.

Por la ordenanza tan original Cette ordonnance si originale


un percance le pasó a don Pascual: A fait bien des ennuis à Don Pascual :
anoche, al ver una señora gilí, Hier soir en voyant une jolie femme,
le dijo: Adios, lucero, divina hurí. Il lui a dit : « Bonjour, divine Houri ».
Al escucharlo se le sulfurí En l’entendant, elle a explosé
y una bofetada al pobre le dió Et lui a donné une claque bien sonnée
y lo llevo al gallo policial... Puis l’a livré aux policiers…

Por ofender a la moral. Parce que la morale était offensée.


Caray!... No sé Ben alors !... Je ne sais
por qué prohibir al hombre Pourquoi interdire à l’homme
que le diga un piropo a una mujer!... De dire des compliments à une femme !...
No hablar!... Chiton, Ne parle pas !... Fais attention,
porque puede costarles Parce que ça pourrait te coûter
cincuenta de la nación! Dans les cinquante biftons !

Mucho cuidado se debe tener Il faut vraiment faire gaffe


al encontrarse frente a una mujer. Quand on rencontre une femme.

Yo, por mi parte, Moi, pour ma part


cuando alguna vea, Quand j’en verrai une,
por linda que sea Même si elle est très belle,
nada le diré. Je ne lui dirai rien.

7
Compliment ou joli mot dit par un homme à une femme.

18
Pascual Contursi (1888-1932)

19
El motivo (1914) Le refrain

Musique de Juan Carlos Cobián Traduction de Fabrice Hatem


Paroles de Pascual Contursi

Mina que fue en otros tiempos Cette fille qui fut en d’autres temps
la más papa milonguera, La plus chouette milonguera,
y en esas noches tangueras Et qui dans ces nuits tangueras
fue la reina del festín... Fut la reine du festin…
Hoy no tiene pa'ponerse Aujourd’hui elle n’a pour s’habiller
ni zapatos, ni vestidos; Ni chaussures ni vêtements ;
anda enferma y el amigo Elle est malade, et son bonhomme
no aportó para el bulín. Ne se pointe plus dans sa chambrette.

Ya no tienen sus ojazos Ses yeux n’ont plus


esos fuertes resplandores, Ces miroitements superbes,
y en su cara los colores Et dans sa figure les couleurs
se le ven palidecer... Sont déjà en train de pâlir….
Está enferma, sufre y llora Elle est malade, elle souffre et pleure
y manya con sentimiento, Et elle sait bien, au fond,
de que así, enferma y sin vento, Que comme ça, malade et fauchée,
más nadie la va a querer... Plus personne ne va l’aimer...

Pobre paica que ha tenido Pauvre gonzesse qui a tenu


a la gente rechiflada Les gens ensorcellés
y supo con la mirada Et qui a su par un regard
conquistar una pasión... Déclencher une passion…
Hoy no tiene quien se arrime Aujourd’hui y’a plus personne qui se glisse
por cariño a su catrera Avec tendresse à ces côtés.
¡ Pobre paica arrabalera Pauvre gonzesse du faubourg
que quedó sin corazón ! Qui est restée sans amour !

Y cuando de los bandoneones Et quand jouent les bandonéons


se oyen las notas de un tango, Qu’on entend les notes d’un tango
pobre florcita de fango Pauvre petite fleur de fange
siente tu alma vibrar... Elle sent dans son âme vibrer
las nostalgias de otros tiempos, La nostalgie d’autres temps,
de placeres y de amores... De plaisirs et d’amour...
!Hoy sólo son sinsabores Aujourd’hui c’est seulement l’amertume
que la invitan a llorar ! Qui lui donne envie de pleurer !

20
La cumparsita (1917) La petite fanfare

Paroles de Pascual Contursi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Matos Rodríguez

Si supieras Si tu savais
que aún, dentro de mi alma Que, dans mon âme,
conservo aquel cariño Je conserve toujours cette tendresse
que tuve para ti... Que j’éprouvais pour toi
Quién sabe, si supieras Qui sais, si tu savais
que nunca te he olvidado, Que jamais je ne t’ai oubliée,
volviendo a tu pasado Revenant à ton passé,
te acordarás de mí. Tu te souviendrais de moi.

Los amigos ya no vienen Les amis ne viennent


ni siquiera a visitarme… Même plus me rendre visite
Nadie quiere consolarme Personne ne veut me consoler
en mi aflicción… Dans mon désespoir…
Desde el día que te fuiste Depuis le jour où tu es partie,
siento angustias en mi pecho… Je sens l’angoisse dans ma poitrine...
Decí, percanta ¿ Qué has hecho Dis-moi, petite… Qu’as-tu fait
de mi pobre corazón ? De mon pauvre cœur ?

Sin embargo, Et cependant,


yo siempre te recuerdo Je garde toujours ton souvenir,
con el cariño santo Avec cette sainte tendresse
que tuve para ti, Que j’éprouvais pour toi.
y estás dentro de mi alma, Tu es partout dans mon âme,
pedazo de mi vida…. Comme une partie de ma vie..
Sos la ilusión perdida Tu es l’illusion perdue
que nunca olvidaré. Que je n’oublierai jamais.

Al cotorro abandonado Dans ma chambrette abandonnée


ya ni el sol de la mañana Le soleil du matin
asoma por la ventana, Ne rentre plus par la fenêtre,
como cuando estabas vos. Comme quand tu étais là.
Y aquel perrito compañero Et ce petit chien, notre compagnon,
que por tu ausencia no comía Qui depuis ton départ ne mangeait plus,
al verme solo, el otro día, En me voyant seul, l’autre jour,
también me dejó. Il est parti lui aussi.

21
Mi noche triste (1917) Ma triste nuit

Paroles de Pascual Contursi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Samuel Castriota

Percanta que me amuraste Toi la môme qui m’as abandonné


en lo mejor de mi vida Dans le meilleur de ma vie
dejándome el alma herida En me laissant l’âme blessée
y espina en el corazón. Et des épines dans le coeur.
Sabiendo que te quería, Tu savais bien que je t’aimais
que vos eras mi alegría Que tu étais toute ma joie,
y mi sueño abrazador Et mon rêve caressant.
y para mi ya no hay consuelo Pour moi il n’y a pas de consolation
y por eso me encurdelo Et pour cela je me bourre la gueule
pa’olvidarme de tu amor. Pour t’oublier, mon amour.

De noche cuando me acuesto La nuit quant je me couche


no puedo cerrar la puerta Je ne peux fermer la porte
porque dejándola abierta Parce qu’en la laissant ouverte
me hago ilusión que volvés. Ça me donne l’illusion que tu vas revenir.
Siempre llevo bizcochitos Je mets toujours des petits gâteaux
para tomar con matecitos Pour prendre avec le maté
como si tu estuvieras vos Comme si tu étais encore là
y si vieras la catrera Et si tu voyais le plumard
cómo se pone cabrera Comme il a l’air furieux
cuando no nos ve a los dos. De ne pas nous voir ensemble.

Cuando voy a mi cotorro Quand je vais à ma chambrette


lo veo desarreglado, Elle a l’air si en désordre
todo triste y abandonado, Si triste et abandonnée
me dan ganas de llorar Et ça me donne envie de pleurer
me detengo largo rato Je reste de longues heures
campaneando tu retrato A contempler ton portrait
pa’poderme consolar. Pour pouvoir me consoler.

Ya no hay en el bulín Il n’y a plus dans la chambre


aquellos lindos frasquitos Ces jolies petites frusques
adornados con moñitos Nouées avec des rubans
todos de un mismo color, Tous de la même couleur,
y el espejo esta empañado, Et le miroir il est tout embué,
si parece que ha llorado Et il a l’air d’avoir pleuré
por la ausencia de tu amor. Parce que ton amour est parti.

La guitarra en el ropero La guitare dans l’armoire


todavía está colgada Est encore suspendue
nadie en ella canta nada Mais personne ne chante avec elle
ni hace sus cuerdas vibrar En faisant vibrer ses cordes
y la lámpara del cuarto Et la lampe de la chambre
también tu ausencia ha sentido A aussi senti ton absence :
porque su luz no ha querido Elle n’a pas voulu éclairer
mi noche triste alumbrar. Ma triste nuit de sa lumière.

22
Bandoneón arrabalero (1926) Bandonéon du faubourg

Paroles de Pascual Contursi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan Bautista Deambrogio

Bandoneón arrabalero, Bandonéon du faubourg,


viejo fuelle desinflado, Vieux soufflet dégonflé,
te encontré como a un pebete Je te rencontrai comme un enfant
que la madre abandonó Qu’aurait abandonné sa mère
en la puerta de un convento Devant la porte d’un conventillo
sin revoque en las paredes, Qui avait les murs tout décrépis.
a la luz de un farolito A la lumière d’une petite lanterne
que de noche te alumbró. Qui t’éclairait cette nuit-là.

Bandoneón, Bandonéon,
porque ves que estoy triste Parce que tu vois que je suis triste
y cantar ya no puedo, Et que je ne peux chanter,
vos sabés Tu sais
que yo llevo en el alma Que je porte dans mon âme
marcao un dolor. La marque d’une douleur.

Te llevé a mi pieza, Je t’emmenais chez moi,


te acuné en mi pecho frío, Te pressais sur ma poitrine froide,
yo también abandonado Moi aussi dans ma chambrette,
me encontraba en el bulín; Je me trouvais abandonné,
has querido consolarme Tu as voulu me consoler,
con tu voz enronquecida Avec ta voix au son rauque
y tus notas doloridas Et tes notes douloureuses
aumentó mi berretín. Ont ajouté à mon chagrin.

23
Celedonio Flores (1896-1947)

24
Margot (1919) Margot

Paroles de Celedonio Flores Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Carlos Gardel et de José Razzano

Se te embroca desde lejos, pelandruna abacanada, On le sent de très loin, fille de rien qu’a d’la thune
que naciste en la mugre de un convento de arrabal, Qu’t’es née dans la misère d’un garni de la zone,
porque hay algo que te vende, yo no sé si es la mirada, Y’a que’qu’chose qui te trahit, peut-être le regard,
la manera de sentarte, de mirar, de estar parada, La manière de t’asseoir, de parler, de marcher,
o ese cuerpo acostumbrado a las pilchas de percal. Ou ce corps habitué aux fringues à quatre sous.

Ese cuerpo que hoy te marca los compases tentadores Ce beau corps qui ondoie au rythme tentateur
del canyengue de algún tango en los brazos de algún gil, D’un tango cayengue aux bras d’un imbécile
mientras triunfa tu silueta y tu traje de colores Tandis que ta dégaine et tes jolis habits,
entre risas y piropos de muchachos seguidores, Attirent les compliments des mecs qui te courtisent
entre el humo de los puros y el champán de Armenonvil. Entre cigares et champagne, à l’Armenonville.

Son macanas, no fue un guapo haragán ni prepotente, Ce ne fut pas un voyou flémard et prétentieux
ni un cafishio veterano el que al vicio te largó. Ou un souteneur d’expérience qui t’ont conduite au vice ;
vos rodaste por tu culpa y no fue inocentemente: Tu y es venue toute seule, sans aucune innocence ;
¡berretines de bacana que tenías en la mente, Tous ces rêves de pognon te passaient par la tête
desde el día que un magnate cajetilla te afiló ! Depuis qu’un friqué bien sapé t’avait draguée !

Yo me accuerdo : no tenías casi nada que ponerte; Je me souviens : tu n’avais rien à te mettre ;
Hoy usás ajuar de seda con rosita rococó… Et t’as des fringues en soie avec des roses brodées ...
¡Me revienta tu presencia, pagaría por no verte ! Ta présence me dégoûte, j’paierais pour ne pas t’voir !
Si hasta el nombre te has cambiando Même ton nom a changé
[como ha cambiando tu suerte : [comme a changé ton destin :
ya no sos mi Margarita…¡ahora te llaman Margot !
T’étais ma Margarita… Ils t’appelent maintenant Margot !
Ahora vas con los otarios a pasarla de bacana
Tu fais la fête avec des idiots pleins aux as
a un lujoso reservado del Petit o del Julien,
Dans les cabinets réservés du Julien ou du Petit ;
y tu vieja, pobre vieja, lava toda la semana
Et ta mère, pauvre vieille, lave toute la semaine
pa'poder parar la olla con pobreza franciscana
Pour pouvoir bouffer, dans la pauvreté franciscaine
en el triste conventillo alumbrado a querosén.
D’un conventillo éclairé au kérosène.

25
La mariposa (1921) Le papillon

Paroles de Celedonio Esteban Flores Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Pedro Maffia

No es que esté arrepentido Ce n’est pas que je me repente


de haberte querido tanto, De t’avoir tant aimé,
lo que me apena es tu olvido Ce qui m’attriste, c’est ton oubli
y tu traición Et ta trahison
me sume en amargo llanto; Me plonge dans des pleurs amers
si vieras, estoy tan triste Si tu voyais ! Je suis si triste
que canto por no llorar; Que je chante pour ne pas pleurer
si para tu bien te fuiste, Si tu es partie pour ton bien,
para tu bien Pour ton bien
yo te debo perdonar! Je dois te pardonner.

Aquella tarde que yo te vi Dès le soir où je t’aperçus,


tu estampa me gustó, Ta silhouette m’a plu,
pebeta de arrabal, Jolie fille du faubourg
y sin saber por que te seguí Et sans raison je t’ai suivie,
y el corazón te di En te donnant mon coeur:
y fue tan solo por mi mal. Ce ne fut que pour mon malheur.
Mira si fue sincero mi querer Tu sais comme mon amour fut sincère ! ! !
que nunca imaginé Aurais-je imaginé
la hiel de tu traición. La froideur de ta trahison
Que solo y triste me quedé Je reste si seul et si triste
sin amor y sin fé Sans amour, sans espoir,
y derrotado el corazón. Avec le cœur en déroute.

Despues de libar traidora Après avoir bu, traîtresse,


en el rosal de mi amor Dans le pistil de mon amour
te marchás engañadora Tu es partie, trompeuse,
para buscar Pour chercher
el encanto de otra flor; Le parfum d’une autre fleur
y buscando la más pura, Et cherchant la plus pure,
la más linda de color, La plus belle de couleur,
la ciegas con tu hermosura Tu l’aveugles avec ta beauté
para después Pour ensuite
engañarla con tu amor. La tromper avec ton amour.

Ten cuidado, mariposa, Mais fais attention, papillon ! ! !


de los sentidos amores, Et méfie-toi des sentiments amoureux
no te cieguen los fulgores Prends garde que ne t’aveuglent
de alguna falsa pasión, Les reflets d’une fausse passion
porque entonces pagarás Parce qu’alors tu payeras
toda tu maldad, Toute ta trahison
toda tu traición. Et ta méchanceté ! ! !

26
El bulín de la calle Ayacucho (1923) La chambrette de la rue Ayacucho

Paroles de Celedonio Esteban Flores Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Luis Servidio

El bulín de la calle Ayacucho La chambrette de la rue Ayacucho,


que en mis tiempos de rana alquilaba, Que je louais dans mes temps heureux,
el bulín que la barra buscaba La chambrette où venaient les copains
para caer por la noche a timbear… Pour jouer aux cartes toute la nuit…
el bulín donde tantos muchachos La chambrette ou tant de p’tits gars
en su racha de vida fulera Quand y étaient dans la déveine
encontraron marroco y catrera, Trouvaient du pain et un plumard,
rechiflado parece llorar… Est toute triste et semble pleurer…

El primus8 no me fallaba Le poêle « primus » était là


con su carga de agua ardiente Avec sa provision d’alcool
y habiendo agua caliente Il nous faisait de l’eau chaude
el mate era allí señor; Pour boire le maté, oui monsieur…
no faltaba la guitarra Il y avait aussi la guitare
bien encordada y lustrosa, Bien accordée et brillante
ni el bacán de voz gangosa Et un bourge qui parlait du nez
con berretín de cantor. Et rêvait d’être chanteur.

Cotorrito mistongo, tirado Chambrettre pauvre, retirée


en el fondo de aquel conventillo, Au fond de ce conventillo
sin alfombras, sin lujo y sin brillo; Sans tapis, sans luxe, sans faste
cuántos dias felices pasé Combien de jours heureux j’ai passé
al calor del querer de una piba Auprès du tendre amour d’une fille
que fue mía, mimosa y sincera, Qui fut mienne, douce et sincère
y una noche de invierno y fulera Et qui une sale nuit d’hiver
en un vuelo, hacia el cielo se fue. S’en fut au ciel d’un seul coup d’aile.

Cada cosa era un recuerdo Chaque chose fut un souvenir


que la vida me amargaba; Qui me rendit la vie amère ;
por eso me la pasaba Et pour cela je devins
cabrero, rante y tristón. Triste, aigri et colèreux.
Los muchachos se cortaron Tous les copains s’en allèrent
al verme tan afligido, En me voyant si affligé,
y yo me quedé en el nido Et je restais seul dans le nid
empollando mi aflicción. A couver ma tristesse.

El bulín de la calle Ayacucho La chambrette de la rue Ayacucho


ha quedado mistongo y fulero, Est devenu misérable et triste,
ya no se oye al cantor milonguero On n’entend plus le chanteur de tango
engrupido su musa entonar; Se monter la tête en taquinant la muse
y en el primus no bulle la pava Et sur le poêle il n’y a plus de bouilloire
que a la barra contenta reunía, Pour attirer toute la bande,
y el bacán de la rante alegría Et celui qui était riche de son bonheur
está seco de tanto llorar. N’a plus assez de larmes pour pleurer.

8
Marque de poële typique des quartier populaires de Buenos
Aires dans les années 1920.

27
Mano a mano (1923) Nous sommes quitte
Paroles de Celedonio Flores. Traduction de Fabrice Hatem
Musique de Carlos Gardel et de José Razzano.

Rechiflao en mi tristeza, hoy te evoco y veo que has sido Perdu au fond de ma tristesse, je pense à toi et me dis
en mi pobre vida paria sólo una buena mujer ; Que dans ma sale vie de paria, une seule femme m’a aidé.
tu presencia de bacana puso calor en mi nido, Ta présence protectrice donna sa chaleur à mon nid
fuiste buena, consecuente, y yo sé que me has querido Tu fus bonne, tendre, fidèle, et je sais que tu m’as chéri
como no quisiste a nadie, como no podrás querer. Comme tu n’as aimé personne, comme tu n’aimeras plus jamais.

Se dio el juego de remanye, cuando vos, pobre percanta, T’as peut-être pas oublié l’temps ou tu n’étais qu’une midinette
gambeteabas la pobreza en la casa de pensión ; Comptant trois sous pour faire un franc dans ta petite chambre meublée.
hoy sos toda una bacana, la vida te ríe y canta ; Maintenant la vie te sourit, t’es devenue cocotte et coquète
los morlacos del otario los tirás a la marchanta A ton gros friqué amoureux tu sais soutirer les pépettes
como juega el gato maula con el mísero ratón. Comme le chat rusé qui s’amuse avec son pauvre rat traqué.

Hoy tenés el mate lleno de infelices ilusiones, Aujourd’hui ta coupe est pleine de malheureuses illusions
te engrupieron los otarios, las amigas, el gavión; Les copines et les loulous ont bien monté ta jolie tête
la milonga entre magnates con sus locas tentaciones Les milongas chez les richards avec leurs folles tentations
donde triunfan y claudican milongueras pretensiones Où triomphent et vacillent les tangos de la prétention
se te ha entrado muy adentro en el pobre corazón. Ont envahi ton pauvre cœur des relents de leur triste fête.

Nada debo agradecerte, mano a mano hemos quedado, Et maintenant nous sommes quitte, je n’ai pas à te remercier
no me importa lo que has hecho, lo que hacés, ni lo que harás Peu m’importe ce que tu fis ou ce que tu feras demain
los favores recibidos creo habértelos pagado Les faveurs accordées par toi, je les ai chèrement payées
y si alguna deuda chica sin querer se me ha olvidado, Mais s’il me restait, par mégarde, une petite dette oubliée
en la cuenta del otario que tenés se la cargás. Ajoute-la donc sur le compte du gros corniaud qui t’entretient.

Mientras tanto, que tus triunfos, pobres triunfos pasajeros, Je souhaite que tous tes triomphes, pauvres triomphes éphémères
sean una larfa fila de riquezas y placer ; Défilent en une longue marche de plaisirs, richesses et succès
que el bacán que te acamala tenga pesos duraderos, Que le gros plein d’sous qui t’a louée ait un compte en banque bien prospère
que te abrás de las paradas con cafishios milongueros, Que les ‘p’tits gars se disent entre eux « Ca, c’est vraiment une fille super »
y que digan los muchachos : " Es una buena mujer ". Et que tu te tiennes à l’écart des macs qui rôdent dans les soirées.

Y mañana, cuando seas descolado mueble viejo Mais demain, quand tu ne s’ras plus qu’un meuble usé à la poubelle
y no tengas esperanzas en el pobre corazón; Que l’espoir aura disparu dans le fond de ton cœur blessé
si precisás una ayuda, si te hace falta un consejo, Si tu avais besoin d’un conseil ou voulais quérir un peu d’aide
acordate de este amigo que ha de jugarse el pellejo Rappelle-toi du vieil ami prêt à saigner ses quatre veines
p'ayudarte en lo que pueda cuando llegue la ocasión. Pour t’aider comme il le pourra si l’occasion se présentait.

28
Sentencia (1923) Sentence

Musique de Pedro Maffia Traduction de Fabrice Hatem


Paroles de Celedonio Flores

La audiencia, de pronto La salle d’un coup


se quedó en silencio ; Se fit silencieuse
de pie, como un roble, Debout, comme un chène,
con acento claro Avec la voix claire
hablaba el malevo : Le voyou parla :

« Yo nací, señor juez, en el suburbio, « Je suis né, monsieur le juge, dans le faubourg
suburbio triste de la enorme pena, Faubourg triste d’une énorme peine
en el fango social donde una noche Dans la lie sociale où une nuit
asentara su rancho la miseria. Notre misère posa sa masure
De muchacho, nomás, hurgué en el cieno Enfant, je fouillais dans la boue
donde van a podrirse las grandezas... Où vont pourrir les objets de la grandeur,
¡Hay que ver, señor juez, cómo se vive Il faut voir monsieur le juge comment on vit
para saber después cómo se pena! Pour savoir ensuite comme on souffre !

Un farol en una calle tristemente desolada Le lampadaire dans la rue triste et désolée
pone con la luz del foco su motivo de color. Donne la lumière avec son dessin de couleur
El cariño de mi madre, de mi viejecita adorada, La tendresse de ma mère, de ma mère adorée
que por santa merecía, señor juez, ser venerada, Cette sainte qui mérite d’être vénérée
en la calle de mi vida fue como luz de farol. Dans la rue de ma vie fut comme cette lumière
Y piense si aquella noche, cuando oí que aquel malvado Et pensez, cette nuit là, quand j’appris que ce voyou
escupió sobre sus canas el concepto bajo y cruel, Avait craché son insulte cruelle sur ses cheveux blancs,
hombre a hombre, sin ventaja, por el cariño cegado, D’homme à homme, aveuglé par la colère
por mi cariño de hijo, por mi cariño sagrado, Pour mon amour de fils, pour cet amour sacré,
sin pensar, loco de rabia, como a un hombre lo maté. Sans réfléchir, fou de rage, je l’ai tué.

Olvide usted un momento sus deberes Oubliez un instant vos devoirs


y deje hablar la voz de la conciencia. Et laissez parler la voix de la conscience
Deme después, como hombre y como hijo, Donnez-moi ensuite, comme homme et comme fils,
los años de presidio que usted quiera, Les années de prison que vous voudrez.
y si va a sentenciarme por las leyes, Vous allez me condamner selon les lois,
aquí estoy para aguantarme la sentencia... Je suis ici pour encaisser la sentence…
pero cuando oiga maldecir a su vieja, Mais quand vous entendrez insulter votre mère,
¡es fácil, señor juez, que se arrepienta! » Peut-être, monsieur le juge, vous vous repentirez !…

La audiencia, señores, Le public, alors,


se ahogaba en silencio... Se noya dan le silence…
¡Llorando el malevo, Et pendant que pleurait le voyou,
lloraba su pena Et l’âme du peuple
el alma del pueblo! Pleurait sa peine !

29
Tengo miedo (1926) J’ai peur
Paroles de Celedonio Esteban Flores Traduction de Fabrice Hatem
Musique de José María Aguilar

En la timba de la vida me planté con siete y medio, Dans le jeu de la vie, je me suis arrété sur une bonne pioche
siendo la unica parada de la vida que acerté, Et c’est la seule fois de ma vie que j’ai vu juste
yo ya estaba en la pendiente de la ruina sin remedio J’étais déjà sur la pente d’une ruine sans remède
pero un día dije "Planto" y ese día me planté. Mais un jour j’ai dit : « j’arrête » et ce jour-là je me suis arrêté.
Y dejé la barra rea de la eterna caravana Et j’ai quitté la bande bohème et son éternelle caravane
me aparté de la milonga y su rante berretín, Je suis parti de la milonga et de ses sales coups de tête,
con lo triste de mi noche hice una hermosa mañana: Avec la tristesse de ma nuit j’ai fait un merveilleux matin
cementerio de mi vida convertido en un jardin. J’ai converti en jardin le cimetière de ma vie.

Garsonier, carreras, timbas, copetines de vicioso Garconnière, turf, tripots, coupes d’alcool
y cariños pasajeros, besos falsos de mujer, Amours d’un jour, baisers trompeurs de femme,
todo enterré en el olvido del pasado bullicioso J’ai tout laissé dans l’oubli d’un passé tapageur
por el cariño más santo que un hombre puede tener! Pour l’amour le plus pur que puisse posséder un homme !
Hoy, ya ves, estoy tranquilo. Por eso es que buenamente Aujourd’hui, je suis tranquille et c’est pourquoi gentiment
te suplico que no vengas a turbar mi dulce paz, Je te supplie de ne pas venir troubler ma douce paix,
que me dejes con mi madre, que a su lado santamente Que tu me laisses avec ma mère, pour qu’à ses côtés saintement
edificaré otra vida ya que me siento capaz. J’édifie cette autre vie dont je me sens capable.

Te suplico que me dejes, tengo miedo de encontrarte, Je te supplie de me laisser, j’ai peur de te rencontrer,
porque hay algo en mi existencia que no te puede olvidar; Car il y a quelque chose en moi qui ne peut t’oublier ;
tengo miedo de tus ojos, tengo miedo de besarte, J’ai peur de tes yeux, j’ai peur de ta bouche,
tengo miedo de quererte y de volver a empezar. J’ai peur de t’aimer et de tout recommencer.
Se buenita, no me busques, apartate de mi senda, Sois gentille, ne me cherche pas, éloigne-toi de mon chemin
tal vez en otro cariño encontrés tu redención; Peut-être dans un autre amour rencontreras-tu ton bonheur
vos sabés que yo no quiero que mi chamuyo te ofenda, Tu sais que je ne veux pas que mon discours t’offense,
es que tengo mucho miedo que me falle el corazón... Mais j’ai si peur que mon cœur ne cède à nouveau…

30
Musa rea (fin des années 1920) Muse rebelle

Paroles de Celedonio Esteban Flores Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Gabriel Clausi

No tengo el berretín de ser un bardo, Je n’ai pas la lubie d’être un barde,


chamuyador letrao, ni de espamento. Un baratineur lettré, un faiseur.
Yo escribo humildemente lo que siento J’écris humblement mes sentiments
y pa'escribir mejor, ¡lo hago en lunfardo!... Et pour mieux écrire, je le fais en lunfardo !...
Yo no le canto al perfumado nardo Je ne chante pas les roses parfumées
ni al constelao azul del firmamento. Ni l’azur constellé du firmament.
Yo busco en el suburbio sentimiento... Je cherche dans le faubourg des sentiments...
¡Pa'cantarle a una flor...le canto al cardo!... Pour chanter une fleur... je chante le chardon!...
Y porque embroco la emoción que emana Et parce que je pige l’émotion qui émane
del suburbio tristón, de la bacana, Du faubourg triste, de la cocotte,
del tango candombero y cadencioso, Du tango candombé et cadencé,
surge a torrentes mi mistonga musa: Ma modeste muse surgit en torrents:
¡es que yo tengo un alma rantifusa Parce que j’ai une âme vagabonde
bajo esta pinta de bacán lustroso! Sous cette allure de bourge brillant!

Traduction de Mariana Bustelo

31
Viejo smocking (1930) Vieux smoking

Musique de Guillermo Barbieri Traduction de Fabrice Hatem


Paroles de Celedonio Flores

Campaneá cómo el cotorro va quedando despoblado Regarde comme la chambrette s’en va à l’abandon
todo el lujo es la catrera compadreando sin colchón, Tout le luxe est dans ce plumard qui trône sans matelas
y mirá este pobre mozo cómo ha perdido el estado, Et mire ce pauvre gars, comme il s’est déglingué,
amargado, pobre y flaco como perro de botón. Aigri, pauvre et maigre comme un chien des rues
Poco a poco todo ha ido de cabeza pa’l empeño Peu à peu tout est allé de travers, à vau-l’eau.
se dio juego de pileta y hubo que echarse a nadar ; Le navire a fait naufrage et il a fallu nager.
sólo vos te vas salvando porque pa'mi sos un sueño Toi seul es rescapé car pour moi tu es un rêve
del que quiera Dios que nunca me vengan a despertar. Dont je prie Dieu qu’on ne vienne jamais me réveiller.

Viejo smocking de los tiempos Vieux smoking de ces temps anciens


en que yo también tallaba, Quand moi aussi j’étais élégant ;
¡Cuánta papusa garaba Combien de jolies filles
en tus solapas lloró! Sur ton revers ont pleuré !
Solapas que con su brillo Revers qui avec leur brillant
parece que encandilaban Semblaient éclairer partout
y que donde iba sentaban Et annoncer où qu’ils ailllent
mi fama de gigoló. Ma gloire de séducteur.

Yo no siento la tristeza de saberme derrotado Je n’ai pas de tristesse de me savoir déchu


y no me amarga el recuerdo de mi pasado esplendor; Et ne suis pas amer de ma splendeur passée
no me arrepiento del vento ni los años que he tirado, Je ne regrette ni l’argent, les les années enfuies
pero lloro al verme solo, sin amigos, sin amor. Mais je pleure de me voir si seul, sans amis, sans amour,
Sin una mano que venga a llevarme a una parada, Sans une main qui vienne me guider sur la route
sin una mujer que alegre el resto de mi vivir... Sans une femme qui égaye le reste de ma vie…
Vas a ver que un día de éstos te voy a poner de almohada Tu vas voir, un jour je vais te mettre comme oreiller,
y, tirao en la catrera, me voy a dejar morir! Et, blotti dans le plumard, je vais me laisser mourir.

Viejo smocking, cuántas veces Vieux smoking, combien de fois


la milonguera más papa Les plus jolies milongueras
el brillo de tu solapa Ont couvert de poudre et de rouge
de estuque y carmín manchó, Le brillant de ton revers
y en mis desplantes de guapo Et dans mes arrogances de séducteur
cuántos llantos te mojaron, Combien de pleurs t’ont mouillé
cuántos taitas envidiaron Combien de gars ont envié
mi fama de gigoló. Ma gloire de gigolo.

32
Corrientes y Esmeralda (1933) Corrientes et Esmeralda11

Paroles de Celedonio Esteban Flores Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Francisco Pracánico

Amainaron guapos junto a tus ochavas Ça les a calmés, les gars du faubourg
cuando un cajetilla los calzó de cross De se faire boxer par un fils du coin
y te dieron lustre las patotas bravas Et les fières bandes t’ont rendu célèbre
alla por el año...novecientos dos.... Ici vers l’année… mille neuf cent deux…

Esquina porteña, tu rante canguela Coin de rue portègne, tes noceurs qui traînent
se hace una melange de caña, gin, fitz, Mélangent la biture avec le gin-fitz
pase inglés y monte, bacará y quiniela, Jeux de dés, de cartes, loto, baccara
curdelas de grappa y locas de pris. Saouleries au vin, lignes de coco

El Odeón se manda, la Real Academia, Le café Odéon joue les Académies


rebotando en tangos el viejo Pigall, Tandis que des tangos rebondissent du Pigall
y se juega el resto, la doliente anemia, Et elles tentent leur coup, ces filles aux yeux cernés
que espera el tranvía para su arrabal9. Attendant le tramway qui mêne à l’arrabal.

De Esmeralda al norte, del lao de Retiro, Depuis Esmeralda jusqu’au coin du Retiro
franchutas papusas10 caen en la oración Toutes ces jolies françaises semblent en train de prier
a ligarse un viaje, si se pone a tiro, Pour se lever une passe, avec un peu de bol,
gambetendo el lente que tira el botón. En s’tenant à carreau pour pas s’faire embarquer.

En tu esquina un día, Milonguita, aquella Sur ton trottoir, un jour, cette jolie danseuse
papirusa criolla que Linnig mentó, Milonguita portègne dont Linnig nous parla
llevando un atado de ropa plebeya En portant son panier de pauvre blanchisseuse
El hombre tragedia, tal vez encontró... Peut-être rencontra l’homme qu’il ne fallait pas

Te glosa en poemas Carlos de la Púa Carlos de la Púa en poèmes t’a chantée,


y el pobre Contursi, fue tu amigo fiel... Le pauvre Contursi fut ton ami fidèle…
En tu esquina rea, cualquier cacatúa Sur ton trottoir rebelle, n’importe quel bênet
sueña con la pinta de Carlos Gardel. Rêve qu’il a la gueule de Carlos Gardel.

Esquina porteña, este milonguero Oh, coin de rue portègne, ce vieux milonguero,
te ofrece su afecto más hondo y cordial. T’offre son affection très profonde et cordiale
Cuando con la vida, esté cero a cero, Et quand avec la vie, j’aurai fait match nul,
te prometo el verso más rante y canero Je te promets des vers trainailleurs et voyous
para hacer el tango, que te haga inmortal. Pour t’offrir un tango qui te rende immortelle.

9
Faubourg pauvre et mal fâmé.
10
Allusion au nombreuses prostituées françaises présentes à
11
Buenos Aires dans les années 1920 et 1930. Remerciements à Enrique Lataillade et Mariana Bustelo

33
La puñalada (1937) Le coup de couteau
Paroles de Celedonio Esteban Flores Traduction de Fabrice Hatem
Musique de Pintín Castellanos

Mentan los que saben Ils disent, eux qui savent,


que un malevo Qu’un voyou
muy de agallas De fière allure
y de fama Et de gloire
bien sentada Bien assise
por el barrio Dans le quartier
de Palermo De Palermo
cayó un día, Vint un jour
taconeando, Bravache,
prepotente, Orgueilleux,
a un bailongo Dans un bastringue
donde había Où il y avait
puntos bravos De fiers gars
pal facón. Avec des lames.

Lo empezaron a mirar Y commencèrent à l’mater


con un aire sobrador; Avec un air arrogant
pero el mozo, sin chistar, Mais le gars, sans répondre,
a una puerta se arrimó. Se colla près d’une porte.

Se dejó sobrar. Il les laissa faire,


Los dejó decir. Sans rien dire
Y pa no pelear Pour ne pas se battre
tuvo que sufrir. Il a dû souffrir.

Pero la pebeta Mais la minette


más bonita, La plus mignonne,
la que estaba Celle qui faisait
más metida Le plus vîbrer
en el alma Les âmes
de los tauras, Des voyous
esa noche, Cette nuit-là,
con la vista, D’un regard
lo incitaba L’a poussé
a que saliera A se lancer
a darles dique Leur montrer ses tripes
y a jugarse Et à jouer
en un tango Sa réputation
su cartel. Sur un tango.

Se cruzó Se croisèrent
un gran rencor y otro rencor Une colère et une autre colère
a la luz A la lumière
de un farolito a querosén D’un lampadaire à kérosène
y un puñal Avec des poignards
que parte en dos un corazón Qui peuvent couper un cœur en deux
porque así Parce qu’ainsi
lo quiso aquella cruel mujer. Le voulut cette cruelle femme.

Cuentan los que vieron Ils disent, ceux qui l’ont vu,
que los guapos Que les gars
culebrearon Zigzagèrent
con sus cuerpos Avec leurs corps
y buscaron Et cherchèrent
afanosos Fébrilement
el descuido La négligence
del contrario De l’adversaire
y en un claro Et, profitant d’une baisse
de la guardia De la garde
hundió el mozo Le gars de Palermo
de Palermo Enfonça
hasta el mango Jusqu’au manche
su facón. Son poignard.

34
Les textes classiques

35
Julián (1923) Julian

Paroles de José Luis Panizza Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Edgardo Donato

Yo tenía un amorcito J’avais un petit amour


que me dejó abandonada Qui m’a abandonnée
y en mis horas de tristeza Et dans mes heures de tristesse
lo recuerdo en el alma. Je m’en souviens de toute mon âme.
Era un tigre para el tango C’était un tigre pour le tango
y envidia del cabaret, Et la gloire du cabaret
pero un dia, traicionero, Mais un jour le traître
tras de otra se me fué. Me quitta pour une autre.

Por qué me dejaste, Pourquoi m’as tu quittée,


mi lindo Julián Mon beau Julian ?
Tu nena se muere Ta petite se meurt
de pena y afán.. De peine et de désir…
En aquel cuartito Dans cette chambrette
nadie más entró Personne n’entre plus
y paso las noches Et je passe mes nuits
llorando tu amor. A pleurer ton amour

Amor que fingiste Amour que tu as feint


hasta que caí Jusqu’à ce qu’il disparaisse…
Con besos me hiciste Avec tes baisers tu m’as fait
llorar y reír Pleurer et rire
y desde aquel diá, Et depuis ce jour
mi lindo Julián, Mon beau Julian
no tengo alegría, Je n’ai plus de joie
me muero de afán. Et je meurs de désir.

Cómo extraño tus caricias, Comme me manquent tes caresses,


tus mimos y tus sonrisas Tes câlins et tes sourires
dame de nuevo tu corazón Donne-moi de nouveau ton cœur
- y he de pagarte contenta Et je te payerai, satisfaite,
con mil besos de pasión. Avec mille baisers de passion.

(Recitado) (Récitatif)

Yo nunca podré olvidarte... Je ne pourrai jamais t’oublier


Y siempre sabré esperarte Et je saurai toujours t’attendre.

(Cantando) (Chanté)

Piensa que en el nido abandonado Dans le nid abandonné


un corazón destrozado Un cœur détruit
solo puede perdonar. Peut seul pardonner.
Yo tenía un amorcito J’avais un amoureux,
que era envidia del Pigall... Qui était la gloire du Pigall,
Era un tigre para el tango C’était un tigre pour le tango
y se llamaba Julián. Et il s’appelait Julian.
Pero un día entusiasmado Mais un jour, aveuglé
por una loca ilusión, Par une folle illusion
dejó el nido abandonado En abandonnant notre nid,
y destrozó mi corazón. ll a déchiré mon cœur.

36
¿Donde estás, corazón ? (1924) Oú es-tu, mon cœur ?

Paroles de Augusto. P. Berto Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Luis Martínez Serrano

Yo la quería más que a mi vida, Je l’aimais plus que ma vie


más que a mi madre la amaba yo ; Je l’aimais plus que ma mère
y su cariño era mi dicha, Sa tendresse était ma consolation,
mi único goce era su amor. Mon unique joie était son amour
Una mañana de crudo invierno Un matin de cruel hiver,
entre mis brazos se me murió ; Elle mourut entre mes bras
y desde entonces voy por el mundo, Et depuis je vais par le monde
con el recuerdo de aquel amor. Avec le souvenir de cet amour.

Dónde estás corazón, Où es-tu mon cœur ?


no oigo tu palpitar, Je n’entends plus ton battement
es tan grande el dolor Ma douleur est si grande
que no puedo llorar. Que je ne peux pas pleurer.
Yo quisiera llorar Je voudrais pleurer
y no tengo más llanto Et je n’ai plus de larmes
la quería yo tanto y se fue Je l’aimais tant et elle partit
para no retornar. Pour ne plus revenir.

Yo la quería con toda el alma, Je l’aimais avec toute mon âme


como se quiere solo una vez, Comme on aime une seule fois
pero el destino, cruel y sangriento, Mais le destin cruel et sanglant,
vino a dejarme sin su querer. Voulut me priver de son amour
Sólo la muerte arrancar podía Seule la mort put déraciner
aquel idilio de tierno amor; Cette idylle de tendre passion ;
y una mañana de crudo invierno Et un matin de cruel hiver
entre mis brazos se me murió. Elle mourut entre mes bras.

37
Amurado (1925) Abandonné

Paroles de José de Grandis Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Pedro Maffia et Pedro Laurenz

Campaneo en mi catrera y la encuentro desolada; Lorsque je matte ma chambrette, elle me paraît désolée,
sólo tengo de recuerdo el cuadrito que est ahí, Le seul souvenir que j’ai, c’est ce tableau qui est ici,
pilchas viejas, unas flores y mi alma atormentada; De vielles nippes, quelques fleurs, et mon âme tourmentée ;
eso es todo lo que queda desde que se fue de aquí. Et c’est tout ce qu’il me reste depuis qu’elle est partie d’ici.

Una tarde más tristona que la pena que me aqueja, Un après-midi plus triste que la peine qui m’afflige,
arregló su bagayito y amurado me dejó. Elle a fait sa petite valise et elle m’a abandonné
No le dije una palabra, ni un reproche, ni una queja, Je ne lui ai pas dit une parole, ni un reproche, ni une plainte
la miré que se alejaba y pensé :.¡todo acabó ! Je l’ai regardé qui partait en me disant : tout a une fin.

¡Si me viera, estoy tan viejo, Si tu me voyais, je suis si vieux,


tengo blanca la cabeza ! J’ai la tête toute blanche,
¿Será acaso la tristeza Peut-être est-ce la tristesse
de mi pobre soledad? De ma noire solitude ?
Debe ser porque me cruzan Ou bien parce que m’assaillent
tan fuleros berretines Ces désirs si mauvais
de andar por los cafetines D’aller traîner dans les cafés
a buscar felicidad... Pour y rechercher le bonheur…

Bulincito que conocés mis amargas desventuras Petite chambrette qui connaît mes amères mésaventures
no te extrañes que hable solo ¡Que es tan grande mi dolor ! Ne t’étonne pas si je parle seul, tant est grande ma douleur !
Si me faltan sus caricias, sus consuelos, sus ternuras, Si me manquent ses caresses, son réconfort, sa tendresse
¿Qué me queda, a mis años, si mi vida está en su amor? Que reste-t-il dans ma vie ? Son amour était tout pour moi !

¡Cuántas noches voy vagando angustiado, silencioso, Tant de nuits je vais errant, angoissé, silencieux,
recordando mi pasado con mi amiga la ilusión Me rappelant mon passé avec mon amie l’illusion
voy en curda, no lo niego, que será muy vergonzoso Je me saoule, sans nier que cela que cela soit une honte,
pero llevo más en curda a mi pobre corazón !. Mais mon pauvre cœur est encore plus saoul de douleur !

38
Buen amigo (1925) Le bon ami

Paroles de Juan Carlos Marambio Catán Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Julio De Caro

En las buenas o en las malas, Dans le bonheur et dans l’épreuve


Triunfante de pie o vencido, Tromphant ou vaincu,
La mano del buen amigo La main du bon ami
se tiende cordial y buena. Est là, cordiale et bonne.
Consuelo en la dura pena. Consolation dans la dure peine
Aliento en amarga vida Et soutien dans la vie amère
Si adoré a mi madre en vida Si j’ai adoré ma mère
También cultivé amistad. J’ai aussi cultivé l’amitié.

Si alguna vez Si un jour


Me ves rodar Tu me vois à la dérive
Tu mano firme y fiel Ta main ferme et fidèle
Me alzará Me soutiendra
Fraternal. Fraternelle.
Tu corazón Ton coeur
Noble sin par Noble et sans pareil
Está vibrando al son Vibre au son
Del violín Du violon
Dormilón. Dormeur.

En los riscos del camino Dans les hasards de la vie


Mil veces lloré vencido, Mille fois j’ai pleuré, vaincu
Mil veces fuí malherido Mille fois je fus blessé
Sangrando en la dura huella; Saignant sur la dure route ;
De pronto alumbró una estrella, Bientôt une étoile s’alluma
Tu mano me dió la vida... Ta main me donna la vie...
Se cerraron mis heridas Mes blessures se fermèrent
Al soplo de tu bondad. Sous la brise de ta bonté.

(Recitado) (Récitatif)

Mil veces caído Mille fois je suis tombé


Sentí desmayar Je me sentis m’évanouir
Mil veces tu mano Mille fois ta main
Me diste al pasar. M’ouvrit le chemin.

Hermano fiel Frère fidèle


En mi orfandad Moi qui suis orphelin,
Tu mano firme y noble Ta main ferme et noble
Floreció en amistad. Fait fleurir notre amitié.
El tiempo cruel Le temps cruel
No ha de borrar Ne peut pas effacer
Jamás tu fiel recuerdo, Ton souvenir fidèle
Buen amigo leal. Mon bon et loyal ami

39
Síga el corso (1926) Cortège de carnaval

Paroles de Francisco García Jimenez Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Anselmo Alfredo Aieta

Esa Colombina Cette Colombine


puso en sus ojeras A mis sur ses paupières
humo de la hoguera Un reflet de l’incendie
de su corazón !… Qui brûle son cœur !…
Aquella marquesa Et cette marquise
de la risa loca Avec son rire fou
se pintó la boca S’est peint la bouche
por besar a un clown…! En embrassant un clown… !
Cruza del palco hasta el coche De la tribune jusqu’au char
serpentina nerviosa y fina : S’allonge la serpentine nerveuse et fine,
como un pintoresco broche Comme une broche pittoresque
sobre la noche del Carnaval !... Sur la nuit de carnaval !...

Decime quién sos vos... Dis-moi qui tu es …


decime adonde vas.. Dis-moi où tu vas …
Alegre mascarita Petit masque joyeux
que me gritas al pasar: Qui me cries en passant :
« -¿Qué hacés ?… Me conocés ?… « Que fais-tu ? Tu me connais ?
"Adiós...Adiós... Adiós... Adieu… adieu… adieu…
Yo soy la misteriosa Je suis la mystérieuse
mujercita que buscás !… » Petite femme que tu cherches ! »
Sacáte el antifaz; Enlève donc ton masque
¡Te quiero conocer!… Je veux te connaître !
Tu ojos, por el corso, Tes yeux dans le défilé,
Van buscando mi ansiedad … Viennent chercher mon attente…
Tu risa me hace mal… Ton rire me fait mal…
Mostráte como sos! Montre-moi qui tu es
Detrás de tus desviós Sous ton déguisement….
todo el año es Carnaval !... Toute l’année c’est carnaval !…

Con sonora burla Avec un drôle de bruit


Suena la corneta Sonne la cornette
de una pizpireta D’une guillerrete
dama de organdí... Dame en organdi...
Y entre grito y risa, Et entre rires et larmes
linda maragata La jolie bergère
jura que la mata Jure que la tue
la pasión por mí… Sa passion pour moi…
Bajo los chuscos carteles... Sous les banderolles facétieuses…
pasan los fieles Passent les fidèles
del Dios jocundo Du dieu joyeux
y le va prendiendo al mundo Qui va accrochant de par le monde
sus cascabeles el carnaval... Ses sonnettes de carnaval.

40
Caminito (1926) Petit chemin

Paroles de Gabino Coria Peñaloza Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan de Dios Filiberto

Caminito que el tiempo ha borrado Petit chemin effacé par le temps


que juntos un día nos viste pasar, Qui un jour nous vis passer ensemble
he venido por última vez, Je suis venu pour la dernière fois
he venido a contarte mi mal. Je suis venu pour te raconter mon mal.
Caminito que entonces estabas Petit chemin qui étais autrefois
bordeado de trébol y juncos en flor, Bordé de trèfles et de joncs en fleurs
una sombra ya pronto serás, Tu ne seras bientôt plus qu’une ombre
una sombra lo mismo que yo. Une ombre comme moi.

Desde que se fué, Depuis qu’elle est partie


triste vivo yo; Je vis dans la tristesse ;
caminito amigo, Mon chemin ami,
yo también me voy. Moi aussi je n’en vais.
Desde que se fué Depuis qu’elle est partie,
nunca más volvió. Elle n’est jamais revenue.
Seguiré sus pasos, Je suivrai ses pas,
caminito, adiós. Petit chemin, adieu…

Caminito que todas las tardes Petit chemin que tous les soirs
feliz recorría cantando mi amor, Je parcourais heureux en chantant mon amour,
no le digas si vuelve a pasar Si elle revient passer, ne me le dis pas
que mi llanto tu suelo regó. Pour que mes pleurs ne mouillent pas ta terre
Caminito cubierto de cardos, Petit chemin couvert d’épines,
la mano del tiempo tu huella borró; La main du temps a effacé ta trace ;
yo a tu lado quisiera caer Et je voudrais tomber à tes côtés
y que el tiempo nos mate a los dos. Pour que le temps nous tue tous les deux.

41
Adiós muchachos (1927) Adieu les copains

Paroles de César Felipe Veldani Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Julio César Sanders

Adiós muchachos, compañeros de mi vida, Adieu les copains, compagnons de ma vie,


barra querida de aquellos tiempos. Bande aimée de ce temps passé.
Me toca a mí hoy emprender la retirada, Maintenant il faut que je m’en aille
debo alejarme de mi buena muchachada. Je dois m’éloigner de mes bons amis.

Adiós muchachos. Ya me voy y me resigno... Adieu les copains. Je m’en vais et je me résigne…
Contra el destino nadie la talla... Contre le destin il n’y a rien à faire..
Se terminaron para mí todas las farras, Toutes les bringues sont finies pour moi,
mi cuerpo enfermo no resiste más... Mon corps malade ne résiste plus…

Acuden a mi mente recuerdos de otros tiempos, Ils reviennent à ma mémoire, les souvenirs d’autres temps,
de los bellos momentos que antaño disfruté, Des ces beaux moments dont alors j’ai profité
cerquita de mi madre, santa viejita, Près de ma mère, sainte petite vieille,
y de mi noviecita que tanto idolatré. Et de ma petite fiancée que j’aimais tant.

Se acuerdan que era hermosa, Vous souvenez-vous comme elle était belle,
[más bella que una diosa [Plus belle qu’une déesse
y que, ebrio yo de amor, le dí mi corazón Et que, ivre d’amour, je lui donnai mon cœur ?
Mas el Señor, celoso de sus encantos, Mais le Seigneur, jaloux de ses charmes
hundiéndome en el llanto, me la llevó. Me plongeant dans les larmes, me l’enleva.

Es Dios el juez supremo, no hay quien se le resista ; Dieu est le juge suprème, il n’y a personne qui lui résiste
ya estoy acostumbrado su ley a respetar, J’ai l’habitude de respecter sa loi,
pues mi vida deshizo con sus mandatos Mais il a détruit ma vie par ses jugements
llevándome a mi madre y a mi novia también. En m’enlevant ma mère et aussi ma fiancée.

Dos lágrimas sinceras derramo en mi partida Je verse en m’en allant deux larmes sincères
por la barra querida que nunca me olvidó. Pour la bande aimée qui jamais ne m’oublia.
Y al darle, mis amigos, mi adiós postrero, En vous disant, amis, ces mots d’adieu
les doy con toda mi alma mi bendición. Je vous donne, de toute mon âme, ma bénédiction.

42
Arrabalero (1927) Môme du faubourg

Paroles de Eduardo Calvo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Osvaldo Fresedo

Soy la pebeta más rechiflada Je suis la minette la plus passionnée


que en el suburbio pasó la vida; Que l’on ait vu dans ce faubourg ;
soy la percanta que fue querida Je suis la fille qui fut aimée
de aquel malevo que la amuró. Par un voyou qui l’a fait souffrir.
Soy el orgullo del barrio entero, Je suis la fierté du quartier,
tengo una efe que es mi ilusión, J’ai un béguin qui est toute ma joie,
pues soy criolla, soy milonguera, J’suis une fille d’ici, une milonguera,
quiero a mi hombre de corazón. J’aime mon homme de tout mon cœur.

En un bulín mistongo Dans une pauvre chambrette


del arrabal porteño, Du faubourg portègne,
lo conocí en un sueño, Je l’ai connu comme dans un rêve,
le di mi corazón. Et je lui donnai mon coeur.
Supe que era malevo, Puis j’ai vu que c’était un vaurien,
lo quise con locura, Mais le l’aimais à la folie,
sufrí por su ventura J’ai souffert de ses frasques
con santa devoción. Avec une sainte dévotion.

Ahora, aunque me faje, Et même s’il me fout des coups


purrete arrabalero, Ce vrai petit mec du faubourg
ya sabe que lo quiero Il sait bien que je l’aime
con toda mi ilusión, De toute mon espérance,
y que soy toda suya, Que je suis toute sienne,
que suyo es mi cariño, Que mon cœur est à lui,
que nuestro será el niño Et aussi que cet enfant
obra del metejón. Sera le fruit de mon amour.

Por ser derecha tengo un machito J’y crois vraiment à mon homme,
arrabalero de Puente Alsina; Ce p’tit loubard de Puente Alsina ;
se juega entero por esta mina Et lui aussi parie tout moi
porque la sabe de corazón. Parce qu’il sait que j’ai du coeur.
Pero si un día llega a engañarme Mais si un jour il me trahit
como hacen otros con sus mujeres, Comme d’autres le font avec leurs femmes,
esta percanta que ríe y canta Cette minette qui rit et chante
llorará sangre por su traición. Pleurera des larmes de sang.

Paroles de Eduardo Calvo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Osvaldo Fresedo Remerciements à Susana Blaszko, Claude Namer et Enrique
Lataillade

43
A la luz del candil (1927) A la lumière de la lampe

Paroles de Julio Navarrine Traduction de Enrique Lataillade


Musique de Carlos Vicente Geroni Flores

¿ Me dá su permiso, Señor Comisario ? Vous permettez, Monsieur le Commissaire ?


Disculpe si vengo muy mal entrazao Excusez-moi si ma tenue est si négligée,
Yo soy forastero y he caído al rosario Je ne suis pas du coin, Je suis venu à l’heure de la prière
llevando en los tientos un buen entripao En amenant avec moi une bien sale histoire.
Quizás Usted piense que soy un matrero. Vous pensez peut-être que je suis un vagabond
Yo soy un gaucho honrado, a carta cabal. Mais je suis un gaucho honnête, à cent à pour cent.
(No soy ni borracho, ni soy un cuatrero. Je ne suis pas un ivrogne, ni un voleur de bétail.
Señor Comisario, yo soy criminal. Monsieur le Commissaire, je suis un criminel.
Arrésteme sargento, y póngame cadenas. Arrêtez-moi, Sergent, et mettez-moi les chaînes !
Si soy un delincuente, que me perdone Dios. Si je suis un délinquant, que Dieu me pardonne.
Yo he sido un criollo bueno, Je suis un vrai Argentin
me llamo Alberto Arenas. Je m’appelle Alberto Arenas
Señor, me traicionaban, Monsieur, ils me trompaient,
y los maté a los dos. Et je les ai tués tous les deux.
Mi china fué malvada, Ma compagne a été scélérate,
mi amigo era un sotreta. Mon ami était un perfide.
Mientras me fui a otro pago, Alors que j’étais absent,
me basureó la infiel. Elle m’a trompé l’infidèle.
Las pruebas de la infamia, Les preuves de l’infamie,
las traigo en las maletas : Je les apporte dans ces coffres ;
las trenzas de mi china, y el corazón de él. Les tresses de mon amie, et son coeur à lui.
Apriete Sargento, que no me retobo. Serrez, Sergent, je ne vais pas résister.
Yo quiero que sepan la verdad de mí. Je veux que vous sachiez la vérité par ma bouche.
La noche era oscura comno boca de lobo. La nuit était noire comme la gueule d’un loup.
Testigo solito, la luz del candil. Seul témoin, la lumière de la lampe.
Total, cuasi nada, un beso en la sombra. Au total, presque rien, un baiser dans l’ombre.
Dos cuerpos cayeron, y una maldición. Deux corps sont tombés, et une malédiction.
Y allí, Comisario, si Usted no se asombra, Et là, Commissaire, vous ne serez pas surpris,
Yo encontré dos vainas para mi facón. J’ai trouvé deux fourreaux pour mon coutelas
Arrésteme sargento, y póngame cadenas. Arrêtez-moi, Sergent, et mettez-moi les chaînes !
Si soy un delincuente, que me perdone Dios. Si je suis un délinquant, que Dieu me pardonne.

Traduction de Enrique Lataillade

44
Duelo criollo12 (1928) Duel argentin

Paroles de Lito Bayardo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan Razzano

Mientras la luna serena Pendant que la lune sereine


baña con su luz de plata Verse sa lumière d’argent
como un sollozo de pena Une chanson se fait entendre
se oye cantar su canción ; Comme un sanglot de tristesse.
la canción dulce y sentida La chanson douce et sincère
que todo el barrio escuchaba Qu’écoute tout le quartier
cuando el silencio reinaba Quand règne le silence
en el viejo caserón. Dans la vieille bâtisse.

Cuentan que fue la piba del arrabal Elle parle d’une fille de l’arrabal
la flor del barrio aquel que amaba un payador13 La fleur de ce faubourg qu’aimait un payador
solo para ella cantó el amor Il ne chantait l’amour que pour elle
al pie de su ventanal ; Au pied de sa fenètre
pero otro amor por aquella mujer Mais un autre amour pour cette femme
nació en el corazón del taura más mentao Naquit dans le coeur du caïd le plus redoutable
que un farol, en duelo criollo vió. Et un lampadaire, dans un duel argentin, vit
Ah, bajo su débil luz, morir los dos Sous sa faible lumière, les deux hommes mourir.

Por eso gimen las noches Et l’on entend pleurer, dans les nuits
de tan silenciosa calma Calmes et silencieuses
esa canción que es el broche Cette chanson, ornement
de aquel amor que pasó… De cet amour qui passa…
De pena la linda piba De peine la jolie petite
abrió bien anchas sus alas Ouvrit bien larges ses aîles
y con su virtud y sus galas Et avec sa vertu et sa grâce
hasta el cielo se voló. S’envola jusqu’au ciel.

12
Le terme “criollo” signifie “vrai argentin de souche”.
13
Poète populaire improvisant des chansons sur une
accompagnement de guitare.

45
Puente Alsina (1928) Puente Alsina14

Paroles et musique de Benjamín Tagle Lara


Traduction de Fabrice Hatem
¿Dónde está mi barrio, mi cuna querida?
¿Dónde la guarida, refugio de ayer?
Borró el asfaltado, de una manotada, Où est donc mon quartier, mon berceau chéri ?
la vieja barriada que me vio nacer... Où es-tu mon repaire, refuge d’autrefois ?
L’asphalte a effacé, en un tour de main,
En la sospechosa quietud del suburbio, Le vieux quartier qui me vit naître…
la noche de un triste drama pasional
y, huérfano entonces, yo, el hijo de todos, Dans la fausse quiétude du faubourg,
rodé por el lodo de aquel arrabal. La nuit d’un triste drame passionnel
Fit de moi un orphelin ; alors, fils de tous,
Puente Alsina, que ayer fuera mi regazo, Je rôdai dans la boue de cet arrabal.
de un zarpazo la avenida te alcanzó...
Viejo puente, solitario y confidente, Puente Alsina, qui hier fut mon refuge,
sos la marca que, en la frente, L’avenue t’a rejoint d’un coup de griffe…
el progreso le ha dejado Vieux pont, solitaire et confident,
al suburbio rebelado Tu es la marque, en plein front,
que a su paso sucumbió. Que le progrès a laissé
Dans le faubourg rebelle
Yo no he conocido caricias de madre. Qui succomba à son passage.
Tuve un solo padre que fuera el rigor,
y llevo en mis venas, de sangre matrera, Je n’ai pas connu les caresses d’une mère..
gritando una gleba su crudo rencor. Je n’ai eu qu’un seul père, qui fut le malheur.
Je porte dans mes veines, avec mon sang de fugitif,.
Porque me lo llevan, mi barrio, mi todo, Ce cri, comme une peletée de rancœur.
yo, el hijo del lodo lo vengo a llorar...
Mi barrio es mi madre que ya no responde... Comme ils me l’enlèvent, ce quartier qui m’est tout,
¡Que digan adónde lo han ido a enterrar ! Moi, le fils de la boue, je viens le pleurer...
Mon quartier est ma mère qui ne répond plus.
Dites-moi où vous êtes allés l’enterrer.

14
Remerciements à Mariana Bustelo et Enrique Lataillade

46
Boedo (1928) Boedo16

Paroles de Dante A. Linyera Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Julio De Caro

Sos barrio del gotán y la pebeta, Tu es le quartier du gotan et de la minette


el corazón del arrabal porteño, Le coeur du faubourg portègne,
cuna del malandrín y del poeta, Berceau des malandrins et des poètes
rincón cordial, Recoin cordial,
la capital La capitale
del arrabal. De l’arrabal.
yo me hice allí de corazón malevo, Je me suis fait là-bas un coeur de voyou,
porque enterré mi juventud inquieta Parce que j’y ai laissé ma jeunesse inquiète
junto al umbral en que hoy la pebeta Près du coin ombragé où ma minette
ya no me espera Ne m’attend plus
para chamuyar.. Pour bavarder…

Boedo, vos sos como yo Boedo, tu es comme moi,


malevo como es el gotán, Voyou comme le gotan,
abierto como un corazón Ouvert comme un coeur
que ya se cansó de penar… Déjà fatigué de sa peine…
Lo mismo que vos soy así : Comme toi je suis ainsi :
por fuera, cordial y cantor… Pour l’extérieur, cordial et chanteur…
A todos les bato que sí A tous je leur dis que oui
Y a mi corazón le bato que no… Mais à mon cœur je lui dis que non…

Sos como yo de milongón… Un cacho Tu es comme moi fait de tango… Un morceau


del arrabal, en su emoción del lengue15, De l‘arrabal, dans son émotion à la fière allure…
ande el gotán, provocador y macho, Que vienne le gotan, provocateur et macho,
hoy es el Dios Aujourd’hui, c’est lui le Dieu
Nuestro Señor Notre Seigneur
del berretin… Du coup de cœur…
¿ Qué querie hacer esa fifí Florida ?… Que vient faire ici cette petite Florida17 chichiteuse ?
¡Si vos ponés tu corazón Canyengue, Si tu portes bien ton coeur Canyenge,
Como una flor en el ojal prendida, Comme une fleur accrochée à la boutonière,
En los balcones de cada bulín ! Ou sur les balcons de chaque chambrette !

16
Remerciements à Enrique Lataillade
17
L’opposition entre le quartier de Boedo, censé incarner
l’authenticité populaire du tango, et la rue Florida, symbole
d’une atmosphère à la fois plus bourgeoise et plus “culturelle”,
15
Foulard noué autour du cou, notamment par les mauvais constitue une métonymie spontanément comprise par tous les
garçons habitants de Buenos Aires et notamment par tous les tangueros.

47
Palomita blanca (1929) Petite colombe blanche

Paroles de Francisco García Jiménez Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Anselmo Alfredo Aieta

Su ausencia esta congoja me dió, Son absence me plonge dans la peine


y a veces su recuerdo es un bien Et parfois son souvenir est un réconfort
que pronto se me ahoga en dolor... Qui ensuite me noie dans la douleur…
Y nada me consuela Soufrance sans consolation
de ir siempre más lejos D’aller toujours plus loin
de verme sin ella. De me voir sans elle.
Mi paso va adelante Mes pas vont vers l’avant
y atrás el corazón… Et mon cœur regarde en arrière.
El rumbo que me aleja tan cruel, Cette route qui m’éloigne, si cruelle,
me roba sus caricias de amor, Me vole ses caresses d’amour,
y sólo el pensamiento la ve, Et je la vois seulement en pensées,
la escucha embelesado, Je l’écoute émerveillé,
la besa con ansias, Je l’embrasse avec fougue,
la siente a mi lado. Je la sens à mes côtés.
Y voy, así soñando, Et je vais ainsi, révant,
más lejos cada vez... Plus loin à chaque fois …

Blanca palomita que pasás volando Petite colombe blanche qui passe en volant
rumbo a la casita donde está mi amor, Sur le chemin de la petite maison où est mon amour,
¡palomita blanca! para el triste ausente Petite colombe ! ! ! Dans la tristesse de l’absence
sos como una carta de recordación... Tu es comme une lettre de souvenir…
Si la ves a la que adoro, Si tu vois celle que j’adore,
sin decir que lloro, dale alguna idea Sans lui dire que je pleure, donne-lui quelque idée
de lo muy amargo que es vivir sin ella, De l’amertume que j’ai de vivre sans elle
que es perder su amante calor... D’avoir perdu sa chaleur aimante…
Sigan adelante, pingos de mi tropa, Allez de l’avant, chevaux de mon attelage ! ! !
que de un viento errante somos nubarrón, Nous sommes les nuages d’un vent errant
y en un mal de ausencia se nos va la vida Et dans le mal de l’absence notre vie s’en va
siempre a la querencia dándole el adiós... Disant toujours adieu à ce qui fut aimé…
¡Palomita blanca! Petite colombe blanche ! !
vuela noche y día de mi nido en busca Qui vole nuit et jour, cherchant mon aimée
y escribí en el cielo con sereno vuelo: Et écrit dans le ciel avec son vol serein :
"No te olvida nunca, sólo piensa en vos". « N’oublie jamais, je ne pense qu’à toi ».

No sabe aquel que nunca dejó Il ne sait pas, celui qui n’a jamais été
su amada a la distancia, el pesar Loin de son aimée, l’amertume
que el alma impone un duro rigor, Qui plonge l’âme dans la souffrance
que viene de ladero, Qui ne lui laisse jamais de répit
que a ratos la nombra Qui par moments la nomme
midiendo el sendero Qui montre l’étendue de la séparation
mirando allá en la sombra Qui fait entrevoir, au loin dans l’ombre
los pagos que dejó... Le village que l’on a quitté…
La he visto entre mis brazos llorar, Je l’ai vu pleurer entre mes bras
la he visto al darme vuelta al partir Je l’ai vu répondre à mon au revoir
su tibio pañuelito agitar, Agiter tendrement son mouchoir
y luego irse achicando Puis son image lointaine
su imagen lejana... S’est rapetissée…
y en mi alma agrandando Et dans mon âme a grandi
su encanto... y esta pena Son souvenir enchanté... et cette peine
de no tenerla más... De ne plus l’avoir à mes côtés...

48
La pulpera de Santa Lucía (1929) La pulpera21 de Santa Lucia

Paroles de Héctor Blomberg Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Enrique Maciel

Era rubia y sus ojos celestes Elle était blonde et ses yeux célestes
reflejaban la gloria del día Reflétaient la gloire du ciel
y cantaba como una calandria18 Elle chantait de sa voix d’hirondelle
la pulpera de Santa Lucía. La pulpera de Santa Lucia.

Era flor de la vieja parroquia C’était la fleur de la vielle paroisse


¿quién fue el gaucho que no la quería? Quel fut le gaucho qui ne l’aima pas ?
Los soldados de cuatro cuarteles Et les soldats des quatre casernes
suspiraban en la pulpería. Soupiraient dans la pulperia.

Le cantó el payador mazorquero La chanta le payador mazorquero22


con un dulce gemir de vihuelas19. Dans la douce plainte d’une vieille guitare.
En la reja que olía a jazmines Sur la grille qu’embaumait le jasmin
en el patio que olía a diamelas.20 Dans le patio qu’embaumait la rose.

"Con el alma te quiero, pulpera « Je t’aime de toute mon âme, pulpera,


y algún día tendrás que ser mía, Et un jour tu devras être à moi,
mientras llenan las noches del barrio Quand résonneront dans la nuit du faubourg
las guitarras de Santa Lucía." Les guitares de Santa Lucia ».

La llevó un payador de Lavalle Elle partit avec un payador de Lavalle


cuando el año cuarenta moría; Alors que mourrait l’année quarante.
ya no alumbran sus ojos celestes Et ses yeux célestes n’illuminent plus
la parroquia de Santa Lucía. La paroisse de Santa Lucia.

No volvieron las tropas de Rosas Les troupes de Rosas ne revinrent plus


a cantarle vidalas y cielos; Pour lui chanter poèmes et danses ;
en la reja de la pulpería Et sur la grille de la pulperia
los jazmines lloraban de celos. Tous les jasmins pleuraient de jalousie.

Y volvió el payador mazorquero Il revint, le payador mazorquero


a cantar en el patio vacío Pour chanter dans le patio vide
la doliente y postrer serenata La triste et ultime sérénade
que llevábase el viento del río: Qu’emporta le vent de la rivière :

"¿Dónde estás con tus ojos celestes « Où es-tu avec les yeux célestes
oh pulpera que no fuiste mía? Oh pulpera qui ne fut pas mienne ?
¡Cómo lloran por ti las guitarras, Comme pleurent pour toi les guitares
las guitarras de Santa Lucía!" Les guitares de Santa Lucia ! »

18
Oiseau appelé calandre. Pour éviter l’homonymie peu
21
poétique avec un accessoire automobile (ce qui aurait donné Dans le Buenos Aires d’autrefois, la pulperia était à la fois
littéralement “l’épicière chantait comme une calandre”), nous une épicerie, un bazar et troquet, et surtout un lieu de vie
avons préféré traduire par hirondelle, ce qui respecte sans doute sociale important.
22
mieux l’intention de l’auteur. Au XIXème siècle, un payador était un poète qui improvisait
19
Instrument de musique à corde traditionnel, considéré comme ses textes chantés sur un accompagnement de guitare. La
l’ancêtre de la guitare. mazorqua était la milice du dictateur Juan Manuel Rosas, qui
20
Diamela : Jasmin arabe régna à Buenos Aires de 1829 à 1852.

49
La mazorquera23 de Montserrat (1929) La mazorquera de Monserrat

Paroles de Héctor Pedro Blomberg Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Enrique Maciel

Cumplió quince años la primavera Elle eut quinze ans, ce printemps-là


del año rojo de la ciudad, L’année rouge de la capitale
y la llamaban "La Mazorquera" Ils l’appelaient « La Mazorquera »
en todo el barrio de Monserrat. Dans le barrio de Montserrat.

Eran sus ojos negros, traidores, Ils étaient noirs, ses traîtres yeux,
y lastimaban como un puñal, Et ils brillaient comme un poignard.
y los sargentos restauradores Les miliciens de la restauration
le dedicaban ese cantar: Lui dédièrent cette chanson :

"Cuida la vida del que te quiera « Protège la vie de celui qui t’aime
porque cien dagas lo buscarán Car cent dagues cherchent à le tuer
por tus amores de mazorquera Pour ton amour de mazorquera
en la parroquia de Monserrat..." Dans la paroisse de Monserrat »

Bajo el rebozo, rojos, sangrientos, Sous le foulard, rouges, sanglantes,


los labios de ella reían más Ses lèvres riaient davantage ;
y las guitarras de los sargentos Et les guitares des miliciens
así volvían a suspirar: Soupiraient cette complainte :

"¡Por tus amores degollaría « Pour ton amour perdrai la tête


hasta el porteño más federal! Même le protègne le plus fédéral
¡Juan Manuel mismo te adoraría, Même Juan Manuel t’adorerait
oh, Mazorquera de Monserrat!" Oh, Mazorquera de Montserrat ! »

Y fue un sargento loco de celos Ce fut un milicien fou d’amour


que hirió una tarde con su puñal, Qui la blessa de son couteau
la daga roja de sus cien duelos, D‘un couteau rouge de cent combats
la Mazorquera de Monserrat. La mazorquera de Montserrat

Llena de sangre, mientras moría, Pleine de sang, perdant la vie


cayó una estampa de entre su chal, Un médaillon tomba de son châle ;
y en el suspiro de su agonía Et dans un souffle d’agonie,
el mazorquero creyó escuchar Le mazorquero crut entendre

estas palabras, roncas, llorosas: Ces paroles âpres et douloureures


"Sólo a ti amaba..." Y al expirar « Je n’aimais que toi » et en mourant
besó en la estampa la faz de Rosas Elle embrassa l’image de Rosas
la Mazorquera de Monserrat. La mazorquera de Monserrat.

23
Un mazorquero (de mazorqua, épi de mais) était un membre
des milices du dictateur Juan Manuel Rosas, qui régna à
Buenos Aires de 1829 à 1852. Beaucoup d’entre eux étaient
originaires du quartier noir de Monserrat.

50
La viajera perdida (1930) La voyageuse perdue

Paroles de Héctor Pedro Blomberg Traduction de Nardo Zalko et Corinne Delpuech


Musique de Enrique Maciel

Vestida de blanco, sentada en el puente, Vêtue de blanc, assise sur le pont,


leía novelas y versos de amor Elle lisait des poèmes et des lettres d’amour…
o, si no, miraba la espuma que hirviente Ou bien elle regardait l’écume bouillonnante
cantaba en la estela del viejo vapor. Chantant dans le sillage du vieux vapeur.

En noches serenas, soñando a mi lado, Dans les nuits sereines, rêvant à mon côté,
mareados de luna y ensueño los dos, Tous deux enivrés de lune et de songes,
sus ojos miraban el cielo estrellado Ses yeux contemplant le ciel étoilé,
pensando en el puerto del último adiós. Pensant au port de l’ultime adieu.

Pasajera rubia de un viaje lejano Passagère blonde d’un voyage lointain


que un día embarcaste en un puerto gris, Qui t’embarquas un jour dans un port gris
¿por qué nos quisimos, cruzando el océano? Pourquoi nous sommes-nous aimés en traversant l’Océan ?
¿Por qué te quedaste en aquel país? Pourquoi es-tu restée dans ce pays là-bas ?

Aún guardo la vieja novela que un día Je garde encore le vieux roman qu’un jour
dejaste olvidada sobre mi sillón. Tu oublias sur mon fauteuil
Escrito en la tapa tu nombre, "María", Avec ton nom écrit sur la couverture : « Maria »
después una fecha y un puerto, "Tolón". Puis une date et un port : « Toulon »

¿Aún vives y sueñas? Quizás hayas muerto, Vis-tu, rêves-tu encore ? Peut-être es-tu morte ?
pero en mi nostalgia romántica y gris, Mais dans ma nostalgie romantique et grise
espero encontrarte soñando, en un puerto, J’espère te rencontrer, rêvant, dans un port,
bajo el claro cielo de un dulce país. Sous le ciel clair d’un doux pays.

Te amaba y te fuiste. Seguía el navío Je t’aimais et tu es partie. Le navire poursuivit sa route


por mares de brumas y puertos de sol. Par des mers de brume et des ports de soleil.
Tu sombra lejana quedó al lado mío: Ton ombre fugace est restée près de moi :
un sueño de Francia y un verso español. Un rêve de France et un vers espagnol. ..

Pasajera rubia, viajera perdida, Passagère blonde, voyageuse perdue,


que un día en un puerto lejano se fue Qui un jour s’en fut dans un port lointain,
dejando una extraña nostalgia en mi vida: Laissant dans ma vie une étrange nostalgie,
acaso ni sabes que yo te lloré. Peut-être ignores-tu que je t’ai pleurée ?

Me da su perfume tu blanco pañuelo, Il me donne son parfum, ton mouchoir blanc,


tu nombre, María, me da su canción; Ton nom, Maria, me donne sa chanson
reflejan tus ojos la luz de otro cielo. Tes yeux reflètent la couleur l’un autre ciel.
Te llevo en el barco de mi corazón. Je t’emporte dans le navire de mon cœur.

51
Acquafuerte (1931) Eau-forte

Paroles de Juan Carlos Marambio Catán Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Horacio Pettorossi

Es media noche, el cabaret despierta, Il est minuit, le cabaret s’éveille,


muchas mujeres, flores y champagne. Des femmes, des fleurs et du champagne.
Va a comenzar la eterna y triste fiesta Elle va commencer, l’éternelle et triste fète
de los que viven al ritmo de un gotán24. De ceux qui vivent au rythme d’un gotan.
Cuarenta años de vida me encadenan, Quarante ans de vie m’emprisonnnent,
blanca la testa, viejo el corazón, Ma tête est blanche, mon coeur est vieux
hoy puedo ya mirar con mucha pena Et je vois maintenant avec peine
lo que en otros tiempos miré con ilusión... Ce qui autrefois m’était illusion

Las pobres milongas Les pauvre milonguitas


dopadas de besos Dopées de baisers
me miran extrañas, Me regardent étrangement
con curiosidad. Avec curiosité
Ya no me conocen Aucune ne me connaît
estoy solo y viejo, Je suis vieux et triste
no hay luz en mis ojos, Mes yeux sont éteints,
la vida se va... Et la vie s’en va…

Un viejo verde que gasta su dinero Un vieux patachon gaspille son pognon
emborrachando a Lulú con el champagne, En saoulant sa Lulu avec du champagne
hoy le negó el aumento a un pobre obrero Il a refusé d‘augmenter ses ouvriers
que le pidió un pedazo más de pan. Qui lui demandaient un peu plus de pain.
Aquella pobre mujer que vende flores Et cette pauvre femme qui vend quelques fleurs
y fué en mi tiempo la reina de Montmartre Fut à mon époque la reine de Montmartre
me ofrece con sonrisa unas violetas Elle m’offre en souriant deux ou trois violettes
para que alegren, tal vez, mi soledad. Pour qu’elles réchauffent ma solitude.

Y pienso en la vida... Je pense à la vie…


las madres que sufren, Les mères qui souffrent
los hijos que vagan Les gamins qui traînent
sin techo, sin pan... Sans toit et sans pain…
vendiendo “La Prensa”, En vendant la Prensa
ganando dos guitas... Pour gagner deux sous…
¡Qué triste es todo esto!... Comme tout cela est triste !
¡Quisiera llorar!... J’aimerais pleurer…

24
“Verlan” de tango.

52
Vida mia (1934) Ma vie25

Paroles de Emilio Fresedo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Osvaldo Fresedo

Siempre igual es el camino C’est toujours le même chemin


que ilumina y dora el sol... Qu’illumine pour moi le soleil…
Si parece que el destino Mais il semble que le destin
más lo alarga Le prolonge sans fin
para mi dolor. Pour mon malheur.

Y este verde suelo, Et cette plaine verdoyante,


donde crece el cardo, Où pousse le chardon,
lejos toca el cielo Touche le ciel à l’horizon
cerca de mi amor... Au loin, près de mon amour…
Y de cuando en cuando un nido Et quand parfois je vois un nid
para que lo envidie yo. Cela réveille ma douleur.

Vida mía, lejos más te quiero. Ma vie, de loin je t’aime davantage.


Vida mía, piensa en mi regreso. Ma vie, pense à mon retour.
Sé que el oro Je sais que l’or
no tendrá tus besos, N’achètera pas tes baisers.
y es por eso que te quiero más. Et je t‘en aime encore plus.
Vida mía, Ma vie,
hasta apuro el aliento Jusqu’à mon dernier souffle
acercando el momento J’attendrai le moment
de acariciar felicidad. De caresser le bonheur.
Sos mi vida Tu es ma vie.
y quisiera llevarte Et je voudrais t’emmener
a mi lado prendida Toute pimpante à mes côtés
y así ahogar mi soledad. Pour noyer ainsi ma solitude.

Ya parece que la huella Il me semble que le chemin


va perdiendo su color Commence à perdre ses couleurs
y saliendo las estrellas Et qu’en apparaissant, les étoiles
dan al cielo Donnent au ciel
todo su esplendor. Toute sa splendeur.
Y de poco a poco Et peu à peu
luces que titilan Les lumières qui scintillent
dan severo tono Prennent un ton plus sévèère
mientras huye el sol. Pendant que s’enfuit le soleil.
De esas luces que yo veo De toutes ces lumières que je vois
ella una la encendió. Une a été allumée par Elle.

25
Remerciements à Susana Blaszko et Claude Namer

53
Pampero (1935) Pampero26

Paroles de Edmundo Bianchi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Osvaldo Fresedo

Soplo de nuestro espiritu indomable, Souffle de notre esprit indomptable,


viento bagual, aliento de salud, Vent sauvage, effluve de santé,
alma de nuestra tierra inigualable, Ame de notre terre sans égale,
¡respiración de América del sur ! Respiration de l’Amérique du sud !

Grito de la llanura que reclama Cri de la plaine qui clâme


su fiera y orgulosa soledad, Sa fière et orgeuilleuse solitude ;
sos viento de una estirpe que proclama Souffle d’une race qui proclame
la altivez de su ruda libertad. La grandeur de sa rude liberté.

¡Pampero ! Pampero !
¡Viento macho y altanero Vent mâle et altier
Que le enseñaste al gaucho Qui enseignas au gaucho
golpeándole en la cara En le fouetant en pleine face
a leventarse el ala del sombrero ! A ne jamais ôter son chapeau !

¡Pampero ! Pampero !
¡Viento indómito y mañero, Vent indomptable et retors,
De ti apprendió la raza Tu as appris à notre race
a corcovear furiosa A se cabrer, furieuse,
cuando quiso montarla un extranjero ! Quand un étranger a voulu la dompter !

26
Remerciements à Susana Blaszko et Claude Namer

54
Las cuarenta (1937) Mes vérités

Paroles de Francisco Gorrindo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Roberto Grela

Con el pucho de la vida apretado entre los labios, Avec le mégot de la vie serré entre les lèvres
La mirada turbia y fría, un poco lento al andar, Le regard torve et froid, la démarche un peu lourde,
Dobló la esquina del barrio y curda ya de recuerdos, Il est revenu dans le quartier, déjà ivre de souvenirs,
Como volcando un veneno, esto se le oyó acusar: Et comme crachant un venin, je l’ai entendu accuser :

Vieja calle de mi barrio donde he dado el primer paso, Vieille rue de mon faubourg où j’ai fait mes premiers pas,
Vuelvo a vos, gastado el mazo Je reviens vers toi, mes forces gaspillées
[en inútil barajar, [en d’inutiles combats,
Con una llaga en el pecho, Avec une plaie dans la poitrine,
[con mi sueño hecho pedazos, [mes rêves devenus cauchemars,
Que se rompió en un abrazo que me diera la verdad. Mes illusions détruites par l’étreinte de la réalité.

Aprendí todo lo malo, aprendí todo lo bueno. J’ai appris tout le mal, j’ai appris tout le bien,
Sé del beso que se compra, sé del beso que se dá; Je connais le baiser qui s’achète et celui qui se donne,
Del amigo que es amigo, siempre y cuando le convenga, L’ami qui est un ami seulement quand ça l’arrange
y sé que con mucha plata… uno vale mucho más. Et je sais qu’avec de l’argent, on vaut beaucoup plus.

Aprendí que en esta vida hay que llorar, si otros lloran J’ai appris qu’en cette vie, il faut pleurer si d’autres pleurent
Y si la murga se ríe, uno se debe reir; Et que, si la foule rie, il faut rire aussi :
No pensar ni equivocado ¡Para qué !…si igual se vive. Ne te pose pas de questions ! Ça ne changera rien.
Y, además corrés el riesgo que te bauticen gil. Et en plus tu cours le risque d’être pris pour un imbécile.

La vez que quise ser bueno, en la cara se me rieron, Quand j’ai voulu être bon, on m’a ri à la figure
Cuando grité una injusticia, la fuerza me hizo callar; Quand j’ai crié contre l’injustice, on m’a forcé à me taire ;
La experiencia fue mi amante, el desengaño, mi amigo... L’expérience fut mon amante, la déception mon amie…
¡Toda carta tiene contra y toda contra se dá ! Chaque atout tient un maître et tous les atouts se vendent.

Hoy no creo ni en mí mismo, todo es grupo, todo es falso. Je ne crois plus en moi-même, tout est faux, tout est tromperie
Y aquél el que esta más alto es igual a los demás... Et même celui de là-haut, il est pareil aux autres…
Por eso, no has de extrañarte si alguna noche borracho, C’est pour ça qu’il ne faut pas t’étonner si tu me croises,
Me vieras pasar del brazo con quien no debo pasar Bourré, une nuit, dans des bras où je ne devrais pas être.

55
Cuartito azul (1938) Chambrette bleue

Paroles de Mario Battistella Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Mariano Mores

Cuartito azul, dulce morada de mi vida, Chambrette bleue, doux écrin de ma vie,
fiel testigo de mi tierna juventud, Tu fus le témoin de ma tendre jeunesse
llegó la hora de la triste despedida, Puis vint l’heure triste de l’au-revoir,
ya lo vez, todo en el mundo es inquietud... Je le vois, tout dans le monde est inquiétude
Ya no soy más aquel muchacho oscuro, Je ne suis plus aujourd’hui ce garçon obscur.
todo un señor desde esta tarde soy, Depuis ce soir je suis un vrai monsieur,
sin embargo, cuartito, te lo juro, Et cependant, petite chambrette, je te le jure,
nunca estuve tan triste como hoy. Je n’ai jamais été aussi triste qu’aujourd’hui

(Refrán) (Refrain)

Cuartito azul Chambrette bleue


de mi primera pasión, De ma première passion
vos guardarás Je te garde
todo mi corazón; Tout mon coeur ;
si alguna vez, Si un jour
volviera la que amé Revient celle que j’ai aimée
vos le dirás Tu lui diras
que nunca la olvidé; Que je ne l’ai pas oubliée
cuartito azul, Chambrette bleue,
hoy te canto mi adiós Je te chante aujourd’hui mon adieu
ya no abriré Je n’ouvrirai plus
tu puerta y tu balcón! Ta porte et ton balcon ! ! !

Aquí viví toda mi ardiente fantasía Ici j’ai vécu toute mon ardente fantaisie
y al amor con alegría le canté, Et j’ai chanté l’amour avec ma joie,
aquí fue donde sollozó la amada mía Ce fut l’endroit où sanglota mon aimée
recitándome los versos de Chénier. En me récitant les vers de Chenier
Quizás tendré para enorgullecerme Peut-être pourrai-je m’enorgueillir
gloria y honor como nadie alcanzó, De gloire et l’honneur comme personne,
pero nada podrá ya parecerme Mais rien jamais ne pourra me paraître
tan lindo y sincero como vos. Aussi beau et sincère que toi.

56
Théâtre et saynètes

57
Alma de bohemio (1914) Ame de bohème

Paroles de Juan Caruso Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Roberto Firpo

Peregrino y soñador Pélerin et rêveur


cantar Je chante
quiero mi fantasía Au gré de ma fantaisie
y la loca poesía Et de la folle poésie
que hay en mi corazón Que je porte dans mon cœur.
Y lleno de amor de alegría Et plein d’amour et d’allégresse
volcaré mi canción. J’offrirai ma chanson.

Siempre sentí Toujours j’ai ressenti


la dulce ilusión La douce illusion
de estar viviendo D’être en train de vivre
mi pasión. Ma passion.

Si es que no vivo lo que sueño Si je ne vis pas ce que je rêve


yo sueño todo lo que canto Je rêve tout ce que je chante
por eso mi encanto Et mon plus grand enchantement
es el amor. Est l’amour.
Mi pobre alma de bohemio Ma pauvre âme de bohème
quiere acariciar Désire caresser
y como una flor Et parfumer
perfumar. Comme une fleur.

Y en mis noches de dolor, Et dans mes nuits de douleur


a hablar, Quand je parle
me voy con las estrellas Je voyage dans les étoiles
y las cosas más bellas Mais les plus belles choses
despierto sé soñar, Je sais les rêver éveillé.
porque le confío a ellas Parce que je leur confie
toda mi sed de amar. Toute ma soif d’aimer.

Yo busco en los ojos celestes Je cherche dans les yeux célestes


y en renegridas cabelleras Et dans les chevelures noires
pasiones sinceras, Des passions sincères,
dulce emoción. Une douce émotion.
Y en mi pobre vida errante, Et dans ma vie errante,
llena de ilusión, Remplie d’illusions,
dar todo Je veux tout donner
mi corazón. De mon cœur.

58
A la gran muñeca (1919) A la grande poupée

Paroles de Miguel F. Osés Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Jesús Ventura

Yo te he visto pasar por la acera Je t’ai vu passer sur le trottoir


con un gesto de desolación Avec un geste de désolation
y al cruzar ni miraste siquiera Et en me croisant tu n’as pas même vu
que entendía tu desilusión. Que j’ai compris ta désillusion.
Te ha dejado, lo sé, la malvada Elle t’a abandonné, je le sais, la maudite
y al calor de otros ojos se va; Et va vers la tendresse d’autres yeux
ya lo ves cómo no queda nada Tu vois bien qu’il ne reste rien
de ese amor que matándote está. De cet amour qui est en train de te tuer.

Volvé, jamás otras manos Reviens, jamais d’autres mains


cual las de tu mujercita Comme celle de ta petite femme
harán por la tardecita Ne te prépareront le soir
los mates que cebo yo. Les matés que moi je te faisais,
Que en su espuma te contaban Et qui t’offraient avec leur écume
que, además de su dulzura, En plus de leur douceur,
allí estaba la ternura Toute la tendresse
de aquella que los cebó. De celle qui te les préparait.

Y por mucho que te quieran, Et même si d’autres disent t’aimer


Siempre serán artificios, Tu pourras toujours craindre l’artifice
Nadie hará los sacrificios Personne ne fera pour toi les sacrifices
Que hizo por vos tu mujer. Que fit ta femme
En mi noches de vigilia Dans mes nuits sans sommeil,
Acongojada no duermo Affligée, je ne dors pas
Sabiendo que estás enfermo En sachant que tu es malade
Sin poderte socorrer. Sans pouvoir te secourir

Allá en la noche callada Là-bas, dans la nuit silencieuse


te veo triste y burlado Je te vois triste et trompé
por aquella que ha llevado Par celle qui a arraché
mi vida y mi corazón. La vie de mon cœur
Volvé, que aquí has de olvidarla, Reviens, ici tu pourras l’oublier
mi pecho siempre te espera, Mon cœur t’attend toujours
ya sabrá tu compañera Et ta compagne saura
cicatrizar tu pasión. Cicatriser ta passion.

59
Buenos Aires (1923) Buenos Aires

Paroles de Manuel Romero Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Manuel Jovés

Buenos Aires, la Reina del Plata, Buenos aires, la reine de la Plata,


Buenos Aires, mi tierra querida, Buenos aires, ma terre chérie,
escuchá Ecoute
mi canción Ma chanson
que con ella va mi vida. Car avec elle s’en va ma vie.
En mis horas de fiebre y orgía Dans mes heures de fièvre et d’orgie
harto ya de placer y locura, Perdu dans les folies du plaisir,
en ti pienso patria mía Je pense à toi, oh ! Ma patrie,
para calmar mi amargura. Pour calmer mon amertume.

Noches porteñas, Nuits portègnes,


bajo tu manto Sous ton voile,
risas y llanto Rires et larmes
muy juntos van. Se confondent.
Risas y besos, Rires et baisers,
Farra corrida, Fêtes et banquets,
todo se olvida Tout s‘oublie
con el champán. Avec le champagne.
Y a la salida A la sortie
de la milonga De la milonga
llora una nena Pleure une petite
pidiendo pan… Mendiant du pain.
¡Por algo es que en el gotán C’est pour cela que dans le gotan
siempre solloza una pena !... On entend toujours soupirer une peine !...

Al compás rezongón de los fuelles Au rythme grogneur du bandonéon


un bacán a su mina la embrolla. Un bacan embobine sa minette
Y el llorar On entend pleurer
del violín Le violon
va pintando el alma criolla. Qui chante l’âme Argentine.
Buenos Aires, cual a una herida, Buenos Aires, pareille à une blessure
si estás lejos, mejor hay que amarte Lorsque tu es loin, il vaut mieux t’aimer
y decir toda la vida: Et dire toute la vie :
antes morir que olvidarte. Mieux vaut mourir que t’oublier.

60
Fumando espero (1923)27 J’attends en fumant

Paroles de Félix Garzó. Musique de Juan Viladomat Traduction de Fabrice Hatem

Fumar es un placer Fumer est un plaisir


genial, sensual… Génial, sensuel
Fumando espero En fumant je guette
A l’hombre a quien que quiero L’arrivée de l’homme que j’aime
tras los cristales A travers les vitres
de alegres ventanales De joyeuses fenêtres
Y mientras fumo En fumant
mi vida no consumo, Je ne consume pas ma vie,
porque flotando el humo Car lorsque flotte la fumée
me suelo adormecer… J’ai l’habitude de m’assoupir,
Tendida en la chaise longue Etendue dans la chaise longue,
soñar y amar.. De rêver, d’aimer,
Ver a mi amante Je vois mon amant
solícito y galante Empressé et galant
sentir sus labios Je sens ses lèvres
besar con besos sabios Me donner ses baisers
y el devaneo Savants et frivoles
Sentir con más deseos Je sens tout son désir
Cuando sus ojos veo, Lorsque je vois ses yeux
Sedientos de pasión. Assoiffés de passion.
Por eso estando mi bien C’est pour cela que je suis bien
Es mi fumar un edén. Fumer pour moi est un éden.

Dame el humo de tu boca. Donne-moi la fumée de ta bouche


Anda, que asi, me vuelvo loca. Viens pour que je devienne folle de désir
Corre que quiero enloquecer Cours pour m’apporter toute la folie
de placer, Du plaisir
sintiendo ese calor En sentant cette chaleur
del humo embriagador Enivrante de la fumée
que acaba por prender Que finit par devenir
la llama ardiente del amor. La flamme ardente de l’amour.

Mi egipcio es especial, Mon tabac d’Egypte est spécial,


qué olor, señor, Quelle odeur, monsieur...
tras la batalla, Après la bataille
en que el amor estalla, Où l’amour se déchaîne,
un cigarrillo Une cigarette
es siempre un descansillo Est toujours un petit repos
y aunque parece Et bien que le corps
que el cuerpo languidece, Paraisse languir,
tras el cigarillo crece Avec la cigarette croît
su fuerza, su vigor ; Sa force et sa vigueur
La hora de inquietud, Les heures de l’attente ;
con él, no es cruel, Avec elle, ne sont pas cruelles,
sus espirales Ses spirales
son sueños celestiales Sont des rêves célestes
y forman nubes Et forment des nuages
que así a la gloria suben Qui montent vers la gloire
y envuelta en ella Et, enveloppée par elles,
su chispa es un estrella Sa lueur est comme une étoile
que luce, clara y bella, Qui brille, belle et claire,
con rápido fulgor. Avec un éclair rapide.
Por eso estando mi bien, C’est pour cela que je suis bien
es mi fumar un edén. Fumer pour moi est un eden.

27
Version tirée de “Cien tangos fundamentales” (1998)

61
Sentimiento gaucho (1924) Sentimiento gaucho

Paroles de Juan Andrés Caruso Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Francisco et Rafael Canaro

En un viejo almacén del Paseo Colón Dans un vieil almacen28 du Paseo Colon
donde van los que tienen perdida la fe, Où l’on retrouve ceux qui ont perdu l’espoir
todo sucio, harapiento, una tarde encontré Tout sale et en haillons, je rencontrais un soir
a un borracho sentado en oscuro rincón. Un poivrot affalé dans un sombre recoin
Y al mirarlo sentí una profunda emoción En le voyant j’ai senti une profonde émotion
porque en su alma un dolor secreto adiviné Devinant dans son âme une secrète douleur
y, sentándome cerca, a su lado, le hablé, Pour lui parler, je vins à ses côtes m’asseoir
y él, entonces, me hizo esta fiel confesión, Et il me fit alors cette exacte confession
ponga, amigo, atención. Mon ami, attention !

"Sabe que es condición de varón el sufrir... « Tu sais que le destin de l’homme est de souffrir…
"La mujer que yo quería con todo mi corazón La femme que j’aimais de tout mon pauvre cœur
"se me ha ido con un hombre que la supo seducir Est partie avec l’homme qui a su la séduire
"y, aunque al irse mi alegría tras de ella se llevó, Et même si, en partant, elle a pris mon bonheur
"no quisiera verla nunca... Que en la vida sea feliz Je ne veux plus la voir… Qu’elle ait une vie heureuse
"con el hombre que la tiene pa su bien... o qué se yo... Avec celui qu’elle aime pour son bien... oui qui sait…
"Porque todo aquel amor que por ella yo sentí Parce tout cet amour que je sentais pour elle
"lo cortó de un solo tajo con el filo'
e su traición... Elle l’a tranché d’un coup avec sa trahison.

"Pero inútil... No puedo, aunque quiera, olvidar Que veux-tu… je peux, malgré tout, oublier
"el recuerdo de la que fue mi ùnico amor. Le souvenir de celle qui fut mon seul amour
"Para ella ha de ser como el trébol de olor Pour elle je dois être comme le trèfle odorant
"que perfuma al que la vida le va a arrancar... Qui offre son parfum à celui qui l’arrache
"Y si acaso algùn día quisiera volver Et peut-être si un jour elle voulait revenir
"a mi lado otra vez, yo la he de perdonar... A mon côté, alors je devrais pardonner
"Si por celos a un hombre se puede matar Car si par jalousie on peut tuer un homme
"se perdona cuando habla muy fuerte el querer Il faut bien pardonner quand l’emporte l’amour
"a cualquier mujer". Pour une femme. »

28
Boutique typique du vieux Buenos Aires, mélange de café,
d’épicerie, de bazar et de restaurant.

62
A media luz (1925) Le demi-jour

Paroles de Carlos César Lenzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Edgardo Donato

Corrientes 3-4-8, segundo piso, ascensor. Corrientes 3-4-8, deuxième étage, ascenseur,
No hay porteros, ni vecinos, Il n’y a ni gardiens ni voisins,
Adentro, cocktail y amor… Passée la porte, cocktail, amour
Pisito que puso Maple, Mobilier venant de chez Maple,
Piano, estera y velador ; Avec piano, tapis et veilleuse ;
Un telefón que contesta, Un téléphone qui sonne…
Una victrola que llora Un tourne-disque qui pleure,
Viejos tangos de mi flor, De vieux tangos comme je les aime,
Y un gato de porcelana Et un chat de porcelaine
pa que no maúlle al amor. Pour qu’il ne miaule pas à l’amour.

Y todo a media luz, Et tout en demi-jour,


que es un brujo el amor… L’amour est si magique
a media luz los besos, En demi-jour les baisers,
a media luz los dos. En demi-jour pour deux.
Y todo a media luz, Et tout en demi-jour,
Crepúsculo interior, Crépuscule intérieur,
Que suave terciopelo C’est comme un doux velours
La media luz de amor… Ce demi-jour d’amour…

Juncal 12-24. Telefoneá sin temor. Juncal 12-24. Téléphone sans crainte,
De tarde, té con masitas, L’après-midi, thé et gâteaux,
De noche, tango y amor. La nuit, tango, amour,
Los domingos, tés danzantes. Les dimanches, des thés dansants.
Los lunes, desolación ; Les lundis, désolation ;
Hay de todo en la casita: Il y a de tout dans la maison :
Almohadones y divanes Des coussins avec des divans
Como en botica... ¡cocó !29 Un vrai petit palais…un peu de coco,
Alfombras que no hacen ruido Des tapis qui ne font pas de bruit
Y mesa puesta al amor... Et des tables qui accueillent l’amour…

29
Cocaïne.

63
La última copa (1926) Le dernier verre

Paroles de Juan Caruso Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Francisco Canaro

Eche, amigo, nomás; écheme y llene Verse, ami, verse bien et remplis
hasta al borde la copa de champán, Jusqu’au bord la coupe de champagne
que esta noche de farra de y alegría Car en cette nuit de fête et de gaieté
el dolor que hay en mi alma quiero ahogar. Je veux noyer la douleur qui blesse mon âme.
Es la última farra de mi vida, C’est la dernière fête de ma vie,
de mi vida, muchachos, que se va... De ma vie, ami, qui s’en va…
Mejor dicho, se ha ido tras de aquella Ou plutôt qui est partie avec celle
que no supo mi amor nunca apreciar. Qui n’a jamais su goûter mon amour.

Yo la quise, muchachos, y la quiero Je l’aimais, les amis, et je l’aime


y jamás yo la podré olvidar... Et jamais je ne pourrai l’oublier
Yo me emborracho por ella C’est pour elle que je m’enivre
y ella quién sabe qué hará... Et, elle qui sait ce qu’elle fait.
Eche, mozo, más champán, Versez, garçon, le champagne
que todo mi dolor Car je veux en buvant
bebiendo lo he de ahogar... Noyer toute ma douleur
Y si la ven, Si vous la voyez
muchachos, diganlé Mes amis, dites-lui
que ha sido por su amor Que c’est pour son amour
que mi vida ya se fué. Que ma vie s’est enfuie.

Y brindemos, no más, la última copa Buvons, maintenant, la dernière coupe


que, tal vez, también ella ahora estará Alors qu’elle offre peut-être en ce moment
ofreciendo en algún brindis su boca Sa bouche à un autre en trinquant
y otra boca feliz la besará. Et qu’une autre bouche heureuse l’embrasse.
Eche, amigo, no más, écheme y llene Verse bien, ami, verse et remplis
hasta el borde la copa de champán, Jusqu’au bord la coupe de champagne
que mi vida se ha ido tras de aquella Parce que que ma vie est partie avec celle
que no supo mi amor nunca apreciar. Qui n’a jamais su goûter mon amour.

64
Tiempos viejos (1926) Les temps anciens

Paroles de Manuel Romero Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Franciso Canaro

¡ Te acordás, hermano, qué tiempos aquellos ! Te souviens-tu, mon frère, de ces temps-là !
Eran otros hombres, más hombres los nuestros, C’étaient d’autres hommes, plus hommes qu’aujourd’hui !
No se conocía coca30 ni morfina, On ne connaissait ni coco ni morphine,
los muchachos de antes no usaban gomina. Les p’tits gars d’autrefois ne se gominaient pas.
¡ Te acordás, hermano, qué tiempos aquellos ! Te souviens-tu, mon frère, de ces temps-là !
Veinticinco abriles que no volverán. Nos vingt-cinq printemps qui ne reviendront plus !
Veinticinco abriles volver a tenerlos… Nos vingt-cinq printemps, les avoir à nouveau…
¡ Si cuando me acuerdo me pongo a llorar ! Quand je m‘en souviens, je me mets à pleurer !

¿ Dónde están los muchachos de entonces ? Où sont-ils, les p’tits gars d’autrefois ?
Barra antigua de ayer ¿ dónde están ? Les vieux amis d’hier, où sont-ils aujourd’hui ?
Yo y vos solos quedamos, hermano, Moi et toi, restons seuls, mon frère,
yo y vos sólo para recordar… Moi et toi, seulement pour nous souvenir…
¿ Te acordás las mujeres aquellas, Te souviens-tu de ces femmes de jadis,
minas fieles de gran corazón, Ces filles fidèles au grand cœur,
que en los bailes de Laura peleaban Qui se battaient dans les bal de Laura,
cada cual defendiendo su amor ? Défendant chacune son amour ?

¿ Te acordás, hermano, la rubia Mireya Te souviens-tu, mon frère, de la blonde Mireya


que quité en lo de Hansen al guapo Rivera ? Que j’ai prise chez Hansen au beau Rivera ?
Casi me suicido una noche por ella Une nuit, j’ai failli me suicider pour elle.
y hoy es una pobre mendiga harapienta. . Le temps en a fait une vieille mendiante.
¿ Te acordás, hermano, lo linda que era ? Te souviens-tu, mon frère, comme elle était belle ?
Se formaba rueda pa’verla bailar On se bousculait pour la voir danser.
Cuando por la calle la veo tan vieja Et quand dans la rue je la vois si vieille
doy vuelta la cara y me pongo a llorar. Je tourne la tête et me mets à pleurer.

30
Cocaïne.

65
Garufa (1928) Noceur

Paroles de Roberto Fontaina Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan A. Collazo

Del barrio « La Mondiola » sos el más rana Du faubourg La Mondiola t’es le plus branché
Y te llaman Garufa por lo bacán31, On t’appele « le noceur » pour ton air de bacan,
Tenés más pretensiones que bataclana Tu as plus de vanité qu’une fille de cabaret
Que hubiera hecho « suceso » con un « gotán ». Qui aurait fait l‘événement avec un gotan.

Durante la semana meta laburo C’est le turbin pendant toute la semaine


Y el sábado a la noche sos un doctor... Mais le samedi soir tu deviens un Monsieur…
Te encajás las polainas y el cuello duro, Tu mets tes guêtres et ton col dur,
Y te venis p’al centro de rompedor. Et tu te pointes au centre comme un vainqueur.

Garufa Noceur !
¡Pucha !Que sos divertido. Ah ! Dis donc, t’es amusant,
Garufa Noceur
Ya sos un caso perdido. Mais t’es un cas désespérant
Tu vieja Ta mère
Dice que sos un bandido Dit que tu es un vrai rufian
Porque supo que te vieron, Parce ce qu’elle sait qu’on t’a vu
La otra noche La nuit passée
En el Parque Japonés... Dans le Parc Japonais.

Caés a la milonga en cuanto empieza Tu arrives dès que la milonga commence


Y sos para las minas, el vareador. Et, question minettes, tu sais les gauler
Sos capaz de bailarte « La Marsellesa », Tu serais capable de danser la Marseillaise
«La marcha Garibaldi » y « El Trovador » La marche de Garibaldi, le trouvère…
Con un café con leche y una ensaimada Avec un café au lait et un petit gâteau
Rematás esa noche de bacanal, Tu viens à bout de cette nuit de bachanales
Y al volver a tu casa de madrugada Et en rentrant chez toi, le matin très tôt,
Decis: “Yo soy un rana fenomenal." Tu te dis : « je suis un type phénoménal ».

31
Terme lunfardo désignant les riches viveurs.

66
Madreselva (1931) Chevrefeuille

Paroles de Luis César Amadori Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Francisco Canaro

Vieja pared del arrabal, Oh ! toi, vieux mur de l’arrabal


tu sombra fué mi compañera. Ton ombre fut ma compagne
De mi niñez sin esplendor De mon enfance sans splendeur
la amiga fué tu madreselva. Ton chevrefeuille fut l’ami.

Cuando, temblando mi amor primero, Quand, tremblant de mon premier amour


con su esperanza besó mi alma, Qui embrassait mon âme de son espérance
yo, junto a vos, pura y feliz, Près de toi, heureuse et pure,
cantaba así mi primera confesión: J’ai chanté ma première confession

Madreselvas en flor que me vieron nacer, Oh ! Chevrefeuille en fleur qui a vu ma naissance


y en la vieja pared sorprendieron mi amor... Et sur le vieux mur a surpris mon amour…
Tu humilde caricia es como el cariño Ton humble caresse est comme cette tendresse
primero y querido que siento por él! Printanière et chérie que je sentais pour elle
Madreselvas en flor, que trepándose van, Oh ! Chevrefeuille en fleurs qui grimpe sur le mur
es su abrazo tenaz y dulzón como aquél... Ton étreinte est tenace et douce comme la sienne
Si todos los años tus flores renacen Puisque tous les ans tes fleurs renaissent
hacé que no muera mi primer amor! Fais que ne meure pas mon premier amour

Pasaron los años, y mis desengaños Passent les années, et mes déceptions
yo vengo a contarte mi vieja pared... C’est à ce vieux mur je les confie.

Así aprendí que hay que fingir J’ai ainsi appris qu’il faut feindre et tromper
para vivir decentemente. Pour pouvoir vivre décemment
Que amor y fe mentiras son, Qu’amour et foi sont des mensonges
y del dolor se ríe la gente. Que l’on se moque de la souffrance
Hoy que la vida me ha castigado Aujourd’hui, meutri par la vie,
y me ha enseñado su credo amargo, Dont j’ai appris le credo amer,
Vieja pared, con emoción Mon vieux mur, avec émotion,
me acerco a vos, y te digo como ayer: Je te chuchote comme hier :

Madreselvas en flor, que me vieron nacer, Oh ! Chevrefeuille en fleurs qui vu ma naissance


y en la vieja pared sorprendieron mi amor: Et qui sur le vieux mur a surpris mon secret
Tu humilde caricia es como el cariño Ton humble caresse est comme cet amour
primero y querido que nunca olvidé. Printanier et chéri, gravé dans ma mémoire,
Madreselvas en flor, que trepándose van, Oh, chevrefeuille en fleurs qui grimpe sur le mur
es tu abrazo tenaz y dulzón como aquél. Ton étreinte est tenace et douce comme la sienne.
Si todos los años tus flores renacen Puisque tous les ans tes fleurs renaissent
¿Por qué ya no vuelve mi primer amor ? Fais donc que revienne mon premier amour…

67
Tomo y obligo (1931) A ta santé

Paroles de Manuel Romero Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Carlos Gardel

Tomo y obligo, mándese un trago C’est ma tournée, mon gars, sortons les verres
que hoy necesito el recuerdo matar. Car j’ai besoin de tuer le regret.
Sin un amigo, lejos del pago, Sans ami, sans patrie, loin de ma terre,
quiero en su pecho mi pena volcar. Je veux noyer ma peine à tes côtés.
Beba conmigo, y si se empaña Bois avec moi, et si soudain
de vez en cuando mi voz al cantar, Pendant la chanson ma voix s’altérait…
no es que la llore porque me engaña, C’est n’est pas que je pleure parce qu’elle m’a trompé
yo sé que un hombre no debe llorar. Car je sais qu’un homme ne doit pas pleurer.

Si los pastos conversaran esta pampa le diría Si la prairie pouvait chanter, alors cette pampa te dirait
De qué modo la quería, con que fiebre la adoré. De quelle façon je l’ai aimée, avec quelle fièvre je l’adorais
Cuántas veces de rodillas, tembloroso, Combien de fois, tremblant, pleurant,
[yo me he hincado [je retournais m’agenouiller
bajo el árbol deshojado Sous l’arbre sans feuilles et sans fruits
[donde un día la besé. [où je lui avais pris un baiser.
Y hoy al verla envilecida, De la voir aujourd’hui déchue,
[a otros brazos entregada, [et à d’autres bras enlacée,
fue pa'mi una puñalada y de celos me cegué Fut pour moi un coup de poignard, la jalousie m’a aveuglé
y lo juro, todavia no consigo convencerme Et je le jure, vrai de vrai, je n’ai pas encore réalisé
cómo pude contenerme y ahi nomás no la maté. Comment j’ai pu me retenir, à l’instant même, de la tuer.

Tomo y obligo, mándose un trago… C’est ma tournée, mon gars, sortons les verres…
de las mujeres mejor no hay que hablar. Des femmes il vaut mieux ne pas parler
Todas, amigos, dan un mal pago Avec elles, t’es sûr d’être toujours refait
y hoy mi experiencia lo puede afirmar. Et c’est l’expérience qui me fait parler.
Siga un consejo, no se enamore Suis un conseil, pas de romance
y si una vuelta le toca hocicar, Et si un jour tu te laissais pièger,
fuerza canejo, sufra y no llore Du courage, mon vieux, et souffres en silence
que un hombre macho no debe llorar. Parce qu’un vrai mec ne doit pas pleurer ! !

68
Yo no sé que me han hecho tus ojos (1931) Je ne sais ce que m’ont fait tes yeux

Paroles et musique de Francisco Canaro Traduction de Fabrice Hatem

Yo no sé si es cariño el que siento, Je ne sais si c’est de l’amour ce que je ressens


yo no sé si sera una pasión, Je ne sais si cela s’appelle une passion,
solo sé que al no verte una pena Je sais seulement que quand je ne te vois pas
va rondando por mi corazón... La tristesse rôde dans mon cœur…
Yo no sé que me han hecho tus ojos Je ne sais ce que m’ont fait tes yeux
que al mirarme me matan de amor, Dont le regard me tue d’amour,
yo no sé que me han hecho tus labios Je ne sais ce que m’ont fait tes lèvres
que al besar mis labios, se olvida el dolor. Qui en baisant mes lèvres, font oublier la douleur

Tus ojos para mí Tes yeux pour moi


son luces de ilusión, Sont des lumières de bonheur
que alumbra la pasión Qui allument la passion
que albergo para tí. Que je ressens pour toi.
Tus ojos son destellos Tes yeux sont des miroirs
que van reflejando Qui reflètent
ternura y amor. La tendresse et l’amour
Tus ojos son divinos Tes yeux sont divins
y me tienen preso Et me tiennent prisonniers
en su alrededor. Près de toi.
Tus ojos para mí Tes yeux pour moi
son el reflejo fiel Sont les reflets fidèles
de un alma que al querer D’une âme qui dans l’amour
querrá con frenesí, Aime avec frénésie.
que con fé me guiaran Et toujours me guideront
por un sendero Sur un chemin
de esperanzas y esplendor D’espérance et de splendeur
porque sus ojos son, mi amor! Parce tes yeux sont, mon amour !

Yo no sé cuántas noches de insomnio Je ne sais combien de nuits d’insomnie


en tus ojos pensando pasé; J’ai veillé en pensant à tes yeux.
pero sé que al dormirme una noche Je sais seulement qu’en m’endormant une nuit
con tus ojos pensando soñé... Près de tes yeux précieux, j’ai vécu un rêve
Yo no sé que me han hecho tus ojos Je ne sais ce qu’ont fait tes yeux
que me embrujan con su resplandor, Qui m’ensorcèlent de leur splendeur
solo sé que yo llevo en el alma Je sais seulement que dans mon âme
tu imagen marcada con el fuego de amor. Ton image est gravée par le feu de l’amour.

69
La canción de Buenos Aires (1932) La chanson de Buenos Aires

Paroles de Manuel Romero Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Azucena Maizani et Oreste Cúfaro

Buenos Aires, cuando lejos me vi Buenos Aires, quand je me vis loin de toi
sólo hallaba consuelo Je ne trouvais le réconfort
en las notas de un tango dulzón Que dans les notes d’un doux tango
que lloraba el bandoneón. Que pleurait le bandonéon
Buenos Aires, suspirando por ti Buenos Aires, je soupire vers toi
bajo el sol de otro cielo, Sous la lumière d’un autre ciel,
¡cuánto lloró mi corazón Comme pleure mon cœur
escuchando tu nostálgica canción. En écoutant ta chanson nostalgique !

Canción maleva, canción de Buenos Aires, Chanson voyou, chanson de Buenos Aires
hay algo en tus entrañas Il y a quelque chose dans tes entrailles
Que vive y que perdura. Qui vit et qui perdure.
canción maleva, lamento de amargura, Chanson canaille, lamento d’amertume
sonrisa de esperanza, sollozo de pasión ; Sourires d’espérance et sanglot de passion
ese es el tango, canción de Buenos Aires, C’est cela le tango, chanson de Buenos Aires
nacido en el suburbio que hoy reina en todo el mundo; Venu de nos faubourgs, qui règne sur le monde
ése es el tango, que llevo muy profundo C’est cela le tango, qui entre au fond de nous
clavado en lo más hondo del criollo corazón. Et s’ancre au plus profond de nos cœurs argentins

Buenos Aires donde el tango nació, Buenos Aires, où naquit le tango


tierra mía querida;. Ma terre tant aimée
yo quisiera poderte ofrendar Je voudrais tant pouvoir t’offrir
todo el alma en mi cantar Toute mon âme dans mon chant.
y le pido a mi destino el favor Et je demande au destin la faveur
de que al fin de mi vida Qu’avant de finir ma vie,
oiga el llorar del bandoneón Je puisse entendre le bandonéon pleurer
entonando tu nostálgica canción. En entonnant ta chanson nostalgique.

70
Poèmes comiques et lunfardesques

71
El cafishio (1918) Le mac

Paroles de Florencio Iriarte Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan Canavesi

Ya me tiene más robreca Aujourd’hui, je suis plus en boule


que canfli sin "ventolina" Qu’un mac qu’a pas touché son blé
y palpito que la "mina" Car j’ai comme l’idée que ma poule
la "liga" por la "buseca" Va m’planter là pour un miché.
Ahura la va de jaqueca E’m’raconte qu’elle a mal au crâne
y no cae por el "bulín" Pour plus s’pointer dans mon garni
pero yo he "junao" que al fin Mais j’me doute bien qu’au final
ha "engrupido" a un "bacanazo" En embobinant c’te dandy,
y me "arranya" el "esquinazo" Elle cherch’à m’jeter, la canaille,
porque me ve "fulerín" Parc’qu’elle me voit sans un radis.

Y me "bate" "el de la zurda" J’en ai l’palpitant qui s’dégraffe,


tocándome el amor propio Et ça m’met l’moral en paté,
que me quiere "dar el opio" De voir qu’elle me laisse en carafe,
con un "bacán a la gurda", Pour ce richard amidoné.
pero si me pongo "curda" Mais attention !!! Si j’me bibine,
la "rafa" será completa Alors ça va être sa fête,
y aunque me apañe la "yeta" Car lorsqu’j’suis dans la débine
yo con "grupos" no la voy J’aime pas qu’on se paye ma tête
y ya verá que no soy Et elle va sentir, la gamine,
un "guiso" a la vinagreta. Que j’suis pas son toutou-carpette.

Se ha creído la "rantifusa" Et elle croît, cette petite traînée,


con "humos" de gran "bacana" Avec ses airs de grande dame,
que por temor a la "cana" Que j’vais pas lui fout’sa raclée
no va a "ligar" la "marrusa" Parce que j’ai peur de la flicaille !!!
Pa´mí es poco la "canusa" Mais moi j’men balance, des poulets,
y el código es un "fideo"; Et l’code pénal, j’en branle rien.
una vez que me "cabreo" Une fois que j’ai bien la rage,
la más "turra" marca el paso, La plus crâneuse s’aplatit bien.
sobre todo en este caso Surtout dans une pareille occas’
que defiendo el "morfeteo" Où j’me bats pour mon gagne-pain.

72
El ciruja (1926)32 Le chiffonier33

Paroles de Alfredo Marino Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Ernesto de la Cruz

Como con bronca, y junando En biglant, comme un enragé,


de rabo de ojo a un costado, Du coin de l’œil sur le côté,
sus pasos ha encaminado Ses pas errants l’ont amené
derecho pa' l arrabal. Directement vers l’arrabal
Lo lleva el presentimiento Et il lui vient comme l’idée,
de que, en aquel potrerito, Que, dans ce recoin paumé,
no existe ya el bulincito Elle existe plus, la carrée
que fue su único ideal. Qui fut son unique idéal.

Recordaba aquellas horas de garufa Il se souvient de ces virées


cuando minga de laburo se pasaba, Quand y avait pas à turbiner
meta punguia, al codillo escolaseaba Juste à jouer aux cartes, à chourrer
y en los burros se ligaba un metejón; Et parier sur des canassons.
cuando no era tan junao por los tiras, Qu’y volait sans s’faire répérer
la lanceaba sin tener el manyamiento, Qu’les poulets l’avaient pas fiché
una mina le solfeaba todo el vento Une nana lui piqua tout son blé
y jugó con su pasión. . En jouant avec sa passion.

Era un mosaico diquero C’était une sacré allumeuse


que yugaba de quemera, La fille d’une rebouteuse,
hija de una curandera, Elle travaillait comme enquilleuse,
mechera de profesión; Et zonait près des dépotoirs
pero vivía engrupida Mais elle s’était monté l’citron
de un cafiolo vidalita Pour un maquereau de profession
y le pasaba la guita Et lui filait toute le pognon
que le chacaba al matón. Qu’elle carotait à l’aut’poire.

Frente a frente, dando muestras de coraje, Face à face, sans se dégonfler,


los dos guapos se trenzaron en el bajo, Les deux gars se sont affrontés
y el ciruja, que era listo para el tajo, Le paumé savait suriner
al cafiolo le cobró caro su amor. Et l’mac paya cher son amour.
Hoy, ya libre' e la gayola y sin la mina, Sorti d’cabane, mais sans la fille,
campaneando un cacho’e sol en la vedera, Sur le pavé, prenant l’soleil,
piensa un rato en el amor de su quemera De sa chiffonnière, y s’rappelle
y solloza en su dolor. Et y soupire de douleur.

32
Il s’agit d’un terme à la polysémie complexe, et donc
pratiquement intraduisible. Dans un premier sens “ciruja”
signifie “vagabond”. Il s’agit également de l’apocope de cirujano
(chirurgien) qui peut avoir ici un double sens : soit la catégorie
particulière de chiffonniers qui récupère les os dans les tas
d’ordures ; soit celui qui manie bien le couteau. Chacun de ces
trois sens trouve sa signification à un moment différent du
33
poème. Pauvre traducteur !! Remerciements à Reinaldo de Santis et Enrique Lataillade

73
Linea 9 (1928) Ligne 936

Parole de Carlos De La Púa Traduction de Fabrice Hatem et Enrique Lataillade


Musique de Edmundo Rivero

Era un boncha boleado, un chacarero. C’était un paumé, un péquenaud,


Que se tomó aquel 9 en el Retiro34. Qu’avait pris l’ 9, à Retiro,
Nunca vieron esparos ni lanceros35 Jamais les tireurs et les nonnes
un gil a la acuarela más a tiro. N’avaient vu pigeon plus au pot.

Era polenta el bobo y la marroca Tocante et bride étaient girondes.


y la empiedrada fule berretín. La bagouse, à te rendre dingue.
De grilo la cachimba daba boca L’morlingue dépassait d’la profonde,
y le orejeaba un poco el chiquilín. On pouvait chatouiller l’larzingue.

(recitado) (récitatif)

El ropae que acusaba este laburo Le tireur faisait son boulot


trabajó despacito de culata. En fourchettant l’froc, tranquillo.
Pero el lancero se pasó de apuro Mais l’nonneur s’est mis malagauche
y de gil casi más mete la pata. Et a failli tout faire foirer, l’corniaud.

Era un bondi de línea requemada C’était un bus archi-fliqué


con guarda batidor cara de rope. Avec un bourre à gueule de dogue
Si no saltó cabron por la mancada, Et s’il les a pas alpagués
fue de chele nomás, de puro miope. Ce fut par bol : myope comme taupe !

Remerciements à Reinaldo de Santis

34
Retiro est une des principales gares de Buenos Aires
35
Termes lunfardo désignant les pickpocket (esparos, tireurs en
argot) et leurs comparses qui détournent l’attention de la victime
36
(lanceros, nonnes en argot) Remerciements à Reinaldo de Santis et Enrique Lataillade

74
Niño bien (1928) Gamin chic

Musique de Juan Antonio Collazo Traduction de Fabrice Hatem et Sandra Messina


Paroles de Víctor Soliño et Roberto Fontaina

Niño bien, pretencioso y engrupido, Gamin chic, prétentieux, vaniteux


que tenés berretín de figurar; Qui s’est mis dans la tête de frimer
niño bien que llevás dos apellidos, Gamin chic qui porte deux prénoms
y que usás de escritorio el Petit Bar; Et qui utilise comme bureau le « Petit Bar »
pelandrún que la vas de distinguido Fauché qui se la joue distingué
y siempre hablás de la estancia de papá, Et parle toujours de l’estancia de papa
mientras tu viejo, pa'ganarse el puchero, Pendant que ton vieux pour gagner sa croûte
todos los días sale a vender fainá37. Se crêve la paillasse à vendre des fainas.

Vos te creés que porque hablás de ti, Tu crois que parce que tu dis « chère amie »
fumás tabaco inglés Et que tu fumes du tabac anglais
paseás por Sarandí, Que tu te promènes dans Sarandi
y te cortás las patillas a lo Rodolfo Et que tu te coupes les pattes « à la Rodolfo »
sos un fifí. T’es un « monsieur »
Porque usás la corbata carmín Parce que t’as une cravatte carmin
y allá en el Chantecler Et que tu vas au Chantecler
la vas de bailarín, Pour tu te la jouer danseur
y te mandás la biaba de gomina, Que tu t’mets ta dose de gomina
te creés que sos un rana Tu crois que t’es dans l’coup
y sos un pobre gil. Et t’es qu’un pauvre idiot.

Niño bien, que naciste en el suburbio Gamin qui naquit dans le faubourg
de un bulín alumbrao a querosén, Dans un gourbi éclairé au kérosène
que tenés pedigrée bastante turbio Qui a un pedigee plus que louche
y decís que sos de familia bien, Et dit qu’il vient d’une famille « bien »
no manyás que estás mostrando la hilacha Tu n’sais pas que tu caches mal ton jeu
y al caminar con aire triunfador Et quand tu marches avec l’air triomphant
se ve bien claro que tenés mucha clase On voit bien que tas de la classe. Ouais !
para lucirte detrás de un mostrador. Pour rincer les verres derrière un comptoir.

37
Galettes de blé.

75
Pipistrela38 (vers le début des années 1930) Pipistrelle

Paroles de Fernando Ochoa Traduction de Fabrice Hatem et Sandra Messina


Musique de Francisco Canaro

Err botón de la esquina de casa


cuando sargo a barrer la vereda, L’flic d’vant chez moi
me se acerca el canaya y me dice: Quand j’sors balayer l’trottoir
"Pss, Pipistrela, pss Pipistrela" Y’s’m’approche et y m’dit :
Eh ! Pipistrelle !! Eh, eh... Pipistrelle...
Tengo un coso ar mercau que me mira,
es un tano engrupido de crioyo, Y’a un mec au marché qui m’reluque
yo le pongo lo ojo pa'rriba, C’est un rital qui s’la joue argentin
y ende mientra le afano un repollo. J’y mets les deux yeux à l’envers
Et pendant ça j’y pique un chou.
Me llaman la Pipistrela,
y yo me dejo llamar, On m’appelle la pipistrelle
es mejor pasar por gila, Et moi j’me laisse appeler comme ça
si una es viva de verdá. Car c’est mieux d’passer pour bébête
Quand on en fait on est maligne
Soy una piba con clase,
manyen qué linda mujer. J’suis une fille avec de la classe
La pinta que Dios me ha dado Regardez un peu la belle femme
la tengo que hacer valer. La jolie gueule que Dieu m’a donnée
Faut qu’en tire le maximum
Ya estoy seca de tantos mucamos,
cocineros, botones y juardas, J’en ai marre des domestiques,
yo me paso la vida esperando Des cuistots, des flics et des livreurs
y no viene el otario. Je passe ma vie à attendre
Et il arrive pas, le gogo plein aux as…
Yo quisiera tener mucho vento
pa'comprarme sombreros, zapatos, Je veux avoir plein de pognon
aniaparme algún coso del centro Pour m’ach’ter des chapeaux, des chaussures
pa'largar a esta manga de patos. Et m’attraper un mec du centre
Pour larguer cette bande de canards..

38
Petite chauve-souris.

76
Milonga lunfarda (1960) Milonga lunfarda

Paroles de M. H. Crecere - Musique de E. Rivero Traduction de Mariana Bustelo

En este hermoso país, Dans ce beau pays


que es mi tierra, la Argentina, Qui est ma terre, l’Argentine
la mujer es una mina La femme est une « mina » (nana)
y el fuelle es un bandoneón; et le « fuelle », un bandonéon (soufflerie);
el vigilante, un botón; L’agent de police, un « botón » ; (bouton)
la policía, la cana; La police, la « cana » (canne)
el que roba es el que afana; Celui qui vole est celui qui « afana »
el chorro, un vulgar ladrón: Le « chorro », un vulgaire voleur.
al sonso llaman chabón Le sot, on le nomme “chabón”
y al vivo le baten rana. Et le malin, « rana » (grenouille).

La guita o el vento es La « guita » ou le « vento », c’est


el dinero que circula; L’argent qui circule,
el cuento es meter la mula, Embobiner, c’est « meter la mula » (mettre la mule)
y al vesre por al revés. Et le « vesre », c’est l'
e verlan
Si pelechaste, tenés Si « pelechaste », tu as de l’argent,
y en la rama si estás seco. Et « en la rama » si tu es fauché (dans la branche).
Si andás bien, andás derecho; Si tout va bien, « andas derecho » (tu marches droit) ;
tirao, el que nada tiene. « Tirao », celui qui n’a rien, (jeté)
Chapar es, si te conviene, « Chapar », c’est quand te convient
agarrar lo que está hecho. T’approprier ce qu’un autre a fait.

El cotorro es el lugar Le « cotorro » c’est l’endroit


donde se hace el amor. Où on fait l’amour.
El pashá es un gran señor Le « pasha » c’est un grand monsieur
que sus mangos acamala. Qui met de côté son pognon.
La vecina es la fulana, La voisine c’est la « fulana »;
el tordo es algún doctor, Le « tordo » c’est un docteur. (verlan de doctor)
el un mostrador « El estaño » est le comptoir (le zinc)
donde un curda se emborracha, Où un saoulard s’enivre
y si es que hacés pata ancha Et si tu fais « pata ancha » (jambe large)
te la das de sobrador. C’est que tu es un vantard.

El que trabaja, labura; Celui qui travaille, « labura »;


quien no hace nada es un fiaca, Celui qui fait rien est un « fiaca » ;
la pinta es la que destaca La « pinta » ce qui fait remarquer
los rasgos de tu apostura. La manière dont tu te tiens.
Mala racha es mishiadura, Une série noire, c’est la « mishisadura » (mouise)
que hace la vida fulera. Qui fait la vie « fulera » (désagréable).
La cama es una catrera Le lit est une « catrera »,
y apoliyar es dormirse. « Apoliyar » c’est dormir. (miter)
Rajar o piantarse es irse, « Rajar » ou « piantarse » c’est partir (fendre).
y esto lo manya cualquiera. Cela tout le monde l’a pigé.

Y qué te van a contar, Il n’y a plus rien à dire


ya está todo relojeado. Tout est déjà expliqué.
Aquello visto, es junado; On a tout vu, tout entravé.
lo sabe toda la tierra. Maintenant, tout le monde le sait,
Si hasta la Real Academia39, Même la Royale Académie
que de parla sabe mucho, Qu’en a, du vocabulaire.
le va a pedir a Pichuco Va à demander à Pichuco
y a Grela, con su guitarra, Et à Grela, avec sa guitare
que a esta milonga lunfarda Qu’à cette milonga lunfarda
me la musiquen de grupo. Il me mettent une chouette musique

39
Equivalent espagnol de l’Académie française

77
Homo Sapiens (1997) Homo Sapiens

Paroles de Martina Iñíguez Traduction de Mariana Bustelo et Fabrice Hatem

Embrocás la tele desde la catrera, Tu bigles la télé depuis le plumard,


ahumás el ambiente con tu fasulín… Tu enfumes l’atmosphère avec ta cibiche…
mientras la ceniza vuela por doquiera Pendant que les cendres volent partout
dejando hecho un asco mi posta bulín. Et dégueulassent ma belle carrée.

Tu jeta deschava mufa futbolera, Sur ta gueule, t’as la grimace du football


precio de amargura de ese berretín Voilà le prix amer de cette lubie
hacia una pelota que piantó pa’ afuera Pour une balle qui s’est cassé du terrain
porque hoy, a tu equipo, le faltó piolín. Parce qu’aujourd’hui ton équipe était naze

Dándole a la gola rol de vinoducto, Ta gorge est un vrai pipe-vine


enchastrás la funda nueva del colchón… Tu dégueulasses la nouvelle couverture du matelas…
y de tanto en tanto con algún eructo Et de temps en temps tu pousses un rot.

matizás el aire de la habitación… Tu pollues l’air de la chambre…


¡Pensar que hay quién bate que sos el producto Quand on pense qu’y en a qui disent que t’es l’produit
de millones de años de la evolución! De millions d’années d’évolution !

Remerciements à Philippe Fassier

78
Alfredo Le Pera (1900-1935)

79
Melodía de Arrabal (1932) Mélodie du faubourg (1932)

Paroles de Alfredo Le Pera et Mario Battistella Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Carlos Gardel

Barrio plateado por la luna, Faubourg argenté par la lune


rumores de milonga Les rumeurs de la milonga
es toda su fortuna. Sont toute ta fortune,
Hay un fuelle que rezonga Et ce bandonéon qui grogne
en la cortada mistonga, Dans cette impasse misérable,
mientras que una pebeta, Pendant qu’une petite
linda como una flor, Belle comme une fleur
espera coqueta Attend, toute coquette
bajo la quieta Sous la tranquille
luz de un farol. Lumière d’un lampadaire.

Barrio... barrio.. Faubourg,… faubourg…


que tenés el alma inquieta Tu possèdes l’âme inquiète
de un gorrión sentimental. D’un moineau sentimental
Penas...ruego... Peines et bruits,
¡esto todo el barrio malevo C’est tout le faubourg mal famé
melodía de arrabal! Mélodie de l’arrabal
Barrio... barrio... Faubourg,… faubourg..
perdoná si al evocarte Pardonne si en t’évoquant
se me pianta un lagrimón, Je laisse échapper une larme
que al rodar en tu empedrao Car en rôdant dans tes dédales
es un beso prolongao C’est un infini baiser
que te da mi corazón. Que je te donne avec mon cœur.

Cuna de tauras y cantores, Berceau de caïds et chanteurs


de broncas y entreveros, De bagarres et de rendez-vous
de todos mis amores. De toutes mes amours
En tus muros con mi acero Sur tes murs avec mon couteau
yo grabé nombres que quiero. J’ai gravé les noms que j’aime
Rosa, "la milonguita", Rosa « la milonguita »,
era rubia Margot, Et la blonde Margot
en la primer cita, Dès le premier rendez-vous
la paica Rita La jolie Rita
me dio su amor. Me donna son amour.

80
Silencio (1932) Silence40

Musique de Carlos Gardel Traduction de Fabrice Hatem


Paroles de Alfredo Le Pera

Silencio en la noche... ¡Ya todo está en calma… Silence dans la nuit, tout est calme,
El músculo duerme...! La ambición descansa. La force est endormie.. L’ambition repose
Meciendo una cuna, una madre canta Veillant un berceau, une mère chante
un canto querido que llega hasta el alma, Un chant d’amour qui monte jusqu’à l’âme
porque en esa cuna está su esperanza. Car dans ce berceau, vit son espérance

Eran cinco hermanos... ¡Ella era una santa…! Ils étaient 5 frères, elle était une sainte
Eran cinco besos que cada mañana Ils étaient 5 frères qui tous les matins
rozaban muy tiernos las hebras de plata Posaient un baiser sur les fils d’argent
de esta viejecita de canas muy blancas. De cette tendre mère aux beaux cheveux blancs
Eran cinco hijos que al taller marchaban. Ils étaient 5 fils honnêtes et droits.

Silencio en la noche... ¡Ya todo está en calma... Silence dans la nuit, tout est calme
El músculo duerme.. !La ambición trabaja. La force est endomie…L’ambition travaille
Un clarín se oye... ¡Peligra la Patria..! Un clairon résonne.. « Patrie en péril ! ! !»
Y al grito de guerra los hombres se matan Dans les cri des guerre les hommes s’entretuent
Cubriendo de sangre los campos de Francia. Couvrant de leur sang les prairies de France.

Hoy todo ha pasado... ¡Renacen las plantas! Aujourd’hui, c’est fini.. La nature refleurit
Un himno a la vida los arados cantan. A nouveau les charrues chantent un hymne à la vie
Y la viejecita de canas muy blancas Et la petite maman avec ses cheveux blancs
se quedó muy sola, con cinco medallas Se retrouve bien seule, avec les cinq médailles
Que por cinco héroes la premió la Patria… ! Que pour ses cinq héros lui donna la Patrie.

Silencio en la noche... ¡Ya todo esta en calma Silence dans la nuit !… Tout est calme
El músculo duerme... ! La ambición descansa… La force est endormie… L’ambition repose.
Un coro lejano de madres que cantan Des mères qui chantent dans un chœur lointain
Mecen en sus cunas, nuevas esperanzas. Veillent d’autres espoirs dans de nouveaux berceaux.
Silencio en la noche... ! Silencio en las almas... Silence dans la nuit !…Silence dans les âmes !….

40
Remerciements à Enrique Lataillade

81
Mi Buenos Aires querido (1934) Mon Buenos Aires aimé

Paroles de Alfredo Le Pera Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Carlos Gardel

Mi Buenos Aires querido, Mon Buenos Aires tant aimé


cuando yo te vuelva a ver, Quand je retournerai vers toi,
no habrá más penas ni olvido. Il n’y aura ni peine ni oubli.

El farolito de la calle en que nací La lanterne de cette rue où je naquis


fué el centinela de mis promesas de amor, Fut la sentinelle de mes promesses d’amour
bajo su inquieta lucecita yo la ví Sous sa lumière tranquille et douce je voyais,
a mi pebeta luminosa como un sol. Ma chère petite, lumineuse comme un soleil
Hoy que la suerte quiere que te vuelva a ver, Comme mon destin me porte à nouveau vers toi
ciudad porteña de mi único querer, Ville portègne de mon seul et tendre amour
oigo la queja de un bandoneón, J’entends la plainte d’un bandonéon
dentro del pecho pide rienda el corazón. Dans ma poitrine mon cœur veut à nouveau rire.

Mi Buenos Aires, Mon Buenos Aires,


tierra florida Terre fleurie
donde mi vida terminaré. Ville où je finirai ma vie.
Bajo tu amparo Dans ta tendresse,
no hay desengaños, Pas de tromperie
vuelan los años Les années passent,
se olvida el dolor. La douleur s’oublie.
En caravana En caravane
los recuerdos pasan Passent les souvenirs
como una estela Comme une étoile
dulce de emoción. Douce d‘émotion
quiero que sepas Je veux que tu saches,
que al evocarte Que lorsque je pense à toi,
se van las penas Les peines disparaissent
del corazón. De mon cœur.

Las ventanitas de mis calles de arrabal, Et ces fenêtres sur mes ruelles de faubourg
donde sonríe una muchachita en flor; Où souriait une jolie jeune fille en fleur
quiero de nuevo yo volver a contemplar Je veux revenir à nouveau contempler
aquellos ojos que acarician al mirar. Ces si beaux yeux dont le regard est une caresse.
En la cortada más maleva una canción, Dans cette impasse mal fâmée, une chanson
dice su ruego de coraje y de pasión Dit son chapelet de courage et de passion
una promesa Et une promesse
y un suspirar Et un soupir
borró una lágrima de pena aquel cantar. Effacent larmes et peines de cette chanson.

82
Soledad (1934) Solitude

Musique de Carlos Gardel Traduction de Fabrice Hatem


Paroles de Alfredo Le Pera

Yo no quiero que nadie a mí me diga Je voudrais tant que, jamais, on ne me dise


que de tu dulce vida Que de ta douce vie
vos ya me has arrancado. Tu m’as sans pitié arraché.
Mi corazón, una mentira pide Et mon pauvre cœur mendie un mensonge
para esperar tu imposible llamado. Pour espérer ton impossible appel.
Yo no quiero que nadie se imagine Et je ne voudrais pas que l’on imagine
cómo es de amarga y honda mi eterna soledad. Combien amère et profonde est ma solitude.
En mi larga noche, el minutero muele Dans ma longue nuit, le réveil égrènne
la pesadilla de su lento tic tac. Le cauchemar de son lent tic-tac.

En la doliente sombra de mi cuarto al esperar Dans la pénombre triste de ma chambre j’attends


sus pasos que quizá no volverán, Le bruit de ses pas qui ne viendront plus,
a veces me parece que ellos detienen su andar Et parfois il me semble qu’ils arrêtent sur le seuil
sin atreverse luego a entrar. Sans se décider jamais à entrer.
Pero no hay nadie y ella no viene, Mais il n’y a personne et elle ne vient pas
es un fantasma que crea mi ilusión C’est un rêve, créé par mon illusion
y que al desvanecerse va dejando su visión Et qui, s’évanouissant, me laisse qu’une vision
cenizas en mi corazón. Couleur de cendres dans le cœur

En la plateada esfera del reloj Sur la sphère argentée de l’horloge


las horas que agonizan se niegan a pasar, Les heures d’agonie refusent de passer,
Hay un desfile de extrañas figuras C’est un défilé de figures étranges
que me contemplan con burlón mirar. Qui me contemplent avec un regard moqueur.
Es una caravana interminable C’est une caravane interminable
que se hunde en el olvido con su mueca espectral ; Qui s’enfonce dans l’oubli, avec ses spectres grimaçants ;
Se va con ella tu boca que era mía. En emportant ta bouche qui était mienne…
Sólo me queda la angustia de mi mal. Me laisse seul avec l’angoisse de mon mal..

83
Arrabal amargo (1934) Faubourg d’amertume41

Paroles de Alfredo Le Pera Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Carlos Gardel

Arrabal amargo Faubourg d’amertume


metido en mi vida Planté dans ma vie
como una condena Comme la sentence
de una maldición. D’une malédiction
Tus sombras torturan Tes ombres torturent
mis horas de sueño, Mes heures d’insomnie
tu noche se encierra Ta nuit s’emprisonne
en mi corazón. Dans mon pauvre cœur.
Con ella a mi lado Quand elle était mienne
no ví tus tristezas, Je ne voyais pas
tu barro y miseria. Ta boue, ta tristesse.
Ella era mi luz Elle fut ma lumière.
y ahora, vencido, Aujourd’hui, vaincu
arrastro mi alma, Je traîne mon âme
clavado a tus calles Cloué à tes rues
igual que a una cruz. Comme à une croix.

Refrán Refrain

Rinconcito arrabalero Mon petit recoin de faubourg


con el toldo de estrellas Avec son plafond d’étoiles
de tu patio que quiero . Eclairant ton patio que j’aime.
Todo, todo se ilumina Oh ! Tout, oui tout s’illumine
cuando ella vuelve a verte. Quand elle revient pour te voir
Y mis viejas madreselvas Alors mes vieux chevrefeuilles
están en flor para quererte, Fleurissent pour enfin t’aimer.
como una nube que pasa, Comme un noir nuage qui passe
mis ensueños se van, Alors, mes cauchemars s’en vont
se van, no vuelven más. S’en vont, pour ne plus revenir.

No digas a nadie Ne dis à personne


que ya no me quieres. Que tu ne m’aimes plus.
Si a mí me preguntan Lorsqu’ils me demandent
diré que vendrás Je dis : « elle viendra ».
y así cuando vuelvas Quand tu seras là
mi alma, te juro, Mon âme te jure
los ojos extraños Que les yeux des gens
no se asombrarán. Seront sans reproches.
Verás cómo todos Tu verras que tous
esperaban ansiosos. Guettaitent ton retour.
Mi blanca casita Ma petite maison
y el viejo rosal, Notre vieux rosier.
y cómo de nuevo Dans un nouveau jour
alivia sus penas Ses peines soulagées,
vestido de fiesta Mon joli faubourg
mi lindo arrabal. S’habillera de fête.

41
Remerciements à Enrique Lataillade

84
Cuesta abajo (1934) Mauvaise pente42

Paroles de Alfredo le Pera Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Carlos Gardel

Si arrastré por este mundo Si j’ai traîné de par le monde


la vergüenza de haber sido La honte d’avoir été
y el dolor de ya no ser. Et la douleur de n’être plus
bajo el ala del sombrero Combien de fois j’ai caché
cuantas veces embozada Dans l’ombre de mon chapeau
una lágrima asomada Le jaillissement d’une larme
yo no pude contener. Que je ne pouvais contenir
Si crucé por los caminos Si j’ai erré par les chemins
como un paria que el destino Comme un paria que le destin
se empeñó en deshacer, S’acharnait sans cesse à détruire
si fuí flojo, si fuí ciego, Si j’ai été faible et aveugle
sólo quiero que hoy comprendan Je veux seulement qu’on comprenne
el valor que representa La dignité que me donne
el coraje de querer. Le courage de l’aimer.

Era, para mi la vida entera, Elle était pour moi la vie entière
como un sol de primavera Comme un soleil de printemps
mi esperanza y mi pasión. Mon espérance et ma passion.
Sabía, que en el mundo no cabía Le monde entier n’aurait pas suffi
toda la humilde alegría Pour contenir toute l’humble joie
de mi pobre corazón. Qui sortait de mon pauvre cœur
Ahora, cuesta abajo en mi rodada Aujourd’hui, roulant sur la pente,
las ilusiones pasadas Je n’arrive pas à arracher
ya no las puedo arrancar. Les illusions d’autrefois.
Sueño, con el pasado que añoro Je rêve, perdu dans mes regrets
el tiempo viejo que lloro Au temps passé que je pleure
y que nunca volverá. Et qui ne reviendra jamais.

Por seguir tras de sus huellas Pour la suivre sur son chemin
yo bebí incansablemente J’ai bu inlassablement
en mi copa de dolor; Dans la coupe de la douleur
pero nadie comprendía Mais quelqu’un pourra-t-il comprendre
que si todo yo lo daba, Que si je donnais tout de moi
en cada vuelta dejaba J’abandonnais, à chaque fois
pedazos de corazón... Un autre morceau de mon cœur…
Ahora triste en la pendiente, Aujourd’hui triste, sur le déclin,
solitario y ya vencido, Solitaire et déjà vaincu,
yo me quiero confesar; Je voudrais me confesser :
si aquella boca mentía Même si cette bouche mentait
el amor que me ofrecía Lorsqu’elle m’offrait son amour
por aquellos ojos brujos Pour ce regard ensorcelant
yo habría dado siempre más... J’aurais donné toujours plus….

42
Remerciements à Enrique Lataillade

85
El día que me quieras (1935) Le jour où tu m’aimeras43

Paroles de Alfredo Le Pera Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Carlos Gardel

Acaricia mi ensueño Il caresse mes rêves


el suave murmullo de tu suspirar. Le doux murmure de ta respiration.
¡Cómo ríe la vida Comme sourit la vie
si tus ojos negros me quieren mirar ! Lorsque tes beaux yeux noirs cherchent à me regarder !
Y si es mío el amparo Quand je suis à l’abri
de tu risa leve que es como un cantar, De ton rire léger qui berce comme un chant
ella aquieta mi herida, Mes blessures s’apaisent,
todo, todo se olvida... Et tout, oui, tout s‘oublie.

El día que me quieras Le jour où tu m’aimeras


la rosa que engalana, La rose qui embaume
se vestirá de fiesta Revêtira, joyeuse,
con su mejor color. Ses plus belles couleurs
Y al viento las campanas Les cloches dans le vent
dirán que ya eres mía, Diront que tu es mienne,
y locas las fontanas Et les folles fontaines
se contarán tu amor. Conteront ton amour.

La noche que me quieras Le jour où tu m’aimeras


desde el azul del cielo, Depuis l’azur du ciel
las estrellas celosas Les étoiles jalouses
nos mirarán pasar. Nous verront cheminer.
Y un rayo misterioso Une lueur mystérieuse
hará nido en tu pelo, Habitera tes cheveux
luciérnaga curiosa Curieuse luciole qui verra
que verá que eres mi consuelo. Que tu es mon réconfort.

El día que me quieras Le jour où tu m’aimeras


no habrá más que armonía. Ne sera qu’harmonie.
Será clara la aurora L’aurore sera claire
y alegre el manantial. Les sources seront gaies
Traerá quieta la brisa La brise apportera
rumor de melodía. L’écho des mélodies
Y nos darán las fuentes Les fontaines offriront
su canto de cristal. Le cristal de leur chant.

El día que me quieras Le jour où tu m’aimeras


endulzará sus cuerdas L’oiseau musicien
el pájaro cantor, Adoucira sa voix,
florecerá la vida La vie refleurira
no existirá el dolor. La douleur s’apaisera.

La noche que me quieras La nuit où tu m’aimeras


desde el azul del cielo, Depuis l’azur du ciel
las estrellas celosas Les étoiles jalouses
nos mirarán pasar. Nous verront cheminer.
Y un rayo misterioso Une lueur mystérieuse
hará nido en tu pelo. Habitera tes cheveux.
Luciérnaga curiosa que verá Curieuse luciole qui verra
que eres mi consuelo. Que tu es mon réconfort.

43
Remerciements à Enrique Lataillade

86
Lejana tierra mía (1935) Ma terre lointaine44

Paroles de Alfredo Le Pera Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Carlos Gardel

Lejana tierra mía Oh ! Ma terre lointaine


Bajo tu cielo, En dessous de ton ciel,
Bajo tu cielo, En dessous de ton ciel,
Quiero morirme un día Je veux mourir un jour
Con tu consuelo, Dans ton réconfort,
Con tu consuelo. Dans ton reconfort.
Y oír el canto de oro Ecouter la chanson dorée
De tus campanas que yo añoro. De tes cloches qui me manquent tant ;
No sé si al contemplarte Je ne sais si, en te contemplant,
Al regresar A mon retour,
Sabré reir o llorar. Je vais rire ou pleurer …

Silencio de mi aldea Silence de ma bourgade


Que sólo quiebra Que troublait seulement
La serenata La sérénade
De un ardiente Romeo D’un ardent Roméo
Bajo una dulce Sous une douce
Luna de plata. Lune d’argent.
En un balcón florido Sur un balcon fleuri
Se oye el murmullo On entendait le murmure
De un juramento, D’un serment échangé
Que la brisa llevó con el rumor Que la brise emporta avec les échos
De otras cuitas de amor. D’autres peines d’amour

Siempre está Le balcon


El balcón Est toujours là
Con su flor Avec ses fleurs
Y su sol... Et son soleil...
Tú no estás, Mais tu n’es pas là,
Faltas tú... Tu me manques,
¡Oh mi amor !... Oh ! Mon amour…

Lejana tierra mía Terre lointaine


De mis amores De mes amours,
¡ Cómo te nombro ! Je dis ton nom !
En mis noches sin sueño Pendant mes nuits sans sommeil
Con las pupilas Avec ces fantômes
Llenas de asombro. Qui passent devant mes yeux.
Dime, estrellita mía, Dis-moi, mon étoile,
Que no son vanas Que mes espérances
Mis esperanzas; Ne sont pas vaines
Que tú sabes que pronto Que tu le sais bien
He de volver Que je reviendrai bientôt
A mi viejo querer. Vers mon ancien amour…

44
Remerciements à Enrique Lataillade

87
Sus ojos se cerraron (1935) Ses yeux se sont fermés45

Musique de Carlos Gardel Traduction de Fabrice Hatem


Paroles de Alfredo Le Pera

Sus ojos se cerraron Ses yeux se sont fermés


y el mundo sigue andando, Et la terre tourne encore.
Su boca que era mía Sa bouche qui était mienne
ya no me besa más. Ne m’embrassera plus.
Se apagaron los ecos Dispersés les échos
de su reír sonoro De son rire sonore
y es cruel este silencio Dans ce cruel silence
que me hace tanto mal ! Qui me fait tant de mal…
Fue mía la piadosa Elle m’offrait la piété
dulzura de sus manos, De ses douces mains,
que dieron a mis penas Qui bercèrent mes peines,
caricias de bondad, Caresses de bonté.
y ahora que la evoco Quand j’y pense aujourd’hui,
hundido en mi quebranto, Noyé dans ma détresse,
las lágrimas trenzadas Mes larmes enchevêtrées
se niegan a brotar, Ne veulent pas jaillir,
y no tengo el consuelo M’ôtant le réconfort
de poder llorar ! De pouvoir la pleurer.

Por qué sus alas tan cruel quemó la vida! Pourquoi ses ailes brûlées par cette vie cruelle !
por qué esa mueca siniestra de la suerte, Pourquoi cette grimace sinistre du destin…
Quise abrigarla y más pudo la muerte, J’ai voulu la sauver, plus forte fut la mort,
¡cómo me duele y se ahonda mi herida ! Blessure douloureuse et profonde !
Yo sé que ahora vendrán caras extrañas Je sais que vont venir des visages étrangers
con su limosna de alivio a mi tormento, Qui m’offriront l’aumône de leurs mots
todo es mentira, mentira es el lamento... Tout est mensonge, mensonge ces paroles
hoy está solo mi corazón! Aujourd’hui, comme mon cœur est seul !

Como perros de presa Comme des chiens de chasse


las penas traicioneras Les peines à l’affût
celando su cariño Harcelaient sa tendresse
galopaban detrás, Dans une chasse avide
y escondida en las aguas Et cachée dans l’eau claire
de su mirada buena De son regard aimant
la muerte agazapada La mort en embuscade
marcaba su compás. Attendait son moment
En vano yo alentaba En vain ai-je guetté,
febril una esperanza Fébrile, une espérance
clavó en mi carne viva La griffe de la douleur
sus garras el dolor, Se planta dans ma chair
y mientras en la calle Pendant que dans les rues,
en loca algarabía Frénésie et chaos,
el Carnaval del mundo Le carnaval du monde
gozaba y se reía Répandait jeux et rires
burlándose el destino Le destin ricanant
me robó su amor... Me vola son amour…

45
Remerciements à Enrique Lataillade

88
Volver (1935) Revenir

Paroles de Alfredo Le Pera Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Carlos Gardel

Yo adivino el parpadeo Je devine déjà le halo


de las luces que a lo lejos Des lumières lointaines,
van marcando mi retorno. Qui marquent mon retour.
Son las mismas que alumbraron Ce sont les mêmes qui éclairèrent
con sus pálidos reflejos De leurs pâles reflets
hondas horas de dolor. Les heures sombres de ma douleur.
Y aunque no quise el regreso, Et même si je n’ai pas souhaité ce retour,
siempre se vuelve al primer amor. On revient toujours vers son premier amour.
La quieta calle donde el eco dijo : Vers la rue tranquille où l´écho dit :
tuya es su vida, tuyo es su querer, “A toi est sa vie, à toi est son amour”,
bajo el burlón mirar de las estrellas Sous le regard moqueur des étoiles
que con indiferencia hoy me ven volver. Qui me voient revenir avec indifférence.

Volver, Revenir,
con la frente marchita, Avec le front marqué
las nieves del tiempo Les neiges du temps
platearon mi sien. Plaquées sur mes tempes.
Sentir, Sentir
que es un soplo la vida, Que la vie n’est qu’un souffle,
que veinte años no es nada, Que vingt ans ne sont rien,
que febril la mirada Que mon regard fébrile,
errante en las sombras Errant dans l’ombre,
te busca y te nombra. Te cherche et dit ton nom.
Vivir, Vivre,
con el alma aferrada Avec l’âme enchaînée
a un dulce recuerdo, A un doux souvenir,
que lloro otra vez. Que je pleure à nouveau.

Tengo miedo del encuentro J’ai peur de la rencontre


con el pasado que vuelve Avec ce passé qui revient
a enfrentarse con mi vida. Défier ma vie.
Tengo miedo de las noches J’ai peur de ces nuits,
que, pobladas de recuerdos, Qui, peuplées de souvenirs,
encadenan mi soñar. Enchaînent mes rêves.
Pero el viajero que huye, Mais le voyageur qui s’enfuit
tarde o temprano detiene su andar. Un jour un l’autre arrête sa marche.
y aunque el olvido que todo destruye, Et, même si l’oubli qui détruit tout
haya matado mi vieja ilusión, A tué mes vieilles illusions,
guardo escondida una esperanza humilde, Je garde cachée une humble espérance,
que es toda la fortuna de mi corazón. Qui est toute la fortune de mon coeur.

89
Por una cabeza (1935) Juste pour une tête46

Musique de Carlos Gardel Traduction de Fabrice Hatem


Paroles de Alfredo Le Pera.

Por una cabeza, Juste pour la tête


De un noble potrillo D’un poulain racé
Que justo en la raya Qui, près de la ligne
Afloja al llegar Flanche à l’arrivée
Y que al regresar Et qui, revenant
Parece decir, A l’air de me dire
No olvidés, hermano, N’oublie pas, mon vieux,
vos sabés, no hay que jugar... Tu sais bien, il ne faut pas jouer…
Por una cabeza, Juste pour une tête,
Metejón de un día, Toquade d’un jour,
De aquella coqueta De cette coquète
Y burlona mujer Et moqueuse femme
Que al jurar sonriendo, Qui jure en souriant
El amor que está mintiendo Son mensonge d’amour
Quema en una hoguera J’ai brûlé ma passion
Todo mi querer. Comme sur un bûcher.

Por una cabeza Juste pour une tête,


Todas las locuras. Toutes les folies
Su boca que besa, Ses baisers, sa bouche
Borra la tristeza, Effacent la tristesse
Calma la amargura. Calment l’amertume
Por una cabeza Juste pour une tête,
Si ella me olvida Si elle m’oublie
Qué importa perderme, Qu’importe de perdre
Mil veces la vida Mille fois la vie
Para qué vivir... A quoi sert de vivre…

Cuántos desengaños Tant de déceptions,


Por una cabeza Juste pour une tête
Yo juré mil veces J’ai juré mille fois
No vuelvo a insistir, De ne pas insister
Pero si un mirar Mais si son regard
Me hiere al pasar, Me brûle au passage
Sus labios de fuego Ses lèvres de feu.
Otra vez quiero besar. M’attireront encore.
Basta de carreras, J’abandonne le turf,
Se acabó la timba, Le jeu c’est fini,
¡Un final reñido Je ne veux plus jamais
Ya no vuelvo a ver! Perdre sur le fil,
Pero si algún pingo Mais si j’ai un tuyau
Llega a ser fija el domingo, Bien sûr pour dimanche,
Yo me juego entero Je le jouerai gagnant,
¡ Que le voy a hacer !… Pas d’hésitation ! ! !

46
Remerciements à Danielle Serfati

90
Volvió una noche (1935) Elle revint une nuit

Paroles de Alfredo Le Pera Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Carlos Gardel

Volvió una noche, no la esperaba, Elle revint une nuit, je ne l’attendais pas
había en su rostro tanta ansiedad Il y avait sur son visage tant d’anxiété
que tuve pena de recordarle Que j’eus de la peine à me souvenir
lo que he sufrido con su impietad. Combien j’avais souffert de sa trahison
Me dijo humilde, si me perdonas, Humble, elle me dit : si tu me pardonnes,
el tiempo viejo otra vez vendrá Les anciens temps refleuriront
la primavera es nuestra vida, Notre vie sera comme un printemps
verás que todo nos sonreirá. Tu verras, tout nous sourira

Mentira, mentira, yo quise decirle, « Mensonges, mensonges », voulais-je lui dire,


las horas que pasan ya no vuelven más Les heures anciennes ne reviennent jamais
y así mi cariño al tuyo enlazado Et mon amour au tien enlacé
es sólo un fantasma del viejo pasado N’est qu’un fantôme d’un passé disparu.
que ya no se puede resucitar. Et qui ne peut ressusciter.
Callé mi amargura y tuve piedad Je tus mon amertume et j’eus pitié.
sus ojos azules, muy grandes se abrieron. Ses yeux bleus s’ouvrirent très grands
Mi pena inaudita pronto comprendieron Et bientôt comprirent ma peine silencieuse
y con una mueca de mujer vencida Et avec une grimace de femme vaincue
me dijo: Es la vida. Y no la ví más. Elle me dit : c’est la vie. Et je ne la vis plus.

Volvió esa noche, nunca la olvido, Elle revint une nuit, je ne l’oublierai jamais
con la mirada triste y sin luz Avec son regard triste et sans lumière
y tuve miedo de aquel espectro Et j’eus peur de ce spectre
que fue locura en mi juventud. Qui fut le soleil de ma jeunesse
Se fué en silencio, sin un reproche, Elle s’en fut silencieuse, sans un reproche
busqué un espejo y me quise mirar Je cherchais un miroir et je voulus me regarder.
había en mi frente tantos inviernos Il y avait sur mon front tant d’hivers
que también ella tuvo piedad. Que peut-être elle aussi avait eu pitié.

91
José Gonzáles Castillo et Cátulo Castillo
(1885-1937 et 1906-1975)

92
Organito de la tarde (1924) Petite orgue du soir

Paroles de José González Castillo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Cátulo Castillo

Al paso tardo de un pobre viejo Au pas lent d’un pauvre vieux


puebla de notas el arrabal, L’organito du crépucule
con un concierto de vidrios rotos, Dans un concert de vieille guimbarde,
el organito crepuscular. Peuple le faubourg de ses notes.
Dándole vueltas a la manija Et en tournant la manivelle
un hombre rengo marcha detrás, Un cul de jatte marche derrière
mientras la dura pata de palo Pendant que sa dure jambe de bois
marca del tango el compás. Marque le rythme du tango.

En las notas de esa musiquita Et cette petite musique


hay no sé que vaga sensación, Donne la vague sensation
que el barrio parece Que le tout quartier paraît
impregnarse todo de emoción. S’imprégner d’émotion.
Y es porque son tantos los recuerdos Car il y a tant de souvenirs
que a su paso despertando vá, Qui que réveillent à son passage
que llena las almas Et remplissent les âmes
con un gran deseo de llorar. D’un grand désir de pleurer..

Y al triste son Et au triste son


de esa canción De sa chanson
sigue el organito lerdo L’organito avance lentement
como sembrando a su paso Comme en semant sur ses pas
más pesar en el recuerdo, Plus de chagrins dans le souvenir
más color en su ocaso. Plus de couleurs dans son crépuscule.
Y allá se vá, Et il va vers le lointain,
de su tango al son, Au son de ses tangos
como buscando la noche Comme recherchant la nuit
que apagara su canción. Qui éteindra sa chanson.

Cuentan las viejas que todo lo saben Elles disent, ces vieilles qui savent tout
y que el pianito junta a charlar, Et qui se rassemblent pour causer
que aquel viejito tuvo una hija Que ce petit vieux avait une fille
que era la gloria del arrabal. Qui était la gloire du faubourg
Cuentan que el rengo, que era su novio Elles disent que le boîteux était son fiancé
y que en el corte no tuvo igual… Que pour les « corte » il n’avait pas d’égal
Supo con ella y en las milongas Il sut avec elle dans les milongas
con aquel tango reinar. Régner avec ce tango.

Pero vino un día un forastero Mais un jour vint un étranger


bailarín, buen mozo y peleador, Danseur bien fait et fier-à-bras
que en una milonga Qui dans une milonga
compañera y pierna le quitó. Lui prit sa compagne et sa jambe.
desde entonces padre y novio Depuis lors le père et le fiancé
van buscando por el arrabal Cherchent partout dans le faubourg
la ingrata muchacha, L’ingrate fille
al compás de aquel tango fatal. Au rythme de ce tango fatal.

93
Griseta (1924) Grisette

Paroles de José Gonzáles Castillo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Enrique Delfino

Mezcla rara de Museta y de Mimí Mélange curieux de Musette et de Mimi


con caricias de Rodolfo y de Schaunard, Avec les caresses de Rodolphe et de Schaunard
era la flor de París, Elle était la fleur de Paris
que un sueño de novela trajo al arrabal. Qu’un rêve de roman mena jusqu' à l’arrabal.
Y en el loco divagar del cabaret Et dans la folle divagation du cabaret
el arrullo de algún tango compadrón Au roucoulement de quelques tangos complices
alentaba una ilusión : Elle nourrissait une illusion,
soñaba con Des Grieux Elle se rêvait avec Des Grieux
quería ser Manón. Elle voulait être Manon.

Francesita… Petite Francaise…


Que trajiste pizpireta Tu apportas, joyeuse,
sentimental y coqueta Sentimentale et coquette
la poesía del Quartier... La poésie du quartier...
Quién diría Qui eut dit
que tu poema de griseta Que ton poème de Grisette
sólo una estrofa tendría : N’aurait qu’une seule strophe :
la silenciosa agonía L’agonie silencieuse
de Margarita Gauthier... De Margueritte Gauthier…

Más la fría sordidez del arrabal, Mais le froid sordide du faubourg,


agostando la pureza de su fé, Desséchant la pureté de son espérance
sin hallar a su Duval Sans qu’elle ait trouvé son Duval,
secó su corazón lo mismo que un Muget... Sécha son cœur comme un muguet…
Y una noche de champán y de cocó47, Et une nuit de champagne et de coco
al arrullo funeral de un bandoneón, Au roucoulement funèbre d’un bandonéon
pobrecita se durmió, Elle s’endormit, la pauvrette,
lo mismo que Mimí, Pareille à Mimi
lo mismo que Manón. Pareillle à Manon.

47
Cocaïne.

94
Silbando (1925) En sifflotant

Paroles de José González Castillo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Cátulo Castillo et Sebastián Piana

Una calle en Barracas48 al Sud, Une rue dans Barracas, au sud,


una noche de verano, Une chaude nuit d’été
cuando el cielo es más azul Quant le ciel est plus beau
y más dulzón el canto del barco italiano... Et plus doux le chant des bâteleurs italiens…
Con su luz mortecina, un farol Un lampadaire avec sa lumière moribonde
en la sombra parpadea Clignotte faiblement dans l’ombre
y en un zaguán Et sous un portail
esta un galán Un amoureux
hablando con su amor... Parle avec sa bien-aimée…

Y, desde el fondo del Dock, Et depuis le fond du dock


gimiendo un lánguido lamento, Pleurant son triste lamento,
el eco trae el acento L’écho amène l’accent
de un monótono acordeón… D’un monotone accordéon.
y cruza el cielo el aullido Et le cri d’un chien vagabond
de algún perro vagabundo S’en va déchirant le ciel
y un reo meditabundo Et un rôdeur méditatif
va silbando una canción... Marche en sifflotant sa chanson…

Una calle... Une rue…


Un farol... Un lampadaire...
Ella y el... Elle et lui…
y, llegando sigilosa, Et, s’approchant, furtive,
la sombra del hombre aquél Voici l’ombre de cet homme
a quien lo traicionó Qui fut trahi un jour
una vez la ingrata moza… Par cette ingrate fille
Un quejido y un grito mortal… Une plainte et un cri mortels
y, brillando entre la sombra, Et, transperçant la pénombre,
el relumbrón Brille le reflet
con que un facón De ce poignard
dá su tajo fatal... Qui donne le coup fatal…

…Y desde el fondo del Dock, …Et depuis le fond du dock


gimiendo un lánguido lamento, Pleurant un triste lamento,
el eco trae el acento L’écho amène l’accent
de un monótono acordeón... D’un monotone accordéon…
Y, al son que el fuelle rezonga Et, dans le souffle de ce son grogneur,
y en el eco se prolonga Dont l’écho résonne et se prolonge,
el alma de la milonga C’est l’âme de la milonga
va cantando su emoción. Qui chante son émotion.

48
Quartier mal fâmé du sud de Buenos Aires.

95
Tinta roja (1941) Couleur rouge50

Paroles de Cátulo Castillo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Sebastian Piana

Paredón, Oh ! Long mur…


tinta roja en el gris Tâche rouge dans le gris
del ayer... Du passé…
Tu emoción Ton émotion
de ladrillo, feliz De brique, heureuse,
sobre mi callejón, Jetée comme une rature
con un borrón, Au dessus de la ruelle
pintó la esquina... A coloré mon carrefour ;
Y el botón Et ce pandore
que en el ancho de la noche Qui marche au cœur de la nuit
puso el filo de la ronda Et boucle sa ronde nocturne
como un broche... Comme avec une broche d’or.
Y aquel buzón Et cette boîte
carmín, Aux lettres, carmin,
y aquel fondín Et ce troquet
donde lloraba el tano Où le rital pleurait
un rubio amor lejano Son blond amour lointain
que mojaba con bon vin49. Qu’il noyait dans le mauvais vin.

¿Dónde estará mi arrabal?... Où est passé mon faubourg ?


¿Quién se robó mi niñez?... Qui m’a volé mon enfance ?
¿En qué rincón, luna mía, Dans quel recoin, lune chère,
volcás, como entonces, Verses-tu comme autrefois
tu clara alegría? Ta joie claire ?
Veredas que yo pisé, Trottoirs où je marchais,
malevos que ya no son, Voyous aujourd’hui disparus,
bajo tu cielo de raso Sous la douceur de ton ciel
trasnocha un pedazo Dans la nuit du passé
de mi corazón... C’est un peu de mon cœur qui veille…

Paredón, Oh ! Long mur…


tinta roja en el gris Tâche rouge dans le gris
del ayer... Du passé…
Borbotón Blessure
de mi sangre infeliz D’où coulait mon sang malheureux
que vertí en el malvón Que je versai sur le liseron
de aquel balcón De ce balcon
que la escondía... Qui la cachait…
Yo no sé Je ne sais
si fue negro de mis penas, Si fut rouge de mes veines
o fue rojo de tus venas Ou fut noire de mes peines
mi sangría... Cette saignée.
Por qué llegó y se fué tras el carmín Elle est venue, elle est partie dans le carmin
y el gris Et dans le gris
fondín lejano Troquet lointain
donde lloraba un tano Où un rital noyait
sus nostalgias de bon vin! Sa nostalgie dans le mauvais vin.

49
Marque de vin de table de basse qualité, consommé dans les
50
milieux populaires Remerciements à Liliana Rago.

96
Café de los angelitos (1944) Café de los angelitos

Paroles de Cátulo Castillo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de José Razzano

Yo te evoco, perdido en la vida, Je t’évoque, perdu dans la vie,


y enredado en los hilos del humo, Enveloppé par les volutes du cigare
frente a un grato recuerdo que fumo Je fume, face à un cher souvenir,
y a esta negra porción de café. Et à cette tasse noire de café..

!Rivadavia y Rincón!... Vieja esquina Rivadavia et Rincón ! Vieux coin de rue


de la antigua amistad que regresa, Où revient l’ancienne amitié,
coqueteando su gris en la mesa que está Faisant sa vieille coquette à cette table
meditando en sus noches de ayer. Qui semble méditer sur les nuits d’autrefois…

!Café de los angelitos! Cafe de los Angelitos


!Bar de Gabino y Cazón! Bar de Gabino et Cazón !
Yo te alegré con mis gritos Je t’ai animé de mes clameurs
en los tiempos de Carlitos Au temps de Carlito51
por Rivadavia y Rincón. Entre Rivadavia et Rincón

¿Tras de qué sueños volaron? Vers quels rêves se sont-elles envolées ?...
¿En que estrella andarán? Vers quelles ruelles sont-elles partis ?…
Las voces que ayer llegaron Les voix qui hier s’en vinrent
y pasaron, y callaron, Et passèrent et se sont tues
¿dónde están? Où sont-elles ?
¿Por que calle volverán? Par quelles rues reviendront-elles ?

Cuando llueven las noches su frío Quand les nuits versent leur froideur
vuelvo al mismo lugar del pasado, Je reviens vers ces lieux du passé,
y de nuevo se sienta a mi lado Et à nouveau s’asseoit à mes côtés
Bettinoti, templando la voz. Betinotti, jouant de sa voix…

Y en el dulce rincón que era mío Dans dans ce doux recoin qui était mien,
su cansancio la vida bosteza, La vie fatiguée prenait son repos.
porque nadie me llama a la mesa de ayer. Pourquoi personne ne m’appelle à la table d’hier ?…
Porque todo es ausencia y adiós. Pourquoi tout est-il absence et adieu ?…

51
Surnom affectueux de Carlos Gardel

97
María (1945) Maria52

Paroles de Cátulo Castillo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Aníbal Carmelo Troilo

Acaso te llamaras solamente María; Peut-être t’appelais-tu seulement Maria


no sé si eras el eco de una vieja canción, Je ne sais si tu étais l’écho d’une vieille chanson
pero hace mucho, mucho, fuiste hondamente mía Mais il y a longtemps, longtemps, tu fus profondément mienne
sobre un paisaje triste, desmayado de amor. Dans un paysage triste, évanoui d’amour.

El otoño te trajo mojando de agonía L’automne t’apporta, mouillant de souffrance


tu sombrerito pobre y el tapado marrón…. Ton pauvre petit chapeau et ton manteau marron…
Eras como la calle de la melancolía Tu étais comme la voix de la mélancolie
que llovía, llovía sobre mi corazón. Qui pleuvait, pleuvait sur mon cœur

María, Maria,
en las sombras de mi pieza Dans la pénombre de ma chambre
es tu paso el que regresa, J’entends tes pas qui reviennent ;
María, Maria,
es tu voz pequeña y triste, C’est ta voix, petite et triste,
la del día que dijiste: Celle du jour où tu as dit :
«Ya no hay nada entre los dos »... Il n’y a plus rien entre nous
María, Maria…
la más mía… la lejana… La plus mienne... la lointaine…
¡Si volviera otra manaña Si tu revenais un autre matin
por las calles del adiós ! Par les rues de l’adieu ! ! !

Tus ojos eran puertos que aguardaban, ausentes Tes yeux étaient des ports qui veillaient, absents,
su horizonte de sueños y un silencio de flor Sur leur horizon de rêves et un silence de fleur
pero tus manos buenas regresaban clementes Mais tes bonnes mains revenaient, clémentes,
para curar mi fiebre, desteñidas de amor. Pour soigner ma fièvre, toutes usées d’amour,

Un otoño te trajo… Tu nombre era María, Un automne t’apporta… Ton nom était Maria
y nunca supe nada de tu rumbo infeliz... Et jamais je ne sus rien de ton chemin malheureux
¡Si eras como el paisaje de la melancolía Tu étais comme le paysage de la mélancolie
que llovía, llovía sobre la calle gris. Qui pleuvait, pleuvait sur la rue grise ! ! !

52
Remerciements à Mariana Bustelo et Enrique Lataillade

98
La última curda (1956) La dernière cuite 53

Paroles de Cátulo Castillo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Aníbal Carmelo Troilo

Lastima, bandoneón, Elle blesse mon cœur,


mi corazón. Bandonéon..
tu ronca maldición maleva... Ta rauque et mauvaise malédiction
Tu lágrima de ron me lleva Ta larme de rhum me transporte
hasta el hondo bajo fondo, Jusqu’au fond du bas-fond
donde el barro se subleva... Où la boue se révolte…
Ya sé... No me digás... ¡Tenés razón!... Je sais. Ne me dis rien. Tu as raison.
La vida es una herida absurda, La vie est une blessure absurde
y es todo, todo, tan fugaz, Et tellement fugace
que es una curda Que ce n’est qu’une cuite,
- ¡nada más!- - Rien de plus -
mi confesión. Ma confession !…

Contame tu condena, Conte-moi ta douleur


decime tu fracaso, Dis-moi ton échec,
¿ no ves la pena ….Ne vois-tu pas la peine
que me ha herido?... Qui m’a blessé ?…
Y hablemos simplemente Et parlons simplement
de aquel amor ausente De cet amour absent
como un retazo Comme un morceau
del olvido... De l’oubli...
¡Ya se que me hacés daño!... Je sais que tu me fais mal !…
Ya sé que te lastimo Je sais que je te blesse
diciendo mi sermón de vino!... En pleurant mon sermon de vin !…
Pero es el viejo amor Mais c’est le vieil amour
que tiembla, bandoneón, Qui tremble, bandonéon,
y busca en un licor que aturda, Et cherche dans l’ivresse de l’alcool,
la curda que al final La cuite qui, à la fin,
termine la función Termine la comédie,
¡corriéndole un telón En baissant un rideau
al corazón!... Sur le cœur !…

Un poco de recuerdo Un peu de souvenir


y sinsabor Et, tristement,
gotea tu rezongo lerdo… Ton grognement lourd résonne goutte à goutte
Marea tu licor Ta liqueur enivre
y arrea Et excite
la tropilla de la zurda Les palpitements du cœur.
al volcar la última curda... Tandis qu’on verse la dernière cuite…
Cerrame el ventanal, Ferme-moi ce volet,
que quema el sol Le soleil brûle
su lento caracol Avec son lent défilé
de sueño... De rêves….
No ves que vengo de un país Ne vois-tu pas que je viens d’un pays
que está de olvido, Où tout s’oublie,
siempre gris, Où tout est gris,
tras el alcohol. Au delà de l’alcool.

53
Remerciements à Mariana Bustelo et Enrique Lataillade

99
El último café (1963) Le dernier café

Paroles de Cátulo Castillo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Héctor Stamponi

Llega tu recuerdo en torbellino. Ton souvenir arrive comme un tourbillon.


Vuelve en el otoño a atardecer... Il revient dans un après-midi d’automne…
Miro la garúa y mientras miro Je regarde la pluie et pendant que je regarde,
gira la cuchara de café... Tourne la cuiller à café…

Del último café Du dernier café


que tus labios, con frío Que tes lèvres, froidement,
pidieron esa vez Ont demandé, cette fois,
con la voz de un suspiro... Avec une voix soupirante…
Recuerdo tu desdén. Je me souviens de ton indifférence.
Te evoco sin razón, Je t’évoque sans raison
Te escucho sin que estés; Je t’écoute, sans que tu sois là
"Lo nuestro terminó", « Notre histoire est terminée »
dijiste en un adiós Dis-tu dans un adieu
de azúcar y de hiel... De sucre et de glace…
Lo mismo que el café, Et tourne le café,
que el amor, que el olvido… ! Comme l’amour, comme l’oubli,
que el vértigo final Comme le vertige final
de un rencor sin porqué... D’une rancœur sans raison…
Y allí con tu impiedad, Et alors, murée dans ta dureté,
me ví morir de pie, Je me suis vu mourir sur place.
medí tu vanidad, J’ai maudit ta vanité,
y entonces comprendí mi soledad Et j’ai compris ma solitude
sin para qué... Sans raison...
Llovía, y te ofrecí el último café… ! Il pleuvait, et je t’ai offert le dernier café….

100
Enrique Cadícamo (1900-2003)

101
¡Ché papusa, oí ! (1927) Ecoute, la belle fille !

Paroles de Enrique Domingo Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Gerardo Hernán Matos Rodríguez

Muñeca, Muñequita papusa, que hablás con zeta, Petite poupée qui parle avec l’accent français
Y que con gracia posta batís « mishé »54, Qui, pleine de charme, demande plus au « miché »
Que con tus aspavientos de pandereta Qui, avec tes gestes étudiés d’opérette,
Sos la milonguerita de más « chiqué »54 Est la milonguera la plus « chouette »,
Trajeada de bacana bailás con corte Habillée comme une riche, tu danses avec des « corte »
Y por raro esnobismo tomás « prissé »54, Par snobisme, la coco tu t’es mise à priser
Y que en un auto camba de Sur a Norte, En auto, du nord au sud, tu vas te ballader
Paseás como una dama de gran « caché »54. En te pavanant comme une dame de grand « cachet »

¡Ché papusa,.. oí! Ecoute, la belle fille !


Los acordes melodiosos Les accords mélodieux
Que modula el bandoneón… Que module le bandonéon…
¡Ché papusa,.. oí! Ecoute, la belle fille !
Los latidos angustiosos Les battements anxieux
De mi pobre corazón. De mon pauvre cœur

¡Che papusa,.. oí! Eh, la belle fille !


Como surgen de este tango Comme surgissent de ce tango
Los pasajes de tu ayer... Les paysages du passé !
Si entre el humo del ambiente Si dans l’ivresse du moment
hoy te arrastra la corriente… Le courant te porte aujourd’hui..
¡mañana te quiero ver !... Demain je voudrais te voir !...

Milonguerita linda, papusa y breva, Milonguita piquante, belle, éphémère,


Con ojos almendrados de « pipermín », Avec et yeux picaresques couleur « pipermint »
De parla afranchutada, pinta maleva, Qui parle comme une française, gueule d’amour,
Y boca pecadora color carmín; Bouche pécheresse, couleur carmin…
Engrupen tus alhajas en la milonga Tes bijoux tournent les têtes dans les milongas
Con fino faroleo brillanteril, Avec le brillant de leur éclat
Y al bailar esos tangos de meta y ponga Et en dansant ces tangos, pleine d’allant,
¡volvés otario al vivo y al rana gil !... Tu transformes en imbéciles les plus malins!

54
Termes de lunfardo venus du français.

102
Muñeca brava (1928) Fière poupée

Paroles de Enrique Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Luis Visca

Che, madam que parlás en francés Eh ! Madame qui parle en français


y tirás ventolín a dos manos, Et jettes le pognon à pleines main…
que cenás con champán bien frappé Tu dine avec du champagne bien frappé
y en el tango enredás tu ilusión... Et dans le tango tisses tes illusions…
Sos un biscuit de pestañas muy arqueadas, T’es un biscuit de porcelaine avec de jolies lignes,
muñeca brava, ¡bien cotizada! Fière poupée, bien côtée,
Sos del Trianón... del Trianón de Villa Crespo T’es du Trianon.. du Trianon de Villa Crespo
Che, vampiresa... juguete de ocasión... Eh ! la vampiresse, petit jouet de passage !!

Tenés un camba que te hace gustos T’as un qué-fri qui te paie ce que tu veux
y veinte abriles que son diqueros Et tes vingt ans qui donnent envie
y bien repleto tu monedero Et t’as un portefeuille bien rempli
pa'patinarlo de Norte a Sur... Que tu balades du nord au sud…
Te baten todos Muñeca Brava Y t’appellent tous la fière poupée
porque a los giles mareás sin grupo... Parce qu’aux idiots tu fais tourner la tête…
Pa'mi sos siempre la que no supo Mais pour moi tu est celle qui n’a pas su
guardar un cacho de amor y juventud. Garder un bout de jeunesse et d’amour.

Campaneá que la vida se va Mire la vie qui n’en va


Regarde ta chouette silhouette…
y enfundá tu silueta sin rango...
Y si el llanto te viene a buscar, Et si les larmes te viennent
olvidáte, muñeca, y reí, Oublie, tout, poupée, et rie,
meta champán que la vida se te escapa, Verse du champagne pendant que la vie s’échappe,
muñeca brava, flor de pecado... Fière poupée, fleur de péché…
Cuando llegués al final de tu carrera Quand t’arriveras au bout de ta carrière,
Tu verras se faner tes printemps.
tus primaveras verás languidecer.

103
Nunca tuvio novio (1930) Jamais elle n’a trouve de fiancé

Paroles de Enrique Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Agustín Bardi

Pobre solterona te has quedado Pauvre vieille fille tu es restée


sin ilusión, sin fe... Sans illusion, sans espoir..
Tu corazón de angustia se ha enfermado, Ton cœur devenu malade d’angoisse,
puesta de sol es hoy tu vida trunca... Ta vie ratée est comme un crépuscule
Sigues, como entonces, releyendo Tu continues, comme hier, à relire
el novelón sentimental Ce roman sentimental,
en el que una niña aguarda en vano Dans laquelle une fille attend en vain
consumida por un mal Consumée par un mal
de amor... D’amour…

En la soledad Dans la solitude


de tu cuarto de soltera está el dolor... De ta chambre de célibataire il y a la douleur…
Triste realidad Triste réalité
es el fin de tu jornada sin amor... C’est la fin de ton voyage sans amour…
Lloras, y al llorar, Tu pleures et en pleurant,
van las lágrimas temblando tu emoción... Ton émotion tremble avec les larmes…
y en las hojas de tu viejo novelón Dans les feuilles de ton vieux roman
te ves, sin fuerzas, palpitar. Je vois ton cœur palpiter sans force.
Deja de llorar Cesse de pleurer
por el príncipe soñado que no fuéjunto a tí a volcar Pour le prince charmant qui n’es pas venu
el rivero melodioso de su voz... A tes côtés pour te bercer
Tras el ventanal, Du son mélodieux de sa voix..
mientras pega la llovizna en el cristal, A travers le volet
con tus ojos más nublados de dolor Pendant que le crachin bat la vitre…
soñás un paisaje de amor... Avec tes yeux remplis de douleur
Tu rêves un paysage d’amour…
Nunca tuvo novio... ¡pobrecita !...
¿ Por qué el amor no fué Tu n’as jamais trouvé de fiancé. Pauvre petite !
a su rincón de humilde muchachita Pourquoi l’amour n’est-il pas venu
a reanimar las flores de sus años?... Vers ton humble recoin de femme
Yo, con mi montón de desengaños, Pour ranimer les fleurs de ta vie ?
igual que vos, vivo sin luz, Et moi, avec toutes mes désillusions,
sin una caricia venturosa Comme toi, je vis sans lumière
que me haga olvidar Sans une caresse aimante
mi cruz... Qui me ferait oublier
Ma croix…

104
Anclao en Paris (1931) Echoué à Paris55

Paroles de Enrique Cadícamo. Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Guillermo Desiderio Barbieri

Tirao por la vida de errante bohemio Fatigué par ma vie de bohème errant
estoy, Buenos Aires, anclao en Paris; Je suis, oh Buenos Aires, échoué à Paris
curtido de males, bandeado de apremios, Accablé de malheurs, rongé par les tourments
te evoco desde este lejano país. Je t’évoque depuis ce lointain pays.

Contemplo la nieve que cae blandamente Je contemple la neige qui tombe doucement
desde mi ventana, que dá al bulevar. Depuis ma fenêtre, au dessus du boulevard
Las luces rojizas, con tonos murientes, Les lumières rougeâtres, avec leurs tons mourants
parecen pupilas de extraño mirar. Paraissent des pupilles à l’étrange regard.

Lejano Buenos Aires, ¡que lindo has de estar!… Mon lointain Buenos Aires ! Tu as dû embellir !
Ya van para diez años que me viste zarpar. Cela va faire dix ans que tu m’a vu partir
Aquí, en este Montmartre, Faubourg sentimental, Ici dans ce Montmartre, faubourg sentimental
yo siento que el recuerdo me clava su puñal. Je sens le souvenir me planter son poignard

¡Cómo habrá cambiado tu calle Corrientes! Comme a dû changer ton avenue Corrientes !
¡Suipacha, Esmeralda, tu mismo arrabal!... Suipacha, Esmeralda, et même ton arrabal !
Alguien me ha contado que estás floreciente Quelqu’un m’a dit que tu étais florissante
y un juego de calles se dá en diagonal. Et qu’un jeu de rues se croisent en diagonale…

¡No sabés las ganas que tengo de verte! Si tu savais comme je voudrais te voir !
Aquí estoy parado, sin plata y sin fé Ici je suis bloqué, sans argent, sans espoir..
¡Quién sabe una noche me encane la muerte Qui sait, peut-être une nuit la mort m’emportera
y... chau, Buenos Aires, no te vuelva a ver! Et Tchao, Buenos Aires, je ne te reverrai pas…

55
Remerciements à Nardo Zalko

105
La casita de mis viejos (1931) La petite maison de mes vieux

Parole de Enrique Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan Carlos Cobián

Barrio tranquilo de mi ayer, Quartier tranquille de mon passé,


como un triste atardecer, Comme dans un triste crépuscule,
a tu esquina vuelvo viejo... Je reviens vers ton coin de rue…
Vuelvo más viejo, Je reviens vieilli,
la vida me ha cambiado... La vie m’a changé…
en mi cabeza un poco ' e plata Et m’a laissé sur les cheveux
me ha dejado. Une traînée d’argent.
Yo fuí viajero del dolor Je fus le voyageur de la douleur
y en mi andar soñador Et dans ma route de rêveur
comprendí mi mal de vida, J’ai découvert mon mal de vivre,
y cada beso lo borré con una copa. J’effaçais chaque baiser dans un verre.
Las mujeres siempre son las que matan la ilusión. Les femmes sont toujours celles qui tuent les illusions.

Vuelvo vencido a la casita de mis viejos, Je reviens vaincu à la maison de mes parents
cada cosa es un recuerdo que se agita en mi memoria. Chaque chose est un souvenir qui vient tourmenter ma mémoire
Mis veinte abriles me llevaron lejos... Mes 20 ans sont loin derrière moi…
!Locuras juveniles!!La falta de consejos! Folies de jeunesse ! Le manque de conseils !
Hay en la casa un hondo y cruel sentido huraño, Il y a dans dans la maison un profond et cruel silence,
y al golpear, como un extraño Et quant j’ai frappé, le vieux domestique
me recibe el viejo criado... M’a reçu comme un étranger…
!Habré cambiado totalmente, que el anciano por la vos J’ai tellement changé, que seule ma voix
tan sólo me reconoció! Me fit reconnaître !

Pobre viejita la encontré Ma pauvre vieille, je l’ai rencontrée


enfermita; yo le hablé Malade ; je lui ai parlé
y me miró con unos ojos... Et elle m’a regardé avec des yeux…
Con esos ojos Avec ces yeux
nublados por el llanto, Embrumés par les larmes,
como diciéndome:?Por qué tardaste tanto…? Comme pour me dire : pourquoi as-tu tant tardé ?
Ya nunca más he de partir Maintenant je ne dois plus jamais repartir
y a tu lado he de sentir Et a ton côté je dois sentir
el calor de un gran cariño... La chaleur d’un grand amour…
Sólo una madre nos perdona en esta vida. Seule une mère nous pardonne dans cette vie
!Es la única verdad! C’est la seule vérité !
!Es mentira lo demás! Le reste est mensonge !

106
Madame Ivonne (1933) Madame Yvonne

Paroles de Enrique Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Eduardo Pereyra

Mamuasel Ivonne era una pebeta Mademoiselle Yvonne était une môme,
que en el barrio posta del viejo Montmart, Née dans le chouette quartier du vieux Montmartre
con su pinta brava de alegre griseta, Qui avec son minois de joyeuse grisette,
animó las fiestas de Les Quatre Arts. Animait les fêtes des Quatre Arts..
Era la papusa del Barrio Latino, C’était la plus belle fille du quartier latin
que supo a los puntos del verso inspirar…, Qui sut inspirer les rimes des poètes…
pero fue que un día llegó un argentino Mais un jour arriva un Argentin
y a la francesita la hizo suspirar... Qui fit soupirer d’amour la Française…

Madam Ivonne, Madame Yvonne,


la cruz del sur fue como un sino. La croix du sud fut comme un signe
Madam Ivonne,. Madame Yvonne
fue como el sino de tu suerte... Comme le signe de ton destin
Alondra gris, Hirondelle grise,
tu dolor me conmueve, Ta douleur m’afflige,
tu pena es de nieve… Ta peine est de neige….
Madam Ivonne. Madame Yvonne.

Han pasao diez años que zarpó de Francia. Dix ans ont passé depuis qu’elle vint de France,
Mamuasel Ivonne hoy sólo es Madam, Mademoiselle Yvonne n’est plus que Madame
la que al ver que todo quedó en la distancia, Et en voyant que tout est resté là-bas,
con ojos muy tristes bebe su champán… Elle boit son champagne avec des yeux tristes…
Ya no es la papusa del Barrio Latino, Elle n’est plus la reine du Quartier latin,
ya no es la mistonga florcita de lis... Elle n’est plus la jolie petite fleur de lys…
ya nada le queda... ni aquel argentino Et personne ne l’aime, même cet Argentiin
que entre tango y mate la alzó de París. Qui, entre mate et tango, l’amena de Paris.

107
Nostalgias (1936) Nostalgies

Paroles de Enrique Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan Carlos Cobián

Quiero emborrachar mi corazón par apagar Je veux saoûler mon cœur pour oublier
un loco amor Un amour fou
que más que amor es un sufrir... Qui est une souffrance plus qu’un amour…
Y aqui vengo para eso, Et je viens ici pour cela,
a borrar antiguos besos Pour effacer d’anciens baisers
en los besos de otra boca… Dans les baisers d’une autre bouche…
Si su amor fué « flor de un dia », Si ton amour fut « fleur d’un jour »,
¿ por qué causa es siempre mía Pourquoi porter toujours en moi
esta cruel preocupación ? Cette cruelle obsession ?
Quiero, por los dos, mi copa alzar para olvidar Je veux, pour tous les deux, lever mon verre
mi obstinación… Afin d’oublier mon obstination,
y más la vuelvo a recordar… Et je m’en souviens plus encore…

Nostalgias Nostalgies
de escuchar su risa loca D’écouter son rire fou,
y sentir junto a mi boca, De sentir près de ma bouche,
como un fuego,su respiración... Comme un incendie, sa respiration…
Angustia ; Angoisse,
de sentirme abandonado De me sentir délaissé
y sentir que otro a su lado Et de penser qu’une autre bouche
pronto… pronto le hablará de amor... Bientôt, bientôt, lui parlera d’amour…
Hermano !!! Mon frère !!!
yo no quiero rebajarme, Je ne veux pas m’humilier,
ni pedirle, ni rogarle Ni l’appeler, ni la pleurer
ni decirle que no puedo más vivir... Ni lui dire que je ne pourrai plus vivre.
Desde mi triste soledad veré caer Depuis ma triste solitude je verrai tomber
las rosas muertas de mi juventud. Les roses mortes de ma jeunesse.

Gime, bandoneón, tu tango gris - quizás a tí Dis-moi, bandonéon, ton tango gris - Peut-être toi aussi
te hiera igual…algún amor sentimental... Es-tu blessé… par la nostalgie d’un amour…
Llora mi alma de fantoche, Pleure, mon âme de pantin,
sola y triste en esta noche, Seule et triste dans cette nuit,
noche negra y sin estrellas… Nuit de ténèbres sans étoiles
Si las copas traen consuelo, Puisque la boisson réconforte,
aquí estoy con mi desvelo J’ai apporté mon amertume
para ahogarlo de una vez… Pour la noyer d’un seul coup
Quiero emborrachar al corazón para después Je veux saouler mon cœur pour sans regrets
poder brindar por los fracasos del amor. Pouvoir trinquer à tous les malheurs de l’amour.

108
Niebla del Riachuelo (1937) Brouillard du Riachuelo

Paroles de Enrique Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan Carlos Cobián

Turbio fondeadero donde van a recalar, Mouillage glauque où vont s’échouer,


barcos que en el muelle para siempre han de quedar… Les bateaux qui vont pour toujours rester dans la boue…
sombras que se alargan en la noche del dolor… Ombres qui s’allongent dans la nuit de la douleur…
naufragos del mundo que han perdido el corazón… Naufragés du monde qui ont perdu le cœur …
puentes y cordajes donde el viento viene a aullar… Ponts et cordages où le vent vient hurler…
barcos carboneros que jamás han de zarpar… Bateaux fantômes qui ne largueront jamais les amarres…
torvo cementerio de las naves que al morir Trouble cimetière des bateaux qui en mourrant
sueñan sin embargo que hacia el mar han de partir… Rêvent encore qu’ils vont partir vers la mer…

Niebla del Riachuelo !.. Brouillard du Riachelo ! !


amarrado al recuerdo Amarré au souvenir,
yo sigo esperando… Je continue à attendre…
Niebla del Riachuelo Brouillard du Riachuelo ! ! !
de ese amor, para siempre, De cet amour, pour toujours,
me vas alejando...! Je m’éloigne.. !
Nunca más volvió… Jamais plus elle ne revint
nunca más la vi… Jamais plus je ne la vis…
nunca más su voz nombró mi nombre junto a mí... Jamais plus sa voix ne dit mon nom …
...esa misma voz que dijo "Adiós!". .. Depuis qu’un jour elle dit : « adieu ! ! ! »

Sueña marínero con tu viejo bergantín, Rêve, marin, avec ton vieux brigantin,
bebe tus nostalgias en el sordo cafetín... Tu bois la nostalgie dans ce petit café sordide
Llueve sobre el puerto, mientras tanto, mi canción, Il pleut sur le port, pendant que je chante ma chanson,
llueve lentamente sobre tu desolación... Il pleut lentement sur ma désolation..
Anclas que ya nunca, nunca más, han de levar… Ancres qui jamais, jamais ne doivent se lever..
bordas de lanchones sin amarras que soltar… Rangée de navires qui ne lèveront plus les amarres…
triste caravana sin destino ni ilusión, Triste défilé sans avenir ni espérance,
como un barco preso en la « botella del figón »... Comme un bateau prisonnier de sa bouteille….

109
Tengo mil novias (1939) J’ai mille fiancées

Paroles de Enrique Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Enrique Rodríguez

Yo no se porqué mi corazón hace asi: Je ne sais pourquoi mon cœur bat toujours ainsi :
Tiquitic, tiquitic, Tiquitic, tiquitic,
tiquitic, tiquitic. Tiquitic, tiquitic,
Ese ruido con su repicar Et ce bruit qui m’obsède, moi,
a mí no me deja comer ni dormir... Ne me laisse ni manger ni dormir…
Yo me quiero enseguida casar Je voudrais sur le champ me marier
porque yo con mis novias, señor Mais avec mes fiancées, monsieur,
hay un lío mayor Il y a un problème majeur
Pero qué hago si son como mil Comment faire : il y en a plus de mille
y yo con las mil no me puedo casar? Je ne peux épouser tant de filles…

Me gustan todas Elles me plaisent toutes


(Coro) Le gustan todas. (choeur) Elles lui plaisent toutes
Que voy ha hacerle si soy picaflor... Qu’y puis-je si je suis un charmeur…
Rubias...Morenas... Blondes ou brunes...
(Coro) Tiene centenas... (chœur) plusieurs centaines…
Tengo un surtido de todo color... J’ai un peu de toutes les couleurs…
Tengo mil novias. J’ai mille fiancées,
(Coro) Tiene mil novias. (chœur) Il a mille fiancées.
De los amores yo soy el campeón Des amours moi je suis le champion
muchas novias hermosas yo tengo. Moi j’ai plein de jolies fiancées.
(Coro) El las tiene en la imaginación. (Chœur) Surtout dans son imagination…

Una rubia se quiso matar. Une blonde a voulu se tuer


(Coro) Ja...ja...ja... (Chœur) Ouais...ouais...ouais...
Por mi amor. Par amour
(Coro) Ja...ja...ja... (Chœur) Ouais… Ouais... Ouais...
Es verdad... Mais c’est vrai…
(Coro) Ja...ja...ja... (Chœur) Ouais… Ouais... Ouais...
Al saberlo después su papá gritó En l’apprenant son père s’est fâché
y del mapa me quiso borrar. Et voulu me rayer de la carte.
Y es por eso que mi corazón hace asi: C’est pourquoi mon cœur fait toujours ainsi :
Tiquitic, tiquitac, Tiquitic, Tiquitic,
tiquitic, tiquitac... Tiquitic, tiquitac…
Pero que hago si son como mil y yo Mais que faire s’il y a en a plus de mille et moi
con las mil no me puedo casar... Je ne peux épouser tant de filles…

110
Los mareados (1942) Les enivrés

Paroles de Enrique Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan Carlos Cobián (1920)

Rara… Etrange…
Como encendida, Comme enflammée…
te hallé bebiendo, Je t’ai trouvée buvant,
linda y fatal… Belle et fatale…
bebías… Tu buvais…
y en el fragor del champán Et dans l’ivresse du champagne
loca reías, por no llorar... Folle, tu riais pour ne pas pleurer
Pena Cette peine
me dío encontrarte Que j’ai eue de te rencontrer !
pues al mirarte Puis en te regardant
yo ví brillar Je vis briller
tus ojos Tes yeux
con un eléctrico ardor… Avec une ardeur électrique…
tus bellos ojos que tanto adoré. Tes beaux yeux que j’ai tant aimés.

Esta noche amiga mia, Cette nuit, mon amie,


el alcohol nos ha embriagado… L’alcool nous a saoulés
qué me importa que se reían Que m’importe qu’ils se moquent
y nos llamen los mareados... Et nous appelent les enivrés…
Cada cual tiene sus penas Chacun a ses peines
y nosotros las tenemos. Et nous avons les nôtres
Esta noche beberemos Cette nuit, nous boirons
porque ya no volveremos Parce que nous
a vernos más... Ne nous verrons plus…

Hoy… vas a entrar en mi pasado, Aujourd’hui… tu vas rentrer dans le passé


en el pasado de mi vida... Dans le passé de ma vie…
Tres cosas lleva mi alma herida: Trois choses hantent mon âme blessée
Amor…Pesar…Dolor… Amour… Regret… Douleur…
Hoy vas a entrar en mi pasado, Aujourd’hui tu vas rentrer dans mon passé,
hoy nuevas sendas tomaremos. Et nous allons prendre de nouveaux chemins.
Qué grande ha sido nuestro amor Comme notre amour a été grand
y, sin embargo…Ay… Et cependant… Ah ! ! !
mira lo que quedó. Regarde ce qui reste…

111
Garúa (1943) Crachin

Paroles de Enrique Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Aníbal Carmelo Troilo

¡Qué noche llena de hastío y de frío… ! Quelle nuit pleine de dégoût et de froid… !
¡El viento trae un extraño… lamento… ! Le vent apporte une étrange plainte… !
parece un pozo de sombras… la noche… ! On dirait un puits d’ombre, la nuit… !
y yo, en las sombras, camino muy lento... ! Et moi, dans les ténébres, je marche lentement… !
Mientras tanto la garúa Pendant que la pluie
se acentúa, S’accentue,
con sus púas, Enfonçant ses pointes
en mi corazón. Dans mon cœur.

En esta noche tan fria… y tan mia… ! Dans cette nuit si froide et si mienne…
pensando siempre en lo mismo…, me abismo… Une pensée revient sans cesse m’engloutir,
Y aunque quiera arrancarla, Et bien que je veuille l’arracher,
Desecharla La détruire
y olvidarla… Et l’oublier …
la recuerdo más... Je m‘en souviens davantage…

¡Garúa!.... Crachin …
solo y triste por la acera Seul et triste sur le trottoir
va este corazón transido, Erre ce cœur transi,
con tristeza de tapera… Avec sa tristesse de ruine
Sintiendo... tu hielo… En sentant ... ton froid…
porque aquélla con su olvido Parce que l’oubli d’une femme
hoy le ha abierto una gotera… Aujourd’hui verse la pluie dans mon âme…
¡Perdido…! Perdu !
Como un duende que en la sombra, Comme un lutin qui dans l’ombre,
más la busca y más la nombra La cherche et l’appelle encore
Garúa… Tristeza… Crachin… tristesse…
hasta el cielo se ha puesto a llorar... Même le ciel s’est mis à pleurer

¡Qué noche llena de hastío… y de frío… Quelle nuit pleine de dégoût… et de froid…
No se ve a nadie cruzar por la esquina… On ne voit personne errer aux coins des rues…
Sobre la calle, la hilera de focos, Sur le trottoir, la rangée de feux
lustra el asfalto con luz mortecina… Illumine l’asphalte de sa lumière moribonde,
Y yo voy como un descarte, Et moi, seul comme un paria,
siempre solo Toujours seul,
siempre aparte, Toujours de côté,
recordándote... Me souvenant de toi …
Las gotas caen en el charco de mi alma Les gouttes tombent dans la flaque de mon âme
hasta los huesos calados y helados… Même mes os sont silencieux et gelés…
Y humillando este tormento Et comme pour humilier ma souffrance
todavía pasa el viento... Souffle une rafale de vent
empujándome!... Qui me pousse !…

112
Rondando tu esquina (1945) En rôdant dans ta rue56

Paroles de Enrique Cadícamo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Charlo

Esta noche tengo ganas de buscarla, Cette nuit, j’aimerais tant aller la chercher
de borrar lo que ha pasado y perdonarla. Oublier ce qu’elle a fait et lui pardonner.
Ya no me importa el que dirán Peu m’importe ce qu’ils diront
ni de las cosas que hablarán... Les histoires qu’ils raconteront....
total la gente siempre habla! Les gens passent leur temps à causer !
Yo no pienso más que en ella a toda hora, Je suis hanté, sans répit, par son souvenir ...
Es terrible esta pasión devoradora. Elle est terrible, cette passion qui me dévore
Y ella siempre sin saber, Et elle qui est là, sans savoir
sin siquiera sospechar Ni même un instant entrevoir
mis deseos de volver. Mon désir de revenir....

Qué me has dado, vida mía, Que m’as-tu donc fait, oh ma vie,
que ando triste noche y día? Que j’aille ainsi triste, jour et nuit ?
Rondando siempre tu esquina, Vers ta rue où toujours je rôde
mirando siempre tu casa. Vers ta maison que je regarde
y esta pasión que lastima Cette passion qui me détruit
y este dolor que no pasa. Cette douleur qui me poursuit
Hasta cuándo iré sufriendo Jusqu’à quand devrais-je souffrir
el tormento de tu amor. Le tourment de cet amour ?

Este pobre corazón que no la olvida, Il ne peut trouver l’oubli, ce coeur qui pleure
me la nombra con los labios de su herida, Et dit son nom par les lèvres de sa blessure,
y ahondando más su sinsabor Tandis qu’affolant mon malheur
la mariposa del dolor Le papillon de la douleur
cruza en la noche de mi vida. Volète dans la nuit de ma vie.
Compañeros, hoy es noche de verbena. Les amis, je vais aller boire toute la nuit
Sin embargo, yo no puedo con mi pena. Mais ne pourrai vaincre la peine qui me poursuit
y al saber que ya no está, Et en pensant qu’elle est partie,
solo, triste y sin amor Seul, sans amour, éconduit,
me pregunto sin cesar... Je me demande sans répit :

qué me has dado vida mía… Que m’as-tu donc fait, oh ma vie …

56
Remerciements à Mariana Bustelo et Enrique Lataillade

113
Enrique Santos Discépolo (1901-1951)

114
Esta noche me emborracho (1927) Cette nuit, je me biture

Paroles et musique de Enrique Santos Discépolo Traduction de Fabrice Hatem

Sola, fané, descangayada, Seule, fanée, déplumée,


La ví esta madrugada Je l’ai vue au petit matin
Salir del cabaret; Sortir du cabaret ;
Flaca, dos cuartas de cogote, Maigre, une moitié de cou,
Y una percha en el escote Un cintre dans le décoletté
Bajo la nuez ; Sous la pomme d’adam ;
Chueca, vestida de pebeta, Tordue, habillée en jeunette,
Teñida y coqueteando Peinturlurée, faisant la coquette
Su desnudez... Dans sa nudité…
Parecía un gallo desplumao, Elle avait l’air d’une poule déplumée
Mostrando al compadrear Montrant à la cantonnade
El cuero picoteao... Sa peau grélée…
Yo que sé cuando no aguanto más, Moi qui sais quand je ne peux pas me contenir,
Al verla así rajé, A la voir ainsi je me suis taillé,
Pa’no yorar. Pour ne pas pleurer.

¡Y pensar que hace diez años Et penser qu’il y a 10 ans


Fué mi locura! Elle fut ma folie !
¡ Que llegué hasta la traición Que je suis allé jusqu’à la trahison
Por su hermosura !... Pour sa beauté !…
Que esto que hoy es un cascajo Que ce qui est aujourd’hui un vieux cajot
Fue la dulce metedura Fut la douce folie
Donde yo perdí el honor; Où j’ai perdu l’honneur,
Que chiflao por su belleza Que, fasciné par sa beauté,
Le quité el pan a la vieja J’ai sucré le pain à ma vieille
Me hice ruin y pechador... Que je me suis fait misérable et quémandeur…
Que quedé sin un amigo Que je suis resté sans un ami
que viví de mala fé Que j’ai vécu d’expédients
Que me tuvo de rodillas Que je me suis mis à genoux
Sin moral, hecho un mendigo, Sans morale, comme un mendiant,
Cuando se fué. Quand elle est partie.

Nunca soñé que la vería Je n’aurais jamais rêvé de la voir


En un "requiesca in pache" Dans un «requiescat in pace »
Tan cruel como el de hoy ; Aussi cruel que celui d’aujourd’hui ;
¡ Mire, si no es pa suicidarse Regarde, si ce n’est pas à se suicider,
Que por este cachivache Que pour ce résidu,
sea lo que soy !... Je sois ce que je suis...
Fiera venganza la del tiempo Dure vengeance du temps,
que le hace ver deshecho Qui te montre détruit
Lo que uno amó... Ce que tu as aimé …
y este encuentro me ha hecho tanto mal, Cette rencontre m’a fait tant de mal,
Que si lo pienso más, Que si j’y pense encore,
Termino envenenao. Je vais finir empoisonné.
Esta noche me emborracho bien ; Cette nuit je me biture bien ;
Me mamo, ¡ bien mamao!.... Je me saoûle, bien saoulé ! ! !
Pa'no pensar. Pour ne pas penser….

115
Chorra (1928) Choureuse57

Paroles et musique de Enrique Santos Discépolo Traduction de Fabrice Hatem

Por ser bueno, me pusiste en la miseria, Pour me r’mercier, tu m’as mis dans la misère
me dejaste en la palmera, me afanaste hasta el color. Tu m’as bien laissé dans la mouise, tu m’as plumé jusqu’à l’os.
En seis meses me fundiste el mercadito, Rien qu’en six mois tu m’as coulé le magasin,
el puestito de la feria, la ganchera, el mostrador. L’étalage du marché, les crochets à viande, le comptoir…

¡Chorra! Choureuse !
Me robaste hasta el amor... Tu m’a volé jusqu’à l’amour…
Aura A ct’heure
tanto me asusta una mina J’ai tellement la trouille des nanas
que si en la calle me afila Que si une me mate dans la rue
me pongo al lao del botón. Je m’mettrai à côté du flic.

Lo que más bronca me dá Ce qui me met le plus en pétard


es haber sido tan gil. C’est d’avoir été aussi con.

Si hace un mes me desayuno Si j’avais su il y a un mois


Con lo que he sabido ayer, Ce que je n’ai appris qu’hier,
no era a mí que me cachaban Que c’est pas pour mes beaux yeux
tus rebusques de mujer... Que tu me faisais du gringue..
Hoy me entero que tu mama, Aujourd’hui je sais que ta mère,
«noble viuda de un guerrero», «noble veuve d’un guerrier »
es la chorra de más fama Est la voleuse la plus célèbre
que pisó la treinta y tres. Du commissariat trente-trois.

Y he sabido que el «guerrero» Et aussi que le « guerrier »


que murió lleno de honor, Qui mourut comblé d’honneur
ni murió ni fué guerrero N’est pas mort et n’est pas guerrier
—como m’engrupiste vos— - Comme tu m’avais baratiné -
Está en cana pronturiado Il est en taule et pour longtemps
como agente ' e la camorra, Comme homme de main du mitan,
profesor de cachiporra, Prof certifié de baston,
malandrín y estafador. Voyou diplômé, arnaqueur.

Entre todos A vous tous


me pelaron con la cero Vous m’avez tout ratiboisé
tu silueta fué el anzuelo Ta petite gueule fut l’hameçon
donde yo me fuí a ensartar, Où j’ai mordu comme un idiot
Se tragaron Vous m’avez piqué
vos, «la viuda» y «el guerrero», Toi, la « vieille » et le « guerrier »
lo que me costó diez años Ce qui m’avait coûté dix années
de paciencia y de yugar... De patience et de turbin…

¡Chorros! Choureurs !
Vos, tu vieja y tu papa. Toi, ta veille et ton dabe.
¡Guarda! Attention !
Cuidensé porque anda suelta, Faites gaffe parce qu’elle est dans le coin
si los cacha, los da vuelta, Si elle vous coince, elle vous arnaque
no les da tiempo a rajar. Sans vous laisser le temps d’filer.

57
Remerciements à Enrique Lataillade

116
Malevaje (1928) Mauvais garçon

Paroles de Enrique Santos Discépolo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan de Dios Filiberto

¡Decí, por Dios, qué me has dao, Dis-moi, par Dieu, ce que tu m’as fait
que estoy tan cambiao!... Que je sois si changé !…
¡No sé más quién soy!... Je ne sais plus qui je suis
El malevaje extrañao Les copains étonnés
me mira sin comprender. Me regardent sans comprendre.
Me ve perdiendo el cartel Je suis en train de perdre ma réputation
de guapo que ayer Et ma bravoure de voyou qui hier
brillaba en la acción... Brillait dans l’action…
No ven que estoy embretao Tu ne vois pas que je suis empétré
vencido y maniao Vaincu et obsédé
en tu corazón. Par ton amour.

Te ví pasar tangueando, altanera, Je t’ai vue passer tanguant, superbe,


con un compás tan hondo y sensual, Avec un ryhme si profond et sensuel
que no fue más que verte y perder Qu’à te voir j’en ai perdu
la fé, el coraje, el ansia’e guapear... Le courage, la fierté, le cran…
No me has dejado ni el pucho en la oreja Tu ne m’as pas laissé la moindre miette
de aquel pasao malevo y feroz. De ce passé brutal et féroce
Ya no me falta pa completar Et il ne me manque plus pour que ce soit le bouquet
más que ir a misa e hincarme a rezar. Que d’aller à la messe et de m’agenouiller pour prier.

Ayer, de miedo a matar, Hier, par peur de tuer,


en vez de peliar, Au lieu de me battre,
me puse a correr... Je me suis mis à courir…
Me vi en la sombra o finao, Je me suis vu en cabane ou claqué
Pensé en no verte y temblé. J’ai pensé que je ne te verrai plus et j’ai tremblé
Si yo –que nunca aflojé— Et moi - qui jamais ne me suis laissé aller –
de noche angustiao La nuit, angoissé,
me encierro a yorar... Je me cache pour pleurer…
¡Decí, por Dios que me has dao Dis moi, par Dieu, ce que tu m‘as fait
que estoy tan cambiao... Pour que je sois si changé…
No sé más quien soy!… Je ne sais plus qui je suis ! ! ! !

117
¡Victoria! (1929) Victoire !59

Paroles et musique de Enrique Santos Discépolo Traduction de Fabrice Hatem

¡Victoria! Victoire !
¡Saraca, Victoria! Sacrenom, victoire !
Pianté de la noria: Je suis libéré du joug !
¡Se fué mi mujer!… Ma femme est partie !
Si me parece mentira, Ça me paraît presqu’incroyable
después de seis años Après plus de six ans
volver a vivir... De revenir à la vie…
Volver a ver mis amigos, De revoir mes amis
vivir con mamá otra vez. De revivre avec maman…
¡Victoria! Victoire !
¡Cantemos victoria! Chantons victoire !
Yo estoy en la gloria: Pour moi c’est jour de gloire :
¡Se fué mi mujer! Ma femme est partie !!

¡Me saltaron los tapones, J’en ai vraiment pété de joie


cuando tuve esta mañana Quand j’ai eu ce matin
la alegría de no verla más! Le plaisir de ne plus la voir .
Y es que al ver que no la tengo, En voyant qu’elle n’est plus là,
corro, salto, voy y vengo, Je cours, je saute, je sais, je viens,
desatentao...¡Gracias a Dios Bon débarrass.. Grâce à Dieu
que me salvé de andar J’ai pu éviter de passer
toda la vida atao Ma vie en taule
llevando el bacalao En portant sur le os cette morue
de la Emulsión de Scott…!58 Avec son goût d‘huile de ricin
Si no nace el marinero S’il était pas venu, ce marsoin
que me tira la piolita Qui m’a retiré ce boulet
para hacerme resollar.... Pour me permettre de me tailler
yo ya estaba condeno J’aurais été condamné
a morir ensartenao, A mourir enchaîné
como el último infeliz. Comme le dernier des malheureux.

¡Victoria! Victoire !
¡Saraca, victoria! Sacrenom, victoire !
Pianté de la noria: Je suis libéré du joug !
¡Se fué mi mujer! Ma femme est partie
Me dá tristeza el panete, Il me fait de la peine ce corniaud,
chicato inocente Ce pauvre gogo innocent
que se la llevó... Qui se l’est levée
¡Cuando desate el paquete Quand il va défaire le paquet
y manye que se ensartó! J’imagine la tête qu’il va faire !!
¡Victoria! Victoire !
¡Cantemos victoria! Chantons victoire !
Yo estoy en la gloria: Pour moi c’est jour de gloire :
¡Se fué mi mujer! Ma femme est partie !!

58 59
Marque de laxatif à base d’huile de foie de morue. Remerciements à Sandra Messina

118
Confesión (1930) Confession

Paroles de Enrique Santos Discépolo et Luis César Amadori Traduction de Fabrice Hatem
Musique de Enrique Santos Discépolo

Fué a conciencia pura, Ce fut en pleine conscience


que perdí tu amor… Que j’ai perdu ton amour…
¡nada más que por salvarte ! Seulement pour te sauver !
Hoy me odiás Aujourd’hui tu me hais,
y yo feliz, Et moi, heureux,
me arrincono pa' yorarte ! Je me cache pour te pleurer !
El recuerdo que tendrás de mí, Le souvenir que tu auras de moi
será horroroso, Sera horrible,
me verás siempre golpeándote, Tu me verras toujours te frapper,
como un malvao.. Comme un salaud…
¡… y si supieras bien, que generoso, Et si tu savais combien généreux
fue que pagase así, J’ai été de payer ainsi
tu gran amor ! Ton grand amour !

Sol de mi vida, Soleil de ma vie,


fuí un fracasa'o; Ce fut un échec ;
y en mi caída, Et dans ma chute,
busqué de echarte a un lao, J’ai cherché à t’épargner
Porque te quise Parce que je t’aimais
tanto,…¡tanto ! Tant,…Tant !
que al rodar; Qu’en dévalant la pente,
para salvarte, Pour te sauver,
sólo supe J’ai seulement su
hacerme odiar. Me faire haïr.

Hoy después de un año Aujourd’hui, après un an


atroz, te vi pasar; Atroce, je t’ai vue passer ;
¡me mordí pa' no yamarte ! Je me suis mordu pour ne pas t’appeler !
ibas linda como un sol,… Tu allais, belle comme le soleil…
¡…se paraban para mirarte ! On s’arrêtait pour te regarder !
yo no sé si el que te tiene así, Je ne sais si celui qui a fait cela de toi,
se lo merece, Le mérite,
sólo sé que en la miseria cruel Mais je sais que la misère cruelle
que te ofrecí, Que je t’offrais
me justifica al verte hecha una reina Me justifie, quand je te vois pareille à une reine
que vivirás mejor, Qui vivra plus heureuse,
¡ lejos de mí !… Loin de moi ! ! !

119
¡ Yira ! Yira ! (1930) Marche ! Marche !

Paroles et musique de Enrique Santos Discépolo Traduction de Fabrice Hatem

Cuando la suerte qu’es grela , Quand ton destin, cette traînée,


Fayando y fayando Te mènant de débine en débine,
Te largue parao; Te laissera cassé, sonné ;
Cuando estés bien en la vía Quand tu seras à la rue,
Sin rumbo, desesperao; Sans but et sans espoir ;
Cuando no tengas ni fé Quand t’auras plus confiance
ni yerba de ayer Qu’t’auras pas deux mégots
Secándose al sol ; Pour te rouler une clope60 ;
Cuando rajés los tamangos Quand tu t’useras les pompes
Buscando ese mango A chercher les trois sous
Que te haga morfar… Qui te feraient bouffer,
¡La indiferencia del mundo L’indifférence du monde
Que es sordo y es mudo Qui est sourd et muet,
Recién sentirás ! Tu la sentiras bien.

Verás que todo es mentira Tu verras que tout est mensonge


Verás que nada es amor , Tu verras que rien n’est amour
Que al mundo nada le importa… Que le monde se fout de tout….
¡Yira !… ¡Yira ! Marche! Marche !
Aunque te quiebre la vida, Même si la vie te brise
Aunque te muerda un dolor, Même si la douleur te mord
No esperes nunca una ayuda, N’espère jamais une aide,
Ni una mano, ni un favor. Main tendue, ni faveur.

Cuando estén secas la pilas Quand seront vidées les piles


De todos los timbres Des toute les sonnettes
Que vos apretás, Que tu tires,
Buscando un pecho fraterno Cherchant un sein ami
Para morir abrazao… Où mourir enlacé…
Cuando te dejen tirao Quand on te laissera tomber
Después de cinchar Après t’avoir trompé
Lo mismo que a mí, Comme ça m’est arrivé ;
Cuando manyés que a tu lado Quant tu pigeras qu’à côté
Se prueban la ropa Ils essayent les fringues
Que vas a dejar… Que tu vas leur laisser…
¡Te acordarás de este otario, Souviens-toi de l’idiot,
Que un día, cansado, Qui un jour, écœuré,
Se puso a ladrar !… S’est mis à aboyer !…

60
Littéralement : qu’il ne te reste plus du maté d’hier / pour le
faire sécher au soleil.

120
Cambalache (1934) Brocante

Paroles et musique de Enrique Santos Discépolo Traduction de Fabrice Hatem


Que el mundo fué y será una porqueria, Que le monde soit une cochonerie,
ya lo sé… je le sais ;
en el quinientos seis Dans les années 1560
y en el dos mil también; Et aussi en l’an 2000
que siempre ha habido chorros, Et qu’il y ait toujours eu des voleurs,
maquiavelos y estafaos, Des machiavels et des escrocs,
contentos y amargaos, Satisfaits ou amers,
valores y dublé… Droits ou tordus…
pero que el siglo veinte es un despliegue Mais que le 20ème siècle soit un déploiement
de maldad insolente De méchanceté insolente,
ya no hay quien lo niegue; Personne ne peut le nier ;
vivimos revolcaos en un merengue Nous vivons renversés dans la pagaille,
y en un mismo lodo todos manoseaos. Tous réunis dans une même boue.

Hoy resulta que es lo mismo Il en résulte que c’est la même chose


ser derecho que traidor, D’être fidèle ou traître,
ignorante, sabio, chorro, Ignorant, savant, voleur,
generoso, estafador. Généreux ou escroc.
Todo es igual; nada es mejor; Tout est pareil, rien n’est meilleur
lo mismo un burro que un gran profesor. Un âne est pareil à un grand professeur.
No hay aplazaos ni escalafón; Il n’y a ni recul ni promotion ;
los inmorales nos han igualao. Les immoraux sont nos égaux.
Si uno vive en la impostura Si l’un vit dans l’imposture
y otro roba en su ambición, Et l’autre vole par ambition,
da lo mismo que si es cura, Ça ne fait rien s’il est curé,
colchonero, rey de bastos, Fan de Foot, roi des cons,
caradura o polizón. Voyou ou clandestin.

Qué falta de respeto, Quel manque de respect,


qué atropello a la razón; Quelle insulte à la raison ;
cualquiera es un señor, N’importe qui est un Monsieur,
cualquiera es un ladrón. N’importe qui est un voleur.
Mezclaos con Stavisky, Mélangés à Stavisky
van Don Bosco y la Mignon, vont Don Bosco et la Mignon
don Chicho y Napoleón, Don Chicho et Napoleon,
Carnera y San Martín. Carnera et San Martin…
Igual que en la vidriera irrespetuosa Comme dans la vitrine irrespectueuse
de los cambalaches Des brocantes,
se ha mezclao la vida, La vie s’est renversée
y herida por un sable sin remaches Et blessée par un sabre sans poignée,
ves llorar la Biblia contra un calefón. On voit pleurer la Bible contre un poèle

Siglo veinte, cambalache Vingtième siècle, bazar


problemático y febril; Problématique et fébrile ;
el que no llora, no mama, Celui qui ne pleure pas ne dégote rien,
y el que no afana es un gil. Et celui qui ne fauche pas est un con
Dale nomás, dale que vá, Allez, perds pas de temps, allez, du nerf ! ! !
que allás en el horno Une fois en bas, dans le four,
nos vamo a encontrar. On aura du temps pour causer.
No pienses más, echate a un lao, Ne pense plus, Trouve-toi une place confortable
que a nadie importa si naciste honrao. Les gens s’en battent de ton honnêteté.
Que es lo mismo el que labura C’est la même chose celui qui bosse
noche y día como un buey Nuit et jour comme un bœuf
que el que vive de los otros, Et celui qui vit des autres,
que el que mata o el que cura Celui qui tue, celui qui soigne,
o esta fuera de la ley. Ou celui qui se fiche des lois ! ! !

121
Uno (1943) Quelqu’un

Paroles de Enrique Santos Discépolo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Mariano Mores

Uno busca lleno de esperanzas, Quelqu’un cherche, plein d’espérances,


el camino que los sueños Le chemin que ses rêves
prometieron a sus ansias... Ont promis à son désir …
Sabe que la lucha es cruel Il sait que la lutte est cruelle
y es mucha, pero lucha y se desangra Et dure, mais il lutte et saigne
por la fé que lo empecina... Entêté d’espérance…
Uno va arrastrándose entre espinas Quelqu’un se traîne entre les épines
y en su afán de dar su amor... Et dans le soif de donner son amour…
Sufre y se destroza hasta entender, Il souffre et se détruit jusqu’à comprendre
Que uno se quedó sin corazón... Qu’il est resté sans cœur…
Precio de castigo que uno entrega Prix de la peine qu’il ressentit
por un beso que no llega Pour un baiser qui n’arriva pas
o un amor que lo engañó… Ou un amour qui le trompa …
… Vacío ya de amar y de llorar …Vide déjà d’amer et de pleurer
¡tanta traición...! Une telle trahison … !

Si yo tuviera el corazón... Si j’avais le cœur ..


(¡El corazón que dí... !). (Le cœur que j’ai donné … !)
Si yo pudiera como ayer... Si je pouvais comme hier
Querer sin presentir... Aimer sans cette crainte…
Es posible que a tus ojos Il est possible que tes yeux
que me gritan su cariño Qui me crient leur tendresse
los cerrara con mis besos... Je les fermerais avec mes baisers..
Sin pensar que eran como esos Sans penser qu’ils sont comme ceux-là,
otros ojos, los perversos, Autres yeux, yeux pervers,
los que hundieron mi vivir... Ceux qui ont noyé ma vie.
Si yo tuviera el corazón, Si j’avais le cœur …
(¡El mismo que perdí… !) ( Le même que j’ai perdu .. !)
Si olvidara a la que ayer Si je pouvais oublier celle qui hier
lo destrozó y… pudiera amarte… L’a détruit et… je pourrais t’aimer…
me abrazaría a tu ilusión Je m’enlacerais à ton illusion
para llorar tu amor. Pour pleurer ton amour ..

Pero Dios te trajo a mi destino Mais Dieu t’a porté vers mon destin
sin pensar que ya es muy tarde Sans penser qu’il est déjà très tard
y no sabré cómo quererte, Et que je ne saurai comment t’aimer,
Déjame que llore Laisse-moi pleurer
como aquel que sufre en vida, Comme celui qui souffre, vivant,
la tortura de llorar su propia muerte… La torture de pleurer sa propre mort…
Buena como eres, salvarías Bonne comme tu es, tu sauverais
mi esperanza con tu amor... Mon espérance avec ton amour ..
Uno está tan solo en su dolor, On est si seul dans sa douleur,
uno está tan ciego en su penar... On est si aveugle dans sa peine…
Pero un frío cruel Mais un froid cruel,
que es peor que el odio Qui est pire que la haine
- punto muerto de las almas – - Point mort des âmes –
tumba horrenda de mi amor, Horrible tombe de mon amour,
maldijo para siempre y me robó... Me maudit pour toujours et m’a volé ..
¡ toda ilusión... ! Toute illusion… !

122
Sin palabras (1945) Sans paroles

Paroles de Enrique Santos Discépolo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Mariano Mores

Nació Elle est née


de tí... De toi…
buscando una canción que nos uniera… Pendant que je cherchais une chanson qui nous unisse…
y hoy sé Et je sais
que es cruel, Qu’elle est cruelle,
brutal, quizá, el castigo que te doy... Peut-être brutale, la punition que je te donne…
Sin palabras esta música va a herirte, Sans paroles cette musique va te blesser,
donde quiera que la escuche tu traición… Où que tu sois pour écouter ta trahison …
La noche más absurda… el día más triste… ! La nuit la plus absurde… le jour le plus triste !
Cuando estés riendo… o cuando llore tu ilusión... Que tu ries.. ou que tu pleures tes illusions…

Perdóname, si es Dios Pardonne-moi si c’est Dieu


quien quiso castigarte al fin... Qui a voulu, à la fin, te punir..
Si hay llantos Si il y a des larmes
que puedan perseguir así !… Qui puisses ainsi persécuter !…
si estas notas que nacieron por tu amor, Si ces notes qui naquirent pour ton amour,
al final son un silicio que abre heridas de una historia… A la fin sont un silice rouvrant les blessures de notre histoire…
¡son suplicio!... Son memoria... Ce sont des supplices…Des souvenirs ! ! !

Fantoche herido, en mi dolor, Le pantin blessé de ma douleur


se alzará, cada vez Se lèvera, chaque fois
que oigas esta canción ! Que tu entendras cette chanson !

Nació Elle est née


de tí... De toi…
Mintiendo entre esperanzas un destino… Mettant un destin dans les bras d’une menteuse espérance…
Y hoy sé Et je sais
que es cruel, brutal, quizá, el castigo que te doy... Qu’il est cruel, brutal peut-être , le châtiment que je t’inflige
Sin decirlo, esta canción dirá tu nombre, Sans le dire cette chanson dira ton nom,
sin decirlo con tu nombre estaré yo... Sans le dire moi je serai près de ton nom..
(… ¡Los ojos casi ciegos de mi asombro, (…Les yeux quasi aveugles de mon fantôme
junto al asombro de perderte, y no morir!) Avec la peur de te perdre et de ne pas mourir ! ! !)

123
El choclo (1947) L’épis de maïs

Paroles de Enrique Santos Discépolo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Ángel Gregorio Villoldo

Con este tango que es burlón y compadrito Avec ce tango moqueur et voyou
se ató dos alas la ambición de mi suburbio; L’ambition de mon quartier s’est donné deux ailes ;
con este tango nació el tango y como un grito Avec cette chanson le tango est né comme un cri
salió del sórdido barrial buscando el cielo; Qui sortit du quartier sordide pour chercher le ciel.
Conjuro extraño de un amor hecho cadencia Etrange exhortation d’un amour devenu cadence
que abrió caminos sin más ley que su esperanza, Qui traça son chemin sans autre loi que son espérance
mezcla de rabia de dolor, de fe, de ausencia Mélange de rage, de douleur, d’espoir, d’absence,
llorando en la inocencia de un ritmo juguetón. Qui pleure l’innocence sur un rythme enjoué.

Por tu milagro de notas agoreras, Par le miracle de tes notes magiques


nacieron sin pensarlo, las paicas y las grelas, Naquirent sans y penser les minettes et les greluches
luna de charcos, canyengue en las caderas, Lunes dans les flaques, canyengue dans les hanches,
y un ansia fiera en la manera de querer... Et une fierté inquiète dans la façon d’aimer…

Al evocarte, Quand je t’évoque,


Tango querido Tango aimé,
Siento que tiemblan las baldosas de un bailongo Je sens que tremblent les carreaux d’un bal
Y oigo el rezongo de mi pasado... Et j’entends l’écho de mon passé…
Hoy que no tengo Maintenant que je n’ai plus
Más a mi madre, Ma mère près de moi,
Siento que llega en punta'
e pie para besarme Je sens qu’elle arrive sur la pointe des pieds pour m’embrasser
Cuando tu canto nace al son de un bandoneón... Quant ton chant naît au son d’un bandonéon….

Carancanfunfa se hizo al mar con tu bandera Caracanfuna a pris la mer avec ton drapeau
y en un pernó mezclo a Paris con Puente Alsina Et dans un Pernod a mélangé Paris et Puente Alsina
fuiste compadre del gavión y de la mina Tu as été l’ami du tombeur et de la nenette
y hasta comadre del bacán y la pebeta. Et aussi l’entremeteuse du riche et de l’ouvrière.
Por vos shusheta, cana, reo y mishiadura Pour toi les cocottes, les flics, les taulards et les paumés
se hicieron voces al nacer con tu destino. Se firent personnages et grandirent avec ton destin
misa de faldas, kerosén, tajo y cuchillo, Messe de jupons, de kérosène et de coups de couteaux,
que ardió en los conventillos y ardió en mi corazón. Qui brûla dans les conventillos et brûla dans mon cœur.

124
Cafetín de Buenos Aires (1948) Petit Café de Buenos Aires61

Paroles de Enrique Santos Discépolo Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Mariano Mores

De chiquilín te miraba de afuera Quand j’étais petit, je te regardais du dehors


como a esas cosas que nunca se alcanzan... Comme ces choses que l’on ne parvient jamais à atteindre…
la ñata contra el vidrio, Mon visage contre ta vitre,
en un azul de frío... Dans un froid bleu
que solo fué después viviendo Qui ensuite fut
igual al mío... Celui de ma vie…
Como una escuela de todas las cosas, Comme une école de toutes choses.
ya de muchacho me diste entre asombros Puis, jeune homme, te me donnas dans la surprise
el cigarrillo... La cigarette,
la fe en mis sueños La confiance dans mes rêves
y una esperanza de amor... Et une espérance d’amour…

Cómo olvidarte en esta queja, Comment t’oublier dans cette plainte,


cafétín de Buenos Aires? Petit café de Buenos Aires
Si sos lo único en la vida Si tu es la seule chose de ma vie
que se pareció a mi vieja... Qui puisse se comparer ma mère ?
En tu mezcla milagrosa Dans ton mélange merveilleux
de sabihondos y suicidas De pédants et de suicidés
yo aprendí filosofía...dados...timba J’ai appris la philosophie, les dés, le jeu
y la poesía cruel Et la poésie cruelle
de no pensar más en mi... De ne plus penser à moi...

Me diste en oro un puñado de amigos, Tu m’as donné comme de l’or une poignée d’amis
que son los mismos que alientan mis horas; Qui sont encore ceux qui réchauffent ma vie
José, el de la quimera... José, celui qui rêve…
Marcial que aun cree y espera... Marcial, qui toujours croît et espère,
y el Flaco Abel...que se nos fué... Le maigre Abel,… qui nous a quitté,
pero aún me guía... Mais me guide toujours…
Sobre tus mesas que nunca preguntan Sur tes tables qui ne posent jamais de questions
lloré una tarde el primer desengaño. J’ai pleuré un soir la première déception.
Nací a las penas... Je suis né aux peines…
Bebí mis años... J’ai bu ma vie…
y me entreguéí sin luchar. Et je me suis livré sans combattre.

61
Remerciements à Mariana Bustelo

125
Homero Manzi (1907-1951)

126
Milonga sentimental (1931) Milonga sentimentale

Musique de Sebastián Piana Traduction de Fabrice Hatem


Paroles de Homero Manzi

Milonga pa'recordarte. Milonga pour me souvenir de toi.


Milonga sentimental. Milonga sentimentale
Otros se quejan llorando D’autres pleurent et se lamentent
yo canto pa'no llorar. Je chante pour ne pas pleurer.
Tu amor se secó de golpe Ton amour s’est évaporé
nunca dijiste por qué. Jamais tu n’as dit pourquoi.
Yo me consuelo pensando Et je me console en croyant
que fue traición de mujer. A une trahison de femme.

Varón, pa'quererte mucho, Un Homme, pour t’aimer très fort,


varón, pa'desearte el bien, Un Homme, pour te souhaiter du bien
varón, pa'olvidar agravios Un Homme, pour oublier l’offense
porque ya te perdoné. Car j’ai déjà pardonné.
Tal vez no lo sepas nunca, Peut-être, tu ne sauras jamais
tal vez no lo puedas creer, Peut-être, tu ne croiras pas
tal vez te provoque risa Peut-être, que cela te fait rire
!verme tirao a tus pies! De me voir ramper à tes pieds ?

Milonga que hizo tu ausencia. Milonga qu’a faite ton absence


Milonga de evocación. Milonga d’évocation
Milonga para que nunca Milonga pour que personne
la canten en tu balcón. Ne la chante sous ton balcon
Pa'que vuelvas con la noche Pour que tu reviennes la nuit
y te vayas con el sol. Et partes avec le soleil
Pa'decirte que sí, a veces, Pour parfois te dire que oui,
o pa'gritarte que no. Ou pour te crier que non !

Es fácil pegar un tajo C’est facile de trancher une gorge


pa'cobrar una traición Pour venger une trahison
o jugar en una daga De jouer sur un coup de couteau
la suerte de una pasión. Le destin d’une passion.
Pero no es fácil cortarse Mais c’est difficile de briser
los tientos de un metejón Les liens d’un amour fou
cuando están bien amarrados Lorsqu’ils sont si fort attachés
al palo del corazón. Sur les amarres du cœur.

127
El pescante (1934) Le cocher62

Paroles de Homero Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Sebastián Piana

Yunta oscura trotando en la noche. Attelage obscur trottant dans la nuit,


Latigazo de alarde burlón. Fouetté dans un geste allègre
Compadreando, de gris, sobre el coche Par un cocher paradant sur son siège
por las piedras de Constitución. Sur les pavé de Constitution.
En la zurda amarrada la rienda, Dans la main gauche il tient les rênes
amansó el colorao redomón Et dompte le bai rétif
Y con él, se amansaron cien prendas Comme il a aussi dompté cents minettes
bajo el freno de su pretensión. Sous la poigne de son orgueil.

¡Vamos!... Allons !
cargao con sombra y recuerdos, Chargés d’ombres et de souvenirs,
¡Vamos!... Allons !
atravesando el pasado. En traversant le passé
¡Vamos!... Allons !
al son de tu tranco lerdo. Au son de ton pas lourd
¡Vamos!... Allons !
camino al tiempo olvidado. Passages vers les temps oubliés
¡Vamos!... Allons !
por viejas rutinas, Par ces vieux chemins
tal vez, de una esquina, Peut-être depuis un carrefour,
nos llame René. René nous appelera
¡Vamos!... Allons !
que en mis aventuras Dans mes aventures,
viví una locura J’ai vécu une folie
de amor y suissé. D’amour et de boisson .

Tungo flaco tranqueando en la tarde. Au cabasson maîgre, traînant dans la la nuit,


Sin aliento el chirlazo cansao. Il donne un coup de fouet sans force.
Fracasao en el último alarde Il a raté son derniere baroud
bajo el sol de la calle Callao. Sous le soleil de la rue Callao
Despintao el alón del sombrero, Le bord du chapeau déteint
ya ni silba la vieja canción, Il ne chante plus la vieille chanson
pues no quedan ni amor ni viajeros Il n’y a plus amours ni voyageurs
para el coche de su corazón. Dans le fiacre de son cœur.

62
Remerciements à Enrique Lataillade

128
Milonga triste (1936) Milonga triste

Paroles de Homero Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Sebastián Piana

Llegabas por el sendero, Tu arrivais par le sentier,


delantal y trenzas sueltas, Tablier et tresses douces,
brillaban tus ojos negros, Et ils brillaient, tes yeux noirs
claridad de luna llena Dans une clarté de pleine lune

Mis labios te hicieron daño Alors, mes lèvres te firent mal


al besar tu boca fresca. En baisant ta bouche fraîche
Castigo me dió tu mano, Ma punition vint de ta main
pero más golpeó tu ausencia Mais plus me châtia ton absence.

Aaaaaaaah… Aaaah …

Volví por caminos blancos, Je revins par les chemins blancs


volví sin poder llegar. Revins sans pouvoir arriver
Triste con mi grito largo, Si triste, dans un sanglot,
canté sin saber cantar. Je chantai sans savoir chanter

Cerraste los ojos negros, Un jour, tu fermas tes yeux noirs


se volvió tu cara blanca Et ton visage devint blanc
y llevamos tu silencio Puis nous portâmes ton silence
al sonar de las campanas. Dans le glas de toutes les cloches.

La luna cayó en el agua, La lune tomba dans l’eau


el dolor golpeó mi pecho. La douleur frappa ma poitrine
Con cuerdas de cien guitarras Comme les cordes de cent guitares
me trencé remordimiento. Je fus pincé par le remord.

Aaaaaaaah… Aaaah ! ! !

Volví por caminos viejos, Je revins par les vieux chemins


volví sin poder llegar. Revins sans pouvoir arriver
Grité con tu nombre muerto J’appelais ton nom disparu
recé sin saber rezar. Je pleurais sans savoir pleurer

Tristeza de haber querido Tristesse d’avoir aimé


tu rubor en un sendero. Ta pudeur sur un sentier
Tristeza de los caminos Tristesse de ces chemins
que después ya no te vieron. Qui depuis ne te virent plus

Silencio en el camposanto, Silence dans le cimetière


soledad de las estrellas, Et solitude des étoiles
recuerdos que duelen tanto, Le souvenirs font tant de mal
delantal y trenzas negras. Tablier et tresses noires.

129
Malena (1942) Malena

Paroles de Homero Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Lucio Demare

Malena canta el tango como ninguna Malena chante le tango comme aucune autre
y en cada verso pone su corazón. Et dans chacun des vers, elle met son cœur ;
A yuyo del suburbio su voz perfuma, L’herbe folle du faubourg parfume sa voix.
Malena tiene pena de bandoneón. Malena tient sa peine du bandonéon
Tal vez allá en la infancia su voz de alondra C’est peut-être dans son enfance que sa voix d’hirondelle
tomó ese tono oscuro de callejón, A-pris cette couleur obscure de ruelle,
o acaso aquel romance que sólo nombra Ou bien en chantant cette romance qu’elle ne dit
cuando se pone triste con el alcohol. Que quand vient la tristesse avec l’alcool.
Malena canta el tango con voz de sombra, Malena chante le tango avec une voix d’ombre ;
Malena tiene pena de bandoneón. Malena tient sa peine du bandonéon.

Tu canción Ta chanson
tiene el frio del último encuentro, A la froideur de la dernière rencontre
tu canción Ta chanson
se hace amarga en la sal del recuerdo. Se fait amère dans le sel du souvenir.
Yo no sé Je ne sais
si tu voz es la flor de una pena, Si ta voix est la fleur d’une peine,
sólo sé Mais je sais
que al rumor de tus tangos, Malena, Qu’au son de tes tangos, Malena,
te siento más buena Je te sens si bonne,
más buena que yo. Plus bonne que moi.

Tus ojos son oscuros como el olvido, Tes yeux sont obscurs comme l’oubli,
tus labios apretados como el rencor, Les lèvres, serrées comme la rancœur
tus manos, dos palomas que sienten frio, Tes mains, deux colombes qui ont froid
tus venas tienen sangre de bandoneón. Dans tes veines coule le sang du bandonéon.
Tus tangos son criaturas abandonadas Tes tangos sont des créatures abandonnées
que cruzan sobre el barro del callejón Qui rôdent dans la boue des ruelles
cuando todas las puertas están cerradas Quand toutes les portes sont fermées
y ladran los fantasmas de la canción. Et que hurlent les fantômes de la chanson.
Malena canta el tango con voz quebrada; Malena chante le tango avec une voix brisée
Malena tiene pena de bandoneón. Malena tient sa peine du bandonéon.

130
Barrio de tango (1942) Faubourg tango

Paroles de Homero Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Aníbal Carmelo Troilo

Un pedazo de barrio, allá en Pompeya, Un bout de faubourg, là-bas à Pompeya,


durmiéndose al costado del terraplén. Somnolant à côté du terre-plein
Un farol balanceando en la barrera Une lanterne qui se balance sur la barrière
y el misterio de adiós que siembra el tren. Le mystère de l’adieu semé par le train.
Un ladrido de perros a la luna, Des chiens qui aboient à la lune
el amor escondido en un portón, L’amour caché sous un portail.
y los sapos redoblando en la laguna Les crapauds croassant sur la lagune
y a lo lejos la voz del bandoneón. Et, plus loin, la voix du bandonéon.

Barrio de tango, luna y misterio, Faubourg tango, lune et mystère,


calles lejanas, ¡cómo estarán! Rues lointaines ! Que devenez-vous ?
Viejos amigos que hoy ni recuerdo Vieux amis dont l’image s’efface
¡qué se habrán hecho, dónde estarán! Qu’avez-vous fait, où êtes-vous ?
Barrio de tango, qué fue de aquella Faubourg tango, qui fut à elle,
Juana, la rubia que tanto amé, Juana la blonde, que j’aimais tant !
¡Sabrá que sufro, pensando en ella, Comme j’ai souffert, pensant à elle,
desde la tarde en que la dejé ! Depuis le jour où je l’ai quittée
¡Barrio de tango, luna y misterio, Faubourg tango, lune et mystère
desde el recuerdo te vuelvo a ver! Mon souvenir revient vers toi.

Un coro de silbidos allá en la esquina. Sifflets en chœur au coin des rues


Y el codillo llenando el almacén. Joueurs de cartes plein les bistrots
Y el dolor de la pálida vecina Et la douleur de cette pâle voisine
que ya nunca salió a mirar el tren. Qui un jour ne sortit plus guetter le train.
Así evoco tus noches, barrio de tango, J’évoque tes nuits, faubourg tango,
con las chatas entrando al corralón Avec les charrettes qui rentrent à l’enclos
y la luna chapalendo sobre el fango La lune faisant des ronds dans la boue
y a lo lejos la voz del bandoneón. Et au loin la voix du bandonéon.

131
Tu pálida voz (1943) Ta si pâle voix

Paroles de Homero Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Charlo

Te oí decir..adiós, adiós... Je t’entendis dire « Adieu, adieu »..


Cerré los ojos y oculté el dolor... Fermant les yeux, je cachais ma douleur
Sentí tus pasos cruzando la tarde Je sentis tes pas s’éloignant dans le soir
y no te atajaron mis manos cobardes. Mes mains furent trop lâches pour. te retenir
Mi corazón...lloró de amor Mon cœur… pleura d’amour
y en el silencio resonó tu voz... Et ta voix résonna dans le silence…
tu voz querida, lejana y perdida, Ta voix aimée, lointaine et perdue
tu voz que era mía...tu pálida voz. Ta voix qui fut mienne…Ta si pâle voix.

En las noches desoladas, que sacude el viento, Et dans la nuit désolée que secoue le vent,
brillan las estrellas frías del remordimiento Brillent les étoiles froides du remords.
y me engaño que habrás de volver otra vez Je me mens en disant que tu reviendras
desatando el olvido y el tiempo. Comme si n’existaient ni le temps ni l’oubli.

Siento que tus pasos vuelven por la senda amiga... Je voudrais que tes pas reviennent croiser mon chemin..
Oigo que me nombras llena de mortal fatiga... Puis que ta voix m’appelle, dans une fatigue mortelle..
para qué si ya sé que es inútil mi afán... Mais pourquoi ? Je sais bien que mon désir est vain...
nunca...nunca...vendrás. Jamais… jamais… tu ne reviendras.

Te vi partir...dijiste adiós... Je te vis partir.. tu dis « adieu »


temblé de angustia y oculté mi dolor... Je tremblai d’angoisse et cachai ma douleur
Depués, pensando que no volverías Puis, pensant que tu ne reviendrais pas,
traté de alcanzarte y ya no eras mía. Je cherchai à t’atteindre, mais tu n’étais plus mienne.
Mi corazón, sangró de amor... Mon cœur pleura ton amour…
y en el recuerdo resonó tu voz... Et dans le souvenir résonna ta voix…
tu voz querida, lejana y perdida, Ta voix aimée, lointaine et perdue,
tu voz aterida...tu pálida voz... Ta voix si transie… ta si pâle voix…

132
Fuimos (1945) Nous fûmes63

Paroles de Homero Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de José Dames

Fui como una lluvia de cenizas y fatigas Ce fut comme une pluie de cendres et de fatigue
en las horas resignadas de tu vida... Dans les heures résignées de ta vie…
Gota de vinagre derramada, Gouttes de vinaigre répandues
fatalmente derramada sobre todas tus heridas. Fatalement répandues sur toutes tes blessures,
Fuiste por mi culpa golondrina entre la nieve, Tu fus par ma faute hirondelle dans la neige,
rosa marchitada por la nube que no llueve. Rose fanée assoiffée de pluie.
Fuimos la esperanza que no llega, que no alcanza, Nous fûmes l’espérance sans lendemain, sans hâvre,
que no puede vislumbrar la tarde mansa. Nous fûmes le voyageur qui n’implore ni ne prie,
Fuimos el viajero que no implora, que no reza, Qui ne peut voir au loin l’apaisement du soir
que no llora, que se echó a morir. Qui ne pleure pas et s’allonge pour mourir.

¡Vete...! ¿no comprendes que te estás matando..? Vas t-en ! Ne comprends-tu pas que tu te tues ?
¿no comprendes que te estoy llamando..? Ne comprends-tu pas que je t’appelle ?
¡Vete!.. no me beses que te estoy llorando Vas-t’en ! Ne m’embrasse pas pendant que je te pleure
y quisiera no llorarte más..! Et que je voudrais ne plus te pleurer.
¿No ves..?, es mejor que mi dolor quede tirado Vas t-en ! Il vaut mieux que ma douleur reste cachée
con tu amor librado Et ton amour libéré
de mi amor final. Enfin de mon amour.
¡Vete...!¿ no comprendes que te estoy salvando? Vas t-en ! Comprends-tu que je te sauve ?
¿no comprendes que te estoy amando..? Ne comprends-tu pas que je t’aime ?
No me sigas, ni me llames, ni me beses, Ne me suis pas, n’appelle pas, ne m’embrasse pas,
ni me llores , ni me quieras más. Ne me pleure pas, ne m’aime plus.

Fuimos abrazados a la angustia de un presagio Nous fûmes arrimés à l’angoisse d’un présage
por la noche de un camino sin salidas, Dans la nuit d’un chemin sans issue.
pálidos despojos de un naufragio Pâles rescapés d’un naufrage
sacudidos por las olas del amor y de la vida. Secoués par les vagues de l’amour et de la vie.
Fuimos empujados en un viento desolado... Nous fûmes emportés par un vent désolé..
sombras de una sombra que tornaba del pasado. Ombre d’une ombre surgie du passé.
Fuimos la esperanza que no llega, que no alcanza, Nous fûmes l’espérance sans lendemain, sans hâvre,
que no puede vislumbrar su tarde mansa. Nous fûmes le voyageur qui n’implore ni ne prie,
Fuimos el viajero que no implora, que no reza, Qui ne peut voir au loin l’apaisement du soir
que no llora, que se echó a morir. Qui sans pleurer, s’allonge pour mourir.

63
Remerciements à Enrique Lataillade

133
Sur (1947) Sud

Paroles de Homero Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique Aníbal Carmelo Troilo

San Juan y Boedo antiguo y todo el cielo, San Juan, le vieux Boedo et tout le ciel,
Pompeya y, más allá, la inundación, Pompeya et plus au loin, l’inondation,
tu melena de novia en el recuerdo, Ta chevelure aimée dans mon souvenir
y tu nombre flotando en el adiós... Et ton nom flottant dans l’adieu….
La esquina del herrero, barro y pampa, Le coin du ferronier, boue et pampa,
tu casa, tu vereda y el zanjón Ta maison, ton trottoir, le ruisseau
y un perfume de yuyos y de alfalfa Et un parfum d’herbe et d’avoine
que me llena de nuevo el corazón. Qui remplit mon coeur à nouveau.

Sur... paredón y después... Sud… un grand mur et après…


Sur... una luz de almacén64... Sud… une lumière d’almacen…

Ya nunca me verás como me vieras, Jamais plus tu ne me verras comme autrefois


recostado en la vidriera Appuyé sur la vitrine
y esperándote, En t’attendant
ya nunca alumbraré con las estrellas Et jamais plus les étoiles n’éclaireront
nuestra marcha sin querellas Nos promenades sans querelles
por las noches de Pompeya. Dans les nuits de Pompeya.
Las calles y las lunas suburbanas Les rues et les lunes du faubourg
y mi amor en tu ventana Et mon amour guettant ta fenêtre
todo ha muerto, ya lo sé. Tout est mort, je le sais…

San Juan y Boedo antiguo, cielo perdido, San Juan et le vieux Boedo, ciel perdu
Pompeya y, al llegar al terraplen, Pompeya et, devant le terre-plein,
tus veinte años temblando de cariño Tes vingt ans tremblant de tendresse
bajo el beso que entonces te robé. Sous le baiser qu’alors je te volai.
Nostalgia de las cosas que han pasado, Nostalgie des choses qui sont passées
arena que la vida se llevó, Sable de la vie qui s’écoula
pesadumbre del barrio que ha cambiado Tristesse des quartiers qui ont changé
y amargura del sueño que murió. Et amertume du rêve qui est mort.

Sur... paredón y después... Sud… un grand mur et après…


Sur... una luz de almacén... Sud… une lumière d’almacen...

64
Boutique faisant à la fois office d’épicerie, de café-restaurant et
de bazar.

134
Che, bandoneón (1948) Oh, bandonéon !

Paroles de Homero Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Aníbal Carmelo Troilo

El duende de tu son, che bandoneón, Le lutin de ton son, oh bandonéon,


se apiada del dolor de los demás, Prend pitié de la douleur des hommes
y al estrujar tu fueye dormilón Et quand on le presse, ton foyer dormeur
se arrima al corazón que sufre más. Chante au cœur qui souffre le plus.
Estercita y Mimi, como Ninón, Estercita, et Mimi, comme Ninon,
dejando sus destinos de percal A la fin de leur destinée de percalle
vistieron al final, mortajas de rayón, Revêtiront un linceul de rayonne
al eco funeral de tu canción. Dans l’écho funèbre de ta chanson.

Bandoneón, Bandonéon,
hoy es noche de fandango Aujourd’hui, c’est nuit de fête
y puedo confesarte la verdad, Et je peux te confesser le vérité,
copa a copa, pena a pena, tango a tango, Coupe à coupe, peine à peine, tango à tango,
embalado en la locura Perdu dans la folie
del alcohol y la amargura. De l’alcool et de l’amertume
Bandoneón, Bandonéon,
para qué nombrarla tanto, Pourquoi tant dire son nom,
no ves que está de olvido el corazón Ne vois-tu pas que mon cœur essaye de l’oublier
y ella vuelve noche a noche como un canto Et qu’elle revient nuit à nuit, comme un chant,
en las gotas de tu llanto, Dans les gouttes de tes pleurs,
ché bandoneón ! Oh, bandonéon !

Tu canto es el amor que no se dió Ton chant est l’amour qui ne s’est pas donné,
y el cielo que soñamos una vez, Et le ciel que nous révâmes un jour,
y el fraternal amigo que se hundió Et l’ami fraternel qui s’est noyé
cinchando en la tormenta de un querer. Luttant dans la tempête d’un amour
Y esas ganas tremendas de llorar Et cette envie terrible de pleurer
que a veces nos inundan sin razón, Qui parfois nous inonde sans raison
y el trago de licor, que obliga a recordar Et la gorgée de liqueur qui oblige à se souvenir
si el alma esta en « orsai », ché bandoneón. Quand l’âme est hors-jeu, oh bandonéon !

135
Desde el alma (1948) Depuis l’âme

Paroles de Homero Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Rosita Melo

Alma, si tanto te han herido Mon âme, si on t’a tant blessée


¿Por qué te niegas al olvido? Pourquoi refuses-tu l’oubli?
¿Por qué prefieres Pourquoi préférer
llorar lo que has perdido Pleurer ce qui fut perdu
buscar lo que has querido Chercher ce que tu aimais
llamar lo que murió? Nommer ce qui mourut ?

Vives inútilemente triste Tu vis inutilement triste


y sé que nunca mereciste Je sais, tu n’as pas mérité
pagar con penas De payer par des peines
la culpa de ser buena, La faute d’être bonne
tan buena como fuiste Bonne comme tu le fus
por amor. Par amour.

Fue, lo que empezó una vez Fut, ce qui commença,


lo que después Ce qui, ensuite,
dejó de ser. Cessa d’être.
Lo que al final Ce qui enfin
por culpa de un error A cause d’une erreur
fue noche amarga del corazón. Fut la nuit amère de ton cœur.

¡Deja esas cartas! Laisse ces lettres !


¡Vuelve a tu antigua ilusión! Reviens à tes espérances
Junto al dolor Avec la douleur
que abre una herida Ouvrant ta blessure
llega la vida Revient la vie
trayendo otro amor. Portant un autre amour.

Alma no entornes tu ventana Ame, ne ferme pas tes yeux


al sol feliz de la mañana. Au jour chaleureux du matin
No desesperes Ne désespère pas
que el sueño más querido, Que ce rêve tant aimé
es el que más nos hiere, Soit aussi la blessure
es el que duele más. Qui te fait le plus mal.

136
Romance de barrio (1948) Romance de faubourg65

Paroles de Homero Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Aníbal Carmelo Troilo

Primero la cita lejana de Abril D’abord cette rencontre lointaine d’avril


tu oscuro balcón, tu antiguo jardín Ton balcon obscur, ton ancien jardin
más tarde las cartas de pulso febríl Puis les lettres écrites d’un poignet fébrile,
mintiendo que no, jurando que sí. Qui mentaient que non, qui juraient que oui.
Romance de barrio, tu amor y mi amor Romance de quartier, ton amour, mon amour,
primero un querer, después un dolor D’abord un désir, ensuite une douleur
por culpas que nunca tuvimos Pour des fautes qui ne furent pas nôtres
por culpas que debimos sufrir los dos. Pour des fautes dont nous souffrîmes tous deux.

Hoy vivirás despreciándome, tal vez sin soñar Tu vis aujourd’hui en me méprisant, sans même penser
que lamento al no poderte tener Que, dans ton absence, me poursuit
el dolor de no saber olvidar La douleur de ne pas savoir oublier.
hoy estarás como nunca lejos mío Mantenant tu es plus loin que jamais.
lejos de tanto llorar Loin d’avoir tant pleuré.
fué porque sí, que el despecho te cegó como a mí Ce fut sans raison que, comme moi, t’aveugla le dépit,
sin mirar que en el rencor del adiós Sans voir que, dans la rancune de l’adieu,
castigabas con crueldad tu corazón, Tu torturais cruellement ton propre cœur.
fué porque sí, que de pronto no supimos pensar Ce fut sans sans raison qu’alors, nous ne sûmes comprendre
que es más facil renegar y partir Qu’il est plus facile de renier et partir
[que vivir sin olvidar. [Que de vivre sans oublier.

Ceniza del tiempo la cita de Abril, Cendres du temps, cette rencontre d’avril,
tu oscuro balcón, tu antiguo jardín, Ton balcon obscur, ton ancien jardin,
las cartas trazadas con mano febril, Les lettres écrites d’une main fébrile
mintiendo que no, jurando que sí. Qui mentaient que non, qui juraient que oui.
Retornan vencidas tu voz y mi voz Elles reviennent vaincues, ma voix et ta voix,
trayendo al volver con tonos de horror Dire à notre mémoire avec un ton d’effroi,
las culpas que nunca tuvimos, Les fautes qui ne furent pas nôtres
las culpas que debimos pagar los dos. Les fautes dont nous dûmes souffrir tous deux.

65
Remerciements à Mariana Bustelo et Enrique Lataillade

137
138
Homero Expósito (1918-1987)

139
Al compás del corazón (Late un corazón) (1942) A la cadence du coeur
(Un coeur bat)

Paroles de Homero Expósito Traduction de Enrique Lataillade


Musique de Domingo Federico

Late un corazón Un coeur bat


Déjalo latir Laisse-le battre
Miente mi soñar Ma rêverie est mensongère
Déjame mentir Laisse-moi mentir
Late un corazón Un coeur bat
Porque he de verte Car je vais te voir
nuevamente A nouveau
Miente mi soñar Ma rêverie est mensongère
porque regresas lentamente Car tu reviens lentement

Late un corazón Un coeur bat


Me parece verte regresar con el adiós Car je crois te voir revenir de l’adieu
Y al volver gritarás tu horror Et en revenant tu crieras ta peine
El ayer, el dolor, la nostalgia Le passé, la douleur, la nostalgie
Pero al fin bajarás tu voz Puis tu baisseras ta voix
Y atarás tu ansiedad de distancias Et ton désir de l’ailleurs s’apaisera
Y sabrás por qué late un corazón Et tu sauras pourquoi un coeur bat
Al decir ... ¡ Qué feliz ! En disant... Quel bonheur !
Y un compás, un compás de amor, Et une cadente, une cadente d’amour
Unirá para siempre el adiós Unira l’adieu pour toujours

Ya verás, amor, Tu verras, mon amour,


qué feliz serás ... Comme tu seras heureuse...
¿Oyes el compás? Tu entends la cadence ?
Es el corazón C’est le coeur
Ya verás qué dulces Tu verras comme sont douces
son las horas del regreso Les heures du retour
Ya verás qué dulces los reproches Tu verras comme sont doux les reproches
y los besos Et les baisers
Ya verás, amor, Tu verras, mon amour,
Qué felices horas Tant de moments heureux
Al compás del corazón A la cadence du coeur

140
Pedacito de cielo (1942) Morceau de ciel

Paroles de Homero Expósito Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Enrique Francini et Héctor Stamponi

La casa tenía una reja La maison avait une grille


pintada con quejas Couverte de plaintes
y cantos de amor ; Et de chansons d’amour
La noche llenaba de ojeras La nuit remplissait de cernes
la reja, la hiedra La grille, le lierre
y el viejo balcón. Et le vieux balcon.
Recuerdo que entonces reías Je me souviens qu’alors tu riais
si yo te leía Quand je te lisais
mi verso mejor. Mes meilleurs vers.
Y ahora, capricho del tiempo, Et aujourd’hui, caprice du temps,
leyendo esos versos En lisant ces vers,
¡lloramos los dos !... Nous pleurons tous les deux.

Los años de la infancia Les années de l’enfance


¡pasaron… pasaron !... Ont passé, passé
La reja está dormida La grille s’est endormie
de tanto silencio... De tant de silence
Y en aquel pedacito de cielo Et dans ce petit morceau de ciel
se quedó tu alegría y mi amor. Sont restés ma gaieté et mon amour
Los años han pasado, Les années ont passé,
terribles, malvados, Terribles, mauvaises,
dejando una esperanza Détruisant une espérance
que no ha de llegar. Sans lendemain.
Y recuerdo tu gesto travieso Je me souviens de ton geste joueur
después de aquel beso Après ce baiser
robado al azar… Volé au hasard.

Tal vez se enfrío con la brisa Peut-être se sont refroidis avec la brise
tu cálida risa, Ton rire chaud,
tu límpida voz… Ta voix limpide
Tal vez se escapó a tus ojeras Peut-être ont échappé à tes cernes
la reja, la hiedra La grille, le lierre
y el viejo balcón…. Et le vieux balcon…
Tus ojos de azúcar quemada Tes yeux de sucre brûlé,
tenían distancias Avaient un regard
doradas al sol… Doré de soleil
¡y hoy quieres hallar como entonces Et tu voudrais comme autrefois
la reja de bronce Retrouver la grille de bronze
temblando de amor !... En tremblant d’amour !…

141
Farol (1943) 66 Fanal67

Paroles de Homero Expósito Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Virgilio Expósito

Un arrabal con casas Un faubourg et ses maisons


que reflejan su color de lata... Avec leurs reflets de tôle...
un arrabal humano Un faubourg humain
con leyendas que se cantan como tangos... Avec ses légendes aux accents de tangos...
y allá un reloj que lejos dá Au loin cette horloge qui sonne
las dos de la mañana... Les deux heures du matin...
un arrabal obrero, Un faubourg ouvrier,
una esquina de recuerdos y un farol... Une rue de souvenir et un fanal

Farol... Fanal...
las cosas que ahora se ven Les choses que l’on voit aujourd’hui
farol... Fanal...
ya no es lo mismo que ayer... Ont perdu les couleurs du passé
La sombra La pénombre
hoy se escapa a tu mirada Qui échappe à ta lumière
y me deja más tristona Etend la nuit de sa tristesse
la mitad de mi cortada; Sur la moitié de ma ruelle
tu luz Ta clarté
con el tango en el bolsillo Avec ses reflets de tango
fue perdiendo luz y brillo Perd peu à peu son éclat
y es una cruz... Et dessine comme une croix...

Allí conversa el cielo Là-bas, le ciel converse


con los sueños de un millón de obreros... Avec les rêves de millions d’ouviers...
allí murmura el viento Là-bas le vent murmure
los poemas populares de Carriego, Les poèmes populaires de Carriego,
y cuando allá a lo lejos dan Et quand au loin, on entend que sonnent
las dos de la mañana, Les deux heures du matin,
el arrabal parece Il semble que le faubourg
que se duerme repitiéndole al farol...: S’endort en répétant au fanal :

Farol... Fanal...

66
Un farol est un lampadaire, traduit ici par fanal par souci
67
d’assonance. Remerciements à Mariana Bustelo et Enrique Lataillade

142
Percal (1943) Percalle

Paroles de Homero Expósito Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Domingo Federico

Percal... Percalle..
¿Te acuerdas del percal?... Te souviens-tu du percalle ?
tenías quince abriles Tu avais 15 ans
anhelos de sufrir y amar, Le désir de souffrir, d’aimer,
de ir al centro, triunfar D’aller au centre pour triompher
y olvidar el percal... Et oublier le percalle
Percal... Percalle…
camino del percal, Chemin de percalle,
te fuiste de tu casa, Tu partis de ta maison
tal vez nos enteramos mal, Peut-être nous sommes-nous mal compris
sólo sé que al final Je sais seulement qu’à la fin,
olvidaste el percal... Tu as oublié le percalle

La juventud se fué... La jeunesse est partie...


tu casa ya no está... Ta maison n’existe plus …
y en el ayer tirados Et dans l’autrefois, oubliés,
se han quedado Sont restés,
acobardados Craintifs,
tu percal y mi pasado... Ton percalle et mon passé
la juventud se fué... La jeunesse est partie…
yo ya no espero más... Je n’espère plus…
mejor dejar perdidos Il vaut mieux laisser où ils sont
los anhelos que no han sido Les désirs qui ne sont plus
y el vestido de percal... Et les robes de percalle…

Llorar... Pleurer. ..
¿Por qué vas a llorar?... Pourquoi vas-tu pleurer ?
¿acaso no has vivido?, Peut-être n’as-tu pas vécu ?
acaso no aprendiste a amar Peut-être n’as-tu pas appris à aimer,
a sufrir, a esperar, A souffrir, à attendre,
y también a callar… Et aussi à te taire ?
Percal... Percalle…
son cosas del percal... Ce sont les choses du percalle
Saber que estás sufriendo Savoir que tu souffres,
saber que sufrirás aún más Que tu souffriras davantage
y saber que al final Et savoir qu’à la fin
no olvidaste el percal... Tu n’as pas oublié le percalle
Percal... Percalle…
Tristeza del percal. Tristesse du percalle..

143
Naranjo en flor (1944) Oranger en fleurs

Paroles de Homero Expósito Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Virgilio Expósito

Era más blanda que el agua Elle était plus douce que l’eau
que el agua blanda.. Que l’eau douce…
Era más fresca que el río… Elle était plus fraîche que la rivière,
Naranjo en flor Oranger en fleurs
Y en esa calle de estío, Et dans cette rue-là,
calle perdida, Rue perdue,
dejó un pedazo de vida Elle a laissé un peu de sa vie
y se marchó. Et elle est partie.

Primero hay que saber sufrir, D’abord il faut savoir souffrir,


después amar, después partir Ensuite aimer, ensuite partir
y al fin andar sin pensamiento... Ensuite se laisser porter par la vie…
Perfume de naranjo en flor, Parfum d’oranger en fleurs
promesas vanas de un amor, Promesses vaines d’un amour
que se escaparon con el viento. Qui s’échappèrent avec le vent
Después…¿ qué importa del después ?… Ensuite… Mais qu’importe l’ensuite …
Toda mi vida es el ayer Toute ma vie est dans l’hier
que me detiene en el pasado. Qui me retient dans le passé
Eterna y vieja juventud Eternelle et vieille jeunesse
que me ha dejado acobardado Qui m’a laissé craintif
como un pájaro sin luz… Comme un oiseau sans lumière.

¿Que le habrán hecho mis manos? Que lui ont fait mes mains ?
¿Que le habrán hecho Que lui ont-elles fait ?
para dejarme en el pecho Pour laisser dans ma poitrine
tanto dolor…? Tant de douleur ?
Dolor de vieja arboleda, Douleur de vieil arbre,
canción de esquina, Chanson de rue,
con un pedazo de vida… Avec un peu de ma vie…
Naranjo en flor. Oranger en fleurs.

144
Yuyo verde (1944) Herbe verte68

Paroles de Homero Expósito Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Domingo Federico

Callejón...callejón... Ruelle.. Ruelle


lejano... lejano... Lointaine…lointaine…
ííbamos perdidos de la mano Nous marchions, perdus, nos mains jointes
bajo un cielo de verano Sous un ciel d’été
soñando en vano... Révant en vain…
Un farol... un portón... Un fanal, un portail,
- igual que en un tango - - Comme dans un tango -,
y los dos perdidos de la mano, Et tous les deux, nos mains jointes
bajo el cielo de verano Sous ce ciel d’été
que partió... Disparu.

Déjame que llore crudamente Laisse-moi donc pleurer simplement


con el llanto viejo del adiós... Avec les vieilles larmes de l’adieu
adonde el callejón se pierde Là-bas, où se se perd la ruelle,
brotó este yuyo verde Pousse cette herbe verte
del perdón... Du pardon
Déjame que llore y te recuerde, Laisse-moi pleurer à ton souvenir
- trenzas que me anudan al portón; - Tresses qui m’attachent à ce portail ;
de tu país ya no se vuelve De ton pays on ne revient pas
ni con el yuyo verde Même avec l’herbe verte
del perdón. Du pardon.

¿Dónde estás...dónde estás... Où donc es-tu partie ?


adónde te has ido? Où es-tu… où est-tu…
Dónde están las plumas de mi nido, Où sont les plumes de mon nid,
la emoción de haber vivido L’émotion d’avoir vécu
y aquel cariño... Et cette tendresse…
Un farol... un portón, Un fanal, un portail,
- igual que en un tango- Comme dans un tango,
y este llanto mío entre mis manos Et mes larmes glissant dans mes mains
y este cielo de verano Et ce ciel d’été
que partió... Disparu…

68
Remerciements à Mariana Bustelo et Enrique Lataillade

145
Cafetín (1946) Petit café69

Paroles de Homero Expósito Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Argentino Gálvan

Cafetín Petit café


donde lloran los hombres Où pleurent les hommes
que saben el gusto Qui connaissent le goût
que dejan los mares... Que laissent les océans..
Cafetín Petit café
y esa pena que amarga Et cette peine amère
mirando los barcos Quand on regarde les bateaux
volver a sus lares... Qui reviennent à leur port...
Yo esperaba, J’espérais
porque siempre soñaba Car je rêvais toujours
la paz de una aldea A la paix d’un village
sin hambre y sin balas... Sans faim et sans guerre..
¡Cafetín Petit café
ya no tengo esperanzas Je n’ai plus d’espérances
ni sueño ni aldea Ni rêve ni village
para regresar...! Où retourner .. !

Por los viejos cafetínes Dans les vieux cafés


siempre rondan los recuerdos Rôdent toujours les souvenirs
y un compás de tango de antes Et les notes d’un vieux tango
va a poner color Viennent mettre des couleurs
al dolor del emigrante... Sur la douleur de l’émigrant...
Allí florece el vino Ici fleurit le vin
la aldea en el recuerdo Le souvenir de la bourgade
y el humo del tabaco... Et l’odeur du tabac...
¡Por los viejos cafetines Dans les vieux cafés
siempre rondan los recuerdos Rôdent toujours les souvenirs
de un país y de un amor...! D’un pays et d’un amour...!

Bajo el gris Sous la grisaille


de la luna madura De la lune trop pleine
se pierde la oscura Se perd l’obscure
figura de un barco Silhouette d’une barque
y al matiz Et dans le halo
de un farol escarlata D’un fanal écarlate
las aguas del Plata Les eaux de la Plata
parecen un charco... Ressemblent à une flaque..
¡Qué amargura, Quelle amertume,
la de estar de este lado D’être de ce côté
sabiendo que enfrente En sachant qu’en face
nos llama el pasado...! Le passé nous appelle...!
Cafetín Petit café
en tu vaso de vino Dans ton verre de vin,
disuelto el destino Se dissout mon destin
que olvido por tí... Que j’oublie avec toi ...

69
Remerciements à Mariana Bustelo et Enrique Lataillade

146
Flor de lino (1947) Fleur de lin70

Paroles de Homero Expósito Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Héctor Stamponi

Deshojaba noches esperando en vano que Elle effeuillait les nuits, en espérant en vain
le diera un beso, Que mes lèvres la touchent
pero yo soñaba con el beso grande Mais moi je ne rêvais qu’à l’immense baiser
de la tierra en celo. De la terre féconde.

Flor de Lino, Fleur de lin,


qué raro destino Quel étrange destin
truncaba un camino Barrait le chemin
de linos en flor... De ces lins en fleurs…

Deshojaba noches cuando me esperaba por aquel sendero Elle effeuillait les nuits en guettant mes pas sur ce chemin
llena de vergüenza, como los muchachos con un traje nuevo: Toute emplie de honte, comme les gamins dans un habit neuf
cuántas cosas que se fueron, Tant de choses qui s’en furent
y hoy regresan siempre por la siempre noche de mi soledad! Et qui, sans répit, viennent hanter les nuits de ma solitude !

Yo la ví florecer como el lino Je la vis fleurir un jour comme le lin


de un campo argentino maduro de sol... D’une prairie argentine gorgée de soleil…
Si la hubiera llegado a entender Si j’avais su alors la comprendre
ya tendría en mi rancho el amor! Ma chaumière abriterait son amour !
Yo la ví florecer, pero un día, Je la vis fleurir, mais un jour,
mandinga la huella que me la llevó! - Maudite soit l’ombre qui me l’enleva !
Flor de Lino se fué Fleur de lin s’en alla
y hoy que el campo está en flor Et tandis que le champ refleurit
ah malhaya! me falta su amor. Ah ! Malheur ! Son amour n’est plus là.

Hay una tranquera por donde el recuerdo Il y a une clôture par où le souvenir
vuelve a la querencia, Vient rôder vers ce qu’il aima,
que el remordimiento de no haberla amado Que le remords amer d’un amour refusé
siempre deja abierta: Laisse toujours ouverte.

Flor de Lino, Fleur de lin


te veo en la estrella Je te vois dans l’étoile
que alumbra la huella Qu’éclaire la nuit
de mi soledad... De ma solitude…

Deshojaba noches cuando me esperaba Elle effeuillait les nuits quand elle m’attendait
[como yo la espero, [comme je l’attends.
llena de esperanzas, como un gaucho Pleine d’espérance, comme le gaucho pauvre
pobre cuando llega al pueblo, Quand il entre au bourg
flor de ausencia, tu recuerdo Fleur d’absence, ton image
me persigue siempre por la siempre noche de mi soledad... Me poursuit toujours dans la nuit sans fin de ma solitude.

70
Remerciements à Mariana Bustelo et Enrique Lataillade

147
Tangos littéraires et modernes

148
Gricel (1942) Gricel

Paroles de José María Contursi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Marano Mores

No debí pensar jamás Je n’aurais jamais dû penser


en lograr tu corazón… A trouver ton cœur…
Y sin embargo te busqué Et cependant je te cherchais
hasta que un día te encontré Jusqu’à ce qu’un jour je te rencontre
y con mis besos te aturdí Et avec mes baisers je t’étourdis
sin importarme que eras buena... Sans prendre garde à ta bonté…
Tu ilusión fue de cristal Ton illusion fut de cristal
se rompió cuando partí Elle se rompit quand je partis
pues nunca… nunca más volví.. Et jamais, jamais plus je ne revins…
!Qué amarga fué tu pena.! Comme ta peine fut amère !

No te olvides de mí… Ne m’oublie pas..


de tu Gricel! N’oublie pas ta Gricel !
me dijiste al besar Me dis-tu en embrassant
al Cristo aquel… Cette croix…
y hoy que vivo enloquecido Et aujourd’hui je vis comme fou
porque no te olvidé Parce que je ne t’ai pas oubliée
ni te acuerdas de mí… Et que tu ne te souviens plus de moi
¡Gricel!…¡Gricel!… Gricel ! … Gricel !…

Me faltó después tu voz Alors me manquèrent ta voix


y el calor de tu mirar… Et la chaleur de ton regard
y como un loco te busqué Et comme un fou je t’ai cherchée
pero ya nunca te encontré Mais je ne t’ai jamais retrouvée
y en otros besos me aturdí... Et je m’étourdis dans d’autres bras…
¡Mi vida toda fue un engaño! Toute ma vie fut une tromperie !
¿Qué será, Gricel, de mí? Que vais-je devenir, Gricel ?
se cumplió la ley de Dios ! La loi de Dieu s’est accomplie
porque sus culpas ya pagó Parce qu’il a déjà payé sa faute
quien te hizo tanto daño! Celui qui t’a fait tant de mal.

149
El arriero va (1944)71 Va le berger

Paroles et musique de Atahualpa Yupanqui Traduction de Fabrice Hatem et Mariana Bustelo

En las arenas bailan los remolinos Les tourbillons dansent dans la poussière
El sol juega en el brillo del pedregal Le soleil joue dans l’éclat des pierriers
Y prendido a la magia de los caminos Et, fasciné par la magie des chemins
El arriero va, el arriero va. Va le berger, va le berger.

Es bandera de niebla su poncho al viento Son poncho dans le vent est un drapeau de brume
Lo saludan las flautas del pajonal Les flûtes de la lande le saluent
Y guapeando en la senda por esos cerros Avec fierté, sur le sentier des collines
El arriero va, el arriero va. Va le berger, va le berger.

Las penas y las vaquitas Les peines et les vachettes


Se van por la misma senda S’en vont pas le même sentier
Las penas son de nosotros Les peines sont à nous
Las vaquitas son ajenas Les vachettes sont à d’autres.

Un degüello de sol le muestra la tarde Les crépuscule lui offre un soleil égorgé
Se han dormido las lces del pedregal Les lumières du pierrier se sont endormies
Y animando la tropa dale que dale Entraînant le troupeau. Allez !! Allez !!
El arriero va, el arriero va. Va le berger, va le berger.

Amalaya la noche traiga el recuerdo Ah ! Si la nuit m’apportait le souvenir


Que haga menos pesada mi soledad Qui rendrait moins pesante ma solitude.
Como sombra en la sombra por esos cerros Comme une ombre dans l’ombre de ces collines
El arriero va, el arriero va. Va le berger, va le berger.

Las penas y las vaquitas Les peines et les vachettes


Se van por la misma senda S’en vont pasr le même sentier
Las penas son de nosotros Les peines sont à nous
Las vaquitas son ajenas Les vachettes sont à d’autres

Y prendido a la magia de los caminos, Et, fasciné par la magie des chemins
El arriero va, el arriero va. Va le berger, va le berger.

71
Ce texte n’est pas une tango mais une zamba. Il appartient donc
au répertoire des chansons folkloriques argentines, un domaine au
moins aussi riche que celui du tango-chanson, et que nous avons
souhaiter évoquer dans ce recueil.

150
Adiós Nonino (1960) Adieu, le vieux72

Paroles de Eladia Blázquez Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Astor Piazzolla

Desde una estrella al titilar... Depuis un étoile scintillante,


Me hará señales de acudir, Il me fera signe d’arriver,
por una luz de eternidad Pour rejoindre la lumière d’éternité
cuando me llame, voy a ir… Quand il m’appelera je viendrai…
A preguntarle, por ese niño Pour lui donner des nouvelles de ce gosse
que con su muerte lo perdí, Qu’avec sa mort, j’ai perdu..
que con "Nonino" se me fue. Qui est parti avec mon vieux.
Cuando me diga, ven aquí ... Quand il me dira, viens ici….
Renaceré, porque... Je renaîtrai, parce que…

¡Soy! la raíz del país Je suis fruit de cette racine


que amasó con su arcilla… Pétri avec l’argile de ce pays
Soy, sangre y piel, del "tano" aquel, Je suis le sang, la peau de ce rital
que me dió su semilla... Qui m’a donné sa semence
¡Adiós "Nonino" ... ! Adieu le vieux ! ! !
Qué largo sin vos, será el camino. Comme sera long sans toi le chemin
Dolor, tristeza, la mesa y el pan. Douleur, tristesse, la table et le pain
Y mi adiós... ¡Ay...! Mi adiós Et mes adieux ! ! Ah ! ! Mes adieux ! ! !
a tu amor, tu tabaco, tu vino. A ton amour, ton tabac, ton vin.
¿Quién...? ¡Sin piedad, me robó la mitad Qui, sans pitié, a volé la moitié de ma vie
al llevarte Nonino ! En t’enlevant, mon vieux ?
Tal vez un día, yo también mirando atrás... Peut-être un jour, mon aussi, en regardant en arrière,
Como vos, diga adiós... Comme toi je dirai adieu…
¡No vá más...! Et c’est tout…

(Recitado) (Récitatif)

Y hoy mi viejo Nonino es una planta. Et aujourd’hui, mon vieux est une plante,
Es la luz, es el viento y es el río... C’est la lumière c’est le vent et la rivière
Este torrente mío lo suplanta, Ce torrent qui jaillit en moi le remplace
prolongando en mi ser, su desafío. Prolongeant dans mon être son défi…
Me sucedo en su sangre, lo adivino. Je me nourris dans son sang, je le devine,
Y presiento en mi voz su proprio eco. Et je pressens dans ma voix son propre écho
Esta voz que una vez, me sonó a hueco Cette voix qui parfois me paraît sonner creux
cuando le dije adiós... Quand je lui dis adieu..
¡Adiós Nonino ! Adieu le vieux ! !

¡Soy! la raíz del país Je suis fruit de cette racine


que amasó con su arcilla… Fait avec l’argile de ce pays
Soy,! Sangre y piel, del "tano" aquel, Je suis le sang et la peau de ce rital-là
que me dió su semilla. Qui m’a donné sa semence …
¡Adiós Nonino ...! Adieu le vieux ! ! !
Dejaste tu sol, en mi destino. Tu as laissé ton soleil dans mon destin
Tu ardor, sin miedo, tu credo de amor. Ton ardeur sans peur, ton credo d’amour
Y ese afán... ¡Ay.! Tu afán, por sembrar Et ce désir ! oh ! Ce désir de semer
de esperanza el camino. Une graine d’espérance sur ce chemin.
¡Soy, tu panal y esta gota de sal, Je suis cette goutte de sel
que hoy te llora Nonino! Qui aujourd’hui te pleure, le vieux ! ! !
Tal vez el día que se corte mi piolín, Peut-être un jour où je casserai ma pipe
te veré y sabré ... Je te verrai et je saurai
Que no hay fín. Qu’il n’y a pas de fin ! ! ! !

72
Remerciements à Nardo Zalko

151
Alguien le dice al tango (enregistré en 1965) Quelqu’un parle au tango

Paroles de Jorge Luis Borges Traduction de Fabrice Hatem et Sandra Messina


Musique de Astor Piazzolla

Tango que he visto bailar Tango que j’ai vu danser


contra un ocaso amarillo Sur un jaune crépuscule
por quienes eran capaces Par des gars capables aussi
de otro baile, el del cuchillo. D’une autre danse, celle du couteau
Tango de aquel Maldonado Tango de ce ruisseau Maldonaldo
con menos agua que barro, Où il y avait moins d’eau que de boue
tango silbado al pasar Tango siffloté au passage
desde el pescante de un carro. Depuis le siège d’une charrette

Despreocupado y zafado Tango provocateur et bohème


siempre mirabas de frente, Tu regardais toujours en face,
tango que fuiste la dicha Tango qui donna le bonheur
de ser hombre y ser valiente. D’être un homme et d’être vaillant
Tango que fuiste feliz Tango qui fut heureux
como yo también lo he sido, Comme moi aussi je l’ai été
según me cuenta el recuerdo, Si j’en crois la voix du souvenir
el recuerdo o el olvido. Du souvenir ou de l’oubli.

Desde ese ayer, cuántas cosas Depuis ce jadis, combien de choses


a los dos nos han pasado: Nous sont arrivées à tous deux :
las partidas, y el pesar Les plaisirs et la souffrance
de amar y no ser amado. D’aimer et de n’être pas aimé.
Yo habré muerto, y seguirás Je serai mort et tu continueras
orillando nuestra vida. A suivre le chenal de notre vie
Buenos Aires no te olvida, Buenos Aires ne t’oublie pas,
tango que fuiste y serás. Tango qui fus et sera.

152
Un mundo nuevo (1965) Un nouveau monde

Paroles de Héctor Negro Traduction de Sandra Messina et Fabrice Hatem


Musique de Osvaldo Avena

Caminemos, muchacha, por la calle Marchons, petite, dans la rue


y no nos entreguemos Et ne nous rendons jamais
aunque esto ya no ande. Même si c’est difficile.

Dame el brazo bien fuerte y caminemos, Donne-moi le bras bien fort, et marchons
que otro mundo distinto Parce qu’il y a un autre monde, différent
hoy tengo para darte. Que je porte pour te le donner.

Tengo un mes sin fin de mes. J’ai un mois sans fin de mois
Un trabajo sin patrón. J’ai un travail sans patron
Un lugar para los dos. Un toit pour deux
Ganas de amarte. Envie de t’aimer.

Mucha luz a repartir. Tant de lumière à donner


En la red tengo al ladrón Et dans mes filets, j’ai pris le voleur
de tu sangre y de mi sangre. De ton sang et de mon sang.

Una vida que dá ganas de vivir, Une vie qui donne envie de vivre
porque ya no aguanto más Parce que j’en ai marre
que me lleven por delante. De me faire marcher sur les pieds.

Todo eso tengo yo. Tout ça, je l’ai, moi,


Todo eso y ya verás. Tout ça, tu vas voir,
Porque sé donde está el sol. Parce que je sais où est le soleil
Y por el voy a pelear. Et c’est pour ça que je vais me battre.

Caminemos, muchacha, y no me digas Marchons, petite, et ne me dis pas


que no vale la pena Que ça ne vaut pas la peine
por algo asíí, jugarse. D’en prendre le risque.

Olvidando los pozos de la vida Oubliant les crasses de la vie


y tanta cosa triste Et toutes les choses tristes
que conviene olvidarse. Qu’il vaut mieux oublier.

153
Balada para mi muerte (1968) Ballade pour ma mort

Paroles de Horacio Ferrer Traduction de Françoise Thanas


Musique de Astor Piazzolla

Moriré en Buenos Aires. Será de madrugada. Je mourrai à Buenos Aires au lever du jour.
Guardaré, mansamente, las cosas de vivir. Je rangerai tranquillement les choses de ma vie ;
Mi pequeña poesia de adioses y de balas, Mon humble poésie d’adieux et de combats,
mi tabaco, mi tango, mi puñado de splin. Mon tabac, mon tango, ma poignée de spleen,
Me pondré por los hombros, de abrigo, Je poserai sur mes épaules le manteau de l’aube
todó el alba; Toute entière
mi penúltimo whisky quedará sin beber. Je ne boirai pas mon avant-dernier whisky ;
Llegará tangamente, mi muerte enamorada, Ma mort, ivre d’amour, arrivera comme un tango,
yo estaré muerto, en punto, cuando sean las seis. Je mourrai, juste quand sonneront six heures.
Hoy que dios me deja soñar, Puisque Dieu aujourd’hui ne songe plus à moi,
a mi olvido iré por Santa Fé, Je marcherai vers l’oubli rue de Santa Fé,
sé que en nuestra esquina vos ya estás Jusqu’à l’angle où tu m’attends déjà,
toda de tristeza hasta los pies! Tout enveloppé de tristesse jusqu’aux pieds !
Abrazame fuerte que por dentro Serre-moi très fort, j’entends au fond de moi
oigo muertes, viejas muertes, Des trépas, des trépas anciens,
agrediendo lo que amé... Agressant ce que j’aime
Alma mía... vamos yendo... Partons mon amour…
Llega el día...No llorés! Le jour va naître.. Ne pleure pas !

(recitado) (récitatif)

Moriré en Buenos Aires. Será de madrugada Je mourrai à Buenos Aires au lever du jour,
que es la hora en que mueren los que saben morir; A l’heure où meurent ceux qui savent mourir ;
flotará en mi silencio la mufla perfumada Dans mon silence flottera le spleen parfumé
de aquel verso que nunca te pude decir. De ce vers que je n’ai jamais pu te dire.
Andaré tantas cuadras... Par les rues, je marcherai longtemps…
[y allá en la Plaza Francia, [Et là-bas, place de France,
como sombras fugadas de un cansado ballet, Comme les ombres échappées d’un ballet fatigué,
repitiendo tu nombre por una calle blanca Répétant ton nom dans une blanche rue
se me irán los recuerdos en puntitas de pié. Les souvenirs me quitteront sur la pointe des pieds.

(cantado) (chanté)

Moriré en Buenos Aires. Será de madrugada. Je mourrai à Buenos Aires au lever du jour.
Guardaré, mansamente, las cosas de vivir; Je rangerai tranquillement les choses de ma vie ;
Mi pequeña poesía de adioses y de balas, Mon humble poésie d’adieux et de combats,
mi tabaco, mi tango, mi puñado de splin. Mon tabac, mon tango, ma poignée de spleen,
Me pondré por los hombros, de abrigo, Je poserai sur mes épaules le manteau de l’aube
todó el alba; Toute entière ;
mi penúltimo whisky quedará sin beber. Je ne boirai pas mon avant-dernier whisky ;
Llegará tangamente, mi muerte enamorada, Ma mort, ivre d’amour, arrivera comme un tango,
yo estaré muerto, en punto, cuando sean las seis. Je mourrai juste quand sonneront six heures.
Cuando sean las seis. Quand sonneront six heures.
Cuando sean las seis. Quand sonneront six heures.

154
Balada para un loco (1969) Balade pour un fou74
Paroles de Horacio Ferrer Traduction de Fabrice Hatem
Musique de Astor Piazzolla

(Recitado) (Récitatif)

Las tardecitas de Buenos Aires tienen ese qué sé yo ¿ viste? Salgo de casa por Les soirées de Buenos Aires ont ce je ne sais quoi ? Vous voyez ! ! Je sors de ma
Arenales. Lo de siempre : en la calle y en mí… Cuando, de repente, detrás de ese maison, dans la rue Arenales. Tout est normal, en ma rue et en moi. Quand,
árbol, se aparece él. Mezcla rara de penúltimo linyera y de primer polizonte en el soudain, derrière cet arbre, il apparaît. Etrange mélange du pénultième vagabond et
viaje a Venus : medio melón en la cabeza, las rayas de la camisa pintadas en la piel, de premier clandestin dans un voyage pour Venus. Un chapeau melon sur la tête,
dos medias suelas clavadas en los pies, y una banderita de taxi libre en cada mano les rayures de sa chemise peintes à même la peau, Deux chaussettes-semelles
¡Ja¡Ja ! Parece que sólo yo lo veo. Porque él pasa entre la gente y los maniquíes le attachées aux pieds, et un clignotant de taxi libre dans chaque main. Oh ! oh ! On
guiñan ; los semáforos le dan tres luces celestes, y las naranjas del frutero de la dirait que je suis le seul à le voir. Parce qu’il passe entre les gens, et deux
esquina le tiran azahares, y así, medio bailando, medio volando, se saca el melón, mannequins le guident : les sémaphores lui donnent trois lumières célestes, et les
me saluda, me regala una banderita y me dice… orangers du marchand de fruits lui jettent des fleurs. Et ainsi, moitié dansant et
moitié volant, il enlève son melon, me salue, me donne un clignotant et me dit..

(Cantado) (Chanté)

Ya sé que estoy piantao, piantao, piantao… Je sais que je suis cinglé, cinglé, cinglé
no ves que va la luna rodando por Callao ; Tu ne vois pas la lune errer dans Callao ;
y un coro de astronautas y niños, con un vals, Un chœur d’astronautes et d’enfants, au son d’une valse,
me baila alrededor... ¡Bailá!¡¡Vení!¡Volá! Danse autour de moi. Danse ! ! Viens ! ! Vole ! !
Yo sé que estoy piantao, piantao, piantao… Je sais que je suis cinglé, cinglé, cinglé,
yo miro a Buenos Aires del nido de un gorrión; Je regarde Buenos Aires depuis le nid d’un moineau
y a vos te ví tan triste…¡Vení! ¡Volá !¡Sentí!… Et toi je t’ai vu si triste… Viens ! Vole ! Sens !

¡Loco ! ¡Loco !¡Loco ! Fou ! Fou ! Fou !


cuando anochezca en tu porteña soledad, Quand tombe la nuit sur la solitude portègne
por la ribera de tu sábana vendré Sur le rivage de tes draps je viendrai
con un poema y un trombón Avec un poème et un trombone
a desvelar el corazón. pour te dénuder le cœur.

¡Loco ! ¡Loco !¡Loco ! Fou ! Fou ! Fou !


Como un acróbata demente saltaré, Je sauterai comme un acrobate dément
sobre el abismo de tu escote hasta sentir Dans l’abîme de ton décolleté jusqu’à sentir
que enloquecí tu corazón de libertad… Que tu as affolé mon cœur de liberté
¡Y vas a ver ! Tu vas voir ! ! !

(Recitado) (Récitatif)

Salgamos a volar, querida mía ; Allons voler, sautons, ma chérie,


Sibite a mi ilusión super-sport, Monte dans mon illusion supersport
y vamos a correr por las cornisas Et allons courir sur les corniches
¡ con una golondrina en el motor! Avec une alouette dans le moteur ! ! !

De Vieytes73 nos aplauden: ¡Viva !Viva ! Depuis Vieytes on nous applaudit : Viva ! Viva !
los locos que inventaron el Amor; Pour les fous qui ont inventé l’Amour
y un ángel y un soldado y una niña Et un ange et un soldat et une fillette
nos dan un valsecito bailador. Nous jouent une valse entraînante.

Nos sale a saludar la gente linda… Les belles personnes sortent nous saluer…
y loco - pero tuyo - ¡qué se yo !; Et fou – mais t’appartenant – est-ce que je sais…
provoca campanarios con su risa, Il provoque les cloches avec son rire,
y al fin, te miro, y canto a media voz: Et à la fin, je te regarde et je chante à mi-voix

(Cantado) (Chanté)

Queréme asi, piantao, piantao, piantao... Aime moi ainsi, cinglé, cinglé, cinglé …
Abrite los amores que vamos a intentar Ouvre-toi aux amours parce que nous allons tenter
La mágica locura de revivir… La folie magique et totale de revivre
¡Vení, volá,vení !¡Trai-lai-la-Lerará ! Vire, vole, viens ! tralalala !

¡Viva !¡Viva !¡Viva ! Viva ! Viva ! Viva !


Loca ella y loco yo… Folle elle et fou moi ! ! ! !
¡Locos !¡Locos !¡Locos ! Fou ! Fou ! Fou !
¡Loca ella yo loco yo ! Folle elle et fou moi ! ! ! !

73 74
Asile de fous très connu à Buenos Aires Remerciements à Nardo Zalko

155
Medianoche aquí (enregistré en 1980) Minuit ici

Paroles de Julio Cortázar Traduction de Isabelle Dessombes


Musiquede Edgardo Cantón

Es siempre medianoche, aquí, Il est toujours minuit ici


Vivimos en una honda oscuridad, Nous vivons dans un noir profond.
lo mismo dá llorar o reir, Pleurer ou rire, c’est la même chose,
la noche cubre el campo y la ciudad. La nuit masque la campagne et la ville.

¿Por qué no hay mediodía ahora aqui? Pourquoi n’y-a-t-il plus de midi ici ?
Es medianoche siempre, donde uno vá. Toujours minuit, où que l‘on aille.
Pa'qué encender la luz, si al fin total A quoi bon faire la lumière, si, en fin de compte,
lo mismo dá estar vivo que morir? Vivre ou mourir revient au même ?

¿Dónde está el ayer, Qu’est devenu le temps d’hier


dónde etá el hoy, Où attend l’aujourd’hui.
pa'qué sirve el corazón? A quoi ça sert, le cœur ?
¿Cómo te llamás Quel est ton nom,
en la oscuridad, Dans l’obscurité,
quiénes somos vos y yo? Qui sommes-nous, toi et moi ?

Un tiempo hubo de sol y de luz Fut un temps de soleil et de lumière


para vivir de pie, para cantar. Un temps pour vivre debout, pour chanter.
Las calles en el norte o sur Les rues au nord, au sud,
se abrían como manos de amistad. Se tendaient comme les mains de l’amitié.

¿Cómo fue posible que la noche Comment la nuit a-t-elle pu


fuera de golpe la muerte, Devenir d’un coup la mort
fuera el aullido, Devenir hurlement
fuera el sudor y el gemido? Devenir sueur et gémissement ?

Hermano criollo, abrí Frère de mon pays, ouvre


grandes los ojos. Tous grands les yeux.
La esperanza, vela aqui, Vois l’espoir, il est là
jineteando un potro. Enfourchant un cheval sauvage.

Clávale las espuelas ya, Enfonce-lui des éperons, va.


soltala a media rienda en la ciudad, Lâche-le au galop dans la ville.
no habrá más medianoche aquí, Il ne fera plus minuit ici.
volverá el claro tiempo de vivir. Et reviendra le clair temps de vivre.

Basta ya de ayer C’en est assez d’hier,


dale rienda al hoy, Lâche le bride au présent
cancha libre al corazón. Laisse la voie libre au cœur.
Dale, despertá Vas-y, réveille-toi,
de esta oscuridad, Sors de ces ténèbres,
en tus manos está el sol. Le soleil est entre tes mains.

El rio se borró, mi amor, Le fleuve s’est effacé, mon amour


y al filo de sus aguas te vas vos. Et tu dérives au fil des eaux.
Caranchos de agonía están Les vautours de l’agonie
comiéndose mis ojos, ya.. Me rongent déjà les yeux.

Y todo juega a ser lo que no es, Tout joue à être ce qu’il n’est pas
con máscaras de sombra te bacen andar. Ils te font marcher avec des masques d’ombre.
¿Qué han hecho del rosal y del clavel? Qu’ont-ils fait des rosiers et de l’œillet ?
Flores de cementerio y de hospital. Des fleurs de cimétière et d’hôpital.

Traduction de Isabelle Dessombes

156
Lo que me gusta (1994) Ce qui me plaît

Paroles de Roberto Díaz Traduction de Fabrice Hatem et Silvina Valz


Musique de Saúl Cosentino

Me gusta la ciudad cuando anochece Elle me plaît, cette ville, quand tombe la nuit
y andan los gatos y el vino cresce Et que rôdent les chats, et que le vin paraît
Me gusta imaginarme por el mundo Cela me plaît de m’imaginer par le monde
llevando cartas de amor, sin rumbo. Portant des lettres d’amour, sans but.
Me gusta la ternura de unos ojos Cela me plaît, la tendresse de ces yeux ;
la calle en siesta, los sueños locos. La rue pendant la sieste, les rêves fous
Me gusta que la vida no me lleve Cela me plaît que la vie ne m’oblige pas
a contar sus liendres y a pedir A lui compter des poux et demander
perdón. Pardon.

(Estribillo) (refrain)

Un día yo me iré Un jour je m’en irai


sin preoccuparme del después Sans me préoccuper de l’après
y se pondrá a jugar conmigo Et elle se mettra à jouer avec moi
la sombra que me espera en el olvido. Cette ombre qui m’attend dans l’oubli.
Si fuí llamado como cada quién Si j’ai été appelé, comme chacun de nous,
a este milagro de subir al tren, A ce miracle de monter dans le train de la vie,
si tengo venas, labios y emoción, Si j’ai des tripes, des lèvres et de l’émotion,
me gusta que ande suelto el corazón Cela me plaît que mon cœur aille libre.

Me gustan las ventanas que amanecen Cela me plaît, les fenêtres qui se lèvent à l’aube
sin los fantasmas que el tiempo mece. Sans les fantômes qu’engendrent le temps
Me gustan los caminos y el retorno, Cela me plaît, les chemins et le retour
la cama en yunta y el sol de otoño. Le lit à deux et le soleil d‘automne
Me gusta la sonrisa en la penumbra, Cela me plaît, de sourire dans la pénombre
el libro abierto, la luz que alumbra. Le livre ouvert, la lumière qui éclaire
Me gusta que la ida no me lleve Cela me plaît que la vie ne m’oblige pas
a matar los duendes y A tuer les fées et
a decir que no. A dire non.

157
Llama oscura (enregistré en 1997) Flamme obscure

Paroles de Acho Manzi Traduction de Fabrice Hatem


Musique de Juan Cédron

Una milonguera un dia Un jour une milonguera


Me contó lo que sentía M’a dit ce qu’elle ressentait
Cuando la danza tanguera Quand la danse tanguera
La transformaba en hoguera. La transformait en brasier.
Y confesó su sentir…. Elle confessa son émotion…
Como me lo van a oir… Comme vous l’allez l’entendre.

Se que me enfrentará, voy a enfrentarlo, Il sera face à moi, je serai face à lui,
Su mano se apodera de la mía. Sa main s’emparera de ma main.
Y entramos a compás que está sonando, Et nous entrerons dans ce rythme qui bat
En una oscura sombra compartida. Dans une ombre obscure et partagée.

Cuando susurre a mi oido su alavanza, Quand il murmurera son compliment à mon oreille
Y su palabra me acelere el corazón. Ses paroles feront battre mon cœur.
Jadeando en el abrazo de la danza. Haletants dans l’enlacement de la danse
Le créeré de nuevo, bandoneón !!! Et j’y croirai de nouveau, oh, bandonéon !!
Y ya nos vamos milongueramente, Et nous voilà dansant comme des milongueros
En circulos tejidos con historia, Traçant des cercles brodés d’histoires.
Tengo tanta pasion que estoy demente, La passion que je sens me rend comme démente,
Tanto placer que dar, y estoy tan sola. J’ai tant de plaisir à donner, et je suis si seule…

Pasamos por caminos misteriosos Nous passons par des chemins mystérieux
Creando los colores mas hermosos, En créant les plus belles couleurs
Y cayéndome adentro de su cuerpo, En lorsque que je bascule vers son corps
Nos convertimos en un solo centro. Nos centres se confondent.

Sé que va a compradrear con su ternura, Je sais qu’il va me séduire avec sa tendresse


Me mueve como nunca me ha movido. Il m’émeut comme jamais personne ne l’a fait.
Soy una llama ardiendo en la locura, Je suis une flamme ardente, perdue dans la folie.
Y nuestra llama se hace piel, y se hace nido. Et notre flamme se fait peau, se fait nid.

Así me lleva su furia y voy bailando Sa furie me porte et je danse


Hasta que me sosiego en sus piruetas. Jusqu’à ce que ses pirouettes m’apaisent
Y jadeando de amor nos separamos, Et nous nous séparons tout haletants d’amour
Hasta algún otro tango de la orquesta !!! Jusqu’au prochain tango de l’orchestre !!

158
Pompeya no olvida (1998) Pompeya n’oublie pas

Paroles de Alejandro Szwarcman Traduction de Silvina Valz et Fabrice Hatem


Musique de Javier González

Abril se quedó suspendido en la pieza Avril est là, suspendu dans la sieste
las horas no fluyen ni quieren morir, Les heures si pesantes ne veulent pas mourir.
un sol de aluminio remeda la cresta Un soleil en aluminium couronne le faîte
del gris caserón de la calle Cachí De la grande maison grise de la rue Cachi.

Las mismas veredas, de tarde, me cuentan Ces trottoirs somnolents me racontent


historias perdidas flotando en Abril, Des histoires perdues, flottant dans l’avril
y vuelvo al portón de los años setenta Et je reviens à la porte des années soixante-dix
vestido de asombro, con sueños de jean. Vêtu d’étonnement, avec des rêves en « jean ».

Pompeya no olvida, que allá en Famatina Pompeya n’oublie pas que là-bas, à Famatine
vivía una piba carita de anís, Vivait une fille, petit visage d’anis
amor de rayuela, perfume de esquina Amour de marelle, Parfum de ruelle.
hoy la andan buscando, también era abril. Maintenant ils la cherchent. C’était aussi Avril.

Quién sabe, tal vez ella siga soñando, Qui sait, elle continue peut-être à rêver
y ya no recuerde la calle Cachí, Et ne se souvient plus de la rue Cachi.
al menos que sepa que la anda buscando Si au moins elle savait que depuis tout ce temps
desde hace ya tanto, su abuela Beatriz. La cherche sans répit sa grand-mère Béatrice.

Abril se quedó suspendido en la siesta, Avril est là, suspendu dans la sieste
me veo en la anchura de un mar de adoquín, Et je me sens perdu dans une mer de ciment.
un torpe camión se sacude en la cuesta, Un camion maladroit cale dans la montée.
y escapa a la sombra de aquel chiquilín. Et fuit devant l’ombre d’un gamin.

Yo era esa sombra mirando la tarde Et moi je suis cette ombre regardant vers le soir
y a veces me da por pensar que en Abril Et parfois je me mets à penser qu’en Avril
pasó por Pompeya un fantasma cobarde Il passait dans Pompeya de lâches fantômes
llevándose pibas "carita de anís" Qui emportaient les filles au visage d’anis.

159
Boedo ayer y hoy (enregistré en 1999) Boedo hier et aujourd’hui75

Paroles et musique de Alejandro Szwarcman Traduction de Fabrice Hatem

La corteza de tu alma tiene la huella del tiempo L’écorce de ton âme porte les traces du temps
y en la vetas de mi piel anidan sombras de tu ayer, Les ombres de ton passé font leur nid dans les nœuds de ma peau.
entre sueños y quimeras vas tallando Entre rêves et chimères tu tailles
en la madera de mi ser un corazón para el querer Dans le bois de mon être, un cœur pour aimer.
y a pesar que el garlopín del desamor hizo aserrín de mi ilusión, Et même si le rabot du désamour transforme en copeaux mes illusions.
todavía sos gorrión de amanecer en el rito al que alumbra el sol. Tu es le moineau de l’aube dans le rite qu’illuminele soleil.

Callada está la luna que resiste tras los muros Silencieuse est la lune qui résiste entre les murs
que te visten con el sordido hormigón, Qui t’habillent de sordide béton
tus tardes de domingo están vacías, Tes soirées de dimanche sont vides.
se ha mudado la alegría, Ta gaieté a changé de quartier
pero siento todavía que Boedo sos mi cálido sos regazo, Mais je sens quand même, Boedo, ta chaleur qui me berce
como vos soy un pedazo de madera de tablón Et, comme toi je suis un morceau du bois des tribunes

Al arrullo de la brisa se respira tu pasado, Dans la caresse de la brise on respire ton passé,
mis recuerdos se deslizan por un viejo tobogán Mes souvenirs se glissent sur un vieux tobogan
y la sombra de un malandra que de noche es un poeta Et l’ombre d’un voyou qui la nuit devient poète
siempre escribe en tu empedrado algún gotan. Ecrit toujours un gotan entre tes pavés.
Mi raíz es como un ancla que se hundió Mes racines sont comme une ancre qui s’accroche
[en tu aspero mar de malvón [Dans ton âpre mer de liserons
y sos carne del olvido y del desdén de un hoy que ya no tiene ayer. Tu es la chair de l’oubli, le dédain d’un présent sans passé.

75
Remerciements à Mariana Bustelo

160
¿Quién iba a decir? (1999) Qui l’aurait dit ?

Paroles de Ernesto Pierro Traduction de Fabrice Hatem et Silvina Valz


Musique de Saúl Cosentino

Eramos ilusos detrás de quimeras. Nous étions si naïfs, poursuivant nos chimères
El tiempo giraba distinto de hoy: Le monde tournait différement de celui d’aujourd’hui :
el tiempo tan solo parecía espera Le temps semblait seulement l’attente
de un tiempo que acaso sería mejor. D’un temps qui, peut-être, serait meilleur.
Sus labios gastaban fogosas proclamas, Ses lèvres jettaient des proclamations de feu
y yo los buscaba tras otra ilusión: Ses lèvres que je guettais avec d’autres rêves :
-tal vez más pequeña, fugáz y cercana- - Peut-être plus modestes, fugaces et proches -
la de cobijarlos con besos de amor. Ceux de les couvrir de baisers d’amour.

La rueda giró. ¿Quién iba a decir Le roue tourna. Qui aurait dit
que un día cualquiera debiera partir? Qu’un certain jour je devrais partir ?
Y dejar atrás su cálida voz Et laisser derrière moi cette voix chaude
-la de barricadas y versos de amor-. - Celle des barricades et des vers d’amour -
La busqué al volver. ¿Quién iba adecir Je la cherchai à mon retour. Qui aurait dit
que la encontraría negando su ayer? Que je la retrouverais reniant son passé ?
Cerca del poder, ciega de ambición, Proche du pouvoir, aveugle d’ambition
y entre negociados vacíos de honor. Dans des combines vides d’honneur.
"La vida cambió" me llegó a decir « La vie a changé » osa-t-elle me dire
antes de besarme por última vez, Avant de m’embrasser pour la dernière fois.
antes de reír, antes de llorar, Avant de rire, avant de pleurer.
y de suplicar que no la viera más. Et de me supplier de ne plus la voir.
No todo cambió, quise responder, Tout n’a pas changé – voulais-je répondre –
mi amor es el mismo y el mundo también. Mon amour est le même et le monde aussi.
Miré alrededor. Me callé y sentí Regardant autour, je’m la fermais et je sentis
la rueda del tiempo pasar sobre mí. La roue du temps passer sur moi.

Tiempo de estudiante allá en el Di Tella76: Temps d’étudiant, là-bas, chez Di Tella.


Los hippies, los mersas, "La balsa"77 y el "Che"; Les hippies, les beaufs, La Balsa, le Che,
sus ojos lucían su color almendra, Ses yeux avaient des reflets noisette
su boca sabía a menta y café. Sa bouche sentait la menthe et le café.
Mi amor fue una tregua de su noche "zurda"; Mon amour fut une trêve dans sa nuit d’errance
inútil memoria de un sueño que fué. Inutile mémoire d’un rêve disparu.
Oculta esperanza patética y burda Espérance cachée, pathétique et vaine
que una tarde absurda yo desenterré. Qu’un soir absurde j’exhumais.

Traduction de Fabrice Hatem et Silvina Valz

76
Centre culturel d’avant-garde, croisement de toutes les
expérimentations artistiques des années 1970 à Buenos Aires.
77
Chanson fondatrice du rock argentin ou rock “nacional”.

161
Tango negro (1999) Tango nègre

Paroles et musiques de Juan Carlos Cáceres Traduction de Fabrice Hatem

Tango negro, tango negro, Tango nègre, tango nègre,


Te fuiste sin avisar Tu es parti sans prévenir
Los gringos fueron cambiando Les gringos ont changé
Tu manera de bailar. Ta manière de danser.

Tango negro, tango negro, Tango nègre, tango nègre,


El amo78 se fue por mar Le maître est parti par la mer,
Se acabaron los candombes Il n’y a plus de candombé
En el barrio de Monserrat79 Dans le quartier de Montserrat.

Mas tarde fueron saliendo Plus tard ils sont revenus


En comparsas de carnaval Dans les fêtes de Carnaval
Pero el rito se fure perdiendo Mais le rite s’était perdu
Al morirse Baltazar80 Après la mort de Balthazar
Mandingas, congos y minas81 Mandingas, congos et minas
Repiten en el compás Repètent tous en cadence
Los toques de sus abuelos Les rythmes de leurs aïeux.

Borocoto, borocoto, chás, chás Borocoto, borocoto, chas, chas

Tango Negro, tango negro, Tango nègre, tango nègre,


La cosa se puso mal Les choses ont bien mal tourné
No hay gauchos mazorqueros82 Il n’y a plus de mazorqueros
Y Manuelita83 que ya no está Et Manuelita n’en est allée.

Tango negro, tango negro, Tango nègre, tango nègre,


Los tambores no suenan más Les tambours ne résonnent plus
Los reyes estan de luto Et les rois portent le deuil
Ya nadie los vas a aclamar Plus personne ne les acclame.

78
Allusion au dictateur Juan Manuel Rosas.
79
Quartier noir de Buenos Aires au milieu du XIXème siècle.
80
Personnage incarnant le roi des Noirs, célébré pendant les fètes
de candombé.
81
Ethnies africaines. Par extension, leurs descendants américains.
82
Voir note dans “La pulpera de Santa Lucía”
83
Fille du dictateur Juan Manuel Rosas, très populaire chez les
noirs pauvres de Buenos Aires au XIXème siècle.

162
Chacacera de cartón (2002) Chacarera de la misère

Paroles et musique de Gérard Le Cam Traduction de Fabrice Hatem

Las naranjas rodaban por las calles Les oranges roulaient dans les rues
asfaltadas de calor. Au bitume amolli de chaleur.
Ruidos sordos de vidrio resonaron Des bruits sourds de verres brisés résonnaient
en el almacén del ñato84 de la esquina. Dans l’épicerie du pote au coin de la rue.

Manoteando sin rumbo, sin bolsillo, Tordant les mains, sans but, les poches vides,
va Don Nadie y busca pan. Il va, seigneur de rien cherchant du pain.
Contra un muro de palos enceguece Contre un mur de bâtons qui aveugle
y cristaliza unos pájaros que migran. Et pétrifie les oiseaux migrateurs.

Chacarera del hombre, del barro, Chacarera de l’homme, de la boue,


del viento y el cartón, Du vent et du carton,
del techo y el dolor, De l’abri et de la douleur,
cartas de destino y soledad. Lettres du destin et de la solitude.

Chacarera del tiempo, del hombre Chacarera du temps, de l’homme,


del sol y la ilusión, Du soleil et de le joie,
nubes de vapor, Nuages de vapeur,
soñando el alba en la canción. Rêvant de l’aube en sa chanson.

Quiero ver la luz, cambiando hacia el Sur, Je veux voir la lumière, en allant vers le sud,
torciendo la sangre de los ríos. En faisant refluer le sang des rivières
Calles del amor, caminos sin fin, Rues de l’amour, chemin sans fin,
estrellas que huyen sin amanecer Etoiles qui s’enfuient sans que l’aube éclaire.

84
ñato : personne au petit nez. Par extension, terme utilisé pour
évoquer affectueusement quelqu’un.

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Indications bibliographiques
Amuchastegui Irene, Del Priore Oscar, 1998, Cien tangos fundamentales, Aguilar, Buenos Aires

Cadicamo Enrique, 1999, Mis memorias, Corregidor, Buenos Aires

Collectif, 1998-1999, Sentir el tango (72 fascicules), Altaya, Barcelone

Gomez de la Serna Ramon (traduction de Danièle Robert), 1993, Interprétation du tango, André Dimanche, Paris

Reinaldo, 1997, Diccionario Argot-lunfardo, Lunfardo-argot, Corregidor, Buenos Aires

Romano Eduardo, 2000, Las Letras del tango, Antologia cronologica 1900-1980, 5a edicion, Fundacion Ross, Buenos Aires

Salas Horacio, 2001, Homero Manzi y su tiempo, Vergara, Buenos Aires

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